24 août 2019

Comment Macron a raté sa rentrée- 641ème semaine politique

 

 

Il sera critiqué de critiquer aussi rapidement et aussi violemment tant d'efforts présidentiels à paraître calme, souriant, attentionné, et délicat. Pourtant, il s'agit de la France, de la République et des engagements que l'on prend en son nom. 

 

Et de ceux que l'on ne prend pas.

 

Macron rate pourtant sa rentrée. Son spectacle du G7 est terni par d'énièmes violences policières et une hypocrisie politique trop visible. Sa rencontre sur l'Amazonie est boycottée par des ONG, la police envahit un camp de conférences alter-mondialistes. Et Macron fait mine de découvrir un peu tard que le MERCOSUR était un traité de dupes.


Jeune et joli
Les conseillers anonymes de l'Elysée ont déployé beaucoup d'efforts en cette première semaine de rentrée pour imposer un nouveau story-telling à cette rentrée: Emmanuel sera "délicat." Le monarque exprime même des regrets sur les violences des mois passés - ces "blessures inacceptables". Cette démagogie de fausse réconciliation a ses limites, Macron met sur un pied d'égalité les policiers blessés et les 300 civils dont 25 éborgnés. Même les syndicats de policiers râlent contre ce revirement opportuniste et insincère.

Le G7 à Biarritz devait être la grande occasion de re-présidentialiser un jeune monarque dont la voix trop aigüe, les sautes d'humeurs, et l'autoritarisme personnel faisaient penser à un Sarko en version "jeune et jolie."  Avant le G7, Macron faisait multiplier les tweets "concernés" et consternants - sur l'Amazonie, l'Afrique, la paix dans le monde. Tout l'été, la communication élyséenne n'a pas chômé: photo-reportages de l'agence officielle de Mimi Marchand "Bestimage" en rafales chez Voici, Closer, Paris Match, Public, et même Gala: "torse nu et bronzé, sa parenthèse sportive avant une rentrée très chargée," Macron est le "Starship Trooper" de la Contre-révolution libérale qui revient reposé, "délicat" mais "déterminé" pour terrasser les "populistes". "Il est bronzé, détendu et loquace" nous assure l'Express, nouvelle Pravda du régime. Il prend le temps qu'il faut pour impressionner quelques rats d'écriture de la presse affectée à l'Elysée.

Il fallait vite oublier la saison politique précédente. Et surtout cette soudaine  convergence européenne avec ... Victor Orban. En avril, Macron nous le dépeint comme le diable et ses supporteurs hurlent au loup. En août, Macron accueille avec plaisir le soutien d'Orban... Ce n'est plus une Blitzkrieg mais une capitulation éclair. Où sont passés les Castors qui criaient au populisme

Mais pourquoi Macron lèche Poutine
A Brégançon, il reçoit un Poutine bouffi, visiblement lassé d'être là en avance pour cette corvée à Biarritz. La séquence de la fausse conférence de presse (on n'ose qualifier de "conférence de presse" ces monologues présidentiels si brefs où des journalistes n'ont pas de droit de suite dans leur question, quand ils ont la chance d'en poser une) est hallucinante: Macron célèbre l'autocratie russe "très profondément européenne" et qui adhère au "libéralisme politique". Quiconque connait l'histoire de la Russie - tsariste puis soviétique, puis autocratique - sourit péniblement en écoutant Macron raconter n'importe quoi. La Russie de Poutine est accusé par le FBI et la commission Muehler d'avoir attaqué le processus démocratique américain en 2016 par divers moyens - propagations de FakeNews en masse sur les réseaux sociaux, collusion avec l'équipe Trump, divulgation de milliers d'emails de l'équipe démocrate pour déstabiliser la campagne d'Hillary Clinton. Et voici Macron faire le castor, sourire coincé et genou tremblant, pour célébrer le libéralisme politique de la Russie. 

Imaginez Mélenchon, accusé de Poutinisme autocratique sans raison depuis des lustres par les macronistes, faire le dixième de cela...

Le gouvernement russe fut d'ailleurs ravi de ce léchage de bottes, public et télévisé en direct: le service de propagande Russia Today s'est empressé de faire applaudir bruyamment à "l'intelligence inattendue d'Emmanuel Macron"...

Le plus cocasse et sinistre fut cette comparaison de leurs répressions respectives: quand une journaliste osa interroger Poutine sur les arrestations d'opposants, l'autocrate donna quelques conseils au junior Macron: "Vous savez tous que pendant les manifestations des Gilets jaunes, plusieurs dizaines de personnes ont été blessées, des policiers aussi. Nous ne voulons pas que des événements pareils se passent dans la capitale russe." Piqué au vif, Macron répond, mais à côté, ignorant les blessés par centaines, les arrestations par milliers : “C'est la différence entre la liberté et le non-respect de liberté” .

La liberté ? 

Aucun journaliste n'osa ni ne put rappeler à Macron que son propre garde du corps et chef adjoint à la sécurité de l'Elysée avait été filmé en flagrant délit de tabassage de manifestants le 1er mai 2018. Au passage, le secrétaire général de l'Elysée est sans surprise dégagé de toute enquête sur sa "prise illégale d'intérêt" quand il représentait l'Etat dans une entreprise .... de sa famille... Il ne s'agit pas d'un jugement, mais d'une décision d'un parquet aux ordres du pouvoir en place.

Puis Macron reçoit Johnson, autre séquence cocasse. Le nouveau clown conservateur devenu premier ministre du Royaume Uni met un pied sur une table basse et cela suffit à agiter pro- et anti-Breixit.

Le spectacle entâchéc
Macron découvre que le président brésilien Bolsonaro détruit l'environnement, et qu'il n'en a rien à cirer des prétendues contreparties environnementales de l'accord commercial MERCOSUR signé au printemps entre l'Union européenne et le Brésil.

Roooooo.... Quelle surprise ! Quelle déconvenue !

"Après les pressions sur Twitter, Emmanuel Macron est passé à la sanction directe." Et oui... Il a suffit d'un clash sur Twitter, relayé par des journalistes, et paf, boum, crack ! C'est fini, Macron n'aime plus le MERCOSUR (ne lui rappelez l'autre affreux CETA, à cause duquel des agriculteurs terrifient des députés macronistes partout en France cet été). Quand ONG, experts et journalistes expliquaient à l'époque que ce traité commercial était désastreux et néfaste pour l'environnement, le président des riches et ses suppôts prostestaient: "mais non", promettaient-ils, grâce au MERCOSUR, Bolsonaro serait contraint de rester fidèle aux engagements de ses prédécesseurs en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ne riez pas... Tout ceci n'était qu'arnaque et trahison. La Commission européenne sortante, soutenue par les idiots utiles de la Macronie et ses véritables supporteurs libéraux, avait signé ce fichu accord qui inquiétaient même les gauchistes du Monde;

Il a fallu des milliers d'incendies simultanés en Amazonie, des images choc d'un désastre de feu relayés tardivement mais puissamment par les médias français et du monde occidental, pour Macron soit contraint de dénoncer l'accord MERCORSUR si cher aux lobbyistes qui l'ont fait élire. Parfois, quand c'est trop gros, ça ne passe plus.  Macron tweete une mauvaise photo, gros malaise. Trop de com' tue la com'.

Sur le MERCOSUR, Macron a agit comme un menteur, ou un benêt. 

Au choix.

Puis voici le G7, "enfin"...

L'agenda du G7 lui-même prêtait à sourire:
"Les sujets seront abordés selon 5 axes :
  • les inégalités de destin ;
  • la préservation de la biodiversité et du climat ;
  • la sécurité et la lutte contre le terrorisme ;
  • le numérique et la protection des démocraties ;
  • le partenariat avec l'Afrique."
La planète capitaliste risque de sombrer une nouvelle fois dans une Grande Crise comme en 2008, mais il faut faire mine que tout va bien madame la Marquise. Dans deux courtes interventions filmées, l'une pour un site publicitaire dénommé Konbini, Macron masque et cache. Pas d'allusion à la catastrope économique qui se profile.

Aux États-Unis, la FED a baissé les taux d'intérêt pour tenter de protéger la croissance. L'argent peu cher a provoqué un surendettement des ménages, des entreprises et des États. Les grandes promesses de "réguler la finance mondiale", il y a 10 ans, n'ont pas été tenues. Mais le G7 s'inquiètera de la guerre commerciale entre Etats-Unis et Chine, ça fait tâche d'un l'argumentaire libre-échangiste général. On parlera "inégalités de destin" (quel concept!) alors que chacun de ces dirigeants œuvre à la sur-exploitation des travailleurs  - précarisation des salariés européens ici, esclavage industrialisé ldes pays asiatiques, africains et sud-américains.

L'Allemagne est même entrée en récession depuis deux trimestres, ce qui est inquiétant pour ce "poumon de l'Europe". Et voici qu'un fond américain propose quelques pistes inattenduies pour éviter une nouvelle catastrophe économique et financière - le financement direct de l'économie par les banques centrales et la généralisation des prêts à taux zeros aux ménages... Bref, les clignotants virent tous à l'orange, les uns après les autres, mais les dirigeants du G7 font mine de sourire face aux caméras comme si tout allait bien.

On dirait l'orchestre du Titanic avant que le navire ne sombre.

La responsabilité de Macron est grande dans cette farce, la France organise ce G7 et le jeune monarque veut faire croire qu'il en est le grand ordonnateur.

Au G7, Macron a placé la préservation de la biodiversité et du climat" au centre de ses préoccupations. Bel effort ! En France, l'écologie a pollué les 30 premiers mois du quinquennat. On avait cru un instant, en mai 2017, que le débauchage de Nicolas Hulot, tenté une décennie avant par Nicolas Sarkozy le nouveau mentor de la Macronie, signifierait autre chose que des gesticulations médiatiques. Il n'en fut rien: immobilisme politique, promesses trahies, démission de la vedette Hulot un an après, adoption des traité CETA puis MERCOSUR, Macron est un clown tout juste utile à tweeter des photos erronées sur les désastres environnementaux du moment. Les récents succès électoraux des écologistes en Europe, et la progressive prise de conscience des opinions publiques des ravages irrémédiables causés à la planète forcent Macron à continuer le spectacle. Le G7 est exemplaire de cet artifice marketing, une bouillie politique qui permet de cacher dans la multiplication des gadgets, détails, et autres colifichets une véritable inaction: ainsi, le site gouvernemental, vide de propositions politiques utiles, fait la pub d'un G7 "eco-responsable" car les gobelets des participants seront en "papier recyclable", des "produits locaux" seront consommés, et les transports seront "partiellement alimentés par un champ solaire".

On se pince devant tant de futilité.
"Dans la région où est organisé le G7, une compensation carbone pour contrebalancer les émissions de CO2 (reforestation de la vallée d’Hergarai au Pays Basque, réintroduction de l’abeille noire basque, le Label Bas carbone et la compensation carbone...)"
De qui se moque-t-on ? Les ONG ne sont pas dupes. Quand, la veille du G7, Macron convoque un pré-sommet écolo à l'Elysée après quelques tweets sur l'Amazonie en feu, les ONG du réseau Action Climat boycottent.

Tout simplement.

Qu'est-ce que ce pyromane avait d'utile à dire ? 

Rien.

Le même Réseau Action Climat (22 associations dont OXFAM, France Nature Environnement, les fédérations d'usagers. des transports, Sortir du Nucléaire) a justement publié un bilan de l'action climatique de la France et des autres pays du G7. Le bilan parle de lui-même:
  • Les objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre sont "largement insuffisants" par rapport à la juste part française de l’Union 
  • La Macronie est floue sur la relève des objectifs climatiques de l’Union européenne pour 2030
  • La Macronie a bien l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050 dans sa loi énergie climat en juin 2019, mais "les politiques et mesures appliquées par la France sont insuffisantes pour atteindre les budgets carbone définis." Les retards les plus graves sont dans le secteur des transports, des bâtiments et du déploiement des énergies renouvelables.


Lui aussi, il a "changé"
Pour montrer sa nouvelle détermination écolo, Macron nous fait du Sarko devant les caméras du site Konbini: "J'ai changé" anone un vrai faux soutien au maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) trainé au tribunal par la préfète du coin car il a interdit l'épandage de pesticides. Macron explique, sans rire, que l’épandage de pesticides "a des conséquences sur la santé publique.”Va-t-il agir alors ? Oh que non ! Il appelle chacun à se “mobiliser pour changer la loi” pour interdire les pesticides. Il est président de la République, il dispose de 380 députés godillots à l’Assemblée. Mais il explique qu’il faut se “mobiliser pour changer la loi” pour interdire les pesticides. 

Sans rire...  Il a "changé."
 
Dans la même interview publicitaire, sur la taxation du kérosène, le carburant le plus polluant, Macron promet ...  “l’ouverture d’une concertation.” Quel sens de l'urgence...

Même sens de l'urgence contre l’exportation des déchets plastiques dans les pays pauvres, Macron promet d’agir vite: en 2021, les pays pourront refuser de recevoir des déchets. 

En 2021.

Il a tellement changé que la France s'est décidé à accueillir quelques-uns des 400 migrants qui dérivaient dans l'Open Viking depuis 2 semaines en Méditerranée. L'Espagne voisine s'était décidée en début de semaine à accueillir un autre bateau en dérive également au large de l'Italie. La Macronie expliquait que les migrants auraient du accoster en Italie voisine. Ces racailles, car il n'y a pas d'autres de qualificatifs, se sont fendus de communiqués lénifiants sur leur générosité finale. Il fallait oublier ce qui attendait les migrants - les nouveaux dispositifs de la loi Asile, rétention rallongée et délais accélérés pour déposer son dossier sous peine d'expulsion accélérée. 

La Macronie est un spectacle.


La réconciliation... policière
Biarritz est quadrillée de quelques 13 200 policiers, gendarmes et militaires dont on imagine que les matraques ne sont pas en carton recyclable et les grenades LBD loin d'être eco-responsables. Un centre de rétention pour migrants voisin a été reconverti en "hub" de gardes à vues - 100 cellules, soit une capacité de 300 GAV par jour. Mais rassurons-nous - "L'état moral des forces de police et de gendarmerie est excellent" confirme l'adjoint de Castaner au ministère de l'intérieur.

Le moral est excellent, que faut-il de plus ?


Vendredi soir, Macron déboule en super-jet présidentiel à Biarritz. Tiens donc... pourquoi n'a-t-il pas préféré le train ? Les gobelets en carton et les cars électriques pour transporter les participants du G7 ne seraient-ils que des gadgets ? La ville est quadrillée par les forces de l'ordre, les rues vidées de ses habitants. On dirait une occupation. Les 7 plus grands pyromanes du monde sont cloitrés dans un palace de Biarritz. Samedi, Macron parle encore à la télévision. Tout heureux de sa trouvaille (car il lui faut un bouc-émissaire facile pour sa communication, et pour éviter de poser des questions plus systémiques sur un sujet aussi grave) il répète que le problème n'est pas le transport aérien ni les hydrocarbures ... mais le textile qui pollue. Et justement, il a un accord miracle avec les grandes entreprises mondiales du textile qui représentent, dit-il, "presque" la moitié de la production du secteur. Et de quel accord s'agit-il ? Elles vont s'engager à se concerter... Plus belle la vie, n'est-ce pas ?

Un contre-sommet s'organise à Urrugne, à 23 kilomètres de là, avec une assistance variée, quelques milliers de participants jeunes ou vieux, une cinquantaine d'associations, des conférences et débats sur le climat et les inégalités.
"Ce ne sont pas 7 pyromanes enfermés dans leur tour d'ivoire à Biarritz qui pourront éteindre l'incendie de la forêt amazonienne" Isabelle Trouvé, porte-parole d'Attac.
Dès vendredi soir, il suffit d'une provocation pour les forces de l'ordre déboulent, frappent, arrêtent et blessent au coeur même du contre-sommet.

La Macronie a-t-elle si peur que cela ?


Ami castor, où es-tu ?



17 août 2019

Se réconcilier avec Macron ? 640ème semaine politique

 

 

Il est de plus en plus bronzé. Il reçoit Poutine et madame dans son Palais d'été pendant que ses fidèles trolls braillent leur haine de l'autocrate russe sur les réseaux sociaux. Quelle ironie de constater ce décalage absurde...


Le beau discours
A Saint-Raphaël, Emmanuel Macron, très bronzé, livre un beau discours en l'honneur des soldats africains qui se sont sacrifiés pour libérer la France. Il demande aux maires de France de nommer des rues en leur nom: "Ils ont redonné à notre pays sa liberté et sa dignité. Nous ne vivrions pas libres sans ces héros. La Nation leur en est à jamais reconnaissante." Il a raison, il a aussi raison qu'il est hypocrite. Il célèbre cette "part d'Afrique" de la France, il tait cette part d'Afrique qui se noie sous nos yeux, sous ses yeux, en Méditerranée. Il tait ses tortures infligées aux migrants. Il tait cette ibcapacité européenne qui rend l'accueil d'une poignée de migrants comme un effort surhumain.

Trois jours avant ce beau discours du jeune monarque, l'unique survivant d'une barque d'une quinzaine de passagers a été sauvé par les forces maltaises. Pendant deux semaines avant ce beau discours, un bateau de l'ONG "Open Arms" a dû patienter en mer, avec 147 migrants à bord, avant que France, Allemagne, Roumanie, Portugal, Espagne et Luxembourg ne se répartissent enfin la troupe de pauvres diables. Au moment même de ce beau discours, l'Ocean Viking, affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, dérivait encore avec 365 réfugiés à bord, dont 103 mineurs, entre l'Italie et Malte.  Macron, bronzé, était nécessairement éloquent à propos du rôle des soldats africains dans la libération du pays, qu'il célébrait avec un Nicolas Sarkozy si ravi. Il était aussi éloquent qu'il sait être taiseux à propos de sa politique xénophobe.



A Biarritz en cette fin d'août, le jeune monarque reçoit pour un G7. Il a un "message féministe" à porter, apprend-t-on sur le site de l’Élysée. Il faut "favoriser l'émancipation économique des femmes". En France, il a nommé un gouvernement où tous les ministères régaliens, sauf la défense, sont occupés par des femmes; son chef de groupe à l'Assemblée est un homme, la présidence de l'Assemblée est tenue par un homme, tous les directeurs de cabinets ministériels sont des hommes. Macron a le féminisme politique qui fluctue. Il a bien une sous-ministre à l'égalité femmes-hommes qui fait très bien ce pourquoi elle a été embauchée: agiter les bras, faire des selfies, faire des discours creux pour faire croire qu'on agit. Marlène Schiappa sert utilement la Macronie à masquer l'inutilité de l'action gouvernementale. Prenez les féminicides, il suffirait d'instructions claires de prendre toutes les plaintes, d'instruire tous les cas; il suffirait de moyens humains et financiers pour établir des parcours de sortie des violences, plutôt que de réduire les budgets ; il suffirait de généraliser les mesures de prévention et d'éloignement des violents. Il suffirait d'un plan de formation. Bref, il suffirait d'autres choses que des mots et du brassage de vent.


Pour prouver la détermination féministe du jeune monarque, et occuper les visiteurs pendant l'inactivité politique de cette période de congés, on avait publié sur le site du Palais de belles formules du monarque sur l'émancipation des femmes et l'égalité des sexes, un florilège de très beaux discours, avec des photos de Macron parlant avec attention et sourire compatissant avec des femmes arabes et noirs, parfois voilées: "Il est temps que notre monde cesse de faire des femmes des victimes et leur construise enfin la place qu'elles méritent, celle d'être aussi des leaders !" (discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 25 septembre 2018). Oui, il est temps, n'est-ce pas ? Macron a raison, bien sûr. D'ailleurs, "la France agît de manière concrète", pour preuve, "d'ici 2022, 50% de l'aide publique au développement devra être affectée à des mesures en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes." (tiens, finalement, la hausse de la dite Aide au développement a été encore une fois repoussée...)... Fichtre... D'ici 2022... La cause des femmes est comme l'écologie, les ambitions sont d'autant plus fortes que les échéances sont lointaines.

On oublierait presque les accolades et gros contrats avec les plus grandes dictatures islamistes du globe. Quand l'Arabie Saoudite a fait tuer puis broyer l'un de ses opposants dans son ambassade en Turquie, Macron fut l'un des derniers et des plus gênés dirigeants occidentaux à s'en inquiéter. Même Trump, dont la boussole morale est pourtant source de railleries en France, fut plus courageux. Macron a la démocratie et le féminisme qui s'arrêtent là où commence le commerce. En avril 2018, le royaume saoudien est venu confirmer pour 18 milliards de dollars de commandes françaises. Cela méritait quelques accolades et quelques bises élyséennes.




La belle réconciliation
Le 17 août,  Emmanuel et Brigitte sont à Bornes-Les-Mimosas. Le jeune monarque en appelle à la "réconciliation." Oh oui, la réconciliation... C'est important en République: "Notre pays parfois se divise et nous avons vécu ces derniers mois des moments difficiles de division, parfois de violence, dont il nous faut savoir sortir. Il y a parfois des bonnes raisons d'être en désaccord et il faut les respecter, il y en a d'autres que l'on peut contester, il faut savoir toutefois les entendre." Cet homme a moqué "Jojo le Gilet Jaune", les "Gaulois réfractaire", les "fainéants" qui s'opposaient à la Loi Travail, les "gens qui ne sont rien", ou ces pauvres qui coûtent "un pognon de dingue."

Macron a raison, " il ne faut jamais oublier que quels que soient les désaccords, aux grands moments de notre histoire nous avons su nous réconcilier pour avancer." Pour taire certains "désaccords", Macron a lâché les forces de l'ordre, il a lâché les brides: deux morts, trois cents blessés dont 24 éborgnés, 5 mains arrachées. On n'avait pas vu cela depuis 50 ans.

Le jeune monarque, trop bronzé et trop souriant, donne des leçons de réconciliation. Il a fait voter une loi contre les lanceurs d'alerte qui dérangent le secret des affaires, les "Fake News"  qui ne ne collent pas avec sa réalité, une autre pour permettre à la police, sans jugement, d'interdire sans preuve le droit de manifester à un opposant. Une autre encore pour réduire le délai de dépôt de dossier d'asile. Macron a raison, la réconciliation est importante. Mais l'Histoire de France montre aussi que cette réconciliation nationale passe souvent par exclure les dirigeants qui se l'approprient pour survivre.

Macron a célébré l'immonde Pétain.

Macron a abimé, clivé, dégradé, descendu la République, et ce n'est pas fini. Il est bien temps de se réconcilier.

Mais sans lui, sans doute.

Le beau bilan
Cette semaine, la nouvelle que le chômage baissait en France a réjoui et soulagé les fans de la Macronie. La nouvelle était heureuse: Macron avait rendu des dizaines de milliards d'euros d'impôts et de cotisations sociales aux plus riches, aux ultra-aisés, aux grandes entreprises qui délocalisent quand même, et aux spéculateurs en tous genres. Il fallait que ça ruisselle au moins un peu. Pour financer tout cela, il avait annoncé un plan d'économies sur les services publics, demandé des "efforts" aux infirmières, aux chômeurs, aux actuels puis aux futurs retraités, aux bénéficiaires des allocations sociales qui furent toutes, sauf deux, rapidement gelées; aux fonctionnaires dont il poursuivit le gel des traitements. Bref, 28 mois plus tard, le ruissellement se faisait tarder. Pire, le nombre de créations d'emplois privés est divisé par deux en 2018 par rapport à 2017, et voici maintenant que l'économie française ralentit à cause des tensions internationales ....

En réalité, ces chiffre de l'INSEE sont une nouvelle exécrable: le chômage baisse parce qu'il y a moins d'actifs. Le taux d'activité des 15-24 baisse, celui des 25-54 également: "la part de ceux en âge de travailler qui sont totalement sortis du marché du travail (ils n’ont pas d’emploi et n’en cherchent pas) a augmenté cette année", explique Alter-Eco, "ce qui interrompt une tendance à la baisse quasi continue depuis 10 ans malgré la crise."

Pire, le "halo autour du chômage" augmente nettement au deuxième trimestre: quelque 1,5 million de personnes souhaitent un emploi sans être considérées au chômage, ce "halo" a augmenté de 63 000 personnes au cours du second trimestre 2019. Pour réduire le chômage, la Macronie a choisi de précariser les chômeurs en réduisant leurs indemnités et leur accès à l'indemnisation (alors que la moitié des chômeurs n'est déjà pas indemnisée), et de "flexibiliser" le travail privé puis public, avec la loi de réforme de la fonction publique publiée cet été, - CDD de projet, inversion de la hiérarchie des normes, réduction des instances représentatives des employés. Bref, il s'agit surtout de décourager les actifs, et de favoriser l'essor de ce micro-entreprenariat qui n'est autre qu'un retour à l'esclavage salarial des premiers temps de la Révolution industriel. Rares sont celles et ceux à avoir ainsi retenu que la nouvelle loi LOM cache une nouvelle protection juridique des multinationales contre d'éventuels recours aux prud'hommes contre cette fraude à la Sécu et au droit des salariés que constitue l'auto-entreprenariat.

La Flat Tax rapporte davantage que prévu (400 millions d'euros de plus que prévu), davantage même, d'après de savants calculs, que l'ancienne imposition fiscale et sociale des dividendes. Sans rire... Sans blague ! La Flat Tax rapporte davantage car étant proportionnellement moins lourde au portefeuille des actionnaires, les entreprises ont décidé de verser davantage de dividendes: "l'allégement de la fiscalité a bien  relancé les versements de dividendes , entraînant par conséquence des recettes plus généreuses" explique le quotidien Les Echos, auteur du fameux scoop. L'année 2018, récompensée par les versements en 2019 fut à ce titre un nouveau record (+24%).

Les beaux amis
Le 15 août, Emmanuel Macron avait invité Nicolas Sarkozy aux cérémonies du débarquement de Provence, lequel Sarkozy avait évidemment accepté. François Hollande a préféré bouder. Il faut reconnaitre que Macron est une créature née du quinquennat Hollande, qui s'est fondu dans les habits de Sarko. Le jeune monarque adore Sarko. Il a endossé son programme, puis lui a piqué son électorat. On peut comprendre son double respect. Mais Sarko le lui rend bien. A Saint-Raphaël, il était là et souriant, bronzé aussi.

C'est avec prudence et délicatesse, nous promet-on, que Macron aborde la rentrée. La réforme des retraites visera à réduire les pensions car à force de chômage persistant et d'exonérations massives de cotisations sociales (CICE, flat tax), les régimes sociaux sont moins bien financés, la croissance de leurs recettes ne suit pas la progression de leur dépenses. Les macronistes travaillent donc "avec délicatesse" à cette réforme. Ils ont même renommé les termes qui fâchent et stressent.

La novlangue fait des merveilles. Ne dites plus "âge de départ", mais "âge d'équilibre", c'est plus joli, et cela ne met pas le jeune monarque en contradiction avec ses propos publics devant des journalistes lors de l'une de ses rares conférences de presse. En mai dernier, il avait promis de ne pas toucher l'âge de départ à la retraite (mais lequel ?) ni la durée de cotisations. Finalement, la réforme prévoit d'affecter les deux... Macron est champion. Partez quand vous voulez à la retraite... mais en deçà de l'âge d'équilibre désormais de 64 ans, il vous en coutera une décote... Qu'importe si depuis quelques années, l'âge en bonne santé ne recule plus.

On vit plus vieux, mais plus mal.

Le monarque est jeune, il est bronzé. Il fait la bise à Sarko, il accueille Poutine dans l'intimité de sa résidence d'été.

Qu'importe le reste.




10 août 2019

La nausée de l'été - 639ème semaine politique

Entre l'agitation médiatique sur les pizza "proches du peuple" du jeune monarque et le silence sur son action, l’écœurement vient rapidement, malgré l'été, malgré le soleil. 

 C'est la nausée de l'été.


La Pizza du président
Macron est souriant, presque bronzé. Il "renoue avec les Français" grâce à des bains de foules en face de son palais d'été. Il est même entré dans une pizzeria où il a mangé pour 27 euros et pris une glace en déssert.... Les chaînes d'info tournent en boucle sur cette "nouvelle proximité". Commenter le bronzage, la tenue et les faits quotidiens du monarque correspond mieux à l'état de complaisance médiatique. Une jeune "journaliste" politique de BFM envoyée sur le "terrain" répète ainsi mot à mot les éléments de langage dictés par l'Elysée. Le couple élyséen se repose "sans ostentation", dans sa résidence d'été qu'il a fait rénover de fond en comble (la piscine !), explosant du même coup le budget prévu pour les vacances du président comme l'a noté la Cour des Comptes.

Comme chaque été, Macron fait la "surprise" de sortir "à l'improviste" serrer quelques pinces et faire des bises aux groupi(e)s qui font le pied de grue devant les lieux. Aurait-il prévenu de sa sortie que le comité d'accueil aurait été certainement différent tant on ne compte plus les catégories socio-professionnelles abimées et énervées par cette présidence des riches.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.

On devrait s'attarder sur l'Auberge des Migrants, cette association qui aide et soigne les migrants près de Calais, menacée de sabotage, sur les 215 services d'urgence en grève, sur les créations d'emploi qui ralentissent, sur le silence médiatique à l'égard de la pétition pour un référendum sur la privatisation d'ADP, sur les premiers sauvetages de l'Ocean Viking, ou sur les dégradations de permanences macronistes. Mais il y a deux lois qui font l'actualité, deux illustrations de la destruction en œuvre sous couvert de Novlangue et de politique des riches.



Au Journal Officiel, la réforme de la Fonction Publique. Il ne faut hésiter à interpeller le sous-ministre en charge de cette affaire. Ces laquais des riches appliquent à la lettre un programme connu d'eux seuls et de celles et ceux dont ils sont les obligés et les pantins. Pour les plus riches, les très aisés, les "ultra-riches" comme les appelle François Hollande qui fut à la lutte contre la finance indigne ce que le glyphosate est à l'écologie, les services publics coûtent cher, trop cher, Habile, Emmanuel Macron a débauché un socialiste fallacieusement révolutionnaire. On oubliera vite Olivier Dussopt, mais pour l'heure, il est le salaud du moment.

Il faut se répéter à voix haute les mesures de cette loi, publiée début août:
  • la définition d’un service minimum pour certains services publics territoriaux en cas de grève ;
  • la réduction des instances représentant les salarié.e.s (suppression des comités techniques et des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et création de comité social territorial);
  • l'élargissement du recours au contrat de droit privé;
  • la création d'un nouveau CDD « de projet »  de un an à six ans (un CDD de 6 ans...) ;
  • l'instauration de la rupture conventionnelle du contrat de travail;
  • la limitation du droit de grève dans les collectivités locales;
  • le renforcement des procédures disciplinaires;
  • l'ouverture au recrutement d'employés saisonniers;
  • la réforme par ordonnance des conditions de travail, de formation et de recrutement.
"En même temps", le nouveau macroniste se félicitera d'imposer la parité pour le renouvellement de quelques directions d’administration, ou d'améliorer modestement l'emploi de personnels handicapés. Grands seigneurs, les macronistes ont accepté de supprimer le jour de carence applicable depuis 2017 à cause de Macron aux congés maladie des femmes enceintes.

A peine la loi promulguée, voici qu'il fanfaronne qu'il va "initier" un dialogue social... " le 5/9, je réunirai les partenaires sociaux pour lancer la concertation sur les textes d’application et les ordonnances, l’essentiel du texte sera applicable le 1/1/20." Dialoguer après la loi, concerter après la promulgation, la novlangue fait peine à entendre. Pour voter cette loi, les macronistes se sont alliés à leurs nouveaux soutiens, les Républicains

L'indignité n'est pas que là. Quarante-huit heures avant, quelques ministres et élu(e)s de la Macronie rendent hommage à la nuit du 4 août 1789, une journée historique, l'abolition des privilèges par l'Assemblée Constituante, deux semaines après la chute de la Bastille.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.


Protéger l'uberisation
Quelques centaines de livreurs Deliveroo sont en grève. C'est gênant pour l'image. Ces nouveaux prolétaires ultra-précarisés par le micro-entrepreneuriat et la notation électronique de leur performance râlent enfin, alors que le projet de "loi sur l'orientation des mobilités" est toujours en examen à l'Assemblée. Notez l'acronyme choisi pour cette loi: "LOM", "l'homme"... Cette loi serait "humaine". Son objet est d'améliorer l'efficacité des transports des hommes et des marchandises. Le gouvernement de la "start-up nation" a toujours le sens de la formule. Elle traite notamment des "plateformes de mise en relation par voie électronique" tels Deliveroo ou Uber, dont les volumes d'affaires sont estimés à 1,4 milliards d'euros pour les acteurs du service et du partage, et à 5,5 milliards d'euros pour les places de marché. Aucun des élu(e)s de la Macronie n'ose penser au manque à gagner pour les finances sociales de l'exonération totale de cotisations sociales dont bénéficient ces plateformes.

Aurélien Taché, député LREM, Les Echos


Le nouveau progressisme vise à rendre ce nouvel esclavage plus acceptable, et non pas à l'abroger. Qu'ils soient livreurs, chauffeurs, "juicers" de batteries de trottinettes électriques, professeurs, ce nouveau prolétariat de l'économie uberisée a été requalifié en "auto-entrepreneurs", ça fait plus joli dans les statistiques et les bilans officiels depuis une dizaine d'années. Et le nouveau progressisme macroniste compte bien ne pas toucher à ce socle fondateur d'une "start-up nation". La salariat, c'est gênant: malgré les ordonnances Travail, qui ont affaibli comme jamais les droits des salariés, il y a encore des contraintes, des protections, des "obstacles" à l'exploitation de l'homme par l'homme. L'autoentrepreneur, lui, est seul face à son commanditaire renommé "client", sans assurance maladie, sans protection du droit de grève, sans limite de durée de travail. Le fameux "travailler plus pour gagner plus" cher à Sarkozy et réhabilité par Macron prend tout son sens. Il/elle est chauffeur, livreur, jardinier, professeur de soutien, femme de ménage, rechargeur de batterie, balayeur, etc. Ils/elles sont plus d'un million en France. Pour le seul transport, où s'ajoute la dangerosité du métier, ils seraient près de 30 000.

En Espagne, la justice a tranché: ce micro-entrepreneuriat est du salariat déguisé, et ces précaires ont droit aux protections et au régime du salariat. Deliveroo a été condamné pour fraude à la Sécurité sociale. En France, n'y pensez pas ! Nos laquais des ultra-riches préfèrent brasser du vent et des mots: la loi LOM, dans son article 20, prévoit qu'à titre "facultatif", les nouveaux maitre numériques s'accordent ... sur une charte de responsabilité sociale "de manière à offrir des droits sociaux supplémentaires aux travailleurs indépendants qui ont recours à leurs services." Mais attention, pour éviter de froisser les nouveaux esclavagistes,  nos macronistes ont  Afin de sécuriser la relation entre les plateformes et ces travailleurs, fait préciser dans le projet de loi que "l'existence de cette charte et le respect de certains engagements qu'elle contient ne peuvent constituer des indices de requalification de la relation contractuelle en salariat."  En d'autres termes, non seulement la loi LOM n'impose aucune contrainte aux plateformes, mais en plus elle protège les dites plateformes qui voudraient se doter d'une telle charte de bonne conduite de toute requalification en salariat de l'embauche d'autoentrepreneur.

Il fallait oser, Macron l'a fait.
" L'établissement de la charte et le respect des engagements pris par la plateforme(...) ne peuvent caractériser l'existence d'un lien de subordination juridique entre la plateforme et les travailleurs." Article 20.
Et maintenant voici Aurélien Taché, un député macroniste, ex-socialiste, qui se fend d'une tribune pour réclamer "une représentation et un pouvoir de négociation aux livreurs" pour "qu'ils aient les moyens de défendre leurs intérêts". Encore un effort, camarade député... Ta manœuvre est trop modeste. Ta bonne conscience de "nouveau progressiste" est sans doute soulagée, mais la réalité demeure: tu accompagnes ce retour à l'esclavage qui, malgré l'avancée technologique, ressemble fort à la situation des ouvriers payés à la tâche des débuts de la Révolution industrielle.
« Considérant qu’un travail manuel trop prolongé non-seulement ruine la santé du travailleur, mais encore, en l’empêchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de l’homme ; – Le gouvernement provisoire de la République décrète : 1° la journée de travail est diminuée d’une heure ; en conséquence à Paris, où elle était de onze heures, elle est réduite à dix ; et en province, où elle avait été jusqu’ici de douze heures, elle est réduite à onze ».
(Décret du 2 mars 1848 )
La servilité de la Macronie aux intérêts des nouveaux esclavagistes numériques est écœurante.



Ami(e) macroniste, n'es-tu pas écœuré ?


Crédit

4 août 2019

Comment Macron est devenu haïssable - 638ème semaine politique

 

Il paraît qu'il veut se "chiraquiser", devenir "sympa" même si sa politique est odieuse. C'est toujours le même cirque. Macron, comme Sarkozy, s'imagine que quelques clichés en bras de chemise et slips de bain le rendront "proche" des gens. La Macronie, et son monarque en tête, a pourtant franchi les bornes au point de devenir haïssable. Macron clive la France jour après jour. La rage haineuse de ses trolls et supporteurs n'y est pas rien.


"Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. […] Je refuse ce terme." Emmanuel Macron, 7 mars 2019


#JusticePourSteve
Depuis 6 semaines, et une Fête de la Musique tragique aux abords de Nantes, un jeune homme dénommé Steve avait disparu après une intervention de police violente, et contestée en son sein. Au lieu de s'en inquiéter, de calmer le jeu, le gouvernement a joué le mépris et le silence. Six longues de semaines de silence, puis le corps  du jeune homme est retrouvé. Et là démarre une triple séquence, presque plus indigne, mais à peine surprenante.

Il y a d'abord le spectacle désolant d'un ministre de l'intérieur muet, figé, glacé comme une statue du Musée Grévin, aux côtés du premier ministre appelé par Macron à la rescousse. A deux reprises en quelques heures, Edouard Philippe défend ce ministre de la honte. Castaner dégrade la police. A cause de lui, on manifeste en France aux cris de "policiers assassins". Castaner a lâché les furieux, excusé les bavures, fait silence sur les violences injustifiées de la police pendant plus d'une année de manifestations diverses. L'IGPN, une fois de plus et dans la complaisance la plus totale, aux forces de l'ordre dans la disparition puis le décès de Steve à Nantes: "il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço" résume le premier ministre pour couper court à la polémique. Car le rapport de cette police des polices, celle-là même qui n'a pas réussi à identifier les policiers filmés en situation de violence contre des Gilets Jaunes ni même à trouver à y redire, est publié le jour macabre de la découverte du corps de Steve. Le rapport était prêt depuis 15 jours, mais la police a des coïncidences que seule la raison de Castaner comprend. Et l'on y lit que la mort de Steve "pose la question de la place que l'on fait aux musiques électroniques dans la société."
On reste bouche bée.
On se pince.
On devrait pleurer.
La Macronie assume, au contraire.

Il y a ensuite cette rétractation désormais habituelle de cette frange sociologiquement aisée qui accourtet serre les coudes quasi-unanimement dès que le moindre suppôts de Jupiter est contesté: on écoute, on lit ces soutiers de l'oligarchie dénoncer un énième complot contre la Macronie (cette fois-ci contre Castaner), et amalgamer les protestataires qui réclament justice à des factieux d'extrême droite (n'est-ce pas cocasse quand on voit en parallèle l'extrême droite au chevet de Castaner ?). On s'interroge sur ce biais sociologique qui intéresse déjà les historiens. Et surtout sur la violence des propos: les cohortes macronistes sont agressées et agressives, elles ne cherchent plus à convaincre mais à tuer.

Cette fois-ci, la Macronie est même aidée par l'extrême droite: certes, le Rassemblement national accuse Castaner d'amateurisme. La répression n'est jamais assez violente pour l'extrême droite. Mais le même mouvement défend les forces de l'ordre. Des macronistes puisent dans les délires du site d'extrême droite Dreuz (qui "révèle" que le corps de Steve a été retrouvé en amont du présumé de lieu de chute) pour dédouaner la police  alors qu'une multitude de témoignages et d'omissions sont révélées et contredisent la version officielle de l'IGPN... à tel point que le gouvernement se trouve contraint de déclencher une seconde enquête, cette fois par l'IGA.

La présidence Macron a perdu son sourire juvénile, il ne reste que la grimace carnassière d'un libéral-autoritarisme qui s'assume à peine.

Macronisme radicalisé
La Macronie grimace aussi parce les permanences de ses député(e)s godillots sont une à une vandalisées cet été. Emmanuel 1er bronze avec Brigitte à Brégançon. Les deux n'utilisent même pas la piscine si couteuse puisqu'ils se sont décidés à affronter les paparazzi. Macron s'agace un peu que des dizaines de portraits de lui soient décrochés dans les mairies. Mais ses godillots sont soumis à plus rude épreuve. Ces mêmes applaudissaient aux milliers d'arrestations préventives; ils/elles restaient silencieux/ses devant les photographies des 24 éborgnés des manifestations de Gilets Jaunes. Ils/elles n'avaient à redire sur les "19 000 tirs de LBD 40, 5400 tirs de grenades de désencerclement (GMD), 1400 tirs de grenades GLI-F4".

Donc les permanences de député(e)s macronistes brûlent ou presque. A Perpignan, ce sont des Black Blocks qui incendient la permanence du député Romain Grau (un modèle de constance politique: socialiste, sarkozyste, macroniste). Ailleurs, ce sont plutôt des agriculteurs en rage contre le CETA, ce traité de libre-échange négocié sous Hollande, adopté avec joie, ravissement et encouragement par un Macron qui refusa au Parlement français de débattre le temps nécessaire  (et qui fustige encore Nicolas Hulot quand ce dernier ose exprimer des regrets).  Les élus député(e)s macronistes s'indignent de ces dégradations - "atteinte à la démocratie", "violence contre la République", "pression fasciste", tout y passe. Il est vrai qu'attaquer physiquement la représentation nationale, fut-elle mal élue, illégitime, indigne, agressive, corrompue parfois, est une sale idée, contre-productive de surcroît. On n'attaque pas les député(e)s en République, même quand ces dernier(e)s l'attaquent quotidiennement.

On voit donc des  soutiers de la répression politique la plus violente que ce régime ait connue depuis assassinats des métro Charonne et du 17 octobre 1961 couiner parce qu'on a tagué leur bureau, ou cassé leur vitre. On compatit pleinement. Quand Castaner parle d'attentat, on sourit. Le pauvre homme perd les pédales

Mais ces macronistes ne réalisent plus la haine qu'ils expriment ni la haine qu'ils déclenchent.

Peu à peu le pays se clive, et de plus en plus durement: à droite, le clan macroniste ne comprend pas que son marketing politique ne prend plus. 
Un exemple estival: en début de semaine, le jeune monarque sort de sa sieste à Brégançon pour faire un tweet à propos de migrants secourus en Méditerranée dont 30 seront accueillis en France. Oubliera-t-on qu'il a réduit les délais de dépôts de dossier, et bloqué en Libye des centaines de réfugiés qui y sont violés, rackettés ou tués ?   Ou qu'un centre de rétention du Mesnil-Amelot, plusieurs sans-papiers ont tenté de se suicider ? Que la CIMADE, qui s'occupe de leur accueil, a déserté les lieux durant 3 semaines à cause des conditions de rétention ? 

Encore un tweet, monsieur le Président... Entre deux toasts avec Poutine et madame, vos tweets font merveille.

Macron déploie donc tous ses efforts théâtraux: il sourit quand il faut, ses chemises sont éclatantes, ses costumes choisis avec soin et sans excentricité pour rassurer. Il dépense avec son épouse une dizaine de SMIC en maquillage chaque mois, il s'appuie sur sa propre expérience de jeunesse au théâtre amateur, mais aussi sur les conseils de professionnels de l'image.  

Mais cela ne prend plus.

La main sur cœur, les macronistes bégayent combien ils sont "progressistes". A l'aide d'une novlangue savamment pensée et inspirée de la reconquête conservatrice et libérale des années 70, ils "rénovent" le vocabulaire politique en habillant leur action politique d'un vocable systématiquement positif et consensuel.




Mais cela ne prend plus. 

Le flou et l'enthousiasme de la campagne de 2017 se sont estompés. Contre les critiques, quelque soit le sujet, les militants de la "Team Progressiste" répètent qu'il est inutile de vouloir "rejouer 2017". Ils ont raison sur ce point. Vingt-huit mois plus tard, le premier bilan est là, il fait peur. L'action politique de Macron abime l'immense majorité du pays. Même le bilan économique est mauvais, incroyablement mauvais. L'affreux Donald Trump fait économiquement mieux que notre laquais des riches qui prétend gouverner depuis l'Elysée: à force d'allègements fiscaux coûteux pour les plus riches et les revenus financiers, et de coups de rabot sur la redistribution nationale, la croissance française a été divisée par deux depuis l'élection de Macron.

Chapeau l'artiste !

Échaudés par des critiques multi-formes, les macronistes ont abandonné la réalité: toute critique est renommée "Fake News"; les opposants sont, au choix, des "fous", des "ultra", des "minoritaires". Gilets Jaunes, retraités, étudiants, infirmiers, migrants, associations humanitaires internationales, économistes atterrés, syndicalistes, grévistes, chômeurs, enseignants, agriculteurs, militaires, qu'importe d'où vient la contestation, la réponse sera la même: silence, mépris et désormais agression. 

Macron est un Trump mieux coiffé.

En Macronie, la minorité a politiquement tort. C'est l'argument officiel que l'on ressort. On brandit les sondages: observez ! Macron est plus populaire que n'importe qui d'autre, donc il a raison. La Macronie se rassure en brandissant des sondages qui placent leur champion au plus haut de tous ses concurrents. Belle consolation que de gouverner avec un tiers de supporteurs ou 20% des inscrits. La Team progressiste n'ose regarder la réalité de son socle politique: la Macronie a glissé à droite, elle convainc désormais les soutiens de la droite furibarde, elle ne doit les frémissement de sa popularité qu'à ces Sarko-fans qui trouvent en Macron le relais politique qui leur fait défaut. La gauche sait (mal) vivre en division. La droite a au contraire horreur du vide.

En 2017, Macron fut la revanche des Hollandistes déçus et tétanisés. En 2019, Macron est la réincarnation juvénile mais carnassière de Sarko. 

Qu'il est cocasse d'imaginer qu'il y a encore quelques ex-Hollandistes désormais égarés à défendre un mentor applaudi par les Sarko-fans qu'ils détestaient en 2012. L'échec d'une politique ont radicalisé les troupes macronistes. Sur les réseaux sociaux, on a cessé de compter les menaces de morts et les tombereaux d'insultes que les trolls macronistes, bien loin des promesses de progressisme souriant et généreux de la "République en marche".


Radicalisation des déceptions
En face (car il s'agit bien d'un autre camp, celui des gens, de cet ensemble majoritaire, populaire, politiquement divisé), le dévoilement de cette hypocrisie politique majeure, la prise de conscience des dégradations en tous genres de la solidarité nationale, la destruction de l'espoir politique et la violence physique de la répression ont également aliéné les oppositions contre Macron. Il n'y a plus que la perspective d'un strapontin électoral ou ministériel qui attire encore en Macronie. La Macronie est un astre mort. Il ne reste qu'à "chiraquiser" Macron pour tenter de sauver les meubles.

La violence écologique, sociale, politique et policière de la Macronie rend ce régime insupportable. A cause de Macron, la République est abimée, la nation est divisée.

Violence écologique ? Cette semaine, la nouvelle ministre fraichement nommée pour remplacer François de Rugy signe un arrêté autorisant la chasse de 6 000 Courlis cendrés, une espèce en danger, et ce contre l’avis de la Commission européenne et le résultat de quelques milliers de consultations publiques. Le même gouvernement cherche aussi à supprimer les enquêtes publiques, une décision que Greenpeace attaque en justice.


Violence sociale ? Chaque semaine qui passe dévoile les conséquences prévisibles de la réforme des retraites. Macron se félicite que les régimes spéciaux seront supprimés. Les infirmier(e)s, en grève faute de moyens et de congés, seront ravis d'apprendre qu'ils dépendront du nouveau régime de prise en compte de la pénibilité allégé par Macron ("je n'aime pas le terme"). Et pour toucher une retraite équivalente au niveau actuel, les futurs retraités devront avoir commencé à travailler à 18,6 ans. Et "ceux qui entreront dans la vie active à 25 ans devront bosser jusqu’à 69 ans" complète le Canard Enchaîné. Même la presse libérale relève que les seniors chômeurs seront durement touchés: 44% des 55-64 ans ne travaillaient pas en 2018. Or 64 ans deviendra le nouvel "âge d'équilibre", celui où qu'importe la durée de cotisations, la retraite sera à taux plein. Avant 64 ans, chaque année manquante coutera 5% de décote. Et Pôle Emploi cesse aujourd'hui d'indemniser un chômeur au-delà de 62 ans.

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Il ne faudrait pas croire que ces clivages sont involontaires. Le maintien au pouvoir d'Emmanuel Macron repose au contraire sur l'entretien de clivages profonds. Macropn tient au pouvoir sur deux principes: éviter la convergence des luttes pour s'assurer qu'aucune opposition ne dépasse même d'une courte tête la minorité élyséenne; et servir avec le sourire les plats d'une contre-révolution conservatrice inédite en France.







"Ce moment où les plus braves d’entre nous décident de se faire la malle. Pierre Péan, mon ami, je te dédie cette tribune.
Ce moment où les cadavres remontent à la surface de la Loire.
Et je viens vous emmerder avec un sujet de philosophie politique.
Voilà. C’est ma dissertation de l’été. Je vous demande de soulever une demi-paupière et d’écouter ma question : sommes-nous devenu un État policier ?"

Denis Robert.