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25 novembre 2018

603ème semaine politique: la décrédibilisation en marche... de Macron.





Problème de pédagogie ? Le clan macroniste le répète, comme tous les gouvernements de l'ancien monde avant lui, la crise de confiance qui frappe le sommet de l’État serait un problème ... de pédagogie. Un exemple cocasse, voici le futur projet de "service national universel". Le résultat est loin de la promesse de campagne du candidat Macron, comme souvent. Macron avait évoqué un service militaire obligatoire d'une durée courte. Devant la fronde, les macronistes ont retiré l'exigence militaire. Puis ils ont commandé un gros sondage pour se donner une légitimité, et s'éviter une nouvelle fronde. Plus de 45 000 jeunes interrogés ! Résultat ?

"Une large majorité de jeunes adhèrent au projet, ... à partir du moment où ils en comprennent les objectifs" explique le gouvernement dans sa plaquette publicitaire. Fichu problème de pédagogie ! Notez la formule... "à partir du moment où..." . D'après l'enquête les trois quarts des sondés sont favorables aux "objectifs" du SNU, mais le gouvernement reconnait une hostilité majorité au projet lui-même. Et s'abstient de publier l'intégralité du rapport. C'est en brandissant une version tronquée que les ministres Blanquer et Attal s'enthousiasment devant la presse.

Ce sujet anecdotique illustre la double face de la Macronista: une multiplication de gadgets, d'artifices et de diversion d'une part, pour habiller une politique de classe inégalitaire et froidement violente d'autre part.


DÉCRÉDIBILISATION EN MARCHE
Cette trajectoire s'est cassée sur les routes de France grâce aux Gilets Jaunes. Le coup n'est certainement pas mortel, mais il est rude. L'affaire Benalla avait déjà décrédibilisé le discours moral et professionnel du clan Macron, en révélant l'incurie du staff élyséen incapable de justifier comment pareil barbouze pouvait se retrouver avec autant d'accès et des armes sans contrôle ni hiérarchie, des barbouzeries aussi minables que les tentatives de blocage des enquêtes de la justice et des parlementaires. Les Gilets Jaunes décrédibilisent maintenant l'arnaque fiscale du clan Macron. Ils exposent un ras-le-bol, certes, mais surtout l'inégalité fiscale de la politique macroniste. Ils incarnent également une reformation nécessaire d'un rapport des forces contre l'Etat macroniste. Le coup est d'autant plus rude qu'il intervient à la fin d'une courte séquence politique où l'Elysée espérait redorer son blason social avec l'entrée en vigueur des baisses de cotisations salariales (par ailleurs compensées par d'autres augmentations), d'une partie de la taxe d'habitation et un (ridicule) plan pauvreté inférieur sur 4 ans aux cadeaux fiscaux annuels pour les plus riches (ISF, flat tax).


La violence de certaines manifestations des Gilets Jaunes depuis le 17 novembre a été inacceptable et choquante - plus de 500 blessés et deux morts. Mais qui est coupable ? Après une bienveillance médiatique assez large, nombre d'éditocrates ont "retourné" leur veste, effrayés et/ou faussement rassurés par l'ampleur des blocages (entre 300 000 et un million de personnes suivant les sources le 17; moins de 110 000 le 24). Alors qu'ils s'étaient "calmés" dans leurs discours avant les manifestations, les officiels macronistes et les supporteurs ont ensuite redoublé d'efforts pour caricaturer l'ensemble du mouvement en une révolte irresponsable, violente et fasciste. Maurice Safrzan, Frédéric Haziza, Ruth Elkrief et quelques autres se succèdent sur les plateaux et les réseaux sociaux pour s'inquiéter. Certains accusent "l'ultra-gauche" (Le Figaro), d'autres "l'ultra-droite" (LCP). Chacun trouve facilement comment caricaturer facilement le mouvement.

Même François Hollande, l'ex-président, a été convié sur les plateaux pour comparer Mélenchon à Déroulède et par là même les Gilets Jaunes aux factieux des ligues d'extrême droite du début du XXème siècle. La seconde salve de critique des "bien-pensants" contre les Gilets Jaunes porte sur leur absence de débouchés politique: "les chefs de l'opposition jouent à souffler sur les braises, à faire grandir l'incendie, sans savoir s'ils sauront demain le maîtriser" écrit Frédéric Says sur France Culture. "Ils nourrissent la bête anti-gouvernementale, parfois anti-parlementariste, sans être sûrs de pouvoir demain la dompter. Sans être certains que le mouvement ne se retournera pas, à terme, aussi contre eux."



La "raison" serait donc de "rentrer dans le rangs" du débat politique qui s'orchestre dans des élections,  des lois votées au Parlement et des accords négociés par les partenaires sociaux.

QUI EST DÉRAISONNABLE ?
Mais est-il raisonnable de se contenter du fonctionnement institutionnel de cette Vème République vieillissante ? Il ne s'agit ici pas de légitimer des agressions homophobes, sexistes, racistes ou simplement gratuites que nombres de porteurs de ces gilets colorés ont commises sous prétexte de leur indignation. Mais de faire remarquer la délégitimation institutionnelle progressive de notre régime politique:
  1. Emmanuel Macron a été élu sur un chantage contre le Front National. 
  2. Il tente le même chantage politique pour les élections européennes: l'Europe/le Bien contre les populistes/le Mal. Ce faisant, il prive le débat politique d'un échange nécessaire et plus complexe que ses caricatures.
  3. Macron a aussi commis la même erreur que Chirac en 2002 en conduisant une politique clivante alors qu'il n'a pas élu sur son programme.
  4. Il est passé en force et sans débat sur une réforme inédite du code du travail.
  5. Macron a tenté de cacher sous le tapis de l'écologie, de l'humanisme international, et de l'européisme béat une politique qui précarise davantage le plus grand nombre et rend des milliards d'euros aux plus riches du pays.
  6. Il cherche à réduire le nombre de parlementaires au nom de "l'efficacité".
  7. Macron a supprimé 200 000 postes de représentants des salariés dans les entreprises avec ses Ordonnances Travail.
  8. Il a aussi décidé la suppression de 50 000 postes de fonctionnaires, notamment à l’Éducation nationale et dans les services fiscaux.
  9. Macron attaque les chômeurs (durcissement des règles d'indemnisation), les travailleurs (allègement de la prise en charge de la pénibilité), les étudiants (mise en concurrence de l'accès à l'université, réduction des APL), le secteur associatif (suppression des emplois aidés), les réfugiés (loi Asile et immigration), les syndicats (loi Travail), les lanceurs d'alerte (loi sur la protection du secret des affaires).
  10. La majorité macroniste pléthorique vote comme des godillots les desiderata du jeune monarque qui souvent se confondent avec les intérêts des grandes entreprises: récent exemple, l'interdiction du droit à l'oubli pour les cancers pédiatriques, pour satisfaire les assureurs privés.
  11. Les médias dominants servent avec facilité idéologique le discours macroniste en caricaturant comme populisme fasciste ou angélisme irresponsable toute défense des plus fragiles. Ils ne sont plus les bienvenus sur le terrain des opérations.
  12. Le silence de Macron envers les travers fiscaux de ses plus grands et fidèles alliés ne surprend plus. Peu avare en bons mots sur les "fainéants", "ceux qui ne sont rien", il sait se taire quand d'autres révèlent des scandales affectant le grand patronat.
  13. Au final, cette politique produit-elle au moins quelques effets de "ruissellement" en emplois et et en pouvoir d'achat ? Même pas. Le chômage stagne ou progresse, la croissance se grippe plus tôt qu'ailleurs, le pouvoir d'achat du plus grand nombre chute.
Reposons la question: où est la raison ? Est-il plus raisonnable de se taire et de faire confiance à ce "processus" politique-ci, ou ne faut-il pas re-créer des rapports des forces ? Comment ne pas suffoquer ?

Non seulement les Gilets Jaunes ont démoli l'argument écologiste macroniste qui habillait faussement sa politique fiscale, mais ce dernier a aussi subi un coup fatal porté par l'un des plus prestigieux ex-alliés écolos de la Macronista, Nicolas Hulot.

Jeudi soir, Nicolas Hulot est l'invité de France 2. L'ancien ministre de l’Environnement fait un constat sans appel: "À partir du moment où je restais, je cautionnais les choses, je ne cautionnais pas un mensonge conscient, mais une sorte de mystification. On se donnait le sentiment qu'on était à la hauteur des enjeux, et on ne l'était pas."

Problème de pédagogie ? 

Nicolas Hulot a décoché plusieurs flèches politiquement mortelles à Emmanuel Macron: 
primo, il répète que l'ambition écologiste de Macron est de la poudre aux yeux: "On n'ose même pas envisager ce que l'on a fait pour les banques en 2008 pour la transition écologique (…). On est en train de perdre la guerre. C'est un effort de guerre qu'il faut faire. C'est un plan Marshall qu'il faut." Secundo, il fustige l’iniquité sociale, qui est de surcroît contreproductive et dangereuse, des choix politiques de Macron en matière de transition environnementale: "ce sont les populations les plus vulnérables qui paieront les conséquences [du réchauffement climatique]. Ne mettez pas ça sur le dos de l'écologie, mettez ça sur le matraquage fiscal !"






LA HAINE ET LA PEUR
Macron et ses suppôts braillent contre la violence. "Honte ! Honte ! Honte" écrit le jeune monarque sur Twitter. Mais où est la honte ? La honte n'est-elle pas dans ce déséquilibre effarant de l'action macroniste ? La honte n'est-elle pas dans cette fracture fiscale qui aggrave et s'ajoute aux fractures sociale, environnementale et politique ?

On retrouve la double face de la Macronista. La face officielle est policée. Les visages sont souvent souriants, le vocabulaire est choisi et jamais excessif. Cette face s'incarne par les ministres, députés et autres porte-paroles. Les mêmes donnent des leçons de bienséance à leurs opposants. Emmanuel Macron lui-même est souvent le premier à tancer ses critiques, à abuser de quelques formules de vieux français pour assoir une autorité qui lui fait défaut. Puis il y a l'autre face, haineuse et méprisante, celle que les Gilets Jaunes ont mis à jour, celle qui s'exprime dans les tweets rageurs du jeune monarque, mais surtout dans les messages enflammés des soutiens du président - la "Team Macron" sur Twitter ou Facebook n'est jamais avare d'insultes.

Les premiers résultats de ce nouveau rapport de force ne se sont pas fait attendre. Avant les manifestation, le gouvernement avait déjà augmenté certaines aides. Ce résultat aurait-il été obtenu sans pression ? Non. En mode panique, le gouvernement a ensuite reporté la vignette pour les poids lourds. Puis Macron a annoncé la création d'un "Haut Conseil de l'Environnement", pour "expliquer" sa politique écologiste (lol!). Et mardi, quatre jours avant une nouvelle manifestation annoncée des Gilets Jaunes, une journée où un nouveau slogan - "Macron démission!", le jeune monarque parlera encore dans les écrans,

On appelle cela de la trouille.






"On est condamnés à agir tous ensemble, ou à mourir tous ensemble comme des idiots". Nicolas Hulot



***

Ami macroniste, où es-tu ?





29 septembre 2018

595ème semaine politique: Make Jupiter great again


Où l'on apprend que Jupiter est champion de la Terre; qu'il a besoin d'"aide". Et même qu'il "s'excuse". 

 

(Et aussi qu'il choisit lui-même les procureurs de la République).



Make Jupiter great again
"Quand on a appris qu'Emmanuel Macron allait recevoir ce prix (...), on est un peu tombés de notre chaise" a sobrement expliqué Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Il y avait de quoi être surpris.

Il y avait même de quoi suffoquer.

Trois semaines après la démission tonitruante du ministre Nicolas Hulot, qui dénonçait publiquement l'inaction de Macron en matière de protection environnementale, le directeur du Programme des Nations unies de l’environnement (PNUE) décerne une médaille de "Champion de la planète" à un échantillon de responsables politiques dont Emmanuel Macron.

Sans rire.

Bien sûr, Macron fut habile, avec ses "One Planet Summits" (décembre 2017 puis septembre 2018) dédié à la "finance verte" (sic!) avec paillettes et selfies, son slogan "Make our Planet great again", ces clichés où il plante un arbuste dans le jardin de la Maison Blanche. Habile aussi avec la multiplication de comités Théodule pour "habiller" l'inaction. Habile enfin à ré-utiliser le langage inquiet et les constats parfois virulents des écologistes et des scientifiques sur les dégradations irréversibles subies par la planète. Qui sait nommer les maux devrait vouloir guérir. Et pourtant... La liste des renoncements et compromissions permet de dresser le portrait d'un homme cynique et l'échec d'une politique inefficace en matière d'écologie.

Depuis juin 2017, la liste des renoncements et trahisons écologistes est déjà longue:
  1. Le report de la dénucléarisation de l'énergie française : Hollande avait fait quelques pas. Macron a repris le flambeau nucléariste que brandissait Sarkozy il y a 10 ans. avec cette dangereuse priorité donnée aux EPR, super-centrales qui sont des gouffres financiers et mal sécurisées, ou le redémarrage, début avril 2018, du réacteur numéro 2 de la centrale de Fessenheim.
  2. L'adoption du CETA l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada le 21 septembre 2017;
  3. Le report de tous les objectifs de la loi de transition énergétique votée sous François Hollande. En 2017, la France était pourtant déjà en retard (7% d'émissions de gaz à effet de serre en trop).
  4. L'affaiblissement du rail, via sa privatisation à compter de 2019, avec l’abandon de certaines lignes dans les territoires et la mise en concurrence du fret ferroviaire et la priorité donnée aux transports par car.
  5. Le silence sur la mise en œuvre d'engagements récents comme la neutralité carbone des budgets public (annoncée en décembre 2017, tue en septembre 2018) ;
  6. La tentative de légitimation de la compatibilité écologique du modèle productiviste, financier et capitaliste avec la défense de la planète.
  7. La validation de multiples initiatives locales qui sont ou seront des désastres écologiques - comme le site d'enfouissage des déchets radioactifs de Bure ou la mine de la Montagne d'or en Guyane, premier chantier soutenu par le nouveau ministre de Rugy dès sa nomination. L'interdiction de l'aéroport de Notre-des-Landes n'a pas empêché la traque des zadistes locaux.
  8. Le soutien à l'agro-industrie via l'irresponsable loi "Agriculture et alimentation" qui précéda de peu la démission de Hulot, qui sanctuarise la non-interdiction du glyphosate, le maintien des pratiques brutales dans la production animale (castration à vif, broyage de poussins vivants), ou le maintien de l’épandage aérien des pesticides.
  9. La privatisation des barrages hydroélectriques (10 % à 12 % de la production d’électricité en France) qui menace la gestion de l'eau;
  10. La réduction des moyens du ministère de l'Environnement (-1000 postes);
  11. La suppression de la protection contre les antennes-relais dans la loi Elan.

Bref, Docteur Jupiter joue aux écolos sur les tribunes étrangères avec autant d'énergie que Mister Macron soigne les lobbies anti-écologistes et maintient le statu-quo. La politique macroniste en matière de défense de l'environnement est un habillage.

Le projet de budget 2019 en est une nouvelle illustration. Dans son dossier de presse, le gouvernement promet d' "accélérer la transition écologique en mobilisant tous les leviers, budgétaires, fiscaux et réglementaires." Vraiment ? Jugez plutôt. Les mesures les plus fortes portent sur les voitures avec une hausse de 1,3 milliards d'euros de la fiscalité énergétique, pour l'essentiel aux détriments des ménages modestes, et une augmentation à 570 millions d'euros des aides à la reconversion des véhicules polluants. Mais pour le reste, ... les ambitions sont modestes, le renoncement est manifeste. Nicolas Hulot ministre promettait le financement de 500 000 rénovations énergétiques de bâtiments par an, ce chiffre s'effondre à 75 000 en 2019. Le gouvernement reconvertit aussi le chèque énergie en argument de transition écologique - "l’État va accentuer les moyens consacrés à l’accompagnement des citoyens les plus fragiles dans la transition écologique. En particulier, le chèque énergie sera fortement augmenté en 2019, à hauteur de 50€, pour atteindre 200€ en moyenne." En réalité ce dispositif a été lancé en mars dernier pour compenser partiellement la suppression des tarifs sociaux du gaz et de l'électricité.

La belle arnaque ...

Champion... des riches
6 milliards ! Quel cadeau ! Ministres et porte-paroles répètent la bonne nouvelle de ce projet de budget 2019, quelque 6 milliards d'impôts seront "rendus" aux ménages l'an prochain. Il faut faire croire que cette présidence des riches n'est pas. Il faut convaincre que la Macronista est équilibrée. Il faut faire oublier que la première année du quinquennat a fait trébucher la croissance.

La réalité est comme souvent bien différente.
Primo, n'oublions pas qu'il n'y a plus grand chose à "rendre" aux plus riches, puisque la taxation des revenus financiers est désormais rabaissée et plafonnée (flat tax à 30%), l'ISF supprimée, et même la taxe d'habitation leur sera épargnée. Au total, environ 5 milliards d'euros d'économies d'impôts chaque année ont été votées et mises en place dès la première année du quinquennat , 5 milliards dont nous n'entendrons plus parler, évidemment, puisqu'ils sont derrière nous.

Sur les nouveautés budgétaires pour 2019, le Haut Conseil des Finances Publiques, qui n'est pas un repère d'insoumis, loin s'en faut, s'est ému de quelques points. Dans un avis publié le 19 septembre sur les projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour l’année 2019, il s'étonne d'abord des mauvais résultats économiques de la France en 2018: certes, le ralentissement de la croissance en 2018 n'est pas que français. Mais "en France, le ralentissement a été plus prononcé que pour la moyenne de la zone euro avec une croissance limitée à 0,2 % pour chacun des deux premiers trimestres 2018". Cet écart, note-t-il, "porte essentiellement sur les dépenses des ménages, en particulier la consommation qui a stagné en France au cours du 1er semestre (+ 0,1 %) alors qu’elle continuait d’augmenter à un rythme proche de 1,5 % l’an dans la zone euro". Et il porte le coup de grâce, qui devrait faire frissonner la Macronista: "ceci pourrait s’expliquer notamment par les effets de la mise en œuvre de mesures fiscales qui ont pesé sur le pouvoir d’achat des ménages (augmentation de la CSG non totalement compensée sur la période par la baisse des cotisations salariales, hausse des taxes sur le tabac et les produits pétroliers)."
"Votre raisonnement, alors, c’est-à-dire le raisonnement que l’on nous serine depuis quarante ans, c’est : on va faire grossir le gâteau,  comme ça, les pauvres auront plus de miettes, les riches auront un plus gros morceau et tout le monde sera content.
C’est une imposture. C’est une escroquerie." François Ruffin à l'Assemblée nationale, 26 septembre 2018.

Le ruissellement ne fonctionne pas, ni sous Sarkozy ni sous Macron. Comme Sarkozy, Macron creuse le déficit public  - à 99 milliards d'euros contre 85 milliards en 2016 - à cause d'une politique anti-sociale et contreproductive. A cause des baisses d'impôts (0,2 point de PIB), le Haut Conseil s'inquiète que "la trajectoire de finances publiques définie par cette loi s’écarte des engagements européens de la France".

Le "cadeau" de Jupiter aux ménages n'est pas de 6 milliards d'euros en 2019, pas même 2 milliards. L'OFCE évoque effectivement une amélioration du pouvoir d'achat de 1,7 milliards d'euros (à comparer, encore une fois, avec l'ampleur des cadeaux consentis à quelques centaines de milliers de foyers aisés). La défiscalisation désocialisation des heures supplémentaires, la bascule de cotisations en CSG (- 4,2 Md€), et la baisse de la taxe d’habitation (- 3,8 Md€) est amputée de la hausse de la fiscalité énergétique (3 Md€) et du tabac (1,3 Md€) et du relèvement des cotisations Arrco-Agirc (1,9 Md€). Ces 1,7 milliards de gain de pouvoir d'achat seront également, par construction, plus importants pour les salaires les plus riches.

Pire encore, les ménages les plus économiquement contraints subiront les effets directs ou indirects d'autres mesures d'économies sur le budget de l’État qui vont affecter leur quotidien: le gouvernement a beau jeu de mettre en valeur les quelques 2 milliards de dépenses redéployées vers le plan Pauvreté (8 milliards d'ici 2022), mais la Sécurité sociale devra économiser 4 milliards. Les aides au logement (- 1,2 Md€) et les contrats aidés (- 2,1 Md€) seront réduits également. Les retraites et les prestations sociales (hors minimum vieillesse et allocation aux adultes handicapés) sont quasi-gelées. L'Éducation nationale va perdre 1800 postes. Les services fiscaux, 2300 (alors que l'évasion et la fraude fiscales n'ont jamais été aussi importantes); l’Environnement 1100; la Santé (500).

La baisse du coût du travail ne "ruisselle" pas en créations d'emplois, bien au contraire. Et pourtant, le gouvernement s'obstine. 

Le CICE est un échec, mais Macron le pérennise. Le CICE a permis de "soutenir les créations d'emplois" "de l’ordre de 100000 emplois créés ou sauvegardés sur la période 2013-2015"... une paille alors que le CICE a englouti 62 milliards d'euros sur la même période . A compter du 1er janvier 2019, il sera transformé en un nouvel allégement de cotisations sociales. Ensuite, le projet de loi PACTE prévoir de réduire d’environ 500 M€ les cotisations sur la masse salariale pour les entreprises dont les effectifs se situent entre 20 et 50 salariés. Enfin, la défiscalisation désocialisation des heures supplémentaires est la dernière fausse bonne idée pour abimer l'emploi et les embauches (pour un coût de 2 milliards d'euros environ.

Make Jupiter great again (bis)
Quand on a appris qu'Emmanuel Macron, en déplacement aux Antilles, faisait son mea culpa et qu'il demandait aux "journalistes, populations, élu(e)s" de l'aider, on est un peu tombés de notre chaise.

Avant de partir, d'un coup de stylo, Jupiter avait rayé les noms de trois candidats au remplacement du procureur de Paris François Molins, un signe d’interventionnisme direct de l'Elysée assez inédit et décomplexé. L'arrogance jupitérienne dans toute sa splendeur. Donc le petit cirque touristique et médiatique organisé aux Antilles pour montrer un jeune monarque "cool" en bras de chemises, allant aux devant des populations d'île en île, fait sourire.

Il aurait fallu oublier qu'en France, son gouvernement refusait encore une fois l'accueil d'une poignée de migrants transportés par l'Aquarius.

En Bretagne, Hollande pilonne Macron et son mépris de classe. A Lille, la maire Martine Aubry fusille à distance lors de sa conférence de rentrée où elle pilonne Macron et son mépris de classe:
"Quand on est président de la République, comment peut-on dire aux Français que ce sont des fainéants, qu’ils n’ont qu’à traverser la rue pour trouver du boulot, dire “va t’acheter un costard”, ou “le pognon de dingue pour les pauvres” ?" Martine Aubry, 28 septembre 2018.

Mais aux Antilles, le jeune monarque veut prouver qu'il a "compris" pourquoi il est si impopulaire. "Le président a décidé de changer" promet Le Monde. "Il a pêché, il se repent" complète le Figaro.  Les conseillers élyséens partagent les éléments de langage aux journalistes accrédités, lesquels doivent ensuite relayer le message de changement: Jupiter est devenu humble, compatissant, presque social: "je prends le temps d'aller au contact, d'expliquer, de parler aux gens quand ils ne sont pas d'accord." Il se frotte, il se confronte, il se précipite sur chaque passant, certains parfois s'écartent, agacés.

La démarche est grossière, et ne trompe pas grand monde.

Cette bêtise bourgeoise s'accompagne d'une arrogance naturelle qui reprend vite le dessus.

Un journaliste: "'Gaulois réfractaire', ça a été très mal compris ça..."
Macron: "Oui, mais c'était une erreur, et je l'assume."
Le  journaliste: "Une erreur de votre part ?"
Macron: "Non, une erreur de l'avoir réduit comme cela car cela entretient justement toute ces confusions."



Ami(e) macroniste, ne t'excuse pas.




1 septembre 2018

591ème semaine politique: la politique de haine d'Emmanuel Macron




Il ne les a pas prévenu. Puis il exécute, il met à bas, il démonte, il démantibule les 15 premiers mois prétendument écologiste du gouvernement Macron/Philippe. Non, il ne démissionne pas parce qu'il est impatient devant les lenteurs politiques. Il s'en va parce que rien n'a commencé et tout le monde dans l'entourage macroniste n'en a rien à fiche. Il s'en va parce qu'isolé au sein des "startupeurs" lobbistes, il ne pouvait compter ni sur ses anciens amis devenus députés godillots marcheurs, ni les autres arrimés à l'opposition.
"Est-ce que nous avons commencé à réduire les gaz à effet de serre ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire les pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non." Nicolas Hulot sur France inter, mardi 28 août 2018.
Il jette l'éponge parce que la prolongation de l'utilisation du glyphosate pour 3 ans au moins, sans interdiction formellement votée pour la suite; l'absence de moyens financiers pour atteindre les objectifs de transition énergétique; l'humiliation de la loi sur l'alimentation, ou la sanctuarisation de notre industrie nucléaire vieillissante a détruit toute motivation à rester faire de la figuration.

Nicolas Hulot s'en va après le second été le plus chaud que la France ait connu depuis qu'elle mesure les températures, c'est-à-dire quelques siècles. Quel symbole !
"Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là et donc je prends la décision de quitter le gouvernement."  Nicolas Hulot.
Côté macroniste, c'est d'abord la stupéfaction, la sidération: "pour l'instant, on va dans le mur." pleure Mathieu Orphelin, député macroniste bien naïf. Emmanuel Macron est énervé. Il apprend la nouvelle à l'étranger, au Danemark. Sa réaction se déroule en trois temps. D'abord les fidèles relayent l'inévitable message. Les éléments de langage sont répétés au mot près dans toutes les bouches de la Macronista officielle - Aurore Bergé, Mounir Majoubi, Gilles Legendre, Gabriel Attal - et de quelques militants. Une floppée de clones, pour l'essentiel toujours inconnus du grand public, déroulent les mêmes arguments, au mot près: le bilan de Hulot en 15 mois est exceptionnel, Hulot serait un idéaliste impatient. Pourtant le pauvre ministre a justement dit l'inverse. Il jette l'éponge car rien n'a commencé.  En complément, les trolls raillent contre le manque de courtoisie de Hulot qui aurait pu prévenir Macron, ou contre les critiques d'hier qui applaudissent aujourd'hui (?).

"La macronie commence sa décomposition".— Jean-Luc Mélenchon 28 août 2018
Second temps, Macron réagit vite, il applaudit à la "liberté" de l'homme. C'est joli. Mais en France, ces deux premiers moments n'ont pas suffis, la presse s'en donne à cœur joie et la tétanie est générale. Hulot a raison, dixit les premiers sondages. Le désaveu sondagier est si massif que, troisième temps, Macron lâche sa bombinette, une petite phrase qui fera tâche et rebondira allègrement dans l'actualité franco-française: "Il ne s'agit pas d'être naïf, ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n'est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement! Encore que! Mais nous avons en commun cette part d'Européen qui nous unit." Nouveau mépris présidentiel depuis l'étranger. C'est la marque de fabrique de ce jeune monarque. Ses conseillers invoquent l'humour. Un couac succédant à un autre, un écrivain proche ami et admirateur béat de Jupiter obtient un poste d'ambassadeur au consulat de Los Angeles, belle villégiature et petits arrangement entre amis.

Au Danemark, puis en Finlande, Macron diabolise ses opposants, il développe son argumentaire binaire, le bien contre le mal, les "progressistes" contre les "nationalistes". Macron et Orban se sont choisis. Comme avec Marine Le Pen en France lors du scrutin présidentiel français de 2017, Emmanuel Macron est trop heureux de disposer d'un pareil épouvantail en la personne de l'autocrate hongrois pour les élections européennes de 2019.

Il nous refait le coup du "tout sauf les extrêmes".

On connait la suite.

Les macronistes s'autoproclament "progressistes", "solidaires" et"généreux". En France, les 18 premiers mois de macronisme ont permis de constater de quoi il en retournait: réduction du droit d'asil, enfermement des enfants de migrants, maintien du délit de solidarité, faramineux cadeaux fiscaux improductifs pour les foyers les plus riches, augmentation des déremboursements de soins, comment encore oser se poser en défenseur des solidarités face à l'extrême droite européenne.

Macron déclare à propos de Salvini et Orban: "S'ils considèrent qu'il y a, en France, l'ennemi du nationalisme, du repli sur soi, de la politique de haine, d'une politique qui consiste à dire que l'Europe doit payer ce qui nous arrange mais n'impose aucune forme de responsabilité et de solidarité, ils ont raison."

Le macronisme au pouvoir en France est une politique de la haine - contre les migrants et plus généralement"ceux qui ne sont rien". Le macronisme en France est une politique qui consiste à dire que les classes populaires doivent payer, et qui n'impose aucune forme de responsabilité aux plus riches.


Anecdote symbolique, les avocats de la ministre de la Culture reconnaissent que cette dernière n'a pas respecté les règles de protection du patrimoine quand elle a fait réaménager l'hôtel particulier parisien qui lui sert de siège social, et réclame une "indulgence" qui leur est aussitôt accordée. Justice à deux vitesses que celle-là.

Contradiction politique, Macron n'a pas de mots assez doux pour la chancelière Merkel dont les députés européens sont dans le même groupe parlementaire à Bruxelles que ceux de l'autocrate Orban...

Cherchez l'erreur.

Non seulement Macron a fait la preuve de l'exact inverse de ce qu'il proclame, mais en il apparait surtout comme l'idiot utile des Orban et Salvini qui dirigent une partie de l'Europe. Ces neo-fascistes, soutenus en France par le Rassemblement national, en Autriche par un gouvernement contaminé par les héritiers du neonazisme aux postes régaliens du pays, se servent de Macron comme d'un épouvantail facile: il présente les attributs de cette haute bourgeoisie mondialisée et inefficace, tout en affichant sa faiblesse au quotidien puisqu'il légitime les principes de la xénophobie qu'ils défendent à travers ses actions dans son propre pays.

Macron est un président de classe, celui des ultra-riches.

La démission de Hulot est une crise gouvernementale, l'aveu d'un d'un échec, le premier retournement politique et l'un des plus symboliques que l'on aurait pu craindre/espérer.

Cette démission efface surtout la grande nouvelle qui devait lancer "l'an II" de la Macronie, la "désocialisation" des heures supplémentaires. Pour contrer les accusations de "présidence des riches" et politique de classe, l'équipe Macron avait choisi un accent social pour cette rentrée.
Notez au passage cette curieuse qualification officielle, "la désocialisation", belle novlangue utilisée pour vendre l'exacte même mesure stupide, rétrograde, contre-productive et démagogique de Nicolas Sarkozy de l'été 2007, annulée par François Hollande en 2012: la défiscalisation des heures supplémentaires.

A l'époque, cette mesure sarkozyste coutait entre 3 et 4 milliards d'euros annuels, aggravant le déficit public. Elle avait aussi découragé les embauches - chômeurs contre salariés en heures sup ? A qui profite le crime et la bêtise ? Dès avril 2008, l'emploi intérimaire puis CDD s'effondraient en France, une année avant la Grande Crise. Deux ans plus tard, en mai 2010, la DARES constatait que 44% des entreprises concernées par un surcroît d'heures supplémentaires depuis la mise en oeuvre de la mesure utilisaient les heures sup défiscalisées en alternative aux recrutements en CDI ou en CDD.

La nouvelle funeste avait été annoncée tonitruant par le premier des collaborateurs Édouard Philippe le dimanche précédent le bordel. Macron croyait tenir son annonce de rentrée, pour effacer les critiques sur la baisse du pouvoir d'achat: "Nous voulons que les Français puissent revenir vers le travail, que ce travail paie, et qu’il paie de mieux en mieux."

Travailler plus pour gagner plus, ça ne vous rappelle rien ?

Cette mesure est censée également atténuer à défaut d'effacer le gros coup de "rabot" décidé pour 2019 et 2020 sur les retraites et l'essentiel des aides sociales. Hypocrite, le ministre des Comptes Publics Gérald Darmanin expliquait courant août que les aides sociales ne baisseraient pas quand des premières fuites dans la presse faisaient craindre le pire. En réalité, elles vont bel et bien baisser en valeur réelle puisque leur revalorisation sera trois fois inférieure aux prévisions officielles d'augmentation des prix. Et idem pour les retraites.

D'après l'INSEE, le pouvoir d'achat des ménages français a baissé en moyenne de 0,6% au premier trimestre 2018. Quelques militants macronistes brandissent un sondage réalisé comme chaque année par le cabinet Deloitte selon lequel le pouvoir d'achat des salariés aurait progressé au au contraire.

Au mieux, ce budget 2019 est un jeu à somme nulle : les revalorisations du revenu de solidarité active (RSA), de la prime d’activité, du minimum vieillesse et de l’allocation pour les adultes handicapé, ajoutées à la baisse de la taxe d’habitation, la suppression des cotisations chômage sur les plus bas salaires et la défiscalisation des heures supplémentaires sont compensées par la hausse de la CSG et le coup de rabot sur les retraites et les autres prestations sociales.

Pire, le gouvernement poursuit son œuvre de destruction sociale: ainsi, les "emplois aidés qui ne permettent pas d'avoir un emploi viable" seront progressivement supprimés (459 000 contrats aidés en 2017, 200 000 fin 2018). Dans cette catégorie, on trouve une majorité d'emplois dans le secteur non marchand (environ 300.000 en 2016), un séisme pour les quartiers populaires comme l'explique Bastamag, qui correspond à environ un milliard d'euros d'économie sur le dos des associations (animateurs) et collectivités locales (assistance dans les administrations, les cantines, les classes primaires, les bibliothèques).

Le gouvernement confirme la suppression de 50 000 postes de fonctionnaires d’État d'ici 2022, sans préciser le détail. On imagine que le solde pour atteindre l'objectif de 120 000 sera demandé aux collectivités locales.

Aux syndicats, il prévient également qu'il veut rogner voir supprimer les cumuls salaires/indemnités chômage: 830 000 salariés précaires sont concernés, pour un coût d'environ 5 milliards d'euros par an. Et il lance un chantier de révision des conditions d'indemnisation des arrêts de travail (après avoir refusé, au printemps dernier, de légiférer sur le burn-out...).

Le gouvernement n'échappe pas non plus à la reprise des affaires. Prochainement, Alexandre Benalla sera auditionné par les enquêteurs. Alexis Kohler devra répondre des accusations de favoritisme familial avant qu'il ne devienne secrétaire général de l'Elysée. Des barbouzeries de Benalla aux influences des lobbies, la rentrée est mauvaise, les sondages si importants en Macronista sont désastreux.

Peut-être est-ce le signe d'un début de prise de conscience: l'action politique d'Emmanuel Macron est simplement une politique de classe, pour une classe contre les autres, avec le soutien naturel de la majorité de cette minorité sociale surpuissante et de quelques idiot(e)s utiles qui n'ont rien compris.


Ami(e) macroniste, ne pars pas. 






10 mars 2018

566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ?

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La question est posée, elle ne sera pas adressée officiellement.


En fin de semaine,  Macron s'envole pour l'Inde. La presse principale reproduit les communiqués de presse élyséens -  "Visite d'Emmanuel Macron en Inde : 13 milliards d'euros de contrats signés" (France 24), "Visite d’État de Macron en Inde : un contrepoids à la Chine" (Ouest-France), "Macron en opération séduction au pays des Maharadjahs" (Le Parisien) , "la France annonce la signature de 20 contrats d’une valeur de 13 milliards d’euros" (Le Monde) - se fend d'un portrait dithyrambique d'une digne représentante de l'écologie macroniste - Brune Poirson, "l'écologie sans idéologie" dixit Le Point (sic!), ou prête ses colonnes aux éloges de Ségolène Royal, exilée comme "ambassadrice pour les pôles", pour faire de la pub aux projets écolo de Jupiter.

En bref, les principaux médias nous vendent "l'engagement écologique de Macron" à travers le sommet de l'Alliance solaire internationale où Macron intervient ce 10 mars, la valeur des contrats signés dans ce pays gigantesque pour des entreprises françaises et, évidemment, l'importance diplomatique de ce déplacement de 3 jours.

Le coup diplomatique que l'on tente de vendre - Jupiter traitant d'égal à égal avec le président du pays le plus peuplé du monde - est rapidement occulté par le vrai coup diplomatique de Donald Trump. Le président américain annonce qu'il rencontrera prochainement le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. C'est indéniablement un très joli coup, et un signe d'apaisement inhabituel de la part de cette Maison Blanche en furie.

La valeur des contrats signés est un "must" de tout déplacement présidentiel à l'étranger: ça évite de parler d'autre chose (les droits de l'homme quand on est en Chine ou au Qatar, la pauvreté quand on visite l'inde, etc), mais surtout cela permet de coller une (fausse) preuve d'action à l'image du monarque en place. Macron adore signer des lois et des contrats devant les caméras. En Inde, il est servi. Pourtant, même sur ce terrain symbolique-ci, la prouesse macroniste est modeste: 12 des 13 milliards annoncés sont le fruit d'un seul contrat de livraison de moteurs d'avion pour Safran.

En Inde, il y a plus grave que ce petit déraillement de la communication diplomatique élyséenne ou ces agitations dans des sommets écolo où l'on ne décide de rien. En Inde, Jupiter voulait surtout vendre, encore et toujours, un peu de nucléaire français. Et cette fois-ci en zone sismique.

On se souvient de Sarkozy se dépêchant à Pékin, trois semaines à peine après la catastrophe nucléaire de Fukushima dans le Japon voisin, l'un des « sujets prioritaires » du tête-à-tête entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao, au Grand Palais du peuple ce soir de mars 2011. L'Elysée sarkozyste expliquait même à l'époque combien "Fukushima n'invalide pas la pertinence du nucléaire civil". 
L'ancien monarque avait fait beaucoup d'effort pour exporter le nucléaire français. Outre la Chine, Sarkozy avait entamé des démarches avec son meilleur allié, le colonel Kadhafi, avant la brouille mortelle de 2010.

Sept ans plus tard, jour pour jour après Fukushima, Macron est en Inde pour vendre des EPR.

La communication présidentielle n'insiste pas sur cette dimension du voyage.

Le PDG d'EDF est du voyage. D'après le site Energeek, la signature de la commande est bel et bien l'un des objectifs élyséens. Un "protocole de coopération" relatif à la construction de six EPR sur le site de Jaitapur, en bord de mer, pour une capacité potentielle de 9,9 GW, avait été signé il y a 2 ans entre le groupe EDF et le groupe indien Nuclear Power Corp of India Ltd (NPCIL). Et les premiers repérages ont été initiés par Areva dès 2009. La région de Jaitapur, en bord de mer, a pourtant déjà subi plusieurs tremblements de terre d'une magnitude supérieure à 6.  "Le site indien de Jaitapur est exposé aux séismes et aux tsunamis" commentait sobrement le Monde en janvier 2017. Différents documents secrets du Department of Atomic Energy l'attestent. Des associations locales, Greenpeace et tous les élus du coin s'opposent au projet, sauf, évidemment, les autorités de l'état du Maharashtra, duquel dépend la zone.
"Nous, les pêcheurs et les agriculteurs de Jaitapur et les zones adjacentes, voulons qu'il soit très clair que notre opposition tenace au projet nucléaire proposé est totale et ne sera pas vaincue par des moyens ou les manières possibles." Déclaration publique, juin 2013.
La signature de cette commande se chiffrerait à 60 milliards de dollars. On n'en doute pas. Partout où il a été déployé, l'EPR est un gouffre qui apparaît sans fin. A Flamanville, il dépasse les 10 milliards d'euros, trois fois plus que prévu; 22 milliards d'euros à Hinkley Point, au Royaume-Uni, soit 2 milliards de plus que prévu.

Mais il faut défendre la filière nucléaire fraaaaançaise, coûte que coûte! Sous un vernis écolo, bien servi par Nicolas Hulot, le gouvernement Macron fait feu de tout bois pour développer, ou plutôt sauver le nucléaire français. Qu'importe si le recyclage des premières centrales est un casse-tête économique et écologique; qu'importe si l'on découvre enfin aujourd'hui coûte bien plus cher qu'on ne l'a dit.

En novembre dernier, Nicolas Hulot avait reporté la plupart des objectifs de la loi de transition énergétique votée sous Hollande et portée à l'époque par Ségolène Royal devenue depuis Macronista-gaga. "Atteindre les 50% d’atome dans le mix électrique d’ici à 2025 était certes un sacré défi dès le départ, dès la loi de 2015" rappelle Libération. "Pour tenir cette promesse, il aurait fallu fermer l’équivalent de 17 à 20 réacteurs sur les 58 actuels, calculait la Cour des comptes en 2016, et 27 à 31 selon Greenpeace." La promesse macroniste de tenir ces engagements est enterrée dès le début du quinquennat. 

Quatre mois plus tard, la planification de la fermeture des centrales trop anciennes est elle aussi enterrée: il est urgent ... de ne rien faire. La communication présidentielle s'active pour convaincre que Macron s'active, multiplie les réformes, transforme le pays au point de donner le tournis à ses détracteurs, et pourtant. Sur ce sujet des plus urgents, des plus graves, la procrastination est la règle.

La programmation pluriannuelle de l’énergie, qui devait réactualiser ces objectifs, est repoussée... à 2019. Le soutien aux énergies renouvelables s’incarne dans des shows médiatisés, des tweets et des belles déclarations, pas dans les actes. En 2017, la part de l’électricité consommée en France issue des énergies renouvelables est tombée à 18,4%, contre 19,6% en 2016.

Exporter des EPR hors de prix, y compris dans des zones dangereuses (mais lointaines), geler la fermeture des centrales vieillissantes, repousser la planification de nouveaux objectifs, voici en résumé le premier bilan écolo peu convaincant du Président des riches.

"La transition écologique est une priorité pour aujourd’hui qui affecte tous les secteurs de la vie économique et sociale." pouvait-on lire dans le programme présidentiel du candidat Macron.

Sans rire.

Cet enterrement qui ne dit pas son nom fait tâche. On croyait Macron si actif. Nos éditocrates expliquent qu'il cherche à "sidérer l'opposition" par sa sur-activité. Cette semaine encore, un projet de réforme constitutionnelle est dévoilé, quelques semaines après que des premiers sondages nous garantissent que les Français étaient majoritairement d'accord (sic!): la simple réduction du nombre d'élus (sénateurs et députés), pour affaiblir encore davantage le Parlement, agite heureusement quelques gazettes et des républicains authentiques, de droite comme de gauche. Vendredi, c'est la ministre de la Justice qui jette un nouveau hochet au sérail politico-médiatique, la création de "tribunaux criminels" composés de juges professionnels, pour remplacer les jurys d'assises sur les crimes les moins graves.

Jupiter ne sidère pas. Il fait suffoquer. Il engage un programme de "réformes" et de privatisation de l'Etat qui pourrait être débattu, mais qui ne le sera pas puisque le jeune monarque fait en sorte d'éviter le débat. Et sur quelques sujets majeurs - la pauvreté (les Restos du Cœur lancent leur nouvelle campagne cette semaine) ou l'écologie (la France insoumise organise un vote sur la sortie du nucléaire du 11 au 18 mars), Macron se tait, ou plutôt amuse la galerie avec des shows, des sommets et des tweets.

Ami macroniste, où es-tu ?


2 octobre 2014

Gaz de Schiste: Nicolas Sarkozy a changé


C'est peut-être la seule nouvelle politique intéressante du retour raté de Nicolas Sarkozy. L'ancien monarque est désormais favorable à l'exploitation du gaz de schiste. 

Mais est-ce un revirement récent ? Pas tout à fait. 

Est-ce donc une nouvelle ? Non.


1. Sous sa présidence précédente, l'exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique a été prohibée en 2011. La mesure n'était pas évidente, puisque Nathalie Kosciusko-Morizet, à l'époque ministre de l'écologie, a du batailler pour l'obtenir.

2. Jeudi 25 septembre à Lambersart, Sarkozy n'avait plus aucune retenue. "Je souhaite clairement que nous réfléchissions aux conséquences du principe de précaution auquel je préférerai toujours le principe de responsabilité. Avec la précaution, on s'abstient de faire, avec la responsabilité, on assume la conséquence de ses choix et on ne se condamne pas à l'immobilisme". Il n'agit plus seul, n'y voyez nul courage. L'exploitation du gaz de schiste fait rêver.

3.  Le revirement ne date pas d'hier. Pendant la campagne de 2012, rappellent les Décodeurs du Monde, Sarkozy n'était déjà plus si sûr de détester les ravages de la fracturation hydraulique. Rares sont ceux qui contestent les ravages de cette exploitation. Le 16 septembre dernier, l'Usine Nouvelle s'inquiétait des défaillances des tuyaux apportant l'eau pour la dite fracturation, des défaillances qui dévastent les sous-sols. En France, le gouvernement reste opposé. Ségolène Royal, ministre de l'environnement, y a mis tout son poids. "Il y a beaucoup de dégâts environnementaux, ensuite le coût s'est révélé beaucoup plus important que prévu" a-t-elle prévenu.

"Tant que je serai ministre de l’Ecologie, il n’y aura pas de gaz de schiste". Ségolène Royal

4. Ce vrai-faux changement a paraît-il agacé une nouvelle ralliée, Nathalie Kosciusko-Morizet. Son ancienne porte-parole de la campagne ultra-droitiste de 2012 avait été choqué, après coup bien sûr, par les saillies frontistes du candidat Sarkozy. Mais ça, c'était avant. L'ancien monarque l'a facilement rallié à sa cause du retour à peine deux ans plus tard. Lundi 28 septembre sur France inter, comme vendredi dans les colonnes du Figaro, l'ancienne égérie de la droite écolo a voulu marquer sa différence: "Je ne suis pas d'accord avec Nicolas Sarkozy, et ce n'est pas la première fois". Ou encore: "Je suis opposée à l'exploitation du gaz de schiste dans les conditions et avec les technologies qui ont été employées aux États-Unis". La manoeuvre était facile. Nicolas Sarkozy veut rassembler large, malgré un passé honteusement clivant au-delà des frontières républicaines. Et NKM agit comme le poisson pilote vers les centristes écolo.

La vie est belle, l'arnaque facile.

En 2010 déjà, Sarkozy avait renoncé au Grenelle de l'Environnement.

Pourquoi mentir, encore ?





15 mai 2014

Pourquoi veulent-ils virer Ségolène Royal ? #2007reboot

La ministre de l'Ecologie repart dans une mini-tourmente dont elle se sort habituellement très bien. Quelques médias rapportent des propos durs et désaccords sérieux à l'encontre de ses collègues. Ségolène Royal fait parler d'elle chez une presse qui n'attendait que cela. 

Le feuilleton peut continuer, aux détriments des vrais sujets et des réelles inquiétudes. L'évènement a effacé l'intervention présidentielle du jour sur la réforme territoriale.

Et boum !


Au début, il y avait l'eco-taxe. Un impôt pour décourager le transport par poids lourds, une aberration écologique effective qu'il fallait gérer. La taxe, votée à l'unanimité en 2009, ne fut... jamais appliquée. Pire, l'ancienne équipe sarkozyste, via Nathalie Kosciusko-Morizet, avait confié la collecte de cette taxe à un consortium privé dans des conditions économiques rocambolesques. Une commission d’enquête du Sénat sur le contrat Écomouv’ est attendu le 27 mai . Pire, la révolte des Bonnets rouges à l'automne 2013 en a raison, le gouvernement était affaibli.

L'éco-taxe fut donc suspendue, puis enterrée par Ségolène Royal parvenue au ministère de l'environnement à la faveur du remaniement de fin mars. Son prédécesseur Philippe Martin avait promis une autre formule fiscale "carbonée" aux alliés écologistes de l'époque.

Mercredi 14 mai, jour d'ouverture du Festival de Cannes, la vraie montée des marches est à Paris, à l'Elysée plus précisément, pour l'habituel . On imaginait l'ambiance au gouvernement, sur le perron du Palais, pour l'habituel Conseil des ministres. Les "meilleurs extraits" d'une interview mi-people mi-politique dans l'hebdo Paris Match faisaient le buzz du jour.

Il y avait de "vrais" sujets politiques.

1. Ainsi sur l'affaire Alstom, le dépeçage d'un fleuron français privatisé sous un Sarkozy qui avait promis en 2004 que l'Etat resterait aux commandes, Ségolène Royal prend le "contre-pied" de son collègue Montebourg. Elle assume soutenir la reprise de la branche énergie par General Electric,  "une bonne opportunité pour Alstom", quand le ministre du redressement productif préférait la solution européenne qu'il tentait d'imposer: "C'est le meilleur projet industriel. Pourquoi ne pas le dire ?"

2. La ministre avait aussi quelque chose à dire sur l'épineux sujet de l'eco-taxe. Elle accuse Michel Sapin, à mi-mots, d'être trop proche d'un président de la Commission parlementaire auteur de recommandations sur le sujet.

Pourquoi donc s'inquiéter ? 

Car Ségolène Royal rappelle avec constance qu'elle est hostile à toute taxation nouvelle sur le diesel. L'argument est social: "Tout l'effort du gouvernement se dirige actuellement vers l'allégement de la charge fiscale. On ne peut pas fiscalement charger encore des citoyens qui n'ont pas les moyens de changer leur voiture ". En 2009 déjà, l'ex-candidate s'opposait à la taxe carbone de Nicolas Sarkozy pour les mêmes motifs. Elle recevait un rapport bi-partisan de la sénatrice UMP Fabienne Keller et du député EELV Denis Baupin sur le sujet.

Il y avait aussi du croustillant pour la galerie, de l'anecdotique people dont rêvent les "ragotistes". Des propos sur le supposé "machisme" de ces collègues.

Forcément, toutes les plumes numériques de la médiasphère se sont ensuite affairées la journée durant contre l'ex-candidate à la présidentielle: Le Lab d'Europe 1 tire le premier, "Royal dégomme Montebourg et Sapin". Sans rire... C'est bal tragique à l'Elysée, meurtre rue Saint-Honoré.

"Ségolène Royal ou l'habitude de la "rétropédalitude"  titre rapidement le Nouvel Obs. Le Point n'est pas en reste. Un stagiaire fait opportunément le bilan de ... la voiture électrique Mia, développée en Poitou Charentes. Alors présidente de région, Ségolène Royal s'était investie pour sauver l'entreprise locale. Pour l'hebdo néo-libéral, il fallait enfoncer, décourager, détruire et réécrire. L'actualité servait le sujet sur un plateau:  ce même mercredi 14 mai, le tribunal de commerce de Niort rejetait trois offres de reprise de Mia, le constructeur de voitures électriques "soutenu à bout de bras par la région Poitou-Charentes depuis 2010."

Quand le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll explique qu'il faut de la "solidarité gouvernementale", le Point titre sur Le Foll qui "recadre" Ségolène Royal. Les propos du ministre sont pourtant plus mesurés et très habiles: la solidarité au gouvernement "est sacrée, car elle est la condition de la réussite. Il n'y a pas de réussite dans un gouvernement sans une solidarité gouvernementale et une cohérence dans l'action gouvernementale".

Dans l'après-midi, Ségolène Royal éteint le sujet: "

"Je n'ai pas donné d'interview en tant que telle. (...) Ne donnons pas plus de place qu'il ne faut à des petites phrases qui n'entament en rien l'amitié et la solidarité entre ministres."

L'attention médiatique se relâche: "Je ne me laisserai pas ni dégrader ni balloter par des déclarations de presse, je suis au travail ". Le récipiendaire de cette "interview" à Paris Match est ensuite et fort heureusement achevé d'un dernier coup:"J’ai pas donné d’interview en tant que telle. Il y a des discussions entre ministres, des discussions franches."

En d'autres temps, elle aurait fini au bûcher. On mesure que certains font déjà et encore craquer des allumettes.






28 avril 2014

Ségolène Royal fait sa pub

La ministre de l'Ecologie tente de ramener le débat politique là il doit être, sur les actes de politique générale et non les ragots.

En fin de semaine dernière, elle a détaillé un plan d'action qu'elle espère visible, avec 21 actions différentes qu'elle entend lancer dans les 100 jours.

Le Point, auteur de prétendues révélations sur le code vestimentaire que l'ex-présidente de région aurait imposé à son ministère, insiste quand même sur cette affaire et assure le service minimum sur les propositions de la ministre.

Voici les plus concrètes:
  • Finaliser la loi sur la transition énergétique: "La loi arrivera en commission à l'Assemblée en juillet 2014" a-t-elle promis. Il y aurait un volet "économie circulaire" .
  • Finaliser la réforme du code minier
  • Identifier de nouvelles zones pour l'éolien offshore.
  • Accélérer la rénovation thermique des logements pour atteindre l'objectif fixé de 500 000 logements éco-rénovés d'ici à 2017
  • Réformer les modes de fixation des tarifs de l'électricité, pour éviter des modifications "tous les deux mois". 
  • Faire adopter les 21 derniers plans de protection de l’atmosphère.
  • Soumettre 8 perturbateurs endocriniens à expertise scientifique "dans les prochains jours"
  • Proposer une alternative à l'eco-taxe
  • Faire voter le projet de loi sur la biodiversité
  • Signer le décret redonnant au Marais Poitevin le statut de parc naturel régional.




Bourdin Direct: Ségolène Royal - 15/04 par rmc


Lire la liste des 21 dossiers



8 avril 2014

Intrigues en coulisses: quelle est la majorité de Manuel Valls ?

Manuel Valls passe son premier oral, dans quelques heures ce mardi 8 avril 2014. Premier ministre, il doit porter un Pacte de Responsabilité et son paquet d'économies.

Mais avec quelle majorité ? 

Car nous eûmes quelques soubresauts, comme si une partie de la majorité ne voulait plus en être, à n'importe quel prix et beaucoup de silences.


Pourquoi Cécile Duflot a raison. 

Samedi dernier, lors du conseil fédéral d’Europe Ecologie-Les Verts, l'ancienne ministre du logement a rappelé les raisons de son départ du gouvernement. Le discours est fort, et inhabituel. Cécile Duflot avait beaucoup à dire.
"Quelque chose se désagrège sous nos yeux, sans que beaucoup ne soient capables d’en prendre la mesure réelle" Cécile Duflot, 5 avril 2014.
Pour le vote de confiance au nouveau gouvernement de Manuel Valls, le conseil fédéral prônait donc l'abstention. "J'espère qu'il va renoncer à faire une politique à droite toute et qu'il va faire 50 milliards d'économies, notamment dans les dépenses sociales. Ils n'ont pas entendu l'appel des électeurs aux municipales. Ils n'ont pas pris au sérieux la perte de 150 villes. (...) Si j'étais députée, je ne voterais pas la confiance. Je m'abstiendrais. " confie Eva Joly.

Les écologistes n'ont pas été séduits par le Pacte irresponsable. Même les députés hostiles au retrait d'EELV du gouvernement Valls ont protesté, crié, fustigé le Pacte irresponsable. Cet après-midi, c'est le moment de vérité.
"Je n’imagine pas un gouvernement venir devant la majorité et dire ma déclaration de politique générale c’est le pacte de responsabilité (...) Nous ne le voterons pas" François de Rugy.




Intrigues en coulisses

En parallèle, près d'une centaine de députés socialistes se décident à "mettre la pression" sur le gouvernement. Il y a une alliance composite poussée par Martine Aubry. Il y a aussi l'aile gauche du parti. Dimanche, ils sont 88 à signer un texte commun.

En rispote, le premier ministre a multiplié les consultations auprès des groupes parlementaires de ce qu'il espère être sa majorité (PS, PRG, EELV) et même au-delà (Front de gauche).

Le soir sur BFM TV, le député socialiste François Kalfon menaçait: "nous ne voterons pas le Pacte de responsabilité en l'état." Menace en l'air ? "Je préfère avoir l'optimisme de la volonté" répète-t-il pour se convaincre. "La politique que nous avons fait jusque là n'a pas fonctionné", l'aveu est clair.

En fait, l'intrigue risque de faire choux blanc. François Hollande est fin tacticien. Personne ne s'est demandé pourquoi donc, pour la première fois sous la Vème République, un gouvernement n'était qu'à demi-composé ?

Mercredi dernier, Hollande n'a nommé que des ministres, mais aucun secrétaire d'Etat. 

Aucun.

Et pourquoi donc ?

Un conseiller ministériel livrait la clé au Figaro, à propos des grincheux du moment: "Ils montent très haut dans les tours mais, dans les arrière-salles, ça négocie sur tous les coins de table. Ils sont en train d'acheter des secrétariats d'État."

Bien joué...

Y aura-t-il 88 secrétaires d'Etat ?

Le premier ministre n'est qu'un messager du Président, au mieux le pilote d'une feuille de route écrite ailleurs. Manuel Valls, ministre, a largement surjoué avec la médiatisation de sa propre personne, comme Sarkozy en son temps. Devenu premier ministre, il changera peut-être, c'est d'ailleurs le seul terrain où ses changements pourront être rapides et visibles. Gageons que Stéphane Fouks et Alain Bauer, qui le conseillaient encore dimanche 30 mars, Place Beauvau, sauront lui conseiller la bonne démarche.

Ça s’est passé rapidement et clairement, simplement et douloureusement.” 
François Hollande, à propos de la nomination de Manuel Valls.


7 janvier 2014

Pourquoi la gauche a du souci à se faire

La gauche va mal, c'est peu de le dire. Nos responsables politiques, à gauche, en font rarement le constat. Et pourtant... Il ne concerne pas seulement le président en place. Toute la gauche semble tétanisée, fatiguée, éparpillée. 

Dans un billet très complet, Stéphane Alliès, pour Mediapart, revenait il y a peu sur les "7 faillites de la gauche" qui "ne laissent guère optimiste sur 2014." L'occasion de dresser un premier bilan à l'approche des prochains scrutins.
"Sous Jospin, bon an mal an, la gauche était plurielle. Sous Hollande, la gauche n’est plus rien."
Plus rien ? Vraiment ? L'auteur de l'article a l'immense mérite d'éviter les batailles d'étiquettes. On parle concret - déceptions politiques en tous genres, actions et idées, lois ou absence de lois.

 "L’hypo-parlement" 
Le journaliste s'émeut de la faiblesse parlementaire. Les occasions ratées ont été nombreuses. Même sur des sujets qui mobilisaient à gauche plus largement  (comme la transcription législative de l'ANI ou la réforme Ayrault des retraites), les suffrages ont manqué, les convergences alternatives n'ont pas été trouvées.
"A quelques rares exceptions près, (...) on ne trouve pas trace d’un texte voté par l’ensemble de la gauche, au Sénat et à l’Assemblée. Une majorité introuvable, faute de se donner la peine de penser des convergences." 
Il est de bon ton de constater la faiblesse du parlement français. Le régime présidentiel affaiblit la représentation parlementaire, ce n'est pas nouveau. Nous soutenons, dans ces colonnes, un changement de régime. Mais clamer que le parlement ne sert à rien au motif qu'il ne s'oppose pas au gouvernement qui en est issue est... ahem... curieux. L'Assemblée vote des lois. Il y a du boulot.

Au Sénat, la majorité est finalement inexistante à cause de la division de la gauche. Le Sénat ressemble presque à ce parlement introuvable où que le courant "parlementariste" souhaite voir émerger: pas de majorité godillot, des alliances politiques de circonstance, négociée pas à pas.

"La disparition du PS… et de l’aile gauche socialiste" 
La remarque n'appelle que peu de commentaire. Bien sûr, le parti socialiste existe encore, tout comme son aile gauche. Mais son utilité politique est aujourd'hui bien réduite tant que l'expérience électorale de cette année 2014 n'est pas passée.

Le PS souffre d'une direction molle. La Vrauche lui reproche sa trahison. C'est de bonne guerre, mais largement insuffisant. La gauche, où qu'elle soit, ne sait plus travailler des convergences, sur aucun sujet, même les plus évidents.

L'affaire récente sur Dieudonné en est un bel exemple. Que Manuel Valls se saisisse en premier du sujet a suffit pour que la "Vrauche" se mette en retrait tant l'homme horripile.

"Le Front de gauche en capilotade"
Le journaliste de Mediapart est prudent, assez peu sévère dans la forme, mais dur sur le fond. Il livre une critique répétée dans ces colonnes et ailleurs: "la progressive personnalisation de la rivalité entre Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon a mis en danger la pérennité d’un regroupement touchant les limites du cartel électoral." Ici ou là-bas, des militants reconnaissent la difficulté.

Sur la réalité de la mobilisation citoyenne, le journaliste souligne la faiblesse du mouvement: "L’alternative via la rue et la révolution citoyenne, défendue par le PG et mise en branle le 5 mai et le 1er décembre dernier, n’a mobilisé qu’un noyau militant certes encore soudé, mais bien loin des marées citoyennes espérées."

Les élections municipales - "désalliances" locales exceptées comme à Paris - puis européennes seront l'occasion de jauger de la force d'attraction électorale de cette opposition de gauche radicale.

L’écologie “désarmée” 
Le constat fait mal car il y a du vrai. Les écologistes ne savent plus où ils habitent. Mais le journaliste fait erreur en prenant le nucléaire comme exemple. Il affirme, sans preuve, que "l’objectif d’une réduction de la part de nucléaire à 50 % du mix énergétique en 2025" a été "enterré". C'est l'un des rares sujets où le désaccord entre EELV et le PS était connu, écrit, constaté, et le point négocié: un grand objectif à terme (qu'il serait malhonnête de juger à 18 mois de présidence), et la fermeture de la centrale de Fessenheim d'ici la fin du quinquennat. Le problème de l'écologie politique n'est pas là.

EELV est coincée dans une schizophrénie politique bien classique, qu'Alliès reconnaît par ailleurs: elle participe à un gouvernement qui l'agace mais où elle pense pouvoir faire la différence. Cette même participation a fusillé son autonomie. C'est le lot de toutes les alliances politiques entre partis proches mais différents.

En fait, l'écologie politique a été effacée  du débat public. EELV n'est pas parvenu à expliquer que l'écologie pouvait aider à sortir de la crise.

"Les quartiers populaires abandonnés"
Ils ont quasiment disparu du discours politique. François Lamy, ministre de la Ville, est si discret que le grand public ne connait pas son nom. On dira qu'il ne sert pas nécessairement à grand chose de faire de grands shows médiatiques comme sous Sarkozy pour ne rien faire ensuite.

Le journaliste commet un raccourci incroyable, il réduit le sujet des quartiers populaires à deux choses seulement: "Mesures principales du programme de Hollande, en tout cas les seules concernant les banlieues françaises, le droit de vote des étrangers et le récépissé de contrôle d’identité". Réduire la politique à l'égard des quartiers populaires à cela est absurde, et irresponsable. Oubliés la lutte contre la précarité, le logement social (cf. le relèvement à 25% de la proportion minimale de logements sociaux par commune dans la loi Duflot), l'augmentation du plafond de revenu pour le bénéfice de la CMU et l'ACS, etc.

"Le non-idéal européen"
La gauche se déchire sur l'Europe depuis bientôt 20 ans et le Traité de Maastricht de 1992. Le rejet du Traité de constitution en 2005 a aggravé les divisions même si François Hollande est parvenu à rallier les nonistes (Fabius, Cazeneuve) et ouiistes du PS. Pour la Vrauche et quelques autres, Hollande président a échoué à faire "entendre une autre voix dans le concert européen", et incarner un "pôle de résistance à la majorité libérale-conservatrice de l’Union". Le procès est facile. L'échec d'une négociation (celle du TSCG par exemple) est bien différent d'un reniement.

Mais il fallait, à une Vrauche en mal de positionnement oppositionnel rapide, quelques marqueurs simples, furent-ils caricaturaux, pour poser quelques bases dès août 2012. En matière européenne, Hollande compose avec une Allemagne toujours sur-puissante qui, de surcroît, a propulsé à sa tête Angela Merkel pour un troisième mandat malgré les travers du "modèle allemand" et les prévisions contraires de la gauche française.

"L’économie comme seul dogme intellectuel"
C'est la dernière critique, la plus évidente. Hollande a construit son parcours jusqu'à la présidence sur un thème, le redressement économique. Près de deux ans après son élection, on en mesure les limites: "la gouvernance socialiste de l’État s’est peu à peu résumée en une « auto-régulation exigeante » des entreprises (autre remarquable formule de Pierre Moscovici) et en des reculades en tout genre face à ceux qui refusent l’impôt." En cause, selon l'auteur de l'article, l'environnement proche du président, y compris et surtout Pierre Moscovici ET la "citadelle de Bercy" ("pour que l’invention soit au pouvoir sous Hollande, il faudrait que les intellectuels soient dans ses arcanes"), et un manque d'inspiration politique ("À côté de cet économicisme forcené, privilégiant les chiffres et statistiques comme lecture première de la société, aucune idée neuve n’a surgi").

Poussons plus loin la critique. Ne concerne-t-elle pas toute la gauche ? Les réformes sociétales (mariage gay en premier) n'ont-elles pas été critiquées à gauche comme des diversions "social-bourgeoises" ? Le Front de gauche n'a-t-il opposé une critique pour l'essentiel socio-économique à l'action du gouvernement ?

Ce n'est pas le moindre des paradoxes.

La crise aurait tué la gauche. Ailleurs en Europe, elle a perdu. Une crise de répartition des richesses, d'abus du capitalisme, d'effondrement des ressources, une crise du modèle dominant donc pourtant politiquement porteuse, cette crise là, en France comme ailleurs, n'a pas permis l'essor des forces politiques démocratiques alternatives.

A bon entendeur...