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1 avril 2014

Hollande nomme Valls: la purge après la défaite

François Hollande a donc osé l'improbable et si prévisible choix, Manuel Valls, pour diriger son prochain gouvernement.

On devrait l'applaudir et le haïr.

Lundi soir vers 18h12, Jean-Marc Ayrault est donc répudié. Il paye la perte de 172 mairies de communes de plus de 9.000 habitants. On louera plus tard l'abnégation personnelle de ce grognard de la Hollandie, honnête mais écrasé. François Hollande a tranché. A 20 heures, le président français déboule sur nos écrans. Il reconnaît son échec, une franchise assez spectaculaire depuis l'Elysée. Il annonce une équipe de "combat", un gouvernement "resserré", des baisses de cotisations pour les salariés, mais Manuel Valls en premier ministre. Hollande assigne une mission de "justice sociale", un "pacte de solidarité", mais il nomme Manuel Valls.

Allez comprendre.
"Au pacte de responsabilité, doit correspondre un pacte de solidarité. Son premier pilier, c'est l'éducation, et la formation de la jeunesse ; son second, c'est la sécurité sociale avec la priorité donnée à la Santé ; et enfin le troisième, c'est le pouvoir d'achat avec une diminution des impôts des Français et une baisse rapide des cotisations payées par les salariés."



L'intégralité de l'intervention de Hollande en... par lemondefr

Assez vite, les deux ministres écologistes Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Coopération) annoncent qu'ils ne resteront pas dans un gouvernement dirigé par Manuel Valls. Ce n'est pas l'homme qui est cause - entre ex-collègues, on peut s'estimer - mais la ligne politique qu'il incarne. On murmure que Jean-Vincent Placé, autre écologiste du Sénat, pourrait au contraire rejoindre l'équipe. La chasse aux postes est ouverte.

Le futur gouvernement sera nommé mercredi, 2 avril. On voulait éviter le poisson du 1er avril.

Car ceci n'est pas un poisson d'avril.

François Hollande ne serait donc pas tel Jacques Chirac qui en son temps commis l'erreur de refuser de nommer son ministre de l'intérieur à la tête de son énième gouvernement. Hollande cherche peut-être à désactiver un premier opposant de l'intérieur, ambitieux qui ne se cache plus.  C'est l'interprétation la plus souple, la plus positive qu'on puisse faire de cette nomination précipitée. Tactiquement, la démarche est doublement utile. Elle propulse Valls au devant de la scène pour mieux l'exposer. Elle permets aussi de doter la France d'un gouvernement à droite, sous un président (majoritairement) élu à gauche.

Chapeau l'artiste ! Hollande poursuit son oeuvre de triangulation de l'UMP qu'il voit encore comme son principal opposant en 2017, avec ou sans Nicolas Sarkozy.

Ceci n'est pas un poisson d'avril.

François Hollande en fait n'aurait pas eu de choix. Manuel Valls serait une décision par défaut. Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian et quelques autres auraient refusé. Il n'avait pas le choix puisqu'il tient encore à son Pacte de Responsabilité. Il n'y a pas de tournant à gauche, aucun signe n'a été annoncé ce lundi soir. Ces éléments de langage ne servent à rien.

S'il clarifie à l'extrême le positionnement politique de son gouvernement, François Hollande tire donc les conséquences institutionnelles exactement inverses de cette défaite municipale que ce qu'il fallait. Au soir du second tour, les ténors de l'UMP se succédaient sur les plateaux radio-télévisés pour attaquer Hollande, à défaut de pouvoir critiquer une politique. L'entre-deux n'avait qu'un temps. Hollande a choisi de marquer davantage son ancrage à droite, ignorant le désaveu.

Jean-Luc Mélenchon résumait exactement et calmement la situation: "il nomme comme premier ministre le plus grand commun diviseur possible de la gauche".

C'est la gauche qui a manqué à l'équilibre de cette équipe. Manuel Valls, qui représente la droite du PS, qui est avancé comme réponse politique. L'homme des foucades contre les Roms et leur prétendue incompatibilité à l'intégration arrive donc à Matignon. On nous promet qu'il a "changé".

Déjà ?

Car Manuel Valls divise à gauche. Les sondages - encore eux - le donnent populaire parmi les sympathisants du Parti socialiste. A la primaire de 2011, il n'avait réuni que 5,6 % des suffrages. Sa popularité sondagière le crédite d'environ 40 à 50% de soutiens, toutes sensibilités confondues.  Son activisme sécuritaire n'a eu aucun effet sur les résultats électoraux de dimanche dernier.

Il est tout aussi difficile de tirer une quelconque conclusion politique que la ligne politique incarnée par Manuel Valls - soc-lib à souhait, sécuritaire en pire- corresponde un temps soit peu aux attentes des électeurs qui ont récusé les listes municipales socialistes: l'abstention a frappé lourdement un électorat découragé mais pas convaincu par l'opposition de gauche; d'autres ont choisi justement cette opposition de gauche, qu'il s'agisse de sa version light à Grenoble (alliance EELV/PG) ou ailleurs. Ignorer celles et ceux qui ont délaissé les candidats socialistes au profit d'autres listes à gauche ou de l'abstention pure et simple est une curieuse attitude politique.

Ceci n'est pas un poisson d'avril. 

Ami sarkozyste, reviens. 

C'est cadeau. 



Crédit illustration: DoZone Parody

31 mars 2014

Pourquoi ils ont tous perdu aux élections municipales

C'était une soirée comme les autres, plus triste que les autres. Un à un mais sans comprendre, nos responsables politiques défilaient sur les plateaux pour commenter la défaite ou l'insuccès de leurs voisins. Car, finalement, ce dimanche de second tour des élections municipales, on ne pouvait compter que des échecs.

Ayrault démissionné

Il ne s'agirait qu'une question d'heure. François Hollande a choisi la chaîne TF1, lundi 31 mars, veille de 1er avril, pour annoncer son successeur. Le scoop tombe dimanche soir sur Twitter, via Nathalie Schuck du Parisien. A la télévision, l'actuel premier ministre convient de l'échec: "ce soir est un moment de vérité. Je le dis sans détour : ce vote est une défaite pour le gouvernement et pour la majorité." La majorité ? Ayrault conclue son intervention, dimanche vers 22 heures, par une quinzaine de secondes de silence, face caméra.

Etrange.

Hollande est pressé, non pas par lui-même, mais par l'éditocratie et quelques politiques. Il faudrait renouvelé les hommes à défaut de changer de politique.

C'est un jeu institutionnel. Lundi soir, il est attendu sur TF1 pour délivrer son nouveau gouvernement, ou un message.

Suspense.

Le réflexe anti-FN a joué 

Le Front national n'a pas remporté le second tour des élections municipales. Passée la (mauvaise) surprise du premier tour, le parti mariniste a échoué à convaincre. Pire, il a mobilisé contre lui des abstentionnistes du second tour. Tous les proches de Marine Le Pen ont été battus un à un. Louis Aliot (Perpignan) Gilbert Collard (Saint-Gilles),  Florian Philippot (Forbach).

Marine Le Pen, quelque part vers 21h10 sur TF1, masque sa déception. Elle s'emballe: "nous allons démontré que nos candidats sont de bons maires."

Pourtant, le FN a progressé d'un tour à l'autre. A Perpignan, Louis Aliot améliore de 10 points son score. La vraie nouvelle est la victoire de l'inconnu Stéphane Ravier, un quadra qui présente bien qui remporte la mairie du 7ème arrondissement de Marseille - 40.000 habitants. A Béziers, Robert Ménard, soutenu par le FN, Debout la République et quelques autres souverainistes de droite, a gagné aisément le second tour. A Fréjus dans le Var (60 000 habirants), c'est David Rachline qui l'emporte. On ajoutera Villers-Cotterêts, Beaucaire, Hayange, le Pontet, Cogolin et le Luc.

C'est un succès pour le Front  national, mais pas une vague frontiste.

La gauche est-elle capable de comprendre ?
Le PS a connu pire. Il a compris qu'il avait perdu. A part ce constat d'évidence, quelle conséquences allait-il en tirer ? Plus à gauche ou plus à droite ?

Trois ministres socialistes ont été battus, la victoire de 2008 a été effacée. Le parti présidentiel sauve quelques meubles : Strasbourg, Lyon, Avignon et bien sûr Paris. Dans la capitale, quelques membres de l'équipe Hidalgo croient en leur modèle. 

Dimanche soir, Ségolène Royal demandait une réponse politique. "Les classes moyennes ont été mises à rude contribution. Les impôts, c'est le degré zéro de la politique."

La raclée pour le PS reste réelle. A Marseille, la raclée est totale. Mme Carlotti, est défaite dans son arrondissement. Sur TF1, l'inamovible Gilles Bouleau devine sa future démission du gouvernement.

A Grenoble, l'écologiste Eric Piolle emporte la mairie avec le Parti de Gauche, contre un socialiste local désavoué par les instances nationales mais obstiné. Jean-Luc Mélenchon, qui un temps pensait boycotter les plateaux ce dimanche soir, est calme et posé sur TF1.

La vague bleue ?

Où ça ? Statistiquement, l'alliance UMP/UDI/Modem a gagné: "Aujourd'hui, il est clair que l'UMP va remporter plus de la moitié des villes de plus de 9.000 habitants" commente Copé. La droite échoue à Paris, gravement. Elle l'emporte à Marseille, 

Sur tous les plateaux, Jean-François Copé répète son crédo: "avec le ni-ni, nous avons bien fait." L'homme assume son hostilité au Front républicain. Ce serait la martingale contre le FN. Les autres ténors répètent les éléments de langage bien connus: ce serait la défaite "personnelle" de François Hollande. Pour eux, il s'agit de ne pas disqualifier la politique mais simplement l'homme. Ils n'ont rien compris.

A Pau, François Bayrou est enfin président... enfin, maire. Elu sur son nom propre, avec une large victoire, 55 bureaux de vote sur 55. A la télévision, il exulte.


L'abstention, pire vainqueur
Plus de 40% des électeurs ne se sont pas déplacés. Chaque scrutin dépasse les records précédents. Ni vague bleue, ni vague bleu marine, ni sursaut à gauche. Si l'on ajoute les adultes non inscrits, c'est près de 6 Français sur 10 qui se sont désintéressés de ce scrutin.

En cherchant, on trouvait quelques belles surprises. Cette mobilisation réussie des habitants de Saillans, dans la Drôme, pour virer démocratiquement le maire sortant, en est une, très éloignée des appareils politiques nationaux, ou de la racaille frontiste.


28 mars 2014

Hollande: "vive les impôts !"

"Vive les impôts!"

Dans la panique électorale du moment, le gouvernement  laissé entendre qu'une baisse des impôts pour les ménages allait être prochainement annoncée. 

 Une étude des services du Trésor vient justement de confirmes une évidence qu'on avait finit par oublier: les prélèvements sociaux et fiscaux permettent de réduire les inégalités.

La fiscalité est l'un des thèmes les plus politiques du moment. Nicolas Sarkozy avait parfaitement joué le rôle de Président des Riches. François Hollande a fait voter un immense rééquilibrage de la fiscalité aux détriments des revenus du capital et des plus fortunés. Mais l'actuel président a aussi commis l'erreur parallèle de multiplier les hausses d'impôts en tous genres et pour tous. Ce supplice chinois a largement été commenté à l'automne dernier.

Las, Jean-Marc Ayrault s'était décidé à lancer les grands travaux d'une réforme fiscale. La remise à plat se dessinera pendant un an. Fin janvier,  Ayrault avait installé un groupe de travail sur la réforme de la fiscalité des ménages. Un autre traite de celle des entreprises. Les deux doivent livrer leurs conclusions en avril, pour des décisions à l'automne prochain dans la loi de finances pour 2015.

Cette étude sur les ménages, concoctée par quelques savants de la direction du Trésor, conforte quelques principes.

1. Les prélèvements servent bien à redistribuer (scoop !), c'est-à-dire à réduire les inégalités de niveaux de vie. Cela paraît évident, mais à force de couiner contre les impôts au nom d'un prétendu trop-plein fiscal, on avait fini par oublier l'essentiel, de l'utilité des impôts.

Ainsi, grâce à la redistribution sociale, les ménages les plus pauvres s'en sortent mieux: le nombre de ménage de moins de 10.000 euros de niveau de vie annuel est réduit par deux avec les reversements d'allocations.

Globalement, 50 % des ménages sont des bénéficiaires nets de cette redistribution. Et l'autre moitié est donc contributrice nette.

2. Les prestations sociales contribuent pour l'essentiel des réductions d'inégalités (60%). Mais les impôts, qui "ne représentent que 9 % du revenu disponible des ménages", font le solde (40%). Ces dernières années, la progressivité de l'impôt sur le revenu a été fortement renforcée ces dernières années (tranche d'impôt à 45 %, plafonnement des niches, quotient familial raboté, surtaxe Sarkozy, etc.). 

3. A droite, on conclura que la pression fiscale est bien suffisante. C'est une "contribution importante alors que certains, à gauche, plaident pour davantage de progressivité et de redistribution", commentent d'ailleurs les Echos. L'argument se complète d'un autre bien connu dans la mythologie néo-libérale: "il réduit, pour les bas salaires, l'incitation à l'activité, indique un document de travail du gouvernement." A titre d'exemple, une augmentation du SMIC, "seuls entre 23 et 47 euros sont in fine disponibles selon les situations, en raison surtout de la perte de prestations".

4. Mais la redistribution sociale ne rend pas riche, ni même aisée. Elle corrige. Elle fait sortir de la pauvreté moins de la moitié du dernier décile des ménages. Ce n'est pas le niveau des prestations qui est en cause, mais les effets de seuils qui font perdre nombre de prestations ou d'exonérations aux ménages les plus modestes.

5. Cette étude sert à prouver que les plus fortunés payent déjà bien assez: Ainsi, les auteurs du Trésor relèvent que les 10 % des ménages imposables les plus riches, soit 3,6 millions de foyers, paient 49 % de l'impôt sur le revenu et de la CSG. Que dire des 90% des autres ménages ? Le poids de la TVA n'est pas traitée. Mais on imagine les conclusions.

Les récents déboires électoraux de la majorité présidentielle ont eu plusieurs effet: primo, le gouvernement a laissé entendre une prochaine baisse de la fiscalité des ménages. Ce serait pour calmer une gauche désespérée avant la mise en oeuvre des 50 milliards d'euros d'économie.

Secundo, les milieux conservateurs s'étranglent d'inquiétude. A l'instar des auteurs de cette étude, dont la publication en une des Echos avait pour but de décourager les velléités fiscales de certains, les principaux éditocrates du pays s'inquiètent d'un éventuel coup de barre à gauche de Hollande.

Tertio, on exhibe quelques données en soutien du "socialisme de l'offre". Hasard ou coïncidence, Eurostat a publié ses statistiques annuelles sur le coût du travail. En 2013, "grâce au Crédit Impôt Emploi Compétitivité", la France a réduit son handicap par rapport à l'Allemagne.





27 mars 2014

Chômage, élections et Front national, le cocktail explosif.

La nouvelle ne pouvait pas plus mal tombée: les statistiques du chômage de février ont été publiées ce mercredi soir de l'entre-deux tours des élections municipales. Et elles sont mauvaises, encore un record de dépasser. 

La droite dira que c'est la faute à la politique "socialissssse", la gauche accusera les "sociaux-traîtres" du gouvernement Hollande.

Mais la campagne municipale laisse d'autres séquelles.


Le chômage, le vrai

L'action politique est longue, les résultats sont toujours trop tardifs, les citoyens sont impatients, les éditocrates sont amnésiques. A droite, Jean-François Copé fustige: "la politique économique du gouvernement est

Ce mercredi 26 mars, on apprenait donc que la France comptait 3,35 millions de chômeurs de catégorie A à la fin du mois de février, soit 31.500 de plus en un mois; et +4,7 % sur un an. Catégories A, B et C confondues, le nombre d'inscrits à Pôle emploi a progressé de 4,8% en un an, pour atteindre 5 236 300 en France. La nouvelle est terrible. L'inversion de la courbe du machin n'a pas eu lieu. On pourra le répéter chaque mois.

Pourtant, d'autres nouvelles économiques semblaient meilleures. Les prémisses d'une reprise surprennent des commentateurs conservateurs peu amènes habituellement à l'égard de la Hollandie. On ne parle que de prémisses.

Le ridicule municipal

Sur le terrain, cela sent la panique ou la colère. Il y aura 986 triangulaires, 207 quadrangulaires et même 16 pentagulaires dimanche prochain... On trouve assez d'anecdotes pour ridiculiser tous les partis politiques, y compris le Front national. A Marseille, une liste radicale de gauche d'obédience guériniste a fusionné avec ... celle de l'UMP adoubée par Jean-Claude Gaudin.

Marine Le Pen qui promettait la fin du bipartisme et des ralliements sans pareil au soir du premier tour n'a pu constater que deux rapprochements UMP-FN dans des communes mineures. Le Parti socialiste qui urge au Front républicain a imposé le retrait de son candidat à Perpignan, mais n'a su discipliner les irréductibles de Béziers (qui, comble du ridicule politique, laisseront donc le réac Robert Menard l'emporter dimanche avec le FN) ni ceux de Grenoble distancés par l'alliance inédite des écologistes et du Parti de gauche.

Oubliez donc ces anecdotes, elles ne sont ... qu'anecdotiques.

Mais elles font mal.

Le feuilleton du remaniement

L'éventualité d'un changement d'équipe au gouvernement remet quelques idées en place. Les équilibres étaient finalement subtils.

Jean-Marc Ayrault est un compromis, depuis le début de ce quinquennat, un obstiné qui tient cet équilibre instable.

On connait les poids lourds: Manuel Valls (populaire), Cécile Duflot (indispensable depuis le relatif succès d'EELV au 1er tour municipal), Christiane Taubira (icône de gauche), Najat Vallaud-Belkacem (résistance), Stéphane LeFoll (grognard). Mais toutes les combinaisons ne sont pas possible. Ainsi Duflot explique-t-elle qu'elle ne restera pas si Valls accède à Matignon ("Ce n'est pas une question de personnalité, c'est un problème de ligne"). Taubira a les mêmes états d'âmes, légitimes.

Un problème de ligne ? Mercredi, un syndicat sort du Pacte de responsabilité. La CFE-CGC, l'un des trois signataires d'un pré-accord avec le MEDEF sur cette histoire de "responsabilité", s'énerve  et quitte le navire. Le fameux Pacte, prévu pour être annoncé dans quelques semaines par un gouvernement qu'on e connaît plus, a du plomb dans l'aile.

Najat Vallaud-Belkacem a conclu cette journée politique, juste après un premier conseil des ministres d'après raclée municipale: "On entend notamment le désir des électeurs français d’avoir davantage encore de justice sociale dans le redressement que nous sommes en train d’opérer, ce message est entendu."

La gauche a perdu dimanche, désertée dans les urnes.

Et à l'Elysée ?




Le Président souligne l'importance d'entendre... par Najat-Belkacem

26 mars 2014

Municipales: après la raclée, la gueule de bois

Le président français a interrompu un G7 à La Haye, soit-disant à cause du résultat calamiteux des candidats socialistes au premier tour des élections municipales dimanche dernier. C'est la panique. 

Enfin ?


1. La pression est montée d'un cran sur Jean-Marc Ayrault. Un premier sondage, qui en appellera d'autres, proclame les souhaits de la population échantillonnée. Le remaniement, souhaité ou craint, reste un levier dérisoire de l'action institutionnelle disponible. Lundi à midi, quelques ténors étaient avec Ayrault pour déjeuner. Et il paraît qu'ils ont "atterris", qu'ils sont sortis du "déni".

Mardi dans l'après-midi, les chefs de cabinets de quelques ministères auraient été appelés à faire leur bagage. Quelques ministres s'en sortent un peu mieux. Le premier sondage d'après la raclée municipale est sorti dès ce lundi 24 mars, quelques heures après le scrutin. Que retenait-on, à plus ou moins 2,5 point de marge d'erreur ? 79% des sondés veulent se débarrasser du gouvernement actuel.

Mais quelques ministres s'en sortent mieux que d'autres: Manuel Valls chute mais demeure largement en tête, second derrière Juppé. La pugnacité de Najat Vallaud-Belkacem paye. Elle gagne 5 point, et même 12 parmi les sympathisants de gauche.

2. La pression est sur Hollande que d'aucuns jugent désormais responsable de tout. Il faudrait oublier l'atonie de l'opposition de gauche (inversement proportionnelle à la virulence verbale de ses leaders), l'éparpillement des suffrages, et l'abandon abstentionniste. Le Figaro, mardi, avait même trouvé un anonyme "poids lourd PS" qui déclare: "Il est coincé. S'il en fait trop, il est sanctionné par les électeurs. S'il n'en fait pas assez, il est sanctionné par Bruxelles et les marchés."

Hollande devrait donc faire un ménage.

Vraiment ? 

3. Hollande a quitté "précipitamment" la réunion du G7 qui rassemblait les grands de ce monde sauf la Russie, punie d'avoir annexée l'Ukraine la semaine dernière. Au menu de son agenda allégé, des "réunions de travail". Son agenda officiel était vide. Lundi, Ayrault a expliqué à quelques responsables socialistes qu'il avait entendu "le message des Français qui réclament davantage de justice sociale".

Faut-il attendre un changement, une inflexion ? Non. Le Pacte d'(Ir)responsabilité sera présenté en avril. Quelques éditocrates finissent par s'inquiéter qu'un nouveau premier ministre ne soit pas à même de vendre cette affaire.

François Hollande est rentré un peu plus tôt parce qu'il avait un président chinois à accueillir. Le patron de la plus grande dictature du globe est en France, à Lyon, pour 3 jours. Il n'y avait pas de supporteurs socialistes agitant des drapeaux dans les rues, comme lorsque Nicolas Sarkozy recevait le même dictateur en France il y a quelques années. Mais l'accueil sera "exceptionnel".

Real-politik, quand tu nous tiens, tu nous fait honte.

4. Pour une fois, la première sans doute depuis que Hollande encaisse seul, avec Ayrault, le choc d'impopularité (août 2012), nombre d'élus socialistes sont (enfin) paniqués. Le Monde, sous la plume de , commente: "une forme de panique politique a saisi les socialistes, à tous les étages du pouvoir". Ils ont la trouille. Solidariser les élus socialistes, petits ou grands barons, sur le sort de l'équipe qui gouverne est peut-être la meilleure conséquence à attendre de la suite de ce scrutin détestable. La défaite était attendue. Mais "la surprise, c'est l'ampleur" (un conseiller).
"Un peu partout en France, la jeunesse nous a manqué ; les couches populaires se sont détournées ; les classes moyennes nous ont évités ; les banlieues et les campagnes se sont terrées. Il faut savoir entendre les silences."
Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale
6. La victoire médiatique du Front national provoque quelques errements. L'un des combles du ridicule fut atteint et dépassé par le directeur du Festival d'Avignon, terrifié à l'idée que sa ville passe au Front. Courageux, l'homme annonça dès lundi que "son" Festival quitterait la ville si le FN s'emparait de la mairie. Quel courage!

Plus loin, au sein de l'opposition de gauche, on se félicite d'une victoire, on clame que le FN n'a pas gagné, que c'est le réveil de la vraie gauche. La défaite de dimanche n'est pas la victoire de la gauche. Vu de droite, c'est évident. Vu de France, aussi. Additionnez tous les scores que vous souhaitez, la gauche sort perdante.

Au final, toutes composantes confondues, dans son acceptation la plus large, sans faire de tri aucun, les listes de gauche ont rassemblé 37,74% des suffrages. Et l'abstention, qu'on pense importante parmi l'électorat de gauche, a atteint 38,6%.

Qui ose donc crier victoire ?









18 mars 2014

Quand Jean-Luc Mélenchon ne sait plus faire le tri dans la réalité

Jean-Luc Mélenchon fait campagne, comme d'autres. Nous sommes à 6 jours du premier tour des élections municipales. Le Front de Gauche qu'il co-incarne avance en ordre dispersé. Mais pourtant la parole reste acide et violente, sans compromis ni recherche d'alliance. Sus à Hollande !


Paradoxe ?



Le paradoxe ... municipal

Il était en meeting de soutien d'une candidate parisienne, Danielle Simonet, dimanche 17 mars. La charge contre le gouvernement Hollande était attendue. Elle n'était pas nouvelle. Mélenchon veut tracer des limites qui sont des frontières indépassables.

Ce jour-là, il cherche encore à cliver. Primo, il faut démonter l'argument que ces élections ne seraient que locales. C'est de bonne guerre, rien de grave. "À qui ferait-on croire que le vote est purement local?" Secundo, il attaque "les lois scélérates de François Hollande", car "le peuple français est disponible pour la solidarité, il ne l'est pas pour être tondu et pillé". Finesse, quand tu nous tiens ! Mélenchon prolonge une énigme qui aura une première résolution ce dimanche 23 mars: ses propos clivants et sans appel sont-ils mobilisateurs ?

Le hic de cette démarche est le contexte. Le Front de gauche, cette alliance de relève dotn le PG est l'un des piliers, est éparpillé pour le scrutin. A Paris et dans près d'une belle moitié des circonscriptions du pays, les communistes font liste commune avec les socialistes. Ailleurs, le PG fait campagne avec EELV (ou l'inverse).

Bref, la France municipale a des alliances ... locales.

Sarkogate, Mélenchonite aigüe

Sur France Inter, le co-président du Parti de Gauche en remet une couche: "Hollande ment tout le temps". Sur les écoutes de Sarkozy, il suit avec assurance et détermination la charge UMPiste: bien sûr que Hollande et Ayrault mentent quand le second déclare qu'il n'était pas au courant des écoutes de Nicolas Sarkozy avant leur révélation par le Monde. Pour justifier sa charge, et se démarquer des exactes mêmes attaques des Sarkofans, Mélenchon ajoute un addendum politique: "c’est pas grave, c’est habituel. (...) Ils mentent tout le temps. Les rois des menteurs, c'est eux. Ils avaient dit qu'ils renégocieraient le traité européen, ils ne l'ont pas fait; ils ont dit qu'ils feraient la retraite à 60 ans, ils ne l'ont pas fait. François Hollande ment tout le temps".

Aurait-il pu compléter que ces écoutes avaient été ordonnées par deux juges que l'on juge indépendants, que cette enquête était fort attendue, que le soupçon de trafic d'influence avait une quelconque consistance à en croire les premières révélations ? Il aurait pu, mais il ne l'a pas fait, trop occupé à dresser son périmètre politique d'opposition permanente.

Tout juste fut-il conciliant à l'égard de Christiane Taubira. Il a "plutôt" confiance en elle. "Mme Taubira, on a plutôt confiance en elle. Cette femme je ne la vois pas menteuse. Que se passe-t-il? Qui ordonne quoi?" On sourit.

Les bons constats

Mélenchon pourrait convaincre. Ses constats politiques et sociaux pourraient faire écho. Ils coulent presque de source pour qui veut s'attarder sur la réalité du monde qui nous entoure. Dans un billet daté du 15 mars, avant les deux manifestations bruyantes évoquées plus haut, il revient sur "la décomposition de la scène politique" (largement commentée dans ces colonnes), ou "la violence sociale de la politique d’austérité".

S'il exagère la portée d'une politique française loin d'être austéritaire, il frappe au coin du bon sens: "les gens qui se voient comme « de la classe moyenne » sont largement atteints non seulement dans leur vie professionnelle et leur portefeuille, mais aussi par des éléments vécus comme des formes de déclassement social lourd. "

Place au vote.

Dimanche prochain, l'heure de vérité.

Ami vrauchiste, à bientôt.


12 mars 2014

#Sarkoleaks: du dictaphone de Patrick Buisson aux avocats désorientés

Plombé dans les sondages, silencieux devant les caméras, Nicolas Sarkozy laisse d'autres le défendre. Quant à Patrick Buisson, on oublierait presque combien il a conseillé l'ancien monarque avant de sombrer dans le grotesque.

"On nous prend pour des cons"

La remarque venait d'elle-même, au fond de notre cerveau, si naturellement. On nous prend pour des cons. La formule est vulgaire mais résume l'évidence. 


Lundi 10 mars devant le juge, Gilles-William Goldnadel, l'avocat de Patrick Buisson entamait une nouvelle séquence dans la défense de son client, la 3ème version d'une affaire mal entamée, insupportable et grotesque. Après avoir nié tout enregistrement (février), nié avoir enregistré Sarkozy à l'insu de Nicolas, voici l'excuse du Dictaphone. Il faut l'entendre pour la croire.
"Si j'ai bien compris, le dictaphone de mon client s'allume automatiquement à la voix. Si le dictaphone s'est ouvert malencontreusement, tout le raisonnement de monsieur Malka s'effondre. "
Maître Malka est l'un des deux avocats de Carla Sarkozy qui ce lundi devant le juge des référés exigeait l'interdiction de publication des bandes clandestines.

Cet avocat en a même remis une couche à la sortie de l'audience: "Oui, le dictaphone s'est déclenché tout seul à la voix, ce n'était pas la volonté de mon client, j'en suis sûr. Vous ne pensez quand même pas qu'il voulait espionner les graviers !"

Même au Figaro, on en rigole encore.

Le site ATLANTICO, qui avait publié les premiers extraits de conversation, en a retiré une, celle avec Carla Sarkozy. A posteriori, on s'interroge sur la démarche initiale: des trois extraits publiés, celui-là seul justifiait l'attaque en référé de Carla Sarkozy. Etait-ce une bourde d'amateur ou une petite manoeuvre ? Rappelons que l'avocat de Buisson collaborait aussi à Atlantico; et, surtout, qu'il y a une belle contre-offensive sarkozyste pour mieux faire oublier le fond.

Mardi, Christiane Taubira et Jean-Marc Ayrault confirment avoir eu connaissance que Nicolas Sarkozy était sur écoute par la justice. Quel complot !  "C'est la procédure classique", a commenté un haut magistrat, anonyme, auprès du Canard enchaîné : à partir du moment où le juge d'instruction verse les écoutes au dossier, le procureur général transmet les informations à la ministre de la justice." Le président lui-même promet de rencontrer le Bâtonnier.

Pourtant, ce n'est pas Thierry Herzog qui a été placé sur écoute, mais Nicolas Sarkozy.

Pour un peu, on aurait presque oublié l'essentiel... Ce pour quoi finalement il y a eu ces écoutes, inédites sous la Vème République, d'un ancien président dont on ne compte plus les casseroles.

Mardi, Nicolas Sarkozy a gagné une manche, en a perdu une autre.

Quelque 500 avocats se sont ligués pour fustiger l'espionnage de l'un des leurs. Belle initiative, la défense du secret professionnel est leur version du secret-défense. Christiane Taubira a simplement rappelé qu'un avocat était finalement un citoyen comme les autres. Mais sur le fond, l'image était belle, le bruit était fort, Nicolas avait gagné cette manche-là.

On expliquera plus tard, ou immédiatement, que Nicolas Sarkozy fut l'homme qui légalisa l'espionnage des avocats. Le monde est cruel.

Mardi, l'ancien monarque a perdu sur un autre terrain. S'il s'est ainsi activé ces derniers mois pour connaître ce qui se passait dans les coulisses de la justice, au prix d'une violation supposée du secret de l'instruction, c'est qu'il devait être inquiet. Ce 11 mars, la justice tranchait sur l'un de ses recours, il voulait récupérer ses agendas de la période 2007.

Pourquoi cette insistance ? Pour une raison toute simple. Ces mêmes agendas sont la preuve de ses nombreuses rencontres avec Bernard Tapie pendant l'arbitrage dans l'affaire du Crédit lyonnais...

Mais mardi, patatras.... la Cour de cassation juge irrecevable le pourvoi de Sarkozy contre la saisie de ses agendas par les juges d’instructions bordelais en charge de l’affaire Bettencourt ... Et boum... "Le procès de l'affaire Bettencourt aura bien lieu" conclu Mediapart.

Nicolas Sarkozy a encore perdu quand le même Mediapart (*) s'est enfin décidé à publier des extraits d'une autre écoute clandestine, entre Brice Hortefeux et un haut responsable de la police. Le premier, élu de l'opposition, s'enquerrait de ce qui l'attendait dans une audition à venir devant les juges dans le cadre de l'instruction sur l'affaire Karachi. Brice Hortefeux criera à la violation du secret de l'instruction, il aura raison. Pour l'heure, on rappelera que lui-même n'avait pas le droit d'obtenir ces informations de la part d'un policier finalement, et heureusement, sanctionné.
" Bonjour M. le ministre. Je voulais vous dire que dans l’affaire du financement de la campagne de 2007 et de la plainte de Nicolas Sarkozy (…) il y a un juge d’instruction qui a été désigné et ce qu’il nous demande, c’est de vérifier votre emploi du temps ainsi que celui de Ziad Takieddine pour les 5, 6 et 7 octobre 2006"

Finalement, ces écoutes étaient donc utiles.



(*) article payant

7 mars 2014

Pacte de responsabilité: si peu d'embauches

Non mais allo, quoi ?

Cent ou trois cent mille embauches, et pas une de plus.

Les simulations les plus officielles publiées ces derniers jours laissent rêveur.

Dix milliards d'euros d'euros d'allègements de charges pour à peine 300.000 embauches, dans les versions les plus optimistes.

Le Haut Conseil au financement de la Protection Sociale a en effet livré 3 scénarios.
1. Une baisse uniforme des charges sur tous les salaires, pour environ 2 points de cotisation.
2. Une baisse des charges limitée aux salaires moyens, jusqu’à 2,1 SMIC (3.000 euros brut)
3. Un allégement supplémentaire sur les revenus en dessous de 1,75 SMIC (soit 2.500 euros brut).

Les résultats, pour 10 milliards d'euros de réductions de cotisations sociales, sont modestes: entre 134 et 303.000 créations d'emplois. 

Source: Les Echos

Mercredi, trois syndicats de salariés (CFDT, CFE-CGC et CFTC) font mine de crier victoire, après la signature d'un premier accord dit de responsabilité avec le MEDEF. Force Ouvrière ou la CGT protestent. Le texte signé, nous explique-t-on, fixerait des "contreparties" au pacte de responsabilité de François Hollande: contre la baisse des cotisations familiales (30 milliards d'euros d'ici la fin du quinquennat), les contreparties seraient de « demander aux branches professionnelles » d'ouvrir « des discussions » ou « des négociations » « sur des objectifs quantitatifs et qualitatifs en termes d'emploi ». Les objectifs seront chiffrés, et dans toutes les branches (dixit la CFDT).

Mais ce ne sont... que des objectifs, et nullement un engagement de résultat.

Bref, rien.

Du côté des entreprises, on peut comprendre l'argument: qui peut garantir des embauches ? Du côté des opposants aux réductions de cotisations sans contreparties, on ne peut que louer l'inquiétude: sans contreparties, ces réductions sont un ... cadeau.

Le Pacte de Responsabilité cher à Hollande était mort-né. 

Le premier accord qui s'en réclame signe son acte de décès.





Lire aussi:

27 février 2014

Loi sur les stagiaires: enfin la gauche ?

C'est peut-être la loi la plus à gauche depuis le début de ce quinquennat.

Dans la nuit de lundi à mardi, les députés de gauche ont voté à l'unanimité un texte de loi durcissant les conditions de stages en entreprises. S'il reste au Sénat à se prononcer, on peut déjà noter l'exploit, salué jusque dans les colonnes de l'Humanité: une loi de portée socio-économique votée par les élus du front de gauche, du Parti socialiste, des radicaux de gauche et des écologistes.

Il y avait urgence. La génération précaire empile les stages par milliers, dans des conditions douteuses, malgré déjà quatre lois sur le sujet en moins d'une décennie.

Dans le détail, le texte encadre les conditions d'embauche  de stagiaires. 
- limitation des stages à 6 mois - limitation du nombre de stagiaires à 10% des effectifs d’une entreprise
- rémunération dès le 1er jour pour les stages de plus de 2 mois
- bénéfice des tickets restaurants et prise en charge partielle des frais de transport pour les stagiaires
- durée de travail plafonnée à celle des salariés. 
- interdiction de confier des tâches structurelles à un stagiaire
- extension des pouvoirs de l'inspection du travail au contrôle des abus de stages

A droite et dans les rangs patronaux, on a entendu de prévisibles cris d'orfraie. Peu avant une heure du matin, mardi, un député UMP tentait de gagner du temps et réclamer un report de séance. Le lendemain, voici un représentant du MEDEF a menacé d'un effondrement des stages: "Ces nouvelles contraintes font peser de lourdes charges de gestion, des menaces de contrôle, avec amendes à la clé, alors que nous croyions être dans un climat de confiance ! C'est en contradiction avec le pacte de responsabilité et le choc de simplification, Cela va clairement freiner l'accueil des stagiaires".

A gauche et dans les syndicats (CGT notamment), on applaudit. 

La gauche se retrouve.

Pour combien de temps ?



26 février 2014

Valls/Goasguen: le cirque politico-médiatique

Cela divertit. Cela amuse presque la galerie. Un ministre et un député de la République s'invectivent dans les rangs de l'Assemblée. Ailleurs, on apprend ou comprend que la jeunesse s'impatiente. On nous prédit que l'abstention politique sera massive, surtout à gauche. 

Ces figures politiques pseudo-nationales qui s'échauffent comme au théâtre Guignol ont-elles conscience de ce décalage ?


La scène était presque drôle, bientôt fameuse à en croire le buzzomètre médiatique du moment. Nous étions dans l'hémicycle, séance des questions au gouvernement, ce mardi 25 février après-midi. Tout débute avec une quetsion de l'UMP Yannick Moreau, député de Vendée, à propos des manifestations violentes du 22 février à Nantes:
"Monsieur le Premier ministre, allez-vous, oui ou non, dissoudre les groupuscules d’extrême gauche ? Allez-vous, oui ou non, cesser votre deux poids, deux mesures, qui ne fait que diviser et fractionner le peuple français ? "
Et le ministre Valls de répondre.
"Monsieur le député, face à la violence, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne, notamment vis-à-vis des forces de l’ordre, policiers et gendarmes, qui accomplissent leur mission avec courage et professionnalisme, il n’y a qu’une seule réponse : la fermeté. Tous ceux qui s’en prennent au mobilier urbain, à des commerces, aux forces de l’ordre, doivent trouver une seule réponse, celle de l’ordre républicain, de la justice et de l’État"
 Cela ne suffit pas. Claude Goasguen, autre député UMP, mais du richissime et bourgeois XVIème arrondissement de Paris, crie dans les rangs: "Montrez-le !!"

Le taurillon de ministre s'enflamme. Piqué au vif, il ne supporte pas qu'un UMPiste lui donne une leçon de sécurité. Sur le fond, il avait raison. L'UMP, même dirigée par Nicolas Sarkozy depuis Beauvau ou l'Elysée, s'était montrée bien incapable de résoudre la hausse des attaques aux personnes une décennie durant (2002-2012). Sur la forme, il perd son sang-froid, mauvais spectacle, spectacle pitoyable.

Contrairement à vous, nous, nous ne trions pas face à cette violence, nous ne sommes complaisants avec personne. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) Nous ne sommes complaisants avec personne : à chaque fois qu’on s’en prend aux valeurs de la République et à l’ordre républicain, nous n’avons qu’une seule réponse, monsieur le député, celle de la fermeté !

M. Manuel Valls Vous avez été complaisants, au cours de ces derniers mois, avec ceux qui, à quelques mètres d’ici, s’en prenaient aux valeurs de la République, au rôle du Parlement, à la majorité parlementaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC, du groupe écologiste et du groupe RRDP.) Ici, il y a des députés, de votre groupe, qui ont été complaisants avec ceux qui cassaient…
M. Claude Goasguen. C’est vous !
M. Manuel Valls : ... qui s’en prenaient aux policiers et aux gendarmes. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.) Eh bien, ce gouvernement est ferme avec tous ceux qui s’en prennent aux valeurs de la République, qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux policiers et aux gendarmes. Face à l’ultra-gauche,…
M. Claude Goasguen. Vous ne faites rien !
M. Manuel Valls... face à l’ultra-droite, ou face à cette extrême droite, nous répondons. Monsieur Goasguen, vous en venez, vous, de l’extrême droite. Vous savez ce qu’il en est ! Nous, nous ne sommes complaisants avec personne ! Vous, vous êtes complaisants. Les choses sont claires, avec nous ! 

C'était donc une joute de plus, bien éloignée des préoccupations du pays. Un moment bref sur lequel les médias, d'autres médias sont immédiatement revenus puisqu'il était verbalement plus violent que la moyenne.

Nous apprenait-il quelque chose sur la différence entre la gauche et la droite au pouvoir ? Non, absolument rien.

Résonnait-il avec les sujets du moment - chômage, précarité, croissance ? Aucunement. Les plus désinvestis de l'action politique officielle, c'est-à-dire les plus pauvres et les plus jeunes, avaient-ils une chance de s'intéresser à ce type d'éclat ? Non.

Sur les affaires de prédilection d'un ministre de l'intérieur , comme la lutte contre l'insécurité, ces invectives avaient-elles quelque importance ? Toujours pas.

L'ultra-gauche et l'ultra-droite sont devenus des objets de spectacle politique. la première est objet épisodique de notre actualité. On n'est même pas sûr de savoir encore la caractériser. L'ultra-gauche, "encore plus à gauche que la gauche de la gauche" ? L'ultra-droite est mieux connue. On l'a vu plus fréquemment lors des manifestations contre le mariage gay, lors du Jour de Colère, ou avec les dérapages mortels des Troisième Voie et autre Bloc Identitaire.

Mais fallait-il se donner en spectacle, de part et d'autre, sur pareille affaire ?


Manuel Valls explique que Claude Goasguen vient... par LCP



Crédit illustration: DoZone Parody 
 

14 février 2014

Pourquoi la Cour des Comptes est dangereuse pour Hollande

C'est devenu un rituel. La publication de chaque rapport de la Cour des comptes sur l'utilisation de nos deniers publics est toujours un régal... à droite. Car l'institution, pourtant, délivre toujours le même message: elle ne juge(rait) pas le fond de l'action politique, c'est-à-dire les options; mais la simple bonne gestion des finances publiques.

Une menace pour la droite
Quand un gouvernement, comme ceux des présidences Chirac puis Sarkozy entre 2002 et 2012, se réclament de la sacro-sainte bonne gestion, les constats de la Cour des Comptes peuvent faire mal, très mal. En un quinquennat sarkozyste, l'institution nous a permis d'évaluer combien le non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux est une gigantesque imposture à motif idéologique: Sarkozy démembra des corps publics essentiels comme la police ou l'Education sans même parvenir à réduire le coût de la fonction publique d'autre chose que quelques dizaines de millions d'euros.

Placé sous le signe du redressement des finances publiques depuis son premier jour, le quinquennat Hollande risque une autre souffrance quand il est confronté à ces bilans périodiques. Il s'agit moins de constater une dégradation des comptes puisqu'au contraire ces derniers s'améliorent. Et l'héritage sarkozyste fut si terrifiant d'incompétence budgétaire que même ses plus proches soutiens de l'époque (Fillon, Copé) s'en détachent aujourd'hui.

Pour Hollande, le danger de ces critiques est ailleurs.
Comme avant, la Cour répète qu'il faut économiser puisque les recettes sont insuffisantes. Et comme avant, la Cour répète que le levier fiscal a ses limites. Nous connaissons la déduction: il faut réduire les dépenses, notamment sociales. Or cette austérité-ci est l'un des derniers tabous de la présidence Hollande. On peut lui reprocher, on lui reproche, à gauche, sa politique exclusivement de l'offre - pacte de responsabilité, réduction des cotisations sociales. On lui reproche la faiblesse de sa politique sociale - revalorisation a minima des minima sociaux. Mais la mandature Hollande tient encore bon sur l'essentiel des droits sociaux.

Comme le rappelait le Monde, l'essentiel des économies sur la Sécu réalisées par l'équipe Hollande ont épargné les patients: 44% des 4,4 milliards d'euros d'économies sur les dépenses de santé votées depuis l'élection de Hollande concernaient les laboratoires pharmaceutiques (31% chez Sarkozy); 15% les hôpitaux (12% sous Sarkozy), 25% les prescriptions (27% sous Sarkozy), 0% les patients (12% sous Sarkozy). Aucun déremboursement n'a été voté ni décidé.

Nicolas Sarkozy s'était trouvé un contre-feu, le Revenu de Solidarité Active, pour masquer ses autres saloperies sociales ("offre raisonnable d'emploi" en octobre 2009, nouvelles franchises médicales, suppression de lits d'hôpitaux, etc). Le gouvernement Hollande n'a pas touché à la protection sociale. Inutile de penser que ce constat le sert politiquement. C'est factuel, et tristement minimaliste.

Le propos de la Cour des Comptes, devant la dégradation des soldes sociales, est sans appel. C'est un autre ancien socialiste, nommé à ce poste par Nicolas Sarkozy qui voulait jouer à l'ouverture, qui préside encore l'institution pour nous asséner ces mauvaises recommandations.
"Le respect des objectifs de déficit fixés pour 2014 demeure incertain. Des efforts structurels supplémentaires devront être consentis au cours des années suivantes, avec notamment un fort ralentissement de la croissance des dépenses, pour revenir à l’équilibre structurel des comptes publics." Cour des Comptes.
La Cour cible la protection sociale et les collectivités territoriales. La presse retient facilement les rares idées choc: désindexer les prestations sociales (allocations logement, chômage, famille) de l'évolution de l'inflation. Cette dernière est certes faible, mais la nouvelle est mauvaise, très mauvaise; ou fermer des lits d'hôpitaux. Nous sommes comme avant un match de boxe. On fait monter le suspense, la pression à l'économie à son maximum.

On oublie le reste
Car l'essentiel de nos médias (*) passent sous silence l'essentiel du rapport de la Cour. Il y a pourtant plein de choses bien intéressantes et si contradictoires d'avec la doxa néo-libérale ambiante. Ainsi, dénonce-t-elle la coopération franco-britannique en matière de porte-avions ("une perte nette pour les finances publiques françaises"); les défaillances de la sécurité sanitaire de l’alimentation ("insuffisance des contrôles du ministère de l’agriculture"), les faiblesses de la fiscalité liée au handicap, les inégalités en matière de soins en milieu pénitentiaire ("fortes disparités régionales et locales"; "prégnance des problématiques de santé mentale en détention").

Bref, on ne retient que ce qui arrange le discours général. Ces pressions ne seraient pourtant rien ou pas grand chose si le propos de la Cour des Comptes restaient isolé. Mais voici que le gouvernement en rajoute à son tour. La chasse aux 50 milliards d'euros d'économies 2015-2017 est paraît-il ouverte.

Par exemple, le gel temporaire de l'avancement des fonctionnaires, paraît-il à l'étude au sein du gouvernement, est d'une bêtise politique crasse, et d'une imposture sociale rare.

Cette histoire-là, potentiellement politiquement désastreuse, ne fait que débuter.

Ou pas.








Lire le rapport de la Cour des Comptes
(*) Lire une belle exception, le résumé établi par le Monde

3 février 2014

Quand Ayrault enterre une loi sur la famille

Les réacs ont gagné. On leur a donné raison, pour cette année au moins. On a accepté de reporter sine die avant qu'elle n'ait été écrite, présentée, votée, une loi sur la famille.

Il y a donc des sujets dont on ne peut plus discuter en Sarkofrance. 

Au lendemain d'une "Manif pour tous" et surtout pour eux, plusieurs membres du gouvernement jusqu'au premier d'entre eux ont confirmé que la loi sur la famille ne serait pas  présentée en 2014. Autrement dit, elle est enterrée.

De cette loi, on en savait peu. C'était normal. La France furibarde est un pays qui râle avant de savoir, proteste avant de connaître, disqualifie avant de discuter. Cette excitation colérique n'est pas nouvelle. La France l'a connu dans les années 30 ou 40. Mais aussi pendant la guerre d'Algérie, ou avant le premier conflit mondial. Quand les modèles sont instables, que les oppositions deviennent trop aigües pour un personnel politique dépassé.

Le gouvernement s'est rapidement couché. La gauche furibarde, incarnée par Jean-Luc Mélenchon, a eu beau jeu de railler cette volte-face: "Avec le Parti socialiste (PS), la droite est cajolée, le Medef admiré, l'église choyée. La gauche est trompée, répudiée. (...) Notre heure viendra. J'appelle à des élections qui infligent aux listes gouvernementales une sévère punition". Oublions le sale terme volontairement utilisé par Mélenchon - "répudiée". Le leader du parti de gauche tombe comme souvent dans l'excès, reprenant les formules réactionnaires usitées à l'UMP pour désigner la séparation Hollande/Trierweiler. Il le sait, il l'a fait exprès. Qu'il assume.

Mais sur le fond, n'a-t-il pas raison ? Oui. Une manifestation de quelques dizaines de milliers de réactionnaires en panne de slogans et de causes, et voici que Matignon annonce, dès le lendemain: "Le gouvernement ne présentera pas de projet de loi famille cette année". Le matin même, sur RTL, Manuel Valls, pourtant simple ministre de l'intérieur, avait affirmé qu'il n'y aurait "pas de PMA ou de GPA " dans le projet de loi Famille, et que "le gouvernement s'opposera[it] aux amendements à ce sujet".

Il n’y aura pas de loi de famille cette année. Et nous sommes qu'en janvier.

Enterrement ?

Il y aura des PMA en France, ou ailleurs. C'est une évidence. La loi n'encourage pas, elle régularise, elle sécurise, elle garantit des droits.

Cette journée a au moins fait une victime, la crédibilité de Béatrice Bourges, l'autoproclamée présidente du Printemps français, qui vient d'interrompre son jeûne si discret. Elle attendait pourtant "la destitution" du Président de la République, rien que cela. "Je demande cela au nom de son impopularité et de son incapacité à gouverner"

Rentrez chez vous, madame.

Et soignez-vous.


29 janvier 2014

Hollande, Hartz et la catastrophe

Appeler à la rescousse l'ancien auteur des lois éponymes qui ont fait la détresse de millions d'Allemands a failli être la nouvelle catastrophe de ce 27 janvier 2014. Confronté à l'inévitable bilan d'une progression continue du chômage, François Hollande a en effet commis la surprise d'appeler à ses côtés Peter Hartz, ancien ministre du travail de Gerhart Schröder.

L'information, non confirmée, émanait d'un quotidien allemand régional, le Saarbrücker Zeitung. Cet homme a donné son nom à quatre réformes successives de dérégulation du marché du travail en Allemagne, entre 2003 et 2005, qui, en vrac, ont simplifié les procédures d'embauche et imposé une obligation d'accepter un job à salaire inférieur (Loi Hartz I); créé des « Minijob » (des contrats de travail de type précaire, moins taxé, court terme) et des « Midijob » (loi Hartz II); restructuré l'agence nationale d'emploi (loi Hartz III); réduit les indemnités de chômage de 32 mois à 12 mois (18 mois pour les plus de 55 ans), et réduit les indemnités des chômeurs de longue durée qui refusent d'accepter des emplois en dessous de leur qualification (loi Hartz IV).

On leur prête l'efficacité redoutable d'avoir permis de réduire le chômage "statistique" en Allemagne à l'aube des années 2000, le tout grâce à une amélioration de la compétitivité du pays. Le coût du travail dans le secteur privé, par heure travaillée, est certes plus bas qu'en France (31 euros l'heure contre 35 euros) mais la mesure est partielle; les inégalités "se creusent entre les travailleurs de l'industrie bien payés et les travailleurs précaires du secteur des services" nous rappelait un quotidien du soir en septembre dernier.

L'augmentation de la pauvreté y fut tout aussi fulgurante: 20% des salariés allemands émargent aux Minijob ou au Midijob. En 2012, le taux de pauvreté aurait atteint 15,2% de la population. Même le Figaro, ce mardi 28 janvier, commentait la catastrophe ainsi: "le nom de Peter Hartz est ainsi pour beaucoup d'Allemands également associé à la précarisation du marché de l'emploi et à la trappe à pauvreté."

Peter Hartz, donc, n'est pas le bienvenu en France, au moins à gauche.

Quand l'information qu'il va conseiller Hollande ouvre les journaux radiophoniques du matin, elle fait évidemment l'effet d'une bombe.  Hollande termine un voyage en Turquie. Autres cieux, autres enjeux. La Turquie, qui tentait de rejoindre l'Union européenne, semble moins empressée. Quand il était président, Sarkozy en avait fait un sujet de polémique franco-française. Pas question, nous répétait-on, que ce pays laïc mais à forte communauté musulmane, de rejoigne la Sainte Europe. Bref, en France, le sujet n'était pas la Turquie, mais ce Peter Hartz qui avait rencontré Hollande il y a deux mois à l'Elysée.

Dès mardi matin, l'Elysée confirme... le rendez-vous passé, mais nie toute embauche au palais, ou toute collaboration:
"François Hollande l'a reçu il y a deux mois à sa demande pour un entretien informel d'une heure et pour l'inviter à un colloque. (...) Je démens qu'il soit son conseiller ou soit amené à le devenir" Aquilino Morelle.
François Hollande souligne le trait, prolonge la ligne, accentue une démarche officialisée avec ses voeux. Certains poursuivent le débat sémantique - social-démocrate, social-libéral. Il est artificiel. François Hollande a commis un tournant, un vrai, chaque jour qui passe le confirme. S'adjoindre Peter Hartz comme conseiller aurait été une bêtise, facilement gobée toute la journée durant par les plus crédules des aveuglés de la contestation.

Il n'y avait pourtant pas besoin de cela pour dresser les constats politiques qui s'imposent. 

Sur le front du chômage, la sanction est tombée lundi soir. La France compte encore 10.000 sans emplois de plus en décembre, ce qui porte à 3,3 millions le nombre d'inscrits sans aucune activité à Pôle emploi. Pire, le nombre total de chômeurs frôle toujours les 6 millions.

La promesse d'inverser la courbe du chômage n'est pas tenue. Tenons-la en 2014, réclament certains. Hollande lui-même a reconnu l'échec, publiquement, en déplacement en Turquie.

 "Nous n'avons pas réussi en 2013 à faire diminuer le chômage" François Hollande.


A droite, la nouvelle de ces mauvaises statistiques a réactivé le bal des amnésiques. Les courbes, quelles qu'elles soient, parlent d'elles-mêmes. Le chômage a explosé durant le quinquennat précédent. La droite accusait la crise. Elle n'a rien, strictement rien jugulé. Il continue sa progression en ce début de mandat de Hollande. La gauche de gouvernement accuse la crise mais exhibe toutes sortes d'outils miracle: emplois d'avenir, contrats de génération, pacte de responsabilité, CICE, etc.

Et le social, bordel ?

27 janvier 2014

Pourquoi les vraies questions (économiques) de François Hollande sont sociales


Après les "patrons", voici la "communauté financière" appelée à réagir au pacte de responsabilité lancé par François Hollande, et plus largement, au redressement des comptes publics qu'il a engagé. 

Et les citoyens ?

1. Après le patronat, les agences sont presque contentes. Vendredi dernier, l'agence Moody's a choisi de maintenir la note de crédit de la France, à AA avec toutefois la même "perspective négative"... au cas où. On rapporte que Pierre Moscovici, à Davos, affichait un sourire en coin, de satisfaction.

2. Il n'y a toujours aucune corrélation entre l'état réel de nos finances publiques et  le coût de l'endettement facturé à la France sur les marchés internationaux. D'autres facteurs sont à l'oeuvre: la situation générale de la zone euro - qui s'est (insuffisamment) améliorée depuis deux ans, les perspectives que l'on attribue au pays concerné, et... la richesse sous-jacente du pays.

3. Les analystes financiers et les journalistes politico-économiques continuent d'abuser l'opinion avec un fichu et mauvais ratio, le rapport entre la dette publique et le PIB annuel. Imaginez seulement qu'un ménage ne puisse emprunter à hauteur de 60% de ses revenus annuels... Pour l'heure, la France affiche un dette publique à 93% ou 94% du PIB (les chiffres définitifs seront connus en mars).

4. Il n'y a pas eu de "dérapage budgétaire" en 2013. La formule suggère en effet que l'équipe Hollande a laissé filer les dépenses, ce qui est faux.: les dépenses de l'année ont été tenues à l'euro près. Le gouvernement a même dépensé 600 millions de moins que prévu au budget initialement. Mais le déficit final sera supérieur de 14 milliards aux prévisions initiales - 75 milliards contre 61 milliards. En cause, de moins bonnes rentrées fiscales. Rien de plus, mais c'est déjà beaucoup. En un an, le déficit s'est quand même réduit de 12 milliards

5. Hollande va lancer le plus important plan de réduction des dépenses publiques que la France ait connu. A sa gauche, on dira que c'est l'austérité. Ce n'est pas encore cela. Mais ces efforts sont inédits. Jeudi dernier, François Hollande a tenu son premier Conseil Stratégique de la Dépense, la première pierre de son programme d'économies.

6. On connait le séquençage de la "douloureuse": après les 25 milliards d'euros d'économies déjà réalisées en 2012 et 2013, le gouvernement prévoit :
15 milliards en 2014
18 milliards en 2015
18 milliards en 2016
14 milliards en 2017

7. On sait aussi comment il entend les réaliser. Bernard Cazeneuve, ministre du budget, a livré quelques précisions. d'ici 2017, 4 milliards d'euros sont déjà décidés et votés. Il s'agit de la montée en charge des mesures sur les retraites et la branche famille. Le gel des dépenses de l'Etat (qui pèse pour 373 milliards d'euros annuels sur 1150 milliards) et de l'assurance-maladie ajoute 20 milliards d'ici 2017. Reste encore 26 milliards à trouver.

8. Quarante pour cent des réductions budgétaires vont porter sur les prestations sociales en 2014. Les dépenses publiques se décomposent en un tiers de dépenses de l'Etat, 46% de prestations sociales, et 20% des collectivités locales. Pour l'année 2014, les 15 milliards de réduction vont être trouvés sur l'Etat et les collectivités territoriales, et... 6 sur les dépenses sociales (40%).

9. La réduction des déficits publics fait partie du projet présidentiel de François Hollande depuis le premier jour de la première semaine du premier mois de sa déclaration de candidature à la présidentielle. Mais l'urgence, en 2014, reste aussi sociale. On ne compte plus les indicateurs désastreux sur l'état du pays: sur 22,8 millions de salariés, 12% des salariés ont un emploi précaire, rappelait l'Observatoire des inégalités. Pire, la pauvreté s'aggrave: l'IGAS vient justement de remettre un rapport à Jean-Marc Ayrault. Le nombre de bénéficiaires du RSA a cru de 7% entre juin 2012 et juin 2013, pour atteindre 2,25 millions de foyers résidant en France métropolitaine et dans les DOM à fin septembre 2013. Plus d'un million de bénéficiaires se pressent aux Restos du coeur, un record.

Comment la presse pouvait-elle l'ignorer ? Pour une raison simple. Tout ce que comptait le pays d'éditocrates ou presque était occupé à commenter l'affaire Hollande/Gayet/Trierweiler. Mais de ce dernier rapport sur l'inégalité dans le pays, il n'en fut pas question, ou si peu.

Jeudi 23 janvier, François Chérèque, l'un des co-auteurs du rapport, est quand même sur France inter. Il fustige le "dérapage" de François Hollande, dix jours avant lors de sa conférence de presse, lorsqu'il évoquait la fraude sociale. Près de 6 milliards d'euros de prestations RSA ne sont pas versés faute de demandes... Le vrai choc de simplification à faire concerne les prestations sociales.

En 2009, nous détaillions dans ces colonnes combien le RSA était compliqué d'accès.



20 janvier 2014

100 grands patrons contre les chômeurs

Ne croyez pas qu'il s'agisse d'une caricature. Une centaine de patrons des plus grandes entreprises du pays ont signé un ensemble de recommandations brutales pour résoudre le déficit de l'assurance chômage.

Un traitement de choc, et irresponsable, au moment même où François Hollande propose un pacte de responsabilité, baisse des cotisations contre embauches.

Du chômage partiel...
Il y a deux ans, presque jour pour jour,  le ministre du travail de Nicolas Sarkozy devait encore commenter une nouvelle hausse du nombre de demandeurs d'emploi en décembre dernier. Le bilan de l'année 2011 était exécrable.  On comptait 2,874 millions de sans-emplois à fin décembre 2011, soit +5,6% en un an, et un total de 4,9 millions d'enregistrés à Pôle emploi. En réponse à la crise, Nicolas Sarkozy avait favorisé le recours au chômage partiel via l'augmentation de la durée légale du chômage partiel (décembre 2008); le relèvement modeste de l'indemnisation du chômage partiel (janvier 2009), puis la mise en place de l'activité partielle de longue durée (mai 2009). En un an, le volume d'heures de chômage partiel passe de 1,6 millions au 3ème trimestre 2008 à 31 millions au 3ème trimestre 2009. Mais en 2010, l'évolution est inverse, le recours au chômage partiel s'effondre, pour retrouver un niveau très proche d'avant 2008 - 3,6 millions d'heures déclarées fin 2010. Sarkozy coupe dans les crédits de la politique du travail, réduit le volume d'emplois aidés. Pour 2012, il avait remis ça, avec une nouvelle réduction de 10% des crédits.

Deux ans plus tard, dans quelques jours, le bilan de l'année 2013 sera connu. Le cap des 3 millions de sans-activité inscrits à Pôle emploi est dépassé depuis l'été 2012. Celui de 5 millions inscrits également.

En juin 2013, la loi de flexi-sécurité instaure une durée minimale hebdomadaire de travail de vingt-quatre heures, et une rémunération majorée de toutes les heures complémentaires (10% minimum dès la première heure). Et Hollande a lancé tous les dispositifs d'emplois aidés qu'il avait promis - contrats de génération et emplois d'avenir. En cette fin d'année 2013, alors que "l'inversion de la hausse de la courbe du chômage" n'était pas au rendez-vous, l'actuel président change son fusil d'épaule et propose un dispositif qu'il espère "gagnant/gagnant", un "pacte de responsabilité" qui fait hurler à gauche.

Mais voici que ce dernier, qui s'ouvre par une généreuse réduction de cotisations familiales, ne suffit pas à certains au MEDEF.

... au chômage tout court
Les partenaires sociaux ont débuté vendredi dernier la négociation UNEDIC qui vise à réduire le déficit de l'assurance chômage. MEDEF d'un côté, syndicats de salariés de l'autre, aucune des parties en présence n'a annoncé de révolution en la matière. On semblait frôler le compromis facile, la discussion aisée, l'atmosphère plus détendue que par le passé.

Lors de sa conférence du 14 janvier, Hollande avait donné sa position sur cette négociation: "ce n’est pas à un moment où il y a un taux de chômage élevé qu’il faut réduire les droits des chômeurs"; mais, avait-il ajouté: " tout ce qu’on peut faire pour que des chômeurs puissent être formés, qualifiés, accompagnés nous devons le faire. Tout ce que nous pouvons faire pour qu’un certain nombre de demandeurs d’emploi soient incités à reprendre un emploi sans encourir un certain nombre de difficultés ou de charges supplémentaires nous devons le faire."  On pouvait accuser Hollande de tous les maux, mais pour l'heure, il n'avait rien fait ni recommander autre chose qu'un maintien des indemnisations et un meilleur effort en faveur de la formation des chômeurs.Ces ministres ont tous répété depuis le même message.

La crise, qui maintient un chômage massif, a évidemment déséquilibré les comptes de l'UNEDIC: l'endettement a atteint 17,8 milliards d'euros l'an passé, et plus de 22 milliards d'euros attendus cette année. Le solde net entre encaissements de cotisations et reversements est moins dramatiques, quelques milliards par an; mais il est structurel.

Pourtant, moins d'un chômeur sur deux inscrits à Pôle Emploi touche une indemnisation - 48% pour être exact. A fin novembre dernier, dernière statistique connue, le nombre de demandeurs d’emploi indemnisés par le régime d’assurance chômage s'affichait en baisse de 1,2 % en un mois, tandis que le nombre de ceux indemnisés par le régime de solidarité nationale augmente de 1,6 %.

Pour 2014, l’Unédic prévoit encore 63.200 chômeurs de plus.

Les 100 patrons
L'Association française des entreprises privées (AFEP) a livré ses recommandations, dans le secret.

Source: Les Echos
1.  Elle récuse toute hausse, même minime, des cotisations chômage: "Au ­contraire, leur niveau déjà élevé pose la question à terme d’une baisse"

2. Elle souhaite durcir les sanctions, c'est-à-dire l'exclusion des chômeurs, quand ces derniers refusent une "offre raisonnable". On se souvient du dispositif installé par Sarkozy au plus fort de la crise, au printemps 2009, désactivé depuis le changement de majorité.

Il y a quelques jours, la DARES a publié une étude des sortants de Pôle Emploi en juin 2013: sur les quelque 470.000 personnes sorties des statistiques, à peine 47% avaient effectivement décroché un boulot. Si l'on ajoute les 11% partis en formation, on comprend que 42% des sortants sont évacués de Pôle emploi... sans emploi ni activité. Mais c'est donc insuffisant pour l'AFEP...

3. L'AFEP propose de réduire la durée d'indemnisation maximale, de 24 à 18 mois (de 36 à 30 pour les seniors). Bruno Coquet, un économiste auteur d'un bouquin sur le sujet, commente:  "La seule étude empirique existante conclut qu'elle aurait ralenti le retour à l'emploi. Il me semble très risqué de faire baisser les allocations de tous les chômeurs pour un bénéfice aussi aléatoire et concentré sur une extrême minorité de chômeurs"

4. Elle suggère enfin d'augmenter la durée de cotisations à 12 mois au lieu de 4 (sur les 28 derniers mois)  pour pouvoir prétendre à une indemnisation.

Dans cette négociation, les belles comparaisons avec nos homologues européens sur la générosité du système français ont évidemment reprises. 

Nos grands patrons connaissaient-ils la situation des chômeurs ? Nul ne sait. Sans doute avaient-ils lu quelque rapport et statistiques. Sans doute ignoraient-ils que Pôle emploi ne récupère que 250.000 offres d'embauches par mois. Sans ignoraient-ils aussi combien touche un allocataire quand il a la chance d'être indemnisé. En avril 2013, l'UNEDIC a livré une évaluation des chômeurs indemnisés.

L'allocation moyenne est de 1.055 euros par mois, et représentait 69% de l'ancien salaire net.

1.055 euros par mois, c'est 78 euros à peine de plus que le seuil de pauvreté.




17 janvier 2014

Comment Hollande peut convaincre

Quel drôle pas de deux... Depuis ses voeux du 31 décembre, puis sa conférence de presse du 14 janvier, François Hollande a réussi son coup... à droite.

Le gouvernement maladroit
 "Il ne s'agit pas de patrons, il s'agit d'entreprises"

Michel Sapin était ce jeudi soir sur France 2 pour tenter de (nous) convaincre sur ce socialisme de l'offre. Le ministre du Travail peinait. Il était certes convaincant pour expliquer que les cotisations familiales n'avaient techniquement rien à voir avec le travail, à l'inverse des cotisations retraite, ou chômage. Mais le raisonnement était court. On pourrait l'appliquer aux cotisations maladie.

"Le bateau doit accélérer"... Le ministre multiplie les métaphores nautiques ou pire encore. Michel Sapin s'enferme. Le chroniqueur économique François Langlais balance ses tableaux illustrés pour minorer l'effort de compétitivité. Une Peugeot 208 à 12.300 euros coûterait 100 euros de moins... seulement. Exemple biaisé pour résumer une réforme.

Ce plateau télé, un temps dérangé dans sa complaisance superficielle, par un Olivier Besancenot en mode Duracel, ratait l'essentiel: la précarité. Que dit-on sur la précarité ?

Rien, pas grand chose.

Arnaud Montebourg, son collègue du redressement Productif,  a fixé la barre plus haute. Il veut deux millions d'emplois créés sur 5 ans.

Les éditocrates satisfaits
Est-ce un objectif politique ? Un à un, ils cèdent pourtant.

"C'est donc par une baisse des prestations sociales que les 50 milliards d'euros d'économie vont se faire?" Christophe Barbier, le patron de l'Express, s'inquiète à peine. Il cherche le scoop, la confirmation. C'était une autre "révélation" de cette nouvelle année. Les éditocrates néo-lib en tous genres pouvaient-ils jouir en toute plénitude ?

Le matin même sur France Culture, Brice Couturier applaudissait au virage social-libéral, et priait, dans son éditorial matinal, pour cette victoire d'une gauche qu'il qualifiait de "moderne".

Plus loin, dans les colonnes du Point, on pouvait lire Franz-Olivier Giesberg se régaler. Jeudi soir sur France 2, dans cette même édition de Des Paroles et des Actes, il délire gentiment dans l'enthousiasme: "C'est un grand discours qui sera demain dans les livres d'Histoire!" Dans les colonnes du Figaro, on est troublé. Au Monde, on cherche les différences entre Hollande et Sarkozy en matière économique. Le journal oublie la politique sociale. Sarkozy avait lancé l'offre raisonnable d'emploi, la suppression de l'exemption de recherche d'emploi pour les ré-retraités, les contre-parties horaires au RSA, etc.

Chez Marianne, les critiques sont de mises. Jack Dion s'indigne contre le "néolibéralisme de démission". Le Monde Diplo est tout aussi sévère. Politis est sans surprise sur la même longueur d'onde. 

La gauche déboussolée... ou pas.
La droite se déchire. L'UDi va soutenir, l'UMP se divise. Hollande fait du Sarko, comment s'opposer en restant crédible ?

Pire, les sondages s'accumulent. Le pacte de responsabilité est "plébiscité" dans les sondages. On connaît les limites de l'exercice. D'après un sondage CSA réalisé pour Les Echos, Radio Classique et l’Institut Montaigne, voici donc 69% des sondés qui adorent le Pacte de responsabilité. D'autres, publiés avant la conférence, donnaient les mêmes résultats.
Malgré les marges d'erreur, les mêmes tendances sont observés parmi les sympathisants (autodéclarés) de gauche. A gauche, donc, il parait que le Pacte séduit. En fait, la fiabilité des contreparties aux réductions de cotisations des entreprises est l'élément clé.
Surprise ?

Pour Hollande, la température popularité est stable... à 17%.

Sa majorité parlementaire est en passe de rester solidaire. L'aile gauche du PS a prévenu qu'elle ne désavouerait pas le gouvernement sur le seul pacte de responsabilité.

Une autre victoire ?

C'est là le paradoxe. Hollande rétrécit son positionnement politique, accumule des soutiens inespérés, sans pour l'instant déstabiliser ou remanier son propre camp.


A suivre.





Crédit illustration: DoZone Parody