29 juin 2019

Les "morts utiles" de Macron - 633ème semaine politique

 

Il fait chaud en France, épisode caniculaire qui frappe jusqu'à 45 degrés ou plus. Pour le  gouvernement, c'est carrément une aubaine, l'occasion d'effacer les mauvaises polémiques sur l'affaire Benalla, les Gilets Jaunes, les violences policières, les sanctions contre les chômeurs, la grève des urgences, ou la privatisation d'ADP.


Edouard Philippe fait fermer 4000 écoles. Elisabeth Borne, ministre des Transports, invite les Français à "décaler leurs déplacements." Le ministre de l'agriculture promet d'interdire le transport des animaux à cause de la chaleur. Le ministre Blanquer fait reporter les épreuves du Brevet des Collège. Et la ministre de la Santé a encore le lapsus fâcheux:
"Ma priorité, c'est qu'il n'y ait pas de morts inutiles."
Pauvre Madame Buzyn... Sa carrière ministérielle est entachée de bourdes de classe et autres saloperies bourgeoises. La canicule permet d'oublier que des centaines d'infirmier(e)s sont en grève depuis trois mois pour réclamer quelques moyens supplémentaires à la hauteur de leurs missions. Alors le gouvernement met les gaz. Les médias adorent. La météo est le thème le plus con-venu, le plus programme le plus regardé, le sujet le plus commenté par chacun et chacune. Alors le clan macroniste en fait des tonnes sur les ondes.
"Je crois que l'intensité du phénomène que nous constatons depuis hier, pour la journée d'aujourd'hui et de demain, montre qu'il n'y avait pas de sur-réaction." Edouard Philippe, 27 juin 2019.



Loin des yeux, le jeune Gabriel Attal crame 1,5 milliard d'euros par an pour forcer les futures générations de lycéens à porter l'uniforme et saluer le drapeau, tandis que l’Éducation nationale supprime des postes par milliers, et l’hôpital public des lits par milliers.  

Loin des yeux, on apprend que le soir de la Fête de la Musique à Nantes, la police a dispersé à la grenade de désencerclement des jeunes fêtards trop bruyants.  "Réponse proportionnelle" justifient les autorités quand on découvre que 14 des fêtards sont tombés dans le fleuve voisin, L'un d'entre eux a disparu. A Paris, samedi 29 juin, un appel à manifester contre les violences policières (804 cas recensés depuis novembre et près de 14 000 arrestations préventives !) rassemble quelques milliers de personnes.
 
Loin des yeux, le gouvernement travaille à une instruction interministérielle pour imposer aux services d'urgence du 115 de communiquer aux autorités des informations sur les migrants qu'ils secourent. D'après le Monde, les services du 115 devront « communiquer mensuellement à l’OFII la liste des personnes hébergées dans un dispositif d’hébergement d’urgence », qu’il s’agisse de demandeurs d’asile ou de réfugiés. Quand la France imposait-elle aux organismes de santé et de secours de dénoncer des réfugiés ? Sous l'Occupation nazie.

Loin des yeux, le monarque a demandé à ses ministres d'accélérer la purge des hautes têtes de l'administration publique: "personne ne part en vacances si on n'a pas procéder au mouvement à la tête des administrations" a-t-il déclaré en Conseil des ministres, selon le Canard Enchainé. D'ailleurs, la succession de la magistrate qui dirige le Parquet national financier (PNF) inquiète nombre de juges. Après la désignation par Macron lui-même de l’actuel procureur de Paris, Rémy Heitz, le remplacement de celle qui chapeaute les enquêtes en cours sur l'affaire Benalla ou les compromissions du secrétaire général de l’Élysée Kohler peut susciter quelques remous.

Loin de ses ministres, le vieux-jeune monarque est en visite au Japon, pour un sommet du G7. Ce voyage diplomatique est une belle diversion. Il éloigne le monarque de l'Europe où il a fini par être la risée de la presse européenne. Par son arrogance, le jeune monarque a cassé l'axe franco-allemand, se plaint le chef des députés CDU/CSU au Parlement européen.



Ce déplacement de Jupiter au Japon est aussi l'occasion évitable de lire des commentaires parfois lénifiants d'une presse aux ordres : "les deux Premières dames ont même participé à un atelier consacré à la culture japonaise du bonsaï. Toutes deux sont apparues très complices." (Paris Match) "Ultra-lookée, elle éclipse son mari au Japon" (Public); "Brigitte Macron passe à l'action" (Paris Match)...

Ou de découvrir quelques menus détails du luxe présidentiel qui entoure ce jeune et déjà si vieux monarque. Ainsi apprend-t-on que Macron voyage avec de la vaisselle élyséenne. Après la séquence pompidolienne, Macron rejoue à de Gaulle. Il hausse le ton contre Vladimir Poutine, mais à distance (pas fou, le jeune garçon!) quand ce dernier déclare au Financial Times que le "progressisme" qu'il assimile au libéralisme (sic!) a vécu. Poutine a cette formule odieuse: "Le libéralisme présuppose que rien ne doit être fait. Les migrants ont le droit de tuer, de piller et de violer en toute impunité parce que leurs droits, en tant que migrants, doivent être protégés. C'est quoi, ces droits ? Tout délit doit être puni". Macron réplique, il fait part de son "désaccord irréductible". Au passage, il développe un curieux concept, les "démocraties illibérales" (?): "Les démocraties illibérales ou les régimes illibéraux peuvent donner le sentiment d'être plus efficaces que les démocraties libérales à certains moments, ils peuvent l'être parce qu'ils ont beaucoup plus de marge de manœuvre".

Cet entretien de l'autocrate russe tombe à pic . Qui a oublié que Jupiter a reçu en grandes pompes au Château de Versailles ? Macron célèbre la générosité des démocraties libérales. Qui a oublié la répression anti-migrants qu'il a mise en œuvre en France ? A Paris, la CIMADE s'inquiète des suicides dans les centres de rétention.



Au Japon, les 7 principales puissances du globe font leur cirque. Macron "riposte sur le climat". En France, son inaction est coupable. Le Haut Conseil pour le Climat publie son premier rapport, son premier bilan est détestable de pessimisme. Il couvre 2015-2018, la fin Hollande et le début de Macron, double échec, double misère: la France est à la traine de tous ses objectifs de dépollution, réduction des émissions de gaz à effet de serre et transition écologique: 
  • le plafond d’émission de gaz à effet de serre n’a pas été respecté;
  • la réduction même des émissions de gaz à effet de serre est deux fois trop lente;
  • l’électrification des véhicules est en retard;
  • le report  des automobilistes vers les trains, le vélo ou la marche, sur la période 2015-2018 a été nul.

Mais il y a pire. 
Pendant que le jeune monarque fait le pitre sur les estrades du G7 au Japon, ses godillots adoptent en première lecture une loi sur l'énergie et le climat qui a été vidée de toute substance par plusieurs amendements portés par les macronistes - députés ou gouvernement. Les progrès apportés par cette loi sont ultra-minces, voire négligeables: primo, les préfets pourront déroger aux règlements des plans de prévention technologique pour autoriser des projets de production d'énergie renouvelable (article 4); secundo, l’État se dote de nouveaux "nouveaux outils pour lutter contre la fraude aux certificats d’économie d’énergie" (article 5); tertio, le gouvernement créé son Haut Conseil pour le Climat (super ! On est sauvé !).

Pour le reste, l'enfumage est total, le texte est un gadget politique pour pouvoir disposer d'une preuve votée sur le sujet.
  1. Cette loi acte le report de 10 ans (!!) de l'objectif de baisse de la part du nucléaire dans le mix électrique à 50 % (2035, au lieu de 2025). Elle reporte d'ailleurs les principaux objectifs de transition écologique adoptés sous François Hollande, en "proposant une révision des objectifs associée à des trajectoires crédibles." (article 1). Plutôt que d'agir, changeons de thermomètre !
  2. Cette loi trahit la promesse de Macron de fermer les 4 centrales à charbon encore en activité (qui émettent autant de gaz à effet de serre que 4 millions de voitures individuelles chaque année!), en se contentant de confier à une autorité le soin de fixer un "plafond d’émissions applicable, à compter du 1er janvier 2022"... sans commentaire: "Je sais que le réalisme n’est pas toujours ce qu’il y a de plus facile à défendre, mais encore une fois, ma responsabilité est de garantir notre approvisionnement en électricité, en dépit des aléas inévitables et dans un laps de temps très court" justifie le ministre François de Rugy, qui n'est plus à une couleuvre près.
  3. L'interdiction de location des logements "passoires thermiques" à compter de 2025 a été été également abandonnée. Sept millions de logements sont concernés.
  4. Les subventions et garanties à l'export continueront d'être accordées à des projets liés aux énergies fossiles à l’étranger car "une telle interdiction générale pour toutes les énergies fossiles ne parviendrait pas nécessairement à atteindre le but de diminuer la production d’énergies fossiles tout en nuisant gravement à la compétitivité des entreprises" a expliqué le gouvernement.
Cette loi baptisée "urgence climatique et écologique" ne porte qu'une urgence: satisfaire rapidement les lobbies qui s'opposent à toute contrainte au nom de la lutte contre le réchauffement climatique.
François de Rugy a beau jeu de déclarer "l'accélération écologique", il signe aussi de sa propre main un permis exclusif pour la carrière de calcaire cimentier de Brueil-en-Vexin: une extraction gigantesque de calcaire, autorisée pour 10 ans en plein parc naturel, pas loin de  Paris. Au nom d'un "réalisme" aussi futile que criminel, ces gens-là gâchent jour après jour les quelques années qui nous séparent de l'irréversible. A Perpignan, la ligne de transport ferroviaire pour les primeurs sera fermée au profit du transport routier, et l’État se tait.

"On a évité de reculer" Emmanuel Macron à propos de la lutte contre le réchauffement climatique au sein du G7...

Macron s'agite au Japon, mais en Europe, la Commission conclut l'accord de libre-échange avec le MERCOSUR  (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) dans le dos du Parlement nouvellement élu. Quel bel accord avec le Brésil dirigé par le néeo-fasciste Bolsonaro, et ses projets de déforestation en Amazonie. Cet accord prévoit notamment une réduction des tarifs douaniers sur les exportations européennes de voitures et de chimie (ah l'écologie... quand tu nous tiens...). La Commission s'abrite derrière l'engagement des parties à respecter les accords de Paris sur le climat, des accords que même la France ne respecte pas (sic!).

***

Tandis que Jupiter voyage, les votes pour l'organisation d'un référendum sur la privatisation d'ADP. progressent. Il parait que Macron envisage de reculer.







Ami macroniste, où te situes-tu ?


22 juin 2019

De la corruption de Macron - 632ème semaine politique

 

 

Brigitte compare Emmanuel à Atlas. Il est surtout temps de réaliser ce que l'on vit. Privatisation d'ADP 'au nom du "marché", réduction de l'indemnisation chômage au nom de la "nécessité", cadeaux aux riches au nom de "l'efficacité", voici une belle entreprise de corruption morale, économique, et politique.

 

CORRUPTION DES ESPRITS

Il est temps de voter. Le référendum contre la privatisation de la première frontière du pays, un monopole aujourd'hui public et profitable, ADP, nécessite 4,7 millions de votes pour éventuellement avoir lieu.

Au lancement du site officiel, piloté par le ministère de Christophe Castaner, des bugs divers, relayés sur les réseaux sociaux, ont découragé plus d'un(e) citoyen(ne). Puis une autre polémique, celle du fichage de tous les participants, a été agitée. Il est vrai que le site requiert beaucoup d'informations, jusqu'au numéro de pièce d'identité. Et à plusieurs reprises, le site rappelle que les noms des participants seront visibles de toutes et tous.

Est-ce une menace ? Sans doute. On a connu des notices d’utilisation plus discrète. Est-ce un sabotage informatique ? Sans doute pas. Depuis les bugs de l'informatisation des déclarations de revenus, on est habitué à beaucoup.

Il n'en demeure pas moins qu'il faut voter. Le principe de ce référendum est essentiel, le fichage est anecdotique - il y a des gauchistes, des socialistes, des insoumis, des libéraux, des gaullistes pour se dresser contre cette privatisation.

L'union politique dépasse les clivages habituels: privatiser un monopole est une ineptie économique, une barbouzerie financière typique mais si énorme dans cette présidence des riches.

C'est aussi une corruption.

A cause de cette privatisation, les heureux futurs propriétaires auront aussi à disposition un patrimoine foncier de 6400 hectares en Ile-de-France, dont1  242 hectares réservés à des opérations immobilières. Macron a l'écologie qui s'arrête au portefeuille. Depuis les élections européennes, il tente de "verdire" son action non pas tant par des actes décisifs que de belles promesses à la Saint-Glin-Glin. La main sur le coeur, ses perroquets répètent combien l'écologie est importante à leur yeux. Mais d'actions décisives et immédiates, il n'en est pas question. La privatisation sans contrôle du plus grand patrimoine foncier d'Ile-de-France, déjà agitée par les projets d'extension d'ADP (Terminal 4) et l'aberrant projet EUROPACITY soutenu par l'Etat après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement, est le dernier exemple d'une capitulation gouvernementale en matière d'aménagement du territoire.

Lors des 4 premiers jours d'ouverture du site de pétition, environ 260 000 votes, soit 5,5% des 4,7 millions nécessaires ont été enregistrés. Si tous les votes sont réunis d'ici 9 mois, il est possible que Macron puisse encore bloquer l'organisation du référendum. Nous vivons en monarchie "républicaine", rappelez-vous. Les zélotes macronistes sont si louangeurs de leur monarque qu'ils seront bien en peine quand un(e) autre que lui actionnera les mêmes leviers institutionnels pour asservir davantage les libertés du pays.

En plein lancement de cette pétition pour forcer le gouvernement à un référendum sur la privatisation d'ADP, la Macronista sort l'un de ses meilleurs gadgets, le Service National Universel (SNU); Le plus jeune pistonné du gouvernement, Gabriel Attal, en charge de la jeunesse puisqu'il est jeune, lance cette "coquille vide nationaliste",  un gadget qui coute à peu près l'enveloppe dégagée pour le plan pauvreté (1,5 milliard d'euros par an !!). On le voit faire des selfies, chanter la Marseillaise, saluer la levée du drapeau avec ces nouveaux scouts dont une trentaine s'effondrent de chaleur. Les réseaux sociaux sont ainsi mitraillés de clichés et vidéos, le jeune ministre déboule sur les plateaux. Dans les faits, ces néo-miliciens à qui l'on rappelle aussi la grandeur de Pétain (si, si), ne sont que 2000, tout ceci n'est qu'un rodage transformé en spectacle: le SNU, d'une durée d'un mois, sera prochainement obligatoire.

Gabriel Attal ne tiendra pas 9 mois ainsi sur cette misérable estrade. Le 18 juin, François Ruffin rassemble des représentants de toute la gauche (PS, Place Publique, PCF, écologistes) pour lancer la campagne du référendum sur ADP: "Il n’y aura pas 12 millions d’euros de débloqués pour ce référendum comme ça l’a été pour le grand débat.”. Il a raison. Ne comptez pas sur Macron pour vouloir débattre de ce cadeau qu'il compte bien faire à quelques investisseurs aux détriments de l'intérêt national.
"c’est la question des océans, des hôpitaux, des écoles, des tribunaux, de se réapproprier notre destin commun qui est posée." François Ruffin, 18 juin 2019
Pour quelle raison Macron s'obstine-t-il à cette gigantesque privatisation ? Privatiser un monopole public et rentable n'est même pas idéologique. Cette corruption n'était pas dans son programme de 2017, mais elle sert ses actions depuis lors. Sa révolution fiscale pour les plus riches et les grandes entreprises a couté près de 50 milliards d'euros, il faut bien trouver où tenir les engagements de rigueur budgétaire. La Cour des Comptes a balayé les arguments officiels - le produit de la privatisation servirait à des placements d'avenir. De nombreux réseaux privés proches de Macron se frottent les mains (lire l'excellente enquête du journaliste Marc Endeweld dans le Monde Diplomatique).
"La corruption est la perversion ou le détournement d'un processus ou d'une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d'obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d'obtenir une rétribution en échange de sa complaisance."

CORRUPTION MORALE

La réforme de l'assurance chômage procède du même objectif: prendre aux plus fragiles pour donner aux plus riches. Constat caricatural ? Jugez plutôt: 2,8 milliards des 3,4 milliards d'euros d'économies trouvées sur l'indemnisation des chômeurs se portent sur le rallongement de 2 mois de la durée de travail nécessaire à prétendre à une indemnisation (et quelle indemnisation !). Même le silencieux Laurent Berger (CFDT) se dit "écœuré" par ce projet qui frappera les chômeurs les plus précaires, dont 240 000 jeunes. Face à ces critiques unanimes de la part de tous les syndicats et l'opposition de gauche , les arguments sont étouffants, et de deux ordres: primo, il y aurait des "contreparties" qui contre-balanceront ces chocs: le plan formation aidera les chômeurs, désormais plus nombreux à plonger dans le RSA, à ne pas le rester (quelle belle promesse... sans rapport avec les difficultés de vie immédiate d'un chômeurs perdant tout ou partie ses allocations); les cadres seront frappés d'un rabaissement de leur plafond et d'une dégressivité accélérée ("faire maigrir les gros et les maigres"); les entreprises qui "abusent" des contrats courts subiront une légère hausse de leur cotisations sociales (seuls 7 secteurs sont concernés, soit 34% seulement des emplois courts).

Le second argument, plus lénifiant encore, a été servi par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud: "Si on ne fait pas d'économies, on n'aura plus de quoi indemniser les chômeurs dans 10 ans." La présidence des ultra-riches n'a plus de limites dans le mensonge rhabillé en novlangue: elle vide les caisses et a encore besoin de chiper 3 milliards de plus aux chômeurs pour financer ses cadeaux aux plus riches.

Le durcissement des sanctions contre les chômeurs, au lieu de renforcer significativement les moyens de Pôle Emploi dans la recherche et l'accompagnement, est aussi dans la loi: suppression du salaire dans la définition du caractère "raisonnable" d'une offre que le chômeur ne peut refuser sous peine de perdre ses droits; renforcement du nombre de contrôleurs, radiation pure et simple en cas d'absence à un RDV.

CORRUPTION FISCALE

Corruption également, ces promesses fiscales dont l'inefficacité et l’iniquité se dévoilent peu à peu à fur et à mesure que l'on avance dans le quinquennat. 

Ainsi la promesse vaine et hypocrite que la Flat tax favoriserait les investissements productifs débouche sur ... l'inverse. C'est tout l'inverse: grâce à la Flat Tax, qui réduit l'imposition des revenus financiers (dividendes, assurance vie, spéculation, etc) à 12,8% et les contributions sociales à 17,2% (doit plus bas que celles du Travail), les dividendes seront plus généreux en 2019 qu'en 2018: loin de favoriser l'investissement, la Flat Tax a permis aux actionnaires de différer et augmenter leur enrichissement d'une année: cet allègement devrait "induit un débouclage important des dividendes " note poliment l'INSEE. A l'inverse, les perspectives ne sont guère flatteuses en matière d'investissements l'an prochain, puis la conjoncture est plombée.

Autre cynisme, la suppression de la taxe d'habitation "va en réalité surtout bénéficier aux mieux lotis" . Voici les gauchistes du Monde (sic!), la cellule Décodeurs qui décodent la "Révolution en marche"... pour les riches: "les 20 % les plus aisés capteront à eux seuls près de 50 % des gains quand les 15 % les plus pauvres n'en tireront aucun bénéfice. La justice fiscale attendra." La suppression de la Taxe d'habitation est d'abord et surtout un cadeau pour les plus riches, combien de fois faudra-t-il le répéter ?

CORRUPTION ÉTHIQUE


Autre corruption de la pensée, l'incroyable appel de Macron à la mobilisation internationale dans la lutte contre le sida: "J'AI besoin de vous pour sauver 16 millions de vies". La personnalisation de l'enjeu est aussi indécente que l'inaction jupitérienne en la matière. Macron "qui drague les réacs de la Manif pour tous" , Macron qui séchait dès juillet 2017 l'ouverture de la conférence scientifique de la société internationale sur le sida, Macron qui réduit l'aide publique au développement et le budget de la recherche publique, Macron qui facilite l'expulsion de migrants séropositifs, Macron qui ne promet pas d'augmenter la contribution française au Fonds mondial contre le sida (alors que celui-ci manque encore de 1,8 milliards de dollars) ...

"Act Up-Paris condamne l’adoption de la loi Asile et Immigration qui entrave l’accès aux soins des personnes étrangères et la lutte contre le sida. Elle va permettre au gouvernement d’expulser des malades vers des pays qui n’ont de sûrs que le nom." Act Up Paris, août 2018.

La corruption macroniste n'est évidemment pas que des esprits. Elle est aussi pécuniaire. L'enquête progresse et les révélations du moment sur l'affaire Benalla, grâce à Cash Investigation de France 2, révèle que le fusible Benalla semble décidément bien gros pour l'ampoule élyséenne. Il est désormais acquis que Benalla a été soutenu, protégé, aidé dès la découverte de ses violences contre des manifestants en 2018, et non pas sanctionnés comme les services officiels. Qu'allait faire Benella pour ces oligarques russes ? Qu'allait-il faire en Afrique ? Qu'y avait-il dans son coffre-fort bizarrement disparu ?


***

Corruption morale, corruption éthique, corruption politique... La Macronie cache ces travers derrière une novlangue qui peine à faire illusion pour qui prend la peine d'observer.


Ami(e) macroniste, prend la peine de demander un référendum toi aussi. 

N'aie pas peur de la démocratie.



15 juin 2019

Comment Macron gouverne (toujours) avec le Parti Médiatique - 631ème semaine politique

 

 

Où il est question d'une évidence.


La rage xénophobe de cet animateur conservateur fait peine à entendre: ce vendredi 14 juin après midi, sur RMC, Eric Brunet demande à un policier, en direct, ce qu'il pense de ces "jeunes délinquants, toxicomanes, qui viendraient du Maroc mais pas seulement, qui ont moins de 12 ans et qui zonent, qui traînent dans les villes, qui sont ultra-violents, qui n'ont pas de parents, qui sont là." Brunet cite une "enquête" d'un grand reporter du Figaro, qu'il met en relation avec une question d'actualité, cette idée du gouvernement de rendre les moins de 13 ans pénalement irresponsables; ça y est, une fraction des médias de la droite furibarde ont peut être enfin un objet de polémqieu pour se désolidariser de ce "meilleur président de droite" que la France ait connu, comme le qualifiait l'ancienne conseillère politique de Nicolas Sarkozy.

Depuis le début du quinquennat, les médias ont épousé la recomposition politique: les médias dominants applaudissent ou soutiennent la Macronie - le Figaro comme le Monde, Europe 1 comme France inter, les éditorialistes de RMC comme ceux de France Culture, déploient un soutien sans faille, on va le voir, à la politique socio-économique, environnementale et même diplomatique de Jupiter. C'est un moment inédit sous cette Vème République, qui fait écho à ce rassemblement d'anciens socialistes avec des libéraux et des conservateurs pour conduire un programme plus à droite et socialement violent que le programme de Sarkozy en 2007 contre lequel ils s'opposaient à l'époque.

Ces médias dits dominants ne sont pas tous les médias: d'autres sources, plus fragiles, plus éparpillés, travaillent à couvrir la réalité que l'on voit moins souvent ou jamais dans les discours et traitements officiels - les ravages sociaux ou environnementaux, les échecs économiques de la politique de l'offre, l'hypocrisie de la diplomatie (Yémen), ou plus "simplement" le récit et l'explication des évènements loin de la com' arrangée et des présentations marketing prémâchées de l’Élysée.

Cette semaine, le premier ministre est, sans surprise, adoubé par 363 députés godillots de sa majorité. Un vrai suspense à l'Assemblée nationale ! A la conférence de l'OIT, Emmanuel Macron choisit de répéter, presque mot pour mot, l'un de ces fameux discours de Nicolas Sarkozy sur la crise, la folie de la finance, et le besoin de régulation et de changement de système.
"Faut-il attendre que la crise économique, financière, sociale et écologique se transforme en crisepolitique majeure à l’échelle planétaire, pour nous décider enfin à changer, au risque qu’il soit trop tard?Sarkozy, 15 juin 2009

"La crise endogène de notre capitalisme, l'accélération de la transition numérique et l'accélération du réchauffement climatique et de la raréfaction de la biodiversité nous conduisent à repenser très profondément nos manières de nous organiser, et rendre encore plus impérieux le multilatéralisme qui est le vôtre, qui est le nôtre dans ce monde, avec un combat : celui pour la dignité de l'homme et celui pour rendre ce monde habitable." Macron, 11 juin 2019
Devant l'OIT, les deux monarques, à 10 ans d'intervalle, jouent presque les gauchos.
"Je souhaite que l’OIT fasse des propositions concrètes pour mettre la promotion du travail décent au cœur des règles qui constitueront le fondement d’un ordre mondial plus respectueux de l’homme." Sarkozy, 15 juin 2009
"Je veux qu'on puisse continuer à défendre, en Europe en particulier, un véritable ordre public social avec toutes ses composantes." Macron, 11 juin 2019
L'intérêt de ce copié/collé presque parfait n'est pas dans le propos lui-même. Qui n'est pas d'accord avec le constat que le monde ne tourne pas rond, que les multiples crises s'additionnent, se renforcent, s'accumulent et s'aggravent ? Que cette grand crise environnementale, sociale, alimentaire, économique, financière mérite un changement de paradigme politique national, européen et mondial ?  Comme en 2009 quand un Nicolas Sarkozy ahuri par la Grande Crise braillait contre ses amis de la Finance, Macron s'étonne et gronde le "système". Mais l'intérêt de ce parallélisme est ailleurs. Comme Sarko, Macron surprend par son insincérité, par le décalage suffoquant entre ces paroles et la réalité de ses actions.

Macron a fait pire que Sarkozy pour aider la Finance, cette finance dont il dénonce aujourd'hui les excès: il a plafonné les cotisations sociales à 17,8% (sic!) et  l'impôt à 12,8% sur les revenus dela rente et de la spéculation. Macron a dérégulé plus que Sarkozy (Travail, transport, construction, environnement).  Macron a affaibli l’État davantage que Sarkozy: il abîme jusqu'à la Justice (voir à ce propos l'excellente analyse de Regards); il privatise la "première frontière de France", les barrages hydroélectriques et le rail; il allège les conditions d'aménagement du littoral; son écologisme est de façade. Il amuse la galerie avec une réunion ministérielle pour obtenir le tri sélectif dans les fast-foods (une obligation légale !), mais il repousse les engagements écologiques de la France. Il veut taxer le diesel des petites gens, mais il épargne le kérosène des vols petits-courrier (les Français prennent l'avion... une fois tous les 7 ans en moyenne). Il évoque la biodiversité, "une ambition française" (sic!) mais réduit les pouvoirs du Conseil national de la protection de la Nature et pérennise l'emploi de pesticides violents comme le RoundUp. Il célèbre nos forêts nationales ... et privatise en douce leur gestion.

A l'Assemblée, son premier ministre célèbre le service public, une "promesse républicaine" , mais il réduit les postes de profs et les effectifs de contrôle de l’évasion fiscale; il va fusionner les minima sociaux pour les conditionner à l'exercice d'une activité. Il augmente brutalement les tarifs réglementés de l'électricité. Il laisse les urgentistes s'asphyxier (il faut trois mois de grèves pour que la ministre Buzyn daigne recevoir des personnels qui ne réclament que davantage de moyens pour bien faire leur boulot, et une obole de 70 millions d'euros supplémentaire...).

Devant l'OIT, Macron célèbre "l’histoire d’ouvriers, d’employés qui ont pu obtenir par convention la limitation de la durée du travail dans la journée et dans la semaine". En France, il s'apprête à allonger de deux mois la non-indemnisation des chômeurs issus de petits boulots, il a supprimé 200 000 postes de représentants des salariés; il a accordé aux employeurs le droit de ne pas respecter les conventions collectives de secteur; il a généralisé le travail le dimanche, laissant des employeurs "libres" de virer les salariés "libres" qui refuseraient de sacrifier le repos dominical. En 2009, au plus fort de la crise, Sarkozy avait créé "l'offre raisonnable d'emploi" qu'un chômeur devait accepter sous peine de radiation. En 2019, Macron durcit le même dispositif.

Cette hypocrisie est le signe d'une indécence de classe.

Jupiter fait mieux que Sarkozy, en pire. Il a de meilleurs alliés. Il est aidé par un Parti Médiatique. Non pas tous les médias, loin s'en faut, mais un petit ensemble d'éditocrates et de journalistes spécialisé(e)s, dont la porosité avec la France des riches n'a d'égale que leur réflexe pavlovien à brandir leur carte de presse comme preuve de professionnalisme. Ce Parti médiatique témoigne d'un soutien idéologique et politique quasiment sans faille à l'égard d'Emmanuel Macron. Sarkozy avait rapidement fini par les agacer avec sa vulgarité Bling Bling, ses mauvaises manières de faux parvenu. Macron ne cesse de les séduire avec ses bonnes manières, ses belles formules, ses citations de la littérature classique.

Idéologique, ce soutien est permanent: aucune des mesures phares de la Macronie n'a été critiquée par le Parti Médiatique. Les défiscalisations du capital dénoncées comme coûteuses et improductives par les économistes atterrés ? Rien à y redire. Les ordonnances Travail qui fragilisent les employés, notamment les plus précaires et les femmes ? Applaudissements. Le gel de la quasi-totalité des prestations sociales, la réduction des aides au Logement, ou le plan d'économie d'un milliard par an sur les hôpitaux ? Applaudissements à nouveau ! La timidité voire l'inaction coupable en matière de lutte immédiate contre le réchauffement climatique ? Rien à redire, les éditocrates tombent dans le panneau. La loi Asile et immigration dont la xénophobie a été dénoncée par 400 ONG (sic!) et que Macron songe déjà à durcir ? Rien, pas un bruit, pas un mot de protestation. Le renforcement des lois liberticides (état d'urgence normalisé, loi anti-casseurs, etc) ? Un frémissement timide à propos de la loi sur le secret des affaires (réflexe quasi-corporatiste). La répression contre les manifestations des étudiants et lycéens au printemps puis celle, plus inouïe encore, contre les Gilets Jaunes depuis l'automne ? Rien à critiquer à premier abord, ils préfèrent multiplier les reportages sur les plus violents, les plus abrutis. Il faut la publication sur les réseaux sociaux de dizaines de mains arrachées, de crânes défoncés, de visages éborgnés pour que certains (Aphatie), pas tous (Barbier) s'indignent enfin.

Le Parti Médiatique applaudit souvent au respect de l'ordre et sert systématiquement les plats libéraux de la Macronie sur les plateaux. Il a peur quand les gueux en jaune manifestent avec cette même trouille qu'un Jupiter barricadé à l'Elysée. Il revendique, parfois, son indépendance d'esprit quand les barbouzeries élyséennes éclatent au grand jour, comme avec l'affaire Benalla. Mais sur la politique économique, sociale, et environnementale, silence et acquiescement. Il ne grogne que lorsqu'on supprime sa salle de presse à l'Elysée (ne riez pas) ou quand on le boude au Palais. Il fait le tri dans ces indignations contre l'exercice du journalisme: il proteste quand une poignée des siens sont questionnés par les services secrets, mais il refuse tout soutien à un journaliste militant qui se fait frapper, déboiter l'épaule puis enfermer et à nouveau brutaliser en garde à vue parce qu'il couvrait une manif de sans-papiers. Rarement, il râle contre la politique économique du gouvernement. Quand il le fait, c'est parce que Macron dévie de sa trajectoire de président des ultra-riches, comme par exemple quand Macron cède à la pression sociale et octroie 11 milliards d'euros de dépenses sociales supplémentaires grâce aux Gilets Jaunes.

Politique, ce soutien du Parti Médiatique l'est tout autant, et tout aussi régulier. Ces éditocrates ont œuvré à amalgamer les principales oppositions dans le même sac du "populisme totalitaire", à tuer tout débat sur les propositions, les programmes ou les idées. Ils s'amusent ou raillent gentiment les colères pourtant violentes et méprisantes du monarque, quand la moindre des colères de Mélenchon est ultra-commentée comme la preuve irréfutable d'un totalitarisme vénézuelien. Loin d'aider à motiver l'électorat, ils découragent par le relais appuyé des slogans défaitistes du libéral-conservatisme: les oppositions ne sont pas "sérieuses", pourquoi se déplacer ? Il minore l'abstention pour maintenir un semblant de légitimité à cette mascarade.

Ces éditocrates ont réduit le débat politique à son minimum pour mieux délégitimer les oppositions à la politique de classe du clan macroniste. François Ruffin a beau s'indigner du vide de leurs questions, du creux politicien de leurs développements; il a beau réclamer que l'on parle planète, pauvreté et santé, rien n'y fait. Les éditocrates ne dévient pas. Tout récemment, ces mêmes éditocrates ont même laissé filer la comète Loiseau, une "experte de l'Europe", avec une indulgence qui ne s'est brisée que lorsque les bêtises de cette tête de liste macroniste devenaient trop crasses et voyantes, comme cette semaine quand elle s'est politiquement immolée devant une quinzaine de journalistes ébahis en insultants et moquant un à un tous les chefs de parti de son propre groupe libéral au Parlement européen.

Exception faite des zélotes du Figaro et de Valeurs Actuelles, Sarkozy avait du mal avec cette presse. Macron n'a pas ce handicap. Il peut compter sur Bruno Jeudy, Jean-Michel Aphatie, Robert Namias, et Christophe Barbier et consorts. Il peut s'appuyer sur une presse dominante qui remet pas en cause les fondements libéraux et conservateurs de sa politique; des médias qui, bien entrainés depuis des années, recyclent chaque semaine la novlangue libérale: est ainsi requalifiée en "conservatisme" la défense des chômeurs précaires ou des étudiants boursiers; en "pragmatisme humaniste", la réduction du droit d'asile au risque de la mise en esclavage, la noyade en mer ou l'épuisement en montagne des migrants. Et l'orgie défiscalisées des riches est devenue un "soutien à l'investissement".

Si les discours, et leur décalage avec les actes, se répètent de Sarkozy à Macron, Jupiter a toujours l'avantage d'un appui idéologique et politique manifeste de la part des médias économiquement les plus puissants.

Belle démocratie.



Ami sarkozyste, où es-tu ?




8 juin 2019

Les ignominies de la Team progressiste - 630ème semaine politique

 

 

Les résultats des élections européennes ne sont pas digérés, la défaite des uns ou des autres suscite déchirements, démissions et disputes souvent stériles, mais voici que la présidence des ultra-riches reprend ses droits et sa violence. Le "progressisme" version Macron s'affiche comme il est, ignoble.


Après la mascarade des élections européennes

Au Parlement européen, une "grande coalition" rassemblant macronistes, socialistes, Républicains et mêmes ces écologistes d'EELV se dessine. Quelle belle arnaque que ce scrutin où au niveau national les uns et les autres n'avaient pas de slogans assez durs pour dire combien ils s'opposaient. Qui s'étonnera du désintérêt des citoyens pour cette mascarade politique ? Il y a même quelques sondeurs et commentateurs qui s'étonnent de la fracture de classe que ces élections ont aussi révélée... 

Sans rire.

La droite réalise un peu tard que son espace politique a fondu. Wauquiez démissionne de la présidence des Républicains, croyant qu'il est encore temps de se refaire une virginité politique pour la présidentielle de 2022. Une soixantaine de maires de droite affichent leur allégeance à Macron en vue de sauver leur poste aux prochaines municipales. Mais LREM est le nouveau rassemblement des droites:

« Macron est le meilleur président de droite qu'on ait eu depuis un certain temps » résume Emmanuelle Mignon, l'ancienne plume de Sarko.

Oui, Macron est le successeur de Sarkozy, le sourire faussement bienveillant en plus. Il va plus loin que les programmes présidentiels de Sarko en 2007 et 2012. Sorti du placard, Jean-François Copé ne s'est pas gêné pour le rappeler à ses "amis".

En France, Macron parade avec Trump pour le 75ème anniversaire du Débarquement. Des rues de la ville de Caen sont vidées de leurs habitants, une tente est dressée pour cacher l'arrivée de Trump. C'est un spectacle digne des mises en scène nord-coréennes: risible et sans intérêt. Face au gouvernement américain, le souvenir du sacrifice des soldats alliés - américains, britanniques, irlandais, canadiens, français, africains - pour libérer la France aurait mérité mieux qu'une formule polie, presque gênée, d'un Jupiter intimidé: "L'Amérique, cher Président Trump, n'a jamais aussi grande quand elle se bat pour la liberté des autres." Cette formule fut reprise par les médias du monde entier comme la preuve d'une "résistance" française face au Clown de la Maison Blanche. Voilà où se réduit l'ambition politique française face à la furie xénophobe d'un Trump, dans une formule lâchée dans le creux d'un discours que personne n'écoutait. La main sur le coeur, Macron célèbre la liberté et les vétérans, à quelques centaines de kilomètres d'un port français aù accostait un navire bourré d'armements français et européens en route pour équiper l'Arabie Saoudite dans sa guerre meurtrière au Yémen.

Le "Progressisme" contre l'environnement

Qui a oublié toutes ces mesures écologistes et autres promesses non tenues d’Emmanuel Macron à l’échelle nationale (sortie du glyphosate, fin des voitures à essence et à diesel d’ici 2040, etc) publiées dans le programme européen dévoilé à la dernière minute par les macronistes ? Qui a oublié le grreen-washing de la porte-parole Sibeth Ndaye au lendemain du résultat du scrutin quand elle déclarait combien les macronistes travailleraient avec les écolos d'EELV au Parlement européen ?

Bonjour en France, attention à l'atterrissage. Au Sénat, l'un des suppôts macronistes, le sourire en coin et le verbe mielleux, explique benoitement à un élu de droite que, "bien sûr", le gouvernement n'entend pas taxer davantage le kérosène des petites lignes de transport aérien. Il s'oppose aussi aux deux propositions récentes de restreindre les vols intérieurs des député(e)s Delphine Batho et François Ruffin. N'attendez pas du gouvernement que soudainement il s'oppose à l'importation d'huile de palme par Total, à la construction du complexe commercial d'Europa City, au percement du Mont-Blanc pour le tunnel Lyon-Turin, au maintien en exploitation des centrales nucléaires hors d'âge, ou  à l'enfouissement des déchets nucléaires dans la Meuse. Même sur le kérosène des avions, il recule...

François de Rugy a l'écologie vissée au corps, mais ses convictions sont si molles, si flasques qu'elles glissent à ses pieds. Il se fait photographier lançant le "Fond MAIF transition", un fond de 400 millions d'euros pour financer des panneaux photovoltaïques sur serre. Ce croque-mort officiel de la défense de l'environnement laisse au privé l'initiative et la décision de financer la transition écologique, tandis que sa collègue Brune Poirson agite ses bras devant les médias contre le gaspillage, mais les deux désertent là où l'action publique a toute sa puissance: punir les comportements nocifs via l'impôt ou la sanction. Et bien non... Ce gouvernement s'agite sur des gadgets, des objectifs aussi ambitieux que lointains, mais ne fait rien et saborde tout en matière de défense de l'environnement. Cette semaine, Brune Poirson s'agite donc contre cette France qui "produit pour détruire". L'ex-lobbyiste de Veolia promet beaucoup - "des vraies sanctions" - contre les entreprises qui détruisent leurs invendus.... mais pas avant 2023 (faut pas déconner, hein ?).

Sacrée ambition !

Le progressisme écologiste de la Macronie se résume à promettre un paradis vert à la Saint-Glin-Glin.


Le "Progressisme" contre les chômeurs
Qui a oublié comment les Macronistes les plus durs s'étaient requalifié "Team Progressiste" ? Justement, parlons progrès, "parlons printemps". A fin avril 2019, quelque 6,19 millions de personnes étaient inscrites à Pôle Emploi, dont 90% faisant preuve "d'actes positifs de recherche d'emploi", d'après le ministère du travail. C'est trop, beaucoup trop. Comment cacher ces chômeurs qui encombrent le bilan jupitérien ? 

Certes, le vieux-jeune monarque les a déjà traité de tout son mépris de classe - des "fainéants", "illettrés",  "qui ne sont rien", qui n'auraient qu'à "traverser la rue" (dans certaines villes, a-t-il ajouté ultérieurement comme pour mieux justifier son propos). 

Certes, la Macronie a aussi tout fait pour rendre plus opaque l'information des citoyens sur la réalité du chômage: pendant les quinquennats Sarkozy et Hollande, le ministère du Travail était relativement transparent sur le chômage: la DARES publiait chaque mois des statistiques complètes. Quelques mois après son installation, Emmanuel Macron a cassé la thermomètre. Il a exigé que le chômage ne soit plus mesuré mensuellement, les statistiques ont été cachées ou éparpillées sur plusieurs publications distinctes, le site de la DARES est devenu un labyrinthe où l'observateur curieux doit désormais fouiller pour une vision à peu près exhaustive du problème, les supports sont des fichiers Excel indigeste plutôt que des analyses. Bref, il s'agit de masquer l'échec d'une politique.

Après un scrutin européen où il fallut se présenter soudainement "écolo-progressiste" et unique rempart contre l'extrême droite fascisante, voici le projet du gouvernement en matière d'indemnisation des chômeurs qui se dévoile. Rapidement, le quotidien patronal Les Echos publie un sondage rassurant - les Français veulent du sang et de la sanction: sus aux chômeurs-fainéants ! Les négociations entre patronat et syndicats de salariés ont échoué. Du coup, le gouvernement macroniste est suffisamment ignoble pour proposer une réforme qui va "plus loin" que celle du Medef déjà refusée par les syndicats cet hiver: l'allongement de 4 à 6 mois du nombre minimum de mois travaillés (sur les 28 derniers mois) pour pouvoir être indemnisé, ce qui affectera 250 à 300 000 personnes qui perdraient leur indemnisation chômage, pour environ 4% du coût total; rappelons que  58% des chômeurs ne sont pas indemnisés par l'assurance chômage à fin décembre 2018, contre 50% dix ans plus tôt! La dégradation de l'indemnisation chômage est déjà une réalité. Et les autres minima sociaux (RSA, minimum vieillesse, etc) vers lesquels les chômeurs pourraient se rabattre pour compenser cette précarisation n'ont pas pris la relève: la proportion de chômeurs indemnisés de toutes sortes (UNEDIC, RSA, etc) a chuté de 62% au quatrième trimestre 2008 à 50% au quatrième trimestre 2018...

"En même temps", le gouvernement s'abrite sur deux autres propositions pour "équilibrer": la réduction du plafond d'indemnités pour les cadres supérieurs et l'instauration d'un nouveau bonus/malus sur la durée des contrats de travail (une mesure déjà mise en place dans l'ANI de janvier 2013). Une fois de plus, cette réforme est exemplaire de la Macronie, elle tente de convaincre qu'il est "juste" d'être ignoble d'un côté, "progressiste" de l'autre. Elle place sur un terrain d'égalité le fait de basculer des chômeurs précaires dans le RSA et l'instauration de quelques malus pour des entreprises. 


Le "Progressisme" des riches
Source: Observatoire des inégalités
Cette manœuvre se retrouve sur tous les terrains - pour justifier d'accroitre la précarité des chômeurs comme pour justifier les violences policières inouïes que l'on constate depuis l'arrivée de Macron au pouvoir, d'abord contre les étudiant(e)s et lycéen(ne)s (souvenez-vous ce simple exemple d'une cinquantaine de lycéens à genoux, mains sur la tête, tenue en joue par des CRS surarmés au printemps 2018), puis les protestataires du 1er mai, puis les Gilets Jaunes avec les milliers d'arrestations préventives et les centaines de mutilations (au 7 juin 2019, on dénombre 809 signalements de violences policières, 295 blessures à la tête dont 24 éborgnés; 5 mains arrachées; 595 victimes dont 47 mineurs et 110 journalistes), puis la convocation de journalistes par les services secrets.

"Grâce" à Macron, cette violence contre les "gueux" que l'on moque a pris une dimension physique inédite sous la Vème République depuis mai 1968.

En Macronie, "l’idéal de l’objectivité, c’est l’égalité du temps de parole entre deux adversaires", commente un confrère. L'idéal macroniste consiste à équilibrer sa malveillance et sa violence de classe par quelque "goodies" indolores. Il s'agit d'éviter l'accusation frontale d'inaction "progressiste", d'avoir toujours quelque gadget à disposition pour cela.

Sur le terrain fiscal, le "progressisme" macroniste lance un gentil gadget, un site internet baptisé "oups" qui reprend toutes les erreurs des contribuables que l'administration fiscale est censée désormais tolérer une première fois. Darmanin tweete: "Le droit à l’erreur est aujourd’hui une réalité. Nous ne sanctionnons plus les erreurs involontaires." Le même ministre des Comptes Publics sabre dans les effectifs des impôts. Alors que la fraude fiscale est évaluée à une centaine de milliards d'euros par an, le gouvernement s'empresse de supprimer des postes à Bercy. Car il s'agit non pas d'un redéploiement de postes - suppressions ici, créations ailleurs - mais bel et bien d'une réduction des effectifs dédiés au contrôle et au traitement des déclarations de revenus: 2000 postes au total. Même le service des impôts des résidents étrangers (DSFiP et réseau étranger) va perdre 42 postes... "Depuis 2008, 20.000 agents ont perdu leur emploi" commente le magazine Capital. Et "en même temps", le gouvernement gagne du temps en réclamant une évaluation "d'ici novembre" par la Cour des Comptes de l'ampleur de la fraude fiscale en France.

Les exonérations fiscales et sociales pour les plus riches et les grandes entreprises ont été massives et immédiates depuis l'élection de Macron en 2017. Les réductions d'effectifs pour contrôler les impôts et les revenus également. Mais l'évaluation de la fraude peut attendre... 

Quel sens des priorités ...

Cette présidence des riches était parvenue à masquer la grève croissante des urgentistes en France, le temps d'un scrutin. Les paramédicaux ne réclament rien d'autre que des moyens pour faire correctement leur travail. Infirmières et infirmiers, aides-soignantes et aides-soignants contestent les suppressions de lits au nom de la rentabilité, ils fustigent la maigre augmentation de 2% du budget des hopitaux, qui ne compensera pas la hausse de 5 à 10% de la fréquentation des urgences chaque année. Déjà 85 établissements sont concernés par cette grève sans interruption de travail, le brassard au bras, sauf quand les personnels sont à bout, comme à Lariboisière, où le gouvernement envoie les gendarmes réquisitionnés des personnels épuisés."Les urgences sont devenues la variable d’ajustement d’un système de santé qui dysfonctionne complètement" résume Patrick Pelloux, habituellement très indugent avec la Macronie en place. La ministre Buzyn refuse de recevoir les représentants des grévistes. Elle fustige l'absentéisme des épuisées, avant de se réfugier derrière sa loi "Ma Santé 2022" qui ne répond pourtant pas aux revendications.

Plus cynique encore, la Macronie officielle a lancé la mise en œuvre, plus de 9 mois après son annonce (sic!), de l'une des mesures phare du plan Pauvreté de septembre 2018: le Revenu Universel d'Activité. Il s'agit de fusionner tous les minima sociaux en une seule prestation plus simple, plus lisible et, surtout... conditionné à une activité. "Au-delà du côté blessant, c’est une manière d’attaquer le salaire minimum et de mettre en concurrence des smicards avec des allocataires" a commenté Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS), qui regroupe 870 associations et organismes de lutte contre l'exclusion.





Ami(e) macroniste, mais où es-tu ?




1 juin 2019

Comment les Français ont déserté la politique- 629ème semaine politique

 

N'en déplaise à ses détracteurs, Emmanuel Macron a gagné son pari: voici un nouveau scrutin encore une fois quasiment déserté.

Quelle mascarade...

 

Un électeur sur deux se déplace, c'est mieux que lors des précédents désastres... Quatre millions de citoyens supplémentaires sont venus voter par rapport à 2014, on applaudit chaudement. Malgré une offre politique ultra-large avec 34 listes, y compris le parti animaliste qui s'est offert le luxe de faire mieux que le clown neo-fasciste Philipot, les élections européennes en France ont rassemblé 14 millions de votants de moins que le premier tour de l'élection présidentielle en 2017. Quel succès ! Applaudissez ! L'autocratie en place et le parti médiatique s'en accommodent: l'Europe, invoquée à tout bout de champs en bouc-émissaire, projet ou excuse, ne serait pas un sujet "porteur".

C'est donc encore un désastre. Près d'un abstentionniste sur deux justifie sa décision par un constat d'échec - ce scrutin ne servirait à rien.

L'indifférence des citoyens, et surtout des classes populaires, est un échec avant tout... pour elles-même. Elle garantit la reproduction politique et le maintien au pouvoir des mêmes élites, par une mascarade où, le vote n'étant pas obligatoire, des listes finalement ultra-minoritaires, perdurent dans une illusion de majorité complaisamment commentée et aboyée par les principaux médias. Les éditocrates glosent sur des rapports de forces électoraux, qui ne sont finalement que des joutes entre quelques-uns, et pour quelques-uns.

Pour le scrutin européen, la France comptait 47 345 328 inscrits dont 330 000 étrangers européens. Et environ 10% des adultes en âge de voter ne sont pas inscrits. Au regard de ces 47 millions, les scores atteints par les 6 listes qualifiées pour avoir des élus au Parlement européen apparaissent ridicules. Et donc illégitimes. Le "Big Bang" politique est là, non pas dans les éventuelles fortunes et infortunes de tel ou tel parti politique français, mais dans l'incapacité collective à intéressée. Le "Big Bang" n'est pas politique, il est démocratique.

On doit s'interroger sur la légitimité de ce scrutin: la campagne a été sabordée par la Macronie. Les élus, tous listes confondues ne représentent que 12,9 millions de votes, soit 27% des inscrits.

Les fachos
Vague fasciste ? Vague brune ? En pourcentage des voix, l'extrême droite se porte bien. Le Parti Médiatique parle de "revanche", de "succès", de "victoire". De victoire sur quoi ? Avec 5 286 279 votes, le Rassemblement National a effectivement gagné 574 000 voix par rapport à 2014, et même un siège (avant l'effet du Brexit qui attribuera mécaniquement plus de sièges). Le score est louable pour un parti qui a montré toute sa nuisance et son inutilité au Parlement européen: détournement de fonds, votes négatifs systématiques même sur les options qui lui sont favorables, absentéisme massif, désertion de ses élus, etc...

Mais il a perdu 2,4 millions de voix par rapport au premier tour de la présidentielle en 2017.

Quel rassemblement !

Le parti des riches
Le parti du président Macron a tout tenté: cacher son programme jusqu'à la dernière minute, devenir écolo à la dernière minute, débaucher où il pouvait encore, tout en assumant une politique nationale de droite, conservatrice et répressive. Résultat, avec 5 078 781 votes, LREM fait mieux que les "centristes" de 2014, mais la comparaison est hasardeuse. Elle ne convainc que quelques légions d'idiot(e)s utiles encore persuadé(e)s d'être dans un parti de gauche et progressiste. LREM a en fait siphonné une large fraction de l'électorat de droite furibarde.

La plupart des responsables de La République en marche se réjouissent d’avoir consolidé le socle électoral d’Emmanuel Macron. Par rapport au premier tour de la présidentielle 2017, Nathalie Loiseau a réduit le socle macroniste de ... 3,7 millions de voix, rien que ça ! En deux ans, sur le coeur de son ADN politique (l'Europe), Emmanuel Macron a perdu près de 4 millions de suffrages.

Bravo.

Sociologiquement, le parti macroniste a presque atteint l'exact portrait des intérêts de classe qu'il défend: diplômés d'études supérieur, catégorie aisée, urbains (surtout parisiens), actifs ou retraités.

La "victoire" d'EELV permet aussi aux macronistes de laver plus vert. Les voici qui répètent depuis lundi qu'ils "s'allieraient" bien avec les écolos au Parlement européen ("Le groupe va être une charnière qui va pouvoir, en quelque sorte, être un moteur pour une alliance progressiste, et pourquoi pas avec les Verts" Sibeth Ndiaye, 28 mai). La belle affaire ! La Macronie est écolo... hors des murs franco-français. Faut-il prendre l'électrice et l'électeur pour si bêtes ?

Les écolos ... capitalisme-compatibles ?
Avec 3 054 521 suffrages et 13,5%, Jadot parle de "vague verte". Jadot a réussi son pari, être troisième dans une course perdue d'avance tant elle fut méprisée, massacrée, écrasée. Il double presque le score écolo de 2014 (1,7 million de voix), ce qui est gageure. Mais où est la "recomposition" politique ? Jadot "rebat les cartes à gauche" promet Paris Match. Comment ose-t-on parler de recomposition politique ? Les listes écologistes "officielles" ont toujours sur-performé aux scrutins européens par rapport à n'importe quel autre scrutin national (présidentiel, législatif) depuis 25 ans. C'est heureux, car la lutte contre le réchauffement climatique mérite tous les alliés possibles.

Mais comment interpréter les premiers pas du nouveau champion de la scène politique française ?
"La consolidation des votes du RN et de LRM et la chute des partis historiques de droite et de gauche bouleversent le rapport de force électoral" écrit le Monde. Ce rapport de forces n'est que électoral, c'est-à-dire issues des élections. Il ne représente pas la réalité politique du pays.

Yannick Jadot valide un publi-reportage exclusif dans Paris Match avec sa compagne, une journaliste politique de RTL qui démissionne après l'élection. Il prend ses distances avec la gauche sociale - "On va pas se mettre autour d'une table entre les anciens partis du XXe siècle pour faire des accords".

La droite furibarde
Le christique François-Xavier Bellamy, désigné par l'opportuniste énarque Wauquiez pour conduire la liste européenne des Républicains, n'a pas réussi à conserver cette large fraction de l'électorat filloniste de 2017 qui l'a quitter pour la Macronie. Avec moins de 2 millions de voix, la droite furibarde s'est fait tellement siphonnée de l'intérieur par Emmanuel Macron, que certains ont osé porter le sénateur Gérard Larcher en "tête de gondole" de la reprise en main...

Depuis deux ans, le président des ultra-riches conduit une politique plus à droite que Sarkozy en son temps: restriction des libertés publiques (secret des affaires, loi anticasseur, état d'urgence), privatisation du rail via la réforme de la SNCF, réduction des droits des salariés et des services publics, amélioration massive de la fiscalité des revenus du capital et des plus aisés, massives réductions de cotisations sociales pour les entreprises avec en contrepartie un plan d'économie sur la sécurité sociale, loi Asile et Immigration pour réduire le droit d'asile, etc. N'oublions pas l'incarnation physique par Macron lui-même - soutien de Sarkozy, affichage complaisant devant l’Église, restauration virile du personnage du "Chef de l’État" vis-à-vis de la presse et du public. Tout a été fait pour que l'électorat le plus conservateur s'y retrouve enfin. Au passage, le Parti socialiste a évité la disparition politique grâce à la fuite des rives macronistes de quelques-unes de ses ouailles.

La gauche toujours en vrac
Avec 1 428 548 votes, la France insoumise déçoit gravement. Avec ou sans le PCF, son allié de 2014, LFI fait mieux qu'en 2014, mais qu'importe. L'effondrement par rapport au premier tour de la présidentielle est indéniable (près de 4,5 millions de voix évaporées). Malgré la casse sociale et environnementale et la dégradation annoncée des services publics sous cette présidence des riches, malgré de nombreuses propositions européennes détaillées et une campagne déterminée et bienveillante, les insoumis ne sont pas parvenus à convaincre: la moitié de leurs électeurs de 2017 se sont abstenus, et un autre tiers est parti chez EELV ou le PCF.

Le Parti socialiste a été sauvé de la disparition du parlement européen. Réflexe de survie, quelques contingents de fidèles sont revenus au bercail, échaudés par la dérive droitière de Macron.

LFI, PCF, PS et Generation.s (Hamon) ont rassemblé plus de voix qu'en 2014, preuve que la désunion... ne paye pas. Chacun s'est évertué à se convaincre qu'il avait des différences irréconciliables avec son voisin - alors même que les élus de ces formations (Hamon exclu) votent dans le même sens dans 90% des cas à l'Assemblée nationale.

Les bases militantes et sympathisantes peuvent être écœurées: le tintamarre politique de cette opposition a permis de faire sombrer l'ensemble de l’échafaudage. Et provoqué un profond désintérêt.

Les bonnes surprises
Elles sont peu nombreuses, mais il y en a. Parmi les listes "exotiques", les plus furieuses ont été quasiment éteintes: la "Ligne Claire" conduite par Renaud Camus, grand prêtre du "Grand Remplacement" a recueilli moins de 2 000 voix en France. Ce Remplacement-là est enfin presque terminé. Le Gilet Jaune d'extrême droite Chalençon est également balayé, tout comme le parolier Francis Lalanne qui n'en finissait plus d'amuser la galerie. Et Florian Philippot, dissident souverainiste du FN et auto-proclamé président des Patriotes, a rassemblé quatre fois mois de suffrages que le Parti animaliste.
"Devancés par le parti animaliste, Les Patriotes remplacent Florian Philippot par un épagneul breton" Le Gorafi, 28 mai 2019.
Maigre consolation, les insoumis font jeu égal avec le RN auprès des 18-24 ans (14% des votes, 6% des inscrits), juste derrière LREM (17%/7%) et EELV (23%/9%).


Cacher ce bilan macroniste...
La manœuvre pour tuer l'élection européenne a été parfaite: de janvier à mars, le vieux-jeune monarque a lancé une "Blitzkrieg" sur les ondes radio-télévisuelles, inondant de sa présence des heures durant les plateaux de BFM, LCI, CNEWS et même France Culture, au motif de "répondre" aux Gilets Jaunes. Le Grand Débat, dont il n'est rien sorti de concret au gouvernement (au contraire, Macron a ensuite expliqué qu'il avait suffisamment "donné" lors de ses annonces de décembre 2018), a cette unique vertu de tuer dans l’œuf le débat européen naissant.

Ensuite, la liste puis encore plus tardivement le programme détaillé des macronistes ont été dévoilés. Avec une belle surprise, du green-washing à tous les étages dont on aurait aimé débattre et comparer avec l'immobilité agitée qui caractérise l'action environnementale de Macron en France depuis 2017. Raccourcir le temps de débat est une caractéristique de la Macronie pressée (hasard ou coïncidence, 48 heures après le scrutin européen, les députés macronistes votaient la réduction à une prise de parole de 5 minute par groupe politique pour toute discussion générale sur un texte de loi). Sans surprise, les sondages révèlent une évidente: une large majorité a trouvé la campagne européenne sans intérêt (61% d'après l'IFOP). Le désintérêt a été massif chez les classes populaires (66% parmi les employés et ouvriers; 57% chez les sans-diplômes.

Puis voici quelques mauvaises nouvelles, symboliques ou pas mais qui auraient pu impacter ce débat politique européen qui n'a pas eu lieu, qui ont été savamment reportées à l'après-scrutin.
  1. Le 29 mai, le Canard déterre un rapport publié discrètement où l'on apprend que déjà 21 ministres ont subi un redressement fiscal depuis leur entrée au gouvernement en 2017.
  2. Le gouvernement attend le 30 mai pour officialiser une hausse de 5,9% des tarifs réglementés de l'électricité, soit environ un coût supplémentaire de 85 euros par an pour les ménages se chauffant à l'électricité.
  3. A compter du 1er juin, les hauts fonctionnaires "récalcitrants" seront remplacés. C'est une purge qui ne dit pas son nom.
  4.  Le 30 mai, le lobby agroalimentaire ( l’association nationale des industries de l’alimentation, Coop de France, l’association des coopératives du secteur agricole, la fondation Avril, le Fonds français pour l'alimentation et la santé), dépose les statuts d'une coopérative qui vise à privatiser les données de qualité alimentaire, avec le soutien financier du gouvernement (3 millions de subventions ont été demandés). Il s'agit de gêner voire d'empêcher les applications citoyennes (Yuka, OpenFoodFact, etc) qui notent les produits alimentaires selon leur composition nutritionnelle et leur niveau de pollution.
Pire encore, l'échec de la "politique" industrielle éclate au grand jour avec une succession d'annonces détestables.

Le repreneur de l'usine Whirlpool à Amiens (Somme) annonce le 28 mai sa mise en redressement judiciaire, Mediapart détaille les coulisses de cette "sous-traitance d’un plan de licenciement d’un grand groupe" mise en place par Macron l'an passé et qui éclate aujourd'hui. Le groupe américain General Electric dévoile le même jour la suppression de 1.044 emplois sur ses sites de Belfort et de Bourgogne. Le gouvernement Macron confirme avoir "travaillé depuis des mois" sur le dossier, mais "sans connaitre l'ampleur du plan social". Ces gens-là sont soit des naïfs incompétents, soit des menteurs.

La politique industrielle de Macron révèle ainsi ses limites et son inefficacité brutalement après ce nouveau scrutin: sur tous les dossiers où il est intervenu avant puis après son élection (Alstom, Airbus, Whirlpool, GE, Ascoval), il a favorisé des alliances ou prises de participation aux détriments de l'activité sur le territoire national, favorisant le dépeçage ou le transfert pur et simple des métiers à l'étranger. Et sur les autres dossiers (Ford à Bordeaux), sa politique de l'offre, appuyé sur des défiscalisations massives qui vident les comptes publics et sans contreparties d'emploi (CICE notamment), laisse les salariés désemparés (loi Travail): "Depuis 2012, dans toutes les fonctions qu’il a exercées, (Macron) s’est employé à réduire tous les relais de l’industrie en France, à supprimer tout ce qui pouvait constituer une force" détaille la journaliste Martine Orange pour Mediapart, "à jouer à un Monopoly industriel ravageur, en s’instituant banquier d’affaires en chef de l’État. Pour lui, l’entreprise n’est qu’un objet à monétiser, une structure dont il faut extraire la valeur au plus vite."


La victoire des lobbies
Au niveau de l'Union,  même les Britanniques ont du voter. Et malgré l'effondrement politique de la Grande Bretagne après deux années infructueuses à négocier une sortie honorable de l'Union européenne et la démission de Theresa May, ce sont les Brexiters qui ont remporté une nouvelle fois le scrutin... Ailleurs en Hongrie et Pologne, l'extrême droite progresse de manière "spectaculaire."

Au lendemain du scrutin et toute la semaine qui s'en est suivi, les dirigeants européens ne sont pas étonnés, pas même secoué par cette désertion démocratique qui ne concerne pas que le France (les niveaux d'abstention en Europe de l'Est sont faramineux).

Le Parlement européen se retrouve une fois de plus sous la domination des forces libérales et conservatrices: la ALDE va se refonder pour accueillir les nouveaux élus LREM (avec 105 sièges). Elle sera l'alliée évidente du PPE, qui domine encore avec 179 sièges et, parfois, l'ECR (Conservateurs, 63 sièges), soit un total de 42% des sièges. "En face", les sociaux-démocrates font pâle figure: ils sont descendus à 153 sièges mais surtout nombre de leurs membres sont des alliés objectifs des forces conservatrices.

Cet ensemble sera dominant, ultra-dominant face à sa gauche encore sonnée (38 élus) et même les écolos et leurs 69 député(e)s. Or cet ensemble est aussi et surtout le plus perméable et le plus tolérant aux lobbies. Partout en Europe où il est au pouvoir, il appuie ou se fait le relais des lobbies économiques et industriels: loi sur le secret des affaires, report des engagements environnementaux, soutien aux privatisations lucratives, etc.


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Weekend de l'Ascension oblige, le vieux-jeune monarque file au Fort de Brégançon se reposer. La piscine à 34 000 euros installée l'an passé a peut être été ré-installée.

Il paraît qu'il veut "travailler au calme".