Farida contre Macron - David contre Goliath

Dimanche, le président incompétent s'auto-congratule dans une courte intervention. Mardi, les images d'une infirmière frappée au sang, tirée par les cheveux par des flics déguisés en Robocop, indignent et choquent.

La désobéissance visible n'est pas tolérée au Macronistan.

"Je croyais qu'on était des héros de la République." Farida l'infirmière s'est trompé. Farida l'infirmière a été trompée.






On ne montre pas sa colère aux forces de l'ordre, on ne leur fait pas de doigt d'honneur. On ne leur jette pas de pierres.

Farida C., infirmière, l'a compris à ses dépends. Elle a exprimé sa colère. Elle a symbolisé la colère de nombreux autres. Les soignants ont été arnaqués par Emmanuel Macron.

Aussitôt les images de son arrestation ultra-violente publiées, provoquant stupéfaction et indignation, les agences officielles BFM et CNEWS en publient d'autres, où l'on voit l'infirmière jeter des cailloux et faire des doigts d'honneur.

"Est-ce que je regrette ce geste ? Je ne devais pas faire ça" explique-t-elle, trois jours tard, chez Médiapart. Sur les réseaux sociaux et les chaînes d'information qui tournent en bouclent, les sympathisants macronistes applaudissent la police. Ils expliquent qu'elle "l'a bien cherché". Qu'elle aurait mérité cette violence policière puisqu'elle n'était pas obéissante.  La France est ainsi : elle est tellement clivée que des citoyen(ne)s qui se réclament "républicains" et "humanistes" jubilent désormais de voir la police casquée matraquer une infirmière récalcitrante. Il faut accepter l'ordre public - "Y a pas de liberté s’il n’y a pas de respect de l’ordre public." Nicolas Bouzou, éditocrate libéral, sur LCI. "le comportement de cette infirmière n’est pas acceptable au regard des images que vous avez montrées où elle fait des doigts d’honneur, elle lance des projectiles", Najwa El Haïté (adjointe au maire PS d'Evry, sur LCI). Laurence Ferrari, sur CNEWS: "les policiers "sont encore une fois le rempart de notre République". Christophe Barbier sur BFMTV: "Les soignants étaient très divisés sur cette volonté de récupération ou de parasitage par un projet politique global très très très à gauche et de contestation totale de l’universalisme et de l’ordre républicain.

La disproportion des forces en présence, la disproportion des violences fait penser à l'Intifada  - cailloux contre militaires. Elle ne choque que les blessés, les "gens qui ne sont rien" mais qui protestent aujourd'hui pour leurs droits.

La désobéissance visible n'est pas tolérée au Macronistan.

"Je suis venue vous dire que je suis fatiguée." Farida C, infirmière.









On ne montre pas sa colère aux forces de l'ordre. Sinon, on est arrêté. En France, il suffit désormais de regarder un policier avec trop d'insistance, voire, pire, de le filmer quand il arrache une affiche contestataire, pour que l'on soit questionné, contrôlé, intimidé. L’identité de toute personne peut être contrôlée, quel que soit son comportement, pour « prévenir une atteinte à l’ordre public», explique le Syndicat de la Magistrature dans son Guide du manifestant arrêté. Les racisés subissent encore pire - noirs ou arabes sont victimes de contrôle au faciès que les gouvernements successifs n'ont pas corrigé. Sous Macron, ils se sont aggravés. La police française pratique le profilage ethnique, accuse l'ONG Human Rights Watch. Dans un rapport publié le 18 juin, ce jour-anniversaire où Macron fanfaronne à Londres sur l'esprit de résistance du Général de Gaulle, elle accuse la police française de faire "usage de ses vastes pouvoirs de contrôle et de fouille pour procéder à des contrôles discriminatoires et abusifs sur des garçons et des hommes noirs et arabes". "Palpation corporelle intrusive et humiliante", "fouille des effets personnels", tutoiement, contrôles jamais enregistrés... On parle de la France, de la "République".  A la télévision, Manuel Valls s'inquiète de la "guerre des races". Qui a encore besoin d'interroger Manuel Valls, exilé à Barcelone avec son alliance locale avec les héritiers du fasciste Franco ?

"Il est largement démontré que les contrôles d’identité en France, particulièrement du fait de leur impact discriminatoire, provoquent une fracture aigüe et profonde entre la police et la population, tout en n’ayant quasiment aucun effet en matière de prévention ou de détection de la criminalité." Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch
Cette semaine, le Conseil Constitutionnel censure la loi Avia qui permettait la censure d'internet au nom de la lutte contre les propos haineux. Et le Conseil d’Etat rejette l’interdiction de manifester que le gouvernement voulait maintenir jusqu’au 30 octobre, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. 

Le Haut Conseil de la santé publique ne préconisait "aucune restriction à la circulation dans l’espace public tant que les « mesures barrières » sont respectées (distanciation d’un mètre ou port du masque notamment), et qu’une reprise de l’épidémie n’est pas constatée". Mais, un mois plus tard, le 31 mai 2020, le gouvernement a tenté le coup et publié un décret interdisant tout rassemblement de plus de 10 personnes, qui vient d'être suspendu par le juge.

La désobéissance visible n'est pas tolérée au Macronistan.

Farida l'infirmière devait rester sagement chez elle. Elle devait se taire, voilà ce que la Macronie attend. Même manifester est dangereux. Chaque manifestation est perturbée par des Black-Blocs que la police laisse agir, ou des parcours bloqués par des Robocops, ou des menaces préalables par les autorités sur les risques à sortir.

Farida, infirmière, devait rester chez elle avec ses deux mois de COVID à gérer, son épuisement, l'espoir d'une reconnaissance. Se contenter des applaudissements chaque soir, puis de la médaille en chocolat de Macron, d'une éventuelle prime, et des promesses non tenues sur sa revalorisation salariale.

Macron était tout sourire dimanche. Mardi, les infirmières qui manifestent pour obtenir la reconnaissance promise ont été gazées au lacrymo. Personne n’oublie le Bataclan ni l’héroïsme du colonel Beltrame. Mais personne n'oubliera ces centaines de samedi ou la police a frappé, défiguré, abîmé, choqué. Ni les avocats, retraités, infirmières, pompiers, étudiants, salariés qu’elle a gazés, frappés, humiliés.

La police ne fait plus peur.

Son ministre fait honte.






Hors sol

Emmanuel Macron est content de lui. Dimanche 14 juin, il déconfine intégralement le pays - bars, restaurants, écoles, frontières, déplacements, tout est "libéré". On jugera plus tard, trop tard, si cette mesure est justifiée. Macron déconfine au moment où la Chine enferme progressivement sa capitale pour cause de résurgence de la pandémie. En Ile-de-France, 88 foyers épidémiques sont apparus en Ile-de-France. Et en Normandie, le taux de reproduction du COVID19 a bondi au-dessus du seuil d'alarme.

Macron se félicite - "nous n'avons pas à rougir" -  pour faire oublier le fiasco des masques, la pénurie de matériel de protection pour les soignants, le manque de tests et de lits, les cadavres entassés à Rungis, les morts dans le silence des EHPADs, l'économie terrassée par ce confinement moyenâgeux faute de préparation, puis l'immense gâchis de milliards d’euros filés à des multinationales sans contreparties. Le Président des Nuls, tardif à réagir au COVID, se félicite de son déconfinement rapide. Vite, sortez braves gens. Sortez mais ne manifestez pas. Sortez, car il faut aller voter contre les écolos, les gauchos et tous ses empêcheurs de poursuivre cette "Révolution des Riches" - Avez vous noté que presque partout où elle le peut, la Macronie a fait alliance avec la droite pour le second tour des élections municipales ?

Il veut que les manifestations restent "encadrées" pour des raisons sanitaires. Jusqu'au bout, Macron use et abuse du COVID pour restreindre toute expression visible des oppositions qui abiment le roman officiel de la Start-Up Nation. 

Ce dimanche, il ne dit rien sur l'incroyable mouvement qui secoue les États-Unis et jusqu'à la France, contre le racisme et les violences policières. Au contraire, il se range du côté de la police - "Les policiers et les gendarmes méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation". Il met en garde contre les "communautarismes et les séparatismes". Séparatisme ? Mais de quoi parle-t-il ? Des milliers de gens manifestent contre les contrôle au faciès, les bavures policières, le racisme systémique. Où est le séparatisme ?  "La République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire."

Il a répété combien la souveraineté, c'était important. On est rassuré. Il laisse l’entreprise Péters Surgical de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, qui a produit 40 000 sondes de réanimation par jour pour les hôpitaux français pendant toute la crise sanitaire, sept jours sur sept, licencier ses 60 salariés. "En Auvergne-Rhône-Alpes", relate Bastamag, "deux autres sites industriels du secteur médical sont dans la tourmente". Derrière les grands mots de Macron, il y a le silence et l'inaction. Il n'a rien compris, il ne fait rien. Tout reprend comme avant, la crise en plus.

Macron tait aussi la désagrégation de sa majorité parlementaire, qui le contraint à s'allier à droite. Il tait la multiplication des accusations d'agressions sexuelles et de harcèlement contre certains de ses députés les plus loyaux.

Il a proposé de travailler plus pour gagner plus, comme Sarkozy. il y a 15 ans. Le monde d'après le nouveau monde ressemble à un retour en arrière, un retour sinistre mêlant violences policières, sanitaire, écologique et sociale. C'est le retour des mêmes bavardages officiels sur ces milliards d'investissements qu'on brandit pour cacher la modération et la pingrerie de cette présidence des riches. Ainsi la ministre de la recherche annonce-t-elle un plan de "25 milliards", et elle assène que "c’est ce que la recherche attend depuis vingt ans". Oulalala ! On devrait applaudir... En réalité, les 25 milliards d'euros sont étalés sur 10 ans, c'est la moitié du cout des cadeaux fiscaux fait aux plus riches (ISF, Flat Tax). Et à peine 500 millions de mieux que l'actuel budget, insuffisant, de la recherche publique en France.

Dans le monde d'après, Macron se protège avec des "commissions", c'est un véritable cordon sanitaire autour de lui - une commission d'économistes libéraux , une commission parlementaire sur le COVID, une commission de citoyens sur l'écologie, etc. Ces commissions parfois lui échappent. Celle sur l'environnement, constituée l'an dernier pour cacher l'inaction du gouvernement et gagner du temps, vient de rendre ses conclusions. Et Macron réfléchirait à un référendum.

A la télévision, c'est la nausée. La fachosphère est partout. Philippe de Villiers vient raconter ses habituelles bêtises, son délire sur le "Grand Remplacement" de la race blanche par les "barbares' devant des journalistes complaisants.

Chaque semaine depuis 2017, il y a des manifestations pour protester contre l'un ou l'autre des projets du gouvernement. Chaque semaine depuis 2018, il y a des policiers armés, des jets de grenades pour disperser, des vidéos d'arrestations de civils. La Macronie feint de ne pas comprendre son pêché originel. Elle ne veut pas reconnaitre que des gens contestent la légitimité de son action politique, que des gens aient le sentiment de s'être fait voler les élections de 2017,  qu'ils n'ont pas voté pour c programme de protection des plus riches et des plus aisés. La Macronie se réfugie dans le complotisme - elle voient des militants insoumis partout, des "ultra-gauchos" séditieux partout - chez les journalistes de terrain qui documentent la violence policière, chez les étudiants, les grévistes, les retraités, les cheminots. Quand les premières videos de l'arrestation de Farida l'infirmière sont publiées, quelques militants macronistes propagent la rumeur sur les réseaux sociaux qu'elle n'est pas infirmière mais militante insoumise.

La Macronie n'écoute pas les plaintes, elle désigne ses ennemis, elle disqualifie le débat.






Commentaires

  1. "Je suis Farida."
    Une amie infirmière en gériatrie d'un hôpital privé, a travaillé sans masque début mars, sans dépistages. Son mari a eu le Covid. Durant la quarantaine du mari, l'Hôpital lui a refusé le test. Elle a insisté fortement, on l'a dépistée porteuse saine. Puis ces derniers jours, elle a appris qu'elle n'avait droit à aucune prime ni revalorisation de son salaire...On vient juste de lui accorder quelques jours de congé....

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  2. Castaner avait ouvert une voie en faveur d’une nouvelle formation des nouvelles recrues, de l’abandon de la technique de l'étranglement (j’ai lu quelque part que Trump allait dans ce sens....) et admettant que tout n’est pas noir ou blanc lorsqu’on aborde le sujet de la police.

    Il a été mis sur le banc de touche.
    Sauf surprise, je ne crois pas que ça aille vers une amélioration des relations entre la police et la population (qui n’est pas obligatoirement cgt et sud, mais aussi pompiers, salariés, infirmiers, education nationale, commerçant etc.)
    Hélène dici

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  3. Je suis Farida aussi...pour ma fille et tous ces collègues qui se sont adaptés, ont fait face sans hésiter (des agents de ménage aux médecins, sans oublier les agents de sécurité tout aussi indispensables !) ...ils et elles n'attendaient rien ça tombe bien il n'y aura sûrement rien...ah si..des reproches pour avoir fait grève.
    Sylvie

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