27 juillet 2019

Ce que Macron doit à l'extrême droite - 637ème semaine politique

 

Après les élections européennes, tout se prépare pour donner une nouvelle victoire politique à l'extrême droite française, d'abord aux élections municipales en mars 2020, puis aux scrutins régionaux (2021) présidentiel et législatif (2022). Par victoire, on n'entend pas la conquête du pouvoir absolu, quoique, mais une énième progression dans les esprits et les organes du pouvoir.


L'extrême droite est un mouvement inutile et néfaste. Elle a prouvé son inutilité par ses outrances qui empêchent toute majorité politique de se constituer autour d'elle ou avec elle, par l'incompétence crasse de ses dirigeant(e)s (y compris Marine et Marion Le Pen), ou par la bêtise de son programme dont le débat présidentiel de l'entre-deux tours présidentiels a révélé l'ampleur. Mais en trois ou quatre décennies, elle a réussi à imposer son agenda politique clivant dans le débat politique, c'est un constat tristement trivial.


Elle est aussi néfaste, faut-il encore le rappeler. Qu'importe ses changements de nom, d'incarnations, de slogans. C'est une horreur politique qui a des racines dans les parties les plus ignobles de notre histoire nationale. Il ne s'agit pas d'avoir le moindre doute là-dessus. De temps à autres, quelques mouches d'autres bords sont attirées par l'odeur, faisant mine de croire qu'il y a enfin les "réponses" aux problèmes du monde que d'autres mouvements politiques n'apporteraient pas. Récemment, on a ainsi vu Thierry Mariani, petite frappe de la droite furibarde, et Andréa Kotarak, obscur élu local de la France insoumise, prêter allégeance

Le Rassemblement national, anciennement Front National, s'appuie sur la xénophobie. La xénophobie dernière est son pivot, son ADN politique, le point central duquel tout se décline: culture, économie, société, défense, environnement, tout procède de la xénophobie ou emprunte à la xénophobie, au sens littéral du terme. Cette xénophobie a pris des formes variables au cours des dernières années: l'antisémitisme, toujours présent chez les seconds couteaux de Marine Le Pen, comme ces Identitaires qui promeuvent la suprématie de la "race" blanche  et font le salut nazi lors de leurs beuveries clandestines (observez Philippe Vardon aux côtés de Jordan Bardella au soir de son discours de victoire aux élections européennes le 26 mai 2019) s'est enrichie d'une obsession islamophobe largement documentée depuis plusieurs années. Cette dernière lui permet d'attraper la laïcité dans son argumentaire, d'agiter la peur de l'arabe, de crier à la guerre des civilisations comme Valls, Sarko ou, maintenant, Macron.
"C'est une guerre, c'est notre civilisation qui est en cause." Nicolas Sarkozy, 21 janvier 2015

"Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons ." Manuel Valls, 28 juin 2015
"Je l’assume : notre combat est aussi un combat de civilisations." Emmanuel Macron, 27 décembre 2017.
Cette extrême droite chipe parfois à gauche des éléments de discours social.  Pourtant, une xénophobie maladive se cache derrière cette surface peu solide: "Je veux aussi rendre leur argent aux Français, parce que depuis de trop nombreuses années, notre politique sociale et fiscale appauvrit les classes moyennes et populaires, alors qu’elle enrichit les multinationales et dilapide l’argent public via une immigration totalement incontrôlée" écrivait Marine Le Pen dans son programme présidentiel 2017, dès les pages d'introduction.  L'extrême droite défend aussi un hostilité évidente au libre-échange capitaliste qui aime faire voyager les marchandises et mettre en concurrence les mains d’œuvre du monde.

Tout cela permet à l'aristocratie au pouvoir de l'amalgamer avec la gauche. La médiacratie lui emboite ensuite volontiers le pas à coups d'analyses biaisées et de sondages orientés pour insister sur cette gémellité prétendue. Les mêmes taisent pourtant d'autres convergences, plus troublantes, plus effarantes, et prouvées par les faits de l'action politique.

Qu'a donc à faire la Macronie avec cet épouvantail ? Beaucoup, beaucoup plus que les Marcheurs n'osent ne l'avouer.

La République en Marche a besoin du Rassemblement national. Ce dernier est le ciment de la peur, l'argument facile du "moi ou le chaos", la simplification du débat politique. Le RN est essentiel à la survie politique de la Macronie car il est caricatural, extrême, et suffisamment dangereux pour faire peur et taire les différences. N'importe quel(le) candidat(e) qualifié au second tour présidentiel l'emporte face à l'extrême droite. Macron n'a obtenu qu'un pénible 43% des inscrits (66% des votants) que grâce à une mobilisation contre le spectre frontiste et un chantage à la défense de la République. Au lieu de quoi, la politique qui a été conduite depuis fut une forme de libéral-autoritarisme, une prédation pour les plus riches aux détriments de la majorité des gens, adossé à une politique de plus de plus liberticide et autoritaire.

Le RN est l'idiot utile de cette contre-révolution des riches contre les gens.

Pour les élections européennes, les mêmes ont tenté de refaire ce match-là, pour mieux occulter tout débat politique sur les programmes. La Macronie ne s'est embêté à détailler son programme européen que 3 semaines avant le scrutin. L'essentiel de la campagne s'est conduit sur un chantage à l'extrême droite, et des slogans creux sur l'Europe de la paix et de la lutte pour l'environnement.

Il y a bien sûr des différences réelles entre la Macronie et l'extrême droite (pas d'amalgame!). Si l'on oublie la cohorte de nouveaux députés mal formés, souvent absents et incompétents, sélectionnés par le clan Macron pour faire illusion d'un mouvement populaire, la Macronista s'appuie des gens qui savent très bien ce qu'il font, pourquoi ils le font et comment il faut le faire: ces laquais de la contre-révolution conservatrice sont souriants, rapides et efficaces pour réduire la pression fiscale des plus riches et des revenus du capital, affaiblir les droits des salariés et des chômeurs, et reprendre d'une main (réduction des allocations chômage de 3 milliards; réduction des dépenses d'APL de 1,5 milliards; économies annoncées au cours de l'été 2019 sur les congés parentaux et les allocations familiales pour encore 3 milliards) ce qu'ils font mine de donner d'une autre (les 11 milliards pour les "Gilets Jaunes"). La Macronista sait très bien retranscrire les désiderata des lobbies industriels les plus variés dans ses textes de lois (loi Alimentation, loi sur le secret des affaires, loi Logement, loi Pacte, etc). A l'inverse, l'extrême droite affiche une incompétence crasse sur nombre de sujets économiques: sa gestion municipale est en général calamiteuse pour les finances publiques. Nombre de ses élus locaux ont été poursuivis pour des faits de détournements d'argent public. Son programme économie est inepte. Et les explications de ses candidats nationaux (Marine Le Pen, Jordan Bardella pour le scrutin européen) sont au mieux confuses, au pire stupides.

Sur quelques sujets sociétaux, importants mais anecdotiques dans l'ensemble de la politique macroniste, les marcheurs sont radicalement opposés à l'extrême droite. Ils les agitent d'ailleurs comme un vieux chiffon. Exemple récent, le Rassemblement national se déclare hostile à la PMA, et demande un référendum. Le vieux fonds de droite identitaire et conservatrice est encore là. Mais surtout le calcul est aussi politique. Le Pen veut vider les Républicains du peu qu'il leur reste. Et les contingents minoritaires mais bruyants de la "Manif pour Tous" seraient de belles prises.

Le Pen 2017, Macron 2019
Pour le reste, Macronie et extrême droite ont des convergences nombreuses, évidentes, et à peine masquées. La campagne foutraque de 2017 n'a pas permis de les relever. Mais deux ans plus tard, maintenant que Macron a dévoilé bien davantage de son programme réel qu'il ne l'avait fait lors des élections présidentielles et législatives de 2017, il est enfin temps de relire le programme de Marine Le Pen... et de relever les convergences dangereuses avec l'action et les postures de Macron.

Comme Emmanuel Macron, Le Pen préfère un pouvoir exécutif plus fort encore: comme lui, elle souhaitait "abaisser le nombre de députés à 300 (contre 577 aujourd’hui) et le nombre de sénateurs à 200 (contre 348 aujourd’hui)" (Programme présidentiel). Comme lui, elle voulait affaiblir corps intermédiaires: les syndicats en supprimant leur monopole de représentativité dans les entreprises; les magistrats, en supprimant l'Ecole Nationale de la Magistrature (Macron l'a un temps envisagé avant d'y renoncer devant la bronca des avocats et des magistrats). Comme Macron, Le Pen souhaitait la centralisation des services de renseignements sous la coupe directe du pouvoir exécutif.

En matière économique, à la différence de Macron, l'essentiel de sa politique économique vise les TPE et PME (réorientation du CICE, accès aux marchés publics, baisses de cotisations sociales, etc), mais comme Macron, Marine Le Pen défendait la simplification du droit du travail (seuil de 50 salariés), la suppression du compte pénibilité ou la défiscalisation des heures supplémentaires. Elle est aussi hostile à la revalorisation du SMIC, ... avec les mêmes arguments macronistes. Comme Macron, elle prônait l'introduction de la sélection à l'université publique. Comme Macron, Le Pen avait de grandes ambitions militaires, avec l'augmentation de l'effort de Défense à 2 puis 3% du PIB. Comme Macron, Le Pen défendait la filière nucléaire, et refusait de fermer la centrale obsolète de Fessenheim.

Mais la plus grande des convergences est institutionnelle, sécuritaire et migratoire. Sur le coeur du projet neo-fasciste - la réduction des libertés des opposants, la refus des étrangers, la défense de l'Etat fort - la Macronie emprunte tout à l'extrême droite, mais avec le sourire. Loin de la grossièreté d'un Salvini ou d'une Le Pen, Macron et ses sbires appliquent avec méthode et rigueur une belle partie du programme politique défendue par l'extrême droite française en matière de politique sécuritaire et migratoire. La différence entre les deux n'est que de quelques degrés, pas de nature.

Primo, l'extrême droite française aura peu à faire en matière sécuritaire tant l'arsenal liberticide et répressif a été "amélioré".  Certes, il faudra créer davantage de places de prison (Le Pen en promettait 40 000 supplémentaires, Macron "seulement" 15 000), mais sinon tout est là: l'Etat peut désormais, sans intervention de juges indépendants, créer des zones de protection où la police a tout pouvoir, assigner à résidence (loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, 2017 ) interdire de manifester, censurer des journalistes (loi sur le secret des affaires, 2018).

Secundo, la Macronie a aussi légitimé l'usage inconsidéré de la force policière, sans contrôle ni enquête sur les eaxctions, et la manipulation de l'information (fausse rumeur d'attaque d'hôpital véhiculée par le ministre de l'Intérieur, silence sur les violences policières, "les 24 gilets jaunes éborgnés, les 315 blessés à la tête, les 5 mains arrachées"; silence sur la disparition d'un civil à Nantes, etc) à des fins de répression de toutes sortes d'oppositions: lycéens, étudiants, infirmiers, Gilets Jaunes, retraités, syndicalistes, grévistes, etc. La Macronie décore même les auteurs de violences.

Tertio, sous les applaudissements de l'extrême droite, elle a dégradé l'attitude de l’État républicain face aux migrants en réduisant le droit d'asile et en allongeant l'enfermement des migrants au point d'en dégouter la CIMADE (loi Asile, avril 2018), en recyclant les accusations infondées de l'extrême droite contre les associations d'aide aux migrants (Castaner, octobre 2018), en défendant la double peine (Macron, octobre 2017), ou en interdisant l'aide alimentaire des ONG près de Calais (Macron, janvier 2018). Elle a envoyé des équipes administratives recenser les occupants des centres d'hébergement d'urgence.Elle exige des services du 115 qu'ils dénoncent les réfugiés secourus.

Oui, Macron va "plus loin que ses prédécesseurs sur l'immigration", plus loin vers la xénophobie désormais d’État, assumée et revendiquée. Le 10 décembre 2018, quand Emmanuel Macron promet, entre autres choses, un Grand Débat pour sortir de la crise des Gilets Jaunes, les macronistes retiennent leur souffle. La fraction "de gauche" de ces marcheurs, qui sert d'alibi minable à la contre-révolution conservatrice, a des sueurs froides quand elle entend son monarque mentionner l'immigration et l'identité nationale comme l'un des thèmes à venir du Grand Débat alors que le sujet est totalement absent des mouvements des Gilets Jaunes: "Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter."  Puis dans sa "Lettre aux Français" le 15 janvier, rebelote. Le jeune monarque en remet une couche, Jupiter y tient. Il reprend l'argument frontiste - l'immigration est "un défi qui va durer".


La Macronie a ainsi brisé les dernières digues morales qui pouvaient encore faire se dresser contre l'extrême droite. Quelle légitimité accordera-t-on demain à ces pompiers pyromanes ? Qui écoutera ces humanistes de pacotille qui hurlent à "l'assassinat" de François De Rugy mais se taisent sur les morts de Zineb Redouane et de Steve Caniço ? Qui se mobilisera derrière les appels à la défense de la démocratie et des libertés publiques quand tant de militants macronistes ont applaudi au tir à vue de grenades militaires contre des civils "au nom de l'ordre" ?

Qui ne rira pas jaune ?

***

L'extrême droite chipe à la gauche quelques mesures qui ne sont ni son héritage ni ses marqueurs. Le macronisme s'appuie, sans se l'avouer mais pleinement, sur l'héritage xénophobe et sécuritaire nauséabond de cette extrême droite. Il légitime l'extrême droite en appliquant une partie de son programme. Il facilite son arrivée au pouvoir en s'aliénant le peuple au nom des ultra-riches.

Ami(e) macroniste, es-tu à l'aise ?


20 juillet 2019

Macron, la République de la prédation - 636ème semaine politique

 

 

Cette présidence se compose de ces petits détails qui, accumulés, ajoutent une exaspération grandissante à l’écœurement général. La Macronie transforme le régime peu à peu en une République de la prédation qu'il convient de dévoiler avec rigueur.


Médailles de la honte
Le ministre de l'intérieur Christophe Castaner décore de la "médaille de la sécurité intérieure" plusieurs policiers soupçonnés de violences contre des civils, notamment lors des manifestations des Gilets Jaunes.  Il y a ce commissaire nantais, notoirement violent, et qui a donné l’ordre d’utiliser les gaz lacrymogènes à Nantes le soir de la disparition de Steve. Ou ce couple de policiers qui a frappé Genevieve Legay, une militante altermondialiste de 73 ans, à Nice, au point de la plonger dans le coma. Castaner a explicitement demandé à ses services d'identifier les héros policiers des répressions contre les Gilets Jaunes: "En prévision d’une éventuelle promotion exceptionnelle Médaille de la sécurité intérieure « Gilets Jaunes », vous voudrez bien nous transmettre en retour 15 fonctionnaires blessés dans le cadre du mouvement des « Gilets jaunes ». Ils devront avoir fait l’objet d’un arrêt de travail en privilégiant les ITT [incapacité totale de travail]. "

Après les enquêtes complaisantes, puis l'absence de sanctions, voici les décorations officielles. L'hagiographie de cette Macronie devient grotesque à force de décalages si flagrants avec la réalité. Comment célébrer des policiers violents, accusés de mutilations, blessures voire disparition de civils ?

Autre écœurement passager, la Cour des Comptes publie son habituel rapport sur les dépenses élyséennes, Les services du monarque s'abrite derrière une "charte de la transparence" pour justifier le train de vie de l'impératrice. Brigitte Macron dépense plus, beaucoup plus d'argent public que le rapport de la Cour des Comptes veut bien reconnaître. Ses frais directs, à charge des contribuables, excèdent bien largement les 280 000 euros officiels. Outre les 15 voyages officiels, la maquilleuse-coiffeuse payée à 4 fois le SMIC, ou les "prêts gracieux" de tenues luxueuses qui transforment la Première Dame en femme-sandwich du luxe français, il y a bien bien pire, comme cette rénovation de l'Elysée, ou le remplacement de la vaisselle, ou cette piscine à Brégançon.

Mais le plus grave est que le couple élyséen a coûté 5,6 millions d'euros de plus que prévu l'an passé. On se souvient de la chronique régulière des excès dépensiers de la monarchie sarkozyste il y a 10 ans. Cette chronique, appuyée sur les rapports de la même Cour des Comptes, avait les soutiens de ceux-là mêmes qui aujourd'hui se comportent en laquais de cette Présidence des riches. Les jeunes Attal, Griveaux et autres disciples strauss-kahniens reconvertis en soutiers de l'illibéralisme macroniste, ne voient pas aujourd'hui ce qui cloche.

Six millions d'euros, c'est 40% du maigre budget dégagé (15 millions d'euros) pour recruter davantage d'urgentistes alors que ces derniers sont en grève dans plus de 200 établissements.

Quand Agnès Buzyn visite le CHU de la Rochelle, il faut l'exfiltrer rapidement comme une Marie-Antoinette égarée chez les affamés. Ce gouvernement des riches n'a plus le sens des symboles ni des priorités, sauf les siennes.



Le 14,juillet, Macron est debout sur un véhicule militaire, il descend les Champs-Élysées et se fait copieusement siffler. En son temps, Hollande avait été sifflé par une poignée d'hurluberlus d'extrême droite lors du même exercice, Sarkozy sifflé également quand il était président. Mais les cris étaient moins nourris, la clameur moins forte. Cette fois-ci, aucun journaliste présent ne peut l'ignorer, les images font le tour du monde. La police aux abords arrête préventivement des opposants. Puis voici des heurts en fin de cortège, en plein Paris, à proximité du défilé de la 5ème armée du monde... quels clichés impensables...

Le premier ministre joue à l'autruche - " Je n'ai rien entendu." Castaner s'indigne. Et Macron ne comprend pas, ou fait mine de ne pas comprendre. Le lendemain, il nie que les sifflets lui étaient adressés: "le 14 juillet sur les Champs Elysées défilent nos militaires, c'est-à-dire ceux qui chaque jour oeuvrent pour protéger la patrie, sur notre sol comme à l'étranger (...) et ont été abondamment sifflés." Ce jeune monarque ne veut pas voir que c'est bien Jupiter la cible des cris.

Syndrome Louis XVI... On reconnait les symptômes de cette trouille des puissants, qui transforme les visages en faces grimaçantes et colériques. Ce jour-là, la haine effrayée se lit si clairement sur le visage d'Emmanuel Macron. Il cherche ses mots, la formule est mal préparée, il réagit à une question de journaliste alors qu'il est en déplacement diplomatique à l'étranger.

Il est énervé, et nerveux.

L'un des fidèles du jeune monarque préfère démissionner tandis que le scandale le rattrape. François et madame de Rugy avaient été photographiés devant des homards, des grands crus et de la belle vaisselle pour dîner avec des amis au frais des contribuables à l'Hotel de Lassay. De nombreux esprits chagrins, la "Team progressiste macroniste" en tête, se sont indignés qu'on lui cherche ainsi des noises. Interrogeons-nous: inviter pour de riches agapes au frais de l'entreprise est chose courante dans le secteur privé pour séduire clients et partenaires. Qui donc de Rugy cherchait-il à convaincre à "convaincre" ou "séduire" au nom de la Nation ? Le ministre n'a pas répondu, il dénonce une cabale. Quand Médiapart a révélé que ce même ministre avait puisé dans sa réserve parlementaire, la fameuse indemnité de représentation, pour financer son parti, et, au passage, défiscaliser ces dons pour ne pas payer d'impôt sur le revenu, de Rugy jette l'éponge, mardi 16 juillet. Il démissionne pour "laver son honneur". C'est plutôt l'honneur de la République qui a été abimé par cet homme, girouette politique, fossoyeur de l'écologie de gouvernement,  et traître ambitieux.

Les éditocrates fustigent Mediapart, les députés fuient la presse comme par solidarité avec ce ministre déchu. Il y a même des journalistes qui s'indignent... que des révélations d'autres journalistes aient provoqué cette démission.  

Dans quel pays vivons-nous où une presse se croit obligée de jouer au laquais d'un pouvoir si violemment liberticide et antisocial ?

Un média d'investigation a fait son travail. Certes, il a théâtralisé au mieux ses révélations, distillé ses scoops comme un feuilleton pour mieux servir les ventes de son journal et l'impact de son enquête. Des esprits chagrins protestent et couinent, les mêmes se couchent ou applaudissent quand Macron et ses laquais surjouent leurs mises en scènes publiques - ces sommets de "Green-washing" avec des représentants de la finance mondiale, ces réunions pompeuses à Versailles avec des multinationales, ces clichés préparés sur les collines d'Athènes pour célébrer l'Europe, etc. La présidence macroniste n'est qu'un exercice de marketing souriant pour faire avaler à une presse complaisante et des citoyens désorientés la contre-offensive des plus riches contre le plus grand nombre. Donc pourquoi faudrait-il se plaindre qu'un journal indépendant sans les moyens surpuissants de cette Présidence des riches cherche à son tour à mettre en scène un feuilleton de Rugy ?

Mediapart a touché puis coulé François de Rugy. Le ministre, homme politique fidèle à ses ambitions davantage qu'à ses convictions, s'est excusé comme un bleu.

Le monarque est soulagé que le feuilleton s'arrête. Avant cette démission du ministre acculé, Macron confie qu'il n'aime pas cette "République de la délation". A-t-il oublié qu'il demande aux services d'urgence de dénoncer les migrants qu'ils secourent à la police de l'immigration ? Ou que les hôpitaux publics ont fiché les Gilets jaunes blessés ?
"Je ne prends pas de décisions sur base de révélations, mais de faits, sinon ça devient la République de la délation." Emmanuel Macron, 15 juillet 2019

Que la formule est belle !

La Macronie a instauré une République de la prédation des plus riches. 

La réforme des retraites se dévoile peu à peu. Chacun y va de ses calculs. On comprend assez vite deux points majeurs et antisociaux: primo, sous couvert de simplification des nombreux régimes de retraite, l'Etat prend en main le calcul, l'indexation et la répartition des retraites aux détriments de la gestion paritaire par les partenaires sociaux. Cette centralisation supplémentaire n'est pas neutre. Elle permettra de jouer des retraites comme il joue du gel des traitements de fonctionnaires ou de la non-indexation du SMIC.  Le Macronisme est un illibéralisme, c'est-à-dire un système politique qui conserve le libéralisme là où il sert les intérêts des puissants et des classes aisées, mais renforce son contrôle autocratique quand il s'agit de contraindre les moyens économiques, sociaux, politiques des classes populaires.
"On n'a pas beaucoup de seniors qui peuvent à 62 ans prétendre à un emploi" Une représentante de la CFTC.
Secundo, cette réforme des retraites va baisser le montant des retraites des plus pauvres, des ménages modestes, des classes populaires avant 65 ou 66 ans. C'est un recul de l'âge de la retraite à taux plein qui ne dit pas son nom: le projet prévoit une décote avant 64 ans (5% par année), c'est-à-dire un énième allongement de la durée de cotisations sans interruption de carrière. La rengaine, répétée par Juppé (1995), Sarkozy (2007), Hollande (2014) et maintenant Macron, que l'espérance de vie progresse occulte une autre réalité plus terrifiante: l'espérance de vie en bonne santé, elle, ne progresse pas depuis 10 ans. Elle stagne. On mourrait "jeune" dans le passé, on vit plus vieux mais en santé déclinante désormais.

On se félicite de la progression du fameux taux d'activité des plus de 55 ans "grâce" aux réformes des retraites, qui ont précipité ces mêmes seniors vers davantage de contrats précaires ou temps partiels contraints.

La République de la prédation est ce nouveau régime qui a réduit les cotisations sociales sur la part des revenus de la nation la plus injustement répartie et la plus dynamique, les revenus de la Finance. Grâce à la Flat Tax accordée par Macron sans aucune contrepartie en faveur de la production ou de l'investissement, jamais les revenus financiers n'ont aussi peu contribué à la solidarité nationale: 17,2% de cotisations sociales forfaitaires - laissant aux revenus du travail, qui sont contraints par un chômage de masse, la mise en concurrence des salariés entre eux-même (Ordonnances Travail), et le renforcement de la compétition internationale (CETA, etc), le soin de supporter de moins en moins bien le financement des retraites, du chômage et de l'assurance maladie.

Sans surprise, la conclusion libérale "s'impose": les services publics et la Sécurité sociale doivent passer par la diète. On occulte les dizaines de milliards de réduction de cotisations sociales, on met en exergue les déficits publics ainsi créés, on impose des réductions de droits des chômeurs les plus précaires et, bientôt, des retraités.

Aux rares heureux bénéficiaires de retraite-chapeaux, on demande un effort symbolique - que ces retraites soient accordées à condition que le patron bénéficiaire ait au moins un peu travaillé dans l'entreprise...

Messeigneurs sont trop bons.



Ami macroniste, qui es-tu ?


13 juillet 2019

RugyGate, ou la trouille des riches - 635ème semaine politique

 

 

Il n'y a que François de Rugy qui ait pris peur, la trouille et la gêne frappe une classe entière, celle qui gouverne les affaires publiques et privées du pays. Une France d'en haut qui s'agace qu'on exhibe ses privilèges, qui s'inquiète quand le rideau se dévoile sur des pratiques qui abime les éléments de langage officiel sur la rigueur et l'effort partagé.


Cette classe se goinfre, mais préfère se goinfrer dans la discrétion.



Homard l'a tuER
Il avait l'air pitoyable, pas même contrit, juste surpris. Presque choqué qu'on ose l'interroger et l'accuser. François de Rugy, ministre de la Transition écologique et macroniste zélote, est pris dans une tempête médiatique que la France adore: quand il était président de l'Assemblée nationale, il a dépensé des sommes qui donnent le tournis pour la réfection de son appartement de fonction à l'Hôtel de Lassay et pour une dizaine de dîners somptueux avec des amis et des proches. Puis on apprend qu'il reçoit des lobbyistes industriels en dehors de son agenda officiel, c'est-à-dire en secret. Puis sa directrice de cabinet est accusée de disposer indument d'un logement social de la Ville de Paris depuis 12 ans (elle est sacrifiée dès le lendemain des révélations par son ministre). Puis Mediapart lâche que de Rugy a joué de la réglementation pour bénéficier également d'un logement à vocation sociale.
"Les photos de ces soirées fastueuses le confirment : on y a bu entre amis du mouton-rothschild 2004 du centenaire de l’Entente cordiale entre l’Angleterre et la France (au moins 500 euros la bouteille, en photo ci-contre), du Château Cheval Blanc 2001 (550 euros), du Château d’Yquem 1999 (265 euros la bouteille), du Château Pichon-Longueville (100 euros), de la Clarté de Haut-Brion 2014 (100 euros), du Château Brane-Cantenac 2000 (120 euros), du pavillon-rouge du château Margaux 2003 (200 euros)…"
Fabrice Arfi, Mediapart, 10 juillet 2019
"Certes, ça appartient à un cercle amical mais on n’est pas là pour se taper la cloche." Mme de Rugy, à propos des dîners.
 
Mediapart a tiré le premier, et les révélations sont graves. La défense du ministre est stupéfiante, si stupéfiante qu'elle suffit à masquer la surenchère inutile du site d'informations qui laisse entendre que le ministre a légalement abusé des règles fiscales pour ne pas payer d'impôt sur le revenu en 2015 alors que l'ampleur de ses dons à son parti d'origine Europe Ecologie Les Verts suffisait à justifier ce résultat fiscal.



Mais de Rugy s'effondre: il promet de justifier, de corriger, de rembourser s'il le faut. Il justifie que ces dîners luxueux lui servent à ne pas se "couper de la société". Il braille, des sanglots dans la voix, qu'il est "allergique au homard", que le champagne lui "donne mal à la tête", qu'il "déteste le caviar". Sa bonne amie Barbara Pompili, transfuge écolo en Macronie comme lui, conteste de la plus bizarre des manières que ces dîners soient des agapes "entre copains" comme l'explique Mediapart: "Je suis son amie et je n'ai jamais été invitée à ces repas. Cela veut bien dire quelque chose."

La Macronista vire à la farce. Tout ce que compte le Parti médiatique vient au secours du ministre blessé. On comprend ces éditocrates, il y a du réflexe de classe, le stress inouï d'observer cette curée populaire sur des pratiques qu'eux-mêmes adoptent. Combien sont-ils d'ailleurs, à avoir bénéficié de ces "repas de travail" dispendieux aux frais de la République ? On appelle à la rescousse quelques heureux élus de ces repas pour témoigner de la normalité de la chose. Le Point publie rapidement un publi-reportage sur l'appartement de fonction, réalisé en compagnie de l'épouse du ministre (ah ce paragraphe croustillant où les allergies alimentaires aux crustacés sont détaillées pour justifier la simplicité forcée de leur goût...).




On dénonce la chasse à l'homme, le "poujadisme", la "démagogie niveau première section de maternelle" (Robert Namias). "comportement robespierriste de Mediapart" (Dominique de Montvalon). "Se faire servir du homard à l’heure des téléphones mobiles qui sont autant d’yeux indiscrets et dont les images circulent par nature sur le Net, c’est une faute politique autant qu’une faute de goût" s'inquiète Laurent Joffrin. Ce n'est pas le fond de l'affaire qui gêne ces messieurs-dames, mais plutôt que l'un des leurs a été attrapé par la patrouille de quelques Zorros autoproclamés. On excuse ces "excès légaux forts répandus" (Véronique Maurus), on se lamente du scandale. On justifie ces frais de représentation. Combien de grands patrons et autres cadres du secteur privé bénéficient de largesses similaires ? Dans cette France où un million de travailleurs pauvres survivent péniblement, neuf millions de famille sont sous le seuil de pauvreté, que la Macronie affaiblit encore davantage en réduisant les droits au chômage, les agapes mondaines du ministre choquent.


Deux poids, deux mesures
Les Macronistes eux-mêmes sont peu diserts. Il faut dire que le Nouveau Monde aime à se goinfrer sur le dos des gens autant que l'ancien. Le couple Macron a commencé par dépenser l'intégralité du budget annuel de repas de son ministère en quelques mois pour les besoins de sa campagne à venir; on se souvient aussi de ses sommets inutiles mais faramineux à Versailles avec des grands patrons de multinationales; personne n'a oublié l'utilisatioon du Falcon présidentiel pour des agapes privées, ni cette piscine mobile à Brégançon.

Certains macronistes s'agacent publiquement de la mauvaise "image" que donne François de Rugy.

Quand un loup saigne, la meute le lâche.

La Macronista est une farce de classe. Tandis que cette France d'en haut se défend comme elle peut des excès de l'un des siens, elle perd pied. Elle oublie ce qu'elle tolère. Elle oublie son indulgence sur les contrats de sécurité qu'Alexandre Benalla a conclu avec deux oligarques russes quand il travaillait à l'Elysée. Elle réagit peu quand le monarque nomme des proches et des fidèles, fussent-ils incompétents (comme ce remplacement de l'ex-Hollandiste Bredin par un financier du cinéma soutien de campagne à la tête du CNC).

La Macronista néglige sa violence, elle tait des excès plus graves encore. Elle braille qu'on est injustement violent avec ce ministre et son épouse noyés dans les fastes de la haute République, mais elle applaudit à la violence d’État déchaînée contre les "gueux", les Gilets Jaunes, ou les migrants sans-papiers. Elle évoque le "lynchage" d'un de Rugy, mais ne dit rien quand des CRS surarmés lynchent des manifestants un à un. Elle justifie ces homards, ce champagne, ces compositions florales, mais applaudit quand Jupiter taille dans ce "pognon de dingue" des prestations sociales ou pérennise le gel des traitements des fonctionnaires. Elle applaudit quand le gouvernement durcit les sanctions contre les chômeurs, mais pleure au poujadisme quand l'un des siens fait dépenser 63 000 euros de rénovation de l'appartement de fonction.

La police française a éborgné 24 civils depuis novembre. Elle a causé 314 blessures à la tête contre des civils et des journalistes, 18 à la main, 28 au dos, et 131 aux membres inférieurs. Elle a tué une octogénaire avec une grenade. Près de 900 signalements de violences policières indues ont été documentés. Et pourtant, aucune instruction judiciaire n'a été lancée. Pire, la police des polices a été incapable d'identifier le moindre auteurs. Tout a été classé sans suite. Il faut applaudir Jean-Michel Aphatie (si si) quand il s'est (enfin) inquiété de la disproportion de cette répression.

Mais où étaient les autres ?

Un jeune homme, Steve, est porté disparu depuis l'intervention nocturne de la police. Pas d'auto-saisine de la Justice française, malgré les témoignages de l'agressivité injustifiée des forces de l'ordre cette nuit-là. "Où est Steve?" s'interrogent des proches, des journalistes, des opposants politiques à la Macronie.  Un syndicat de policiers dénonce le manque de discernement du commissaire responsable de l'attaque. Mais pas d'enquête publique, silence radio. Cette violence-ci n'indigne visiblement pas la Macronie.

La traque des sans-papiers a une autre ampleur que la "chasse" au ministre Rugy. La France macroniste s'est alignée sur les desiderata de l'extrême droite européenne. Vendredi 12 juillet, Jupiter fait des selfies avec des jeunes de la diaspora africaine et publie quelques mots doux et généreux - "L'Afrique a énormément à offrir. C’est un continent jeune, décomplexé, puissant, un territoire qui avance." - mais une autre diaspora, des migrants sans-papiers, se fait matraquer au Panthéon: ce même vendredi, quelque 600 sans-papiers et aidants sont délogés du Panthéon qu'ils occupaient brièvement sans violence mais sans autorisation. La police y va à coup de frappes, de grenades, et de baffes. Ces Gilets Noirs (ainsi baptisés car la plupart étaient Africains) ne recueillent que peu de soutiens de nouveaux vigilants de cette France d'en haut. Ces derniers si prompts à crier leur indignation sur les réseaux sociaux, ces nobles esprits si prompts à crier au "poujadisme" se taisent, sans surprise.

En Afrique, la France laisse les réfugiés se noyer, plus de 2200 personnes ont péri en tentant la traversée entre la Libye et l’Italie ou entre le Maroc et l’Espagne en 2018. Elle livre même des bateaux aux gardes-cotes libyens, lesquels sont accusés d'exactions contre les migrants - viols, tortures, mise en esclavage - par l'ONU, reportages de CNN à l'appui. Mais Macron instrumentalise ces crises comme l'extrême droite. Le nombre de réfugiés est infinitésimal, mais Jupiter veut faire de l'immigration "une question centrale" de la fin de son quinquennat.


Cette France-là a peur
Le RugyGate est comme un nouvel épisode de cette revanche des gueux. Il ne mobilise pas encore les foules, mais l'agitation gênée et la panique qui ont saisi le microcosme révèlent combien le dévoilement des privilèges d'en haut fait peur.

La peur n'est jamais bonne conseillère. Mais en politique, elle permet parfois de joyeux résultats. Effrayé par les Gilets Jaunes, Macron avait déjà lâché un peu de lest en décembre 2018 sur le front social. Pas grand chose, pas suffisamment, évidemment moins que les effarants cadeaux fiscaux accordés aux foyers les plus aisés et les grandes entreprises, mais tout de même. La dizaine de milliards d'euros de dépenses sociales avait suffit à un petit regain de croissance économique. La peur des gens est toujours là au sein de cette Présidence des riches, l'élan "réformateur" semble cassé: on fanfaronne moins, on cache sous des fatras de novlangue les pires méfaits (comme l'adoption du CETA, ou, plus récemment, la réduction massive des droits des chômeurs).

Voici que l'équipe Macron renonce à supprimer 120 000 postes de fonctionnaires d'ici 2022. La curée sera toujours gigantesque: Jupiter veut imposer une baisse de 70 000 postes à la Fonction publique territoriale, mais seulement de 15 000, et non plus 50 000, à la Fonction publique d'Etat. 
Pour son troisième budget, Jupiter table sur 1 à 1,3 milliard d'euros de la  réforme de l'assurance chômage (3,5 milliards en année pleine) et 1,4 milliard sur les aides aux logement (APL). Trop heureux d'avoir gagné quelques points auprès de l'électorat âgé, Jupiter lève aussi le pied sur les économies promises à court terme sur les retraites. Il préfère attendre la grande réforme "systémique" de 2020.

Officiellement bien sûr, il n'y a ni changement de cap, ni renoncement.

Le pragmatisme macroniste s'apparente désormais à une gestion de la trouille.

Ami macroniste, n'ai pas peur.



 

7 juillet 2019

Ce Thatcherisme sans couilles - 634ème semaine politique

 

 

Il s'agit de progrès, vous n'avez rien compris.

 

L'affaiblissement de la solidarité nationale, par la réduction de la prise en charge de l'éducation, de la santé, du chômage et bientôt de la retraite, ou l'introduction du "management" privé dans la Fonction Publique, ou de la concurrence entre élèves pour le passage à l'enseignement supérieur, le tout au nom de l'efficacité économique, a été rebaptisé "progressisme" par une Macronie qui cherche à décomplexer son action en transformant le sens des mots. 

 



La récente réforme des conditions d'accès à l'indemnisation du chômage, cette dernière ne concernant déjà qu'un demandeur d'emploi sur deux (contre 60% il y a 10 ans), se révèle plus grave encore pour les plus précaires du marché de l'emploi que les premières évaluations, à chaud, partagées à la publication de la réforme il y a deux semaines: la presse publie un document interne de l'UNEDIC qui évalue à un chômeur sur deux la proportion qui perdra des droits et/ou des revenus à cause de la réforme Macron. Ce "progressisme" consistera ainsi à travailler plus longtemps pour commencer à toucher une allocation; il supprimera pendant 6 mois la recharge des droits au chômage dès que l'on retrouve un emploi (on imagine combien c'est un "progrès" pour les salariés en période d'essai pour qui les cotisations chômage de leur premier semestre d'un emploi retrouvé ne comptera plus dans leur droit à indemnisation); enfin, dernier "progrès", les indemnités chômage seront calculées de manière plus défavorables aux chômeurs, à savoir sur le revenu moyen d’un mois (en comptant les jours travaillés et les jours non travaillés) et non plus sur les seuls jours travaillés. Le "progressisme" s'abrite derrière une esbroufe pour s'auto-justifier: l'accès à l'indemnisation chômage pour les démissionnaires, promesse électorale phare du jeune Macron, est réduit à quelques milliers de cas à cause des conditions fixées.

Le progressisme s’accommode de vendre des armes à l'Arabie Saoudite, laquelle les utilise en retour au Yémen contre les populations civiles, et en violation de la règlementation européenne. Il soigne les relations diplomatiques avec d'autres dictatures islamistes où l'athéisme et l'homosexualité sont punis de tortures et de mort, mais légitime un président auto-proclamé contre l'autocratie vénézuélienne. Ce "progressisme" a autant de poids qu'il y a de mesures.

Le "progressisme" brandit comme une victoire que l'Union européenne soit placée dans les mains des conserv-atroces: derrière le mirage, la réalité. Le président de la République française serait le grand vainqueur de ces négociations. On n'en doute pas. Macron est surtout le nouveau patron de la droite française. En Marche a remplacé l'UMP. Et Christine Lagarde ou Ursula von der Leyen sont des seconds couteaux conservateurs.

Le "progressisme" revendique comme "progrès" la suppression du statut des cheminots au motif qu'un salarié qui gagne plus qu'un autre mais toujours quelques siècles de SMIC de moins que les 5% d'ultra-riches pour lesquels Macron gouverne, c'est déjà trop. C'est aussi si utile pour décrédibiliser le progrès social. Le désinvestissement des petites lignes, qui ne date pas de la Macronie, au profit de TGV à la tarification erratique et opportuniste, est un "progrès".

Le "progressisme"s'attaque à l’État qui coûte trop cher ... aux riches: il supprime des postes de professeurs ou des lits d'hôpitaux. Il cache la fermeture de centaines de classes rurales par le "progrès" du dédoublement des classes CP en zone d'éducation prioritaire. Après le fiasco de ParcourSup en 2018, il saborde littéralement le bac : l'introduction d'une forte dose de contrôle continu aggravera les inégalités (bac de Neuilly contre bac de Saint-Denis). Le ministre Blanquer a aussi complètement déstabilisé l'enseignement secondaire: les mathématiques, où l'héritage social et culturel pèse moins que dans les matières littéraires, ont été supprimées du tronc commun et placées en option; certains professeur(e)s sont muté(e)s dans des nouvelles spécialités sans la formation adéquate. Quand des syndicats d'enseignants réclament un dialogue, le ministre refuse et passe en force. Après quatre mois de silence gouvernemental, quand certains profs font la grève des notations, il promet des sanctions contre les grévistes, ment sur la mobilisation, et fait inventer des notes pour les copies de bacheliers sans correction (80 000). Sur les réseaux sociaux, les "progressistes" applaudissent aux éditos de la presse conservatrice fustigeant les "enseignants radicalisés".

Il s'agit de "progressisme", vous n'avez rien compris.





Le "progressisme" a de l'argent à prendre au plus grand nombre, sous forme de réduction de services publics nécessaires ou de dégradation de l'accès aux droits et au prestations sociales, pour rendre à une minorité de riches (ISF, flat Tax, exit Tax, taxe d'habitation). L'injustice fiscale de ce "progressisme" est suffisamment connue pour que Macron soit encore affublé du sobriquet de "Président des riches." Le "progressisme" recule parfois, et devient réellement un progrès, quand des "gueux en gilets jaunes" le forcent à annuler des augmentations d'impôts sur le diesel et à lâcher quelques revalorisations de prestations sociales.

La "réforme" des aides au Logement, qui vise 1,2 milliard d'euros d'économies annuelles sur le dos des allocataires, "n'est pas une réforme budgétaire" mais plutôt de "justice sociale", a dit Gérald Darmanin sur RTL le 4 juillet. Ce ministre des Comptes Publics explique qu'il s'agit de "mieux cibler". Ces "progressistes" qui nous gouvernent ont justement décidé d'avancer la seconde réduction des APL dès la prochaine rentrée des classes.

Tandis que la France traverse un énième épisode de canicule, le "progressisme" se suffit d'une politique de petits pas contre le réchauffement climatique, ce qui, devant l'accélération de la dégradation des conditions environnementales, s'apparente à un immobilisme criminel. Il affiche de gros objectifs très lointains, souvent sans moyens. Le plan de rénovation énergétique des logements annoncé en avril 2018 est quasiment gelé, le coup de grâce étant l'interdiction par Macron lui-même d'inclure toute contrainte contre les propriétaires de passoires thermiques dans la loi Énergie/Climat. Autre exemple, la consommation de pesticides est malheureusement quasi-stable depuis 15 ans, mais aucune mesure urgente n'a été prise malgré les alertes et les constats partagés. Dernier exemple, après l'adoption du CETA avec le Canada, qui permet de soustraire de la justice européenne le jugement des litiges en matière d'environnement et de santé publique, entre l'Europe et les entreprises canadiens, voici le MERCOSUR adopté en douce par la Commission européenne sortante. Macron l'adoube avec gourmandise, fustigeant les "nationalistes" qui le critiquent, avant... de reculer sous la pression quasi-unanime et même dans ses rangs.

Le "progressisme" consiste à afficher quelques avancées sociétales (PMA, droits à vie pour les handicapés) qui masquent de vrais reculs dans l'application de ces mêmes droits: réduction des moyens hospitaliers, asphyxie des urgences, suppression de l'obligation de rendre 100% des logements accessibles aux handicapés. Le "progressisme" tolère des barbouzes à l'Elysée, qui signent des contrats de protection avec des oligarques russes pendant leur service. Le "progressisme" a financé l'essentiel de sa campagne macroniste sur un millier de riches Français en 2017, puis des prêts bancaires.


Le "progressisme" désigne aussi l'allongement de l'emprisonnement des migrants en attente de statut, la réduction des délais de dépôts de dossier d'asile de ces mêmes migrants, le jugement à distance par vidéo-conférences, et, bientôt, le fichage des migrants dans les établissement d'hébergement d'urgence pour le bénéfice de la police de l'immigration. Les "progressistes" ont d'augmenté de 25% les places de rétention en 18 mois. Par "humanité", ils ont aussi multiplié par huit le nombre d'enfants emprisonnés par rapport au niveau de 2013 (quand Valls était ministre de l'intérieur de Hollande). Par "progressisme", le ministre de l'intérieur Castaner organise des retours de réfugiés par charters  comme son lointain prédécesseur Charles Pasqua  tandis que les chiffres de l'asile s'effondrent (35 000 personnes en 2018)... Ces "progressistes" n'écoutent pas les appels de la Cimade, du Syndicat de la Magistrature, du Gisti, du Syndicat des avocats de France, de CCFD-Terre Solidaire, d'Emmaüs, du Secours Catholique, de la Ligue des droits de l’Homme, de Médecins du Monde, du Secours islamique, d'Amnesty International, du Collectif des morts de la rue, contre cette "politique d’enfermement en rétention" qui "a franchi la ligne rouge."

La loi Asile est un "progrès", les ONG n'ont rien compris.


Le "progressisme" justifie les moyens par la fin, et même n'importe quelle fin. Il a validé dans le droit commun l'essentiel des mesures d'exception de l'état d'urgence, réduit la protection des journalistes et des lanceurs d'alertes. Il fiche "S" les opposants écologistes aux multiples projets écologicides du pays. Il autorise la répression inédite et violente contre les manifestants de toutes sortes, et les Gilets Jaunes en particulier. Il ignore les mutilations d'opposants. Il permet à des forces de police de lâcher des grenades lacrymogènes pour disperser des fêtards bruyants, provoquant 14 chutes dans le fleuve voisin dont une disparition un soir de Fête de la Musique à Nantes. Il laisse les éléments les plus violents de la police se défouler sans risque de sanction.

Ce "progressisme" prépare le fascisme. Il habitue l'électorat à la violence aveugle de l'Etat.

Le "progressisme" privatise aussi une partie de la justice au nom de la "lutte contre les comportements haineux" sur internet en laissant le soin aux plateformes privées sur-puissantes le soin de faire le ménage. Lui-même ne fait pas le ménage dans ses troupes: un conseiller élyséen tweetait des fausses informations de façon anonyme pour défendre Benalla; et des centaines de militants macronistes anonymes et radicalisés abreuvent les réseaux sociaux d'attaques ciblées comme une meute blessée. Maigre consolation, unanimement saluée, un parquet spécialisé dans les attaques sur internet sera créé, mais sans moyens supplémentaires.

Les "Progressistes" encadrent les retraites-chapeaux de quelques poignées de grands patrons français (et quel encadrement ! Il s'agira de réserver ces super-bonus à vie aux patrons qui ont effectivement travailler quelque temps dans l'entreprise... sic !), mais vont réduire les droits à retraite de l'ensemble du reste du pays. Courageux et démocrates, ils ont choisi de dévoiler la réforme des retraites au milieu du mois de juillet, quand l'attention populaire s'amollit sous la chaleur et grâce aux vacances. Comme Sarkozy en 2010. Les "Progressistes" ont renommé leur forfait: l'âge de départ à la retraite ne sera pas touché, mais il faudra davantage d'années de cotisations pour en bénéficier. Ce qui, compte tenu de l'âge plus tardif d'entrée sur le marché du travail et de carrières souvent hachées par des périodes de chômage, repoussent de facto l'âge de la retraite. Ce "progressisme" se fiche de savoir que l'âge en bonne santé ne recule plus depuis des années, que l'on vit certes plus longtemps, mais plus mal.



Le "progressisme" s'habille de gadgets législatifs ou marketings contre les inégalités femmes/hommes tout en restant inerte contre les féminicides.

En France, les riches et des puissants contribuent historiquement davantage qu'ailleurs en Occident à cette solidarité nationale: mais leur contribution s'est affaissée au fil des années. Grâce au "progrès en marche", les plus riches en France récupèrent enfin leur dû, c'est-à-dire davantage de revenus et de patrimoine à coup de défiscalisation, d'exonération, de libéralisation. Le "progressisme" que l'on nous vend est cette offensive souriante d'une minorité aisée, incarnée par des trentenaires aux allures de start-upers, pour casser dans les esprits le concept même de solidarité nationale et recycler les vieilles lunes conservatrices nées il y a 50 ans. Une minorité qui cache ses forfaits et son ambition derrière des gadgets, une novlangue, et faux-nez. Une minorité qui n'est qu'une nouvelle incarnation de cette droite recomplexée des années 2010.

Ce "progressisme" est un Thatchérisme sans couilles.


Il est porté par des cyniques ou des jeunes sans mémoire ni sens de l'Histoire. Sinon ils sauraient qu'ils sont du côté du manche, des puissants, des symboles qui évoquent Pétain, Thatcher et les 200 familles.


Ami sarkozyste ou macroniste, qui es-tu ?