4 août 2019

Comment Macron est devenu haïssable - 638ème semaine politique

 

Il paraît qu'il veut se "chiraquiser", devenir "sympa" même si sa politique est odieuse. C'est toujours le même cirque. Macron, comme Sarkozy, s'imagine que quelques clichés en bras de chemise et slips de bain le rendront "proche" des gens. La Macronie, et son monarque en tête, a pourtant franchi les bornes au point de devenir haïssable. Macron clive la France jour après jour. La rage haineuse de ses trolls et supporteurs n'y est pas rien.


"Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. […] Je refuse ce terme." Emmanuel Macron, 7 mars 2019


#JusticePourSteve
Depuis 6 semaines, et une Fête de la Musique tragique aux abords de Nantes, un jeune homme dénommé Steve avait disparu après une intervention de police violente, et contestée en son sein. Au lieu de s'en inquiéter, de calmer le jeu, le gouvernement a joué le mépris et le silence. Six longues de semaines de silence, puis le corps  du jeune homme est retrouvé. Et là démarre une triple séquence, presque plus indigne, mais à peine surprenante.

Il y a d'abord le spectacle désolant d'un ministre de l'intérieur muet, figé, glacé comme une statue du Musée Grévin, aux côtés du premier ministre appelé par Macron à la rescousse. A deux reprises en quelques heures, Edouard Philippe défend ce ministre de la honte. Castaner dégrade la police. A cause de lui, on manifeste en France aux cris de "policiers assassins". Castaner a lâché les furieux, excusé les bavures, fait silence sur les violences injustifiées de la police pendant plus d'une année de manifestations diverses. L'IGPN, une fois de plus et dans la complaisance la plus totale, aux forces de l'ordre dans la disparition puis le décès de Steve à Nantes: "il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço" résume le premier ministre pour couper court à la polémique. Car le rapport de cette police des polices, celle-là même qui n'a pas réussi à identifier les policiers filmés en situation de violence contre des Gilets Jaunes ni même à trouver à y redire, est publié le jour macabre de la découverte du corps de Steve. Le rapport était prêt depuis 15 jours, mais la police a des coïncidences que seule la raison de Castaner comprend. Et l'on y lit que la mort de Steve "pose la question de la place que l'on fait aux musiques électroniques dans la société."
On reste bouche bée.
On se pince.
On devrait pleurer.
La Macronie assume, au contraire.

Il y a ensuite cette rétractation désormais habituelle de cette frange sociologiquement aisée qui accourtet serre les coudes quasi-unanimement dès que le moindre suppôts de Jupiter est contesté: on écoute, on lit ces soutiers de l'oligarchie dénoncer un énième complot contre la Macronie (cette fois-ci contre Castaner), et amalgamer les protestataires qui réclament justice à des factieux d'extrême droite (n'est-ce pas cocasse quand on voit en parallèle l'extrême droite au chevet de Castaner ?). On s'interroge sur ce biais sociologique qui intéresse déjà les historiens. Et surtout sur la violence des propos: les cohortes macronistes sont agressées et agressives, elles ne cherchent plus à convaincre mais à tuer.

Cette fois-ci, la Macronie est même aidée par l'extrême droite: certes, le Rassemblement national accuse Castaner d'amateurisme. La répression n'est jamais assez violente pour l'extrême droite. Mais le même mouvement défend les forces de l'ordre. Des macronistes puisent dans les délires du site d'extrême droite Dreuz (qui "révèle" que le corps de Steve a été retrouvé en amont du présumé de lieu de chute) pour dédouaner la police  alors qu'une multitude de témoignages et d'omissions sont révélées et contredisent la version officielle de l'IGPN... à tel point que le gouvernement se trouve contraint de déclencher une seconde enquête, cette fois par l'IGA.

La présidence Macron a perdu son sourire juvénile, il ne reste que la grimace carnassière d'un libéral-autoritarisme qui s'assume à peine.

Macronisme radicalisé
La Macronie grimace aussi parce les permanences de ses député(e)s godillots sont une à une vandalisées cet été. Emmanuel 1er bronze avec Brigitte à Brégançon. Les deux n'utilisent même pas la piscine si couteuse puisqu'ils se sont décidés à affronter les paparazzi. Macron s'agace un peu que des dizaines de portraits de lui soient décrochés dans les mairies. Mais ses godillots sont soumis à plus rude épreuve. Ces mêmes applaudissaient aux milliers d'arrestations préventives; ils/elles restaient silencieux/ses devant les photographies des 24 éborgnés des manifestations de Gilets Jaunes. Ils/elles n'avaient à redire sur les "19 000 tirs de LBD 40, 5400 tirs de grenades de désencerclement (GMD), 1400 tirs de grenades GLI-F4".

Donc les permanences de député(e)s macronistes brûlent ou presque. A Perpignan, ce sont des Black Blocks qui incendient la permanence du député Romain Grau (un modèle de constance politique: socialiste, sarkozyste, macroniste). Ailleurs, ce sont plutôt des agriculteurs en rage contre le CETA, ce traité de libre-échange négocié sous Hollande, adopté avec joie, ravissement et encouragement par un Macron qui refusa au Parlement français de débattre le temps nécessaire  (et qui fustige encore Nicolas Hulot quand ce dernier ose exprimer des regrets).  Les élus député(e)s macronistes s'indignent de ces dégradations - "atteinte à la démocratie", "violence contre la République", "pression fasciste", tout y passe. Il est vrai qu'attaquer physiquement la représentation nationale, fut-elle mal élue, illégitime, indigne, agressive, corrompue parfois, est une sale idée, contre-productive de surcroît. On n'attaque pas les député(e)s en République, même quand ces dernier(e)s l'attaquent quotidiennement.

On voit donc des  soutiers de la répression politique la plus violente que ce régime ait connue depuis assassinats des métro Charonne et du 17 octobre 1961 couiner parce qu'on a tagué leur bureau, ou cassé leur vitre. On compatit pleinement. Quand Castaner parle d'attentat, on sourit. Le pauvre homme perd les pédales

Mais ces macronistes ne réalisent plus la haine qu'ils expriment ni la haine qu'ils déclenchent.

Peu à peu le pays se clive, et de plus en plus durement: à droite, le clan macroniste ne comprend pas que son marketing politique ne prend plus. 
Un exemple estival: en début de semaine, le jeune monarque sort de sa sieste à Brégançon pour faire un tweet à propos de migrants secourus en Méditerranée dont 30 seront accueillis en France. Oubliera-t-on qu'il a réduit les délais de dépôts de dossier, et bloqué en Libye des centaines de réfugiés qui y sont violés, rackettés ou tués ?   Ou qu'un centre de rétention du Mesnil-Amelot, plusieurs sans-papiers ont tenté de se suicider ? Que la CIMADE, qui s'occupe de leur accueil, a déserté les lieux durant 3 semaines à cause des conditions de rétention ? 

Encore un tweet, monsieur le Président... Entre deux toasts avec Poutine et madame, vos tweets font merveille.

Macron déploie donc tous ses efforts théâtraux: il sourit quand il faut, ses chemises sont éclatantes, ses costumes choisis avec soin et sans excentricité pour rassurer. Il dépense avec son épouse une dizaine de SMIC en maquillage chaque mois, il s'appuie sur sa propre expérience de jeunesse au théâtre amateur, mais aussi sur les conseils de professionnels de l'image.  

Mais cela ne prend plus.

La main sur cœur, les macronistes bégayent combien ils sont "progressistes". A l'aide d'une novlangue savamment pensée et inspirée de la reconquête conservatrice et libérale des années 70, ils "rénovent" le vocabulaire politique en habillant leur action politique d'un vocable systématiquement positif et consensuel.




Mais cela ne prend plus. 

Le flou et l'enthousiasme de la campagne de 2017 se sont estompés. Contre les critiques, quelque soit le sujet, les militants de la "Team Progressiste" répètent qu'il est inutile de vouloir "rejouer 2017". Ils ont raison sur ce point. Vingt-huit mois plus tard, le premier bilan est là, il fait peur. L'action politique de Macron abime l'immense majorité du pays. Même le bilan économique est mauvais, incroyablement mauvais. L'affreux Donald Trump fait économiquement mieux que notre laquais des riches qui prétend gouverner depuis l'Elysée: à force d'allègements fiscaux coûteux pour les plus riches et les revenus financiers, et de coups de rabot sur la redistribution nationale, la croissance française a été divisée par deux depuis l'élection de Macron.

Chapeau l'artiste !

Échaudés par des critiques multi-formes, les macronistes ont abandonné la réalité: toute critique est renommée "Fake News"; les opposants sont, au choix, des "fous", des "ultra", des "minoritaires". Gilets Jaunes, retraités, étudiants, infirmiers, migrants, associations humanitaires internationales, économistes atterrés, syndicalistes, grévistes, chômeurs, enseignants, agriculteurs, militaires, qu'importe d'où vient la contestation, la réponse sera la même: silence, mépris et désormais agression. 

Macron est un Trump mieux coiffé.

En Macronie, la minorité a politiquement tort. C'est l'argument officiel que l'on ressort. On brandit les sondages: observez ! Macron est plus populaire que n'importe qui d'autre, donc il a raison. La Macronie se rassure en brandissant des sondages qui placent leur champion au plus haut de tous ses concurrents. Belle consolation que de gouverner avec un tiers de supporteurs ou 20% des inscrits. La Team progressiste n'ose regarder la réalité de son socle politique: la Macronie a glissé à droite, elle convainc désormais les soutiens de la droite furibarde, elle ne doit les frémissement de sa popularité qu'à ces Sarko-fans qui trouvent en Macron le relais politique qui leur fait défaut. La gauche sait (mal) vivre en division. La droite a au contraire horreur du vide.

En 2017, Macron fut la revanche des Hollandistes déçus et tétanisés. En 2019, Macron est la réincarnation juvénile mais carnassière de Sarko. 

Qu'il est cocasse d'imaginer qu'il y a encore quelques ex-Hollandistes désormais égarés à défendre un mentor applaudi par les Sarko-fans qu'ils détestaient en 2012. L'échec d'une politique ont radicalisé les troupes macronistes. Sur les réseaux sociaux, on a cessé de compter les menaces de morts et les tombereaux d'insultes que les trolls macronistes, bien loin des promesses de progressisme souriant et généreux de la "République en marche".


Radicalisation des déceptions
En face (car il s'agit bien d'un autre camp, celui des gens, de cet ensemble majoritaire, populaire, politiquement divisé), le dévoilement de cette hypocrisie politique majeure, la prise de conscience des dégradations en tous genres de la solidarité nationale, la destruction de l'espoir politique et la violence physique de la répression ont également aliéné les oppositions contre Macron. Il n'y a plus que la perspective d'un strapontin électoral ou ministériel qui attire encore en Macronie. La Macronie est un astre mort. Il ne reste qu'à "chiraquiser" Macron pour tenter de sauver les meubles.

La violence écologique, sociale, politique et policière de la Macronie rend ce régime insupportable. A cause de Macron, la République est abimée, la nation est divisée.

Violence écologique ? Cette semaine, la nouvelle ministre fraichement nommée pour remplacer François de Rugy signe un arrêté autorisant la chasse de 6 000 Courlis cendrés, une espèce en danger, et ce contre l’avis de la Commission européenne et le résultat de quelques milliers de consultations publiques. Le même gouvernement cherche aussi à supprimer les enquêtes publiques, une décision que Greenpeace attaque en justice.


Violence sociale ? Chaque semaine qui passe dévoile les conséquences prévisibles de la réforme des retraites. Macron se félicite que les régimes spéciaux seront supprimés. Les infirmier(e)s, en grève faute de moyens et de congés, seront ravis d'apprendre qu'ils dépendront du nouveau régime de prise en compte de la pénibilité allégé par Macron ("je n'aime pas le terme"). Et pour toucher une retraite équivalente au niveau actuel, les futurs retraités devront avoir commencé à travailler à 18,6 ans. Et "ceux qui entreront dans la vie active à 25 ans devront bosser jusqu’à 69 ans" complète le Canard Enchaîné. Même la presse libérale relève que les seniors chômeurs seront durement touchés: 44% des 55-64 ans ne travaillaient pas en 2018. Or 64 ans deviendra le nouvel "âge d'équilibre", celui où qu'importe la durée de cotisations, la retraite sera à taux plein. Avant 64 ans, chaque année manquante coutera 5% de décote. Et Pôle Emploi cesse aujourd'hui d'indemniser un chômeur au-delà de 62 ans.

****


Il ne faudrait pas croire que ces clivages sont involontaires. Le maintien au pouvoir d'Emmanuel Macron repose au contraire sur l'entretien de clivages profonds. Macropn tient au pouvoir sur deux principes: éviter la convergence des luttes pour s'assurer qu'aucune opposition ne dépasse même d'une courte tête la minorité élyséenne; et servir avec le sourire les plats d'une contre-révolution conservatrice inédite en France.







"Ce moment où les plus braves d’entre nous décident de se faire la malle. Pierre Péan, mon ami, je te dédie cette tribune.
Ce moment où les cadavres remontent à la surface de la Loire.
Et je viens vous emmerder avec un sujet de philosophie politique.
Voilà. C’est ma dissertation de l’été. Je vous demande de soulever une demi-paupière et d’écouter ma question : sommes-nous devenu un État policier ?"

Denis Robert.

11 commentaires:

  1. Il n'y a pas longtemps, vous aviez consacré votre billet du dimanche à condamner la haine en politique...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce mail était d' Élie Arié, qui a des problèmes avec son compte Google...

      Supprimer
    2. Je ne comprend pas pourquoi Macron et les macronistes ne réalisent pas combien ce qu'ils font est haïssable.

      Supprimer
    3. Bonsoir Juan. À mon sens, c'est pire que ça... Ils savent très bien ce qu'ils font, mais ils ont tellement peu de réelle contestation en face d'eux que, tant que le peuple ne se soulève pas réellement et radicalement, la Macronie continuera à saccager notre pays et ses institutions, et à nous maltraiter, nous, ceux qu'ils méprisent... Il faut se rappeler qu'après les trois révolutions de 1789, 1830, 1848, et la commune de Paris, les gouvernants successifs d'alors craignaient le peuple et le respectaient. Aujourd'hui, c'est le contraire...

      Supprimer
    4. @ Juan

      Il est,en effet, toujours salutaire de se poser la question " Pourquoi tout le monde ne pense-t-il pas comme moi ? "

      On peut aussi rappeler la phrase de Sartre " Penser, c'est penser contre soi".

      Élie Arié

      Supprimer
  2. Et pourtant, malgré ce billet...

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/une-large-majorite-de-francais-a-une-opinion-favorable-de-la-police-20190804

    Élie Arié

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sondage biaisé et orienté, Monsieur Arié... On fait dire aux sondages ce que l'on veut, selon, en plus, le panel choisi en référence dudit sondage... Mais bon, le vent tourne pour votre idole Macron et ses courtisans dont vous êtes...Continuez à croire que tout le monde vous adore... La chute sera d'autant plus brutale...

      Supprimer
    2. Toujours les arguments débiles du sondage orienté lorsqu'il ne dit pas ce qu'on souhaite, et que je serais macroniste parce que non-manichéen.

      Supprimer
    3. (Suite- les 2 mails sont d'Elie Arié )

      Je crois que le grand point faible de Macron est d'avoir cru que, grâce à son intelligence (qui me semble exceptionnelle ), il parviendrait à convaincre Trump, Merkel et Poutine, et de ne pas avoir compris qu' en politique internationale, la justesse des arguments ne sert à rien, seuls comptent les rapports de force.

      Supprimer
  3. es plus braves d’entre nous décident

    RépondreSupprimer
  4. "Violence écologique". Il est toujours bon de rappeler (comme le fait "Lundimatin") ce fameux texte prémonitoire d'André Gorz ("Leur écologie et la nôtre" - 1974): "C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ? Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich], dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » ? (…)"

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Soyez poli, et ne trollez pas.