28 septembre 2019

Le bruit et l'odeur version Macron - 646ème semaine politique

 

Macron en fait des tonnes pour rendre hommage à l'un des présidents aussi sympathique que corrompu, aussi charismatique qu'odieux. Et si tout cela cadrait si bien avec ce moment de la Macronie ?


Le bruit, sans l'odeur
Jacques Chirac meurt, et voici qu'Emmanuel Macron se démultiplie sur les ondes pour écraser le pays de son hommage présidentiel. "Il était un homme d'Etat que nous aimions autant qu'il nous aimait " pleure-t-il à la télévision.

Le Guignol de 1995 est joyeusement célébré par un Best-of sur Canal+ expurgé de toute sketch antisarkozyste.

Le jeune monarque parle aux antennes, l'air grave et sérieux, comme Chirac un matin de janvier 1996 à la mort de François Mitterrand.

Et il tweete, tweete et tweete encore.

Cette passion politicienne pour le plus sénile de notre monarchie républicaine devient un exercice gênant et fascinant à la fois. Chirac encombre évidemment les unes des journaux "dominants", les ondes radio-télévisées et les réseaux sociaux. Et Macron en rajoute et complète. La presse fait le récit précis, à la minute près, de comment Macron gère cette "séquence politique importante".

Dans la presse régionale, on lit avec écoeurement ou amusement qu' "en rendant hommage à Jacques Chirac, très populaire après son départ de l’Élysée, il doit devenir le père de la nation, costume qu’il n’a que rarement endossé."

On nous rappelle qu' "entre Brigitte et Bernadette, le courant passe."

Chirac fut pourtant un homme politique si souple avec la morale (sa corruption politique et personnelle fut si grande) et avec les idéologies.

Que faut-il choisir entre l'odieuse séquence  xénophobe sur le "bruit et l'odeur" en 1990 et le brillant hommage de 1997 aux familles juives arrêtées puis déportées par la police française lors de la rafle du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942 ?

Macron fait beaucoup de bruit avec la mort de Chirac.

L'odeur, sans le bruit
"Jacques Chirac était habité par la conscience du temps long, cette conscience qui enseigne l’infinie fragilité de la vie. «Notre maison brûle»" raconte Macron. Justement, la maison brûle ... à Rouen. Une usine chimique classée Seveso à Rouen (Seine-Maritime) prend feu, et voici qu'un nuage toxique long de 20 kilomètres surplombe les environs. L'herbe des champs voisins se noircit, la Seine change de couleur, polluée par les hydrocarbures. Le désastre écologique est évident mais "il ne faut pas paniquer" raconte le préfet du coin. Et les médias principaux sont trop occupés à la mort de Chirac et aux hommages présidentiels.

Macron ne dira rien sur Rouen. La pollution industrielle à quelques encablures de Paris, ça l'embête. Il envoie des ministres sur les lieux. Agnès Buzyn reconnaît que "la ville de Rouen est clairement polluée". Alors que les forces de l'ordre (et les journalistes) s'empressent de porter des masques à gaz, la ministre conseille aux habitants de nettoyer les lieux... avec des gants. Son collègue Blanquer prévient que les écoles réouvrent dès lundi...

Le désastre écologique devient politique. 

Macron revient pourtant d'une séquence à l'ONU où la défense du climat était l'un des sujets phares. Sa photographe officielle était évidemment là pour instagramer le jeune monarque "en sweat à capuche et barbe de trois jours à New York". Le cliché fait "cool" et "moderne", bref, "progressiste."

A New York, les Etats-membres ne parviennent à rien. Le sommet onusien est un échec. Macron témoigne de son mépris envers les manifestants pour le climat ("Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c'est sympa mais ce n'est pas le problème. (...) Qu'ils aillent manifester en Pologne"") et donne des leçons au reste du monde, tandis qu'une quinzaine d'adolescents dont la jeune activiste Greta Thunberg attaquaient la France et quatre autres Etats en justice pour inaction écologique. Sans chercher à comprendre pour cette action épargne la Chine, les Etats Unis ou même l'Inde, trois pays les plus polleurs du monde, les rageux macronistes s'indignent que la Chine, les Etats-Unis, et l'Inde, les trois pays les plus pollueurs du monde, soient épargnés.

La sous-ministre Poirson se félicite que sa loi anti-gaspillage soit adoptée dans la semaine. Quel bel effet d'affichage. Après avoir réculer à la Saint-Glin-Glin la totalité des objectifs de transition écologique, ces "nouveaux progressistes" multiplient les effets d'affichage pour prétendre qu'ils agissent. Cette loi en est un bel exemple. Elle ne traite évidemment que du gaspillage, plutôt que des causes du gaspillage: elle ne traite pas de la publicité qui incite à consommer même futilement, il n'y a aucune contrainte contre les publicitaires.

Qui va suggérer aux nouveau progressistes d'interdire la pub pour les SUV ?

La loi est tout aussi avare en sanctions significatives contre les gaspilleurs, quand elle ne contient pas tout simplement des trous dans la raquette écologique assez énormes (l'interdiction de destruction de produits non alimentaires si célébrée dans les médias ne sera pas obligatoire "aussi longtemps que les conditions nécessaires pour réaliser le réemploi, la réutilisation ou le recyclage ne permettent pas d’y procéder de façon satisfaisante au regard des objectifs de développement durable"). Elle comporte des délais tardifs (en décembre 2023, 18 mois après la fin du quinquennat !).

Le sujet du gaspillage et du recyclage est évidemment complexe, et la moindre des avancées devrait faire plaisir. Mais l'autosatisfaction béate et bruyante de la jeune ministre, ex-lobbyiste de Veolia, fait peine à voir devant les insuffisances béantes de cette loi.

Amazon et consorts pourront encore détruire leurs invendus sans grande inquiétude pendant des années encore.

A Thionville, Arcelor-Mittal est relaxé dans le procès pour pollution du Crassier.

Le bruit et l'odeur
La filiation politique Chirac/Macron devient presque évidente quand on s'attarde sur le sujet qui préoccupe désormais la Macronie pour cette seconde moitié du quinquennat, l'immigration. Pour cause de deuil national, le grand débat sur l'immigration que la Mavcronie voulait forcer à l'Assemnblée est reporté. Mais le ministre Castaner a préparé les chantiers de réforme xénophobe que ces "nouveaux progressistes" veulent lancer: augmenter encore le nombre de places de rétention, durcir les conditions de naturalisation (85 000 par an), durcir les conditions d'obtention de l'allocation de subsistance 6,8 euros par jour), durcir les conditions de regroupement familial (90 000 immigrés par an). 

Dans les rangs macronistes, ça tousse "à gauche", cette frange ex-socialiste qui a déjà couvert, par son vote, son soutien ou son silence, nombre de lois antisociales, antiécologiques, et sécuritaires. Mais après la loi Asile et Immigration, dont les clauses contres les réfugiés ont été applaudies par l'extrême droite française, ce focus xéonophobe passe mal, il cadre mal avec le "progressisme souriant" de Jupiter.

Cette attention toute politicienne au sujet migratoire trouve en revanche une étrange résonnance avec cette Convention de la droite, organisée par la jeune neo-fasciste Marion Maréchal-Le Pen. La nièce de Marine laisse la tribune libre aux éructations xénophobes d'Eric Zemmour, tout récemment condamné pour injures racistes. On y entend un autre orateur y déclarer la "modernité" du nazisme. Et les chaînes d'information diffusent et sur-diffusent cette réunion de quelques fachos, comme s'il fallait que ces discours de haine prennent le pas, une énième fois, sur l'agenda politique du pays.

Macron lui-même n'a-t-il pas décidé de faire du bruit sur le sujet identitaire ?

Ailleurs, la "Team progressiste" cherche à se réjouir des réductions d'impôts qui "arrivent enfin" - 9 milliards d'euros pour les ménages l'an prochain, même pour les plus riches (1 milliard sur 5 de la baisse d'impôt sur le revenu va aux tranches supérieures). Pour financer cette générosité tardive (après les 40 milliards de CICE, les 3 milliards de suppression d'ISF, et les 2 milliards de baisse des cotisations et impôts sur les revenus financiers via la flat tax), les "forces progressives" réduisent de 3,4 milliards d'euros les allocations chômage, et imposent 4 milliards d'euros d'économies à la Sécurité sociale.

A la recherche d'économies tous azimuts, elles ont même envisagé de supprimer l'exonération de cotisations sociales sur les aidants de personnes âgées de plus de 70 ans. Devant la bronca politico-sociale quasi-générale, le gouvernement a finalement renoncé à cette mesure dans la semaine.



Ami castor, où en es-tu ?



21 septembre 2019

Les castors macronistes ont-ils disparu ? - 645ème semaine politique

 

Malgré la Marche pour le Climat, le sujet de cette chronique n'est pas écologique. Il ne porte pas non plus sur la disparition des abeilles, mais sur une autre forme d'espèce.

Les castors désignaient cette cohorte d'électrices et d'électeurs de gauche qui au second tour de l'élection présidentielle de 2017 en France ont accepté de suivre les consignes du chantage à l'extrême droite et votèrent pour (mal) élire Emmanuel Macron.  

 

Cette gauche castor n'existe plus. Celles et ceux qui gobent encore les éléments de langage et la bienveillance socio-humaniste affichés par la Macronie doivent assumer la réalité de l'action politique du gouvernement Macron: plus inégalitaire que celle de Hollande et même Sarkozy; plus violente; moins écologique; et désormais tout aussi xénophobe au sens littéral du terme. Et c'est devenu rare, voire impossible.


Certes, le réflexe d'autodéfense des castors a encore eu un sursaut, mais sacrément plus modeste, lors du scrutin européen de mai dernier. Là encore, certain(e)s sont sortis de chez pour "faire barrage", sans avoir véritablement lu les programmes (Macron n'a publié le sien qu'en toute fin de campagne) ni déchiffrer les alliances cachées. Rapidement, on vit Macron faire l'accolade à Orban, et soutenir la désignation d'une Commission bien à droite, allant jusqu'à afficher la défense de la culture européenne dans l'une des dénominations de ses commissions.

Les castors ont donc presque disparu. Sur tous les sujets, les uns après les autres, Emmanuel Macron apporte la preuve que ce désastre n'est pas écologique mais politique. Les castors ont été remplacés par d'autres, venant des contingents de droite, et même de la droite furibarde. Macron chasse à droite.


#1 - Réduire les indemnités chômage
Après deux années et demi de présidence des riches, de faveurs affichées (ISF, flat tax, exit tax) ou déguisées (la suppression de la taxe d'habitation profitera pour moitié aux plus riches), voici le temps d'une autre vérité, l'attaque lente mais directe contre la solidarité nationale.

Un quotidien du soir titre ainsi sur les "perdants de la réforme" de l'assurance-chômage. Qui est surpris ? Le durcissement des règles de l'indemnisation chômage entre en vigueur dans quelques jours, le 1er novembre. Il concerne 40% des demandeurs d'emploi: les cadres bien sûr, mais qui représentent une cohorte minoritaire des chômeurs (et du coût de l’indemnisation chômage) de toutes façons. Et surtout une masse de chômeurs plutôt jeunes et précaires:
  • 832 000 chômeurs vont perdre des indemnités à cause de l'allongement à 6 mois sur 24 de la durée minimale de travail préalable.
  • 850 000 personnes (avec un chevauchement important sur la catégorie précédente) vont perdre à cause de la nouvelle méthode de calcul du salaire journalier de référence.
  • Un peu moins de 2000 cadres supérieurs (plus de 4500 euros bruts comme dernier salaire) verront leur allocation décroître de 30% à partir du sixième mois,  (auf s'ils sont âgés de 57 ans et plus).

#2 - Réduire les pensions de retraite
Après les chômeurs, il y aura les retraités. En échange d'une revalorisation du minimum vieillesse veut baisser les retraites du reste du pays. Prendre aux uns, mais jamais aux plus riches, pour donner un peu aux autres, c'est la marque de la Macronie. Cinq syndicats appellent à une grève illimitée pour le 5 décembre contre cette réforme des retraites dont le gouvernement ne cache plus l'objectif principal, réduire le coût, c'est-à-dire les pensions. Plutôt que d'augmenter les financements, notamment sur les gros revenus, ou les rveenus financiers, Macron persiste à vouloir plafonner la contribution aux retraites à 14% du PIB.



#3 - Faciliter l'esclavage auto-entreprenarial
En sus des salariés fragilisés par la loi travail, les chômeurs précarisés par le durcissement de l'UNEDIC, les retraités qui devront cumuler emploi/travail, voici la protection juridique... des plateformes numériques de "mise en relation". A l'Assemblée nationale, on applaudit à l'adoption de la loi LOM: encore un acronyme qui sonne la bienveillance, et pourtant... Dans son article 20, la loi offre, sans contrainte, la possibilité de publier une charte de bonne conduite des plateformes de mise en relation électronique vis-à-vis de leurs esclaves numériques.

En échange de cette charte, les plateformes comme Uber ou Deliveroo sont protégées de toute poursuite pour travail dissimulé ou fraude à la Sécu ("l’établissement de la charte et le respect des engagements pris par la plateforme (...) ne peuvent caractériser l’existence d’un lien de subordination juridique entre la plateforme et les travailleurs.") Et comme la Macronie n'est jamais trop prudente quand il s'agit de protéger l'exploitation de l'homme par l'homme, la loi prévoit même qu'au cas où un litige entre plateforme et employé aurait pu relever des prud'hommes,"le conseil des prud’hommes initialement saisi sursoit à statuer et transmet la question" au tribunal de grande instance. Exit le droit social ! La belle affaire !





#4 - Frapper l'opposition
Samedi 21 septembre, le gouvernement fait interdire des manifestations des Gilets Jaunes, mais aussi celle demandée par Attac et Solidaires. Mais la Marche pour le Climat, et la manifestation de #FO conter la réforme des retraites se trouvent aussi rapidement empêchées: le pouvoir bloque, lance les gaz lacrymogènes et fait tabasser malgré la présence de familles et d'enfants. Parfois, des La tactique est toujours la même: les forces de l'ordre laissent un Black Bloc se constituer et déranger violemment les cortèges, puis attaquent à leur tour.

Incompétence ou volonté délibérée de saboter toute manifestation d'opposition ? La tentation est grande d'attribuer à l'incompétence crasse de Christophe Castaner et de son équipe ces dérapages annoncés, prévisibles, et par ailleurs sanctionnés par la multiplication des lois sécuritaires depuis 2 ans. Il s'agit plutôt d'une manœuvre grossière, qui vise à décourager de manifester. Il faut mettre en scène la violence des oppositions, il faut faire peur pour décourager les mobilisations.

Parfois, le spectacle se retourne contre ses concepteurs. Ainsi le premier jour du procès Mélenchon pour "actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation" fournit une double occasion à cette opposition: primo, la publication d'une longue vidéo prise au moment de la perquisition des locaux de la France insoumise permet de comprendre la manipulation également grossière dont a été victime Mélenchon: non, le leader insoumis n'a pas "tenté de s'opposer à la perquisition". Secundo, Mélenchon et sa troupe ont choisi de théâtraliser au maximum le début de ce procès qui n'est rien d'autre que politique. Théâtre contre théâtre, que reste-il d'autres en Macronie ? 


#5 - Manipuler avec les "tensions" de l'immigration
Mais le coup de grâce pour les quelques castors qui avaient conservé un peu d'estime macroniste malgré les débordements sécuritaires, le mépris social, et l'arrogance de classe de cette Macronista, ce devrait être cette saillie qui va durer contre l'immigration.

Quel choc, pour les "castors", de voir Macron attaquer ... le "problème de l'immigration". Les paroles exactes du jeune monarque, lundi soir devant des parlementaires godillots, ont été absorbées comme lettre d'Evangile par une "Team Progressiste" en mal de preuves que son Jupiter n'est pas le libéral-autocrate, et désormais xénophobe, que l'on observe, sont sans équivoque:


Les castors cachent le sujet, la novlangue est excellente: mais non, Macron ne dit rien d'offensant contre les immigrés puisqu'il a précisé que la France est "terre d'immigration". Notons que Marine Le Pen ne dit pas autre chose, et que c'est justement cette immigration qui lui hérisse les poils. Macron répète les propos des Le Pen, Jean-Marie applaudit, Marine sourit.

  • Comme l'extrême droite, il affirme que l'immigration "créé des tensions.
  • Comme l'extrême droite, Il amalgame, immigration et asile. 
  • Comme l'extrême droite, il fustige les détournements du droit d'asile par "des réseaux, des gens qui manipulent"
  • Comme l'extrême droite, il reprend l'exacte formule sur ces "bourgeois" qui "ne croisent pas l'immigration". 

Comme l'extrême droite, il laisse son secrétaire d'Etat à la police, Laurent Nunez mentir sur les statistiques de l'asile dans les jours qui suivent: "cette demande d'asile provient en grande partie, en grande partie, de personnes issues de pays d'origine sûre" C'est faux, corrige l'AFP. C'est complètement faux. Moins d'un quart des demandes d'asile sont portées par des ressortissants de pays dits sûrs, un taux stable depuis 10 ans, et même en baisse depuis janvier.

Ni la Macronie ni Macron lui-même n'osent dérouler la suite de leur raisonnement sur l'immigration: de quel problème l'immigration est-elle le nom ? Le bruit ? L’odeur ? La religion ? La couleur de peau ? Lundi soir, le monarque en remis une couche, en ciblant l'Aide Médicale d’État à nouveau. Il a même exhibé des statistiques géographiques dont personne ne connait l'origine, en accusant des "filières" d'Europe de l'Est.

En 2022, qui fera barrage à cette collusion Macron/Le Pen ?

Cette Macronie trouillarde, effrayée d'avoir à avouer le fond de sa pensée, n’aurait pas dû cacher pendant la campagne que les "problèmes de l’immigration" deviendraient ainsi un thème principal de mi-mandat. Que le pouvoir est une épreuve. Pour celles et ceux qui ont suivi l'injonction à faire "barrage" contre l'extrême droite, les populismes, la xénophobie, le spectre du fascisme renaissant en France, quelle déception ! Quel choc de réalité !



Ami castor, où es-tu ?



15 septembre 2019

Ce qui a vraiment changé chez Macron- 644ème semaine politique


 

La première moitié du quinquennat s'achève sur une pause. Les principales réformes ont pu être imposées au pays. Seuls les Gilets Jaunes sont parvenus à faire dérailler le train macroniste en provoquant des dépenses imprévues qui ont timidement relancé le pouvoir d'achat. Effrayée ou repue, la présidence des riches se serait mise en pause.

 

Vraiment ?




"T'es con, ou quoi ?" 

Cette formule est adressée par Brigitte à Emmanuel Macron. Dans un autre documentaire "de proximité" sur Jupiter tout puissant, un journaliste de complaisance aurait confié avoir attrapé cette phrase lors d'un échange du couple présidentiel. Il n'en faut pas davantage pour que la presse people et politique, qui désormais ne font souvent qu'une, s'en délectent.

Sont-ils cons, ou quoi ? On peut s'interroger. Certes, l'ancienne professeur du  lycée privé jésuite Saint-Louis-de-Gonzague dans le XVIème arrondissement de Paris a raison de reprocher à son ex-banquier de mari devenu président le peu de précautions qu'il prend quand il s'adresse aux gens de moindre fortune. Mais la violente bêtise de ce mépris de classe n'est pas réservée au jeune monarque. Il y a encore une petite foule de "centristes" à croire en l'action libératrice du président le plus violent de cette Vème République. Sont-ils cons, ou quoi ? Même De Gaulle confronté aux émeutes de Mai 68 avait crevé moins d'oeils, arrachés moins de membres, asphyxiés moins de personnes âgées.

Macron a clairement ce talent pour conserver le soutien de quelques benêts qui brandissent leur pin's "de gauche" pour applaudir à la prolongation du sarkozysme le plus violent. Mais passé ce moment de surprise, puis d'amusement, il faut s'attarder sur d'autres cas de bêtises, plus sidérants encore.

Écouter Bruno Le Maire répéter les mêmes discours sur la "rénovation du capitalisme" qu'il y a 10 ans ("refonder le capitalisme", Nicolas Sarkozy, 2010) prête ainsi à sourire. Depuis janvier, le ministre de l'économie était en roue libre, en totale opposition avec la politique qu'il conduit à son ministère, quand il pérorait contre ce capitalisme qu'il faudrait rénover, la croissance qui abime la planète, le libre-échange qui ruine l’environnement et nos santés. Il avait bien sûr raison d'appuyer l'argumentaire des insoumis et des écolos. Il a surtout eu tort d'être aussi hypocrite pour penser qu'il suffisait de recycler les discours du Sarkozy tétanisé par l'effondrement de 2008 pour que les ravages socio-économiques de sa loi PACTE passent inaperçus. "Est-il con, ou quoi ?" Bruno Le Maire doit prendre l'électrice et l'électeur pour des con.ne.s pour oser pareilles tartufferies. Il incarne le ministère des renoncements au libéralisme. Même sa loi PACTE inclue des mesures contraires à ces belles formules, comme la privatisation des Aéroports de Paris (contre laquelle une pétition pour un référendum est toujours en ligne), ou la réduction des seuils de représentation des salariés, voir le début de privatisation de la recherche publique sans contrepartie. Le Maire devant les militants patronaux du MEDEF fin août se réjouit d'avoir "simplifié les procédures et réduit les charges administratives pour rendre notre pays plus attractif, notamment dans le secteur financier". Le même, en juillet, expliquait que "le capitalisme est dans une impasse". Le même bouffon (y-a-t-il autre qualificatif ?) expliquait en janvier que "Nous ne pouvons pas payer toujours plus de croissance par toujours plus d’inégalités. "

Les urgentistes, dont le nombre en grève ne cesse de progresser, s'en souviendront. La monistre de la santé, qui tente déjà de faire le SAV de la réforme des retraites, a promis 750 millions d'euros de plus aux services d'urgence... d'ici 2022. Et sans ouvertures de lits ni d'embauche supplémentaires, deux des principales revendications des services surchargés. Environ 105 millions partiront ... dans la création d'un service d'accueil téléphonique pour "désengorger" les urgences. Pire encore, ces 70 millions d'euros seront ponctionnés sur le budget... de la santé.
« Dans l’esprit du public, quand vous êtes smicard, 750 millions d’euros, ça semble pharaonique, mais c’est un coup de com. Les besoins réels d’un hôpital se chiffrent en plusieurs centaines de millions d’euros ». un délégué CGT urgentiste, cité par le Bondy Blog.

La pause, ou la trouille ?
"Sur les retraites, on a eu un défaut de mise en scène du dialogue social" assure une "ministre influente" mais anonyme (Pénicaud ou Buzyn ?), d'après le Monde. Le gouvernement rétropédale donc. La réforme des retraites sent le moisi, et sera reportée à l'été 2020. L'objectif d'éviter une trop forte mobilisation avant les élections municipales n'est même pas caché."L'acte II, c'est la reconquête du centre gauche" a expliqué un conseiller élyséen au Monde cette semaine. "Nous allons renforcer la ligne écologique et sociale". 

On sent la trouille devant les ravages de cette première moitié du quinquennat: la présidence des ultra-riches a réduit la contribution fiscale et sociale du demi-million de foyers les plus riches du pays, réduit l'imposition des revenus du capital, de la rente et du capital en dessous de ceux du travail; elle a court-circuité les députés et les partenaires sociaux pour renforcer la précarisation des salariés. Elle a fragilisé les chômeurs, méprisé les urgentistes et les retraités.

Mais voici qu'il s'agirait d'être "social" et "écolo".

La première manifestation de ce recul tactique, requalifié ce "changement de méthode", fut la rentrée des classes. Le "gentil" Blanquer, ministre de l'Education nationale, a jeté, sans preuve, sans chiffres,  quelques diversions contre l'islamisme qui empêcherait les fillettes de familles musulmanes d'aller à l'école. L'Elysée a publié quelques communiqués lénifiants sur le soutien aux familles d'enfants handicapés. Mais qui fera le bilan de Parcoursup ?

La seconde preuve est cette emphase artificielle soudainement portée à l'insertion professionnelle: voici Macron qui lance une "grande concertation sur l'emploi". On croyait que la loi Travail et toute cette politique de l'offre qui favorise les employeurs et réduit la redistribution allait "ruisseler" naturellement en emplois et pouvoir d'achat... On nous aurait menti... Geler les prestations sociales. Réduire les droits des chômeurs Réduire les remboursements de la Secu. Légaliser les abus de l’auto-entreprenariat par la loi LOM, mais promettre l'insertion des plus fragiles dans l'emploi.  Quel emploi ? Macron a créé le contrat révocable à merci, réduit la représentation des salariés, supprimé les indemnités des 6 premiers mois de chômage pour faire des économies après les exonérations de charges sociales du CICE et de la flat Tax.

La troisième preuve de ce "changement de méthode" fut la pause imposée à la réforme des retraites. Les trolls macronistes répètent pourtant les éléments de langage puisés dans l'argumentaire Fillon/Sarko des années 2000, fustigeant la grève réussie et impressionnante de la RATP à Paris le vendredi 13 septembre: "Aujourd’hui, rien ne justifie plus un tel écart. La fin des régimes spéciaux, c’est l’égalité entre les citoyens" tweete le compte officiel des supporteurs macronistes. "Prenons le temps de construire un système plus juste. #greveratp #RATP". A la télévision, la porte-parole du gouvernement se ridiculise un peu plus en braillant sa solidarité avec les franciliens: 

 “Demain matin, j’utiliserai ma voiture de fonction, comme tous les jours, donc je serai de cœur avec tous les Franciliens qui galéreront dans les couloirs du métro.” Sibeth Ndiaye


L'offensive
Qu'en est-il ?  
Macron a certes enterré l'idée de reculer l'âge "pivot", pour se rabattre sur une autre arnaque, allonger la durée de cotisation. Il passe surtout à côté du sujet le plus évident, le plus grave: la réduction de l'emploi. Le projet macroniste vise à réduire encore davantage le coût de l'emploi humain et à améliorer sa "flexibilité". C'est une course non seulement antisociale, mais perdue d'avance avec la progression de l'automatisation dans tous les métiers. Le remplacement de l'homme par la technologie mérite plus d'attention que les attaques de classe de quelques bourgeois sur le statut des cheminots, non ? Le financement des retraites repose sur 80% de cotisations sociales, lesquelles ont été réduites sur les revenus hors travail, une aberration.

La suppression du CICE (2017) et sa transformation en allégement de cotisations à compter de 2019 se traduit par une perte de 5,1 Md€ de financement pour les retraites en 2019 (que l'Etat est appelée à compenser par de la TVA, d'où la pression à réformer); l'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, la suppression du forfait social pour certaines catégories de salariés, la suppression de la taxe farine ne seraient que partiellement compensées.

Qui dit mieux ?

"Avec le système à points, impossible de prévoir le niveau de sa future retraite" Bastamag.

La Macronie fustige les régimes spéciaux avec la même ardeur qu'un Juppé, qu'un Fillon, qu'un Sarko. Cliver pour aligner sur les régimes les moins disants, protéger en toute discrétion les régimes spéciaux des plus riches (cf. la trop modeste réformette des retraites-chapeaux), voilà le nouveau "progressisme" de cette politique de classe. Macron ne veut ni bruit, ni révolte. La grève réussie du 13 septembre confirme les craintes. Il faut "mettre en scène le dialogue social". "Nous avons compris qu'il valait mieux être dans l'écoute et la coconstruction pour mettre meytre plus d'humanité et de justice dans la réforme des retraites" explique benoitement le député Aurélien Taché.

Aurélien Taché est l'un des députés macronistes plus visibles car c'est un ex-socialiste. Taché est finalement glaçant. Il vote la loi Asile et immigration qui réduit les droits des réfugiés; la répression des Gilets Jaunes qui a inquiété l'ONU; la précarisation des salariés par les Ordonnances Travail; la prolongation du glyphosate; la réduction des libertés publiques via la loi anti-Casseurs; le gel des prestations sociales; et toutes les mesures fiscales pro-riches du quinquennat. Mais ce député est exhiber comme l'une des cautions "humanistes" de la Macronista. Il participera aussi à la convention des droites organisée par la néo-fasciste Marion Maréchal-Le Pen. Taché est surtout l'un des propagandistes de la novlangue macroniste, l'un des plus zélés à renommer en "conservatisme" les gens qui défendent leurs droits et en "progressisme" les réformes qui donnent plus à ceux qui ont déjà trop ou beaucoup.

Aurélien Taché n'est pas qu'un pantin. Il est complice d'une réforme des retraites qui vise à réduire les versements de pension au prix d'un allongement de la durée de cotisations: certains sujets essentiels - comme l'âge en bonne santé, ou la contribution des segments les plus dynamiques de l'économie et du pays (comme les revenus de la finance quasi-exonérés de cotisations sociales grâce à la Flat tax) - ne font pas partie du faux débat promis par l'Elysée. Le régime des retraites - 325 milliards d'euros en 2018, soit 14% du PIB - est à l'équilibre. Dans son rapport de juin 2019, le Conseil d'Orientation des Retraites rappelle que la part des retraites dans le PIB devrait ... baisser de 1 à 3 points d'ici 50 ans.

La belle arnaque.


Instrumentaliser l'immigration
La pause du président des riches est tactique. N'imaginez pas qu'il reviendra sur les contre-réformes de cette première moitié de quinquennat, lesquelles ont par ailleurs planté la croissance plus fortement qu'ailleurs alors qu'un ralentissement général se présente. Macron n'a pas changé de projet, lequel est la survie politique d'une minorité sociologique.

Il enjoint ses partisans à se saisir du sujet de l'immigration. Voici que la nouvelle commission européenne, adoubée par Merket, Macron et l'ancien adversaire populiste Orban, ait choisi de créer une nouvelle division dédiée à la "Protection de notre mode de vie européen". Faut-il avoir une pensée émue pour les castors ayant cru voté de bonne foi contre les dérives du souverainisme populiste et du péril fasciste ? Quelques macronistes réclament un changement de dénomination: plus que d'autres, ils font attention aux dénominations utilisées pour qualifier leur action. La "novlangue" macroniste, ce nouveau langage qui dépeint de mots positifs une action politique de plus en plus effroyable, sectaire et antisociale, est un élément clé de la Macronie.

La "Protection de notre mode de vie européen" prend une place essentielle dans la réflexion macroniste. Après la dérive sécuritaire contre les Gilets Jaunes, pas sûr que l'identité nationale soit le meilleur sujet pour reconquérir le "centre gauche" et rassurer ces castors qui croient encore oeuvrer à la solidarité nationale et la reconquête des droits sociaux. "Il faut parler d’immigration" assure Macron à ses proches. Le parallélisme avec le sarkozysme identitaire devient suffoquant. Deux ans après son entrée à l'Elysée, Sarkozy décidait de lancer un débat sur l'identité nationale, qui l'a oublié ? "Emmanuel Macron veut en parler, veut montrer aux Français qu’il s’en préoccupe et s’en occupe" raconte RTL. "Il veut donc durcir sa politique migratoire, pour bien faire passer le message." On raconte que le jeune monarque veut réfléchir à "revoir les conditions du droit d’asile et réviser l’aide médicale d’État." On espère qu'Aurélien Taché aura suffisamment d'éthique personnelle pour démissionner.

Incapable de gérer quelques milliers de migrants, Macron semble aimer à laisser pourrir la situation. A Paris, on dénombre quelque 2000 réfugiés entre les échangeurs du périphérique de la porte de La Chapelle, de l’autoroute A1 et les nouveaux quartiers de la Porte d’Aubervilliers. Le fichage exigé par Macron dans les centres d'hébergements d'urgence décourage les migrants d'y aller.

"Sous Macron, la République se décompose" Jean-Luc Mélenchon, 15 septembre 2019


Régime spécial
Richard Ferrand, l'une des chevilles ouvrières de la campagne présidentielle de Macron, et désormais président de l'Assemblée nationale, est enfin mis en examen pour des soupçons de prise illégale d’intérêts dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne. En 2017, la presse avait révélé comment l'ancien député socialiste avait fait travailler son épouse sur les fonds de cette mutuelle quand il en était le directeur.

Il ne démissionnera pas. "Un mis en examen n'est coupable de rien" explique-t-il. Sur le fond, il a raison. Mais là n'est pas le sujet. Primo, l'objet de cette mise en examen abime la crédibilité de la fonction. On ne cite plus les exemples de ministres ou élus de démocraties scandinaves qui ont l'honneur de démissionner pour des faits moins graves. Pire, la justice de la République sait être plus violente quand le mis en examen est un quidam, et même pour des faits moins graves. Près de 20 000 personnes sont en détention provisoire dans l'attente d'un jugement.

"On vous aurait bien fait un top 10 des macronistes confrontés à la justice," s'amuse le magazine Regards, "... mais ils sont déjà 17." Plus rapidement que la Sarkofrance, la Macronista a alimenté la chronique judiciaires sans interruption depuis les premières heures du quinquennat: députés déliquants, conseillers élyséens frappant des manifestants, ministres fraudeurs, secrétaire général de l'Elysée en conflit d'intérêt, la liste est longue, déjà très longue. Le quinquennat Sarkozy avait été frappé un peu plus tard par une cascade de révélations dont certaines conduiront l'ancien monarque au tribunal.

La Macronista a mal à la justice, et à la police. Les flics sont à bout. Grâce à Christope Castaner, la police d'Etat incarne désormais l'arbitraire et la violence. Et l'IGPN est ridiculisée. Mais les troupes souffrent. Castaner se comporte-t-il en mini-Sarko, en pâle imitation de Valls ? Le costume du premier flic de France, abîmé par bientôt vingt ans de surenchère sécuritaire contreproductive, est trop grand pour ce Rantanplan de la Macronie.


***

Emmanuel Macron a-t-il changé ? Il marque une pause pour décourager les colères, déminer les polémiques, esquiver les confrontations. Comme Sarko en son temps, il multiplie les concertations qui ne changent pas le fond de sa politique.

Emmanuel Macron a-t-il changé ? Non, seulement sa communication.


Ami castor, où es-tu ?



7 septembre 2019

Le nouveau Christ- 643ème semaine politique

 

 

 

Il est écolo, si, si, on vous l'assure.

La conversion écologiste d'Emmanuel Macron est autant un exercice d'auto-persuasion macroniste qu'un réflexe d'autodéfense de la classe dominante.


En France au moins, l'année 2019 marque un tournant dans la prise de conscience publique que le climat est déréglé. Les climatosceptiques se montrent plus violents et plus grossiers. Rares sont les bulletins météos où l'on n'insiste pas sur le caractère anormal des conditions du temps. Il n'a pas plu une goutte d'eau à Nîmes en août 2019. Et la sécheresse a frappé des milliers de communes françaises. L'hiver fut étonnamment doux, les hurricanes se font plus désastreux. Le printemps puis l'été ont connu des secousses de chaleur plus rapprochées qu'avant. Les milliers d'incendies dans la forêt amazonienne ont bousculé l'agenda du G7 et forcé le gouvernement français à retourner fort heureusement sa veste sur un énième traité de libre-échange mauvaise pour la préservation de l'environnement.

La (petite) poussée électorale des écologistes aux élections européennes (13% des suffrages en France) en mai 2019 fut un autre de ces signaux faibles qu'un évènement plus fort était en passe d'arriver. Et si le plus grand nombre réalisait enfin l'urgence ?

La Macronie la plus ultra explique que Macron a été empêché dans son action écologique par ... les Gilets Jaunes. Il faut se rappeler que le mouvement a démarré en novembre à cause d'une hausse du diesel. Mais on se souvient également combien le pouvoir macroniste mentait quant à la vocation écologiste de cette hausse de taxe carbone à la laquelle il a fini par renoncer en décembre.

Alors, tous écolos ? 

Déjà, sondeurs et éditocrates promettent que "la matrice écologique est en train de se substituer à la matrice catholique" (Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP). Le catholicisme est cette branche de la chrétienté que la République a mis de côté il y a plus d'un siècle, et qui n'intéresse ou motive aujourd'hui qu'une petite minorité. Mais la "matrice catholique" structure encore notre société bien au-delà de son cortège de fidèles. De nouveaux 10 Commandements, écologistes cette fois-ci, remplaceraient-ils les croyances d'hier et la surenchère consumériste ? L'écologie politique disposerait de tous les attributs d'une nouvelle religion - Prophète, préceptes de vie, et vision apocalyptique du monde. Le raisonnement est facile, et il rassure les optimistes. Il permet au passage de se moquer, de minorer le sujet écologique. La destruction de la planète n'est pas une affaire de convictions ou de croyances, c'est une réalité.

Mais ce raisonnement est aussi (et surtout) porté pour servir une autre analyse que celle de la conversion des gens à la cause de la défense de l'environnement, à l'ajustement des politiques publiques, voire à la sortie du consumérisme. Ce raisonnement nous est servi sur un plateau, à cette rentrée politique, pour appuyer une autre prétendue conversion, celle de Macron. Le jeune monarque se veut attentionné, ouvert et bienveillant en cette rentrée politique. A la fin du mois d'août, juste avant son G7, il a même sorti la même rengaine que son mentor Sarkozy en 2007: il a "changé". Désormais, il croit en la défense de l'environnement. Il a compris. Il est prêt à agir.

Ce bouleversement intérieur du pays, cette prise de conscience écologique auraient été saisis, compris, digérés par Emmanuel Macron. Bref, Macron est le nouveau prophète, le guide qu'il manquait pour mener à bien ce combat.

Dans l'esprit étriqué et conservateur de la presse dominante, des élites politiques et des grands sondeurs, l'écologie a tout pour se fondre facilement dans le macronisme: elle devrait être "au-dessus" des partis, elle n'a nul besoin d'une analyse de classes, elle est suffisamment inquiétante pour taire les oppositions; il s'agit d'une cause universelle qui vise loin, plus loin que les problèmes du quotidien immédiat. Les classes dominantes aiment à promettre des lendemains qui chantent pour se maintenir au pouvoir dans le temps présent.

La conversion écolo de Macron est un réflexe d'autodéfense. La prise de conscience grandissante appelle des changements autrement plus déstabilisants pour l'économie et la "start-up nation" que Macron tient si à cœur. La révolution écologiste, car il s'agit d'une révolution nécessaire, est d'abord aux antipodes des principes macronistes: la politique de l'offre, qui vise à soutenir les entreprises, fait fi des enjeux écologiques, du principe de précaution, et de la transition énergétique. Elle favorise la production, même polluante; elle allège les contraintes à la construction contre l'envirronnement (projet Europa City par exemple), à l'exploration minière en Guyane, à la consommation (même le dimanche), aux transports polluants (développement du bus contre le rail, suppression du transport ferroviaire des voitures sur les longues distances); elle soutient l'agro-industrie polluante (maintien des pesticides). La Macronie précarise les lanceurs d'alerte, et fragilise les journalistes d'investigation (loi sur le secret des affaires) qui sont des vigies nécessaires dans la lutte pour l'environnement. Elle précarise les salariés en supprimant les comités d'hygiène et de sécurité (loi Travail). Elle repousse à plus loin les décisions les plus urgentes comme la dénucléarisation de la production d'énergie.

On ne compte plus ainsi les mesures anti-écologiques, assumées ou cachées.

Deuxièmement, quand elle existe, l'action écologique de Macron est minimaliste et s'appuie sur trois piliers:
  • parler beaucoup,
  • qualifier de concrètes n'importe quelle annonce fut-elle floue et lointaine,
  • préserver le système productif et économique actuel.
Prenez l'Amazonie. "La forêt brûle" écrit Macron dans son intervention lors du G7 à Biarritz, au même moment. Et il s'empresse d'annoncer trois "mesures concrètes", citons-les in extenso, sans coupe ni reformulation:
  1. Mobiliser les membres du G7 et au-delà pour lever des financements pour pouvoir reboiser le plus vite possible.
  2. Développer des mécanismes de prévention beaucoup plus puissants de ces incendies.
  3. Trouver une forme de bonne gouvernance. Il faut associer les ONG, les peuples autochtones beaucoup plus qu'on ne le fait. Et il faut stopper le processus de déforestation industrialisée
Qu'il-y-a-t-il de concret dans la "mobilisation" ou les "mécanismes de prévention beaucoup plus puissants de ces incendies" ? Quelle est cette "forme de bonne gouvernance" ? C'est une fois de plus du pipeau, de la flute, de la bouillie pour médias paresseux et militants inquiets. Cela sert à meubler l'agenda quand l'attention est contrainte à se porter sur un désastre écologique. La seule mesure concrète que Macron a pris ce jour-là, dans l'urgence, fut une heureuse décision: renoncer à ce traiter Mercosur qu'il vantait quelques semaines auparavant.

Analyse de Greenpeace

"Il y a deux mois, nous signions aux côtés de 340 ONG dans le monde une lettre ouverte pour appeler à stopper l’accord Mercosur. Nous appelions les responsables européens à soutenir les droits humains, la dignité humaine et un climat habitable au Brésil, et donc à faire pression sur le Brésil et la politique de Jair Bolsonaro. La réaction de l’Elysée à l’époque ? un silence assourdissant. Idem lorsqu’en juin nous bloquions à Sète un cargo rempli de soja pour dénoncer le drame de la déforestation : silence radio total. Il aura fallu que l’Amazonie fasse la une des médias pour que E. Macron s’élève contre le Mercosur, après avoir soutenu le traité contre l’avis des ONG pendant des mois." Greenpeace


Lors du G7, Macron avait trouvé un nouveau sujet, le textile. Comme souvent en Macronie, on met un étiquette à l'idée, c'est le "Fashion Pact", ça rend crédible, ça habille le dossier de presse. Et pour réguler la pollution du textile mondial, quoi de mieux que de demander à une trentaine de grandes entreprises représentant la moitié de la production mondiale de se mettre d'accord entre elles ?...  Les mesures sont pourtant connues, comme le rappelle Greenpeace: réduire la consommation de vêtements, inciter à la relocalisation et à l’économie circulaire, limiter la publicité pour les vêtements, comme cela a été fait pour le tabac. Mais imaginerait-on Macron, dont l'épouse Brigitte est une publicité ambulante pour quelques multinationales du luxe, prendre de telles mesures et s'affranchir de sa soumission aux lobbies de l'industrie ? Ben non... impossible. Ce serait trop violent, trop radical, trop contraire aux intérêts du consumérisme. Macron préfère autre chose. La lutte pour l'environnement, c'est du bénévolat, n'est-ce pas ? Les ONG crient à l'arnaque ! Macron laisse toujours les puissants définir leur propre régulation, même sur un sujet aussi essentiel que l'environnement.

Plutôt que d'agir, Macron s'agite. Il va faire changer la Constitution (bel effort, les forêts amazoniennes et africaines vous remercient).

Enfin, la politique environnementale de Macron est d'abord un renoncement. Derrière les discours creux et grandioses, il y a le refus d'imposer la rénovation énergétique aux propriétaires de logements, la réduction des subventions pour ces travaux. Elle valide le CETA et ses importations agro-alimentaires, et le MERCOSUR (avant de le récuser pour d'autres raisons plus médiatiques). Au nom du "pragmatisme", Macron refuse d'interdire les pesticides les plus polluants: après 20 mois d'hésitations et de reculs, le gouvernement vient d'annoncer un décret interdisant la projection de pesticides à, moins de 5 mètres d'habitations... "J'ai cru à un poisson d'avril" se moque Yann Arthus-Bertrand.

Il s'oppose à Bruxelles à une interdiction des perturbateurs endocriniens. Il refuse de sanctionner l'importation de bois amazonien. Pour soigner encore davantage les chasseurs, il fait publier un arrêté ministériel qui autorise la chasse du courlis cendré, un oiseau inscrit sur la liste rouge des espèces menacées.

Après l'échec de Nicolas Hulot, puis la démission forcée de François de Rugy pour cause d'abus de privilège, la politique environnementale de la Macronie s'incarne par la fade Elizabeth Borne, peu compétente en la matière, et son adjointe Brune Poirson. Cette dernière incarne parfaitement la fonction: elle parle beaucoup, elle agit peu. Elle abuse à merveille des artifices marketing qui habillent l'inaction macroniste. Elle relaye les éléments de langage avec talent: avec elle, l'écologie politique n'est évidemment qu'affaire de motivation et de bénévolat des plus grands pollueurs, matinée de quelques actions symboliques et lourdement mises en scène: son après-midi de table ronde avec des représentants de restauration rapide pour quémander le tri sélectif de leur déchets était risible. Y-aura-t-il des sanctions si ces entreprises ne respectent pas les objectifs qu'elles se sont fixées (car la ministre n'a même pas osé leur imposer...) ? Non... En cas de manquements, bredouillait Poirson en juin dernier "je fixe des objectifs en conformité avec la loi, je demande à chacun de présenter un plan de mise en conformité". Et "s'ils ne respectent pas ce plan là, alors je dénonce et je continue à travailler sur une méthode et je n'hésiterai pas, si nécessaire, à changer le régime des sanctions".  

Voilà tout entière résumée l'action écologique de la Macronie: ne pas imposer de mesures, laisser les pollueurs s'engager; protester une fois s'ils ne respectent pas leur propres engagements. Protester encore une seconde fois si cela ne s'améliore pas. S'autoriser enfin à définir des sanctions si cela perdure...

Quelle clémence...

Elle tait bien sûr la suppression de 127 postes de l'Agence en charge de la protection de la biodiversité, et appose sa signature au décret réduisant par 4 les débits des cours d'eau.


***

Il n'y a pas de "milieu", il n'y a pas de juste équilibre entre l'utilisation des pesticides et les cancers provoqués par ces mêmes pesticides, entre pollution incontrôlée et sauvegarde de la biodiversité, entre disparition et survie des espèces.






1 septembre 2019

Macron, ou la droite recomplexée - 642ème semaine politique

 

 

C'est une rentrée de classe, celle où les représentants de la classe dominante assènent quelques fausses vérités et vraies diversions pour abimer encore davantage le sort des gens: Blanquer agite un chiffon de l'islamisme qu'il a sorti de l'armoire des identitaires français. Et Macron propose que l'on s'épuise à la tâche au-delà de notre âge limite en bonne santé.

Qui est encore dupe ?


Rentrée de classe
A Sciences Po - Paris, l'école dirigée par un fidèle du jeune monarque, devient la risée d'un jour de cette rentrée lorsqu'on apprend la création d'un enseignement sobrement baptisé "Macron". Le jeune monarque peut être satisfait. Il a déjà eu plusieurs documentaires précoces à sa gloire, dont l'un des plus sirupeux permis à son auteur d'être nommé par Macron à la tête de la Chaîne Parlementaire, et une chaîne d'info peuplée d'animatrices et animateurs amis depuis les premiers jours. On ne compte plus les ouvrages aussi vides que paginés qui ont pullulé sur l'efficacité et le talent de Jupiter. Macron a eu aussi le bénéfice de publi-reportages servis par l'agence de Mimi Marchand et d'autres publiés sur les réseaux sociaux (rappelez vous cette séquence hallucinante d'indécence , en pleine réduction des budgets dédiés aux structures d'accueil d'urgence). Voici désormais qu'il est objet d'un enseignement dans l'une des plus grandes écoles de la République. Sommes nous si proches du ridicule ?


La Présidence des riches poursuit son ouvrage.

Rentrée scolaire oblige, les parents s'inquiètent. Les profs aussi.

Le pauvre ministre Blanquer s'effondre dans ces sondages si importants pour cette Macronista. Ce homme au pedigree si sarkozyste, s'efforce d'habiller "de bon sens" (comme cet heureux dédoublement des classes dans quelques zones en difficultés qui dissimule la fermeture de classes rurales et le bourrage des classes moins prioritaires) quelques-unes des réformes les plus détestables de l’Éducation nationale, qu'il s'agisse de réduire le nombre de personnels du secteur public de l’Éducation ou de rendre toutes les filières plus compétitives pour discipliner la main d’œuvre de demain (plus grande sélectivité pour les universités publiques via Parcoursup, contrôle continu et local pour saper la valeur nationale du bac, suppression des filières scientifiques au lycée au profit d'une revalorisation des matières littéraires plus élitistes, introduction d'un grand oral au bac sur le modèle de la sélection des grandes écoles). Quand ces jeunes sont à peine plus âgés, l'actuel gouvernement favorise leur micro-entreprenariat, d'une part en garantissant aux esclavagistes du nouveau monde 2.0 l'absence de plainte pour travail salarial dissimulé et fraude à la sécurité grâce à la loi heureusement baptisée LOM, d'autre part en réduisant l'accès au chômage (la prochaine réforme de l'assurance chômage réduira de 3 milliards d'euros son coût "grâce" à la réduction des droits des plus précaires et en particulier des plus jeunes chômeurs).

Le pauvre ministre Blanquer s'inquiète de sa côte de popularité, pourtant encore élevée, et d'une rentrée qui est toujours un moment politique délicat. Le ministre dégaine donc une vraie fausse annonce, la revalorisation des salaires enseignants de 300 euros par an en moyenne. Non seulement la mesure est anecdotique, mais en plus elle n'est pas nouvelle, elle date du plan de revalorisation salariale votée sous Hollande. La ficelle est grosse, très grosse. Blanquer bafouille des excuses aussi minables que celles d'un gamin pris en flagrant délit de mensonge.

Puis, sur l'antenne d'un service public radiophonique que l'on attendait pas à servir la soupe xénophobe habituelle, voici Blanquer qui s'inquiète haut et fort du "fondamentalisme islamiste dans certains territoires à fait que certaines petites filles vont à l'école le plus tard possible." Il est allé chercher cette antienne sur le site d'extrême droite FdSouche, organe de propagande identitaire d'extrême droite....

Ces diversions suffiront-elles à faire oublier l'essentiel ? Nicolas Sarkozy avait réduit le nombre d'enseignants est de 878 000 à 844 500, "grâce" à l'action détestablement vigoureuse d'un certain Blanquer déjà directeur général de l'enseignement secondaire. Le bilan de Blanquer date de cette période-là. François Hollande, avec sa ministre Najat Vallaud-Belkacem, avait redressé le nombre de postes à 881 400. Malgré une hausse régulière des effectifs d'élèves, Macron réduit le nombre de profs. Cette rentrée 2019 démarre avec 1800 enseignants de moins. Blanquer sait y faire, c'est déjà lui qui était à l’œuvre sous Sarko pour cette sale besogne d'économies aux détriments des élèves. Les effectifs des classes augmentent, les profs absents sont moins remplacés. Le bac a failli tourner au fiasco comme Parcoursup l'année précédente.

Mais Blanquer s'inquiète de sa popularité, n'est-ce pas ce qui compte ?

L'arnaque des retraites
La Macronie se dispute sur la réforme des retraites. Les objectifs sont connus, il s'agit de réduire le coût des retraites actuelles et à venir. La dispute porte sur les modalités et la novlangue qui habillera au mieux l'effort des gens pour améliorer le ruissellement vers les plus riches. La "simplification" est un principe acquis. C'est un concept qui se vend facilement. C'est comme simplifier l'impôt sur le revenu en supprimant des tranches pour le rendre moins progressif, donc plus injuste. La simplification porte plutôt sur les impôts des plus aisés que sur les niches fiscales de ces derniers.

Prenez la "simplification" des conditions fiscales du ménécat.

Les Jours détaillent avec truculence et talent les petits arrangements discrets qui vont permettre au mécénat défiscalisé de perdurer. Le jeune Gabriel Attal, jeune fils de bonne famille propulsé par piston à un Secrétariat à l'Education dont le premier fait d'armes fut de gaspiller 1,5 milliards d'euros par an pour imposer aux jeunes de 16 à 18 ans un mois de garde à vous devant la levée du drapeau, de Marseillaise et d'enseignement de la vie de nos grands hommes, a été envoyé faire le service après-vente de cette réforme du mécénat. Les entreprises privées pourront continuer d'accoler leur logo sur les manifestations qu'elles seules, en fonction de leurs intérêts privés, se décident à aider. La multiplication des sponsors pour financer le G7 est un exemple récent qui interroge: quelles contreparties attendaient ces multinationales, par exemple en payant les frais des spectacles de Marlène Schiappa ? La simplification défendue par Attal préserve aussi l'essentiel de la défiscalisation - 40% des dépenses au delà de 2 millions d'euros (au lieu de 60% auparavant) réduiront l'impôt de ces donateurs intéressés.

L’État espère ainsi réduire de 80 millions d'euros, sur 1 milliard, le cout du mécénat des riches pour les finances publiques.

Ne riez pas.

Pour les retraites, la simplification agira avec davantage d'ampleur  puisqu'il s'agit de réduire les dépenses consacrées aux régimes de retraite. Les conseillers élyséens le répètent, les chaînes d'information le répètent, les journaux radiophoniques et télévisés nationaux le répètent, les journaux quotidiens et hebdomadaires d'information générale le répètent: le régime des retraies est et sera déficitaire et donc il faut réduire ses dépenses. Il ne s'agit pas d'être "juste", contrairement à l'argument officiel, il s'agit de faire face au vieillissement de la population sans augmenter les cotisations que la Macronie vient justement de réduire, principalement pour les plus riches, les grandes entreprises et les revenus du capital et de la spéculation. Gilles Carrez, ex-RPR, député depuis 25 ans, et président de la commission des finances à l'Assemblée et Pierre Moscovici, ex-ministre flemmard de la Hollandie et prochainement président de la Cour des Comptes nommé par Macron, se relaient pour appuyer le discours macroniste: "il faut dire aux Français que la retraite à 62 ans sans malus, c'est fini" dit le premier. ""Nous vivons de plus en plus longtemps, et de plus après longtemps après la retraite. (…) Il faut une réforme systémique des retraites en France" répète odieusement le second.


Depuis 2017, les défiscalisations et exonérations macronistes de cotisations ont aggravé la situation des retraites, la politique de l'offre a planté carrément la croissance jusqu'à que le "coup de pouce" obtenu par la force des Gilets Jaunes ne redresse un le pouvoir d'achat et modestement la croissance.  La France est mal classée en Europe pour l'espérance de vie en bonne santé (63 ans chez les hommes, 64 ans chez les femmes), et cette espérance recule.

Mais chut...Il faut préférer uniquement pointer vers l'augmentation de l'âge général de la population.

Les médias à la solde gouvernementale font leurs meilleurs efforts pour vendre une soupe différente: Macron veut " bâtir un système plus juste et plus simple" (le JDD)  Sur les modalités de cette réforme, la fébrilité macroniste devient visible, trop visible. Les enquêtes sont mauvaises - deux tiers des sondés ne font pas confiance au gouvernement, et surtout chez les actifs et les classes populaires (quelle surprise !). Macron envisage un mini-remaniement gouvernemental pour régler ces différents et défendre cette réforme. Le sarkozyste Gérald Darmanin, ministre des Comptes Publics, promet ainsi "un an de concertation." La porte-parole du gouvernement Sibeth N'Diaye répète que rien n'est décidé. La ministre Agnès Buzyn, celle qui râlait contre cette "Sécu qui n'allait pas quand même rembourser des montures Chanel" ou qui se terre devant la fronde de plus de 200 services d'urgence asphyxiés, est allée de sa voix douce expliquer que cette réforme permettrait d'assurer une retraite minimale de 1000 euros par mois.

Grande nouvelle de la semaine, Jupiter ne veut plus qu'on parle d'un "âge pivot" à 64 ans, avec pénalités financières pour ceux qui partiraient avant. "C’est impopulaire et cela brouille le message de justice sociale assigné au nouveau régime." Sur France 2 lundi soir, dans un exercice d'autopromotion désormais usuel, le jeune monarque a jeté cette mesure qu'il revendiquait encore quelques mois auparavant. Il préfère "un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge." Allonger la durée de cotisations (déjà fixée à plus de 43 ans pour le régime général), n'est pas une réelle surprise. Sarkozy puis Hollande avaient usé de la même recette: à cause de la réforme de Marisol Touraine en 2014, il faudra prochainement travailler dès 21 ans, et sans interruption, pour une retraite publique complète à 64 ans.

Macron, donc, propose de rallonger cette durée, dans la "concertation" bien sûr.


La boucle est presque bouclée: fragiliser les élèves des milieux modestes (qui sont majoritaires en France) pour les discipliner et les décourager d'études longues; précariser les chômeurs pour les forcer à accepter n'importe quel emploi; neutraliser les risques juridiques de l'auto-entreprenariat numérique en protégeant les plateformes, fragiliser les salariés en réduisant leur moyens de défense et de négociation avec les employeurs, réduire la contribution à la solidarité nationale des revenus les plus dynamiques et les plus injustement répartis (le capital et les dividendes, les plus-values et autres revenus de la rente), et maintenant réclamer au plus grand nombre de travailler au-delà de leur âge limite en bonne santé s'il veulent préserver la même espérance de retraite publique qu'avant.

Il n'y a pas de formule "juste et sociale" qui allonge la durée de cotisations des retraites.


Violence physique
A la télévision, le président des riches souhaitait savourer son G7 à peine terminé. Il mentit sur les violences policières, il mentit si fort que les victimes et leurs proches devaient pleurer en écoutant ses propos. Il mentit une première fois en déclarant: Il n'y a pas eu de mort à déplorer.  Il mentit une seconde fois en précisant qu'il n'y avait pas eu de "violences irréparables" lors de ces 9 mois de manifestations. Deux morts, 2.500 civils blessés du côté des manifestants, dont 25 éborgnés, et 5 mains arrachées, voilà le bilan "réparable" selon Macron. Le jeune monarque, protecteur des puissants et président des riches, a même rajouté : "Ce qui a été inacceptable avant tout, c’est la violence des manifestants, des black blocs en particulier, de tous ceux qui ont travesti ce qu’au fond était ce mouvement."
 "Je trouve ces mots terribles et profondément dangereux".
Arié Alimi, avocat membre du bureau national de la Ligue des droits de l'homme
Ce président "jeune", "talentueux", et "cultivé", persécuteur souriant des migrants, autocrate violent contre la constestation, et politicien irresponsable est pourtant le "dernier rempart contre le populisme". C'est un expert qui parle, Jean-François Copé. Oui, il a raison, ce Copé. L'ancien maire de Meaux reconnait, comme d'autres, et en premier lieu les électeurs et sympathisants, Macron comme le nouveau leader de la droite. Pour s'assurer qu'il ne désespérera pas ce qui lui restent de trolls supporteurs issus des rangs du centre-gauche, Macron a un cadeau de rentrée, un bon débat sociétal sur l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu'il agite déjà comme un chiffon pour exciter les ultras de la "manif pour tous". La main sur le coeur



Es-tu dupe, ami.e castor ?