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27 mai 2012

Eric Besson avait fui, Patrick Besson est encore là.

Il a refusé de faire la passation de pouvoirs à son ministère, il y a 10 jours. Ni Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l'Industrie, ni Fleur Pellerin, nommée ministre en charge des PME, de l'innovation et de l'économie numérique, ne purent lui serrer la main.

Il y avait pourtant des dossiers lourds, paraît-il résumés dans une note de 13 pages laissée à l'attention de ses successeurs. On s'inquiète en effet d'une nouvelle vague de plans sociaux dans l'industrie. 

Eric Besson avait donc poursuivi l'inélégance de son action sarkozyste jusqu'à la dernière minute.

« Il est parti en vacances » a expliqué son entourage au Parisien. Déprimait-il ? Il avait aussi brillé par son absence pendant les quatre dernières semaines de la campagne. On lui prêtait des ambitions dans le football. Il a confié sur Twitter, avant de cloturer son compte, chercher à se lancer dans le conseil.

Quelques jours plus tard, l'ancien ministre s'excusa presque: «Je devais assister au mariage d'un très bon ami aux États-Unis et j'étais obligé de partir le mercredi matin. L'idée que j'aurais voulu esquiver quoi que ce soit est absurde». Et d'ajouter: « j'ai laissé mercredi soir, dès que le gouvernement a été nommé, un message sur le portable d'Arnaud Montebourg lui disant que mon directeur de cabinet le rencontrerait le lendemain matin et lui remettrait en main propre la note, ce qu'il a fait, et lui ferait l'état de tous les dossiers, ce qu'il a fait pendant une heure

Un autre Besson est en revanche bien là. Patrick Besson, écrivain et éditorialiste au Point, l'une des incarnations de cette parole prétendument décomplexée qui fait florès en Sarkofrance depuis une petite décennie.

L'hebdomadaire dirigé par Franz-Olivier Giesberg lui a encore laissé une belle occasion de faire polémique. Dans l'édition datée du 24 mai 2012, ce Besson-là s'est moqué des femmes ministres du premier gouvernement Ayrault dans des termes que l'inspiration littéraire ne saurait excuser. En quelques phrases, tous les clichés étaient tristement là.
« La parité, ça fait un peu partouze straight. Dix-sept femmes pour dix-sept hommes. Un homme par femme. Et donc une femme par homme. Du coup, personne ne se retrouve sans personne. Il était déjà comme ça à l’ENA, François Hollande : bon camarade. Avant, les épouses de ministres étaient tranquilles : il n’y avait presque que des hommes dans le gouvernement. Maintenant, elles ont du souci à se faire, surtout avec les canons dont s’est entouré jean-Marc Ayrault : l’ingénue libertaire Najat Vallaud-Belkacem, la séductrice culturelle Aurélie Filippetti, l’associative hitchkcockienne Delphine Batho, la radicale chic Sylvia Pinel, le tanagra guyanais Christiane Taubira, la geisha intellectuelle Fleur Pellerin, la shéhérazade cinématographique Yamina Benguigi. » 
Quelle est la mission des éditos de Patrick Besson ? Faire vendre du papier ? Sans doute. Inciter à la réflexion ? Certainement pas. On n'ose le croire.

Patrick Besson aura rempli sa mission, ce jeudi: faire parler du magazine qui l'embauche à la pige.

Pour le reste, il ne mérite pas grand chose.


25 décembre 2011

Saint-Nazaire: retour sur une promesse de Sarkozy

Vous souvenez-vous de ce retour triomphal sur les Chantiers de Saint-Nazaire, en juillet 2010 ? Nicolas Sarkozy était là, au milieu des ouvriers casqués. On devinait quelques gardes du corps, une estrade lui avait été glissée sous les pieds pour qu'il domine un peu l'assistance. Deux caméras d'Elysée.fr filmaient ce moment mémorable. Quelques mois plus tard, il était de retour: « Je n'accepterai jamais la disparition des chantiers de l'Atlantique. Jamais. » Comme si ces chantiers en avaient remplacé d'autres, ceux de Gandrange où les agitations du candidat-président n'empêchèrent ps la fermeture du site.

La France a perdu 400.000 emplois industriels depuis mai 2007.

Juillet 2010
Le 23 juillet 2010, Nicolas Sarkozy avait une grande nouvelle: la Russie avait commandé quatre navires Mistral aux chantiers STX. L'information fit frémir ses partenaires de l'OTAN. Aucun Etat membre de l'alliance atlantique ne s'était risqué à céder un tel matériel militaire à la Russie de Poutine.

Mais Sarkozy voulait triompher quand même. En novembre 2008, l'Etat avait pris une participation minoritaire dans les chantiers. Et le Monarque ne voulait pas qu'on l'oublie. « Lorsque je suis venu en 2008, c'est très simple, y avait plus une commande. Personne ne voulait croire en l'avenir des chantiers.» Mais, «Si on ferme un chantier, la mémoire industrielle, la mémoire ouvrière, le savoir faire ouvrier, c'est mort.» Ah! Le savoir-faire ouvrier loué par le Président des Riches... Quelle ironie !

Heureusement, il était là. Il serait le sauveur des chantiers de Saint-Nazaire: «Dans notre pays, on ne croit plus aux mots, on croit aux décisions. Je vous avais dit que nous le ferions, on l'a fait.» Il l'a fait ! Il était revenu avec une grosse commande.

On comprit plus tard que la commande n'était pas ferme. Il fallut encore 5 mois de négociations, pour découvrir ensuite que les autorités françaises avaient concédé un joli transfert de technologie. Les Russes avouèrent qu'ils espéraient combler leur retard.

Décembre 2011
Il y a tout juste un an, le 25 décembre 2010, l'Elysée claironnait à nouveau: le contrat,  historique » était enfin conclu, les Russes venaient de le confirmer aux autorités françaises. En janvier dernier, Sarkozy était donc de retour à Saint-Nazaire : « mille deux cents emplois seront garantis pendant quatre ans par ce chantier.» Personne ne releva la supercherie. A Saint-Nazaire, les chantiers employaient encore 4.600 salariés (contre 12.000 il y a 10 ans). « J'ai vu des doutes sur les visages et j'ai entendu des critiques. Aujourd'hui, c'est signé ! »

Le 22 décembre dernier, l'armateur Viking Ocean Cruises confirmait une commande de deux navires de croisière haut de gamme. Pas un commentaire à l'Elysée. Nicolas Sarkozy n'y était pour rien. Cette annonce fut surtout l'occasion de mesurer l'ampleur des chimères racontées l'an dernier par notre Monarque.

En juillet dernier, 6 mois à peine après les fanfaronnades de Nicolas Sarkozy, la direction des chantiers STX France à Saint-Nazaire avait annoncé 2.386 jours de chômage partiel sur les quatre derniers mois de l'année « faute de charge de travail suffisante ». Le 15 décembre dernier, le site Mer et Marine expliquait: « La découpe de la première tôle du M33 est intervenue il y a quelques semaines et, pour minimiser le creux de charge attendu l'an prochain, son sistership va voir sa construction débuter dès le premier trimestre 2012, alors qu'une année devait normalement séparer les deux BPC ».

Les syndicats s'inquiétaient également du poids de la sous-traitance étrangère. Mercredi 21 décembre, quelques heures avant l'annonce de cette commande suédoise, les représentants du personnel de STX, rejoints par des sous-traitants locaux, manifestaient leur grogne. L'envoyé spécial de Ouest France témoignait: « Les salariés d'ISS, partenaire de longue date des Chantiers, étaient les plus nombreux. Ils n'ont pas été retenus par STX pour un marché de nettoyage sur le navire Europa 2, le « H » de son nom de construction, réalisé pour l'armateur allemand Hapag Lloyd.»

Et oui, la « mirifique » commande de navires par la Russie, si elle était évidemment bienvenue, n'avait donné que quelques mois de répit aux chantiers de l'Atlantique. Et la nouvelle commande de Viking River Cruises arrive presque trop tard, confiait le directeur général de STX.

Mais cela, Nicolas Sarkozy ne voulait pas en entendre parler.

La gestion de la crise des chantiers navals de Saint-Nazaire illustre à merveille l'action industrielle de Nicolas Sarkozy: une survente agitée, puis aucun suivi.




14 septembre 2010

Ecoutes de l'Elysée ou circulaire Rom : le Sarkogate est en place

C'est une circulaire, une infamie et la preuve d'un mensonge. Depuis le 28 juillet dernier, le gouvernement ne se contente pas de faire respecter la loi sur les campements illicites, il a explicitement enjoint les préfets de cibler les roms. Lundi, Eric Besson était mal à l'aise pour réagir à cette révélation du weekend. Lundi aussi, le quotidien Le Monde annonçait qu'il portait plainte après une violation du secret des sources par l'Elysée. Les Français, eux, s'inquiètent toujours autant du chômage et de l'emploi.

Sarkozy ciblait bien les Roms
Pour contrer les polémiques qui ont accompagné les expulsions scénarisées de Roms cet été, le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux a répété à de multiples reprises qu'il ne stigmatisait pas la communauté Rom. Le 30 août dernier, aux côtés de son collègue de l'identité nationale Eric Besson, il dressait le bilan de cette agitation sécuritaire estivale, avec quelques formules choc comme celle-ci : « Il ne s'agit, en aucun cas, de stigmatiser telle ou telle population - bien d'autres étrangers sont auteurs de crimes et délits.» En cause, non pas les expulsions elles-mêmes, mais le caractère collectif de la démarche. Pourtant, nombre d'organisations et d'institutions internationales (l'ONU, le Conseil de l'Europe, le Parlement européen, le Vatican, la Roumanie) ont dénoncé depuis des mois ce virage sarkozyen.

Puis, ce weekend, voici qu'une circulaire signée le 5 août dernier par Michel Bart, le directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, a été publiée par le Canard Social, un site nantais sur l'actualité sociale. Le texte de cette circulaire est troublant, car la communauté Rom est explicitement désignée comme un cible prioritaire des destructions de campements sauvages.

Le Canard Social a pris soin de publier deux autres circulaires : une première, datée du 24 juin 2010 et signée par Eric Besson et Brice Hortefeux, décrit le mode opératoire des destructions de camps illicites. Elle ne cible pas les Roms. La destruction d'une gendarmerie à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), après la mort d'un jeune gitan de 22 ans tué la veille par un gendarme lors d'un contrôle routier, n'a eu lieu que le 11 juillet. Le 24 juin, la « chasse aux Roms » n'a pas officiellement débuté. Ce n'est que le 28 juillet suivant, après une réunion sur les « Roms et les gens du voyage », sans aucun représentant de ces communautés, que l'Elysée publie un communiqué fixant comme objectif de démanteler 300 campements illégaux. Et le 30 juillet, à Grenoble, Nicolas Sarkozy déclame son fameux discours amalgamant insécurité, immigration et même Roms. Cette circulaire de 8 pages vise à rappeler aux préfets les conditions dans lesquelles ils peuvent « procéder à l'évacuation des campements illicites » et « prendre des mesures d'éloignement de leurs occupants lorsque ceux-ci n'ont pas la nationalité française et se trouvent en situation irrégulière sur notre territoire

Le 5 août, une nouvelle circulaire, émanant cette fois du seul ministère de l'intérieur (en l'occurrence Michel Bart, son directeur de cabinet), fait donc référence aux objectifs officiels de Nicolas Sarkozy du 28 juillet : « le président de la République a fixé des objectifs très précis, le 28 juillet dernier, pour l'évacuation des campements illicites : 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d'ici trois mois, en priorité ceux des Roms.»

Et le directeur de cabinet insiste : « Il revient donc, dans chaque département, aux préfets d'engager, sur la base de l'état de la situation des 21 et 23 juillet, une démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de roms. » Ou encore : « les opérations menées depuis le 28 juillet contre les campements de roms n'ont donné lieu qu'à un nombre trop limité de reconduites à la frontières. » Michel Bart joignait à son courrier quatre modèles de tableaux de bord de suivi hebdomadaire à remplir par les préfets : « état des campements illicites de roms »; « état des campements illicites de gens du voyage »; « nouvelles installations éventuelles de roms »; « nouvelles installations éventuelles de gens du voyage ». Bref, du début à la fin du texte de cette circulaire infamante, les roms sont explicitement ciblés et distingués des autres habitants éventuels de campements illicites.

Lundi matin, sur France 2, Eric Besson, fraîchement marié, était évidemment gêné, et a prétexté ne pas être au courant : « « Cette circulaire, je ne la connaissais pas, je n'en étais pas destinataire et je n’avais pas à la connaître (...). Je ne sais pas si c'est une maladresse, c’est au ministère de l’Intérieur et plus exactement au directeur de cabinet d’en répondre. » Le ministre peut être gêné. Le 30 août dernier, quand Brice Hortefeux lâchait ses statistiques inédites de délinquance roumaine, Besson le justifiait en expliquant : « Notre droit ne connaît les étrangers qu'à raison de leur nationalité. Les Roms ne sont pas considérés en tant que tels, mais comme des ressortissants du pays dont ils ont la nationalité .»

Sarkozy ciblait aussi Le Monde
Lundi, le quotidien Le Monde a décidé de porter plainte contre X pour violation du secret des sources, par l'Elysée, dans l'affaire Woerth. Pourquoi donc « contre X » ? Sans doute parce qu'il est inutile d'attaquer judiciairement un président protégé par son immunité. Mais l'accusation du journal est explicite : « Afin d'identifier la source d'informations parues dans Le Monde sur l'affaire Woerth-Bettencourt et de tenter de mettre un terme aux révélations sur cette enquête, l'Elysée a eu recours, courant juillet, à des procédés qui enfreignent directement la loi sur la protection du secret des sources des journalistes. » En d'autres termes, l'éviction de David Sénat du cabinet de la garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie, révélée par Marianne2 voici 15 jours, est la conséquence d'une enquête illicite des services de renseignements français, demandée par la Présidence de la République, après la publication par le Monde en juillet dernier d'extraits de procès verbaux d'audition de Patrice de Maistre. David Sénat a été depuis muté ... à Cayenne. On croit rêver.

Le Nouvel Observateur avait révélé l'intervention, confirmée, de la DCRI. Le Monde a obtenu une autre information : la mise sur écoute de David Sénat a donné lieu à une transmission par la DCRI à l'Elysée d'un listing des personnes contactées, dont Gérard Davet, journaliste au Monde qui couvre l'affaire Woerth/Bettencourt. L'Elysée a démenti une quelconque demande d'enquête de la DCRI sur cette affaire.

Le journaliste espionné s'est exclamé:  « On ne peut pas laisser tout faire. » Sur Public Sénat, Gérard Davet rappelle aussi que, bizarrement, d'autres procès-verbaux ont été très facilement accessibles, grâce au soutien direct de l'Elysée : , quand l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, explique aux policiers qui l'interrogent que Mediapart a quelque peu romancé sa version, tous les quotidiens nationaux sont contactés, et le Figaro se permet même de publier un fac-similé du PV. Claude Guéant a appelé quelques journalistes pour leur donner en personne l'information...

La nouvelle loi Dati sur la protection des sources des journalistes précise pourtant clairement les exceptions : « il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d'intérêt public le justifie, et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi.»

Lors des débats parlementaires en mars 2008, Rachida Dati, alors garde des Sceaux, avait justifié ces exceptions inquiétantes, en citant les cas de terrorisme ou d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Nous avons donc la confirmation, involontaire, que l'affaire Woerth est bel et bien une affaire d'Etat.

Mais Sarkozy se cache
Il ne faut évidemment pas attendre de réaction officielle de Nicolas Sarkozy sur ces deux affaires. Le chef de Sarkofrance, si prompt à menacer toutes sortes de boucs-émissaires quand il s'exprime seul et sur estrade, apparaît rarement quand il s'agit de répondre à des accusations ou des troubles. Car sa majorité est troublée. Lundi matin, Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, ne savait pas quoi répondre à Jean-Jacques Bourdin sur RMC, à propos des circulaires Hortefeux. Lundi soir sur CANAL+, Rachida Dati exprimait à nouveau ses critiques sur la politique sécuritaire de Brice Hortefeux. Ce dernier, le même jour, a signé de sa main une nouvelle circulaire contre les campements sauvages « quels qu'en soient les occupants », comme si la stigmatisation estivale des roms, désormais connue et prouvée, pouvait être effacée par cette correction administrative.

De son côté, Nicolas Sarkozy recevait des associations de personnes handicapées lundi matin à l'Elysée. Inquiètes des projets de réduction des dépenses d'intervention, c'est-à-dire des prestations sociales, ces dernières ont été rassurées: l'allocation handicapée (actuellement de 697 euros par mois), versée à près de 900.000 personnes, ne sera pas baissée.

Semaine après semaine, Nicolas Sarkozy redistribue d'une main ce que les François Baroin et Fillon tentent d'économiser de l'autre.

L'élection présidentielle se prépare.

7 septembre 2010

Impôts, retraites, ou Woerthgate, Sarkozy est-il atteint d'Alzheimer ?

Son agenda ne mentionne rien qui ne concerne l'actualité de Sarkofrance. Rien sur les retraites, ni sur l'enseignement, encore moins sur l'affaire Woerth. Sur son site, le ministère du Travail annonçait le lancement du « train Alzheimer », du 7 au 21 septembre. Sarko aurait-il embarqué dans la locomotive ? Évidemment, le président français est davantage préoccupé qu'il n'y paraît. Lundi, il a débuté la semaine par brider son sulfureux ministre de l'intérieur. Mardi, en fonction du résultat des manifestations, il laissera son autre ministre tenté de rebondir au journal télévisé de TF1.

Sarko bride Brice
L'agenda officiel du président français cette semaine est apparemment très international et protocolaire. A l'exception d'une réunion avec « des » présidents d'universités autonomes ce mercredi, il se consacre à l'Europe, avec un rendez-vous avec le président de la Commission José-Manuel Barroso (lundi), un autre avec l'inexistant président de l'Union (jeudi), et un entretien avec des représentants russe de la Défense (mardi). Pourtant, l'attention présidentielle était clairement ailleurs. Rien sur les retraites, ni les finances publiques. Même l'immigration n'est pas mentionnée dans le carnet présidentiel.

Lundi 6 septembre dans la matinée, Nicolas Sarkozy a pourtant reçu ses ministres Hortefeux (Intérieur), Besson (Immigration) et Allio-Marie (Justice) pour trancher sur leurs propositions concurrentes de déchéance de nationalité. Hortefeux avait inventé un nouveau délit, mêlant escroquerie, abus de faiblesse et polygamie de fait; Besson et Alliot-Marie préféraient limiter la déchéance aux attaques volontaires contre des représentants de l'ordre public, le premier l'étendant aux naturalisés depuis moins de 8 ou 10 ans. Ce weekend, le député UMP (faux) villepiniste Hervé Mariton a suggéré une période probatoire de 5 ans à imposer aux étrangers souhaitant devenir Français, une proposition aussitôt rejetée par le ministre de l'identité nationale.

A droite, on s'écharpe donc encore sur ces symboles sécuritaires dont tout le monde sait qu'ils n'auront aucun impact réel sur la délinquance. A l'issue de la réunion, un bref communiqué révélait que Sarkozy avait retoqué les délires sécuritaires de son ministre de l'intérieur : l'extension de la déchéance de nationalité ne concernera que les meurtres de policiers et gendarmes. Le chef de Sarkofrance a fait savoir qu'il souhaite que soit mise en oeuvre « dans les meilleurs délais (...) la possibilité de retirer la nationalité française, dans un délai de dix ans après l'accession à la nationalité française, à ceux qui portent atteinte à la vie d'une personne dépositaire d'une autorité publique, en particulier les policiers et les gendarmes. » Le discours de Grenoble, rien que le discours de Grenoble. Le camp présidentiel est suffisamment divisé comme cela.  Eric Besson sera doublement satisfait : sa proposition de faciliter les expulsions a été retenue. L'Elysée a demandé « une réforme de la loi sur l'immigration pour faciliter la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière, y compris, dans certaines circonstances particulières, des ressortissants de l'Union européenne. »

Inquiet d'appels à manifester près de la mairie du 7ème arrondissement le 16 septembre prochain, Eric Besson a par ailleurs décidé de changer de lieu pour la cérémonie.

Sarko néglige les grèves
Lundi matin, le ministère du Travail mettait en ligne sur son site une présentation du « train Alzheimer », qui sillonnera la France du 7 au 21 septembre pour sensibiliser le pays à cette grande cause nationale. Faut-il y voir un signe du destin, un clin d'oeil involontaire à l'attitude présidentielle ? Mardi 7 septembre est le point d'orgue de la rentrée sociale, une journée d'action et de grève tous azimuts contre le projet Sarkozy de réforme des retraites. Eric Woerth, mal en point, a prévu d'intervenir ce soir sur TF1 pour livrer la parole officielle. Si le mouvement a du succès, il lâchera des compromis déjà annoncés, sur la pénibilité et les polypensionnés. Si la mobilisation est décevante, il pourra parader. La veille, lundi, la grève anticipée dans l'enseignement n'a mobilisé que 6 à 30% des personnels (suivant les sources).

Depuis des semaines,  les dirigeants de l'UMP répètent qu'il n'y a pas d'alternative à leur projet, et que la France était à la traîne. Lundi encore, le Figaro tentait une comparaison pro-sarkozyenne mais incomplète avec nos voisins européens. Le quotidien de Sarkofrance omettait les points essentiels : Primo, ailleurs en Europe, les durées de cotisation sont loin d'être aussi importantes qu'en France (41 ans en 2012) : 35 ans en Espagne en Allemagne, 36 ans en Italie, 30 ans en Angleterre. Secundo, l'effort de financement n'est pas équilibré. 80% des ressources nouvelles proviennent des travailleurs (via le recul des âges de départ et de retraite à taux plein et l'alignement public/privé), les revenus du capital étant quasiment épargnés. Tertio, certaines dispositions du projet sont carrément iniques, comme celle qui exige un handicap pour motif professionnel avéré d'au moins 20% pour maintenir un départ anticipé. Sur le fond, les opposants à la réforme ne nient pas le problème mais contestent les modalités retenues, et non négociées, par Nicolas Sarkozy.

Sarkozy ignore Woerth
Après avoir reconnu avoir demandé la Légion d'honneur de Patrice de Maistre, « comme n'importe quel député de base », Eric Woerth, lundi, devait faire face à une nouvelle révélation. Mediapart publie quelques extraits du procès-verbal de l'audition de Patrice de Maistre, le 25 août dernier, par la brigade financière, et détaille le contenu du courrier qu'il a adressé le 12 mars 2007 à Nicolas Sarkozy pour demander la légion d'honneur pour Patrice de Maistre.

Woerth y explique que de Maistre « a bien voulu me faire part de son souhait d'être décoré de la légion d'honneur.» En juillet, lors de son audition avec la brigade financière, le ministre du Travail avait expliqué qu'il n'avait fait que donner un avis positif à cette demande qui aurait été transmise par l'un de ses conseillers. Surtout, ce courrier contient une note manuscrite écrite par Woerth à Sarkozy: « je t'en reparle. », la preuve de l'attention toute particulière que cette demande nécessitait. Enfin, cette lettre était accompagnée du CV de Maistre actualisé en février 2007. Or l'une des thèses de la défense woerthienne était que cette demande de décoration daterait de 2006. Gêné, Patrice de Maistre explique : « C'est peut-être un CV donné à Eric de Sérigny, je ne m'en souviens pas ». Eric de Sérigny fut ensuite l'un des conseillers d'Eric Woerth au ministère du Budget, en charge des relations avec le monde économique...

Pour conclure, Mediapart livre cet échange, entre policiers et gardé à vue :
Face à tant d'incohérences, les enquêteurs ont poussé leur avantage durant la garde à vue de Patrice de Maistre: «L'intervention en votre faveur est donc faite par Eric Woerth, trésorier de l'UMP, trésorier de “Ensemble tout devient possible” (association créée par Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle de 2007, NDLR), à Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, par ailleurs candidat à l'élection présidentielle et chef de l'UMP. Maintenez-vous toujours que cette demande faite en votre nom par Eric Woerth est sans lien avec votre contribution financière à l'UMP?»
Manifestement piqué dans son orgueil, Patrice de Maistre leur a rétorqué : «J'ai la prétention de penser que si on m'a remis la légion d'honneur, ce n'est pas pour avoir contribué à une campagne présidentielle mais plutôt au regard de ce que j'ai fait dans ma vie au cours de ma carrière professionnelle. J'ajoute que j'ai depuis continué à contribuer au Premier Cercle (association des principaux donateurs de l'UMP, NDLR), que cela n'a rien à voir avec le fait que j'ai reçu la légion d‘honneur.»

Comme si cela ne suffisait pas, la CGT a publié une lettre ouverte critiquant un éventuel conflit d'intérêt d'Eric Woerth dans sa gestion de l'affaire Molex. En mars 2010, quelques jours après avoir été nommé ministre du travail, Eric Woerth avait désavoué l'inspection du Travail en autorisant le licenciement des représentants du personnel de l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn, alors que l'un de ses proches conseillers, Eric de Sérigny travaillait par ailleurs pour une société de conseil financier en contrat avec la direction de l'établissement. Cette polémique est née d'une enquête de France inter il y a trois semaines.

Mardi soir sur TF1, Eric Woerth parlera-t-il des retraites, ou de ces affaires ?

Sarko néglige les impôts
Le débat fiscal s'éclaircit peu à peu, au grand dam de l'Elysée. Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy avait loué la suppression de la taxe professionnelle auprès d'ouvriers d'une usine du groupe Vallourec, occultant les autres hausses d'impôts que cette réforme de la fiscalité locale occasionnera. Il avait également répété son crédo de ne pas augmenter les prélèvements, y compris pour financer les retraites. Pourtant, divers projets de relèvements de la TVA ont été dévoilés ces derniers jours. Et, pire, les impôts locaux se rappellent au bon souvenir des contribuables. L'an prochain, ils subiront une nouvelle hausse, inévitable effet de la suppression de la taxe professionnelle.

Lundi, le Figaro révélait en effet que les impôts locaux devraient à nouveau augmenter en 2010, mais moins fortement que l'an passé: « les ménages devraient voir leurs impôts locaux augmenter entre 3,7% et 3,9% cette année » explique le journal. En cause, le relèvement des valeurs locatives (indexé sur l'inflation, soit +1,2%) et une augmentation des taux d'imposition. Même le Figaro était contraint de reconnaître que les collectivités locales s'étaient retenues, citant même en exemple les villes de Montpellier et ... Lille ! Or la suppression de la taxe professionnelle, qui n'entrera en vigueur qu'en 2011, risque de perturber les finances locales.

A cette date, les collectivités toucheront la nouvelle contribution économique territoriale (CET) qui prend le relais de la TP. Et si l'équation doit rester équilibrée, il y a fort à parier pour que les impôts locaux progressent donc à nouveau très fortement. En mai dernier, le socialiste Martin Malvy, président de l'Association des petites villes de France, expliquait déjà : « Les élus craignent de devoir imposer davantage les ménages pour boucler leur budget, d'autant plus que l'on s'oriente vers un gel des dotations de l'Etat.»

Impôts, retraites, ou Woerthgate, Sarkozy n'en a cure. Ou fait semblant.

1 septembre 2010

Malaise au gouvernement: les silencieux, les lâches et les collaborateurs

On commente beaucoup les remous causés par le discours de Grenoble, les expulsions de familles Roms et les surenchères sécuritaires qui se succèdent. La réaction des ministres dits d'ouverture et/ou « figures » de la diversité a été particulièrement scrutée. En ouvrant l'université d'été de l'UMP, François Fillon a demandé à ses ténors d'éviter les « états d'âme » en public.

Au sein du gouvernement, on peut distinguer trois camps : les silencieux, les lâches et les collaborateurs.

Silencieux
On attend toujours la réaction de Rama Yade. La grande gueule du gouvernement, un peu secouée par ses bourdes en cascade lors de la Coupe du Monde de football en juillet dernier, la secrétaire d'Etat aux Sports se tait. Sa seule intervention publique depuis juillet fut un communiqué de presse pour rendre hommage à l'ancien cycliste Laurent Fignon quelques minutes après l'annonce de son décès mardi midi.

Valérie Létard, centriste raccrochée au ministère du développement durable de Jean-Louis Borloo, est aussi inexistante que d'habitude. Sans doute a-t-elle gouté les propos d'Hervé Morin, ministre de la Défense et président de son parti le Nouveau Centre, qui, dimanche, a fustigé les amalgames et le tournant sécuritaire pris par le gouvernement auquel il participe depuis juillet dernier.

Jean-Louis Borloo, autre figure soi-disant centriste du gouvernement, s'est bien gardé d'intervenir.

Lâches
Certains silencieux de l'été se sont réveillés, guettés par des journalistes en meute à l'affut des premiers commentaires. Bernard Kouchner, lors de son discours aux ambassadeurs la semaine dernière, fut le plus emblématique de ceux-là. Jeudi dernier, il s'est contenté d'une dénonciation des amalgames de toutes sortes. Lundi matin, il a franchi un pas, sémantique : « Comment faire pour y remédier ? En démissionnant, j’y ai pensé ». Et d'ajouter : « C’est important de continuer. S’en aller c’est déserter, c’est accepter. »

A l'Elysée, un conseiller anonyme a confirmé au Parisien/Aujourd'hui en France que Sarkozy et Kouchner s'étaient ensuite parlés : « Oui, il y a eu des échanges téléphoniques avec le chef de l’Etat, mais le fait que Bernard réfléchisse et choisisse de rester montre qu’il accepte la politique menée. Il n’y a pas de problèmes avec lui. On connaît son parcours, on sait qu’il est différent des autres. »

Fadela Amara a exprimé, très rapidement, son trouble en marge d'une visite de lycée la semaine dernière. Mais, dit-elle, « Quand on pense à démissionner, on démissionne. » Mardi, elle s'est permise un large entretien dans les colonnes du Monde, pour se démarquer très clairement des déclarations de ses collègues Hortefeux et Besson, ... mais pour mieux confirmer qu'elle reste au gouvernement ! « Je suis une fille d'immigrés et je ne l'oublie pas. Je n'accepte pas que, dans mon pays, on mette les gens comme moi, d'origine étrangère, dans une situation d'insécurité juridique. »  a-t-ell expliqué, pour ajouter : « J'estime devoir me soumettre au principe de la solidarité gouvernementale parce que j'ai une politique à défendre pour les quartiers, parce que je suis convaincue que les banlieues constituent une partie de l'avenir de la France. » A l'instar de Jean-Marie Bockel (cf. infra), elle se réfugie derrière le soutien, qu'elle espère intact, de Nicolas Sarkozy. L'allégeance individuelle au monarque, voilà sa survie intellectuelle du moment.

Son collègue à l'emploi, Laurent Wauquiez, voulait faire valoir une voix sociale au sein de la droite. Mais sur le sujet sarkozyen du moment, pas de commentaire. Cet été, il s'est montré dans des agences de pôle emploi, car « on ne choisit pas l'emploi ou la sécurité. » Le commentaire est bien mince. Rapporteur du projet de l'UMP pour 2012, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, il restait toujours étrangement silencieux dans les colonnes du Figaro quand on l'interroge sur cette démarche... à croire que l'urgence sécuritaire décrétée par Nicolas Sarkozy en juillet dernier n'avait pas sa place !

Collaborateurs
Plus collaborateur, Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la Justice lutte pour sa survie politique. Cet été déjà, il avait confié sa conviction d'être toujours au gouvernement après le remaniement. Il s'accroche à la micro-mission que lui a confié, cinq jours après le discours de Grenoble, son patron de président au sujet de la prévention de la délinquance des jeunes et à son entretien d'« une petite demi-heure » le 2 août avec Sarkozy lui-même (sic !). Il tient, déjà, une conférence de presse sur le sujet ce mercredi.

Eric Besson, lui, n'est plus depuis longtemps un ministre d'ouverture. Dirigeant de l'UMP, l'ancien socialiste a allègrement franchi toutes les marches du sarkozysme extrême. Un temps débordé par l'activisme de son collègue Hortefeux au début du mois d'août, il a tenté de faire entendre une musique légèrement différente, en émettant publiquement des doutes au sujet de l'extension de la déchéance de nationalité pour les cas de polygamie et d'excision. Mais lundi, il s'est largement rattrapé dans la surenchère. Il tenait une conférence de presse commune avec Brice Hortefeux, où il énonça trois propositions législatives, dont la création d'un nouveau motif d'expulsion, la mendicité aggressive. Un peu plus tard, il s'est exprimé dans le Talk Figaro/Orange.

« Il n'y a pas de Roms, il y a des Roumains et des Bulgares en situation irrégulière.» Par cette phrase, déjà prononcée l'après-midi même avec Hortefeux, Besson tente de parer aux critiques contre la stigmatisation des gens du voyage. Autre précision : « je ne voudrais pas qu'on surjoue l'opposition entre Brice Hortefeux et moi. »



Crédit illustration: Libération du 31 août 2010

Roms : la surenchère sans limite du couple Besson/Hortefeux

Les deux rivaux de la polémique sécuritaire se sont montrés debout sur la tribune du ministère de l'intérieur, lundi 30 août après midi. L'occasion d'outrances sans limite dont ils ont désormais le secret. En trois actes.

Déstabilisé par les critiques, les ministres choisissent la surenchère.

Après les Roms, les Roumains.
Hortefeux a récidivé. Mercredi dernier, il avait déclaré sur RTL: «Il n'y a pas de statistiques sur la délinquance par communauté, mais il y a des statistiques par nationalité et j'observe par exemple qu'à la délinquance de nationalité roumaine avait augmenté l'année dernière de 138%». Lundi, pour la deuxième fois en quelques jours, le ministre de l'intérieur a dénoncé les crimes et délits d'une catégorie d'immigrés, les Roumains. « Aujourd'hui, à Paris, la réalité est que près d'un auteur de vol sur cinq est un Roumain. » Ou encore : « un vol commis par un mineur sur quatre l'est par un mineur roumain. » Brice Hortefeux balança toute une batterie de statistiques similaires :  les actes de délinquance perpétrés par des Roumains à Paris ont augmenté de 259% en 18 mois; les actes violents commis par des mineurs roumains auraient augmenté de 64 % en un an; les vols avec violence de 117%; un acte de délinquance sur vingt serait commis par un Roumain (5,71 %). Les Roumains seraient responsables de 8,5% des actes de délinquance de proximité. Suprême détail, dans le cas d'escroqueries sur les distributeurs de billets, « il arrive que la police interpelle dans la même journée deux ou trois fois les mêmes individus ».

Et Eric Besson ajouta : « Notre droit ne connaît les étrangers qu'à raison de leur nationalité. Les Roms ne sont pas considérés en tant que tels, mais comme des ressortissants du pays dont ils ont la nationalité .» 

Brice Hortefeux a brisé un tabou. L'utilisation de statistiques inédites, sur une nationalité particulière - les Roumains. On attend la suite.

On ne sait pas d'où il sort ses chiffres. L'Observatoire National de la Délinquance, seule source officielle à date, n'a jamais publié de statistiques par nationalité. Y-aurait-il des statistiques cachées ? Hortefeux invente ainsi la délinquance roumaine, et ses chiffres sont étonnants. Le glissement vaut le détour : des Roms, on est passé aux Roumains. 95% des gens du voyage présents en France sont paraît-il Français, autre statistique non prouvé. Besson et Hortefeux se raccrochent à leurs branches polémistes. Jamais, depuis le début de l'été et l'assaut médiatique contre les Roms, le gouvernement n'a-t-il avancé une quelconque mesure de la délinquance spécifique des Roms ou des Roumains (comme si l'amalgame allait de soi).



Des lois d'exception pour expulser facilement
Jusqu'à maintenant, Eric Besson appliquait une feuille de route qu'il défendait comme républicaine : un immigré entré illégalement sur le territoire français devait être renvoyé dans son pays d'origine. La polémique sur les Roms a ouvert un nouveau front. Citoyens européens, et de surcroît nomades, les Roms n'entraient que difficilement dans les catégories habituelles. Il fallait donc inventer un cadre quasiment sur-mesure, quitte à plonger en peu plus. Besson et Hortefeux ont travaillé tout l'été, écouté les critiques, peaufiné leurs argumentaires. Lundi, le dossier était prêt.

Eric Besson a ainsi annoncé trois propositions de loi:

1. Un projet d'amendement à la loi sur la sécurité intérieure, dite Lopssi, pour étendre les possibilités d'expulsion en cas de « menace à l'ordre public à l'occasion d'actes répétés de vols ou de mendicité agressive ». Besson fait du Hortefeux : le ministre de l'intérieur prévoit d'inventer un nouveau délit, le fameux mélange d'abus de faiblesse, de polygamie de fait et d'escroquerie, défini sur-mesure pour traiter le cas Lies Habedj.

2. La seconde proposition sera un amendement au projet de loi sur l'immigration déposé au Parlement le 27 septembre prochain : Eric Besson expliquait lundi qu'il permettra de « sanctionner ceux qui abusent du droit au court séjour (i.e. trois mois maximum) afin de contourner les règles plus strictes du long séjour. » C'est effectivement une véritable mesure anti-Roms. Le ministre entend ainsi répondre aux critiques énoncées cet été contre l'absurdité des expulsions de citoyens européens tels les Roms qui, aussitôt expulsés, peuvent revenir en France. « Les ressortissants européens ne jouissent pas d'une liberté de séjour sans limite au sein de l'Union européenne » a-t-il expliqué.

3. La troisième idée du ministre de l'immigration, un autre amendement au projet de loi, permettra « la reconduite dans leurs pays d'origine des personnes qui représentent une charge déraisonnable pour notre système d'assistance sociale. » La charge est lancée : les Roms seraient-ils donc responsables des déséquilibres de financement de notre Sécurité sociale ?


Déstabilisés par les critiques
Lundi, les deux compères et rivaux tentèrent de répondre aux critiques : contre le parti socialiste, Hortefeux dénonça l'hypocrisie de Martine Aubry, au prix d'un joli mensonge rapidement démenti par la Maire de Lille : il s'est ainsi étonné « de l'hypocrisie de certains responsables publics qui s'émeuvent au mois d'août de ce qu'ils ont eux-mêmes demandé en juillet », rappelant, photos exhibées à l'appui devant les journalistes, que la communauté urbaine de Lille avait demandé « d'évacuer un campement de Roms à Villeneuve-d'Ascq ». Deux évacuations ont effectivement eu lieu en août (les 19 et 26), mais sur la base de demandes antérieures aux polémiques de juillet sur les campements sauvages et sans demander d'expulsion du territoire.

Dans son intervention, Eric Besson compléta : « ceux qui accusent la France, sans aucun fondement, de violer ses obligations internationales et européennes, ainsi que ses règles et traditions républicaines, conduisent un combat partisan et ne font en réalité que salir l’image de notre pays. »


Sans gêne, le ministre de l'intérieur prit également soin de préciser :  « Il ne s'agit en aucun cas de stigmatiser telle ou telle population, mais il ne s'agit pas non plus de fermer les yeux sur une réalité. »Toujours sans gêne, Hortefeux, qui recevra mardi le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence épiscopale, a cru bon de souligner que le gouvernement et l'Eglise étaient sur la même longueur d'ondes (sic !) : « Les déclarations qui ont été faites par la plupart des responsables de la hiérarchie catholique disent, à juste titre, la même chose (...). Ils parlent de notre devoir d'accueil et du respect des autres ».

Que fait le serein François Fillon ?

Mardi matin, Brice Hortefeux pouvait avoir un motif de satisfaction : le nouveau préfet de l'Isère a annoncé l'arrestation du second braqueur « présumé » du casino d'Uriage. La mort d'un premier braqueur, en juillet dernier, avait déclenché des violences dans la banlieue de Grenoble, puis la surenchère insécuritaire de Nicolas Sarkozy lors de son fameux discours sur place le 30 juillet.

Maigre satisfaction.

23 août 2010

Immigration: la course à l'échalotte entre Besson et Hortefeux.

Plus l'heure du remaniement gouvernemental tant attendu approche, plus les supputations se multiplient. Cet été, deux ministres se sont distingués dans la polémique alliant insécurité et immigration. A force de déplacements médiatisés, Brice Hortefeux a clairement dominé l'actualité de la première quinzaine d'août. Eric Besson est intervenu plus tard, quand il a senti que son propre ministère de l'immigration était en passe de lui échapper. Les deux semblent jouer la montre. Pourquoi cette inquiétude ?

Eric Besson, converti grotesque
Alors que Brice Hortefeux s'était installé comme super-ministre de l'intérieur et de l'immigration depuis 15 jours, Besson a tenté depuis quelques jours de récupérer sa place au gouvernement. Pourquoi cette inquiétude ? En fait, Nicolas Sarkozy avait demandé à Claude Guéant de plancher sur 3 scenarii de remaniement : le premier supposait de remplacer tous les ministres actuels; un second faisait un toilettage modeste, avec une réduction du nombre de secrétariats d'Etat. Le troisième fusionnait nombre de ministères pour donner naissance à 5 pôles, chacun sous la houlette d'un « super-ministre ». Ces informations ont fuité dès le 6 août. Dans ce dernier scénario, le périmètre actuel d'Eric Besson se retrouvait absorbé dans un super-ministère de la Tranquillité Publique, mêlant Intérieur et Immigration. On comprend l'inquiétude de Besson. Se voir chapeauter par Hortefeux n'a rien de réjouissant. Il lui fallait donc réagir.

La course
Lundi 16, Eric Besson critiquait les comparaisons internationales faites à la France avec la sombre période de Vichy à propos des destructions de camps de Roms. Pas question de se laisser comparer à Vichy. Et le voici qui répète, une fois encore, ses hésitations sur l'application de la déchéance de nationalité en cas de polygamie.

Mardi 17, Hortefeux revient d'un bref weekend. Il recadre Estrosi, lance ses Brigades Spéciales de Terrain, et ... se félicite des expulsions prochaines de 700 Roms d'ici la fin du mois et du démantèlement de 51 camps. Eric Besson n'est plus là. Il s'était envolé pour Washington, aux Etats-Unis. Mais Hortefeux pense à lui. Devant les caméras, il précise quand même que « les services de l'immigration travaillent en très étroite collaboration avec le ministère de l'intérieur. »

Le 19 août, Besson signait un accord avec les autorités américaines permettant le déploiement de policiers américains à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Devant quelques journalistes sur place, le ministre de l'identité nationale est revenu sur ces polémiques, jugeant les débats français « grotesques » et caricaturaux: « Ce sont les Français qui roulent le plus le tambour pour s’autoflageller ». Puis il expliqua, sans rire, que la politique d'immigration de Barack Obama, si elle était appliquée, provoquerait un tollé un France. Que voulait-il dire ? Le président américain vient de débloquer un budget supplémentaire de 600 millions de dollars et le déploiement de 1.500 agents supplémentaires et d'avions drones le long de la frontière Etats-Unis/Mexique. Quel est le rapport avec la France ? Les réalités respectives des deux pays sont sans commune mesure. Les Etats-Unis ont 1.300 kilomètres de frontière communes avec le Mexique, souvent en plein désert. L'an passé, 390 000 immigrés clandestins en provenance du Mexique ont été expulsés, et Obama réfléchit à régulariser 700 000 étudiants sans-papier. Quand l'Etat d'Arizona s'est doté, pour la première fois dans l'histoire américaine, de la faculté de contrôle d'identité sans motif par sa police locale, Barack Obama a protesté. Ce type de réglementation existe depuis des lustres en France. Fin juillet, une juge fédérale en a annulé les principales dispositions.

Jeudi 19 en soirée, depuis Washington, Eric Besson s'exprime à nouveau, cette fois-ci sur France 2. Il se répète : « la France n'a pas de leçon à recevoir. » Comme pour minorer les annonces tonitruantes de son collègue de l'Intérieur, il répète aussi que les expulsions de Roms sont classiques: « Il n'y a pas de vols spéciaux vers la Roumanie. Nous sommes dans le cadre de procédures classiques de reconduite de ressortissants étrangers en situation irrégulière dans leur pays d'origine. » Depuis janvier, environ 850 Roms ont été renvoyés en Roumanie ou en Bulgarie. Et paf ! Trois jours avant, Hortefeux brandissait les 700 expulsions de Roms comme un sinistre trophée. En fait, nous dit Besson, on en expulse d'habitude largement autant...

Samedi 21, Brice Hortefeux repart à l'offensive. Dans une interview au Monde samedi 21 août, le ministre de l'Intérieur s'en est pris aux « bien-pensants » et à la « gauche milliardaire ». Question milliards, Hortefeux sait de quoi il parle... entre les affaires Woerth qui affectent son camp et son parti, et son épouse Valérie qui, bien que responsable de communication aux Caisses d'Epargne, participe au fameux cercle d'affaire Maxim's Business Club (révélé lors de l'affaire Bettencourt)
«Vous êtes aveuglés par le sentiment dominant des soi-disant bien-pensants qui, en se gargarisant de leur pensée, renoncent à agir (...) Que certaines voix de la gauche milliardaire aient du mal à le comprendre ne me trouble pas du tout, bien au contraire. (...) Je vous invite à ne pas confondre le petit milieu politico-médiatique parisien et la réalité de la société française ! La sécurité est l'un des tout premiers droits. Ceux qui le nient ne sont généralement pas les moins privilégiés.»
Ou encore: « Sur la sécurité et l'immigration, comme sur la fiscalité ou les retraites, la gauche se tait, car elle n'a strictement rien à dire. Son silence est un programme ». Concernant les effectifs, Hortefeux « assume » une baisse « modeste » car 99,5% des effectifs actuels de la police seront maintenus l'an prochain. Le ministre ment. Cette année, les forces de police (hors adjoints de sécurité) sont 10 000 de moins qu'en 2002.

A Hortefeux, les grands cris, les tripes; à Besson, l'argumentation raisonnée. Le premier joue l'instinct, l'affection, le second préfère rationaliser. Les deux jouent dans la même cour, une cour étroite où il faut sans cesse justifier.

Dans cette course à l'échalote sarkozyste, il n'y a qu'une victime, les boucs-émissaires désignés, tantôt Roms, tantôt simples immigrés.








20 août 2010

Roms : quand un député UMP parle de Rafle

Jeudi 19 août, 93 Roms ont été expulsés par deux vols séparés, vers la Roumanie. Vendredi, une autre centaine devrait suivre. « Une procédure classique » a justifié Eric Besson.


Quand un député UMP parle de "RAFLE"...
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2 juin 2010

Eric Besson est-il un mauvais ministre ?

Pour préparer le travail parlementaire sur la prochaine loi de finances 2011, le gouvernement a publié ses traditionnels rapports de performance. Leur lecture est instructive. Chaque rapport contient un rappel des objectifs chiffrés, des dépenses réalisés et des résultats atteints. Le rapport consacré aux missions du ministère de l'identité nationale d'Eric Besson est éloquent.

1. Besson n'a pas atteint ses objectifs d'immigration de travail. On se souvient que c'était l'une des grandes promesses du candidat Sarkozy : remplacer l'immigration familiale (jugée inutile) par une immigration choisie pour le travail dans des métiers pré-identifiés et quotaifiés. 3 ans ans plus tard, l'échec est là. Le pourcentage d'étrangers admis au titre de l'immigration de travail était fixé à 25% en 2009 et 50% pour 2012. Le taux effectivement atteint en 2009 ressort à ... 19%, inférieur de 2 points à celui de l'an passé. La Sarkofrance n'attire plus les talents.

2. L'objectif d'amélioration de la prise en charge sociale des demandeurs d'asile se décomposait en 59% d’hébergement en CADA des demandeurs d’asile en cours de procédure, remplissant les conditions d’accès à cet hébergement et 75% des demandeurs d’asile hébergés en CADA sur la totalité des personnes en cours de procédure hébergées dans un dispositif pour demandeurs d’asile financé par l’Etat. Les taux effectifs n'ont été respectivement de 37% et 67%. Le gouvernement argue que le nombre de places d'hébergement a plus fortement augmenté que le nombre de demandeurs d'asile. Une explication quelque peu partielle et partiale avec un autre constat, celui de l'allongement des délais de procédure. Effectivement, le nombre de dossiers d'asile examinés par l'OPFRA est passé de 37 500 en 2007 à 43000 en 2008 puis 46 000 en 2009. Le délai d'instruction des dossiers est monté de 100 jours en 2008 à 118 jours en 2009. Le coût d'une instruction est évaluée à 526 euros par dossier

3. Bizarrement, le document ne fournit aucune évaluation du coût complet des expulsions de sans-papier (amortissement des Centres de Rétention, voyages, forces de l'ordre mobilisées, etc). La seule évaluation concerne les frais de voyages (billets de train ou d'avion), soit 1 359 euros par expulsé en 2009, et le coût moyen des dépenses hôtelières (bagagerie, restauration, hébergement), soit 503 euros par expulsé. La durée moyenne de rétention était de 10 jours en métropole. Ces évaluations financières sont évidemment incomplètes. Un peu plus loin dans le document, on apprend, par exemple, que le démantèlement inutile de la Jungle de Calais a coûté 750 000 euros. Autre exemple, la reconstruction du CRA de Vincennes a coûté 3 millions d'euros.

4. Le nombre de reconduites à la frontière est quasiment conforme à l'objectif: 29 288 en 2009 (versus 30 000). Ce chiffre ne comprend pas les expulsions dans les DOM-TOM, mais il intègre les départs volontaires (8 268 en 2009).

5. Le nombre d'interpellations d'aidants est inférieur à l'objectif fixé pour 2009: 4 663 contre 5 000. Le gouvernement espère 5 500 arrestations en 2011.

6. Le nombre de personnes mises en cause pour infraction à la législation relative à l’entrée, au séjour ou à l’emploi des étrangers sans titre de travail  s'est établi à 96 109 en 2009 en métropole (contre 110 000 fixés comme objectif), et 35 088 dans les DOM et à Mayotte.

7. Le programme Immigration et Asile a coûté 512 millions d'euros, soit 75 millions d'euros de plus que prévu dans la loi de Finances 2009, pour l'essentiel à cause de l'asile. Sur ce montant global, quelques 75 millions d'euros ont été consacrés à la lutte contre l'immigration irrégulière. Encore une fois, cette évaluation est incomplète car elle n'intègre que les dépenses de fonctionnement des CRA (28 millions d'euros), les dépenses d'éloignements (35 millions), et les subventions accordées aux associations accompagnant les ans-papiers dans les CR et les zones d'attente (11 millions d'euros).

8. Le ministère a consacré 15 millions d'euros à l'accueil et l'intégration linguistique des étrangers réguliers. Mais le taux d'étrangers ayant bénéficié d'une formation linguistique reste très en-deça des objectifs : 55% en métropole (versus 64% annoncés); 23% dans les DOM (versus 73%).

9. Le ministère n'a assuré que 4 686 séances de formation civique en 2009 (contre 4 961 en 2008). Le coût de ces formations civiques et vivre en France a été de 5,87 M€, soit 0,1% du budget du ministère.

10. En 2007 et 2008, Brice Hortefeux se félicitait des contrats de partenariat qu'il signait avec divers pays d'émigration, notamment en Afrique. Ces accords prévoyaient notamment la mise en place de formations et de tests sur place, dans les pays même, auprès des candidats à l'émigration vers la France. Deux ans plus tard, on mesure combien ces mesures ne sont que symboliques : moins de 20 000 personnes en ont bénéficié en 2009, dans 6 pays (Maroc, Tunisie, Turquie, Mali, Sénégal, et Canada), pour un budget misérable de ... 1,4 millions d'euros.

11. En novembre dernier, Eric Besson lançait en grandes pompes l'allocation «parcours de réussite professionnelle»: «En donnant plus à ceux qui ont moins, en accordant une aide supplémentaire à ceux qui partent de plus loin, nous rétablissons la véritable égalité républicaine. Le meilleur moyen de lutte contre le communautarisme est de faire en sorte que la République tienne ses promessesdéclarait-il. Quel était donc le budget alloué à cette gigantesque opération de rétablissement de l'égalité républicaine ? Un million d'euros. Un petit million d'euros. Comme la décision intervint très tardivement - dans la précipitation du débat sur l'identité nationale - cette enveloppe n'a été consommée qu'à hauteur de 244 000 euros.

Au total, le bilan d'Eric Besson paraît médiocre, mal mesuré, mal jugé, mal évalué. L'immigration est présentée de façon comptable et parcellaire. Les retombées économiques des migrants, en France comme ailleurs, ne font l'objet d'aucune étude, d'aucune évaluation. Qu'importe ! Eric Besson s'en fiche. 



30 mai 2010

CIVIPOL: des ventes d'armes au ministère de l'identité nationale

En lisant le dernier rapport de performance budgétaire du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, on tombe page 47 sur cette curieuse annotation:
L’exercice 2009 a vu une consommation très soutenue des crédits de la LFI. Ce résultat doit être mis en corrélation avec l’impact de trois mesures qui ont mobilisé, au-delà des missions classiques, la ressource du ministère :
- l’exécution d’une décision de justice visant à indemniser la société Eurotunnel (3 M€ en AE, 1,5 M€ en CP) dans le cadre du contentieux de Sangatte ;
- la mise en œuvre d’une action de coopération policière confiée à la société CIVIPOL (3,06 M€ en AE/CP) ;
- diverses actions spécifiques (migrants non admis sur le territoire : 0,92 M€ en AE et 0,98 M€ en CP ; démantèlement de la zone de regroupement des migrants en situation irrégulière située à proximité de CALAIS : 0,1 M€ en AE/CP).
Ainsi, les services d'Eric Besson ont eu recours à la société CIVIPOL Conseil. Et pour une belle somme : 3 millions d'euros pour la mise en oeuvre d'une action de coopération policière. Kessako ?

Sur son site, cette entreprise se décrit sommairement : «CIVIPOL est la société de conseil et de service du ministère français de l'Intérieur. Créée en 2001, elle propose à l'étranger des prestations de service dans les domaines d'expertise du ministère de l'Intérieur, en particulier en matière de sécurité intérieure et de protection civile. Son équipe est composée de cadres du ministère de l'Intérieur et de collaborateurs issus du secteur privé.» Son PDG est un préfet hors cadre, Alain Rondepierre, qui siège depuis 2003 en tant que représentant de l'Etat. CIVIPOL, société anonyme, est en effet détenue à 49% par l'Etat.

Son équipe repose sur «des experts ayant exercé des responsabilités professionnelles à un haut niveau dans leur domaine d'intervention (sécurité intérieure, protection civile, administration territoriale)» et «des spécialistes de la gestion de projets internationaux.»

Elle organise des séminaires, comme celui-ci sur le blanchiment d'argent de décembre 2009 à juin 2010. Elle réalise des missions de conseil, comme par exemple l'installation de caméras de videosurveillance à Paris. Elle conseille beaucoup en Françafrique, notamment pour le maintien de l'ordre: elle a ainsi travaillé en août dernier pour le Togo à la «sécurisation du processus électoral», à travers le «renforcement des capacités des responsables de la sécurité publique et la mise en place d’une structure de maintien de l’ordre pérenne, équipée et formée aux pratiques démocratiques de maintien de l’ordre.» Elle réalise des rapports sécuritaires de pays étrangers pour des entreprises voulant s'implanter. Elle fait du conseil en protection des expatriés.

Mais elle assure également la mise en oeuvre de ventes d'armements et équipements militaires. Son nom est ainsi apparu dans l'affaire Miksa. Ce contrat, finalement remporté par EADS en 2009, portait sur la fourniture d'équipements de surveillance des frontières  à l'Arabie Saoudite. Nicolas Sarkozy, dès sa nomination au ministère de l'intérieur en 2002, avait confié à CIVIPOL le contrôle de la bonne exé­cution du contrat.

Huit ans plus tard, CIVIPOL apparaît comme l'un des principaux sous-traitants du ministère de l'identité nationale. On aimerait en savoir davantage.

9 mai 2010

Expulser un handicapé

La Sarkofrance a ceci de triste qu'elle nous donne presque chaque jour l'occasion d'une nausée, à la simple lecture de l'actualité.

La semaine dernière, un adolescent kosovar polyhandicapé et sa famille ont été expulsés vers le Kosovo, après un bref séjour en centre de rétention. Les gendarmes sont venus chercher le jeune homme à l'Institut d'éducation motrice (IEM) où il était suivi, à Freyming-Merlebach (Moselle). L'Association des Paralysés de France s'est émue. C'est la première fois qu'elle est confrontée à une telle situation gravissime et indigne. Après avis médical, la préfecture a estimé que l'adolescent "pouvait bénéficier d'un traitement approprié" au Kosovo.

Une journaliste de France Info raconte: «Il était 21 heures, lundi dernier. Le personnel du centre d’éducation motrice voit arriver les forces de l’ordre. Munis d’une décision d’expulsion, les militaires vont chercher le jeune handicapé, âgé de 15 ans, dans sa chambre. Ils embarquent ses affaires, ses médicaments et son dossier médical.»

Le ministre de l'identité nationale n'a pas commenté la nouvelle. Les deux «journalistes» de France Soir qui lui ont trouvé quelques minutes pour répondre à quelques questions complaisantes vendredi dernier, n'ont pas trouvé utile de glisser une question sur le sujet. Polygamie, candidature de Nicolas Sarkozy en 2012, lutte contre les filières de passeurs étaient des sujets classiques et préférables pour ne pas troubler la conscience d'Eric Besson.

Lundi 3 mai, le jour où les gendarmes allaient chercher l'adolescent polyhandicapé, l e ministre a lancé ses Lundis républicains lundi dernier, en présence de Luc Ferry et d'un ancien journaliste, une conférence sur « la place des valeurs républicaines dans notre histoire ».

On peut effectivement s'interroger sur la place des valeurs dans notre histoire présente. 



http://www.wikio.fr

11 avril 2010

Eric Besson (sé)vit encore.

Le ministre de l'Identité nationale est dans un trou. Il a été accusé d'avoir fait le jeu du Front National avec son débat sur l'identité nationale (une idée personnelle du ministre), et ainsi (partiellement) contribué à l'échec de l'UMP aux dernières élections régionales. Mais le ministre est toujours orgueilleux. Il n'a pas apprécié d'être interpellé par une vingtaine de parlementaires - de tous bords - sur l'évaluation de sa politique migratoire. Avec ou sans le soutien du ministre, ces élus veulent interroger des experts, des chercheurs, des responsables associatifs, des hauts fonctionnaires, des politiques, des commissaires européens et des associations dans le cadre d'un "audit informel".

Eric Besson a choisi de répondre ... à côté. Vendredi dernier, il a annoncé avoir commandé un rapport sur le coût de l'immigration irrégulière. Le montant, exhorbitant, des dépenses consacrées aux expulsions est à peu près connu: 12 000 euros par expulsé selon la police le ministère, 27 000 euros selon les associations (qui incluent légitimement dans leur calcul l'amortissement des centres de rétention). Eric Besson n'en est plus à une outrance près. Selon lui, cet audit ministériel permettra de montrer que l'immigration clandestine coûte cher à la collectivité locale car le travail clandestin n'est pas déclaré : «L'immigration irrégulière coûte cher mais pas dans le sens qui est dit» par le groupe de parlementaires,a expliqué le ministre.

Selon Besson , l'étude va dire combien coûte à la collectivité le maintien en France des étrangers en situation irrégulière, «c'est-à-dire le coût pour les collectivités publiques de leur hébergement, soins médicaux, scolarité, le manque à gagner pour les services sociaux et fiscaux, puisque le travail des étrangers en situation irrégulière est non déclaré, ainsi que le coût de leur placement en rétention lorsqu'ils sont interpellés, et de l'assistance juridique et sociale qui leur est alors fournie.» Comme le souligne notre confrère blogueur Nicolas, cette phrase est ... odieuse. Elle laisse entendre que les travailleurs sans-papiers coûtent à la nation. Rappelons que le travail clandestin recouvre des situations très diverses : des sans-papiers non déclarés, exploités et premières victimes de ces abus; d'autres qui, malgré l'absence de titres de séjour, payent cotisations sociales et impôts.

Mais les questions sont plus larges qu'une simple évaluation comptable des actions d'Eric Besson. Nous les rappelions voici 10 jours : «l’expulsion des clandestins est-elle « rentable » (à près de 30 000 euros le sans-papier) ? Quelle est la contribution économique des travailleurs immigrés, avec ou sans papier, en termes de cotisations, d’impôts et de consommation ? Quel est leur impact réel sur l’emploi ? Décourager le regroupement familial est-il « rentable » ou pas ? »

En stigmatisant, tel un sympathisant du Front National, ces immigrés-clandestins-qui-nous-coûtent-cher, le ministre a choisi de jouer la provocation.

Pas sûr que cette démarche le grandisse.


Post-Scriptum : Eric Besson et Fadela Amara ont coupé les vivres (i.e. les subventions) d'une association favorisant l’intégration des populations turques en France. Elele-Migrations et Cultures de Turquie, créée en 1984, est en liquidation judiciaire. Son principal champ d'action était l’accueil et le suivi des femmes turques victimes de violences. Quelques 120 d'entre elles ont été accueillies en 2009. Les deux ministères contribuaient respectivement pour 125 000 euros en 2009 (de la Direction de l’accueil et de l’intégration du ministère de l’Immigration) et 190 000 euros (de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances sous la tutelle de Fadela Amara). Les services d'Eric Besson ont expliqué que c'était désormais leur "job". Ceux de Fadela Amara préfèrent désormais aider «les associations qui se trouvent au pied des tours comme si tous les immigrés vivaient dans des quartiers défavorisés et non sur tout le territoire, y compris les zones rurales».



Eric Besson ou l'homme Blessé...
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Lire aussi:

2 avril 2010

Sarkozy, Besson, Hortefeux, Joyandet, les derniers autistes de Sarkofrance.

Curieuses journées en Sarkofrance. Un monarque, de retour d'une visite people aux Etats Unis, est secoué de retour en France mais reprend en main son camp. Un secrétaire d'Etat claque une centaine de SMIC pour un voyage en jet privé à cause d'un emploi du temps chargé; un mensonge de Brice Hortefeux sur les moyens de la police, alors que les bus crament à Tremblay-en-France; un ministre Besson sans humour et avec sa nouvelle loi.

Rien ne change en Sarkofrance.

L'UMP sous tutelle présidentielle
«Le bouclier fiscal gèle les hausses d'impôts» a expliqué Alain Madelin. Le libéral de l'UMP, politiquement silencieux depuis quelques lustres, a raison. C'est bien là le problème. Tout effort d'impôt ne sera supporté par les non-bénéficiaires du bouclier fiscal. En 2009, «Un peu moins de 1.000 ménages, qui possèdent les plus hauts patrimoines ont capté, à eux seuls, 63% du coût du dispositif (368 millions d’euros)» a expliqué le quotidien Les Echos. Nicolas Sarkozy n'entend pas les critiques, accroché qu'il est à l'un de ses derniers totems. Mercredi après-midi, il a oublié qu'il était président de la République. Chef de l'UMP, il a fait taire les récalcitrants. Quelques 150 parlementaires UMP avaient séché l'invitation présidentielle. Sarkozy a surpris Copé en annonçant qu'il recevrait désormais ses parlementaires tous les mois pour «débriefer.» L'UMP est plus que jamais sous tutelle. Copé apprécie peu.

Sarkozy était tel que lui-même. Il n'a pas changé. Recevant le lendemain les têtes de listes UMP défaites (sauf une) aux élections régionales, il a joué les bravaches : «En 1999, quand j'ai perdu les élections européennes, on m'appelait “Monsieur 12%”, et trois ans plus tard j'étais le ministre le plus populaire du gouvernement.»  Sarkozy n'a rien compris, rien retenu. Mais il ne le sait pas. Il se croit toujours infaillible, the right man at the right place.

Rien ne change en Sarkofrance.

La facture afghane...
Les communicants de l'Elysée cacheront tant bien que mal cette analyse du New York Times après la la visite ultra-médiatisée de Nicolas chez Barack: «Nicolas Sarkozy a obtenu presque tout ce qu’il pouvait espérer de sa visite aux Etats-Unis, les 29 et 30 mars. Il devrait maintenant songer à rendre la politesse au président des Etats-Unis en renforçant la présence des troupes françaises en Afghanistan. Avec une cote de popularité au plus bas et après la déroute des élections régionales, le chef de l’Etat français avait besoin d’un coup de pouce.» Le constat est cruel. Obama a sauvé la mise (médiatique) d'un président politiquement vieillissant et hors jeu. On attend donc l'addition.

... ou la facture du gaz
Alors qu'on parle de sauvegarde des économies d'impôt d'une quinzaine de milliers de contribuables, des millions d'autres subissent une hausse de 10% des prix du gaz à compter du 1er avril, soit 12 euros par an en moyenne par foyer cuisinant au gaz; 25 euros pour ceux qui l'utilisent aussi pour l'eau chaude, et 85 euros pour ceux qui l'utilisent en chauffage complet. Cette décision a été avalisée par la Commission de régulation de l'Energie ... sur proposition de GDF Suez.

Jet privé ...
Alain Joyandet a dépensé 116 000 euros pour partir en jet privé assister à une conférence en Martinique sur HaïtI. On se souvient des 138 000 euros d'un autre voyage en jet privé pour ministre pressé. En 2008, Christian Estrosi avait ainsi préféré le confort du voyage luxueux et sur-mesure pour rejoindre illico Paris depuis Washington, et assister à un cocktail à l'Elysée avec Nicolas Sarkozy. A l'époque, il n'était que secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer... comme Alain Joyandet. Un virus ?

Rien ne change en Sarkofrance.

... ou mensonge public
Lundi 29 mars, Brice Hortefeux a menti par omission. En visite dans un commissariat, il a promis le recrutement de 1500 adjoints de sécurité. On accuse depuis des mois le gouvernement Sarkozy de réduire les effectifs de la police nationale et de la gendarmerie. C'est tout simplement vrai. Même le Parti Socialiste s'en est rendu compte. Lundi dernier, le ministre de l'intérieur voulait faire impression et taire les critiques. Le Figaro a les mots doux pour célébrer la nouvelle, "acquise de haute lutte par le ministre de l'Intérieur à Matignon et à l'Élysée avec le soutien de Nicolas Sarkozy".  Manque de chance ! C'est raté. Brice Hortefeux annonce les recrutements, mais oublie de parler des départs, et notamment le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. En trois ans, le gouvernement Sarkozy a supprimé plus de 9000 postes de policiers et gendarmes. Il en reste plus de 4000 à supprimer d'ici 2012 dans les plans gouvernementaux.
Jeudi, le ministre était contraint, à nouveau, de jouer les faux gros bras, à Tremblay-en-France. Le maire (communiste) réclame des moyens. La police venait d'intervenir contre des trafics de drogue. Une chaîne de télévision, la première, a diffusé un reportage alarmiste. Un bus a été cramé, un autre caillassé. Un fait divers pas si divers que cela qui met à mal le discours d'efficacité sécuritaire de Sarkofrance. «Ces petits voyous n'auront pas de territoires à eux» s'est énervé Brice Hortefeux sur place, avant de repartir. Le ministre joue les bravaches devant les caméras. Pourrait-il simplement donner des moyens à la police ?

Rien ne change en Sarkofrance.

Père sans-papier expulsé...
Mardi 30 mars, des parents d'élèves ont occupé l’école maternelle Gilbert-Dru, dans le 7ème arrondissement de Lyon. Ils entendaient soutenir Guilherme Hauka Anzaka, un père angolais menacé d’expulsion par les polices de Sarkofrance. Il a été interpelé il y a 10 jours, chez lui, et devrait être expulsé ce week-end. Il vit avec ses deux enfants nés en France, et les deux aînés de sa compagne, régularisée en 2005. Ces derniers resteront. Seuls.

Rien ne change. Eric Besson vient de présenter son mauvais projet en Conseil des Ministres, qui durcit les procédures d'éloignements. Personne en Sarkofrance n'a jamais dressé le bilan chiffré de cette politique. Besson était pourtant chargé de l'évaluation des politiques publiques, dans les premiers mois de sa présence au gouvernement.

... et homo exclus
Les sénateurs UMP ont refusé une proposition de loi socialiste visant à légaliser l'homo-adoption. Dix ans après l'hostilité de la droite de l'époque contre le PACS, rien n'a changé. En fait, l'hypocrisie UMPiste était manifeste : la proposition prévoyait la possibilité d'adopter par des Pacsés depuis 2 ans au moins. «Vous craignez que ce texte officialise indirectement l'homoparentalité», a critiqué le socialiste Richard Yung. «Pas du tout» a répliqué Marie-Hélène Des Esgaulx. Vraiment ?

Rien ne change en Sarkofrance.

Besson, pas drôle
Eric Besson a traité Stéphane Guillon de facho et raciste. Il l'a écrit, noir sur blanc, dans une tribune publié par Libération: «J’ai dénoncé, je persiste et signe, des méthodes et des propos de facho, mal déguisés sous un look bobo et une vulgate supposée gaucho». Sans humour ni recul, Eric Besson a pris la chronique de l'humoriste de France Inter, , il y a dix jours, au premier degré. Il s'est accroché comme une moule à son rocher au «yeux de fouine d'Eric Besson, et son menton fuyant» moqué par Guillon. Le président de Radio France s'est lui aussi saisi du Monde, pour justifier ses excuses publiques au ministre de l'identité nationale. Son texte est louable, bien mené, bien argumenté. On ne l'accusera pas d'être liberticide. Mais on reconnaîtra que lui aussi a du mal avec l'humour de Guillon. Ni Besson ni Hees ne sont sans doute aller voir le premier film où l'humoriste joue le rôle principal, "Le Temps de la Kermesse est terminé". Guillon y incarne un chauffeur raciste, dominateur et paumé.  Pierre Desproges expliquait qu'on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui. Stéphane Guillon devrait s'en souvenir. Eric Besson, et dans une moindre mesure Jean-Luc Hees, viennent de nous en fournir deux illustrations.

Ami sarkozyste, où es-tu ?