30 novembre 2019

Macron ne comprend pas le malaise social - 655ème semaine politique

1891 - Grève des transports, un omnibus est pris d'assaut. 1891


Il parait qu'il est fatigué. Emmanuel Macron entame une phase diplomatique alors que la France se prépare à un choc de grèves en cascade le 5 décembre.

Il a du réagir aux massacres de civils en Iran contre l'opposition. Puis 13 soldats français sont morts dans un accident au Mali, sans que l'on comprenne quel ets l'objectif politique de cette présence militaire. Puis voici l'autocrate turc Erdogan l'a agité quand il le déclare en "état de mort cérébrale", à la veille d'un sommet de l'OTAN: "Je m’adresse depuis la Turquie au président français, Emmanuel Macron, et je le redirai à l’OTAN. Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale." Macron venait de râler contre l'OTAN.

Incapable d'en sortir, incapable de s'en sortir, le petit monarque s'agite et agace. Oulalala... Macron se fâche tout rouge et fait convoquer l'ambassadeur turc pour qu'il s'excuse.  Il y a deux mois, Macron s'est pourtant lamentablement couché devant Trump et Erdogan quand ce dernier s'est décidé à sacrifier les Kurdes laïcs qui combattaient Daesch en Syrie. Depuis cette trahison, quel crédit diplomatique accordé au petit homme de l'Elysée ? Le massacre des Kurdes était autrement plus sérieux que cette joute machiste #Kikalaplusgross. Erdogan est grossier, Macron est lâche.

Un attentat à Londres, puis un autre à la Haye pouvaient encore divertir l'attention du sujet franco-français du moment: l'amplification des luttes. La journée du 5 décembre approche, on transpire dans les ministères et à l'Elysée. Peu après la grève historique et quasi totale du 13 septembre à la RATP, les appels à la grève générale pour le 5 décembre, avec cortèges dans les gares, se sont multipliés.

Cette grève fait peur.

La RATP et la SNCF s'apprêtent à faire appel à des cadres de réserve. Jeudi 27 novembre, Edouard Philippe fait un "point d'étape". Il tente de donner des gages, mais rien n'y fait. Malgré des descriptions caricaturales et des menaces en tous genres contre les grévistes et les effets de la grève, les sondages du Parti Médiatique sont largement favorables ... aux grévistes. C'est dire si le gouvernement a échoué dans son travail de sape contre les oppositions. C'est dire si sa réforme des retraites est devenue un épouvantail.

Elle est même illisible: la Macronie s'est empressée d'en cacher les détails pour plaider qu'elle cherche la concertation. "Et en même temps", les porte-paroles du président des riches répètent que Macron restera "ferme", que cette réforme est une "promesse de campagne". Coincé entre souplesse et détermination, le clan Macron s'appuie aussi et surtout sur des chiffrages théoriques pour justifier sa réforme: le régime n'est pas en déficit. Pire, les scenarios gouvernementaux s'appuient sur la baisse des financements des retraites à cause de la baisse de l'emploi notamment public et de la non-compensation de certaines exonérations de cotisations sociales.

La réforme est devenue floue, mais il reste encore quatre principes :
  1. Macron veut économiser plusieurs milliards d'euros (8 à 17 milliards en 2025) sur les retraites, plutôt que mieux les financer. La France vieillit, la Macronie réduit les cotisations sociales sur les revenus les plus inégalitaires. Sans surprise, les régimes des retraites sont à nouveau en déficit. 
  2. Macron veut repousser l'âge de la retraite. Quelque soit la méthode retenue (report de l'âge minimum, augmentation de la durée de cotisation, etc), l'objectif est là.
  3. Macron veut mettre en place un système par points, qui permettra à l'Etat de moduler le niveau des pension en fonction du nombre du points.
  4. Macron veut "égaliser" la quarantaine de régimes de retraites sur un dispositif commun. Cette injonction à "l'égalité" émanant de l'auteur de la plus réforme fiscale la plus inégalitaire de la Vème République fait sourire. En novlangue macroniste,on dit qu'on veut un système "universel" avec "les mêmes règles pour tous". Le même argument n'est pourtant pas utilisé, et pour cause, quand il s'agit d'expliquer pourquoi les revenus du travail sont désormais plus taxés que ceux du capital. 
Mais c'est pire encore. Dans ses principes, cette réforme est une arnaque politique majeure ou un contre-sens historique : il n'y a pas de problème de financement des retraites. Les différents fonds de réserve, dont la CADES créé par le gouvernement Jospin 1997-2002 (qui est abondée de 18 milliards par an via la CSG et la CRDS), disposent d'environ 150 milliards d'euros. Et une politique de l'emploi plus généreuse suffirait à effacer toutes les prédictions idéologiques du gouvernement sur d'éventuels déficits plus tard. L'attention politique devrait se porter sur la paupérisation à venir des plus vieux: le renchérissement du traitement de la dépendance et la stagnation voire la baisse des pensions dans quelques années devraient inquiéter plus largement que cette diversion sur l'âge de départ et la durée de cotisation: même le COR est obligé de reconnaitre que "sous l’effet des réformes de retraite, les générations qui arrivent aujourd’hui à la retraite liquident leurs pensions avec des taux de remplacement plus faibles."(page 39 du rapport de novembre 2019). En 2030, es retraités seront plus nombreux, plus âgés et et moins payés qu'actuellement, à cause des réformes Fillon, Sarkozy et Hollande.


Macron a peur, et c'est heureux. "Ce n'est pas normal que les députés ne défendent pas cette réforme" s'est il inquiété cette semaine. Deux député(e)s macronistes ont d'ailleurs quitté les rangs du parti présidentiel cette semaine.

Macron ne comprend pas le malaise social. 

Il préfère pointer vers l'étranger ("c'est pire ailleurs"), ou opposer les catégories populaires entre elles (cheminots contre employés du privé,  chômeurs "qui gagnent plus qu'en travaillant" contre salariés, etc).  Il préserve la classe minoritaire dont il défend les intérêts. Il caricature les oppositions pour taire le débat public.

Quinze jours avant la grève du 5 décembre, l'INSEE publie son portrait social du pays, un bilan annuel qui mériterait bien des colloques et des mobilisations officielles si la Macronie avait quelques considérations sociales. L'INSEE répète ce que le pays sait déjà:
"Par rapport à une situation où elles n’auraient pas été mises en œuvre, les nouvelles mesures sociales et fiscales intervenues en 2018 augmentent le niveau de vie de l’ensemble de la population de 1,1 % une fois pleinement montées en charge (...). Les plus modestes bénéficient de mesures sur les minima sociaux et la prime d’activité et de la mise en place du chèque énergie, mais ils sont pénalisés par le gel des aides au logement. (...). Les 10 % de personnes les plus aisées bénéficient d’un gain en niveau beaucoup plus important que les autres grâce au remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune par l’impôt sur la fortune immobilière et à la mise en place du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du patrimoine."

La Macronie est une présidence pour les riches, elle a davantage servi les foyers aisés que les 90% de la population restante.

L'INSEE ne prend en compte que les prélèvements directs dans son évaluation du niveau de vie. Or, en 2018, les prélèvements indirects se sont aussi dégradés, ce qui pénalisent plus durement les classes populaires: "la hausse des taxes sur les produits pétroliers et sur le tabac représente l’équivalent de 0,4 % du niveau de vie des ménages : lorsqu’on les intègre, l’impact global des mesures fiscales et sociales de 2018 est réduit à 0,7 %. Cette hausse des prélèvements indirects pénalise l’ensemble de la population, mais davantage les personnes les plus modestes en proportion de leurs revenus, à comportement de consommation constant."

L'analyse de l'INSEE est particulièrement détaillée: en 2018, Macron a réinjecté 11 milliards d'euros dans le niveau de vie des ménages français:
  • +2 milliards d'allégements de cotisations sociales pour 15 millions de foyers: ces cotisations perdues ne sont pas compensées sur le budget de la Sécu ou des retraites, d'où les réformes en cours pour réduire les prestations chômage (qui affectent 2 millions de chômeurs depuis le 1er novembre), le coût de la santé publique et, maintenant, attaque sur les retraites.
  • +3,4 milliards d'euros de suppression de l'ISF pour seulement 340 000 foyers.
  • +1,4 milliards d'euros de réduction d'impôts et de cotisations sociales sur les revenus financiers ("Flat tax"), pour 4,4 millions de foyers. 
  • +3,5 milliards d'euros de réduction de taxe d'habitation pour 18 millions de foyers (y compris les plus riches) 
  • +540 millions d'euros de revalorisations des prestations sociales (sur 728 milliards d'euros... soit +0,07%... ), qui se décomposent en une baisse des aides aux logement de 300M€ pour 4,7 millions de foyers, de 500M€ de la PAJE pour 1 million de foyers, et d'une hausse de 1,3 milliards des minima sociaux et chèque énergie. 
Traduisons: le gain moyen annuel est estimé à 80 euros par ménage pour la baisse des cotisations sociales, et à 10 000 euros pour la suppression de l'ISF.

source: INSEE, "Portrait social de la France", novembre 2019


Le 5 décembre, les blocages d'activités seront nombreux. La présidence des riches devrait sentir la fronde. Ses supporteurs tenteront de cliver les gens les uns contre les autres. Ils insisteront sur la gêne des blocages, ils insisterons sur les heurts provoqués par des Black Blocs qui par ailleurs ne seront pas empêchés. C'est la "retraite par poings", s'amuse le Canard Enchaîné du 27 novembre.

La lutte paye. La lutte échoue parfois. Mais sans lutte, point de résultats.  

Un million de signatures pour l'organisation d'un référendum sur l'ahurissante privatisation du premier point d'entrée sur le territoire nationale - ADP - n'est pas suffisant. (il en faut encore 3,6 millions). Mais sans ce million, le sujet ADP serait tombé aux oubliettes.

La lutte échoue parfois. L'an dernier, les blocages du rail ont été insuffisants pour empêcher la réforme de la SNCF et préparer la privatisation du rail. Les restructurations en cours désorientent les personnels et créent de la souffrance. Et le gouvernement, discrètement, réduit de 300 millions (sur les 3 milliards promis) son financement aux investissements pour la modernisation et l'entretien du rail public.

Des milliers de manifestants et des centaines de services d'urgence en grève ont fait reculer le gouvernement sur l'hôpital public, insuffisamment mais réellement. Malgré le mépris de classe et la répression sanglante dont ils ont été victimes, les Gilets Jaunes, régulièrement caricaturés en fascistes, ont permis d'obtenir 10 milliards d'euros de dépenses sociales supplémentaires (qui expliquent le regain de pouvoir d'achat mesuré par l'INSEE au premier semestres 2019).

La Macronie cherche à instiller découragement, résignation, ou peur pour passer en force un programme sur lequel elle n'a pas été élue.


Ami castor, où es-tu ?





23 novembre 2019

Macron recule enfin - 654ème semaine politique



Depuis 2017, le nouveau monde ressemble à celui d'avant-hier: sous une image de modernité libéral-sociale, le programme politique mis en œuvre depuis l'élection d'Emmanuel Macron et d'une majorité pléthorique à l'Assemblée nationale, sur la base de promesses floues et d'une injonction au "barrage" contre l'autoritarisme et la xénophobie de l'extrême droite, s'est révélé  protecteur de la rente et des puissants, violent contre les oppositions, xénophobe contre les minorités étrangères les plus fragiles; bref, illibéral.

Macron a précarisé davantage les salariés en général (loi travail), du secteur privé (réduction des instances représentatives du personnel, facilitation des licenciements collectifs, réduction des droits au chômage, etc) et du public (gel des moyens, réforme du train, privatisation d'ADP, etc) au nom d'un exercice de rigueur qu'il a épargné à un demi-million de foyers aisés; il a fragilisé la Sécurité sociale en "exonérant" à tour de bras les uns (riches) et les autres, ou les entreprises, de la contribution sociale, faisant miroiter un "gain" de pouvoir d'achat aux salariés et de compétitivité aux entreprises. Les premiers comprennent peu à peu que ces "gains" s'accompagnent de réduction des moyens de la Sacu qu'il leur faudra compenser de leur poche; les autres ont préféré limiter l'investissement et la création d'emploi nets au profit de versement record de dividendes.

Sous Macron, la pauvreté s'est aggravé : l'inflation des produits et services essentiels est plus importante que le maigre gain de pouvoir d'achat. Le nombre de pauvres laissés sur les bas-côtés de la start-up nation a augmenté, et non pas pour de simples raisons statistiques comme tentent de le faire croire les supporteurs du monarque: la réduction des aides aux logement n'est pas compensée en moyenne par la réduction des loyers sociaux (INSEE: "sans prendre en compte la diminution des aides au logement des locataires du parc social, le taux de pauvreté augmenterait de 0,2 point en 2018")

Ici ou là, ses supporteurs brandissent telle ou telle mesure pour contredire cette analyse aux antipodes des histoires de Bisounours que les services de communication officielle ont concocté pour dépeindre la Macronie (comme cette suppression de la taxe d'habitation, y compris pour les plus riches, ... compensée par des hausses d'autres taxes; ou la revalorisation du minimum vieillesse ... quand les autres prestations sociales sont gelées depuis 2 ans). 

Ou bien ces supporteurs caricaturent leurs oppositions pour mieux justifier ce qui s'apparente à une répression: on excuse les milliers d'arrestations, les centaines de blessé(e)s et de vies brisées en exhibant la violence de quelques heurts, pour lieux cacher les cohortes déterminées et paisibles. On qualifie d'ultragauche celles et ceux qui contestent l'affaiblissement des conditions sociales. On assimile aux "black blocs" tous les manifestants  (parmi lesquels se cachent des policiers en civil).

En Macronie, la police fait des contrôles d'identités, fouille les sacs, délivre des amendes ou menace d'arrestation si l'on exhibe un gilet jaune sur la voie publique, ou le livre du journaliste David Dufresne qui documenta pendant une année le nombre de blessés pendant les manifestations des Gilets Jaunes. En Macronie, la hiérarchie policière exprime sa haine politique de l'opposition.

Quand il s'agace, comme cette semaine à Amiens devant un parterre d'étudiants amorphes et filtrés par la police, de ce pays, "en ce moment (...) trop négatif sur lui-même", Macron s'abrite derrière l'histoire sociale et les acquis sociaux de ce pays, des acquis dont il n'est nullement l'auteur et qu'il remet justement en question: "quand on parle des conditions étudiantes comparons la France aux autres pays." Macron est-il justement pour quelque chose de cet "avantage français" ? Non, rien. il travaille à sa réduction.

La contre-révolution macroniste, puisqu'il faut appeler un chat un chat et désigner ce retour vers les tréfonds pré-capitalistes de l'exploitation des gens pour ce qu'il est, a semble-t-il atteint un plateau. "Cela s'est vu", cela s'est trop vu que Jupiter était aussi jeune que ses idées sont vieilles, qu'il n'est que le pantin d'une oligarchie "ni ne gauche ni de droite", appuyée sur des intérêts puissants et un discours efficace pour polir les effets ravageurs de sa domination.

La Macronie s'effraye et s'enraye.

Elle s'effraye de ces appels à la grève pour le 5 décembre qui se multiplient depuis des semaines. Le gouvernement démine, mais rien n'y fait.

La mobilisation progresse, tous les syndicats participent (CGT, FO, CFDT, FSU, Solidaires, CFE-CGC, SUD), mais aussi SNCF, agents de la RATP, contrôleurs aériens, employés d'Air France, chauffeurs routiers, taxis, déménageurs, ambulanciers, agents portuaires et Dockers, employés d'EDF, agriculteurs (MODEF, FNSEA, JA), étudiants (UNEF, SOLIDAIRES, FSE, SELA-CGT), lycéens (MNL, FIDEL), magustrats (SM), avocats (Conseil national des barreaux), tous les corps enseignants et fonctionnaires de l'Education Nationale, les agents de Pôle Emploi et de la Poste, les personnels de santé, les pompiers, les syndicats du spectacle et de l'audiovisuel, les représentants des salariés d'Orange et de Groupama, les nourrices et assistantes maternelles, la totalité des partis de gauche, des Gilets Jaunes, ATTAC. Même des syndicats de police appellent à participer (par des actions dans les commissariats de 10 à 15h, et zèle pour les contrôles dans les aéroports et sur les autoroutes).

Mi-novembre, Macron avait eu peur des manifestation des personnels de santé, au point que son premier ministre a annoncé un nouveau plan pour l'hôpital public. Le ministre de la santé Agnès Buzyn s'agaçait en avril 2018: "j'en ai assez du discours catastrophique sur l'hôpital". En septembre, elle lâche une aumône de 70 millions. Puis fin novembre, voici encore un plan, et encore une fois sous la pression: 1,5 milliards d'euros sur trois an. Et une prime "pérenne" de 66 euros mensuels pour 40 000 employé.e.s; (pourquoi pas une augmentation de salaire ? Pour éviter de renchérir le coût des retraites... Il n'y a pas de petites économies...). Et enfin une seconde prime de ... 25 euros mensuels, à la discrétion des directeurs d'établissements, pour "valoriser, selon des critères qu’ils auront eux-mêmes définis, l’engagement et l’investissement des personnels."

Jupiter est trop généreux.
"Le néolibéralisme défend l’idée que l’État doit, dans l’intérêt général, se placer du côté du capital pour favoriser la création de richesses à partager par une marchandisation élargie de la société." Romaric Godin : La guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire. La découverte, septembre 2019.
Sur les trois revendications principales des grévistes depuis mars - effectifs supplémentaires, ouvertures de lits dans les services, augmentations de salaires, rien, pas un mot. Circulez, il n'y a rien à voir. Macron ose même annoncer la reprise d'un tiers de la dette des établissements, soit 10 milliards d'euros sur trois ans.  Qui a mis les hôpitaux en dette ? Certainement pas lui tout seul, le sous-financement ne date pas d'hier. Mais les deux lois de financement  de la sécurité sociale dont la Macronie est responsable ont prévu toutes les deux de réduire de quasiment la moitié la progression du financement de la Sécu: le coût de la santé augmente naturellement de 4 milliards par an sous l'effet conjugué du vieillissement et de l'amélioration des soins.

Mais la majorité macroniste, avec ses plans d'économies (encore 800 millions d'euros d'économies demandés aux hôpitaux l'an prochain) et de déremboursements, n'en a cure. Au contraire, elle a augmenté de plus de 20 milliards d'euros les exonérations de cotisations sociales (sur un total de 52 milliards d'euros), au nom de la compétitivité et du "ruissellement": 18 milliards pour la  transformation du crédit d'impôt compétitivité emploi en allégements directs de charges en 2018, 3 milliards de "mesures d'urgence économique et sociale" pour faire face à la fronde des Gilets Jaunes en décembre 2018, non compensées par l'Etat; éxonérations des heures supplémentaires; flat tax qui réduit les cotisations sociales sur les revenus financiers à 17,2% (contre plus de 50% sur les revenus du travail).

La Macronie s'enraye. 

La peur de provoquer une colère plus grande encore paralyse l'action "réformatrice" du jeune monarque. Comme Sarkozy à mi-mandat, Macron s'agite sans agir.

Sarkozy était hargneux, Macron "positive". Sarkozy provoquait avec spontanéité ("casse-toi pov'con"), Macron tait ses provocations avec soin. Comme Sarkozy à mi-mandat, Macron s'est choisi l'immigration sous toutes ses formes comme sujet de diversion politique: après le durcissement des conditions d'asile sur le modèle recommandé par l'extrême droite européenne (avril 2018), Macron a artificiellement posé l'immigration dans son Grand Débat post-Gilets Jaunes (mars 2019). Il a fait lancer des polémiques sur le voile dans les sroties scolaires et la prétendues déscolarisations de petites filles musulmanes (septembre 2019), puis il a ensuite imposé un débat à l'Assemblée nationale (octobre 2019). Ces agitations xénophobes au sommet de l’État cache mal la paralysie et la peur qui semblent avoir saisi l'Elysée

Sa réforme des retraites, promise pour l'été 2019, puis repoussée au nom de la concertation, est un bel exemple. Incapable de négocier, la Macronie dilue le sujet et ne sait plus que dire sur la réforme.

Quelques trolls macronistes ciblent encore les régimes sociaux des cheminot, la proie est facile, mais le coeur n'y est plus. Macron a peur, il cède. A Amiens, Macron s'agace de cette mobilisation contre son projet, au point d'avouer publiquement qu'il a été contraint de le vider de l'essentiel: "Le 5 décembre est quelque chose d'étrange. Il va y avoir une mobilisation massive contre une réforme dont on ne connait pas les termes exacts. C'est parce que c’est avant tout une mobilisation contre la fin des régimes spéciaux." Quand il va à l'usine Whirpool voisine, dont la reprise a échoué, sa visite est gâché par le député François Ruffin (insoumis), qui lui balance courtoisement:
"Monsieur le président, vous grandiriez l'Etat à admettre que vous avez merdé."
 Macron a merdé, et maintenant il cède parce qu'il a peur. Il fait encore des dégâts, comme sa politique xénophobe, ou le sous-financement de la "grands projets" de sa Présidence des riches. Même l'écologie n'existe plus que dans ses discours pompeux. 
 

Ami salarié(e), étudiant(e), retraité(e),  ne lâchez rien.

Jupiter a peur.


Ami(e) macroniste, où es-tu ?



16 novembre 2019

On s'immole dans la startup nation- - 653ème semaine politique




Un étudiant de 22 ans s'immole à Lyon, devant un CROUS. Il proteste contre Sarkozy, Hollande, Macron. Il proteste avec un désespoir inouï contre la précarité de sa vie étudiante.

Il y a des pleurs, de l'émotion, de la rage qui s'empare d'autres étudiants, dans les heures qui suivent.

Emmanuel Macron expliquera, peut être, qu'il n'est pour rien dans la situation. Sa porte-parole, si bête, s'est d'ailleurs empressée d'exonérer le clan au pouvoir: "Il faut prendre les choses avec beaucoup de précaution et refuser à toute instrumentalisation politique". Sur Facebook, l'étudiant avait au contraire porté des accusations politiques, dramatiquement politiques. Evidemment, Macron n'est pas seul responsable de cela. Le coût de la vie étudiante a augmenté sans discontinuité depuis une décennie, et surtout entre 2009 et 2012.
"Ce qui s'est passé à Lyon est absolument terrible et horrible. C'est vraiment un cas particulier. J'ai vu les revendications de ce jeune homme mais il y aussi une fragilité. C'est un geste terrible de faire ça. Je pense à lui et sa famille." Emmanuel Macron, 14 novembre 2019.
Depuis son élection, Emmanuel Macron a réduit les aides au logement, surtout pour les jeunes (une mesure dénoncée par l'INSEE comme la principale cause de l'aggravation de la pauvreté l'année suivante). Il a réduit les indemnités chômage des jeunes. Il a introduit la concurrence et la sélection généralisée dans l'enseignement supérieur. Il a aggravé l'anxiété: pour sa mise en place en mai 2018, Parcoursup a refusé la moitié des futurs bacheliers de leurs choix initiaux ,soit 400 000 élèves; ils étaient encore un tiers recalés un mois plus tard, au moment du bac. Un an plus tard, 60 000 inscrits à ParcourSup n'avaient aucune affectation fin juillet, à cinq semaines de la rentrée.

Il a gelé les minima sociaux (sauf le minimum vieillesse... qui concerne peu les jeunes). Il a aggravé la précarité des travailleurs, notamment jeunes, avec ses Ordonnances de 2017. Il a protégé les nouveaux esclavagistes numériques du travail à la pièce (Deliveroo, Uber etc) de toute action en justice pour fraude à la Sécu grâce à sa loi sur la mobilité (sic!).

Il a fait matraquer avec violence les manifestations étudiantes de 2018. Il a laissé la police humilier, frapper, abuser au nom de l'ordre. Il a nié les violences policières ("Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. […] Je refuse ce terme." Macron, mars 2019). Il a encouragé la justice et l'IGPN à taire les abus de droits ("Ce qui a été inacceptable avant tout, c’est la violence des manifestants" Macron, août 2019). Il a refusé d'augmenter le SMIC alors qu'un tiers des Smicards ont moins de 25 ans, mais il a laissé le prix des biens et services de base progresser deux fois plus vite que l'inflation (inflation générale en juin 2019, sur 12 mois: 1%. Alimentation +2,6%, dont produits frais +3,7%. Energie: +2,4%; transports: +1,5%).

« Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une startup. Je veux que la France en soit une » Emmanuel Macron, juin 2017
« Malgré l’extrême diversité des populations que nous rencontrons, les jeunes sont les plus précaires »  Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique-Caritas France, novembre 2018
Ce geste de désespoir n'est pas le premier. On se souvient de cet allocataire du RSA qui s'était immolé dans le hall d'une Caisse d'Allocations Familiales à Mantes-la-Jolie à l'été 2012 dont les allocations avaient été suspendues depuis trois mois pour défaut de justificatifs. Le flicage administratif mis en place par le clan Sarkozy quelques années avant au nom de la "lutte contre la fraude" (alors que 7 milliards d'euros de prestations sociales ne sont pas versées chaque année parce que leurs bénéficiaires ne les réclament pas!) pouvait être pointé du doigt. Il y a quelques années,

La France est un pays riche où les études publiques sont peu onéreuses. Pour que les riches deviennent plus riches depuis 2017, on développe un  discours culpabilisant contre la solidarité nationale, celle entre les aisés et les pauvres, entre les bien-nés et les précaires, entre les plus jeunes et les plus vieux. On explique depuis deux décennies que la République "en fait trop" pour ses citoyens: que la Sécurité sociale, qui n'est pas une taxation mais la socialisation solidaire de dépenses essentielles pour couvrir les accidents de la vie (santé, chômage) et la vieillesse (retraite), coûte trop cher; que la France est "grippée" par des "rigidités" (une vieille appellation conservatrice pour désigner les protections des gens contre la loi du plus fort, la rente et la concurrence) qui l'empêche d'avancer dans la joyeuse mondialisation. Quand on ne nous divertit pas avec l'islam et ses voiles, les réfugiés et le prétendu Grand Remplacement, on fustige les "abus" des pauvres et des fragiles.

Cette semaine, Marine Le Pen a suivi cette surenchère mensongère et culpabilisante: "les fraudeurs sociaux privent de légitimes prestations ceux qui en ont besoin (...) La fraude à la sécurité sociale est criminelle."

On nous dit que le travail est plus important que la solidarité.

Qu'il est donc normal de réduire les droits des chômeurs ("Le souhait des jeunes, c’est de s’épanouir dans un métier. Mais depuis dix ans, s’est créée une situation où certains employeurs et travailleurs pouvaient être incités à la précarité. C’est le cas avec les règles actuelles qui permettent à certains de gagner plus au chômage qu’en activité." Muriel Pénicaud, ministre du travail, 3 octobre 2019), de faciliter les licenciements ( "C'’est la raison pour laquelle le gouvernement a ouvert la négociation sur la sécurisation de l’emploi. Son objectif ? donner plus de stabilité aux salariés et plus de souplesse aux entreprises. Bref, conjurer une double peur. La peur du licenciement pour les travailleurs, la peur de l’embauche pour les employeurs" François Hollande, 31 décembre 2015), de demander des contre-parties aux allocataires des minimas sociaux ("Est-ce que cette solidarité peut s'accompagner de contreparties, d'activités, d'activités d'intérêt général?", Edouard Philippe, premier ministre, 14 février 2019), ou de geler les prestations sociales.

« Cette réforme est effrayante, confirme Daniel, conseiller Pôle emploi depuis de nombreuses années. Il y aura une chute brutale des montants d’indemnisation pour celles et ceux qui ont des périodes de travail hachées. Beaucoup de gens vont aller émarger au RSA. » Bastamag
L'allègement des devoirs de solidarité (suppression de l'ISF, plafonnement de l'impôt sur les revenus financiers à 12,8%, exonérations de cotisations sociales supplémentaires financées par une réduction du budget de la Sécurité sociale) est, lui, toujours sans contrepartie.

En 2018, première année de plein exercice du quinquennat Macron, les riches n'ont jamais été aussi riches, avant même la prise en compte de la suppression de l'ISF, grâce au double effet de l'augmentation des dividendes (puisqu'ils sont moins imposés qu'avant) et de la baisse de l'imposition des plus riches.
"La France figure en tête – juste après la Suisse – des pays où les riches sont les plus riches. Les personnes qui appartiennent au 1 % le plus aisé reçoivent au moins 7 000 euros par mois, même après avoir acquitté leurs impôts." Observatoire des inégalités, juillet 2019.
Ces suicides sont des actes de révolte et de désespoir qui troublent et abiment le story-telling officiel, l'image d'une "startup nation" composée d'entrepreneurs souriants et de salariés heureux. Comme la révolte des Gilets jaunes, qui a surpris et effrayé par sa vigueur, sa forme, et son endurance depuis un an. La startup nation est une fiction historique, désavouée quotidiennement par ces signaux faibles.

Aux États-Unis, la pré-campagne présidentielle qui agite le camp démocrate donne à comprendre notre propre pays, comme par un effet de miroir inversé. Sans juger des chances des unes ou des autres pour battre le Clown dangereux de la Maison Blanche, on peut applaudir à la pédagogie dont la plupart de ces candidats font preuve sur le sens et l'utilité de la solidarité nationale: Bernie Sanders, soutenue par Alexandria Ocasio-Cortez, détaille les ravages du surendettement des étudiants ou d'une santé hors de prix faute de Sécurité sociale pour tous. Un autre candidat réclame un revenu minimum de 1000 dollars par mois, sans condition aucune. Une troisième promet un renforcement de la taxation des riches, en détaillant les ravages sociaux de la politique inégalitaire. Oui, en Amérique, le chômage statistique n'a jamais été aussi bas. Et la pauvreté et la violence atteignent des sommets.

La France n'a pas peur, elle est en rage. Macron a peur. Le macronisme est un projet politique minoritaire, sociologiquement et politiquement minoritaire. Il s'appuie sur des députés godillots qui votent ce que des lobbyistes de multinationales privées leur donnent à voter et quelques citoyens "castors" qui croient faire barrage à on-ne-sait-quoi en adoubant l'instauration d'un état policier et autocratique. "On est gouverné par la peur" aurait confié un ministre. Effectivement, il suffit d'une manifestation du personnel médical, un jour pluvieux de novembre, pour que le président s'affole. Il prend un ton sérieux, pour prononcer un discours creux avec des mots sérieux, une forme inédite de mea-culpa quasiment en direct de l'évènement puisqu'il s'adresse le jour même de la manifestation pour la défense de la santé publique, jeudi 14 novembre: "le plan qui a été mis en œuvre ne va pas assez vite. (...) Nous devons investir et assumer d'investir plus fortement que nous avions envisagé de le faire."

Macron a peur.

La France d'en haut a peur.

Quand des centaines d'étudiants réagissent, sans aucune agression physique mais en perturbant quelques lieux symboliques (une conférence de François Hollande, l'entrée de CROUS, les grilles d'un ministère) l'éditocratie s'inquiète, parfois de façon odieuse:
"Le drame de l'étudiant immolé par le feu est instrumentalisé par l'ultra-gauche qui réclame toujours plus d'aides. Mais les bourses sociales n'ont pas vocation à financer l'échec universitaire ni le militantisme étudiant qui vont souvent de pair." Dominique Seux, éditorialiste des Echos et de France Inter.
Des socialistes s'abiment à critiquer quelques pages déchirées en public du dernier livre de François Hollande, celui dont Macron était le second, et qui a terminé son mandat avec la loi El-Khomri.
Mais le plus prévisible et le plus rassurant est le cri d'indignation des éditocrates contre cette "violence" d'étudiants qui n'ont plus grand chose à perdre.


Ami castor, où es-tu ?


9 novembre 2019

Le délire xénophobe de Macron - 652ème semaine politique



Les castors, qui croyaient être un barrage contre l'extrême droite, n'en sont que le marche-pied. C'est le constat de la semaine, sans doute l'un des plus importants du quinquennat.


Affairé à casser les digues, Emmanuel Macron a porté le sujet migratoire plus loin encore sur le terrain favori de l'extrême droite. Cette semaine, il a franchi "un pas important et longtemps inédit", restreindre l'accès au soins des demandeurs d'asile. C'est une diversion politique, une mesure contreproductive, et un rapprochement ignoble et calculé sur l'agenda politique de la droite xénophobe.

A l'Assemblée nationale, les député(e)s godillots vont voter sans rechigner la suppression de la prise en charge médicale, y compris d'urgence, pour les réfugiés, pendant 3 mois. Comme ils ont voté, sans rechigner pour 200 d'entre eux (sur 300), la réduction à 90 jours du délai de dépôt de demande d'asile, cette nouvelle carence permet de virer plus vite, même les malades et les blessés. Cette mesure fait partie des 20 propositions xénophobes présentées par Édouard Philippe après un "comité interministériel sur l'immigration et l'intégration", censé théâtraliser au mieux l'action gouvernementale.


Boutique Enlysée

Dans son texte, le premier ministre insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de "reprendre le contrôle" de l'immigration. Cette fois-ci, la novlangue macroniste est peu créative, elle est simplement le copié/collé de la bouillie xénophobe de l'extrême droite. "Reprendre contrôle" sous-entend évidemment que l'immigration est incontrôlée. "Marine Le Pen peut rire sous cape” résume le journal Tageszeitung, en Allemagne. Elle peut même éclater de rire, et applaudir. Le clan macroniste fournit l'habillage sémantique qui va bien pour chaque recul des droits: il veut "protéger" le regroupement familial "en luttant contre certains détournements". Il veut favoriser "l'intégration par le travail" en durcissant les définitions d'emplois pour justifier l'immigration économique.
"Il ne s’agit pas de faire des quotas de personnes venant d’Afrique, du monde arabe ou d’Asie, il s’agit juste de dire que c’est une question légitime de savoir combien on veut d’ouvriers agricoles, d’ingénieurs, d’informaticiens, de techniciens" Laurent Wauquiez, 2007
"Fixer des objectifs quantitatifs ou des quotas - les deux termes me vont - en matière d'immigration professionnelle." Edouard Philippe, 2019
Pour justifier la suppression de l'accès aux soins  pendant 3 mois, les castors comparent ce traitement à celui, identique, réservé aux expatriés revenant au pays qui sont quasi-exclusivement des cadres et dirigeants d'entreprises  (1% d'ouvriers, source: ministère des affaires étrangères, 2013), la plupart installés en ... Suisse, aux Etats-Unis et au Royaume Uni.

Tous les parallèles, même les plus odieux, sont donc possibles.

Ils plaident également vouloir lutter contre le "tourisme médical", une odieuse expression selon laquelle ces réfugiés, dont quelques milliers meurent chaque année en tenant de rejoindre l'Europe, choisiraient la France pour le confort d'une auscultation médicale gratuite. Les traitements lourds étant de toutes façons proscrits de cette aide médicale, cette justification est inepte et honteuse. Le gouvernement pointe vers ses Géorgiens et Albanais qui afflueraient par milliers et "engorgeraient" nos hôpitaux. En 2018, d'après les chiffres de ce même gouvernement xénophobe,  la France a reçu (et non pas accueilli) 5100 demandes d'asile émanant de citoyens géorgiens, et 7200 d'Albanais, soit ... 10% des demandes de cette année là.

Une paille, mais un symbole pour caresser l'extrême droite dans le sens du poil. Les syndicats de médecins sont outrés. Les ONG révoltées.

Et les castors ? Où sont-ils passés ?

Une expulsion de mineure, novembre 2019
La traque des migrants n'est pas chose nouvelle en Macronie: à peine élu, Macron ferme les frontières et refuse aux bateaux humanitaires l'accostage. Le si centriste Gérard Collomb, alors ministre de l'intérieur, publie en 2017 une circulaire qui prévoient que des « équipes mobiles » feront le tri des réfugiés dans les centres d'hébergement d'urgence. Puis en avril 2018, la fameuse loi "asile et immigration", réduit les droits des réfugiés, soulevant l'indignation de plus de 400 associations humanitaires et partis politiques en France.  Et maintenant, pour replacer le débat xénophobe au cœur de l'actualité et taire son échec social et économique, Macron lance une nouvelle salve: "amélioration" du tri par métier créé par Sarkozy en 2008, et carence de 3 mois pour l'accès aux soins.

Cette mesure est aussi xénophobe que symbolique. Elle est l'une des premières marches vers la mise en œuvre intégrale d'exclusion des étrangers de la sphère nationale défendue le Rassemblement National.  

Macron n'est pas un barrage contre Le Pen, mais un marche-pied.

Reprenons l'ensemble des mesures annoncées cette semaine:
  • Macron accepte d'augmenter de quelques millions l'aide au développement, "et en même temps", il cible une partie de cette aide sur "la gestion des flux migratoires". Autrement dit, c'est un chantage, "aide contre fermeture des fermetures" à l'encontre des pays les plus pauvres.
  •  Création d'une "commission stratégique des visas", un machin administratif pour prétendre "reprendre le contrôle".
  • Fermer davantage les frontières européennes avec une augmentation des effectifs de FRONTEX de 1000 à 10 000 postes en 5 ans et une révision du Code Frontière Shenghen
  • Réduire l'accès aux soins pour les réfugiés (délai de carence pour l'Aide Médicale d'Etat; réduction de 12 à 6 mois l'accès aux soins pour les déboutés)
  • Supprimer le versement en liquide de l'allocation aux demandeurs d'asile (ADA: 6,8 euros par jour).
  • Supprimer le cumul RSA / ADA 
  • Augmenter les effectifs d'étudiants étrangers, et "promouvoir l'intégration au travail" "et en même temps" durcir les quotas d'immigration économique;
  • Élever le niveau de maitrise de la langue 
  • Renforcer la dématérialisation des procédures (plus excluante pour les personnes en précarité)
  • "Évacuer les campements insalubres", et y "associer une mise à l’abri humanitaire, un examen de situation administrative et une orientation conforme au résultat de cet examen." 
  • "Améliorer la fluidité de l’hébergement d’urgence et renforcer l’accès au logement", mais taire la baisse des crédits pour ces mêmes hébergements d'urgence.
  • Surtout, la "fluidité" revendiquée consiste à trier, pour évacuer plus vite. Pour améliorer le tri, le gouvernement demande aux centres de "transmettre à l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration les informations relatives aux demandeurs d’asile et aux réfugiés présents dans l’hébergement d’urgence."
Les "castors" voulaient faire barrage contre l'extrême droite. Ils ont simplement décidé de se décaler un peu plus vers elle pour mieux occuper le terrain politique. La presse étrangère ne s'y trompe pas: Voilà des années que la droite en parlait. Nicolas Sarkozy en avait rêvé. Emmanuel Macron l’a fait." (Le Soir, Belgique). “la classe médiatique et politique en France ait passé une bonne partie de l’automne à débattre de sujets tels que le voile et la laïcité, quand ce n’était pas l’immigration”, alors même que ces thématiques “ne figuraient pas parmi les préoccupations essentielles de la population?” (El Pais, Espagne).

Islamophobie-mania
Mais Macron prend un risque calculé: la quasi-totalité de l'opposition de gauche, à l'exception surprenante d'un Yannick Jadot (EELV) qui approuve la mise en place de quotas, est vent debout contre cette énième génuflexion servile à l'égard de la droite furibarde et de ses extrême. Même ce qui reste du parti socialiste pilonne (enfin) la Macronie avec vigueur. Mais l'occasion d'une manifestation initialement consensuelle contre les agressions dont sont victimes les musulmans en France est l'occasion de caricaturer l'opposition, de cliver à nouveau sur un sujet proche. Les plus forts soutiens à la politique xénophobe de Macron sont à droite, les mêmes défilent contre un appel à manifester contre l'islamophobie.

Les discriminations dont sont victimes les musulmans sont un fait: même les islamophobes les plus rageux doivent reconnaitre que les musulmans sont l'objet d'une attention politique, sociétale, judiciaire et policière hors normes depuis la montée de l'islamisme radical et la multiplication des attentats islamistes en France et en Europe. En ricochet, une majorité des musulmans en France se déclare avoir subi une discrimination: "les discriminations et les agressions visant les musulmans en France sont minoritaires au quotidien mais sont plus fréquentes que pour le reste de la population" d'après une récente enquête.
  • "Un quart des musulmans ont été insultés en raison de leur religion (24 %) au cours des cinq dernières années,"
  • "La proportion de victimes d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années est deux fois plus élevée chez les musulmans vivant en France (40 %) que dans le reste de la population" (17 % : source Ifop 2019) 
  • 7 % des musulmans sondés déclarent à "avoir été victimes d’une agression physique à cause de leur religion, contre 3 % des non-musulmans".
Comment alors exprimer un soutien à ces victimes indirectes du climat délétère général ? Quel mot d'apaisement pour contrebalancer les insultes racistes déversées à heure de grande écoute par un prédicateur d'extrême droite sur une chaîne d'information nationale ? Comment exprimer le souci de la cohésion nationale et républicaine et ne pas laisser le débat aux islamistes et leur alliés objectifs de la droite furibarde ?
"Force est de constater qu’«islamophobie» est aujourd’hui celui le plus communément admis pour définir cette stigmatisation des Français musulmans. Il n’a toujours pas ma préférence mais à partir du moment où il est bien défini ainsi dans le texte, il ne peut pas m’empêcher de signer un appel unitaire – appel tout à fait juste sur le fond.
(...)
S’il n’y avait pas eu cet appel pour une marche le 10 novembre, il n’y aurait eu aucune initiative de rassemblement contre cette forme particulière de racisme. Rien ! Qu’ont proposé ceux qui protestent contre cette initiative pour réagir à la hauteur du danger ? Rien."
Eric Coquerel, 7 novembre 2019
Le Parti médiatique, c'est-à-dire cet ensemble de médias les plus plus visibles, les plus lus, les plus repris, bref dominants, est à l’œuvre pour relayer le propos de l'extrême droite et accuser la gauche de complicité avec l'islamisme: il décortique le texte d'une tribune simple qui a aucun moment ne vise la loi de 1905; ou la liste des milliers de signataires pour y débusquer des soutiens islamistes. Il fait croire que l'appel à manifester a été co-rédiger avec les Frères musulmans, c'est un mensonge. 

Macron se tait, le Parti médiatique travaille pour lui. La diabolisation permanente de l'opposition lui permet de tenir l'un des programmes les plus rétrogrades, et désormais pleinement xénophobe, de cette Vème République. Une frange prétendue laïcarde suit avec gourmandise et rage Marine Le Pen, Eric Ciotti et consorts pour attaquer avec des caricatures.
Il suffit qu'un appel à manifester en soutien avec les musulmans victimes de discrimination et de racisme: on monte alors en épingle que des personnes et mouvements peu recommandables ont aussi signé le même appel. L'indignation se fait à sens unique, pas un mot ou si peu quand la Bête Immonde s'affiche à la manifestation de soutien contre le meurtre antisémite de Mme Knoll. Le tri dans les manifestants ne vaut que lorsque l'islam et ses croyants, en est l'objet phobique du moment

L'islam et le voile sont les deux belles distractions du moment.

"Le problème c'est l'actionnaire, pas l'immigré ni le retraité." Jean-Luc Mélenchon.



Incapable de lutter contre l'évasion fiscale avec efficacité, Macron est plus habile pour jouer de la peur de l'étranger et harceler les demandeurs d'asile.

Sur les réseaux sociaux "pour jeunes", face caméra avec les dorures élyséennes derrière lui, Macron fait un selfie video pour expliquer que "le harcèlement scolaire, c'est mal." L'argument utilisé lui revient en pleine figure. N'est-il pas lui complice de la même passivité diplomatique vis-à-vis des dictatures du monde, du terrorisme islamiste émirati (qui sert de banque parfois même pour le Rassemblement national) ? Macron était aussi en Chine, il se félicite d'un accord sur la protection de la biodiversité "et en même temps" d'un nouvel accord de libre-échange sans doute détestable pour l'environnement.

La xénophobie macroniste est plus subtile que celle de la droite furibarde. Elle est sélective. Nulle xénophobie quand il fait la bise au prince héritier saoudien. Nulle xénophobie quand il s'affiche en Chine dont il espère les débouchés pour les entreprises françaises. Le 6 novembre, trente ans et 5 mois jour pour jour après les massacres de Tian'anmen, Macron défile sur la même place et fait davantage que le service minimum.



Ami castor, où es-tu ?


3 novembre 2019

Les valeurs actuelles de Macron - 651ème semaine politique

 

 

Macron parle dans Valeurs Actuelles, combien de castors, ces grands promoteurs du "barrage contre l'extrême droite" sont allés acheter ce canard de l'extrême droite ? La diversion est aussi belle que le faux barrage contre l'extrême droite que Macron remet en selle pour 2022. Le prix du gaz explose, le nombre de pauvres aussi, et les réductions de droits des chômeurs entrent en vigueur ce 1er novembre. 

 

Macron parle dans Valeurs Actuelles, vive Halloween !


Parlons valeurs
Emmanuel Macron a des valeurs, bien sûr, qui dépassent et orientent son action: dans son pamphlet publicitaire rédigé avec l'aide de quelques cadres de Havas en 2015 et sobrement intitulé "Révolution",le jeune monarque évoquait son social-libéralisme "enthousiasmant". Il applaudissait les "progressistes réformateurs qui croient que le destin français est d’embrasser la modernité". Il est attaché au libéralisme politique, la liberté individuelle, la concurrence, l'esprit d'entreprise, et la prise de risque. Plus récemment, il a embrassé la défense de l'environnement et même une laïcité conciliante comme nouvelles revendications.

On peut les lire et les relire dans les nombreuses adresses qu'il a livré aux Français depuis trois ans qu'il a fait irruption au premier plan de la scène politique nationale. Dans son dernier courrier, en janvier 2019, il évoquait encore la fraternité le travail louant "une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail".

Depuis deux ans et demi qu'il a tous les pouvoirs centraux de la République - présidence, assemblée nationale, on a pu mesurer l'écart entre les valeurs et l'action. Les valeurs de Macron sont apparues comme une bouillie recrachée en novlangue pour rhabiller la réalité de ce qu'il fait.
Le voici qu'il fait un long entretien qui fait beaucoup jaser dans les "propres" rangs macronistes à l'hebdomadaire de la droite la plus furibarde et la plus rance, Valeurs Actuelles. 





Ce choix révèle d'abord le caprice d'un homme. L'entretien a été réalisé dans l'avion de retour de la réunion, après quatre longues semaines de polémiques sur le voile, alimentée par Jean-Michel Blanquer ministre de l’Éducation nationale, à propos des sorties scolaires, l'irruption télévisuelle quotidienne d'un prédicateur d'extrême droite sur une télévision nationale propriété d'un oligarque dont le groupe apporte son concours logistique privé aux forces militaires en Afrique quand elles en expriment le besoin, et un attentat islamiste au cœur du renseignement français qui avait ridiculisé le ministère de l'intérieur. Macron a pris de court son propre entourage.

Ce choix révèle une fidélité, une relation personnelle de Macron et quelques proches avec l'hebdomadaire réactionnaire: pendant le quinquennat Hollande, Macron était la taupe élyséenne de Yves de Kerdrel, un ami rencontré à la Commission Attali sous Sarkozy, qui pris la direction de "VA" en 2012 (fut condamné pour provocation à la discrimination en 2015 puis pour diffamation en 2017). Sylvain Fort, ex-plume de Macron, fréquentait Louis de Raguenel pour préparer la campagne de Macron.

Dans cette interview, Macron reprend, et légitime ainsi, les propos de l'extrême droite: il caricature les manifestants contre l'islamophobie - "tiers-mondisme non-aligné aux relents marxistes.” Il qualifie les collectifs d'aide aux migrants de d'associations "droits-de-l'hommistes main sur le coeur". Il reprend le fantasme Blanquer, jamais étayé par des chiffres ni des études, sur les "enfants qui sont déscolarisés". Il s'attaque à l'AME: "il y a un sujet que personne n'a vu (...), ce sont les gens qui viennent avec un visa touristique, qui reste trois mois et ensuite se mettent à l'AME." Et le voici qui suggère un délai de trois mois de carence. Rappelons que l'AME ne concerne que 300 000 bénéficiaires. Et que les fins limiers du contrôle des abus du dispositif n'ont trouvé que 571 dossiers frauduleux l'an dernier...

Les valeurs d'Emmanuel Macron s'arrêtent-elles là où commence son ambition politique ? Il a besoin d'un duel final avec Le Pen. "Emmanuel Macron est le premier président de la Ve République à accorder une interview durant son mandat à un titre aussi marqué à droite." commente un politologue. En accordant cet entretien de 12 pages, écrit, relu et validé, "le président de la République, par des marqueurs sémantiques qui correspondent parfaitement au lectorat de Valeurs actuelles et à l'idéologie de ce journal, ne se situe plus au centre de gravité de LREM."
Ce n'est pas sans raison. Macron va porter l'argument là où il veut que le débat politique se clive, c'est-à-dire sur l'immigration et l'islam, pour mieux faire oublier son échec social et ses partis pris économiques. Sa seule issue politique pour faire oublier sa présidence des ultra-riches est de forcer un tête-à-tête contre l'extrême droite. La presse dominante emboite d'ailleurs le pas avec gourmandise. Ainsi le Monde, sous la plume d'Ariane Chemin et de , qui "décryptent" la tactique politicienne du jeune monarque, dans un article qui débute par un grossier mensonge: "Depuis 2017, les Français attendaient les réflexions d’Emmanuel Macron sur la laïcité, le droit d’asile, l’immigration, l’islam." C'est faux, même les sondages le disent.

Cette "minute d'allégeance à l'extrême droite" est un moment clé de cette séquence de rentrée. Macron est sorti de l'été en tentant de jouer sur un nouveau positionnement, la bienveillance et l'écologie - "J'ai changé" clamait-il sur le le site de l'agence de brand content "Konbini". Mais cela ne suffit pas. La grève réussie des syndicats contre son grand projet de réduction des retraites l'a fait reculer, très loin. Désormais, promet-il, sa réforme des retraites n'affectera pas celles et ceux avec déjà 15 ou 20 ans de carrières... En d'autres termes, rien de neuf avant quatre ou cinq quinquennats... L'ardeur réformatrice du président des riches serai-elle émoussée ?

Cachez cette présidence des riches...
Le 5 décembre, un appel à la grève général fiche la trouille en Macronie. La presse dominante, encore elle, commence son intoxication, comme ces sondages pour "prouver" que la grève est déjà impopulaire. Cette surimpression fasciste du débat politique par la Macronie n'est pas sans rapport.

Il faut divertir l'attention, souffler sur d'autres braises, faire oublier la police que l'on envoie matraquer à ciel ouvert et sans sommation contre les Gilets Jaunes pour leur 51ème acte. Il faut cacher cette guerre contre les pauvres. Son gouvernement envisage même de supprimer l'un des themomètres, l'Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale. 

Le gaz augmente (encore) de 3% pour 4 millions de foyers. Mais bonne nouvelle... les pensions de retraite sont revalorisées de ... 1%. L'allocation aux adultes handicapés (AAH) progresse de 40 euros par mois, soit +4,65%. Quel bel effort ! Merci messieurs. Le "pôle de gauche" de la Macronie peut espérer faire oublier le gel des autres prestations sociales qu'il vient de voter comme des godillot pour l'an prochain. Ou la hausse du nombre de pauvres que la réduction des aides au logement a provoquée.

C'est la Toussaint, 50% des demandeurs d'emploi voient leurs droits réduits à compter de novembre à cause des nouvelles règles d'indemnisation: 1,3 million de personnes sur les 2,7 millions qui bénéficient actuellement d’une indemnisation (sur 6 millions de personnes inscrites à Pôle emploi). Les dégâts sont considérables. Plus particulièrement visés, les CDD, les intérimaires, les mi-temps thérapeutique, les jeunes et les temps partiels (majoritairement des femmes). Pour 850 000 personnes, les indemnités vont diminuer de 20% en moyenne avec la réforme. Comment Muriel Pénicaud, ministre du travail, le justifie-t-elle ? "On corrige une situation. Aujourd'hui, en alternant des contrats, on gagne plus quand on entre au chômage qu'au moment où on travaillait. Ce n'est pas logique." La ministre ment: ces 40% des chômeurs ne touchent pas plus que lorsqu'ils travaillaient. L’objectif annoncé de la réforme  est d'économiser 3,4 milliards d’ici fin 2021.

Et de quelles indemnités faramineuses parle-t-on ?
  • D’après l’UNEDIC (organisme qui gère l’assurance-chômage), 850 000 personnes verront leur indemnité baisser de 905 à 708 euros (-22%). 
  • Pour 280 000 personnes, l’allocation diminuera de 897 à 679 euros (-25%).
  • Pour 7 % des chômeursc(190 000 personnes), l'allocation sera réduite de 868 euros à ... 431 euros par mois (-50%).
Aujourd'hui, on paye moins de cotisations sociales sur les revenus de la spéculation et les dividendes que sur ceux du travail.

Aujourd'hui, on paye moins d'impôts sur les revenus de la spéculation et les dividendes que sur ceux du travail dès que l'on paye plus de 12% d'impôt sur le revenu.



Ami castor, as-tu acheté Valeurs Actuelles cette semaine ?



Quand les macronistes n'aimaient pas VA