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17 janvier 2013

Mali: la guerre, c'est sale.

Les voeux du président Hollande ont été perturbés  par une gigantesque prise d'otage en Algérie par un commando qui se revendique islamiste. Mercredi 16 janvier, il s'adresse à la presse puis aux parlementaires.

Nulle bonne année en perspective.

La guerre, c'est sale. 

A Diabali, les combats se déroulent au corps à corps, dans les rues et les maison. Nous ne sommes plus en guerre propre. Ce n'est même pas le simple bombardement aérien, le tapis de bombe version guerre prétendument propre en Libye avec BHL en costard et Sarkozy. Cette fois-ci, au 6ème jour de guerre, les soldats sont dans les rues. Il y aura des morts.

1. Au Mali, nos alliés ne sont pas propres, loin de là. Ce n'est pas encore Inglorious Basterds, mais on s'en rapproche. Les exactions existent, à en croire des témoignages dignes de fois. Non, nos alliés ne sont pas propres de la culotte. La liste est longue. On s'interroge de savoir pourquoi la France ne devrait se bouger que pour des causes immaculées.

La guerre, c'est sale. 

2. A-t-on choisi entre la peste ou le choléra ? Le CPI a ouvert une enquête contre ceux qui contrôlent le Nord du pays. Les options étaient simples: ne rien faire faisait précipiter une zone plus grande encore vers une improbable charia et installait une large base de criminels délinquants à prétention islamiste. Pouvons-nous assumer d'être satisfait quand nous osons combattre ceux qui nous combattent ?

3.  Il y avait une demande internationale, la résolution 2085 des Nations Unies. Le Mali appelle à l'aide. Qu'est-ce que le Mali ? Le président Touré a été renversé par un coup d'Etat il y a un an. A l'époque, notre président n'a rien fait. Il s'appelait Nicolas Sarkozy. Un autre président, Traoré, est en poste depuis avril dernier. Qui préfère quoi ? Un président issu d'un coup d'Etat ou un régime islamiste ?

4. Cette guerre créé des risques. Raison de plus pour correctement qualifier l'ennemi, ce que la diplomatie hollandaise a imparfaitement fait au lancement des opérations. Mercredi vers 4 heures du matin, un site pétrolier dans l'Algérie voisine, mais à 1200 kilomètres du Nord du Mali, a été pris en otage. Plus de 150 personnes retenues en otages, une quarantaine d'Occidentaux. Le commando se dénomme les signataires par le sang, quelle promesse ! Ils sont dirigés par Mokhtar Bel-Mokhtar, alias Khaled Aboul Abbas. L'action serait concertée avec les autres troupes d'Aqmi engagées au Mali. En fait, à ce stade, on n'en sait rien et qu'importe.

5. Il aurait été excessivement confortable de ne rien faire. En France, les traditionnels opposants à la guerre... s'opposent. Comme pour la Libye, on retrouve les mêmes, moins quelques autres. En vrac, on accuse la démarche d'être impérialiste, ce serait une survivance de la Françafrique. Nous aurions besoin de sécuriser notre approvisionnement en uranium pour ces/ses sales centrales nucléaires. En soi, le Mali n'a aucun intérêt, trop riche en coton, trop pauvre en tout le reste.

6. S'opposer à cette guerre est une position largement respectable. Le véritable argument serait ailleurs: défendre le régime actuel, lui-même issu d'un coup d'Etat voici un an contre la menace islamiste serait la même mauvaise position que celle sarkozyste ou françafricaine qui défendait hier les Moubarak ou Ben Ali lors des printemps arabes. Curieuse argumentation: qui a vu un soulèvement potentiellement démocratique ou populaire contre une dictature séculaire ? Précisons que si les révolutionnaires du printemps arabe étaient aussi des kidnappeurs de citoyens français, l'enthousiasme en métropole eut été bien refroidi.

7. La critique contre ce conflit la plus indigne fut l'oeuvre de Jean-François Copé: le président provisoire de l'UMP soutient le principe de l'intervention mais fustige dès mercredi le prétendu isolement de la France. Quelle solidarité républicaine ! Quelle éthique épique ! On attend quelque 2.000 soldats africains d'ici 10 jours. Sans doute certains préféraient-ils que la France laisse ce joli monde se débrouiller seul.

8. C'est un choc en Hollandie.  « Il n'y a rien à cacher» , explique François Hollande ce mercredi. Cette guerre, paraît-il, l'a changé. Même le Figaro en est surpris: « Il a endossé son rôle de chef des armées comme celui de président, sans crier gare. Sans qu'on s'en aperçoive, sans qu'on réalise, sans chercher à incarner quoi que ce soit. ». Que le Figaro ou la droite approuve d'un air gêné la détermination de l'actuel locataire de l'Elysée si décrié pour un procès en indécision depuis des lustres suffisait L'ancien monarque jouait au soldat depuis près d'une décennie déjà. Ministre de l'intérieur, la lutte contre les délinquants de France était son ADN politique. Devenu monarque en 2007, Sarkozy adorait la présence militaire. Belle arnarque de la part d'un ancien ministre coupable d'être allé personnellement vendre de l'équipement de surveillance au colonel Kadhafi, ou d'avoir personnellement scellé la réconciliation franco-syrienne avant que Bachar el-Assad ne rappelle combien il pouvait être boucher.

9. Hollande a respecté la Constitution, c'est la moindre des choses. Certains ont cru bon dénoncer l'absence de vote avant l'intervention militaire de vendredi. Le sujet, pourtant, n'avait cessé d'être abordé au Parlement depuis que la zone est en crise. Qui peut dire qu'il découvre le bordel local ? La France n'a pas vocation à rester au Mali, a prévenu Hollande. Cela rappelle un cadre, sans doute incertain. Il a aussi prévenu qu' « un vote du Parlement interviendra si l'opération devait durer plus de 4 mois. C'est la lettre de notre Constitution

La guerre, c'est sale.

A suivre.

Ou pas.




Mali : 10 mois d'instabilité qui ont mené au... par lemondefr



25 juillet 2012

En Syrie comme en Libye, Big Brother est un peu français

Quand la France était en guerre contre la Libye, on a « découvert » qu'une entreprise française avait vendu un puissant système d'espionnage au régime Kadhafi. De surcroît, elle avait été aidé par Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'intérieur.
Depuis que la Syrie est à feu et à sang, voici qu'une autre entreprise française est à nouveau sous les projecteurs pour l'exportation de technologie de Web-surveillance.

La première s'appelait Amesys, devenue filiale de Bull. Son patron de l'époque avait été décoré de la légion d'honneur par Nicolas Sarkozy devenu président. Ce commerce était absolument légal. Amesys fit le ménage comme il put. Nicolas Sarkozy s'était appuyé sur Claude Guéant, Brice Hortefeux et ... Ziad Takkiedine pour cette conclusion commerciale. Le site Mediapart a largement relayé les soupçons de financement politique qui a accompagné cet étrange commerce. Quand il était directeur de cabinet de Sarkozy à l'Intérieur, Claude Guéant avait directement négocié la vente d'équipements de sécurité auprès du colonel Kadhafi entre 2005 et 2007. Ces équipements comprenaient notamment un logiciel d'espionnage baptisé Eagle.

En France, la Fédération internationale des droits de l'homme avait porté plainte en mai dernier à l'encontre d'Amesys pour « complicité d'actes de tortures en Libye ».

La seconde entreprise s'appelle QOSMOS. Son affaire est moins bien partie. Mercredi 25 juillet 2012, le site d'information Owni révélait que la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH) devaient déposer une dénonciation contre « des sociétés françaises, dont QOSMOS, pour leurs activités en Syrie. » Motif: « Dans ce document qu’Owni a consulté, les deux organisations ciblent la participation de QOSMOS “aux opérations de répression réalisées par le régime de Bachar El Assad à l’encontre du peuple syrien”. La société a été “mise en cause pour avoir contribué à fournir au régime syrien le matériel de surveillance électronique nécessaire à la répression de la contestation”. Ce qui fait penser à la FIDH et à la LDH que QOSMOS, à l’instar d’autres sociétés françaises, “[pourrait] être impliqu[é] dans la commission d’actes de tortures et de crimes contre l’Humanité.” » .

QOSMOS avait également vendu au régime Kadhafi. Le site Reflets s'était fait l'écho de l'exportation de ces technologies en Syrie, (les Deep Packet Inspections - DPI), qui permettent de « fouiller dans les mails et de reconstituer tout ce qui se passe sur l’ordinateur d’un internaute », pour reprendre une expression d'un directeur marketing de QOSMOS citée par Reflets et Owni. Interrogé le 6 juillet dernier, Olivier Laurelli, co-fondateur de Reflets, avait regretté la différence de traitement entre les Etats-Unis et l'Europe : « le congrès américain a diligenté une enquête et l'entreprise Bluecoat a été condamnée un mois plus tard, alors qu'en France, un an après, il n'y a qu'un début d'enquête, et encore, parce que la FIDH a porté plainte. »


L'entreprise se présente  d'ailleurs ainsi: «Qosmos fournit une technologie d’Intelligence Réseau qui identifie et analyse en temps réel les données qui transitent sur les réseaux. Au-delà d’une simple classification du trafic, la technologie de Qosmos permet également d’extraire du contenu et des attributs protocolaires à des débits de plusieurs dizaines de Gbps – ce qui rend possible une analyse précise et exhaustive de l’activité des réseaux en temps-réel.»

En Syrie comme en Libye, Big Brother est un peu français. 

et il fallut 18 mois de boucherie, des massacres quotidiens de civils, une guerre éponyme, un attentat, et la menace d'utilisation d'armes chimiques pour que ces funestes exportations soient placées au grand jour.



Lire aussi:

12 septembre 2011

Comment l'Elysée tente de contrôler l'affaire Djouhri

La guerre des droites aura bien lieu. Malgré tous les efforts de Nicolas Sarkozy pour rassembler autour de sa candidature toutes les composantes de la droite. Et cette guerre a déjà sa première victime, Dominique de Villepin. Ce dernier est politiquement mort. A ceux qui en doutaient, la confirmation est tombée ce weekend, avec la publication d'un livre sur un curieux homme de l'ombre, puis l'interview de l'avocat Robert Bourgi au Journal du Dimanche.

L'Elysée allume des contre-feux,  les uns après les autres, à chaque nouvelle révélation sur les sales coulisses de Sarkofrance. Quitte à raviver une guerre à droite.

Sarkozy ne se soucie guère des victimes collatérales quand sa propre survie politique est en jeu.

« On va bourrer le nabot »
Il y a 4 ans, l'ancien premier ministre paraissait sympathique à quelques opposants à Nicolas Sarkozy. On croyait qu'il pouvait rallier sur son nom cette droite gaulliste et républicaine heurtée par le sarkozysme triomphant, atlantiste et libéral. Le combat, quasi-christique, qu'il menait contre le Monarque élyséen attirait quelques soutiens. Sarkozy faisait peur et Villepin fleurait bon la résistance des premiers jours.

Dans les colonnes de l'hebdomadaire dominical, l'avocat balance fort. Il est coutumier de ces coups de sang médiatiques. Il est toujours conseiller officieux de Nicolas Sarkozy à l'Elysée pour l'Afrique. Cette fois-ci, il s'attaque à ses anciens mentors, et précise: « Je sais ce que je dis. Je sais ce que j’ai fait ».
« J’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris. (...) C’était toujours le soir. "Il y a du lourd?" demandait Chirac quand j’entrais dans le bureau. Il m’installait sur un des grands fauteuils bleus et me proposait toujours une bière. Moi qui n’aime pas la bière, je m’y suis mis. Il prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau et rangeait lui-même les liasses. Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de Villepin. L’argent venait du maréchal Mobutu, président du Zaïre. C’était en 1995.»
Robert Bourgi ajouta de nombreuses précisions, comme cette formule, « On va bourrer le nabot », prêtée à Dominique de Villepin après 2002 quand il était au Quai d'Orsay. Ou cette autre confession de Villepin, alors premier ministre, à Bourgi lui-même: « Aujourd’hui, j’ai atteint l’âge du général de Gaulle le jour de l’appel du 18 juin, j’ai 49 ans, Robert! Je serai l’homme du recours! » Ou encore, cette liste des chefs d'Etat africains, fidèles soutiens de Françafrique, qui aidèrent Chirac et Villepin de leurs liasses de billets. Au passage, il s'est permis de blanchir l'actuel occupant de l'Elysée: « Ni Omar Bongo, ni aucun autre chef d'Etat africain, par mon intermédiaire, n'a remis d'argent ni à Nicolas Sarkozy ni à Claude Guéant ».

Panique à l'Elysée
Cette dernière phrase est la clé de tout. Elle sonne comme un aveu, involontaire, la preuve d'un joli contre-feu. En surchargeant Chirac et Villepin, Robert Bourgi devait faire du bruit, et innocenter Nicolas Sarkozy. La ficelle est bien grosse.

Invité du 12-13 Dimanche, nouveau rendez-vous politique dominical de France 3, Dominique de Villepin avait le regard froidement enragé et les yeux qui clignaient pour dénoncer l'attaque : « Ces allégations sont mensongères et indignes. On voit l'acharnement, la volonté de salir la présidence de Jacques Chirac. (...) Tout cela n'est pas un hasard ». Un peu plus tard, il annonce sur France 2 qu'il porte plainte pour diffamation.
 
Bourgi fustige l'ingratitude de Villepin qui, en 2006, l'a « limogé » sous prétexte que « l’argent de Sassou, de Bongo, de tous les Africains, sent le soufre ». L'explication était bien courte. La fortune de ces autocrates africains sent le souffre depuis des lustres. Mais pour Bourgi, s'en était trop, et il a filé chez Sarkozy.
« Nicolas Sarkozy m’a écouté, je lui ai raconté tout ce que je vous raconte aujourd’hui. Même lui, il m’a paru étonné. Je l’entends encore me demander : "Mais qu’est-ce qu’ils ont fait de tout cet argent, Robert ?" Il m’a dit aussi : "Ils t’ont humilié comme ils m’ont humilié, mais ne t’inquiète pas, on les aura." Je l’ai revu la semaine suivante. Nicolas Sarkozy m’a dit : "Robert, là où je suis, tu es chez toi", et m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par "valises". »
Cette sortie médiatique de Robert Bourgi n'est qu'un contre-feu déclenché de l'Elysée, à l'approche d'autres révélations. La tactique est connue. Le journaliste Pierre Péant va justement publier sa dernière enquête, « la République des mallettes ». Il y donne notamment la parole à Michel de Bonnecorse, qui accuse Robert Bourgi d'avoir également apporté quelques mallettes de billets à Nicolas Sarkozy. Michel de Bonnecorse était le Monsieur Afrique de Jacques Chirac: après l'échec du CPE de Villepin en mars 2006, « Tout logiquement, Bourgi estime que désormais la route est dégagée pour Sarkozy. Villepin est cuit... Et au lieu de distribuer une mallette à chacun, il n'en fait qu'une, plus grosse, et la dépose aux pieds du ministre de l'Intérieur. Et le retour sur investissement a été immédiat après l'élection de Nicolas Sarkozy: Bongo a été un des tout premiers, sinon le premier chef d'Etat appelé par le nouveau président ».

Après le scandale Woerth/Bettencourt, voici de nouvelles révélations qui risquent de faire tâche sur le financement occulte des précédentes campagnes de Nicolas Sarkozy.

Djouhri, l'ami encombrant
Mais le véritable héros de l'investigation de Pierre Péan s'appelle Alexandre Djouhri. Un homme inconnu du grand public. Surveillé par la police à l'aube des années 80 (Péan publie sa photo d'identité judiciaire, face et profil, réalisée en 1981 après une interpellation), il fut « recruté » par Charles Pasqua en 1986, naturalisé français l'année suivante, efficace intermédiaire lors de ventes d'équipements militaires dans les pays arabes (Libye, Chine, Arabie Saoudite, Koweït), et devenu depuis, d'après l'enquête de Pierre Péant, l'un des conseillers de Nicolas Sarkozy.

1. Alexandre Djourhi est toujours proche de Dominique de Villepin. Il est souvent photographié avec Villepin. Le Monde, vendredi dernier, republiait cet incroyable cliché montrant les deux hommes ensemble à Paris, en novembre dernier. Le 4 septembre dernier, Djouhri aurait déjeuné avec Villepin et Ali Bongo, le président du Gabon. Le secrétaire général adjoint du parti de Dominique de Villepin, « République Solidaire », s'appelle Hervé Séveno, président du cabinet d'intelligence économique I2F. «Alexandre Djouhri, c'est mon ami» a-t-il déclaré. Interrogé à son tour, vendredi 9 septembre sur RTL, Villepin reconnaît également une proximité: Djouhri est un « ami de très longue date ».

2. Au printemps 2006, Djouhri s'est rallié à Nicolas Sarkozy, à l'occasion d'une rencontre, à l'hotel Bristol où il avait élu domicile. En décembre 2005, l'homme avait déjà obtenu un certificat de moralité, une attestation en bonne et due forme signée par Bernard Squarcini, alors préfet délégué pour la sécurité à Marseille, de la probité morale d'Alexandre Djourhi: « sur le fond, rien de défavorable n'a pu être démontré concernant l'intéressé, et aucun élément lié au terrorisme, grand banditisme ou blanchiment n'a pu être mis en exergue » écrit le futur patron de la DCRI. Bernard Squarcini est un proche de Nicolas Sarkozy depuis 2002.

3. Yazig Sabeg, autre ami d'Alexandre Djouhri, a été nommé haut commissaire à la Diversité par Nicolas Sarkozy en 2010.

4. Alexandre Djouhri serait un homme à la menace facile si l'on en croit les témoignages recueillis par le Monde. L'Express a évoqué des menaces de mort proférées à l'encontre de Patrick Ouart, ancien conseiller Justice de Nicolas Sarkozy. En mai 2010, Ziad Takieddine, l'intermédiaire du clan Sarkozy dans de nombreuses ventes d'armes, accuse tout aussi directement: «J’accuse Jacques Chirac et Dominique de Villepin, à l’Elysée, et leurs hommes, le diplomate Maurice Gourdault-Montagne et un homme de l’ombre, Alexandre Djouhri, d’avoir par leurs agissements fait que la France passe aujourd’hui pour un des pays les plus corrompus au monde et ne vende plus rien à l’international ».

5. Le nom de Djouhri se retrouve chez Serge Dassault. Le propriétaire du Figaro avait trouvé un repreneur pour l'une de ses usines à Corbeil en la personne de Germain Djouhri, fils d'Alexandre.

6. C'est un rival, mieux introduit et plus discret de Ziad Takieddine, cet autre homme d'affaires franco-libanais au coeur de l'enquête du juge Renaud van Ruymbeke sur le volet financier de l'attentat de Karachi.

7. En mai 2010, le site Intelligence Online évoque l'entremise d'Alexandre Djouhri en Russie. Son fils Germain a épousé la fille d'un ancien agent du KGB et proche de Vladimir Poutine, Serguei Chemezov. En mars 2011, ce dernier a été décoré de la Légion d’honneur à l’Elysée, par Nicolas Sarkozy.

8. D'après Pierre Péan, Claude Guéant serait intervenu en 2010 pour exiger d'EADS le versement à Djouhri de près de 13 millions d'euros de commissions sur un contrat de vente d'Airbus à la Libye.

9. Djouhri a oeuvré avec Henri Proglio, le patron d'EDF, pour évincer Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva. Cette dernière ne fut pas reconduite à l'issue de son mandat, en juillet dernier. Un long article de Libération, prétendument téléguidé par l'agence Image7 d'Anne Meaux qui gérait l'image d'Anne Lauvergeon, relata l'intrigue en février dernier. Pierre Péan raconte que Djouhri a « sauvé » la tête de Proglio à la tête de Veolia en intervenant pour son compte auprès de Jacques Chirac en 2001. 


Finalement, que retenir ? Semaine après semaine, les sales coulisses de Sarkofrance sont dévoilées, mises à nu, décortiquées: rétrocommissions ou commissions occultes, espionnage de journalistes ou négociations secrètes, arbitrage pour l'ami Tapie, pantouflage des amis ou exécution des ennemis, les sommes donnent le tournis, les agissements la nausée.

La République irréprochable promise par Nicolas Sarkozy sent les poubelles.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

22 août 2011

Libye: retour sur la "guerre" de Sarkozy

Tripoli serait tombée sous le contrôle des rebelles dans la nuit de dimanche 21 à lundi 22 août. L'opération « Sirène » aurait donc réussi. Le conditionnel était toujours de mise, aux premières heures de lundi matin. Deux fils Kadhafi avaient été arrêtés, mais le Guide Suprême était toujours introuvable.

Nicolas Sarkozy a beaucoup oeuvré pour renverser le dictateur libyen avec lequel il était si proche quelques mois auparavant. Kadhafi était son Saddam Hussein. Convaincu par Bernard-Henri Levy, le président français voulait aussi, et surtout, faire oublier sa catastrophique gestion diplomatique des révolutions tunisienne et égyptienne.

Cette intervention occidentale, sous mandat onusien, laisse derrière elle beaucoup de zones d'ombre et de non-dits.

Retour sur la mini-guerre de Sarkozy, première du genre.


La carte personnelle de Sarkozy
Depuis l'automne, la diplomatie sarkozyenne était gravement secouée. Les fuites de Wikileaks avaient écorné ce qu'il restait de sérieux dans l'image présidentielle de Sarkozy. Quand la révolution tunisienne démarre, la ministre Alliot-Marie visitait le pays en jet privé, invité par un proche ami du régime. Quand l'Egypte se soulève, Sarkozy ne voyait toujours rien, son premier ministre était en vacances familiales dans les parages lors du Noël précédent, et combien de fois, Carla et lui, sont allés se reposer aux frais de l'autocrate Moubarak à Louxor ou ailleurs ?

Quand la ville de Benghazi se soulève, Sarkozy, alerté par BHL, joue sa carte personnelle. Kadhafi n'est pas Moubarak, il est pire. Il fera un parfait épouvantail. Et qu'importe s'il faut oublier des années d'efforts de rapprochement ! Le 11 mars, lors d'un sommet européen, Sarkozy joue au cow-boy sur sa tribune. Il menace et exige le départ de Kadhafi. 17 mars, l'ONU adopte la résolution 1973 autorisant des frappes aériennes. Le 19 mars, c'est le sommet de Paris. Sarkozy se croyait George W. Bush.


La guerre est sale
Qui pouvait croire le contraire ? Dès le mois de mars, l'OTAN a pris en main l'opération des attaques aériennes en Libye. La France a du reconnaître avoir livré des armes aux rebelles.

Les frappes de l'OTAN ont fait des victimes civiles. En France, les médias en ont rarement parlé. La guerre est sale, comme toutes les guerres. Pour cette guerre-là, rares ont été les médias à avoir retenu la leçon d'un passé pourtant très récent.

L'intervention des hélicoptères n'a pas fondamentalement changé la nature du conflit.

Kadhafi, le dictateur
L'argument habituel sera servi. Il a même déjà été servi: le colonel Kadhafi n'était pas si terrible que cela comparé au risque islamiste ou aux conséquences d'une déstabilisation politique de la Libye, un pays composé de tribus. Pourtant, contre les dictatures, le seul message qui vaille est l'absence de compromission. Un dictateur ne doit pas se sentir à l'abri de représailles. Même Nicolas Sarkozy a usé de cette position, lui qui s'est tant compromis depuis son élection à l'Elysée. 

Depuis des années, Amnesty international, comme d'autres ONG, dénonce les exactions du régime libyen. Son dernier rapport rappelait les « centaines de prisonniers » « maintenus en détention arbitraire pour des motifs de sécurité ». Paradoxe ultime, la Libye, avec l'appui de la Sarkofrance (sic !), avait été élue en mai 2010 au Conseil des droits de l’homme de l'ONU, et, en novembre, au conseil d’un nouvel organe des Nations unies chargé de la promotion des droits des femmes.

Les dernières manoeuvres
En Libye, le rôle de Dominique de Villepin énerve. L'ancien premier ministre agit discrètement, paraît-il, pour trouver une solution diplomatique au conflit. Il était à Djerba, il y a une semaine, lors des discussions secrètes sur l'avenir du pays. Il l'a confirmé lui-même jeudi dernier: « J'étais effectivement là-bas, mais je ne peux faire aucun commentaire, car ce serait compromettre les chances de succès et d'efficacité de ces discussions ». A droite comme à gauche, on s'agace de ces émissaires auto-proclamés.

L'Express explique qu'Alain Juppé devrait être au courant. Cette mission apparaît comme un contre-feu à l'initiative de Bernard-Henri Levy. Entre les agissements troubles de Ziad Takieddine, un homme d'affaires proche du clan Sarkozy, et cette « Chirac-connection », le terrain libyen a toujours été bien encombré.

Les derniers délires
Dimanche 21 août, alors que le régime officiel libyen tombait, CNN titrait ses flashes d'information et autres émissions spéciales « Libya Uprising » (« le soulèvement libyen »). Sans l'intervention occidentale, via l'OTAN, il y a fort à parier qu'aucune révolte n'aurait réussi. Sans surprise, on s'agacera de ces exagérations (sur CNN ou ailleurs) qui présenteront le renversement du colonel Kadhafi comme le seul résultat d'un soulèvement populaire. Mais il faut rappeler une chose essentielle. Les Occidentaux n'ont pas été à l'initiative de cette opération. Bien au contraire ! Leur compromission passée avec le régime Kadhafi est évidente, prouvée et ancienne. Sans la révolte de Benghazi et d'ailleurs en Libye, jamais le régime Kadhafi ne serait tomé aussi vite.

Il fallait lire, ces derniers jours, les derniers délires des plus critiques contre l'intervention onusienne en Libye. Thierry Meyssan, fondateur et animateur du réseau Voltaire, écrivait encore samedi dernier, en direct de Tripoli : « Ne croyez pas un mot de ce que vous disent les télévisions satellitaires de la Coalition. (...). Prenez plutôt comme source d’information les télévisions satellitaires d’États ne participant pas au conflit : la chaîne latino-américaine TeleSur ou la chaîne iranienne PressTV qui, depuis le départ de Russia Today, sont les seules sur place à rendre compte objectivement des événements. (...) Au moment où j’écris ces lignes, l’armée libyenne a repris le contrôle de Zwaya et de sa raffinerie, de Brega et de raffinerie, et surtout de presque toute la ville de Misrata. La seule localité importante tenue par les « rebelles » est Benghazi » (*). Dimanche vers 17 heures, le visionnaire Meyssan expliquait: « Je ne pense pas que Tripoli puisse tomber, de même que je ne n’imagine pas que le colonel Kadhafi soit menacé ». A 19h45, le même Meyssan expliquait qu' « il est évident que les rebelles ne sont là que pour être placés devant des caméras, afin de donner l’illusion d’un conflit intérieur ».

Dimanche, on apprenait que deux fils de Kadhafi avaient été arrêtés par les forces rebelles.

La carence démocratique
Le Conseil National de Transition libyen, reconnu officiellement par la France dès mars dernier comme gouvernement légitime de Libye et par la Tunisie ces dernières heures, est un organe étrange, un « comité de gestion des crises ». Ses membres ne sont pas tous de courageux dissidents de longue date. A fur et à mesure de l'affaiblissement du gouvernement Kadhafi ces derniers mois par l'offensive occidentale, de nombreux dignitaires du régime dictatorial l'ont rallié. Le dernier en date était le numéro deux du régime, qui s'est réfugié en fin de semaine dernière en Italie.

Comme le rappelait le Figaro ce weekend, seuls 13 des 40 membres du CNT sont connus. En France, le CNT a dépêché un dissident irréprochable, Mansour Saïf al-Nasr, depuis le 28 juillet dernier, membre de la ligue libyenne des droits de l'homme et exilé depuis 1969.

Il serait dangereux de confondre le CNT avec l'expression démocratique du peuple libyen. Comme toujours, Nicolas Sarkozy n'a pris aucune précaution. Contrairement à ce qui s'est passé dans les derniers jours de la révolution égyptienne, l'armée ne s'est pas portée garante de la bonne mise en oeuvre d'un processus démocratique. Comme toujours en cas de renversement de régime, il faut attendre avant de juger les nouvelles autorités.

Les ressources de la Libye
Quand Benghazi s'est soulevé, l'exportation du pétrole libyen s'est interrompue, contribuant à une nouvelle envolée des cours du baril. La Libye possède les plus grandes réserves de pétrole brut de l'Afrique. Certains ont quand même vu dans l'intervention occidentale le besoin de sécuriser l'accès aux ressources du pays. L'argument est irrecevable.

1. Ces derniers mois, le site Mediapart a révélé comment la Sarkofrance - pour ne citer qu'elle - s'était grandement rapprochée du régime libyen pour la conclusion de bénéfiques contrats d'approvisionnements.  Le site soupçonnait l'équipe Sarkozy d'avoir tenté d'obtenir quelques rétrocommissions occultes entre 2005 et 2007. Depuis juillet 2007 (et la libération des infirmières bulgares), le rapprochement était si officiel qu'il en était devenu gênant et honteux.

2. Kadhafi vendait son pétrole à tout le monde. 80 % de son pétrole était exporté vers l'Europe. A l'inverse, l'intervention onusienne a fait craindre à TOTAL et quelques autres qu'il nationalise leurs installations locales. La réticence de Silvio Berlusconi à intervenir aux côtés de la France et du Royaume-Uni dans les premières semaines de l'attaque tenait beaucoup au poids du pétrole libyen dans l'approvisionnement énergétique de son pays (25% contre 9% pour la France).

3. Quand il s'agit de pétrole, les Etats-Unis sont toujours à la pointe du combat. On se souvient des deux guerres en Irak. Cette fois-ci, l'administration américaine a été plus réticente; l'armée américaine s'est même rapidement désengagée des opérations.





(*) L'article complet de Thierry Meyssan est à lire ici. Il vaut le détour.

15 août 2011

Super-Sarko va-t-il sauver l'Europe, la France et l'euro ?

Certains journalistes français sont-ils à nouveau aveuglés par Nicolas Sarkozy ? Serait-ce la peur d'un nouveau krach financier ? A l'approche d'une rencontre entre Sarkozy et Merkel à Paris, tout est théâtralisé au mieux et au maximum. Il s'agit d'abord d'oublier le sinistre ratage aoûtien de la semaine passée. Pour se préparer, l'accueil du porte-avion Charles-de-Gaulle était un galop d'essai... symbolique.

Certes, la pression est énorme. E-N-O-R-M-E. Et pour une fois, Nicolas Sarkozy aurait dû s'obliger à abandonner quelques instants le seul prisme électoral franco-français.

Auveuglement...
Emanant du Figaro, les louanges ne surprennent plus. Le site du quotidien, ces derniers jours, en a largement rajouté, comme s'en est bien amusé Arrêtsurimages. On en était presque gêné, à moins qu'il ne fallait prendre certaines de ces manchettes numériques du quotidien de Sarkofrance au second degré (ce qui est toujours possible) : « Sarkozy prépare sa riposte », « Sarkozy veut capitaliser sur la crédibilité ». Dans ses chroniques estivales, le journal s'est même autorisé, le 11 août en pleine crise boursière, un article hilarant sur le nouvel Airbus présidentiel, injustement critiqué (les normes « classe affaires » dateraient des années 1980) et si indispensable parce qu'on peut y multiplier les contacts « en chaussettes ». Quand le Figaro commente la courte visite présidentielle à Toulon vendredi 12 août, cela donne : « À neuf mois de la présidentielle, Sarkozy veut montrer qu’il reste à la manoeuvre, y compris en été ». Mais le Figaro, ces derniers jours, n'était pas seul. 

Le quotidien France Soir avait osé le titre, samedi dernier : « Sarkozy et Merkel sauveront-ils l'Europe ? ». Son directeur de la rédaction, Gérard Carreyrou, fait partie du cercle de séniors qui planchent en parallèle de l'UMP sur l'argumentaire de campagne pour la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. A en croire Arnaud Leparmentier du Monde, il se vante régulièrement d'écrire « 80 % d’éditoriaux favorables à Sarkozy ». Nous sommes prévenus. Ce 13 août, en prévision de la rencontre, demain mardi, de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Paris, l'article commençait fort : « Le moteur franco-allemand relancera-t-il une nouvelle fois l'Europe ? ». « Nicolas Sarkozy souhaitera certainement faire acte de gouvernance. Au programme notamment, la réforme de la gouvernance économique de la zone euro. » Vraiment ?

L'envoyée spéciale de l'AFP auprès de l'Elysée, Nadège Puljak, était quasiment sur la même longueur d'ondes : « le couple franco-allemand, moteur de l'union économique et monétaire de l'UE, se retrouve à nouveau en pointe pour tenter de juguler une crise jugée par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, "plus inquiétante" dans l'immédiat que la baisse de la note américaine. » écrivait-elle samedi dernier. « Preuve de la confiance accordée par les milieux économiques au tandem Paris-Berlin, l'annonce de cette rencontre par l'Elysée jeudi avait aussitôt entraîné un rebond des bourses mondiales qui terminaient finalement la semaine en hausse. Paris notamment a terminé sur une hausse de plus de 4%

.. ou réalité
A lire la presse étrangère, la rencontre Sarkozy/Merkel devrait être moins ambitieuse qu'on nous l'annonce. En Allemagne, la ratification parlementaire des dispositions du sommet du 21 juillet dernier n'est pas acquise. Les correspondants (français) du New York Times et du Wallstreet Journal n'attendent qu'un renforcement de la coordination des politiques économiques et notamment fiscales, sous la forme d'un secrétariat permanent de l'eurogroup. Rien de plus. Pas d'eurobonds ni de ministre européen des finances. Le gouvernement économique de l'Europe resterait une négociation quasi-permanente à 17...

Le directeur de la Banque mondiale a prévenu ce weekend: « Ce n'est pas la même crise qu'en 2008. Dans les quinze derniers jours, nous sommes passés d'une reprise difficile - avec une bonne croissance pour les pays émergents (...) mais bien plus hésitante pour les pays les plus développés - à une phase nouvelle et plus dangereuse ».  Ce n'est pas la rencontre Sarkozy/Merkel qui changera quelque chose.

Les vraies mesures, c'est-à-dire le rétablissement des comptes publics, sont visiblement exclues du champ des discussions de mardi. Pourtant, c'est là que le bas blesse.  En France, Philippe Marini, un sénateur UMP, et pas des moindres puisqu'il est rapporteur général à la commission des finances du Sénat, a décidé de prendre au mot le président français. Puisqu'il faut supprimer davantage de niches fiscales, pourquoi ne pas s'attaquer à l'une des plus coûteuses du quinquennat, la TVA à taux réduit de la restauration.

Gilles Carrez, son collègue de l'Assemblée nationale, UMP également, rapporteur général du budget également, a aussi suggéré de créer « une contribution exceptionnelle serait également demandée aux 30.000 foyers fiscaux français qui ont plus de 1 million d'euros de revenus annuels ». Au taux de 2%, « cela représenterait un effort exceptionnel de 10.000 euros par foyer fiscal pour une recette globale de 300 millions ». Notez que les efforts sont permanents pour les pauvres, exceptionnels pour les riches. 

Sarkozy, chef de guerre
Vendredi, le Monarque a pris la parole en public, pour la première fois depuis 15 jours qu'il était parti se cacher reposer au Cap Nègre. Quatorze minutes d'intervention pour célébrer, une fois de plus, l'armée française et les Grands Combats. Le porte-avion Charles-de-Gaulle revenait de 4 longs mois d'intervention au large de la Libye. Le commandement français n'avait pas prévu, en mars dernier, une mobilisation aussi longue.

« C'est avec une très grande tristesse que nous avons appris la mort hier en Afghanistan de l'un de vos frères d'armes (...), victime de la lâcheté d'autres hommes ». Il est toujours difficile de comprendre la vision militaire de Nicolas Sarkozy. Est-il simplement mauvais perdant ? Sans doute. La mort d'un homme, fut-il soldat, est toujours dramatique, surtout pour ses proches. Mais notre Monarque répète à l'envie que nous sommes en guerre en Afghanistan (pour la « liberté », contre les Talibans, le terrorisme, les méchants, l'obscurantisme, et autres blablas). Qui dit guerre, dit pertes militaires potentielles. Pourquoi s'obstiner à accuser l'ennemi de lâcheté ?

« A ces soldats morts au combat, nous devons l'hommage et la reconnaissance de la nation ». Qui le niera ? Personne. Là n'était pas la question.  

Cet hommage aux marins du Charles-de-Gaulle était d'abord une manoeuvre de justification de l'intervention libyenne. Sarkozy avait bien vite évité tout commentaire à fur et à mesure de l'enlisement sur place. « Venir à bord du porte-avion Charles-de-Gaulle est toujours un moment particulier. Cette nouvelle rencontre intervient (...) alors que cela fait bientôt 5 mois que vous êtes déployés au large de la Libye. Cinq mois que vous intervenez dans le cadre d'une mission difficile, au service de la France et de ses alliés, au service du peuple libyen... opprimé... » (il lève la tête de son discours)... « ...violenté par ses propres dirigeants... qui se comportent comme le pire des dictateurs. »

Au passage, il fallait récupérer, faire présidentiel, avoir donc les bons mots:  « Je suis ici pour vous témoigner la totale confiance et la grande satisfaction du chef des Armées mais aussi l'estime de la Nation toute entière. Les Français vous confient leur sécurité, les Français vous confient leur liberté. Je peux leur témoigner qu'elles sont entre les mains les plus expertes ».
Ou encore, à propos des soldats tués au combat en Afghanistan : « Leur sacrifice doit maintenir vivace en chacun de nous la détermination à défendre les valeurs de notre pays » Sommes-nous attaqués ?

Le cas échéant, ne sommes-nous attaqués qu'en Afghanistan ou en Libye ? Sarkozy avait la réponse. Il daigna répondre du bout des lèvres aux critiques, celles qui lui reprochent d'en avoir trop fait, médiatiquement, en Libye, et trop peu, militairement et médiatiquement, en Syrie: en Libye, « notre volonté ne faiblira pas » et « notre effort militaire va demeurer constant ». Pour la Syrie, « La cause de la démocratie pourrait connaître bien des fronts. (….) Si nous participons à l’opération en Libye, c’est pour répondre à la demande d’un peuple qui était soumis à un danger immédiat et parce que la communauté internationale est parvenue à un accord. (…) Grâce à vous, les rivières de sang promises par le colonel Kadhafi n’ont pas coulé, des milliers de victimes innocentes qui auraient été massacrées par un dictateur fou ont été évitées. »

Nicolas Sarkozy, ensuite, a déjeuné avec l'équipage puis est reparti au cap Nègre. Les marins lui ont offert de la layette, bleue et rose, nota l'envoyée spéciale du Figaro.

Quelle information.

20 juillet 2011

Soldats tués en Afghanistan : Sarkozy a-t-il dépassé l'indécence aux Invalides ?

«  Une fois encore dans cette cour des Invalides retentit le son de la marche funèbre qui accompagne à leur dernière demeure ceux que la France veut honorer de l'avoir si bien servie. » Une fois encore, Nicolas Sarkozy choisit la mise en scène extrême, provoquant jusqu'à l'écoeurement.

La mise en scène
Il pleuvait dru, mardi 19 juillet 2011 aux Invalides. Les sept cercueils des soldats français tués ces derniers jours en Afghanistan avaient été alignés dans la cour, sous une averse digne d'un jour de Toussaint. Nicolas Sarkozy avait son estrade, son pupitre, dans une petite tente blanche et la caméra en face de lui pour la retransmission télévisée en direct sur les chaînes d'information du pays.

Il parla 13 minutes. Ce fut largement suffisant. 

Le Monarque a voulu jouer la théâtralisation maximale de cet hommage. On avait même convié des anciens combattants, comme si ces soldats morts et désormais décorés à titre posthume revenaient d'une Grande Guerre. Pourtant, la grandeur d'un pays se mesure aussi à sa capacité à gérer les mauvaises guerres ou ses conflits perdus.

Nicolas Sarkozy, évidemment, était compatissant : « Je pense à leur famille, à leurs enfants dont la douleur touche le cœur de tous les Français. Je pense à leurs frères d'armes qui les ont vus tomber à côté d'eux et qui continuent de risquer leur vie.» La veille déjà, les flashes d'information relayaient l'arrivée des 7 cercueils à l'aéroport d'Orly, le recueillement « discret » mais médiatisé de Nicolas Sarkozy lors de la veillée. Ce mardi matin, on avait convoqué photographes et caméras.



En France, ni Nicolas Sarkozy ni ses ministres ne semblaient vouloir reconnaître ni l'évidente impasse afghane, ni la grossièreté de la mise en scène sarkozyenne.

L'indécence
Le Monarque préféra tenir un discours franchement infantile, quasiment indécent.

1. Depuis 2007, 56 soldats français ont été tués. Pourquoi Nicolas Sarkozy s'est-il fendu d'un tel hommage à ces 7 soldats récemment tués au combat ? En aout 2008, dix autres tués avaient des honneurs, mais moins cérémonieux. Est-ce la période préélectorale ? Est-ce la polémique croissante sur le sens de l'engagement militaire français en Afghanistan ?

2. Ce mardi 19 juillet, le discours funèbre de Nicolas Sarkozy visait à côté. C'était le monologue d'un homme qui n'avait pas compris -ou ne voulait pas comprendre- le sens des critiques, le débat réellement posé par l'intervention française en Afghanistan depuis quelques années. Sarkozy était tel Don Quichotte.

Comme souvent, il répondait à des questions qui ne se posaient pas. Personne ou presque ne contestait l'engagement initial français. La critique porte aujourd'hui sur (1) le revirement de Sarkozy en 2007, (2) l'issue politique de l'occupation occidentale, (3) la lenteur du désengagement programmé (2014).

3. Nicolas Sarkozy s'est surtout comporté comme un George W. Bush de pacotille. Il fallait exagérer la cause : « Vous n'êtes pas morts pour rien.  Car vous vous êtes sacrifiés pour une grande cause. Vous avez défendu les plus belles valeurs de notre pays. Vous avez combattu dans une guerre juste engagée contre une tyrannie qui emprisonnait tout un peuple, qui opprimait les femmes, qui maintenait les enfants dans l'ignorance et qui avait transformé tout un pays en base arrière du terrorisme et de l'obscurantisme. Vous n'êtes pas morts pour rien.  Vous êtes morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats

4. Ce mardi, il s'est trompé d'époque. Il avait besoin de caricaturer l'adversaire. En Afghanistan, la France est en guerre. En guerre, on perd parfois des soldats. Pour éteindre toute critique, Sarkozy avait besoin de grossir le trait. Les Talibans ne sont plus des ennemis, ce sont des « assassins fanatiques sans honneur ». Quels qualificatifs !  « Vous êtes tombés dans une guerre où des assassins fanatiques et sans honneur cherchent à asservir par la terreur des hommes, des femmes et des enfants désarmés que vous aviez mission de protéger contre cette violence aveugle et meurtrière.»

En 2001, l'intervention avait un but simple, détruire cette base principale d'Al Qaïda qu'était devenu le régime taliban en Afghanistan, et traquer Oussama Ben Laden, en rétorsion d'un attentat inédit le 11 septembre précédent. C'était clair, simple et unanime. George W. Bush y testa le discours de « guerre de civilisation », le bien contre le mal, l'Occident contre l'Islam fanatique, qu'il allait, 18 mois plus tard, servir en Irak pour justifier le renversement de Saddam Hussein. En France, on a pu lucidement soutenir la première de ces guerres sans applaudir à la seconde. Puis Sarkozy est arrivé, élu trop tard pour être le président qui emmènerait son pays en Irak à la remorque des Américains. Il se rabattit donc sur l'Afghanistan, autre bourbier qui ne demandait qu'à grandir. En 2009, ces opérations afghanes renforcées nous coûtèrent 450 millions d'euros.

En 2011, Sarkozy se trompe d'époque. Il se croit toujours en 2001. Il oublie que 80% des soldats français tués en Afghanistan l'ont été ... depuis 2007.

4. Il n'était pourtant pas compliqué de tenir un langage de vérité, mature et lucide sur la situation du pays et le sort de notre intervention militaire.

Comme l'expliquait Jean Guisnel, spécialiste des questions militaires au Point, ce mardi matin sur France Inter, l'opération afghane n'est pas un succès : les autorités - président Karzaï en tête - sont corrompues et sans pouvoir nationale réel; la démocratie est inexistante; le pays produit 80% de l'opium et de l'héroïne du monde; aucune zone n'est à l'abri des Talibans rebelles; « l'afghanisation » de la gestion sécuritaire du pays, grand objectif légitimant la sortie progressive des forces occidentales est un fiasco. Et, faut-il le rappeler, la qualité des forces françaises sur place n'est pas en cause. La réalité est simplement souvent grise. On peut être bon dans une cause perdue.

5. Personne, en France, ne conteste la valeur ni le dévouement des soldats français. Sarkozy aimerait nous faire croire qu'il est bien seul à comprendre nos soldats. La caricature et l'amalgame sont faciles. Et Sarkozy, ce mardi 19 juillet, en abusa si facilement, si lâchement : « C'était une noble mission. Vous l'avez accomplie noblement. Vous avez pris de grands risques, en partageant la vie quotidienne de ceux que vous deviez défendre parce que vous saviez que vous ne pouviez pas les défendre de loin et que vous ne pourriez pas les protéger en vous protégeant vous-même. » Les soldats français, en Afghanistan, déploient des trésors de patience et de diplomatie pour comprendre et aider la population locale.

6. Aux Invalides, Sarkozy faisait enfin campagne pour sa réélection. L'identité nationale, cette idée de la France si maltraitée depuis 2007 - ses tests adn, ses tris d'immigrés, ses privatisations, ses défiscalisations pour quelque premier cercle - doit être le fer de lance d'une campagne sarkozyenne en panne de bilan. Ce mardi, Sarkozy nous livra donc quelques grandes réflexions écrites par Henri Guaino, une réponse qu'il destinait évidemment à la candidate Eva Joly, soupçonnée d'anti-France la semaine dernière : « L'armée française, c'est l'affirmation par le peuple français de sa volonté de demeurer libre et de ne jamais devenir l'esclave de quiconque. L'armée française, ce n'est pas seulement un instrument parmi d'autres d'une politique. L'armée française, c'est l'expression la plus achevée de la continuité de la Nation française dans l'Histoire.» Ce mardi 19 juillet, le discours funèbre de Sarkozy était l'expression la plus achevée de la continuité des manipulations sémantiques du Monarque. L'homme dérapa dans une grandiloquence insupportable devant les 7 cercueils : « Si la France a passé avec la liberté du monde « un pacte multiséculaire » elle le doit d'abord à son armée. L'armée française n'est pas séparée du reste de la Nation française car l'armée française fait corps avec la Nation française ». Il fallait oublier les accolades avec Ben Ali ou Moubarak, les visites guidées et réceptions somptueuses de l'autre boucher El Assad en France en 2008 ou à Noël dernier; les courbettes devant le géant chinois en novembre ou l'accueil de Kadhafi en décembre 2007. Si la France a un pacte multiséculaire avec la liberté du monde, la Sarkofrance l'a oublié du 6 mai 2007 au 18 juillet 2011.

L'indécence est sans limite. Sans aucune limite.

15 juillet 2011

Sarkozy : la fête gâchée du 14 juillet

La fête a été doublement gâchée. De retour d'Afghanistan, Nicolas Sarkozy voulait continuer sa séquence militaire jusqu'à la visite de l'hôpital militaire de Percy puis le défilé de nos forces armées le 14 juillet. A déjeuner, il avait renoncé à sa garden party (comme l'an dernier), pour réserver son déjeuner à quelques militaires. Cette semaine, on vous l'a dit, on nous l'a dit, Sarkozy endossait le treillis !

Mais mercredi 13 juillet, on apprenait la triste nouvelle. Cinq soldats français et un civil afghan étaient tués dans un attentat suicide en KapisaJeudi, nouvelle épreuve, un autre soldat français était tué dans la même région. Notre Monarque venait pourtant d'annoncer le retrait des forces françaises d'ici 2014. Rapidement mercredi, un officier avait expliqué qu'il était « possible sinon probable » que les auteurs de l'attentat ne soient pas Afghans. Il faut maintenir, coûte que coûte, le story-telling officiel d'un combat pour la liberté.

« Pourquoi sommes nous là-bas ? » s'étonnait enfin le commentateur Jean-Claude Narcy, sur TF1, vers 9h50 jeudi matin ? « Nous sommes là bas pour remplir une mission (...). Il s'agit d'aider le peuple afghan à vivre libre », répondit un amiral. Personne ne fera donc le bilan, désastreux, de l'intervention française en Afghanistan depuis 2007.

Par souci d'affichage et de communication, Sarkozy annonça, en marge de sa visite, qu'il convoquait un conseil de sécurité dès midi ce 14 juillet : « Je réunirai à midi aujourd'hui un conseil de sécurité avec le Premier ministre, le ministre de la Défense, le chef d'état-major des armées pour que nous organisions les nouvelles conditions de sécurité de travail de nos soldats dans la période de transition qui s'ouvre entre aujourd'hui et le départ des forces françaises d'Afghanistan. Il y a donc un nouveau contexte et, face à ce nouveau contexte, il faut de nouvelles mesures de sécurité ».

Ces 6 morts français en 24 heures sont une sale nouvelle. 

Autre grave déception, la Libye. Dans son rêve, Nicolas Sarkozy espérait voir défiler sur les Champs Elysées les troupes d'une Libye libérée. Il avait même promis, sans donner de date, qu'il se rendrait à Benghazi. Mais, quatre mois presque jour pour jour après le déclenchement des opérations libyennes, la situation sur place était toujours bel et bien enlisée. La réalité tribale, la résistance du clan Kadhafi, les hésitations occidentales ont figé le terrain. Des contacts directs ont bien eu lieu, ces derniers jours, avec des représentants du dictateur libyen. Béchir Salah Béchir, chef de cabinet de Kadhafi, est ainsi venu rencontrer son ami Claude Guéant, Alain Juppé et même Nicolas Sarkozy.

Mais, selon le Monde, ce dernier entretien s'est très mal passé, Sarkozy réclamant, intransigeant, le départ pur et simple du dictateur. En bas des Champs Elysées, à l'issue de sa revue des troupes, Sarkozy eut la poignée de mains rapide pour Gérard Longuet, son ministre de la Défense. Ce dernier s'était fait sévèrement rabroué quelques jours auparavant. Il avait confié, publiquement : « Kadhafi peut rester, dans une autre pièce de son palais, avec un autre titre

Par défaut, le Monarque avait décidé d'honorer l'Outre-Mer, et « les forces déployées dans nos départements et collectivités d'outre-mer ainsi que l'apport de ces territoires aux traditions militaires françaises ». L'actualité ajouta un triste hommage aux forces engagées dans les opérations extérieures (Côte d'Ivoire, libye, Afghanistan).


Dans sa traditionnelle livraison de médailles du 14 juillet, la liste des honorés d'une Légion d'honneur ne lassait pas de surprendre. On sent l'élection proche. Il y a bien toujours quelques patrons proches, mais aussi nombre de personnalités de la culture. Attention ! Le nouveau Sarkozy est c-u-l-t-i-v-é !


Fallait-il être fier de ce 14 juillet ?

Ce jour-là, Nicolas Sarkozy eut quelques mots, en direct des Champs Elysées, debout sur l'asphalte à l'issue du défilé. Jean-Claude Narcy (TF1), habitué des mariages princiers et Marie Drucker (France 2), ancienne compagne du ministre Baroin, étaient là pour poser quelques questions. Narcy fut le plus hargneux : pourquoi n'est-on pas parti plus tôt ? Ou encore : en Libye, c'est pas l'impasse ?. Sarkozy conserva son calme. Quand Marie Drucker demanda ce qu'il pensait de la Syrie...
Sarkozy : « En Syrie, l'attitude de M. Bachar El -Assad est inadmissible (...).»
Drucker : « Vous le regrettez ?»
Sarkozy : « Non...»
Le Monarque expliqua ensuite qu'aucun dictateur n'était à l'abri du tribunal pénal international. En France, le gouvernement Sarkozy fait tout, vraiment tout, pour que les poursuites contre quelques autocrates africains n'aillent pas jusqu'au bout.

En juillet 2008, un autre 14 de célébration nationale, le même Sarkozy avait invité tout ce que la Méditerranée comptait de dictateurs sanglants. Deux ont depuis été renversés. Un autre est toujours là.

13 juillet 2011

Sarkozy, chef de guerre d'une France fauchée

Nicolas Sarkozy thématise ses semaines : ça doit lui donner l'impression de maîtriser l'agenda du pays. Fête nationale et 14 juillet obligent, il avait placé ces jours-ci sous le thème de la Défense nationale : voyage expresse en Afghanistan mardi matin, visite d'un hôpital militaire ensuite, défilé mardi. Fichtre !

Sarkozy espérait avoir terminé sa campagne de Libye avant que nos soldats ne défilent sur les Champs Elysées ce jeudi. Quatre mois après le début de l'intervention occidentale, le 19 mars dernier, les parlementaires doivent se prononcer sur la poursuite de la participation française.

En Libye, la situation est clairement enlisée : on a compris, de vraies confirmations en faux démentis, que le gouvernement français négociait directement ou pas avec la famille Kadhafi. Les rebelles restent accrochés à leurs positions (Benghazi, Misrata).  Et le dictateur n'a pas l'intention de quitter son poste, à Tripoli, puisqu'il reste soutenu par deux tribus locales et renforcé de mercenaires africains.

Sur la Libye, Sarkozy a tout raconté, et son contraire. 
Samedi 19 mars, il organisait pompeusement le « sommet de Paris » avec ses « alliés », dans la foulée de l'adoption, quelques heures plus tôt de la résolution 1973 par le Conseil de Sécurité. Cette dernière autorisait des raids aériens pour sauver les populations civiles menacées par les forces du régime. Fin février 2011, Sarkozy nous expliquait publiquement que Kadhafi devait partir. Fin avril, un mois après le début de l'intervention occidentale, Alain Juppé répète la vulgate sarkozyenne : « Kadhafi doit partir ». Bêtement, on croyait qu'il voulait renverser son ancien allié. Ben non ! Quatre mois plus tard, on nous expliqua que le gouvernement sarkofrançais souhaitait une simple mise à l'écart... Que de malentendus !

Lundi soir, Nicolas Sarkozy a quitté le Fort de Brégançon pour Paris puis Kaboul. Ce voyage secret et expresse en Afghanistan devait durer 6 heures. Il était là pour assoir son image de chef de guerre. La présence française en Afghanistan fait débat. Candidat, Sarkozy avait promis le retrait. Président, il avait réintégré la France au sein du commandement militaire de l'OTAN, et engagé, sans vote parlementaire préalable, un renforcement militaire français en Afghanistan. Lundi, un 64ème soldat français était tué en Afghanistan, cette fois-ci par accident.

Lundi soir, Charles Jaigu, l'envoyé spécial du Figaro à l'Elysée, nous avait prévenu : « Sarkozy endosse les habits de chef de guerre ». Il voulait jouer de la grosse voix. Mais la France est fauchée. Quatre mois d'actions en Libye nous ont déjà coûté 160 millions d'euros, une dépense imprévue au budget de l'année qui frôle les 186 millions d'euros d'économies attendues par le non-remplacement d'un militaire sur deux partant à la retraite...

Le budget 2011 de la Défense prévoit d'ailleurs 3 milliards d'euros de réduction de dépenses. Entre 2009 et 2015, l'armée a prévu de ses séparer de 54.000 postes sur 320.000 (dont environ 8.000 en 2011). La refonte de la carte militaire (qui a engendré de nombreux surcoûts de mobilité) a été présentée comme un effort de rationalisation. Il s'agissait en fait de faire des économies sèches et brutes. Rien de plus. De même, l'accord franco-britannique conclu à l'automne n'était que la mutualisation de certains programmes (expérimentation nucléaire, porte-avions, etc) de deux pays fauchés. .

Ce déplacement afghan, donc, n'était qu'affichage. Se montrer aux côtés de soldats casqués et armés, ça fait sérieux et présidentiel.

Mais on n'a que les guerres qu'on mérite.

En Afghanistan, la France joue les supplétifs. 
Quand Obama déploie 100.000 soldats,  Sarkozy complète de 4.000. Quand Obama annonce qu'il en retire 33.000 d'ici septembre 2012 le 22 juin dernier, Sarkozy suit dans les 24 heures pour annoncer également le repli français.

Le (petit) Monarque veut quand même jouer aux plus grands.

Sur place, Sarkozy s'est d'abord montré dans une base militaire avancée, à Tora. On lui avait dressé sa petite tribune, deux drapeaux et un panneau indiquant sobrement « Tora, Afghanistan, 12 juillet 2011 ». Un photographe de Paris match était là. Le général Emmanuel Maurin, en charge des opérations locales, lui expliqua que « l'insurrection » s'était radicalisée. Ce terrible constat n'empêcha pas Sarkozy d'annoncer le retrait d'un quart des effectifs français d'ici la fin de 2012... après le Grand Scrutin de mai. A Paris, sur Europe1, François Fillon avait choisi de s'accaparer une partie de l'évènement médiatique.

Le discours présidentiel était prêt.
Il fut rapidement mis en ligne et distribué aux médias français. Il prononça 6 fois en ces quelques minutes de discours, l'expression « Chef des Armées ».

« C'est un honneur pour le chef des Armées d'être aujourd'hui ici en Afghanistan, sur la base opérationnelle avancée de Tora, en Surobi. » Sortez les tambours ! Sarkozy parle grave et sérieux. N'oubliez pas, c'est LE président-chef des armées !

Il eut évidemment l'hommage obligatoire aux soldats morts pour rien dans cette guerre sans trajectoire, et s'imposa une minute de silence. Sarkozy, à Tora, devait être présidentiel : « Tous vos camarades morts au combat depuis 10 ans sont allés au bout de leur engagement

On ne sait plus pourquoi nos forces sont là-bas. Il paraît que c'est pour le Grand Combat contre les Talibans, l'obscurantisme et le terrorisme. Oussama Ben Laden a pourtant été tué, et au Pakistan de surcroît. Le jour même de l'arrivée de Sarkozy sur le sol afghan, l'un des hommes les plus puissants du pays, demi-frère du président Karzaï, figure de la corruption du régime et grand trafiquant d'opium, était assassiné. Sans surprise, Sarkozy suivit les Etats -Unis pour dénoncer l'attentat. Ahmed Wali Karzaï était aussi soupçonné, en 2009, par le New York Times d'être un agent de la CIA.

« Soldats, votre mission en Afghanistan est importante pour la paix et la sécurité du monde. »
Fichtre ! La sécurité du monde ? Le monde est-il plus sûr ? En 2001, l'attaque occidentale en Afghanistan visait à déstabiliser les Talibans, base établie et connue d'Al Qaïda. Mais en 2007, ou en 2011 ?

« En 2008, j'ai décidé d'envoyer des renforts. (...)  Mais, avant de prendre cette décision, j'ai demandé à nos Alliés de définir une nouvelle stratégie, fondée sur le transfert des responsabilités aux Afghans.  » Quelle nouvelle ! Rappelez-vous ce que Nicolas Sarkozy expliquait, fin 2007, pour justifier son revirement : « Nous ne quitterons pas l'Afghanistan parce qu'il en va de la solidité et de la pérennité de notre alliance et parce que c'est le combat contre le terrorisme ». En mars 2008, il officialise son rapprochement avec l'OTAN et le renfort en Afghanistan. En 2010, les forces française se redéploient hors de Kaboul.

« Après avoir transféré Kaboul aux Afghans, j'ai voulu que la France assume une nouvelle responsabilité autonome, dans une zone cohérente et d'importance stratégique. C'est pour cela que nous sommes venus en 2009 en Kapisa, avec des moyens renforcés et des programmes civils. » Réécrire l'histoire, en Sarkofrance, est toujours crucial. A Kaboul, les attentats sont toujours aussi fréquents. En avril dernier, Gérard Longuet, ministre de la défense, a échappé à une bombe.


Le fameux « processus de transition » loué par Sarkozy n'existe pas. 
Il faut simplement partir, faute d'argent et de résultat, et si possible en faisant bonne figure. Notre Monarque eut quelques mots pour conforter les troupes : « En assumant cette mission, avec nos Alliés et les forces afghanes, vous, soldats français, vous empêchez que les terroristes se servent de ce pays comme base d'attaque ».  Il était grandiloquent, sans intérêt, presque drôle si le sujet n'était si grave : « Vous défendez des valeurs humanistes universelles. Vous êtes fidèles à l'esprit de ceux qui étaient là, dans les années 80, aux côtés des Afghans. (...) Vous faites que la France est digne de son histoire et de ses responsabilités de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.» Il faut croire à la grandeur de la France, même si la France, isolée de l'Union européenne, reste petite et désormais fauchée. 

Lui qui a fait son service militaire, planqué quelque part en région parisienne (comme d'autres), Sarkozy aima s'adresser aux « Soldats »à de multiples reprises : « Soldats, c'est ma responsabilité de chef des Armées de vous donner des objectifs stratégiques clairs.  C'est la responsabilité du Gouvernement de vous donner les moyens de les atteindre. C'est le devoir de votre commandement de vous conduire au succès. Et c'est votre honneur de servir et défendre la France et ses idéaux.» A nouveau... sortez les tambours !

Résumons : les objectifs stratégiques sont clairs, mais officieux : on doit se casser d'Afghanistan au plus vite, car, moyens obligent, nous n'avons plus assez de budget et, corruption oblige, le pays est devenu depuis des lustres ingérable.

Soldats,

avez-vous compris ?

30 mars 2011

Sarkozy préfère un sommet de l'UMP au sommet de Londres

Nicolas Sarkozy a séché le sommet de Londres, organisé par David Cameron avec une quarantaine de chefs d'Etat ou leurs représentants, à propos de la situation en Libye. Pas question de quitter la Sarkofrance. Copé et Fillon s'écharpent. Une majorité de parlementaires doute de l'efficacité du Monarque. L'heure était grave. Surtout, Nicolas Sarkozy devait recevoir les ténors de l'UMP à l'Elysée pour une rencontre électorale plus importante que tout. Qui a dit que le printemps arabe était cet évènement incroyable qui méritait toutes les attentions, y compris un remaniement gouvernemental en février dernier ?

Absent du Sommet de Londres
Voici 10 jours, le premier ministre britannique avait pourtant assisté au sommet de Paris, qui déclencha l'intervention occidentale en Libye. Le président français avait donc décidé de ne pas lui retourner la politesse. Son absence est curieuse et troublante. Depuis 3 semaines, le Monarque s'est placé en première ligne sur l'affaire libyenne. il fut le premier à reconnaître le Conseil national de transition libyenne dès le 10 mars, suivant les conseils du philosophe Bernard-Henri Lévy. La France insista pour une intervention armée en Libye, a minima aérienne. Vendredi 18 mars, les médias (français) unanimes célébraient la force de persuasion d'Alain Juppé, qui avaient permis d'emporter la décision du Conseil de Sécurité la veille. Ce samedi 19 mars, Nicolas Sarkozy jouait enfin au chef de guerre.

Lundi 28, alors que l'UMP se déchirait sur la débâcle électorale cantonale, Nicolas Sarkozy co-signait une grande et étrange déclaration en préparation du sommet londonien. Le soir, on apprenait qu'il s'était entretenu en visio-conférence avec Obama, Cameron et Merkel. Mais motus et bouche cousue sur le contenu de cet échange. On eut droit à des photographies, publiées sur le site de l'Elysée. Il faut mettre en scène le Monarque quand il travaille...

Puis, ce mardi... rien. Sarkozy sèche. Il laisse Laurent Wauquiez, son jeune ministre des affaires européennes, et Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, se débrouiller tous seuls.

Lors du sommet, tous les participants tombèrent d'accord pour exiger le départ de Kadhafi. Mais, a expliqué le conciliant ministre italien des affaires étrangères, « pour le reste, ça dépend du pays qui peut-être va proposer d'accueillir Kadhafi.» Ce serviteur de Berlusconi, autre vrai proche du colonel, ajouta : « Il doit être obligé à l'exil, ce n'est pas une concession qu'on va lui faire, c'est une obligation. Il doit comprendre à la fin que franchement, il n'a pas d'autres options, si on trouve un pays prêt à l'accepter

En Libye, le colonel sanguinaire a repris la main, après trois jours de repli face à une offensive des révolutionnaires libyens.  Ces derniers manquent d'armes. La résolution onusienne empêche tout soutien logistique aux insurgés. Sarkozy, en France, répète qu'il ne respectera les consignes onusiennes, toutes les consignes onusiennes, que les consignes onusiennes. En fait, il faudrait quand même se débarrasser du dictateur libyen, l'ancien ami de Sarkofrance, futur client de nos armements et centrales nucléaires. Juppé, à Londres, confirma que la Sarkofrance était prête à livrer des armes aux opposants anti-Kadhafi : « nous sommes prêts à en discuter avec nos partenaires. »

A Londres, les participants décidèrent de constituer un « Groupe de contact » politique sur la Libye, à présidence tournante. Il faut faire oublier que l'OTAN est désormais en charge des opérations militaires. Une prochaine réunion aura lieu au Qatar. Pourtant, l'Union africaine n'avait envoyé personne. Et la Ligue arabe, réticente dès les premières heures de l'intervention occidentale, n'avait envoyé qu'un simple ambassadeur.

Présent au Sommet de l'UMP
Les mauvaises langues diront que le Monarque avait fort à faire à Paris. L'UMP est en ébullition. Lundi soir, Jean-François Copé a accusé François Fillon de ne pas jouer suffisamment collectif. Bisbilles au sommet de l'Etat-UMP ! Le secrétaire général du Parti attaque le premier ministre ! Cette dispute de deux marionnettes sarkozystes prête à sourire. Les deux rivaux pensent à 2017.

Mardi matin, juste avant de recevoir les dirigeants de l'UMP, Nicolas Sarkozy avait convoqué Fillon et Copé dans son bureau, à 8 heures, pour une explication de texte. Un petit déjeuner à trois qui s'annonçait explosif. Une demi-heure plus tard, les trois retrouvaient quelques ténors de l'UMP. Le candidat Sarkozy confond l'Elysée avec un bureau de campagne. « Sarko a été impeccable. » a confié Copé en sortant. Pourtant, le cessez-le-feu semblait aussi fragile qu'à Benghazi. Le Monarque Nicolas avait à peine fini son introduction, que Copé répéta « ce qu’il avait dit la veille, maintenu ses critiques et assuré qu’il ne les redirait pas. » Fillon répliqua qu'il « n’est pas possible d’exposer ses différends avec le Premier ministre ainsi à la télévision.» 


Copé, si soupçonné d'espérer secrètement l'échec de la candidature Sarkozy en 2012 pour préserver ses propres chances en 2017, surjoue sa fidélité au Monarque. Fillon, potentiel recours si Sarkozy sombrait avant l'ouverture de la campagne officielle, a une identité à défendre, malmenée depuis 2007.

Ces péripéties de l'UMP sont sans conteste sans importance eu égard à l'actualité du monde « réel.» Même sur le terrain international, le Monarque élyséen, trop occupé à s'activer comme candidat à sa succession, en a oublié les autres troubles du monde. Ainsi en Côte d'Ivoire, le président contesté Gbagbo s'accroche à son poste, 4 mois après sa réélection dénoncée par la communauté internationale. Le pays a plongé depuis dans la guerre civile. En Sarkofrance, on s'en fiche.

Qui parlera donc des vrais sujets ? Du vrai bilan ? Même la gauche semble tétanisée et amusée par ses disputes d'appareils sarkozyens. Mardi, il fallait lire le compte-rendu enthousiaste du Figaro sur les « ruptures conventionnelles » de contrat de travail. A fin janvier 2011, le cap des 500.000 depuis l'entrée en vigueur du dispositif était quasiment franchi : « Après trente mois d'existence, le succès de ces séparations à l'amiable, introduites dans le Code du travail en août 2008 suite à un accord entre les partenaires sociaux (à l'exception de la CGT), ne se dément donc pas.» Xavier Bertrand, le ministre du Travail, est ravi. Ces séparations à l'amiable homologuées par l'administration représentent désormais 11 % des motifs de rupture de CDI.

Le nombre de ces divorces à l'amiable a-t-il baissé de 17% en janvier 2011 versus décembre 2010 ? Ne vous inquiétez pas ! « Il n'y a aucune raison de s'inquiéter », a confirmé un conseiller du ministre au Figaro. « On est toujours sur une montée en puissance du dispositif, selon une saisonnalité identique à celle des années précédentes.» Ouf ! On est rassuré ! En période de crise, la nouvelle est pourtant terrifiante. Et le Figaro reconnaît des abus : « les séparations à l'amiable semblent être utilisées par certaines entreprises comme un système de préretraite collectif financé par l'Unedic. » Pour preuve, un chômeur sur cinq qui entre à Pôle emploi suite à une rupture convention­nelle a plus de 50 ans, et surtout plus de 58 ans... Bref, le dispositif sert de pré-retraites déguisés...  Depuis 2003, le nombre de pré-retraites financées par l'Etat a fondu (30.000 en 2003, moins de 8.000 actuellement).

Autre thème du moment, l'avenir nucléaire du pays. Nicolas Sarkozy fera un crochet par le Japon, vendredi, lors de son périple en Chine. En France, sa ministre de l'Ecologie Kosciusko-Morizet ne fit que répéter qu'un « audit des installations nucléaires » aurait lieu ... d'ici la fin de l'année. Chaque jour, la catastrophe de Fukushima rappelle le caractère irrémédiable des dégâts atomiques.

Chômage, précarité, santé, environnement, les sujets ne manquent pourtant pas. Mais le candidat Sarkozy reste tout occupé à sa propre survie.

Ami sarkozyste, où es-tu ?





27 mars 2011

Libye : quel bilan pour Sarkozy une semaine après ?

Une semaine après l'intervention française et les premiers raids occidentaux en Libye, quel bilan peut-on dresser ? La semaine dernière, le président français semblait le grand gagnant politique de cette opération. Huit jours plus tard, rien n'est moins sûr. Cette affaire libyenne donne la nausée.

1. Samedi 19 mars, les premiers raids français ont stoppé la progression de l'armée Kadhafi à Bengahzi. Il s'en est fallu de peu. Nicolas Sarkozy a tardé à changer de cap. Mais il fut quand même le premier. Les rebelles de Benghazi lui doivent la vie sauve. Passés cette brillante victoire, on s'interroge sur la suite. Les forces occidentales attaquent l'armée libyenne. Cette dernière est mieux équipée que les rebelles. La coalition franco-britannique et américaine fait-elle la guerre au service des révolutionnaires ? Nicolas Sarkozy s'en défend. Il joue avec les mots : « toute la résolution et rien que la résolution » a-t-il rappelé vendredi. La résolution prévoyait-elle d'engager de prendre partie ? Jeudi 24 mars, un Rafale français a détruit un avion libyen. C'est bon pour la pub du Rafale. On ne sait pas si l'aéronef kadhafien était un appareil français. La situation eut été cocasse. Mais au moins, cela ressemble au cadre de l'intervention onusienne. Mais Vendredi 25, d'autres raids ont détruit des unités blindées de Mouammar Kadhafi pour permettre aux rebelles de prendre le contrôle d'Ajdabiah, à l'Est du pays. Et le porte-parole des rebelles de Benghazi, Moustapha Gheriania, a confirmé : « Les frappes aériennes de la nuit dernière vont fragiliser les forces de Kadhafi et plus que tout leur moral. Nous nous sentons en sécurité sous leur protection.» La France est en guerre, ... sans que ces dirigeants le reconnaissent.

2. L'Amérique est restée plus prudente. Barack Obama, plus actif sur les révolutions tunisiennes et surtout égyptiennes, avait changé d'avis à la dernière minute, juste à temps pour emporter un vote positif au Conseil de Sécurité en faveur d'une intervention occidentale en Libye. Samedi 19 mars, il dépêcha sa Secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, pour le fameux sommet de Paris. L'Amérique a joué sa partition, mais Barack Obama veut rapidement sortir du terrain libyen. Il était prêt à sauver Benghazi d'un massacre annoncé. Mais il souhaite de quitter ce bourbier naissant au plus vite. Pas question de devenir partie prenante d'une guerre civile.

3. La France n'a pas réussi à convaincre les Etats arabes d'intervenir en Libye. Pour cette première semaine, la coalition est restée occidentale. Tout juste pouvait-on compter le Qatar (avec deux chasseurs et deux avions de transport de troupes) et les Emirats arabes unis (avec six F-16 et six Mirage). Sarkozy ressemblait, en miniature, au George W. Bush de 2003 et sa coalition de pacotille. Vendredi, l'Union africaine a à nouveau réclamé un cessez-le-feu immédiat, en début d'après-midi. Kadhafi l'a à nuveau accepté, sans le respecter. La coalition occidentale l'a ignoré.

4.  La situation militaire en Libye semble dans l'impasse. Les forces de Kadhafi n'ont cessé d'attaquer les révolutionnaires toute la semaine. Et ces derniers n'ont pas les ressources pour riposter. Le risque d'enlisement est réel. Vendredi, un porte-parole de l'OTAN prédisait que les opérations militaires pour faire respecter la zone d'exclusion aérienne dans le ciel libyen « pourraient durer trois mois.» Il fallut le soutien actif et militaire des occidentaux pour parvenir à libérer la voile d'Ajdabiya. Mais le ministre Longuet prévoyait, vendredi,  « une mission de longue haleine.»

5.  Après quelques jours d'hésitations, l'OTAN va donc assurer le pilotage opérationnel de toute l'intervention occidentale en Libye, sous la direction du général canadien Charles Bouchard. On est à peine surpris. Alain Juppé expliquait voici 15 jours que l'OTAN n'était pas le véhicule approprié pour attaquer un pays arabe. Depuis, on tente, en Sarkofrance, d'établir la subtile distinction entre pilotage politique et soutien opérationnel...

6. A l'étranger, la posture française finit par être raillée. Si l'on tente une comparaison, George W. Bush, en 2003, avait conservé un soutien national et international plus durable en faveur de son intervention irakienne que Nicolas Sarkozy et ses raids en Libye. Si la classe politique française, à l'exception des communistes et du Front national, a approuvé a posteriori l'opération, les doutes s'accumulent à l'étranger. Dès dimanche, la Ligue arabe puis la quasi-totalité des puissances dotes émergentes (Inde, Chine, Russie) ont protesté.

7. L'hypocrisie française était flagrante. Tandis que Nicolas Sarkozy se concentrait sur son ancien allié libyen, son ami syrien Bachar al Assad réprimait des manifestations à Damas depuis le 15 mars dernier. Vendredi, on parlait de dizaines de morts. L'administration américaine avait réagi dès le 16 mars: « Nous sommes préoccupés par les nouvelles faisant état de manifestants blessés et arrêtés en Syrie » avait déclaré le porte-parole du Département d'Etat. Dix jours plus tard, son collège de la Maison Blanche complète : « Nous condamnons fermement les tentatives du gouvernement syrien pour réprimer et intimider les manifestants.» Nicolas Sarkozy, vendredi, fut enfin contraint à l'indignation : il se déclara préoccupé. « Nous disons notre plus grande préoccupation sur la montée de la violence. Chaque dirigeant, et notamment (chaque) dirigeant arabe, doit comprendre que la réaction de la communauté internationale et de l'Europe sera désormais chaque fois la même. Dans toute démocratie il y a des manifestations et il peut y avoir des violences. Mais dans aucune démocratie on ne peut accepter que l'armée soit engagée à tirer à balles réelles sur des manifestants. Cette position ne variera pas quels que soient les pays concernés. » On attend avec impatience une résolution du Conseil de Sécurité.

7. Vendredi 25 mars, les dirigeants européens se sont encore écharpés sur la conduite des opérations militaires en Libye. L'Allemagne refuse de participer aux interventions militaires. A l'inverse de l'Italie berlusconienne, elle n'a pas d'intérêt économique majeur en Libye. C'est un point rarement relevé en Sarkofrance. Bien au contraire. Les ministres insistent pour enfoncer l'ancienne meilleure amie de Nicolas Sarkozy. La Sarkofrance découvre que l'Europe politique n'existe pas. Quelle surprise ! Depuis mai 2007, Nicolas Sarkozy a misé sur les relations bilatérales et les Etats aux détriments de l'union politique. Trop inquiet pour sa propre stature, il n'a jamais placé le collectif européen au-dessus des intérêts particuliers. Et voici qu'il fait semblant de regretter la dispersion actuelle. « C'est une vraie souffrance pour moi qui suis très européen, je me rends compte que l'Angleterre et la France ont la même vision assez responsable et parfois tragique du monde, les autres pays ont perdu l'idée d'être responsables du large environnement » a commenté Gérard Longuet ce vendredi. L'Europe ne sert à rien.

8. Sarkozy a conscience de l'impasse militaire. Ce même vendredi, il tenait une courte conférence de presse, après ses premières réunions du Conseil européen. « Vous savez bien que la défense européenne repose sur un couple, le couple franco-britannique.» Il nous promit une « initiative politique franco-britannique », qui serait détaillée mardi prochain. « Il y a des défections mais c'est tout le problème: dans le système Kadhafi, nous avons bien du mal à savoir ce qui se passe à l'intérieur.» Si Kadhafi s'entête, le cow-boy Sarkozy est prêt à déposer son colt, et à beaucoup de concessions, comme pardonner à Saïf al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi. Où se trouve la morale dans de telles déclarations ? 

9. Le Monarque Nicolas aimerait que le régime Kadhafi s'effondre. « Naturellement, nous lançons un appel à tous les Libyens de bonne volonté qui auraient compris que M. Kadhafi conduit la Libye à une impasse et à un drame. Et donc tous ceux qui veulent abandonner M. Kadhafi dans ses projets fous et meurtriers peuvent participer à la reconstruction d'une nouvelle Libye démocratique (...) Nous ne jetons aucune exclusive
10. Le passé rattrapera-t-il notre Monarque élyséen ?  Vendredi, Mediapart révélait la signature d'une formidable concession portuaire signée quelques semaines à peine avant le déclenchement des émeutes par ... le groupe Bolloré. Le même avait récupéré, début mars, la concession du port de Conakry, en Guinée, dont le président fut curieusement reçu en grandes pompes par Nicolas Sarkozy mercredi dernier.