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20 avril 2019

Emmanuel Macron et la dictature de l'émotion (623ème semaine politique)

 

L'incendie de Notre-Dame a permis à Macron le plus beau des exercices, une diversion compassionnelle qui a pourtant rapidement viré à l’écœurement. La "dictature de l'émotion" était évidente, comme pour mieux tirer la chasse sur une mauvaise et interminable séquence. Macron avait besoin de Notre-Dame pour éclipser sa mauvaise actualité, divertir l'attention de ses prochaines réformes et de l'absence de programme européen, à 4 semaines du scrutin.



Mini-mesures et maxi-manip
Emmanuel Macron allait promettre une grande réponse à la révolte de Gilets Jaunes et, surtout, au Grand Débat. Quand ses conseillers ont laissé fuiter les mesures "détonnantes", on pouvait être interloqué par tant de propositions tellement à côté de la plaque, si loin des revendications exprimées partout - dans les ronds-points, les manif, les sondages. Et même si l'on préférait récuser les ronds-points, les manif, et les sondages, où pouvait-on penser que les mesures annoncées officieusement répondaient à une quelconque demande si urgente qu'elle avait permis au clan macroniste de s'exonérer de tout programme pour les élections européennes ?
  1. Supprimer l'ENA: les formateurs des élites administratives sont un bouc-émissaire plus facile que le Medef ou les autres représentants de l'oligarchie.
  2. Supprimer l'Ecole de la Magistrature: Macron en avait-il contre ces magistrats et l'indépendance du parquet ?
  3. Baisser les impôts pour les classes moyennes: les classes moyennes n'existent statistiquement plus en France, mais Macron les a trouvées.
  4. Ré-indexer les petites retraites (moins de 2000 euros): qui protestera ? Quelle générosité bienvenue ! Après avoir augmenté la CSG des retraites, puis gelé la quasi-totalité des aides sociales et les retraites, le monarque "corrige".
  5. Pérenniser l'exonération d'impôts et de cotisations sociales pour les primes de fin d'année jusqu'à 1000 euros. La novlangue macroniste fait croire que Jupiter lui-même verse la prime à chacun ("La prime exceptionnelle de 1.000 euros "pérennisée" s'extasie l'oligarchie médiatique). Quelqu'un parmi les brillants esprits macronistes peut-il avouer le sens politique de cette multiplication d'exonération de cotisations sociales qui, ensuite, conduisent les mêmes à expliquer que la Sécu, l'assurance chômage et les retraites sont mal financées ?
  6. Interrompre la fermeture d'hôpitaux et d'écoles d'ici la fin du quinquennat: merci les Gilets Jaunes! Sur les ondes, cette semaine, la ministre Buzyn contredit pourtant son monarque: "Quand il y a vraiment un manque de soignants, parfois nous sommes obligés de fermer des services". A-t-elle oublié qu'elle est responsable des moyens et du nombre de soignants ?
  7. Autoriser les Référendums d'Initiative Citoyenne... au niveau local. Mini-réponse à une maxi-demande, bravo Jupiter, merci patron.
  8. Installer une "convention écologique" avec 300 citoyens "tirés au sort" pour "travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre": de qui se moque-t-on ? La planète se réchauffe, le climat se dérègle, des milliers d'espèces du vivant  disparaissent et Macron, les mesures sont connues, mais Macron préfère organiser un Grenelle de l’Environnement miniature... Sans commentaire...
  9. Allonger la durée du temps de travail: le macronisme est un nouveau sarkozysme, la conversion est quasi-totale. La question cachée n'est pas la durée du travail (les heures supplémentaires sont déplafonnées jusqu'à 48 heures par semaine), mais le seuil hebdomadaire de calcul des heures supplémentaires.
C'est un trou noir, un aveuglement ou un mépris.


Masquer, mentir, divertir
Il y avait pourtant des idées simples et populaires, répétées dans les manif, et approuvées par des majorités sondagières écrasantes, étayées par les débats eux-même malgré le bidonnage gouvernemental: rétablir davantage de fiscalité sur les quelques centaines de milliers de foyers ultra-riches (78% des sondés sont ainsi en désaccord avec le refus de ne pas revenir sur la suppression de l'ISF), améliorer et augmenter les moyens des services publics de base (et surtout en matière de santé), ou se saisir enfin de l'urgence écologique.
"Président en vrille, com en toupie : l’Élysée tente de masquer les gilets jaunes derrière l’écran de fumée de Notre-Dame." Les Jours
Il y avait aussi d'autres mesures macronistes, toujours d'actualité, mais cachées, soigneusement cachées car socialement trop explosives: la réforme des retraites, objet de couacs gouvernementaux à répétition sur le report, ou non, de l'âge de départ à taux plein. Cette réforme a un objectif public, simplifier les régimes, et un objectif officieux que le Medef répète, économiser sur le dos des assurés puisqu'à aucun moment n'est évoqué un rééquilibrage des financements de cette solidarité inter-générationnelle: “Si l’on ne fait rien, l’équilibre financier du régime de retraite sera dans le rouge l’année prochaine”, a prévenu le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Et sa proposition miracle est de reporter l'âge légal, quand l'âge réel approche déjà les 66 ans. Et que l'âge limite de vie en bonne santé stagne à 62 ans (hommes) ou 64 ans (femmes). Et un nouveau retraité sur deux est en fait... sans emploi. Au passage, l'Etat veut récupérer le contrôle du système, et évacuer les syndicats de la gestion des régimes.

Déjà en décembre, grâce au mouvement des Gilets Jaunes, Macron avait du lâcher du lest en décembre, un lest bienvenu qui a permis, note l'OFCE, la plus forte hausse du pouvoir d'achat depuis Sarkozy: la loi d’urgence (prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime exceptionnelle défiscalisée, baisse de la CSG pour certains retraités, annulation de la hausse de la taxe carbone, ) avait permis de doubler le gain estimé de pouvoir d'achat en 2019  (+1,9 % par unité de consommation), et ce malgré la désindexation de certaines prestations sociales. Le gouvernement applaudit rapidement au constat, mais masque la suite de l'analysé des mêmes économistes: "Les créations d'emplois connaîtraient une croissance moins soutenue que sur la période 2017- 2018." L'OFCE prédit en effet un recul quasi-anecdotique du chômage (-0,1 point par an jusqu'en 2021), malgré la transformation ultra-coûteuse du CICE en baisse de cotisations sociales et allègements au niveau du SMIC (40 milliards en 2019)et la défiscalisation des heures supplémentaires. La politique de l'offre gave les actionnaires et ne relance pas la croissance ni les créations d'emplois. A moins de dégrader les conditions d'embauche, de réduire les droits des chômeurs, de traquer les sans-emploi.

Dans les sondages, l'illusion sur les conclusions macronistes du Grand Débat est de courte durée. Le rejet des propositions jupitériennes est écrasant. Et comme le régime macroniste a les sondages comme boussole, on stresse à l'Elysée. Macron bredouille qu'il trouvera d'autres idées.

Ça ruissèle sur Notre-Dame
Ces mesures si anecdotiques n'ont pas été annoncées. Comme un sabotage de l'Histoire, Macron a reporté son monologue présidentiel à cause d'un gigantesque incendie de Notre-Dame de Paris. La pointe de l'édifice religieux s'effondre dans les flammes et les larmes, comme un 11 Septembre version tricolore mais sans terroriste. L'émotion est normale, la cathédrale dépasse le symbole religieux. Mélenchon s'enflamme avec sincérité sur "notre cathédrale commune", ce n'est pas la première fois: "Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame."  Mais toute la classe politique est unanime, les premiers complotismes n'apparaissant que le lendemain. Macron annule son intervention, et se précipite sur les lieux, cliché presque habituel d'un parterre d'officiels l'air contrit sur les lieux du drame. Jupiter gâche un peu l'unanimité en débutant son intervention par un hommage aux catholiques. Notre Dame ne vaut-elle pas mieux que cette religiosité-là ? Un curé, le lendemain, a des mots bien plus profanes et œcuméniques, quand il remercie à la télévision les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les laïcs et les athées. Mais Macron est dans le spectacle permanent. L'émotion est scénarisée et ce lundi -soir là il s'agit de reprendre de la hauteur et des points auprès de l'électorat catholique.

Il n'en faut pas davantage pour que les dons de riches patrons et quelques entreprises spécialistes de l'évasion fiscale ruissèlent au point d'inquiéter les finances publiques: concours d'ego, guerre de communication entre qui sera le plus généreux chez les très grands du pays ? En trois jours, le milliard d'euros de promesses est atteint. Un obligé dénommé Aillagon de ces milliardaires réclame aussitôt de rehausser le taux d'exonération fiscale de ces dons à 90%...

On est stupéfait devant pareil ruissèlement quand Macron répétait que les très riches méritaient d'être aidés, exonérés d'ISF, protégés d'un bouclier fiscal rebaptisé flat tax. Et les voici qu'ils lâchent un milliard en quelques heures. Finalement, ça ruisselle enfin ! Devant le trouble et la colère de quelques gauchistes sur la défiscalisation couteuse de ces dons,  un puis deux riches patrons promettent de ne pas la réclamer. Le placement reste rentable. Combien de morts sans domicile, de pauvres abandonnés, de causes humanitaires n'ont pas bénéficié de pareille générosité ?

L’écœurement vient rapidement. D'abord, comme souvent, avec le neo-fasciste Eric Zemmour. Toujours prompt à trier les Français, les émotions et les nationaux, le voici qui balance: "Celui qui n’est pas ému aux larmes devant l’incendie de Notre-Dame n’est pas Français." Le même Zemmour voit dans l'incendie un attentat. Il "doute" de l'accident. Zemmour doute de tout et haït beaucoup. Puis les déclarations télévisuelles de Manu 1er. Coincé devant la caméra dès le lendemain du drame, Jupiter promet de reconstruire le toit de la cathédrale en 5 ans. Jupiter se prend pour Philippe II Auguste. Et Édouard Philippe annonce un "concours international", discours devant les caméras. "Rebâtir en 5 ans", c'est un "défi immense" clame-t-il.

Les commentateurs médiatiques se jettent sur le sujet comme des mouches sur un caca posé là. "Peuple de bâtisseurs" invoque Macron. 5 ans pour reconstruire un cathédrale, un quinquennat pour abîmer la France.

Les Gilets Jaunes
On a les défis qu'on peut. Et la Macronista manque d'ambition. Elle cherche des diversions là où elle peut. Certains pensaient que le réchauffement climatique, la disparition des espèces, la persistance de la pauvreté dans nos pays richissimes, les guerres aux Moyen Orient, le trafic de migrants, une panique financière causée par un Brexit sans accord, les boucheries saoudiennes au Yémen avec des armements français, ou même le prochain krach financier conséquence d'une asphyxie économique par les dérives de la Finance, étaient des sujets autrement plus sérieux. On s'est donc trompé. Macron tente de se saisir de l'accident de Notre-Dame pour tirer un trait sur 10 mois de polémiques - affaire Benalla, scandale Mimi Marchand, révolte des Gilets Jaunes. Ses ministres sont au garde à vous sur les clichés sérieux qui traitent de Notre-Dame. D'autres tentent de meubler le vide d'une action de classe.

Le pistonné Gabriel Attal, secrétaire d’État sans expérience autre que de bonnes fréquentations, pose avec le nouvel uniforme du dernier gadget de la Macronie, un uniforme bleu comme des apprentis flics, pour des jeunes volontaires au SNU, Service National Universel.Un uniforme pour ... un mois de stage. Oui, la Macronie sait trouver où gaspiller quand il s'agit de symboles pour habiller sa politique.

23ème samedi des Gilets Jaunes, la villa des Macron au Touquet est discrètement protégée. La veille, Castaner a jeté un peu d'huile sur le feu en dénonçant à l'avance (sacré devin !) les violences. Le ministre de l'intérieur a aussi choisi les colonnes du seul quotidien ouvertement revendiqué libéral, de droite et pro-business, l'Opinion, pour oser affirmer qu'il "garde (son) âme et (son) parcours d’homme de gauche." Ne riez pas non plus quand il ajoute que la " loi anticasseurs n’est pas liberticide." Dans les hôpitaux, la Macronista fait ficher les Gilets Jaunes blessés. Au 20 avril, le journaliste David Dufresnes dénombre 644 cas avérés de violences policières, dont 259 blessures à la tête et 23 éborgnés. Sur les ondes, un député macroniste traite l'un des porte-parole visibles du mouvement de "profond débile". On progresse.

L'Elysée théâtralise encore davantage en mentionnant que Macron reçoit Castaner à la mi-journée. La mobilisation est en baisse, mais dans les sondages, les Gilets Jaunes cartonnent.

A l'Elysée, Macron peaufine sa prochaine diversion. A quatre semaines du scrutin européen, la Macronie n'a toujours pas publié son programme.


Ami macroniste, où en es-tu ?







13 avril 2019

Pourquoi le macronisme est oligarchique, violent et extrême (622ème semaine politique)

 

 

Le macronisme n'est pas qu'une défense souriante mais implacable de l'oligarchie. Il porte un souci de paraître "équilibré", il s'attache à renvoyer ses critiques vers des "extrêmes" par définition effrayants, ce qui est sa garantie de survie politique. Pour occuper un espace qu'il juge central, il fait mine d'emprunter à sa gauche et à sa droite. Ses supporteurs répètent si souvent que s'ils sont attaqués avec autant de force par leur droite et par leur gauche, c'est bien qu'ils sont dans une position centrale. On confond ici la situation centrale avec du centrisme politique. 

 

Car le macronisme, et sa magie du "en même temps", est une protection oligarchique violente et extrême.


La magie du "En même temps"
Pour occuper cette position centrale, la macronie n'hésite pas à emprunter aux extrêmes. Ainsi sur l'écologie, elle a choisi un mode opératoire plus extrême encore que celui de Sarkozy entre 2007 et 2012. A l'époque, l'ancien monarque avait ouvert son quinquennat par un Grenelle de l'environnement, l'occasion somme toute hypocrite, de mettre sur un pied d'égalité pollueurs et pollués, industriels irresponsables et défenseurs de l'environnement, pesticides et santé publique, etc. Puis, lassé par le faible gain électoral que cette manœuvre lui avait procuré, Sarkozy avait l'honnêteté intellectuelle de faire machine arrière - "L'environnement, ça commence à bien faire", mars 2011 -  voire propagé les pires clichés des climatosceptiques - "Il faut être arrogant pour penser que c'est l'Homme qui a changé le climat", septembre 2016.
"Je sors de ma zone de confort." Pascal Durand (ex-EELV rallié à Macron)
Dix ans plus tard, le macronisme fait pire. Il autorise Pascal Canfin à se féliciter que Macron soit "le premier chef d’Etat au monde à dire non à des négociations commerciales au nom du climat", ce même Macron qui a ratifié un CETA tout aussi détestable pour la cause climatique.

Le macronisme emprunte le discours écolo d'un Canfin (numéro deux sur la liste européenne des macroniste) "et en même temps" il recrute Jérémy Decerle, le patron des Jeunes Agriculteurs, un mouvement syndical agricole "à la pointe du combat contre le changement climatique et sur les enjeux de santé publique liés aux produits phytosanitaires." Si Canfin avale sa cravate de nouveau cadre macroniste, Decerle n'est pas mal à l'aise, bien au contraire. Il défend avec plaisir la loi EGALIM sur l’agriculture et l’alimentation votée en 2018 qui a réduit les ambitions françaises en matière d'alimentation bio dans les cantines au profit d'un engagement de "50 % de produits durables ou de labels de qualité", dont un minimum de 20 % de produits bio repoussé "à horizon 2022" (la France insoumise proposait un objectif de 100%).
"C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas" Didier Guillaume, actuel ministre de l'agriculture, octobre 2018.
La magie du “en même temps” conduit le même macronisme à célébrer le nombre de jeunes LGBTQI accueillis par  l'association Le Refuge, et à tolérer dans ses rangs la députée Agnès Thill (qui fustigeait le "puissant lobby LGBT à l’Assemblée Nationale" en novembre 2018), ou le ministre Darmanin qui exprimait son dégout pour le mariage gay. Elle autorise Macron a célébrer l'Europe de la liberté et laisser Julian Assange être expulsé de l'ambassade équatorienne (après que l’Equateur ait reçu de nouveaux financements du FMI et de la Banque mondiale pour 10 milliards de dollars), arrêté puis extradé vers les Etats-Unis sans rien dire ni rien faire.


La magie du “en même temps” permet à l'ex-lobbyiste des assurances devenue secrétaire d'Etat à l'Europe de répéter l'argument des néonazis français contre les ONG ("Les passeurs se servent des ONG pour faire leur trafic : ils mettent des bateaux à la mer et considèrent que les ONG vont les récupérer") "et en même temps" afficher sa compassion aux souffrances endurées par les réfugiés. La même semaine, Christophe Castaner s'était senti obligé d'exhumer deux rapports de Frontex d'il y a trois ans pour justifier ses propos qui lui ont valu une "adhésion d'honneur" à Génération identitaire. Pire, ces rapports ont été depuis contestés par une enquête indépendante.

Castaner bave, Montchalin braille, les xénophobes applaudissent.

Politiquement xénophobe "et en même temps" humaniste, le macronisme fait des miracles.


Le projet macroniste est extrême.
Il a supprimé le rééquilibrage fiscal opéré au début du quinquennat Hollande, il a allégé comme jamais dans cette République les impôts de quelques milliers de foyers les plus riches du pays à un moment où au contraire, les manques de financements publics- pour les retraites par exemple - sont criants.

Pour justifier ce hold-up des riches sur les autres, l'argument est double et imparable: primo, les riches vont réinvestir dans l'économie, sans contrainte ni incitation particulière, l'argent ainsi économisé sur le dos des impôts ("le ruissèlement"). Secundo, les prélèvement obligatoires seraient trop élevés en France. Ce dernier argument est cher aux idéologues libéraux, il a d'ailleurs convaincu la quasi-totalité des esprits médiatiques: il assimile aux impôts (qui financent notamment les services publics) les cotisations pour les retraites, la santé ou le chômage. Or cette dernière dépense, qu'elle soit socialisée en France ou du ressort privée, reste à vocation individuelle. L'attaque contre le poids des cotisations sociales est ancienne. C'est le vieux fond de sauce conservatrice archi-usé par les néo-conservateurs, Reagan et autres Thatcher, à une époque où Macron n'était qu'un poupon, pour abimer la solidarité nationale.

Il n'y a rien de centriste à reprendre ces vieux arguments de la droite libérale et atlantiste.

Cette attaque oligarchique contre les prestations sociales n'empêche pas les macronistes de faussement reprendre à leur compte le concept de SMIC européen pour mieux le dénaturer: "Il faut au minimum un Smic dans tous les pays de l’UE" explique la tête de liste LREM Nathalie Loiseau. "Et, partout, un Smic qui permette un revenu décent. C’est-à-dire, par pays, au moins la moitié du salaire médian." La moitié du salaire médian ? C'est justement la définition statistique ... du seuil de pauvreté. Notez l'arnaque: ce SMIC européen serait donc doublement variable - non seulement entre les différents pays européens (dont les situations économiques varient) mais aussi à l'intérieur de chaque pays (puisque le salaire médian n'est jamais figé). Mieux, cette proposition est inepte: 22 pays de l’UE ont déjà un salaire minimum national, et les 6 autres un salaire minimumpar branche. La question du SMIC européen est donc celle de son harmonisation. En novlangue macroniste, le SMIC européen se cale sur l'exact définition du seuil de pauvreté, "un revenu décent" commente Loiseau. Cela placerait notre SMIC national à 300  euros de moins que son niveau actuel, histoire d'illustrer l'ineptie de la proposition.

Pour financer le hold-up oligarchique, le macronisme va jusqu'à la privatisation de quelques bijoux nationaux - comme ces deux rentes profitables que sont la Française des Jeux, et les aéroports de Paris (Orly, Roissy). Échaudés par les conséquences hallucinantes de la privatisation des autoroutes françaises, une autre infrastructure de transport - inflation pour les usagers, profits records pour les entreprises - , près de 240 députés et sénateurs de l'opposition ont déposé devant le Conseil Constitutionnel un texte de demande de référendum d'initiative populaire. Le clan macroniste n'a découvert cette alliance de toutes les oppositions que trop tard pour la saborder.

Pour la liberté de manifester



Cette protection de l'oligarchie passe par des complicités voyantes.
Avant d'être ministre du travail, Muriel Pénicaud était administratrice d'ADP. Puis voici l'épouse de Gilles Le Gendre, président des députés macronistes qui est nommée directrice de la communication de la FDJ, sans que cela conduise Le Gendre à se mettre en retrait de l'examen de la privatisation de l'entreprise.

Cette protection s'étend aux valets de l'oligarchie. La star de ces derniers est sans conteste Alexandre Benalla, que l'accumulation des révélations de ses manipulations, mensonges et autres délits n'empêche pas de vivre libre et de voyager en Afrique avec un passeport diplomatique tandis que le gilet jaune et ex-boxeur Christophe Dettinger croupit en prison après un jugement expéditif.

Mais le projet macroniste est aussi extrême en matière de libertés publiques. Heureusement, parfois, les institutions se révoltent. Cette semaine, la ministre de la justice Nicole Belloubet s'est vu retoquées les mesures les plus liberticides de son projet de réforme de la justice: exit l'extension des pouvoir du Parquet (et non des juges d'instruction) pour le placement d'écoutes. La loi anti-casseurs s'est vue aussi censuré de sa mesure-phare, l'interdiction individuelle de manifester qu'un préfet aurait pu délivrer à l'encontre de tout suspect. Samedi 13 avril, une quarantaine d'organisations dont Amnesty international, des associations de parents d'élèves dont la FCPE, Attac, France Nature Environnement (FNE), Greenpeace, la Ligue des Droits de l'Homme, ou la Cimade appellent à manifester contre ce texte:
"La loi dite « anticasseurs » est un coup très dur porté au droit de manifester pacifiquement en France. Cette loi, qui entrera très prochainement en vigueur, s’ajoute à la longue liste des restrictions arbitraires à la liberté de manifester observées en France depuis plusieurs mois : usage disproportionné de la force, utilisation massive d’armes qui mutilent, interpellations préventives et gardes-à-vue infondées contre des milliers de manifestants pacifiques." (Amnesty International)


Le macronisme réécrit la réalité. 

Il pourfend les "Fake News" mais il fabrique puis propage les siennes. Emmanuel Macron, roi des Fake News, titre Mediapart le 9 avril 2019. Il y a de quoi. Ses déclarations les plus choquantes - sur le "travail en traversant la rue", les Gilets Jaunes assimilés à "50 000 ultras", les "femmes africaines et leurs 7 enfants", la   - sont mensongères mais assénées avec assurance, avant d'être parfois, atténuées pour leur donner une once de réalisme. Ses ministres mentent sur le soutien français (réel) aux attaques saoudiennes au Yémen, sur le nombre de chômeurs "trop indemnisés", ou sur les violences policières.

La fabrique de la réalité permet de survaloriser des sondages anecdotiques et d'en contester d'autres plus éclatants. Ainsi une popularité à 30% est-elle commentée comme une preuve de majorité ou de popularité politique. Mais un score à 50 ou 60% de soutien aux Gilets Jaunes n'empêche nullement les macronistes à juger ce mouvement comme "minoritaire". La promesse d'un score à moins d'un quart des suffrages exprimés au prochain scrutin européen est présentée comme un succès électoral (la seule réalité sondagière est que l'opposition écologiste et de gauche est collectivement largement au-dessus de la Macronista, mais sa division inédite permet au clan jupitérien de la course surface en tête), mais un soutien sondagier à 80% pour le Référendum d'Initiative Citoyenne n'est pas jugé digne d'intérêt.

La fabrique de la réalité macroniste passe par l'utilisation de centaines de comptes anonymes, parfois automatisés, sur les réseaux sociaux, comme l'a documenté Mediapart. Et ce alors même que Jupiter lui-même dénonce l'anonymat sur internet et veut légiférer sur le sujet. Ces comptes relaient la parole et les éléments de langage présidentiels pour donner l'impression factice d'un mouvement de soutien populaire. Ils servent aussi à harceler l'opposition politique sur les réseaux sociaux. Ils servent parfois à relayer des vidéos illégales et mensongères transmises par le cabinet élyséen lui-même.

Last but not least, la fabrique de la réalité a été théâtralisée à l'extrême lors du Grand Débat. Pour 12 millions d'euros, cette manœuvre politique s'est clôturée dans la plus grande des confusions et des  mensonges, un vrai fiasco: le nombre de contributeurs a été bidonné. L'ex-lobbyiste de Danone devenue secrétaire d'Etat à l'environnement Emmanuelle Wargon avait ainsi clamé que 1,5 million de personnes avaient participé, dont un tiers via les "cahiers citoyens", un chiffre surestimé du double d'après les analyses d'un cabinet indépendant. Ensuite, plus de la moitié des contributions ont simplement été zappées, explique le site Les Jours.

Le compte rendu officiel, par Edouard Philippe, des conclusions de ce Grand Débat fait rager, ou sourire. Le clan macroniste estime que les priorités dégagées de ces semaines seraient de baisser les impôts, d'accorder plus d'importance aux territoires qu'aux grandes métropoles, d'améliorer la démocratie participative et de "cesser l’écologie punitive". Exit la justice fiscale (dont le rétablissement de l'ISF ou la réduction des exonérations fiscales pour les grandes entreprises), le RIC, ou une fiscalité écologique plus juste.

Ce Grand Débat se termine ainsi par un effet Boomerang. Déjà, une immense majorité de sondés se déclare déçue. Et l'on murmure que Macron est usé, fatigué, inquiet que les Gilets Jaunes reprennent leur mouvement de plus belle alors que les beaux jours du printemps arrivent.

***


Macroniste anonyme, où es-tu ?




6 avril 2019

Ce fascinant mépris macroniste (621ème semaine politique)

Crédit: Enlysée, la boutique du ruissellement

 

Alors que les élections européennes sont pour bientôt, et sans programme macroniste, le jeune monarque veut clore son grand débat. Mais il dérape sur une formule méprisante. Le logement s'effondre, les arrestations et les mutilations de contestataires se multiplient. Et les ministres multiplient les gaffes et les mensonges. La réalité s'obstine: cette politique est un échec violent.


Le mépris

"Le risque serait de dire que 'la réponse au débat, c’est 66 millions de réponses et ne bougez pas, j’ai mon chéquier dans la poche'″ . Emmanuel Macron, 3 avril 2019

Voici comment Jupiter ose donc conclure la longue séquence du Grand Débat. L'opération a rassemblé une petite frange de Français âgés, inactifs et majoritairement bourgeois. Mais quel succès nous dit-on ! Le cirque présidentiel a été couteux. Pour chaque déplacement, des centaines de policiers et gendarmes et leurs fourgons, comme cette semaine en Corse, sont dépêchés pour sécuriser les lieux autour d'un jeune monarque devenu l'incarnation de toutes les haines.

A l'Assemblée nationale, la clôture du débat est un fiasco général, et se déroule dans l'indifférence générale, y compris des élu.e.s de la majorité macroniste qui ont tout simplement déserté l'hémicycle. Et pour cause, les ministres qui se succèdent à la tribune mardi et mercredi expliquent benoitement que cet échange parlementaire ne sert à rien: "En tant que ministre, je ne vais pas faire des propositions alors qu’il y a une restitution qui va avoir lieu le 8 avril" (de Rugy). On ne saura rien avant le 8 avril.


Mais malgré le biais sociologique évident des débats publics, les sondages, les contributions, les témoignages convergent tous vers cette conclusion d'un besoin de plus grande justice fiscale, une conclusion qui effraie suffisamment Macron pour qu'il lâche cette formule méprisante en public, un mercredi d'avril, lors des assises des maires de Bretagne, à Saint-Brieuc. Macron a la trouille, sacrément la trouille. Alors il bredouille des éléments de langage, pour l'essentiel vides de sens et sans promesses: "C’est vrai qu’il y a eu un manque de réponse en terme d’égalité, et en particulier d’égalité des chances, donc il faut faire le diagnostic clair des injustices exprimées et qui existent et des réponses qui permettent de s’attaquer à la racine." Mais sans retenue, il confie son mépris, il n'aura pas "son" chéquier "dans la poche".

Non, camarade président, ce n'est pas ton chéquier. Tu n'es qu'un élu.  Cet argent est le nôtre.

Jupiter avait pourtant "notre chéquier en poche" pour rendre 5 à 6 milliards annuels aux foyers les plus aisés du pays, et encore 20 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales sans contreparties aux plus grandes entreprises du pays.

L'une des rares idées de réformes post-Grand Débat qui a fuité n'est pas fiscale, elle concerne la haute fonction publique. Énarque lui-même, mais favorisé par des généreux protecteurs (on se souvient du don d'un demi-million d'euros du millionnaire Henry Hermand au jeune Macron, ou du pantouflage rapide à la Banque Rothschild) Macron aurait envie de "tout bousculer". Pointer le doigt vers la Fonction Publique est une manœuvre facile pour tenter de divertir l'attention des Gilets Jaunes. Déjà, un projet de réforme de la fonction publique dans son ensemble est à l'étude. Un ex-socialiste, Olivier Dussopt, a été chargé de faire passer la pilule thatchériste: mise en concurrence des personnels par le recours accru aux agents contractuels, réduction du nombre de représentants des salariés par la fusion des instances représentatives du personnel, introduction du contrat précaire (le fameux "contrat de projet").


Les mensonges

Dans le pays, les ministres transpirent à force de croiser cette guérilla contestataire qui ne faiblit pas.

Ainsi des grévistes hospitaliers rappellent-ils à la ministre Agnès Buzyn lors d'un déplacement à Lyon, combien les services d'urgences se dégradent. 

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, a survécu au fiasco de Parcoursup (rappelez-vous cette moitié des candidats bacheliers refusés de tous leurs choix 10 jours avant le ... bac; ou la centaine de milliers sans affectation quelques semaines avant la rentrée), à la réforme du bac qui promeut les matières les plus élitistes et régionalise le bac par le biais d'un contrôle continu local et non national, tente maintenant de convaincre que sa réforme de "l'école de la confiance" n'a rien à voir avec l'objectif de réduction des moyens et les suppressions de postes qui ont repris à la rentrée dernière. Entre 15 et 25% des instituteurs/rices se sont mis en grève jeudi.

Le secrétaire d'Etat Julien Denormandie est obligé de répondre à l'humoriste Blanche Gardin qui a refusé une décoration des arts et des lettres au motif qu'elle ne peut l'accepter d'un gouvernement qui n'a pas respecté ses promesses vis-à-vis des sans-abris. Le trop jeune ministre lâche que "jamais aucun gouvernement n'avait autant ouvert de places d'hébergement d'urgence" et, plouf plouf, il oublie de préciser qu'il a réduit de 57 millions d'euros le budget des centres d'hébergement d'urgence en parallèle (dont 20 millions en 2018).

Clap, clap, clap...

Avait-il aussi quelques commentaires au premier bilan désastreux de la politique du logement ? Le Canard Enchainé s'attarde sur quelques mauvaises nouvelles: la construction de logements sociaux s'effondre, affectée par les réductions de budget alloués aux HLM (1 milliard d'euros d'économie par année): "la Caisse des Dépôts devrait annoncer, le 11 avril, que le nombre de logements sociaux financés en 2018 s'est effondré de 20 à 25%." Et "la crise gagne aussi les logements non sociaux": le volume de mises en vente de logement s'effondre aussi dans le Grand Paris (-21% au premier trimestre 2019), à Lyon (-29%) et dans le Grand-Est (-35%). Entre décembre et février 2019, les permis de construire et les mises en chantier ont aussi reculé, de plus de 10%.

Gérald Darmanin, aux Comptes Publics, cumule les provocations et mensonges: avec l'appui d'Emmanuel Macron, il saborde le travail de son collègue de la Culture, l'effacé Riester, en prévoyant de supprimer la redevance audiovisuelle. Il raconte également n'importe quoi sur la croissance française (dans le dernier tiers de l'Union Européenne) pour justifier une politique qui ne marche pas. Darmanin invente enfin un excédent commercial français qui n'existe pas.

Clap, clap, clap...

Lui et son collègue Bruno Le Maire s'empêtrent aussi dans la réforme des retraites. Macron laisse ses sbires "spoiler" quelques idées, voici confusion, mensonges et approximations. Bruno Le Maire raconte à son tour n'importe quoi sur RMC à propos des pensions de réversion. Le même ministre fronce les sourcils et fait les gros yeux contre les retraites-chapeaux dont se gavent, souvent discrètement, les grands patrons du CAC40: le montant annuel accordée dans ces dispositifs favorisés ne devrait pas dépasser 30 % du salaire annuel des bénéficiaires... On est soulagé ! Pas un mot sur les actions gratuites dites "de performance", la baisse de fiscalité des revenus du capital et de la spéculation. Pas un lot non plus sur le simple fait, inique, que ces retraites chapeaux, à la différence des autres retraites, sont exonérées de cotisations sociales et de GSG. Quant au timing de cet "encadrement", il faudra attendre ... l'an prochain. Pas d'urgence en la matière...

Clap, clap, clap...

Sur les retraites, Macron enfume son auditoire, pour justifier un énième report de l'âge de départ ou une extension de la durée de cotisations: "On part aujourd'hui à la retraite à peu près au même âge qu'en 1980." Il a raison, mais là n'est pas le sujet: l'âge en bonne santé, lui, stagne depuis 10 ans. En 2016, rappelle le ministère de la santé, "l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne, s’élève en France à 64,1 ans pour les femmes et à 62,7 ans pour les hommes." Et les inégalités de santé sont encore faramineuses.


La nausée

Jeudi, le Conseil constitutionnel censure l’interdiction individuelle de manifester prononcée par le préfet prévue dans l'une des lois liberticides du clan macroniste. Patatras ! Les sages ont jugé que cet article 3 de la loi portait tout simplement atteinte au "droit d’expression collective des idées et des opinion". Ailleurs, Macron et ses fans bavent leur amour de la démocratie européenne, mais ici, les Conseil Constitutionnel les rappelle à l'ordre.


Dans les rues de France, CRS et policiers continuent leurs violences. Le journaliste David Dufresne tient les compteurs à jour: au 5 avril,
  • 599 signalements
  • 1 décès
  • 235 blessures à la tête
  • 23 éborgné·es
  • 5 mains arrachées
Le sinistre Castaner nie les images video qu'on lui présente d'un jeune manifestant frappé au visage malgré son attitude pacifiste (même le préfet local rétropédale, mais pas le ministre). Le Media diffuse le témoignage ahurissant d'une victime d'arrestation, sans motif, un jour de manif des Gilets Jaunes. Un "dommage collatéral" de cet adage macroniste odieux: "elle n'avait pas qu'à se trouver là".

Quand il ne donne pas des conseils de sorties en boites de nuit à Paris dans les colonnes du point, Christophe Castaner dresse des ponts avec l'extrême droite italienne. La manipulation est toute macroniste: il appuie les ONG "et en même temps" il dénonce la collusion "réelle" de "certaines" avec les passeurs. Etre humaniste "et en même temps" xénophobe, est un tout un art. Vendredi, Castaner et Salvini posent ainsi ensemble, tout sourire. C'est le "G7 des ministère de l'intérieur". Castaner s'excuse presque de cette familiarité. Il prend moultes précautions pour justifier qu'il ne "soutient pas" Salvini, et pourtant il valide une à une les positions du neo-fasciste italien. "A ma grande satisfaction, je ne suis pas le seul à avoir des doutes sur les ONG en Méditerranée" se félicite Salvini. 





Et l'idiot utile de la Macronista sourit benoitement à ses côtés tout en déclarant ceci: "en Méditerranée centrale, on a observé, et de façon tout à fait documentée, je vous le dit, une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG". Notez les artifices de langage, il qualifie de "réelle" de la collusion et, dans la même phrase, minore immédiatement son propos par les formules vagues de "certaines ONG" (lesquelles ?) et "à certains moments". La manipulation est un métier.



A ce G7, les ministres ne parlent, ou si peu des réfugiés et des migrants. Dans le communiqué officiel, l'accent est placé sur "la lutte contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains dans les pays d’origine et de transit". Pas un mot sur la réduction des soutiens aux ONG, voire leur empêchement par le biais de refus d'accostage, ou l'interdiction de donner soins et repas aux réfugiés. Pas un mot non plus sur la dégradation des conditions de l'asile: réduction des délais de dépôts de dossier, allongement des délais d'emprisonnement, y compris des familles et des mineurs. Au contraire, les 7 s'autorisent ce commentaire surréaliste quand on connait les récentes mesures adoptées par la France, l'Italie et même le Royaume Uni: au milieu des 13 mesures et déclarations d'intention contre le "trafic des migrants", il y a cette ambition de "faciliter l’accès à l’asile pour les réfugiés nécessitant la protection internationale, notamment grâce aux mesures de réinstallation et au renforcement des systèmes d’asile des pays de transit". Belle novlangue, incroyable décalage entre la réalité et les actes. Ces gens-là vivent dans un monde parallèle.

Les 2 300 réfugiés identifiés noyés en Méditerranée en 2018 vous remercient.



***


Ami macroniste, où es-tu ?




31 mars 2019

Pourquoi Macron ne fait pas campagne pour les élections européennes

 

Le déni démocratique est total. A six semaines de l'élection du parlement européen, la Macronie n'a pas dévoilé son programme. Et voici pourquoi.


Les élections européennes sont importantes, qui pourrait le contester ?

Premièrement, l'Union européenne est en crise politique, avec la sortie possible ou probable du Royaume Uni dans les prochaines semaines. Le Brexit est un coup pour l'Union. Le miracle européen devient mirage. La sortie du Royaume uni semble inéluctable. Theresa May a mis sa démission dans la balance et, vendredi 29 mars, cela n'a pas suffit à lui faire obtenir une majorité d'accord sur son projet de départ négocié. Cette politique sacrificielle ne change rien à la farce. Le Brexit, obtenu sur fond d'abstentions et de surenchères xénophobes, ressemble désormais à un fiasco politique qui décrédibilise jusqu'à la démocratie parlementaire elle-même. Le Brexit est un épouvantail idéal pour Macron et quelques autres euro-béats

Deuxièmement, la quasi-totalité des gouvernements européens se sont alignés sur la doxa libérale: réduction de la dépense et des services publics, défiscalisation des foyers aisés et des grandes entreprises et, surtout, libre-concurrence. Le "projet européen" de Macron n’inclura pas de changement de ligne politique. Les "cadeaux sociaux" de Noël en France ont été arrachés par des semaines de luttes des Gilets Jaunes. Comment imaginer que la liste macroniste qui s'est auto-proclamée "progressiste" soutienne l'idée d'étendre le droit syndical alors que la loi Travail a "permis" de supprimer des milliers de postes d'élus du personnel et de renverser la hiérarchie des normes ? Macron est grandiloquent mais osera-t-il accepter de rogner le sacro-saint droit de la concurrence et réviser les règles des marchés publics pour favoriser les entreprises qui respectent les droits des travailleurs et l’écosystème (proposition LFI) ?

Dans son courrier fin février, qui sert de boussole à des macronistes déboussolés, le jeune monarque appelle à défendre la démocratie. Mais en France, il a réduit la protection des sources journalistiques et des lanceurs d'alerte; réduit les libertés publiques avec sa loi anti-Casseur et la légalisation permanente de l'état d'urgence; il a réduit le droit d'asile, réduit le pouvoir des syndicats. Il nie même les violences policières, comme encore cette semaine, où il a publiquement menti sur les circonstances de la chute d'une manifestante septuagénaire.

Macron promeut l'idée d'un "salaire minimum européen, adapté à chaque pays". Un salaire minimum sans plancher... bel oxymore, comme toujours. Macron promeut la "renaissance européenne", mais sur quelles bases ? En France, il s'est engagé dans une "rénovation" du modèle français en réduisant l'accès aux prestations sociales et sa fonction publique de 120 000 postes, et en introduisant de la concurrence partout où il le peut: dans les recrutements d'élèves de l'université publique (via la réforme Parcoursup), dans l'obtention du bac (avec l'introduction du contrôle continu et d'un grand oral), dans la gestion des effectifs de la Fonction publique même dans les services les plus régaliens tels le fisc; dans les transports (le rail, ADP); dans les hôpitaux (fermeture des établissements non rentables).

Troisièmement, l'Union européenne est invoquée comme un prétexte facile par les dirigeants libéraux tels Macron quand ils veulent faire passer la pilule. Tout autant que par les europhobes quand il s'agit d'expliquer que l'Europe est la cause de tous nos maux. Les élections européennes sont l'occasion de débattre de ces faiblesses démocratiques. Le prochain scrutin est symbolique, c'est un simulacre. Certes, les citoyens pourront voter et désigner leurs élus au Parlement. Mais le vrai pouvoir reste à la Commission, qui n'est pas désigné, seulement adoubée, par le Parlement, et au Conseil des chefs d’États européens. Des propositions d'amélioration sont sur la table :  créer un « mois parlementaire européen » pendant lequel les parlements nationaux se prononcent sur les textes européens avant leur mise en débat au niveau européen; ou faire désigner le président de la BCE par le Parlement. Mais peu de chance que le "projet européen" de Macron inclue des obligations de transparence sur les lobbys, comme la tenue d'un "registre des lobbys et lobbyistes, la publication de tous les rendez-vous des députés, commissaires ou fonctionnaires européens avec des lobbyistes"(proposition de la France insoumise). Le gouvernement Macron est truffé d'anciens lobbyistes, ministres ou membres des cabinets; Macron a durci le secret des affaires; sa loi sur la transparence parlementaire est suffisamment floue sur les lobbies en France.


Quatrièmement, l'échelon européen est sans aucun doute celui qui compte pour peser dans la lutte contre la crise écologique. Mais là encore, la Macronie se tait, ou plutôt elle brasse du vent. Elle a réussi à débaucher Pascal Canfin et Pascal Durand (qui ?). Et Canfin ose justifier son ralliement par la garantie de son indépendance vis-à-vis des insuffisances écologistes de la Macronie ... en France (sic!). On suppose que ces macronistes, historiques ou débauchés, ne remettront pas en cause le CETA; qu'il refuseront d'augmenter les objectifs de réduction des émissions ou de sortir des pesticides, des néonicotinoïdes et des OGM (proposition des listes LFI, EELV, PS et Generation.s.). Le "projet européen" de Macron ne prévoira pas non plus l'interdiction des perturbateurs endocriniens, ni des élevages en batterie, ni des sévices sur les animaux vivants (la récente loi EGALIM prévoit l'inverse !). Peu de chances qu'il s'oppose à la brevetabilité du vivant ou qu'il soutienne la taxation carbone du kérosène (Jupiter l'avait refusé en France, lui préférant une surtaxation du diesel). Peu de chances qu'il accepte de réduire les soutiens directs et indirects aux énergies fossiles, quand on sait que les 6 banques françaises habituelles des "fêtes à selfies" de la Finance Verte organisés régulièrement par Macron ont réduit leur financement des énergies renouvelables. Les macronistes sont-ils au moins favorable aux proposition actuelles du Parlement européen visant à interdire mondialement l’expérimentation animale dans les cosmétiques ?

Les élections peinent à mobiliser: l'abstention y est plus forte que sur les scrutins nationaux. Les sujets de débats contradictoires sont nombreux. Mais la Macronie n'y prend pas part. Elle ne dit rien, ou si peu. Elle tait son "projet européen". Le camp macroniste refuse de faire campagne: deux mois avant le scrutin, il dévoile sa liste composée de débauchages divers, de quelques médiacrates qui au moins assument leur opinion. Mais de programme, nulle part. "Il sera dévoilé dans le courant du mois d’avril." prévient-on sur le site officiel du parti présidentiel.

L'ADN politique de Macron n'est pas l'Europe mais la confiscation du débat démocratique par des campagnes aussi éclair que floues et caricaturales.

Fin février, les macronistes ouvrent un site internet, vide. Fin mars, un début de liste de candidats a été dévoilée. C'est la seconde contribution macroniste au débat pour ce scrutin européen. Et c'est bien maigre. Pour l'heure, le "projet européen" de la Macronie se résume à un courrier du jeune monarque qui nous encombre de gadgets si chers à la novlangue jupitérienne. La liste donne le tournis: "Agence européenne de protection des démocraties", "office européen de l’asile", "Conseil européen de sécurité intérieure", "Banque européenne du climat", "force sanitaire européenne", "Conférence pour l’Europe"... Ces gadgets sont utiles, ils ont des appellations pompeuses, ils rassurent les béats et les paresseux, ils font croire que l'on agit. Ils habillent la réalité.

Chacun de ces gadgets trouve sa contradiction dans l'actuelle politique de Macron: Jupiter repousse les délais de fermeture de nos centrales nucléaires hors d'âge, il repousse l'interdiction des pesticides; il gèle les prestations sociales; il précarise les salariés devant leurs employeurs; il durcit les conditions de l'asile politique; il réduit les libertés publiques; il nie les violences policières (Macron a été justement pris en flagrant délit de mensonge cette semaine quand il avança qu'une septuagénaire assommée jusqu'au coma par la police avait simplement "trébuché"). Macron renforce le secret des affaires et fragilise le statut des lanceurs d'alerte et la protection du secret des sources journalistiques. Il fait propager des Fake News par des internautes anonymes.

Macron cache son programme européen car le président des riches serait nu face à la réalité de ses objectifs. Impossible pour lui de s'abriter derrière l'argument d'une quelconque contrainte européenne. Il faudrait assumer que l'axe politique est réactionnaire.

Macron est un faussaire politique.

Cette semaine, au moment où la Macronie fait mine de lancer sa campagne européenne, sans programme, deux anciens conseillers élyséens font la tournée des plateaux radio-télévisés pour la promotion d'un ouvrage de novlangue. Ne riez pas du titre - "Le progrès ne tombe pas du ciel” - , les deux impétrants s'y croient. Le plus connu des deux, Ismaël Emelien, a été exfiltré de l'Elysée en octobre dernier. Ancien conseiller de l'autocrate vénézuélien Maduro, il a œuvré à l'élection de Macron (c'est le champion du "en même temps" et autres formules "ni de droite, ni de gauche") puis à la gestion élyséenne des premiers mois. La métaphore des "premiers de cordée" est de lui, d'après la légende. Quand l'affaire Benalla éclate, Emelien adopte une attitude de crapule: il transmet deux vidéos, l'une illégale, l'autre mensongère, à des trolls macronistes pour qu'ils défendent le garde du corps de Macron. "L’Elysée a utilisé une vidéo de la Préfecture de police obtenue illégalement et a ajouté des images d’une autre scène de violence, avant de les diffuser anonymement sur Twitter." résument deux journalistes du Monde.

La tournée promotionnelle de ces deux ex-conseillers est l'une des meilleures contrepublicités à la politique macroniste.

Amis macronistes, ne changez rien.


  







27 juin 2014

5 millions de chômeurs: Hollande se cache derrière Renzi

Il y avait Conseil européen. Après sa réunion préparatoire samedi dernier à Paris avec 7 collègues sociaux-démocrates, Hollande espérait ce jeudi convaincre les autres "partenaires" d'une Europe à 28 de réorienter les objectifs de l'Union vers plus de souplesse.

Quelques médias expliquent, parfois dubitatifs, parfois encourageants, que l'Europe va soudainement changer.

Il fallait lire le "décryptage", délicieux, de la stratégie hollandaise dans les colonnes des Echos, sous la plume du journaliste Pierre-Alain Furbury, quelques heures avant les premières rencontres. Hollande voudrait capitaliser sur le succès du premier ministre italien, Matteo Renzo. Et apparaître comme celui qui calme les "ardeurs" de son collègue italien.

A Ypres, en Belgique, où le Conseil se déroule, Hollande est donc, physiquement, bras-dessus, bras dessous, avec Mateo Renzi. La France médiatique retient le rapprochement, l'applaudit, s'interroge. Hollande dans l'ombre de la «Renzimania», s'amuse le Figaro. Dans l'Expansion, un expert pense qu'un "compromis" est possible avec Angela Merkel.

Cinq propositions
Quelques heures avant de se rendre en Belgique, Hollande parle de la France d'après, sur une estrade, à l'Elysée. Sur son pupitre, on peut lire: "la France s'engage".  Il a "un agenda pour la croissance et le changement en Europe" à proposer à ses collègues européens: il aimerait un plan d'investissements sur cinq ans, qui s'élèverait à 2% du PIB européen, soit environ 240 milliards d'euros par an, financés par la Banque européenne d'investissement (BEI)

Quelques économistes applaudissent.

Hollande ajoutent quatre "idées", ça ne mange pas de pain. L'exercice paraît si vain, comme avant, hors sol, comme ces "20 Md € pour l’initiative emploi des jeunes sur la législature", ou cette nouvelle incantation à une "politique européenne de l’énergie" (avec le soutien à la recherche pour les technologies de rupture,etc). Hollande suggère aussi un renforcement du fonctionnement de l'UE en recyclant la lubie franco-française du "choc de simplification". La France est-elle un modèle ?

Des frondeurs
Pourtant, l'affaire ressemble à un mauvais "remake". En septembre 2012, Hollande avait déjà tenté l'impossible, renégocier tout seul le Traité de Stabilité. Grand mal lui en pris. Pourtant élu depuis peu, la dynamique n'était pas là. Il en sorti avec un plan de relance, 120 milliards d'euros, mais le maintien du TSCG qu'il n'avait pu amender.

L'enjeu de ce Conseil pour François Hollande était intérieur. En France, sa majorité craque. Les députés planchent sur un mauvais texte, le Pacte de Responsabilité.  Hollande cherche des gestes positifs à Bruxelles.

Il ne les obtient pas. Jeudi soir, le communiqué officiel est laconique.

Deux présidents
Vendredi, le choix des chefs d'Etat et de gouvernement se portera sur Jean-Claude Juncker pour présider la Commission européenne.  Mediapart s'indigne: "Hollande soutient Juncker en échange d'à peu près rien". Qui pensait qu'il y avait une alternative ? Même le leader grec Alexis Tsipras, le 30 mai dernier, expliquait que Juncker était le candidat légitime puisque la droite populaire, dont il était le candidat, a finalement gagné le scrutin européen.  

Où est la polémique ?

Répétons: la droite a gagné les élections européennes au niveau de l'Union. Qui peut penser qu'un autre président qu'issu de la Droite populaire sera choisi ?

Cinq millions
Il y avait Conseil européen. A Paris, loin de là, Pôle emploi confirmait avoir inscrit au moins 5 millions de personnes dans ses funestes premières catégories des demandeurs en recherche active en mai dernier.  On a même recensé 24.800 chômeurs de catégorie A (i.e. sans aucune activité) de plus en mai, pour atteindre le record de 3,388 millions en métropole.

Toutes les catégories d'âge sont concernées. 

Sans blague ?


27 mai 2014

L'Europe a-t-elle tué le bipartisme en France ?


Tous les constats ont été faits et répétés, avant même le vote. Il y en a un pourtant qui a surpris: le scrutin européen du 25 mai 2014 a accéléré la décomposition d'un paysage politique artificiellement bi-partisan.


Changer les institutions, vite!
Ce fut "un choc, un séisme" si profond qu'on avait l'impression d'un gigantesque coup de pied dans une fourmilière. Ils avaient les yeux blancs, écarquillés.

Dimanche, les cris, les pleurs, le choc, la misère. A l'extrême droite, les rires, les joies, les sourires. La France de 2014 est K-O, elle a abandonné ses urnes à une entreprise familiale et haineuse - le père nonagénaire au Sud, la fille quadragénaire au Nord. Par démission ou soumission, la France de 2014 envoie donc 24 élus frontistes la représenter au Parlement européen. Pour le reste, il y aura 20 élus de l'UMP, 13 socialistes, et quelques autres écologistes ou du Front de Gauche.

Au Parlement européen, les députés frontistes seront "logés" dans un groupe minoritaire et sans alliance, bref, inutiles.

Ce n'est pas tant la victoire du FN  que la désertion de l'électorat qui doit pousser à des changements politiques et institutionnels.

- près de 60% des inscrits ne sont pas allés voter,
- sur les 40% restants, 14% ont choisi des listes différentes de l'offre nationale traditionnelle.
- Au final, le ras-de-marée frontiste équivaut à 4 millions de voix, soit 11% des inscrits. L’UMP, 9%; le PS 6%, l’UDI 4%...

Qui peut croire que la réintroduction de la proportionnelle n'est pas urgent ?

Qui peut oser penser que nos élus sont véritablement représentatifs ?

Une Europe affaiblie
L'équilibre au Parlement européen est à peine modifié. La droite, sous les couleurs du Parti Populaire Européen, conserve la majorité, avec 210 sièges (et une cinquantaine de députés de perdu!), devant les socialistes (193 sièges, en légère progression). Le futur président de la Commission européenne, choisi dans le camp du vainqueur, sera donc encore une fois libéral. Il n'y aura pas de réorientation massive à court terme de la construction européenne.

En France, plus qu'ailleurs, la campagne a été sacrifiée, les enjeux ont été caricaturés. Relisez donc les incantations sur "l'Europe, c'est la paix" (tribunes de François Hollande puis de Nicolas Sarkozy); ou les amalgames faciles entre Front national et Front de gauche sous l'appellation commune de populisme. A l'exception du TAFTA, rares ont été les sujets concrets abordés dans la campagne.

L'Europe est "toujours un paradis fiscal", rappelait Mediapart. Si les écologistes Eva Joly et Pascal Canfin ont bien tenté un "safari parisien" contre la finance lutte contre l'évasion et le dumping fiscaux intra-UE ont été parmi les grands absents des (maigres) débats.

Au niveau européen, la Gauche et les Verts ont marqué quelques points sans toutefois emporter la majorité du Parlement. En Grèce, le PASOK disparait derrière les nazis d'Aube Dorée (10%). Mais Syriza d'Alexis Tsipras remporte la première place. En Italie, le nouveau président du conseil Matteo Renzi (Parti démocrate, centre-gauche) a fait un carton, plus de 40% de suffrages. Au Portugal, l'opposition socialiste aux élections européennes a défait la coalition de centre-droit au pouvoir.

Il n'y a pas de ras-de-marée d'extrême droite en Europe. La France fait figure de triste exception, avec le Danemark: au pays de Borgen,  l'extrême droite locale a recueilli 27% des voix. En Finlande, les "Vrais Finnois" tombent en 4e position, tout comme le PVV de Geert Wilders.

France K-O, FN gagnant
En France, l'éditocratie tourne en vrille, les états-majors politiques tournent en toupie. Marine Le Pen savoure sa victoire qui n'est que la défection des autres. Un quart des suffrages exprimés sur fond d'abstention record, cela ne fait pas grand chose, à peine 14% des électeurs. La France n'a pas viré frontiste, elle a boudé.

Notre consoeur du Monolecte a rappelé cette évidence qui gêne les constats éditocratiques du moment: "entre les présidentielles de 2012 et les Européennes de 2014, le FN a baissé en nombre de voix." Ce quasi-surplace électoral du FN devrait aussi interroger nombre de commentateurs.

Dimanche, le FN a accusé le gouvernement de "truquer le vote". "Cette manipulation industrielle du vote des Français doit être immédiatement interrompue et les préfets doivent tout mettre en oeuvre pour apporter dans toutes les communes de France les bulletins de vote du Front national.L'accusation est gravissime, elle n'est pas nouvelle. Marine Le Pen, si admirative des autocrates Poutine (en Russie) ou Assad (en Syrie) n'a jamais de mots assez durs contre les "bourrages d'urnes" présupposés en France.

Dans un communiqué  ce dimanche, en plein scrutin, le FN prétendit ainsi que "le ministère de l'Intérieur a choisi d'empêcher la victoire du Front national en lui interdisant simplement de concourir en certains endroits du territoire."

La veille, les suprémacistes blancs du Bloc Identitaire avaient appelé à voter FN.

Qu'on se le répète.

Dimanche soir, Marine Le Pen a livré un courte intervention un peu surréaliste, appelant les Français qui les soutenus, ceux qui se sont abstenus, et même ses opposants à se rassembler auprès d'elle. "Le peuple souverain a parlé haut et clair". Elle réclame la dissolution de l'Assemblée nationale. Le député Morin, à l'UDI, qui réalise une dizaine de pourcentages des suffrages grâce à son alliance avec le MODEM, poursuit la même antienne.

Marine Le Pen a de la chance. Il y a deux leçons nationales à tirer de pareil scrutin: primo, l'actuelle construction européenne a gravement déçu. Pour le reste, ces élections ont peu à voir avec les évolutions politiques nationales. On se souvient des 16% gagnés par EELV en 2009, qui ne firent qu'un maigre 2% au scrutin présidentiel de 2012 pour Eva Joly.

Secundo, le désastre est national. Les listes du Parti socialiste ont fait pire qu'en 2009, ce qui était pourtant difficile. A l'époque, le PS fut dépassé par la nouvelle alliance EELV, et sortait d'un effroyable Congrès de Reims en novembre 2008. L'UMP et l'UDI/MODEM totalisent 30% des suffrages. Mais on ne retient que l'échec de l'ex-parti sarkozyste. "L'UMP est atteinte dans sa crédibilité" a clamé Fillon, grave et sérieux, dès dimanche soir.

Le Front de Gauche n'a pas rassemblé aussi largement qu'espéré. La dynamique d'une opposition de gauche est difficile à installer. Le conflit intra-gauche a laissé des traces (*). L'émotion d'un Jean-Luc Mélenchon, au soir de dimanche, était évidente, la déception immense. Elle était davantage pour un pays que pour un parti.

Vers 21 heures, Valls a mis sa tenue d'enterrement. Costume et cravate noirs, chemise blanche. Il parle droit, le regard brillant. Le discours est trop long. Au début, il fait un constat sans appel sur l'échec socialiste, le succès du FN, l'Europe abandonnée par l'électorat. Ensuite, il martèle combien sa feuille de route est la bonne, "la compétitivité des entreprises", "réduire les déficits", "les réformes de structure", et, enfin, "baisser les impôts des Français les plus modestes".

Il s'oublie. L'effet Valls n'existe pas. Le leurre est complet.


Elections européennes : "Un moment grave" pour... par lemondefr

"Un choc, un séisme"

Un choc tel qu'un proche de Hollande évoque un risque de disqualification du PS au premier tour de la prochaine présidentielle.

Les partis ne sont pas immortels.

Hollande accélère, nulle part.
Lundi matin, il avait convoqué une réunion "en urgence", curieuse formule communiquée par des communicants à des journalistes impatients. Communiquer sur la forme plutôt que le fond est une vieille tactique qui n'intéresse plus grand monde. Le soir, Hollande surgit sur nos écrans, quelques minutes pour expliquer que rien ne changera. Circulez, il n'y a rien à voir. Hollande évoque les "leçons" qu'il faut "tirer". A force d'être tirées à chaque élection désastreuse, on peut penser que ces "leçons" sont résistantes.

Hollande reconnaît l'effroyable: "les élections européennes ont livré leur vérité. Elle est douloureuse." En France, le vote FN , "c’est une défiance à l’égard de l’Europe, qui inquiète plus qu’elle ne protège", "une défiance à l’égard des partis de gouvernement, de la majorité, comme de l’opposition". Comme souvent, le constat, chez Hollande, est le bon.

Comme souvent depuis 2012, malheureusement, ses conclusions sont obstinées et invariantes. Il ose encore affirmer que la parole de la France sera encore écouté, ce 27 mai quand il rencontrera, affaibli comme jamais, ses collègues européens lors d'un Conseil des chefs d'Etat: "demain, pas plus tard que demain, au Conseil européen, je réaffirmerai que la priorité c’est la croissance, c’est l’emploi, c’est l’investissement." Sans rire... 

Lundi soir, Hollande embraye sur l'habituelle antienne du Pacte de responsabilité, la compétitivité et tout le toutim: 
"Ce n’est pas l’Europe qui nous demande de faire des réformes. C’est pour la France que nous devons les mener à bien. (...) C’est l’emploi par le soutien aux entreprises, le pacte de responsabilité. C’est le pouvoir d’achat par des baisses d’impôts. C’est la justice sociale par la priorité répétée, réaffirmée à l’éducation. C’est la simplification, la modernisation et ce sera tout l’enjeu de la réforme de notre organisation territoriale, de grandes régions, avec une évolution de nos collectivités et ce sera présenté dès la semaine prochaine."
Hollande martèle qu'il ne changera rien, absolument rien. Il n'a rien compris, comme tout un chacun. On attend la croissance, les embauches-miracles d'une réduction de cotisations aussi massive qu'inédite: "Cette ligne de conduite, elle ne peut pas dévier en fonction des circonstances, il y faut de la constance, de la ténacité, du courage. Mais aussi de la rapidité dans la mise en œuvre. Parce que les Français ne peuvent pas attendre."

Au travail ?

L'actuel président pense être en fait servi par les évènements. Le scrutin européen est un échec pour tous et pas que pour lui.

L'UMP se désagrège sous nos yeux. Lundi, un proche de Jean-François Copé et ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, passe aux aveux. Oui, les factures de prestations de l'agence Bygmalion à l'encontre de l'UMP étaient truquées. Jérôme Lavrilleux - c'est son nom - avait les larmes aux yeux en confiant le forfait: il est "impossible de faire une campagne électorale avec 22 millions d'euros. Tout le monde use d'expédients". Forcément, ce forfait, il l'avait commis tout seul, à l'insu du plein gré de Copé, Sarkozy et consorts. Il s'agissait de faire rentrer de l'argent dans la caisse électorale. Un peu plus tôt dans la journée, l'avocat de Bygmalion accusait l'UMP d'avoir couvert les dépenses de campagne du candidat Sarkozy en 2012.

Durant l'après-midi de cet improbable lundi, et plus tard encore dans la soirée, la police perquisitionnait le siège de l'UMP.

A la gauche de Hollande, on n'y croit plus, mais Hollande ne fait rien. Quelques "opposants" de l'intérieur osent espérer qu'ils grossiront leurs rangs. L'union des gauches n'est pas pour demain. Quelques minutes après la "communication" hors sol de Hollande, Europe Ecologie Les Verts balance: "François Hollande et Manuel Valls à côté de la plaque, la France a besoin d’un sursaut, pas de mesurettes." Le Parti de Gauche parle d'une vague, elle "a frappé, puissante, colossale". Nouvelle Donne se félicite de ses 3% des suffrages, malgré une campagne sous-médiatisée. Le NPA de Besancenot invoque à une "alternative à construire", vulgate invariante à chaque échec depuis une décennie. Sa rivale Lutte Ouvrière n'a plus peur du ridicule en expliquant que ses résultats"pour modestes qu’ils soient, préservent une perspective politique pour les travailleurs."

La gauche est ainsi, effarée et effarante. La droite républicaine sombre dans ses affaires. Le FN jubile. Les électeurs désertent.

L'Europe a tué le bipartisme en France.









(*) l'auteur de ces lignes a appelé à voter Front de gauche.