Affichage des articles dont le libellé est CopéGate. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est CopéGate. Afficher tous les articles

20 juin 2014

Comment Bygmalion emporte Sarkozy

 Il a encore fraudé.


Terrible constat. 

 

Que faire de Nicolas Sarkozy ?

 

Jean-Pierre Raffarin s'en inquiète. Bernard Debré le qualifie de "branche morte".



Il fallait travailler plus pour gagner plus. Tout le monde avait compris le message gagnant. En 2007, le slogan fit illusion. En 2012, le candidat Sarkozy dépensa donc 60% de plus que son rival Hollande. Tout cela pour échouer à "inverser la courbe", celle des intentions de vote puis des suffrages. Nicolas Sarkozy a grugé au moins deux fois aux règles de financement électoral pour sa propre survie à l'Elysée. La première fut jugée, provoquant l'annulation de 11 millions d'euros de remboursements publics. Nicolas Sarkozy hurla à l'injustice, effroyable affront à la Justice d'un pays dont il était pourtant l'un des Sages, membre de droit du Conseil constitutionnel.

Sarkozy a fraudé une seconde fois. 

L'affaire Bygmalion révèle qu'il a dépensé 17 millions d'euros de plus que son adversaire, une somme faramineuse si on la compare au plafond légale, une vingtaine de millions d'euros. Au début de l'affaire, il expliqua, en "off", que les aveux de Jérôme Lavrilleux l'agaçaient. Ce dernier est sorti de sa garde en début de semaine, mais avec une nouvelle salve d'aveux détestables pour le clan Sarkozy.

L'ancien directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 a mouillé d'autres fidèles de l'ancienne Sarkofrance, Eric Cesari - ex-directeur général de l'UMP - et Fabienne Liadzé, directrice financière de l'UMP.

Le lendemain, il y eut pire. Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Sarkozy, implique Sarkozy lui-même. Ce n'est pas un antisarkozyste primaire qui lâche la nouvelle, mais le Figaro, l'ancienne Pravda de Sarkofrance. Le journal révèle que Lavrilleux s'est confié par un SMS qu'il lui a envoyé le 28 avril 2012 à 12h19: 
"Jean-François ne vient pas à Clermont, il y est allé la semaine dernière. Louer et équiper la deuxième halle est une question de coût. JFC en a parlé au PR (le président de la République)."
Bien sûr, Nicolas Sarkozy feint l'ignorance, plaide l'ignorance. Il est de Gaulle, il ne gère pas l'intendance. Il est entouré de fraudeurs, c'est bien la question minimale.

Pour la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy a su s'entourer des meilleurs fraudeurs. 

Incroyable ?

Mercredi, c'est le pompon. Le Canard Enchaîné publie la liste des autres clients de Bygmalion.

La liste est "instructive", et surtout édifiante. Les gros clients sont le MEDEF (351 884 euros), Serge Dassault (350 000 euros ;), l'Union nationale des professions libérales (460 000 euros), Veolia (179 400 euros), EDF (637 000 euros), Génération France.fr de Copé (500 000 euros), la Mairie de Levallois (200 000 euros), le ministère de l’Intérieur (sous Brice Hortefeux puis Claude Guéant, pour 550 000 euros), France Télévisions et ses filiales, pour 2 millions d'euros

et ... le Groupe UMP à l’Assemblée nationale et questure  pour 5,5 millions d’euros...

Résumons.

Cette agence, fondé par deux proches de Jean-François Copé, surfacturait l'UMP pour financer clandestinement la campagne présidentielle de l'UMP. On apprend qu'elle avait aussi de généreux clients, des grandes entreprises et des ministères.

Plus c'est gros, plus ça passe.

Du coup, une question s'impose: "L'affaire Bygmalion barrera-t-elle la route à Nicolas Sarkozy ?"

L'ancien monarque fait passer ses messages. Il se préoccupe moins de l'UMP que de la "France". Sans rire... "Plus que l'UMP, c'est la situation de la France qui inquiète Nicolas Sarkozy" peut lire sous la plume de Carl Meus dans les colonnes du Figaro ce jeudi. "Les affaires glissent sur l'ancien Président comme l'eau sur les plumes d'un canard." Ou encore: "Il est encore dans «le temps de la réflexion»". 

A quand le temps des explications, c'est-à-dire l'heure des comptes ?




Jean-Pierre Raffarin : "Je n'aime pas beaucoup... par franceinter

5 juin 2014

Sarkozy, un retour facile, prématuré et débile.

Il veut revenir, mais il n'a même plus les sondages pour lui. La Justice enquête en parallèle. Elle est partout, on ne sait plus où donner de la tête. 

Karachi, Libye, sondages, Qatar et UMP, Nicolas Sarkozy est toujours là, mais seul.


Trop facile
Le contexte est pourtant favorable. La gauche, d'où qu'elle vienne, est fragile, presque sonnée. Moins de 30% aux dernières élections européennes quand on additionne soutiens et adversaires de François Hollande.

François Hollande, justement, est toujours au plus bas dans les sondages. Rien n'y fait. Valls n'a aucun effet, ni sur les résultats électoraux, ni sur les sondages, ni dans les médias. L'homme ne sert à rien, sauf peut-être à lui-même. Il dégrade le dispositif élyséen sur sa gauche. Il n'améliore rien sur sa droite.

François Hollande tente une sortie sur la réforme territoriale. C'est objectivement plus agréable que les effroyables diversions sarkozystes sur l'identité nationale (pendant près de 3 ans !). Mais le cafouillage précipité est presque agaçant. Forcément, il faut aller vite. Donc Hollande se décide tout d'un coup à publier une tribune "décisive" sans caler le nombre-cible de régions. Bref, Sarkozy aurait pu profiter de ce bricolage amplifié par le Figaro.

Mieux, Christiane Taubira présente depuis mardi sa réforme judiciaire à l'Assemblée nationale. La Garde des Sceaux est un épouvantail facile pour les caricaturistes de la Droite Furibarde. Femme, noire et de gauche, elle incarne tout ce qu'il faut pour les plus effroyables des dérapages d'une droite déboussolée. La voici enfin sur l'estrade parlementaire à défendre son premier véritable texte depuis le mariage pour tous. Il instaure une nouvelle "peine de probation", dont la droite se saisit pour l'accuser de laxisme.

Pour Sarkozy et ses chantres de la boulimie sécuritaire, la proie est belle. A l'Assemblée, ces derniers se lâchent avec gourmandise et hypocrisie. Les attaques sont irréelles: Taubira est accusée de laxisme depuis deux ans sans preuve, bien au contraire. Les études s'accumulent pour prouver combien la surpopulation carcérale ne produit d'autre que de la récidive massive.

Christiane Taubira a eu aussi la mauvaise idée de supprimer l'une des pires et plus inefficaces mesures du sarkozysme sécuritaire, les fameuses peines planchers. Les députés de droite ont déroulé plus de 800 amendements.

Trop tôt, trop seul
Nicolas Sarkozy envisage de revenir plus tôt que prévu. Dès cet été, il prendrait bien la tête de l'UMP. Le triumvirat provisoire qui s'est mis en place à la présidence de l'ex-parti majoritaire pour succéder à un Jean-François Copé "démissionné" pour cause de scandale Bygmalion ne lui plaît que très modérément.

Copé aurait entrainé Sarko dans sa chute. Le Figaro s'inquiète: "La cote d'avenir de l'ex-président de la République s'effondre auprès des sympathisants UMP dans un sondage BVA pour L'Express-Orange et France Inter". Pourtant, le scandale Bygmalion n'est qu'une seconde affaire de fraude aux règles de financements des campagnes électorales pour l'équipe Sarkozy.

Rien que ça...

Mardi matin, un sondage de popularité osa placer Alain Juppé en tête et loin devant Nicolas Sarkozy. Il fallait réagir, avec cette nouvelle rumeur d'une prise de contrôle de l'UMP. "Il n’avait pas prévu de revenir tout de suite mais la donne a changé depuis quelque jours : le nouveau président de l’UMP sera élu au suffrage universel des adhérents lors d’un congrès cet automne" a confié un proche. Fichtre ! L'heure est grave et sérieuse ! Et le journaliste de multiplier les confidences forcément anonymes de "proches" de l'ancien monarque. A droite, on est courageux, mais pas trop. "Un chef présidentiable et une ligne : voilà ce dont ont besoin les militants. C’est comme ça dans la Ve République, surtout à droite". Ben voyons !

Ailleurs, les habituels thuriféraires de l'ancien monarque sortent à visage découvert. Nadine Morano s'indigne, faible porte-parole placardisée au Parlement européen après deux défaites électorales personnelles: "Je ne peux cautionner la sortie de crise qui s'est dessinée, tout simplement parce qu'elle n'est en rien conforme à nos statuts." La groupie a le "statut" sensible. En 2010, la désignation de Copé à la tête de l'UMP par le le Monarque élyséen ne l'avait pas choquée.  "Après la crise de l'élection interne de novembre 2012, nous nous sommes dotés de nouveaux statuts. J'observe que ceux qui les réclamaient avec vigueur les bafouent aujourd'hui. Je ne peux accepter cette situation qui nous met dans l'illégalité".  

Mercredi 4 juin, Brice Hortefeux sort encore davantage du bois. Il agit sur commande, et son propos est explicite: "Le retour de Nicolas Sarkozy, qui était une possibilité, devient une nécessité. Je souhaite donc qu'il soit candidat à la présidence de l'UMP à l'automne. Nous avons besoin d'un chef, d'un projet et d'un cap.." Le Figaro publie le même jour une interview d'un politologue par ailleurs habitué des couloirs de l'UMP version Sarkofrance: "En l'état actuel de son statut de leader naturel incontesté auprès de son socle électoral, son élection à la présidence de l'UMP serait une formalité."

On sourit.

Même Dominique de Villepin, l'ancien pire ennemi, réconcilié sur fond d'affairisme moyen-oriental avec quelques amis communs (Djourhi... ) se met à rêver du retour de Sarko pour réunifier la droite... 

François Fillon, l'un des trois de la Troïka, avait pourtant prévenu: pas question que le président de l'UMP, à l'issue du Congrès, soit également candidat aux primaires présidentielles. Cela ne serait pas "correct" ni impartial.
"Avec Sarko, ça va être un affrontement sanglant, et je ferai tout pour l'empêcher de prendre le parti. Car, s'il le prend, il réunira dans la seconde un congrès statutaire pour supprimer les primaires et imposer sa candidature en 2017." François Fillon, cité par le Canard Enchaîné du 4 juin 2014
Sarkozy, à l'UMP, a toujours autant d'ennemis.

Trop débile
Sarkozy est débile, au premier sens du terme, c'est-à-dire fragile. 

Sarkozy a d'autres démons. La Justice, celle des hommes, n'a pas fini d'enquêter. Paul Bismuth aka Nicolas Sarkozy avait deux téléphones et de nombreux comptes à régler.

La France, l'ancienne Sarkofrance, est accusée de corruption dans l'attribution de l'organisation de la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar. La FIFA, qui avait diligenté une enquête, vient d'annoncer la clôture accélérée et prochaine de cette dernière par la chambre d'investigation de sa commission d'éthique. Mais voici qu'un quotidien britannique, le Daily Telegraph, accuse Michel Platini de corruption. Avec Nicolas Sarkozy au beau milieu de l'opération. Le journal évoque un dîner à l'Elysée, en novembre 2010, quelques jours avant le vote, avec le qatarien Mohamed Bin Hamad, exclu à vie de la FIFA pour conflit d'intérêt en 2011, Michel Platini et Nicolas Sarkozy. A charge, le Daily Telegraph publie aussi une salve de preuves détestables - promesses de contrat, cadeaux en quelques millions d'euros, etc. A tel point que l'Australie et les Etats-Unis, concurrents défaits à l'époque, réclament désormais un nouveau vote. Le Qatar se défend, Platini conteste. Sarkozy se tait. Il profite, avec une assiduité déconcertante, des invitations aux matches du PSG, propriété du ... Qatar.

Lundi, on apprenait que la Justice, encore elle, est allé perquisitionner le 21 mai dernier le cabinet d'avocats de Nicolas Sarkozy dans une autre affaire, les investigations en cours sur les soupçons de fraude fiscale par le couple Balkany. Les enquêteurs auraient identifié Isabelle Balkany comme ayant-droit d'une société qui est propriétaire d'une villa à Saint-Martin. Ils s'interrogent sur le rôle du cabinet d'avocats dont Sarkozy fut fondateur pour le "montage permettant la fraude fiscale présumée."

Sarkozy a d'autres affaires. Elle n'intéresse pas que les gazettes, mais la Justice, et, concernant l'électeur, l'éthique. Un retour serait une première dans l'histoire de la République. Les anciens chefs d'Etat, surtout accusés des pires maux, reviennent rarement sauf pour amuser la galerie et enrichir quelques libraires.


Ami sarkozyste, reviens.

On est encore là.


13 mars 2014

#Sarkogate: comment Sarko rebondit grâce à la presse #video



C'est le nouveau story-telling à la mode. Le vacarme déclenché par la Droite Furibarde à propos des écoutes de son ancien mentor a suffit à déstabiliser un gouvernement mal accroché.


Faut-il qu'il soit épuisé ? Qu'il manque de carburant ? Ces dernières 48 heures de l'actualité médiatique ont été consacrées au grand jeu rétrospectif du qui-savait-quoi-et-quand de ces écoutes. Christiane Taubira savait-elle avant ou après le 26 février ? Et à quelle heure ? A quelle minute ? Et quid de Manuel Valls ? Et pourquoi pas François Hollande ? De quoi avaient-ils connaissance ? La multiplication infinie de ces interrogations, grotesques, ont fini par se refermer comme un piège sur un gouvernement qui ne voulait commenter le fond de l'affaire par souci de respect de la procédure.

La presse trash
La presse toute entière, à quelques rares exceptions qu'il faudra sauver un jour, s'est alors encore abimée. Cette "trash-attitude" qui consiste à s'enflammer sur rien, à en faire trop sur rien, à s'exciter sans prioriser, à égaliser d'une plume inconstante les différents remous, est un mauvais démon de l'information moderne.

Ainsi, savoir que Taubira savait compterait davantage que ce qu'elle savait. L'écoute d'un ancien monarque compterait plus que les fraudes et délits dont on le soupçonne. L'indépendance d'un magistrat compterait moins que le respect de la vie privée d'un ancien monarque.

Il fallait rappeler cette chose, comme le soulignait le Parisien fort heureusement : "les enquêteurs auraient découvert que Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, renseignait discrètement l'ancien chef de l'Etat sur l'affaire Bettencourt via son ami de toujours, Me Thierry Herzog."

L'un des plus exemples de ce "summum" de l'incompétence tragique fut sans doute donné par Bruno Jeudy, éditocrate émérite du JDD qui s'indigne non pas des affaires ni des polémiques mais de ce que savaient Taubira et Valls.

La Droite furibarde

Jean-François Copé est l'autre interrogation de la période. On tente de comprendre. Au plus fort d'autres moments plus graves de notre République, l'homme s'est tu, couché, avachi. Rappelez-vous l'affaire des fadettes - des journalistes espionnés par la DCRI ! -, Copé s'était tu. Rappelez-vous le WoerthGate - un ministre du Budget dont la femme était l'employée de la première fortune de France par ailleurs convaincue de fraude fiscale. Copé ne disait rien. Rappelez-vous ces écarts de frais - les cigares de Christian Blanc, les jets privés de Christian Estrosi, les bois précieux de Joyandet

Bref, Jean-François Copé fait de la politique à l'ancienne, comme d'autres de tous bords. Plus c'est gros, plus cela doit passer. Mais cette fois-ci, le suppositoire semble disprortionné.

Haro sur les juges !  Cette séquence permet à Nicolas Sarkozy et ses sbires de reprendre une un vieux combat. Une lutte presque décennale contre les juges, ces fichus juges qui quand ils sont trop indépendants peuvent faire dévisser des élus, des gouvernements, voire des régimes comme en Italie il y a 20 ans.

Ces juges, avait-on enfin la confirmation ce mercredi, n'avaient pas placé sur écoute Thierry Herzog, mais Nicolas Sarkozy.

Parrain sidéré

Il parait que Nicolas Sarkozy est "sidéré" par l'attitude des juges... Sans blague ni surprise... Sidéré qu'un avocat - le sien - ait fait les frais de l'enquête ? Non, bien sûr. Il est sidéré que la Justice s'intéresse à lui.  

"Je suis sidéré. Mettre sur écoute un ancien président de la République, c'est grave, très grave. Il faut de bonnes raisons. Ce ne sont pas des méthodes normales" aurait-il confié à un proche.

Qui a dit que Nicolas Sarkozy avait été un président normal ?

Son adversaire de 2017, François Fillon, est persuadé qu'il est politiquement mort.

C'est dans le Canard Enchaînéqu'on lit parfois les meilleures pages sur cette affaire. Paul Bismuth existe bien. C'est sous son nom, et sans son accord, que Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, a ouvert deux comptes téléphoniques mobiles et prépayés.

Thierry Herzog, visiblement amateur, a utilisé le nom d'un ancien ami... qui réfléchit désormais à porter plainte pour usurpation d'identité.

Décidément...




10 mars 2014

Sarkogate: comment le clan réagit

Ils sont perdus, ils s'étranglent. Et ils parlent trop.

La nouvelle déflagration qui secoue l'UMP et, surtout, le clan sarkozyste depuis 8 jours, a provoqué toutes de réactions déplacées ou franchement inquiétantes parmi les défenseurs de Nicolas Sarkozy. L'ancien monarque est soupçonné de trafic d'influence, d'espionnage illégal d'une procédure en cours, le tout sur fond de publications d'écoutes clandestines réalisées prétendument à son insu par son plus proche conseiller de son quinquennat.


Un avocat imprudent

Thierry Herzog, l'avocat fidèle, ami depuis 1980, est imprudent quand s'étrangle dans la presse, il dérape, et dévoile combien sa proximité notoire et (pas que) professionnelle avec Nicolas Sarkozy lui a valu de recevoir toutes sortes de sollicitations de trafic d'influence. On eut aimé qu'il explique combien jamais  - oh grand jamais - il n'y avait cédé.
"Quand j'étais l'avocat du président de la République, combien de magistrats sont venus me demander si je pouvais leur obtenir une décoration, les faire muter, de Chambéry à Toulouse, parce que leur femme allait avoir un avancement professionnel ? C'est du trafic d'influence ?"
Thierry Herzog, 7 mars 2014

Une bande ... désorganisée

Fabrice Arfi, pour Médiapart, résume: "Conseillers, collaborateurs, ministres, amis, magistrats, grands flics, hommes d’affaires… : toute la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy, quand ce n’est pas l’ancien président lui-même  (...) a eu affaire au cours des deux années écoulées à la police (...) et à des juges".  C'est effectivement l'ampleur des enquêtes en cours qui est inédite: pour la première fois sous la Vème République, la totalité du cercle dirigeant qui entourait Nicolas Sarkozy quand il était président fait l'objet de procédure judiciaire.

Des sarkozystes amnésiques

Ailleurs à droite, certains oublient combien Nicolas Sarkozy, avec leur soutien, encouragement et loyauté, avait assoupli les possibilités légales d'espionnage avec les loi LOPPSI: fichage des victimes, accès facilité aux fichier, captation de données informatiques, etc. Un magistrat peut renouveler tous les quatre une instruction d'écoute et de captation information. S'agissant d'avocats (Sarkozy, Guéant), la bâtonnière de Paris au moment de cette enquête a été prévenue.

Lire Jean-Pierre Door, député UMP du Loiret s'interroger publiquement sur Twitter si nous étions "dans un État démocratique ou dans un État totalitaire ?" avait quelque chose de cocasse quand on se souvient du vote sans ambiguïté de l'homme en faveur de LOPPSI.

Pire, Henri Guaino, dimanche, proteste et en appelle à François Hollande: "On ne peut pas écouter les gens à tort et à travers". Il semble avoir oublié que Nicolas Sarkozy, par l'entremise de Claude Guéant, faisait écouter des journalistes encombrants. L'affaire des fadettes est encore toutes les mémoires.

Une épouse en première ligne

Nicolas Sarkozy a envoyé son épouse battre le fer judiciaire contre Patrick Buisson. C'est habile, l'ancien monarque s'exopose moins. Plutôt une épouse choquée par une atteinte à sa vie privée qu'un parrain en campagne ! Le Figaro relate ainsi que Carla Bruni se présente comme une "victime collatérale d'enregistrements illicites": "S'agissant de propos dont nul ne conteste qu'ils ont été tenus à titre privé et, sauf à anéantir l'un des piliers démocratiques que constitue le secret des conversations privées, en instaurant au lieu et place une société orwellienne où personne ne serait plus garanti contre l'enregistrement et la diffusion de ses conversations privées, il apparaîtra nécessaire de condamner sévèrement ce type de procédés".

Des soutiens inquiets

Cette double affaire d'écoutes - les illégales de Buisson et les légales du juge Serge Tournaire - inquiète les proches de l'ancien monarque: qu'y-a-t-il donc sur ces bandes ? Qui y a eut accès ? Il était croustillant de lire dans les colonnes du JDD ce dimanche 9 mars un ancien proche de Nicolas Sarkozy expliquer, à propos de l'enquête officielle: "Sur le papier, on peut imaginer un ministre de l'Intérieur lisant tous les soirs les écoutes Sarkozy"... Il parle en connaissance de cause... Le jouet sécuritaire se retourne contre celui qu'il si formidablement renforcé entre 2002 et 2012.


"Nicolas Sarkozy nous manque cruellement". L'auteur de cette improbable citation, Geoffroy Didier, est l'un des cofondateurs de la Droite Forte au sein de l'UMP, un jeun garçon biberonné par Patrick Buisson. "Je ne suis pas là pour accabler un homme, Patrick Buisson", mais, concède-t-il, ce procédé est "révoltant" et "stupéfiant". L'homme, qui fréquentait si régulièrement le dit Buisson, est mal à l'aise. Il doit s'imaginer que certaines de ces conversations figurent bien sur les bandes.

3 mars 2014

Jean-François Copé se débat contre lui-même #video

L'actuel président de l'UMP a livré une étonnante déclaration publique après les accusations de surfacturation de frais de campagne par une agence de communication détenue par deux proches, publiée par le Point jeudi dernier. 

Jean-François Copé, ce lundi, se débattait contre lui-même.



Ce lundi 3 mars, au siège de l'UMP, il avait l'air fatigué et atteint. Quelques heures auparavant, il avait annulé une interview avec Jean-Jacques Bourdin sur RMC, lequel avait du coup invité son accusateur en chef, Franz-Olivier Giesberg, patron de la rédaction dudit Point. "Ceux qui parlent de moi à l'imparfait font une grosse erreur. Ils ne me connaissent pas..." avait-il confié au Monde un peu plus tôt.

"Je fais l'objet d'une campagne de presse agressive et haineuse" et d'une "véritable chasse à l'homme" a-t-il expliqué. Les termes sont choisis, et violents: "campagne agressive", "méthodes dignes de l'Inquisition", "bûcher médiatique"... Le député-maire de Meaux et président de l'UMP attaque avec les méthodes habituelles en pareil cas: violemment. Allumer le feu pour éteindre l'incendie est une technique bien connue.

L'homme a décidé de riposter tant sur le terrain judiciaire (une plainte pour diffamation serait à l'étude contre l'hebdomadaire) qu'à l'Assemblée nationale, avec le dépôt de deux projets de loi. Le premier texte viserait la presse: après avoir fustigé la loi sur la transparence votée contre l'avis de l'UMP à la suite de l'affaire Cahuzac, Copé voudrait aujourd'hui étendre l'obligation de déclaration de conflits d'intérêts imposées aux parlementaires aux ... responsables de presse bénéficiant d'argent public. En gros, cela concerne tous les médias d'information. Seconde proposition de loi, un texte déposé après les élections municipales qui ont lieu dans 3 semaines pour imposer la publication de la comptabilité de tous les partis politiques bénéficiant de financement public.

Le coup d'épée est ... dans l'eau. "Copé annonce des mesures qui existent déjà", commente le Monde.

Jean-François Copé a surtout raté l'essentiel. Au-delà de l'affaire elle-même, qui risque comme souvent d'être oubliée sous les tombereaux d'invectives qu'elle a suscité en ri
poste, le président de l'UMP paye aujourd'hui l'incroyable confusion des genres et des intérêts dans laquelle il s'est largement vautré depuis plus d'une décennie.

Maire de Meaux, il cumulait, comme d'autres, le mandat de député. Président du groupe UMP à l'Assemblée quand Sarkozy s'installait à l'Elysée, il se fit aussi rapidement embauché comme avocat d'affaires dans un cabinet parisien. Il refusa d'avouer quels étaient ses entreprises clientes.

Ministre du Budget sous la présidence de Jacques Chirac, il avait pour ami un intermédiaire de ventes d'équipement militaire, Ziad Takieddine. A la même époque, comme l'ont révélé les différentes enquêtes journalistiques et judiciaires depuis, Ziad Takieddine travaillait pour le compte de la France, à savoir Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur, pour vendre équipements et technologies en Libye (2005-2007), au Pakistan et en Arabie Saoudite (2002-2005). On se souvient de l'anecdote fameuse, relayée par Ziad Takieddine lui-même: ce dernier, en vacances sur l'île Moustique, avait été physiquement agressé au point de tomber dans le coma. Il avait été sauvé grâce à Copé qui avait dépêché médecin et avions privés pour le secourir.

En 2011, le site Mediapart débute l'édifiante publication d'une enquête sur les cadeaux de Takkiedine. Elle est illustrée de nombreuses photographies présentant Jean-François Copé, avec ou sans épouse, dans diverses propriétés de Ziad Takieddine (piscine à Antibes, yacht en Mediterranée, voyages payés en Jordanie ou en Egypte). En novembre 2011, Copé est accusé par un témoin d'avoir perçu de Ziad Takieddine de quoi règler les travaux d'aménagement d'un appartement de 160 mètres carrés acquis en 2004, rue Raynouard, pour 1,1 million d'euros.

On apprenait par ailleurs que les millions d'euros de rémunération touchés par Ziad Takkiedine pour ses bonnes oeuvres pour la France, ni les 40 millions d'euros de patrimoine estimé par Mediapart, ne lui avaient valu une quelconque imposition en France. L'ami du ministre du Budget, qui a fait notamment fortune grâce à son rôle d'intermédiaire dans la conclusion de ventes d'armes français, ne paye aucun impôt en France.

La belle affaire !

Dans son édition du 3 mars, relatent pour le Monde l'amitié de Jean-François Copé avec Bastien Millot et Guy Alves, les deux co-fondateurs de l'agence Bygmalion aujourd'hui au cour du scandale.

27 février 2014

#CopéGate: comment la droite règle ses comptes

Le sort semble s'acharner sur celui qui aspirait il y a encore peu à la fonction suprême. L'hebdomadaire Le Point accuse Copé d'avoir surfacturé des prestations de communication au parti qu'il préside.

Nouveau scandale

D'après Le Point, la filiale d'une agence de communication baptisée Bygmalion a facturé pour huit millions de prestations à l'UMP pendant la campagne présidentielle de 2012. Les révélations comportent plusieurs volets.

1. Ces prestations, pour 8 millions d'euros, auraient été surfacturés. Le Point a récupéré des documents édifiants: "Lors des meetings, les frais de traiteur, de retransmission vidéo et d'éclairage atteignaient parfois le double des tarifs habituels !"

2. L'agence en cause, Bygmalion, appartient à deux anciens collaborateurs et "proches" de Jean-François Copé, Bastien Millot et Guy Alves. Le premier officie régulièrement à la radio (sur Europe 1) et à la télévision.  L'agence a été créée en 2008.

3. Le Point a aussi découvert que Bygmalion a eu pour actionnaire pendant 3 ans une SARL logée au Luxembourg, elle-même détenue par une holding familial d'Emmanuel Limido. Ce dernier, "un gestionnaire de fonds très lié au Qatar", avait oeuvré comme intermédiaire pour deux transactions immobilières entre l'Etat et le Qatar en 2006 et 2007, autorisées par le ministre du budget de l'époque, ... Jean-François Copé. Limido a récemment racheté l'AJ Auxerre.

Au passage, l'hebdomadaire ose titrer, dans son édition du 27 février 2014: "Sarkozy a-t-il été volé ?"... Comme si Nicolas Sarkozy était propriétaire du parti... 
 L'actuel président de l'UMP subit donc une nouvelle affaire, une autre accusation de fraude contre son propre parti. Au-delà du scandale lui-même, on peut s'interroger sur cette capacité d'autodestruction violente qui frappe encore la droite.

Règlement de comptes

Comme souvent, on peut craindre que cette affaire soit le fruit de confidences internes. Si la gauche se déchire dans le verbe, la droite classique règle ses différents politiques dans la violence et la délation. Le Point dissimule à peine qu'il a eu des sources internes: "Le Point a enquêté sur ce que certains au sein du parti qualifient de véritable "hold-up"."

Au niveau national, on se souvient de la guerre Balladur/Chirac qui a permis et/ou accélérer la révélation de nombre d'affaires, des emplois fictifs de la Mairie de Paris sous Jacques Chirac au financement occulte du Parti Républicain allié aux Balladuriens. L'affaire Clearstream illustre aussi comment la droite règle ses comptes.

Cette fois-ci, il y a fort à parier que le coup vient du camp Fillon. Conjecture facile ? Peut-être. Accusation gratuite ? Pas vraiment. Si personne  à droite ne croit plus aux chances de Copé pour la présidentielle de 2017, les supporteurs de Fillon souffrent également. Leur candidat s'est révélé aussi idéologiquement inconstant qu'il fut sarko-servile pendant 5 ans.

Jean-François Copé a prévenu qu'il porterait plainte pour diffamation.

Cela commence toujours ainsi.