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29 juillet 2015

Les Républicains voudraient faire oublier le bilan éducatif de l'UMP

"L'Éducation au cœur des projets des Républicains" ? Le titre claque en une du Figaro, le week-end dernier. "Suppression du collège unique, redéfinition du métier d'enseignant, réforme du bac: les principaux angles d'attaque de la refonte d'un système unanimement jugé défaillant figuraient dans le discours du président-candidat." On devrait pleurer. Même la journaliste Judith Waintraub le reconnaît: "c'était aussi l'aveu implicite que la droite n'avait pas fait mieux que la gauche".

En mai 2012, l'élection est derrière nous, Sarkozy a perdu, et le ministre de l'Education nationale du premier gouvernement Ayrault fait publier toute une série de rapports internes que la Sarkofrance avait décidé de cacher. On y rappelait la chute de la scolarisation des enfants de 2 ans (divisée par deux en une décennie), la crise de l'enseignement des langues anciennes (celui-même que Sarkozy et consorts font ine de vouloir défendre lors de la réforme du collège annoncée par Najat Vallaud-Belkacem, les mesures-gadgets comme la création d'une centaine de " collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite" sans moyens ni objectifs ou le gouffre financier des "internats d'excellent " , la dégradation de la formation des enseignants (un comble !), et, last but not least, la crise des non-remplacements et des classes surchargées après les coupes sévères dans les effectifs enseignants sous Nicolas Sarkozy alors que les contingents d'élèves s'envolaient.

Pendant un quinquennat de Sarkofrance, les profs furent méprisés, les RASED supprimées, les classes surchargées. On se souvient de la suppression de la carte scolaire dès 2007, de la réduction de 15.000 postes, chaque année entre 2008 et 2012. En cinq années de mandature sarkozyste, le nombre d'élèves dans l'enseignement public avait pourtant progressé de 43.000 en primaire, puis de 85.000 au collège, avant de chuter de 44.000 dans les lycées. Dans le même temps, le gouvernement nous expliqua qu'il fallait réduire le nombre d'enseignants car le nombre d'élèves aurait baissé. Joli mensonge, effet désastreux dans les classes... et les vocations. En moins de 10 ans, le nombre de candidats au CAPES s'est effondré - 92.000 en 2004, à peine 28.000 en 2011.

Passé dans l'opposition, tous les ténors des "Républicains" ont des idées grandioses. Aux détriments de leur propre bilan.

En 2014, l'an dernier, Nicolas Sarkozy a trahi sa promesse de retrait de la vie politique. Il fait campagne pour la présidence de l'UMP. Lors d'un meeting, tout sourire, il balance qu'il conviendrait de supprimer encore 30% des effectifs enseignants. 

Rien que ça.

"L'Éducation" serait donc "au cœur des projets des Républicains" .

Nous sommes impatients. 


24 février 2014

J'ai écouté Christine Boutin avec Farida Belgoul

"Je ne m'attendais pas à prendre la parole la première... Ce que je peux vous dire, c'est que ma présence aux côtés de Farida Belgoul est une présence heureuse." Christine Boutin, 19 février 2014.

L'ancienne ministre s'affichait ce jour-là dans une conférence aux rangs éparses, mais à la tribune fournie. Assis à ses côtés, on retrouvait notamment Alain Escada, l'agité de CIVITAS qui fustigeait encore récemment la diffusion du film TOMBOY sur ARTE, l'abbé Guillaume de Tanoüarn, activiste intégriste, la désormais célèbre Farida Belgoul que l'on avait croisé aux côtés d'Alain Soral dans une autre conférence à l'automne dernier au théâtre de la main d'Or - siège des spectacles de Dieudonné; et Béatrice Bourges, présidente auto-proclamée du Printemps français. Bref, que du beau monde rassemblé autour d'une même cause, la lutte contre l'homosexualité et la théorie du genre.

La conférence était "réservée aux médias indépendants" précisait le carton, et notamment consacrée aux "Journées de Retraits" de l'école organisée par l'extrême droite.

Farida Begoul avait lancé cette opération fin janvier. Quelques centaines de parents avaient suivi et retiré leurs enfants de leur établissement scolaire. En cause, la nouvelle égérie de la réacosphère expliquait que nos progénitures allaient se voir enseigner la négation des différences et des orientations sexuelles dès le plus jeune âge au nom d'une prétendue théorie du genre.

Ces esprits torturés ne supportaient pas la légalisation du mariage homosexuel et de l'homo-parentalité. Christine Boutin y voyait un complot encore plus grand, un complot qui vient de l'étranger: "Je vois arriver cette théorie du genre arriver depuis 1995 au moment de la conférence des femmes à Pékin. (...) Puis le temps est passé, et est arrivé le mariage gay et le réveil des consciences."

Ce complot a un but, c'est un "changement de civilisation". La formule n'est pas neutre. "Nous refusons de changer de civilisation" criait l'écrivain Renaud Camus, dans une tribune publiée par le Monde en avril 2012, pour expliquer son vote en faveur de Marine Le Pen. Le site d'extrême droite Riposte Laïque use des mêmes termes quand il "traque les conséquences quotidiennes du changement de civilisation". En septembre 2013, une association "Non au Changement de peuple et de civilisation" a déposé ses statuts.

Ce 19 février, Christine Boutin s'inquiète donc, elle aussi, de ce "changement de civilisation".
"On nous propose un changement de civilisation. Et bien c'est justement le coeur de ce changement de civilisation qui est porté par la théorie du genre." 

"Nous sommes profondément libres. Il y a une seule chose dans la nature qui nous est imposé, c'est notre sexe. Avec cela, nous ne pouvons pas jouer. Et ce que l'on veut nous faire croire, c'est que nous pouvons  décider de notre sexe."
La pauvre dame... Où avait-elle lu, entendu, appris que l'Education nationale, le gouvernement, ou le moindre officiel Français avait proféré pareille bêtise ? Nulle part.

Mais elle voulait poursuivre son propos. Elle continuait d'assimiler la défense des droits à une négation des différences sexuelles.
"Ce courant est un courant qui existe depuis 1995. Il est excessivement développé à l'ONU. Et il est excessivement développé à l'Union européenne. Le mouvement en France a commencé sous la responsabilité, je suis désolé de le citer, du ministre de l'Education nationale, qui, à l'époque, a décidé de diffuser dans les écoles un petit film qui s'appelait le baiser de la lune."
En février 2010, Luc Chatel, alors ministre, avait décidé d'interdire cette diffusion.Ce 19 février, Boutin dérive et dérape. Elle traite Vincent Peillon de menteur, qualifie Najat Vallaud-Belkacem de "militante de la théorie du genre".

Un peu plus tard, Alain Escada tenait le micro à son tour, bien arrimé sous la bouche. Non, expliqua-t-il, "ceci n'est pas un front des religions". "Nous sommes ici", ajoutait-il, "dans un contexte bien particulier qui est la défense de la nature humaine attaquée. Et nous trouvons ici la forme idéale d'une convergence des forces de bonne volonté."

Allez... Tout va bien se passer.

Ne stressez pas...





Lire/Voir aussi:

11 février 2014

Jean-François Copé à poil

Depuis dimanche 9 février 2014, dans la soirée, tout le monde connaît un gentil ouvrage qui s'intitule: "Tous à poil".

Le bouquin, nous racontait Jean-François Copé en cette fin de weekend, était "recommandé aux enseignants" de l'enseignement primaire.




"Ça vient du centre de documentation pédagogique, ça fait partie de la liste des livres recommandés aux enseignants pour faire la classe aux enfants de primaire" affirme Jean-François Copé. "Je m'inquiète que la droite républicaine se saisisse de tout ce qui traîne pour affoler" lui répond, le lendemain, Bertrand Delanoë.

Le président de l'UMP, livre en main, feuilleta quelques pages sur le plateau du grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. Il rebondissait sur une question à propos de l'attitude de l'UMP vis-à-vis des délires soraliens sur la théorie du genre. Comme pour mieux prouver qu'il y a quelque chose qui cloche au royaume de notre service public de l'Education nationale, Copé avait trouvé son exemple. Un bouquin, extrait parmi quelques milliers d'autres que les centres d'information pédagogique lisent et analysent pour le compte des professeurs chaque année.

Un livre vieux de 3 ans que les sbires inquiets de l'UMP sont allés repêcher dans la base du centre de documentation pédagogique, dans une liste d'une centaine de livres sélectionnés en 2009 par une association de parents d'élèves de la Drôme, "L'atelier des merveilles"...

Fichtre... En matière de recommandation d'enseignement, on a vu plus ferme... Copé racontait n'importe quoi...

Nous avions pire pour notre président désemparé de l'UMP.


(référence) 
(référence) 
(référence)



27 décembre 2013

Universités: ces élus de droite qui réclament le soutien de lEtat...

Les Echos, 24 décembre 2013

La vie est injuste. Ou cocasse.

Ils l'ont voulue, souhaitée, votée. Aujourd'hui, l'autonomie des universités semble les inquiéter. Tout ce que la droite compte d'élus dans les Yvelines, le département de Valerie Pecresse qui fut l'ancienne ministre de l'Enseignement Supérieur de Nicolas Sarkozy en charge du dossier (sic!) pétitionne, râle et couine pour réclamer davantage de subventions à l'Etat et sauver l'université Versailles-Saint-Quentin.


Du libéralisme...
L'ancien monarque en avait fait l'un de ses marqueurs. Une loi dite LRU fut rapidement adoptée dès les premiers mois du quinquennat.
"Je donnerai aux universités volontaires une autonomie réelle." Nicolas Sarkozy, programme du candidat, 2007.
En 2012, il se félicitait encore de sa réforme universitaire. Il avait accordé, en deux temps trois mouvements, l'autonomie de gestion aux universités françaises. Dans le cadre des investissements d'avenir décidés en 2009, quelque 5 milliards d'euros avaient complétés ce grand projet.
"Les universités obtinrent une relative autonomie: leurs présidents, nommés par l'Etat central, étaient libres de gérer quelques affections de postes ou de mobiliers, contraints par des dotations publiques limitées. (...) Une à une, les universités les plus fragiles sont laissées autonomes ... avec leurs déficits, suite aux réductions budgétaires. " Sarkofrance, Abécédaire des promesses non tenues 2007-2012
En 2012, pendant toute la campagne présidentielle, l'autonomie des facs était l'une des rares réformes dont il pouvait se targuer d'avoir mené à bien. Ou plutôt mené tout court, car la situation des universités françaises était loin d'être brillante. À peine arrivée aux commandes, Geneviève Fioraso, la ministre en charge de l'enseignement supérieur, tirait la sonnette d'alarme. Certaines facs étaient mal en point, faute de moyens.

... à la faillite
Mi-décembre 2013, l'un de ces "patrons" de facs avait menacé de fermer son établissement: "l'hypothèse d'une fermeture en février n'est plus à exclure" écrivait Jean-Luc Vayssière, président de l'université Versailles-Saint-Quentin. En cause, un manque de financement public, un point que récuse la ministre. Laquelle pointe vers un rapport de la Cour des Comptes qui accuse la dite université d'avoir surestimé ses recettes de fonctionnement de près de 15 millions d'euros, et d'avoir laissé déraper sa masse salariale...

Vingt-cinq élus de droite des Yvelines réclament alors "un soutien exceptionnel de l'Etat" pour cette fac. Cet appel est cocasse. Ne devraient-ils pas assumer les désagréments de cette autonomie tant souhaitée ?

Plus globalement, une quinzaine d'universités (sur 76) seront encore en déficit l'an prochain. Elles étaient 17 en 2012, et 19 en 2013. Les conséquences sont connues: fermeture d'antennes, fusions de cours, licenciements. 

L'autonomie en cause
Ni pendant la campagne électorale de 2012 ni depuis son accession aux responsabilités, Francois Hollande n'a proposé de revenir sur cette mise en concurrence des facs françaises entre elles. L'argument d'essence évidemment libéral est assumé sans sourciller. Après la présidentielle, on trouve l'un des anciens experts supporteurs de Valérie Pécresse - passé avec armes et bagages dans le soutien à la campagne hollandaise, devenir conseiller de l'ombre de la ministre Fioraso. Cet homme, Philippe Aghion, s'autorise un entretien assez lunaire à Mediapart en août 2012. Il  applaudit les "ver­tus d'une émula­tion saine entre uni­ver­si­tés", et assène que "la concur­rence pousse à l'excellence."

La ministre elle même tient des propos plus nuancés mais peu différents sur le fond. Elle n'évoque pas la situation de concurrence entre facs. Elle s'attarde plutôt sur les dysfonctionnements: "Il n'est pas possible d'avoir la même organisation dans une université que celle qui prévaut dans une entreprise. Le président manager d'une "entreprise université", ça ne marche pas ! " explique-t-elle dès le mois de juin 2012. Plus tard, elle regrette que "la LRU n'a pas réel­le­ment donné les moyens aux uni­ver­si­tés d'exercer cette auto­no­mie".  Ce n'est pas l'autonomie qui est dénoncée mais son organisation et ses moyens:"Cette loi a d'énormes défauts. La col­lé­gia­lité a été aban­don­née et nous sommes devant une hyperprésidentialisation".

En juillet 2013, une nouvelle loi assure davantage de collégialité. Les recteurs sont en colère, les présidents aussi. Un collectif anonyme se plaint, dans les colonnes de l'Express, d'un "projet mortifère" nuisible à la compétitivité internationale des établissements. Comment expliquent-ils que depuis la LRU de 2007, une vingtaine d'établissements sont tombés en déficit ? La ministre a promis de renvoyer les présidents de facs qui le souhaitent étudier comment gérer un budget...

Sans rire...




4 décembre 2013

Education: comment cette droite nous a pris pour des cons.

Nous étions le 10 octobre dernier. Un ministre, justement en charge du sujet, lâchait un faux scoop: "Vous allez voir en décembre on va avoir les nouvelles études Pisa. La France décroche totalement dans les performances de ses élèves. Sur dix ans, ça devient dramatique." Ce ministre s'appelait Vincent Peillon, et il avait raison, avec 7 semaines d'avance.

Quel choc ! Quelle surprise ! Un classement international, le dénommé PISA, place la France dans les bas-fonds des acquis scolaires de base - lire, compter. L'enquête a été menée au printemps 2012. Et voici tout ce que la France compte d'experts et de commentaires multiplier les explications et les indignations.

Ce 3 décembre de 2013, on nous prenait pour des cons.

Un ancien ministre de l'enseignement supérieur, probable candidat perpétuel à n'importe quelle présidentielle à venir, le dénommé Laurent Wauquiez, s'est avancé à attribuer à Vincent Peillon la responsabilité de ces mauvais résultats. L'étude, portant sur 5000 élèves français, avait été réalisé en mai 2012.

Un responsable de l'Institut Montaigne expliquait dans les colonnes des Echos ce même 3 décembre: "on ne finance pas suffisamment le primaire, on surfinance le secondaire de 20 % par rapport aux autres pays de l’OCDE et on sous-finance l’enseignement supérieur." Laurent Bigorgne bataille depuis longtemps pour un rééquilibrage en faveur du primaire. Mais que n'a-t-il dit, depuis l'institut neo-lib qu'il préside depuis 2010, contre les réductions de moyens et d'effectifs ?

Il y a quelques mois, quelques années tout au plus, nous entendions ceci:

"Si nous obtenons que des professeurs, dans le cadre de la réflexion sur leur métier, acceptent d'être moins nombreux mais d'avoir un temps de travail différent, volontaire, évidemment, grâce à des volants d'heures supplémentaires importants, nous pouvons sans doute trouver des ajustements" Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale, juin 2007.

"Nos enseignants sont mal payés parce qu'ils sont trop nombreux" Nicolas Sarkozy, février 2012


"Si j'exonère l'Education Nationale, où est-ce que je les trouve, les économies ?" Nicolas Sarkozy, janvier 2010

"S'il suffisait d'embaucher des profs pour que l'école fonctionne et que les profs soient heureux, on aurait l'école qui fonctionne le mieux au monde et les profs les plus heureux au monde" Nicolas Sarkozy, février 2012
Et donc, ce jour de décembre 2013, quelle surprise d'apprendre que la France était reléguée au 25ème rang, sur les 65 pays mesurés en matière de calcul et de lecture.

Rappelons donc quelques chiffres et données, à celles et ceux qui font mine de découvrir le désastre:

1. L'effort de financement global de l'éducation en France a baissé de près d'un point de PIB entre 2000 et 2009. Le budget de l'Education nationale (hors recherche et enseignement supérieur) représente 21% du budget de l'Etat en 2012 contre 28% en 2007.

2. Les élèves sont en augmentation constante depuis 2006 dans le primaire (+59.000 en 5 ans), comme au collège (+41.000). Plus de 154.700 postes d'enseignants ont été supprimés entre 2000 et 2011. La réduction des effectifs de la fonction publique, et en particulier enseignants, a été le dernier marqueur idéologique de Nicolas Sarkozy.

3. D'après l'OCDE, la France est l’un des pays qui "amplifie le plus sur le plan scolaire les inégalités sociales avec une part croissante d’élèves en difficulté : 15% en 2000 contre 20% en 2009."

3. En 2011, l'Etat ne consacrait que 5.620 euros par an et par élève dans l'enseignement primaire contre 9.110 euros dans l'enseignement secondaire.

4. La France est rémunère mal ses enseignants si l'on se compare à nos voisins européens: en 2009, le salaire moyen de début de carrière pour un enseignant du primaire dans l'UE à 21 était par exemple de 30.150 dollars contre 24.006 en France et de 39.735 dollars après 15 ans d'exercice contre 33.359 dollars.

5. Le taux de scolarisation à deux ans a chuté de 35% en 2002  à 13,6% en 2010. En primaire, ce ne fut pas mieux: en 5 ans de mandature Sarkozy, le nombre classes primaires a baissé d'environ 500 par an alors que le nombre d'élèves en primaire a progressé de 52.000.

6. La réforme de la formation des profs réalisée par Nicolas Sarkozy a été un fiasco. Le nombre de candidats au professorat a chuté de 35.000 en 2009 à 18.000 en 2010.

7. La réduction du temps scolaire en classe d eprimaire (de 4,5 à 4 jours par semaines), en 2008, fut un échec critiqué dans un rapport de l'IGAENR-IGEN tenu secret jusqu'après l'élection présidentielle de 2012:  la semaine de quatre jours "va généralement de pair avec une déploration unanime des acteurs".

8. La réduction du nombre d'enseignants depuis 2002 a eu un impact désastreux sur le remplacement des professeurs absents. En 2011, un rapport de l'inspection générale expliquait: "Le système est arrivé aujourd’hui, compte tenu de ces pratiques de gestion, accentuées par les récents retraits d’emplois de titulaires sur zone de remplacement, à un point de rupture".



Lire aussi:

7 octobre 2013

Pourquoi apprendre l'égalité Filles/Garçons fait peur ?


Le gouvernement lance une expérimentation assez normale, presque banale pourrait-on dire. Un enseignement contre les préjugés sexistes et les relations hommes/femmes dans nos écoles.


A droite, loin à droite, quelques furies se déchainent pourtant contre cette simple idée.


Des opposants déjà
En décembre déjà, des députés UMP s'excitaient contre un projet qu'ils ne connaissaient pas. Et pour cause, il n'était pas encore dévoilé. Le contexte était favorable à cette excitation. La France débattait du mariage pour tous. Pour certains, la légalisation du mariage homosexuel, l'éventuelle PMA et cet enseignement contre les préjugés sexistes allaient de pair. Ces députés UMP voulaient une commission d'enquête parlementaire sur la diffusion de la "théorie du genre", un "bouleversement de notre contrat social", dixit Xavier Breton (UMP). Le Monde, la semaine dernière, citait ce père de famille "versaillais" très investi de cette inquiétude: "Je doute qu'on lutte contre les inégalités en enlevant aux enfants leurs repères de petits garçons ou de petites filles. (...) L'éducation sentimentale ou à la sexualité, quel que soit le nom qu'on lui donne, doit rester du ressort de la famille".

Début septembre, l'autoproclamé "Collectif des parents d’élèves du 64" distribuait un tract au slogan ahurissant aux portes devant l'école des Lauriers de Pau: "Homme et femme : égaux, oui ! Identiques et interchangeables ? Non !" Ou encore:


"Parents ! Attention ! L'école va inciter votre enfant dès 6 ans à choisir sa future orientation sexuelle !"

Choisir sa future orientation sexuelle ? On notera cette curieuse opinion qui consiste à penser qu'une orientation sexuelle se choisit. Mais le plus grave est ailleurs: l'expérience ABCD n'a rien à voir avec la négation des différences sexuelles.

Elle s'inscrit dans la mission de l'éducation nationale, "respecter les autres, et notamment appliquer les principes de l’égalité des filles et des garçons", un objectif rappelé ... en juin 2008.

... mais contre quoi ?
Le programme scolaire mis en place par le gouvernement n'a rien à voir avec l'enseignement des différences sexuelles, ou la négation de celles-ci. On attendra, évidemment, les témoignages des premiers élèves. Car, une fois encore, les attaques sont déjà outrancières.

De quoi parle-t-on ? D'enseigner aux enfants que les inégalités homme/femme existent alors qu'il faudrait les combattre. Que les préjugés sexistes n'ont rien à voir avec les différences sexuelles. On pourrait dire qu'il s'agit d'apaiser la société de quelques-unes de ses tensions qui frappent les rapports entre hommes et femmes, informer les enfants de l'existence d'"inégalités de traitement, de réussite scolaire, d’orientation et de carrière professionnelle" entre filles et garçons.

1. Le dispositif n'est pour l'instant qu'une expérimentation: 600 classes de dix académies différentes, toutes volontaires: Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Corse, Guadeloupe, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Rouen, et Toulouse.

2. Le programme débute d'abord par une formation des formateurs et des formatrices: inspecteurs et inspectrices de l’Éducation nationale (IEN), conseillers et conseillères pédagogiques de circonscription (CPC). Le programme est progressif: une session de formation académique sur l'égalité des droits entre filles et garçons va se caler entre septembre octobre 2013), elle va durer... une journée. Une "sensibilisation des enseignants et des enseignantes du premier degré" d'une demi-journée s'insérera dans le cadre du plan de formation. L'expérimentation et accompagnement des enseignants et des enseignantes dans les classes par les IEN/CPC ne débutera après la Toussaint 2013, jusqu'à à fin mars 2014.

3. Une généralisation est prévue pour septembre 2014, "après évaluation des premiers résultats."

4. Quel est le contenu de cet enseignement ? Un site a été ouvert par les ministères de l'Education nationale et des Droits des femmes. On y trouve les premiers outils pédagogiques, accessibles à tous. Il s'agit de guides pour analyser l'évolution de la mode (l'invention du smoking pour femme, par Yves Saint-Laurent), des ouvrages, des tableaux ou des photographies. Quel scandale ! Quel affront !

Les instructions sont légères, comme "guider le regard des élèves et les amener à croiser leurs représentations esthétiques de la femme et de l'enfant d'aujourd'hui avec celles d'il y a plus de 100 ans." Mais où donc les différences sexuelles sont-elles niées, bafouées, évacuées ?  

Nulle part.

Il n'est nulle part fait allusion à on-ne-sait-quelle théorie du genre. 




Lire aussi:

3 octobre 2013

Rythmes scolaires: retour sur la polémique d'un lobby.

C'est l'histoire d'une rentrée  scolaire qui se passait "trop bien". Cela ne pouvait pas durer. Il fallait rebondir.

Dix-huit mois après son entrée en fonction, le ministre de l'éducation s'applique sans brusquer. On se souvient de la suppression de la carte scolaire, en trois mois; de la réduction de 15.000 postes, chaque année. Où étaient les critiques d'alors ? Elles se planquaient, avant de s'exprimer, sur le tard, très tard, quand l'évidence du fiasco s'imposait.

La rentrée arrive. Premiers jours de septembre, quelques maires râlent, mais l'argument général passe bien. Les difficultés sont ailleurs. Certes, l'association des Maires de France, présidée par un UMP, s'est plaint durant l'été, avec courrier à François Hollande. Mais les nouveaux rythmes scolaires ne concernent que 20% des élèves. Et, faudrait-il le rappeler, en majuscules et avec obstination, cette réforme ne visait nulle économie. Il ne s'agit que d'une chose, une simple mesure de bon sens: 4 jours et demi par semaine pour mieux étaler la charge éducative, et ainsi réintégrer dans l'enseignement public et gratuit des activités péri-scolaires à l'accès inégalitaire.

Enfin, l'Education est ce secteur prioritaire de la Hollandie. Il y a encore fort à faire - réécrire les programmes scolaires, former des nouveaux enseignants; revoir les zones d'éducation prioritaire, décharger les classes - mais nos éditocrates et autres UMPistes désoeuvrés se cherchaient un sujet.

Début septembre, nous pouvions louer le retour de ce ministre devenu, par la force des choses, discret.

L'UMP ne sait plus comment rebondir. Jean-François Copé, ce lundi 30 septembre, lâche sa bombinette. Il s'est trouvé une sujet: les nouveaux rythmes scolaires dont le coût "pèse" sur les "collectivités locales". Nulle allusion aux élèves. de toute façon, la grande idée de Copé  s'il parvenait au pouvoir serait de supprimer un million de fonctionnaires. Rien que ça... on imagine les dégâts sur les futurs rythmes scolaires.

Le président de l'Association des Maires de France, explique, avec moins de hargne, que l'application de nouveaux rythmes est compliquée et couteuse: il évoque un surcoût "entre 600 et 800 millions d'euros", alors que le "fonds d'amorçage" créé par l'Etat ne serait doté que de 250 millions d'euros.

Quelques maires, agités par l'association, hurlent au suicide budgétaire. A Paris, NKM rebondit sur un sujet qui n'agite pourtant pas les finances de la capitale.

Mercredi 2 octobre, Copé renchérit. Il invente un concept, la "taxe Peillon", ça sort de nulle part, cela ne correspond à rien; ça permet d'occulter la réforme. Pour une fois qu'on réforme l'éducation nationale pour autre chose que le souci de faire des économies, rares sont les médias qui relèvent cet aspect. Au contraire, tout le monde se plonge dans le tract de l'UMP, tiré à un million d'exemplaires. Finalement, ce parti n'était pas exsangue.

Un mois après la rentrée, l'AMF relance, elle s'inquiète de la rentrée 2014 (sic!), elle dénonce le calendrier. Copé se félicite. Voici la menace. A cause de Hollande, pourtant plus rigoureux sur les budgets, les colectivités locales seraient contraintes d'augmenter leurs impôts locaux.

Notez l'ironie: les défenseurs de la famille pour tous s'indignent que l'on consacre davantage de moyens à l'éducation de nos marmots. 

Sans commentaires, la nausée seulement.

Une certaine presse, à l'affut du raffut, rebondit. Ainsi l'inévitable Christophe Barbier, patron de l'Express, lâche-t-il cet édito sans saveur sur le "fiasco". Rien n'est pourtant encore en place, 80% seulement des élèves ne sont pas concernés. Le Monde, habituellement prudent, multiplie les articles sur ces élèves "fatigués" et "déboussolés". Le Figaro, sans surprise, s'inquiète: "les maires veulent remettre à plat le financement de cette réforme".

Que fallait-il retenir ?

Rien.

Car personne, ô personne, n'osa rappeler le sens ni les objectifs de cette réforme.

On ne pensait que modalités et financement.




4 septembre 2013

Peillon: le retour d'un ministre devenu discret

La rentrée scolaire est devenue un spectacle obligé. L'occasion de re-découvrir l'un de ces ministres qui a disparu des radars médiatiques depuis quelques mois.

Vincent Peillon était sur tous les plateaux.

Mardi 3 septembre 2013, jour de rentrée scolaire, la France qui rentre se montrait donc sur les ondes. La chose concernait notre avenir, des élèves d'école maternelle, primaire et secondaire. Les étudiants reprendront plus tard le chemin des facs et des établissements d'enseignement supérieur. L'exercice médiatique meublait une actualité autrement marquée par l'incroyable suspense d'une non-intervention en Syrie.

Vincent Peillon est devenu un ministre discret. Quelques bourdes la saison dernière (une réforme annoncée trop vite, un propos personnel sur le cannabis) ont renvoyé le personnage dans ces dossiers. Un portrait cruel du ministre fut livré dans les colonnes du Monde il y a peu, par . Peillon serait "flou"; un ministre et un philosophe, mais qui n'a pas choisi lequel des deux personnages il préférait être.

Ce mardi, il était sur iTélé, après la visite de François Hollande dans une école à Denain. Micro en main, personnel enseignant sagement souriant derrière quelque part vers 16 heures de l'après-midi, le ministre répondait à des journalistes pour une fois tout sourire. Son président était venu enfoncer le clou, insister sur l'argument: la réforme des rythmes scolaires est une première étape pour lutter contre l'inégalité scolaire.

Oui, cette rentrée se passe mieux que les précédentes. Non, tout n'est pas résolu. Oui, il a encore beaucoup à faire. 

L'Education nationale est l'un de ces mastodontes du secteur public qu'une droite au pouvoir ou dans l'opposition adore caricaturer. Les prof y font un sale boulot, celui d'enseigner à des gamins désormais ultra-sollicités et sur-divertis par une société qui a dépassé le spectacle pour l'outrance voyeuriste. L'ancienne équipe au pouvoir s'était régalée de tous les clichés - trop de profs / moins d'élèves ; trop d'heures travaillées/ trop de vacances - pour sabrer dans les effectifs. Le plus triste est que l'effort, détestable pour l'éducation de nos progénitures, à raison de 15.000 suppressions de postes par an, n'eut finalement que peu d'impact sur le rééquilibrage de nos comptes publics. "Entre 2008 et 2012, les mesures prises dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) n’ont pas eu pour conséquence de réduire le budget de l’éducation nationale" notait la Cour des Comptes en mai dernier.

Le pire fut d'attendre l'alternance pour découvrir une multitude de rapports internes mais tenus secrets sur la gravité de la situation: effondrement de la scolarisation des enfants de 2 ans (34% en 2000/2001 à 15% en 2009/2010), délabrement de l'enseignement des langues anciennes, échec de la semaine de 4 jours, etc.

De tous les secteurs, l'Education nationale fut donc celui le plus soigné par la nouvelle équipe Hollande. Cette saison, quelques 43.000 recrutements ont été lancés. Les effets se feront sentir plus tard. Pour l'heure, cette rentrée s'accompagne déjà de quelques changements.
- des  renforts d'enseignants sont déjà là: près de 7.000 (3 350 en primaire, autant pour le secondaire);
- il y a davantage d'adultes dans nos écoles avec, rapporte le blog Sauvons l'Université, "10 000 contrats aidés pour assister les directions d’école, 10 000 pour l’encadrement dans le second degré, et 8 000 contrats aidés pour l’accompagnement des élèves en situation de handicap".
- les nouveaux rythmes scolaires concernent 20% des élèves (4 jours et demi par semaine pour mieux étaler la charge éducative et réintégrer dans l'enseignement public et gratuit des activités péri-scolaires à l'accès inégalitaire).
- une prime de 400 euros a été octroyée aux enseignants du primaire.

Il reste encore trois années, expliqua le ministre, pour réécrire les programmes scolaires, former ces nouveaux enseignants en cours de recrutement; revoir les zones d'éducation prioritaire, décharger les classes. Le cartable du professeur Peillon est "bien chargé". Reste aussi le gel des rémunérations (général dans la fonction publique), la réorganisation des remplacements (déstructurés à la hâche par l'ancienne Sarkofrance), et la gestion des effectifs enseignants - critiquée en mai dernier par la Cour des Comptes.

L'allègement des programmes d'histoire/géographie en classe de 3ème et en terminale (pour les séries économique et sociale, littéraire et professionnelle) sera mis en oeuvre cet année. La surprise vient que la coupe interviendra dès cette année, sans attendre la révision générale des programmes. En avril d'avril, cinq syndicats enseignants l'avaient réclamé, fustigeant le "survol indigeste" des thèmes.

Mardi matin, Vincent Peillon était sur France Inter. Son contradicteur, l'animateur Patrick Cohen, confondait la pugnacité avec le commentaire. Qu'importe. Peillon ne commit aucune bourde, et conserva son calme devant un journaliste qui lui reprochait de ne pas aller assez vite. Peillon résiste à l'hystérisation. 
"Cette action est une action de long terme et je le revendique. "

Il y a quelques jours, le 27 août, il intervenait à l'Université d'Eté du Parti socialiste. Son intervention fut peu médiatisée. Il parlait pourtant de l'obligation d'accueil des enfants Roms. Un exact contre-pied du discours anti-Rom ambiant.
"Il faut que tous les enfants soient accueillis scolairement et il ne doit pas y avoir de rupture scolaire. Donc quand il y a des déplacements qui peuvent être tout à fait nécessaires de camps de Roms, il faut avant qu'ils aient lieu s'assurer que les enfants ne vont pas avoir de rupture de leur scolarité."
Pour d'autres, cette rentrée fut encore pire que les précédentes. Ainsi, 350 personnes, délogées d'un hébergement d'urgence qui n'avait plus les moyens faute de subventions, ont-elles trouvé refuge dans des campements de fortunes. Finalement, ce mardi 3 septembre, le "spectacle" valait la peine pour les caméras d'iTélé ou de France 3. Il y avait des enfants, dans ces familles expulsées.

Les images étaient fortes.


20 août 2013

Hollande: où l'on parle des actifs de la France d'après-demain.

On critique Hollande de n'avoir aucun cap. Voici qu'il se lance dans de la prospective, reconnaît la nécessité de fixer un cadre après une grosse année de gouvernement. Et, sans surprise, les mêmes raillent l'incongruité de la démarche ou l'exercice de communication.

Bien sûr que c'est de la communication. On imagine bien que Hollande ou Ayrault échangent sur l'avenir avec leurs ministres. Ce "séminaire" est là pour mettre en scène l'action politique.

Demain...
Cela nous changeait des réunions de travail au Fort de Brégançon - en mode "cellule de crise" après un accès de fièvre spéculatif contre l'euro; ou des rencontres au Cap Nègre à l'abri des caméras; ça change aussi de la grandiloquente "politique de civilisation" que Nicolas Sarkozy exhiba le temps d'un discours de voeux pour l'oublier dès le lendemain. Mais c'était encore et toujours une opération de communication. Le gouvernement était au complet, ce lundi.

On compare les mines, car peu sont bronzées. Manuel Valls marche d'un pas assuré, chemise et cravate bleue ciel. Pour ce premier jour de rentrée, il y a séminaire. Il est content, on a encore davantage parlé de lui cet été. Le sujet occupe (un peu) les esprits.

Hollande justifie la nécessité de l'exercice, après sa première année de gouvernance: il faudrait donner  "un cadre, une cohérence à ces décisions."

Alors où va-t-on ?

Hollande repère trois défis (la souveraineté du pays, l'excellence de son système, et l'unité de la nation. Et cinq objectifs pour encapsuler la démarche. On pourrait applaudir car cela fait du bien de penser à beaucoup plus tard. Cela force à un débat soulagé des contraintes du quotidien. Sarkozy naviguait à vue, à quelques heures près, entre un déplacement et un JT. Chirac roupillait à l'Elysée. Les élections cristallisent l'excitation sur les recettes du lendemain. Pouvait-on enfin penser à plus loin ?  La politique, c'est du temps long. Quelle est la France de 2025 pour l'UMP, le Parti de Gauche ou le Front national ? La question mérite d'être posée.

Hollande a retenu 5 objectifs, l'un est agaçant, cherchez un peu:
1. Utiliser pleinement notre avantage démographique.
2. Gagner la bataille de la mondialisation.
3. Réussir la transition énergétique et écologique.
4. Faire de notre territoire un levier de développement.
5. Inclure tous les citoyens dans la République.
Quelle sera la France de 2025 ? A 15 heures, Jean-Jérôme Bertolus, l'habituel envoyé spécial d'iTélé sur le perron de l'Elysée, s'inquiète: les ministres sont toujours séquestrés. Jean-Marc Ayrault est bien apparu quelques instants. Il se défend. Il a bien sûr quelques urgences plus proches, comme la réforme des retraites: " Je recevrai avec les autres ministres concernés les partenaires  sociaux pour la réforme des retraites." Et d'ajouter: "Le gouvernement est bien dans l'action pour aujourd'hui."

"La France a pris du retard dans la mondialisation" nous traduit Ayrault.  C'est donc une course, une grande compétition. Cette formule fera grincer. Mais il y a pire. Le "vivre ensemble" ne séduit pas tout le monde au sein du gouvernement. Manuel Valls était trop heureux de se distinguer. Il commence par sourire à Christiane Taubira, les photos officielles sont presque drôles. Sur la fin du séminaire, le voici qui sort une salve sur l'immigration africaine et le regroupement familial. Le gars s'est égaré. Il n'a pas compris.

Que Hollande ne craigne rien, virer Valls du gouvernement ne changera rien. Il faut le faire tôt, très tôt.

Ailleurs, en même temps, l'ancien maire socialiste d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville écope de 4 ans de prison, dont trois ferme, pour détournements de fonds publics. Qu'en pense Manuel Valls ? L'arbitrage sur la réforme pénale est pour "bientôt", promet Ayrault.

... aujourd'hui
En 2025, combien coutera la rentrée scolaire ? La France d'aujourd'hui pense à la rentrée scolaire.  Les élèves de 2013 seront les actifs de 2025.

L'UNEF dénonce, cette année, un renchérissement de 1,6% en moyenne de la vie étudiante. La ministre de l'Enseignement pointe les problèmes de logement. Sa feuille de route, dit-elle, c'est d'ouvrir 40.000 logements étudiants supplémentaires d'ici la fin du quinquennat. Il lui en manquerait 10.000. Geneviève Fioraso annonce aussi l'établissement d'une caution étudiante locative, par l'Etat, pour les "étudiants de familles monoparentales".

D'après une autre estimation des frais de rentrée, établie par la FAGE, ce sont d'autres frais que le logement qui augmentent: les cotisations sécu, les mutuelles, et même le Resto U. Les frais de scolarité progressent, mais peu: deux euros de plus en Licence (183 euros au total), quatre euros en Master (254 euros), huit euros en Doctorat (388 euros).

La ministre peut faire valoir sa réforme des bourses étudiantes, sur des critères enfin sociaux, avec une dotation supplémentaire de 120 millions d'euros. Un peu moins de 100.000 étudiants modestes sont concernés.

La rentrée scolaire, elle, ne coûterait que 0,3% de plus que l'an prochain d'après une évaluation des indices de prix de l'INSEE sur les catégories de biens et services concernés. L'allocation de rentrée, revalorisée de 25% l'an passé, est augmentée de 1,2% cette fois-ci.

Certains couineront que cela n'est pas assez.

Bien sûr.


Lire aussi:

31 mai 2013

Education: ce qu'a vraiment dit la Cour des Comptes

Ce devait être un drame, un énième rapport qui devait polluer l'action politique du gouvernement. La Cour des Comptes avait livré son verdict sur l'Education nationale, le 22 mai dernier: il fallait "gérer les enseignants autrement".

Fichtre ! Le Figaro pouvait rapidement titrer "École : la Cour des comptes dénonce l'erreur de Hollande". .  Quand Nicolas Sarkozy était président, l'accumulation de rapports négatifs de la même Cour ne suscitait pas pareil enthousiasme... Quelle surprise...

Pire, on ne lit pas exactement la même chose que le Figaro dans ce fichu rapport...

Les Sages de la Cour avaient étudié 5 académies, (Bordeaux, Lille, Limoges, Nantes et Versailles), soit 227.000 enseignants. Ils ont quelques recommandations, presque des évidences: il faudrait (1) redéfinir le métier enseignant "en adaptant en particulier les obligations réglementaires de service",  (2) mieux valoriser les ressources humaines, "au niveau individuel et des équipes", (3) affecter les enseignants "en fonction de la réalité des postes et des projets" et (4) améliorer la gestion de proximité.

Le bilan du passé
La Cour est critique sur un bilan qui, loin s'en faut,n'est pas celui de François Hollande. « La capacité du système scolaire français à assurer la réussite de tous les élèves est médiocre comparée à celle des autres pays développés. » L'école de la République ne sait plus compenser le déterminisme social: « De nombreux facteurs d’explication rendent compte de cette situation, parmi lesquels les déterminants culturels, sociaux et économiques individuels propres aux élèves. »

L'Education à la française coûte cher, 49,9 milliards d'euros en 2011, soit 17 % du budget de l'État: « si les enquêtes internationales montrent la diminution continue des performances du système éducatif français depuis une décennie, les moyens financiers qui lui ont été alloués sur la période couverte par ces études ont, en revanche, connu une hausse constante alors que le nombre d’élèves décroissait. » Le coût moyen d'un lycéen français est de 31% supérieur à la moyenne de l'OCDE.


Pour ceux qui pensent que l'ancien monarque a réussi à réduire un budget prétendument trop important, l'échec de Sarkozy se résume en une phrase: "En particulier, entre 2008 et 2012, les mesures prises dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) n’ont pas eu pour conséquence de réduire le budget de l’éducation nationale." La hausse est même de +5,4% .
La crise est plus grave qu'une simple mauvaise gestion passée. Il y a "une crise d’attractivité du métier d’enseignant » qui est devenue « inquiétante." Le nombre de candidats n'a cessé de se contracter. Au passage, la Cour démonte la réforme Sarkozy de la formation des enseignants: "les difficultés de recrutement ne sont sans doute pas sans lien avec la réforme du recrutement et de la formation initiale des enseignants des premier et second degrés dite de la « mastérisation », mise en œuvre à compter de la rentrée scolaire 2010-2011."

Manque d'encadrement ?
Le Figaro reprend une antienne sarkozyste, l'obsession de la RGPP et ses réductions de postes. Et oui, sans surprise, la Cour se livre à des comparaisons arithmétiques qui ravissent le quotidien conservateur: "les suppressions de postes ont ramené le nombre d’enseignants du second degré en 2011-2012 à son niveau de 1993-1994, alors que le nombre d’élèves a diminué de 6 % environ sur la même période."

De là à conclure que la promesse du candidat Hollande, en passe d'être réalisée, est une aberration, il n'y a qu'un pas que le Figaro adore franchir. C'est pourtant aller un peu vite en besogne. La Cour des comptes s'exonère rapidement et explicitement de vouloir juger la filière publique d'enseignement sur d'autres critères que la bonne utilisation des deniers publics. Elle ne se prononce pas, et refuse de se prononcer sur les missions elles-mêmes. Il y a ainsi ce paragraphe presque troublant, un paragraphe dans lequel la Cour s'exonère comme à l'accoutumée de vouloir juger de l'efficacité du système éducatif par rapport à des objectifs autres que financiers: "la Cour ne se prononce que sur son champ de compétence, c’est-à-dire sur l’organisation et le fonctionnement de la gestion, son efficacité, (c'est-à-dire sa capacité à atteindre les objectifs fixés dans la loi) et son efficience (c’est-à-dire sa capacité à le faire au meilleur coût).." C'est dit, c'est clair. Les difficultés de l'enseignement actuel, dans un environnement de crise durable et de distractions technologiques diverses, ne sont pas abordées. Tout comme la question de "bon" nombre d'enseignants par rapport au nombre d'élèves. Tout juste la Cour note-t-elle que la France procure un temps d'instruction par an plus long que le reste de l'oCDE, avec des enseignants moins payés...

Ses principales critiques portent sur  les défauts d'organisation.

Les difficultés du présent
La première critique porte sur le pilotage de l'Education nationale : il n'a pas été adapté à l'élargissement du périmètre des missions qu'on reconnaît désormais aux enseignants. Depuis une décennie, le volume d'heures de cours reste l'alpha et l'omega de l'évaluation des moyens éducatifs, alors que la "définition législative des missions des enseignants" est bien plus vaste. Globalement, le système est jugé trop segmenté, ("entre premier et second degré, entre corps, ainsi qu’entre disciplines"), notamment par manque de polyvalence des enseignants du collège.

La Cour suggère de forfaitiser annuellement les obligations de services à l’ensemble des activités, de centrer le soutien aux enseignants sur les équipes pédagogiques, d'autoriser l'enseignement de deux disciplines par enseignant. Si un effort de déconcentration de la gestion des effectifs a été mis en oeuvre depuis plus de 20 ans, en faveur des rectorats et des directions départementales, cet encadrement "de proximité" reste inefficace … faute de méthodes adaptées (maintien d'un cadrage national, gestion uniforme), et... de moyens:
"Le taux d’encadrement du ministère de l’éducation nationale pourrait témoigner d’une efficience bien supérieure à celle des autres administrations. En réalité, il est surtout le signe d’une personnalisation insuffisante de la gestion des ressources humaines."
Seconde critique, la gestion des moyens est défaillante car trop uniforme et encore centralisée: l'implantation des enseignants ne repose pas sur une bonne connaissance des besoins des élèves. Elle s'appuie au contraire sur une attribution "automatique par un système de barème – au demeurant illégal–", qui supposerait que tous les postes sont équivalents, de même que les compétences des enseignants. Pire, le ministère n’a pas mis en place de "système national de mesure directe et fiable des besoins scolaires de tous les élèves."

Même les Zones d'Education Prioritaires sont en péril: la Cour s'étonne de l'inflation de la carte de l’éducation prioritaire au fil des années (trop de ZEP ce qui dilue l'efficacité du dispositif), de la caducité du périmètre des zones, de l'hétérogénéité des établissements concernés, des résultats finalement peu probants pour les élèves.

Cette mauvaise gestion a des conséquences sur les enseignants eux-mêmes: il créé des inégalités "criantes" entre enseignants (temps de services, rémunération), entre établissements, et … entre élèves. Par exemple, le taux de remplacements des absences est trop bas et en baisse depuis 2006, une faille dénoncée depuis longtemps par les associations de parents d'élèves: "En 2011, dans le second degré, sur les 26 333 postes vacants avant le mouvement intra-académique, 9 630 n’ont finalement pas été pourvus, soit un taux de couverture de 62,3% seulement." En ZEP, il a même chuté à 46% ! Un comble !

La Cour s'attarde aussi les conditions de travail des enseignants, et livre quelques surprises: primo, elle se déclare incapable de mesurer leur temps de travail annuel puisque les travaux "à domicile" ne sont pas mesurer: "les enseignants du premier degré français délivrent un nombre d’heures de cours (918) supérieur de 17,4 % à leurs homologues de l’OCDE (avec 782 h, la différence est de 21,0 % avec les pays européens dont la moyenne est à 758 heures de cours) et inférieur de 4 à 8 % dans le second degré (au collège par exemple, le nombre moyen d’heures de cours annuel d’un enseignant est de 646 en France, contre 704 en moyenne dans l’OCDE)."

Secundo, leur rémunération est en France inférieure à la moyenne OCDE, pour le premier degré (-21% sur l'échelon le plus bas; -15% après 15 ans de métier; +1% en fin de carrière), comme pour le secondaire (-15% sur l'échelon le plus bas; -15% après 15 ans de métier; -0,3% en fin de carrière).

Au final, la Cour ne dit pas qu'il faut moins de professeurs, ni qu'il ne faut pas des renforts.

Elle fustige les insuffisances du pilotage et de la gestion.

Et c'est déjà beaucoup.


Lire le rapport

26 avril 2013

Hollande: chômage, morale et morts aux cons !

Sans doute existe-t-il quelque esprit malin pour ainsi polluer débat et réflexions politiques. Comment autrement expliquer la nouvelle folie passagère ("le mur des cons") qui occupe les esprits ?

Si Sarkozy était encore président, parions qu'il nous aurait gratifié d'une commission d'enquête voire d'une loi. Il ne l'est plus, et nous nous contenterons de commenter la vacuité d'un buzz, un de plus.

Buzzer pour divertir
Etait-ce de la provocation que d'afficher des photographies dans un local syndical, orné d'une drôlatique appellation, "le Mur des Cons" ?

Certainement pas.

Atlantico est site d'informations créé en 2011 en se revendiquant comme le "Mediapart de droite".  deux ans plus tard, les résultats d'investigation sont maigres. Le site fait ses meilleurs scoops à partir de ces petites choses qui animent le buzz tels... ce fameux Mur des Cons, quelques dizaines de photographies de personnalités - souvent de droite - accrochées sur un mur dans un local du Syndicat de la Magistrature. Le lieu avait été filmé en caméra cachée. L'investigation chez Atlantico, c'est du lourd. Quand on compare cela aux milliers de fichiers fiscaux révélés dans l'Offshoreleaks ou, plus proche de nous, l'obstination - payante -  de Mediapart dans les affaires Cahuzac, Karachi ou Bettencourt, on pleure de rire.

Depuis mercredi 23, jour de la "révélation", quelques jours à peine après une accélération du calendrier judiciaire de Nicolas Sarkozy (coïncidence ?), l'affaire nous amuse ou nous indigne. Les "Cons" se sont reconnus un à un, scandalisés. Aucun ne s'est interrogé pour savoir ce qui avait plus mérité cette sélection. Que des magistrats jouent ainsi à l'humour potache dans le secret de leurs locaux n'a rien de grave ... tant qu'ils ne sont pas pris. Car le mal est là, et fait: la maladresse est invraisemblable.

La Garde des Sceaux l'a bien compris en les clouant au mur, à deux reprises. Le jour même, à l'Assemblée, elle déclare la démarche inadmissible. Puis le lendemain, au Sénat, elle annonce la saisie du Conseil Supérieur de la Magistrature, en qualifiant: "C'est un acte insupportable, stupide et malsain." 

Pouvions-nous passer à autre chose de plus sérieux ?

Comparer sans comprendre
Le record est franchi. Les commentateurs du Tour de France du commentaire nous le promettaient depuis quelques heures. Voici donc les statistiques publiées ce jeudi 25 avril par la DARES. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi sans aucune activité s’établit à 3 224 600 en France métropolitaine fin mars 2013

La masse des commentaires portent sur un point, le record. C'est le réflexe du Guiness Book. C'est facile et rapide à compiler pour le lecteur pressé.

Il y en a d'autres qui décryptent, comme le blog "En quête d'emploi" du Monde. Jean-Baptiste Chastand y détaille les vrais enseignements de cette dernière livraison: "la forte hausse de mars est d'abord due à une chute des reprises d'emploi déclarées de près de 4 % en un mois. Le nombre d'offres d'emploi collectées par Pôle emploi a d'ailleurs reculé de 6 % en mars par rapport à février." Troisième facteur, et pas des moindres, la "très forte baisse non expliquée des cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation": Pôle Emploi aurait-il eu quelques consignes d'assouplir ces radiations intempestives ? Autre (relative) "bonne" nouvelle, les nouvelles inscriptions à Pôle emploi sont moins nombreuses que le mois précédent: "les inscriptions sur les listes pour licenciement économique progressent de 1,5 %, tout en restant extrêmement marginales (moins de 3 % des motifs d'inscription). La timide baisse des fins de CDD et de missions d'intérim ne contrebalance pas leur ampleur."

En d'autres termes, (1) Pôle Emploi a moins radié qu'avant, (2) il y a eu moins de fin de CDD et d'intérim qu'avant, mais les reprises d'emploi ont encore dégringolé...

Penser pour après
Etait-ce de la provocation que de publier un rapport sur la morale laïque dans un tel climat d'excitation religieuse née de l'adoption du mariage pour tous ?

Certainement pas.

Lundi 22 avril, le ministre de l'Education nationale recevait le rapport d’Alain Bergounioux, Laurence Loeffel et Rémy Schwartz sur l’enseignement de la morale laïque dans les établissements scolaires publics. La démarche n'est pas un gadget si elle est bien menée à son terme. La société française est crispée, et pour cause.

Elle se consolidera sur des valeurs. Après les affres identitaires du débat sur l'immigration organisé par le couple Buisson/Sarkozy, et la récupération de la laïcité par l'extrême droite pour mieux cacher son islamophobie, (ré)aménager l'enseignement de la morale paraissait indispensable.

Le rapport ouvre des pistes. Peillon précise une méthode. L'enseignement proposé - « 1h [par semaine] minimum dans le primaire, 1h minimum au collège, et pour le lycée, au minimum 18h annuelles » dans les souhaits du ministre - n'entrera en vigueur qu'en 2015, suivant des modalités définies par un organisme indépendant, le Conseil national des programmes. « La morale laïque, c'est le contraire de la raison d'Etat » ajoute-t-il. « chaque citoyen doit construire librement son jugement ».

La morale enseignée sera laïque.

Comment réagiront nos partisans chauds bouillants des "racines chrétiennes de la France" ?


8 janvier 2013

Enfance: les crèches oubliées... ou sacrifiées ?

Ce sera notre étude de la semaine, l'un de ses rapports vite oubliés. Le ministère de la Santé et des affaires sociales vient de publier une étude sur l'accueil des enfants de moins de 3 ans. Allez comprendre pourquoi, l'enquête de terrain a été réalisée en ... 2007, mais les résultats ne sont communiqués que 5 ans plus tard.

Quelques conclusions attirent l'attention: malgré les avantages fiscaux, ce mode de garde privilégié par les ménages aux revenus les plus élevés reste cher, et ne concerne que très peu d'enfants.

Ces résultats sont à rapprocher d'une autre étude sur le personnel salariés de ces établissements. Où il ressort que leur gestion des effectifs est sous tension.

Ces études complètent l'évaluation du paysage socio-éducatif français. On savait que la décennie écoulée avait été dramatique. En particulier, la scolarisation des enfants de 2 ans a chuté de 34% en 2000/2001 à 15% en 2009/2010. Et la promesse du candidat Sarkozy de 2007 de créer 200.000 places en crèches est finalement restée lettre morte. Lors de la précédente campagne, le candidat Hollande était plus prudent. A l'automne 2011, le projet du PS prévoyait bien la création de 500.000 places de crèche. Mais François Hollande avait indiqué en janvier 2012 qu'il se refusait à toute promesse chiffrée compte tenu de la situation budgétaire du pays.

Bref, l'accueil des enfants avant 3 ans repose encore largement sur le bénévolat et la débrouille.


1. En 2007, en France métropolitaine, seuls 20 % des enfants de moins de 3 ans fréquentent un établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE) au moins une fois dans la semaine , soit 475.000 gamins. Ces établissements regroupent les crèches collectives, les crèches de personnel, les crèches familiales, les crèches parentales, ainsi que les haltes-garderies et les jardins d’enfants.

A contrario, on comprend donc que 80% des enfants sont gardés autrement, à domicile par un parent ou un proche, ou par une assistante maternelle.

2. Moins de la moitié de ces jeunes enfants accueillis en EAJE y restent la majorité de la semaine (i.e. du lundi au vendredi entre 8 et 19 heures). Pire, seuls 10% y sont gardés à titre principal. En d'autres termes, une cinquantaine de milliers d'enfants de moins de trois ans sont gardés en établissement collectif de manière permanente. Le chiffre est dérisoire !

3. Les crèches sont davantage utilisées en ville (« les familles ont plus souvent recours aux EAJE en zones urbaines où l’offre de place est plus importante »). Les familles franciliennes recourent 3 fois plus souvent aux EAJE que la moyenne nationale. Mais les auteurs de l'étude complètent d'un constat sur les bénéficiaires de ce mode de garde: si les modes de gardes payants sont sans surprise privilégiés par les ménages aux niveaux de vie les plus élevés (assistante maternelle, EAJE ou garde à domicile), « les enfants gardés en EAJE sont d’origine plus modeste que ceux accueillis dans les autres modes de garde payants. »

4. La crèche reste chère: environ 1,70 euros l'heure de garde, un coût qui est réduit à 1,0 euro l'heure, en moyenne, après réduction d'impôt.

5. Le personnel en EAJE souffre d'un gros turnover. L'ancienneté des salariés est faible, d'après une étude sur 2011 publiée en décembre dernier. Quelque 80% d'entre eux sont des CDI ou des fonctionnaires.

6. L'encadrement adulte en crèche n'est pas mieux fourni que pour l'assistance maternelle à domicile. Cette dernière ne peut accueillir (légalement) plus de 3 enfants. Début 2011, les EAJE « comptent en moyenne onze salariés correspondant à 8,9 équivalents temps plein (ETP) soit environ 1 ETP pour 3,6 places ».

7. Le temps partiel est plus développé qu'ailleurs: il concerne plus du tiers des effectifs (contre 18% en moyenne nationale) !

8. Les directeurs interrogés dans le cadre de l'étude, les directeurs d'établissement ont évoqué deux freins au recrutement: le manque de personnel qualifié et les faibles rémunérations proposées...

Références:

7 janvier 2013

Les 13 premières bonnes nouvelles de 2013.

«ça va bien se passer», nous promettait Libé mercredi 2 janvier. Rarement rentrée de nouvelle année n'aura été aussi sinistre.

Le 1er janvier est toujours la date des mauvaises annonces, augmentations de charges en tous genres. De jolis récapitulatifs très complets vous ont été livrés un peu partout. Ajoutez la cascade d'analyses tantôt d'économistes libéraux pleurant sur la conjoncture et le matraquage fiscal, tantôt d'activistes gauchistes moquant la capitulation libérale du gouvernement, et vous pouviez sombrer dans la dépression rapide dès passé le réveillon.

Mais il y a d'autres changements, parfois petits, dont on pouvait et devait se féliciter.

1. Le plafond du Livret A est relevé de 25%, le montant maximal de dépôt est porté à 22.950 euros.

2. L'IVG est remboursé à 100% pour toutes, et la pilule devient gratuite pour les jeunes de 15 à 18 ans.

3. Le Revenu de solidarité active (RSA) passe à 483 euros pour une personne seule sans enfant, et 724 euros pour un couple sans enfant.

4. Les plafonds de ressources ouvrant droit aux prestations familiales et aux aides personnelles au logement sont respectivement augmentées de 2,1% et de 2,15%. Ces dernières sont (enfin) désormais indexées sur l'évolution des loyers.

5. L'allocation de solidarité spécifique (ASS), l'allocation équivalent retraite (AER) et l'allocation transitoire de solidarité (ATS) sont également revalorisées au 1er janvier (comme chaque année).

6. Environ 18.000 "emplois d'avenir professeur", prioritairement réservés aux étudiants boursiers venant de zones défavorisées (« zones urbaines sensibles » ou d’éducation prioritaire) sont lancés. Les bénéficiaires travaillent à temps partiel et perçoivent en moyenne 900 euros par mois.

7. L'Education nationale recrute aussi 43.000 professeurs. Le site du concours est ici

8. Le nouveau prêt à taux zéro entre en vigueur le 1er janvier 2013. Il est plus favorable aux foyers les plus modestes que dans l'ancienne version sarkozyenne.

9. Depuis le 1er janvier, il ne faut "que" 166 trimestres la durée d’assurance requise des assurés nés en 1956 pour bénéficier d’une pension de retraite à taux plein.

10. Le plafond de ressources exigé pour bénéficier des tarifs sociaux du gaz et de l'électricité a été relevé de 35% l 27 décembre dernier. Cette mesure porte de 1,8 million à 2,3 millions le nombre de ménages éligibles. Rappelons que les tarifs du gaz et de l'énergie augmentent de 2,5% au 1er janvier.

11. Le délit de solidarité a été supprimé. Les personnes ou les associations venant en aide aux sans-papiers dans un but humanitaire et désintéressé ne peuvent plus être condamnées. Cela fait déjà des heureux.

12. Les rémunérations de l'équipe gouvernementale et élyséenne coûtent moins cher au budget de l'Etat. Pour 2013, l'économie serait d'au moins 7,5 millions d'euros.

13. Gérard Depardieu et Lara Fabian ont quitté la France. On en a beaucoup parlé, et c'est l'une des bonnes nouvelles de ce début d'année. Dany Boon, lui, ne gagne que 2 millions d'euros comme acteur dans le film qu'il produit et réalise. C'est une bonne nouvelle pour lui.



A suivre.



4 juillet 2012

Jean-Marc Ayrault nous promet juste un redressement juste.

Mardi 3 juillet à 15 heures, Jean-Marc Ayrault a livré son discours de politique générale, comme convenu et sans surprise.

Le candidat devenu président Hollande avait rappelé qu'il voulait normaliser notre fonctionnement institutionnel.

A cet égard, la fonction de premier ministre n'était plus celle d'un pion que l'on déplace en fonction de l'humeur d'un Monarque.

Pour Ayrault, ce discours était donc l'un de ses premiers moments. Celui où l'on pose les principes et les promesses à l'aune des quelles son gouvernement sera jugé.

Le bilan
Le mot du jour était redressement, prononcé 22 fois en une heure et près de trente minutes de discours. Dès les premiers instants, le premier ministre a rappelé sa mission: « conduire le redressement de notre pays dans la justice ». Il ne s'agissait plus de changer la vie. Le changement promis par François Hollande était celui de la gouvernance et du redressement. Ayrault voulait être optimiste même si la tâche était évidemment rude.
Notre pays s’est affaibli économiquement, il s’est dégradé socialement, il s’est divisé politiquement, il s’est abimé moralement.
Hasard du calendrier, le domicile et les bureaux de Nicolas Sarkozy étaient perquisitionnés dans le cadre de l'affaire Bettencourt. L'ancien Monarque risquait fort de devenir le 12ème mis en examen de ce scandale.

A quelques centaines de mètres de là, Jean-Marc Ayrault continuait son discours. Il eut quelques mots de courtoisie républicaine: « Députés de la majorité comme de l’opposition, vous détenez une part égale de la souveraineté nationale. » La critique de la gestion passée fut directe mais rapide: « je ne suis pas venu lancer un débat sur l’héritage ». L'audit avait eu lieu, il a été publié la veille. La campagne était derrière nous, elle avait été gagnée: « Cette majorité n’a pas été élue pour trouver des excuses, mais des solutions. » Mais tout au long de son intervention, par petites touches, il posa ses différences.

Pour justifier cette nécessité du « redressement dans la justice », Ayrault invoqua la jeunesse et la souveraineté (« une France endettée est une France dépendante »). Ces arguments auraient pu être ceux d'un gouvernement sarkozyste. La différence, qu'Ayrault voulait revendiquer, porterait sur la justice de la démarche et des efforts.

Le premier ministre ne promettait ni rupture ni cassure. Il rappela ses trois objectifs, et il sera jugé dessus: « la sauvegarde de notre modèle républicain, la pérennité de notre système social, le redressement économique pour l’emploi ». Il rappela trois priorités, la jeunesse, la sécurité et la justice.

La différence, Ayrault voulait également la marquer dans l'attitude. Nicolas Sarkozy aimait fustiger et provoquer, le premier ministre de François Hollande restait fidèle à la méthode de son mentor.

Comme tout discours, il eut ses formules. Nous pouvions apprécier celle-là: « Je n’accepte pas d’entendre dénoncer une « fiscalité confiscatoire », par ceux-là même qui s’autorisent parfois des rémunérations au-delà de tout entendement.»

La méthode Ayrault
Le redressement passerait par la concertation, l'ouverture, la durée: « Le changement ne se décrète pas. Il ne se mesure pas au nombre de lois votées.» Ayrault livra donc un discours de méthode car le fond, n'en déplaise à quelques sarkozystes aigris, était connu

Finis la boulimie législative, la précipitation politique, « la décision d’un seul », les incantations rapides, les provocations faciles, les « sommets spectacles »; place à la concertation, aux corps intermédiaires, au temps de la réflexion.

La méthode Hollande/Ayrault, c'est traiter les Français « en adultes »; c'est « prendre le temps d’écouter, d’évaluer, de décider, de faire partager », prendre le temps de réussir ces grandes réformes de structure (réforme fiscale, jeunesse, redressement productif,  décentralisation, transition écologique et énergétique); éviter de stigmatiser les chômeurs, les patrons, les fonctionnaires, les étrangers.
Etre juste, c’est ne pas considérer chaque bénéficiaire du RSA comme un fraudeur potentiel ou un fainéant.
Le planning « Hollande »
Ayrault a promis quelques réformes rapides, mais pas en 100 jours. Nous nous rappelions ce paquet fiscal voté en urgence dès le mois d'août 2007, puis patiemment détricoté par le réalité et le renoncement tout au long du quinquennat.

La méthode Hollande/Ayrault s'adossait à un planning: la conférence sociale de la semaine prochaine serait le Grenelle que Sarkozy n'avait jamais voulu organiser en 5 ans de mandat. Elle portera sur 7 sujets (l’emploi ; la formation, le développement des compétences et la sécurisation des parcours professionnels ; les rémunérations « et notamment les bas salaires » ; l’égalité professionnelle femmes-hommes et la qualité de vie au travail ; « le redressement productif national » ; « l’avenir de nos retraites et de notre protection sociale »; le rôle de nos services publics et de ses agents). Suivra une conférence environnementale à  la rentrée. Serait-ce le nouveau Grenelle de l'environnement version Hollande ?

A l'automne, la loi de finances sera l'occasion d'une réforme fiscale. Et Ayrault rappelle deux promesses: « l’impôt sur le revenu sera rendu plus juste, plus progressif et plus compréhensible » (nouvelle tranche d’imposition à 45%; imposition exceptionnelle à 75% pour les revenus annuels supérieurs à un million d’euros); et « les revenus du capital seront imposés au même niveau que ceux du travail ».

Suivront trois autres réformes: l'acte trois de la décentralisation, un « plan de reconquête industrielle » prochainement présenté (priorité aux PME dans les appels d'offres publics), et  une réforme bancaire ( avec séparation des activités de placements et d'investissement; création du livret épargne industrie et de la Banque publique d’investissement).

Redressement juste ?
Ayrault s'est essayé à décrire ce qu'il entendrait par redressement juste. Il a rappelé des évidences à gauche contestées à droite, comme celle-ci: « faire fonctionner des services publics de qualité participe à l’attractivité d’un territoire ». A droite, ou dans les salles de marchés, la dépense publique est une aberration, une injuste ponction des revenus de quelques-uns au bénéfice du plus grand nombre que l'on dépeint facilement comme fainéant. Quand la Sécu est déficitaire à coup d'exonérations sociales, on explique qu'il faut réduire ses dépenses, pour mieux oublier que la santé coutera toujours mais sans solidarité.

Jean-Marc Ayrault est finalement resté timide sur cette reconquête idéologique qu'il est nécessaire de porter. Il avait raison de débuter son intervention par le patriotisme. Dans quel pays voulons nous vivre ?

Il a évoqué, sans la citer, la France des Invisibles, « ces millions de nos concitoyens qui vivent aujourd’hui éloignés des grands centres urbains », « qui ont aujourd’hui les conditions de vie les plus dures ».

A ce moment là, il fut évidemment applaudi à gauche. Car, la gauche a besoin d'être rassurée que cette rigueur sera juste.

Du sang et des larmes ?
Le premier ministre a confirmé une croissance très basse: 0,3% cette année puis 1,2% l'an prochain. Là encore, il y avait du changement. Cinq années durant, Sarkozy et ses collaborateurs-ministres nous annoncèrent des prévisions farfelues.

Les priorités de Hollande seront respectées, a promis Ayrault, « sans pour autant creuser nos déficits et notre dette ». Et d'ajouter: « Cela exigera des choix dans tous les autres secteurs. Ces efforts devront dépendre non pas d’une règle mathématique aveugle et absurde, mais de l’évaluation des politiques conduites et de leur efficacité. »

La maîtrise des dépenses est « indispensable», mais, a-t-il rappelé, « elle ne sera pas suffisante.» Là aussi, il fut solidement applaudi à gauche, quand il promit des impôts pour « ceux qui jusqu’ici ont été exonérés de l’effort collectif ». Rappelons l'ampleur des niches fiscales, ou ce simple bouclier fiscal qui, en 2012 encore, coutera 735 millions d'euros. 


A droite, des huées et des silences
Y avait-il des surprises dans le discours de politique générale du premier ministre Jean-Marc Ayrault ? Oui, quelques unes. Elles émanaient des rangs de droite. On entendit des sifflements quand Jean-Marc Ayrault annonça une « rupture avec la Françafrique », le mariage des homosexuels promis pour le 1er semestre 2013 (« Le droit au mariage et à l'adoption sera ouvert à tous les couples, sans discrimination »), ou le droit de vote des étrangers résidant depuis cinq ans sur le territoire pour les élections locales.

Jean-Louis Borloo, nouveau président du groupe UDI, séparé d'une travée seulement du dissident Olivier Falorni, s'absenta en plein discours.

Sitôt le discours terminé, la quasi-totalité des députés UMP quitta l'hémicycle pour ne pas assister à la suite des interventions. Jean-François Copé et quelques ténors surjouèrent leurs déceptions devant les caméras de télévision. Ils avaient caricaturé Hollande en Hugo Chavez pendant la campagne. Et voici qu'Hollande faisait du Hollande, et Ayrault du Ayrault. Un vrai cauchemar pour ces anciens perroquets de Sarkofrance...

Il y avait eu une minute de silence pour Olivier Ferrand, décédé d'un arrêt cardiaque le samedi précédent. Il fut aussi le sujet des premières minutes du discours de Bruno le Roux.

Le premier ministre conclut: « Le redressement prendra du temps, ce sera difficile. Mais nous réussirons, Mesdames messieurs les députés ! »

Oui, ce sera difficile. Espérons que ce sera juste. 

Sur 544 votants, 17 ont voté blanc, 225 se sont opposés et 302 socialistes, écologistes et radicaux de gauche ont voté pour la confiance. Les prétendus centristes avaient voté contre.