28 mars 2020

L'amateurisme mortel de Monsieur Bricolage - #COVID-19

 

Vingt mille morts en Europe, et les dirigeants tremblent quand les populations s'inquiètent. 

 

En France, Monsieur Bricolage est le nouveau surnom d'Emmanuel Macron.


Le désarmement

Pour répondre aux accusations de désarmement face à la pandémie, le gouvernement s'est décidé à une conférence de presse, samedi 28 mars. On a franchi le cap des 2000 morts, le rythme des décès frôle les 400 quotidiens, sans compter ceux que l'on ne mesure pas. Le carnage dans les EPHAD ne fait que commencer. L'Italie voisine, aussi mal lotie, a franchi les 10 000 morts.

Un samedi fin d'après midi, deux heures avant les journaux télévisés, le premier ministre Philippe et son ministre de la santé Véran se justifient. Ils avouent qu'ils ne sont pas prêts, qu'ils leur est impossible de confirmer quand les masques commandés si tardivement arriveront sur le visage des soignants: "Aucun système sanitaire n'a été pensé pour faire face à une telle vague". Pour les masques, il leur faut un "pont aérien" avec la Chine. Pour les tests, "nous sommes dépendants de la recherche mondiale". Il y a déjà plusieurs centaines de soignants infectés.

L'accusation est là - une plainte collective a été déposée après les aveux de Buzyn. Depuis le début de l'année, le gouvernement était au courant des dangers. Il savait. Il n'a pas agi ou il a mal agi depuis l’émergence de la maladie (début janvier) et la confirmation qu’il y a bien une pandémie (fin février).

Alors Macron se planque de la presse et laisse Philippe jouer au fusible. Le premier des ministres se défend et annonce des gros volumes - 50 000 puis 100 000 tests quotidiens... mais plus tard, en mai, "au mois de juin", on ne sait pas. L'Allemagne teste déjà 500 000 personnes par semaine.

Un milliard de masques arriveraient ce dimanche à Roissy.

Enfin.

Le confinement va durer. 

Il faudrait l'avouer. Comme tous les dirigeants occidentaux, Macron espère que la suspension générale de nos activités économiques pour cause d'impréparation et d'économies de bout de chandelle sur le dos de la santé publique, ne durera pas plus de deux mois. Pourtant il ne prolonge le confinement que par petits coups - 15 jours par ci, 15 jours par là... Pourquoi ?

Pourquoi ne pas reconnaître que la crise sanitaire va durer plus longtemps qu'une location estivale ? La raison semble simple, il s'agit de ne pas désespérer, d'éviter un débat sur la gestion de la crise et l'ampleur des moyens. Fixer un horizon à chaque fois court permet d'éviter de causer des changements en profondeur. Ce ne serait qu'un mauvais moment à passer. Mais chaque semaine, les statistiques meurtrières ridiculisent la stratégie gouvernementale.

La mise à l'arrêt des économies capitalistes, faute de systèmes de santé performant, va couter entre 5 et 20 millions de chômeurs supplémentaires. L'auto-entrepreneuriat si essentiel à Jupiter est aujourd'hui l'un des symboles de cette nouvelle précarité généralisée par la suspension de l'économie.

Le gouvernement est incapable.

Monsieur Bricolage est le nouveau surnom d'Emmanuel Macron. Brièvement célébré dans les sondages quand il se décida enfin à confiner le pays une dizaine d'heures après le premier tour des élections municipales, il est rapidement tombé dans les enquêtes d'opinion quand les alertes du personnel soignant ont fait comprendre aux gens combien l'impréparation risquait de couter cher en vie humaines.

Jupiter est nu, à poil, incapable et empêché devant la déferlante. Alors il se déguise en chef de guerre.

Son ministre de la Santé s'en sort à peine mieux que sa prédécesseur, Olivier Véran doit composer avec sa propre responsabilité - député macroniste, il a été rapporteur de loi sur le financement de la sécu et la réforme hospitalière.

La France manque de masques pour ses soignants et toutes les professions exposées. Elle manque de respirateurs artificiels, de lits, de tabliers, de blouses, d'écouvillons, de lunettes de protection, de bouteilles d'oxygène.

Elle manque de tests.

Jeudi, Véran promet qu'on testera jusqu'à 25 000 personnes par jour dans une semaine. Dans une semaine, 5 à 8 000 personnes supplémentaires seront mortes. Samedi, il promet 100 000 tests d'ici juin... C'est tristement dérisoire.

Sibeth Ndiaye doit être virée

Si Macron avait un peu de sens politique, il dégagerait Sibeth Ndaye et Muriel Pénicaud.
La première est porte-parole du régime: chacun de ses propos est requalifié en bourdes alors qu'il ne s'agit que d'aveu. Sibeth Ndiaye est la plus risible de ce gouvernement, l'un des symboles les plus visibles et les plus tristes de cet amateurisme mortel. En février, elle explique que le confinement à l'italienne ne serait pas utile en France. Le 5 mars, elle assurait qu'il serait inutile de fermer les écoles - une décision finalement prise... dix jours plus tard. Le 25 mars, elle se moque des enseignants - "Nous n'entendons pas demander à un enseignant qui aujourd'hui ne travaille pas de traverser toute la France pour aller récolter des fraises". La même assurait que "les masques ne sont pas nécessaires pour tout le monde" tout simplement parce que la France manque de masques.

Elle est si incompétente que cela provoquer des dissensions internes. C'est l'un des membres du gouvernement qui communique au Canard Enchaîné la copie d'un échange entre les jeunes pousses de la Macronie gouvernementale dont Sibeth Ndiaye et l'autre jeune cynique qui conseidans l'application de messagerie Telegram. On les lit blaguer sur les effets négatifs sur le visionnage de YouPorn qu'aura la réduction de 25% du débit demandé aux plateformes de streaming.

L'échange est indécent.

La seconde à virer est Muriel Pénicaud. Depuis le début officiel de la crise sanitaire, elle a tout essayé pour forcer le maintien des travailleurs en entreprises - menaces contre les employeurs, contestation du droit de retrait aux salariés inquiets - alors même que son collègue de la santé exhortait les gens à rester confinés chez eux.

Cette semaine, elle promet que les entreprises qui verseront des dividendes ne seront pas aidées... Comment la croire ? Elle a accordé quarante milliards d'exonérations sociales sans contreparties, entérinant le Pacte irresponsable de François Hollande en faveur de la "réduction du coût du travail".  
Le coût des riches a explosé sous Macron, mais maintenant les riches demandent de l'aide pour se sortir de ce Corona-krach.

La presse ne joue pas le jeu officiel.

La progression fulgurante de la maladie, les moyens modernes de communication et la présence d'une audience captive plus nombreuse qu'à l'ordinaire nourrissent le spectacle médiatique permanent. Les médias relaient parfois avec une complaisance baveuse les éléments de langage du pouvoir. Ainsi voyait-on  ces éditocrates de plateau fustiger avec la même rage que les militants macronistes ce médecin marseillais Didier Raoult qui suit jour après jour l'application d'un traitement à la chloroquine contre le COVID 19. Ces trolls macronistes sont bien gênés d'apprendre, en fin de semaine, que Macron lui-même a finalement demandé d'accélérer les recherches sur ce remède potentiel.

Autre exemple, samedi 28 mars, l'après-midi est polluée par des commentaires lénifiants pour nous faire patienter jusqu'au discours du premier ministre et de son ministre de la Santé - "opération transparence" nous promet-on. 

Mais souvent, même cette presse de classe ne peut cacher son désarroi face à la réalité. Les statistiques de mort s'illustrent de  gens connus-  Manu Dibango, Patrick Devedjian - des anonymes de tous métiers - une caissière, deux médecins, un vigile, etc.

Quand Macron masque son amateurisme par du spectacle, cela ne fait presque plus illusion. Ainsi déboule-t-il sur les écrans en direct d'un parking à Mulhouse où s'est installé un hôpital militaire. Avait-il quelque chose à dire ? Non. Qu'il se taise plutôt que de se montrer et gêner le personnel hospitalier. Ce n'est pas une guerre.

Si c'en était une, on comparerait notre personnel soignant à cette Armée Rouge décimée par les purges staliniennes juste avant d'aller (perdre) au combat face à la Wehrmacht en juin 1941. Cela fait longtemps que les alertes au sabotage sanitaire se multiplient, plus longtemps que ces simples trois années de casse macroniste. Si c'était une guerre, Macron ne serait pas de Gaulle, mais un curieux croisement de Daladier pour le défaitisme et d'Herbert Hoover pour l'aveuglement libéral. Si c'était une guerre, on ne se contenterait pas de commenter le désarmement français face à ce fléau.
"Les soignants, caissiers, livreurs, ouvriers, paysans ne sont pas des soldats. Ce sont des travailleurs. Et ils n’ont pas attendu le coronavirus pour mourir au travail."  Clément Viktorovitch

La démocratie entre parenthèses

Sous prétexte de lutter contre un virus, la démocratie, comme l'économie, a été mise entre parenthèses. Le langage guerrier a été abusivement utilisé pour justifier l'application du confinement, la suspension tardive des élections, la fouille illégitime des piétons et même l'espionnage de centaines de milliers de civils. Pour compenser la faiblesse du système de santé français, incapable de tester grandeur nature sa population contre un énième virus, on déploie la police, la gendarmerie et bientôt l'armée. Le ministre de l'intérieur légitime tous les excès. Il lâche les flics les plus violents en banlieue où pourtant le confinement est respecté. Il se tait sur ce million de Franciliens parti infecter le reste du pays.

Il y a aussi beaucoup d’esbroufe dans ces démonstrations de force médiatisée. Les moyens manquent, la police est épuisée par des mois de répression ultra-violente des grévistes, gilets jaunes, et étudiants. Environ un millier d'agents sont malades, faute de protection.

Le pire est ailleurs, la loi sur l'état d'urgence sanitaire est publiée mardi. Puis l'ordonnance sur la procédure pénale (jeudi) et la circulaire du ministère de la Justice (vendredi). On se moquent deces Américains qui privilégient l'économie à la santé publique. En France, Macron supprime les droits de la défense, la publicité des audiences et du contradictoire pour la détention provisoire - des détenus présumés innocents resteront en prison, sans avocats, dans des pièges à virus.

La lutte des classes

"Salopettes contre cravates". Il n'a pas fallu deux semaines de confinement pour que la France d'en haut exprime sa trouille de manquer de bras et de solidarité de la France d'en bas. Le virus tue sans distinction de classes, de race, de géographie. Les riches se réfugient en résidence secondaire, les plus aisés s'échappent du confinement étroit des grandes agglomérations. Les cols blancs travaillent à domicile, les clos bleus sont réquisitionnés au front. Dans les 25 mesures d'urgence adoptées cette semaine, Macron accorde un sursis précaire aux salariés - en garantissant une meilleure indemnisation du chômage partiel et, pour un mois seulement, le prolongement des droits à l’allocation-chômage pour les demandeurs d’emploi arrivant en fin de droits en mars. Mais il autorise des semaines à 60 heures et d'imposer des congés

Il y avait d'autres propositions urgentes sur la table pour passer cette crise, refusées par la Macronie:  prise en charge à 100% des personnes hospitalisées et arrêt du forfait journalier, baisse du montant des loyers à proportion de la baisse des revenus, prise en charge totale par l’État des frais d’obsèques des personnes décédées du fait du virus, gratuité des quantités nécessaires au bien-être pour l’électricité, l’eau et le gaz,  baisse des remboursements des prêts bancaires des particuliers à proportion de la baisse des revenus, annulation des frais d’incidents bancaires pour découvert, imposer aux plateformes le statut de salariés de leurs travailleurs, versement aux indépendants d'un revenu de substitution, publication dans la presse écrite régionale du modèle d’attestation de déplacement, report des examens scolaires, etc.

Macron supplie, applaudit, célèbre "ceux qui ne sont rien", celles et ceux les plus directement frappés par la précarisation du travail (réduction des représentants des salariés, inversion des normes par les Ordonnances Travail, protection des plateformes par la loi sur les "mobilités"), le durcissement du régime des chômeurs, et le gel des prestations sociales. Stanislas Guérini (qui ?), le délégué général d'En Marche, reconnaît: "nous sommes dans un moment de réhabilitation des travailleurs essentiels à la Nation : les livreurs, les caissières, les éboueurs… La France ne tient pas sans eux."  

La trouille de cette présidence des riches que les gens l'abandonne fait sourire.

 

L'ignorance va durer

"Pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital." Le constat d'un professeur sur l'antenne de France Culture devrait interroger. L'Humanité s'affole et il est fort possible qu'elle ne s'intéresse pas à autre chose que de reprendre une activité normale dès que possible. Pourtant, il y aura d'autres Coronavirus, d'autres pandémies: "ces maladies virales viennent toujours d’un réservoir de virus animal. Et on ne s’y intéresse pratiquement pas." Autre constat, "on sait que ces épidémies vont recommencer dans les années à venir de façon répétée si on n’interdit pas définitivement le trafic d’animaux sauvages." La préservation de la diversité animale sert l'enjeu de protection sanitaire: les contagions d'animal à homme se multiplient. Vache folle, grippe aviaire, tremblante du mouton, Ebola, la liste des pandémies récentes est longue et il est étrange d'observer l'Humanité 2.0 soudainement confinée comme au Moyen Âge à cause d'une grippe plus virulente et mortelle que d'ordinaire. La dégradation de l'environnement est responsable. C'est une évidence que les scientifiques, et même des politiques répètent enfin. 



***
 Chaque soir à 20 heures, des gens de tous bords applaudissent de plus en plus nombreux en soutien à celles et ceux qui n'étaient rien et qui sont tout désormais.

Parfois, on entend "Macron démission."

Le gouvernement était au courant des dangers. Il savait. Il n'a pas agi.

Ami castor, es-tu malade ou mort de trouille ?



21 mars 2020

Coronavirus: pourquoi il faut dénoncer maintenant ce qui cloche

 

Dans les sondages, une majorité de Français sont enfin soulagés par les mesures gouvernementales de confinement.  La menace d'un carnage chez les plus âgés n'y est pas pour rien.

Mais "en même temps", Macron, Philippe et Buzyn savaient. 

Ils savaient.


La mascarade du "en même temps" 
Le revirement du gouvernement français face à la crise sanitaire est total et laisse pantois. Revenons sur ces dernières semaines. Début mars, le couple présidentiel se montre dans un théâtre d'un ami pour encourager la vie des spectacles. Il y a déjà 4 morts en France, plus de 3000 dans le monde. Le 10 mars, la porte parole du gouvernement bafouille que les mesures de restriction des transports prises par l'Italie n'ont pas permis d'enrayer la progression du virus, il serait donc inutile de suivre ce modèle en France.

Brigitte et Emmanuel Macron se font filmer en balade pédestre sur les Champs Elysées.

Deux jours après, c'est Trump qui ramène Macron à la réalité du virus... c'est dire l'imprévoyance du jeune monarque. Le clown de la Maison Blanche, effrayé par la progression fulgurante du virus dans la région de Seattle, interdit tous les vols depuis l'Europe.... Macron parle le soir à la télévision: il demande aux Français de limiter leurs déplacements "et en même temps" les encourage à poursuivre leur travail et à participer au vote 3 jours plus tard.

Dimanche, mascarade électorale. Macron et son premier ministre Philippe avaient promis qu'il était sage et citoyen d'aller voter au premier tour des élections municipales. A l'heure du scrutin, la France compte officiellement 6400 infectés recensés, et 161 morts. L'abstention atteint encore un record, mais n'était-ce pas l'un des objectifs ? Ce scrutin devait être désastreux pour la Macronie, il le fut. Mais l'attention était ailleurs.

Lundi, changement de ton. Macron place la France en quarantaine, mais "en même temps", il exhorte les Français d'aller travailler. Ne courez plus, ne sortez plus, ne vous rendez pas aux enterrements de vos proches, mais "en même temps", allez travailler. Le virus est ultra-dangereux, ultra-contagieux... et "en même temps", il serait indispensable de rester au bureau, sur les chantiers, dans les banques. Il faut imprimer un permis de sortie depuis le site du ministère de l'intérieur, le signer et justifier de l'un des quatre motifs de sortie (alimentation, santé, travail, sortie à proximité du domicile) chaque jour que l'on veut sortir de chez soi.

A 6 reprises, Macron parle de guerre; mais "il envoie au front sans munition".

Lundi, Macron impose le confinement... mais à compter du lendemain après-midi seulement. Et les marchés alimentaires en extérieur ne sont pas fermés. En Italie, il y a parfois des embouteillages de corbillards à cause du nombre de morts. En France, ce sont des embouteillages des bourgeois qui se réfugient dans leurs résidence secondaire, infectant les zones résidentielles ainsi investie. L'île de Ré, Belle-Ile et quelques autres destinations sont envahies.

La douceur de la météo fait penser à des vacances collectives imprévues. Les docteurs s'alarment. Il y a quelque chose qui cloche.

"Il n’y a pas d’autre solution : un confinement total, immédiat et général. Point."  Yannick Gottwalles, chef des urgences de Colmar, interviewé par Les Jours
Macron propose l'interdiction temporaire des licenciements. Mais quelques heures plus tard sa ministre du Travail rétropédale: "j'ai utilisé cette formule pour faire choc". Elle aggrave le propos: "Quand un syndicat patronal dit aux entreprises “arrêtez d’aller bosser, arrêtez de faire vos chantiers”, ça c’est du défaitisme." 

"En même temps", Agnès Buzyn, arrivée troisième à Paris au premier tour, abandonne. Puis elle balance dans les colonnes du Monde qu'elle avait alerté Macron et Philippe dès janvier sur la gravité du virus et le risque sanitaire des élections municipales.
"Il va y avoir des milliers de morts" Agnès Buzyn, 17 mars 2020.
Ils savaient donc, et depuis janvier. Macron, Philippe, Buzyn, Castaner et les autres. Ils savaient, ils ont attendu le plus tard possible pour agir.

Cette incompétence, ça cloche.

En fin de semaine, le pays compte officiellement 400 000 chômeurs "partiels", sans compter 300 ou 400 000 auto-entrepreneurs privés d'activité (spectacles, nettoyage, sport, réparations, automobiles, soins du corps, etc) et l'emploi intérimaire qui s'effondre, (soit 780 000 personnes supplémentaires).   Au total, la première semaine française de confinement a privé d'emploi au moins un million de personnes au bas mot.

Le gouvernement allait-il demander l'union nationale, puisque nous sommes "en guerre" ? Une union nationale avec un programme d'union nationale ?

Rien de tout cela. Il n'agit pas en ce sens, il préfère fermer le pays.

La parenthèse des riches
Voici la parenthèse enchantée. Soudain, l'argent coule à flots. Cet argent qui manquait pour revaloriser le salaire des soignants,  investir dans les hôpitaux, éviter les fermetures de lits d'hospitalisation est trouvé avec une facilité qui ne déconcerte que les neu-neux du libéralisme béat. Les chercheurs pétitionnaient il y a quelques mois pour réclamer plus de moyens, voici Macron qui trouve soudainement 5 milliards d'euros de plus pour la recherche publique: "La crise du Covid-19 nous rappelle le caractère vital de la recherche scientifique et la nécessité d'investir massivement sur le long terme."

L'argent coule à flots: une garantie d’État de 300 milliards d'euros pour les banques; 10 milliards pour les fonds propres des premières banques du pays, création d'un fonds d'urgence de 50 millions d'euros contre le virus; et encore 50 millions d'euros "pour mettre à l’abri les plus démunis".... Plus la Bourse dévisse, plus le gouvernement s'affole et trouve les mesures de soutien.

Il ne s'agit pas de nationaliser les entreprises essentielles, ni d'augmenter les prestations sociales des foyers les plus précaires et encore davantage précarisés par la mise au ralenti de l'économie. Macron lâche les milliards qu'il refusait aux gens qui protestaient hier contre la vie chère, le gel des salaires et des prestations sociales, ou la réduction des retraites et des services publics.

Comment expliquer qu'en quelques heures, Macron trouve autant à investir pour soutenir les entreprise et les banques ? Le Macronistan lutte pour la survie d'un système. Sa trajectoire économique n'a pas changé. Macron considère la crise actuelle comme une "parenthèse". Il prolonge (permis de séjour, prestations sociales, etc), reporte (déclarations de TVA, versement de cotisations sociales, etc). Mais il ne tire aucune leçon de cette accumulation de bêtises humaines - affaiblissement de nos protections sanitaires et sociales au nom du libre-échangisme économique, dégradation accélérée de la planète. Son court-termisme politique n'a pas changé. Macron pense à cette crise comme un nouveau tremplin pour ... sa réélection en 2022. En ce sens, son attitude, à quelques semaines près, est identique à celle de Donald Trump, lequel est passé en quelques jours du même optimisme indifférent à une action précipitée brouillonne.

Le sommet de l'indécence n'est sans doute pas encore atteint mais on s'en approche: partout, les témoignages et protestations de celles et ceux qui n'ont pas le choix de continuer d'être exposé au risque de contamination, et d'exposer en retour leurs proches, se sont multipliés dans la semaine. Les plateformes de livraison - Amazon en tête - sont pointées du doigt: "Notre incompréhension," explique une déléguée CGT, "c’est que les salariés permanents de chez Amazon exercent eux leur droit de retrait, ou peuvent prendre le congé de 14 jours pour garde d’enfants, posent des congés… Mais concernant les intérimaires, l’entreprise ne veut rien faire." Les ouvriers des chantiers, et leurs patrons, réclament un droit de retrait. Mais la ministre du travail ne veut pas, et enjoint les administrations de Pôle Emploi les demandes de chômage partiel ou techniques.

Le gouvernement invente le concept de "salariés essentiels". On s'en souviendra.

Bruno Le Maire, ministre de l'économie, demande qu'une prime de 1000 euros soit versées à celles et ceux qui "ont eu le courage de se rendre sur leur lieu de travail."

Les autres seraient-ils des lâches ? Oui, à en croire le ministre.

La France, le pays où la vie vaut peu chère.


Le Sénat vote l'état d'urgence sanitaire pour deux mois, la démocratie est suspendue. La parole est encore libre, mais confinée, à distance de la police. L'état d'urgence sanitaire "donne pouvoir au premier ministre de prendre par décret, pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, les mesures générales limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion et permettant de procéder aux réquisitions de tous biens et services nécessaires afin de lutter contre la catastrophe sanitaire."

La loi octroie ainsi au gouvernement un mois pour légiférer par ordonnances et, notamment, de "modifier les conditions d’acquisition de congés payés", de "permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés dans la limite de six jours ouvrables, des jours de réduction du temps de travail" ; ou de permettre aux entreprises de "secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical."

C'est la guerre, n'est-ce pas ?

Non, ce n'est pas une guerre: l'ennemi ne sera pas vaincu, il faudra vivre avec. Ce virus est contagieux pour tous mais mortel pour les plus âgés et les plus fragiles. Il aurait fallu se préparer, à minima ne pas baisser la garde comme Macron et consorts. "Ce n’est pas une guerre, nous ne pourrons jamais vaincre ou éradiquer cette créature. Nous prémunir contre ses dégâts si, puis nous aurons à apprendre à vivre avec elle" explique un médecin dans une tribune publiée par Mediapart.

La France à poil
La France ne teste plus, faut de moyens. Les statistiques ne reflètent que le haut de l'iceberg: faute de moyens, on ne réalise que 2500 tests chaque jour, contre 12 500 en Allemagne. La France ne teste pas et préfère ruiner son économie en confinant la quasi-totalité de sa population. "On me dit qu'en Allemagne des usines tournent même la nuit pour produire 4 millions de tests. Quel est le point de blocage [en France] ?" s'interroge la députée Delphine Batho.

La France ne protège même plus son personnel soignant, puisqu'elle a délocalisé en Chine la fabrication de masques.

En Chine.

Macron n'est pour rien dans cette absence. Les 200 millions de masques disponibles il y a 10 ans au moment du SRAS ont été détruits. Le ministre de la Santé s'appelait Xavier Bertrand. La Cour des Comptes disait que cela coûtait trop cher. Olivier Véran, nouveau ministre de la Santé, le reconnait: "En 2011 il a été déterminé que la France n’avait pas à faire de stock d’État des fameux masques FFP2. Il n’y a donc pas de stock d’État."

Voilà ce qui cloche. 

Ce virus promet un carnage car il requiert des moyens de soins que la France n'a plus.
  • Les Ehpad redoutent la mort de 100 000 résidents et réclament en urgence des masques au ministre de la Santé, lequel explique que le port des masques n'est pas obligatoire. En Italie, selon les chiffres de l'Institut supérieur de la santé, la moyenne d'âge des 3200 premiers patients décédés enregistré est de 78,5 ans.
  • En fin de semaine, les hôpitaux attendent "la vague". Ils recensent 1 300 cas graves en réanimation et 450 décès. En Alsace, ils sont déjà débordés. Les hôpitaux publics de Paris font un appel aux dons, ... et au volontariat. Vous avez bien lu: les hôpitaux publics de Paris font appel au volontariat, et pas simplement sanitaire - informatique, analyse de données, communication, création de tutos, montage vidéo, gestion de stock, logistique.
  • Chaque soir à 20h, un nombre croissant de civils applaudissent les soignants à leur fenêtre.
    "C’est un signal. Un thermomètre de la santé morale populaire. Soyez plus nombreux chaque jour. C’est la pause fraternité. N’oubliez pas. Ça fait un an qu’ils sont en lutte pour empêcher l’hôpital public de s’effondrer" résume Jean-Luc Mélenchon.
Le gouvernement ne veut pas tester, ne peut pas tester. Et pourtant, tester le pays à grande échelle permettrait de circonscrire le virus. plusieurs voix critiquent cette inaction. L'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament s'inquiète: "les exemples de l'Allemagne et de la Corée du Sud tendent à montrer une corrélation entre un dépistage étendu et un contrôle de l'épidémie, voire de la mortalité." Un médecin, dans sa tribune sur Mediapart, ne dit pas autre chose
Voilà où en est le pays...

Ça cloche.

Ami castor, as-tu compris ?



PS: Marine Le Pen, effrayée par la contamination d'une vingtaine de député(e)s a préféré se cacher depuis une semaine.

15 mars 2020

Le jour où Macron découvrit l'hopital - Covid19




La mobilisation n'avait pas faibli. 

Le mouvement de grève des services d'urgence hospitalière s'est étendu en France comme un feu de broussailles, pour atteindre 200 unités à la fin de l'été. Dans des vidéos musicales amateurs, des infirmières de tous les coins du pays mettent en scène leur détresse. En 2017, Macron hérite d'une situation difficile. La tarification à l'acte, mise en place une décennie auparavant par Nicolas Sarkozy, s'est révélée catastrophique. Et en 20 ans, quelques 100 000 lits ont été supprimés, y compris dans les services d'urgence. Sur la même période, le nombre de patients pris en charge aux urgences est passé de 10 millions en 1996 à 21 millions en 2016. François Hollande a échoué à corriger les dégâts. Et Macron ... aggrave. Fidèle à son libéralisme idéologique, il supprime le numerus clausus pour les médecins, mais il fait voter un plan d'économies d'un milliard d'euros, chaque année, pour contenir l'inéluctable progression des dépenses de santé publique liées au progrès de la science et au vieillissement de la population.

Il assume les fermeture d'établissements "non rentables" et la réduction du nombre de lits. Les hôpitaux publics voient leurs dépenses augmenter naturellement de 3 à 4% par an, mais le clan Macron contraint cette inflation à 2,1% pour 2020.

La crise est là, Macron l'aggrave. La protestation du personnel hospitalier est telle qu'en 2019, Macron recule, et recule encore. En avril, il promet  qu'il n'y aura plus de fermeture d'hôpital sans l'accord du maire. Puis, la ministre Buzyn est contrainte à un premier plan d'urgence ridicule de modestie. Quelques jours plus tard, dans un appel au président, quelque 108 personnalités des arts et de la Culture résume l'insuffisante néfaste de ce gouvernement. Mi-novembre, le succès d'une "journée morte" organisée par le personnel soignant fait peur. Macron promet, Buzyn s’exécute. Elle dégaine un second plan d'urgence, en novembre: prise en charge partielle de la dette hospitalière (10 milliards sur 3 ans); une enveloppe supplémentaire de 1,5 milliard d'euros pour le budget des hôpitaux (300 millions d'euros en 2020) et prime de 800 euros net pour 40 000 infirmiers et aides-soignants vivant à Paris et en petite couronne, et gagnant moins de 1 900 euros par mois. Il donne d'une main... ce qu'il avait repris de l'autre.

Fin 2019, 20% des capacités de réanimation pédiatriques ont été fermées par manque de personnel, dont deux lignes de Smur pédiatriques, confirme l'Agence nationale de santé d'Ile-de-France. Les internes, les infirmier(e)s, les médecins, le personnel de santé plongent dans la grève contre la réforme des retraites qui sonne comme la réforme de trop: cette dernière prévoit en effet l'allongement des durées de cotisations, même pour ces personnels au bout du rouleau. Faut-il être cynique ou inconséquent à ce point pour proposer à des infirmier(e)s de travailler plus longtemps encore ? 

En janvier, un millier de chefs de services hospitaliers menacent de démissionner à cause des fermetures de lits et du manque de personnel, y compris dans les services d'urgences et de réanimation pédiatriques. Ils s'indignent à juste titre de devoir transférer des enfants "en détresse" à des kilomètres de leur domicile faute de place à proximité: "Entre octobre et mi-décembre, nous avons dû transférer vingt-cinq nourrissons à plus de 150 km du domicile de leurs parents, faute de place en pédiatrie dans un des trois hôpitaux habilités d'Ile-de-France".

En février, une chaîne humaine autour de l'hôpital Robert-Debré, à Paris se forme pour dénoncer les conditions de travail des médecins et soignants. Le 3 février 2020, des chefs de service de l’hôpital Saint-Louis à Paris remettent leur démission administrative. Ils dénoncent la "mort programmée de l'hôpital". Le 14 février 2020, un mois avant que le jeune monarque ne s'exprime pour déclarer son amour et sa dévotion au système de santé public face au Covid19, le Collectif des personnels soignants manifeste encore, avec des centaines de cortèges partout en France. "En même temps", Macron fait adopter en force cette réforme des retraites qui réduit les pensions socialisées et encourage les fonds de pension.

Puis, en mars, avec deux mois de retard sur la Chine, voici le Coronavirus.

Et Macron prend peur: "ça va être sérieux", confie-t-il. Les bourses s'effondrent, les gens se ruent sur le papier toilette, et les "ainés", comme Macron aime à les qualifier, tombent par centaines en Europe.

Machine arrière dans le discours. Il ne s'agit plus de s'excuser que les caisses sont vides, de réclamer des économies et des efforts, d'expliquer sur toutes les ondes que la santé coute trop cher. Sur les plateaux, Macron réagit comme il peut. Il réagit comme les Italiens où la situation est plus grave encore. Essorée par une décennie austéritaire et la libéralisation du secteur, la santé publique italienne est fragile. D'où la sévérité des mesures. L'affaiblissement de la santé publique ne date pas d'hier, mais le prix se paye aujourd'hui, en centaines, en milliers de morts; en paralysie des économies, en chômage, en aggravation de la pauvreté et de la précarité.

"Transmise de l’animal à l’humain, l’épidémie actuelle a des causes environnementales. Un scénario-catastrophe voué à se répéter." Cécile Cazenave, Les Jours, 12 mars 2020


En France, alors que la pandémie commence à peine, le gouvernement n'a que deux recours: rassurer et confiner.

C'est l'aune de cette crise sanitaire, que cette hypocrisie collective et désormais criminelle doit être évaluée. Macron est loin d'être le seul responsable, il n'est que l'un des laquais de cette "révolution" libérale qui a mis à genoux les défenses y compris sanitaires du pays.

Jeudi 12 mars, le moment est donc théâtral. Macron "père de la Nation" est en direct à la télévision devant une vingtaine de millions de Français - que font les 30 autres millions d'adultes et enfants en âge de comprendre ? Macron déroule calmement son texte, comme pour audition. La voix est sirupeuse comme celle qu'il a utilisé pour ces hommages funéraires successifs qu'il s'est dévoué de réaliser.

Le discours est irréprochable: "Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché". Il a "suffit" d'une crise sanitaire majeure, trois mille morts en Europe en quelques jours pour que Macron s'aligne sur le programme des insoumis, du PCF, de la gauche toute entière. Il a suffit d'une pandémie majeure, d'une catastrophe humanitaire inédite depuis un siècle pour le Président des Riches fasse siens les arguments qui ne sont pas les siens. Macron est l'énième "agent du marché contre l'intérêt général", rien de plus, rien de moins.

Macron veut "protéger les plus vulnérables d'abord. C'est la priorité absolue." Il faut "une mobilisation sociale envers les plus démunis, les plus fragiles." "La trêve hivernale sera reportée de deux mois" . Il protège les "personnels qui sont indispensables à la gestion de la crise sanitaire puissent faire garder leurs enfants et continuer d'aller au travail pour vous protéger et vous soigner." Il encourage le télétravail. Il offre aux entreprises de financer le chômage partiel. Et de "reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars".
  
"Il faut rassurer les vieux" avait expliquer le président du Sénat Gérard Larcher. Et Macron rassure et rassure: "les transports publics seront maintenus", les élections municipales auront lieu. Les "vieux" sont une clientèle essentielle, plus essentielle que d'autres, que les "pauvres", les "SDF", ou les milliers de migrants laissés noyés en Méditerranée. Le Coronavirus 19 ne fait pas de distinction sociale. Il frappe partout. Donc il faut être partout.
"La santé n'a pas de prix. Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu'il en coûte. Beaucoup des décisions que nous sommes en train de prendre, beaucoup des changements auxquels nous sommes en train de procéder, nous les garderons parce que nous apprenons aussi de cette crise, parce que nos soignants sont formidables d'innovation et de mobilisation, et ce que nous sommes en train de faire, nous en tirerons toutes les leçons et sortirons avec un système de santé encore plus fort."

Le discours est irréprochable, sauf sur un point. 

Macron insiste sur sa "confiance dans la science". Depuis le début, il s'appuie effectivement sur les conseils des médecins. C'est heureux, c'est souhaitable, c'est nécessaire. La surinformation alimente la panique de certains. Mais Macron ne suit la science que pour palier son insuffisance politique. Ce Ce n'est pas la science qui prédit l'engorgement rapide des hôpitaux, c'est l'analyse cruelle des politiques de santé.

Il a besoin des scientifiques pour sortir de l'impasse politique. La Science nous dit que ce virus est ultra-contagieux. La politique nous apprend que le nombre de morts sera incroyablement élevé à cause du libéralisme économique.

Deux jours plus tard, le premier ministre annonce la fermeture de tous les commerces "non essentiels". Ce n'est pas le couvre-feu, mais on y est presque. On va pourtant voter à ce premier tour des municipales - combien de morts d'ici le second, dans une semaine ?

Les mesures de la propagation de la maladie sont doublement sous-évaluées: non seulement les tests ne sont pas, ne peuvent pas être généralisés comme en Corée du Sud, faute de moyens (encore ! Toujours !), mais en plus, le virus a une incubation d'environ deux semaines. En étudiant les évolutions constatées en Chine et en Corée du Sud, certains estiment à 300 000 le nombre de malades du Covid19 au 15 mars. On comprend la panique gouvernementale. Si 15% de ces malades nécessitent une hospitalisation plus ou moins sérieuse, cela fait 45 000 lits à mobiliser pendant 15 jours. La France compte 12 000 lits, dont 5 000 seulement équiper pour la réanimation.


Ami castor, reste chez toi.




7 mars 2020

Macron face au Coronavirus : le dernier chapitre de l'ancien monde.

 

Macron s'agite face au Coronavirus, mais faudrait-il oublier comment il a abimé l'hôpital public ? 

 

La diversion et l'angoisse
La chronique de l'expansion du Coronavirus dans le monde, en Europe, en France, dans nos villes et nos villages est l'objet d'une focalisation médiatico-politique majeure. Chaque jour qui passe, le décompte à l'unité près du nombre de contaminés (613 puis 716), de décès (2, puis 9, puis 11), de foyers infectieux, de régions infectées obsède et occupe. Le virus monopolise les conversations (et même les blogs) - et tout le gouvernement semble y consacrer l'essentiel de sa communication politique; ça évite de parler du passage en force de la réforme des retraites grâce à l'utilisation factieuse du. 49-3.

Car oui, le recours au 49-3 pour "taire les débats" comme l'a expliqué le délégué général du parti présidentiel Stanislas Guerini est la démarche d'une faction incapable d'affronter l'explication publique et parlementaire de l'une des plus importantes lois, bâclée de surcroît, de son quinquennat: LREM, qui n'avait dédié que quelques jours à cet examen, fut outré de l'avalanche d'amendements de la gauche (et la droite) qui n'avaient d'autres objectifs que de freiner la machine pour exposer les dégats de cette loi.

Qu'importe, la Macronie a sorti son joker, provoquant le départ de quelques-uns des siens, au point qu'on se demande si à ce rythme des défections les macronistes ne vont pas descendre sous le seuil de la majorité absolue.

Bref, le Coronavirus est d'abord un divertissement politique, au sens littéral du terme.

Emmanuel Macron multiplie les "Conseils de Défense", comme s'il s'agissait de stopper des hordes de zombi(e)s. Il va visiter un Epahd, avec une bonne centaine de conseillers, ministres, journalistes et personnels de sécurité, pour expliquer devant les micros qu'il ne faut justement pas venir visiter les personnes âgées, les plus sensibles au nouveau virus.  L’œil rivé sur les plate-formes de e-commerce, la Macronie réquisitionne tous les masques FFP2. On a à peine compris ce qu'est la phase 2 que voici qu'on nous promet que la phase 3 interviendra "entre quelques jours et une ou deux semaines".

Le ministre de la culture justifie la fermeture du Louvre, le ministre de la Santé convoque la presse pour déclarer en direct qu'il a signé un arrêté autorisant les pharmacies du pays à produire des solutions hydro-alcooliques pour répondre aux ruptures de stock. Il avait déjà interdit les rassemblements de plus de 5 000 personnes en milieu clos, puis déclenché le "plan blanc" dans l'ensemble des hôpitaux et cliniques du pays et du plan bleu dans tous les Ehpad.

Londres, février 2017
Le 21 février 2017, le candidat était à Londres, pour rencontrer 2000 Français expatriés dans la "5ème ville française". Macron livra la même bouillie libérale qui fut sa ligne de conduite après son élection, un plaidoyer pour la libéralisation de l'économie et du code du travail, une plus grande protection des "premiers de cordée" et l'avènement d'une "start-up nation". Cette bouillie était un copié-collé à peine teinté de social des lubies libérales de Margareth Thatcher trente ans plus tôt.

Il choisit la restauration en exemple pour critiquer le droit social du pays qu'il prétendait gouverner - "Allez dans un restaurant à Paris, ils vous disent “Londres, c’est beaucoup mieux, il n’y a pas le seuil à cinquante”. Et les salariés, ce n’est pas ce qu’ils demandent le plus."

Il mentit aussi beaucoup, quand il insista sur combien ses ministres seront jugés chaque année aux économies budgétaires qu'ils auront réalisées: "moi, mes ministres, ils auront une responsabilité politique et tous les ans, ils répondront des économies que je leur demande de faire et un ministre qui ne sait pas faire des économies est un ministre qui ne reste pas." Macron s'est séparé d'un nombre record de ministres pendant ses 3 premières années à l'Elysée pour des raisons judiciaires, des scandales et quelques découragements fracassants comme Hulot ou Collomb). Ou quand il promis de donner plus de protection aux chômeurs, tout en restant flou sur les "contreparties" qu'il exigerait (en novembre 2019, Macron fit reculer l'accès à l'indemnisation, et réduit les allocations, pour près de 2 millions de chômeurs).  Il promit à ces expatriés aisés des conditions fiscales plus clémentes ("notre système fiscal, d’ailleurs, est bien fait pour ça puisqu’il empêche les gens de réussir trop bien, certains d’entre vous, je pense, ont expérimenté.").

Il ne dit rien sur une quelconque réforme des retraites. Cette réforme n'était pas dans son programme officiel. Au Royaume Uni, du reste, les cotisations à la retraite publique sont si faibles (1%du salaire), que la retraite publique ne vaut rien.

Londres, mars 2020
Ce Royaume Uni où le candidat Macron venait promettre monts et merveilles à une fraction du club des riches qui le propulsa à l'Elysée était un modèle pour Jupiter jusqu'à la décision récente du Brexit. C'est un excellent exemple des ravages d'une politique (Thatcher, puis Blair puis Cameron) qui a refusé d'investir suffisamment dans sa santé publique.  

La Health Foundation vient de publier un bilan décennal catastrophique, alors que le pays doit faire face, comme d'autres, au Coronavirus. Les auteurs du rapport dressent un constat pessimiste sans appel, un constat que même le gouvernement conservateur dirigé par Boris Johnson partage. "Lorsqu'une société est florissante, la santé a tendance à prospérer. La santé de la population ne dépend pas seulement de la qualité du financement et du fonctionnement des services de santé, aussi importants soient-ils" écrivent-ils. "La santé est étroitement liée aux conditions dans lesquelles les gens naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent et aux inégalités de pouvoir, d'argent et de ressources - les déterminants sociaux de la santé." La pauvreté s'est
  • Depuis 2010, l'espérance de vie en Angleterre ne progresse plus, une première depuis 1900.
  • L'espérance de vie suit les inégalités sociales - "plus la zone est défavorisée, plus l'espérance de vie est courte.
  • En Grande Bretagne, les inégalités d'espérance de vie ont augmenté: chez les femmes des 10% des zones les plus défavorisées, l'espérance de vie a baissé entre 2010/2012 et 2016/2018.
  • Les taux de mortalité ont augmenté chez les personnes âgées de 45 à 49 ans. "Il est probable que les conditions sociales et économiques ont nui à la santé à ces âges.
  • La proportion de travailleurs pauvres dépasse les 55%
  • la pauvreté concerne 4,5 millions d'enfants, en progression régulière depuis 4 ans
En France, depuis 3 ans, le gouvernement veut contraindre la progression des coûts de santé publique à environ 2% par an, alors que l’évolution tendancielle se situe en fait entre 4% et 5% à cause du vieillissement de la population, de l'inflation du coût des traitements, et de la "chronicisation" de certains soins (on ne meurt plus aussi jeune car on se soigne plus systématiquement).

"Je veux me consacrer à fond à protéger les Français" aurait déclaré Macron à ses proches. Le jeune monarque aurait-il oublié les dégâts de sa politique ? Il a déshabillé la France, au motif qu'il fallait libérer les énergies des premiers de cordées pour le bénéfice du pays. Concrètement, cela a consisté à contenir asphyxier nos services de santé, désorganiser l'Education nationale, transformer les forces de l'ordre en forces de répression sans contrôle républicain.

En 2018, puis 2019 puis encore 2020, le clan Macron a ainsi exigé un milliard d'euros d'économies aux hôpitaux publics, en plus des déremboursements de médicaments et du gel des minima sociaux (hors minimum vieillesse) et des prestations sociales. Cette politique a trois conséquences évidentes,  à plus ou moins brève échéance, que l'exemple britannique nous rappelle: une précarisation croissante de la population, une dégradation du système de soins, et une aggravation des conditions de santé.

C'est dans cette situation, au Royaume Uni comme en France, que le Coronavirus arrive. Le virus ferme la Chine, provoque des krachs boursiers, l'effondrement provisoire du commerce mondiale et, pour l'instant, la mise au chômage technique de milliers de salariés du transport aérien.

Au Royaume Uni, les retraites fondent comme neige au soleil aussi vite que les bourses s'effondrent.

Paris, mars 2020
En France, le gouvernement s'agite. Qui a oublié cette ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui juste avant de quitter son poste pour remplacer le candidat Griveaux contraint à l'abandon après que deux videos de son zizi en pleine masturbation aient été révélées au public déclarait que le Coronavirus n'arriverait jamais en France ? Sa collègue Muriel Pénicaud, ministre du Travail, est suffisamment ignoble pour s'agacer publiquement que des agents de la RATP invoquent le droit au retrait pour obtenir du gel hydroalcoolique après que deux de leurs confrères aient été infectés par le virus. La porte-parole du gouvernement renchérit, suivi par celle des transports.

Qui a donc "piquousé" de panique les Français en théâtralisant au maximum ce virus grippal ?

En France, les hôpitaux sont au bord du gouffre et Macron s'agite pour faire croire qu'il agit. 

Sa véritable action fut celle du boa qui étouffe lentement mais surement, et espère le silence de sa victime. Les coupes dans la santé pour maintenir son coût à un niveau acceptable par la France d'en haut qui a d'autres moyens de se soigner ont été massives. Macron a aggravé la situation avec ses exonérations de cotisations sociales, non compensées dans le budget de la Sécu. A l'automne dernier, les fermetures de services, y compris d'urgence, par manque de moyens ou de personnels, se sont multipliées. Le nombre d'arrêts maladie augmente, les remplacements ne sont pas là, l'épuisement est manifeste.

Même à Mulhouse, nouveau foyer de Coronavirus, certains services d’urgences du Groupement hospitalier régional Mulhouse Sud-Alsace (GHRMSA) manquent d'urgentistes, au point qu'ils avaient été obligés de fermer par manque de médecins en septembre dernier.

Jupiter prépare les esprits, il est angoissé par l'explosion possible. Il n'a pas de plan de secours: "Une épidémie est de toutes façons inexorable" répète Macron. Si le virus se propage comme une grippe, le nombre pourrait attendre jusqu'à 100 000 personnes en France, nous dit-on. 

Alors Jupiter sera nu, seul face à ses responsabilités. On comprendra, dans la douleur, le prix de l'incompétence et de l’égoïsme. Il pensait que son rééquilibrage budgétaire en faveur des plus riches - ISF, flat tax, exonérations de cotisations sociales, exit tax, réforme des retraites, etc - passerait facilement, que l'abrutissement ou la lassitude des gens ferait le reste. Le Coronavirus expose l’iniquité et l'impréparation de cette politique avec une brutalité que d'aucuns n'avaient soupçonnée.

Ce nouveau monde n'était que le dernier chapitre de l'ancien.

« Le pouvoir est domination : tout ce qu’il peut faire, c’est interdire, et tout ce qu’il peut commander, c’est l’obéissance. »
Michel Foucault, cité par LundiMatin



Ami castor, où es-tu ?