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1 juin 2019

Comment les Français ont déserté la politique- 629ème semaine politique

 

N'en déplaise à ses détracteurs, Emmanuel Macron a gagné son pari: voici un nouveau scrutin encore une fois quasiment déserté.

Quelle mascarade...

 

Un électeur sur deux se déplace, c'est mieux que lors des précédents désastres... Quatre millions de citoyens supplémentaires sont venus voter par rapport à 2014, on applaudit chaudement. Malgré une offre politique ultra-large avec 34 listes, y compris le parti animaliste qui s'est offert le luxe de faire mieux que le clown neo-fasciste Philipot, les élections européennes en France ont rassemblé 14 millions de votants de moins que le premier tour de l'élection présidentielle en 2017. Quel succès ! Applaudissez ! L'autocratie en place et le parti médiatique s'en accommodent: l'Europe, invoquée à tout bout de champs en bouc-émissaire, projet ou excuse, ne serait pas un sujet "porteur".

C'est donc encore un désastre. Près d'un abstentionniste sur deux justifie sa décision par un constat d'échec - ce scrutin ne servirait à rien.

L'indifférence des citoyens, et surtout des classes populaires, est un échec avant tout... pour elles-même. Elle garantit la reproduction politique et le maintien au pouvoir des mêmes élites, par une mascarade où, le vote n'étant pas obligatoire, des listes finalement ultra-minoritaires, perdurent dans une illusion de majorité complaisamment commentée et aboyée par les principaux médias. Les éditocrates glosent sur des rapports de forces électoraux, qui ne sont finalement que des joutes entre quelques-uns, et pour quelques-uns.

Pour le scrutin européen, la France comptait 47 345 328 inscrits dont 330 000 étrangers européens. Et environ 10% des adultes en âge de voter ne sont pas inscrits. Au regard de ces 47 millions, les scores atteints par les 6 listes qualifiées pour avoir des élus au Parlement européen apparaissent ridicules. Et donc illégitimes. Le "Big Bang" politique est là, non pas dans les éventuelles fortunes et infortunes de tel ou tel parti politique français, mais dans l'incapacité collective à intéressée. Le "Big Bang" n'est pas politique, il est démocratique.

On doit s'interroger sur la légitimité de ce scrutin: la campagne a été sabordée par la Macronie. Les élus, tous listes confondues ne représentent que 12,9 millions de votes, soit 27% des inscrits.

Les fachos
Vague fasciste ? Vague brune ? En pourcentage des voix, l'extrême droite se porte bien. Le Parti Médiatique parle de "revanche", de "succès", de "victoire". De victoire sur quoi ? Avec 5 286 279 votes, le Rassemblement National a effectivement gagné 574 000 voix par rapport à 2014, et même un siège (avant l'effet du Brexit qui attribuera mécaniquement plus de sièges). Le score est louable pour un parti qui a montré toute sa nuisance et son inutilité au Parlement européen: détournement de fonds, votes négatifs systématiques même sur les options qui lui sont favorables, absentéisme massif, désertion de ses élus, etc...

Mais il a perdu 2,4 millions de voix par rapport au premier tour de la présidentielle en 2017.

Quel rassemblement !

Le parti des riches
Le parti du président Macron a tout tenté: cacher son programme jusqu'à la dernière minute, devenir écolo à la dernière minute, débaucher où il pouvait encore, tout en assumant une politique nationale de droite, conservatrice et répressive. Résultat, avec 5 078 781 votes, LREM fait mieux que les "centristes" de 2014, mais la comparaison est hasardeuse. Elle ne convainc que quelques légions d'idiot(e)s utiles encore persuadé(e)s d'être dans un parti de gauche et progressiste. LREM a en fait siphonné une large fraction de l'électorat de droite furibarde.

La plupart des responsables de La République en marche se réjouissent d’avoir consolidé le socle électoral d’Emmanuel Macron. Par rapport au premier tour de la présidentielle 2017, Nathalie Loiseau a réduit le socle macroniste de ... 3,7 millions de voix, rien que ça ! En deux ans, sur le coeur de son ADN politique (l'Europe), Emmanuel Macron a perdu près de 4 millions de suffrages.

Bravo.

Sociologiquement, le parti macroniste a presque atteint l'exact portrait des intérêts de classe qu'il défend: diplômés d'études supérieur, catégorie aisée, urbains (surtout parisiens), actifs ou retraités.

La "victoire" d'EELV permet aussi aux macronistes de laver plus vert. Les voici qui répètent depuis lundi qu'ils "s'allieraient" bien avec les écolos au Parlement européen ("Le groupe va être une charnière qui va pouvoir, en quelque sorte, être un moteur pour une alliance progressiste, et pourquoi pas avec les Verts" Sibeth Ndiaye, 28 mai). La belle affaire ! La Macronie est écolo... hors des murs franco-français. Faut-il prendre l'électrice et l'électeur pour si bêtes ?

Les écolos ... capitalisme-compatibles ?
Avec 3 054 521 suffrages et 13,5%, Jadot parle de "vague verte". Jadot a réussi son pari, être troisième dans une course perdue d'avance tant elle fut méprisée, massacrée, écrasée. Il double presque le score écolo de 2014 (1,7 million de voix), ce qui est gageure. Mais où est la "recomposition" politique ? Jadot "rebat les cartes à gauche" promet Paris Match. Comment ose-t-on parler de recomposition politique ? Les listes écologistes "officielles" ont toujours sur-performé aux scrutins européens par rapport à n'importe quel autre scrutin national (présidentiel, législatif) depuis 25 ans. C'est heureux, car la lutte contre le réchauffement climatique mérite tous les alliés possibles.

Mais comment interpréter les premiers pas du nouveau champion de la scène politique française ?
"La consolidation des votes du RN et de LRM et la chute des partis historiques de droite et de gauche bouleversent le rapport de force électoral" écrit le Monde. Ce rapport de forces n'est que électoral, c'est-à-dire issues des élections. Il ne représente pas la réalité politique du pays.

Yannick Jadot valide un publi-reportage exclusif dans Paris Match avec sa compagne, une journaliste politique de RTL qui démissionne après l'élection. Il prend ses distances avec la gauche sociale - "On va pas se mettre autour d'une table entre les anciens partis du XXe siècle pour faire des accords".

La droite furibarde
Le christique François-Xavier Bellamy, désigné par l'opportuniste énarque Wauquiez pour conduire la liste européenne des Républicains, n'a pas réussi à conserver cette large fraction de l'électorat filloniste de 2017 qui l'a quitter pour la Macronie. Avec moins de 2 millions de voix, la droite furibarde s'est fait tellement siphonnée de l'intérieur par Emmanuel Macron, que certains ont osé porter le sénateur Gérard Larcher en "tête de gondole" de la reprise en main...

Depuis deux ans, le président des ultra-riches conduit une politique plus à droite que Sarkozy en son temps: restriction des libertés publiques (secret des affaires, loi anticasseur, état d'urgence), privatisation du rail via la réforme de la SNCF, réduction des droits des salariés et des services publics, amélioration massive de la fiscalité des revenus du capital et des plus aisés, massives réductions de cotisations sociales pour les entreprises avec en contrepartie un plan d'économie sur la sécurité sociale, loi Asile et Immigration pour réduire le droit d'asile, etc. N'oublions pas l'incarnation physique par Macron lui-même - soutien de Sarkozy, affichage complaisant devant l’Église, restauration virile du personnage du "Chef de l’État" vis-à-vis de la presse et du public. Tout a été fait pour que l'électorat le plus conservateur s'y retrouve enfin. Au passage, le Parti socialiste a évité la disparition politique grâce à la fuite des rives macronistes de quelques-unes de ses ouailles.

La gauche toujours en vrac
Avec 1 428 548 votes, la France insoumise déçoit gravement. Avec ou sans le PCF, son allié de 2014, LFI fait mieux qu'en 2014, mais qu'importe. L'effondrement par rapport au premier tour de la présidentielle est indéniable (près de 4,5 millions de voix évaporées). Malgré la casse sociale et environnementale et la dégradation annoncée des services publics sous cette présidence des riches, malgré de nombreuses propositions européennes détaillées et une campagne déterminée et bienveillante, les insoumis ne sont pas parvenus à convaincre: la moitié de leurs électeurs de 2017 se sont abstenus, et un autre tiers est parti chez EELV ou le PCF.

Le Parti socialiste a été sauvé de la disparition du parlement européen. Réflexe de survie, quelques contingents de fidèles sont revenus au bercail, échaudés par la dérive droitière de Macron.

LFI, PCF, PS et Generation.s (Hamon) ont rassemblé plus de voix qu'en 2014, preuve que la désunion... ne paye pas. Chacun s'est évertué à se convaincre qu'il avait des différences irréconciliables avec son voisin - alors même que les élus de ces formations (Hamon exclu) votent dans le même sens dans 90% des cas à l'Assemblée nationale.

Les bases militantes et sympathisantes peuvent être écœurées: le tintamarre politique de cette opposition a permis de faire sombrer l'ensemble de l’échafaudage. Et provoqué un profond désintérêt.

Les bonnes surprises
Elles sont peu nombreuses, mais il y en a. Parmi les listes "exotiques", les plus furieuses ont été quasiment éteintes: la "Ligne Claire" conduite par Renaud Camus, grand prêtre du "Grand Remplacement" a recueilli moins de 2 000 voix en France. Ce Remplacement-là est enfin presque terminé. Le Gilet Jaune d'extrême droite Chalençon est également balayé, tout comme le parolier Francis Lalanne qui n'en finissait plus d'amuser la galerie. Et Florian Philippot, dissident souverainiste du FN et auto-proclamé président des Patriotes, a rassemblé quatre fois mois de suffrages que le Parti animaliste.
"Devancés par le parti animaliste, Les Patriotes remplacent Florian Philippot par un épagneul breton" Le Gorafi, 28 mai 2019.
Maigre consolation, les insoumis font jeu égal avec le RN auprès des 18-24 ans (14% des votes, 6% des inscrits), juste derrière LREM (17%/7%) et EELV (23%/9%).


Cacher ce bilan macroniste...
La manœuvre pour tuer l'élection européenne a été parfaite: de janvier à mars, le vieux-jeune monarque a lancé une "Blitzkrieg" sur les ondes radio-télévisuelles, inondant de sa présence des heures durant les plateaux de BFM, LCI, CNEWS et même France Culture, au motif de "répondre" aux Gilets Jaunes. Le Grand Débat, dont il n'est rien sorti de concret au gouvernement (au contraire, Macron a ensuite expliqué qu'il avait suffisamment "donné" lors de ses annonces de décembre 2018), a cette unique vertu de tuer dans l’œuf le débat européen naissant.

Ensuite, la liste puis encore plus tardivement le programme détaillé des macronistes ont été dévoilés. Avec une belle surprise, du green-washing à tous les étages dont on aurait aimé débattre et comparer avec l'immobilité agitée qui caractérise l'action environnementale de Macron en France depuis 2017. Raccourcir le temps de débat est une caractéristique de la Macronie pressée (hasard ou coïncidence, 48 heures après le scrutin européen, les députés macronistes votaient la réduction à une prise de parole de 5 minute par groupe politique pour toute discussion générale sur un texte de loi). Sans surprise, les sondages révèlent une évidente: une large majorité a trouvé la campagne européenne sans intérêt (61% d'après l'IFOP). Le désintérêt a été massif chez les classes populaires (66% parmi les employés et ouvriers; 57% chez les sans-diplômes.

Puis voici quelques mauvaises nouvelles, symboliques ou pas mais qui auraient pu impacter ce débat politique européen qui n'a pas eu lieu, qui ont été savamment reportées à l'après-scrutin.
  1. Le 29 mai, le Canard déterre un rapport publié discrètement où l'on apprend que déjà 21 ministres ont subi un redressement fiscal depuis leur entrée au gouvernement en 2017.
  2. Le gouvernement attend le 30 mai pour officialiser une hausse de 5,9% des tarifs réglementés de l'électricité, soit environ un coût supplémentaire de 85 euros par an pour les ménages se chauffant à l'électricité.
  3. A compter du 1er juin, les hauts fonctionnaires "récalcitrants" seront remplacés. C'est une purge qui ne dit pas son nom.
  4.  Le 30 mai, le lobby agroalimentaire ( l’association nationale des industries de l’alimentation, Coop de France, l’association des coopératives du secteur agricole, la fondation Avril, le Fonds français pour l'alimentation et la santé), dépose les statuts d'une coopérative qui vise à privatiser les données de qualité alimentaire, avec le soutien financier du gouvernement (3 millions de subventions ont été demandés). Il s'agit de gêner voire d'empêcher les applications citoyennes (Yuka, OpenFoodFact, etc) qui notent les produits alimentaires selon leur composition nutritionnelle et leur niveau de pollution.
Pire encore, l'échec de la "politique" industrielle éclate au grand jour avec une succession d'annonces détestables.

Le repreneur de l'usine Whirlpool à Amiens (Somme) annonce le 28 mai sa mise en redressement judiciaire, Mediapart détaille les coulisses de cette "sous-traitance d’un plan de licenciement d’un grand groupe" mise en place par Macron l'an passé et qui éclate aujourd'hui. Le groupe américain General Electric dévoile le même jour la suppression de 1.044 emplois sur ses sites de Belfort et de Bourgogne. Le gouvernement Macron confirme avoir "travaillé depuis des mois" sur le dossier, mais "sans connaitre l'ampleur du plan social". Ces gens-là sont soit des naïfs incompétents, soit des menteurs.

La politique industrielle de Macron révèle ainsi ses limites et son inefficacité brutalement après ce nouveau scrutin: sur tous les dossiers où il est intervenu avant puis après son élection (Alstom, Airbus, Whirlpool, GE, Ascoval), il a favorisé des alliances ou prises de participation aux détriments de l'activité sur le territoire national, favorisant le dépeçage ou le transfert pur et simple des métiers à l'étranger. Et sur les autres dossiers (Ford à Bordeaux), sa politique de l'offre, appuyé sur des défiscalisations massives qui vident les comptes publics et sans contreparties d'emploi (CICE notamment), laisse les salariés désemparés (loi Travail): "Depuis 2012, dans toutes les fonctions qu’il a exercées, (Macron) s’est employé à réduire tous les relais de l’industrie en France, à supprimer tout ce qui pouvait constituer une force" détaille la journaliste Martine Orange pour Mediapart, "à jouer à un Monopoly industriel ravageur, en s’instituant banquier d’affaires en chef de l’État. Pour lui, l’entreprise n’est qu’un objet à monétiser, une structure dont il faut extraire la valeur au plus vite."


La victoire des lobbies
Au niveau de l'Union,  même les Britanniques ont du voter. Et malgré l'effondrement politique de la Grande Bretagne après deux années infructueuses à négocier une sortie honorable de l'Union européenne et la démission de Theresa May, ce sont les Brexiters qui ont remporté une nouvelle fois le scrutin... Ailleurs en Hongrie et Pologne, l'extrême droite progresse de manière "spectaculaire."

Au lendemain du scrutin et toute la semaine qui s'en est suivi, les dirigeants européens ne sont pas étonnés, pas même secoué par cette désertion démocratique qui ne concerne pas que le France (les niveaux d'abstention en Europe de l'Est sont faramineux).

Le Parlement européen se retrouve une fois de plus sous la domination des forces libérales et conservatrices: la ALDE va se refonder pour accueillir les nouveaux élus LREM (avec 105 sièges). Elle sera l'alliée évidente du PPE, qui domine encore avec 179 sièges et, parfois, l'ECR (Conservateurs, 63 sièges), soit un total de 42% des sièges. "En face", les sociaux-démocrates font pâle figure: ils sont descendus à 153 sièges mais surtout nombre de leurs membres sont des alliés objectifs des forces conservatrices.

Cet ensemble sera dominant, ultra-dominant face à sa gauche encore sonnée (38 élus) et même les écolos et leurs 69 député(e)s. Or cet ensemble est aussi et surtout le plus perméable et le plus tolérant aux lobbies. Partout en Europe où il est au pouvoir, il appuie ou se fait le relais des lobbies économiques et industriels: loi sur le secret des affaires, report des engagements environnementaux, soutien aux privatisations lucratives, etc.


***

Weekend de l'Ascension oblige, le vieux-jeune monarque file au Fort de Brégançon se reposer. La piscine à 34 000 euros installée l'an passé a peut être été ré-installée.

Il paraît qu'il veut "travailler au calme".

24 mai 2019

Pour l'Europe, contre Macron - 628ème semaine politique



La campagne pour le renouvellement du parlement européen s'achève et Emmanuel Macron a peut-être remporté son pari: l'abstention s'annonce massive. Et pourtant, cette élection est la première où le choix peut se porter largement contre Le Pen/Bardella et Macron/Loiseau, "et en même temps" pour l'Europe.



Macron se jette dans l'arène, vraiment ?

La macronie met en scène sa mobilisation contre l'abstention, plutôt que de parler de son propre programme. D'un parti qui n'a osé publier ses propositions pour les 5 années à venir que trois semaines avant le scrutin, un véritable sabotage politique assumé, cette mobilisation sonnait fausse.

Il y a donc cette video présentant une brochette de ministres (Parly, Blanquer, Wargon, Buzyn, Penicaud, etc) et de "ténors" (Aurore Bergé, Stanislas Guerini), en plein recrutement téléphonique pour le vote de leur liste "Renaissance". Qu'une pareille équipe se mettent ainsi en scène est risible et outrancier.

Il y a surtout cette vidéo publicitaire du youtubeur Hugo Travers, employé de l'agence Blog Press Agency, où le vieux/jeune monarque déploie ses arguments, il répète en boucle le story-telling de sa propre aventure politique et les injonction à la mobilisation: "Si vous n'aimez pas le système dans lequel on vit, changez-le !" Oubliera-t-on la répression inouïe, les menaces et les mesures liberticides pour décourager les Gilets Jaunes, les étudiants, et toutes la manifestations mobilisant des oppositions à sa politique en France ? Macron est tel un Poutine qui donne des leçons d'engagement politique.

Le YouTubeur n'est pas à la hauteur. Il n'est pas journaliste, il ne relance pas. Il survole les sujets. Il ne contredit pas quand Macron ment (la séquence sur les lobbys est croustillante); HugoTravers n'évoque pas la loi contre les lanceurs d'alerte; il oublie même de demander à Macron pourquoi ses propositions européennes ont été dévoilées si tard. On apprend de Macron qu'il a "perdu" sur le glyphosate "à cause du lobbying par ailleurs". Tiens donc... Et donc, comment le croire efficace demain s'il a perdu hier sans proposer une seule mesure correctrice contre le poids des lobbys dans son programme européen ?

Les médias officiels également tentent de rattraper leur retard: LCI enquille deux débats lundi (245 000 téléspectateurs puis près de 500 000 téléspectateurs); France 2 suit avec une Emission Politique mercredi (2 millions) où les têtes de liste de la droite furibarde (LR), de l'extrême droite  (RN) et des macronistes se portent pâle. Jeudi, "l'ultime débat" sur BFMTV (473 000 téléspectateurs) permet à Manon Aubry d'éteindre Nathalie Loiseau sur l'hypocrisie macroniste des ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite qui violent les traités européens de sécurité. Et à Hamon de rappeler à Bardella (RN) ses origines immigrées alors que le "leader" frontiste arranguait le plateau contre les migrants.

L'Europe abîmée
Au nom du chantage à la paix, on simplifie les enjeux (pour ou contre l'Europe ? Populisme contre Europhiles ? etc), on étouffe les échanges sur les propositions concrètes des rivaux, et on agite les peurs (la guerre, le chaos, la faillite) pour forcer l'application d'un modèle de libre concurrence (y compris fiscale), de négligence écologique, et d'affaiblissement social au nom du Marché.

Macronisme et frontisme sont les deux actes d'une mauvaise pièce de théâtre, chacun nourrissant l'autre de ses caricatures; chacun aidant l'autre à étouffer le débat de ses rivaux. Mais pire, l'orchestration du débat politique autour de ce scrutin européen est à l'image de l'Union européenne elle-même: une caricature, comme celle dans laquelle la Grèce est tombée il y a 4 ans. En 2015, la faillite de Syriza en Grèce à respecter le vote des urnes et sa capitulation devant la Troika (Commission européenne, FMI et Banque Mondiale) est l'illustration du même chantage "chaos ou libéralisme": quelques mois avant Syriza, dirigée par Alexis Tsipras, avait remporté les élections législatives (avec une majorité relative des suffrages), et écrasé le PASOK.

Pendant des mois, son équipe gouvernementale a ensuite tenté de négocier un assouplissement des conditions de "redressement" économique que la Troïka lui imposait pour rembourser (et sauver) les banques européennes (allemandes et françaises notamment). Malgré un référendum populaire où le refus des exigences de la Troïka l'avait emporté, Tsipras avait choisi de se coucher et de trahir le résultat du référendum. Surendettée auprès de banques européennes sur la foi de statistiques tronquées et de banques d'affaires qui recrutent à la Commission européenne, la Grèce a privatisé jusqu'à son patrimoine, réduit l'espérance de vie de ses concitoyens, augmenté la pauvreté et le chômage à des niveaux affolants.

Certains ont vu dans ce revirement de Tsipras une victoire du réalisme, la prouesse tactique d'un homme à canaliser la colère sociale. Tsipras a surtout dégouté des légions de citoyen(ne)s de l'action politique. Pour le scrutin de mai 2019, le premier depuis 2015, la droite est donnée gagnante. Tsipras a explosé la gauche qui l'avait porté au pouvoir. Mais le cas de Tsipras n'est pas grand chose. Il y a plus grave, un échec symbolique porteur de plus graves déceptions encore: en Grèce, en 2015, l'Union européenne toute entière s'est abimée. Elle a montré le véritable visage de ces faux béats en tee-shirt bleu qui aujourd'hui bafouillent leur amour de la paix et de l'union, mais cachent leur programme de fracture sociale et fiscale. L'Union européenne s'est abimée, écrivions-nous, "en démontrant qu'elle était incapable de solidarité, qu'elle préférait le dépeçage d'une économie et l'absurdité austéritaire."

Depuis 2016, l'Union s'est abimé à bien des occasions, et notamment en matière internationale: la crise des réfugiés a révélé qu'elle n'était qu'un club de riches effrayés: en Italie, en Autriche, en Hongrie et en France (avec Macron), des lois anti-migrants ont été votées, sans gêne, tandis que, à l'exception de l'Allemagne en manque de main d’œuvre, les États européens étaient incapables d'apporter une réponse à la hauteur de leur déclaration.

Jean-Jacques Bourdin: "Monsieur Alliot, vous approuvez la politique du gouvernement vis-à-vis des migrants ?"
Louis Alliot (RN): "Monsieur Bourdin, je n'ai pas à l'approuver, cela fait trente ans qu'on la défend."
RMC, BFMTV. 30 mai 2018

Pour lutter contre le dérèglement climatique, l'Union a aussi montré ses limites. En France, le macronisme au pouvoir a porté un coup dur à la transition écologique non seulement nationalement mais aussi au niveau européen. Les agitations publicitaires de quelques ministres ex-lobbyistes de grands groupes (Poirson, Wargon) ne font pas une politique.

L'Union s'est abimé mais elle est encore le meilleur endroit pour agir sur les sujets qui comptent, à condition d'y réformer ses institutions, d'accroitre les pouvoirs de son Parlement élu. 

Le scrutin européen est une chance: il n'y a qu'un tour, mais il est proportionnel. Les vieux chantages RN/LREM ne jouent pas. Ils ne servent à rien. 
 
Les députés frontistes ne servent pas davantage. Il y a 5 ans, le Front national ne créait plus la surprise mais emportait le scrutin européen en France en envoyant le plus fort contingent. Le bilan de ses député(e)s est nul: le groupe a perdu des troupes (9 sur 24!), les député(e)s restants sont surtout abstentionnistes, et le FN a surtout marqué par les détournements de fonds pour se payer des assistants (17 députés mis en cause), et ... de joyeuses dépenses de frais de bouche. Et les votes ont été systématiquement contre, même lorsque les mesures allaient dans le sens de leurs promesses.


C'est le premier scrutin depuis 2017 où l'on peut voter "pour", "et en même temps" contre le macronisme et son idiot utile, le Rassemblement national.

Ami citoyen(en), aux urnes !



18 mai 2019

Pourquoi un vote macroniste est inutile pour l'Europe - 627ème semaine politique



Le vieux-jeune monarque s'est décidé à entrer dans l'arène.

Il a bien planifié sa manœuvre. Emmanuel Macron veut convaincre qu'il est europhile, le champion des europhiles contre les populistes, un rempart pour la construction européenne à l'heure du Brexit. La démarche est louable, le fond est faux, la manipulation grossière.  La campagne des élections européennes a été sacrifiée par la Macronie, de A à Z. On l'a écrit, expliqué, détaillé.

Caricaturée jusqu'à sa plus simple expression, le "débat" sur les enjeux européens et la politique à venir s'est même concentré ces derniers jours sur le ralliement d'un obscur élu local insoumis au Rassemblement national: le sujet rassemble les fachos frontistes trop heureux d'une pareille publicité gratuite et les macronistes, appuyé par le Parti médiatique, qui sont trop heureux d'amalgamer LFI et RN. Et pour aider, voici que nos médias relaient à grands traits un opportun sondage sur le degré de prétendue proximité politique des différents sympathisant(e)s, et, surtout, ceux de Mélenchon, avec le RN.

Sans rire...

Triste à pleurer.

Le vieux-jeune monarque "s'engage dans la campagne." Appliquant cette verticalité politique qui lui sied tant, selon laquelle tout en Macronie doit procéder du monarque, les fans du président ont remplacé la terne Nathalie Loiseau par leur champion sur les affiches électorales. Reconnaissons le courage de se placer ainsi en première ligne, une bravoure couplée à un narcissisme excessif. Mais il y a urgence, le RN fait la course en tête des sondages et ça panique en Macronie.

En coulisses, les ministres s'inquiètent. Le premier d'entre eux, Edouard Philippe, a confirmé qu'il y aura un remaniement après les élections, plus ou moins important en fonction du score macroniste que les sondages prédisent élevé grâce à l'abstention des classes populaires, mais derrière l'extrême droite. Des parlementaires macronistes anonymes flippent aussi. La campagne "est un désastre" confie un député. "Y a le feu au lac!"dit un autre. Macron a été élu contre le FN en 2017. Qu'il se révèle incapable de juguler la progression de la Bête Immonde, de surcroît sur le sujet qui fait paraît-il son ADN politique - l'Europe - n'est pas seulement cocasse mais aussi terrifiant.

Macron entre donc en scène, trop fort, trop tard, et à coup de gros slogans naïfs, hypocrites ou mensongers.

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye instrumentalise à fond ses origines dans sa communication politique: "C’est l'histoire de Fara. Son père est mort à la guerre. Il va réussir ses études à Dakar, puis venir à Paris et rencontrer ma mère. C’est ça l’histoire de l’Europe: la paix, la guerre, la réconciliation. Un rêve fou. C’est pour ça que je voterai . Un vote de cœur."

Cela cache mal la xénophobie administrative en vigueur en Europe et qu'a renforcé l'équipe macroniste en France avec sa loi Asile et immigration d'avril 2018. Un mois avant le scrutin, la CIMADE publie une édifiante analyse des travers de l'asile européen, et des persécutions et tracas dont sont victimes les demandeurs d'asile en France: "(1) Le système Dublin mine la solidarité européenne ; (2) il affaiblit les droits de personnes en besoin de protection ; (3) il n’est pas efficace (au sens des autorités et des taux d’expulsion) puisque la balance des « transferts » de personnes entre États est sensiblement équilibrée."

La "Renaissance européenne" macroniste a un goût de cendres. Les réfugiés sont traqués, baladés d'un pays à l'autre, emprisonnés et les délais de demandes et de recours ont été réduits. Pire, leur accès aux soins est fragilisé en France, dénonce le Défenseur des Droits - " baisse drastique d’avis médicaux favorables au maintien sur le territoire", "mauvaise information" des migrants lors de leurs détention.

Ailleurs, la France assume ses ventes d'armes à l'Arabie Saoudite qui pilonne la population civile du Yémen. La "Renaissance européenne" macroniste a un goût de cadavres. La France et ses alliés (sauf l'Allemagne) aliment les conflits de leurs ventes d'armement. Un navire saoudien termine ainsi cette semaine son périple européen chargé d'armements belges, britanniques, espagnol et bien sûr français, et bafoue donc les obligations des États de l’Union Européenne au regard du Traité sur le commerce des armes, dénonce Amnesty International. En Libye, pays déstabilisé par la France quand Sarkozy craignait que Kadhafi ne dévoile ses financements occultes selon plusieurs enquêteurs, les forces du maréchal Haftar, lequel est soutenu par Macron, abiment par le feu et le sang le processus de paix de l'ONU. Amnesty évoque des possibles crimes de guerre. Dans cette même Libye, la France macroniste a livré des bateaux pour ramener les migrants qu'elle refoule. Et Macron expliquait, il y a un an, qu'il souhaitait y installer des "hotspots" pour filtrer sur les côtes libyennes les migrants. Et préférait taire les abus sexuels et les tortures dans les camps de réfugiés libyens dont la France officielle avait connaissance.

La "Renaissance européenne" macroniste a parfois un goût de cadavres et de cendres.

Un vote en faveur de la liste macroniste dessert l'Europe: primo, il ne sert pas la lutte contre le réchauffement climatique car il ne suffit pas d'afficher beaucoup de propositions écologistes lointaines ou floues à la dernière minute d'une campagne pour faire oublier l'inaction en France et le carcan de la règle des 3% qui empêche d'investir dans la transition écologique à la hauteur des enjeux au niveau européen.

Un vote macroniste n'améliore pas la démocratie européenne: tandis que les insoumis proposent le renforcement des pouvoirs de désignation, de vote et de contrôle du Parlement, les macronistes se contentent d'un silence prudent: la seule proposition concrète dans le programme macroniste, est d'accorder un pouvoir d'initier les lois; pour le reste, ils renvoient à l'organisation d'une "conférence" pour en discuter. Au nom de l'Europe, Macron a également fait voter une loi liberticide contre la presse et les lanceurs d'alerte pour protéger le secret des affaires.

Un vote macroniste  n'est pas humaniste car les actes de Macron à l'encontre des migrants, des manifestants, des opposants dans son propre pays démontre au contraire un autoritarisme croissant et inquiétant. En France, le macronisme est autoritaire et (physiquement) violent. Il réorganise la sécurité de l'Elysée contre les hiérarchies policières et de gendarmerie. Il couvre ses barbouzes Benalla et Crasse qui trafiquaient des contrats de sécurité avec des oligarques russes et d'autres en Afrique. Il durcit semaine après semaine le contrôle des manifestants. Le ministre Castaner et Macron sont silencieux sur l'incroyable bilan répressif des 6 mois écoulés - des milliers d'arrestations préventives, des comparutions immédiates malgré des chefs d'accusation parfois inexistants, des mutilations en grand nombre, une énième loi liberticide au nom de la défense de la République (mais de quelle République parle-t-on quand cette dernière a pris tous les oripeaux juridiques des régimes autocratiques ?). Non seulement cherche-t-il à décourager les manifestants, mais il poursuit "en même temps" ses provocations verbales.

Un vote en faveur de la liste macroniste abimera encore davantage le droit social. Aligné sur le slogan sarkozyste "travailler plus pour gagner plus", les macronistes trouveront au Parlement de Bruxelles des alliés de circonstances chez l'extrême droite autrichienne (qui a voté l'allongement à 60 heures par semaine de la durée maximale de travail hebdomadaire en Autriche). La réforme des retraites qui se prépare, avec l'allongement de la durée de cotisation, est un autre coup de canif dans la solidarité nationale au nom des équilibres budgétaires européens.

Un vote en faveur de la liste macroniste est inutile dans la lutte contre l'évasion fiscale - cette évasion qui pénalise les comptes publics des États membres de l'Union, et donc les services publics les plus élémentaires. Qui peut trouver ce Président des ultra-riches crédible dans la lutte contre l'optimisation fiscale des quelques centaines de milliers d'ultra-aisés qui l'ont choisi et fait élire ?  Une fraction de ces derniers se sont retrouvé ces jours derniers à Monaco pour le Salon de l’émigration et de la propriété de luxe (Ielpe) s'est tenu les 15 et 16 mai. La Macronie loue l'optimisation fiscale. A Bruxelles, elle soutient l'UE quand cette dernière retire trois paradis - Aruba, la Barbade et les Bermudes, de sa liste noire: "les réformes auxquelles se sont engagés Aruba, la Barbade et les Bermudes ne vont pas les empêcher d’opérer en tant que paradis fiscaux" résume OXFAM.

Un vote en faveur de la liste macroniste abimera encore davantage les services publics: au nom de l'Europe, Macron a accéléré la privatisation du rail en détruisant le statut des cheminot et préparant la fermeture discrète des petites lignes "non rentables" (il n'y a pas de "plan de fermeture" assure le président de la SNCF, mais "le statu quo n'est pas tenable" ajoute-t-il).




"Renaissance européenne", "union des progressistes", ... vraiment ?

Ami(e) macroniste, où en es-tu ?





11 mai 2019

Macron écolo ? Parole de vert de gris ! (626 semaine politique)

 

 

Brailler que tout changera après-demain pour que rien ne change aujourd'hui, voici l'arnaque macroniste.

 

L'urgence... électorale
A la va-vite, le vieux jeune homme s'est dépêché de faire un micro-discours sur la bio-diversité sur le perron de son palais. Il avait une double urgence personnelle. Un énième rapport du GIEC sur "les impacts d’un réchauffement climatique global" venait d'être publié par l'ONU, et ses auteurs y décrivent une catastrophe écologique majeure mais connue, une "extinction de masse", un génocide écologique. A trois semaines d'un scrutin européen volontairement négligé, Macron a besoin de se faire valoir sur le terrain écologiste.

Il ne lui reste que cela pour paraître "progressiste".

Macron donc bafouille quelques mots ce mardi 7 mai 2019 - le président des riches, l'auteur de la loi anti-asile et de la traque des Gilets jaunes appelle de ses vœux à une "Terre habitable". Des mots, du vent, aucune action ou si peu. Macron s'affiche comme le capitaine d'un Titanic qui explique qu'il vient de changer l'orchestre du pont supérieur. Il récupère même à son compte quelques slogans de l'opposition - "fin de mois, fin du monde", même combat ?

Voici le vieux jeune monarque qui le dit lui-même après que pendant des semaines de mobilisation Gilets Jaunes, ses sbires les plus outranciers aient proclamé l'inverse.

Et oui, maintenant, c'est devenu la thèse officielle, merveilleux retournement: "l'angoisse de fin de mois, c'est une angoisse de citoyens [...] C'est aussi l'angoisse des problèmes de réchauffement climatique et de biodiversité. Je pense que ces problèmes n'en font qu'un."


VERT DE GRIS
Vraiment ?

Le monde s'écroule, on évoque une extinction de masse mais Macron recycle de vieilles et insuffisantes mesures, personne n'est dupe. La manœuvre est politicienne: Macron frappe à "gauche" sur l'écologie, à la dernière minute, car la défense de l'environnement est l'un des rares thèmes à faire surface dans l'inquiétude générale. Mais il pioche aussi à droite, à l'extrême droite, avec sa tête de liste Nathalie Loiseau, ex-candidate sur une liste étudiante avec l'extrême droite dans sa jeunesse qui aujourd'hui répète à n'en plus finir les mêmes slogans anti-migrants et anti-asile que les fachos du Rassemblement national:


La République en Marche a la trouille rageuse de se trouver derrière le FN aux élections européennes. Pensez-vous... Quel bel échec de celui qui s'était érigé en rempart anti-FN en 2017 ? Deux ans plus tard, ce premier scrutin montrera sans doute que son cœur électoral d'une dizaine de pourcent des électeurs est toujours là, ce qui, sur fond de divisions de l'opposition savamment entretenue et d'abstention massive, lui donnera mécaniquement une avance à environ 20% des suffrages exprimés. Dans les sondages du moment, 60% du corps électoral n'a pas l'intention de voter. Les plus fortes proportions de citoyens découragés sont les jeunes et les classes populaires.

Cette abstention sert la Macronie. Cette dernière a tout fait pour qu'elle soit élevée et les oppositions divisées n'ont pas réussi pour l'heure à renverser la barre, à l'exception du Rassemblement national légitimée dans ses bêtises xénophobes par la politique migratoire et sécuritaire de Macron et, plus récemment, les discours de campagne de Loiseau.

Mais si la Macronista se trouve derrière la liste de la Bête Immonde, la claque sera cinglante. Macron d'ailleurs est lui-même cinglant à l'encontre de ses ministres qu'il trouve désormais trop timorés dans cette non-campagne. Le vieux jeune monarque, qui s'attache à "verticaliser" sur sa personne tout le dispositif politique et institutionnel de cette République à bout de souffle se trouve soudainement à engueuler ses sbires de leur manque d'enthousiasme.

La République en Marche a donc la trouille rageuse de se trouver derrière le FN et la voici qui sert la soupe idéologique du RN. 

Ecolo/facho ? La Macronista serait-elle devenue vert-de-gris ?

Bref, dans cette dernière ligne droite d'une course européenne ratée, où tout a été fait pour laisser les électrices/teurs dans le découragement et l'abstention la plus massive, la macronie joue la carte vert/brune, nauséabonde et hypocrite à souhait.


Macron n'est pas bio
Revenons sur le "programme" écolo si soudain de la Macronista.

Le bilan provisoire de Macron est connu. Il a même une incarnation symbolique, la démission en direct à la radio de la star écolo du pays débauché pour rejoindre la première équipe du Nouveau Monde en juin 2017, Nicolas Hulot.  Ce ministre de l'Environnement a tout balancé en direct: sa rage, sa déception devant tant d'inaction. Les macronistes effrayés ont accusé son amateurisme. Mais jugeons donc les décisions et non-décisions de Macron depuis deux ans en matière écologique.

 
Paroles, Paroles
Le "Green-washing" macroniste suit une logique connue: annoncer bruyamment des grandes intentions et de grands objectifs très tardifs, le tout habillé par des slogans aussi séduisants que vagues ("big bang dans les poubelles", "make our planet great again", etc). L’urgence écologique version Macron consiste à reporter très loin ce qu’on doit faire aujourd’hui; à fixer des objectifs plus ambitieux s’ils sont lointains, modestes s’ils sont immédiats; à promouvoir des gadgets qui sonnent bien mais ne signifient rien. Ainsi les quelques promesses dévoilées à la va-vite (le lendemain des annonces du GIEC), au dernier moment (le 9 mai), et dans un hebdomadaire notoirement de droite (sic!), ne sont qu'un effet d'annonces
  • Une taxe carbone aux frontières ? Elle est promise depuis ... 2008 par Barroso, et, en France, Macron a préféré l'annuler en décembre. Comment le croire crédible pour l'appliquer ?
  • Le "Pacte de soutenabilité" et la "Banque pour le climat" sont des gadgets politiques pour éviter de modifier l'existant (le Pacte de stabilité, la Banque Européenne d'Investissement). Proposer de créer une banque du climat le jour même, où l'Union européenne entre en dette écologique est cocasse.
  • La promesse de neutralité carbone en 2050 est hypocrite, la France ne respecte déjà pas ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre.
  • L'interdiction de vente de voitures thermiques en 2040 est l'exemple type d'objectif ambitieux puisque lointain; et sans contrainte réelle ni mesure concrète immédiate.
Macron court après les symboles qui feront joli dans ses discours, ses tweets et son site élyséen, des symboles qui singeront une action, feront illusion qu'une action réelle a lieu alors qu'il ne s'agit rien d'autres que de paroles.

Brailler que tout changera après-demain pour que rien ne change aujourd'hui, voici l'arnaque macroniste.

"Plus rien ne sera comme avant." La porte-parole officielle de la bouillie macroniste le répète sur tous les tons, et sur tous les réseaux. C'est la parole du patron, le vieux jeune homme l'a dit en conseil des ministres. Et l'humain d'abord !
"Moi même, j'ai fait un effort sur moi. Il faut que vous fassiez cet effort." Emmanuel Macron.

Le changement, c'est enfin maintenant, vraiment ? Non, vraiment pas.


Ami(e) macroniste, où en es-tu ?







20 avril 2019

Emmanuel Macron et la dictature de l'émotion (623ème semaine politique)

 

L'incendie de Notre-Dame a permis à Macron le plus beau des exercices, une diversion compassionnelle qui a pourtant rapidement viré à l’écœurement. La "dictature de l'émotion" était évidente, comme pour mieux tirer la chasse sur une mauvaise et interminable séquence. Macron avait besoin de Notre-Dame pour éclipser sa mauvaise actualité, divertir l'attention de ses prochaines réformes et de l'absence de programme européen, à 4 semaines du scrutin.



Mini-mesures et maxi-manip
Emmanuel Macron allait promettre une grande réponse à la révolte de Gilets Jaunes et, surtout, au Grand Débat. Quand ses conseillers ont laissé fuiter les mesures "détonnantes", on pouvait être interloqué par tant de propositions tellement à côté de la plaque, si loin des revendications exprimées partout - dans les ronds-points, les manif, les sondages. Et même si l'on préférait récuser les ronds-points, les manif, et les sondages, où pouvait-on penser que les mesures annoncées officieusement répondaient à une quelconque demande si urgente qu'elle avait permis au clan macroniste de s'exonérer de tout programme pour les élections européennes ?
  1. Supprimer l'ENA: les formateurs des élites administratives sont un bouc-émissaire plus facile que le Medef ou les autres représentants de l'oligarchie.
  2. Supprimer l'Ecole de la Magistrature: Macron en avait-il contre ces magistrats et l'indépendance du parquet ?
  3. Baisser les impôts pour les classes moyennes: les classes moyennes n'existent statistiquement plus en France, mais Macron les a trouvées.
  4. Ré-indexer les petites retraites (moins de 2000 euros): qui protestera ? Quelle générosité bienvenue ! Après avoir augmenté la CSG des retraites, puis gelé la quasi-totalité des aides sociales et les retraites, le monarque "corrige".
  5. Pérenniser l'exonération d'impôts et de cotisations sociales pour les primes de fin d'année jusqu'à 1000 euros. La novlangue macroniste fait croire que Jupiter lui-même verse la prime à chacun ("La prime exceptionnelle de 1.000 euros "pérennisée" s'extasie l'oligarchie médiatique). Quelqu'un parmi les brillants esprits macronistes peut-il avouer le sens politique de cette multiplication d'exonération de cotisations sociales qui, ensuite, conduisent les mêmes à expliquer que la Sécu, l'assurance chômage et les retraites sont mal financées ?
  6. Interrompre la fermeture d'hôpitaux et d'écoles d'ici la fin du quinquennat: merci les Gilets Jaunes! Sur les ondes, cette semaine, la ministre Buzyn contredit pourtant son monarque: "Quand il y a vraiment un manque de soignants, parfois nous sommes obligés de fermer des services". A-t-elle oublié qu'elle est responsable des moyens et du nombre de soignants ?
  7. Autoriser les Référendums d'Initiative Citoyenne... au niveau local. Mini-réponse à une maxi-demande, bravo Jupiter, merci patron.
  8. Installer une "convention écologique" avec 300 citoyens "tirés au sort" pour "travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre": de qui se moque-t-on ? La planète se réchauffe, le climat se dérègle, des milliers d'espèces du vivant  disparaissent et Macron, les mesures sont connues, mais Macron préfère organiser un Grenelle de l’Environnement miniature... Sans commentaire...
  9. Allonger la durée du temps de travail: le macronisme est un nouveau sarkozysme, la conversion est quasi-totale. La question cachée n'est pas la durée du travail (les heures supplémentaires sont déplafonnées jusqu'à 48 heures par semaine), mais le seuil hebdomadaire de calcul des heures supplémentaires.
C'est un trou noir, un aveuglement ou un mépris.


Masquer, mentir, divertir
Il y avait pourtant des idées simples et populaires, répétées dans les manif, et approuvées par des majorités sondagières écrasantes, étayées par les débats eux-même malgré le bidonnage gouvernemental: rétablir davantage de fiscalité sur les quelques centaines de milliers de foyers ultra-riches (78% des sondés sont ainsi en désaccord avec le refus de ne pas revenir sur la suppression de l'ISF), améliorer et augmenter les moyens des services publics de base (et surtout en matière de santé), ou se saisir enfin de l'urgence écologique.
"Président en vrille, com en toupie : l’Élysée tente de masquer les gilets jaunes derrière l’écran de fumée de Notre-Dame." Les Jours
Il y avait aussi d'autres mesures macronistes, toujours d'actualité, mais cachées, soigneusement cachées car socialement trop explosives: la réforme des retraites, objet de couacs gouvernementaux à répétition sur le report, ou non, de l'âge de départ à taux plein. Cette réforme a un objectif public, simplifier les régimes, et un objectif officieux que le Medef répète, économiser sur le dos des assurés puisqu'à aucun moment n'est évoqué un rééquilibrage des financements de cette solidarité inter-générationnelle: “Si l’on ne fait rien, l’équilibre financier du régime de retraite sera dans le rouge l’année prochaine”, a prévenu le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Et sa proposition miracle est de reporter l'âge légal, quand l'âge réel approche déjà les 66 ans. Et que l'âge limite de vie en bonne santé stagne à 62 ans (hommes) ou 64 ans (femmes). Et un nouveau retraité sur deux est en fait... sans emploi. Au passage, l'Etat veut récupérer le contrôle du système, et évacuer les syndicats de la gestion des régimes.

Déjà en décembre, grâce au mouvement des Gilets Jaunes, Macron avait du lâcher du lest en décembre, un lest bienvenu qui a permis, note l'OFCE, la plus forte hausse du pouvoir d'achat depuis Sarkozy: la loi d’urgence (prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime exceptionnelle défiscalisée, baisse de la CSG pour certains retraités, annulation de la hausse de la taxe carbone, ) avait permis de doubler le gain estimé de pouvoir d'achat en 2019  (+1,9 % par unité de consommation), et ce malgré la désindexation de certaines prestations sociales. Le gouvernement applaudit rapidement au constat, mais masque la suite de l'analysé des mêmes économistes: "Les créations d'emplois connaîtraient une croissance moins soutenue que sur la période 2017- 2018." L'OFCE prédit en effet un recul quasi-anecdotique du chômage (-0,1 point par an jusqu'en 2021), malgré la transformation ultra-coûteuse du CICE en baisse de cotisations sociales et allègements au niveau du SMIC (40 milliards en 2019)et la défiscalisation des heures supplémentaires. La politique de l'offre gave les actionnaires et ne relance pas la croissance ni les créations d'emplois. A moins de dégrader les conditions d'embauche, de réduire les droits des chômeurs, de traquer les sans-emploi.

Dans les sondages, l'illusion sur les conclusions macronistes du Grand Débat est de courte durée. Le rejet des propositions jupitériennes est écrasant. Et comme le régime macroniste a les sondages comme boussole, on stresse à l'Elysée. Macron bredouille qu'il trouvera d'autres idées.

Ça ruissèle sur Notre-Dame
Ces mesures si anecdotiques n'ont pas été annoncées. Comme un sabotage de l'Histoire, Macron a reporté son monologue présidentiel à cause d'un gigantesque incendie de Notre-Dame de Paris. La pointe de l'édifice religieux s'effondre dans les flammes et les larmes, comme un 11 Septembre version tricolore mais sans terroriste. L'émotion est normale, la cathédrale dépasse le symbole religieux. Mélenchon s'enflamme avec sincérité sur "notre cathédrale commune", ce n'est pas la première fois: "Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame."  Mais toute la classe politique est unanime, les premiers complotismes n'apparaissant que le lendemain. Macron annule son intervention, et se précipite sur les lieux, cliché presque habituel d'un parterre d'officiels l'air contrit sur les lieux du drame. Jupiter gâche un peu l'unanimité en débutant son intervention par un hommage aux catholiques. Notre Dame ne vaut-elle pas mieux que cette religiosité-là ? Un curé, le lendemain, a des mots bien plus profanes et œcuméniques, quand il remercie à la télévision les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les laïcs et les athées. Mais Macron est dans le spectacle permanent. L'émotion est scénarisée et ce lundi -soir là il s'agit de reprendre de la hauteur et des points auprès de l'électorat catholique.

Il n'en faut pas davantage pour que les dons de riches patrons et quelques entreprises spécialistes de l'évasion fiscale ruissèlent au point d'inquiéter les finances publiques: concours d'ego, guerre de communication entre qui sera le plus généreux chez les très grands du pays ? En trois jours, le milliard d'euros de promesses est atteint. Un obligé dénommé Aillagon de ces milliardaires réclame aussitôt de rehausser le taux d'exonération fiscale de ces dons à 90%...

On est stupéfait devant pareil ruissèlement quand Macron répétait que les très riches méritaient d'être aidés, exonérés d'ISF, protégés d'un bouclier fiscal rebaptisé flat tax. Et les voici qu'ils lâchent un milliard en quelques heures. Finalement, ça ruisselle enfin ! Devant le trouble et la colère de quelques gauchistes sur la défiscalisation couteuse de ces dons,  un puis deux riches patrons promettent de ne pas la réclamer. Le placement reste rentable. Combien de morts sans domicile, de pauvres abandonnés, de causes humanitaires n'ont pas bénéficié de pareille générosité ?

L’écœurement vient rapidement. D'abord, comme souvent, avec le neo-fasciste Eric Zemmour. Toujours prompt à trier les Français, les émotions et les nationaux, le voici qui balance: "Celui qui n’est pas ému aux larmes devant l’incendie de Notre-Dame n’est pas Français." Le même Zemmour voit dans l'incendie un attentat. Il "doute" de l'accident. Zemmour doute de tout et haït beaucoup. Puis les déclarations télévisuelles de Manu 1er. Coincé devant la caméra dès le lendemain du drame, Jupiter promet de reconstruire le toit de la cathédrale en 5 ans. Jupiter se prend pour Philippe II Auguste. Et Édouard Philippe annonce un "concours international", discours devant les caméras. "Rebâtir en 5 ans", c'est un "défi immense" clame-t-il.

Les commentateurs médiatiques se jettent sur le sujet comme des mouches sur un caca posé là. "Peuple de bâtisseurs" invoque Macron. 5 ans pour reconstruire un cathédrale, un quinquennat pour abîmer la France.

Les Gilets Jaunes
On a les défis qu'on peut. Et la Macronista manque d'ambition. Elle cherche des diversions là où elle peut. Certains pensaient que le réchauffement climatique, la disparition des espèces, la persistance de la pauvreté dans nos pays richissimes, les guerres aux Moyen Orient, le trafic de migrants, une panique financière causée par un Brexit sans accord, les boucheries saoudiennes au Yémen avec des armements français, ou même le prochain krach financier conséquence d'une asphyxie économique par les dérives de la Finance, étaient des sujets autrement plus sérieux. On s'est donc trompé. Macron tente de se saisir de l'accident de Notre-Dame pour tirer un trait sur 10 mois de polémiques - affaire Benalla, scandale Mimi Marchand, révolte des Gilets Jaunes. Ses ministres sont au garde à vous sur les clichés sérieux qui traitent de Notre-Dame. D'autres tentent de meubler le vide d'une action de classe.

Le pistonné Gabriel Attal, secrétaire d’État sans expérience autre que de bonnes fréquentations, pose avec le nouvel uniforme du dernier gadget de la Macronie, un uniforme bleu comme des apprentis flics, pour des jeunes volontaires au SNU, Service National Universel.Un uniforme pour ... un mois de stage. Oui, la Macronie sait trouver où gaspiller quand il s'agit de symboles pour habiller sa politique.

23ème samedi des Gilets Jaunes, la villa des Macron au Touquet est discrètement protégée. La veille, Castaner a jeté un peu d'huile sur le feu en dénonçant à l'avance (sacré devin !) les violences. Le ministre de l'intérieur a aussi choisi les colonnes du seul quotidien ouvertement revendiqué libéral, de droite et pro-business, l'Opinion, pour oser affirmer qu'il "garde (son) âme et (son) parcours d’homme de gauche." Ne riez pas non plus quand il ajoute que la " loi anticasseurs n’est pas liberticide." Dans les hôpitaux, la Macronista fait ficher les Gilets Jaunes blessés. Au 20 avril, le journaliste David Dufresnes dénombre 644 cas avérés de violences policières, dont 259 blessures à la tête et 23 éborgnés. Sur les ondes, un député macroniste traite l'un des porte-parole visibles du mouvement de "profond débile". On progresse.

L'Elysée théâtralise encore davantage en mentionnant que Macron reçoit Castaner à la mi-journée. La mobilisation est en baisse, mais dans les sondages, les Gilets Jaunes cartonnent.

A l'Elysée, Macron peaufine sa prochaine diversion. A quatre semaines du scrutin européen, la Macronie n'a toujours pas publié son programme.


Ami macroniste, où en es-tu ?







13 avril 2019

Pourquoi le macronisme est oligarchique, violent et extrême (622ème semaine politique)

 

 

Le macronisme n'est pas qu'une défense souriante mais implacable de l'oligarchie. Il porte un souci de paraître "équilibré", il s'attache à renvoyer ses critiques vers des "extrêmes" par définition effrayants, ce qui est sa garantie de survie politique. Pour occuper un espace qu'il juge central, il fait mine d'emprunter à sa gauche et à sa droite. Ses supporteurs répètent si souvent que s'ils sont attaqués avec autant de force par leur droite et par leur gauche, c'est bien qu'ils sont dans une position centrale. On confond ici la situation centrale avec du centrisme politique. 

 

Car le macronisme, et sa magie du "en même temps", est une protection oligarchique violente et extrême.


La magie du "En même temps"
Pour occuper cette position centrale, la macronie n'hésite pas à emprunter aux extrêmes. Ainsi sur l'écologie, elle a choisi un mode opératoire plus extrême encore que celui de Sarkozy entre 2007 et 2012. A l'époque, l'ancien monarque avait ouvert son quinquennat par un Grenelle de l'environnement, l'occasion somme toute hypocrite, de mettre sur un pied d'égalité pollueurs et pollués, industriels irresponsables et défenseurs de l'environnement, pesticides et santé publique, etc. Puis, lassé par le faible gain électoral que cette manœuvre lui avait procuré, Sarkozy avait l'honnêteté intellectuelle de faire machine arrière - "L'environnement, ça commence à bien faire", mars 2011 -  voire propagé les pires clichés des climatosceptiques - "Il faut être arrogant pour penser que c'est l'Homme qui a changé le climat", septembre 2016.
"Je sors de ma zone de confort." Pascal Durand (ex-EELV rallié à Macron)
Dix ans plus tard, le macronisme fait pire. Il autorise Pascal Canfin à se féliciter que Macron soit "le premier chef d’Etat au monde à dire non à des négociations commerciales au nom du climat", ce même Macron qui a ratifié un CETA tout aussi détestable pour la cause climatique.

Le macronisme emprunte le discours écolo d'un Canfin (numéro deux sur la liste européenne des macroniste) "et en même temps" il recrute Jérémy Decerle, le patron des Jeunes Agriculteurs, un mouvement syndical agricole "à la pointe du combat contre le changement climatique et sur les enjeux de santé publique liés aux produits phytosanitaires." Si Canfin avale sa cravate de nouveau cadre macroniste, Decerle n'est pas mal à l'aise, bien au contraire. Il défend avec plaisir la loi EGALIM sur l’agriculture et l’alimentation votée en 2018 qui a réduit les ambitions françaises en matière d'alimentation bio dans les cantines au profit d'un engagement de "50 % de produits durables ou de labels de qualité", dont un minimum de 20 % de produits bio repoussé "à horizon 2022" (la France insoumise proposait un objectif de 100%).
"C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas" Didier Guillaume, actuel ministre de l'agriculture, octobre 2018.
La magie du “en même temps” conduit le même macronisme à célébrer le nombre de jeunes LGBTQI accueillis par  l'association Le Refuge, et à tolérer dans ses rangs la députée Agnès Thill (qui fustigeait le "puissant lobby LGBT à l’Assemblée Nationale" en novembre 2018), ou le ministre Darmanin qui exprimait son dégout pour le mariage gay. Elle autorise Macron a célébrer l'Europe de la liberté et laisser Julian Assange être expulsé de l'ambassade équatorienne (après que l’Equateur ait reçu de nouveaux financements du FMI et de la Banque mondiale pour 10 milliards de dollars), arrêté puis extradé vers les Etats-Unis sans rien dire ni rien faire.


La magie du “en même temps” permet à l'ex-lobbyiste des assurances devenue secrétaire d'Etat à l'Europe de répéter l'argument des néonazis français contre les ONG ("Les passeurs se servent des ONG pour faire leur trafic : ils mettent des bateaux à la mer et considèrent que les ONG vont les récupérer") "et en même temps" afficher sa compassion aux souffrances endurées par les réfugiés. La même semaine, Christophe Castaner s'était senti obligé d'exhumer deux rapports de Frontex d'il y a trois ans pour justifier ses propos qui lui ont valu une "adhésion d'honneur" à Génération identitaire. Pire, ces rapports ont été depuis contestés par une enquête indépendante.

Castaner bave, Montchalin braille, les xénophobes applaudissent.

Politiquement xénophobe "et en même temps" humaniste, le macronisme fait des miracles.


Le projet macroniste est extrême.
Il a supprimé le rééquilibrage fiscal opéré au début du quinquennat Hollande, il a allégé comme jamais dans cette République les impôts de quelques milliers de foyers les plus riches du pays à un moment où au contraire, les manques de financements publics- pour les retraites par exemple - sont criants.

Pour justifier ce hold-up des riches sur les autres, l'argument est double et imparable: primo, les riches vont réinvestir dans l'économie, sans contrainte ni incitation particulière, l'argent ainsi économisé sur le dos des impôts ("le ruissèlement"). Secundo, les prélèvement obligatoires seraient trop élevés en France. Ce dernier argument est cher aux idéologues libéraux, il a d'ailleurs convaincu la quasi-totalité des esprits médiatiques: il assimile aux impôts (qui financent notamment les services publics) les cotisations pour les retraites, la santé ou le chômage. Or cette dernière dépense, qu'elle soit socialisée en France ou du ressort privée, reste à vocation individuelle. L'attaque contre le poids des cotisations sociales est ancienne. C'est le vieux fond de sauce conservatrice archi-usé par les néo-conservateurs, Reagan et autres Thatcher, à une époque où Macron n'était qu'un poupon, pour abimer la solidarité nationale.

Il n'y a rien de centriste à reprendre ces vieux arguments de la droite libérale et atlantiste.

Cette attaque oligarchique contre les prestations sociales n'empêche pas les macronistes de faussement reprendre à leur compte le concept de SMIC européen pour mieux le dénaturer: "Il faut au minimum un Smic dans tous les pays de l’UE" explique la tête de liste LREM Nathalie Loiseau. "Et, partout, un Smic qui permette un revenu décent. C’est-à-dire, par pays, au moins la moitié du salaire médian." La moitié du salaire médian ? C'est justement la définition statistique ... du seuil de pauvreté. Notez l'arnaque: ce SMIC européen serait donc doublement variable - non seulement entre les différents pays européens (dont les situations économiques varient) mais aussi à l'intérieur de chaque pays (puisque le salaire médian n'est jamais figé). Mieux, cette proposition est inepte: 22 pays de l’UE ont déjà un salaire minimum national, et les 6 autres un salaire minimumpar branche. La question du SMIC européen est donc celle de son harmonisation. En novlangue macroniste, le SMIC européen se cale sur l'exact définition du seuil de pauvreté, "un revenu décent" commente Loiseau. Cela placerait notre SMIC national à 300  euros de moins que son niveau actuel, histoire d'illustrer l'ineptie de la proposition.

Pour financer le hold-up oligarchique, le macronisme va jusqu'à la privatisation de quelques bijoux nationaux - comme ces deux rentes profitables que sont la Française des Jeux, et les aéroports de Paris (Orly, Roissy). Échaudés par les conséquences hallucinantes de la privatisation des autoroutes françaises, une autre infrastructure de transport - inflation pour les usagers, profits records pour les entreprises - , près de 240 députés et sénateurs de l'opposition ont déposé devant le Conseil Constitutionnel un texte de demande de référendum d'initiative populaire. Le clan macroniste n'a découvert cette alliance de toutes les oppositions que trop tard pour la saborder.

Pour la liberté de manifester



Cette protection de l'oligarchie passe par des complicités voyantes.
Avant d'être ministre du travail, Muriel Pénicaud était administratrice d'ADP. Puis voici l'épouse de Gilles Le Gendre, président des députés macronistes qui est nommée directrice de la communication de la FDJ, sans que cela conduise Le Gendre à se mettre en retrait de l'examen de la privatisation de l'entreprise.

Cette protection s'étend aux valets de l'oligarchie. La star de ces derniers est sans conteste Alexandre Benalla, que l'accumulation des révélations de ses manipulations, mensonges et autres délits n'empêche pas de vivre libre et de voyager en Afrique avec un passeport diplomatique tandis que le gilet jaune et ex-boxeur Christophe Dettinger croupit en prison après un jugement expéditif.

Mais le projet macroniste est aussi extrême en matière de libertés publiques. Heureusement, parfois, les institutions se révoltent. Cette semaine, la ministre de la justice Nicole Belloubet s'est vu retoquées les mesures les plus liberticides de son projet de réforme de la justice: exit l'extension des pouvoir du Parquet (et non des juges d'instruction) pour le placement d'écoutes. La loi anti-casseurs s'est vue aussi censuré de sa mesure-phare, l'interdiction individuelle de manifester qu'un préfet aurait pu délivrer à l'encontre de tout suspect. Samedi 13 avril, une quarantaine d'organisations dont Amnesty international, des associations de parents d'élèves dont la FCPE, Attac, France Nature Environnement (FNE), Greenpeace, la Ligue des Droits de l'Homme, ou la Cimade appellent à manifester contre ce texte:
"La loi dite « anticasseurs » est un coup très dur porté au droit de manifester pacifiquement en France. Cette loi, qui entrera très prochainement en vigueur, s’ajoute à la longue liste des restrictions arbitraires à la liberté de manifester observées en France depuis plusieurs mois : usage disproportionné de la force, utilisation massive d’armes qui mutilent, interpellations préventives et gardes-à-vue infondées contre des milliers de manifestants pacifiques." (Amnesty International)


Le macronisme réécrit la réalité. 

Il pourfend les "Fake News" mais il fabrique puis propage les siennes. Emmanuel Macron, roi des Fake News, titre Mediapart le 9 avril 2019. Il y a de quoi. Ses déclarations les plus choquantes - sur le "travail en traversant la rue", les Gilets Jaunes assimilés à "50 000 ultras", les "femmes africaines et leurs 7 enfants", la   - sont mensongères mais assénées avec assurance, avant d'être parfois, atténuées pour leur donner une once de réalisme. Ses ministres mentent sur le soutien français (réel) aux attaques saoudiennes au Yémen, sur le nombre de chômeurs "trop indemnisés", ou sur les violences policières.

La fabrique de la réalité permet de survaloriser des sondages anecdotiques et d'en contester d'autres plus éclatants. Ainsi une popularité à 30% est-elle commentée comme une preuve de majorité ou de popularité politique. Mais un score à 50 ou 60% de soutien aux Gilets Jaunes n'empêche nullement les macronistes à juger ce mouvement comme "minoritaire". La promesse d'un score à moins d'un quart des suffrages exprimés au prochain scrutin européen est présentée comme un succès électoral (la seule réalité sondagière est que l'opposition écologiste et de gauche est collectivement largement au-dessus de la Macronista, mais sa division inédite permet au clan jupitérien de la course surface en tête), mais un soutien sondagier à 80% pour le Référendum d'Initiative Citoyenne n'est pas jugé digne d'intérêt.

La fabrique de la réalité macroniste passe par l'utilisation de centaines de comptes anonymes, parfois automatisés, sur les réseaux sociaux, comme l'a documenté Mediapart. Et ce alors même que Jupiter lui-même dénonce l'anonymat sur internet et veut légiférer sur le sujet. Ces comptes relaient la parole et les éléments de langage présidentiels pour donner l'impression factice d'un mouvement de soutien populaire. Ils servent aussi à harceler l'opposition politique sur les réseaux sociaux. Ils servent parfois à relayer des vidéos illégales et mensongères transmises par le cabinet élyséen lui-même.

Last but not least, la fabrique de la réalité a été théâtralisée à l'extrême lors du Grand Débat. Pour 12 millions d'euros, cette manœuvre politique s'est clôturée dans la plus grande des confusions et des  mensonges, un vrai fiasco: le nombre de contributeurs a été bidonné. L'ex-lobbyiste de Danone devenue secrétaire d'Etat à l'environnement Emmanuelle Wargon avait ainsi clamé que 1,5 million de personnes avaient participé, dont un tiers via les "cahiers citoyens", un chiffre surestimé du double d'après les analyses d'un cabinet indépendant. Ensuite, plus de la moitié des contributions ont simplement été zappées, explique le site Les Jours.

Le compte rendu officiel, par Edouard Philippe, des conclusions de ce Grand Débat fait rager, ou sourire. Le clan macroniste estime que les priorités dégagées de ces semaines seraient de baisser les impôts, d'accorder plus d'importance aux territoires qu'aux grandes métropoles, d'améliorer la démocratie participative et de "cesser l’écologie punitive". Exit la justice fiscale (dont le rétablissement de l'ISF ou la réduction des exonérations fiscales pour les grandes entreprises), le RIC, ou une fiscalité écologique plus juste.

Ce Grand Débat se termine ainsi par un effet Boomerang. Déjà, une immense majorité de sondés se déclare déçue. Et l'on murmure que Macron est usé, fatigué, inquiet que les Gilets Jaunes reprennent leur mouvement de plus belle alors que les beaux jours du printemps arrivent.

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Macroniste anonyme, où es-tu ?