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25 mars 2017

516ème semaine politique: Fillon, la cupidité tranquille

 

Où il est question de l'effroyable campagne de François Fillon, du  jour où le candidat désigné du Parti socialiste s'est affaissé devant celui de la France insoumise. 


Ce premier débat qui purge
Dimanche, le bilan est sévère, ou triste. Mélenchon a réussi son pari, des dizaines de milliers de manifestants place de la République à Paris. Des grincheux grimacent quand le nombre de 130 000 est évoqué. Qu'importe ! La place est pleine, plus pleine malgré la pluie que les quelques milliers terrés le lendemain dans l'enclos du AccorHotel Arena où Hamon tient meeting.

Mais l'important n'est même pas là. Le lendemain, le débat du premier tour met Hamon et Fillon K-O debout.

Lundi soir, coup de chaud sur la campagne, coup de sang. Cinq candidats du premier tour se défient et s'expliquent sur TF1. Certains refusent le spectacle, mais près de 10 millions de Français suivent l'évènement, inédit sous la Vème République. Assez vite, le bilan est quasi-unanime: Mélenchon est brillant orateur, Hamon et Fillon sont effacés et manquent de voix, Macron résiste mieux que prévu malgré une logorrhée indigeste, et Marine Le Pen tout entière xénophobe. Agriculture, climat, économie, budget, défense, tout est toujours de la faute des étrangers dans la bouche de Marine Le Pen. Cette éructation maladive, le soir d'un débat, a effacé des mois d'efforts de "normalisation" médiatique.

Le Pen reste Le Pen, la haine reste la haine.

Face à ses adversaires d'un soir, Le Pen n'en mène pas large. Elle conforte ses supporteurs, mais aussi ses opposants. L'autre fausse révélation du soir fut l'inavouée convergence Hamon/Macron/Mélenchon contre les outrances de Fillon et Le Pen. Fillon apparaît pétrifié. Il est coaché en direct, via des sms sur son portable posé discrètement sur le pupitre, dixit le Figaro.

Fillon est un zombie.

Les jours suivants, Hamon est devancé par Mélenchon dans les enquêtes. Sans surprise. Pourquoi n'avions nous pas commencé par cela, un vrai débat ? Un mois avant le premier tour, les sondages présidentiels en France depuis 1995 se sont toujours révélés fiables... sauf en 2002. Le paysage politique est instable comme jamais: pas de président sortant en campagne, deux primaires qui ont finalement échoué à désigner des candidats crédibles, des intentions abstentionnistes record qui témoignent d'une insatisfaction, les facteurs explicatifs à ces incertitudes sont nombreux.


La politique étrangère de Mélenchon
C'est sur le terrain international que les adversaires de Mélenchon tentent de porter les attaques les plus vives.

Il y a d'abord Poutine. VSD ose titrer "Pourquoi Jean-Luc Mélenchon est-il “l’ami” de Poutine ?" La manœuvre est facile, elle vise à assimiler le candidat de la France insoumise à Marine Le Pen qui est justement reçue par Vladimir Poutine en fin de semaine. Cette manoeuvre est aussi une caricature. Mélenchon ne réclame rien d'autre d'autres que d'inclure la Russie dans les négociations de paix et de dés-atlantiser nos relations diplomatiques. A l'heure où Donald Trump a formulé un chantage odieux à ses "partenaires" européens (maintien de l'OTAN contre augmentation du budget de la défense à 2% du PIB), trouver d'autres équilibres est une nécessité. Il faut se résoudre à une évidence, une évidence qui a longtemps agacé l'auteur de ces lignes: en matière de politique étrangère, Mélenchon fait de la real-politik. Et cette dernière n'est pas plus indécente que celle des Chirac, Sarkozy, ou Hollande. Samedi, c'est Marine Le Pen qui s'affiche serrant la main de Poutine. La blonde présidente est allé remercier son banquier.

Il y a ensuite le prisme sud-américain de Mélenchon. On aime le dépeindre comme un adorateur de Castro, Chavez ou Maduro. Pour mieux ensuite "prédire" qu'une France sous gouvernement mélenchoniste établirait la dictature du prolétariat ou supprimerait la démocratie. Passons vite. Il suffit de lire Mélenchon dans la texte (il dédicace cette semaine au Salon du Livre de Paris) pour mesurer combien ces critiques sont ridicules.

Il y a enfin l'Europe. Macron ou Hamon sont europhiles, voire euro-béats. Ils aiment, comme nombre d'éditorialistes libéraux ranger Mélenchon dans le camp des utopistes dangereux, ou des souverainistes forcenés. Le programme de la France insoumise ne prévoit pourtant pas le chaos. Il est très différent de la stratégie ahurissante promue par Marine Le Pen. Et deux essayistes, Coralie Delaume et Aurélien Bernier, ne s'y sont pas trompés.  Dans les colonnes de Marianne, ils s'inquiètent de cette "radicalité euro-compatible": "nous espérions que la France insoumise oserait prendre à son compte la contestation de l'austérité constitutionnalisée, et éviterait d'offrir au Front national le monopole de la radicalité en matière de rupture avec l'Union européenne." Mélenchon a construit sa stratégie européenne autour d'un Plan A (on négocie) puis d'un Plan B (on sort des traités) dont les auteurs doutent de l'efficacité.

Mardi soir, l'éthique fait une victime. Bruno Leroux, rapidement surnommé Relou, démissionne aussitôt révélé qu'il avait salarié ses deux filles adolescentes pour 24 CDD successifs et 55 000 euros.... On rêve !


Fillon, la cupidité tranquille. 
Jeudi, Fillon est sur un plateau télévisé.

L'Emission Politique, France 2.

Un moment de télévision, assez court, moins de 9 minutes.

Fillon face à une auteure, Christine Angot. L'artiste explique son dégout, sa rage, son inquiétude. Elle explique calmement à Fillon qu'il n'est pas digne de la droite républicaine. Le candidat reste calme, mais fond littéralement. Il dénonce un complot ourdi depuis l'Elysée, un cabinet noir qu'un ouvrage récemment publié aurait dévoilé les ressorts. Dès le lendemain, il reconnait n'en avoir aucune preuve. Mieux encore, le livre n'est pas encore disponible et l'un de ses auteurs explique aussitôt sur les réseaux sociaux que les affirmations de Fillon sont des affabulations.

En une question, Angot a révélé le ridicule de François Fillon:
"Est-ce que vous nous faites un chantage au suicide?"
Sur France 2, il explique qu'il a rendu ses costumes hors de prix offerts par un intermédiaire de la Françafrique. C'est pathétique. Il aurait du rembourser, tout comme cette montre à 10 000 euros également offert par un généreux homme d'affaires.  (Tiens, Pierre Moscovoci aurait-il lui aussi rendu ses costumes ?) Quand Angot lui révèle tout haut ce que des millions pensent tout bas, qu'il perdra face à Le Pen puisqu'il incarne la cupidité tranquille, Fillon dérape encore et justifie que ses électeurs voteront Le Pen s'il n'est pas qualifié. La peste contre le choléra ?

Pathétique.

L'enquête le concernant a été élargie à des faits d' "escroquerie aggravée, faux et usages de faux". Avec les documents saisis à l'Assemblée nationale, les enquêteurs soupçonnent Fillon d'avoir rétroactivement fabriqué des preuves du travail de sa femme à l'Assemblée. Un éminent éditorialiste trouve le bon mot pour commenter: "Faux, usage de faux, escroquerie aggravée : ce n'est plus une mise examen, c'est une récitation du code pénal." On apprend aussi que la fille de Fillon, salariée du papa, a aidé son père d'un prêt pour qu'il paye ses impôts. Du jamais vu. Elle avait déjà remboursé son mariage. On a le sens de la famille chez les Fillon, ... avec l'argent du contribuable.

Dans la même émission, Fillon est filmé au milieu d'aides-soignantes dans une maison de retraite. L'échange, tendu, illustre combien le candidat des riches est hors sol. L'une explique: "on est deux la nuit, pour 84 et on fait des soins jusqu'à trois heures du matin". Fillon répond, glacial: "bah... je pense que partout autour de nous, on est à 39 heures, voilà." Une autre réclame plus de moyens, Fillon, impassible: "vous voulez que je fasse de la dette supplémentaire?".

Le salaire moyen d'une aides-soignante est de 1 700 euros bruts par mois. Fillon a accordé à ses deux enfants entre 3800 euros et 4800 euros par mois en tant qu'assistants parlementaires fictifs, avec l'argent des contribuables.

Vous voulez qu'il fasse de la dette supplémentaire ?



15 mars 2017

Ce que François Fillon n'a pas osé dire dans sa lettre aux juges.

François Fillon a déjà gagné. Il a gagné sa place dans la triste histoire d'une Vème République. Depuis ce mardi 14 mars, Fillon est le premier candidat à l'élection présidentielle mis en examen.

 

Le Figaro a rapidement publié la lettre qu'il a lu aux juges plutôt que de leur répondre. 

 

Il suffit de la commenter, ligne à ligne, pour mesurer l'incroyable imposture. 



Mesdames les Juges,
Monsieur le Juge,
Il est de mon devoir de répondre à la convocation que vous m'avez adressée. Quels que puissent être mes désaccords sur la méthode qui a présidé à la détermination de la date de cet interrogatoire, le respect dû à l'autorité judiciaire s'impose à chacun d'entre nous. (...)

En apprenant sa convocation à des fins de mise en examen, François Fillon a organisé une manifestation de rue pour contester cette décision de justice.

(...) Il est également de mon devoir de venir aujourd'hui devant vous afin de vous affirmer: oui, j'ai employé mon épouse et la réalité de son travail est indéniable.
(...)

Son épouse avait confié dans une interview filmée, et rediffusée intégralement, qu'elle n'avait jamais travaillé pour son mari.  Fillon ne mentionne pas qu'il l'a employé à un niveau de salaire du double supérieur au salaire habituel des assistant(e)s parlementaires, tout en réduisant au passage le salaire de la "vraie" collaboratrice parlementaire.

(...) Cette réalité a été confirmée dans le détail par plusieurs personnes qui ont travaillé à ses côtés durant de nombreuses années. Il est faux de prétendre que tout le monde ignorait que mon épouse était collaboratrice parlementaire. Plusieurs témoins vous confirment la réalité de ce travail, qui correspond en tous points aux déclarations de mon épouse devant les enquêteurs. (...)

Les juges disposent de témoignages inverses. 

(...) Il est tout aussi faux de prétendre que son emploi à La Revue des Deux Mondes n'avait aucune réalité. La seule personne qui l'affirmait a été contredite. (...)
La personne en question n'est que ...  le directeur de la revue à l'époque des faits: "J'ai en tout et pour tout reçu deux notes de lectures signées "Pauline Camille", censé être le pseudonyme de Penelope Fillon. Elles m'ont été transmises par la secrétaire de Marc de Lacharrière. Les dix notes auxquelles fait allusion Penelope Fillon existent peut-être, je n'en sais rien. Mais ce qui est sûr, c'est que je n'en ai pas été destinataire."
(...) En définitive, depuis l'origine, la charge de la preuve a été renversée, me mettant dans l'obligation, contrairement à la règle, de démontrer mon innocence, c'est-à-dire l'effectivité du travail de mon épouse, quelles qu'en aient été les formes. (...) 
Pénélope Fillon est accusée de travail fictif. Il est évident qu'il faut prouver la matérialité de son travail.

(...) Pendant toutes ces années, mon épouse a travaillé à mes côtés et aux côtés de mon suppléant pour assurer une parfaite continuité entre lui et moi. De la gestion de mon courrier en lien avec ma secrétaire à la tenue de l'agenda, mon épouse était présente aux événements locaux, aux inaugurations, manifestations sportives et culturelles dans la Sarthe, aux remises de décorations, son travail a pris de nombreuses formes. Pour citer l'un des témoins entendu par les enquêteurs, “sa force c'était d'être un relais au quotidien accessible et direct à tout moment”. (...)
Combien d'épouses d'élues ont travaillée ainsi sans toucher 5000 euros mensuels sur fonds publics ? 
(...) Nous avons versé de nombreux messages électroniques qui prouvent la réalité du travail réalisé et confirment point par point ce que mon épouse déclarait aux enquêteurs lors de son audition.
Nous avons versé la preuve des réunions auxquelles elle assistait, sa présence indéniable et fondamentale à mes côtés dans l'exercice de ma vie d'élu et la conduite de mes activités politiques.
Nous avons versé des attestations précises et circonstanciées.
(...)
Combien de "messages électroniques" ? Un niveau normal, pour un député devrait frôler les 50 par jour. Combien ?  Pénélope Fillon n'aurait pas eu d'accréditation pour pénétrer l'Assemblée nationale. Curieux, non ? 

(...) La réalité de ce travail est établie, l'emploi de mon épouse comme collaboratrice parlementaire n'était pas fictif et il n'appartient pas à l'autorité judiciaire de porter une appréciation sur la qualité ou la teneur de ce travail.
(...)

Au contraire, s'agissant de fonds publics, il appartient heureusement à l'autorité judiciaire de porter un jugement sur la réalité de ce travail financé par l'argent des contribuables.

(...) Entendons-nous bien et dissipons tout malentendu. Les élus ne bénéficient pas d'une immunité absolue confinant à l'impunité dans l'emploi des ressources mises à leur disposition par le Parlement. Bien entendu, ce n'est pas le cas.
(...)

Les élus sont protégés, heureusement, par une immunité.  Les faits accusant Fillon ont été révélés tardivement. S'ils avaient été révélés avant ou au moment de la primaire, Fillon aurait-il remporté la primaire de droite ? 
(...) Les mots, cependant, ont encore un sens. “Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.” L'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen a gravé dans le marbre la séparation des pouvoirs, fondement même de nos institutions, de la démocratie et donc de l'autorité judiciaire elle-même.
Dès lors que l'emploi de mon épouse n'était pas fictif, ce que démontre le dossier, il n'est pas possible, sans violer cette séparation des pouvoirs, de porter un jugement sur le travail d'un parlementaire et la manière dont celui-ci s'organise avec ses collaborateurs parlementaires.
(...)

Dans la justice républicaine, celle qui s'applique à tous et à chacun, ce n'est pas à l'accusé de décider s'il est innocent. La séparation des pouvoirs qu'invoque Fillon est fallacieuse: primo, les juges n'ont violé aucune règle. Il est heureusement légalement possible, sans violer la séparation des pouvoirs, de porter un jugement sur le travail d'un parlementaire et la manière dont celui-ci s'organise avec ses collaborateurs parlementaires.

(...) Je vous renvoie à cet égard à la réponse faite par le Président de l'Assemblée Nationale aux enquêteurs le 13 février 2017. Interrogé par réquisition des enquêteurs sur les niveaux de rémunération des collaborateurs parlementaires bénéficiant d'un lien familial avec un élu, mon collègue Monsieur Claude Bartolone a refusé de répondre “au nom du principe de séparation des pouvoirs”.(...)

Les parlementaires suspectés d'enrichissement personnel ou de détournement de fonds publics seraient-ils donc au-dessus des lois ? On comprend mieux le soutien public, et rare venant de la droite, de Fillon à l'encontre de Bartolone en 2012 quand l'embauche par ce dernier de sa compagne commença à faire scandale.

(...) Je ne demande ni dérogation, ni faveur, mais simplement le respect du Droit. Je m'inquiète d'ailleurs que vous n'ayez pas pris connaissance de deux notes sur les faits et sur le droit applicable que mon avocat avait déposées auprès du Procureur national financier et que celui-ci ne vous a pas transmises. Est-il conforme aux principes que de mener un interrogatoire dans de telles conditions? J'ai le droit de me défendre sur toutes les preuves en possession de la justice, sur le fondement d'une analyse exhaustive des éléments saisis et sur un travail d'enquête complet. On ne lutte jamais à armes égales avec le soupçon.(...)

Des mots. La procédure est légale, de la même légalité  que celle que Fillon invoque pour justifier la rémunération de femme et enfants sur fonds publics.

(...) Vous avez décidé de me convoquer de façon précipitée pour des faits remontant pour certains à près de vingt ans. Vous savez que je consacre mes journées à faire campagne pour l'élection présidentielle qui aura lieu dans quarante jours. Je respecte les institutions judiciaires et la charge que la loi vous confie.(...)

Rappelons encore une fois que Fillon a provoqué une manifestation de 50 000 personnes contre la décision de juges de le mettre en examen.

(...) J'attends d'être traité comme tous les citoyens de notre pays, sans précipitation et avec le seul souci que la justice soit rendue en toute impartialité. (...)
François Fillon a de la chance. Contrairement au texte qu'il a lu devant les juges qui voulaient l'interroger, il a pu lire un texte. Il est député, il est protégé par une immunité parlementaire. Il le sait très bien, il ne l'avoue pas.

(...) Le code de procédure m'offrait le choix de répondre à vos questions, de me taire ou de faire une déclaration. C'est le calendrier de cette procédure, en plein cœur de la campagne présidentielle, qui m'impose le choix de cette déclaration.(...)

Fillon a la trouille. Il choisit de s'exprimer par un texte plutôt que d'oser répondre aux accusations.

L'Histoire retiendra qu'il est le premier candidat à cette élection présidentielle mis en examen.

La droite ne méritait pas cela.


4 mars 2017

513ème semaine politique: comment Fillon a pourri la campagne présidentielle

Où il est question d'un naufrage politique, d'une élection imperdable, de la fraude frontiste et, surtout, du progrAAAmme libéral d'Emmanuel Macron. 








Il trace, c'est presque une fuite. Vendredi 3 mars, une caméra du Quotidien de Yann Barthès sur TMC surprend le candidat sortant d'un train, seulement accompagné d'un garde du corps. On devine un autre photographe. Le journaliste tente une question, alors que Fillon s'engouffre dans une voiture: "allez-vous vous retirer ?" "A votre avis ?" rétorque, cinglant, l'ex-champion de la droite en claquant sa portière. Cette séquence illustre ce qu'est devenue la campagne du candidat Fillon, vainqueur-surprise de la primaire de la droite en novembre dernier: une fuite en avant.

Le plus stupéfiant est qu'il est stupéfait de ce qui lui arrive.

Fillon promettait la rigueur au plus grand nombre et la lutte contre "l'assistanat". Il a ponctionné légalement près d'un million d'euros de fonds publics pour salarier épouse et enfants étudiants. Avant d'être une affaire judiciaire, le #FillonGate est d'abord un naufrage moral.

Le naufrage de la droite ne profite pas à la gauche. L'attention médiatique est ailleurs. Elle manipule, elle fatigue, elle divertit. "Les démêlés de François Fillon ont plombé toute la campagne ! " s'exclame Mélenchon. C'est un fait. Cette campagne surréaliste, où l'offre politique ets pourtant riche et diversifiée, est submergée par ce "feuilleton quotidien avec du sang, des traitres, de la turpitude en politique".

Lundi, on parle encore de l'échec du rapprochement Mélenchon/Hamon. Il est essentiel. Les deux candidats de gauche se sont vus dans un restaurant parisien, un vendredi soir. Difficile d'effacer des décennies de leadership politique du PS. Même si le PS sort d'un quinquennat plus divisé que jamais, affaibli par ses divisions internes et ses contingents de supporteurs et élus qui filent chez Macron, la démission politique de son président sortant, le candidat socialiste attend qu'on se rallie à lui en échange de quelques postes de députés et de ministres. Hamon rapporte l'échange, révélateur de 2 démarches bien différentes. Mélenchon publie un communiqué simple: que chacun cherche à convaincre puisque la moitié de l’électorat est indécise. Et les adversaires et ennemis sont ailleurs.  Pacte de non-agression ? On est en revanche stupéfait par l'attitude, l'arrogance de Hamon dévoilée quelques jours plus tard:
"Jean-Luc m'a proposé un contrat de gouvernement. Je lui ai dit: "oui, mais c'est moi le président"; alors il a répondu: 'on verra ça plus tard.'" Benoit Hamon, cité par le Canard Enchaîné, 1er mars 2017.
Valls sort de sa réserve, en coulisses: "Hamon a rompu avec la ligne réformiste du PS." Sans rire ? Il rassemble ses fidèles désemparés. L'alliance Hamon/Jadot, qui garantit plus de circonscriptions protégées à EELV que le score sondagier à 1% de leur candidat énerve. Six semaines après la fin de la primaire socialiste, le PS n'a toujours pas un candidat apte à rassembler les siens. Hamon gère une défaite programmée. "Il se laisse enfermé dans ses histoires de négociations" déplore Cazeneuve.

Mercredi, le candidat Fillon est pathétique et dangereux. Il improvise un point presse pour dévoiler ce qu'il sait depuis la veille, sa convocation devant 3 juges le 15 mars pour une mise en examen. La séquence dure 8 minutes. Elle est inédite, lunaire, surréaliste. Il y a quelques mois à peine, Fillon promettait de se retirer s'il était mis en examen. Il en appelle désormais à la rue pour contrer la justice. Il réclame une manifestation, improvisée au Trocadéro dès dimanche. Il lâche cette formule improbable, et aussitôt culte: "La France est plus grande que nous. Elle est plus grande que mes erreurs. Elle est plus grande que les partis pris d’une large part de la presse. Elle est plus grande que les emballements de l’opinion elle-même. "  Après le "je vous demande de vous arrêter " d'Edouard Balladur en 1995, voici le "je vous demande de résister" par Fillon en 2017.
"Ta défaite au premier tour ne peut donc plus être exclue (...) Je me refuse à assumer cette perspective" Patrick Stefanini, directeur de la campagne de Fillon, dans sa lettre de démission adressée au candidat.
Marine Le Pen est mieux lotie. Elle aussi est convoquée par les juges en vue d'une probable mise en examen dans l’enquête sur ses assistants parlementaires au Parlement européen. Son affaire est plus importante encore que celle qui frappe Fillon: on parle de 20 assistants parlementaires fictifs, dont le propre garde du corps de la présidente du FN ! De plus, elle a aussi a ponctionné l'enveloppe parlementaire (européenne cette fois) pour rémunérer son conjoint par ailleurs avocat. Sans parler des autres affaires - ce tiers d'anciens élus locaux FN qui ont claqué la porte devant les magouilles et arrangements qu'ils ont vécus au quotidien. Dans une autre instruction, un proche de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon a été mis en examen pour abus de biens sociaux: il est suspecté d'avoir surfacturé du matériel de campagne aux candidats frontistes au profit du micro-parti "Jeanne" de la présidente du FN. 

Les commentateurs s'étonnent que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets; que Le Pen ne sombre pas comme Fillon. L'explication est pourtant simple: Le Pen est soutenue par des rageux motivés et des effrayés qui ne trouvent pas d'autre alternative. Le Pen promet aussi la grande redistribution "entre Français" (retraite, droits sociaux, smic, etc) quand Fillon ne promet que du sang et des larmes... pour les autres. Enfin, Le Pen est surtout attaquée par des instances européennes honnies, quand Fillon a été pris les deux mains dans le pot de confiture nationale.

Fillon sombre, mais ne rompt pas. Son équipe de campagne, certes pléthorique, se vide peu à peu. Même son très fidèle directeur de campagne finit par démissionner.  Les défections dans le camp Fillon se multiplient, les centristes de l'UDI abandonnent.  "Le compteur des lâcheurs" établi par Libération affiche déjà plus de 200 désertions en 4 jours.  

Avec ces bêtises, on murmure déjà que Sarko serait de retour. Après tout, il est plus jeune que Juppé, plus compatible avec Fillon, ... et il est déjà mis en examen. L'ancien monarque, de retour de vacances en Thaïlande, s'entretient deux fois avec son ancien "collaborateur". Puis s'énerve qu'on l'accuse de bloquer le retrait de Fillon.

Juppé est "prêt". Il avait rapidement décliné d'être le plan B. Puis les parrainages non sollicités se multiplient. Puis ses proches, anonymes, confient qu'il est "prêt" si Fillon abandonne. Mais au 3 mars, le candidat Juppé n'a que ... 1 parrainage déposé au Conseil Constitutionnel quand Fillon en compte 1155, Macron 464, Hamon 336, et Mélenchon 136. Le temps presse, les dépôts seront clos le 17 mars. Même Hollande pourrait désormais postuler.

Fillon en plein naufrage, Juppé sur la réserve, et Emmanuel Macron suit sa route. Les sondages lui promettent la victoire large. Comme Sarkozy en 2007, Macron triangule à merveille gauche et droite traditionnelle. Il séduit une fraction de l'ex-gauche socdem avec son libéralisme sociétal, il convainc sans souci les ex-juppéistes déçus et autres libéraux avec son programme économique.

Car il a un progrAAAme ! Grande nouvelle de la semaine, qu'on a failli manqué, tout étourdis que nous sommes par le nouveau feuilleton de télé-réalité politique qu'offre le camp Fillon au pays.

Jeudi, Emmanuel Macron dévoile enfin son programme, devant une nuée de journalistes sagement assis, au Pavillon Gabriel, près des Champs Elysées. "Son discours rappelle celui de Gerhard Schröder" s'enthousiasme Die Welt : réduction de 60 milliards d'euros des dépenses publiques, pérennisation du CICE, extension de la loi El-Khomri (sur le primat des négociations de branches et la réforme des prud'hommes), suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, etc). Derrière l'élargissement de l'assurance chômage à (presque) tous, se cachent le durcissement des sanctions contre les chômeurs qui refuseraient 2 offres d'emploi "décentes selon les critères de salaires et le niveau de qualification" (rappelez-vous "l'offre raisonnable d'emploi" de Sarkozy en mai 2008) et le recul de l'âge à partir duquel un senior chômeur peut avoir 3 années (et non 2) d'indemnisation (rappelez-vous le niveau record de chômage chez les plus de 50 ans). Sur les retraites, Macron maintient aussi les réformes Sarkozy puis Hollande mais veut unifier tous les régimes publics et privés, supprimer la retraite par répartition (!?!) et créer un système de retraite par points.

Oui, ce programme est libéral.

Sur l'école, Macron abuse d'une rhétorique "de gauche" pour défendre des mesures "de droite": s'il agite une revalorisation de 2000 euros des primes de risques et le création de 4000 postes, il prône surtout comme Fillon ou Sarkozy l'autonomisation des établissements scolaires (i.e. liberté pédagogique et de recrutement). Il réclame même un renforcement de la concurrence entre l'autonomie des universités.

En matière de morale politique, Macron se veut Monsieur Propre. Il lui reste quelques semaines pour virer ces députés macronistes qui salarient, comme Fillon et Le Pen, leurs proches comme assistants parlementaires...  "Dans les statuts d’En marche, il est indiqué qu’il n’y a pas de népotisme. Il n’y a pas de possibilité d’embaucher ou de faire travailler un proche."

En matière fiscale, difficile aussi d'éviter la comparaison Macron/Sarkozy: Macron, comme Sarkozy dix ans avant, brandit quelques mesures symboliques fortes pour cacher un programme fiscal favorable aux plus aisés. Sarko avait trouvé la défiscalisation des heures supplémentaires; une absurdité économique coûteuse, mais cohérente avec son slogan "travailler plus pour gagner plus" et surtout visible sur la fiche de paie de millions de Français. Discrètement, Sarkozy avait réduit en cascade les impôts pour les plus riches et augmenté la TVA. Pour Macron, les mesures "pour les classes moyennes et populaires" sont plus nombreuses: il rétablit l'exonération de cotisations sociales sur les heures sup, mais propose aussi une exonération de taxe d'habitation pour 80% des Français. Tout le monde comprend et cela se voit directement sur la feuille d'impôt. Mais derrière, il promet une réduction des taux de prélèvement (prélèvements sociaux compris) sur les revenus du capital et le remplacement de l'ISF par un impôt sur la rente immobilière. Quand il promet la suppression des cotisations chômage et maladie payées par les salariés, il augmente en retour la CSG.

Sur la Sécurité sociale, l'auto-proclamé "candidat du peuple" se démarque un peu de sa droite en promettant le remboursement de soins à 100% par la Sécurité sociale pour les maladies chroniques, les lunettes, les prothèses auditives et dentaires à l'horizon 2022. Mais il n'évite pas de faire un parallèle financièrement mensonger entre fraude fiscale et fraude sociale, sans jamais évoqué que le premier poste de fraude sociale est la triche aux cotisations sociales par les employeurs et non la fraude aux remboursements ou aux allocs.

En matière sécuritaire, Macron fait du Valls, presque du Sarko: plus de places de prison, l'extension des pouvoirs de la police aux détriments des juges, et des formules à l'emporte-pièces comme "Toute peine prononcée sera exécutée".

Enfin, le programme de Macron est étonnamment pauvre sur deux sujets essentiels: la culture (il en reste à quelques mesures sympathique mais gadget comme ouvrir les bibliothèques en soirée ou un pass culture) et ... l'environnement (où il reprend l'objectif de Hollande sur la réduction de la dépendance au nucléaire... mais pour 2022).

Lundi 6 mars, François Fillon est l'invité de Valeurs Actuelles. Ce magazine de la droite furibarde vient de remporter son action judiciaire auprès du  Conseil d'Etat. Il attaquait la décision de l'actuel gouvernement d'étendre les aides à la presse quotidienne aux hebdo, mais en excluant les titres condamnés en justice ... comme Valeurs Actuelles. Du coup, l'intégralité de la mesure est annulée.  Merci Valeurs Actuelles... Ce dîner populaire, facturé 135 euros par convive, sera l'occasion pour le candidat des riches de défendre sa vision politique auprès de quelques représentants du cœur de son électorat.

Pour combien de temps encore est-il candidat ?

Qu'il dégage.

Il est impossible de terminer cette chronique sans évoquer le travail de campagne, tranquille et sans éclat de voix, droit et sans dérapage, que suit l'équipe Mélenchon. Le programme, publié voici trois mois, a été mis en ligne. Les chroniques video continuent leur succès. Une bande dessinée illustre la démarche.

Sans surenchères verbales, ni tractations inavouées, le candidat de la France insoumise a gagné son premier pari: nourrir nos esprits, des esprits atrophiés par cette campagne surréaliste, ces bruits de com', ces promesses ambigües, ces polémiques judiciaires et immorales. Il y a de quoi avoir le tournis.

Mélenchon nourrit à un moment essentiel.


2 mars 2017

Les 6 preuves de la mort politique de François Fillon




François Fillon est convoqué le 15 mars "aux fins de mise en examen", par trois magistrats instructeurs du pôle financier, pour "détournements de fonds publics, d’abus de biens sociaux, trafic d’influence et manquement aux obligations déclaratives devant la Haute autorité de la vie publique."
 Marine Le Pen, étudiée dans le cadre d'une affaire d'emploi fictif plus importante encore, a refusé de prendre ce risque. Elle refuse publiquement de se soumettre à la justice.

Aussitôt la nouvelle de la convocation connue, Fillon en a appelé à la "France". L'homme promettait il y a peu d'abandonner la présidentielle s'il était mis en examen, il a renoncé à cette promesse. Pire encore, il appelle à une manifestation de soutien
"Je ne céderai pas, je ne me retirerai pas !" Fillon, 1er mars 2017
1. Fillon est un candidat a-moral. Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre le grand écart entre ses promesses électorales et sa propre réalité. Rappelons le sujet: des juges enquêtent sur un soupçon d'emploi fictif, rémunéré sur fonds publics, de son épouse Pénélope Fillon. Fillon a depuis reconnu avoir embauché sa fille étudiante pour l'aider à rédiger un bouquin (enrichissement personnel) en 2007, puis son fils également étudiant (plus cher que sa fille; c'est un garçon n'est-ce pas ?), toujours sur fonds publics. Y-a-t-il une limite dans l'a-moralité chez ce prêcheur de rigueur pour les plus pauvres que lui ?

2. Fillon est un boulet pour la droite. La cascade de défections qui ont suivi la déclaration d'obstination de Fillon témoigne que Fillon est aussi un sujet d'inquiétude à droite. La primaire de droite avait désigné le candidat vainqueur de la présidentielle de 2017, c'est le story-telling que l'on nous a vendu. C'était sans compter l'a-moralité du candidat choisi, les rancoeurs des autres, et l'électorat fluctuant.

3. Fillon n'a pas compris que cette affaire était grave. Elle a occulté sa campagne. Elle lui fait perdre la campagne-qu'il-ne-pouvait-pas-perdre. En s'obstinant, l'ex-droite gouvernementale confirme qu'elle n'a pas compris.

4. Fillon adopte une attitude sarkozyste irresponsable et indigne: s'en prendre à la justice, attaquer la séparation des pouvoirs, en appeler à "la rue contre les juges" quand on se prétend candidat à la présidentielle est irresponsable et indigne. Fillon adopte l'exacte même attitude que Marine Le Pen. On connaissait les convergences programmatiques. Ces derniers dépassent désormais le cadre initial. Fillon braille tout haut ce que l'extrême droite aux portes du pouvoir réclame à voix basse.

Honte à lui, "collabo".

5. Fillon n'incarne plus seul la droite gouvernementale. Emmanuel Macron lui a chipé le concept. L'ampleur des ralliements centristes et juppéistes, et le programme économique du candidat Macron qui se dégage peu à peu devraient achever de convaincre les indécis qu'il en est autrement. L'affaiblissement de Fillon profite à Macron. On attendra le ralliement de l'UDI, pas évident pour des raisons de haine anti-Bayrou.

6. Imaginons que Fillon "s'en sorte", c'est-à-dire que son meeting du dimanche 5 mars contre les juges rassemble une foule immense, qu'il réussisse enfin sa campagne, qu'il parvienne à se qualifier au premier tour, qu'il remporte le second tour. De quel président aurons-nous hérité ? D'un président qui aura affaibli la Justice comme jamais, qui aura donné le pire exemple, celui d'une racaille.

Ami filloniste, réveille-toi.


18 février 2017

511ème semaine politique: Le Pen, Fillon, le duo des prédateurs.

Où il est question de gémellité politique,  de prédation de l'argent public par Fillon/Le Pen, des ambiguïtés ahurissantes du candidat Macron, et de vote blanc à la prochaine élection présidentielle.

 



Les affaires
 Les "affaires" ne sont pas nouvelles, elles n'épargnent aucun camp, mais habituellement les partis dits de gouvernement (national ou local) concentrent les principaux scandales. Pour une raison simple, le pouvoir contribue à la corruption. Le quinquennat d'avant a mis en lumière un nombre assez incroyable d'affaires - Karachigate, Bettencourt, Kouchner, Tapie, Bruni, etc - qui mêlent et entremêlent corruption, trafic d'influence, conflits d'intérêt, et détournements de fonds publics. Plus récemment, les aveux puis la condamnation à de la prison ferme de Jérôme Cahuzac, le feuilleton Balkany ou même les révélations récentes des liens financiers du député LR Thierry Solère avec des entreprises privées du recyclage, sont des exemples de fraudes (Cahuzac, Balkany) ou de conflits d'intérêts légaux (Solère) qui heurtent évidemment l'éthique.

Nous vivons sans doute un tournant, lié à la crise, à l'échec des politiques de lutte contre le chômage, à la progression des inégalités et à l'exaspération que ces tourments aggravent chez nos concitoyens. L'idée que des donneurs de leçons profitent, légalement ou pas, du système dont ils réclament pourtant la "réforme" est devenue tout simplement insupportable à une fraction grandissante et désormais majoritaire de la population.

Et à ce titre, Fillon et Le Pen sont comme deux faux jumeaux de ce nouveau spectacle. 

Les jumeaux
La candidate du Front national conserve son socle de fidèles. Jamais n'est-elle tombée en deçà de 25% des intentions de votes dans les sondages. Les fragiles, les exaspérés, les complotistes, les racistes, ces cohortes peureuses, énervées ou simplement déçues n'entendent pas les accusations. Ils ne veulent pas voir ou ne voient pas l'évidence. Marine Le Pen est une prédatrice.

Son micro-parti "Jeanne", sans aucun adhérent ni militants, a récolté 10 millions d'euros de recettes en 2015. La blonde présidente a salarié son compagnon sur fonds publics, comme 5 autres de ses collègues eurodéputés frontistes. Marine Le Pen aurait même salarié son garde du corps comme assistant au Parlement européen.  L'un de ses proches, via sa société de publications, a surfacturé du matériel de campagne aux candidats frontistes d'après les enquêteurs. Quatre autres proches ont été également renvoyés en correctionnelle en octobre 2016 pour des motifs variés -  escroquerie, recel d'abus de biens sociaux, faux et usage de faux - rien que ça. A l'aune de ces travers, le slogan de campagne "remettre la France en ordre" donne le frisson. Le Front national a proportionnellement le plus d'élus condamnés ou sous enquête de justice pour des délits et soupçons de délits financiers. Depuis une décennie déjà, et malgré un nombre d'élus locaux en très forte progression, le FN détient le record de la plus forte proportion d'élus condamnés.

François Fillon est à peine mieux loti. Le "FillonGate" n'a pas livré toutes ces facettes, mais un trait domine: François Fillon a profité au maximum que la loi autorise de sa position d'élu et de ministre pour son bénéfice pécuniaire personnel et familial: il a utilisé des jets de la République pour ses besoins personnels, il a ponctionné l'enveloppe parlementaire pour salarier femme et enfants étudiants à des niveaux hors normes. Il a utilisé cette même enveloppe publique pour accorder 45 000 euros d'indemnités de licenciement à son épouse quand il a mis fin à ses fonctions d'assistante parlementaire (environ 10 fois plus que la normale d'après France Inter). Il a utilisé sa position de futur candidat crédible à la présidentielle pour délivrer des conférences ou des conseils chèrement payés par des entreprises privées directement intéressées par les mesures qu'il préconise.

"Fillon avait une image de parangon de vertu. Nous, on nous passe tout" Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen.

Fillon comme Le Pen sont aussi prolixes dans les médias qu'ils sont absentéistes dans les travaux parlementaires. Marine n'a rien à envier à sa nièce Marion, laquelle fait preuve d'une flemme parlementaire assez exceptionnelle. François n'est quasiment jamais là à l'Assemblée depuis 2012, malgré ses 7 185,60 euros d'indemnités et les autres 5000 euros qu'il a accordés à sa femme pour son job suspecté d'être fictif d'assistante parlementaire...




La défense
Le Pen comme Fillon usent des mêmes ficelles pour leur riposte: primo, ils récusent la justice, ils attaquent les médias dans leur ensemble, ils crient au complot. Ce serait la faute au "système", ils seraient persécutés par une presse aux ordres et des juges forcément gauchistes. Le FN étant sous le coup d'une enquête des institutions européennes pour détournements de fonds publics par 6 élus, Marine Le Pen a beau jeu d'assimiler ces accusations à de la persécution politique de "Bruxelles". Cette posture complotiste a une résonance facile dans ce monde 2.0.

Secundo, ils ne répondent jamais ô grand jamais sur le fond. Ils éludent, ils font distraction, ils s'éparpillent. Ou ils tombent dans le déni.

Tertio, ils invoquent le "peuple" contre la Justice, le vote contre le jugement. Que les électeurs tranchent et les juges se taisent. Ce bonapartisme fait fi de l'éthique au motif que les électeurs accepteraient la fraude.

N'oubliez pas que même Pablo Escobar a réussi à se faire élire au suffrage universel.

Politiquement, Fillon et Le Pen sont déjà les deux facettes d'une même pièce politique, la peste ou le choléra. Ou bien l'inverse. La ruine sociale ou la tragédie xénophobe. Les voici involontairement rassemblés sur le terrain judiciaire, par leur même mépris pour l'argent des contribuables, la vérité et l'éthique.

Quand l'un ou l'autre se déplacent en campagne, ils sont accueillis par des concerts de casseroles. En route pour les Victoires de la Musique !


Fillon versus Le Pen, le choix est clair. Ce sera le vote blanc.

L'apprentissage
Emmanuel Macron n'a pas été rattrapé par les affaires. Ses succès sondagiers lui ont permis d'emprunter sans difficulté la vingtaine de millions d'euros nécessaire pour sa campagne. Mais ces séances "Tupperware" avec de riches donateurs, lors de quelques déplacements, restent hallucinantes. 

Macron est jeune, fragile, sans grande expérience. Tout excité par ses récents succès sondagiers, Macron raconte tout et son contraire. En Algérie, il qualifie la colonisation de "crimes contre l'Humanité". Il n'en disait mot quand il était en France. En France, il explique que la légalisation du mariage homosexuel a trop clivé. Il expliquait pourtant son admiration pour cette mesure. Un jour, il s'oppose, l'autre il applaudit à la dépénalisation du canabis.

Un jour, un projet ?

Macron a des invariants, sa vision économique notamment: "Ni de gauche ni de droite", il embrasse la purge austéritaire version Fillon avec une gourmandise qui fait vomir: 60 milliards d'euros d'économies sur les budgets publics promet-il. Comment ? On verra plus tard ou presque - "masse salariale de l’Etat" et dotations aux collectivités sont dans sa ligne de mire.

Macron n'est pas une girouette, c'est un paradoxe. En matière politique, il est le chantre de la politique de la demande. En matière économique, c'est l'inverse.

Macron défend l'entreprise contre le salarié, il prône la juste liberté entre employeur et employé, faisant fi des inévitables et évidents rapports de forces déséquilibrés d'un monde du travail privé qu'il n'a connu que dans les salons feutrés d'une Banque Rothschild. Difficile de critiquer Macron sur ses propositions, il n'en a pas, elles sont en cours d'écriture par des experts qui filtrent les centaines de réunions "Tupperware" et réjouissantes que le mouvement En Marche organise. En parallèle, le même Macron conserve la main sur la désignation des candidats de son mouvement aux prochaines législatives. Il refuse que ce choix soit soumis au vote des sympathisants/militants. Quelque 6000 candidatures auraient été reçues.

Laisser croire que la politique se réalise hors parti, hors mouvement, "par le bas", on n'avait pas trouvé meilleur paquet cadeau pour défendre l'oligarchie. Bernard Kouchner, Alain Minc, Jean Arthuis, Jean-Paul Huchon ou Jean-Marie Cavada, les soutiens les plus connus sont des briscards.

La pression
C'est une curieuse musique. Une injonction du candidat Hamon d'abord. Un sondage d'Odoxa ensuite, réalisé auprès de 297 sondés. Que Mélenchon se rallie à Hamon, pour faire gagner la gauche à cette élection présidentielle improbable et ridicule ? Quelle curieuse démarche.

Mais de qui Hamon est le candidat ? Le garçon est valide, il valide 80% du programme de la France insoumise. Mais, mais, mais... un gros 40% des votants à cette primaire socialiste qui a désigné Hamon, une grosse moitié sinon davantage de l'appareil même du parti, s'avère hostile au cœur du programme défendu par Benoit Hamon.

Où est la cohérence politique ?

En d'autres termes, Benoît Hamon en 2017 est encore plus faible que Ségolène Royal dix ans plus tôt. Il a contre lui une majorité des barons, une large fraction de l'appareil. S'il était élu, avec qui gouvernerait-il ? Valls et El-Khomri récemment réélus ? Le premier a expliqué combien Hamon était inconséquent pendant la campagne des primaires. La seconde aurait rejoint Macron si le PS ne lui avait pas réservé une circonscription facile dans le Nord de Paris pour les prochaines législatives.

"Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole, alors même que tu es et restes le candidat d'un parti et d'élus majoritairement hostiles à l'orientation que tu défends." Mélenchon à Hamon.


Ami socialiste, que fais-tu ?

Ami filloniste, où es-tu ?


11 février 2017

510ème semaine politique: l'élection présidentielle la plus ridicule

Où il est question d'un candidat qui caracole dans les sondages sans programme, d'un ex-favori qui paye dans les sondages ses abus familiaux avec l'argent du contribuable, et d'une gauche qui pourrait se retrouver qualifiée si tant est qu'elle le veuille vraiment; bref de la plus ridicule des élections présidentielles que la Vème République ait connue.





L'illusionniste
Il stresse, le jeune candidat. Il stresse. Son agence de pub a fait fuiter dans la presse, et d'abord le Figaro, que les services secrets russes sont après lui. Pour preuve, ces méchantes rumeurs sur sa vie privée relayées par deux sites pro-russes, armes de propagande massive pour l'autocratie poutinienne, les mal nommés Sputnik et Russia Today. OMG!

Effectivement, Sputnik relaye rapidement des propos pourtant sibyllins de Julian Assange qui prétendait détenir des informations privilégiées sur Macron à un autre journal russe. Le site pro-russe a laissé de larges colonnes à un député LR qui s'autorise à accuser ainsi le nouveau chouchou des sondages: "Il y a un très riche lobby gay derrière lui. Cela veut tout dire." Tout dire ?
Nicolas Dhuicq, député Les Républicains (LR) de l’Aube, est réputé pour son dilettantisme parlementaire qui frise l'absentéisme crasse malgré l'absence de sanctions. Le même Dhuicq établissait un lien entre homoparentalité et terrorisme en 2012. Le même Dhuicq avait lui aussi embauché son épouse Catherine comme assistante parlementaire.

De son côté RT a multiplié les attaques contre Macron: "Emmanuel Macron est-il le candidat de SFR Presse et Altice ?" (9 février), "Emmanuel Macron, une escroquerie absolue" (3 février), ou encore  "Emmanuel Macron protégé médiatiquement, François Fillon «pas un homme de système»" (3 février).

Macron, victime d'un complot pro-russe ? A vrai dire, là n'est pas l'important. Emmanuel Macron est devenu le nouveau chouchou des sondages, le prochain victorieux désigné de l'élection présidentielle.

Jeudi, la nouvelle fait l'effet d'un choc: Fillon s'effondre un peu plus dans les sondages, à 17 ou 18%, tandis que Macron caracole désormais en seconde position, 20 ou 21% derrière Marine Le Pen. Comme la blonde présidente n'aurait théoriquement aucune chance, Macron serait donc notre nouveau président.

Ne riez pas. 

L'homme n'a dévoilé quasiment rien de son "projeeeeeeet". Son programme officiel est inexistant. Quand il commence à le dévoiler, on est saisi d'effroi: le garçon est un croisement raté entre Hollande et Juppé. Macron élu, c'est Hollande réélu, un Hollande décomplexé, un Hollande libéré de ce fardeau qui s'appelle la défense des plus pauvres, l'attention aux acquis sociaux de longue lutte, le primat de la loi qui libère sur le libéralisme qui opprime.

La "Macronomie" est un prolongement évident, douloureux, inefficace du quinquennat précédent. "Les propositions du candidat d'En Marche s'inscrivent dans le droit fil du pacte de responsabilité, du CICE ou de la loi Travail" nous explique un essayiste souverainiste dans les colonnes du Figaro. Cette semaine, Macron dévoile ses "propositions" en matière écologique. Le vide absolu, un propos inconséquent digne du siècle d'avant. Il y a d'abord les habituelles platitudes de communicants - "Nous sommes en train de surconsommer et de fragiliser notre planète, de détruire ce qui est notre commun" - ou encore, ne riez pas: "Être écologiste aujourd’hui, c’est se préoccuper de l’humanité".

Dans cette "réalité alternative", Macron est écologiste. Ne riez pas. Ses propositions sont maigres: fermer les 5 centrales à charbon en France, défense des "mines responsables" en Guyane (ne riez pas), poursuite des recherches sur le gaz de schiste et de la recherche sur les OGM. Macron est resté flou sur les moyens de réduire à 50% la production électrique nucléaire. Il promet aussi "32% d’énergies renouvelables". Il veut même simplifier les "procédures pour raccourcir les délais de raccordement au réseau électrique des installations solaires ou éoliennes."Macron reprend différents objectifs non atteints par François Hollande -  500 000 rénovations thermiques de logements par an, interdiction des pesticides néonicotinoïdes d'ici 2020. 

La prédatrice
Jeudi soir, Marine Le Pen a les honneurs d'une émission en prime time sur le service public. La dame se fait rare dans les médias, même si son lieutenant Philipot truste la quasi-totalité des plateaux radio-audiovisuels chaque jour. Le Pen s'enfonce dans les mensonges et les approximations. On appelle cela la "réalité alternative", un monde sans faille, binaire et détestable telle que l'extrême droite sait les créer dans ses discours. Elle s'effondre quand elle tente d'expliquer la relève de l'euro par le franc. Elle patauge quand la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem ose lui porter le fer. Elle esquive quand on lui rappelle les affaires de détournements de fonds publics, nombreuses, qui frappe des élus du FN. Elle ment quand elle se réclame du droit des femmes.

Le clou du triste spectacle fut l'intervention de Patrick Buisson. L'ex-vizir de Nicolas Sarkozy, expert en écoutes clandestines, ancien éditeur de chants nazis et ex-directeur de Minute, est invité pour interviewer Marine Le Pen.

Formidable service public, la recherche du buzz, une vraie honte.

Marine Le Pen comme son compagnon Louis Aliot sont très silencieux sur l'affaire du moment. Marine a embauché Louis comme attaché parlementaire européen, "à temps partiel" précise M. Aliot mercredi sur France info, pour 5 000 euros mensuels. Ces comportements de prédateurs de l'argent public sont coutumiers au Front national. Rappelons qu'une enquête est toujours en cours sur un détournement des remboursements de frais de campagne pour les élections cantonales de 2011, présidentielle et législatives de 2012, municipales, européennes et sénatoriales de 2014, départementales et régionales en 2015.


Sur une autre station du service public, un représentant syndical policier explique que Bamboula est une insulte "convenable." Le débat porte sur ce jeune Théo, violé par un policier à Aulnay-sous-bois. Théo est noir. Cela suffit à la fachoshère pour se déchaîner. L'ancien leader du GUD, ce groupuscule neo-nazi et violent, se livre à coeur joie sur les réseaux sociaux. A Aulnay, malgré les appels au calme de Théo, des soirées d'émeute. L'IGPN explique que la fissure anale de 10 cm est un dommage "involontaire".  Quelques policiers, soutenus par l'habituelle racaille raciste, défende le "viol involontaire".

Le magouilleur
François Fillon a encore tout donné pour sortir de son affaire. Le #PénélopeGate est d'abord et surtout un naufrage personnel. Mardi, le chantre de la Vroite fait face à 200 journalistes pour dénoncer, pêle-mêle, "Dix jours de lynchage médiatique", "le tribunal médiatique", "une opération montée pour (...) effacer le choix des électeurs de la primaire". Il "s'excuse" devant les Français, mais il nie tout délit.

Pourquoi s'excuser alors ? L'hypothèse d'un plan B est enterrée à coup de chantage - sans Fillon, ce sera la ruine de la droite française. Ses proches décident aussi de fustiger, comme leur mentor, la presse. Cette trumpisation des esprits, certains pourtant brillants et démocrates, est effarante. Qu'auraient du faire "les médias" ? Se taire, se coucher et sagement commenter les petites phrases du candidats Fillon sur la fraude sociale, l'assistanat et la Sécu-qui-coûte-trop-cher ? 




Lundi, Fillon balance un nouveau mensonge avec une assurance qui trouble ses proches soutiens et jusqu'à l'électeur: l'extrait télévisuel d'une interview de Pénélope Fillon où elle déclarait n'avoir jamais été "assistante" de son mari aurait été "sorti de son contexte" contre la volonté de l'auteure journaliste. Laquelle journaliste, en direct sur Twitter fustige Fillon pour ce énième mensonge. Puis deux jours après, voici France 2 qui diffuse l'intégralité de l'interview de 2007.
"Je n’ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre." Pénélope Fillon, 2007
Fillon est plombé, "baisé" commente Charlie Hebdo. Impossible de se renoncer, trop fragile pour continuer. Les premiers sondages révèlent qu'il n'aurait même pas convaincu son camp.


Les révélations se succèdent: Fillon lui-même, dans son exercice tardif de transparence, dévoile enfin les riches contributeurs qui ont permis à sa micro-société 2F Conseil d'empocher 757 000 euros en trois ans: on y retrouve AXA qui a tout à gagner de la privatisation promise de la Sécurité Sociale, et FIMALAC, l'employeur de Pénélope Fillon...

Pire, après son emploi d'assistante parlementaire pour lequel les preuves de réalité tardent à être apportées à la justice, Pénélope Fillon aurait reçu une indemnité de licenciement de 45 000 euros, toujours sur les fonds du contribuable. Puis Fillon explique que ses deux enfants, également rémunérés sur son enveloppe parlementaire pour 3 et 4000 euros mensuels chacun pendant quelques mois l'ont aidé, l'un à écrire son programme politique, l'autre l'un de ses derniers livres. Deux missions sans rapport avec le job d'attaché parlementaire. Mieux encore, il est assez probable que l'emploi de la fille soit totalement fictif. Il faut comprendre François. François a des frais. D'après le magazine Capital, peu suspect de gauchisme, l'entretien du château familial dans la Beauce lui coûte entre 5 et 7 500 euros par mois. Une dépense à 85% couverte par les indemnités parlementaires que Fillon a attribuées à ses proches.

Mercredi, lettre ouverte aux Français dans le premier quotidien régional, Sud-Ouest. On n'y apprend rien, Fillon répète les mêmes arguments hors sol et à côté du vrai sujet. Rien n'y fait. A côté, la Fillonsphère rejoint la fachosphère pour propager quelques saloperies mensongères sur la fille du fondateur de Mediapart, en pointe dans la dénonciation des abus fillonesques. L'extrême droite, quelque soit son véhicule, utilise les mêmes ressorts.  Jeudi, ses deux enfants Charles et Marie terminent 7 heures d'audition devant la la police. Le même jour, les avocats de ce candidat qui réclamait que la Justice fasse rapidement son travail demande au parquet de se dé-saisir.

Allez comprendre.

Fillon est un boulet, un "cauchemar pour communicant" explique bien justement les Jours. "Confrontées à des accidents industriels, les entreprises sont contraintes de retirer des modèles défectueux du marché". C'est peu de le dire. Fillon ressemble à un accident politique, un de plus. Un faux social, faux gaulliste, qui s'est décidé à embrasser un discours et un programme de rigueur pour les autres, surtout les plus modestes, quand lui-même se goinfre sur l'argent public pour financer "légalement" ses besoins familiaux.



L'espoir ?
Dimanche, Jean-Luc Mélenchon s'amuse et l'emporte sur le terrain de la fréquentation avec son double meeting, l'un sous forme d'hologramme - plus de 800 000 spectateurs et téléspectateurs au total. Le candidat de la France insoumise suit son programme. Chaque meeting est thématique, et lui permet de dérouler, justifier, argumenter sur son programme. C'est médiatiquement moins vendeur que le vent de l'illusion macroniste ou les petites phrases de l'autodéfense fillonesque. Mais c'est politiquement plus instructif, riche et nourri.

"Le continent numérique doit être rendu au peuple " Jean-Luc Mélenchon
Ainsi dimanche, le candidat déroule ses propositions: suppression d'Hadopi (?), protection des données personnelles, soutien à la création de jeux vidéo, réforme du droit d’auteur, neutralité du Net, promotion du logiciel libre, et rupture des contrats entre Microsoft et l’éducation nationale et l’armée, lutte contre l’optimisation fiscale des géants du Web, etc. Puis c'est l'Europe, et Mélenchon d'expliquer les contours imprécis du nouveau traité européen en cours d'étude à Bruxelles et Strasbourg: "On se dirige ainsi sensiblement vers une UE de plus en plus autonome des États sur le plan économique. Évidemment en figeant la règle libérale comme un absolu."/


Melenchon est gêné par le ralliement probable du candidat EELV, crépusculaire mais sympathique, Yannick Jadot, avec Benoît Hamon. Lequel Hamon n'a pas encore réussi à rallier l'intégralité du PS à sa cause. L'absence de positionnement clair de Hamon (mais de qui donc est-il le candidat ?) le coince. Légèrement favori dans les sondages, il refuse de s'aliéner la frange droite du PS contre laquelle il s'est pourtant fait élire. Hamon, comme Macron, tente de surfer sur cette ambiguïté.

Quand on vous dit que cette élection est devenue ridicule...


Ami citoyen, il y a une autre voie.




7 janvier 2017

505ème semaine politique: à quoi sert la primaire socialiste ?

 

 

Il ne reste que deux semaines de campagne pour une primaire socialiste qui peine à intéresser. Hors du cadre, Macron grapille Fillon sur sa gauche et Mélenchon laboure la gauche. Finalement, le doute s'installe. A quoi bon une primaire socialiste dans tout ça ? 

 

La primaire symbolique
"La paire du vide", ainsi le quotidien numérique Les Jours qualifie-t-il le duo Valls et Peillon. Les deux tardifs de la primaire socialiste mobilisent pourtant l'attention médiatique malgré des programmes flous, des formules vaporeuses ("Placer l'emploi et le travail au coeur de l'économie", version Peillon), des postures hors-sol. "Les deux candidats légitimistes de la primaire occupent l’espace pour ne rien dire" écrit à juste titre un autre duo, mais talentueux,

Valls et Peillon avaient choisi le même jour pour exposer leurs ambitions, mardi 3 janvier. Bonne année !

Valls change déjà son slogan ("Une République Forte, une France Juste"), Peillon peaufine encore le sien. Valls a confié la "rupture de confiance durable" avec Hollande, Peillon qu'il n'avait pas dormi pendant 3 jours après le renoncement de Hollande (super!).

Valls se réclame de Clémenceau, Peillon s'abrite derrière une référence au programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944 sur la page d'accueil de son site de campagne. Valls a peu de promesses, sa candidature est creuse tant il gomme sa propre identité politique ("il a peur d'un réflexe anti-Valls" résume un de ses proches). Peillon fait au contraire quelques tentatives programmatiques, mais on retient ce bad-buzz stupide d'un candidat Rantanplan sur un parallèle absurde entre la situation des juifs sous Vichy et celle des Français musulmans aujourd’hui.

Le Parti socialiste a bien le droit d'organiser sa primaire, même en catastrophe. Les écolos s'acharnent bien depuis quelques décennies à faire de même, pour recueillir avec une régularité inquiétante pour leurs finances une poignée de pourcentages au premier tour de chaque scrutin présidentiel. Mais les écolos ont une cause à défendre qui dépasse l'élection d'un seul de leurs représentants. Après tout, il y a encore quelques crétins pour croire que le réchauffement climatique a marqué une pause depuis bientôt 20 ans...

Une élection présidentielle permet de donner un peu de voix à quelques sujets qui, même en 2017, peinent encore à intéresser la gente des médias dominants.

Mais à part au PS, qui s'intéresse à cette primaire socialiste ?

Cette primaire socialiste parait hors-sol. A quoi sert-elle ? On ne sait plus vraiment. Si Hollande s'était représenté, il y aurait un bilan à défendre, une majorité à renouveler. Il n'en est rien. Pire, la primaire socialiste affiche, dans le plus grand bazar,toutes sortes d'anciens ministres, parfois avec quelques idées (heureusement), mais aucun projet global, aucun consensus si ce n'est la préservation d'un système vidé de l'intérieur par l'échec incarné par la qualification prévisible du Front national-socialiste dès le premier tour présidentiel.

Le PS ne défend plus de projet de société autre que la conquête du pouvoir. Il n'est plus le mieux placé pour l'emporter ni demain, ni après.

Le vide ou le bazar
A quoi sert cette primaire socialiste puisqu'elle ne désignera pas le vainqueur du prochain scrutin ? C'est la question centrale, celle que l'on ne pose pas rue de Solférino pas plus qu'au QG pharaonique de François Fillon (Qui a lu les délicieuses révélations du Canard Enchaîné sur le chateau du nouveau candidat de la vraie France ?)

C'est un vote inutile, flagrant. Avant de savoir qui fera la surprise au soir du premier tour de cette primaire socialiste, il faudrait s'interroger sur un autre risque, une faible mobilisation, voire le bide absolu. Lequel des candidats s'est préparé à cette éventualité ? Pour l'instant les sondages dévoilent qu'environ 7 à 8% des sondés seraient partants pour voter. Ce serait déjà énorme, mais bien plus faible que la primaire de droite en novembre dernier.

Valls serait en tête des sondages de cette primaire socialiste. Hamon connaitrait un frémissement. Peillon est loin. Les autres n'existent pas. On connait les précautions qu'il faut prendre quand on parle d'enquêtes sur un corps électoral incertain

Mais qui assume le quinquennat de Hollande ?

Visiblement personne.

Côté primaire socialiste, on trouve d'abord les opposants, ceux "qui ont tué le père" (Les Jours), Montebourg et Hamon pour ne pas les nommer. Les deux Dupont et Dupont de l'aile gauche du PS (sic!) tentent de jouer une surprise à la Fillon. Hamon a même quelques sondages frémissants. Les deux ont surtout affiner leurs différences. Montebourg loue "la société du travail", son passage à la direction d'un fabricant de meubles en serait-elle pour quelque chose ? Hamon prédit la "raréfaction du travail" dans un avenir proche.

On se réjouit.

Mais on connait les limites de leurs démarches: lequel oserait se rallier à une véritable rupture ? Aucun. On attend toujours qu'ils tuent enfin le père, le vrai. Non pas Hollande, mais une dérive social-libérale, un compromis social-démocrate qui a échoué devant l'extrême droite et la crise. Les deux savent être brillants pédagogues, mais leur pédagogie s'éclatent sur les faits: leur passé/passif de frondeurs n'ayant jamais assumé de travailler à la seule réalité qui vaille, la construction d'une alternative politique.

Le péché originel des frondeurs est là: une fronde qui ne débouche sur aucune alternative politique n'est qu'un caprice.

Macron, seul en piste
Cette primaire socialiste présente ensuite une flopée de bipolaires, celle et ceux qui tentent de nous convaincre qu'ils sont neufs, vierges, nouveaux et surtout sans rapport avec le quinquennat précédent. Ils n'osent renier le bilan du patron, et pourtant il faut bien l'assumer. On a donc cet ancien premier ministre (Valls), mais aussi deux anciens ministres (Peillon, Pinel), et deux anciens soutiens inconnus (Benhamias, de Rugy) qui seront vite oubliés.

Jeudi, Valls est sur France 2. "Bien sûr que j'ai changé. J'ai grandi, j'ai muri". Il a tellement muri qu'il veut supprimer cet article 49-3 de la Constitution (une promesse qui n'engage à rien puisqu'elle ne repose pas sur le président de la République mais sur le Parlement). Valls fut l'un des rares premiers ministres à utiliser le 49-3 ... contre son camp, notamment pour la loi Travail. Mais Valls, sur France 2, a une explication, ce n'était pas de sa faute. Le 49-3 pour faire voter la loi El-Khomri lui a été imposé par ... les "frondeurs". La vie est belle. Le garçon prétend à la présidence suprême de la république mais avoue céder à un reniement personnel (puisqu'il déteste le 49-3).

L'Emission Politique réalise l'un de ses pires scores. Le double de téléspectateurs lui préfèrent la première édition française du Saturday Night Live avec gad Elamleh sur M6. Manuel Valls apparaît cerné.



A quoi donc sert la primaire socialiste ? A désigner un futur vainqueur ? Non. Aucun sondage ne le prédit. Pour un parti dopé aux sondages, la nouvelle est un choc. Et une révélation. La primaire servirait à défendre un bilan ? Non plus. Puisque Manuel Valls s'est refusé à endosser les habits du quinquennat sortant, il n'y a donc que Macron. Macron est la meilleure incarnation, la prolongation évidente du quinquennat Hollande.

Le vote inutile
Bien sûr, le jeune ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée, ex-ministre de l'Economie, a des lacunes. Il déroule un programme plus bipolaire encore encore celui de Valls: opposant hier, le voici aujourd'hui farouchement défenseur des 35 heures, ou des remboursements intégraux de la Sécu. Macron est l'incarnation réussie d'un système, un ex-banquier devenu conseiller du Prince puis ministre qui désormais déroule sa campagne avec succès et le soutien de quelques barons du PS et du patronat. On applaudit au coup d'Etat médiatique qui, il y a peu, nous semblait ridicule ou risible.

Macron inquiète, et c'est tant mieux.

Le président sortant, socialiste, a renoncé à se présenter. Pourquoi s'acharner ? Jean-Luc Mélenchon l'explique dans une tribune du Monde, jeudi:

"A quoi bon un candidat du Parti socialiste ? (...) Jusqu'à présent, l'ultime justification du candidat socialiste, c'était d'être en tête dans les sondages. Il se présentait alors comme le vote utile. (...) Actuellement, le PS est en troisième position derrière Emmanuel Macron et moi-même. Dans ces conditions, sans projet et sans avantage électoral, à quoi bon un candidat du PS ? En réalité, le vrai choix des électeurs du PS, c'est de trancher entre l'orientation gouvernementale amplifiée, telle que la porte Emmanuel Macron, et la tradition de l'humanisme émancipateur de la famille culturelle que j'incarne."


Ami socialiste, vote Macron ou Mélenchon.



24 décembre 2016

503ème semaine politique: Fillon, chantre de la Vroite.

 

 

Abusée par une décennie de sarkozysme agité et Bling-Bling puis un social-libéralisme complexé et défait, la France découvre ce qu'est la vraie droite: un camp qui défend une politique de classe, une justice de classe, une France déclassée. Cette Vroite a un chantre, François Fillon, lequel sera confronté à l'épreuve ultime: assumer sans mentir ni renoncer le programme sur lequel il s'est fait désigné par 3 millions de retraités, cadres sup et patrons lors de la primaire de droite de novembre dernier.

Chiche.




"Il faut avoir le courage de « casser la baraque » pour la reconstruire autrement. C’est le sens du projet de rupture que je porte." François Fillon, programme pour les primaires.




Les pièges primaires
Ce n'est pas encore un trou d'air, mais ça en prend l'allure. Une salve de sondages de fin d'année déstabilisent l'assurance souriante du vainqueur de la primaire de droite. Tous les résultats convergent: les sondés rejettent ultra-majoritairement le saccage des services publics proposés par Fillon (suppression de 500 000 postes de fonctionnaires en 5 ans, privatisation partielle de la Sécurité sociale, etc). Mêmes les sympathisants LR s'inquiètent à 50% de ce programme économique.

Surprise ? Non. La droite découvre "le piège des primaires".

Les primaires peuvent être une tentative de rassemblement de second tour. Celles qui désignent le candidat le mieux à même de mieux franchir l'obstacle de l'élection présidentielle. C'est ainsi que François Hollande, dont peu avaient lu le programme, s'est retrouvé qualifié en 2011 car il fut jugé plus apte à terrasser Sarkozy.  Le piège des primaires s'est renfermé sur Hollande après sa victoire. Il a cru qu'il avait été élu pour appliquer un programme "social-libéral", et tourné le dos à une large fraction de ses électeurs de mai 2012.  Ignorant, volontairement ou pas, les raisons profondes de sa victoire à l'automne 2011 puis en mai 2012, Hollande a ensuite conduit une politique qui, si elle avait une majorité institutionnelle (brutalisée à coups de 49-3 pour éviter les débats), n'avait plus aucune majorité populaire. En témoignent les scrutins intermédiaires désastreux et, évidemment, l'incroyable renoncement de Hollande à se porter candidat à sa propre réélection le 1er décembre 2016.


 

Il y a aussi des primaires de rassemblement de premier tour. Celles qui désignent le candidat qui synthétise le mieux son camp mais qui coincent le vainqueur dans des promesses étroites et impossibles pour convaincre au-delà des sympathisants. Aux Etats-Unis, les qualifications des extrémistes conservateurs Barry Goldwater (contre Johnson en 1964) ou, plus récemment, de Mitt Romney (contre Obama en 2012) ont privé le Parti Républicain d'une victoire présidentielle dans un régime américain ultra-bipolaire.

Bref, quelles qu'elles soient, les primaires sont devenues un piège démocratique quand elles visent large.

En France, l'électorat, motivé ou indifférent, découvre peu à peu la Vroite. A force de reniements, divisions, et triangulations, Nicolas Sarkozy nous avait fait oublié ce qu'est la vraie droite. 






La Vroite complexée
François Fillon incarne parfaitement cette "Vroite", il est la synthèse idéale et quasi-parfaite "entre la promesse de rupture autrefois attribuée à Nicolas Sarkozy et la «force tranquille» préemptée par Alain Juppé". Une Vroite qui assume de moins en moins son programme présidentiel au point d'en effacer peu à peu des pans entiers sur son site internet, ... mais une Vroite qui n'en pense pas moins.

Après son renoncement provisoire sur la privatisation partielle de la Sécurité sociale, on attend ainsi avec impatience que Fillon dévoile comment se répartiront les 500 000 réductions de postes de fonctionnaires.

Qu'il explique si le report à 65 ans de l'âge minimal pour une retraite pleine tiendra compte de la pénibilité, ou si la durée de cotisation sera également prolongée comme Sarkozy puis Hollande l'ont fait voté.

Qu'il explique, publiquement, que la suppression des 35 heures signifie bien la suppression de la rémunération des heures supplémentaires au-delà de 35 heures.

Qu'il explique pourquoi, et avec chiffres et raisonnement, la suppression de l'ISF qui ne concerne que 300 000 foyers est si "urgente" et "décisive" pour le redressement du pays.

Etc...

Le programme de François Fillon est riche en promesses. Il faut le lire, et le relire. Surtout le sauvegarder.

Devant ces premières menaces sondagières contre le chantre de la Vroite, on tente bien sûr de victimiser l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy. Il serait devenu "l'ennemi public numéro Un" du "système politico-médiatique". Après une brève tournée en Françafrique, Fillon se fait discret. Il prend les conseils de VGE, un vrai spécialiste en défaite présidentielle.

Il part en vacances en famille au ski, un vrai sport d'ennemi du système politico-médiatique. Il ira ensuite à Las Vegas (sic!) pour un salon high-tech. Il laisse sa centaine de conseillers de campagne, logés dans les bureaux des 2500 mètres carrés de son pharaonique QG de campagne, répliquer aux attaques.
"Taisez-vous, allez dans la Sarthe et lisez des livres ­d’histoire ! Une campagne présidentielle, ça dure un mois" Valéry Giscard d’Estaing à Fillon.
Fillon s'inquiète aussi des caricatures fascisantes des partisans de Marine Le Pen. Les sbires de cette extrême droite "normalisée" le caricature en "Farid Fillon" sur les réseaux sociaux. A Berlin, dimanche 18 décembre, un terroriste tunisien fauche 11 passants, en blesse une cinquantaine d'autres, après avoir tué le chauffeur d'un camion qu'il précipite dans un marché de Noël. L'homme s'enfuit, traverse la France, peut-être la Suisse puis se fait tuer à Milan par la police locale. En France, dans une petitesse minable et admirable, nos commentateurs s'indignent de "l'Europe passoire". Et le Pen instrumentalise une fois de plus le fait divers.

Le "phénomène Macron", qui pour l'instant n'a fait ses preuves de popularité que dans les sondages, et d'adhésions, que chez la plupart de nos éditocrates, inquièterait les chantres de la Vroite

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Le Père Noël a déjà gâté Christine Lagarde.

L'actuelle directrice du FMI, ancienne ministre des finances de Nicolas Sarkozy, a été condamnée pour négligence dans l'indemnisation faramineuse de Bernard Tapie par un Tribunal arbitral. Condamnée mais sans peine ni sanction.

La belle affaire...

Cette justice de classe fera d'autres dégâts, on l'espère dans les urnes.

François Fillon ne commente pas. Il est pourtant directement concerné.

Une pétition pour un vrai procès attire quelques milliers de soutiens en quelques jours. Et Lagarde crâne dans les colonnes de l'Obs où elle s'indigne des inégalités.

Ami filloniste, où es-tu ?