24 mai 2019

Pour l'Europe, contre Macron - 628ème semaine politique



La campagne pour le renouvellement du parlement européen s'achève et Emmanuel Macron a peut-être remporté son pari: l'abstention s'annonce massive. Et pourtant, cette élection est la première où le choix peut se porter largement contre Le Pen/Bardella et Macron/Loiseau, "et en même temps" pour l'Europe.



Macron se jette dans l'arène, vraiment ?

La macronie met en scène sa mobilisation contre l'abstention, plutôt que de parler de son propre programme. D'un parti qui n'a osé publier ses propositions pour les 5 années à venir que trois semaines avant le scrutin, un véritable sabotage politique assumé, cette mobilisation sonnait fausse.

Il y a donc cette video présentant une brochette de ministres (Parly, Blanquer, Wargon, Buzyn, Penicaud, etc) et de "ténors" (Aurore Bergé, Stanislas Guerini), en plein recrutement téléphonique pour le vote de leur liste "Renaissance". Qu'une pareille équipe se mettent ainsi en scène est risible et outrancier.

Il y a surtout cette vidéo publicitaire du youtubeur Hugo Travers, employé de l'agence Blog Press Agency, où le vieux/jeune monarque déploie ses arguments, il répète en boucle le story-telling de sa propre aventure politique et les injonction à la mobilisation: "Si vous n'aimez pas le système dans lequel on vit, changez-le !" Oubliera-t-on la répression inouïe, les menaces et les mesures liberticides pour décourager les Gilets Jaunes, les étudiants, et toutes la manifestations mobilisant des oppositions à sa politique en France ? Macron est tel un Poutine qui donne des leçons d'engagement politique.

Le YouTubeur n'est pas à la hauteur. Il n'est pas journaliste, il ne relance pas. Il survole les sujets. Il ne contredit pas quand Macron ment (la séquence sur les lobbys est croustillante); HugoTravers n'évoque pas la loi contre les lanceurs d'alerte; il oublie même de demander à Macron pourquoi ses propositions européennes ont été dévoilées si tard. On apprend de Macron qu'il a "perdu" sur le glyphosate "à cause du lobbying par ailleurs". Tiens donc... Et donc, comment le croire efficace demain s'il a perdu hier sans proposer une seule mesure correctrice contre le poids des lobbys dans son programme européen ?

Les médias officiels également tentent de rattraper leur retard: LCI enquille deux débats lundi (245 000 téléspectateurs puis près de 500 000 téléspectateurs); France 2 suit avec une Emission Politique mercredi (2 millions) où les têtes de liste de la droite furibarde (LR), de l'extrême droite  (RN) et des macronistes se portent pâle. Jeudi, "l'ultime débat" sur BFMTV (473 000 téléspectateurs) permet à Manon Aubry d'éteindre Nathalie Loiseau sur l'hypocrisie macroniste des ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite qui violent les traités européens de sécurité. Et à Hamon de rappeler à Bardella (RN) ses origines immigrées alors que le "leader" frontiste arranguait le plateau contre les migrants.

L'Europe abîmée
Au nom du chantage à la paix, on simplifie les enjeux (pour ou contre l'Europe ? Populisme contre Europhiles ? etc), on étouffe les échanges sur les propositions concrètes des rivaux, et on agite les peurs (la guerre, le chaos, la faillite) pour forcer l'application d'un modèle de libre concurrence (y compris fiscale), de négligence écologique, et d'affaiblissement social au nom du Marché.

Macronisme et frontisme sont les deux actes d'une mauvaise pièce de théâtre, chacun nourrissant l'autre de ses caricatures; chacun aidant l'autre à étouffer le débat de ses rivaux. Mais pire, l'orchestration du débat politique autour de ce scrutin européen est à l'image de l'Union européenne elle-même: une caricature, comme celle dans laquelle la Grèce est tombée il y a 4 ans. En 2015, la faillite de Syriza en Grèce à respecter le vote des urnes et sa capitulation devant la Troika (Commission européenne, FMI et Banque Mondiale) est l'illustration du même chantage "chaos ou libéralisme": quelques mois avant Syriza, dirigée par Alexis Tsipras, avait remporté les élections législatives (avec une majorité relative des suffrages), et écrasé le PASOK.

Pendant des mois, son équipe gouvernementale a ensuite tenté de négocier un assouplissement des conditions de "redressement" économique que la Troïka lui imposait pour rembourser (et sauver) les banques européennes (allemandes et françaises notamment). Malgré un référendum populaire où le refus des exigences de la Troïka l'avait emporté, Tsipras avait choisi de se coucher et de trahir le résultat du référendum. Surendettée auprès de banques européennes sur la foi de statistiques tronquées et de banques d'affaires qui recrutent à la Commission européenne, la Grèce a privatisé jusqu'à son patrimoine, réduit l'espérance de vie de ses concitoyens, augmenté la pauvreté et le chômage à des niveaux affolants.

Certains ont vu dans ce revirement de Tsipras une victoire du réalisme, la prouesse tactique d'un homme à canaliser la colère sociale. Tsipras a surtout dégouté des légions de citoyen(ne)s de l'action politique. Pour le scrutin de mai 2019, le premier depuis 2015, la droite est donnée gagnante. Tsipras a explosé la gauche qui l'avait porté au pouvoir. Mais le cas de Tsipras n'est pas grand chose. Il y a plus grave, un échec symbolique porteur de plus graves déceptions encore: en Grèce, en 2015, l'Union européenne toute entière s'est abimée. Elle a montré le véritable visage de ces faux béats en tee-shirt bleu qui aujourd'hui bafouillent leur amour de la paix et de l'union, mais cachent leur programme de fracture sociale et fiscale. L'Union européenne s'est abimée, écrivions-nous, "en démontrant qu'elle était incapable de solidarité, qu'elle préférait le dépeçage d'une économie et l'absurdité austéritaire."

Depuis 2016, l'Union s'est abimé à bien des occasions, et notamment en matière internationale: la crise des réfugiés a révélé qu'elle n'était qu'un club de riches effrayés: en Italie, en Autriche, en Hongrie et en France (avec Macron), des lois anti-migrants ont été votées, sans gêne, tandis que, à l'exception de l'Allemagne en manque de main d’œuvre, les États européens étaient incapables d'apporter une réponse à la hauteur de leur déclaration.

Jean-Jacques Bourdin: "Monsieur Alliot, vous approuvez la politique du gouvernement vis-à-vis des migrants ?"
Louis Alliot (RN): "Monsieur Bourdin, je n'ai pas à l'approuver, cela fait trente ans qu'on la défend."
RMC, BFMTV. 30 mai 2018

Pour lutter contre le dérèglement climatique, l'Union a aussi montré ses limites. En France, le macronisme au pouvoir a porté un coup dur à la transition écologique non seulement nationalement mais aussi au niveau européen. Les agitations publicitaires de quelques ministres ex-lobbyistes de grands groupes (Poirson, Wargon) ne font pas une politique.

L'Union s'est abimé mais elle est encore le meilleur endroit pour agir sur les sujets qui comptent, à condition d'y réformer ses institutions, d'accroitre les pouvoirs de son Parlement élu. 

Le scrutin européen est une chance: il n'y a qu'un tour, mais il est proportionnel. Les vieux chantages RN/LREM ne jouent pas. Ils ne servent à rien. 
 
Les députés frontistes ne servent pas davantage. Il y a 5 ans, le Front national ne créait plus la surprise mais emportait le scrutin européen en France en envoyant le plus fort contingent. Le bilan de ses député(e)s est nul: le groupe a perdu des troupes (9 sur 24!), les député(e)s restants sont surtout abstentionnistes, et le FN a surtout marqué par les détournements de fonds pour se payer des assistants (17 députés mis en cause), et ... de joyeuses dépenses de frais de bouche. Et les votes ont été systématiquement contre, même lorsque les mesures allaient dans le sens de leurs promesses.


C'est le premier scrutin depuis 2017 où l'on peut voter "pour", "et en même temps" contre le macronisme et son idiot utile, le Rassemblement national.

Ami citoyen(en), aux urnes !



11 commentaires:

  1. La liste LRM est la première et la seule à avoir dévoilé son programme européen : elle l'a fait aux présidentielles de 2017, et n'en a pas changé depuis ; et son programme européen, c'est justement l'essentiel de son programme ! Ensuite, il faut se battre, ce que Macron n'a cessé de faire, car tout ne dépend pas d'elle : il y a d'autres États européens, il y a eu le Brexit, il y a eu ces ahuris de Gilets Jaunes...Mais, du moins, n'a't-elle pas changé de "plan B" au gré des sondages, comme Mélenchon, dont le seul souci est de dépasser EELV .

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    1. C'est faux: le programme que LREM a finalement présenté pour les 5 années de mandature européen a été publié il y a 3 semaines, il est différent du programme présidentiel dans bien des points et, par ailleurs, le programme présidentiel comportait évidemment des points stricto-français qui n'ont pas leur place à l'échelon européen.

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    2. Il s'agit ici seulement du programme européen de Macron

      C'est bien celui pour lequel il s'est battu depuis son élection. Bien sûr, on ne réussit pas tout ce qu'on essaie, surtout quand on a contre soi la Chine, les USA, l' Allemagne les " illibéraux" hongrois, etc. (ça fait beaucoup !)), mais il n'a pas changé de ligne et continue à se battre.
      Enfin : il y a quand même UN Gilet Jaune qui le soutient...Ça semble peu, mais, par rapport au petit nombre de Gilets Jaunes qui restent, la proportion est élevée !
      https://www.challenges.fr/politique/une-figure-des-gilets-jaunes-annonce-qu-elle-votera-lrem_656469

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  2. La macronista c'est plus fort que TOI
    tout le monde le sais et le dit cette "défaite" (par 0,90 %) c'est une grande victoire pour Macron : il a fini d'exploser la Droite, la gauche que tu aimes Juan est explosé façon puzzle. Plus que jamais il ne reste que Macron et le FN et ça c' est une énorme victoire pour nous.
    Médite bien Juan ce cri déchirant d'une mère de famille
    " Six mois de manifestations, de blessés, de gardés à vue, de matraque, pour obtenir ça ?, a lancé Elodie, mère au foyer de 47 ans, amère, presque en colère. Les gens n’ont pas encore assez souffert ? C’est plus que de la déception, j’ai envie de vomir… On est en dictature et tout le monde s’en fout ! Ça fait six mois qu’on lutte pour une cause juste : vivre décemment. On n’est ni raciste, ni des cas soc’, ni des alcoolos. Juste des gens qui ont envie d’un monde meilleur. Là les acquis de 36, c’est mort ! » source https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/27/chez-les-gilets-jaunes-de-rouen-que-ce-soit-le-rn-en-tete-ou-lrm-on-savait-qu-on-allait-pleurer_5467923_823448.html
    Ce cri Juan c'est notre Victoire !
    Et que nous puissions fêter une pareille victoire après ces fameux 6 mois de révolte cela montre notre force et notre résilience
    Et cela dans une élection avec 10 % de participation de plus que les précédentes !!!
    Tu n'en a pas fini avec nous Juan!!

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  3. Plutôt ratés, vos pronostics, Juan...

    - l'abstention n'a jamais été aussi faible aux européennes,

    -à 0,9 % du RN, loin devant tous les autres, Macron a atteint son but : exploser les 2 "grands partis de gouvernement " , LR et PS ( 14 % à eux deux !) qui l'imaginaient comme une parenthèse provisoire, sans comprendre que le monde avait changé, et posé pour longtemps le débat entre souverainistes RN et pro-européens libéraux,

    -par charité, on évitera de parler de Mélenchon et des Gilets Jaunes...

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    1. Bien d'accord avec toi Elie
      Juan a l'arrogance des mecs de gauche qui se sont toujours trompés et qui se tromperont toujours
      c'est pourquoi le lire est un régal pour nous, le premier cercle macroniste !

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  4. Le fascisme, c’est le vaccin de Macron contre la défaite, pour le maintien au pouvoir coûte que coûte. Sa survie ne dépend que de la présence du RN. L’un ou l’autre, ça restera le capitalisme autodestructeur (GE à Belfort) au pouvoir pour notre malheur ou notre petit confort minable tant que nous n’avons pas franchi nous-mêmes le seuil de la misère.
    Le "Premier cercle macroniste", ça c'est trés drôle, a perdu plus de 3 millions de voix depuis le 1ier tour des présidentielles...:-)

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    1. Le FN avait toukpurs été l'arme de Mitterrand pour diviser la droite et faire gagner une gauche minoritaire: avant chaque életipn, il ne manquait pas de
      relancer la question du vote drs étrangers non.communautaires aux élections locales ( jamais mise en oeuvre,bien sûr) juste pour faire monter le FN; et aux législatives de 1986, il avait introduit la proportionnelle, faisant entrer une cinquantaine de députés FN à l'Assemblée, pour tenter d' éviter la victoire de la droite, mais ça n'a pas suffi.

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  5. « On s’étonne du succès de la médiocrité ; on a tort. La médiocrité n’est pas forte par ce qu’elle est en elle-même, mais par les médiocrités qu’elle représente ; et dans ce sens sa puissance est formidable. Plus l’homme en pouvoir est petit, plus il convient à toutes les petitesses. Chacun en se comparant à lui se dit : Pourquoi n’arriverais-je pas à mon tour ? Il n’excite aucune jalousie : les courtisans le préfèrent, parce qu’ils peuvent le mépriser ; les rois le gardent comme une manifestation de leur toute-puissance. Non seulement la médiocrité a tous ces avantages pour rester en place, mais elle a encore un bien plus grand mérite : elle exclut du pouvoir la capacité. Le député des sots et des imbéciles au ministère caresse deux passions du cœur humain, l’ambition et l’envie. »
    Chateaubriand

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    1. @ Robert Spire

      Les médoocres, ce sont toujours les autres...

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  6. Pour tous ceux qui douteraient du succès de Macron aux européennes...( Évidemment, aucune valeur pronostique : beaucoup de choses vont se passer en 3 ans ! ) :

    https://www.bfmtv.com/politique/s-il-y-avait-une-election-presidentielle-ce-dimanche-un-sondage-donne-macron-et-le-pen-en-tete-1702096.html

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