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7 septembre 2019

Le nouveau Christ- 643ème semaine politique

 

 

 

Il est écolo, si, si, on vous l'assure.

La conversion écologiste d'Emmanuel Macron est autant un exercice d'auto-persuasion macroniste qu'un réflexe d'autodéfense de la classe dominante.


En France au moins, l'année 2019 marque un tournant dans la prise de conscience publique que le climat est déréglé. Les climatosceptiques se montrent plus violents et plus grossiers. Rares sont les bulletins météos où l'on n'insiste pas sur le caractère anormal des conditions du temps. Il n'a pas plu une goutte d'eau à Nîmes en août 2019. Et la sécheresse a frappé des milliers de communes françaises. L'hiver fut étonnamment doux, les hurricanes se font plus désastreux. Le printemps puis l'été ont connu des secousses de chaleur plus rapprochées qu'avant. Les milliers d'incendies dans la forêt amazonienne ont bousculé l'agenda du G7 et forcé le gouvernement français à retourner fort heureusement sa veste sur un énième traité de libre-échange mauvaise pour la préservation de l'environnement.

La (petite) poussée électorale des écologistes aux élections européennes (13% des suffrages en France) en mai 2019 fut un autre de ces signaux faibles qu'un évènement plus fort était en passe d'arriver. Et si le plus grand nombre réalisait enfin l'urgence ?

La Macronie la plus ultra explique que Macron a été empêché dans son action écologique par ... les Gilets Jaunes. Il faut se rappeler que le mouvement a démarré en novembre à cause d'une hausse du diesel. Mais on se souvient également combien le pouvoir macroniste mentait quant à la vocation écologiste de cette hausse de taxe carbone à la laquelle il a fini par renoncer en décembre.

Alors, tous écolos ? 

Déjà, sondeurs et éditocrates promettent que "la matrice écologique est en train de se substituer à la matrice catholique" (Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP). Le catholicisme est cette branche de la chrétienté que la République a mis de côté il y a plus d'un siècle, et qui n'intéresse ou motive aujourd'hui qu'une petite minorité. Mais la "matrice catholique" structure encore notre société bien au-delà de son cortège de fidèles. De nouveaux 10 Commandements, écologistes cette fois-ci, remplaceraient-ils les croyances d'hier et la surenchère consumériste ? L'écologie politique disposerait de tous les attributs d'une nouvelle religion - Prophète, préceptes de vie, et vision apocalyptique du monde. Le raisonnement est facile, et il rassure les optimistes. Il permet au passage de se moquer, de minorer le sujet écologique. La destruction de la planète n'est pas une affaire de convictions ou de croyances, c'est une réalité.

Mais ce raisonnement est aussi (et surtout) porté pour servir une autre analyse que celle de la conversion des gens à la cause de la défense de l'environnement, à l'ajustement des politiques publiques, voire à la sortie du consumérisme. Ce raisonnement nous est servi sur un plateau, à cette rentrée politique, pour appuyer une autre prétendue conversion, celle de Macron. Le jeune monarque se veut attentionné, ouvert et bienveillant en cette rentrée politique. A la fin du mois d'août, juste avant son G7, il a même sorti la même rengaine que son mentor Sarkozy en 2007: il a "changé". Désormais, il croit en la défense de l'environnement. Il a compris. Il est prêt à agir.

Ce bouleversement intérieur du pays, cette prise de conscience écologique auraient été saisis, compris, digérés par Emmanuel Macron. Bref, Macron est le nouveau prophète, le guide qu'il manquait pour mener à bien ce combat.

Dans l'esprit étriqué et conservateur de la presse dominante, des élites politiques et des grands sondeurs, l'écologie a tout pour se fondre facilement dans le macronisme: elle devrait être "au-dessus" des partis, elle n'a nul besoin d'une analyse de classes, elle est suffisamment inquiétante pour taire les oppositions; il s'agit d'une cause universelle qui vise loin, plus loin que les problèmes du quotidien immédiat. Les classes dominantes aiment à promettre des lendemains qui chantent pour se maintenir au pouvoir dans le temps présent.

La conversion écolo de Macron est un réflexe d'autodéfense. La prise de conscience grandissante appelle des changements autrement plus déstabilisants pour l'économie et la "start-up nation" que Macron tient si à cœur. La révolution écologiste, car il s'agit d'une révolution nécessaire, est d'abord aux antipodes des principes macronistes: la politique de l'offre, qui vise à soutenir les entreprises, fait fi des enjeux écologiques, du principe de précaution, et de la transition énergétique. Elle favorise la production, même polluante; elle allège les contraintes à la construction contre l'envirronnement (projet Europa City par exemple), à l'exploration minière en Guyane, à la consommation (même le dimanche), aux transports polluants (développement du bus contre le rail, suppression du transport ferroviaire des voitures sur les longues distances); elle soutient l'agro-industrie polluante (maintien des pesticides). La Macronie précarise les lanceurs d'alerte, et fragilise les journalistes d'investigation (loi sur le secret des affaires) qui sont des vigies nécessaires dans la lutte pour l'environnement. Elle précarise les salariés en supprimant les comités d'hygiène et de sécurité (loi Travail). Elle repousse à plus loin les décisions les plus urgentes comme la dénucléarisation de la production d'énergie.

On ne compte plus ainsi les mesures anti-écologiques, assumées ou cachées.

Deuxièmement, quand elle existe, l'action écologique de Macron est minimaliste et s'appuie sur trois piliers:
  • parler beaucoup,
  • qualifier de concrètes n'importe quelle annonce fut-elle floue et lointaine,
  • préserver le système productif et économique actuel.
Prenez l'Amazonie. "La forêt brûle" écrit Macron dans son intervention lors du G7 à Biarritz, au même moment. Et il s'empresse d'annoncer trois "mesures concrètes", citons-les in extenso, sans coupe ni reformulation:
  1. Mobiliser les membres du G7 et au-delà pour lever des financements pour pouvoir reboiser le plus vite possible.
  2. Développer des mécanismes de prévention beaucoup plus puissants de ces incendies.
  3. Trouver une forme de bonne gouvernance. Il faut associer les ONG, les peuples autochtones beaucoup plus qu'on ne le fait. Et il faut stopper le processus de déforestation industrialisée
Qu'il-y-a-t-il de concret dans la "mobilisation" ou les "mécanismes de prévention beaucoup plus puissants de ces incendies" ? Quelle est cette "forme de bonne gouvernance" ? C'est une fois de plus du pipeau, de la flute, de la bouillie pour médias paresseux et militants inquiets. Cela sert à meubler l'agenda quand l'attention est contrainte à se porter sur un désastre écologique. La seule mesure concrète que Macron a pris ce jour-là, dans l'urgence, fut une heureuse décision: renoncer à ce traiter Mercosur qu'il vantait quelques semaines auparavant.

Analyse de Greenpeace

"Il y a deux mois, nous signions aux côtés de 340 ONG dans le monde une lettre ouverte pour appeler à stopper l’accord Mercosur. Nous appelions les responsables européens à soutenir les droits humains, la dignité humaine et un climat habitable au Brésil, et donc à faire pression sur le Brésil et la politique de Jair Bolsonaro. La réaction de l’Elysée à l’époque ? un silence assourdissant. Idem lorsqu’en juin nous bloquions à Sète un cargo rempli de soja pour dénoncer le drame de la déforestation : silence radio total. Il aura fallu que l’Amazonie fasse la une des médias pour que E. Macron s’élève contre le Mercosur, après avoir soutenu le traité contre l’avis des ONG pendant des mois." Greenpeace


Lors du G7, Macron avait trouvé un nouveau sujet, le textile. Comme souvent en Macronie, on met un étiquette à l'idée, c'est le "Fashion Pact", ça rend crédible, ça habille le dossier de presse. Et pour réguler la pollution du textile mondial, quoi de mieux que de demander à une trentaine de grandes entreprises représentant la moitié de la production mondiale de se mettre d'accord entre elles ?...  Les mesures sont pourtant connues, comme le rappelle Greenpeace: réduire la consommation de vêtements, inciter à la relocalisation et à l’économie circulaire, limiter la publicité pour les vêtements, comme cela a été fait pour le tabac. Mais imaginerait-on Macron, dont l'épouse Brigitte est une publicité ambulante pour quelques multinationales du luxe, prendre de telles mesures et s'affranchir de sa soumission aux lobbies de l'industrie ? Ben non... impossible. Ce serait trop violent, trop radical, trop contraire aux intérêts du consumérisme. Macron préfère autre chose. La lutte pour l'environnement, c'est du bénévolat, n'est-ce pas ? Les ONG crient à l'arnaque ! Macron laisse toujours les puissants définir leur propre régulation, même sur un sujet aussi essentiel que l'environnement.

Plutôt que d'agir, Macron s'agite. Il va faire changer la Constitution (bel effort, les forêts amazoniennes et africaines vous remercient).

Enfin, la politique environnementale de Macron est d'abord un renoncement. Derrière les discours creux et grandioses, il y a le refus d'imposer la rénovation énergétique aux propriétaires de logements, la réduction des subventions pour ces travaux. Elle valide le CETA et ses importations agro-alimentaires, et le MERCOSUR (avant de le récuser pour d'autres raisons plus médiatiques). Au nom du "pragmatisme", Macron refuse d'interdire les pesticides les plus polluants: après 20 mois d'hésitations et de reculs, le gouvernement vient d'annoncer un décret interdisant la projection de pesticides à, moins de 5 mètres d'habitations... "J'ai cru à un poisson d'avril" se moque Yann Arthus-Bertrand.

Il s'oppose à Bruxelles à une interdiction des perturbateurs endocriniens. Il refuse de sanctionner l'importation de bois amazonien. Pour soigner encore davantage les chasseurs, il fait publier un arrêté ministériel qui autorise la chasse du courlis cendré, un oiseau inscrit sur la liste rouge des espèces menacées.

Après l'échec de Nicolas Hulot, puis la démission forcée de François de Rugy pour cause d'abus de privilège, la politique environnementale de la Macronie s'incarne par la fade Elizabeth Borne, peu compétente en la matière, et son adjointe Brune Poirson. Cette dernière incarne parfaitement la fonction: elle parle beaucoup, elle agit peu. Elle abuse à merveille des artifices marketing qui habillent l'inaction macroniste. Elle relaye les éléments de langage avec talent: avec elle, l'écologie politique n'est évidemment qu'affaire de motivation et de bénévolat des plus grands pollueurs, matinée de quelques actions symboliques et lourdement mises en scène: son après-midi de table ronde avec des représentants de restauration rapide pour quémander le tri sélectif de leur déchets était risible. Y-aura-t-il des sanctions si ces entreprises ne respectent pas les objectifs qu'elles se sont fixées (car la ministre n'a même pas osé leur imposer...) ? Non... En cas de manquements, bredouillait Poirson en juin dernier "je fixe des objectifs en conformité avec la loi, je demande à chacun de présenter un plan de mise en conformité". Et "s'ils ne respectent pas ce plan là, alors je dénonce et je continue à travailler sur une méthode et je n'hésiterai pas, si nécessaire, à changer le régime des sanctions".  

Voilà tout entière résumée l'action écologique de la Macronie: ne pas imposer de mesures, laisser les pollueurs s'engager; protester une fois s'ils ne respectent pas leur propres engagements. Protester encore une seconde fois si cela ne s'améliore pas. S'autoriser enfin à définir des sanctions si cela perdure...

Quelle clémence...

Elle tait bien sûr la suppression de 127 postes de l'Agence en charge de la protection de la biodiversité, et appose sa signature au décret réduisant par 4 les débits des cours d'eau.


***

Il n'y a pas de "milieu", il n'y a pas de juste équilibre entre l'utilisation des pesticides et les cancers provoqués par ces mêmes pesticides, entre pollution incontrôlée et sauvegarde de la biodiversité, entre disparition et survie des espèces.






11 mai 2019

Macron écolo ? Parole de vert de gris ! (626 semaine politique)

 

 

Brailler que tout changera après-demain pour que rien ne change aujourd'hui, voici l'arnaque macroniste.

 

L'urgence... électorale
A la va-vite, le vieux jeune homme s'est dépêché de faire un micro-discours sur la bio-diversité sur le perron de son palais. Il avait une double urgence personnelle. Un énième rapport du GIEC sur "les impacts d’un réchauffement climatique global" venait d'être publié par l'ONU, et ses auteurs y décrivent une catastrophe écologique majeure mais connue, une "extinction de masse", un génocide écologique. A trois semaines d'un scrutin européen volontairement négligé, Macron a besoin de se faire valoir sur le terrain écologiste.

Il ne lui reste que cela pour paraître "progressiste".

Macron donc bafouille quelques mots ce mardi 7 mai 2019 - le président des riches, l'auteur de la loi anti-asile et de la traque des Gilets jaunes appelle de ses vœux à une "Terre habitable". Des mots, du vent, aucune action ou si peu. Macron s'affiche comme le capitaine d'un Titanic qui explique qu'il vient de changer l'orchestre du pont supérieur. Il récupère même à son compte quelques slogans de l'opposition - "fin de mois, fin du monde", même combat ?

Voici le vieux jeune monarque qui le dit lui-même après que pendant des semaines de mobilisation Gilets Jaunes, ses sbires les plus outranciers aient proclamé l'inverse.

Et oui, maintenant, c'est devenu la thèse officielle, merveilleux retournement: "l'angoisse de fin de mois, c'est une angoisse de citoyens [...] C'est aussi l'angoisse des problèmes de réchauffement climatique et de biodiversité. Je pense que ces problèmes n'en font qu'un."


VERT DE GRIS
Vraiment ?

Le monde s'écroule, on évoque une extinction de masse mais Macron recycle de vieilles et insuffisantes mesures, personne n'est dupe. La manœuvre est politicienne: Macron frappe à "gauche" sur l'écologie, à la dernière minute, car la défense de l'environnement est l'un des rares thèmes à faire surface dans l'inquiétude générale. Mais il pioche aussi à droite, à l'extrême droite, avec sa tête de liste Nathalie Loiseau, ex-candidate sur une liste étudiante avec l'extrême droite dans sa jeunesse qui aujourd'hui répète à n'en plus finir les mêmes slogans anti-migrants et anti-asile que les fachos du Rassemblement national:


La République en Marche a la trouille rageuse de se trouver derrière le FN aux élections européennes. Pensez-vous... Quel bel échec de celui qui s'était érigé en rempart anti-FN en 2017 ? Deux ans plus tard, ce premier scrutin montrera sans doute que son cœur électoral d'une dizaine de pourcent des électeurs est toujours là, ce qui, sur fond de divisions de l'opposition savamment entretenue et d'abstention massive, lui donnera mécaniquement une avance à environ 20% des suffrages exprimés. Dans les sondages du moment, 60% du corps électoral n'a pas l'intention de voter. Les plus fortes proportions de citoyens découragés sont les jeunes et les classes populaires.

Cette abstention sert la Macronie. Cette dernière a tout fait pour qu'elle soit élevée et les oppositions divisées n'ont pas réussi pour l'heure à renverser la barre, à l'exception du Rassemblement national légitimée dans ses bêtises xénophobes par la politique migratoire et sécuritaire de Macron et, plus récemment, les discours de campagne de Loiseau.

Mais si la Macronista se trouve derrière la liste de la Bête Immonde, la claque sera cinglante. Macron d'ailleurs est lui-même cinglant à l'encontre de ses ministres qu'il trouve désormais trop timorés dans cette non-campagne. Le vieux jeune monarque, qui s'attache à "verticaliser" sur sa personne tout le dispositif politique et institutionnel de cette République à bout de souffle se trouve soudainement à engueuler ses sbires de leur manque d'enthousiasme.

La République en Marche a donc la trouille rageuse de se trouver derrière le FN et la voici qui sert la soupe idéologique du RN. 

Ecolo/facho ? La Macronista serait-elle devenue vert-de-gris ?

Bref, dans cette dernière ligne droite d'une course européenne ratée, où tout a été fait pour laisser les électrices/teurs dans le découragement et l'abstention la plus massive, la macronie joue la carte vert/brune, nauséabonde et hypocrite à souhait.


Macron n'est pas bio
Revenons sur le "programme" écolo si soudain de la Macronista.

Le bilan provisoire de Macron est connu. Il a même une incarnation symbolique, la démission en direct à la radio de la star écolo du pays débauché pour rejoindre la première équipe du Nouveau Monde en juin 2017, Nicolas Hulot.  Ce ministre de l'Environnement a tout balancé en direct: sa rage, sa déception devant tant d'inaction. Les macronistes effrayés ont accusé son amateurisme. Mais jugeons donc les décisions et non-décisions de Macron depuis deux ans en matière écologique.

 
Paroles, Paroles
Le "Green-washing" macroniste suit une logique connue: annoncer bruyamment des grandes intentions et de grands objectifs très tardifs, le tout habillé par des slogans aussi séduisants que vagues ("big bang dans les poubelles", "make our planet great again", etc). L’urgence écologique version Macron consiste à reporter très loin ce qu’on doit faire aujourd’hui; à fixer des objectifs plus ambitieux s’ils sont lointains, modestes s’ils sont immédiats; à promouvoir des gadgets qui sonnent bien mais ne signifient rien. Ainsi les quelques promesses dévoilées à la va-vite (le lendemain des annonces du GIEC), au dernier moment (le 9 mai), et dans un hebdomadaire notoirement de droite (sic!), ne sont qu'un effet d'annonces
  • Une taxe carbone aux frontières ? Elle est promise depuis ... 2008 par Barroso, et, en France, Macron a préféré l'annuler en décembre. Comment le croire crédible pour l'appliquer ?
  • Le "Pacte de soutenabilité" et la "Banque pour le climat" sont des gadgets politiques pour éviter de modifier l'existant (le Pacte de stabilité, la Banque Européenne d'Investissement). Proposer de créer une banque du climat le jour même, où l'Union européenne entre en dette écologique est cocasse.
  • La promesse de neutralité carbone en 2050 est hypocrite, la France ne respecte déjà pas ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre.
  • L'interdiction de vente de voitures thermiques en 2040 est l'exemple type d'objectif ambitieux puisque lointain; et sans contrainte réelle ni mesure concrète immédiate.
Macron court après les symboles qui feront joli dans ses discours, ses tweets et son site élyséen, des symboles qui singeront une action, feront illusion qu'une action réelle a lieu alors qu'il ne s'agit rien d'autres que de paroles.

Brailler que tout changera après-demain pour que rien ne change aujourd'hui, voici l'arnaque macroniste.

"Plus rien ne sera comme avant." La porte-parole officielle de la bouillie macroniste le répète sur tous les tons, et sur tous les réseaux. C'est la parole du patron, le vieux jeune homme l'a dit en conseil des ministres. Et l'humain d'abord !
"Moi même, j'ai fait un effort sur moi. Il faut que vous fassiez cet effort." Emmanuel Macron.

Le changement, c'est enfin maintenant, vraiment ? Non, vraiment pas.


Ami(e) macroniste, où en es-tu ?







10 mars 2018

566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ?

Credit

La question est posée, elle ne sera pas adressée officiellement.


En fin de semaine,  Macron s'envole pour l'Inde. La presse principale reproduit les communiqués de presse élyséens -  "Visite d'Emmanuel Macron en Inde : 13 milliards d'euros de contrats signés" (France 24), "Visite d’État de Macron en Inde : un contrepoids à la Chine" (Ouest-France), "Macron en opération séduction au pays des Maharadjahs" (Le Parisien) , "la France annonce la signature de 20 contrats d’une valeur de 13 milliards d’euros" (Le Monde) - se fend d'un portrait dithyrambique d'une digne représentante de l'écologie macroniste - Brune Poirson, "l'écologie sans idéologie" dixit Le Point (sic!), ou prête ses colonnes aux éloges de Ségolène Royal, exilée comme "ambassadrice pour les pôles", pour faire de la pub aux projets écolo de Jupiter.

En bref, les principaux médias nous vendent "l'engagement écologique de Macron" à travers le sommet de l'Alliance solaire internationale où Macron intervient ce 10 mars, la valeur des contrats signés dans ce pays gigantesque pour des entreprises françaises et, évidemment, l'importance diplomatique de ce déplacement de 3 jours.

Le coup diplomatique que l'on tente de vendre - Jupiter traitant d'égal à égal avec le président du pays le plus peuplé du monde - est rapidement occulté par le vrai coup diplomatique de Donald Trump. Le président américain annonce qu'il rencontrera prochainement le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. C'est indéniablement un très joli coup, et un signe d'apaisement inhabituel de la part de cette Maison Blanche en furie.

La valeur des contrats signés est un "must" de tout déplacement présidentiel à l'étranger: ça évite de parler d'autre chose (les droits de l'homme quand on est en Chine ou au Qatar, la pauvreté quand on visite l'inde, etc), mais surtout cela permet de coller une (fausse) preuve d'action à l'image du monarque en place. Macron adore signer des lois et des contrats devant les caméras. En Inde, il est servi. Pourtant, même sur ce terrain symbolique-ci, la prouesse macroniste est modeste: 12 des 13 milliards annoncés sont le fruit d'un seul contrat de livraison de moteurs d'avion pour Safran.

En Inde, il y a plus grave que ce petit déraillement de la communication diplomatique élyséenne ou ces agitations dans des sommets écolo où l'on ne décide de rien. En Inde, Jupiter voulait surtout vendre, encore et toujours, un peu de nucléaire français. Et cette fois-ci en zone sismique.

On se souvient de Sarkozy se dépêchant à Pékin, trois semaines à peine après la catastrophe nucléaire de Fukushima dans le Japon voisin, l'un des « sujets prioritaires » du tête-à-tête entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao, au Grand Palais du peuple ce soir de mars 2011. L'Elysée sarkozyste expliquait même à l'époque combien "Fukushima n'invalide pas la pertinence du nucléaire civil". 
L'ancien monarque avait fait beaucoup d'effort pour exporter le nucléaire français. Outre la Chine, Sarkozy avait entamé des démarches avec son meilleur allié, le colonel Kadhafi, avant la brouille mortelle de 2010.

Sept ans plus tard, jour pour jour après Fukushima, Macron est en Inde pour vendre des EPR.

La communication présidentielle n'insiste pas sur cette dimension du voyage.

Le PDG d'EDF est du voyage. D'après le site Energeek, la signature de la commande est bel et bien l'un des objectifs élyséens. Un "protocole de coopération" relatif à la construction de six EPR sur le site de Jaitapur, en bord de mer, pour une capacité potentielle de 9,9 GW, avait été signé il y a 2 ans entre le groupe EDF et le groupe indien Nuclear Power Corp of India Ltd (NPCIL). Et les premiers repérages ont été initiés par Areva dès 2009. La région de Jaitapur, en bord de mer, a pourtant déjà subi plusieurs tremblements de terre d'une magnitude supérieure à 6.  "Le site indien de Jaitapur est exposé aux séismes et aux tsunamis" commentait sobrement le Monde en janvier 2017. Différents documents secrets du Department of Atomic Energy l'attestent. Des associations locales, Greenpeace et tous les élus du coin s'opposent au projet, sauf, évidemment, les autorités de l'état du Maharashtra, duquel dépend la zone.
"Nous, les pêcheurs et les agriculteurs de Jaitapur et les zones adjacentes, voulons qu'il soit très clair que notre opposition tenace au projet nucléaire proposé est totale et ne sera pas vaincue par des moyens ou les manières possibles." Déclaration publique, juin 2013.
La signature de cette commande se chiffrerait à 60 milliards de dollars. On n'en doute pas. Partout où il a été déployé, l'EPR est un gouffre qui apparaît sans fin. A Flamanville, il dépasse les 10 milliards d'euros, trois fois plus que prévu; 22 milliards d'euros à Hinkley Point, au Royaume-Uni, soit 2 milliards de plus que prévu.

Mais il faut défendre la filière nucléaire fraaaaançaise, coûte que coûte! Sous un vernis écolo, bien servi par Nicolas Hulot, le gouvernement Macron fait feu de tout bois pour développer, ou plutôt sauver le nucléaire français. Qu'importe si le recyclage des premières centrales est un casse-tête économique et écologique; qu'importe si l'on découvre enfin aujourd'hui coûte bien plus cher qu'on ne l'a dit.

En novembre dernier, Nicolas Hulot avait reporté la plupart des objectifs de la loi de transition énergétique votée sous Hollande et portée à l'époque par Ségolène Royal devenue depuis Macronista-gaga. "Atteindre les 50% d’atome dans le mix électrique d’ici à 2025 était certes un sacré défi dès le départ, dès la loi de 2015" rappelle Libération. "Pour tenir cette promesse, il aurait fallu fermer l’équivalent de 17 à 20 réacteurs sur les 58 actuels, calculait la Cour des comptes en 2016, et 27 à 31 selon Greenpeace." La promesse macroniste de tenir ces engagements est enterrée dès le début du quinquennat. 

Quatre mois plus tard, la planification de la fermeture des centrales trop anciennes est elle aussi enterrée: il est urgent ... de ne rien faire. La communication présidentielle s'active pour convaincre que Macron s'active, multiplie les réformes, transforme le pays au point de donner le tournis à ses détracteurs, et pourtant. Sur ce sujet des plus urgents, des plus graves, la procrastination est la règle.

La programmation pluriannuelle de l’énergie, qui devait réactualiser ces objectifs, est repoussée... à 2019. Le soutien aux énergies renouvelables s’incarne dans des shows médiatisés, des tweets et des belles déclarations, pas dans les actes. En 2017, la part de l’électricité consommée en France issue des énergies renouvelables est tombée à 18,4%, contre 19,6% en 2016.

Exporter des EPR hors de prix, y compris dans des zones dangereuses (mais lointaines), geler la fermeture des centrales vieillissantes, repousser la planification de nouveaux objectifs, voici en résumé le premier bilan écolo peu convaincant du Président des riches.

"La transition écologique est une priorité pour aujourd’hui qui affecte tous les secteurs de la vie économique et sociale." pouvait-on lire dans le programme présidentiel du candidat Macron.

Sans rire.

Cet enterrement qui ne dit pas son nom fait tâche. On croyait Macron si actif. Nos éditocrates expliquent qu'il cherche à "sidérer l'opposition" par sa sur-activité. Cette semaine encore, un projet de réforme constitutionnelle est dévoilé, quelques semaines après que des premiers sondages nous garantissent que les Français étaient majoritairement d'accord (sic!): la simple réduction du nombre d'élus (sénateurs et députés), pour affaiblir encore davantage le Parlement, agite heureusement quelques gazettes et des républicains authentiques, de droite comme de gauche. Vendredi, c'est la ministre de la Justice qui jette un nouveau hochet au sérail politico-médiatique, la création de "tribunaux criminels" composés de juges professionnels, pour remplacer les jurys d'assises sur les crimes les moins graves.

Jupiter ne sidère pas. Il fait suffoquer. Il engage un programme de "réformes" et de privatisation de l'Etat qui pourrait être débattu, mais qui ne le sera pas puisque le jeune monarque fait en sorte d'éviter le débat. Et sur quelques sujets majeurs - la pauvreté (les Restos du Cœur lancent leur nouvelle campagne cette semaine) ou l'écologie (la France insoumise organise un vote sur la sortie du nucléaire du 11 au 18 mars), Macron se tait, ou plutôt amuse la galerie avec des shows, des sommets et des tweets.

Ami macroniste, où es-tu ?


4 septembre 2014

Gouvernement Valls 2: pourquoi Macron et Placé nous intéressent.

La composition du gouvernement la semaine dernière a déclenché les plus folles rumeurs. C'est la loi du genre.  Deux personnalités politiques ont attiré l'oeil et les commentaires davantage que les autres: Emmanuel Macron, parce qu'il remplace Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie, qu'il fut secrétaire général adjoint de l'Elysée auprès de François Hollande jusqu'en juillet dernier et ancien banquier d'affaires. 

Et jean-Vincent Placé, sénateur écologiste modéré qui ne cachait pas ses ambitions ministérielles depuis mai 2012, et que l'on soupçonnait prêt à rompre la semi-opposition d'Europe Ecologie Les Verts pour un strapontin au gouvernement Valls.


Une semaine après la nomination du gouvernement, on en savait davantage sur les circonstances à peine cachées de la composition de cette nouvelle équipe. 

Emmanuel Macron était en concurrence avec un autre banquier d'affaires. C'est l'hebdomadaire Marianne, dans son édition de vendredi dernier, qui nous l'apprend. Mathieu Pigasse est pourtant actif ailleurs, copropriétaire du Monde et du Nouvel Obs entre autres choses. Cette hésitation présidentielle entre les deux hommes n'a aucune importance politique. On sait bien que les deux sont favorables avec la ligne politique suivie pour l'heure à l'Elysée.

Après un couac gigantesque à peine corrigé par Matignon - un entretien au Point dans lequel Macron expliquait ses réticences contre les 35 heures - le nouveau ministre de l'Economie s'est rattrapé dans les colonnes de Sud Ouest lundi 1er septembre avec un joli éloge des SCOP. On croyait lire Politis !

Malheureusement pour lui, l'homme crut habile d'ajouter quelques formules creuses -  "Être de gauche, pour moi, c’est en effet être efficace, recréer les conditions pour investir, produire et innover".
"L’entreprise est le coeur de notre économie, c’est elle qui emploie, exporte, innove. Et la scop illustre très bien l’idée que je me fais de l’entreprise : une collectivité humaine qui est aussi la propriété de ceux qui la font."



Ces phrases accompagnent une "levée des tabous" - du contrôle des chômeurs à la réforme du code du travail par ordonnance - une course à la Schröder qui a besoin de conserver quelques oripeaux de gauche, pour se justifier face ce qui lui reste d'électorat.
 

Plus intéressante était la valse de Jean-Vincent Placé.

Jean-Vincent Placé a la voix qui porte, c'est un élu écologiste qui compte. En quelques années, il s'est imposé comme l'une des figures bruyantes du mouvement écologiste français.

Le 26 août 2014, il a failli flancher, et participer au gouvernement Valls 2. François Hollande et Manuel Valls l'avaient cherché, la veille, pour prendre la tête d'un grand ministère de l'économie verte.

1. L'histoire ne dit pas si Hollande cherchait à virer Royal, actuelle titulaire du ministère de l'environnement. La dame de Poitou s'est accrochée paisiblement à son poste. Elle a une loi à faire passer. Bizarrement, rares ont été les commentateurs à souligner qu'il n'était pas question pour elle d'abandonner son poste.

2. Jean-Vincent ne voulait pas être félon. Son parti d'origine a refusé de participer au gouvernement. On pourrait croire que c'est tout à son honneur. Il n'en est rien. Placé a tenté de convaincre Valls de céder sur quelques symboles. Quelques jours après les révélations de Cécile Duflot sur ses propres déboires et désillusions au gouvernement, comment Placé pouvait-il envisager partir dans l'équipe Valls numéro 2 ? C'est bien la preuve que les écologistes sont divisés.

3. Effectivement, Placé avait raison de douter, d'hésiter. Il n'est pas si hostile à la politique conduite par Manuel Valls, pour peu qu'elle s'amende un peu pour servir quelque sujets spécifiquelement écologistes. Et EELV n'est pas non plus dans l'opposition frontale. Placé pensait-il faire bouger les lignes à droite ? Il rencontre ses temps-ci des leaders de l'UDI, et ne s'en cache pas. Il s'agirait de les convaincre de soutenir quelques réformes comme la proportionnelle.

4. Lundi 1er septembre, Placé exprime déjà son premier désaccord avec l'une des premières décisions du nouveau gouvernement Valls, le recours aux ordonnances.
"Il est parfois possible en début de quinquennat d'utiliser les ordonnances parce qu'on veut appliquer rapidement les propositions qu'on a fait valider par les Françaises et les Français. Mais là, des propositions qui viennent de nulle part, qui n'ont jamais été débattues au sein de la majorité, jamais été débattues pendant la campagne du moins pas par la gauche, non. Je m'opposerai au Sénat à tout débat par ordonnance."



Ouf... On a eu chaud.

Il aurait pu être ministre.










28 avril 2014

Ségolène Royal fait sa pub

La ministre de l'Ecologie tente de ramener le débat politique là il doit être, sur les actes de politique générale et non les ragots.

En fin de semaine dernière, elle a détaillé un plan d'action qu'elle espère visible, avec 21 actions différentes qu'elle entend lancer dans les 100 jours.

Le Point, auteur de prétendues révélations sur le code vestimentaire que l'ex-présidente de région aurait imposé à son ministère, insiste quand même sur cette affaire et assure le service minimum sur les propositions de la ministre.

Voici les plus concrètes:
  • Finaliser la loi sur la transition énergétique: "La loi arrivera en commission à l'Assemblée en juillet 2014" a-t-elle promis. Il y aurait un volet "économie circulaire" .
  • Finaliser la réforme du code minier
  • Identifier de nouvelles zones pour l'éolien offshore.
  • Accélérer la rénovation thermique des logements pour atteindre l'objectif fixé de 500 000 logements éco-rénovés d'ici à 2017
  • Réformer les modes de fixation des tarifs de l'électricité, pour éviter des modifications "tous les deux mois". 
  • Faire adopter les 21 derniers plans de protection de l’atmosphère.
  • Soumettre 8 perturbateurs endocriniens à expertise scientifique "dans les prochains jours"
  • Proposer une alternative à l'eco-taxe
  • Faire voter le projet de loi sur la biodiversité
  • Signer le décret redonnant au Marais Poitevin le statut de parc naturel régional.




Bourdin Direct: Ségolène Royal - 15/04 par rmc


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