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10 juillet 2014

Quand l'UMP a des problèmes de factures

Suite, mais pas fin, du feuilleton estival, l'UMP réjouit la galerie médiatique, mais terrifie son électorat. Le ménage, deux ans à peine avant la grande compétition présidentielle de 2017, a quelque chose de suicidaire, et de fascinant à la fois.


"Je règle mes factures moi-même"
 Il l'a exhibée, dans le mini-studio de France info, mardi 8 juillet. Xavier Bertrand a exhibé la facture de son séjour familial à Center Parcs, en décembre 2010.




Xavier Bertrand : "Je règle mes factures moi-même" par FranceInfo
Sur France Info, Xavier Bertrand s'est félicité de sa rigueur quand il dirigeait le parti. Mardi 8 juillet, le bilan comptable de l'ex-parti majoritaire était publié. Quelle catastrophe. L'UMP est au bord de la faillite. A la fin de l'année 2013, sa dette financière était de 79,1 millions d'euros, soit 40 millions d'euros par rapport aux fonds propres de l'entreprise. D'après le cabinet en charge de ces évaluations, il n'y a pas lieu de craindre une cessation de paiement: à fin juin 2014, la dette était ramenée à 74,5 millions.

Le fonctionnement annuel du parti coûte environ 15 millions d'euros. Il y avait suffisamment de précaires embauchés pour éviter tout plan social (sans commentaires). Ensuite, l'UMP va réduire de moitié ses dépenses de communication politique, un budget "maigrichon" ... de 19 millions euros annuels.

Copé ne règle pas toutes les factures
D'autres factures, plus graves, font défaut. Nicolas Sarkozy, comme d'autres avant et après lui, avait fait broyer les archives comptables de l'UMP.

Quelques fillonistes ont laissé fuiter quelques croustillantes informations. Comme ces 24.000 euros de voyages en avion réglés pour que Mme Nadia Copé puisse accompagner son mari de président. Ou ces 8.500 euros mensuels versés au jeune Geoffroy Didier, en sus de ses indemnités d'élu local, en tant qu' "assistant de Brice Hortefeux". Ce cher Didier, l'un des cofondateurs de la droite forte, n'a jamais de mots assez durs contre la fonction publique et le gaspillage. Rappelons que l'UMP est, comme tous les partis politiques nationaux, subventionné par l'Etat.

Geoffroy Didier est un cadre sup de la hiérarchie sarkozyste: outre ses indemnités de conseiller régional, et ce généreux salaire de l'UMP, il a également officié comme consultant en communication pour Bygmalion.

Il faut reconnaître à l'ancien président, destitué le 15 juin dernier, d'avoir sabré dans les dépenses. Les frais de communication ont été réduit de 33 à 3 millions d'euros entre 2012 et 2013; les frais de déplacement de 10 à 1 millions d'euros. Copé a aussi réduit les subventions aux micro-partis personnels qui entouraient l'ex-parti sarkozyste. Certains ont sauvé leurs mises:
- le parti chrétien-démocrate de Christine Boutin: 25 000 euros (versus 660 000 euros en 2012)
- le "mouvement initiative et liberté" (MIL), un "prolongement" du Service d'Action Civique (SAC):  20 000 (versus  200 000 en 2012)
- le Rassemblement Pour la France (RPF), fondé par Charles Pasqua: 50.000 versus 126 000 euros en 2012.
"Dialogue et initiative",  de Jean-Pierre Raffarin, : zéro en 2013, versus 85 000 euros l'année précédente.
- le Chêne, de Michèle Alliot-Marie, : zéro en 2013, versus 60 000 euros en 2012. 
Cela n'a pas empêcher la dette de s'envoler vers les 76 millions d'euros. C'est là le drame. L'UMP démarre sa reconquête du pays... sans argent.

Où est passé le Premier Cercle ?

Sarkozy fait régler ses factures par d'autres
La justice a ouvert une nouvelle enquête préliminaire sur Nicolas Sarkozy. On s'en doutait depuis quelques jours. L'UMP a réglé  363 615 euros de pénalités dues par Nicolas Sarkozy à cause de sa fraude aux règles de financement électoral en 2012, sanctionnée par le Conseil Constitutionnel en juillet 2013. Le président de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP) a expliqué le problème: ces amendes " s’adressent au candidat lui-même, qui est responsable de son compte".

Pour la justice, il pourrait y avoir  abus de confiance. C'est une accusation très précise.
"L'abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé.

L'abus de confiance est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende." Article 314-1 du Code pénal.
Quelques sarkozystes dénonceront un "acharnement" de la Hollandie toute entière contre Nicolas Sarkozy.

Ce sont les commissaires aux comptes de l'UMP "qui ont saisi le parquet de Paris à ce moment-là, en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale", rapporte le Monde.

Et la France ?
La France n'a pas encore réglé toutes les factures de l'UMP: une dette publique qui glissera vers les 2000 milliards d'euros à la fin de l'année, un chômage durablement installée, des comptes publics déséquilibrés par une décennies de dérégulation et d'exonérations fiscales en tous genres.

Qui dit mieux ?



28 juin 2014

373ème semaine politique: comment Hollande fonce droit dans le mur de 2017.

François Hollande a pensé qu'il fallait courir plus à droite quand la gauche l'a abandonné lors des élections municipales et européennes. On a compris cette semaine qu'il y avait un schéma, un "plan", une perspective. Gouverner à droite pour gagner contre l'extrême droite en 2017. 


Quelle aberration...

Comme Sarkozy ?
Le cynisme et la bêtise de cette proposition a été rapportée par le Figaro, pas par l'Elysée. L'ancien quotidien officiel de Sarkofrance a lâché cette semaine quelques confidences de "visiteurs" anonymes à l'Elysée.
"Finalement, Hollande est comme Sarkozy. Il est dans l'incapacité de comprendre ce qui lui arrive. Sarkozy reste persuadé qu'il a failli être élu en 2012. Hollande croit que la période actuelle n'est qu'un mauvais moment à passer."
L'actuel président tablerait donc sur une victoire au premier tour de Marine Le Pen en 2017. Que Hollande partage avec Sarkozy l'isolement du pouvoir présidentiel est assez probable, presque prouvé. Son calcul politique, s'il se confirme, repose sur le même raisonnement cynique que Sarkozy en son temps. Cette fois-ci, Hollande fait le constat que la droite républicaine est en miettes. Elle s'autodétruit jour après jour alors que le contexte politique lui est incroyablement favorable. L'affaire Bygmalion a révélé un vaste système de facturation bidon qui permit, en vrac, à Nicolas Sarkozy de frauder allègrement avec les règles de financement électoral (et Sarkozy était au courant de la triche); ou à l'UMP d'accepter de payer sur fond public des prestations bidon comme ses 600.000 euros pour son site internet.

L'ancien monarque veut reprendre la présidence de l'UMP dès la rentrée. La guerre des chefs est à son comble.  L'UMP n'est pas certaine de pouvoir faire certifier ses comptes 2013. On apprend que tous les comptes du parti étaient passés à la broyeuse à chaque changement de président jusqu'à l'arrivée de Copé en 2010.

Entre 2004 et 2007, Nicolas Sarkozy était président de l'UMP.

Côté idées, si Hollande est devenu libéral, la quasi-totalité des ténors de l'UMP¨ont été contraints d'aligner leurs discours sur les thèses les plus ultra-libérales que ce siècle ait connu. Fillon promeut encore la suppression de l'ISF, de la durée légale hebdomadaire du travail et un nouvel allongement à 65 ans du départ en retraites. Que le chômage des séniors explose ne le trouble pas.

En France, l'étau se resserre. Le pacte irresponsable aggravera la crise.

De nouveaux mauvais chiffres du chômage sont tombés cette semaine. Plus de 5,3 millions de demandeurs d'emploi, en recherche active à fin mai (catégories A, B et C). C'est 500.000 de plus en deux ans de mandat Hollande. L'information provoque des interprétations totalement contradictoires. Tout le monde s'accorde à dire que la croissance est trop faible pour penser que le chômage peut raisonnablement baisser.  L'iNSEE vient encore d'abaisser à 0,7% à peine la croissance estimée du PIB cette année. On va tomber dans la marge d'erreur....

Mais les solutions divergent ensuite. A droite, dans quelques cercles sociaux-libéraux et jusqu'à l'Elysée et Matignon, on nous explique que les causes sont connues: un coût du travail trop élevé qui nuit à la compétitivité des entreprises françaises et donc à l'embauche, et un "marché du travail trop rigide".

La conclusion somme toute logique de ces deux arguments est une politique économique désastreuse: 41 milliards d'exonérations de charges sans contre-parties, au prix de 50 milliards d'euros d'économies budgétaires. Ce qui ne permet pas de réduire l'endettement surélevé hérité de la décennie précédente (qui génère des charges financières équivalentes au budget de l'Education nationale), et anesthésie toute simili-reprise, aux détriments... de l'emploi. Ce cercle infernal n'agite visiblement pas les grands esprits élyséens.

Il y a pourtant des signes. Il suffit de les écouter, plutôt que de céder au cynisme de l'époque.

Les propres services du ministère des finances ont simulé les conséquences de ce pacte irresponsable. On l'apprend de la rapporteuse socialiste du Budget, qui a publié son rapport sur le collectif budgétaire. Elle est allé chercher à Bercy, dans les bureaux du ministère des finances, les évaluations internes de l'impact de ces économies. Le choc est là, une perte de 0,7% de PIB et de 60.000 emplois. Une aberration...

Hollande pourrait écouter des députés socialistes les fameux frondeurs. Ceux-là ont voté Hollande en 2012. Ceux-là l'ont soutenu, ont applaudi au discours du Bourget. Et ils sont déçus, très déçus. Ils votent contre certaines dispositions du gouvernement qui, en retour, minimise. Cambadelis s'énerve plus franchement Ces députés frondeurs l'agacent. Ils veulent des amendements plus sociaux sur cette loi budgétaire rectificative. Quelle infamie ! Dans les coursives de l'Assemblée, il y a du jeu, de la pression, des tractations. Les frondeurs sortent du cadre, votent contre leur camp, c'est-à-dire avec les écologistes et le Front de gauche. Cambadélis, premier secrétaire du PS, bat le rappel, en vain. Et s'énerve.

Pourquoi s'énerve-t-il ? Ces députés frondeurs sont encore peu nombreux. Pourquoi s'inquiète-t-il ? D'une contagion ? Il y a de la nervosité dans l'air chez certains hiérarques socialistes. "On n'est pas député de droit divin, on n'est pas député comme cela dans une relation directe avec le peuple" a-t-il bizarrement lancé mercredi. Ces directives n'y font rien. Vendredi, les frondeurs déposent encore 20 amendements au budget de la Sécu. Parmi eux, la suppression des réductions de cotisations patronales et du gel des pensions de retraite supérieures à 1.200 euros

Un vrai camouflet.

Parfois, le gouvernement fait du social. Mais il oublie l'urgence. On aurait du applaudir cette nouvelle loi encadrant les stages étudiants. Elle augmente la rémunération minimale du stage en entreprise ... au dessus du RSA - 523 euros par mois. On pourrait applaudir. Mais le gouvernement "souhaite que ce texte puisse être mis en application dès la rentrée 2015."

Vous avez bien lu... 2015.

Côté sociétal, Benoit Hamon, l'actuel ministre de l'Education, n'a rien trouvé de mieux que de suspendre sine die l'enseignement des ABCD de l'Egalité, en expérimentation dans quelques écoles depuis le début de l'année. Il se défend d'avoir cédé aux réacs de la pire espèce, de Christine Boutin à Farida Belgoul qui osaient affirmer qu'on apprenait la confusion de sexes à l'école. Hamon a lancé un autre sujet, la réforme des notations, ça occupe.

Quand il n'est pas à Paris, François Hollande aime les plans de relance. Il a raison. Une relance stricto-française n'aurait que peu d'impact sans un effort européen. Mais ce n'est pas une raison pour creuser davantage les déficits avec du "socialisme de l'offre".

Jeudi puis vendredi, Hollande rencontrait donc ses collègues européens. Le libéral Jean-Claude Juncker est désigné président de la Commission européenne, en remplaçant de l'ineffable Barroso, avec le soutien de Hollande, Tsipras et les autres.

Devant ses collègues, Hollande parle croissance, réclame un pacte, évoque la jeunesse, espère aussi davantage de "rigueur" aux frontières de l'Union -  identification et signalement des voyageurs dangereux, programme d’identification du financement du terrorisme, et création d’un corps de garde-frontières européen. Qu'allait-il faire dans cette galère ? A qui pensait-il donner des gages ?

A Bruxelles, Hollande marche dans les pas de la nouvelle coqueluche Matteo Renzi, le premier ministre italien qui a brillamment remporté les élections européennes au pays. En Italie, Renzi a misé sur la croissance. Il fait rêver celles et ceux qui pensent à un front anti-Merkel en Europe. Hollande est revenu presque satisfait. La France aurait obtenu que l'application du pacte de stabilité se fasse de manière "flexible" si la croissance ne revient pas.

On a les satisfactions qu'on peut.

A Paris, la (nouvelle) Haute autorité pour la transparence de la vie publique a publié sur son site Internet le patrimoine des 32 ministres et secrétaires d'Etat du gouvernement. Une radio pourtant digne se livre à la photo interactive sur son site, cliquez sur le visage, vous aurez le patrimoine. Merveille de l'internet, bêtise de l'humain. Il nous manque les photos nues et autres exercices voyeuristes. Plus important, on découvre que le secrétaire d'Etat en charge des "tensions" avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, avait sous-estimé son patrimoine de 700.000 euros, une broutille... Hollande menace de le virer dans les heures qui suivent s'il ne modifie pas sa déclaration.

Au Sénat, le grand chambardement territorial si cher à Hollande est repoussé sine die.

Mince.

A quand la fin du voyage ?






Crédit illustration: DoZone Parody

20 juin 2014

Comment Bygmalion emporte Sarkozy

 Il a encore fraudé.


Terrible constat. 

 

Que faire de Nicolas Sarkozy ?

 

Jean-Pierre Raffarin s'en inquiète. Bernard Debré le qualifie de "branche morte".



Il fallait travailler plus pour gagner plus. Tout le monde avait compris le message gagnant. En 2007, le slogan fit illusion. En 2012, le candidat Sarkozy dépensa donc 60% de plus que son rival Hollande. Tout cela pour échouer à "inverser la courbe", celle des intentions de vote puis des suffrages. Nicolas Sarkozy a grugé au moins deux fois aux règles de financement électoral pour sa propre survie à l'Elysée. La première fut jugée, provoquant l'annulation de 11 millions d'euros de remboursements publics. Nicolas Sarkozy hurla à l'injustice, effroyable affront à la Justice d'un pays dont il était pourtant l'un des Sages, membre de droit du Conseil constitutionnel.

Sarkozy a fraudé une seconde fois. 

L'affaire Bygmalion révèle qu'il a dépensé 17 millions d'euros de plus que son adversaire, une somme faramineuse si on la compare au plafond légale, une vingtaine de millions d'euros. Au début de l'affaire, il expliqua, en "off", que les aveux de Jérôme Lavrilleux l'agaçaient. Ce dernier est sorti de sa garde en début de semaine, mais avec une nouvelle salve d'aveux détestables pour le clan Sarkozy.

L'ancien directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 a mouillé d'autres fidèles de l'ancienne Sarkofrance, Eric Cesari - ex-directeur général de l'UMP - et Fabienne Liadzé, directrice financière de l'UMP.

Le lendemain, il y eut pire. Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Sarkozy, implique Sarkozy lui-même. Ce n'est pas un antisarkozyste primaire qui lâche la nouvelle, mais le Figaro, l'ancienne Pravda de Sarkofrance. Le journal révèle que Lavrilleux s'est confié par un SMS qu'il lui a envoyé le 28 avril 2012 à 12h19: 
"Jean-François ne vient pas à Clermont, il y est allé la semaine dernière. Louer et équiper la deuxième halle est une question de coût. JFC en a parlé au PR (le président de la République)."
Bien sûr, Nicolas Sarkozy feint l'ignorance, plaide l'ignorance. Il est de Gaulle, il ne gère pas l'intendance. Il est entouré de fraudeurs, c'est bien la question minimale.

Pour la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy a su s'entourer des meilleurs fraudeurs. 

Incroyable ?

Mercredi, c'est le pompon. Le Canard Enchaîné publie la liste des autres clients de Bygmalion.

La liste est "instructive", et surtout édifiante. Les gros clients sont le MEDEF (351 884 euros), Serge Dassault (350 000 euros ;), l'Union nationale des professions libérales (460 000 euros), Veolia (179 400 euros), EDF (637 000 euros), Génération France.fr de Copé (500 000 euros), la Mairie de Levallois (200 000 euros), le ministère de l’Intérieur (sous Brice Hortefeux puis Claude Guéant, pour 550 000 euros), France Télévisions et ses filiales, pour 2 millions d'euros

et ... le Groupe UMP à l’Assemblée nationale et questure  pour 5,5 millions d’euros...

Résumons.

Cette agence, fondé par deux proches de Jean-François Copé, surfacturait l'UMP pour financer clandestinement la campagne présidentielle de l'UMP. On apprend qu'elle avait aussi de généreux clients, des grandes entreprises et des ministères.

Plus c'est gros, plus ça passe.

Du coup, une question s'impose: "L'affaire Bygmalion barrera-t-elle la route à Nicolas Sarkozy ?"

L'ancien monarque fait passer ses messages. Il se préoccupe moins de l'UMP que de la "France". Sans rire... "Plus que l'UMP, c'est la situation de la France qui inquiète Nicolas Sarkozy" peut lire sous la plume de Carl Meus dans les colonnes du Figaro ce jeudi. "Les affaires glissent sur l'ancien Président comme l'eau sur les plumes d'un canard." Ou encore: "Il est encore dans «le temps de la réflexion»". 

A quand le temps des explications, c'est-à-dire l'heure des comptes ?




Jean-Pierre Raffarin : "Je n'aime pas beaucoup... par franceinter

14 juin 2014

371ème semaine politique: Hollande face à la décomposition politique

De gauche à droite, le spectacle est saisissant, celui d'une décomposition plus ou moins rapide que nos ténors, pourtant routiers de la politique, ne savent enrayer. L'UMP suffoque sous le coup de scandales financiers internes, le gouvernement Valls a déjà perdu toute énergie.

A l'extrême droite, on compte les points. Voici la mauvaise chronique de cette 372ème semaine politique que la France a connue depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.


La droite en vrac
C'est un psychodrame. Ils ont fait mine de le résoudre, après trop de déclarations définitives. Le linge sale avait été déballé il y a plusieurs semaines, cette affaire Bygmalion, des fausses factures pour couvrir la fraude aux règles de financement électoral par Nicolas Sarkozy en 2012. Copé éjecté, il fallait trouver une solution. Ce fut chose faite mardi. Le jour du choix, Balladur est "exceptionnellement" présent, en "caution morale" de l'UMP, on croit rêver. Ces gens sont prêts à tout, et même au plus drôlement ridicule. Est-ce la fin de l'UMP ? 

On progresse d'ailleurs dans le Karachigate, mais sans Sarko ni Balladur. Les sous-fifres ont été renvoyés en correctionnelle.

Le sarkozyste/copéiste Luc Chatel hérite du secrétariat général, "à l'insu de son plein gré", sous la coupe d'un triumvirat Juppé/Raffarin/Fillon. Luc Chatel est le Harlem Désir de l'UMP. Quelle refondation ! "L'UMP n'a pas eu besoin de Nicolas Sarkozy pour trouver une solution" s'exclame Xavier Bertrand.

Alain Juppé, justement, explique mardi soir à la télévision combien les primaires seront essentielles pour décourager Sarkozy choisir le meilleur candidat de la droite pour 2017. Fillon en ajoute une couche sur Europe 1: "Il y a des dizaines de millions d'euros qui ont été détournés."

Rappelez- vous de cette phrase, longtemps.
"Est-ce que le général de Gaulle est présent actuellement sur la scène politique? Si vous en trouvez, dites-le moi, à ce moment-là on ne fera pas de primaire" Alain Juppé, 11 juin 2014.
Nicolas Sarkozy est un épouvantail, même à droite. Même si quelques sondeurs sortent d'improbables enquêtes d'opinions sur le "coeur militant" rétréci de l'UMP pour "prouver" au contraire qu'il y a une "attente" pour un de Gaulle de remplacement, la tendance est mauvaise.

A l'UDI voisine, on se prépare aussi à des primaires. Pire, l'élection du nouveau président du Parti, depuis l'abandon de Jean-Louis Borloo, est déjà entachée d'un soupçon de fraude. Les supporteurs de Rama Yade, l'ex-égérie sarkozyste de la grande époque 2006-2008, s'inquiètent d'un afflux soudain de nouvelles adhésions de militants juste avant le vote interne...

Manuel Valls fait un discours, hommage aux victimes d'Oradour-sur-Glane. Il devait avoir son moment, après la célébration réussie du 70ème anniversaire du Débarquement de Normandie le vendredi précédent. Il est toujours important que le premier des ministres se saisisse de ces moments de souvenir essentiel.

Socialistes affligés, vraiment.
Manuel Valls fait dans l'hommage, mais l'hommage masque mal les soubresauts d'une Hollandie qui ne sait comment se renouveler.

L'initiative n'est pas anecdotique: l'ancien député européen Liêm Hoang Ngoc, exclu des listes européennes pour cause de dissidence interne, s'est activé pour lancer un mouvement d'opposition interne au sein du parti socialiste, avec le chercheur Philippe Marlière.
"Notre constat, c’est que si le cap actuel qui a été choisi par l’exécutif est maintenu jusqu’en 2017, il y a fort à parier que la gauche disparaitra au second tour de l’élection présidentielle."
La dénomination choisie est bien trouvée, les Socialistes Affligés, rien que cela. L'affliction est en effet largement répandue à gauche. On attend que l'actuel président se réveille du pied gauche. Des municipales aux européennes, sans parler des sondages, Hollande et son action ne mobilisent plus. C'est même plutôt l'inverse.

Du côté de la Vrauche, on ne cherche pas encore à tendre des mains, ni à saisir les mains tendues. Ces dernières sont pourtant plus fréquentes, plus insistantes. L'opposition de gauche, qu'elle soit frontale ou discrète, est fragile. Lenaïg Bredoux le résume pour Mediapart: "le président de la République a déporté sa politique vers le centre, voire vers la droite, libérant chaque jour un espace plus grand au reste de la gauche. Sur le papier du moins. Car dans les faits, et dans les urnes, les autres gauches patinent, avec un faible score aux européennes et un mouvement social atone, laissant le champ libre au Front national."

Le problème n'est pas l'affliction, mais le découragement. La droite horripile, cette gauche déçoit.

Mercredi, Michel Sapin et son secrétaire au budget Christian Eckert présentent le projet de loi de finances rectificative pour 2014 au Conseil des ministres. Il y a  41 milliards pour réduire les cotisations sociales, mais rien pour la transition écologique. Les deux élus écologiques Cécile Duflot et Pascal Canfin avaient bien fait de quitter l'équipe gouvernementale. Le projet de loi de transition énergétique, "la" grande promesse écolo du quinquennat Hollande, est (encore) reportée, à 2015. Ségolène Royal tente encore de convaincre Valls de présenter, a minima, son projet au Conseil des ministres du 18 juin prochain.

Voilà où nous en sommes.

Frondeurs, ou fâchés ?

Les socialistes frondeurs sont une centaine à l'Assemblée. Ils aimeraient croire à un nouveau budget, plus en faveur du pouvoir d'achat de cette France qui souffre ou se lève tôt. Leur idée, exposée, en tribune et conclave, est de réduire  baisses d'impôts et de charges des entreprises de 41 milliards à 22,5 milliards, pour rebasculer la différence au profit des classes populaires.

Manuel Valls en rencontre quelques-uns à l'Assemblée. Il écoute, mais ne change rien. Devant des journalistes, Michel Sapin enfonce le clou: "le dialogue est ouvert avec l'ensemble du groupe socialiste, moi je ne discute pas avec telle ou telle partie du groupe socialiste".

Les nouvelles économiques sont-elles si mirifiques qu'on puisse ignorer les critiques ? 

Non.

Un Haut Conseil administratif s'inquiète pour l'objectif de croissance - un ridicule 1% cette année. On est dans l'erreur statistique. Il fallait ensuite écouter Michel Sapin, ne pas rire ni pleurer: "la prévision de 1 % peut parfaitement être atteinte grâce à (…) deux moteurs qui s’allument".

Gouvernement "cressonisé"
Dans les gares, les cheminots sont en grève. En cause, le non-rapprochement de Réseaux Ferrés de France et de la SNCF, l'endettement de RFR et le statut des salariés. La structure publique qui gère le réseau est surendettée. De jour en jour, la grève se reconduit. Vendredi, Hollande demande son "arrêt". On stresse à l'Elysée.

La fragilité du gouvernement est saisissante. Manuel Valls ressemble à Edith Cresson, éphémère premier ministre de la Mitterrandie finissante en 1991-1992. Il ne subit pas les mêmes insultes machistes que sa prédécesseuse, mais le même épuisement accéléré et sans doute définitif de son dispositif gouvernemental.

Dix semaines après le remaniement, les ministres semblent déjà acculés, essorés, effrayés. Prenez la Culture. La grande loi de "l'Acte II de l'Exception Culturelle" d'Aurélie Filippetti est ... repoussée à 2015. La ministre de la Culture est aussi sans voix devant les grèves d'intermittents du spectacle qui protestent contre leur nouveau régime d'assurance chômage.

Du côté du Logement, sa collègue Sylvie Pinel, est critiquée de toutes parts. En cause, son inexistence politique à un moment où la construction de logements est en berne. L'objectif de 500.000 constructions annuels ne sera pas atteint cette année. On est descendu à moins de 350.000 mises en chantier en avril. La droite attaque. Elle a raison, elle n'a plus que cela. Et le gouvernement ne résiste pas. la ministre ne dit rien. On murmure même qu'il faudrait démembrer la loi ALUR de Cécile Duflot qui n'a pourtant pas un an de mise en oeuvre . Les lobbies immobiliers s'agitent contre le trop plein de normes et l'encadrement des loyers. On aurait "effrayé" les propriétaires à force de vouloir protéger les locataires. D'autres fustigent la disparition des exonérations fiscales. Vendredi 13 juin, Valls confirme qu'il y aura des "modifications" à la loi Duflot pour "libérer les énergies".

A Bercy, Arnaud Montebourg agite ses bras, et ventile tant qu'il peut. Bouygues Télécom annonce un plan social, après son échec à racheter SFR. Montebourg crie, clame et proteste: il "n'accepte pas un secteur en croissance où il y a des destructions d'emplois". Siemens revient à la charge, avec le japonais Mitsubishi, pour la reprise de la branche énergie d'Alstom, le ministre applaudit, alors que l'Elysée plaide pour la neutralité

Hollande nomme
Il se ménage. Après une séquence agitée sur la réforme territoriale (il y a 15 jours), puis cérémonieuse avec une vingtaine de chefs d'Etat sur les plages de Normandie (il y a 8 jours), François Hollande s'est replié au Palais. Son agenda est vide ou protocolaire. Il lâche un mot sur les grévistes de la SNCF, qu'il voudrait calmer; il rencontre Pierre Gattaz, le patron du MEDEF, mais rien ne filtre. Il passe deux jours en Andorre. Dimanche, il sera devant la télé, avec des médaillés olympiques, à l'Elysée, pour voir le premier match de l'équipe de France dans cette Coupe du Monde au Brésil qui a débuté jeudi.

Hollande se ménage, et fait le ménage. Mardi, l'Elysée confirme le départ de 3 conseillers de la présidence. Est-ce l'épuisement ou le renouvellement ? Thierry Rey cède sa place à Nathalie Ianetta. Sur les réseaux sociaux, certains jouent aux raclures à coup de commentaires salaces. La Sarkofrance donne toujours autant la nausée.

Le plus surprenant est le remplacement du jeune ex-banquier Emmanuel Macron par ... une directrice de la stratégie d'une grande banque anglo-saxonne. Laurence Boone, c'est son nom, s'est fait connaître par quelques écrits néo-libéraux, rédigés sous le contrat de son ancien employeur.

Jacques Toubon est nommé Défenseur des Droits en remplacement de Dominique Baudis, récemment décédé. Cette nomination n'a qu'une logique, promouvoir un opposant, ancien ténor du RPR, pour s'évacuer les soupçons de désignations complaisantes. Pourtant, c'est encore une bêtise, une belle erreur de casting.

Toubon ? ... tout faux.


Le show Le Pen
Marine Le Pen se frotte les mains. Cette décomposition naturelle des autres formations politiques joue en sa faveur. Elle se paye même le luxe d'une mise en scène familiale qui piège avec une facilité déconcertante nos médiacrates. Dimanche, le vieux Le Pen dérape une nouvelle  fois contre les Juifs. Chez Le Pen, le dérapage est un mode de conduite.  Le paternel promet une "fournée" éliminatoire à Patrick Bruel et quelques autres; ça choque heureusement et largement. Et Marine Le Pen censure le blog de son père, surjoue l'indignation.

La fille trouve-t-elle le père trop antisémite ? Elle n'ose le dire. La galerie s'amuse ou s'extasie de cette normalisation réussie. Le Front national a de mauvaises racines, qui en doutait ? On voudrait nous faire croire que la tête est saine, si les pieds sont malades.

Ce mot de trop, le énième, de Jean-Marie Le Pen le weekend dernier, a permis donc à la fille d'exprimer haut et fort combien ces dérapages antisémites n'étaient pas sa "cam". La normalisation du Front National se fait aussi par ses expansions familiales en public.

"Nous sommes face à deux phénomènes parallèles de décomposition, à droite et à gauche." Patrick Devedjian, 12 juin 2014




Crédit illustration: DoZone Parody

5 juin 2014

Sarkozy, un retour facile, prématuré et débile.

Il veut revenir, mais il n'a même plus les sondages pour lui. La Justice enquête en parallèle. Elle est partout, on ne sait plus où donner de la tête. 

Karachi, Libye, sondages, Qatar et UMP, Nicolas Sarkozy est toujours là, mais seul.


Trop facile
Le contexte est pourtant favorable. La gauche, d'où qu'elle vienne, est fragile, presque sonnée. Moins de 30% aux dernières élections européennes quand on additionne soutiens et adversaires de François Hollande.

François Hollande, justement, est toujours au plus bas dans les sondages. Rien n'y fait. Valls n'a aucun effet, ni sur les résultats électoraux, ni sur les sondages, ni dans les médias. L'homme ne sert à rien, sauf peut-être à lui-même. Il dégrade le dispositif élyséen sur sa gauche. Il n'améliore rien sur sa droite.

François Hollande tente une sortie sur la réforme territoriale. C'est objectivement plus agréable que les effroyables diversions sarkozystes sur l'identité nationale (pendant près de 3 ans !). Mais le cafouillage précipité est presque agaçant. Forcément, il faut aller vite. Donc Hollande se décide tout d'un coup à publier une tribune "décisive" sans caler le nombre-cible de régions. Bref, Sarkozy aurait pu profiter de ce bricolage amplifié par le Figaro.

Mieux, Christiane Taubira présente depuis mardi sa réforme judiciaire à l'Assemblée nationale. La Garde des Sceaux est un épouvantail facile pour les caricaturistes de la Droite Furibarde. Femme, noire et de gauche, elle incarne tout ce qu'il faut pour les plus effroyables des dérapages d'une droite déboussolée. La voici enfin sur l'estrade parlementaire à défendre son premier véritable texte depuis le mariage pour tous. Il instaure une nouvelle "peine de probation", dont la droite se saisit pour l'accuser de laxisme.

Pour Sarkozy et ses chantres de la boulimie sécuritaire, la proie est belle. A l'Assemblée, ces derniers se lâchent avec gourmandise et hypocrisie. Les attaques sont irréelles: Taubira est accusée de laxisme depuis deux ans sans preuve, bien au contraire. Les études s'accumulent pour prouver combien la surpopulation carcérale ne produit d'autre que de la récidive massive.

Christiane Taubira a eu aussi la mauvaise idée de supprimer l'une des pires et plus inefficaces mesures du sarkozysme sécuritaire, les fameuses peines planchers. Les députés de droite ont déroulé plus de 800 amendements.

Trop tôt, trop seul
Nicolas Sarkozy envisage de revenir plus tôt que prévu. Dès cet été, il prendrait bien la tête de l'UMP. Le triumvirat provisoire qui s'est mis en place à la présidence de l'ex-parti majoritaire pour succéder à un Jean-François Copé "démissionné" pour cause de scandale Bygmalion ne lui plaît que très modérément.

Copé aurait entrainé Sarko dans sa chute. Le Figaro s'inquiète: "La cote d'avenir de l'ex-président de la République s'effondre auprès des sympathisants UMP dans un sondage BVA pour L'Express-Orange et France Inter". Pourtant, le scandale Bygmalion n'est qu'une seconde affaire de fraude aux règles de financements des campagnes électorales pour l'équipe Sarkozy.

Rien que ça...

Mardi matin, un sondage de popularité osa placer Alain Juppé en tête et loin devant Nicolas Sarkozy. Il fallait réagir, avec cette nouvelle rumeur d'une prise de contrôle de l'UMP. "Il n’avait pas prévu de revenir tout de suite mais la donne a changé depuis quelque jours : le nouveau président de l’UMP sera élu au suffrage universel des adhérents lors d’un congrès cet automne" a confié un proche. Fichtre ! L'heure est grave et sérieuse ! Et le journaliste de multiplier les confidences forcément anonymes de "proches" de l'ancien monarque. A droite, on est courageux, mais pas trop. "Un chef présidentiable et une ligne : voilà ce dont ont besoin les militants. C’est comme ça dans la Ve République, surtout à droite". Ben voyons !

Ailleurs, les habituels thuriféraires de l'ancien monarque sortent à visage découvert. Nadine Morano s'indigne, faible porte-parole placardisée au Parlement européen après deux défaites électorales personnelles: "Je ne peux cautionner la sortie de crise qui s'est dessinée, tout simplement parce qu'elle n'est en rien conforme à nos statuts." La groupie a le "statut" sensible. En 2010, la désignation de Copé à la tête de l'UMP par le le Monarque élyséen ne l'avait pas choquée.  "Après la crise de l'élection interne de novembre 2012, nous nous sommes dotés de nouveaux statuts. J'observe que ceux qui les réclamaient avec vigueur les bafouent aujourd'hui. Je ne peux accepter cette situation qui nous met dans l'illégalité".  

Mercredi 4 juin, Brice Hortefeux sort encore davantage du bois. Il agit sur commande, et son propos est explicite: "Le retour de Nicolas Sarkozy, qui était une possibilité, devient une nécessité. Je souhaite donc qu'il soit candidat à la présidence de l'UMP à l'automne. Nous avons besoin d'un chef, d'un projet et d'un cap.." Le Figaro publie le même jour une interview d'un politologue par ailleurs habitué des couloirs de l'UMP version Sarkofrance: "En l'état actuel de son statut de leader naturel incontesté auprès de son socle électoral, son élection à la présidence de l'UMP serait une formalité."

On sourit.

Même Dominique de Villepin, l'ancien pire ennemi, réconcilié sur fond d'affairisme moyen-oriental avec quelques amis communs (Djourhi... ) se met à rêver du retour de Sarko pour réunifier la droite... 

François Fillon, l'un des trois de la Troïka, avait pourtant prévenu: pas question que le président de l'UMP, à l'issue du Congrès, soit également candidat aux primaires présidentielles. Cela ne serait pas "correct" ni impartial.
"Avec Sarko, ça va être un affrontement sanglant, et je ferai tout pour l'empêcher de prendre le parti. Car, s'il le prend, il réunira dans la seconde un congrès statutaire pour supprimer les primaires et imposer sa candidature en 2017." François Fillon, cité par le Canard Enchaîné du 4 juin 2014
Sarkozy, à l'UMP, a toujours autant d'ennemis.

Trop débile
Sarkozy est débile, au premier sens du terme, c'est-à-dire fragile. 

Sarkozy a d'autres démons. La Justice, celle des hommes, n'a pas fini d'enquêter. Paul Bismuth aka Nicolas Sarkozy avait deux téléphones et de nombreux comptes à régler.

La France, l'ancienne Sarkofrance, est accusée de corruption dans l'attribution de l'organisation de la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar. La FIFA, qui avait diligenté une enquête, vient d'annoncer la clôture accélérée et prochaine de cette dernière par la chambre d'investigation de sa commission d'éthique. Mais voici qu'un quotidien britannique, le Daily Telegraph, accuse Michel Platini de corruption. Avec Nicolas Sarkozy au beau milieu de l'opération. Le journal évoque un dîner à l'Elysée, en novembre 2010, quelques jours avant le vote, avec le qatarien Mohamed Bin Hamad, exclu à vie de la FIFA pour conflit d'intérêt en 2011, Michel Platini et Nicolas Sarkozy. A charge, le Daily Telegraph publie aussi une salve de preuves détestables - promesses de contrat, cadeaux en quelques millions d'euros, etc. A tel point que l'Australie et les Etats-Unis, concurrents défaits à l'époque, réclament désormais un nouveau vote. Le Qatar se défend, Platini conteste. Sarkozy se tait. Il profite, avec une assiduité déconcertante, des invitations aux matches du PSG, propriété du ... Qatar.

Lundi, on apprenait que la Justice, encore elle, est allé perquisitionner le 21 mai dernier le cabinet d'avocats de Nicolas Sarkozy dans une autre affaire, les investigations en cours sur les soupçons de fraude fiscale par le couple Balkany. Les enquêteurs auraient identifié Isabelle Balkany comme ayant-droit d'une société qui est propriétaire d'une villa à Saint-Martin. Ils s'interrogent sur le rôle du cabinet d'avocats dont Sarkozy fut fondateur pour le "montage permettant la fraude fiscale présumée."

Sarkozy a d'autres affaires. Elle n'intéresse pas que les gazettes, mais la Justice, et, concernant l'électeur, l'éthique. Un retour serait une première dans l'histoire de la République. Les anciens chefs d'Etat, surtout accusés des pires maux, reviennent rarement sauf pour amuser la galerie et enrichir quelques libraires.


Ami sarkozyste, reviens.

On est encore là.


31 mai 2014

369ème semaine politique: Hollande ne change rien, Le Pen sourit.

Il sourit encore. On s'étonne. A Bruxelles, Hollande est bas, très bas. Effondré. La France politique est comme sonnée après une amputation imprévue. Dimanche 25 mai, le Front national est largement arrivé en tête aux élections européennes, sur fond d'abstention gigantesque.


Hollande
"L'Europe doit entendre ce qui s'est passé en France". Trop affaibli, le président français n'avait pas grand chose à dire. Mardi, François Hollande n'était pas au mieux quand il rencontre ses homologues européens pour décider du futur président de la Commission. La France envoie le plus gros contingent de députés d'extrême droite jamais élu au Parlement européen: 24, contre 20 pour l'UMP, et 13 pour un PS tombé bien bas. Avec 57% d'abstentions, l'électorat a déserté les urnes. Dimanche soir, les mines sont catastrophées. Mélenchon, dont le Front de gauche n'a péniblement convaincu que 6% des votants, a des sanglots dans la voix. Sur les réseaux sociaux, on trouve encore quelques joutes verbales improbables entre "vrauche" et "gauche sérieuse". Au PS, les députés frondeurs promettent cette fois de vraiment fronder...  Manuel Valls apparaît blafard, en tenue d'enterrement, dimanche soir à la télévision. Le plus cocasse est la séquence du lendemain. Hollande se pointe à son tour sur nos écrans, à peine 5 minutes enregistrées dans une bibliothèque élyséenne pour dire que rien ne change. 

François Hollande ne fera qu'un mandat. Il faudrait un miracle. On peut prendre date. Un sondage le crédite de 3% de popularité pour la présidentielle de 2017. La fachosphère propage la rumeur qu'il songerait à démissionner. Le FN comprend quelques séditieux qui ne se sentent plus de retenue. Dimanche soir, Marine Le Pen, du haut de ses 4 millions de voix (sur 45 millions d'électrices/teurs) osait réclamer la dissolution de l'Assemblée nationale.

L'Assemblée nationale, qui ne sera pas dissoute, s'apprête à étudier le budget rectificatif de la Sécurité sociale. Il comprend des allégements de prélèvements sociaux "d'une ampleur sans précédent sur une aussi courte période": 9 milliards en 2015, 16 en 2016, et même 18 en 2017. Plus de 80% de ces allègements sont en faveur des entreprises.

K-O débout, Hollande termine sa semaine dans les symboles. Il félicite l'équipe de France de football après sa victoire contre la Norvège. Il inaugure un musée consacré au peintre Soulages à Rodez. Des manifestants paysans, intermittents et syndicalistes sont là pour protester, et refoulés par les CRS. le propre conseiller agriculture de François Hollande, Philippe Vinço, est séquestré quelques heures, dans l'attente de la libération de cinq militants de la Confédération paysanne interpellés mercredi dans la Somme pour des dégradations sur le chantier de la ferme-usine des « Mille vaches ».

Copé... ou Sarkozy ?
Il ne sourit plus, il s'inquiète. Nicolas Sarkozy est à Madrid. Dans la plus grande indifférence médiatique, il continue son tour des capitales. Il poste une photo de lui sur Twitter avec le premier ministre Rajoy. Il veut croire à son retour. Il reviendra, évidemment. Il aimerait qu'on oublie sa tribune pro-européenne qu'il a publié trois jours avant le scrutin européen. Elle n'a servi à rien, l'UMP est en phase terminale. Il aimerait qu'on se souvienne de ses confidences officielles à Valeurs Actuelles quand il déclarait que "sur l’immigration, ce n’est plus possible".

Mais lundi, l'UMP a sombré, d'un coup. Son ancien directeur adjoint de la campagne ratée de 2012, un (très) proche de Jean-François Copé, a tout avoué. L'agence Bygmalion a bien surfacturé des conférences à l'UMP pour mieux sous-facturer des prestations électorales en 2012. Et boum... cette seconde fraude aux règles de financement politique par l'équipe Sarkozy provoque la démission de Copé de la présidence de l'UMP dès le mardi. Bizarrement, les pontes de l'UMP lui laissent encore jusqu'au 15 juin pour rendre les clés de son bureau. Le temps d'un nettoyage ? Dans un courrier adressé aux militants, Copé se félicite d'avoir "résisté face aux projets les plus dangereux de la gauche dans l’unique but de préserver l’avenir des enfants de France." En quoi cette affaire de fausses factures au sommet de l'UMP rend-elle service à "l'avenir de nos enfants" ?

C'est une Troïka composée d'Alain Juppé, Jezan-Pierre Raffarin et François Fillon qui prend le relais à la tête du parti jusqu'au congrès d'octobre.

La droite se désagrège. Mais Sarkozy n'est pas enterré. La droite décomplexée, celle qui a joué sa part pour décomplexer l'électeur à mettre la flamme frontiste dans l'urne, est encore vivace.

Le Pen
Vendredi, la presse trash-people s'empare du couple Le Pen/Aliot, et affirme la séparation de la présidente du FN d'avec son ex-attaché parlementaire européen. Les deux font un "selfie" en s'embrassant d'un Jardiland provincial.

A Calais, quelque 650 migrants sont expulsés de leur campement de fortune. Les conditions sanitaires y sont désastreuses. Médecins du Monde réclame des moyens d'accueil. Le même jour, le ministre de l'intérieur enterre une nouvelle fois le droit de vote des étrangers. Vingt jours avant le scrutin, François Hollande lui-même avait pourtant réactivé l'idée lors de son interview sur RMC le 6 mai.

Allez comprendre...

La France se désagrège, et d'abord sur les plateaux de télévision ou chez nos médias généralistes. Passé le choc du score artificiellement haut du Front national, on nous martèle des scores improbables sur la contamination frontiste: on confond les électeurs et les votants. Les politologues multiplient les affirmations définitives. Les "jeunes", qu'on nous décrit comme plus frontistes que leurs aînés, se sont en fait totalement désintéressés de l'élection - 73% d'abstention chez les 18-25 ans ! Jeudi, environ 10.000 personnes, pour l'essentiel des jeunes, manifestent contre le FN. On appelle cela une "marche citoyenne", un sursaut timide et sans rapport avec les problèmes du pays.

Qui sème...
Primo, nous récoltons ce que nous avons semé.  Nous payons au prix fort l'occultation du vrai débat, celui sur les conditions économiques et sociales de (sur)vie du plus grand nombre.

Quelques jours après ce scrutin néfaste, le chômage officiel s'est rappelé au bon souvenir de chacun. Il progresse encore, 36.000 inscrits de plus à Pôle Emploi en catégories A, B et C. Seul le nombre de demandeurs de moins de 25 ans a diminué de sur un an, -3,8%. Dans quelques semaines, le cap de 500.000 chômeurs supplémentaires depuis mai 2012 sera franchi. Le gouvernement est-il aux abois ? On peut le croire: sinon, comment comprendre l'annonce de François Rebsamen, mardi ? Le ministre du Travail a lâché une sacrée bombinette, le gel temporaire des seuils sociaux: pour trois ans, les entreprises de 10 et 50 salariés seront dispensés de mettre en place la représentation des salariés instaurée par les lois Auroux de 1982.

Contre le chômage, ce gouvernement semble prêt à tout, et même au pire.

A force de caricaturer le débat, notamment européen, sur tous les plateaux médiatico-politiques, on obtient un résultat... caricatural. Dimanche soir, nos éditocrates favoris furent tous frappé d'amnésie collective: ils avaient oublié combien ces élections européennes avaient été négligées dans la forme, sacrifiées sur le fond: quiconque critiquait l'actuelle construction européenne était traité d'europhobe, et rapidement aggloméré aux cohortes du front national-socialiste. Mélenchon, Le Pen, même populisme au yeux des européistes médiatiques. Tout fut fait, et réussi, pour convaincre le chaland qu'il n'y avait que deux camps, les "irresponsables", forcément "populistes", et parfaitement incarnés par Marine Le Pen, face aux "responsables" qui nous promettaient que l'Europe, "c'est la paix",  à défaut de prospérité. A vouloir imposer aux esprits ce bipartisme grossier et inexistant, c'est l'ensemble du système qui s'est effondré: abstention ou vote frontiste, l'électeur découragé ou enragé a choisi sa voie.

Secundo, ce n'est pas tant la victoire par défaut du FN que le K-O des autres partis qui interpelle

Car le paysage politique est bel et bien dévasté: il n'y a eu aucun d'effet Valls; les mesurettes de dernière minute du premier ministre - 4 milliards par ci pour alléger les cotisations salariales, 1 milliard par là pour soustraire 650.000 foyers de l'impôt sur le revenu, n'ont pas fait illusion. Le cap économique du gouvernement ne séduit personne.

L'opposition de gauche ne convainc pas les déçus du Hollandisme soc-lib: les scores écologistes et du front de gauche totalisent à peine davantage que le parti socialiste rétréci à son étiage le plus bas. "après le choc, il faut donner son temps à la poussière pour retomber" commente Jean-Luc Mélenchon sur son blog. A droite, ce n'est pas mieux: l'UMP, on l'a vu, sombre à nouveau. A force de décomplexer l'électeur à coups de slogans furibards, elle se fait croquer sur sa droite. Et le centre-droit, dont on ne sait plus ce qui le différencie socio-politiquement de la politique gouvernementale actuelle si ce n'est une compromission historique avec le sarkozysme, est évidemment convalescent.

Bref, Marine Le Pen a son boulevard, soigneusement déblayé par des partis récalcitrants aux vrais débats sociaux, patiemment nettoyé par quelques éditocrates attentifs à caricaturer les alternatives.

L'affaiblissement général et simultané de ces partis pourrait sonner le glas de cette période fatigante. C'est notre seul espoir.















Crédit illustration: DoZone Parody

27 mai 2014

L'Europe a-t-elle tué le bipartisme en France ?


Tous les constats ont été faits et répétés, avant même le vote. Il y en a un pourtant qui a surpris: le scrutin européen du 25 mai 2014 a accéléré la décomposition d'un paysage politique artificiellement bi-partisan.


Changer les institutions, vite!
Ce fut "un choc, un séisme" si profond qu'on avait l'impression d'un gigantesque coup de pied dans une fourmilière. Ils avaient les yeux blancs, écarquillés.

Dimanche, les cris, les pleurs, le choc, la misère. A l'extrême droite, les rires, les joies, les sourires. La France de 2014 est K-O, elle a abandonné ses urnes à une entreprise familiale et haineuse - le père nonagénaire au Sud, la fille quadragénaire au Nord. Par démission ou soumission, la France de 2014 envoie donc 24 élus frontistes la représenter au Parlement européen. Pour le reste, il y aura 20 élus de l'UMP, 13 socialistes, et quelques autres écologistes ou du Front de Gauche.

Au Parlement européen, les députés frontistes seront "logés" dans un groupe minoritaire et sans alliance, bref, inutiles.

Ce n'est pas tant la victoire du FN  que la désertion de l'électorat qui doit pousser à des changements politiques et institutionnels.

- près de 60% des inscrits ne sont pas allés voter,
- sur les 40% restants, 14% ont choisi des listes différentes de l'offre nationale traditionnelle.
- Au final, le ras-de-marée frontiste équivaut à 4 millions de voix, soit 11% des inscrits. L’UMP, 9%; le PS 6%, l’UDI 4%...

Qui peut croire que la réintroduction de la proportionnelle n'est pas urgent ?

Qui peut oser penser que nos élus sont véritablement représentatifs ?

Une Europe affaiblie
L'équilibre au Parlement européen est à peine modifié. La droite, sous les couleurs du Parti Populaire Européen, conserve la majorité, avec 210 sièges (et une cinquantaine de députés de perdu!), devant les socialistes (193 sièges, en légère progression). Le futur président de la Commission européenne, choisi dans le camp du vainqueur, sera donc encore une fois libéral. Il n'y aura pas de réorientation massive à court terme de la construction européenne.

En France, plus qu'ailleurs, la campagne a été sacrifiée, les enjeux ont été caricaturés. Relisez donc les incantations sur "l'Europe, c'est la paix" (tribunes de François Hollande puis de Nicolas Sarkozy); ou les amalgames faciles entre Front national et Front de gauche sous l'appellation commune de populisme. A l'exception du TAFTA, rares ont été les sujets concrets abordés dans la campagne.

L'Europe est "toujours un paradis fiscal", rappelait Mediapart. Si les écologistes Eva Joly et Pascal Canfin ont bien tenté un "safari parisien" contre la finance lutte contre l'évasion et le dumping fiscaux intra-UE ont été parmi les grands absents des (maigres) débats.

Au niveau européen, la Gauche et les Verts ont marqué quelques points sans toutefois emporter la majorité du Parlement. En Grèce, le PASOK disparait derrière les nazis d'Aube Dorée (10%). Mais Syriza d'Alexis Tsipras remporte la première place. En Italie, le nouveau président du conseil Matteo Renzi (Parti démocrate, centre-gauche) a fait un carton, plus de 40% de suffrages. Au Portugal, l'opposition socialiste aux élections européennes a défait la coalition de centre-droit au pouvoir.

Il n'y a pas de ras-de-marée d'extrême droite en Europe. La France fait figure de triste exception, avec le Danemark: au pays de Borgen,  l'extrême droite locale a recueilli 27% des voix. En Finlande, les "Vrais Finnois" tombent en 4e position, tout comme le PVV de Geert Wilders.

France K-O, FN gagnant
En France, l'éditocratie tourne en vrille, les états-majors politiques tournent en toupie. Marine Le Pen savoure sa victoire qui n'est que la défection des autres. Un quart des suffrages exprimés sur fond d'abstention record, cela ne fait pas grand chose, à peine 14% des électeurs. La France n'a pas viré frontiste, elle a boudé.

Notre consoeur du Monolecte a rappelé cette évidence qui gêne les constats éditocratiques du moment: "entre les présidentielles de 2012 et les Européennes de 2014, le FN a baissé en nombre de voix." Ce quasi-surplace électoral du FN devrait aussi interroger nombre de commentateurs.

Dimanche, le FN a accusé le gouvernement de "truquer le vote". "Cette manipulation industrielle du vote des Français doit être immédiatement interrompue et les préfets doivent tout mettre en oeuvre pour apporter dans toutes les communes de France les bulletins de vote du Front national.L'accusation est gravissime, elle n'est pas nouvelle. Marine Le Pen, si admirative des autocrates Poutine (en Russie) ou Assad (en Syrie) n'a jamais de mots assez durs contre les "bourrages d'urnes" présupposés en France.

Dans un communiqué  ce dimanche, en plein scrutin, le FN prétendit ainsi que "le ministère de l'Intérieur a choisi d'empêcher la victoire du Front national en lui interdisant simplement de concourir en certains endroits du territoire."

La veille, les suprémacistes blancs du Bloc Identitaire avaient appelé à voter FN.

Qu'on se le répète.

Dimanche soir, Marine Le Pen a livré un courte intervention un peu surréaliste, appelant les Français qui les soutenus, ceux qui se sont abstenus, et même ses opposants à se rassembler auprès d'elle. "Le peuple souverain a parlé haut et clair". Elle réclame la dissolution de l'Assemblée nationale. Le député Morin, à l'UDI, qui réalise une dizaine de pourcentages des suffrages grâce à son alliance avec le MODEM, poursuit la même antienne.

Marine Le Pen a de la chance. Il y a deux leçons nationales à tirer de pareil scrutin: primo, l'actuelle construction européenne a gravement déçu. Pour le reste, ces élections ont peu à voir avec les évolutions politiques nationales. On se souvient des 16% gagnés par EELV en 2009, qui ne firent qu'un maigre 2% au scrutin présidentiel de 2012 pour Eva Joly.

Secundo, le désastre est national. Les listes du Parti socialiste ont fait pire qu'en 2009, ce qui était pourtant difficile. A l'époque, le PS fut dépassé par la nouvelle alliance EELV, et sortait d'un effroyable Congrès de Reims en novembre 2008. L'UMP et l'UDI/MODEM totalisent 30% des suffrages. Mais on ne retient que l'échec de l'ex-parti sarkozyste. "L'UMP est atteinte dans sa crédibilité" a clamé Fillon, grave et sérieux, dès dimanche soir.

Le Front de Gauche n'a pas rassemblé aussi largement qu'espéré. La dynamique d'une opposition de gauche est difficile à installer. Le conflit intra-gauche a laissé des traces (*). L'émotion d'un Jean-Luc Mélenchon, au soir de dimanche, était évidente, la déception immense. Elle était davantage pour un pays que pour un parti.

Vers 21 heures, Valls a mis sa tenue d'enterrement. Costume et cravate noirs, chemise blanche. Il parle droit, le regard brillant. Le discours est trop long. Au début, il fait un constat sans appel sur l'échec socialiste, le succès du FN, l'Europe abandonnée par l'électorat. Ensuite, il martèle combien sa feuille de route est la bonne, "la compétitivité des entreprises", "réduire les déficits", "les réformes de structure", et, enfin, "baisser les impôts des Français les plus modestes".

Il s'oublie. L'effet Valls n'existe pas. Le leurre est complet.


Elections européennes : "Un moment grave" pour... par lemondefr

"Un choc, un séisme"

Un choc tel qu'un proche de Hollande évoque un risque de disqualification du PS au premier tour de la prochaine présidentielle.

Les partis ne sont pas immortels.

Hollande accélère, nulle part.
Lundi matin, il avait convoqué une réunion "en urgence", curieuse formule communiquée par des communicants à des journalistes impatients. Communiquer sur la forme plutôt que le fond est une vieille tactique qui n'intéresse plus grand monde. Le soir, Hollande surgit sur nos écrans, quelques minutes pour expliquer que rien ne changera. Circulez, il n'y a rien à voir. Hollande évoque les "leçons" qu'il faut "tirer". A force d'être tirées à chaque élection désastreuse, on peut penser que ces "leçons" sont résistantes.

Hollande reconnaît l'effroyable: "les élections européennes ont livré leur vérité. Elle est douloureuse." En France, le vote FN , "c’est une défiance à l’égard de l’Europe, qui inquiète plus qu’elle ne protège", "une défiance à l’égard des partis de gouvernement, de la majorité, comme de l’opposition". Comme souvent, le constat, chez Hollande, est le bon.

Comme souvent depuis 2012, malheureusement, ses conclusions sont obstinées et invariantes. Il ose encore affirmer que la parole de la France sera encore écouté, ce 27 mai quand il rencontrera, affaibli comme jamais, ses collègues européens lors d'un Conseil des chefs d'Etat: "demain, pas plus tard que demain, au Conseil européen, je réaffirmerai que la priorité c’est la croissance, c’est l’emploi, c’est l’investissement." Sans rire... 

Lundi soir, Hollande embraye sur l'habituelle antienne du Pacte de responsabilité, la compétitivité et tout le toutim: 
"Ce n’est pas l’Europe qui nous demande de faire des réformes. C’est pour la France que nous devons les mener à bien. (...) C’est l’emploi par le soutien aux entreprises, le pacte de responsabilité. C’est le pouvoir d’achat par des baisses d’impôts. C’est la justice sociale par la priorité répétée, réaffirmée à l’éducation. C’est la simplification, la modernisation et ce sera tout l’enjeu de la réforme de notre organisation territoriale, de grandes régions, avec une évolution de nos collectivités et ce sera présenté dès la semaine prochaine."
Hollande martèle qu'il ne changera rien, absolument rien. Il n'a rien compris, comme tout un chacun. On attend la croissance, les embauches-miracles d'une réduction de cotisations aussi massive qu'inédite: "Cette ligne de conduite, elle ne peut pas dévier en fonction des circonstances, il y faut de la constance, de la ténacité, du courage. Mais aussi de la rapidité dans la mise en œuvre. Parce que les Français ne peuvent pas attendre."

Au travail ?

L'actuel président pense être en fait servi par les évènements. Le scrutin européen est un échec pour tous et pas que pour lui.

L'UMP se désagrège sous nos yeux. Lundi, un proche de Jean-François Copé et ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, passe aux aveux. Oui, les factures de prestations de l'agence Bygmalion à l'encontre de l'UMP étaient truquées. Jérôme Lavrilleux - c'est son nom - avait les larmes aux yeux en confiant le forfait: il est "impossible de faire une campagne électorale avec 22 millions d'euros. Tout le monde use d'expédients". Forcément, ce forfait, il l'avait commis tout seul, à l'insu du plein gré de Copé, Sarkozy et consorts. Il s'agissait de faire rentrer de l'argent dans la caisse électorale. Un peu plus tôt dans la journée, l'avocat de Bygmalion accusait l'UMP d'avoir couvert les dépenses de campagne du candidat Sarkozy en 2012.

Durant l'après-midi de cet improbable lundi, et plus tard encore dans la soirée, la police perquisitionnait le siège de l'UMP.

A la gauche de Hollande, on n'y croit plus, mais Hollande ne fait rien. Quelques "opposants" de l'intérieur osent espérer qu'ils grossiront leurs rangs. L'union des gauches n'est pas pour demain. Quelques minutes après la "communication" hors sol de Hollande, Europe Ecologie Les Verts balance: "François Hollande et Manuel Valls à côté de la plaque, la France a besoin d’un sursaut, pas de mesurettes." Le Parti de Gauche parle d'une vague, elle "a frappé, puissante, colossale". Nouvelle Donne se félicite de ses 3% des suffrages, malgré une campagne sous-médiatisée. Le NPA de Besancenot invoque à une "alternative à construire", vulgate invariante à chaque échec depuis une décennie. Sa rivale Lutte Ouvrière n'a plus peur du ridicule en expliquant que ses résultats"pour modestes qu’ils soient, préservent une perspective politique pour les travailleurs."

La gauche est ainsi, effarée et effarante. La droite républicaine sombre dans ses affaires. Le FN jubile. Les électeurs désertent.

L'Europe a tué le bipartisme en France.









(*) l'auteur de ces lignes a appelé à voter Front de gauche.

25 mai 2014

368ème semaine politique: comment ils ont sacrifié les élections européennes

Il cherche à éviter une déroute, c'est une mauvaise habitude. François Hollande aborde le scrutin européen du 25 mai dans les pires conditions imaginables: le "projet européen" a déçu, la crise est toujours là, et sa propre impopularité n'améliore rien. 

 

Des élections sacrifiées
On peut sourire en apprenant qu'Hollande prendra la voiture plutôt qu'un Falcon présidentiel pour aller voter à Tulle. Il faut motiver l'électeur. Ces élections parlementaires européennes ont pourtant été sacrifiées.

Tout semble fait pour décourager l'électeur. Il y eut d'abord les caricatures et autres amalgames faciles. Toute critique de l'Union européenne était rapidement qualifiée de populiste. Il y eut ensuite l'absence de campagne. A qui profite ce crime contre la démocratie ? 

Le premier débat télévisé d'importance n'a eu lieu que le 22 mai sur France2, avec quelques ténors des différents partis, qui n'étaient même pas tous candidats ! Les petits partis sont oubliés. Le service public de la télévision française s'était refusé à retransmettre les débats entre postulants à la présidence de la Commission. Les programmes ne sont enfin commentés que quelques jours avant l'élection.

A quelques heures du scrutin, on ne comptait plus le nombre de panneaux électoraux encore dénués d'affiches. En France, le nombre de listes concurrentes dépasse souvent la trentaine. On trouve même une improbable "Alliance Royale". Le MRC, le parti de Jean-Pierre Chevènement, fait campagne... pour l'abstention. Nicolas Dupont-Aignan, pour fustiger la "porosité" des frontières intra-européennes transporte une kalachnikov d'Italie en France dans son coffre de voiture. Du grand n'importe quoi ! Le Front National placarde des photos de la jeune Leonarda, expulsée l'an dernier dans les conditions que l'on connait: l'appel au réflexe xénophobe comme argument électoral ?  

Cette campagne sent le moisi.

Seuls Europe Ecologie Les Verts et le Front de gauche sont parvenus, contre vents et marées, silences et gênes, à placer la négociation du Traité transatlantique au centre du débat. Jeudi 22 mai, un projet de loi déposé par la gauche est voté à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Il réclame "une meilleure information des représentants de la Nation par le Gouvernement sur l’état des négociations," et l'identification des "éventuels conflits d’intérêts" des négociateurs.

La crise aurait dû mobiliser.
Mais ce n'est pas le cas, comme si l'électorat, euro-sceptique mais découragé, avait baissé les bras.

Scrutin oblige, on oublie quelques jours l'économie nationale. On a tort. Les nouvelles du front économique ne sont pas fameuses. L'Unedic ne voit pas le chômage baisser d'ici à 2017. Et prévoit 103.000 chômeurs de plus en 2014. Au premier trimestre de cette année, la croissance économique en France a été ... nulle. En cause, la consommation des ménages a encore chuté (-0,5%), tout comme l'investissement des entreprises (-0,5% également). Michel Sapin, aux Finances, joue les équilibristes: "Ce sont les chiffres du premier trimestre : c'est le moment où le président de la République, il en a eu l'intuition, a dit “on doit accélérer, on doit approfondir parce qu'on doit accélérer la croissance”.

On croyait que "la reprise était là".

Michel Sapin préférait nous divertir avec la fraude fiscale. Jeudi, un plan 2014-2015 est adopté pour renforcer encore les sanctions. D'année en année, la traque aux évadés fiscaux améliore son rendement, et c'est tant mieux. En quatre mois, l'Etat a récupéré 648 millions d'euros. Sur l'année 2014, il espère un milliard d'euros de plus que prévu (800 millions), ce fameux milliard que Manuel Valls a généreusement accepté de "rendre" pour baisser l'impôt sur le revenu des plus modestes. "Les Français verront dès septembre l'application de cette décision" sur les impôts, promet-il mardi à l'Assemblée.

L'examen du pacte de responsabilité se poursuit. Chaque administration s'inquiète. Le Canard enchaîné" affirment que "les chefs d'état-major des trois armées (Terre, Air, Marine) envisageraient de démissionner en bloc si le budget devait être encore rogné". Un courrier alarmiste du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à Manuel Valls est fuité dans la presse. Ce dernier rassure: non, il n'y aura pas de nouvelles coupes budgétaires au-delà de ce qui était prévu l'an dernier dans la Loi de Programmation militaire: "Il est temps de tourner la page de ce débat, de ces rumeurs".
Mais où donc vont se loger les 50 milliards d'euros d'économie ? La Défense coûte quelque 31 milliards d'euros par an.

A Paris, les frontières de la dérégulation ridicule ont été dépassées quand le Canard Enchaîné révéla que la SNCF était contrainte de réaménager 1.300 quais de gare (sur 8.700) à cause de la livraisons de rames trop larges. "Un manque d'explications et de pédagogie" a tardivement commenté le patron de l'entreprise publique. Une député socialiste a réclamé sa tête. De Le Pen à Copé, de Cambadélis à Mélenchon, chacun a trouvé une bonne raison pour fustiger l'erreur. Pourtant, sur le fond, agrandir les trains pour transporter davantage de personnes est une excellente idée, éco-responsable à souhait.

Une nouvelle déroute ?
En 2009, le Parti socialiste, alors dans l'opposition, s'était effondré à 16% des suffrages, juste derrière Europe Ecologie Les Verts, la nouvelle alliance écologiste. Certains accusèrent la diffusion de "Home", un documentaire de Yann Arthus-Bertrand, le vendredi précédent le scrutin. La référence de 2009 est bien basse, si basse qu'un maigre score mais légèrement supérieur suffira au bonheur de quelques hiérarques du parti socialiste.

Manuel Valls fait donc campagne. Mardi, il exhorte "nos compatriotes" à aller voter. Il rencontre le mentor de "Pépère", Jacques Delors. Mercredi, il est à Barcelone, pour un meeting du PSOE. Il s'exprime en espagnol, en catalan et même en français. Il rabâche qu'il est né là-bas, et combien son parcours est exemplaire d'une France ouverte. Il a des accents presque gauchistes quand il fustige Barroso, le gouvernement conservateur local, ou encore "l'Europe de droite qui a échoué". On est loin des odes à la compétitivité qui polluent le discours national. Sur l'estrade, en espagnol ou en catalan, Manuel Valls ose tout, même l'improbable: "Si vous voulez voir une politique de gauche, regardez ce que nous faisons en France".

"Efficacité", "rapidité" et "justice", trois qualificatifs de ses 4 mois et 20 jours qu'il confie au Petit Journal de Canal+. ..

On est dans la com' et le vide. Fallait-il une énième fois ressortir ces quelques "dossiers", qui ont provoqué un grave divorce à gauche sans convaincre le pays ?

Jeudi, la ministre du logement, la jeune radicale Silvia Pinel, promet une "journée historique" dimanche. Elle ne croit pas si bien dire. "Des fois on gagne, des fois on perd", Jean-Christophe Cambadélis enfonce quelques portes ouvertes.

Sarko accélère
A droite, Nicolas Sarkozy sort de son silence. Il anticipe son retour contre Hollande en 2017. La photographie qui illustre sa tribune publiée dans le Point est drolatique: on le voit deux téléphones en main. On se rappelle la ligne clandestine, ouverte sous un faux nom (Paul Bismuth), qu'il utilisait pour échapper aux juges. Sarkozy donne ses leçons pour sortir de la crise: une Europe à deux vitesses, essentiellement franco-allemande; et la révision des accords de Schenghen pour mieux fermer les frontières nationales à l'intérieur de l'Union. Très peu est dit sur les failles démocratiques, rien sur l'austérité, ou le diktat des banques centrales. Pour "sauver" l'Europe, Sarko suggère d'en sortir vers une version allégée, libérale pour les entreprises, autoritaire pour les hommes. On a caché son pote Berlusconi, contraint aux travaux d'intérêt général pour cause de fraude en tous genres.

La tribune est publiée simultanément en Allemagne par Die Welt. Le bide est total. Aucun autre média allemand ne relaye, tout le monde s'en fiche. 

Surtout, Sarkozy choisit aussi Valeurs Actuelles pour expliquer tout bas ce qu'il n'ose dévoiler tout haut. Dans l'hebdo de la droite furibarde, qui réclame le retour d'un "vrai chef" à droite et pour la France à longueur de colonnes, Sarko s'exclame que "Sur l’immigration, ce n’est plus possible".  Et il promet de revenir: " Je reviendrai en proposant un Schengen 2, sans les défauts de la zone de libre circulation, plus efficace en termes de lutte contre l’immigration clandestine. Vous verrez, quand je proposerai ça, Marine Le Pen dégonflera instantanément."

Patrick Buisson a peut-être été viré. Nicolas Sarkozy suit toujours la consigne d'une extrême-droitisation de son discours. Vous êtes prévenus.


Sarkozy sort de son silence car il a la trouille d'être dépassé. Qu'importe l'Europe ! L'étau se resserre sur l'actuelle direction de l'UMP: l'affaire Bygmalion a pris une nouvelle tournure quand Libération a révélé l'organisation de conférences fantômes mais chèrement facturées au parti par cette agence dirigée par deux proches de Jean-François Copé. Les amis de François Fillon attendent la fin du scrutin pour obtenir la tête du député de Meaux. Cette semaine, on apprenait que deux juges s'intéressaient aussi à des soupçons de détournements de fond par le groupe UMP au Sénat.  Bref, l'UMP ne doit son salut qu'à 'impopularité de François Hollande, et Sarkozy ne pouvait laisser les prétendants à 2017 s'agiter sans réagir. Valeurs Actuelles applaudit au retour du Bonaparte de pacotille qui rassemblera une droite éclatée.

La Sarkofrance est pourtant toujours malodorante. Isabelle Balkany, première adjointe et épouse du député-maire Patrick Balkany de Levallois, grande amie de Nicolas ex-Ier, termine 24 heures de garde à vue par une mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale. Elle échappe à la cellule moyennant le paiement d'une caution de ... un million d'euros. Les Balkany ont des moyens.

Sarkozy contre Hollande, la construction européenne démentie par l'abstention, la fascisation d'une frange grandissante de notre classe politique, jusqu'où résisterons-nous ?





Post-Scriptum du 25 mai au soir: le Front National est parvenu en tête du scrutin européen, en France, avec 25% des 42% de suffrages exprimés. Un séisme, et une honte.



Crédit illustration: DoZone Parody