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25 juillet 2014

Crash au Mali: pourquoi Hollande intervient

Un avion d'Air Algérie s'est abîmé jeudi 24 juillet, 119 disparus dont 51 citoyens français. Le vol reliait Ouagadougou à Alger. Les autorités maliennes ont signifié avoir repéré une épave dans le Sahel. En France, François Hollande a annulé un voyage prévu à Mayotte et à la Réunion. Dans l'après midi, il s'exprimait publiquement devant quelques caméras.

C'est encore un drame aérien. Une séquence terrifiante qui frappe malheureusement régulièrement les airs, et des vies. Une semaine auparavant, le crash d'un vol de la Malaysian Airlines au-dessus de l'Ukhraine avait jeté le trouble: un vol civil, avec 298 personnes à bord, victime vraisemblable de la guerre civile qui s'est installée là-bas ces derniers mois.

Pourquoi notre Président a-t-il réagi ? 

Ces drames collectifs peuvent être des moments de solidarité, de recueil, de partage. Où l'on devine et partage la douleur. Où l'on oublie les désaccords, les rancoeurs et parfois les différences de couleur, d'opinions.
'Je pense aux familles dans l'angoisse, et je veux leur dire toute ma solidarité et celle de la nation. Nous leur donnerons toutes les informations dont nous disposons."
Le président de la République est l'une des rares personnes du pays à pouvoir incarner cela, rassembler dans une pensée et quelques phrases la solidarité, le recueil, le partage.

Ce n'est pas donné à tout le monde.

Ces moments de douleur nationale peuvent être ratés pour qui chercherait à les récupérer.La récup' ne se mesure pas à l'hommage, fut-il télévisuel, mais aux propos qui sont tenus. François Hollande est resté factuel et sensible.

Tous les drames ne se prêtent malheureusement pas à ces moments de solidarité. La raison en est simple, c'est l'indignation sélective. Le conflit israélo-palestinien en fournit une triste illustration.

L'intervention présidentielle a permis de calmer les ardeurs nécrophages des uns et des autres.

D'oublier tout cela quelques heures, seulement.

15 mai 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero4 : le Pas-de-Calais, pays pauvre.

Le Pas-de-Calais détient un record, le revenu médian le plus bas de France. La dernière livraison de l'INSEE sur le sujet a attiré l'oeil et les commentaires de la presse locale.

"Dans le Pas-de-Calais, la moitié de la population gagne plus de 1 348 euros par mois et par personne, hors impôts et hors prestations sociales . L’autre moitié touche moins. C’est le revenu médian le plus faible de France. L’Aude, avec 1 355 euros, et la Creuse, avec 1 359 euros, le devancent de peu. Dans ces deux départements, la pauvreté s’explique par la forte proportion de personnes âgées. Leurs revenus, plus bas que ceux des actifs, font chuter la moyenne. Dans la région, elle est liée au chômage, nous dit l’INSEE.
Les Nordistes gagnent un peu plus que leurs voisins du Pas-de-Calais : 1 433 euros. Ce qui reste en dessous de la moyenne nationale (1 602 euros), et surtout loin derrière les Parisiens (2 153) et les habitants de Haute-Savoie (1 942).
À l’intérieur des deux départements nordistes, une grande disparité. Sur les premières marches du classement, Bondues avec 2 694 euros, Mérignies (2 612), Chéreng (2 249), Marcq-en-Barœul (2 084), et Mouvaux (2 065). À l’opposé, Denain avec 797 euros, Roubaix (803), Louvroil (832), Lourches (840) et Avesnes-sur-Helpe (931)."
Source:  la Voix du Nord

2 mai 2014

Pourquoi Pierre Gattaz ne veut pas baisser son salaire

Les inégalités de revenus n'ont jamais été aussi importantes en France.  Depuis 15 ans, elles s'aggravent. Aux Etats-Unis, certains s'inquiètent du cercle vicieux et déflationniste qui s'installe. En Europe, le risque est identique. En France, quelques hurluberlus intoxiqués par le discours médiatico-politique dominant négligent la chose.

Inégalités pour tous
Aux Etats-Unis, l'ancien ministre du travail de Bill Clinton, Rober Reich, fait campagne pour la relève des salaires et la lutte contre les inégalités de rémunération. Lui qu'on ne soupçonnera pas d'être un dangereux gauchiste, explique très clairement dans un documentaire récompensé au Festival de Sundance pourquoi la captation inégalée des richesses et des rémunérations aux Etats Unis par une fraction très réduite de la population, conjuguée à une baisse des salaires moyens réels de la population est le prélude à une catastrophe économique incroyable.

En cause, la mondialisation qui a facilité la concurrence des mains d'oeuvre les plus pauvres, la technologie qui rend possible l'abolition des frontières, le renoncement politique des élites même à la gauche de l'échiquier politique qui ont réduit l'impôt et la dépense publique.

En Europe, les salaires ont baissé dans les pays les plus affectés par la crise (Grèce, Espagne, Portugal, Irlande). Ils sont restés stables ailleurs. Si la France a été relativement épargnée de cette déflation salariale massive, elle a toutefois connu la même envolée des inégalités de rémunérations.

Comme ailleurs, les classes moyennes disparaissent en France. Ou plutôt, la classe est moyenne quand elle parvient tout juste à résister au coût de la vie. Qu'une fraction de la droite (Wauquiez, Dati, etc) ose s'emparer du sujet sans qu'une majorité (théorique) de gauche n'y réponde reste hallucinant.

Bêtises pour tous
C'est dans ce contexte qu'il faut resituer les couinements libéraux sur le coût du travail. Bien sûr, le Français coûte plus cher que le Bengali, le Portugais ou le Grec. Mais pourquoi donc faudrait-il s'approcher de pays en ruine sociale, proches de la rupture démocratique, épuisés par des années d'austérité ?
"Economiser l’argent public est une nécessité. Utiliser ces économies pour réduire le coût du travail et les impôts constitue en revanche l’une des plus graves erreurs politiques de l’histoire sociale de la gauche." L'Observatoire des Inégalités, 30 avril 2014
En France, le gouvernement a décidé que la baisse du coût du travail était une priorité.

En 2012, la démarche était modeste, un aspect parmi d'autres dans une entreprise de redressement du pays après une décennie d'affres néo-libéraux. Puis elle prit le dessus sur tout le reste. Même les 50 milliards qui un temps étaient promis au redressement des comptes publics furent dérivés de leur objectif primaire pour satisfaire l'urgence à "rendre de la cotisation", c'est-à-dire améliorer le dividende, des plus grandes de nos entreprises. Pris de remords ou conscient du danger, Manuel Valls avait trouver un hochet, on allait supprimer les cotisations salariales sur le SMIC... La belle affaire...

On croyait entendre Nicolas Sarkozy nous vanter l'exonération des heures supplémentaires. Concentrer les baisses de cotisations sur les bas salaires peut même être contre-productif. Cela renforce la "trappe à SMIC", c'est-à-dire les effets de seuil qui découragent les entreprises d'augmenter les salaires au-delà. Ce ciblage n'avait pas la faveur d'Arnaud Montebourg.

Cette semaine, semaine de 1er mai, le patron du MEDEF avait quelque nouvelle et formidable bonne idée sur les salaires à partager. Il voudrait "modérer les salaires" en France, pendant "2 ou 3 ans". 

Imaginez une tribune de nos grands patrons promettant de geler et plafonner leurs salaires à 500.000 euros par an pendant "2 ou 3 ans". Après tout, Barack Obama l'espérait en 2008. Hollande l'a promis et exécuter pour les dirigeants d'entreprises publiques. Imaginez que le MEDEF s'en saisisse enfin.

Vous rêvez. Jamais, pour l'heure, la direction du MEDEF ne s'est-elle aventuré dans une pareille promesse. Pierre Gattaz se limitait à réclamer la "même" modération sociale chez nos grands dirigeants. Smicards et millionnaires, soyez solidaires dans l'effort, ne réclamez pas trop d'augmentation.
"Même s'ils sont internationalisés, même si la France ne représente plus qu'une petite part de leur activité, ils doivent modérer leur rémunération par solidarité, parce qu'ils sont à la tête d'un groupe français et parce que l'on demande des efforts à nos concitoyens." Pierre Gattaz
Pour l'heure, Pierre Gattaz voulait baisser le fameux "coût du travail". Il avait une idée, que l'Etat accélère la réduction des "charges sociales", y compris et surtout salariales: "la modération salariale pourra être compensée par une fiscalité améliorée pour les salariés. C'est de la responsabilité du gouvernement." 

Il est effectivement de la responsabilité du gouvernement d'améliorer la fiscalité des salaires, notamment des plus importants.

A bon entendeur...


20 avril 2014

Les ghettos du gotha, retour sur la classe. #video

Le documentaire date un peu, mais est-il obsolète ? Les deux sociologues, Monique et Michel Pinçon, participaient à la manifestation parisienne du 12 avril dernier.

Leurs travaux restent exemplaires. Ils décryptent mieux que d'autres une réalité qui se montre peu.



4 avril 2014

Les 6 loupés de l'éditocratie sur le Front national

Le Front national a été sans conteste le mouvement politique le plus médiatisé de cette dernière campagne municipale. Avec plus d'un millier d'élus municipaux, une quinzaine de mairies, de jolies tribunes. 

On a pu se féliciter, au soir du second tour, que les lieutenants de Marine Le Pen aient été évincés un à un. Il n'en reste pas moins que ce Front national a réussi un coup politique.  

Voici les 6 loupés, volontaires ou pas, de l'éditocratie sur le Front national


1. On a trop parlé du Front national. 

Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a livré la semaine dernière un édifiant décompte: la chaîne d'information BFM TV a consacré 43% de son temps d'antenne au Front national dans les trois premières semaines de la campagne des municipales.

Qui a parlé d'équité ?

2. On a survendu la "normalisation" du Front national.

Quelques-uns se réveillent, mais trop tard. L'été dernier déjà, Mediapart relatait l'incroyable complaisance qui frappait quelques médias. Sans crier à l'indulgence généralisée, force est de constater que Marine Le Pen est parvenue à convaincre la quasi-totalité des médias traditionnels de l'aggiornamento idéologique qu'elle a fait subir au Front national. Même par ses critiques, le FN est désormais décrit comme "modernisé".

Certes, on a pu gloser sur ces néo-nazis ou autres racistes cachés/expulsés par le Front national "modernisé". Leur expulsion n'a pu que renforcer la perception d'une prétendue normalisation. On accord à Marine Le Pen un entretien en pleine page dans le Monde comme pour mieux parfaire cette normalisation. Que penser du Figaro qui en remet une couche avec cette improbable citation d'un improbable sondeur: "la normalisation du FN n'est pas terminée".

La même Marine Le Pen est condamnée pour un faux tract à Hénin-Baumont lors des législatives de 2012.

3. On a mal parlé du Front national.

La gauche officielle s'est indignée, mais que vaut l'indignation ? Le combat "anti-fasciste" s'est révélé impuissant, décalé, à côté de la réalité frontiste déployée par les marinistes. C'est un comble à l'heure où le FN version Bleue Marine ressemble "enfin" à version allégée du fascisme des années trente: défense du pouvoir d'achat et des prestations sociales, interventionnisme économique (notamment vis-à-vis de l'Europe) mais exclusion des "corps" étrangers. Les critiques du programme économique absurde du Front national ont été rares. Une large fraction de la droite dite républicaine a encensé les questions frontistes. François Fillon a osé déclarer qu'il pouvait préférer voter FN plutôt que socialiste au second tour si le socialiste était trop "sectaire".

Comme l'explique le journaliste Pierre-Yves Bulteau, le vote frontiste juxtapose un vote du Sud de la France, "qui s’appuie davantage sur l’héritage du père, Jean-Marie Le Pen, avec toute sa vieille rhétorique sur les étrangers et le sentiment de « ne plus être chez nous »" et celui du Nord, "un vote de désespoir, un appel à l’aide."

4. On a caricaturé l'opposition de gauche.

Par comparaison, le sort médiatique dévolu au Front de gauche co-animé par Pierre Laurent (PCF) et Jean-Luc Mélenchon (PG) est surprenant de différence. L'attitude rageuse et criarde du second n'y est pas pour rien. Les désaccords et disputes au sein du FDG non plus. Mais comment comprendre que la quasi-totalité des médias nationaux (*) aient continuellement, et systématiquement dépeint l'opposition de gauche comme un mouvement "archaïque", avec de "vieilles recettes".

Pire, le FDG était au mieux décrit comme l'alter-ego "populiste" du Front national.

La convergence éditocratique s'est lue jusqu'après le second tour des municipales.

5. On a ignoré la détresse.

Qui parle de la détresse sociale ? Quand parle-t-on de la précarité ? Il faut un fait divers gravissime - l'incendie d'un logement insalubre, le suicide d'un chômeur, ou la mort par le froid d'un SDF dans la rue pour bénéficier d'une brève, parfois mieux, dans un média national. L'expulsion d'une famille qui ne paye plus son loyer n'attire plus, l'absence de soins faute de mutuelles ne se voit pas. La malbouffe n'intéresse pas sauf si elle permet un bon sujet sur les risques de "l'obésité chez les pauvres." Ici ou là, la détresse sociale se montre et se traite, mais cela reste rare, trop rare. Combien de fois faudra-t-il en faire le constat ?

L'agenda médiatique se définit et s'alimente par un ensemble bien homogène de politiques et de journalistes. La voix puissante des éditocrates efface la contestation.

6. On a laissé au FN quelques thématiques fortes comme la sortie de l'euro.

Il fallau attendre ces derniers jours dans les colonnes de Marianne, à l'occasion de la publication d'un ouvrage de l'économiste "atterré" Frédéric Lordon ("La Malfaçon"), pour qu'on évoque enfin le tabou de l'euro comme il se doit. Aurélien Bernier, ancien dirigeant d'Attac, explique fort bien, dans un récent ouvrage (*), comment la gauche dite radicale, a complètement loupé son combat antifrontiste pour avoir abandonné quelques thématiques fortes et déterminantes: " la gauche radicale a tendance, à partir du moment où le Front national dit qu'il fait beau à dire qu'il pleut. Ce qui est tout à fait normal sur un grand nombre de questions mais qui pose problème sur d'autres comme l'Union europenne ou le libre échange et le protectionnisme".

A bon entendeur...











(*) La Gauche radicale et ses tabous, Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national, Seuil 2014.

2 mars 2014

L'actualité politique de la semaine, vue par 3 blogs #S01E22

Haro sur Copé dans les blogs politiques cette semaine. On poursuit le tri sélectif et subjectif de quelques billets de la blogosphère politique qu'il ne fallait pas rater.


L'affaire Copé déchaînait nos passions, nos rires et nos commentaires. Une fois n'est pas coutume, la frange furibarde de l'UMP se rappelle au bon souvenir de l'électeur amnésique avec ce qu'elle sait faire de mieux: une sale affaire d'argent.

On oubliait presque la campagne municipale. A Paris, notre confrère el Camino donne un coup de plus, peut-être de grâce, contre celle de Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette dernière vient de virer sa tête de liste dans le 2ème arrondissement, à trois semaines du premier tour de scrutin. Fred Camino revient sur sur les déclarations de la candidate à propos du plaisir à voyager en RER en Île de France:  "J'ai donc redécouvert les plaisirs des transports en commun un peu grâce à Nathalie KM, ses aventures dans le métro m'ont redonner l'envie de respirer la sueur des voisins de banquettes et les odeurs d'égout de la station Châtelet-Les Halles m'avaient beaucoup manqué". La campagne NKM ressemble à un désastre.

Mardi, l'altercation entre Valls et Goasguen monopolise l'attention médiatique. Finie l'Ukraine, le chômage, ou le Pacte de responsabilité. Le blogueur historique Authueil, ancien attaché parlementaire, y consacre un billet. Et nous explique pourquoi ce clash Valls/Goasguen à l'Assemblée comment l'emballement médiatique s'est produit: "Comme on se faisait chier à mourir pendant cette séance de questions, et qu'il n'y avait rien de passionnant à se mettre sous la dent, les caméras se sont naturellement jetées sur cet incident comme la vérole sur le bas clergé. Les chaînes d'infos en continu passant l'incident en boucle, les autres médias se sont sentis obligés de traiter de ce sujet."

Plus grave, Margaux Dusquesne anticipe de quelques jours un triste anniversaire, Il y a vingt ans quasiment jour pour jour après le début du génocide rwandais.. Elle rappelle le témoignage  de Roméo Dallair, commandant de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) en 1994. Ou ce documentaire La justice des hommes, de Jean-Xavier de Lestrade, sur les milliers de Rwandais accusés d'avoir participé au génocide. Vingt ans après, le pays est en paix mais les plaies sont loin d'être cicatrisées.

28 février 2014

#Municipales: qui parlera de la pauvreté dans les villes ?

La pauvreté va-t-elle s'inviter dans la campagne municipale ? Pas si sûr. Les pauvres votent peu, ou pas. L'abstention fait des ravages chez les plus précaires. Pires, certains ne sont même pas domiciliés. Ici ou là, le sujet fait enfin surface. La pauvreté se voit pourtant facilement. Dans les villes ou ailleurs.

Bidonvilles, encore.

Le 12 février, Mediapart réalise un reportage sur un bidonville. Quelques jours plus tard, le site publie des photos, des clichés incroyables, tristement incroyables. A quelques dizaines près, on se croyait revenu en 1950, au même endroit.
"En regardant les photos, nous sont revenues en mémoire celles prises dans les années 1950 dans les bidonvilles de Nanterre ou Saint-Denis. À l'issue d'une recherche d'archives, voici le face-à-face entre images d'hier et d'aujourd'hui. En près de 50 ans, bien peu de choses ont changé, si ce n'est qu'on ne dit plus bidonville, mais camp." (Nicolas Serve, avec Monique Hervo et Pierre Douzenel pour Mediapart)
En quelques photos, on comprenait la précarité. 

Davantage qu'il y a 60 ans, ces bidonvilles au coeur de la cinquième puissance économique mondiale ont quelque chose de choquant et d'anachronique.

Pauvreté urbaine

Fin janvier, le Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale publiait une étude sur la pauvreté en milieu urbain, dans les 100 plus grandes villes de France. Les résultats sont précis, ville par ville.
Le bureau d'analyse prend quelques précautions: ces données "doivent être utilisées avec beaucoup de précaution. D’abord parce qu’il s’agit d’estimations de prestations et non des montants effectivement perçus par les ménages. Ensuite, notre classement est très dépendant du seuil de population que nous utilisons. Il faut environ au moins 54 000 habitants pour figurer parmi les 100 plus grandes villes. En fixant le seuil à 30 ou 10.000 habitants, le classement aurait été différent."


Neuilly-sur-Seine, la ville la plus riche de France, ne compte "que" 7% de pauvres. A l'inverse, Roubaix décoche la première place, avec 45%. Vous avez bien lu... Près d'un habitant sur deux.

La pauvreté est bien ancrée dans le Sud, comme à Béziers, Perpignan, Avignon ou Nîmes, mais aussi dans le Nord ou l'Est, avec Roubaix, Calais ou Mulhouse.

Marseille, l'ultra-pauvre.

L'étude s'attarde sur les 3 plus grandes villes, Paris, Lyon et Marseille.

Dans la cité phocéenne - 25% de pauvres en moyenne -, les auteurs relèvent jusqu'à 55% de pauvreté dans certains quartiers ! "Dans le 3e arrondissement, nous évaluons le taux de pauvreté à 55 % : plus que Roubaix, commune qui arrive en première position selon le taux de pauvreté parmi les 100 plus grandes villes. Dans les arrondissements voisins du 1er et du 2e, autour du vieux port, le taux de pauvreté atteint 43 % et 44 %." Le candidat socialiste à la Mairie, Patrick Menucci, a pointé le problème: "30% de gens vivent sous le seuil de pauvreté" à Marseille. Il a été rejoint par Stéphane Ravier, candidat frontiste. La pauvreté à Marseille est un objet électoral.

A Paris, où la pauvreté concerne en moyenne 14% de la population, le taux maximal atteint 25% dans le Nord de la capitale (19ème arrondissement).

Les auteurs pointent quelques facteurs explicatifs: le niveau de chômage, le prix des logements tant pour l'achat que la location, et le "type de peuplement des communes (et par exemple l’implantation de populations immigrées démunies)".


Lire aussi :



19 février 2014

Traité Transatlantique: libre-échangistes, mais pour qui ?

Le 4ème round de discussions débute en mars, à Washington.

Depuis huit mois, Européens et Américains négocient dans un trop grand secret un accord commercial global baptisé "Traité transatlantique". Il vise à assouplir les conditions d'échanges commerciaux entre les deux parties. A l'heure de l'open-data - promu en France par le gouvernement lui-même - et de la transparence 2.0, le secret qui entoure ces discussions ne peut qu'alimenter les rumeurs et cacher le pire.


On comprend mieux pourquoi s'énerver quand Hollande exprime le souhait d'accélérer les négociations de libre-échange. Les raisons sont simples, et régulièrement rappelées par diverses ONG dont Attac.

1. L'agenda de chaque partie est mal connu. Au printemps 2013, la France a obtenu, avant le début des négociations, que la Culture soit exemptée de ce marchandage. Les sujets de désaccords sont connus dans les grandes lignes, l'agriculture et la culture. Mais il faudrait compléter la liste: " services publics, OGM, viande aux hormones, volaille chlorée, indications géographiques, agriculture, marchés publics, accord commercial anticontrefaçon [ACTA], protection des données privées, marchés publics" rappelait l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot à l'automne dernier. Mais ils sont peu explicités dans leur détail qu'on nous promet complexe. Ceci empêche toute mobilisation sociale ou politique (ONG, partis politiques, organisations syndicales), autre que celle des lobbies spécialisés, mieux équipés pour cibler leurs actions sur des dossiers précis.

2. En octobre, les ministres européens du commerce ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur ... la publication du mandat de négociations qu'ils confiaient à la Commission !  Nicole Bricq, pour la France, réclamait cette transparence, qui lui fut refusée par ses collègues allemand, danois et hollandais.

3. La Commission européenne effraie. C'est elle qui conduit les négociations au nom de l'Europe. Elle n'est que trop connue pour son inclinaison libérale.

4. Le contrôle parlementaire est très faible: la Commission submerge les députés membres du Comité pour le Commerce International (INTA) de plusieurs milliers de pages de documentation chaque mois.

5. La Commission européenne a plus souvent rencontré des grandes entreprises que des ONG et des syndicats, comme en témoigne Attac, chiffres à l'appui.

6. Les évaluations chiffrées des "gains" d'une plus grande ouverture des relations commerciales entre l'Europe et les Etats-Unis sont au mieux simplistes, au pire farfelues. D'après des calculs que d'aucuns qualifieraient de fumeux, la Commission évalue à 545 euros par an en moyenne le gain de pouvoir d'achat d'un ménage européen.
Independent research shows that TTIP(*) could boost:
  • the EU's economy by €120 billion;
  • the US economy by €90 billion;
  • the rest of the world by €100 billion
Source: Commission Européenne

7. Fin janvier, le délégué européen Karel De Gucht a voulu rassurer, tout en précisant les sujets de débat et d'inquiétude. Primo "l'Union européenne ne va faire faire ces choses-là à cause du TTIP", déclarait-il à propos d'un éventuel abaissement des normes de protection alimentaire et environnementale. Secundo, il y a en discussion les procédures d'investissement étrangers et, en particulier, la résolution des litiges entre investisseurs et Etats d'accueil. Les Américains réclament que l'UE reconnaisse la primauté des tribunaux arbitraux privés sur les juridictions nationales. Karel De Gucht reconnaît l'inquiétude ("Je comprends, par exemple, que les gens s'inquiètent quand ils voient une compagnie de tabac attaquer le gouvernement australien devant un tribunal arbitral à cause d'une interdiction de logo et design sur les paquets de cigarettes.") Car le danger est bien là, dans une contestation privée des politiques publiques au nom du sacro-saint Libre-Echange.

Sur ce sujet, le délégué européen a promis une "large consultation publique", pendant 3 mois, à partir de mars prochain.

Au moment où le 4ème round de négociation débute.




Lire aussi:


NB: TTIP : Transatlantic Trade and Investment Partnership

18 février 2014

Hollande face aux mega-patrons

Ils étaient 34. Trente-quatre patrons de multinationales étrangères implantées en France, reçus à l'Elysée, salon Murat. Le Président de la République était là en personne. Non pas pour faire l'accolade, s'afficher sympathique ou faire des photos prouvant combien il est à l'aise dans cet univers. Ces entreprises-là - General Electric, Intel, Kingfisher, Nestlé, Rakuten, Samsung, SAP, Siemens…-  peuvent peser lourd - "850 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé, présentes dans 19 pays sur les cinq continents et employant plus de 3 millions de salariés, dont 100.000 personnes dans l'Hexagone" nous décrit le Figaro. Dans l'atmosphère néo-libérale générale, on a déjà entendu pire. En son temps, Nicolas Sarkozy raillait l'absence de grèves.

François Hollande a la diplomatie économique aussi triste qu'il l'espère efficace. 

L'opération de relations publiques dépassait le cadre élyséen. Elle s'adressait à plus large, au-delà des frontières. En 2013, nous racontait-on ce lundi 17 février, les "décisions d'investissements prises par des groupes étrangers" ont baissé de 1,2 % par rapport à l'année précédente, pour atteindre le nombre de 685 (et 29 631 emplois), d'après l'Agence pour les investissements internationaux.

Pour l'affaire, Hollande avait ressuscité un "Conseil stratégique de l'Attractivité". Le machin fleure bon la IVème République. Il avait été créé en 2004 par Jean-Pierre Raffarin. Ce lundi matin, Hollande avait effacé Pierre Moscovici, son ministre de l'Economie. C'est dire si la chose était importante.

Quelques annonces, concrètes, pour simplifier la vie des "amis" investisseurs étrangers. Qui se plaindra de la cause ? Elle dépasse les clivages. Ces derniers portent sur d'autres choses. Pour l'heure, les mesures "disparates" étaient pourtant "attendues".

1. Un nouveau bureau pour faciliter la venue des investisseurs étrangers, via la fusion de l’Agence française des investisseurs internationaux et d’Ubifrance: 1.500 salariés dans 65 pays, 200 millions d’euros de budget avec une présence dans 65 pays.

2. Un "passeport talents" pour les chercheurs et travailleurs hautement qualifiés. Il avait été annoncé en novembre 2012. Pas grand chose à voir avec les quotas d'immigration par métier créés par Nicolas Sarkozy en 2007. A l'époque, l'ancien monarque criait sur tous les toits combien il voulait supprimer l'immigration familiale au profit de l'immigration économique "choisie". Il avait créé en 2007 une carte "compétences et talents" qui n'avait séduit que 500 titulaires, à forces de durcissement par ailleurs des conditions d'accueil des étrangers. Deux ans après sa création, elle avait attiré moins de 500 personnes en France.

3. Une carte de séjour assouplie pour les étudiants étrangers, aligné sur la durée de leurs études en France.

4. Des facilités d'accès pour les entrepreneurs qui se rendent régulièrement en France pour affaires: un visa plus long - 5 ans; et une procédure accélérée en 48 heures au lieu de plusieurs semaines actuellement pour la délivrance de visa.

5. Aide (de 25.000 euros) et accompagnement les start-up numériques étrangères qui s'installent en France.

6. Simplification du régime de TVA en 2015 pour les entreprises exportatrices (avec dématérialisation des procédures douanières à l’import ou à l’export).

7. Suppression de la déclaration préalable à l'embauche pour créer une entreprise en France par un investisseur étranger. Et création d'une déclaration sociale unique, mensuelle et dématérialisée.

Mais le gros truc, l'énorme était ailleurs. A ces patrons secoués par le coup de matraque fiscal de l'an 2012/2013. Hollande voulait promettre une (relative) stabilité fiscale et même sociale. En d'autres termes, il s'agissait de pouvoir "valider" avec l’administration fiscale, "en amont" les règles applicables aux investissements étrangers. Les entreprises concernées "pourraient aussi bénéficier de ce dispositif de rescrit dans le champ social, ce qui serait totalement novateur et plus difficile à imaginer", relatent les Echos quelques après l'intervention présidentielle. "Les autorisations d’activité sur le territoire, une fois obtenues, ne pourraient en outre plus être remises en question."


13 février 2014

Hollande nous prend-t-il pour des pigeons californiens ? #PRUSA

C'était une belle histoire, un "story-telling" comme on les affectionne dans notre univers médiatique. Elle n'émanait toujours pas de l'Elysée, mais était forcée dans le débat public par quelques chroniqueurs économistes qui cherchaient le bon mot.

Cherchez les pigeons
François Hollande, en visite de 3 jours Outre-Atlantique, faisait escale dans la Silicon Valley, face aux Pigeons, ces entrepreneurs français souvent issues des nouvelles technologies qui s'étaient "face-book"-ligués fin 2012 contre une revalorisation des prélèvements sur plus-values de cession d'actions dans la première loi de finances du quinquennat Hollande. Dans notre presse nationale, on célèbre donc l'internet français (lire "20 ans, 20 succès" chez les Echos). On recueille des témoignages d'exilés français qui demandent qu'"on les aime", comme ce Carlos Diaz, dont on oublie un peu vite qu'il a travaillé sur la campagne internet du candidat Nicolas Sarkozy en 2012.

La veille, nos journalistes accrédités de métropole sont collectivement tombés dans le ridicule le plus effroyable en multipliant les "Selfies" - ces autoportraits numériques mal cadrés que l'on prend avec son smartphone- dans le bureau du président américain. François Hollande était reçu en grandes pompes par Barack Obama. Il avait apporté comme cadeau à son hôte américain... une "table en bois de chêne datant d’un arbre du Mount Vermont", un présent tout ce qu'il y a de plus 2.0.

Afficher l'entente la plus cordiale quand on rencontre le président de l'ex-première puissance mondiale est une nécessité diplomatique. Imaginez l'inverse et les commentaires effrayés ou railleurs qui nous aurions. Nicolas Sarkozy, en son temps, s'était usé en jalousie déplacée face à Obama (Rappelez-vous son "On a hâte qu'il se mette au travail et qu'on change le monde avec lui" de janvier 2009). Avec Hollande, tout semble plus normal. Finalement, politiquement aussi, les deux sont très proches.

Le "dîner d'Etat", mardi soir chez le couple Obama, comptait du beau monde. Smokings, noeuds papillon et coupes de champagne dressées, 300 personnes sous une tente chauffée dans les jardins de la Maison Blanche. On y croisait stars, vedettes, patrons et journalistes.
On n'ose imaginer combien d'autographes nos apprentis accrédités français ont tenté d'obtenir pour leur propre collection personnelle ou leur progéniture. La soirée fut "endiablée", "hype", "surréaliste", "géniale".
"Vous aimez la France, vous ne le dites pas toujours parce que vous êtes timides, les Américains, vous vous retenez ." François Hollande
A Washington, il faisait si froid que deux militaires américains, de faction devant le passage des deux présidents, ont été pris d'un malaise.  Mais entre les deux présidents, tout allait pour le mieux.

Gattaz, l'outrance et la franchise
En France, le climat était plus doux, mais le malaise tout aussi profond. Il y eut d'abord cette sortie publique de Pierre Gattaz, le patron du MEDEF. Le gars s'en veut toujours d'avoir porté un pin's "1 Million d'emploi" dans les couloirs de l'Elysée et de Matignon il y a quelques semaines. Depuis, il ne cesse de clamer combien les entreprises qu'il représente, surtout les grandes, ne sauraient prendre de quelconques engagements d'embauches en contreparties des allègements de cotisations qu'Hollande leur a généreusement promises lors de sa conférence de presse du 14 janvier.

Gattaz dit tout haut ce que tous ses confrères pensent... tout haut. Membre de la délégation officielle pour la visite d'État à Washington et à San Francisco, il ne s'est pas gêné, à propos du Pacte de Responsabilité: "Je suis extrêmement libre. Il n'y a pas de contreparties." Mercredi matin à Paris, dans les studios radiophoniques flambants neuf de France Info, Michel Sapin bafouillait son énervement: "il y a des couacs de ministres, il y a aussi des couacs de président de MEDEF". On est bien avancé. 

Le Pacte de responsabilité ressemble furieusement à une négociation perdue d'avance.

Mais ce n'était pas tout.

Libre-échangistes
Se déroulent en coulisses d'effroyables tractations commerciales. Un nouveau round de négociations pour un accord transatlantique a débuté l'an dernier. La France est défendue, comme d'autres par les délégués européens. Elle a gagné, au printemps 2013, l'exemption des services culturels de ce futur marchandage... au grand dam de José-Manuel Barroso qui s'en est publiquement plaint par la suite.

A Bruxelles, on nous promet que ce futur Traité Europe/USA sera profitable à tous: le vaste "marché transatlantique libre d’entraves" "permettrait d’accélérer la croissance (+0,4% côté US, +0,5% pour l’Europe) et de créer 2 millions d’emplois."Obama viendra à Bruxelles en mars prochain. De ces tractations, on ne sait pas grand chose. Tout est encore secret, car jugé trop "technique" ou "complexe". On sait ce que les Américains nous reprochent. En résumé, tout ce que l'Europe compte de protections pour motifs socio-sanitaires, environnementaux ou culturels. Attac le dit avec ses mots: "Il vise en effet le démantèlement ou l’affaiblissement de toutes les normes qui limitent les profits des entreprises, qu’elles soient européennes ou états-uniennes et inscrit le droit des multinationales au dessus de celui des Etats."

Pour l'heure, François Hollande, tout sourire, a livré cette curieuse conclusion sur ces négociations: il faudrait les accélérer, pour les conclure sans attendre la fin du mandat de la Commission Barroso, en octobre prochain.

"Dès lors que les principes sont fixés, que les mandats sont donnés, que les intérêts sont connus, aller vite n'est pas un problème, c'est une solution." Et d'ajouter: "Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu'il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations. Donc, si nous sommes de bonne foi, si nous sommes respectueux des positions des uns et des autres, si nous sommes attachés (...) à la croissance, nous pouvons aller vite."

Accélérer le libre-échange ? On n'imaginait pas Hollande fermer les portes du commerce. On a trop longtemps critiqué, dans ces colonnes ou ailleurs, le gouffre de notre déficit commercial pour réclamer du protectionnisme. Mais le sujet n'est pas là. On attendait d'Hollande un mot, une attention, un message contre l'opacité de ces tractations commerciales. Imaginez qu'il se saisisse de l'occasion pour annoncer un vrai débat public sur quelques grands sujets de ce Traité. Imaginez...

Le président français rata cette occasion.

Bref, en quelques heures outre-atlantique, Hollande a certes confirmé sa stature internationale. Un patron de trop a encore sabré son propre Pacte de responsabilité. Et notre président a complété son discours de l'offre d'un vil volet sur le libre-échange...

Quel voyage.




10 février 2014

Le jour où Moscovici soutiendra Barnier...

Ce jour n'est pas arrivé.

Michel Barnier, actuel commissaire européen  au marché intérieur et aux services financiers, a fait deux propositions "détonnantes" pour mieux réguler les banques européennes: (1) une interdiction aux banques européennes de spéculer pour leur propre compte sur les produits financiers et les matières premières, (2) un renforcement des pouvoirs des autorités de contrôle du secteur bancaire européen qui leur permettrait d'imposer la filialisation des activités de marché jugées à haut risque.

On aurait pu croire que notre meilleur ministre des Finances depuis DSK se serait jeter sur l'affaire. Point du tout... il s'est au contraire totalement désolidarisé de l'initiative de son collègue politique pourtant classé plus à droite que lui.

Ce 9 février, les Economistes Atterrés livraient leur analyse, sans merci.

1. "Avant la crise, les banques se sont employées à contourner la législation en développant les engagements hors bilan;"

2. "Avec la crise, les banques ont enregistré de lourdes pertes ; ces pertes ont fait disparaître les fonds propres requis pour garantir les crédits."

3. "Il est apparu que les grandes banques utilisaient l’argent des déposants et la garantie publique pour spéculer sur les marchés."

4. "Il est apparu qu’elles prenaient des risques excessifs par aveuglement (en minimisant les risques) ou par aléa moral, sachant qu’elles seraient couvertes en cas de pertes. (...) Durant la crise financière, les banques ont fait appel au soutien des États, (...) ce qui a mis en lumière leurs pratiques : encaisser les gains, mais faire payer les pertes à la collectivité. "

La conclusion allait de soi: "La crise a remis en cause l’utilité et la légitimité d’une grande partie des activités des marchés financiers."

Nos Economistes Atterrés se félicitent d'une Union Bancaire récemment décidée qu'une fraction de la gauche n'a visiblement toujours pas comprise. "Depuis juin 2012, les instances européennes proposent de mettre en place une Union bancaire européenne. (...) C’est certes un progrès." Mais un progrès insuffisant. Et voici que les propositions de Michel Barnier prennent tout leur sens. Mais, hélas, nos autorités françaises, c'est-à-dire le gouvernement Hollabde ET une banque centrale indépendante sont partis à l'assaut de cette réforme.

Les mêmes économistes rappellent combien, déjà, nos autorités françaises, Pierre Moscovici et Christian Noyer (Banque de France), sont hostiles au projet de taxation des transactions financières pourtant adopté par la Commission européenne: 0,1 % sur les échanges d’actions et d’obligations, et à 0,01 % sur les échanges de contrats dérivés. Noyer explique combien cette taxe handicaperait les pays qui l'adopteraient, et freinerait la liquidité des marchés: ce serait "un risque énorme en termes de réduction de la production là où la taxe s'appliquera, de hausse du coût du capital pour les États et les entreprises, de délocalisation importante des activités de trading et de baisse de la liquidité des marchés".

L'objectif de nos officiels français est de défendre le modèle national de "banque universelle".

Sans rire...


25 novembre 2013

Ce que Najat Vallaud-Belkacem veut contre les violences faites aux femmes.

Elle a obtenu 66 millions d'euros, pour trois ans. Najat Vallaud-Belkacem est la ministre du sujet du jour, l'un de ces sujets que malheureusement l'actualité oublie, et que tous aimeraient voir disparaître rapidement faute de cas.

Mais des cas, il y en a, toujours et nombreux. On reste même coi devant l'ampleur du phénomène.

La ministre des Droits des femmes a présenté un plan triennal de 28 mesures qui en comporte quelques-unes plus particulièrement sociales. Car il s'agit aussi d'améliorer les "chances de sorties" de ces femmes qui veulent fuir la violence.

1650 places (mais seulement en 2017) s'ajouteront au tiers des places d'hébergement d'urgence réservées aux femmes victimes de violences. Est-ce suffisant ? Non. Le 115 est débordé, la ministre l'a reconnu ce lundi matin sur France Inter. Dans une video mise en ligne ces jours-ci, l'association Paroles de femmes teste le numéro d'appel pour l'hébergement d'urgence.

Mais les services du ministère répliquent qu'un numéro spécial et global, entièrement et exclusivement dédié aux femmes victimes de violences, sera justement accessible 24h sur 24 à compter de janvier prochain - le 3919.

Le projet de loi pour l’égalité, prochainement adopté, prévoit également l’éviction du conjoint violent du logement du couple etle  maintien de la victime dans le logement "lorsqu’elle le sollicite."

Autre mesure, la levée des obstacles à l'accès au logement social pour les femmes victimes de violences, dans le cadre du projet de loi ALUR. En l'occurrence, la location ou la propriété d'un logement par le conjoint violent n'empêchera plus l'accès au logement social. Et les documents pour justifier d'une séparation seront moins stricts.

Les CAF et Caisses de MSA seront aussi rappelées à l'ordre pour mieux prendre en compte la séparation ou la rupture de vie commune dans la détermination des droits au revenu de solidarité active. Mais la ministre, en liaison avec les Finances, souhaite aussi créer une "désolidarisation Précoce et effective des dettes" dès l'année prochaine.

Les femmes étrangères victimes de violences ou de la traite seront exonérées de taxes sur les titres de séjour (260 euros sur la primo-délivrance 260€; 106€ pour le renouvellement des titres de séjour)



AXE 1: ORGANISER L’ACTION PUBLIQUE AUTOUR D’UN PRINCIPE D’ACTION PARTAGÉ : AUCUNE VIOLENCE DÉCLARÉE NE DOIT DEMEURER SANS RÉPONSE

1.1: Ne laisser sans réponse pénale et sociale aucune violence déclarée
1.2: Créer une plateforme téléphonique d’écoute et d’orientation
1.3: Doubler le nombre des intervenants sociaux en commissariats et en brigades de gendarmerie
1.4: Consolider la réponse sanitaire et assurer la coordination des politiques publiques
1.5: Organiser une réponse à l’urgence en cas de viol
1.6: Garantir aux femmes victimes de violences l’accès à un hébergement d’urgence dédié et adapté aux besoins grâce à 1 650 solutions supplémentaires
1.7: Lever les obstacles à l’accès au logement social des femmes victimes de violences
1.8: Tenir compte de la situation des femmes victimes de violences dans le calcul des droits au RSA et mettre au programme de travail du Gouvernement la question de la désolidarisation précoce et effective des comptes et des dettes
1.9: Exonérer les femmes étrangères victimes de violences et de la traite des taxes sur les titres de séjour
1.10: Organiser autour du préfet et du procureur de la République un nouveau pilotage départemental des réponses apportées aux violences

AXE 2: PROTÉGER EFFICACEMENT LES VICTIMES
2.1: Renforcer l’ordonnance de protection 2.2: Généraliser le téléphone portable d’alerte pour les femmes en très grand danger (TGD)
2.3: Poursuivre le déploiement des référents pour les femmes victimes de violences au sein du couple
2.4: Consolider l’accueil de jour
2.5: Développer les stages de responsabilisation pour prévenir la récidive
2.6: Développer les marches exploratoires et la prévention situationnelle
2.7: Soutenir la création d’espaces de rencontre parents-enfants et l’accompagnement protégé

AXE 3: MOBILISER L’ENSEMBLE DE LA SOCIÉTÉ
3.1: Renouveler le plaidoyer pour agir : le programme de l’Observatoire national des violences faites aux femmes
3.2: Mobiliser les agents du service public et les professionnels à travers un programme transversal de formation initiale et continue (et 8 annexes)
3.3: Assurer le respect des droits des femmes dans le champ des médias et d’internet
3.4: Prévenir les comportements sexistes et les violences en milieu scolaire
3.5: Prévenir les comportements sexistes et les violences sexuelles dans le milieu universitaire
3.6: Prévenir les comportements sexistes et les violences sexuelles dans le sport
3.7: Prévenir le harcèlement sexuel et des violences au travail
3.8: Prévenir et lutter contre les mariages forcés et les mutilations sexuelles féminines
3.9: Informer et sensibiliser le grand public
3.10: Prévenir les stéréotypes sexistes et les violences faites aux jeunes femmes dans les DOM
3.11: Poursuivre la mobilisation internationale initiée par la Convention d’Istanbul


Lire aussi:

24 novembre 2013

L'actualité politique française, vue par 5 blogs #S01e09

Comme chaque dimanche depuis 9 dimanche, voici les billets politiques de la blogosphère qu'il fallait lire avant d'oublier.

Fukushima oublié
Miko Tsukamoto habitait à 42 km de Fukushima. Elle a déménagé. Elle ne comprend pas pourquoi il reste si difficile de savoir ce qui se passe là-bas. Le blogueur Bab publie son témoignage d'une habitant proche de Fukushima, issu d'un blog japonais ouvert par des bénévoles sur place.

Il écrit sur cet oubli collectif: "En quelque sorte, le monde a déjà passé le Japon entier pour profits et pertes. Une pensée pour ceux que nous connaissons, et qui vivent désormais là-bas depuis des années. Et bien entendue la pensée envers tous les autres, ceux que nous ne connaissons pas, ne doit pas quitter notre esprit."

Racisme dépolitisé
Crêpe Georgette poursuit l'analyse des contorsions anti-racistes et des outrances racistes à l'oeuvre contre Christine Taubira et ailleurs. L'occasion lui est fournit par le magazine Elle, qui vient de proclamer notre Garde des Sceaux "femme de l'année." La résurgence récente de propos racistes, y compris dans la sphère politique, est-elle un accident, un "soubresaut", des "erreurs individuelles" ? L'auteure pointe vers l'aveuglement, bien occidental celui-là, sur la face sombre de son passé: "les comportements racistes qui s'expriment de façon visible aujourd'hui ne naissent pas de nulle part ; la France s'est fondée aussi sur l'esclavagisme et le colonialisme et tant que nous ne pourrons en parler sans dire "oui mais" alors le racisme perdurera."

Elle suggère "d'entendre ce que les groupes concernés et luttant contre les discriminations ont à nous dire, pas ceux que nous constituons, comme SOS racisme qui est là juste pour nous rassurer sur notre absence de racisme."


Foire politique
Dans son blog hébergé par Marianne, le blogueur Elie Arié s'interroge sur le concept de vraie et de fausse gauches. Une contribution simple et précise pour tenter de ramener le débat à sa juste place. Le sujet, pense-t-il, est moins de perdre du temps dans des classifications politico-sémantiques que de s'interroger sur les marges de manoeuvre de l'action politique, et les leviers disponibles pour cette action.

Dans un autre billet, plus récent, Elie se demande si le commentaire des gesticulations politiques de dirigeants qui se ressemblent trop ne se fait pas aux détriments de l'analyse au long cours des vraies évolutions du monde.

A gauche en entreprise
Pourquoi l'engagement politique ne pose question en entreprise que lorsqu'il est marqué à gauche ? Le Monolecte donne ses réponses, parfois à travers ses propres interrogations: "est-ce que les gens de droite se posent des questions quant à leur compatibilité professionnelle ? Ce qui reviendrait à dire qu'être de gauche implique une éthique, une déontologie de chaque instant, un engagement, non seulement politique, mais aussi dans chaque acte de notre vie quotidienne, probablement jusqu'au fond des chiottes ou dans l'intimité feutrée de la chambre à coucher."  L'engagement politique se nourrit de la vie professionnelle. La contraint-il également ? L'activité professionnelle donne, dans les faits, de nombreuses occasions de rupture et de contradictions pour qui est engagé à gauche. Elle semble aussi moins troubler le "gars de droite", comme le dénomme l'auteure, que celui de gauche.


Les Flèches de Bibi
Bibi décoche des flèches depuis quelques lustres. Si vous ne les connaissez pas, il est temps de rattraper votre retard. Toujours avec précision et humour, il tacle NKM et ses inombrables et ridicules descentes dans le métro parisien pour cause de campagne municipale.

Il revient aussi sur l'un de nos éditocrates neo-libéraux les plus prolixes, , très actif sur Twitter. Ce dernier, malgré ses incessantes leçons libérales délivrées aux grands de ce pays, refuse obstinément de reconnaître combien sa propre activité ne vit que de subventions publiques.




Bonne lecture !

18 novembre 2013

Du tireur fou aux commentaires fous.

"La vie continue". Voici le commentaire semi-inquiet d'un envoyé spécial d'une chaîne d'informations sur une chasse à l'homme.

Mais comme à chaque fait divers national et symbolique, c'est l'escalade.


Vers 10h15, un homme venait de tirer quelques coups de feu dans le hall du journal Libération. On lit un premier tweet d'un journaliste du quotidien.
A 10h48, Julien Nicolaï , un responsable de l'UMP de Chaville (Hauts-de-Seine) balance un tweet odieux: "Coups de feu dans les locaux de #Liberation . Les francais sont ils exaspérés de la manipulation médiatique? #JeDemande #MediasPartisans." 

La fachosphère dénonce un manipulation médiatique, fustige une "protection de la caste politico-médiatique", s'indigne des médias plutôt que de l'acte (@JeuneAthena: "BFM, Libération visés...que des médias gauchistes et adeptes de la propagande. Le #TireurFou est-il vraiment fou?")

Deux heures  tard, on découvre que les cartouches tirées à Libé sont similaires à celles retrouvées au siège de BFM-TV vendredi dernier où, vers 6h30 du matin, un homme était déjà venu tirer. Du 10ème arrondissement, l'homme est parti à la Défense, à l'autre bout de la capitale. Coups de feu à nouveau, sur une tour Société Générale.

Sur Twitter, quelques-uns font de l'humour sur la similitude des cibles - presse et banque. On frôle la nausée.

Là-bas un automobiliste, conducteur d'une Twingo, est pris en otage le temps de déposer le délinquant dans le quartier des Champs Elysées. Certains protestent contre l'inefficacité de la video-protection
La médiasphère aussi s'emballe, car les cibles étaient de "premier choix". On note encore quelques bavures et autres faussetés. Le site "Arrêt sur images" les explique assez vite. Les chaînes d'information, comme toujours; tournent en boucle sur un sujet si proche. D'autres évoquent le media-bashing trop présent. La classe politique s'indigne.Marine Le Pen joue aux calmes, pas un mot de trop.

Mais les vraies bavures ou commentaires hors de propos étaient ailleurs. La fachosphère s'en donne à coeur joie.  Elle continue, encore et toute la journée durant, sur le prétendu laxisme de la loi, de Hollande ou de Valls. Un responsable UMP sarthois regrette que "les flics" ne soient "autorisés à tirer". Un adhérent de Génération identitaire complète dans l'immonde: "Le suspect ne pourra pas être interpellé ce jour, il dispose d'un reçu de contrôle d'identité datant d'aujourd'hui. #Taubira".

Il fallait s'y résoudre, le soir venu: le climat est bien immonde, même en ce jour, comme l'a constaté notre confrère, sobrement:



En fin d'après-midi, lundi 18 novembre, le préfet de police de Paris pouvait affirmer qu'il s'agissait bien du même homme.

Un "twitto", parmi d'autres s'inquiète de cette violence proche et souvent insoupçonnée.



15 novembre 2013

Le retour des factieux

C'est effectivement un sale climat, comment le nier.

La parole factieuse ne s'éteint pas. Elle ignore la République, elle franchit toutes les bornes, elle n'en a aucune.  Parfois, souvent, elle est dérisoire. Cette parole est d'abord d'extrême droite, comme celle d'un mauvais souvenir d'il y a 70 et quelques années, une période terrifiante, une parenthèse dans l'histoire républicaine.

Il y avait cette candidate frontiste aux municipales qui ne trouvait pas choquant de comparer notre Garde des Sceaux à un singe sur sa page Facebook. Elle fut suspendue par le Front national, et aurait été remplacée... par son mari.

Au Danemark, le Parti Populaire, mouvement d'extrême droite revendiqué, ne veut pas d'une alliance européenne avec le FN, jugé trop antisémite.

Mercredi 13 novembre, dans le Grand Journal d'une chaîne cryptée, on ne savait pourquoi Véronique Genest, actrice d'une France rance et forte pour prime time décomplexés, avait l'honneur d'une invitation. Il y avait d'autres gens qui souffrent, d'autres drames à couvrir, mais Véronique Genest savait "tweeter" ses relents (Dixit: "Toubab ( Babtou) signifie blanc. Bou niul qui est noir. Pourquoi l'un est une insulte et l'autre pas ? "), elle pensait donc que la France souffrait de trop de trop de racisme anti-blanc.

Le même jour, l'hebdomadaire Minute pouvait livrer ses 40.000 exemplaires dans les kiosques et à ses abonnés, une couverture moquant la Garde des Sceaux d'une banane comme pour mieux rebondir sur les ignominies racistes d'une pré-pubère voici 10 jours.

A Paris, jeudi, le "créateur" du "mouvement" séditieux Hollande-démission - comment qualifier l'attaque contre l'élection d'un président fut-il d'un bord opposé - était "spectaculairement arrêté". On tremblait devant cette manifestation de la "dictature socialissssse". A lire quelques compte-rendus chez Valeurs Actuelles ou Contrepoints, nous étions en Corée du Nord. En fait, le gars n'avait reçu qu'un PV...


29 octobre 2013

Politique: pourquoi le débat est impossible




Une "mesurette" sur les plans d'épargne enflamme les débats politiques, une eco-taxe pourtant décidée en 2009 enflamme une Bretagne.

Pourquoi donc le débat politique est-il à ce point impossible ?

1. Les réseaux sociaux, qui rapprochaient, éloignent désormais, au point de déclencher une nouvelle "agoraphobie numérique".  Cécile Duflot jette ainsi presque l'éponge. La ministre du logement, si active sur Twitter, a confié dimanche dernier quelques exemples d'insultes propagées sans filtre ni sanction sur le réseau tout juste placé en Bourse.

2. Les insultes pleuvent, sans limite et publiquement. Quand Christiane Taubira se déplace, comme lundi à Toulouse, elle ne peut que remarquer la progression des injures faites aux personnes. Elle-même est la cible des plus ignobles, comme de la part de cette adolescente, manifestant avec une poignée d'opposants au mariage homosexuel , qui traita la Garde des Sceaux de "guenon".
"Très franchement, sur ma personne, c’est absolument sans importance. Ce qui me paraît extrêmement grave, c’est qu’il y a des personnes, de plus en plus, qui s’affranchissent des obligations dans un État de droit, à savoir de respecter la loi, qui s’exonèrent de ce respect de la loi et qui profèrent des insultes, des injures, des menaces."
Christiane Taubira, 28 octobre  2013 
3. La publication pluri-quotidienne de sondages en tous genres, souvent sans contrôle ni rigueur, réalise également un travail de sape assez incroyable. Lundi 28 octobre, BVA nous expliquait combien Hollande pulvérisait tous les records d'impopularité. Sur M6, le journal télévisé osait publier un sondage d'internautes sur cette improbable question: "Faut-il suspendre toute nouvelle taxe malgré le déficit de l'État ?" Sans surprise, près de 88% des répondants votaient non.

4. L'approche des élections municipales est en passe de produire le résultat inverse qu'attendu: non pas un moment de débat, mais de sanction. Ce ne serait pas la première fois. Rappelez-vous toutes les élections intermédiaires du quinquennat précédent. La classe politique réfléchit au positionnement pour le coup d'après. Observez les déchirures entre le PCF et le Parti de Gauche sur les alliances à tenir. Les premiers pensent aux enjeux locaux, les seconds nationaux. Pourquoi serait-il impossible de concilier les deux positions ?

5. Le gouvernement donne l'impression que tout recul est possible si l'on crie trop fort. Ce qui n'était que négociations normales en République est devenu alternance de protestations criardes et de rétropédalages mal assumés. Et voici le dernier, évidemment approuvé dans nos nouveaux sondages numériques, sur les plans d'épargne: Le ministre de l'économie Pierre Moscovici a plaidé la capacité de "dialogue" du gouvernement, qui a "entendu les inquiétudes des petits épargnants".

Le débat est impossible depuis que la France est devenue un lieu public hystérique, hier hystérisé au sommet de l'Etat, aujourd'hui par tout ce que compte le pays de citoyens-commentateurs, un lieu que nous avons choisi d'appeler Sarkofrance.




21 octobre 2013

Quelles leçons politiques peut-on retenir de l'affaire Léonarda ?

Samedi, un peu avant 13 heures, François Hollande livre une courte déclaration. Face caméra, chemise blanche, costume noir. La cravate, bleu ciel, est pour une fois droite. Il semble las. Le battement des paupières est parfois long. Il déclame, le regard droit. Il espère clore la séquence Léonarda.

Quarante-huit heures plus tard, tout ou presque a été dit sur quelque chose qui reste un moment d'emballement et de confusion assez exemplaire.

1. François Hollande commet la triple erreur de réagir à chaud, sur un fait individuel, en proposant une solution qui mécontente paradoxalement tout le monde: il assume sa fermeté, mais offre à la jeune fille de revenir seule, au mépris du respect de l'intégrité des familles. En d'autres termes, Hollande a "individualisé" l'application d'une loi. "Compte tenu de sa prise en charge maladroite près d'un lieu scolaire, il a proposé à Leonarda, et à elle seule, de poursuivre sa scolarité en France" a complété Manuel Valls ce dimanche.

2. Il y avait pourtant matière à d'autres ouvertures, par exemple une revue plus générale de la juste application des lois et règlements en matière d'immigration. Pourquoi certains très jeunes enfants sont encore détenus dans les CRA ?

Hollande n'est pas seul à être ridicule. Non content d'avoir instrumentalisé le cas de cette Léonarda,  

3. Ceux qui protestaient contre l'arrestation puis l'expulsion de Léonarda n'ont même pas applaudi à la "clémence" individuelle de François Hollande à l'égard de la jeune fille, ni à la sanctuarisation du cadre scolaire pourtant rappelée. Au contraire, on a entendu toutes sortes de cris d'orfraie criant à l'inhumanité des propos présidentiels.

4. Ceux qui protestaient contre les expulsions de clandestins, quelqu'en soit les motifs, auront à assumer le comportement du père Dibrani, tel qu'il est décrit par le rapport de l'IGS.
"(...) M.DIBRANI n’a pas hésité à user de menaces afin d’éviter d’être expulsé de cet appartement. Il a indiqué qu’il ferait exploser une bouteille de gaz devant l’ancien maire de Levier et un membre du réseau de défense des sans- papiers. Aux agents de l’office français d’immigration et d’intégration, qui lui proposaient une aide au retour (8500 €, la première fois; 10.000€ une deuxième), il a annoncé qu’il tuerait sa famille s’il était expulsé. M.DIBRANI a également été placé en garde à vue pour un cambriolage par la communauté de brigade de Saint-Vit le 14 octobre 2010. Il a aussi été mis en cause comme auteur dans un vol commis dans une déchetterie à Levier (communauté de brigade de Pontarlier) (...)". (Source: Rapport de l'IGS, page 17)
Dans sa réaction à la déclaration de François Hollande, Olivier Dartigolles, porte-parole du parti communiste, dénonce: "La ligne Valls, dans la continuité du sarkozysme, est confortée alors qu'il faut changer la loi et mettre fin sans délai à toutes les expulsions de jeunes étrangers scolarisés." Est-ce à dire que le PCF, et plus largement le Front de Gauche, réclament la régularisation et le retour de la famille Dibrani malgré les conclusions du rapport de l'IGS ?

Dans un communiqué publié ce 19 octobre, l'association "La voix des Rroms" conteste la description qui a été faite du père de Léonarda: "Reshat Dibrani, le père de Lénoarda, qui a été injustement décrit comme un monstre, ne semble pas avoir fait de grandes études".

5. D'autres critiques ont poursuivi le débat, le weekend durant, jusqu'à proposer encore davantage d'individualisation du traitement de cette famille Rom: pourquoi donc Léonarda ne pourrait-elle pas revenir avec sa fratrie et/ou sa mère ? Quelle conclusion politique faut-il retenir de ce tricot sur-mesure ? Que le regroupement familial doit être proscrit quand l'un des parents ne respecte pas la règle ?

6. Cette affaire aurait pu permettre de clarifier un débat à gauche: l'ampleur de cette excitation collective tient à un désaccord de fond et ancien sur la régularisation générale des sans-papiers. Cette dernière était exclue du programme socialiste (*), tout comme du programme présidentiel de François Hollande (engagement numéro 50: "(...) les régularisations seront opérées au cas par cas sur la base de critères objectifs."). Elle figurait au contraire dans celui du Front de gauche (**), sans pour autant faire l'unanimité en son sein (cf. les réactions discordantes de quelques élus communistes).


Cette déclaration de François Hollande, la voici.

Au cas où.

"Les conditions de l’éloignement de la jeune Leonarda ont suscité, et je le comprends parfaitement, une légitime émotion, notamment dans la jeunesse. Car la France c’est un pays de droit et de liberté, et c’est ce qui fait le fondement même de notre République : être ferme, car c’est nécessaire pour vivre ensemble, et en même temps être humaine, parce que c’est ce qui fonde notre capacité à vivre en commun.

C’est pourquoi le gouvernement a demandé, dès qu’il en a eu connaissance, une enquête sur ce qui s’était produit dans ce collège, ou dans le transport scolaire, concernant la jeune Leonarda.

Le rapport vient de m’être remis par le ministre de l’Intérieur. Ses conclusions sont claires.
-          D’abord, l’enquête confirme qu’aucune règle de droit n’a été enfreinte dans l’examen de la situation de la famille de Leonarda ;
-          Et pas davantage dans la décision de mettre en œuvre l’obligation de quitter le territoire, parce que toutes les voies de recours avaient été épuisées.
-          Mais l’enquête indique aussi que l’interpellation de la collégienne s’est déroulée à l’occasion d’une sortie scolaire. Même si la prise en charge de la collégienne a eu lieu à l’abri des regards, c’est une infraction par rapport à ce que l’on peut penser être la possibilité d’interpeller une enfant.
-          Il n’y a donc pas eu de faute, et de ce point de vue, la loi a été parfaitement respectée. Mais il y a eu un manque de discernement dans l’exécution de l’opération.

J’en tire, à mon tour, trois conclusions :
-          La première, c’est que les valeurs de la République, c’est le respect de la loi. La loi doit s’appliquer. Ça vaut pour le droit d’asile, qui d’ailleurs devra être encore réformé pour accélérer les procédures, pour ne pas avoir ce nombre de déboutés qui ensuite restent sur le territoire, parce qu’ils y sont là depuis trop longtemps. La force de la loi, c’est d’avoir une politique de l’immigration qui soit claire, avec des conditions pour le droit au séjour. Le respect de la loi, c’est de traduire les conséquences d’une obligation de quitter le territoire pour les personnes qui n’ont pas à y rester. Et la force de la loi, c’est la condition pour qu’il y ait à la fois une politique d’immigration et une politique de sécurité, que chacun peut comprendre.
-          Les valeurs de la République, c’est aussi l’école, et ce qu’elle représente : un lieu d’émancipation, d’intégration. L’école, elle doit être préservée des conflits de la société. Et là, je considère que nous devons faire preuve de plus grande clarté. C’est pourquoi une instruction sera adressée aux préfets, par le ministre de l’Intérieur, prohibant toute interpellation d’enfant dans le cadre scolaire, aussi bien dans les établissements que dans les transports, les sorties, ou les centres de loisirs. L’école doit être préservée, parce que c’est un lieu où les enfants doivent être eux-mêmes en sécurité. Et donc l’instruction ne laissera aucun doute sur la volonté du gouvernement et la manière avec laquelle nous devons agir.
-          Enfin, les valeurs de la République c’est de tenir compte de situations humaines. Et par rapport au cas de cette jeune fille, Leonarda, si elle en fait la demande – compte tenu des circonstances – et qu’elle veut poursuivre sa scolarité en France, un accueil lui sera réservé, et à elle seule.

La France, je l’ai dit, c’est la République, la République c’est la fermeté dans l’application de la loi, et c’est l’humanité aussi dans ce que doivent être nos procédures. Je veille à chaque occasion à ce que le gouvernement et le ministre de l’Intérieur puissent mener la politique que j’ai déterminée. Et en même temps, je veux – avec le Premier ministre – qu’il y ait des règles qui puissent être chaque fois interprétées dans le meilleur sens pour notre République.

Et cette affaire a été l’occasion d’une clarification, et désormais, il n’y a plus de doute sur ce que doit être l’école, sur ce qu’il est possible d’y faire, et je pense que ça apaisera, tout en permettant à la loi de s’appliquer."




(*) paragraphe 6.1.2, page 21 dans le programme du PS pour 2012 ("Nous proposerons un processus de régularisation pour les travailleurs étrangers et les parents d’enfants scolarisés sur la base de critères clairs et transparents et s’appliquant à tous de manière égale sur le territoire national.")

(**) page 21 du programme "L'Humain d'abord": "Nous régulariserons les sans-papiers dont le nombre a augmenté du seul fait des réformes de la droite. Nous décriminaliserons le séjour irrégulier, nous fermerons les centres de rétention, nous rétablirons le droit au séjour pour raison médicale. Nous respecterons scrupuleusement le droit d’asile qui sera déconnecté des politiques migratoires."

Lire aussi: le rapport de l'IGS.

13 octobre 2013

L'actualité politique, vue par 10 blogs (S01e03)

Troisième tri hebdomadaire sélectif des 10 billets de la blogosphère politique qui nous éclairent.

Le blog Des Pas Perdus n'en peut plus de la Vème République. Nous sommes dimanche soir, le score de Brignoles vient de tomber. La République aussi. "En définitive, la Cinquième République dégoute les citoyen-ne-s de la politique."

"Le Front républicain, une chimerde embarrassante" ? Sans rire ? Oui, sans rire. Megaconnard - c'est son nom - s'énerve. Rachida Dati au Grand Journal, c'était la goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà trop plein.

Un candidat socialiste à sa réélection municipale pense qu'il y a des "troubles de l'élection", dans sa campagne dijonnaise. La blogueuse Olympe nous rappelle que l'idée vient d'ailleurs, chez nos voisins belges. Et il ne s'agissait pas de réélire un maire mâle.

Lundi 7 octobre, Seb Musset s'attarde sur Amazon, et la loi nouvelle qui s'adresserait à elle. Il est écrivain, il va bientôt publier son dernier ouvrage.

Mardi 8 octobre, notre confrère Melclalex livre un billet des plus complets sur l'affaire Bettencourt. On y comprend pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas été innocenté. Il est simplement passé entre les gouttes.

Mercredi, L'Hérétique s'inquiète d'un sondage pour les élections européennes. Le centre-droit qu'il défend a du souci à se faire. Comme la démocratie en général...

Jeudi, Rosaelle est incrédule. Le premier ministre libyen s'est fait kidnapper le matin même. Il sera libéré plus tard. Mais à quoi bon cette guerre d'il y a 2 ans ? Kadhafi est mort, c'est déjà ça, non ?

Vendredi, Marco d'Alter-Oueb remet les pendules à l'heure. "Bien sûr, la gauche est décevante, mais est-ce vraiment suffisant pour laisser le manche à la maquerelle brunâtre ou au nouveau calife qui veut être calife à la place du calife ? Rappelez-vous un seul instant d’où l’on vient."

Vendredi encore, Robert Crémieux, sur son blog hébergé chez Mediapart, explique comment une chômeuse en colère a dynamité l'émission télévisuelle de Jean-François Copé, la veille, sur France 2.

Boum ! 

Samedi 12 octobre, Elooooody revient sur cette obstination frontiste qui a saisi notre microcosme médiatico-politique. Elooooody n'hésite pas à écrire qu'elle ne sait pas, quand elle le sent. Le commentaire politique mériterait davantage de cette franchise dans nos médias traditionnels.



6 octobre 2013

L'actualité politique, vue par 10 blogs (S01e02)

Cette semaine, les 10 billets politiques de la blogosphère qui éclairaient notre actualité troublée se logeaient chez les consoeurs et confrères suivants. Un tri toujours subjectif qui complète celui publié en support de notre chronique hebdomadaire.

Melclalex se moque avec raison, à défaut de la perdre, du rapprochement programmé entre l'ancien plus proche collaborateur de Nicolas Sarkozy et l'ancien plus critique opposant de droite du même Nicolas Sarkozy, respectivement Jean-Louis Borloo et François Bayrou.

Jean, dans le Jour et la Nuit,  résume à sa façon l'émotion suscitée par le drame de Lampedusa. Lilly de Somalie est morte noyée.

Le Partageux livrait l'un des billets les plus efficaces sur ces sempiternelles polémiques "romesques": "Tuez-les tous, ça ira plus vite !"

Des Pas Perdus confie sa rage, en détournant des clichés de SDF et un fameux inter-programme publicitaire d'une grande chaîne de télévision nationale.
 Polluxe corrige les dernières bêtises de la candidate UMP Nathalie Kosciusko-Morizet sur les impôts locaux à Paris. 

Elie Arié, pense avoir trouvé les deux erreurs politiques capitales de François Hollande... Il en est un autre plus énervé encore. Panouille, aka Bernard Langlois, justifie son Hollande-bashing, vu de gauche.  Julien Dray nous explique pourquoi il ne faut pas s'égarer à gauche.

Olympe, fidèle au poste, revient sur cette curieuse publicité politique du PCF pour les retraites.

Enfin, Bibi, de "Pensez Bibi", a fait sa propre sélection de mauvaises nouvelles d'une semaine sans pitié.