Macron/Castex, le retour des branquignolles



"Nous avons réussi à endiguer le virus." Qui pour endiguer le macronisme ? Cette forme d'incompétence, de politique de classe, et de réflexes archaïques ? Cette semaine, Macron s'est mis en scène pour le défilé du 14 juillet, un spectacle réduit et interdit au public, puis il parle à la télévision.

Devant l'Assemblée nationale, Jean Castex le nouveau premier ministre présente son programme - il répète le mot "territoires" si souvent que quelques éditocrates complaisants pensent qu'il a fait un programme. Sur le fond, cette équipe essaye de conserver la feuille de route initiale, tout en déminant les sujets sociaux les plus chauds. On retient son incompétence crasse sur le front sanitaire, un micro-plan de relance pro-patronal quand les consommateurs font défaut, et une diversion politique contre les "ennemis de l'intérieur".




"Ce 14 juillet est un peu particulier." Macron a raison. Son intervention publique se veut un "échange libre, ouvert contradictoire." Vraiment ? "Nous étions émus ce matin." Vraiment ?

Quand le journaliste de TF1 lui rappelle qu'on "a entendu des Français exprimer de la détestation à votre endroit," Macron avoue à demi-mot sa responsabilité personnelle ("j’ai laissé paraitre quelque chose que je ne crois pas être profondément"), pour mieux se réfugier dans l'habituelle parade - les Français ne l'auraient pas compris. Il insiste même sur la qualité de son bilan - il refuse de reconnaitre son échec depuis trois ans.  "Et votre responsabilité à vous alors ?" La journaliste Lea Salamé se rappelle qu'elle a une carte de presse en osant relancer le monarque. Mais Macron accuse "le grand fracas du monde", et les "passions tristes" des Français. "Tout cela, vous en conviendrez, n’est pas un accélérateur de confiance".
Le fracas est-il plus grand que l'irruption du terrorisme islamiste dans les années 2000 jusqu'aux attentats de Paris en 2015 et Nice en 2016, ou la Grande Crise de 2008 ?

Macron excellent à se trouver des excuses. Le Nouveau Monde n'a jamais existé, son arnaque politique et marketing a fait long feu. On ne comprend qu'une chose, il va imposer le port des masques dans les lieux publics clos, mais à compter du 1er août seulement. Pourquoi attendre ? On ne comprend pas. Il explique qu'il avait besoin d'un nouveau premier ministre pour ce "nouvel élan", mais qu'il va conduire les mêmes réformes - même celle visant à réduire les retraites publiques. Macron n'explique pas pourquoi il lui faut 15 jours pour choisir des secrétaires d’État - manque de candidatures ?

Les premiers sondages post-interviews sont mauvais. Les commentateurs trouvent Macron soporifique: "aucun Président n'a été blessé au cours du tournage" s'amusent Les Jours.

Mais la pire des séquences, celle qui marque et qui occulte le reste du propos est son commentaire sur l'affaire qui secoue son nouveau ministre de l'Intérieur. La plainte pour viol d'une femme à qui il avait demandé une faveur sexuelle en échange d'un service professionnel qu'il pouvait lui rendre a été classée sans suite, mais la plaignante s'est obstinée, l'instruction est rouverte. Macron minimise - les faits sont anciens, la plainte a été classée ou sans suite (ce qui est faux), puis il lâche qu'il "a eu une discussion" avec son ministre. "Il y a une relation de confiance d'homme à homme".

Tout y est, en quelques mots, Macron se comporte comme l'un de ces hommes si prompts à nier la réalité d'un viol - il insinue le doute, il dénie l'intérêt de la plainte, il se réfugie dans une solidarité masculiniste hors d'âge. Macron se défend- les femmes battues auront leur numéro vert pour appeler à l'aide....

En quelques mots, Macron endosse bizarrement la culture du viol:  "La culture du viol est l’environnement social qui permet de normaliser et de justifier la violence sexuelle, alimentée par les inégalités persistantes entre les sexes et les attitudes à leur égard. La nommer est le premier pas à franchir pour la démanteler." (dixit ONU FEMMES). Macron laisse le problème politique entier.

Dans cette interview, Macron n'évoque pas les soignants, pas même cet accord à 8 milliards d'euros d'un "Ségur de la Santé". On aurait adoré que les deux journalistes lui demandent des précisions sur l'application de la réforme des retraites aux soignants. Ou sur le flou sur les embauches (on évoque 15 000 postes, mais ce n'est pas dans l'accord signé) ou la création de lits supplémentaires. Quinze organisations (dont la CGT, l’Amuf, le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), Jeunes médecins) déçues par cet accord manifestent encore et toujours contre les promesses déçues alors que le spectre d'une seconde vague pandémique se précise. Le comble, "les signataires ne sont pas représentatifs des personnels les plus concernés par l’accord" dénoncent-ils.

Macron se tait sur les violences policières et le racisme dans les forces de l'ordre, alors que des milliers de manifestants ont bravé les interdits pour manifester depuis la fin du mois de mai. Il tait l'impunité des bavures, la "fabrique de l'impunité" policière. Au contraire, il se contente, comme lors de ses précédentes allocutions pendant le confinement, de dénoncer les manifestants ("la haine dans le discours, la violence dans les manifestations ne peuvent être acceptées")

Il n'explique pas, et aucun des journalistes ne l'interroge d'ailleurs, sur le sens politique à l'éviction de Castaner, N'Diaye, et Pénicaud.

Plus tard, revêtu d'un petit blouson en cuir prêt du corps, Macron est interpellé par des Gilets jaunes qui le huent, puis lui réclament la suppression des BRAV, les Brigades de répression des actions violentes motorisées dans les manifestations.

"Vous êtes mon employé, monsieur le président" déclare l'un d'eux. "mais aujourd'hui, c'est férié", réplique Macron. L'échange est surréaliste.







Le gouvernement démine: il a donc lâché 8 milliards pour calmer les soignants - Macron se félicite d'un tweet d'avoir "tenu sa promesse" de revalorisation. Quel mépris ! Au sortir du confinement, la seule proposition de Macron était une prime ponctuelle, et une médaille... Il a fallu des manifestations, parfois violentes, des pétitions, des cris d’écœurement pour la Présidence des Riches craque et cède.

Le gouvernement démine:
  • Il reporte la réduction des indemnités des chômeurs à 2021.
  • Il suspend la réforme des retraites: on imagine le désarroi des fidèles soutiers de la Macronie. Des mois à répéter combien cette réforme, qui réduisait les pensions de tout le monde (sauf celle des flics), était "universelle, juste et belle". Ils mangeront leur chapeau - cette "belle réforme" est officiellement reportée sine die: "le Premier ministre a compris que la réforme des retraites a mis le feu aux poudres," commente son entourage. "Il est convaincu qu’il faut mettre fin aux régimes spéciaux. Mais est-ce l’urgence ? Non."
  • Mais il ne suspend finalement pas la suppression de la taxe d'habitation des foyers les plus riches, rare et maigre contribution à l'effort national initialement suggéré par Macron lui-même en début de semaine.
"Le discours radical affaiblit la démocratie" déclare Macron. C'est l'incompétence de Macron qui affaiblit la démocratie.

Premier exemple, vendredi, Darmanin et Schiappa réunissent tous les préfets de la République dans une grande salle, confinés, bien serrés, sans aucune distanciation ni aucun masque de protection. Sur Twitter, un médecin s'en inquiète: "pas de masque, pas de distanciation, c'est juste dingue."

Trois jours avant, Macron avait promis le port obligatoire des masques dans les lieux publics clos dès le 1er août. Puis Castex avait même avancé la date de mise en œuvre au 20 juillet. En Bretagne, le taux de reproduction du virus dépasse le seuil de 2 personnes infectées par malade.

Seconde incompétence, idéologique celle-là, le "plan de relance".

Il promet un plan de relance de 100 milliards, mais sur deux ans - soit environ 2% du PIB... Quelle relance !  Mais c'est surtout un plan pro-patronal qui laisse même dubitatif certains patrons inquiets de l'absence de débouchés: l'économie est à la peine car le pouvoir d'achat a été incroyablement dégradé par la crise. Le clan Macron reste aveuglé par un prisme idéologique libéral: le "plan de relance" est surtout un énième épisode de cette "politique de l'offre" qui vise à soutenir les entreprises mais pas les salaires ou la consommation: création de 300 000 emplois aidés (que Macron avait supprimés il y a 2 ans), réduction du coût du travail de 4.000 euros par an (prime ou exonération de cotisations) qui doit concerner chaque jeune de moins de 25 ans employé par une entreprise.

La réduction du coût de travail ne créé pas de marché ni de clients.

La troisième annonce de la semaine est plus ringarde et clivante, une belle diversion politique: l'appel de Castex à lutter contre les "terroristes, extrémistes, complotistes, séparatistes, communautaristes." La pandémie a ruiné l'économie car la France était désarmée en moyens sanitaires, elle a tué plus de 30 000 personnes, elle a démontré la faillite du discours et des actes de l'équipe libérale au pouvoir, elle a prouvé le courage et l'efficacité citoyenne des "gens qui ne sont rien" - soignants, manutentionnaires, livreurs, conducteurs, etc - . La seule injonction politique que trouve Castex à sortir est cette éructation contre "les ennemis de l'intérieur."

Ami macroniste, ne change rien.



Commentaires

  1. A propos de relance, y a le "frugal" néerlandais qui exige le contrôle de l'utilisation des 750 milliards d'euros que Merkel et le petit marquis voudraient voir l'UE débourser .
    Mais qu'est -ce que c'es que ce type qui voudrait que nos néo-libs justifient de l'usage du fric lâché ? Depuis quand Bruxelles et l'Eurogroupe devraient rendre des comptes aux citoyens/contribuables de l'UE ?
    Encore un qui n'a pas compris que le "monde d'après " et celui " d'avant " sont des jumeaux !

    Alain bobards

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  2. Concernant l'épidémie, et puisque j'ai fait le boulot de traitement statistique , je continue à prétendre qu'à fin mai, depuis le début de l'année, la surmortalité totale de la France ne dépasse pas les 12 000 décès (source INSEE dernière parution sur les déclarations de décès des communes, calcul de janvier à fin mai par rapport aux années 2014 à 2019)..

    L'astuce du zoom employée a été de comparer l'état de mortalité sur une très courte période, par rapport à 2019 uniquement. On remarquera d'autre part que le bulletin de l'épidémie de grippe en cours (suivi santé publique) a été abandonnée semaine 11 pour réapparaitre en COVID semaine 12. Les chiffres d'hospitalisation, de réa et de mortalité ont ils aussi été transféré sur le COVID ?

    La surmortalité ressort très nettement sur 16 départements (France métropolitaine) de l'ïle de France, Alsace et partie de la Lorraine et quelques départements limitrophes. En revanche 55 départements ont une mortalité plus faible comparée aux 6 dernières années.

    Tout est bizarre dans cette affaire entre dégâts faits par des réformes successives des hôpitaux et des stocks de produit, découverte d'une corruption préoccupante chez les scientifiques médicaux qui veulent promouvoir des médocs très chers, et volonté actuelle de maintenir les gens dans une trouille monumentale pour justifier les dégâts économiques qui arrivent après un enfermement général féodal qui n'était pas nécessaire s'il y avait eu les produits et matériels que nous ne sommes plus foutus de produire...

    J'ai bien bossé pour avoir un point de vue sur ce délire émotionnel gigantesque, je le donne. et encore j'ai à peine commencé.

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  3. " l'appel de Castex à lutter contre les "terroristes, extrémistes, complotistes, séparatistes, communautaristes.

    Il n'appelle pas à lutter contre les richistes ou les financiaristes, les bancksteristes ?

    En cette période où les seuls journalistes et autres chercheurs (enquéteurs) de toutes disciplines finissent par détecter et réveler les mensonges quotidiens et les petites manoeuvres bizarres des corrompus d'état, être catalogué complotiste ou/et extrémiste par les seconds, commence à être perçu comme un compliment par les gens de plus en plus nombreux à comprendre qu'on les prend pour des lapins de six semaines..

    J'admire sincèrement les personnes qui écoutent encore Macron, alors qu'il suffit d'attendre deux ou trois jours pour comprendre que quasi rien de se qu'il a anonné n'est bon...

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  4. Macron est le révélateur du désert occupé par notre personnel politique, avec Sarkosy il y avait au moins Hollande !!! quoique l'on puisse en penser, il nous avait débarrassé de cette erreur de casting faite par la droite.

    Mélenchon arrondit son image, sera t'il suffisant pour faire oublier tout le reste ? Je ne crois pas. J'avais pourtant nourri un espoir en une gauche plus radicale pour contre-balancer son capitalisme sauvage, mais le bougre avait de la ressource et ils ont piégé Mélenchon dont le tour me semble être passé ?

    Ensuite les français voteront dans deux ans, d'autres candidats certainement seront présents avec leurs promesses, sans doute fraudait éliminer d'entrée ceux qui feront des promesses irréalisables du style "demain on rase gratis" ou autres ...

    Mais là, c'est un autre débat, les deux prochaines années vont être dures pour les français. Le pouvoir en place, peut être n'y résistera t'il pas ? Une vraie union nationale pourrait voir le jour ? A condition que chacun d'eux mettent de l'eau dans son vin. Nous allons sortir d'une situation de guerre, l'économie est à reconsidérer avec un tournant écologique salutaire pour la planète et ses milliards d'humains, serons nous à la hauteur du moment ? Un Grand Homme se révèlera t'il ?

    Ce serait une chance pour nous tous, Macron sortira lessivé de son mandat, l'Homme providentiel surgira t'il ? avec plein d'idées novatrices ? Là me semble être la question !!!

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    1. Y a eu trop d'"hommes providentiels ", dans le pays . Un "homme providentiel " est vite dominé par une mégalomanie galopante . C'est une République contrôlée démocratiquement ( référendum révocatoire ) qui est nécessaire !

      Alain bobards

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    2. Vous croyez vraiment que la France était le seul pays médicalement mal équipé, et le plus mal de tous ( USA, Royaume-Uni, etc.) ?

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