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10 décembre 2016

501ème semaine politique: de la nausée Fillon aux vomissements Le Pen




 C'est une campagne présidentielle finalement très primaire.

Présidentielle primaire
Un jour, un candidat. La perspective d'une élection où tout serait possible, même le plus improbable, donne des ailes aux ambitions les ridicules. Cette semaine, Vincent Peillon annonce sa candidature, paraît-il poussé par Martine Aubry pour faire barrage à Montebourg et Valls. A droite, Michèle Alliot-Marie, celle-même qui fut éjectée du gouvernement Fillon/Sarkozy pour une funeste affaire de vacances offertes par un dirigeant tunisien en pleine révolution, se croit aussi un destin national. Et Nicolas Dupont-Aignan, le "Kennedy français" (ne riez pas) se compare à Jeanne d'Arc et de Gaulle sur l'estrade d'une salle parisienne, pour lancer sa propre campagne.

Cessez le feu.

Le Parti socialiste s'enfonce dans un cirque primaire, trois mois trop tard après les primaires de droite, et après avoir sabordé la réélection de son président sortant. L'éparpillement des candidatures ramène la gauche à une situation ante-Congrès d'Epinay, que trois générations n'ont pas connue.

On applaudit.

"Camba", premier et peut-être dernier secrétaire du PS, écrit à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pour leur demander d'intégrer les primaires socialistes au nom du péril national-populiste. Bizarrement, il fait moins d'efforts pour convaincre Silvia Pinel, la candidate PRG et ancienne ministre; Yannick Jadot, candidat écologiste, tous les deux restant scotchés dans les plus profondes profondeurs sondagières.; ou même les ("la primaire c'est pas open bar").

Jean-Christophe Cambadélis préfère s'adresser aux deux rivaux les plus populaires, ceux-là même qui étranglent le PS à droite et à gauche: d'un côté Emmanuel Macron, qui fait campagne sans programme si ce n'est un livre d'une platitude étonnante, mais avec ses fans digitaux, les bourgeois de l'ex-UDF et, en retrait, ce cortège de patrons modernes si chers à la "révolution" soc-lib à l’œuvre depuis l'élection de Hollande. Et de l'autre, Jean-Luc Mélenchon, dont la pédagogie insoumise cartonne désormais sur les réseaux sociaux, qui multiplie les meetings bondés et qui vient de publier son programme, "l'avenir en commun."

Samedi, Macron rassemble près de 15 000 personnes porte de Versailles à Paris. Le volume de l'assistance surprend. Macron est galvanisé. Il s'égosille. Ses incantations semblent tirées du mauvais feuilleton Sarkozy version 2007: " je suis le candidat du travail . (...) Je veux que le travail paye mieux". Comme Sarko en 2007, il prône la "valeur travail". Comme Sarko en 2007, il ne supprime pas les 35 heures mais il renvoie la régulation du travail au niveau des entreprises, moins protecteur pour les salariés. Pour moderniser cette proposition directement empruntée du capitalisme du XIXème siècle, ante-conquêtes sociales, Macron n'est pas avare en formules délicieuses telles: "libérer l'accès au travail, c'est libérer le dialogue social au plus près de l'entreprise et du terrain." 

Valls à deux temps
Pour Manuel Valls, nouveau candidat, héritier du quinquennat finissant, il y a danger, grand danger.

Lundi, Valls officialise sa candidature présidentielle, chez lui, à Evry, en Essonne. Les communicants ont soigné le tableau: amis, épouse et ex-épouse, salle des mariages et gros sourires. Il y a même un joli slogan, presque anachronique quand on connait l'homme qui le porte: "faire gagner tout ce qui nous rassemble". Mais les accents gauchisants et les appels à la "réconciliation" d'un premier ministre qui a fracturé son camp ne trompe pas grand monde. Valls a 50 jours avant la primaire socialiste, et 5 mois avec le premier tour présidentiel, pour faire oublier ses 200 semaines de gouvernement en tant que ministre puis premier ministre.

Il fait comme Sarko en 2007, mais très tard, trop tard. Valls dit qu'il a "changé".  Au mieux rassemblera-t-il une grosse minorité de sympathisants socialo-socialistes. Un sondage le place déjà en tête d'une primaire dont les prédictions de participation sont pour l'instant faibles. Mais d'autres prédisent une disqualification de la gauche dès le premier tour - Valls, Macron et Mélenchon chacun à 14% des intentions de vote.

Son premier meeting à Audincourt, dans l'une de ses contrées désindustrialisées dans l'Est, près de Montbelliard, a l'ambiance fraîche. Là aussi, sa récente conversion ne fait pas illusion. On retient l'interpellation par une dame dénommée Renée qui l'engueule en fin de réunion devant une grappe de micros et caméras.



Et Hollande ? Sans surprise, il remonte dans les sondages. Son renoncement sera la meilleure trace, courageuse, qu'il laissera dans l'Histoire. L'ex-Pravda de Sarkofrance entame une chronique des derniers mois, presque élogieuse: "François Hollande a endossé une nouvelle et peut-être ultime fois le costume de chef de guerre - une tenue qui lui a plutôt réussi depuis qu'il est entré à l'Élysée" peut-on ainsi lire dans les colonnes du Figaro. On attend plus qu'un numéro spécial de Valeurs Actuelles et le bonheur sera complet...

Pasokisation
La France n'est pas la Grèce, mais le Parti Socialiste est en passe d'entamer la dernière étape de sa Pasokisation. La Grèce avait un parti socialiste "historique", le PASOK, qui a soudainement, brutalement disparu en l'espace de quelques scrutins, disqualifié par sa gestion de crise et ses trahisons.

A force de holdups inefficaces sur les idées réactionnaires (déchéance de nationalité, loi Travail, réforme des retraites, Pacte irresponsable, maintien des franchises médicales et déremboursement votés sous Sarkozy; etc) que Fillon s'attache désormais à amplifier (destruction du Code du travail, assouplissement des conditions de licenciement, réduction de l'impôt sur la rente et le capital, privatisation partielle de la Sécurité sociale, allongement de la durée de cotisations et d'âge de départ à la retraite; suppression des heures supplémentaires, etc.), les représentants du Parti socialiste se retrouvent soudainement devant un triple obstacle: orphelins de candidat naturel, éparpillés façon puzzle et surtout ignorés du débat politique.




Primo, qui peut être surpris du désintérêt qu'une large partie de leur électorat d'antan leur porte ? Toutes les élections intermédiaires depuis 2013 n'ont pas tant été marquées par la défaite des représentants du PS que par l'immense abstention et notamment à gauche. Secundo, à force de crier qu'il est "moderne" d'augmenter le temps de travail, d'assouplir les licenciements, et de réduire l'impôt du capital; ou de couiner qu'il y a trop d'impôts, trop de réfugiés et que le coût du travail est trop élevé, comment rester crédible contre le candidat désigné par la droite ?

De la nausée Fillon aux vomissements Le Pen
L'ancien premier ministre de Sarkozy déroule son programme inégalitaire. Car le programme de Fillon est d'abord inégalitaire avant d'être austéritaire. Des premiers sondages lui sont défavorables, comme chacun commençait à comprendre. Le programme présidentiel de Fillon n'est pas un choc pour les grandes entreprises (avec la promesse d'un nouveau pacte irresponsable de 50 milliards d'euros de réduction des cotisations sociales (après les 41 milliards inefficaces de Hollande/Valls) ni pour les ménages fortunés (avec la réduction de la taxation du capital "en instaurant une taxe forfaitaire modérée sur tous les revenus du capital et en supprimant l’ISF"), bien au contraire, c'est un ravissement, une "divine surprise".

Le choc est pour les autres, la majorité: suppression des remboursements de soins et de médicaments par la Sécurité sociale - hors pathologies graves -; suppression de 500 000 postes de fonctionnaires en 5 ans (infirmiers, policiers, enseignants, assistantes sociales, militaires ?); réduction des dépenses de retraite; assouplissement des licenciements collectifs (en instaurant "le motif de réorganisation" de l’entreprise "pour faciliter l’adaptation des entreprises à leur contexte concurrentiel"), etc.

Marine Le Pen dit qu'elle a "la nausée" en lisant les promesses de Fillon sur la santé. Nous pouvions vomir en l'écoutant parler devant un parterre de journalistes jeudi dernier. 

Elle expose ses propres idées, ou plutôt régurgite la vieille antienne de son paternel. "La France aux Français" est de retour, les outrances xénophobes, appuyées sur quelques grossiers mensonges, également: "la solidarité nationale doit s’exprimer à l’égard des Français. Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : “Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation !

Marine Le Pen ment et se corrige ensuite à l'AFP ("Je parlais des enfants de clandestins"), pour mentir à nouveau. Elle ment quand elle attaque la "population immigrée" qui "ne travaille pas." S'appuie-t-elle sur des statistiques ? Non. Elle ment quand elle fustige ces retraités immigrés qui touchent "des minimums vieillesse avec le seul critère d’arriver en France, d’avoir 65 ans, sans avoir jamais ni travaillé ni cotisé en France." C'est encore faux. Toujours faux. Les minimums vieillesses sont soumis à condition. Elle ment encore quand elle affirme  que les retraités agriculteurs n'ont pas droit au minimum vieillesse.

La menace frontiste effraye.

Elle devrait effrayer d'abord par ses mensonges.






3 décembre 2016

500ème semaine politique: contre Valls/Fillon/LePen, la guerre des clones aura-t-elle lieu ?

 

 

Un cap a été franchi. Hollande a joué la normalité jusqu'au bout. Valls piaffe d'impatience, Fillon laboure, Le Pen savoure.


La dernière victoire de Hollande
Un François en chasse un autre. Fillon débute sa première semaine de candidat de la droite, mais Hollande lui chipe la vedette pour un dernier coup d'éclat. Jeudi 1er décembre, dans un mini-studio près de l'Elysée, fond bleu ciel et ton cafardeux, François Hollande dresse un bilan flatteur et partiel de son quinquennat pour terminer sur cette phrase:
"Face aux épreuves, j’ai pu avoir une capacité inépuisable de résistance devant l’adversité. Mais le pouvoir, l’exercice du pouvoir, les lieux du pouvoir et les rites du pouvoir ne m’ont jamais fait perdre ma lucidité, ni sur moi-même, ni sur la situation, car je dois agir. Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle.
Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat."
Patatras !  Hollande renonce ! Sur les réseaux sociaux et ailleurs, stupeur et consternation chez les proches et les derniers fidèles.


Pourtant, Hollande aura été normal jusqu'au bout. Car c'est bien la décision la plus normale, la plus lucide que les circonstances imposaient. Hollande renonce à un second mandat le jour même de l'entrée en vigueur de l'assouplissement du licenciement économique, l'une des mesures phares de la loi El Khomri.

Le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.

Après un dîner en famille, il s'envole pour les Emirats arabes unis. "Libéré d'un fardeau" (Le Monde), "soulagé" (Le Parisien), Hollande est devenu un objet de curiosité politique inédit sous la Vème République. Même Arnold Schwartzeneger l'a félicité. Gaspard Gantzer, le trop jeune conseiller ès communication fait mine de découvrir le renoncement le jour même. Il est surpris en flagrant délit de confessions "off" au pied de l'Elysée par une caméra de France 2. Il s'énerve. Le Monde venait de lui consacrer un portrait élogieux.

Ce renoncement est aussi la dernière victoire politique de Hollande contre Sarkozy. Le premier avait promis de se présenter si les résultats étaient là, il a tenté, il a échoué. Il se retire sans s'accrocher ni perturber. Le second a trahi sa promesse d'arrêter la politique, s'est remis en selle, a tout tenté, même l'ignoble, pour dézinguer les rivaux de son camp; a fait campagne à l'extrême droite pour conquérir une candidature. Et s'est fait jeter dès le premier tour de la primaire de la droite.

Hollande part avec des honneurs. 

Sarkozy part se cacher.

Les trois gauches
L'après-Hollande commence. Un paysage curieux à gauche, si éclaté qu'on doit le rassembler au-delà des egos pour comprendre sa signification politique.

Au centre, ou plutôt à droite, les faux vrais-faux fidèles du hollandisme finissant, les plus responsables à défaut d'être les plus solidaires de la politique de ce quinquennat: Valls qui a sabordé une candidature Hollande de l'intérieur; Macron qui a conçu la trahison libérale de l'année 2013 et la trahison politique de l'été 2016; et quelques gentils inconnus qui profitent d'une primaire socialiste pour tenter de redorer leur notoriété personnelle - Jean-Luc Benhammias (qui ?) et François de Rugy (qui ?!?). Une fraction large du Parti radical valoisien s'apprête à suivre Macron, comme Jean d'Arthuis dès le soir de la victoire de Fillon. Même François Bayrou se tate, incapable de rejoindre l'ultra-libéral et ultra-conservateur Fillon.

Plus à gauche, voici une foule de frondeurs socialistes. Ils sont en rupture de banc depuis la mi-mandat, mais ils n'ont pas suffisamment divorcé pour quitter le navire socialiste en dérive. On dira qu'ils sont en état de séparation de fait avec le Hollandisme présidentiel, mais sans oser franchir le Rubicon de la vraie rupture. Montebourg, Hamon, Filoche, ou Lienemam, sont telles Bayrou à droite: ils râlent contre leur taulier pour exister davantage. C'est pourtant leur moment de vérité. Celui où ils pourraient enfin suivre leurs idées plutôt qu'un appareil.

A gauche enfin, plus en colère, et dès les premiers jours, moins énervée mais tout aussi déterminés que les premiers jours, Mélenchon domine; sa France insoumise est désormais soutenue par le PCF. Et il est même devenu la coqueluche des sondages à gauche. Sur YouTube, sa chaîne de videos pédagogiques et politiques frôle déjà les 100 000 abonnés. Ajoutons quelques trublions trotskystes (Artaud, Poutou) qui font le folklore de nos élections présidentielles depuis 5 décennies et, parfois, permettent à la gauche de rater le second tour de l'élection présidentielle.

Qui s'alliera avec qui ? C'est toute la question. Face à une droite désormais coalisée derrière le plus rétrograde des candidats qu'elle ait présentée depuis l'aube de la Vème République et une extrême droite qui a rompu avec son pétainisme originel pour embrasser le social-fascisme mussolinien, la gauche se présente divisée pour l'instant.

La Vème République présidentielle est maléfique. Elle agite les égos autour de ce fumeux concept anti-démocratique de la rencontre d'un homme avec le peuple qui conduit même l'écrivain Alexandre Jardin, le déçu Julien Dray ou le lunatique Jacques Cheminade à se présenter. Ne riez pas. Vous pouvez au contraire pleurer.

Trois gauches, dont les deux extrémités sont évidemment irréconciliables. Le sort de l'élection présidentielle à gauche se joue ici.

Combien de frondeurs assumeront leur rupture ?


Valls/Fillon/Le Pen, le spin-off de 2012
Au pied des collines d'Hollywood aux Etats-Unis, on appelle cela un "spin-off" pour désigner ces feuilletons qui prolongent une série originale sur la base d'un personnage. Dans l'esprit des producteurs et scénaristes américains, il s'agit de reproduire un succès, de capitaliser au maximum sur une vieille recette.  

En l'espace d'une semaine, la politique française s'est "spinoffiée" à vive allure. Et ce spin-off repose sur trois clones imparfaits: Marine, clone de Jean-Marie; Fillon, clone de Sarkozy; et bientôt Valls, clone de Hollande.

Nous avons déjà Marine Le Pen, clone islamophobe de son père. Marine Le Pen a gauchisé son discours pour diriger la colère vers la haine. Elle a remplacé le juif par le musulman. Elle transforme la laïcité en guerre de religion. Mais Le Pen reste Le Pen. L'entourage néfaste, le programme absurde, et mêmes des déboires de détournements de fonds publics. Marine Le Pen souffre encore à peine de sa propre affaire Bygmalion. L'enquête sur le savant montage de facturation du matériel de campagne par des sociétés d'amis aux candidats frontistes se poursuit. Après les législatives de 2012, voici que le dispositif a été reconduit pour les régionales de 2015. Il y a quelques jours, les enquêteurs ont découvert une surfacturation de près de 3 millions d'euros au profit d'une société créée en 2015 par un proche ami de Marine Le Pen, Axel Lustau. Or tous ces frais surfacturés furent ensuite remboursés par l'Etat.

Autre clone politique plus récent et tout aussi rance, François Fillon, l'ex-premier collaborateur d'un quinquennat entier et épuisant de Nicolas Sarkozy, a expulsé ses rivaux dans la primaire de droite. Avec une très large participation, près de 5 millions de Français, Alain Juppé s'est effondré comme certains le prédisaient déjà depuis longtemps.  

Nous faire croire qu'il y a là un renouveau est quelque chose d'aussi aberrant qu'irrespectueux. Fillon a fait la campagne de Sarkozy de 2007, en fut le premier ministre servile et docile durant 5 ans. Plus discret, il en partage pourtant les travers - l'utilisation des biens publics à des fins privés (comme ces allers et retours répétés en jets républicains pour retourner le weekend dans la Sarthe pourtant à 2 heures de train de la capitale); un certain goût pour le conseil rémunéré et le conflit d'intérêt (comme sa société de conseil et ses 17 000 euros mensuels qu'il a omis de déclarer sur le plateau de TF1 le lendemain de sa victoire). Fillon, député très jeune, n'a jamais travaillé dans une entreprise de sa vie. il a pourtant des idées très arrêtées sur le choc libéral dont la France aurait besoin. Comme Sarkozy, il sait s'entourer les seconds couteaux les plus conservateurs - Valérie Boyer, Hervé Novelli, Patrick Stefannini, Gérard Longuet, Frigide Barjot ou l'ex-MPF Bruno Retailleau.

Fillon est un clone politique caricatural de Sarkozy. D'ailleurs Bayrou ne s'y pas trompé. Dès le soir de la victoire de Fillon, François attaque François, Baryou ne rejoint pas Fillon. Le président du MOdem (kessako ?) s'inquiète à la télévision des projets mortifères du nouveau candidat de la droite catho-bourgeoise. "J'ai de l'amitié pour François Fillon depuis longtemps et je veux l'alternance. Le projet de Fillon est dangereux pour l'alternance. (...) C'est Robin des Bois à l'envers. Au lieu de prendre aux riches pour donner aux pauvres, il prend aux pauvres pour donner aux riches!"

"Robin des Bois à l'envers."

Exactement. 

Le président des Riches a son successeur.





Dernier clone bientôt, nous promet-on, Manuel Valls, le futur ex-premier ministre et ministre de l'intérieur de François Hollande s'apprête à concourir à son tour pour le poste suprême. Après le renoncement de Hollande, il respecte "un délai de décence" a confié un proche anonyme, avant d'annoncer sa candidature.

A 50 jours à peine de son premier tour, la primaire socialiste, que certains donnent acquise à Valls, intéresse peu. Samedi, le PS rassemble ses affidés quelque part dans Paris. Il attendait 5 000 personnes. A peine 2 500 participants se serrent porte de la Villette. Valls renonce à se pointer. Il peaufine son entrée en campagne. Sur l'estrade, Cosse, Le Roux et quelques autres fidèles braillent leur soutien à la politique passée du président Hollande.

Cette convention se tient le jour même de la trentième édition du Téléthon.

Décidément, le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.



Ami de gauche, choisis ton camp.








26 novembre 2016

499ème semaine politique: le vrai/faux retour du clivage droite/gauche

 

 

 

Une fois n'est pas coutume,  la gauche moderne est dépassée par son modèle, la droite ancienne. Mais est-ce vraiment le retour du clivage droite/gauche ?



C'est la grande nouvelle de la semaine. L'évènement politique du moment. "Monsieur 2%" est soudainement devenu le nouveau champion des sondages. Le premier "collaborateur" a même dézingué son ancien monarque. Fillon, l'homme effacé, le souffre-douleur des exubérances Bling-bling de Sarkozy, se révèle soudainement, dans la dernière ligne droite d'une primaire effroyable, le leader Il Maximo de la droite pure et dure.

Fillon serait le sauveur de la droite. Le portrait si pur que l'on dresse du bonhomme fait sourire: il vient de se compromettre dans une émission de télé-confidence. Il s'est fait élire député de Saint-Germain-des-Prés à Paris, l'un des quartiers les plus bobos qui soit. Il endosse le bilan d'un quinquennat raté. Et il n'a jamais bossé dans le privé. 

Mais dimanche, le score du premier tour de cette première primaire si primaire de la droite et du centre est sans appel: Fillon à 44%, Juppé péniblement à 28%. Sarkozy à 20%. Et les quatre autres loin derrière avec des scores anecdotiques: Nathalie Kosciusko-Morizet (2,6%), Bruno Le Maire qui s'imaginait le nouveau Kennedy souverainiste de la droite à peine 2%; le catho traditionaliste Jean-Frédéric Poisson à 1%. Et enfin, la plus humiliante des défaites, Jean-François Copé hérite de 0,3%... Cette primaire, qui a mobilisé plus de 4 millions de personnes, largement plus que celle des socialistes en 2011 (2,7 millions), a livré des scores tranchés et sans appel.

Sarkozy, défait.
Dimanche, pour son second discours d'adieu en un quinquennat, Nicolas Sarkozy a l'air sonné. Il parle durant quatre minutes, souriant plus qu'à l'accoutumée. Carla est en larmes. Il rend les armes à Fillon. En pouvait-il être autrement ?  

Fillon partage avec Sarkozy le bilan d'un quinquennat irresponsable économiquement, désastreux socialement, honteux éthiquement.

Alain Juppé est lui aussi sonné. L'ancien favori des sondages n'a rien vu venir. Il y a deux ans déjà, nous pronostiquions sa défaite. Sa campagne "au centre", faussement au centre, est tombée dans un trou: ni assez à droite, ni assez à gauche. Son échec signifie plus qu'on n'en dit.

Fillon, donc, sort vainqueur, favori après les ralliements de Sarkozy, Le Maire, Poisson et même Copé. Il est même pronostiqué gagnant contre Le Pen, Hollande et tous les autres au second tour du Grand Scrutin de 2017.

Mais combien étaient-ils à avoir lu son programme ? 

Peu, trop peu. Votre serviteur y compris.

Prenons un sujet simple à comprendre, qui concerne le quotidien de nombreuses familles, le projet de François Fillon pour la Sécurité sociale. Ce système d'assurance maladie a déjà été frappé de déremboursements et de franchises médicales en quantité croissante depuis une belle décennie. Et les décisions des gouvernements Sarkozy/Fillon n'ont pas été corrigées par l'équipe Hollande/Valls, loin de là. Rappelons les principes: l'assurance maladie consiste à prélever des cotisations sur les revenus de chacun pour permettre le remboursement des soins du plus grand nombre. Le gros salaire contribue plus que le petit, sans rapport avec sa dépense réelle de santé. Forcément, ça agace les plus riches. Car le vrai débat est en fait de savoir qui paye, au moins autant que de s'interroger sur le coût de ce que l'on paye. Sur les ondes de BFM, Europe 1, France Inter et RTL, les éditorialistes économiques expliquent rapidement combien notre Sécu "coûte trop cher".

Trop cher pour quoi ? Trop cher pour qui ?

La proposition de François Fillon est simple, claire, et courageuse comme celles de toutes les vieilles droites du monde: antagoniser pauvres contre moins pauvres, ou l'inverse. C'est plus simple. C'est politiquement efficace, ça marche presque à tous les coups.

Fillon a donc cette proposition assez habile: supprimer l'essentiel des remboursements de la Sécu, sauf pour les plus pauvres, ces derniers bénéficiant d'un "bouclier social". Un bouclier social qui autorise Fillon à supprimer la totalité des remboursements de la Sécu hors affections graves. Les classes moyennes apprécieront. La droite aime bien cette métaphore du "bouclier". On se souvient du "bouclier fiscal" de Nicolas Sarkozy.

Fillon n'explique pas si les deux postes de dépenses de santé les plus lourds à supporter pour les familles, surtout nombreuses, à savoir les soins dentaires et les corrections visuelles, seront aussi exclues de l'assurance maladie universelle.

Lundi soir, Fillon est sur TF1, Juppé se réfugie sur France 2, dans un plateau de secours car des techniciens de la chaîne sont en grève. Le contraste des images est saisissant. On se demande comment Juppé peut réussir. Quand on demande à Fillon pourquoi son bilan partagé avec Sarkozy est économiquement si mauvais, il s'excuse derrière la Grande Crise de 2008. Osons la question: quelqu'un qui s'est révélé incapable de gérer un pays dans ces moments les plus difficiles mérite-t-il d'être candidat ? 

L'équipe Juppé rappelle assez vite les ambiguïtés de Fillon sur l'IVG. Inscrire une campagne de droite sur des sujets sociétaux, il faut oser. Juppé tente de prendre Fillon par le centre quand son rival a déjà fait la preuve de son succès au coeur de la droite rance. Quelle curieuse stratégie... Jeudi, 215 parlementaires de droite signent une tribune contre Juppé et ses attaques. C'est le retour de la droite la plus bête du monde. 

Jeudi soir, dernier débat de cette primaire primaire. Juppé est à l'attaque. On comprend assez vite que les différences entre Fillon le réac et Juppé le faux rad-soc sont finalement si modestes. Si l'on était discourtois, on pourrait dire que ce ne serait que la taille du suppositoire libéral qui diffère.

Pourtant, même la centriste Corinne Lepage s'est fendu d'un billet pour relever trois différences évidentes entre les deux candidats, "trois raisons pour lesquelles Fillon serait un danger pour la France.": haineux contre l'écologie ("François Fillon partage une forme de haine de la droite dure sur tout ce qui touche à l'écologie, de près ou de loin") offensif contre les droits des femmes, et anti-européen. Lepage oublie la Sécu, l'un des rares fondements redistributifs de la société française depuis la Libération.

La Nouvelle Pensée Unique
Ce pays "étatisé" qu'est la France, dont la Sécu serait inefficace et couteuse, est toujours classé dans les premiers places mondiales en termes d'espérance de vie (20ème sur 224, loin devant la moyenne européenne). Devant les États-Unis (42ème); devant aussi le Royaume-Uni, (33ème), cet autre modèle des furibards libéraux; devant les Pays-Bas (25ème). Même la riche et si performante Allemagne se rétracte à la 35ème place dans ce classement tenu à jour la CIA.

Jeudi, Juppé attaque donc Fillon sur ses projets de destruction de la Sécu.

Enfin !

LCI en rajoute sur la "potion amère de François Fillon". N'en rajoutez pas ! L'ancien "collaborateur" de Nicolas Sarkozy a beau jeu de dénoncer le "système politico-médiatique". Les médias en France, c'est bien connu, sont aux mains de dangereux milliardaires gauchistes. La ministre de la Santé chiffre rapidement à 3200 euros par famille le surcout des propositions du candidat Fillon. Lequel se fend d'un communiqué en réponse. Il veut, explique-t-il, "clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles : cela passe par un panier des soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la « bobologie »." La "bobologie" ? L'image est astucieuse. La bobologie désigne le soin des bobos sans gravité, mais est tout autant un clin d’œil politique contre les "bobos" bourgeois/bohêmes que la droite tente d'instituer comme ennemi politique. Dans les faits, Fillon ne dément pas ses premières propositions: il entend bien demander aux Français de s'adresser à l'assurance privée pour le remboursement de leurs soins, sauf pour deux cas: les affections graves et de longue durée, et les ménages les plus pauvres.

Les familles apprécieront.

La lutte finale
Vendredi, Fillon tient meeting Porte de Versailles, à Paris. Comme Sarkozy en 2012 dans les derniers jours d'une campagne déjà odieuse. Fillon refait le show. Il y a moins de drapeaux. Bygmalion ne surfacture plus l'UMP pour assurer le spectacle. Fillon dérape, ou plutôt il caresse dans le sens de tous les poils la vieille droite. Il appelle à défendre la famille. Est-elle menacée ? Frigide Barjot, l'une des égéries décalées et subventionnées des manifestations anti-mariage gay applaudit. Elle reste jusqu'au bout, elle quitte la salle avec les derniers. Fillon a des soutiens extrêmes qu'il n'assume pas. "Caricature!" s'exclame-t-il quand on pointe le doigt sur son programme caricatural.

Fillon ne rappelle plus ses propos d'août dernier sur la "colonisation heureuse", qualifiée de "partage culturel". Mais il a cette formule, toute aussi glaçante: "Le patriotisme est la seule façon de transcender nos origines, nos races et nos religions."

Fillon pense donc qu'il y a des races.

La primaire de droite a eu un mérite. Elle a clarifié ce qu'était la droite aujourd'hui. Elle a rappelé ausso ce que devait être le débat politique. Le retour politique de cette droite rude, rance et clivante signe aussi l'échec du social-libéralisme centriste qu'un large axe Hollande/Valls/Macron/Bayrou/Juppé a tenté d'imposer au pays. La différence entre la gauche et la droite ne saurait se résoudre entre débattre du nombre de dimanche que l'on ouvre aux commerces, ni de savoir si le SMIC doit être augmenté de quelques centimes; ni à agiter l'épouvantail frontiste; ni à discutailler sur la "juste" proportion d'exonérations de cotisations sociales; ni surtout à s'enfermer dans des débats identitaires.

La primaire de la droite réactive le débat droite/gauche, mais elle laisse à penser à certains que la droite est soudainement devenue que filloniste.

Une victoire de Fillon demain devrait affaiblir Le Pen pour 2017.

Une victoire de Juppé devrait enterrer Hollande, Valls et Macron pour 2017.

A vous de choisir.


Ami gauchiste, abstiens-toi. 

Ami sarkozyste, adieu. 












19 novembre 2016

498ème semaine politique: pourquoi il ne faut pas voter à la primaire de droite

Dimanche 20 novembre 2016, sept candidats à la "primaire de la droite et du centre" sont départagés lors d'un premier tour. La campagne fut épuisante, pour les citoyens surtout. Cette primaire de droite censée désigner le champion qui terrassera l'extrême droite que les sondeurs promettent déjà qualifiée au second tour de l'élection présidentielle a été une épreuve pour la République et le vivre-ensemble. 

 

Il ne manquait pourtant que Marine Le Pen et Emmanuel Macron pour qu'elle soit réellement complète.



La droite a déjà gagné. 

En effet, François Hollande a redressé les comptes du pays. Ou presque. Et s'il n'avait gaspillé une quarantaine de milliards injustifiée en exonérations de cotisations sociales sans contre-parties d'emplois auprès des grandes entreprises du pays, le redressement serait encore plus net. Jugez plutôt.

Le déficit budgétaire est attendu à 3,3% en 2016, contre 3,8% en 2015; on espère même tomber sous la barre des 3% l'an prochain, un "record" depuis 2007. L’endettement public qui stresse nos gouvernants et les éditocrates libéraux culmine à 96,5% du produit intérieur brut. Mais sa progression, inévitable tant que l'exécution du budget public annuel ne dégage aucun excédent, est sans commune mesure avec l'explosion connue sous le quinquennat précédent. L'Assurance maladie, qu'une génération d'assurés sociaux n'avait connu qu'en déficit, est quasiment à l'équilibre. 400 millions de pertes cette année, une broutille.

Nicolas Sarkozy avait laissé le pays quasiment ruiné, Hollande a redressé les finances. Quelques-uns, au début nombreux mais rapidement de plus en plus rares, ont cru que Hollande en profiterait ensuite pour "redistribuer" les fruits de cet effort général. Il n'en fut rien, bien au contraire. La défiscalisation de l'économie a bénéficié aux entreprises. Et à chaque loi de finances depuis 2013, Hollande, Sapin ou Valls théatralisent l'annonce d'un nouvelle aumône d'une baisse d'impôt ou d'une ristourne fiscale qui, à chaque fois, concerne "des millions de Français modestes" pour, à chaque fois, un ou deux milliards d'euros. 41 milliards d'exonérations inefficaces pour les uns, 2 milliards "d'effort" pour les autres. Chacun fera la comparaison.

Dans cette primaire de droite, les surenchères d'économies, qui se réaliseront toutes aux détriments de celles et ceux qui ont besoin des services publics, oscillent entre la boucherie version Fillon ("500.000 suppressions de postes de fonctionnaires") et "l'amputation raisonnable" version Juppé ou Sarko (200 à 300 000 suppressions de postes). Faudrait-il rappeler que lorsque le duo Sarkozy/Fillon s'est attaché à ne plus remplacer un départ à la retraite sur deux, même dans les forces de sécurité alors que la menace terroriste ne cessait de monter, la baisse nette sur le quinquennat ne porta "que" sur 144 000 postes ?


Lors de la primaire de la droite, nous avons pourtant entendu combien les 7 candidats voulaient faire "mieux" que François Hollande.


La droite joue contre les "médias"
C'est la dernière hypocrisie de cette campagne, celle la plus habituelle. L'ancien monarque, ancien champion de la curiosité médiatique, n'a cessé comme en 2012 d'attaquer "les médias". On ne sait s'il désignait Auto-Moto, le Quotidien de Yann Barthès sur TMC/TF1, le Petit Journal de Cyril Eldin sur Canal+ version Bolloré, le Figaro dirigé par son ami Dassault, ou Elkabach du groupe Lagardere.

Attaquer les "médias" est la dernière parade de ces titulaires de l'ordre établi qui refusent la contestation. L'incroyable silence de ces candidats sur la plus longue grève de l'audiovisuel français, de surcroît dans une chaîne privée et pour des raisons éthiques et non salariales, en dit long sur le paysage médiatique qu'ils affectionnent.

Interrogé sur l'incroyable accusation qu'il aurait reçu 5 millions en liquide de la part de la Libye pour le financement de sa campagne de 2007, Sarkozy s'indigne, s'offense, et insulte le journaliste qui ose. David Pujadas, pourtant, n'est pas révolutionnaire.


La droite a déjà perdu. 

Le plus effarant dans ce concours de beauté version coloscopie conservato-libérale est son anachronisme total avec la situation du pays. De quoi parle-t-on ? D'un pays avec 12 millions de foyers qui terminent le mois avec une dizaine d'euros. D'un pays soumis à des règles (et une corruption) européennes au niveau central dont aucun candidat ne parle. D'un pays où 5 millions de foyers, de toutes origines et nationalités, vivent avec moins de 840 euros par mois, quand le prix au mètre carré en Ile-de-France est de 15 euros par mois, et le transport public, pour les plus pauvres, à 16 euros par mois.
"6 % des ménages ne peuvent maintenir leur logement à bonne température, 17 % ont un logement bruyant et un tiers ne peut pas se payer une semaine de vacances au moins une fois dans l’année." Observatoire des inégalités.
Aucun des 7 programmes présentés lors de cette primaire "de la droite et du centre" ne prend le sujet à bras le corps. Les diversions, en revanche, sont nombreuses: on désigne le clandestin, l'immigré, le musulman, le fonctionnaire, la "bien-pensance" .

L'ex-favori des sondages de cette primaire, Alain Juppé, n'est pas en reste. Si l'on tente une comparaison américaine, Juppé est assez proche d'Hillary Clinton, François Fillon ressemble à Ted Cruz, Sarkozy s'est calé sur Trump.

Cette droite est la plus réactionnaire que la France ait connu depuis 1944.  Il faut relire le programme de Fillon, dont les saillies ultra-thatchériennes ne sont pas nouvelles, pour réaliser ce qu'un ex-gaulliste est capable de défendre aujourd'hui: supprimer l'essentiel du Code du Travail et la rémunération des heures supplémentaires au-delà de 35 heures dans le privé; reculer à 65 ans l'âge de la retraite et supprimer tous les régimes spéciaux. Et créer un nouveau motif de licenciement, la "réorganisation".

Même Nathalie Kosciusko-Morizet, qui tente l'exercice de la modernité "numérique-gaga", synonyme de nouvelles précarités qu'elle ne voit pas, ni ne comprend, est effroyablement réactionnaire. NKM est sympathique de comprendre que les homosexuels mariés ne méritent pas le bucher en place publique, c'est tout.

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Nicolas Sarkozy expliquer lors du troisième débat de cette primaire primaire qu'il fallait supprimer l'aide médicale gratuite d'urgence pour les clandestins pour financer une augmentation (marginale) des petites retraites.

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu François Fillon expliquer à Sablé, en août dernier, que "la France, c’est la fille ainée de l’Eglise et le pays des philosophes des Lumières." La fille aîné de l'Eglise...  Nous sommes en 2016, et nous avons entendu François Fillon expliquer, toujours à Sablé, en août dernier, que "Sans liberté il y aura toujours plus de pauvres et toujours plus d’injustice sociale."

 Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Nicolas Sarkozy, défenseur du bouclier fiscal, de la suppression de l'ISF, expliquer que "jamais une personne qui bénéficie de l’assistanat ne devrait gagner plus de 75% du SMIC": 5 millions de personnes gagnent justement moins de 75% du SMIC.

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Jean-Frédéric Poisson oublier que Martinique et Guadeloupe étaient en France, ou expliquer que Clinton était "soumise au lobby sioniste".

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Bruno Le Maire promouvoir l'apprentissage en entreprise dès l'âge de 12 ans. Le travail des enfants a été aboli en France juste avant la première guerre mondiale, dont on célèbre le triste centenaire depuis 2014.

Bref, voici  la Réaction, un immense retour en arrière, plus d'un siècle auparavant ou dans les heures les plus sombres de notre pays.

Au final, le trio de tête que les sondeurs annoncent depuis quelques jours comprend un invité surprise, François Fillon, l'ancien esclave consentant à Matignon de Nicolas Sarkozy pendant 5 ans (un record sous la Vème République). Le duel de dimanche, sauf bourrage d'urnes si habituel mais impromptu en Sarkofrance, pourrait opposer Fillon à Sarkozy.

Que la politique sait être cruelle.


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Il n'est pas sûr, encore moins sûr qu'il y a quelques semaines, que le candidat qui sortira vainqueur mais éreinté de cette primaire à droite puisse l'emporter en mai 2017 contre Marine Le Pen. Entre les "raisonnables" hors sol et ultra-libéraux et les furibards qui légitiment le discours de l'extrême droite, le choix de ces 20 et 27 novembre est détestable pour qui aimerait encore défendre une droite républicaine.

Ces candidats n'ont pas réussi à être en phase avec une réalité simple du pays, la souffrance, la précarité, l'incertitude.

Entre Sarkozy qui laboure le terrain Lepeniste, Fillon qui veut incarner Thatcher matinée de Boutin et Juppé qui sera effacé comme Clinton aux Etats-Unis, la droite semble avoir déjà perdu.

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Post-Scriptum: Emmanuel Macron s'est déclaré à candidat solitaire à la Présidentielle de 2017. Seul dans un atelier d'apprentis mécano de Bobigny qu'il avait pris soin de faire vider avant sa déclaration très giscardienne.

Il a refusé de participer à la primaire de droite et du centre.

Allez comprendre.



5 novembre 2016

496ème semaine politique: rions un peu avec Juppé, Sarkozy et Monsieur 4%

 

L'Amérique trumpisée va sortir de son cauchemar, ou bien au contraire s'y enfoncer, dans quelques jours ou pour quelques années. La France ébahie, amusée, terrifiée commente cette Amérique comme si elle était elle-même épargnée. Pourtant, la situation politique française est devenue burlesque: le retour de Jean Lecanuet, l'antisarkozysme de droite, ou l'aveuglement de "Monsieur 4%", tout prête à la rigolade.

Rigolade
  • Action de rire et de se divertir sans contrainte: "Quelle rigolade, quand on est partis!"
  • Chose peu sérieuse, burlesque: "Tout ça n'est qu'une vaste rigolade!" 
  • Chose faite sans effort, comme par jeu:  "Réparer ça, c'est de la rigolade!" 
Source: Larousse

Le retour de Jean Lecanuet
Le favori des sondages et des sondeurs, la terreur du camp sortant, publie une affiche de campagne digne des meilleurs publicistes des années soixante. La photographie est quasiment sépia, la typo d'un autre temps, le cadrage hors d'âge. Juppé semble s'être échappé dû de la campagne présidentielle de 1965 contre de Gaulle et Mitterrand. Finalement, la comparaison devient évidente: Alain Juppé est en fait la réincarnation politique de Jean Lecanuet. Comme une sorte de grand-père d'Emmanuel Macron.

En 1995, Chirac découvrait le "mulot". En 2016, Juppé adore les "cookies", pour désigner les emoticons qui décorent tweets et SMS des plus jeunes. Juppé cherche à être moderne, le peut-il vraiment ? Son programme est une potion à peine moins amère et violente pour tout ce compte de précaires le pays. Avec Nathalie Kosciusko-Morizet, rivale anecdotique dans cette primaire primaire, Juppé tente de réchauffer les cœurs et les esprits. Il s'inscrit en faux contre les furibards et autres professeurs de haine qui appellent à la croisade. Mais son programme reste et demeure tout droit sorti des vieilles armoires thatchéristes.

L'électeur est-il si masochiste au point d'embrasser, dans les sondages au moins, ces candidats effroyables qui nous promettent amputations, licenciements et exclusions ?

Jeudi soir, le second débat de la primaire de la droite et du centre a d'ailleurs tenu toutes ses promesses: ennuyeux car vide d'idées, généreux en surenchères ignobles à faire frémir la République, décourageant pour l'électrice devant ce parterre de mâles quinqua/sexta et, à l'arrivée, un résultat d'audience bien maigre et mitigé : un peu moins de 3 millions de téléspectateurs. Le plus cocasse est ailleurs, ce débat des tontons flingueurs se déroule au soir de la journée de la gentillesse. Ces candidats sont maudits. Ils sont burlesques. Fillon et Sarkozy sont rapidement haineux à l'encontre de François Hollande. Le duo exécutif du quinquennat précédent raté est rancunier. Nathalie Kosciusko-Morizet fut la seule, claire et directe, à affirmer son hostilité irrémédiable contre la blonde nationale-socialiste. Quand Sarkozy appelle au barrage contre le FN, on lui rappelle qu'il a chipé la quasi-totalité du programme et des outrances de la Bête Immonde.

Pourquoi donc refuser une alliance politique avec le FN quand les idées sont devenues si proches ?

"Enfin de la castagne!" se réjouit le Parisien le lendemain. Et de la castagne, il y en eut, pour l'essentiel concentrée sur Nicolas Sarkozy, lequel fut bien surpris. Sarko pris en tenaille, et surtout otage de son propre bilan désastreux.
"Pardon mais moi, j'ai fait un service militaire et je ne balayais pas la cour de la caserne." Nathalie Kosciusko-Morizet à Nicolas Sarkozy.
L'antisarkozysme de la droite et du centre
Sarkozy, condescendant à l'excès à l'encontre de ses rivaux, s'est heurté aux rappels des faits, c'est-à-dire ses revirements et ses mensonges. Le Maire lui rappela sa promesse de retrait de la vie politique au soir de la défaite, NKM sa trahison écologiste, Copé son échec politique ("On a certainement fait des réformes formidables (en 2012), mais elles n'ont pas suffi à permettre les résultats qui nous auraient permis d'être réélus") et cette "erreur folle" d'avoir réduit les effectifs de sécurité quand il était président.

Cette primaire est polluée par la présence de Nicolas Sarkozy. Chaque candidat le comprend, même Sarkozy. La primaire de la droite et du centre vire ainsi au déballage interne plutôt qu'à la confrontation idéologique ou politique. Elle agit comme un exercice d'inventaire forcé et public contre un ancien monarque qui n'entend rien et n'écoute personne.
"C'est la défaite qui fait apprendre des choses, comprendre des choses, et faire évoluer une personnalité. Je souhaite d'ailleurs que ça t'arrive." Nicolas Sarkozy à Bruno Le Maire, 3 novembre 2016
Sarkozy est largement responsable de cet état de fait. Et qu'il devient drôle d'observer les ravages de cet antisarkozysme de droite. Ailleurs, on lit cette semaine, dans la joie et la bonne humeur, le contenu d'un long SMS de Rachida Dati à Brice Hortefeux ("salut le facho!"), où elle menace de déballer les sales affaires de corruption libyenne et d'emploi fictif de son épouse; ou ces incroyables révélations du Monde sur le réseau d'espionnage parallèle organisé par Bernard Squarcini pour le compte et le bénéfice de Nicolas Sarkozy.

Rions un peu avec Pierre MoscoviciLe Commissaire européen aux Affaires économiques et financière, à la Fiscalité et à l’Union douanière est à Paris. Mosco est toujours un vrai sujet de rigolade. Une autosatisfaction qui n'a d'égale que sa paresse légendaire amuse une nouvelle fois la galerie médiatique. Il est pris une seconde fois ce mois-ci en flagrant délit et délire d'hyper-narcissisme. Le Quotidien de Yann Barthès s'en amuse. Mosco est à Paris pour faire la promo de son dernier bouquin. Et discourir sur l'Europe version Juncker devant des élèves à Sciences Po. On se pince quand on l'entend louer le programme de l'ancien président du premier paradis fiscal européen. Il veut "rendre concrète et vivante" l’Union européenne aux yeux de ses citoyens. C'est beau comme du Mosco ! Mosco n'a pas grand chose à dire pour défendre le CETA ("Comprehensive Economic and Trade Agreement "). C'est pourtant son domaine à Mosco, les douanes et les affaires économiques.

Peut-être n'a-t-il pas lu les 2000 pages du traité. 

Ce funeste traité libre-échangiste entre l'UE et le Canada a été bloqué de justesse par ... le parlement wallon. Après quelques jours de négociation supplémentaire, le CETA est "enfin" signé. Il parait que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les droits de douane sont abaissés à 99%. Les entreprises canadiennes pourront concourir aux marchés publics européens. Les multinationales pourront attaquer en justice les lois des Etats membres devant des tribunaux d'arbitrage international. Tout juste les Wallons ont-ils obtenus que ces tribunaux privés fassent l'objet, ultérieurement, d'un avis de la Cour de Justice européenne sur leur conformité.

Mais pour Mosco, bien sûr, le CETA est un bel accord. Il publie un bouquin (il a le temps d'écrire), et se voit même futur conseiller de campagne de François Hollande.

Rions un peu.

Qui va prévenir Hollande ?
Au soir de ce débat, l'une des 2 chaînes d'information retransmettant l'évênement sort momentanément de sa grève: iTélé n'émet plus que des rediffusions de vieux reportages depuis 3 semaines à cause de l'arrivée à l'antenne d'un animateur symbole de la trash-TV et, surtout, mis en examen pour corruption de mineurs. Mais la nomination de Morandini est une décision de l'actionnaire. Hollande a un point commun avec Vincent Bolloré. Le président et le milliardaire breton n'en font qu'à leur tête, même quand les faits s'entêtent contre leurs décisions.

Le livre du duo Davet/Lhomme agit comme une bombe à fragmentations dont les dégâts se propagent sur plusieurs semaines et tous les secteurs. Cette semaine, La Ligue nationale de Football réfléchit à porter plainte contre l'Elysée, ou a minima saisir l'Autorité de concurrence puisque Hollande a confié qu'il était intervenu pour décourager le Qatar de rafler l'essentiel des droits télévisés du championnat français en 2014. A droite, d'autres voix éructent contre la violation du secret défense: Hollande aurait laissé au regard des plans d'attaque en Syrie lors de ses entretiens avec les auteurs du bouquin.

"Monsieur 4%" sillonne la France. Sa pré-campagne présidentielle se déroule toujours dans une indifférence polie. Son ministre des finances est contraint d'avouer que la croissance économique, plombée par une trop faible consommation des ménages, reste finalement atone. Certes, et évidemment, nombre de mesures votées sous l'actuel quinquennat n'ont pas grand chose à voir avec les outrances austéritaires prônées par les candidats de droite. Mais qui va prévenir Hollande qu'il "appartient au passé" ? Qui va lui dire que ses manoeuvres, ses revirements, et, plus grave, son échec général à rétablir l'emploi et soigner les inégalités a précipité vers l'abstention des cohortes d'électeurs au moment même où la mobilisation contre la droite la plus furibarde que la Vème République ait connu est nécessaire ?

Qui va lui faire comprendre que son quinquennat n'a pas réparé le précédent, mais préparé le prochain que l'on devine funeste ? Après la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité, validée par Hollande et Valls; puis la loi Travail qui autorise les entreprises à déroger aux accords de branches aux détriments des salariés; voici le fichage généralisé des informations biométriques de l’ensemble des détenteurs de passeport ou de carte d’identité âgés de plus de 12 ans.



A Calais, le démantèlement tardif d'un campement sauvage de quelques milliers de réfugiés s'achève. Il n'y a que Sarkozy pour oser la blagounette déplacée sur le sort de ces miséreux fuyant la guerre.
"Le changement climatique a eu des conséquences, il y a maintenant une 'jungle' à Calais" Nicolas Sarkozy.

Ne riez plus.

Votez.

29 octobre 2016

495ème semaine politique: pourquoi il ne faut pas désespérer de la politique française



La séquence est indécente. Nicolas Sarkozy n'agace plus. Il n'énerve plus. Il ennuie. Il mérite sans doute la prison si les mensonges et approximations étaient un délit. Il méritera peut-être la prison puisque la question est posée par la Justice elle-même. Cette semaine, il s'est décidé à avouer qu'il avait bien réduit les effectifs des forces de l'ordre. Mais c'était pour la bonne cause: "on croulait sous les dettes, il fallait faire des économies." Nicolas Sarkozy a sans doute perdu sa qualification aux primaires de la droite ce jour-là.

C'est comme une sensation de vide.

C'était il y a bientôt 10 ans. Le parti socialiste l'emportait à nouveau sur le camp conservateur. Son secrétaire général avait le sourire au soir des élections. Avec une écrasante majorité des sièges à l'Assemblée, pour plus de quarante pour cent des suffrages exprimés, la victoire était nette et belle. Et qu'importe sur les cohortes militantes avaient fondu comme neige au soleil après des années d'opposition stérile. On allait en finir avec une austérité détestable  qui avait jeté dans les rues et la grève les transports publics, les écoles et même les stations-services du pays. Au 8ème congrès du précédent printemps, on avait même promis un "État social". "Il est temps de tourner la page. Les citoyens savent juger et comparer, et leur réponse est claire : en voilà assez des supercheries, de l'incapacité et de la mentalité de l'Etat-butin." expliquait le patron du PS six mois avant ces élections.

Oui, il était temps et ce temps était venu. Près d'une décennie plus tard, ce parti socialiste n'existe plus ou presque. Le PASOK, puisque c'est de lui dont il s'agit, a été rayé de la carte politique grecque par des électeurs en rage. La Grèce, puisque c'est d'elle dont il s'agit, a subi l'une des crises politiques et économiques les plus graves depuis que l'Europe s'est constituée en Union. Mais la véritable leçon qui nous importe aujourd'hui est celle-ci: oui, les partis politiques sont des corps périssables.

"On voudrait au moins perdre dans l'honneur." Un responsable socialiste anonyme.

La disparition guette ainsi le parti socialiste français. Et ce n'est pas grave. C'est la vie. Il y aura un après. Il suffit de ne pas s'accrocher au-delà de l'indicible. L'agitation pré-électorale qui frappe les caciques du parti en témoigne. L'actuel premier secrétaire Cambadélis ne s'imaginait pas syndic de faillite. Il serait cependant trop facile d'accuser le PS et même l'équipe Hollande de tous les maux.
"Cela ressemble à un suicide politique. Il faut maintenant éviter que ce suicide personnel ne devienne collectif". Manuel Valls
La probité même du chef de l'Etat n'est pas en cause. Si l'on prend la peine de comparer Hollande à ses prédécesseurs depuis De Gaulle, des diamants de VGE aux écoutes de Mitterrand, des frais de bouche de Chirac aux casseroles judiciaires de Sarkozy, Hollande reste le président le plus honnête de ce régime à bout de souffle. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si l'on était croyant. Hollande n'est pas Cahuzac. Et la droite furibarde toute entière cherche pourtant des affaires éthico-morales à balancer sur l'actuel locataire de l'Elysée pour compenser le bila, ignoble de son précédent mentor. Même Marine Le Pen, "la présidente immaculée" du parti frontiste, doit désormais répondre sur les trafics et autres accusations de fraude aux règles de financement électoral de son micro-parti "Jeanne". Hollande est simplement prisonnier d'une bulle.

L'époque est cruelle. 

Hollande vit une tragédie qui dépasse sa propre personne.

Cette semaine, les "bons" indicateurs se sont multipliés: la courbe du chômage statistique s'inverse enfin, et qu'importe si l'on omet de s'interroger sur le sort de ceux qui sont sortis, volontairement ou pas, des statistiques officielles. L'agence de notation qui avait dégradé la note de crédit de la Sarkofrance redresse son appréciation, mais tout le monde s'en fiche. Le campement de Calais est enfin rasé et, surtout, les migrants relogés un peu partout en France, mais tout le monde s'en fiche. Hollande vit une tragédie, nous explique-t-on.

Mais pas que.

Partout dans les démocraties occidentales, la rage ou l'indifférence ont saisi les électeurs. 

Aux États-Unis, un milliardaire raciste et misogyne est capable d'attirer 40% des intentions de vote dans les sondages. Il explique qu'une femme "s'attrape par la chatte", que les "Mexicains sont des violeurs", et pourtant il réussit à convaincre une fraction de l'Amérique en rage. Au Royaume Uni, un maigre tiers des électeurs est parvenu à précipiter le pays dans un Brexit pour lequel tous ses promoteurs politiques nationaux se sont défilés. A Rome, une jeune beauté remporte la mairie de Rome malgré une inexpérience notoire. L'Espagne a mis un un an à se doter d'un nouveau gouvernement. La Belgique avant elle trois ans. En France, la personnalité politique la plus haïe du pays est créditée d'une qualification sans souci pour le second tour de l'élection présidentielle du pays.

Qui ne voit pas ces craquements ne comprend rien.

Face à ce désastre collectif, nos responsables politiques français ont-ils compris ? Non, pas tous.

Hollande n'a pas compris, pas encore compris. Il semble conserver un sentiment de toute-puissance personnelle, aveuglé par un narcissisme si courant dans ces sommets qui l'amène à des actes irréparables comme ces confessions devant deux journalistes du Monde qui ont publié le livre de trop. Devant le micro de Yann Barthes sur TMC, Edwy Plenel de Mediapart évoque l'hypothèse d'une dépression: "Un homme qui se cache derrière des petites blagues cache un malaise personnel." L'hypothèse d'une dépression présidentielle est intéressante. Celle d'une sur-confiance personnelle semble plus crédible. Comment autrement expliquer ces confidences médiatiques si désastreuses ?

Le quinquennat Hollande a d'abord été marqué par des compromis qui n'étaient que des compromissions. Ne pas comprendre qu'il franchissait une à une des lignes jaunes est une faute politique dont on se souviendra longtemps: la nomination de Valls, l'absence de solidarité avec les migrants, la déchéance de nationalité, la prolongation de la réforme sarkozyste des retraites, l'ineffable loi travail, le maintien des niches fiscales,  une politique inefficace de l'offre conjuguée à un quasi-gel de la politique sociale, les exemples sont trop nombreux pour éviter la gêne, ou la nausée, selon les espoirs que chacun avait dans ce quinquennat.

Pire encore, les résultats même de cette action docile avec les injonctions sécuritaires et libérales du moment sont minables: Valls, ex-ministre de l'intérieur, avait fait de la sécurité son propre "ADN sarkozyste de gauche". Il devrait aujourd'hui s'expliquer sur la crise policière. Hollande n'a pas non plus compris qu'on attendait de lui qu'il résiste au flot du vomi identitaire. Le piège de l'extrême droite a fonctionné. Patrick Buisson et quelques autres sont parvenus à installer contre vents et marées l'idée selon laquelle nos maux n'étaient qu'une question identitaire. Ils ne sont pas les seuls. La question identitaire a contaminé l'Amérique blanche ou l'Angleterre déchue. En France, Nicolas Sarkozy s'est saisi de l'affaire comme d'un instrument de conquête politique. L'homme n'est pas raciste, mais sa politique l'est, ses déclarations le sont. Sarkozy a même quitté la République quand il a expliqué que le Droit se changeait au gré des humeurs et des chocs. De la gauche gouvernementale dont on attendait retenue et résistance face à ces outrances, on a eu soumission voire trahisons.

Hollande, convaincu sans l'avouer qu'il fallait favoriser la marge des actionnaires pour "baisser le coût du travail" plutôt que le pouvoir d'achat du plus grand nombre, doit s'expliquer sur l'ineffable bilan de sa politique de l'offre: 41 milliards d'euros de baisse de charges sociales pour... moins de 100.000 créations nettes d'emplois en dernière année de quinquennat ?

#WTF

A l'approche du Grand Scrutin, les tentatives de redressement d'une image et d'une action dégradées apparaissent trop tard. Voir Hollande rencontrer des demandeurs d'asile à Doué-La-Fontaine quand la France, indigne, a été incapable d'accepter davantage qu'une poignée de dizaine de milliers de réfugiés de la boucherie irako-syrienne en 2015 dépasse l'indécence. L'observer, digne, célébrer les persécutions dont ont été victimes les Tsiganes sous l'Occupation et après avait quelque chose de digne mais d'anachronique quand on se souvient des déclarations finalement outrancières de Manuel Valls contre les Roms.

Le dernier enseignement, provisoire, de cette période, est réjouissant. 

L'électorat, en France comme ailleurs, semble prêt au changement. Les lignes sont moins figées, les positions moins stables. Qui aurait pu imaginer qu'un président sortant, sans scandale personnel ni bilan plus détestable que celui de son prédécesseur, pouvait n'être crédité que de 4% d'intentions favorables dans les sondages ?

Au passage, on notera que ce "score" est proche de la marge d'erreur.


Ami citoyen, il est bientôt temps de voter.


16 octobre 2016

La droite se débat, Hollande démissionne (493ème semaine politique).



 

Voici l'impression après un premier débat des 7 candidats au poste suprême de notre République, ce 13 octobre au soir à la télévision: sept candidats contraints de rabaisser, caricaturer, défigurer, abimer la République et leur propre camp pour espérer l'emporter sur ce scrutin interne dont le vainqueur serait promis à une victoire inéluctable contre le président sortant. Car ce dernier vient de démissionner, sans le savoir.


Déchéance intime
Dimanche soir, une chaîne privée dévoile une émission de confessions intimes, un pur exercice de communication politique, dégoulinant de complaisance, sans le moindre recul ni la moindre contradiction. Comment appeler cela encore une émission politique.

Nicolas Sarkozy, Arnaud Montebourg et même Marine Le Pen sourient, blaguent, se racontent devant une animatrice habituée des agriculteurs en mal d'âme sœur. Près de deux heures de publicité maitrisée, dans un pays où la communication politique n'a pas le droit à la publicité télévisée, un véritable exploit. "Ambition intime", émission malsaine, communication massive.

Quelque 3 millions de téléspectateurs égarés suivent le spectacle.

Manuel Valls est loin, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il fait quelques promesses de dernières minutes. Au Parlement, une commission des lois vote une nouvelle taxe sur les revenus de Google et autres Gafa.  Et Emmanuel Macron avance un peu plus ses pions vers une candidature qui n'est plus une surprise. On posera plus tard, bien plus tard, la question de savoir qui finance la campagne de l'ancien banquier.

Débat primaire
La primaire socialiste de 2011 avait passionné, la primaire de droite terrifie. Jeudi 13 octobre, ils sont sept sur TF1 pour un score d'audience plus qu'honorable, près de 6 millions de téléspectateurs. On retient le concours Lépine du charcutage de la fonction publique, quand la France se débat dans ses failles de solidarité ou son manque de forces de l'ordre, les 7 irresponsables de la droite dans ce débat primaire révèlent leur vraie nature: Sarkozy réclame 300 000 suppressions de postes, sans préciser dans quels ministères; Fillon dérape sur 600 000. Nathalie Kosciuko-Morizet chavire en expliquant que l'enseignement ne mérite pas d'être public.

Sans surprise, Fillon a sombré en tentant d'expliquer ce qu'était un "SMIC décent" selon lui. Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet se sont dégonflés. Et l'inconnu maire de Rambouillet, partisan de la suppression du ministère de la culture et du mariage gay, Jean-Frédéric Poisson, a eu son moment de gloire.

Sans surprise, Sarkozy a usé de ses habituelles vacheries, mensonges et autres coups bas. L'homme mérite d'être évacué rapidement. Un de ses anciens proches, Alexandre Djouhri, est mis en examen dans la semaine dans l'affaire du financement occulte de la campagne présidentielle de 2007 de Sarkozy par la Libye de Kadhafi.

La chasse d'eau se tire le 20 novembre.

Les sbires de François Hollande ne s'y trompent pas. Sur les ondes et les réseaux sociaux, oubliant l'ANI, la réforme des retraites, la loi travail, ou la déchéance de nationalité, les voici expliquant que ces candidats de droite sont plus à droite que leur mentor. Et qu'il ne faudrait pas voter, si l'on est de gauche, à la primaire de droite. Ils ont raison sur un point: Hollande a déplacé le curseur de la droite vers l'extrême droite.  Et Alain Juppé va lui chiper, s'il est qualifié, le cœur de son électorat centriste.

Amen.

Masochisme présidentiel
Hollande est "prêt". Prêt à quoi, on ne sait pas, on s'en doute, une présidentielle de réélection. La couverture de l'Obs sur les kiosques de France avec cette affirmation en travers d'une photo de François Hollande est presque risible. Le président n'est pas au mieux. Un énième livre d'entretien avec deux journalistes a un effet plus dévastateur que les précédents. Les petites phrases du président qu'on y retrouve dans ce pavé de 672 pages sont telles des bombes à fragmentation. Elles emportent Hollande dans une mauvaise séquence qui font douter jusqu'à ses plus proches qui d'ailleurs ne sont pas épargnés. Non, Un président ne devrait pas dire ça... Politiquement, c'est une démission.
"En changeant de fonctions, je n’ai pas changé d’idées. Je suis de gauche. J’ai mené une politique de gauche." François Hollande
Sa pulsion auto-destructrice, certains appellent cela du masochisme, fascine. Dans la semaine, Hollande est obligé de s'excuser, oralement et puis par écrit, auprès de l'institution judiciaire, après l'avoir qualifiée d'"institution de lâcheté". Le Conseil des Barreaux n'en revient pas. Les magistrats non plus. Valls et Urvoas (l'inconnu qui a remplacé l'estimée Taubira) se précipitent pour justifier combien Hollande a laissé la Justice indépendante pendant son quinquennat, ce qui est sans doute vrai. Mais qu'importe !

Le mal est fait.

Sarkozy traitait les magistrats de "petits pois", Hollande de "lâches".

Les deux se sont trouvés dans l'Histoire. Un ancien monarque déséquilibré et un président faussement normal.

La démission politique de François Hollande cette semaine accélère le calendrier. 


Ami citoyen, réveille-toi ! Il est temps de trier !

8 octobre 2016

Pourquoi la primaire de droite pue (492ème semaine politique)

 

 

La fin d'un quinquennat tourne forcément à vide. Hollande livre ses discours dans une indifférence polie. Le curseur médiatique se déplace à droite, un débat télévisé jeudi promet de belles formules. Pourtant, à droite, nous pouvions nous effrayer.


La "primaire de droite et du centre" ne déçoit pas.  
Elle dégage cette odeur nauséabonde qui nous rappelle les déchirements des années 30 et 40. Elle expulse sur la voie publique les plus profonds des ressentis, des relents pestilentiels chez quelques ténors qui s'aimeraient présidents. Elle décroche une partie de cette droite dite de gouvernement de notre histoire républicaine. La rage de vaincre égare les candidats. Pour Sarkozy, la décrédibilisation de Hollande assurait une victoire certaine. Du coup, la primaire de droite est comme un obstacle de dernière minute détestable. Alors ils se lâchent, ils donnent tout, ils vomissent jusqu'à leurs intestins pour attirer le chaland, l'attention et les colères.

De surcroît, un tel exercice des primaires à droite est inédit en France. Donc personne n'est vraiment rôdé de ce côté-ci du paysage politique. Les primaires sont devenues une élection avant l'élection: après la polémique sur ces électeurs-de-gauche-qui-voteront-Juppé pour y éliminer Sarkozy, on fait mine de découvrir, sondages à l'appui, que Sarkozy pourrait bénéficier d'un formidable soutien des sympathisants frontistes. Sans ces derniers, Sarkozy serait même disqualifié du second tour. Sarkozy à l'inverse continuer de dépeindre son rival Juppé comme un dangereux social-démocrate. Comme souvent, l'attaque est frontale mais sans jamais nommer l'adversaire. Sarkozy a le courage alternatif: "quand on prétend représenter le 'juste milieu', on se prépare aux petits arrangements, à mélanger un peu de gauche avec un peu de droite. Au fond, on prépare l’alternance molle."

Et pour qui donc voteront les Mélenchonistes dans cette primaire de droite ? 

A l'étranger, Sarkozy est notre "Trump national": un personnage dangereux, instable, ridicule, que la presse étrangère peine à croire comme un candidat sérieux. Et pourtant, il inquiète jusqu'aux services de renseignement tant son action passée, mue par un besoin de spectacle personnel davantage que par un souci d'efficacité, a été désastreuse.

L'ex-Président des riches cherche un second souffle. Il asphyxie le débat politique. Vendredi, le voici qui promet, en cas de victoire en 2017, d'organiser deux référendums en même temps que les élections législatives de juin prochain - l'un sur l'enfermement arbitraire de tous les fichés "S", l'autre sur la suspension du regroupement familial. "Politiquement et juridiquement impossible" prévient aussitôt le rival Copé. Et effectivement, l'ancien monarque, paniqué à l'idée de voir le combat présidentiel lui échapper, joue va-tout sur va-tout en faisant fi du régime et des conditions politiques. En juin 2017, l'Assemblée nationale serait encore de gauche, et l'on peut supposer qu'elle voterait contre l'organisation de tels référendums. Patatras...

On a déjà vécu cette histoire: Sarkozy, acculé, perd tout sens commun. Son verbe s'égare dans des formules définitives qui clivent jusqu'à son propre camp. Sa rage l'emporte sur la raison.

Il est temps de l'évacuer une seconde fois, plus tôt que la première.

Mardi soir, cette droite qui pue les années trente s'est croisée à la fête du cinquantième anniversaire du nouveau Rivarol du 21ème siècle, l'horrible Valeurs Actuelles, l'un des rares journaux français, avec Minute et Rivarol, à avoir été condamné pour "provocation à la haine raciale" en France: Claude Guéant, Eric Zemmour (celui-là même qui félicite les djihadistes pour leur courage à mourir pour leur foi...), Philippe de Villiers, Marine Le Pen (FN), Jean-François Copé (LR), Patrick Buisson, Pierre Lellouche (LR), David Rachline (FN), Eric Ciotti (LR, sarkozyste) se sont pressés pour trinquer. Et la blonde présidente du FN, à propos du journal qui l'invitait, de déclarer: "Sur les grands choix, on est du même côté du rivage."


Alain Juppé fait son show
France 2 lui déroule le tapis rouge dans son "L'émission politique", inaugurée deux semaines plus tôt par le rival Sarkozy. Nous sommes en 2016, et certains experts ont pensé que confronter Juppé à l'intoxicateur Robert Ménard ou l'ex-trader Kerviel a encore quelque sens ou intérêt.
" J'en parlais avec les Corses. Les Corses ne sont pas des Gaulois" Alain Juppé.
Personne ne sera surpris du choc "libéral" que l'ancien premier ministre veut appliquer au pays: il poursuit, vers la droite, la voie empruntée par l'équipe Hollande: réductions budgétaires, dégressivités des allocations chômage ("25 % au bout d'un an et 25 % au bout de 18 mois", jusqu'à un plancher de 870 euros mensuels, en deçà du ... seuil de pauvreté), recul supplémentaire de l'âge de départ à la retraite, etc) et ajoute ces "petites" touches qui l'arrime plus fortement à son camp - comme le durcissement des conditions de regroupement familial (un phénomène pourtant marginal en France - à peine 10.000 personnes) ou d'accès à la AME.

Pire encore,  le programme de Juppé subit la même grossière aberration économique si répandue à droite: en voulant abaisser massivement les impôts des plus riches, ceux-là même qui épargnent au lieu de consommer, il aggrave les inégalités, déséquilibre les comptes publics et sans relancer l'investissement ni la consommation. Il y a deux ans déjà, l'économiste Robert Reich expliquait le désastre dans un documentaire pédagogique, "inequality for all".

La surprise Juppé est ailleurs. Le favori des sondages terrifie ses rivaux du centre et de droite. Il est accusé par sa droite extrême d'être de gauche, et par sa gauche la plus proche d'être un dangereux libéral.

La primaire de gauche, disqualifiée.
Une fraction de la gauche s'organise en primaire mais pour janvier prochain. Car il faut laisser au président sortant le temps de se décider, d'observer si cette fameuse courbe du chômage s'inverse enfin durablement dans les quelques mois qui nous restent. Jusqu'au bout, Hollande aura prié pour être la seule alternative possible de la gauche. La direction du PS envoie des textos à ses cadres pour les prévenir qu'un appel de soutien à la réélection de Hollande est proche. Mi-octobre paraît-il. Même le site de campagne est prêt.

Ce temps est révolu.
"Si le chômage ne recule pas d'ici à 2017, je n'ai aucune raison d'être candidat à un deuxième mandat" François Hollande, 18 avril 2014.
François Hollande est zappé de l'actualité politique. Dimanche, il fait un "pèlerinage littéraire" à la maison Zola, musée Dreyfus, à Medan. Lundi, il inaugure la "grande école du numérique". Jeudi, il livre un discours sur la réforme des institutions. Ses propositions sont anecdotiques face aux maux dont est frappé le pays. L'opération passe totalement inaperçue. Un vague bruit de fond, ignoré des journaux radiophoniques; à peine une brève dans la presse. Hollande est encore une fois zappé de l'actualité, il le mérite: comment penser qu'un régime incapable de nettoyer ses écuries - un ancien président convaincu de fraude aux dépenses électorales peut se représenter -, dominé par des mâles, blancs, bourgeois et âgés, et verrouillé par un mode de scrutin majoritaire qui a fini par désintéresser une majeure partie de la population ne mérite , comme l'explique Hollande, qu'un toilettage sur le cumul des mandats ou l'accélération de la procédure législative ?

Vendredi, il s'invite à l'Ecole nationale des Greffes pour parler justice. 

 L'ancien ministre Macron livre l'une des meilleures charges de la semaine. Il compense le vide absolu de son programme par une charge sans faille contre ses meilleurs rivaux, Fillon, Juppé, et Sarkozy: "Le retour en politique n'est pas un droit. Quand on a perdu, un minimum d'introspection est nécessaire. (...) Peut-on imaginer se présenter au suffrage des Français alors qu'on a délibérément dépassé le plafond des dépenses autorisées pour sa campagne". Cette charge fait déraper Sarkozy, et c'est déjà une satisfaction. Car l'ancien monarque ment effrontement et involontairement, quand il réplique le lendemain: "Je fais de la politique depuis trente-cinq ans je n'ai jamais été une seule fois condamné." Faux, monsieur Sarkozy. Le Conseil Constitutionnel vous a jugé coupable d'un premier dépassement du plafond des dépenses de campagne, avant que l'affaire Bygmalion n'éclate d'ailleurs.

Juppé, Hollande, Sarkozy, Macron...

La campagne présidentielle de 2017 démarre dans la boue, par une primaire à droite qui mérite un premier coup de Kärcher.

Ami citoyen, élimine.