27 avril 2019

L'An II de la Macronie sera-t-il à l'extrême droite ? 624ème semaine politique.

 

Après la mise en place d'un guichet des riches efficace et rapide, la Macronie ouvre son An II en empruntant la violence des actes et des mots chère à l'extrême droite française.


L'ennui et le flop
L'exercice, pourtant rare, ne mérite pas le détour. Jeudi 25 avril, Jupiter rassemble 300 journalistes pour l'essentiel atones ou coincés, dans la salle des Fêtes de l'Elysée. Une heure de discours, puis deux heures de questions lénifiantes sur son moral, sa solitude, son caractère, sa méthode, ses états d'âme ou son intention de se représenter en 2022. Les rares questions précises ne sont pas gênantes, comment pourraient-elles l'être ? Elles sont filtrées par le contrôle du micro, et les journalistes par la détention d'une carte de presse. Aucun des représentants des médias les plus piquants (Mediapart, les Jours, Fakir, Le Media, Politis, l'Humanité, Bastamag, Le Monde Diplo, le Canard Enchaîné, etc) ne peuvent poser une seule question au monarque. L'exercice est une communication à sens unique, rien de plus.

Macron fait la lecture attentionnée du discours qu'il aurait du prononcer la semaine précédente face caméra et sur toutes les chaînes simultanément si la Cathédrale Notre-dame de Paris n'avait pas flambé. Ses propositions "détonnantes" avaient déjà fuité, cette relecture répétitive et à voix haute, comme celle d'un professeur faisant la leçon à des élèves qui ne l'auraient pas comprise, est donc ennuyeuse: pas de reconnaissance du vote blanc, peu de proportionnelle, un coup de pouce fiscal anecdotique, quelques diversions positives (24 élèves par classe de maternelle) sur les réductions des services publics, la réindexation sur l’inflation des retraites à moins de 2 000 euros qui n'est l'annulation de l'une de ses propres mesures les plus iniques, une attaque en règle contre les hauts fonctionnaires et l'ENA pour protéger les ultra-riches. Et un appel à "travailler plus pour gagner plus".

La réappropriation des moindres recoins idéologiques foireux du sarkozysme est complète.  "Macron republie ses petites annonces" résument Les Jours."Face à la presse, Macron promet qu’il ne changera rien" complète Mediapart. Jupiter s'attribue à juste titre un point que personne ne lui conteste, les réductions d'impôts: une douzaine de milliards d'euros pour les ménages en 2018/19, également réparti avec une inéquité dont seule ce guichet des riches a le secret, entre un demi-million d'ultra-riches et 37 autres millions d'autres foyers.
«J’ai trouvé que le Président de la République était très bavard, mais qu’il se révèle surtout très avare» Emmanuel Maurel, socialiste, candidat LFI aux Européennes.


Mensonges et silences
Alors que la moitié de son gouvernement a peine à masquer son endormissement, Macron ment, oublie et masque à grands renforts de sourires, de source-cils levés et de doigt levé pointant l'assistance.

Cet homme confie qu'il a découvert la France grâce au Grand Débat. Va-t-il enfin confier son programme pour les élections européennes qui ont lieu dans 4 semaines ?

Mais pour justifier la faiblesse de ses annonces et ces grands angles morts, il lâche cette formule: "le président n'est pas le guichet de toutes les revendications". Que cette formule est cocasse quand on se rappelle avec quelle célérité, grâce à quelques réunions secrètes et décisives au début de l'été 2017, la gigantesque réforme fiscale pour les riches fut décidée - suppression de l'ISF, plafonnement de l'imposition des revenus du capital à 30% (flat tax): 5 à 6 milliards au bénéfice d'un demi-million d'ultra-riches gentiment accordés par Macron à celles et ceux qui l'ont choisi en 2014, financé en 2016 et fait élire, sans programme mais beaucoup de marketing, en 2017.

Il a raison. Reconnaissons-lui cela. Macron n'est plus le président des riches. Macron n'est que le guichet des Riches, leur protecteur idéologique dans le débat public, leur rempart politique.

Jupiter s’emmêle les pinces dans une logorrhée en faveur de la "délibération" nécessaire pour accoucher de bonnes politiques, alors que sa politique a justement visé à réduire le temps de délibération dans le pays: en entreprise, en fusionnant les différentes instances du personnel pour supprimer quelques 200 000 postes de représentants des salariés; au Parlement, où son projet de réforme constitutionnelle prévoit la réduction du nombre de parlementaires et du temps de délibération parlementaire; en période d'élections où pour ce scrutin européen, comme pour les élections présidentielle puis législatives, Macron tarde à dévoiler son programme (il n'est toujours pas publié à moins de 4 semaines du scrutin !), pour éviter les critiques et le débat.

Macron promet aussi que les CAF aideront au versement des pensions alimentaires aux familles mono-parentales, une mesure qui existe déjà depuis ... 2013.

Macron ment sur les services publics, quand il promet de "remettre de la présence de services publics dans les territoires" car il va réduire de 120 000 le nombre de postes de fonctionnaires, dont la moitié justement dans les territoires.

Macron ment par omission quand il promet que les fermetures d'hôpitaux ou d'écoles n'auront plus lieu sans l'autorisation du maire. il cache que les suppressions de lits ou de services spécialisés (maternité notamment) ou les fermeture de classes se poursuivront. "Le dire, c’est bien, le faire c’est mieux", résume l'un des syndicats enseignants. Justement, rapporte le Canard Enchaîné ce 24 avril, les syndicats enseignants viennent de recevoir quelques nouvelles de coupes d'effectifs et réduction de moyens: sur 96 départements, 1267 fermetures de classes, dont 320 dans des territoires ruraux, ont été prévues en maternelle et primaire. Pour le secondaire, on compte déjà 2 600 suppressions de postes de professeurs en septembre 2018, et encore 2 650 en septembre 2019, malgré une augmentation de 110 000 élèves sur ces deux années (et +40 000 encore attendus en 2020). Le gouvernement a aussi supprimé 1000 places au concours d'instituteurs en 2019, et les deux tiers des postes affectés au dédoublement de professeurs dans les classes prioritaires (2000 sur 2900).

Bavard et avare
Macron ment sur les créations d'emplois depuis son accession au pouvoir: non seulement elles n'ont pas dépassé les 500 000, mais elles se sont même effondrées de moitié en 2018 (149 000) par rapport à 2017 (338 000).

Macron ment sur le temps réel de travail en France prétendument l'un des plus bas en Occident (il est supérieur à l'Allemagne et identique au R-U): les Français qui travaillent travaillent plus que leurs homologues européens.

Macron ignore l'urgence écologique, rien à dire sauf la création d'un gadget, le "conseil de défense écologique". François de Rugy (qui ?) sera heureux d'apprendre qu'il ne sert à rien. Pourtant "plus rien ne sera comme avant" répètent ses perroquets. Pourtant, la France est en retard sur ses propres engagements à la COP21. Pourtant, la Macronista préfère mettre en œuvre le CETA, prolonger la durée de vie de centrales nucléaires hors d'âge, repousser les objectifs de la loi de transition écologique, réduire de moitié les crédits à la rénovation thermique des logements.


Macron applaudit à la hausse prévue du pouvoir d'achat, oubliant que c'est principalement grâce aux mesures forcées par l'action des Gilets Jaunes en décembre dernier. Mais il oublie les pauvres, les vrais, les invisibles, et la misère de son maigre plan anti-Pauvreté de septembre dernier: ATD Quart Monde et le collectif ALERTE s'en indignent le lendemain: "Les associations de lutte contre l’exclusion rappellent que la désindexation des aides au logement, des prestations familiales ou encore de l’AAH décidées pour 2019 entraînera une baisse du pouvoir d’achat pour les 10 % des ménages les plus pauvres."

Macron fait un geste pour réhausser le minimum contributif à 1000 euros mensuels (retraite minimale pour les cotisants à taux plein). Il enfume son auditoire quand il promet de ne pas toucher à l'âge légal de départ à la retraite mais plutôt d'allonger la durée de cotisations de référence pour le calcul de la retraite: Vous pourrez partir à 62 ans, mais avec une décote si vous n'avez pas cotisé suffisamment longtemps. L'allongement de la période de référence permettra même de faire baisser mécaniquement les pensions. Face à cette arnaque, l'explication mielleuse du jeune monarque qui, la main sur le coeur, s'exclame qu'il serait "hypocrite" de décaler l'âge légal "tant qu'on a pas réglé le problème du chômage" sonne faux et donne même la nausée.




Où sont les journalistes ?
Il fallut attendre la fin pour une question qui piquait un peu, quoique timide, sur l'éventuel regret d'avoir embauché Benalla. Mais la question était ratée. Un journaliste, un vrai, aurait demandé des suites sur les révélations incroyables qui ont été faites depuis l'été - passeport diplomatique, prestations de sécurité pour des oligarques russes quand il était à l’Élysée, mise en place d'une troupe de sécurité parallèle, etc.

De vrai(e)s journalistes auraient interrogé l’Élysée sur l'injustice fiscale de son quinquennat. Ils l'auraient certainement repris quand Macron répétait que son gouvernement avait baissé incroyablement les impôts - ce qui est vrai, mais pour qui ? Les heureux élus de ces deux années macronistes furent les plus riches.

De vrais(e) journalistes l'auraient interrogé sur l'ampleur de la répression contre les manifestants, les 300 violences policières recensées, les 250 mutilés, le fichage des blessés par les Hôpitaux de Paris, l'impunité des unités mobiles anti-casseurs (152 blessés en quelques mois leur sont imputés!), l'arrestation de journalistes ou de street-medics, la réduction des libertés publiques (loi anti-anticasseur, loi sur le secret des affaires, loi sur l'état d'urgence): "Quand on est devant le chef de l'État et que pas une seule question n'est posée sur le sujet, à l'heure où il y a un débat sur la carte professionnelle des journalistes, c'est une faute professionnelle" commente le journaliste David Dufresne`. Une faute professionnelle certainement, mais de la complicité de classe également.

De vrai(e)s journalistes l'auraient questionné sur l'endogamie bourgeoise, l'entre-soi des puissants, les nominations pistonnées (Ferracci, Veil, Attal, etc) es amis bien placés, les robes de luxe prêtées à Mme Brigitte Macron (qui se souvient de Fillon planté en pleine campagne parce qu'il avait accepté 2 costumes quand il était premier ministre ?). De vrai(e)s journalistes se seraient interrogé(e)s sur ces nominations complaisantes, comme celles d'une présidente radiophonique, certes talentueuse, mais épouse d'un conseiller de campagne très actif du jeune monarque. Ou d'une directrice de communication de La Française des Jeux au moment où son mari préside le groupe des députés macronistes qui vote la privatisation de la dite entreprise.

Il y avait peu de vrai(e)s journalistes à prendre le micro ce soir-là. Nous étions au théâtre, sans doute l'épilogue du show médiatique du Grand Débat. La réduction du sens critique était extrême. Comment n'ont-ils pas compris, ces journalistes, que leur présence studieuse et silencieuse était ce soir-là aussi étourdissante ? Cette complicité de classe ou par trouille faisait peine à voir. Elle en rappelle d'autres.
"Un horaire innovant pour un exercice classique. C’est la signature d’Emmanuel Macron, un président rebelle mais qui reste dans les clous". Michael Darmon, éditorialiste à Europe 1, 25 avril 2019


Merci à Fred Camino pour les clichés du bas.

Radicalisation
 Le blabla jupiterien n'a pas convaincu en-dehors du cercle des ultra et de quelques radicalisés. Même la presse complaisante est contrainte à l'aveu, le propos est décevant. Les annonces anecdotiques ou minorées. Le Parti Médiatique cherche des circonlocutions pour rester positif malgré le désaveu -  "Emmanuel Macron : les Français pas convaincus par son intervention mais favorables à plusieurs de ses annonces" explique le JDD. Le chef de l’Etat "a voulu rassurer sur la matière régalienne... dans le discours essentiellement, car les annonces restent minces" commente l'Opinion.

Effrayée, la Macronie se radicalise. Elle ne veut plus voir les dérives liberticides d'un régime qu'elle soutient mais qui l'effrayerait si Marine Le Pen en tenait les commandes. Elle ne s'offusque pas du nombre de mutilations de civils depuis 6 mois. Elle fait mine de croire à l'argument que le raccourcissement des délais de dépots de dossier est une réponse positive aux temps d'attente des migrants (non, Mme Ndiaye, vous ne faite pas preuve d’humanité, quand au lieu d’améliorer les moyens de traiter rapidement les dossiers d'asile, vous réduisez les délais de demandes).

De vrai(e)s journalistes l'auraient questionné sur cette xénophobie macroniste qui ne dit pas son nom. Le plus tristement fascinant de cette radicalisation du macronisme est sa dérive vers l'extrême droite et la droite furibarde.

L'An I du macronisme était la révélation rapide et sans conteste d'une présidence pour riches, la mise en place d'un guichet des riches efficace et rapide, et d'un soutien aux grandes entreprises à travers le contreproductif doublement du CICE et la précarisation des salariés avec les ordonnances travail. 

L'An II prend une direction complémentaire: une dérive autoritaire qui appuie désormais ses actes sur le vocabulaire même de l'extrême droite à la faveur du scrutin européen.

Pour se défendre, Macron emprunte formules et concepts à l'extrême droite et la droite furibarde. Lors de sa conférence de presse, il accuse ainsi franchement « l’islam politique » de vouloir « faire sécession avec la République ». L'islam politique est un concept sur-utilisé par lextrême droite islamophobe qui permet d'amalgamer l'islam avec l'islamisme. Il fustige aussi les "détournements profonds du regroupement familial et de l'asile". Il promet également un débat annuel au parlement sur la politique migratoire... pour "rebâtir un patriotisme inclusif". Sur les ondes, sa tête de liste aux Européennes, Nathalie Loiseau, dont Mediapart a révélé sa participation sur une liste d'étudiants à SciencesPo avec des ex- du GUD, explique benoitement: "Nous voulons une politique migratoire qui protège nos frontières et nos valeurs". Même le Medef semble applaudir aux convergences économiques LREM/RN...

Renaissance européenne, patriotisme inclusif, "nos frontières et nos valeurs"...



Ami(e) macroniste, cher castor, où en es-tu ?


20 avril 2019

Emmanuel Macron et la dictature de l'émotion (623ème semaine politique)

 

L'incendie de Notre-Dame a permis à Macron le plus beau des exercices, une diversion compassionnelle qui a pourtant rapidement viré à l’écœurement. La "dictature de l'émotion" était évidente, comme pour mieux tirer la chasse sur une mauvaise et interminable séquence. Macron avait besoin de Notre-Dame pour éclipser sa mauvaise actualité, divertir l'attention de ses prochaines réformes et de l'absence de programme européen, à 4 semaines du scrutin.



Mini-mesures et maxi-manip
Emmanuel Macron allait promettre une grande réponse à la révolte de Gilets Jaunes et, surtout, au Grand Débat. Quand ses conseillers ont laissé fuiter les mesures "détonnantes", on pouvait être interloqué par tant de propositions tellement à côté de la plaque, si loin des revendications exprimées partout - dans les ronds-points, les manif, les sondages. Et même si l'on préférait récuser les ronds-points, les manif, et les sondages, où pouvait-on penser que les mesures annoncées officieusement répondaient à une quelconque demande si urgente qu'elle avait permis au clan macroniste de s'exonérer de tout programme pour les élections européennes ?
  1. Supprimer l'ENA: les formateurs des élites administratives sont un bouc-émissaire plus facile que le Medef ou les autres représentants de l'oligarchie.
  2. Supprimer l'Ecole de la Magistrature: Macron en avait-il contre ces magistrats et l'indépendance du parquet ?
  3. Baisser les impôts pour les classes moyennes: les classes moyennes n'existent statistiquement plus en France, mais Macron les a trouvées.
  4. Ré-indexer les petites retraites (moins de 2000 euros): qui protestera ? Quelle générosité bienvenue ! Après avoir augmenté la CSG des retraites, puis gelé la quasi-totalité des aides sociales et les retraites, le monarque "corrige".
  5. Pérenniser l'exonération d'impôts et de cotisations sociales pour les primes de fin d'année jusqu'à 1000 euros. La novlangue macroniste fait croire que Jupiter lui-même verse la prime à chacun ("La prime exceptionnelle de 1.000 euros "pérennisée" s'extasie l'oligarchie médiatique). Quelqu'un parmi les brillants esprits macronistes peut-il avouer le sens politique de cette multiplication d'exonération de cotisations sociales qui, ensuite, conduisent les mêmes à expliquer que la Sécu, l'assurance chômage et les retraites sont mal financées ?
  6. Interrompre la fermeture d'hôpitaux et d'écoles d'ici la fin du quinquennat: merci les Gilets Jaunes! Sur les ondes, cette semaine, la ministre Buzyn contredit pourtant son monarque: "Quand il y a vraiment un manque de soignants, parfois nous sommes obligés de fermer des services". A-t-elle oublié qu'elle est responsable des moyens et du nombre de soignants ?
  7. Autoriser les Référendums d'Initiative Citoyenne... au niveau local. Mini-réponse à une maxi-demande, bravo Jupiter, merci patron.
  8. Installer une "convention écologique" avec 300 citoyens "tirés au sort" pour "travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre": de qui se moque-t-on ? La planète se réchauffe, le climat se dérègle, des milliers d'espèces du vivant  disparaissent et Macron, les mesures sont connues, mais Macron préfère organiser un Grenelle de l’Environnement miniature... Sans commentaire...
  9. Allonger la durée du temps de travail: le macronisme est un nouveau sarkozysme, la conversion est quasi-totale. La question cachée n'est pas la durée du travail (les heures supplémentaires sont déplafonnées jusqu'à 48 heures par semaine), mais le seuil hebdomadaire de calcul des heures supplémentaires.
C'est un trou noir, un aveuglement ou un mépris.


Masquer, mentir, divertir
Il y avait pourtant des idées simples et populaires, répétées dans les manif, et approuvées par des majorités sondagières écrasantes, étayées par les débats eux-même malgré le bidonnage gouvernemental: rétablir davantage de fiscalité sur les quelques centaines de milliers de foyers ultra-riches (78% des sondés sont ainsi en désaccord avec le refus de ne pas revenir sur la suppression de l'ISF), améliorer et augmenter les moyens des services publics de base (et surtout en matière de santé), ou se saisir enfin de l'urgence écologique.
"Président en vrille, com en toupie : l’Élysée tente de masquer les gilets jaunes derrière l’écran de fumée de Notre-Dame." Les Jours
Il y avait aussi d'autres mesures macronistes, toujours d'actualité, mais cachées, soigneusement cachées car socialement trop explosives: la réforme des retraites, objet de couacs gouvernementaux à répétition sur le report, ou non, de l'âge de départ à taux plein. Cette réforme a un objectif public, simplifier les régimes, et un objectif officieux que le Medef répète, économiser sur le dos des assurés puisqu'à aucun moment n'est évoqué un rééquilibrage des financements de cette solidarité inter-générationnelle: “Si l’on ne fait rien, l’équilibre financier du régime de retraite sera dans le rouge l’année prochaine”, a prévenu le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Et sa proposition miracle est de reporter l'âge légal, quand l'âge réel approche déjà les 66 ans. Et que l'âge limite de vie en bonne santé stagne à 62 ans (hommes) ou 64 ans (femmes). Et un nouveau retraité sur deux est en fait... sans emploi. Au passage, l'Etat veut récupérer le contrôle du système, et évacuer les syndicats de la gestion des régimes.

Déjà en décembre, grâce au mouvement des Gilets Jaunes, Macron avait du lâcher du lest en décembre, un lest bienvenu qui a permis, note l'OFCE, la plus forte hausse du pouvoir d'achat depuis Sarkozy: la loi d’urgence (prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime exceptionnelle défiscalisée, baisse de la CSG pour certains retraités, annulation de la hausse de la taxe carbone, ) avait permis de doubler le gain estimé de pouvoir d'achat en 2019  (+1,9 % par unité de consommation), et ce malgré la désindexation de certaines prestations sociales. Le gouvernement applaudit rapidement au constat, mais masque la suite de l'analysé des mêmes économistes: "Les créations d'emplois connaîtraient une croissance moins soutenue que sur la période 2017- 2018." L'OFCE prédit en effet un recul quasi-anecdotique du chômage (-0,1 point par an jusqu'en 2021), malgré la transformation ultra-coûteuse du CICE en baisse de cotisations sociales et allègements au niveau du SMIC (40 milliards en 2019)et la défiscalisation des heures supplémentaires. La politique de l'offre gave les actionnaires et ne relance pas la croissance ni les créations d'emplois. A moins de dégrader les conditions d'embauche, de réduire les droits des chômeurs, de traquer les sans-emploi.

Dans les sondages, l'illusion sur les conclusions macronistes du Grand Débat est de courte durée. Le rejet des propositions jupitériennes est écrasant. Et comme le régime macroniste a les sondages comme boussole, on stresse à l'Elysée. Macron bredouille qu'il trouvera d'autres idées.

Ça ruissèle sur Notre-Dame
Ces mesures si anecdotiques n'ont pas été annoncées. Comme un sabotage de l'Histoire, Macron a reporté son monologue présidentiel à cause d'un gigantesque incendie de Notre-Dame de Paris. La pointe de l'édifice religieux s'effondre dans les flammes et les larmes, comme un 11 Septembre version tricolore mais sans terroriste. L'émotion est normale, la cathédrale dépasse le symbole religieux. Mélenchon s'enflamme avec sincérité sur "notre cathédrale commune", ce n'est pas la première fois: "Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame."  Mais toute la classe politique est unanime, les premiers complotismes n'apparaissant que le lendemain. Macron annule son intervention, et se précipite sur les lieux, cliché presque habituel d'un parterre d'officiels l'air contrit sur les lieux du drame. Jupiter gâche un peu l'unanimité en débutant son intervention par un hommage aux catholiques. Notre Dame ne vaut-elle pas mieux que cette religiosité-là ? Un curé, le lendemain, a des mots bien plus profanes et œcuméniques, quand il remercie à la télévision les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les laïcs et les athées. Mais Macron est dans le spectacle permanent. L'émotion est scénarisée et ce lundi -soir là il s'agit de reprendre de la hauteur et des points auprès de l'électorat catholique.

Il n'en faut pas davantage pour que les dons de riches patrons et quelques entreprises spécialistes de l'évasion fiscale ruissèlent au point d'inquiéter les finances publiques: concours d'ego, guerre de communication entre qui sera le plus généreux chez les très grands du pays ? En trois jours, le milliard d'euros de promesses est atteint. Un obligé dénommé Aillagon de ces milliardaires réclame aussitôt de rehausser le taux d'exonération fiscale de ces dons à 90%...

On est stupéfait devant pareil ruissèlement quand Macron répétait que les très riches méritaient d'être aidés, exonérés d'ISF, protégés d'un bouclier fiscal rebaptisé flat tax. Et les voici qu'ils lâchent un milliard en quelques heures. Finalement, ça ruisselle enfin ! Devant le trouble et la colère de quelques gauchistes sur la défiscalisation couteuse de ces dons,  un puis deux riches patrons promettent de ne pas la réclamer. Le placement reste rentable. Combien de morts sans domicile, de pauvres abandonnés, de causes humanitaires n'ont pas bénéficié de pareille générosité ?

L’écœurement vient rapidement. D'abord, comme souvent, avec le neo-fasciste Eric Zemmour. Toujours prompt à trier les Français, les émotions et les nationaux, le voici qui balance: "Celui qui n’est pas ému aux larmes devant l’incendie de Notre-Dame n’est pas Français." Le même Zemmour voit dans l'incendie un attentat. Il "doute" de l'accident. Zemmour doute de tout et haït beaucoup. Puis les déclarations télévisuelles de Manu 1er. Coincé devant la caméra dès le lendemain du drame, Jupiter promet de reconstruire le toit de la cathédrale en 5 ans. Jupiter se prend pour Philippe II Auguste. Et Édouard Philippe annonce un "concours international", discours devant les caméras. "Rebâtir en 5 ans", c'est un "défi immense" clame-t-il.

Les commentateurs médiatiques se jettent sur le sujet comme des mouches sur un caca posé là. "Peuple de bâtisseurs" invoque Macron. 5 ans pour reconstruire un cathédrale, un quinquennat pour abîmer la France.

Les Gilets Jaunes
On a les défis qu'on peut. Et la Macronista manque d'ambition. Elle cherche des diversions là où elle peut. Certains pensaient que le réchauffement climatique, la disparition des espèces, la persistance de la pauvreté dans nos pays richissimes, les guerres aux Moyen Orient, le trafic de migrants, une panique financière causée par un Brexit sans accord, les boucheries saoudiennes au Yémen avec des armements français, ou même le prochain krach financier conséquence d'une asphyxie économique par les dérives de la Finance, étaient des sujets autrement plus sérieux. On s'est donc trompé. Macron tente de se saisir de l'accident de Notre-Dame pour tirer un trait sur 10 mois de polémiques - affaire Benalla, scandale Mimi Marchand, révolte des Gilets Jaunes. Ses ministres sont au garde à vous sur les clichés sérieux qui traitent de Notre-Dame. D'autres tentent de meubler le vide d'une action de classe.

Le pistonné Gabriel Attal, secrétaire d’État sans expérience autre que de bonnes fréquentations, pose avec le nouvel uniforme du dernier gadget de la Macronie, un uniforme bleu comme des apprentis flics, pour des jeunes volontaires au SNU, Service National Universel.Un uniforme pour ... un mois de stage. Oui, la Macronie sait trouver où gaspiller quand il s'agit de symboles pour habiller sa politique.

23ème samedi des Gilets Jaunes, la villa des Macron au Touquet est discrètement protégée. La veille, Castaner a jeté un peu d'huile sur le feu en dénonçant à l'avance (sacré devin !) les violences. Le ministre de l'intérieur a aussi choisi les colonnes du seul quotidien ouvertement revendiqué libéral, de droite et pro-business, l'Opinion, pour oser affirmer qu'il "garde (son) âme et (son) parcours d’homme de gauche." Ne riez pas non plus quand il ajoute que la " loi anticasseurs n’est pas liberticide." Dans les hôpitaux, la Macronista fait ficher les Gilets Jaunes blessés. Au 20 avril, le journaliste David Dufresnes dénombre 644 cas avérés de violences policières, dont 259 blessures à la tête et 23 éborgnés. Sur les ondes, un député macroniste traite l'un des porte-parole visibles du mouvement de "profond débile". On progresse.

L'Elysée théâtralise encore davantage en mentionnant que Macron reçoit Castaner à la mi-journée. La mobilisation est en baisse, mais dans les sondages, les Gilets Jaunes cartonnent.

A l'Elysée, Macron peaufine sa prochaine diversion. A quatre semaines du scrutin européen, la Macronie n'a toujours pas publié son programme.


Ami macroniste, où en es-tu ?







13 avril 2019

Pourquoi le macronisme est oligarchique, violent et extrême (622ème semaine politique)

 

 

Le macronisme n'est pas qu'une défense souriante mais implacable de l'oligarchie. Il porte un souci de paraître "équilibré", il s'attache à renvoyer ses critiques vers des "extrêmes" par définition effrayants, ce qui est sa garantie de survie politique. Pour occuper un espace qu'il juge central, il fait mine d'emprunter à sa gauche et à sa droite. Ses supporteurs répètent si souvent que s'ils sont attaqués avec autant de force par leur droite et par leur gauche, c'est bien qu'ils sont dans une position centrale. On confond ici la situation centrale avec du centrisme politique. 

 

Car le macronisme, et sa magie du "en même temps", est une protection oligarchique violente et extrême.


La magie du "En même temps"
Pour occuper cette position centrale, la macronie n'hésite pas à emprunter aux extrêmes. Ainsi sur l'écologie, elle a choisi un mode opératoire plus extrême encore que celui de Sarkozy entre 2007 et 2012. A l'époque, l'ancien monarque avait ouvert son quinquennat par un Grenelle de l'environnement, l'occasion somme toute hypocrite, de mettre sur un pied d'égalité pollueurs et pollués, industriels irresponsables et défenseurs de l'environnement, pesticides et santé publique, etc. Puis, lassé par le faible gain électoral que cette manœuvre lui avait procuré, Sarkozy avait l'honnêteté intellectuelle de faire machine arrière - "L'environnement, ça commence à bien faire", mars 2011 -  voire propagé les pires clichés des climatosceptiques - "Il faut être arrogant pour penser que c'est l'Homme qui a changé le climat", septembre 2016.
"Je sors de ma zone de confort." Pascal Durand (ex-EELV rallié à Macron)
Dix ans plus tard, le macronisme fait pire. Il autorise Pascal Canfin à se féliciter que Macron soit "le premier chef d’Etat au monde à dire non à des négociations commerciales au nom du climat", ce même Macron qui a ratifié un CETA tout aussi détestable pour la cause climatique.

Le macronisme emprunte le discours écolo d'un Canfin (numéro deux sur la liste européenne des macroniste) "et en même temps" il recrute Jérémy Decerle, le patron des Jeunes Agriculteurs, un mouvement syndical agricole "à la pointe du combat contre le changement climatique et sur les enjeux de santé publique liés aux produits phytosanitaires." Si Canfin avale sa cravate de nouveau cadre macroniste, Decerle n'est pas mal à l'aise, bien au contraire. Il défend avec plaisir la loi EGALIM sur l’agriculture et l’alimentation votée en 2018 qui a réduit les ambitions françaises en matière d'alimentation bio dans les cantines au profit d'un engagement de "50 % de produits durables ou de labels de qualité", dont un minimum de 20 % de produits bio repoussé "à horizon 2022" (la France insoumise proposait un objectif de 100%).
"C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas" Didier Guillaume, actuel ministre de l'agriculture, octobre 2018.
La magie du “en même temps” conduit le même macronisme à célébrer le nombre de jeunes LGBTQI accueillis par  l'association Le Refuge, et à tolérer dans ses rangs la députée Agnès Thill (qui fustigeait le "puissant lobby LGBT à l’Assemblée Nationale" en novembre 2018), ou le ministre Darmanin qui exprimait son dégout pour le mariage gay. Elle autorise Macron a célébrer l'Europe de la liberté et laisser Julian Assange être expulsé de l'ambassade équatorienne (après que l’Equateur ait reçu de nouveaux financements du FMI et de la Banque mondiale pour 10 milliards de dollars), arrêté puis extradé vers les Etats-Unis sans rien dire ni rien faire.


La magie du “en même temps” permet à l'ex-lobbyiste des assurances devenue secrétaire d'Etat à l'Europe de répéter l'argument des néonazis français contre les ONG ("Les passeurs se servent des ONG pour faire leur trafic : ils mettent des bateaux à la mer et considèrent que les ONG vont les récupérer") "et en même temps" afficher sa compassion aux souffrances endurées par les réfugiés. La même semaine, Christophe Castaner s'était senti obligé d'exhumer deux rapports de Frontex d'il y a trois ans pour justifier ses propos qui lui ont valu une "adhésion d'honneur" à Génération identitaire. Pire, ces rapports ont été depuis contestés par une enquête indépendante.

Castaner bave, Montchalin braille, les xénophobes applaudissent.

Politiquement xénophobe "et en même temps" humaniste, le macronisme fait des miracles.


Le projet macroniste est extrême.
Il a supprimé le rééquilibrage fiscal opéré au début du quinquennat Hollande, il a allégé comme jamais dans cette République les impôts de quelques milliers de foyers les plus riches du pays à un moment où au contraire, les manques de financements publics- pour les retraites par exemple - sont criants.

Pour justifier ce hold-up des riches sur les autres, l'argument est double et imparable: primo, les riches vont réinvestir dans l'économie, sans contrainte ni incitation particulière, l'argent ainsi économisé sur le dos des impôts ("le ruissèlement"). Secundo, les prélèvement obligatoires seraient trop élevés en France. Ce dernier argument est cher aux idéologues libéraux, il a d'ailleurs convaincu la quasi-totalité des esprits médiatiques: il assimile aux impôts (qui financent notamment les services publics) les cotisations pour les retraites, la santé ou le chômage. Or cette dernière dépense, qu'elle soit socialisée en France ou du ressort privée, reste à vocation individuelle. L'attaque contre le poids des cotisations sociales est ancienne. C'est le vieux fond de sauce conservatrice archi-usé par les néo-conservateurs, Reagan et autres Thatcher, à une époque où Macron n'était qu'un poupon, pour abimer la solidarité nationale.

Il n'y a rien de centriste à reprendre ces vieux arguments de la droite libérale et atlantiste.

Cette attaque oligarchique contre les prestations sociales n'empêche pas les macronistes de faussement reprendre à leur compte le concept de SMIC européen pour mieux le dénaturer: "Il faut au minimum un Smic dans tous les pays de l’UE" explique la tête de liste LREM Nathalie Loiseau. "Et, partout, un Smic qui permette un revenu décent. C’est-à-dire, par pays, au moins la moitié du salaire médian." La moitié du salaire médian ? C'est justement la définition statistique ... du seuil de pauvreté. Notez l'arnaque: ce SMIC européen serait donc doublement variable - non seulement entre les différents pays européens (dont les situations économiques varient) mais aussi à l'intérieur de chaque pays (puisque le salaire médian n'est jamais figé). Mieux, cette proposition est inepte: 22 pays de l’UE ont déjà un salaire minimum national, et les 6 autres un salaire minimumpar branche. La question du SMIC européen est donc celle de son harmonisation. En novlangue macroniste, le SMIC européen se cale sur l'exact définition du seuil de pauvreté, "un revenu décent" commente Loiseau. Cela placerait notre SMIC national à 300  euros de moins que son niveau actuel, histoire d'illustrer l'ineptie de la proposition.

Pour financer le hold-up oligarchique, le macronisme va jusqu'à la privatisation de quelques bijoux nationaux - comme ces deux rentes profitables que sont la Française des Jeux, et les aéroports de Paris (Orly, Roissy). Échaudés par les conséquences hallucinantes de la privatisation des autoroutes françaises, une autre infrastructure de transport - inflation pour les usagers, profits records pour les entreprises - , près de 240 députés et sénateurs de l'opposition ont déposé devant le Conseil Constitutionnel un texte de demande de référendum d'initiative populaire. Le clan macroniste n'a découvert cette alliance de toutes les oppositions que trop tard pour la saborder.

Pour la liberté de manifester



Cette protection de l'oligarchie passe par des complicités voyantes.
Avant d'être ministre du travail, Muriel Pénicaud était administratrice d'ADP. Puis voici l'épouse de Gilles Le Gendre, président des députés macronistes qui est nommée directrice de la communication de la FDJ, sans que cela conduise Le Gendre à se mettre en retrait de l'examen de la privatisation de l'entreprise.

Cette protection s'étend aux valets de l'oligarchie. La star de ces derniers est sans conteste Alexandre Benalla, que l'accumulation des révélations de ses manipulations, mensonges et autres délits n'empêche pas de vivre libre et de voyager en Afrique avec un passeport diplomatique tandis que le gilet jaune et ex-boxeur Christophe Dettinger croupit en prison après un jugement expéditif.

Mais le projet macroniste est aussi extrême en matière de libertés publiques. Heureusement, parfois, les institutions se révoltent. Cette semaine, la ministre de la justice Nicole Belloubet s'est vu retoquées les mesures les plus liberticides de son projet de réforme de la justice: exit l'extension des pouvoir du Parquet (et non des juges d'instruction) pour le placement d'écoutes. La loi anti-casseurs s'est vue aussi censuré de sa mesure-phare, l'interdiction individuelle de manifester qu'un préfet aurait pu délivrer à l'encontre de tout suspect. Samedi 13 avril, une quarantaine d'organisations dont Amnesty international, des associations de parents d'élèves dont la FCPE, Attac, France Nature Environnement (FNE), Greenpeace, la Ligue des Droits de l'Homme, ou la Cimade appellent à manifester contre ce texte:
"La loi dite « anticasseurs » est un coup très dur porté au droit de manifester pacifiquement en France. Cette loi, qui entrera très prochainement en vigueur, s’ajoute à la longue liste des restrictions arbitraires à la liberté de manifester observées en France depuis plusieurs mois : usage disproportionné de la force, utilisation massive d’armes qui mutilent, interpellations préventives et gardes-à-vue infondées contre des milliers de manifestants pacifiques." (Amnesty International)


Le macronisme réécrit la réalité. 

Il pourfend les "Fake News" mais il fabrique puis propage les siennes. Emmanuel Macron, roi des Fake News, titre Mediapart le 9 avril 2019. Il y a de quoi. Ses déclarations les plus choquantes - sur le "travail en traversant la rue", les Gilets Jaunes assimilés à "50 000 ultras", les "femmes africaines et leurs 7 enfants", la   - sont mensongères mais assénées avec assurance, avant d'être parfois, atténuées pour leur donner une once de réalisme. Ses ministres mentent sur le soutien français (réel) aux attaques saoudiennes au Yémen, sur le nombre de chômeurs "trop indemnisés", ou sur les violences policières.

La fabrique de la réalité permet de survaloriser des sondages anecdotiques et d'en contester d'autres plus éclatants. Ainsi une popularité à 30% est-elle commentée comme une preuve de majorité ou de popularité politique. Mais un score à 50 ou 60% de soutien aux Gilets Jaunes n'empêche nullement les macronistes à juger ce mouvement comme "minoritaire". La promesse d'un score à moins d'un quart des suffrages exprimés au prochain scrutin européen est présentée comme un succès électoral (la seule réalité sondagière est que l'opposition écologiste et de gauche est collectivement largement au-dessus de la Macronista, mais sa division inédite permet au clan jupitérien de la course surface en tête), mais un soutien sondagier à 80% pour le Référendum d'Initiative Citoyenne n'est pas jugé digne d'intérêt.

La fabrique de la réalité macroniste passe par l'utilisation de centaines de comptes anonymes, parfois automatisés, sur les réseaux sociaux, comme l'a documenté Mediapart. Et ce alors même que Jupiter lui-même dénonce l'anonymat sur internet et veut légiférer sur le sujet. Ces comptes relaient la parole et les éléments de langage présidentiels pour donner l'impression factice d'un mouvement de soutien populaire. Ils servent aussi à harceler l'opposition politique sur les réseaux sociaux. Ils servent parfois à relayer des vidéos illégales et mensongères transmises par le cabinet élyséen lui-même.

Last but not least, la fabrique de la réalité a été théâtralisée à l'extrême lors du Grand Débat. Pour 12 millions d'euros, cette manœuvre politique s'est clôturée dans la plus grande des confusions et des  mensonges, un vrai fiasco: le nombre de contributeurs a été bidonné. L'ex-lobbyiste de Danone devenue secrétaire d'Etat à l'environnement Emmanuelle Wargon avait ainsi clamé que 1,5 million de personnes avaient participé, dont un tiers via les "cahiers citoyens", un chiffre surestimé du double d'après les analyses d'un cabinet indépendant. Ensuite, plus de la moitié des contributions ont simplement été zappées, explique le site Les Jours.

Le compte rendu officiel, par Edouard Philippe, des conclusions de ce Grand Débat fait rager, ou sourire. Le clan macroniste estime que les priorités dégagées de ces semaines seraient de baisser les impôts, d'accorder plus d'importance aux territoires qu'aux grandes métropoles, d'améliorer la démocratie participative et de "cesser l’écologie punitive". Exit la justice fiscale (dont le rétablissement de l'ISF ou la réduction des exonérations fiscales pour les grandes entreprises), le RIC, ou une fiscalité écologique plus juste.

Ce Grand Débat se termine ainsi par un effet Boomerang. Déjà, une immense majorité de sondés se déclare déçue. Et l'on murmure que Macron est usé, fatigué, inquiet que les Gilets Jaunes reprennent leur mouvement de plus belle alors que les beaux jours du printemps arrivent.

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Macroniste anonyme, où es-tu ?




6 avril 2019

Ce fascinant mépris macroniste (621ème semaine politique)

Crédit: Enlysée, la boutique du ruissellement

 

Alors que les élections européennes sont pour bientôt, et sans programme macroniste, le jeune monarque veut clore son grand débat. Mais il dérape sur une formule méprisante. Le logement s'effondre, les arrestations et les mutilations de contestataires se multiplient. Et les ministres multiplient les gaffes et les mensonges. La réalité s'obstine: cette politique est un échec violent.


Le mépris

"Le risque serait de dire que 'la réponse au débat, c’est 66 millions de réponses et ne bougez pas, j’ai mon chéquier dans la poche'″ . Emmanuel Macron, 3 avril 2019

Voici comment Jupiter ose donc conclure la longue séquence du Grand Débat. L'opération a rassemblé une petite frange de Français âgés, inactifs et majoritairement bourgeois. Mais quel succès nous dit-on ! Le cirque présidentiel a été couteux. Pour chaque déplacement, des centaines de policiers et gendarmes et leurs fourgons, comme cette semaine en Corse, sont dépêchés pour sécuriser les lieux autour d'un jeune monarque devenu l'incarnation de toutes les haines.

A l'Assemblée nationale, la clôture du débat est un fiasco général, et se déroule dans l'indifférence générale, y compris des élu.e.s de la majorité macroniste qui ont tout simplement déserté l'hémicycle. Et pour cause, les ministres qui se succèdent à la tribune mardi et mercredi expliquent benoitement que cet échange parlementaire ne sert à rien: "En tant que ministre, je ne vais pas faire des propositions alors qu’il y a une restitution qui va avoir lieu le 8 avril" (de Rugy). On ne saura rien avant le 8 avril.


Mais malgré le biais sociologique évident des débats publics, les sondages, les contributions, les témoignages convergent tous vers cette conclusion d'un besoin de plus grande justice fiscale, une conclusion qui effraie suffisamment Macron pour qu'il lâche cette formule méprisante en public, un mercredi d'avril, lors des assises des maires de Bretagne, à Saint-Brieuc. Macron a la trouille, sacrément la trouille. Alors il bredouille des éléments de langage, pour l'essentiel vides de sens et sans promesses: "C’est vrai qu’il y a eu un manque de réponse en terme d’égalité, et en particulier d’égalité des chances, donc il faut faire le diagnostic clair des injustices exprimées et qui existent et des réponses qui permettent de s’attaquer à la racine." Mais sans retenue, il confie son mépris, il n'aura pas "son" chéquier "dans la poche".

Non, camarade président, ce n'est pas ton chéquier. Tu n'es qu'un élu.  Cet argent est le nôtre.

Jupiter avait pourtant "notre chéquier en poche" pour rendre 5 à 6 milliards annuels aux foyers les plus aisés du pays, et encore 20 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales sans contreparties aux plus grandes entreprises du pays.

L'une des rares idées de réformes post-Grand Débat qui a fuité n'est pas fiscale, elle concerne la haute fonction publique. Énarque lui-même, mais favorisé par des généreux protecteurs (on se souvient du don d'un demi-million d'euros du millionnaire Henry Hermand au jeune Macron, ou du pantouflage rapide à la Banque Rothschild) Macron aurait envie de "tout bousculer". Pointer le doigt vers la Fonction Publique est une manœuvre facile pour tenter de divertir l'attention des Gilets Jaunes. Déjà, un projet de réforme de la fonction publique dans son ensemble est à l'étude. Un ex-socialiste, Olivier Dussopt, a été chargé de faire passer la pilule thatchériste: mise en concurrence des personnels par le recours accru aux agents contractuels, réduction du nombre de représentants des salariés par la fusion des instances représentatives du personnel, introduction du contrat précaire (le fameux "contrat de projet").


Les mensonges

Dans le pays, les ministres transpirent à force de croiser cette guérilla contestataire qui ne faiblit pas.

Ainsi des grévistes hospitaliers rappellent-ils à la ministre Agnès Buzyn lors d'un déplacement à Lyon, combien les services d'urgences se dégradent. 

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, a survécu au fiasco de Parcoursup (rappelez-vous cette moitié des candidats bacheliers refusés de tous leurs choix 10 jours avant le ... bac; ou la centaine de milliers sans affectation quelques semaines avant la rentrée), à la réforme du bac qui promeut les matières les plus élitistes et régionalise le bac par le biais d'un contrôle continu local et non national, tente maintenant de convaincre que sa réforme de "l'école de la confiance" n'a rien à voir avec l'objectif de réduction des moyens et les suppressions de postes qui ont repris à la rentrée dernière. Entre 15 et 25% des instituteurs/rices se sont mis en grève jeudi.

Le secrétaire d'Etat Julien Denormandie est obligé de répondre à l'humoriste Blanche Gardin qui a refusé une décoration des arts et des lettres au motif qu'elle ne peut l'accepter d'un gouvernement qui n'a pas respecté ses promesses vis-à-vis des sans-abris. Le trop jeune ministre lâche que "jamais aucun gouvernement n'avait autant ouvert de places d'hébergement d'urgence" et, plouf plouf, il oublie de préciser qu'il a réduit de 57 millions d'euros le budget des centres d'hébergement d'urgence en parallèle (dont 20 millions en 2018).

Clap, clap, clap...

Avait-il aussi quelques commentaires au premier bilan désastreux de la politique du logement ? Le Canard Enchainé s'attarde sur quelques mauvaises nouvelles: la construction de logements sociaux s'effondre, affectée par les réductions de budget alloués aux HLM (1 milliard d'euros d'économie par année): "la Caisse des Dépôts devrait annoncer, le 11 avril, que le nombre de logements sociaux financés en 2018 s'est effondré de 20 à 25%." Et "la crise gagne aussi les logements non sociaux": le volume de mises en vente de logement s'effondre aussi dans le Grand Paris (-21% au premier trimestre 2019), à Lyon (-29%) et dans le Grand-Est (-35%). Entre décembre et février 2019, les permis de construire et les mises en chantier ont aussi reculé, de plus de 10%.

Gérald Darmanin, aux Comptes Publics, cumule les provocations et mensonges: avec l'appui d'Emmanuel Macron, il saborde le travail de son collègue de la Culture, l'effacé Riester, en prévoyant de supprimer la redevance audiovisuelle. Il raconte également n'importe quoi sur la croissance française (dans le dernier tiers de l'Union Européenne) pour justifier une politique qui ne marche pas. Darmanin invente enfin un excédent commercial français qui n'existe pas.

Clap, clap, clap...

Lui et son collègue Bruno Le Maire s'empêtrent aussi dans la réforme des retraites. Macron laisse ses sbires "spoiler" quelques idées, voici confusion, mensonges et approximations. Bruno Le Maire raconte à son tour n'importe quoi sur RMC à propos des pensions de réversion. Le même ministre fronce les sourcils et fait les gros yeux contre les retraites-chapeaux dont se gavent, souvent discrètement, les grands patrons du CAC40: le montant annuel accordée dans ces dispositifs favorisés ne devrait pas dépasser 30 % du salaire annuel des bénéficiaires... On est soulagé ! Pas un mot sur les actions gratuites dites "de performance", la baisse de fiscalité des revenus du capital et de la spéculation. Pas un lot non plus sur le simple fait, inique, que ces retraites chapeaux, à la différence des autres retraites, sont exonérées de cotisations sociales et de GSG. Quant au timing de cet "encadrement", il faudra attendre ... l'an prochain. Pas d'urgence en la matière...

Clap, clap, clap...

Sur les retraites, Macron enfume son auditoire, pour justifier un énième report de l'âge de départ ou une extension de la durée de cotisations: "On part aujourd'hui à la retraite à peu près au même âge qu'en 1980." Il a raison, mais là n'est pas le sujet: l'âge en bonne santé, lui, stagne depuis 10 ans. En 2016, rappelle le ministère de la santé, "l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne, s’élève en France à 64,1 ans pour les femmes et à 62,7 ans pour les hommes." Et les inégalités de santé sont encore faramineuses.


La nausée

Jeudi, le Conseil constitutionnel censure l’interdiction individuelle de manifester prononcée par le préfet prévue dans l'une des lois liberticides du clan macroniste. Patatras ! Les sages ont jugé que cet article 3 de la loi portait tout simplement atteinte au "droit d’expression collective des idées et des opinion". Ailleurs, Macron et ses fans bavent leur amour de la démocratie européenne, mais ici, les Conseil Constitutionnel les rappelle à l'ordre.


Dans les rues de France, CRS et policiers continuent leurs violences. Le journaliste David Dufresne tient les compteurs à jour: au 5 avril,
  • 599 signalements
  • 1 décès
  • 235 blessures à la tête
  • 23 éborgné·es
  • 5 mains arrachées
Le sinistre Castaner nie les images video qu'on lui présente d'un jeune manifestant frappé au visage malgré son attitude pacifiste (même le préfet local rétropédale, mais pas le ministre). Le Media diffuse le témoignage ahurissant d'une victime d'arrestation, sans motif, un jour de manif des Gilets Jaunes. Un "dommage collatéral" de cet adage macroniste odieux: "elle n'avait pas qu'à se trouver là".

Quand il ne donne pas des conseils de sorties en boites de nuit à Paris dans les colonnes du point, Christophe Castaner dresse des ponts avec l'extrême droite italienne. La manipulation est toute macroniste: il appuie les ONG "et en même temps" il dénonce la collusion "réelle" de "certaines" avec les passeurs. Etre humaniste "et en même temps" xénophobe, est un tout un art. Vendredi, Castaner et Salvini posent ainsi ensemble, tout sourire. C'est le "G7 des ministère de l'intérieur". Castaner s'excuse presque de cette familiarité. Il prend moultes précautions pour justifier qu'il ne "soutient pas" Salvini, et pourtant il valide une à une les positions du neo-fasciste italien. "A ma grande satisfaction, je ne suis pas le seul à avoir des doutes sur les ONG en Méditerranée" se félicite Salvini. 





Et l'idiot utile de la Macronista sourit benoitement à ses côtés tout en déclarant ceci: "en Méditerranée centrale, on a observé, et de façon tout à fait documentée, je vous le dit, une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG". Notez les artifices de langage, il qualifie de "réelle" de la collusion et, dans la même phrase, minore immédiatement son propos par les formules vagues de "certaines ONG" (lesquelles ?) et "à certains moments". La manipulation est un métier.



A ce G7, les ministres ne parlent, ou si peu des réfugiés et des migrants. Dans le communiqué officiel, l'accent est placé sur "la lutte contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains dans les pays d’origine et de transit". Pas un mot sur la réduction des soutiens aux ONG, voire leur empêchement par le biais de refus d'accostage, ou l'interdiction de donner soins et repas aux réfugiés. Pas un mot non plus sur la dégradation des conditions de l'asile: réduction des délais de dépôts de dossier, allongement des délais d'emprisonnement, y compris des familles et des mineurs. Au contraire, les 7 s'autorisent ce commentaire surréaliste quand on connait les récentes mesures adoptées par la France, l'Italie et même le Royaume Uni: au milieu des 13 mesures et déclarations d'intention contre le "trafic des migrants", il y a cette ambition de "faciliter l’accès à l’asile pour les réfugiés nécessitant la protection internationale, notamment grâce aux mesures de réinstallation et au renforcement des systèmes d’asile des pays de transit". Belle novlangue, incroyable décalage entre la réalité et les actes. Ces gens-là vivent dans un monde parallèle.

Les 2 300 réfugiés identifiés noyés en Méditerranée en 2018 vous remercient.



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Ami macroniste, où es-tu ?