26 octobre 2019

Le mythe du pôle de gauche macroniste - 650ème semaine politique

La France de 2019 vit toujours son mauvais feuilleton fait de surenchères racistes ultra-médiatisées, d'humiliations de la République en France et à l'étranger, et de grossières diversions officielles pour calmer la grogne sociale. 

 

D'un côté la Macronie souffle ranime la Bête immonde, de l'autre elle fait mine de se doter d'un pôle de gauche. 

 

Il s'agit de préparer 2022.




La Bête Immonde
Un prédicateur d'extrême droite, condamné pour injures racistes à deux reprises, a libre antenne, une heure chaque soir, sur la chaîne d'informations d'un oligarque. Nous ne sommes ni aux Etats-Unis sur Fox News ni en Russie, mais en France.

Eric Zemmour est sur CNEWS. 

Depuis deux semaines, un autre média, les Jours, s'échine à tenir la chronique précise de cette humiliation: "depuis la décision de mettre Jean-Marc Morandini à l’antenne il y a trois ans, CNews n’était jamais tombée aussi bas." Il vomit sa haine, abime la République, son histoire, son image. Sa mégalomanie n'a d'égale que sa peur du monde qui l'entoure. La violence de ces accusations contre les musulmans, les féministes, les "bien-pensants", les Kurdes ("chéris de l’intelligentsia française") ou les homosexuels témoigne de la fragilité de cet homme. Il assène ses arguments, accusent ses adversaires d'avoir "tout faux". Avec ses haine et ses phobies, le prédicateur "se pose comme le détenteur d'une vérité révélée." Même quand il débat des retraites et du système social français avec le représentant français d'un oligarque tchèque désormais propriétaire d'une bonne partie de la presse française, Zemmour parvient à louer "l'homogénéité ethnique et culturelle" des pays scandinaves.

Après avoir comparé l'islam au nazisme lors d'une Convention de la droite furibarde retransmise à la télévision en direct, puis accusé les noirs et les arabes de complexer les jeunes blancs occidentaux par l'importance supposée de leur virilité (?!?), Zemmour a poursuivi dans un talkshow quotidien, centré sur sa personne. Il a ainsi célébré le général Bugeaud qui a fait "massacrer les musulmans, et même certains juifs" en Algérie, menti sur Pétain "sauveur des juifs français", déclaré que l'orientation sexuelle était un choix.
« Vous pouvez faire six mois de grève, Zemmour viendra. »
Serge Nedjar, directeur de CNEWS. 
La présence télévisuelle quotidienne d'Eric Zemmour à une heure de grande écoute sur une chaine nationale est une première politique. Aucun leader politique, aucun militant d'aucun parti, aucun idéologue d'une quelconque paroisse citoyenne n'a droit à pareille faveur. Le recrutement d'Eric Zemmour fut sans doute un calcul économique de la part de l'oligarque propriétaire de CNEWS, c'est aussi une prise de position politique majeure. Ce torrent télévisuel de haine de la part de l'un des prédicateurs les plus effrayés et effrayants du pays fait réagir: annonceurs et personnalités boycottent progressivement la station d'information. Le CSA tousse un peu, très peu. L'autorité de tutelle de l'audiovisuel française laisse filer ce discours de haine quotidien en prime-time à la télévision française.

Cette offensive médiatique de l'extrême droite française a commencé avec les délires anti-voile lancés à la rentrée scolaire, et appuyé par certains ministres tel Jean-Michel Blanquer. Cette semaine, certains esprits macronistes se ressaisissent et s'offusquent, mais il est trop tard.

La Bête Immonde est de sortie.

Cette décomposition intérieure du pays s'accompagne d'une reddition en bonne et due forme sur le terrain diplomatique. Depuis deux semaines, la Turquie attaque le Kurdistan syrien. Première surprise, l'inaction européenne, et notamment française: un Etat membre de l'OTAN attaque militairement, sans mandat onusien ni prétexte de légitime défense, un Etat voisin. La réaction diplomatique française est modeste, très modeste. Le 13 octobre, la France "condamne dans les termes les plus fermes" l'intervention turque sur le sol syrien. Quelques jours plus tard, alors qu'un conseil européen se tient à Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne sont incapables de faire mieux que de promettre de rencontrer l'autocrate turc Recep Tayyip Erdogan. Macron a encore une fois le verbe prudent:"Il faut essayer de comprendre et de voir où la Turquie veut aller." En coulisses, la France suspend ses exportations d'armes à la Turquie... c'est un peu tard.

 
L'intervention turque est évidemment pire qu'une "simple" agression militaire: elle signifie l'abandon des alliés kurdes grâce à la complicité américaine et le silence franco-européen.  En Syrie, les Kurdes, fidèles alliés de la coalition occidentale contre les terroristes de Daech, sont abandonnés à leur sort, avec leurs familles. Qu'importe le lourd trin payé par les Kurdes dans la lutte contre Daech, 11 000 morts et 24 000 blessés. Qu'importe si des forces spéciales américaines et françaises étaient présentes sur le terrain aux côtés des Kurdes au moment des premiers bombardements turcs.

Le clown de la Maison Blanche préfère lâcher les Kurdes - la Turquie n'est-elle pas membre de l'OTAN ? Il en rajoute, comme toujours, avec quelques propos odieux pour accompagner sa trahison. En France, Jupiter apprend cela sur Twitter. Face à Erdogan, Macron se comporte comme Daladier face à Hitler, tout en lâcheté et fausse fermeté. Il se couche: quelques déclarations embarrassées; aucune riposte militaire quand les premiers soldats français sont attaqués (combien de blessés ?); pas même une fermeture d'ambassade.

La France est publiquement humiliée.

Certains parallèles historiques font mal: en France, le débat médiatique s'asphyxie autour du voile, et laisse la part belle et proéminente au discours xénophobe, raciste et furibard d'un prédicateur. A l'étranger,  la diplomatie française est à genoux face aux assauts d'un autocrate régional.

Quel curieux sentiment de revivre 1938.

La Bête Immonde est de sortie, les lâches sont démasqués.

En visite quasi-touristique à la Réunion puis à Mayotte, Macron pose devant une plage déserte pour faire un énième selfie video, cette fois sur la biodiversité. Il aurait pu choisir le site du futur mega-centre commercial EuropaCity près de Roissy (les travaux de la gare, en plein champs, débutent en novembre), ou le chantier du tunnel Lyon-Turin. Ou même la carrière de la Montagne d'or en Guyane française. Il y a 6 mois, Macron a fait supprimer la consultation systématique du Conseil national de protection de la nature avant l’autorisation d’un projet d’aménagement de grande ampleur. Le libéralisme jupitérien défend le désengagement de l'Etat et l'initiative individuelle, la fluidité des échanges économiques fut-elle aux détriments de la planète.

Éclaboussé par le vomi raciste d'un Zemmour, Macron a cru bon de réagir, timidement: « le port du voile dans l’espace public n’est pas l’affaire de l’Etat. » N'aurait-il pas pu dire davantage ? Expliquer que la pratique des religions est une affaire privée ? Qu'il faudrait cesser d'instrumentaliser le moindre fichu pour divertir les gens ? Non, il ne pouvait pas. Macron a placé l'immigration au cœur de sa rentrée politique. D'ailleurs, il répète ce jour-là les mêmes fantasmes de son ministre de l'Education  ("Il y a aujourd’hui des femmes et des hommes qui disent de par ma religion je n’adhère plus aux valeurs de la République, je sors mon enfant de l’école"). Comme Sarkozy en 2010, il a tout intérêt à rester sur le terrain de prédilection de l’extrême française: cela clive le pays, cela resserre les rangs autour de lui, cela permet d’espérer rejouer le coup du barrage anti-FN. Les saillies verbales du ministre de l’Éducation nationale contre le port du voile non pas simplement dans les écoles (c'est interdit) mais sur le sol national, ne sont pas prononcées par hasard. C'est une tactique politicienne aussi odieuse que l'adoption de la loi asile et immigration en avril 2018 qui a réduit les délais de dépôts de dossiers, allongé ceux de rétention et facilité les expulsions.

La Macronie a besoin que la Bête Immonde occupe le terrain médiatique. Il lui faut empêcher que les autres sujets, socialement plus sérieux, économiquement plus graves, ne ressurgissent: retraite, chômage, fiscalité, environnement, hôpitaux, gilets jaunes. Il s'agit d'éviter que cette France au bout du rouleau ne se rappelle sa propre condition.

Le retour à la bougie
A la Réunion, Macron joue à Jupiter le généreux - aides à l'emploi, défense de la biodiversité, baisse des prix. C'est Noël sous les Tropiques ! Déconstruire ces tartufferies n'est pas compliqué, mais la couverture médiatique de ce déplacement présidentiel ressemble à un publi-reportage en autocratie.

On retient les petites phrases (sur le voile), on tait le décalage entre les mots et les actes, entre la belle posture sous le soleil réunionnais et la répression en métropole. Jupiter délivre sa "recette" pour faire baisser les prix des biens dans l'île où le coût de la vie est plus élevé qu'en métropole: "On remet de la concurrence et on arrive à faire baisser les prix."

Laisser faire le marché, la pirouette est belle. La Réunion est figée par quelques monopoles locaux, mais la sainte croyance dans les bienfaits de la main invisible du marché a de quoi laisser l'assistance circonspecte. La concurrence fait toujours baisser les prix ... dans l'argumentation libérale. La réalité est plus sombre. La libéralisation des prix de l'énergie en France est un bel exemple. Dans son rapport publié début octobre, le Médiateur de l'énergie s'en inquiète. Même des économistes peu suspects de souverainisme étatique, comme ceux de la Fondation Robert Schumann, s'en "amusent": "avec la suppression des tarifs régulés, il ne s’agit plus d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour favoriser la concurrence."

Derrière les images officielles de Macron en bras de chemises saluant les foules en liesse, relayées sans recul par cette jeune journaliste de BFM, il y a parfois ces petits moments de vérité filmés par des amateurs. Comme cette séquence où le jeune monarque se voit retirer sa main de l'épaule d'un jeune, mécontent de cette fausse familiarité. Derrière les images officielles, il y a aussi la réalité de l'action contre les chômeurs: Macron avait un plan spécifique  - exonérations de charges sociales, maintien de 12 000 emplois aidés (qu'il supprime en métropole). Tel le roi Saint Louis qui "soignait les aveugles et les lépreux", Macron va jusqu'à signer une recommandation sur le formulaire de Pôle Emploi d'une chômeuse de longue durée. En métropole, Macron vient de faire voter une loi pour réduire les indemnités de 2 millions de chômeurs, en ciblant les plus précaires, alors qu'un tiers des chômeurs ne touchent déjà rien; et 40 % ne reçoivent pas plus de 500 euros par mois.

Derrière les images officielles, il y a des manifestations, des protestations, la colère des gens.

Il y a aussi cette autocratie qui manipule la démocratie. Ainsi apprend-t-on qu'en métropole, la Chancellerie envisage de revoir la carte judiciaire, c'est-à-dire supprimer des postes de juges d'instruction. Mais elle préfère attendre après les élections municipales. Le 23 octobre, le Canard Enchainé publie une note interne du ministère de la Justice où l'on peut lire les auteurs demander aux services du premier ministre Edouard Philippe d'être mis en contact avec les "experts des élections municipales de LaREM" pour "avoir une idée des communes potentiellement concernées qui représenteraient des cibles électorales afin de différer les annonces par les chefs de cour des schémas retenus." Cette manipulation de la justice est stupéfiante. Elle révèle l'hypocrisie du discours du nouveau monde et des tambouilles dignes des manœuvres d'un Charles Pasqua. Les "autoproclamés" nouveaux progressistes se taisent. Cela en trouble certains se trouver ainsi assimilés à l'ancien monde dont ils croyaient être sortis.

"Après l’instrumentalisation, la domestication. Après les pressions, la menace. Belloubet va virer les procureurs des villes qui ne voteront pas assez LREM. L’indépendance de la justice ? Qui peut y croire ?" Jean-Luc Mélenchon
Le mythe du pôle de gauche
Mais la bande de trolls soutiens béats du jeune monarque et les godillots de l'Assemblée travaillent à faire croire qu'ils ne sont pas si conservateurs, qu'ils travaillent pour les gens et pas seulement cette France des riches. Près de quatre-vingt député(e)s macronistes veulent créer un "pôle de gauche" au sein du camp jupitérien... sans rire...

Elles/Ils ont mauvaise conscience, et s'inquiètent du bilan qui leur sera envoyé à la figure par les castors qui les ont benoitement élus sur le mythe du nouveau monde et du barrage contre l'extrême droite.

Ces élu(e)s tentent de faire valoir quelques maigres progrès sociaux: ainsi ont-ils énuméré dans leur  communication officielle sur le nouveau projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2020 les 5 avancées sociales
  • un "congé indemnisé pour les proches aidants "... mais pendant 3 mois maximum pour l’ensemble de la carrière de l’aidant, à hauteur de 43 euros/ jour pour une personne en couple et de 52 euros/jour pour une personne seule. Quelle générosité à l'égard de celles et ceux qui dédient des semaines, voie des mois pendant des années à un proche handicapé par l'âge ou les hasards de la vie  ! Un peu moins de 3000 euros maximumen solde de tout compte...
  • 450 millions d’euros supplémentaires pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sur la période 2020-2021, financés par réduction sur d'autres budgets de la Sécurité sociale ;
  • un fonds d’indemnisation pour les victimes de maladies professionnelles liées aux pesticides (53 millions d’euros de dépenses prévues d’ici 2022) - un premier pas qui interroge cependant sur l'hypocrisie macroniste
  • Pour corriger une nouvelle injustice qu'ils ont eux même renforcée avec la fermeture de maternités jugées peu rentables, ils ont prévu un nouveau droit pour les femmes enceintes résidant à plus de 45 minutes d’une maternité, l'hébergement à proximité de la maternité. 
  • Cinquième progrès, la CSS - la complémentaire Santé Solidaire, une mutuelle réservée aux Français, pauvres, mais sujette à cotisations. Alléluia ? Que nenni ... La CSS n'est pas une aide supplémentaire, mais une tentative de mise à niveau de l'administration publique pour que les ayant-droits bénéficient enfin de la solidarité. lCe système remplace en effet l’actuelle couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et l’aide à la complémentaire santé (ACS). Quelle générosité ! Le gouvernement créé un dispositif paraît-il plus simple pour limiter le non-recours à la Sécu chez les plus pauvres du pays. 
Il faut juger ces élu(e)s macronistes mais de gauche" à leurs actes, et notamment comment ils ont réagi aux propositions de leurs "camarades" socialistes, communistes ou insoumis pour améliorer la Sécu du pays.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" recyclent surtout l'argumentaire conservateur selon lequel les cotisations sociales sont des charges trop lourdes à supporter pour le pays. Ces élu(e)s qui veulent "incarner le pôle social" de la Macronie refusent d'assumer que les cotisations sociales sont au contraire une partie intégrante du salaire, qui est fléchée de manière redistributive et solidaire vers le financement de dépenses de santé, de retraite ou d'indemnisation chômage qui autrement seraient à la seule charge des assuré(e)s. Ils/elles refusent de reconnaitre que leur suppression, amplifiée comme jamais depuis qu'ils sont aux affaires, et dénoncée par la Cour des Comptes dans son dernier rapport, affaiblit durablement les protections dont les assurés sociaux peuvent bénéficier: "le déséquilibre des comptes de la Sécurité sociale s’explique avant tout par la politique d’exonération des cotisations sociales" ont ainsi rappelé des députés insoums dans un amendement au PLFSS, rejeté par les macronistes. Ils ont rejeté tous les amendement des député(e)s socialistes, insoumis(es) ou communistes qui visaient à réduire ou supprimer ces allègement de cotisations patronales (le seul allègement CICE représente un coût annuel de 22,1 milliards d’euros pour l’assurance maladie !).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche"  ont voté sans rechigner le rétablissement de la défiscalisation et la désocialisation des heures supplementaires, mesure emblématique de l'échec sarkozyste en 2007-2012.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont refusé de réserver les allègements de cotisations aux entreprises qui ne versent pas en dividendes une partie substantielle de leurs bénéfices; 
ou même à celles qui augmentent les bas salaires (AMENDEMENT N°AS136).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" refusent de compenser les 3,5 milliards euros retirés au financement de la Sécu et non compensés par l'Etat (1,2 milliard d'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, 1,5 milliard de baisse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2000 euros par mois ainsi qu'une diminution de 800 millions d'euros sur le forfait social).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté la proposition des élus socialistes de relèvement des cotisations sociales sur les plus hauts salaires. Ils ont refusé de soumettre aux cotisations sociales  les revenus financiers des entreprises (AMENDEMENT N°AS139), comme le proposaient les élu(e)s communistes, ou d'augmenter de 20 à 30% la contribution patronale sur les actions gratuites accordées aux dirigeants et cadres supérieurs d'entreprises privées.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont également rejeté de réévaluer les contributions des laboratoires à la Sécurité sociale, comme proposé par les députés insoumis - AMENDEMENT N°AS371 (un exemple: Sanofi, 800 suppressions de postes, 5 milliards de dividendes versés en 2018).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté une proposition pédagogique des député(e)s insoumis(es), qui visait à faire inscrire "sur le bulletin de salaire des salarié·e·s sont indiquées les conséquences négatives des exonérations de cotisations sociales pour le budget de la sécurité sociale, ainsi que la diminution afférente des prestations sociales qui seront versées." (AMENDEMENT N°AS378)

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté la demande des élu(e)s socialistes d'accroitre de 300 millions d'euros supplémentaires le budget des hôpitauxpour faire face à la crise des urgences - (AMENDEMENT N°AS942).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont refusé de supprimer l'ONDAM (l'Objectif national des dépenses d'assurance maladie qui définit un plafond de progression des dépenses de la Sécu et justifie les réductions de moyens en cas de dépassement prévisionnel), comme le proposaient les élu(e)s insoumis (AMENDEMENT N°AS376).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont placé la Sécu en déficit (1,4 milliard d'euros en 2018, 5,5 milliards en 2019) à cause des réductions de cotisations sociales sans contreparties pour les grandes entreprises, surtout les grandes, les dividendes et les revenus de la spéculation. Ils votent une nouvelle fois encore le quasi-gel des prestations sociales (+0,3% en 2020 en deça des projections d’inflation, environ 1,3%) -  prime d’activité, allocations logement, allocations familiales, allocation aux adultes handicapés.

Ces gens-là sont au mieux des déracinés, au pire des traitres à la cause des gens.


Ami castor, ne t'égare plus.


19 octobre 2019

La France au bout du rouleau - 649ème semaine politique

La France est-elle au bout du rouleau ? Depuis près d'un an, le mouvement des Gilets Jaunes a démontré un ras-le-bol contre les inégalités fiscales en général. Suicides, colère, ou grève, les signes faibles d'un ras-le-bol contre l'épuisement des gens et l'arrogance de la France d'en haut se multiplient. Macron lui-même semble avoir conscience de cette colère froide. Il calme ses ardeurs, moins celles de ses trolls.


Un TER avec 70 passagers percute un convoi routier arrêté sur la voie entre Charleville-Mézières et Reims. L'accident fait onze blessés, dont le conducteur, seul personnel qualifié à bord. Des centaines de conducteurs, principalement sur les TER et les lignes low-costs OuiGo utilisent aussitôt leur droit de retrait . Les syndicats réclament une concertation d'urgence pour remettre des effectifs dans les trains. La réaction du pouvoir est violente: les trolls macronistes raillent les cheminots. La direction de la SNCF, qui met en œuvre un plan de réduction des effectifs (2000 postes par an depuis 3 ans) dénonce plutôt une grève surprise et annonce porter plainte. Les médias dominants prennent le relais de ce mensonge. Les reportages figurent des gares envahies de passagers, et masquent la réalité du sujet - la réduction des effectifs, des lignes et des moyens du premier service public de transport du pays.

Et les suicides quasi-hebdomadaires à la SNCF.

 La Macronie a besoin de cliver contre les cheminots. Il en va de sa survie politique ici comme ailleurs.

Autre service service public, pas encore privatisé, l’Éducation nationale. Une énième réforme du lycée, dont l'objectif affiché est d'insuffler davantage de sélection et d'élitisme à travers la réduction de l'enseignement scientifique et l'instauration d'un contrôle continu localisé et non national pour le Bac, déstabilise les profs, en sus d'une croissance des effectifs scolaires malgré la réduction du nombre de postes. L'attitude du ministre Blanquer, autrefois chouchou des médias, est du mépris. Quand une directrice d'école se suicide sur son lieu de travail après s'être plainte de conditions de travail, le sinistre ministre répond que  "le fait d’avoir du surcroît de travail à certains moments, c’est le propre des fonctions de responsabilité." Blanquer est trop occupé à divertir l'attention sur le voile et le "danger de l'islam" dans les écoles. Il s'enferre dans ses mensonges sur ces prétendus cohortes de fillettes empêchées d'aller à l'école à cause de la pères islamistes. Il évacue d'une phrase le drame humain, refuse d'y voir le signe d'un épuisement plus collectif.


Canard Enchaîné du 16 octobre 2019
Autre signe de cette France au bout du rouleau, la grève des urgences ne faiblit pas - 264 services sont concernés, les causes sont les mêmes :  "manque de place, patients sur des brancards, locaux vétustes, démissions en cascade, salaires", tout est sur la table… Le journal Les Jours consacre une série de reportages à une profession en crise de nerfs.

En 2018, 4200 lits d'hôpitaux ont été supprimés en France. Le ministère se félicite de "l'amélioration de l'hospitalisation partielle ou à domicile". A Paris, quelques 900 lits existants sont fermés faute de personnel.

Pour 2020, le gouvernement prévoit de réduire de 800 millions d'euros supplémentaires le budget des hôpitaux publics par rapport à la progression mécanique des dépenses de santé: "la proportion des personnes de plus de 75 ans va progresser deux fois plus vite d’ici 2040 que dans les vingt années passées" explique la Fédération Hospitalière de France. "
"Un jour, je suis arrivée dans mon service, je me suis dit: c'est là que je vais me pendre." Une infirmière citée par le Canard Enchaîné du 16 octobre.

En île-de-France, un tiers des services pédiatriques d'urgence vont manquer d'internes à partir du 4 novembre. Certains envisagent de fermer leur service au pire moment de l'année, l'automne puis l'hiver. On accuse une "erreur d'évaluation des besoins" .. mais aussi la liberté de choix accordée aux internes qui ont fuit les établissements de banlieue parisienne.

Obsession des Jours
Cruelle coïncidence, le jour même de cette révélation, l'un des secrétaires d'Etat macroniste fait le spectacle à propos de la protection de l'enfance. Adrien Taquet est paraît-il l'inventeur du nom du mouvement présidentiel "En marche", ancien strausskahnien. Ce castor de la première heure utilise les verbes habituels de la novlangue macroniste quand il s'agit de masquer le vide. Ses mesures concrètes consistent à "repenser", "élaborer", "Rendre le quotidien des enfants protégés plus facile", "Soutenir". C'est creux, mais ça permet de prétendre d'avoir une stratégie avec "80 mesures", rien que ça.

La Macronie vide les caisses publiques à coups d'exonérations fiscales, comment être surpris par cet habillage ?

Pour cette grande cause nationale, Taquet a débloqué 80 millions d'euros sur trois ans. C'est à dire 10 jours d'exonération d'ISF.

Son plan est creux, comme souvent en Macronie. Le décalage entre les constats, les ambitions et les moyens publics réellement consacrés est abyssal. Même les mesures en faveur des enfants pris en charge par l’aide sociale à l’enfance apparaissent comme des gadgets (*** "élaborer d’ici 2022 un référentiel national de contrôle des lieux d’accueil de protection de l’enfance, doté de critères communs objectivant la qualité des prises en charge" *** "repenser le rôle d’assistant familial" *** etc ... ). Pire, "toutes les mesures ou presque sont soumises au bon vouloir des départements" dénonce l'un des membres du Conseil National de la Protection de l’Enfance. "L’approche des élections aidant, le secrétaire d’État préfère organiser l’impuissance de l’État plutôt que de mettre les départements face à leurs responsabilités."

La France au bout du rouleau n'a que faire des élucubrations racistes de Zemmour, les diversions islamophobes des fascistes français soutenus par des macronistes ou la surenchère de faits divers . Elle cherche à bien faire son boulot,  ou à joindre les deux bouts. Ou à gagner quelques économies pour sécuriser son avenir. 

Elle subit cette guerre de la classe d'en haut contre les gens d'en bas.

Des millions de gens sont simplement fatigués. Le nombre d'allocataires du RSA ne baisse plus depuis deux ans. Les associations accusent la suppression de nombreux contrats aidés à l’automne 2017 et l'échec économique de cette politique de l'offre qui file 40 milliards d'exonérations de cotisations sociales aux entreprises alors que la Sécu en a besoin.

Le plan pauvreté annoncé par Macron était une aumône. Près de 3,8 millions de ménages vivent avec les minima sociaux, quasi-gelés par Macron depuis 2018.  Un enfant sur 10 vit dans la pauvreté. L'augmentation des interventions pour impayés depuis le début de l'année "inquiète" le médiateur de l'énergie. L'an dernier déjà, les coupures de gaz et d'électricité pour factures impayées avaient augmenté de 4,2%.


La France au bout du rouleau ? La Macronie le sent, elle se fait plus modeste. Le jeune monarque submerge les médias d'hommages (Chirac, les 4 policiers tués par le terroriste de la préfecture), beaux discours (Europe) et grands débats (retraites). Il calme le jeu sur ses réformes les plus inégalitaires comme celle des retraites: aucun effet avant 2025 promet-on désormais pour rassurer les retraités d'aujourd'hui. Pourtant, on connait le futur système, un système à points où le niveau des ressources des retraites sera gelé malgré l'allongement de la durée de la vie. Donc les pensions vont baisser. C'est mathématique.

La discrétion jupiterienne est également de mise pour les travaux présidentiels: le jeune monarque cache la dizaine de millions d'euros supplémentaires pour rénover le palais (5 millions ponctionnés sur le budget de la Culture, six millions sur un compte spécial du Trésor réservé à la gestion patrimoniale de L’État).

Lui qui promettait transparence et évaluation de son action politique dans le Nouveau Monde tait soigneusement les premiers bilans de son échec. L'un de ses proches conseillers, exfiltré de l'Elysée quand il fut admis qu'il avait balancé des videos pirates et trafiquées pour défendre le garde du corps Benalla en juillet 2018 a été recruté par le milliardaire Arnault. Macron sait placer ses plus proches.

Où sont les célébrations ? 

Où sont les cris de joie et l'allégresse dans les rues devant l'action réformatrice du jeune monarque ?

L'INSEE publie un bilan des inégalités en 2018 que l'on qualifie rapidement de provisoire: ont-ils si peur de leur caractère définitif ? EUROSTAT confirme la dégradation. On y lit que le taux de pauvreté a augmenté de 0,6 point en 2018, première année pleine et entière du Nouveau Monde macroniste, pour atteindre 14,7 % de la population. Les deux tiers de l'aggravation de la pauvreté sont à cause d'une mesure de Macron, explique l'INSEE, la diminution des allocations logement dans le parc HLM en 2018. Et les inégalités ont également progressé en 2018, principalement à cause à la hausse des revenus financiers, ceux-là même dont Macron a réduit la contribution fiscale et sociale. Le ralentissement économique qui frappe désormais l'économie occidentale ne sert pas (encore) de prétexte.

La Macronie s'effraye quand des éruptions de colère troublent le spectacle de la Start-up nation. Après des centaines de blessés, des milliers d'arrestations, des familles brisées par des procédures judiciaires iniques, le mouvement des Gilets Jaunes s'est essoufflé pendant l'été. Et pourtant la rage macroniste n'a pas cessé dans sa répression. La police agit encore et toujours de manière disproportionnée. Quand 10 000 pompiers manifestent contre le manque d’effectifs et de reconnaissance de leur profession, une "pluie de lacrymogènes" leur tombe dessus ce 15 octobre.

La police charge les pompiers... il faut l'écrire pour le croire.

 La peur du soulèvement est l'alpha et l'omega du régime.

Ami castor, où es-tu parti ?







 Téléchargez le rapport et sa synthèse

 


13 octobre 2019

Premiers bilans, la Macronie est antisociale- 648ème semaine politique


La question se pose: de quel progrès social la Macronie pourrait-elle s'enorgueillir à mi-mandat ? La suppression de la Taxe d'habitation, dont 15% des Français étaient déjà exonérés ? Plutôt que sur la crise d'urticaire de Jupiter à cause d'une nomination avortée à la Commission européenne, il vaut mieux s'attarder sur quelques premiers bilans fiscaux et sociaux. 

La Présidence des riches confirme son statut.


Cirque médiatique
Le jeune monarque est furax, et c'est surprenant. Alors qu'il savait la candidature de Sylvie Goulard à la Commission européenne abimée par une instruction en cours pour emploi fictif, il a quand même poussé à sa nomination en faisant pression sur les trois chefs de groupes (libéraux, conservateurs et socialistes).

Quand des parlementaires mettent en échec les désirs jupitériens, Jupiter "ne comprend pas". "On m’a dit “votre nom est formidable, on le prend” et puis on me dit finalement “on n’en veut plus”. Il faut qu’on m’explique." Sa colère publique est froide. Il laisse les superlatifs accusatoires à ses sbires dont la jeune secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes, ex-cadre de la banque, Amélie de Montchalin: C'est d'abord une crise institutionnelle majeure pour l’Europe parce que sans commissaire français, la Commision ne peut pas se mettre en route". Quand le parlement européen exerce l'un de ces rares droits, c'est une "une crise institutionnelle majeure pour l’Europe"...  Voilà de quoi donner envie d'Europe, n'est-ce pas ?

Cette affaire est ridicule. Ridicule non pas pour l'Europe, mais pour l'un de ses prétendus promoteurs, Emmanuel Macron. Elle témoigne de son mépris pour le fonctionnement de ces institutions. A en croire le Canard Enchaîné, le monarque s'est aussi agacé froidement contre BFM qui n'a pas souhaité retransmettre les 3 heures trente de son premier débat sur les retraites. Plus large fut la couverture nécessaire de son hommage aux policiers tués par le terroriste islamiste à la Préfecture de Paris. Le ministre de l'intérieur, qui a rapidement confirmé son statut de benet du gouvernement en réagissant trop vite à l'attentat, tente de se justifier.

Ces élucubrations ne sont que l'écume d'une présidence des (ultra)riches qui abime le pays. La nomination avortée d'une libérale à la commission européenne amuse la gallerie médiatique. Les déboires de Rantanplan-Castaner font sourire ou inquiètent. Mais le travail de sape et de prédation contre la solidarité nationale suscite moins de commentaires.

Gâchis fiscal
Le Sénat s'est intéressé au premier bilan du ruisselement, la suppression de l'ISF et le plafonnement à un taux très bas des revenus du capital et de la spéculation (la fameuse "Flat Tax"). Et la conclusion est, provisoirement, sans appel: il est impossible de savoir si ces milliards de cadeaux aux plus plus fortunés et plus aisés du pays ont servi à grand chose..."Quand bien même des effets se seraient déjà produits, l’absence de données microéconomiques ne permettrait pas de les déceler avec certitude."
  • La réforme d’Emmanuel Macron a rapporté 1,7 million d’euros à chacun des 100 Français les plus riches (1,2 million pour l’ISF et 0,5 million pour la flat tax).
  • Sur l’ensemble des contribuables qui payaient l’ISF, le gain est en moyenne de 8.338 euros par personne. Mais cette moyenne est trompeuse: 5 % des foyers aux revenus les plus élevés perçoivent 57 % des gains dus à la réforme de l'ISF. Les Sénateurs, comme les auteurs d'un premier rapport pour le gouvernement, confirment que la réforme a été très favorable aux hauts revenus. Et pour la flat tax, les gains sont captés par les 15 % de foyers aux plus hauts revenus...
  • La flat tax a coûté 500 millions de moins que prévu grâce à un surcroit de distribution de dividendes: "Les premières données montrent que cette réforme a eu un effet conséquent sur les versements de dividendes." expliquent les auteurs du rapport pour le Sénat. En novlangue libérale, on dit que la réforme a "rapporté" 500 millions d'euros de plus que prévu. Ce qui est vrai, mais occulte l'élément le plus essentiel: l'instauration de la Flat tax a baissé les recettes fiscales et sociales.
  • Le coût de la réforme est de 4,5 milliards d'euros par an: 3 milliards sur l'ISF; et entre 1,4 milliard et 1,7 milliard d'euros pour la flat tax, sans tenir compte de la hausse des dividendes qui a été observée en 2018.
Autre "révélation" de la semaine, le CICE a plombé les comptes publics davantage sue prévu, pour une efficacité en matière d'emploi quasi-nulle. Entre 2016 et 2017, le coût du CICE est passé de 49,4 milliards d’euros à 55,3 milliards d’euros, soit une hausse de 11,3 %. Merci François Hollande... Macron l'a transformé en une baisse pérenne des cotisations patronales à compter de janvier 2019.

Pour l'an prochain, l'examen du projet de budget a permis de dévoiler que la Sécu va perdre 4 milliards d'euros à cause des nouvelles réductions de cotisations sociales décidées par Macron, pour l'essentiel non compensées par l'Etat. Ces 4 milliards de pertes proviennent de la baisse de CSG pour les retraités, des heures supplémentaires désocialisées depuis janvier, et de la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat.

On connait la suite de cette histoire - quelques éditocrates s'inquièteront de cette Secu déficitaire. Et la Présidence des Riches prendra les "mesures nécessaires qui s'imposent", à savoir réduire les prestations sociales, les pensions et/ou les indemnités chômage. On argumentera, à raison, que les prélèvements obligatoires sont encore élevés. On mentira ensuite par omission, à dessein, en occultant que l'essentiel des dépenses "obligatoires" (santé, éducation, retraite, chômage) ne sont qu'une socialisation de dépenses qui de toutes façons existeraient dans un système privatisé. Aux Etats-Unis où la pré-campagne présidentielle fait déjà rare, le coût de la seule santé est de 17% du PIB . D'après l'OMS, les Américains dépensent plus de deux fois plus que les Français en soins médicaux par habitant.

Bref, Macron donne d'une main (9 milliards d'euros d'économies nettes annoncées pour les ménages) ce qu'il reprend de l'autre, comme  la réforme de l'assurance chômage (3,8 milliards d'economies),  ou la hausse non compensée de la fiscalité énergétique (+2,4 milliards), ou la réduction de ... 4,2 milliards du budget de la Sécu par rapport à la progression naturelle de ses dépenses (quelle coïncidence !), dont 830 millions sur les hopitaux, 920 millions en déremboursement de médicaments et 600 millions sur les actes médicaux. Par ailleurs, les prestations sociales

A propos du chômage, même le gouvernement s'attend à une forte hausse du nombre de chômeur en fin de droits - 375.700 bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, soit +10 %.

Précarisation des salariés, premier bilan
Sur le terrain de l'emploi, deux études donnent un éclairage redoutable sur la politique de l'emploi de la Macronie. Les prud'hommes ont publié leur évaluation.

Et le gouvernement a aussi rendu public sa propre étude sur la mise en oeuvre des ordonnances Travail de l'été 2017, une évaluation qualitative", en ce sens qu'elle ne concerne qu'un échantillon faible d'entreprises, pour mieux évaluer les impacts de la loi dans les moindres détails.

Rappelons les reculs sociaux portés par cette réforme: primauté de l’accord d’entreprise sur l'accord de branche; création du "CDD de projet", suppression des CE, DP et CHSCT au profit d'une instance unique (le CSE), création de la rupture conventionnelle collective; assouplissement des règles qui gouvernent les licenciements pour motif économique telle que l’obligation de reclassement, l’ordre des licenciements, le périmètre géographique de l’appréciation du motif économique, plafonnement des dommages et intérêts en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse. Reprenant l'odieuse antienne de la droite, et de François Hollande, sur la prétendue "peur d'embaucher", Macron avait sabré dans le Code du Travail pour précariser davantage les salariés et améliorer le rapport de force en entreprise en faveur des employeurs. Le résultat de ces études est assez lumineux, les salariés ont bel et bien été davantage précarisés depuis deux ans:
  • Le nombre de contentieux prud'hommaux ont baissé de 15 à 20% par an (120 000 recours en 2018 contre 150 000 en 2016), malgré un contexte social toujours tendu.
  • Les saisies prud'hommales des salariés modestes sont en chute libre, alors que les cadres continuent de porter plainte autant qu'avant. En d'autres termes, "grâce" à la réforme Macron, seuls les contentieux à fort potentiel de gain, "le contentieux 'des riches'" est "rentable". Ce que l'on constate, c'est que ceux qui sont éjectés des conseils de prud'hommes, ce sont les pauvres et les précaires."
  • Le nombre de dossiers de harcèlement et de discrimination, deux causes qui échappent au plafonnement des indemnités imposé par Macron, a sans surprise explosé.
  • L’encadrement des indemnité est parfois contesté, voire pas appliqué du tout.
  • Les salariés préfèrent accepter des transactions modestes de peur de rien toucher aux prud'hommes.
  • En entreprises, le nombre de réunions des représentants du personnel a chuté. La réduction du nombre de représentants a aussi été facilitée par la possibilité de créer des établissements autonomes - "diviser pour régner". "Le passage au CSE renforce la logique de concentration et de centralisation" note les auteurs de l'étude de Matignon.
  • L'assymétrie des négociations sociales, en faveur des employeurs, s'est renforcée. "On ne peut donc pas dire que les négociations se soient produites dans un contexte d’équilibre entre les parties prenantes",
Le ruissellement se fait attendre, la crise non, et la précarisation du plus grand nombre non plus. Depuis l'élection de Macron, la croissance si chère à Macron et si chère pour le pays a reculé de 2,3 à 1,3% du PIB annoncé poru l'an prochain. Les macronistes accusent le monde extérieur, et parient sur une "reprise de la consommation".

Serait-ce la fin de cette "politique de l'offre" si vieille, si obsolète ?

Ami castor, où es-tu ?





5 octobre 2019

Pourquoi Macron est pénible - 647ème semaine politique

 

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Le régime macroniste est une autocratie illibérale qui a besoin de temps à autre de ces pièces de théâtre jouées en "public" pour donner l'illusion d'une démocratie active et paisible.

Voici le Grand débat sur les retraites, tandis que l'accident écologique de l'usine Lubrizol près de Rouen a ravagé les exploitations agricoles environnantes. En coulisses pourtant, les arrestations, les jugements, la pression sur la moindre opposition; les non-dits sur la catastrophe de Lubrizol et un attentat islamiste au coeur de l'appareil de renseignement qui en dit long sur l'incompétence crasse du ministre Castaner.



Filtrages à Rodez (c) La Dépêche



Le Jupitershow reprend. Accrochez-vous.

Le jeune monarque aime les grands shows. Mardi, il en faisait des tonnes pour l'hommage à Jacques Chirac, un gars aussi sympathique que détestable politique. Après Simone Veil, Johnny Halliday puis Jean d'Ormesson, c'est le quatrième enterrement "people"  que Macron fait en grandes pompes.

Trop heureux du succès de son Grand Débat anti-Gilets Jaunes qui avait réussi à divertir l'attention médiatique et occuper les ondes de propagande macroniste pendant deux mois avant le scrutin européen, voici qu'il remet le couvert.

Macron a inauguré son "grand débat sur les retraites" à Rodez, "devant 500 citoyens réunis par le Groupe Dépêche". Les rues de la bourgade ont été vidées de leurs habitants. Les rues sont filtrées, les invités aussi. Une manif voisine, tenue à l'écart, ne rassemble pas grand monde. Depuis un an, combien de manifestants anti-Macron ont été arrêtés ? Le compteur des 6 premiers mois faisait état de près de 9000 personnes (à fin février). Et 2400 ont été placés en détention préventive à cause des différentes manifestations des Gilets Jaunes; ça calme les ardeurs, non ?

C'est le journal du coin qui gère l'opération.

Qu'un média local serve d'auxiliaire de propagande officielle ne choque plus.

Se mettre ainsi scène est une formule assurément gagnante: les questions sont posées par salve de 5 d'affilée, avant une réponse groupée du président. Cela empêche le droit de suite, si le président répond à côté, ou par une pirouette. Les questions sont minutées, mais le temps de parole présidentiel est sans limite. Macron ne lâche quasiment pas le micro, les questions sont finalement peu nombreuses.

Les contradictions orales au monologue présidentiel sont rares tellement les filtres à l'entrée de l'assistance venue écouter le monarque sont importantes (le simple port d'un Gilet Jaune vous vaut arrestation par la police). Elles sont si rares, qu'il suffit d'une égratignure verbale, d'un contre-argument qui chatouille pour que les médias l'isolent de son contexte (une longue péroraison présidentielle sur une réforme complexe et inégalitaire), et le monte en épingle pour mieux célébrer la répartie de Jupiter.

Qu'apprend-on de ce premier spectacle d'une longue séquence ? Pas grand chose. Macron ne sait visiblement pas combien coûte un hébergement en EPAHD, la salle grogne si fort quand il ment qu'il s'en tire d'une pirouette - "A 1500, 1700 euros/mois, vous avez un Ehpad... Euh ... Il faut qu'on repense notre système de dépendance. C'est un autre chantier."

Macron ment encore, sans qu'aucune question contradictoire ne lui soit posée ensuite sur le sujet, à propos des carrières de fonctionnaires (enseignants, infirmiers, policiers, etc): il explique qu'il faudra améliorer financièrement la progression des carrières si l'on dégrade en bout de course leur retraite. Or les rémunérations de la fonction publique sont ... gelées par son propre gouvernement... Qui ment ?

Macron est pénible dans ses oublis.

Quand un jeune homme lui demande s'il ne devrait pas mieux cesser de faire des hashtags sur l'écologie et agir vraiment pour l'avenir de la planète, Macron se défend en expliquant qu'il va fermer ... 5 centrales à charbon. Rien sur ces accords de libre-échange qui favorisent la destruction de l'environnement ou le report à la Saint Glin-Glin de tous les objectifs de transition écologique. Il ose même transformer la trahison de l'une de ses promesses en une victoire écologique - "Si la France n'était pas là, on serait reparti sur 15 ans pour le glyphosate" explique-t-il ainsi, au lieu de rappeler qu'il avait promis de l'interdire, et qu'il a préféré décaler de 3 ans une éventuelle prise de décision sur ce pesticide controversé.

Macron est pénible dans ses mensonges.

Macron rappelle que la retraite minimale pour celles et ceux qui auront suffisamment cotisé va être portée de 970 euros à 1000 euros, quelle générosité... Rien sur l'âge pivot, puisque c'est l'objet du débat. Macron est-il hypocrite ? Oui, car il ne cesse de répéter que les gens devront cotiser davantage. C'est une façon d'enfermer le débat. Compte tenu du vieillissement de la population, le coût des retraites, à régimes inchangés, devrait atteindre 15% du PIB d’ici une trentaine d’années (contre 13.8% actuellement). Pour financer, on aurait pu appeler à contribuer les revenus du capital et le capital lui-même, Macron a choisi l’exact chemin inverse, en multipliant les exonérations et réductions de contribution sociale pour le patrimoine et les revenus des plus riches. Mais le monarque aime prêcher la fin des impôts en France et même ailleurs dans le monde, comme la semaine dernière à l'ONU. Sur les retraites, il préfère reculer l'âge de départ à la retraite - via l'augmentation de la durée de cotisations - et dégrader les régimes salariés plus favorables.

On l'écoute encore dans cet habituel exercice de mépris hors-sol quand il parle de pénibilité. "Moi j'adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible". Oui le travail peut être pénible. Pourquoi tant de hiérarques, tant de patrons, tant d'éditocrates, tant de cadres supérieurs et ex-banquiers passent leur temps à contester la pénibilité de travail des classes populaires ? Il y a 7 ans d'écart d'espérance de vie entre un ouvrier et un cadre sup. Combien de fois faut-il rappeler cette évidence ? Macron fait mine de le reconnaitre ("Il y a des risques au travail qui ne sont pas les mêmes, quand on travaille de nuit, ce n'est pas pareil, quand on est exposé à des risques chimiques, quand on est exposé à des activités qui provoquent des troubles musculo-squelettiques, il est normal qu'on ait des 'bonus', qu'on prenne sa retraite plus tôt.") puis lâche un bel aveu : cette prise en compte de la pénibilité sera faite "au cas par cas, et non plus par statut". Or c'est justement la définition de conditions objectives par métier ou statuts, et non une hypothétique évaluation purement individuelle sujette à contestation, qui permet une prise en compte des carrières pénibles.

Macron est pénible par sa distance avec la réalité des gens.



Non-dits et incompétences
En coulisses, la réalité est loin des agitations souriantes et filmées du jeune monarque. Le 21 septembre dernier, une directrice d'école à Pantin et un professeur de SVT à Valbonne se sont suicidés dans leur établissement scolaire respectif. A Rouen, le scandale écologique de Lubrizol dévoile ses secrets jour après jour.

Un préfet relaye des explications lénifiantes sur l'absence de danger avéré après la dispersion d'un nuage de suie chimique d'une vingtaine de kilomètres au-dessus de la ville après l'incendie de 5000 tonnes de substances chimiques. "L'explosion de l'usine Lubrizol inquiète. Les gens constatent des pluies noires." relaye Jean-Luc Mélenchon. "Certains disent que la fumée brûle la gorge. Pouvoirs publics et médias sont quasi muets. Un site Seveso ne peut être inoffensif". Une dizaine de communes sont confinées - la rive droite de Rouen, Bois-Guillaume, Mont-Saint-Aignan, Isneauville, Quincampoix, Saint-Georges-sur-Fontaine, Saint-André-du-Cailly, La Rue Saint Pierre, Cailly, Saint-Germain Sous Cailly, Canteleu, Bihorel et Bosc-Guérard-Saint-Adrien.


Mais "tout va bien madame la marquise"

Il faut attendre 5 jours pour que sous la pression médiatique et politique, la Préfecture publie enfin la liste des produits chimiques qui ont brûlé. Samedi 4 octobre, 10 jours plus tard, on apprend que c'est peut être le double de quantité qui est partie en fumée. Mediapart révèle aussi que "l’usine de lubrifiants, classée Seveso seuil haut et donc soumise à un système de contrôle fort, stockait des matières premières et des produits finis dans un entrepôt de logistique, qui pourrait avoir échappé à la réglementation des installations classées, et par là même aux contraintes de transparence et de surveillance qui lui sont liées."


Le champs avoisinants sont couverts de suie. Mais le préfet ne démissionne pas. La Macronie est indulgente avec les siens. On entend Sibeth NDiaye, la porte-parole officielle, expliquer qu'une odeur nauséabondes n'est pas nécessairement toxique. La Macronie est pénible dans ses explications qui n'en sont pas, et dans son inaction écologique. 

La Macronie préfère les spectacles bien huilées à ces irruptions désagréables et contradictoires de la réalité qui troublent l'agenda officiel. Ainsi, la Convention pour le climat, l'un des derniers gadgets macronistes pour habiller l'inaction d'un semblant d'activité en la matière, est enfin constituée: 150 citoyens tirés au sort étaient conviés ce 4 octobre à discuter des mesures à prendre pour la sauver la planète. Les castors avaient cru élire un président volontaire, doté d'un programme ambitieux, avec une majorité politique solide pour agir enfin et "réformer". Mais "Macron l'écolo" préfère botter en touche vers cette commission gadget.

Parmi les membres du comité de pilotage, une lobbyiste d'une entreprise d'extraction minière...

Sans blague.

"Rien n’est interdit" assure le premier ministre Edouard Philippe en ouverture de la Convention. 

Sans blague.

Personne n'est dupe.


Plus grave encore, à la Préfecture de Paris, un agent, habilité secret défense depuis 2003, radicalisé islamiste tue quatre de ses collègues. Le préfet ne démissionne pas. Le ministre non plus. "La question de ma démission ne se pose pas" explique-t-il sur TF1 comme une auto-absolution. Bien au contraire. Castaner avoue benoitement l'incompétence crasse de ses services - "Cet homme n’a jamais présenté le moindre signe d’alerte ni de difficultés comportementales." Sur les ondes de TF1, le ministre charge les lampistes - "ses collègues savaient qu’il s’était radicalisé mais n’ont pas fait remonter l’information à la hiérarchie."


Castaner est incapable mais loyal. Il ne sera pas démissionné.

C'est le propre des autocrates de préférer la fidélité à la compétence de leurs collaborateurs.



Ami castor, où es-tu ?