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25 août 2014

Le jour où Montebourg et Hamon ont validé l'autre politique

Dimanche 24 août 2014, deux ministres, et pas des moindres, ont joué aux rebelles quelque part en France. François Hollande revenait d'une tournée dans l'Océan indien. Montebourg et Hamon, les deux coupables de cette incartade, l'attendaient le pied ferme. Après la sortie de Cécile Duflot, ex-ministre, la contestation était au coeur du pouvoir.

Les journalistes se frottaient les mains. Lundi, le gouvernement Valls démissionne. Mais c'est à Manuel Valls que François Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe.


L'autre politique
Observons la "gauche", c'est-à-dire du côté de celles et ceux qui ont voté contre l'ancien monarque mais aussi pour une autre politique sociale, sociétale et économique. Dans son édition de vendredi 22 août, l'hebdomadaire Marianne laisse la parole à quelques-uns. Une autre politique serait possible.

En fait, en l'état, la réponse est négative. Il y avait plutôt plusieurs propositions, parfois irréconciliables, parfois convergentes.

En vrac,
  • Rééchelonner le remboursement de la dette publique.
  • Soutenir la demande, en France comme ailleurs en Europe, qui est une urgence, et la préoccupation principale des entreprises qui peinent à cause d'une consommation atone.
  • Forcer les ménages aisés à emprunter pour financer l'Etat plutôt que placer ailleurs ou épargner.
  • Subventionner la transition énergétique pour qu'elle soit plus intensive en créations d'emploi.
  • Soutenir l'investissement et la construction.
  • Concentrer les réductions de charges sociales sur les activités délocalisables.
  • Sortir de l'euro pour préférer une monnaie commune. 
Bref, les idées, même générales, ne manquaient pas.

François Hollande réclame au contraire un temps que la politique n'a pas. On cherche d'ailleurs les raisons pour lesquelles les deux premières années n'auraient pas réussi à produire le moindre résultat. Il ne s'agissait pas de tout résoudre, mais au moins de ne pas dégrader. Il y a 6 mois,  quelques 7 milliards d'euros de crédit d'impôt compétitivité ont été reversés aux entreprises, sans le moindre effet sur les embauches ni l'investissement.

Dimanche 24 août 2014, l'équipe Hollande a encore subi un choc. Deux ministres d'Etat, et non des moindres, ont ouvertement critiqué la politique du gouvernement auquel ils appartiennent, "en toute loyauté".

On croit rêver.


Quand vont-ils démissionner ?

A Matignon, on enrage. "Une ligne jaune a été franchie" prévient-on, anonymement. Manuel Valls avait déjà mal digéré. Qu'ont-ils dit de si grave ? A Frangy-en-Bresse, Hamon a prévenu:
"On peut avoir un avis, une conviction, l’exprimer et être loyal ". Dans les colonnes du Monde du même jour, Arnaud Montebourg a repris son argumentaire anti-Merkel, contre "la droite allemande". Mais pas seulement...
"La réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique, car elle aggrave le chômage, une absurdité financière, car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics, et un sinistre politique, car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes."
Dans les colonnes du Parisien, Benoit Hamon, invité d'honneur de Montebourg à sa fête de Frangy-en-Bresse, en rajoute une couche: "On n'est pas loin des frondeurs...". Pire, il ajoute: "On va le dire plus fort". Il complète: "La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s'ils n'ont pas des revenus suffisants." Des propos en contradiction - l'expression est faible - avec la politique de l'offre réitérée par Hollande quelques jours auparavant.

De deux choses l'une: soit les deux ministres envisagent véritablement la rupture; soit il ne s'agissait que d'un gros clin d'oeil conciliant pour calmer les remous au sein de l'étroite majorité socialiste.


L'un reste, les autres partent
(Mise à Jour) Lundi matin, vers 10 heures, Manuel Valls présente la démission de son gouvernement au Président de la République. On comprend que les deux trublions ont provoqué cette chute générale.

Mais c'est à Manuel Valls, encore lui, qu'Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe, "en cohérence avec les orientations qu'il a lui-même définies pour notre pays". Il n'y a donc pas d'inflexion politique à attendre, loin de là. Il y a un "consensus absolu" entre l'Elysée et Matignon sur la démission du gouvernement, assure-t-on chez Hollande.

Benoît Hamon tempère, et regrette à mots à peine couverts, "une sur-réaction au souffle médiatique qui répond à un discours qui relevait de la situation politique".


15 juillet 2014

14 juillet: Hollande, à droite de Chirac ?

La ressemblance physique est devenue frappante depuis qu'il a changé de lunettes. Hollande rejoint Chirac. Mais la comparaison ne s'arrête pas. L'attitude personnelle et l'action politique se complètent.
 Hollande réalise avec Valls ce que Chirac n'a pas su faire avec Sarkozy.

 

Terrifiant.

 

François Hollande s'est livré au traditionnel entretien télévisée du 14 juillet devant deux journalistes choisis, David Pujadas pour France 2, Gilles Bouleau pour TF1.


Chirac, Hollande
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande devait commenter les mêmes évènements au Proche Orient, à une décennie d'intervalle.
"Je suis tout à fait consterné par ce qui se passe actuellement au Proche-Orient." Chirac, 14 juillet 2006

"Israël a droit à sa sécurité et peut se défendre, mais Israël doit avoir de la retenue, de la réserve. Je ne veux pas dire qu'on est pro-palestinien ou pro-israélien, on est pour la paix." Hollande, 14 juillet 2014

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande ne fut pas interrogé sur la fracture sociale, la précarité, les pauvres et les modestes. D'ailleurs, il n'évoqua pas lui-même spontanément le sujet. Il préféra défendre son Pacte de Responsabilité, mais aussi la "modernisation" du code du travail.

Comme Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande a manqué de sincérité, il a joué à l'autruche, il a refusé de voir la réalité en face. Pujadas lui demande s'il ne s'est pas trop avancé un an avant en déclarant que la reprise était là, Hollande répond par une pirouette inacceptable: "La reprise est là, mais elle est trop fragile." Il suffisait de dire que non, la reprise n'était pas là. Que c'est encore la crise.

Le 14 juillet 2004, on entendait ceci dans la bouche de Chirac.
"Pendant deux ans, nous avons remis la France sur les rails en réhabilitant l'Etat (...), en engageant les réformes indispensables qui avaient été trop longtemps différées et en mettant en œuvre une politique de relance de la croissance pour le moment où elle viendrait."
Dix ans plus tard, jour pour jour, son successeur corrézien lui emboitait le pas, un pas plus libéral, comme un incroyable pied de nez à l'Histoire.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande était à l'Elysée parlant de la France comme s'il ne la gouvernait pas vraiment: sa saillie sur ces impôts, "sujet sensible", qui sont trop élevés, était assez exemplaire de cette distance.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande promit des baisses d'impôts que l'on n'avait pas demandées: ce sera dès 2014, mais aussi en 2015. Il prend le risque - il l'a déjà pris - de rendre complètement illisible la politique de redressement des comptes publics sur laquelle il a été pourtant élue. 
"Qu'est-ce qu'on fait de ces économies (budgétaires) ? ... Et bien... on fait en sorte de les investir dans les entreprises, pour qu'il y ait de l'emploi... et puis on fait en sorte que les Français payent moins d'impôts."
Aucun des deux journalistes n'a osé rappeler au Président la répartition des sommes entre ces deux catégories: deux tiers des 41 milliards d'euros d'économies seront des exonérations de charges sociales pour les entreprises... Un "investissement" comme l'appelle Hollande...

François Hollande sait rester aussi flou que Jacques Chirac: "il faut être prudent". Les chiffres ne sont pas calés. Le président stresse pour son déficit. Il ne s'engage sur aucun nombre de ménages à exonérer de l'impôt sur le revenu.

Sarkozy, Valls
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande a du justifier ses relations avec un encombrant ministre: Manuel Valls, ex-ministre de l'intérieur devenu chef du gouvernement en avril après une débâcle municipale incroyable, reprend le rôle, jusqu'au verbe, jadis tenu par Nicolas Sarkozy encombrant ministre de l'intérieur à qui son président refusa Matignon.
"Si j'ai choisi Manuel Valls, c'est parce qu'il met de l'efficacité, il met de l'organisation, et il met aussi de la rapidité."
A la différence de Chirac, Hollande suit de près son premier des ministres. Le 14 juillet 2004, Chirac déclarait à propos de Sarkozy "je décide, il exécute". Hollande préfère ne laisser aucun espace de "rupture" à Manuel Valls: "il n'y a rien qui peut nous séparer sur cet objectif (la réussite) et sur les moyens".

Comme hier Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande personnalise encore davantage son exercice du pouvoir. L'emploi répété du "je", les mains tranchant l'air, la posture toute entière sont tendus vers cet objectif, montrer qu'il est enfin monarque.

Jacques Chirac devait commenter ses propres ennuis avec la justice. François Hollande commente, peu, ceux de Sarkozy. Cela devait d'ailleurs réjouir son prédécesseur corrézien. Nicolas Sarkozy, l'ancien félon de la Chiraquie, est désormais rattrapé par ses propres affaires. "Je ne vais pas faire de commentaires. Je vais poser les principes : le premier, c'est l'indépendance de la justice." Et Hollande eut ce plaisir que Chirac n'eut pas, pouvoir commenter les affres judiciaires du rival agité: "laissons la justice faire son travail , et surtout, ne la soupçonnons jamais."

Comme Nicolas Sarkozy, François Hollande pense à 2017, mais ne l'évoque pas publiquement. Comment en serait-il autrement ? "Je ne me pose pas cette question". Il paraît que des réformes de gauche sont prévues pour la fin du quinquennat: redistribution et droit de vote des étrangers. On n'oserait croire qu'il ne garde cette dernière pour 2016 que pour mieux se garder Marine Le Pen au chaud du second tour.  

Vraiment ?




Hollande : avec Valls, "rien ne peut nous séparer" par 6MEDIAS

16 juin 2014

Pourquoi Manuel Valls est dépassé

"La gauche peut mourir."

L'expression, dans la bouche de Manuel Valls, est à peine surprenante.

Manuel Valls réactive le stress du vote utile.

Car l'affirmation, devant le conseil national du Parti socialiste samedi dernier, n'a qu'un objectif, faire peur à défaut de convaincre. Elle est factuellement juste. Manuel Valls a raison. La chronique politique de ces derniers mois, sur ce blog ou ailleurs, en témoigne. Electoralement, la gauche est morte déjà deux fois, lors des scrutins municipaux puis européens où elle ne rassembla que 30% des suffrages. "Gauche année zéro", résume Cambadélis à Solferino. "La gauche n'a jamais été aussi faible dans l'histoire de la Ve République" renchérit Valls ce samedi.
"Le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. (...) Notre pays peut se défaire et se donner à Marine Le Pen."
Certes, bien sûr, évidemment. Que dire de mieux ?
"Nous pourrions basculer (...) dans une ère dans laquelle le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle existe. Une ère dans laquelle un des grands partis républicains et cette fois sans que cela soit une surprise... peut être absent de ce grand rendez-vous électoral. Et si rien n'est fait, ce peut être la droite, ce peut être nous, par conséquent une ère dans laquelle la gauche peut aussi disparaître."
Ce constat est fort juste, mais inutile car largement connu et partagé. Au lendemain du naufrage électoral des Européennes, Yves Barraud, sur le site ActuChômage, ne disait pas autre chose: "Pour notre part, nous estimons depuis des mois que le vote FN ne peut se résumer à cette caricature des motivations d’un électorat populaire excédé par les politiques menées par l’UMP et le PS depuis 2002 (et avant). Les deux principales formations n’ont pas tenu compte de l’avertissement sans frais adressé il y a 12 ans, quand Jean-Marie Le Pen accéda en finale des élections présidentielles."

Revenons à Manuel Valls.  Que fait donc notre brillant général ?

1. Il cherche à faire peur. Il faut motiver les troupes socialistes à ne pas faire sécession. Il faut "dramatiser". Il faudrait rester solidaire. Et voter comme un seul homme les prochaines lois de l'équipe Valls.

Pourtant, le vote utile n'existe plus. L'équipe Hollande devrait en être convaincue. Le "réflexe" de solidarité est affecté, lourdement, par l'ignorance de sa gauche et le manque de résultats. La désaffection s'est vue lors des derniers scrutins, et surtout à gauche. Manuel Valls menace quand même. Le plus cocasse fut sa dénonciation de "la voie ouverte à la multiplication d'initiatives minoritaires qui feraient exploser le bloc central de la majorité". Il visait les socialistes affligés mais aussi les écologistes sortis du gouvernement. Le premier ministre plane, très haut. On cherche où il trouve encore une majorité.  Samedi, les écologistes d'EELV ont d'ailleurs voté à l'unanimité contre les orientations du projet de loi de finance rectificative présenté en Conseil des ministres mercredi dernier.

Même au sein de la majorité, le vote utile s'affaisse. Car ces députés ont vu l'échec, la Berezina, municipale puis européenne. En 2017, on leur promet une boucherie. Comment être solidaire d'une action qui a le triple inconvénient de trahir le programme présidentiel de 2012 sans pour autant être efficace ? Pour le parti de l'efficacité politique, cette situation est cocasse, terrifiante.

Faute de convaincre par des actes ou des paroles, Manuel Valls en appelle donc à la solidarité institutionnelle. Que les institutions le protègent la durée d'un quinquennat, c'est bien normal. Qu'il exige que les députés élus sur le pacte de 2012 votent comme si Hollande conduisait sur la route indiquée il y a deux ans et quelques mois est simplement ridicule.

2. Manuel Valls est persuadé que son action portera ses fruits. Que le Pacte de responsabilité improvisé en janvier dernier est la bonne réponse à la désespérance sociale ou à la désaffection des sympathisants. A-t-il compris que le simple port d'un teeshirt de campagne "François Hollande 2012" suffit à manquer de se faire lyncher dans quelques coins ouvriers ? L'équipe Valls a été nommée après les élections municipales, mais avant les élections européennes. Le Pacte de responsabilité a été annoncé, promis, présenté dans ses grandes lignes dès janvier par François Hollande. Les électeurs ont voté, ou se sont abstenus en toute connaissance de cause.

Il n'a que cet argument, TINA. Pas le choix, aucune autre solution, rien.

TINA, There Is No Alternative. Politiquement, il n'y a plus d'autre alternative que la droite. Front national et UMP recueillent aujourd'hui la majorité des suffrages quand ils s'expriment. On serait obligé de rendre 41 milliards d'euros de cotisations sociales, dont 90% pour améliorer la compétitivité des entreprises. On serait obligé de reporter, encore, la transition écologique.

3. Pour assoir son propos, Manuel Valls complète: "la gauche doit être capable de se dépasser."

Dépasser la gauche ? 

Il persiste. Il insiste.

D'habituels critiques diront que Valls a largement dépassé la gauche. Que cette équipe est si loin au centre qu'on appelle cela la droite. A force de trianguler l'adversaire en lui chipant idées et décisions, on finirait par tomber corps et âmes dans son camp.

La gauche se dépasse-t-elle quand un premier ministre qui s'en réclame reprend exactement les mêmes menaces absurdes de déchéance de nationalité contre des terroristes d'origine étrangère que celles proférées par Nicolas Sarkozy en 2010 ? Retenez la formule: "Nous pouvons déchoir de la nationalité ceux qui s’attaquent aux intérêts fondamentaux de notre pays". La gauche se dépasse-t-elle quand elle n'a rien à dire autre qu'une bouillie inefficace sur la compétitivité ?

La gauche se dépasse-t-elle quand elle ressemble à la droite ?


Manuel Valls est en fait dépassé. 

Il ne comprend plus où il est. Il ne saisit plus à qui il s'adresse. La machine toute entière est bloquée à force de rouille.





Valls: "la gauche peut disparaître" - 14/06 par BFMTV

29 mai 2014

La droite désagrégée: Sarkozy est-il enfin enterré ?

Il n'a pas fallu attendre bien longtemps. Mardi 27 mai, Jean-François Copé a cédé à la pression. 

Il a démissionné de la présidence de l'UMP. 

Nicolas Sarkozy tente de contenir la propagation de l'incendie. 

Mais l'UMP se désagrège de l'intérieur. Et après ?


"Bon, ben voilà… Pour une fois que Jean-François Copé arrive à obtenir une démission, c’est la sienne!" Charline Vanhoenacker, France inter, 28 mai 2014.
L'affaire Bygmalion est une affaire simple à comprendre, terrifiante de bêtise, malhonnête à souhait. En février dernier, on apprend que Bygmalion facturerait trop cher des prestations à l'UMP. L'UMP est d'abord financée ... par de l'argent public. C'est donc bien d'un détournement d'argent public dont il s'agit. A qui profitait le délit ?

L'affaire a pris une nouvelle tournure avec les aveux, cette semaine, de l'un des nouveaux députés européens de l'UMP, Jérôme Lavrilleux, responsable auto-désigné de la chose: Bygmalion surfacturait des conférences parfois fantômes, sans rapport avec la campagne présidentielle de 2012, pour mieux sous-facturer des prestations électorales. Cela permettait à l'équipe du candidat Sarkozy de baisser le coût officielle de sa campagne. Soixante-dix conventions ont été organisés par l'UMP pendant la saison 2011/2012, pour environ 27 millions d'euros. En 2012, Bygmalion, via sa filiale Event, aurait été rémunérée pour 23 millions d'euros (en treize virements).

Rappelons que Nicolas Sarkozy a déjà été reconnu coupable de fraude aux règles de financement politique pour cette compétition de 2012. L'annulation de ses comptes de campagne en 2013 avait provoqué un "Sarko-thon" inédit à l'issue duquel quelque 11 millions d'euros avaient été généreusement collectés auprès de militants dévots.
"Bygmalion est prêt à l'assumer mais ne veut pas en porter la responsabilité. On parle de 'l'affaire Bygmalion', c'est plutôt l'affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy". Me Patrick Maisonneuve, avocat de Bygmalion.
Après l'aveu larmoyant de Jérôme Lavrillieux sur BFM TV lundi soir, Jean-François Copé a déboulé sur le plateau du JT de TF1 pour se justifier à son tour. Son ancien bras droit et ancien directeur adjoint de campagne de l'ancien Monarque plaidait sa culpabilité solitaire. Le futur ancien président de l'UMP et ancien candidat à la présidentielle de 2017 plaidait l'innocence absolue. Qui croire ?

Cette désagrégation accélérée du principal parti de la droite républicaine a quatre conséquences.

1. La disqualification politique de Nicolas Sarkozy n'est pas évidente.  L'homme, qui trépigne pourtant de rentrer à nouveau dans le jeu politique, restait tranquillement à l'abri cette semaine. Tous les pare-feux étaient là. Lavrilleux couvre Copé qui couvre Sarkozy; Devedjian, l'ancien fidèle pourtant maltraité en son temps, intervient dès lundi soir sur France 2 pour expliquer que Sarkozy "tel le général de Gaulle", ne s'occupait pas de "l'intendance"; Philippe Briand, ex-trésorier de campagne de Sarkozy, répète les éléments de langage calés au QG de Nicolas Sarkozy rue de Miromesnil: "Nicolas Sarkozy ne s'occupait pas de l'intendance". Et Brice Hortefeux, a rajouté que Sarkozy était "très mécontent de voir son nom associé à cette curieuse actualité." Curieuse actualité ? L'homme a de l'humour.

On aura beau répéter qu'un chef politique qui couvre autant de fraudes "à l'insu de son plein gré" témoigne d'un comportement au mieux douteux, au pire irresponsable, rien n'y fait. Sarkozy est à chaque fois lavé plus blanc que blanc par le sympathisant transi.

Jeudi, il était à Madrid pour jouer un chef d'Etat, rencontrant le premier ministre conservateur et même le roi Juan Carlos. 

2. L'affaire Bygmalion ferme peut-être une guerre des droites. On est loin des années 1994-1995 où Balladuriens et Chiraquiens déballaient aux journalistes leurs sales affaires réciproques: frais de bouche et emplois fictifs à la Mairie de Paris, rétrocessions et commissions du Parti Républicain, etc. Même la lutte fratricide Villepin/Sarkozy des années 2000 semble effacée. En cause, l'ombre de Marine Le Pen. Le Front national a atteint un tel niveau que les ténors de l'UMP ont la trouille de trop déballer. Ajoutez-y la résurgence encore fragile d'un centre droit autonome autour de l'UDI et du Modem, et vous aurez compris que l'UMP peut disparaître ou, a minima, perdre sa première place à droite.

3. La droite républicaine, comme sa gauche la plus proche, n'a plus de leader évident. Copé est sorti du jeu. Il avait pourtant beaucoup bossé pour cette présidentielle de 2017. Mais tout le dispositif s'est brutalement effondré. Même Patrick de Carolis, ex-président de France Télévisions qui recruta le fondateur de Bygmalion, à FTV, Bastien Millot, a été mis en examen en avril dernier. Mercredi, Mediapart ajoutait une autre pièce au dossier Copé: "une association liée à l’UMP, présidée par une fidèle de Jean-François Copé et perquisitionnée lundi, a vendu des formations d’élus en partie fantômes aux collectivités locales". Sarkozy est peut-être populaire dans les sondages, il aura une primaire interne à gérer. Juppé, Fillon et les autres fourbissent leurs armes, mais tout reste à faire.

4. Le plus effarant de la période est la paresse politique  qui a envahi la droite: certes, la triangulation à l'oeuvre par François Hollande (qui ne rapporte politiquement pourtant rien à ce dernier, bien au contraire) a de quoi déstabiliser le camp UMP/UDI. Mais plutôt que de faire ressortir les éventuelles vraies oppositions (sur la répartition des impôts, la régulation des entreprises, le rapport à l'Europe, le traité transatlantique), l'UMP se limite à des incantations caricaturales et grossières, figées sur quelques mots clés censés réveiller l'opinion en sa faveur ("impôts", "classes moyennes", "immigration", etc). Pourtant, le débat politique se trouverait enrichi d'être enfin mature et précis. Des clivages se trouvent facilement, inévitablement, dès que l'on pousse l'analyse au niveau fin nécessaire. Prenez le Traité Transatlantique en cours de négociation entre l'Europe et les Etats-Unis: on ne peut se limiter à couiner contre ou crier pour le développement du libre-échange. Il fallait détailler, comme l'ont fait EELV et le Front de gauche, ce projet d'article qui donnerait aux entreprises la faculté de contester en justice des réglementations nationales.

Au lieu de quoi, la direction de l'UMP a préféré rester sur le terrain le plus paresseux qui soit, tout en courant régulièrement derrière les éructations identitaires du Front national.



4 mai 2014

Où va la gauche, vue par 2 blogs #S01E31

Alors que François Hollande promet de beaux lendemains dans les colonnes d'un hebdomadaire du dimanche, sa trajectoire politique continue d'alimenter les échanges et commentaires de la gauchosphère. 

 

Nous avons choisi d'illustrer ces réflexions en confrontant deux propos. 


Nicolas, du blog "Partageons mon avis", rebondit sur un fil de discussion sur l'avenir de la gauche. A sa gauche, le collectif Babordages poursuit la description désabusée d'une gauche qu'il estime perdue pour la cause. Les deux n'échangent plus en direct, comme c'est désormais la norme entre "gauche de droite" et "vrauche".

Mais qu'importe.

"Comment s’en sortir ?" s'interroge Nicolas. "Tout d’abord, l’ennemi n’est pas le libéralisme. Il faut changer de discours. S’il y a un ennemi, c’est le capitalisme financier. Il faut arrêter de délirer". Nicolas ne nous en voudra pas de ne pas tout citer. La gauche politique a toujours allié des composantes plus ou moins en rupture ou en accord avec l'économie de marché. La rage exprimée par certains contre le social-libéralisme du gouvernement Hollande dérive, à juste titre, vers une remise en cause du système en général.

Nicolas pose ensuite la question démocratique de base: "Le principe de la démocratie (et donc de la politique) est de partager des idées avec des électeurs pour se faire élire. C’est ce qu’a réussi François Hollande. A ce rythme, il risque de ne pas être réélu en 2017, on est d’accord, mais s’il tient une politique plus à gauche, il est à peu près sûr, aussi, de ne pas l’être." Comme d'autres, Nicolas défend l'actuel positionnement politique de François Hollande sur un double argument - Hollande est (plus ou moins) fidèle à lui-même et, surtout, il n'y a pas d'alternative politique plus à gauche possible en France.
 
Rien n'est moins sûr, pourrait-on lui répliquer. Pour l'heure, la question n'est pas celle des élections (et donc du compromis politique), mais celle de l'action et du discours. Hollande peut agir, or il agit mal puisque les résultats ne sont pas là. Il a rétréci son camp politique, sans élargir sa propre majorité. 
 
Plus grave, le discours dominant (sur le coût du travail, etc) est désormais plus fort qu'avant, comme pour mieux effacer l'opposition, décourager les mobilisations éventuelles. A quoi bon gouverner si c'est pour dérouler le tapis-rouge à la grande dérégulation ? Où est même l'équilibre du discours et des actes au sommet de l'Etat entre protection sociale et efficacité économique ?
 
Sur Babordages, Clumsy a justement publié un texte sur l'indifférence. La question n'est plus celle du simple redressement comptable (et nécessaire) d'un pays abimé. Le sujet est la riposte à cette accélération du "propos dérégulateur" alors que la mondialisation libérale n'a jamais été aussi puissante depuis 50 ans.  La multiplication des prises de paroles de personnalités "étiquetées" à gauche qu'on aurait qualifié d'affreux thatchéristes il y a 30 ans est tout simplement hallucinante. 
 
Qui Hollande reçoit-il à l'Elysée ? Un Frédéric Lordon, péniblement invité dans quelques médias, qui promeut la sortie douloureuse de l'euro pour mieux lutter contre l'aggravation de la précarité, ou le trio Aghion/Cohen/Cette qui trouve que le SMIC est décidément trop élevé ?
 
Clumsy conclue sur une citation de Gramsci: "Ce qui arrive, arrive non pas parce que certains veulent qu’il arrive, mais parce que la majorité abdique sa volonté, laisse faire, laisse se grouper les nœuds qu’ensuite seule l’épée pourra couper, laisse promulguer les lois qu’ensuite seule la révolte fera abroger, laisse aller au pouvoir les hommes qu’ensuite seul un mutinement pourra renverser."


1 mai 2014

Ce que Jean Quatremer et quelques autres ne comprennent plus.

Le fait est anodin, mais répétitif. Non sans quelque humour, l'envoyé spécial du Figaro de Liberation à Bruxelles tweete sa joie de voir le Portugal réussir une levée de fonds sur les marchés à l'excellent taux de 3,75% à 10 ans.

Ce serait la preuve du redressement réussi grâce aux mesures de choc de la Troïka.

 Quelques jours auparavant, un autre de ses confrères, Brice Couturier sur France Culture, usait de l'exact même argument à l'encontre de Coralie Delaume: la Grèce venait d'emprunter à son tour sur les marchés, preuve que les opérateurs lui faisaient à nouveau confiance après 7 années de purgatoire austéritaire.

La Grèce est en déflation, les prix y ont baissé de 1,4% sur un an (janvier 2014). Le Portugal s'en sort peine mieux, avec une timide +0,2%.


Source: Challenges

Le chômage reste endémique, sans perspective de retour au plein emploi.

Source: Challenges
 
La pauvreté progresse. La Grèce est le pays d'Europe où la pauvreté a le plus progressé en 2012: elle a plus que doublé en un an, pour atteindre 24% de la population ! Entre 2008 et 2013, le revenu des ménages a baissé de 14,8 %, rapportait récemment le Figaro. Le chômage des jeunes a triplé en 3 ans.


Dans ces pays, la dette publique atteint des proportions hallucinantes de la production nationale.

L'Europe est engagée dans une spirale jamais contredite, jamais contrariée depuis 2008: le tassement puis la baisse des salaires affaiblit le pouvoir d'achat et donc la consommation; les fortes rémunérations - d'actionnaires et/ou d'"executives" - s'envolent; les Etats perdent des recettes fiscales et contraignent leurs dépenses; les entreprises perdent des clients, contraignent leurs masses salariales; etc.

Que quelques éditocrates ne comprennent pas ce B-A BA ci de la vie économique est tout simplement hallucinant.

24 avril 2014

Après l'affaire Morelle

 

De cette affaire, on retiendra quelques conclusions, à froid.


1. Il est à peu près certain que d'autres cas similaires surgiront. Pas nécessairement à l'Elysée,  ou dans l'environnement si proche de François Hollande, mais ailleurs. Le spectre de jeu est trop large, tout comme l'envie de transparence et aussi de traque médiatique.

2. Tout se dépose avec la même intensité, il n'y a plus de tri entre les affaires et l'importance qu'on leur donne: les morts de Karachi et la consultation de Morelle pour un labo, les milliards d'euros d'équipements de surveillance vendus à Kadhafi par Sarkozy et le compte en Suisse de Cahuzac. La justice est habituellement une affaire de mesure en proportion de l'objet du délit. Dans le cas présent, on en doute à la lecture de certaines réactions sur les réseaux sociaux.

3. Cette affaire rappelle aussi qu'on mélange toujours nos gouvernants et la politique qu'ils mènent. Il ne s'agit plus seulement d'espérer que nos responsables soient des modèles. On s'imagine qu'une belle politique de gauche (pour rester dans les raccourcis politiques que certains maîtrisent encore) n'est possible qu'avec de purs honnêtes hommes, des vrais super-héros de l'action publique et de la vie quotidienne.
On se venge d'une politique de droite quand sont détectés des comportements jugés non conformes, avec une rage redoublée.   

4. La question du conflit d'intérêt n'est devenue que récemment un sujet de débat politique. La confusion privé/public ou le pantouflage public/privé existent en France depuis des lustres que les réglementations successives peinent à corriger même si des progrès sont établis. Il était évident que Morelle devait démissionner aussitôt que le conflit d'intérêt fut démontré.

5. Il y a dans l'affaire Morelle autre chose que cette seule histoire de conflit d'intérêt. L'application avec laquelle les goûts du conseiller présidentiel ont été décrits puis fustigés ne saurait surprendre (notez comment le journaliste rapporte qu'on surnommait Morelle "le petit marquis", l'un des ragots du coin élyséen).

En Sarkofrance, on moquait les pratiques bling bling de Sarkozy et ses proches qui d'ailleurs ne s'en offusquaient pas. Dans le cas de Morelle, la situation est de même nature, mais en pire. On ressort l'argument traditionnel que la richesse - ou, pire, les pratiques luxueuses - disqualifie de toute "gauchitude". Morelle, pourtant d'extraction modeste, ne saurait être totalement "de gauche" vu ce qu'il est.

Cette interprétation totalitaire du monde est tout simplement terrifiante.


17 avril 2014

Comment Valls coupe 50 milliards d'euros.

Groundhog Day est ce film dénommé "Un jour sans fin" quand il sortit il y a 20 ans. Le héros était tombé dans un espèce de faille temporelle qui lui faisait revivre la même journée, indéfiniment.

Régulièrement, comme un jeu sans fin, la France va plaider à Bruxelles un sursis budgétaire. Nicolas Sarkozy avait début son premier quinquennat ainsi. François Hollande l'avait obtenu en 2013. Et Manuel Valls vient de tenter, en vain, de rejouer l'affaire.

Et du coup, il accélère l'annonce des 50 milliards d'euros d'économies.



Lundi, Manuel Valls grimace. 
Il est à Berlin. Il vient de se faire tancer, non pas publiquement, l'affront serait trop grave. Mais les autorités allemandes comme la Commissione eurocrate ont opposé une fin de non-recevoir à sa demande de délai pour rétablir les comptes. L'aggravation de la crise européenne ces deux dernières années a plombé les espoirs d'amélioration budgétaire en France.

Pour l'heure, Valls grimace donc. Il va falloir trouver mieux. Dans l'immédiat, il cache le rétro-pédalage. Jamais ô grand jamais n'aurait-il espéré un quelconque assouplissement des échéances budgétaires européennes !

La nouvelle douche aussi les espérances électorales du moment. Le PS aura quelque difficultés à convaincre qu'il milite avec efficacité pour la croissance et l'emploi, et pas seulement la rigueur.

Prudent, Montebourg s'est planqué. Il n'est pas venu à Berlin. Dans le duo à Bercy qu'il forme avec Michel Sapin, Montebourg laisse son collègue prendre les réprimandes.


Mardi, les ministres masquent
Il faut tenir, ne pas se déjuger. Expliquer que tout va bien. Stéphane Le Foll, nouveau porte-parole du gouvernement, était rapidement sur les ondes, dès mardi matin, pour clamer combien le gouvernement tiendrait ses promesses européennes: "la France peut atteindre les 3 %" expliquait-il ce 15 avril. "ces déficits budgétaires étaient de l'ordre de 5,7 % en 2011. Ils sont d'ores et déjà à 4,3 %." "Beaucoup d'efforts ont été faits. (...) Si vous laissez filer votre déficit budgétaire c'est l'endettement de la France qui explose". 

Michel Sapin, qui prônait l'inverse deux jours après sa nomination aux Finances, clame aujourd'hui que tout va bien se passer.

Ces phrases se répètent. Les hommes ne sont pas en question. Ce verbiage n'intéresse simplement plus. Il est inaudible.

On essaye plutôt de comprendre ce qui va se passer.

La France se trouve contrainte de trouver mieux que 50 milliards d'euros d'économies. Sinon, elle risque des sanctions. Le fameux traité européen qu'Hollande a tenté de renégocier au cours de l'été 2012, prévoit un mécanisme de sanction.

Mercredi, Valls accélère
Ces 50 milliards d'euros d'économies devaient être détaillés le 23 avril prochain. Manuel Valls en a la liste. Avant le remaniement post-municipales, l'ancien ministre du budget (depuis passé à l'Intérieur), Bernard Carzeneuve, expliquait qu'il avait tout finalisé. Tout est donc prêt, mais on devrait attendre. Le weekend dernier, quelques-uns conseillers anonymes "testent" l'opinion: et si on supprimait les APL pour les étudiants non boursiers ? Les réseaux sociaux s'affolent, même les soutiens s'inquiètent. On rétropédale.

Dans les médias, on fustige le "flou" dans lequel le gouvernement est coincé, maintenant qu'il n'y a plus de sursis. 

Mercredi, on sent l'affolement. Manuel Valls déboule devant les caméras, et passe 17 minutes pour détailler le plan d'économies, avec une semaine d'avance. En une semaine, les grands équilibres ont déjà changé: les collectivités contribueront davantage qu'annoncé dans le discours de politique général le 8 avril. Mais surtout, la douloureuse sera pour la Sécurité sociale: 21 milliards sur 50, et un gel complet des prestations sociales jusqu'en octobre 2015.

L'intervention est grise comme la cravate, sinistre comme le costume. Valls parle droit, lit ses notes, n'improvise rien, ne répond à personne.

Il rappelle le discours de Hollande du 14 janvier, et l'ambition de "donner plus de force à notre économie", "encourager nos entreprises", "soutenir la croissance, et donc créer plus d'emploi"
"Aux Français, nous voulons dire simplement, et directement, il y a un chemin pour redresser la France." 
Ce chemin est-il le nôtre ? Non.

Manuel Valls évite le "je", il préfère le "nous". Il parle comme un chirurgien avant l'amputation.Qu'on ne s'inquiète pas, les deux jambes, droite comme gauche, seront coupées. Les riches comme les pauvres, les précaires comme les autres contribueront à l'effort de guerre. Manuel Valls, et sans doute François Hollande, n'avaient donc absolument rien compris de la mauvaise séquence écoulée: le redressement du pays ne peut ni ne doit se faire sur le dos des précaires.

"Ces efforts seront justes car ils seront collectifs. Ils seront justes car ils seront équitablement répartis." L'homme trébuche sur ce dernier mot. Il est trop crispé sur son texte, l'expression est à peine fluide. "Enfin, ils seront justes, car ils serviront à tous."

Valls s'abrite encore derrière Hollande et la "feuille de route". Le gars n'est qu'un exécutant, qu'on le comprenne bien ! Il machônne les trois objectifs, comme pour insister sur le plus détestable: "le premier, c'est la mise en oeuvre du Pacte de responsabilité". L'erreur politique est fondamentale.
L'essentiel des économies ne servent pas à redresser les comptes, combler nos déficits, alléger le poids de la dette. Non, il s'agira d'alléger les entreprises d'un effort de cotisations sociales en échange d'hypothétiques promesses d'embauches qu'elles sont naturellement incapables de garantir.

Notre premier ministre embraye. "Pour le dire simplement, c'est le moyen de mettre en mouvement notre économie, notre compétitivité, notre attractivité". Il insiste sur le besoin de "baisser le coût du travail". Financer ces réductions est le premier des objectifs mis en avant. La réduction des déficits ne vient qu'en second.

Puis Valls annonce comme une victoire que les promesses de créations de postes dans l'Education nationale seront tenues. Sans rire.  Il fait la course à l'échalote avec la droite. Le pari politique est toujours le même, convaincre à droite en s'imaginant que la gauche suivra coûte que coûte.

Concernant les économies, Valls sort enfin des chiffres. Sortez les mouchoirs. 

"18 milliards d’euros d’économies de la part de l’Etat " - L'Etat, rappelle Valls, "c'est notre bien commun":
- maîtrise des dépenses de fonctionnement des ministères (dépenses immobilières, mutualisation des fonctions support et "réduction du train de vie de l’Etat".
- gel de la valeur du point fonction publique (voici pour la "contribution" des fonctionnaires: "je sais ce que nous devons à nos fonctionnaires, si essentiels à la vie de ce pays", rassure-t-il), mais "les règles d'avancement dans la fonction publique d'Etat seront préservées" (vous l'avez senti passé pas loin, le boulet ?)
- "recentrage" des interventions de l’Etat, "pour être plus efficaces". - Réduction des dépenses des opérateurs et autres agences de l’Etat (contre +15% "sous le précédent quinquennat").

"11 milliards d’euros d’économies sur les collectivités locales":
- mutualisations entre communes et intercommunalités,
- suppression de la clause de compétence générale des départements et des régions (pour "rationaliser les dépenses et de clarifier le rôle de chacun", rationalisation des syndicats intercommunaux, "meilleure sélection des projets d'investissement";
- réduction de la Dotation Globale de Fonctionnement dès 2015,
- réduction des dépenses locales, pour "contenir la progression de leurs dépenses au rythme de l’inflation."

"10 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie":
- "amplification des réformes structurelles" engagées dans le cadre de la stratégie nationale de santé. En fait, le gouvernement sort bien le rabot qu'il rechignait à utiliser: énième réforme du parcours de soins, renforcement de la chirurgie ambulatoire, accélération des retours au domicile après une hospitalisation.
- réduction des dépenses de médicaments (comment ?), "grâce à une consommation plus raisonnée, à un plus grand recours aux génériques et à des prix davantage en adéquation avec l'innovation thérapeutique" ;
- déremboursement de certains actes et interventions "inutiles ou évitables".

Mais Valls promet: "ces efforts seront réalisés sans réduire la prise charge des soins , ni leur qualité" Le discours officiel rappelle l'importance de l'assurance maladie - 179 Mds€ en 2014 - comme pour mieux minorer les efforts demandés.

"11 milliards d’euros d’économies sur les dépenses de protection sociale"

- 3 milliards d’euros sont déjà identifiés et en place: "modernisation de la politique familiale"(décidée en 2013) ;
- mise en oeuvre de la réforme des retraites ; accord entre partenaires sociaux sur les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO.
- économie de 1,2 milliard sur les caisses de sécurité sociale via la "dématérialisation, la simplification et la meilleure articulation entre les différents organismes".
- Gel de certaines prestations sociales pendant un an: pensions du régime de retraite de base (1,3 milliards d’euros), retraites complémentaires (2 milliards d’euros, si les partenaires sociaux sont d'accord), autres prestations sociales (logement, famille, invalidité pour 0,7 milliard d’euros), revalorisation exceptionnelle du RSA, du complément familial et de l’allocation de soutien familial décidés en 2013.
- réduction du déficit de l'UNEDIC (2 milliards d’euros d'ici 2017), via la nouvelle convention d’assurance-chômage récemment signée.

Valls précise: cet effort temporaire "épargnera les retraités dont les pensions sont les plus modestes puisque le minimum vieillesse continuera, lui, d’être revalorisé", mais aussi les minima sociaux (RSA, ASS, AAH, minimum vieillesse), "dont la revalorisation sera garantie".

Au total, ce sont donc quelque 21 milliards d'euros qui seront économisés sur les prestations sociales, soit 40% du total. Valls conclue: "nous connaissons les attentes, les doutes." Il s'est trouvé un conseiller présidentiel, forcément anonyme, pour expliquer ensuite: "On nous disait que l’on arriverait jamais à faire ces 50 milliards d’économies. Maintenant, c ’est fait ". A gauche, y compris parfois au PS, on frôlait la sidération ou la résignation.

"Nous n'avons pas été élus en 2012 pour organiser l'appauvrissement des Français les plus modestes, des salariés, des retraités, des exclus, des jeunes." a commenté Christian Paul, député proche de Martine Aybry. "Les propositions qui sont faites ne sont pas votables par beaucoup de députés socialistes, en l'état."

S'agit-il d'un jeu ?


50 milliards d'économies : le détail par LCP http://www.dailymotion.com/video/x1ot7gv_50-milliards-d-economies-le-detail_news

14 avril 2014

Pourquoi Harlem Désir va s'amuser à Bruxelles.

Harlem Désir a été nommé secrétaire d'Etat aux Affaires européennes. Le scrutin approche. En 2009, le PS s'était pris une claque assez violente, presque dépassé par la nouvelle alliance écologiste Europe Ecologie Les Verts. Cette fois-ci, tout est réuni pour un nouveau coup dur.


1. L'extrême droite rôde
La prochaine claque est pour bientôt. Tous les sondages nous le disent. Aucun sondagier n'explique sa méthode de redressement des données d'enquête. Mais les constats sont clairs, assénés, définitifs: Marine Le Pen en France va cartonner aux prochaines élections européennes de mai. En 2009, le FN avait pâti d'une UMP sarkozysée à la sauce identitaire et sécuritaire. A peine 6%, sur fond d'une abstention qui dépassait les 60%. Les récentes études ne montrent que des "progrès".

En Hongrie, le gouvernement autoritaire de Viktor Orban a remporté les dernières élections législatives. L'extrême droite, antisémite et anti-Roms, "Jobbik" a dépassé les 20%. 

2. La déflation aussi
Notre nouveau secrétaire d'Etat aux affaires européennes aura aussi fort à faire sur deux autres sujets. L'Europe est sous la menace d'une déflation généralisée. Même en France, l'inflation est ridiculement faible. On se souvient, non sans quelque ironie, des hurlements à gauche contre la hausse de la TVA décidée par François Hollande. Certains avaient beau expliqué que cette hausse frappait surtout des secteurs initialement "protégés" ou concurrentiels qui ne pourraient répercuter la hausse sur les prix aux consommateurs, le Front de Gauche s'était obstiné à hurler contre une prétendue hausse des prix. Près de quatre mois après la hausse, la hausse n'a pas eu lieu. C'est d'ailleurs, globalement, l'un des problèmes du moment.  Pire, la déflation menace aussi au niveau européen.

3. La défense délaissée
Pour satisfaire aux fichus critères de Maastricht, les pays les plus vertueux se sont efforcés de couper das leurs dépenses militaires. Trouvez-vous la planète si calme qu'il faille se désarmer collectivement aussi rapidement et unilatéralement ? Non bien sûr. L'idée, défendue par un analyste pourtant habituellement libéral, est de sortir les dépenses de défense des critères maastrichtiens d'équilibre budgétaire.

4. L'euro contesté
L'euro n'est plus un tabou à gauche. Plusieurs ouvrages témoignent d'une prise de conscience. Le plus médiatisé, "la Malfaçon", émane de Frédéric Lordon. L'auteur explique qu'il faudra bien récupérer davantage de souveraineté aux Etats si l'on veut s'en sortir. Un autre,  Aurélien Bernier, ancien dirigeant d'Atac, accuse la gauche radicale de s'être fourvoyer dans un européisme béat laissant au FN le champ de la contestation du fédéralisme et de l'euro.

En 2005, l'opposition au Traité constitutionnel n'était pas unanime contre la politique monétaire européenne. Il fallait remonter à 1992 et la lutte infructueuse contre le Traité de Maastricht pour retrouver pareils accents contre la BCE et le manque de souveraineté des Etats.

5. L'absence démocratique
Une troisième, Coralie Delaume, blogueuse émérite, dénonce cette Europe sans citoyens. Jacques Sapir évoque " le corpus grandissant de la littérature dite « eurosceptique », et qu’il faudrait mieux qualifier d’euroréaliste."  La construction européenne est un concept froid: "la logique du droit européen aboutit à cette figure monstrueuse d’un législateur en autoréférence, se prétendant omniscient pour s’affirmer omnipotent" écrit Sapir. Cette législation n'empêche même pas qu'on nous vende du cheval pour du boeuf. Ni qu'on protège les plus fragiles ou les plus déplacés.

L'Europe n'est plus politique. Elle est cet endroit où la loi s'est construite pour faire échec aux législations nationales, pour donner quelque aise au commerce et aux entreprises.

Le Traité de Lisbonne en 2008 a repris les termes du traité constitutionnel de 2005, pourtant refusé par référendum en France.

6. L'austérité à 28 ?
En septembre 2012, François Hollande a échoué à renégocier le Pacte budgétaire européen (TSCHG), malgré une légère inflexion en faveur de la croissance. Depuis 2008, l'Europe politique ne s'incarne qu'à travers les politiques d'austérité qui frappent le Sud de l'Union. La Grèce, puis le Portugal ou l'Espagne, vivent avec la Troïka, ce triumvirat qui rassemble la Commission de Bruxelles, la FMI et la Banque Mondiale. En 2009, l'Europe indifférait. En 2014, elle risque le rejet pur et simple.

La France n'est pas épargnée, elle aussi demande des sursis à répétition. En 2007, avant la crise, Nicolas Sarkozy  s'était précipité dès le mois de juin suivant son élection pour expliquer pourquoi la Sarkofrance ne tiendrait aucun de ses engagements de réduction de déficits. 7 ans plus tard, c'est pire encore, à cause de la gabegie sarkozyenne, et de la crise.

7. Le Traité translatlantique
Il y a eut quelques réalisations récentes, que notre secrétaire d'Etat rappellera sans doute: l'union bancaire, enfin agréée fin 2013, imposera aux banques en faillite de se retourner vers leurs actionnaires. Mais la même Europe a été invapable de se doter d'une taxe sur les transactions financières un tant soit peu forte.

L'Europe négocie avec une trop grande discrétion un nouveau traité de libre-échange. Au-delà du secret qui finira par être percé (la négociation ne débute véritablement qu'au printemps 2015), le plus grave est l'absence d'installation démocratique dans le processus.


Europe euro les peuples sont ils maîtres de... par SCHOUM1


9 avril 2014

Valls débute sa campagne à l'Assemblée

Il a beaucoup négocié, mais il a eu sa majorité, par 306 voix contre 239 contre, et 26 abstentions. Le faux suspense n'avait que trop durer. Manuel Valls peut donc gouverner. On attend la salve de nominations de secrétaires d'Etat qui devait suivre cette opération de politique et de communication.

Vérité, efficacité, confiance. Le triptyque était alléchant. Il nous était présenté en titre. Mardi à l'Assemblée nationale, Manuel Valls a eu son moment, une déclaration de politique générale d’un gouvernement pour lequel il cherchait la confiance auprès de ses propres troupes. Il y eut quelques récalcitrants, rares, pour s’abstenir. Mais pour le reste, le grand cirque de la fronde a fait long feu.

Terminez, circulez, il n’y a plus rien à voir. Il faut attendre.


Il faudrait juger les actes, mais pour l’heure nous ne pouvions commenter que le verbe.

Commentons donc.

Manuel Valls a séduit "sa majorité", de nombreux éditocrates, le centre-droit et même plus loin à droite. La critique, de l'autre côté de l'hémicyle, fut molle. On attaqua un "catalogue de bonnes intentions" - Vous avez bien lu... un catalogue de "bonnes intentions".

Manuel Valls a trouvé de belles formules, bien ciselées, touchantes ou frappantes, c'était selon. le discours ne fut pas trop long, on cherchait l'axe. On le compris vite. Le message était clair. Manuel Valls était là pour accélérer et amplifier la politique de l'offre, sans le moindre autre changement à l'exception d'une exigence d'efficacité.

Bref, on se frottait le yeux. On cherchait où se cachait l'écoute à cette demande "d'écoute des plus humbles" comme l'évoquait Claude Bartolone, lundi 7 avril.

Il faudrait juger les actes, mais pour l’heure nous ne pouvions commenter que le verbe.

Manuel Valls nous/vous aurait compris. Il l'explique, le détaille, le développe, dès le début.
 "Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France." Il complète: "Et puis il y aussi cette exaspération quand, à la feuille de paie déjà trop faible, s’ajoute la feuille d’impôt trop lourde. Enfin, ils ont exprimé leur soif de justice. J’ai entendu leur voix. J’ai aussi entendu leur silence. Ils se sont prononcés contre l’impuissance politique. Ils veulent des résultats concrets en matière d’emploi, de lutte contre la précarité, de vie chère." Oui, le premier ministre avait entendu, on était curieux, presque impatient: les Français " veulent des résultats concrets en matière d’emploi, de lutte contre la précarité, de vie chère".

Valls dramatise les enjeux. La France est au fond du gouffre. Il nous fait la Rupture sur le changement. Hollande a finalement eu raison de le nommer. C'est le premier enseignement de la journée. Cet homme devait être associé au plus tôt à l'action collective. Fallait-il accepter ce cynisme-là ?

Il y a de la tactique, une réalité que l’on connait, une confusion aussi. Le drame ne concerne pas que la France. L’équipe gouvernementale tangue. La gauche socialiste s’est pris une raclée. Valls revient la joue rouge.

Quel est son constat ?

Il faudrait "dire l’essentiel pour retrouver l’essentiel", c'est-à-dire "la confiance des Français". Avait-elle été perdue ? Valls efface, écrase, éparpille Ayrault.

L'ex-ministre de l'intérieur évoque "la peur lancinante du déclassement", "une crise civique, une crise d’identité." Fait-il un lien avec la crise économique et sociale ? L’argument ressemble à une complainte connue. "Dans un monde qui bouge si vite, les Français doutent de la capacité de notre modèle républicain à promouvoir, à protéger et à intégrer." Il nous décrit la fin d’un monde, la "montée du racisme, de l’antisémitisme, de l’intolérance."

Il enchaîne sur un couplet d’ex-ministre de l’intérieur, la violence dans les campagnes et dans les villes. Cela fait douze ans que l’on entend cela. Nous pourrions, nous devions rétorquer : mais qu’avez-vous fait ?
"Notre société est traversée par la violence. Il y a la menace terroriste qui s’est globalisée et qui pèse sur nos démocraties. Il y a surtout la violence du quotidien. Ce phénomène n’est pas nouveau"

 

"Je dirai donc la vérité aux Français "

Valls englobe tout le monde, la République des précaires. Il a raison il faut brasser large. C'est comme un discours de campagne, comme si nous étions en campagne. A soixante-quatorze reprises, Manuel Valls use du terme "je".

"J’ai vu, j’ai écouté ces retraités qui, à l’issue d’une existence d’efforts, vivent avec une maigre pension ; ces ouvriers qui attendent, depuis trop longtemps, de pouvoir retravailler ; ces salariés précaires pour qui le quotidien n’est pas le travail, mais la survie ; ces patrons de PME, ces artisans, ces commerçants qui n’ont qu’une seule obsession : sauver leur activité pour sauver leurs équipes ; ces agriculteurs, attachés à leur exploitation, qui font face à l’endettement et aussi à une forme de solitude."

Manuel Valls semble en campagne. Certaines formules sont révélatrices, mais qu'importe après tout.  "J’ai entendu leur voix. J’ai aussi entendu leur silence." Ou encore: "La première chose que je dois aux Français, c’est l’efficacité. (…) La sincérité, c’est expliquer."

Il revendique la "diplomatie économique". Les droits de l’homme, la défense de nos intérêts d’Etat, et le commerce.

Chacun jugera.

Valls tend la main au dialogue avec les soutiens critiques (écologistes, et autres socialistes râleurs) et les opposants de gauche ("je dis au groupe GDR que je n’ai pas d’adversaire à gauche et que nous pouvons avancer ensemble sur beaucoup de sujets, dans l’intérêt de la France.")

Eloge de la croissance


Après son couplet sur la souffrance, il reprend le socialisme de l’offre. Il triangule à fond: "soutenir les entreprises, c’est soutenir l’emploi, l’investissement, les exportations. " On connait l'argument.

Sur le site du gouvernement, quelques heures plus tard, la première des citations de Manuel Valls mise en valeur dans les annonces clés est celle-ci:
"D’abord, il y a le coût du travail. Il doit baisser. C’est un des leviers de la compétitivité – pas le seul – mais il pèse lourd"
On attend l’inflexion sociale. Mais Manuel Valls avait d'autres annonces.

1. Le Pacte de Responsabilité sera bien sûr soumis au vote. Valls promet de longs débats, du "programme de stabilité et de la trajectoire des finances publiques" à la loi de Finances. Ils promettent d'être croustillants. Valls attend 

2. Le gouvernement Valls va amplifier les allégements du "coût du travail". Ces derniers seront portés à 30 milliards d’euros d’ici à 2016; autrement dit +10 milliards pour le CICE.

3.  Zéro charge pour l’employeur d’un salarié payé au SMIC, c'est la grande nouvelle du soir, la "révolution" Valls, puisque le premier ministre la qualifie ainsi: "A partir du 1er janvier 2015, l’employeur d’un salarié payé au SMIC ne paiera plus aucune cotisation patronale à l’URSAFF."

4. D'autres allégements encore: pour les salaires jusqu’à 3,5 fois le SMIC, "soit plus de 90 % des salariés", les cotisations Famille seront abaissées de 1,8 point au 1er janvier 2016, soit 4,5 milliards d’euros d’allègement supplémentaires.

5. Personne n'est oublié: les travailleurs indépendants et artisans bénéficieront d'1 milliard d’allégement de leurs cotisations Famille dès 2015 (soit 3 points de cotisations).

6. Manuel Valls n'annonce aucune réforme fiscale.  Mais il va supprimer quelques 6 milliards d'impôts et taxes diverses qui frappent les entreprises, telles la « C3S » - contribution sociale de solidarité des sociétés - un machin incompréhensible que personne ou presque ne regrettera. Toujours pour les entreprises, le taux normal de l'IS sera rabaissé à 28% d'ici 2020, avec une "étape intermédiaire". Et la « surtaxe » instaurée par Nicolas Sarkozy sera supprimée en 2016.

7. Manuel Valls a évoqué une fois, une seule fois, les services publics.

8. Il avait une surprise suffisamment clivante pour rebattre les cartes et agiter le débat.  L'affaire n'est pas mince. Valls propose la réduction par deux du nombre de régions, la suppression de la clause de compétence générale, mais aussi celle des départements d'ici 2021. Hollande refusait cette dernière mesure, le 14 janvier dernier. On croit rêver.

9. Pour les salariés, Valls endosse une mesure annoncée par François Hollande au soir de la déroute des municipales, l'allègement de cotisations salariales pour les bas salaires, en l'occurence en dessous du SMIC. La mesure corrige le tir néo-libéral: " dès le 1er janvier 2015, elles seront diminuées pour les salaires au niveau du SMIC pour procurer 500 euros par an de salaire net supplémentaire." Bref, la mesure était louable, extrêmement habile, mais incroyable insuffisante. 

10. Sans l'expliquer, Valls promet aussi d'"alléger la fiscalité pesant sur les ménages modestes, en particulier ceux qui sont entrés dans le champ de l’impôt sur le revenu ces dernières années alors même que leur situation ne s’était pas améliorée."  Additionnée aux allègements de charges en-deça du SMIC, ces mesures en faveur des ménages modestes représenteront 5 milliards d’euros à l’horizon 2017.

On notera "l'équilibre", ou plutôt les priorités: 5 milliards en faveur du pouvoir d'achat des plus modestes, une cinquantaine de milliards d'allégements de charges et taxes patronales.

Un rapport de un à dix, qui dit mieux ?

11. La réforme Taubira, celle-là même pour laquelle la Garde des Sceaux était restée Garde des Sceaux dans ce gouvernement fut expédiée en quelques phrases: " Dans un pays traversé par les fractures, les rumeurs, notamment sur cette soi-disant théorie du genre à l’école, tous les républicains doivent savoir s’écouter, se retrouver et éviter les surenchères dont les extrémismes sont les seuls vainqueurs. Je pense à la réforme pénale, dont le but, je le rappelle, est de lutter contre la récidive."

Valls avait quelque chose à promettre aux écologistes, la fameuse loi tant attendue sur la transition énergétique sera présentée "avant l'été", avec l'objectif de limiter le nucléaire à 50 % de la production d'électricité d'ici à 2025. Une loi avec un objectif pour dans onze ans, sans blague ? Valls applique une consigne. Dans les rangs de l'Assemblée, quelques députés écologistes s'assoupissent. Ou bien ?

Valls avait quelque chose à dire sur le rétablissement des comptes publics. Il reprend à son compte l'engagement de 50 milliards d'euros d'économies, mais à peine plus étalé, "50 milliards d’euros d’économies sur trois ans de 2015 à 2017". Et le détaille à peine. Il a cette formule horrifiante: "l’effort sera partagé par tous." Ignorait-il que les efforts n'ont pas le même poids pour tous ? "L’Etat et ses agences en prendront la plus grande part, 19 milliards d’euros. 10 milliards proviendront de l’assurance maladie et 10 milliards supplémentaires des collectivités locales. Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations."

Valls avait quelque chose à dire sur les réformes déjà engagées: le "choc de simplification" notamment en faveur du Logement, ou les rythmes scolaires.

Il eut de belles et fortes formules contre le "le nationalisme obscur",  

Manuel Valls n'avait finalement pas grand chose à dire sur la précarité, les sans-domicile-fixe, les expulsé, les fins de mois difficile, la stigmatisation, le racisme, la solidarité. Il expédia l'immigration, l'asile ou la fin de vie. Un discours n'est que de mots.  Ceux-là ne coûtent pourtant pas grand chose.

Cherchez l'erreur. 

Elle est politique. 

Manuel Valls a conclu par une autre formule de campagne. Sincère mais hors sol, presque gênante, une formule qui sentait l'instrumentalisation personnelle et indécente dont la politique souffre. 


"La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, de De Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi j’ai voulu devenir Français."





Lire aussi: le discours en intégralité.

8 avril 2014

Intrigues en coulisses: quelle est la majorité de Manuel Valls ?

Manuel Valls passe son premier oral, dans quelques heures ce mardi 8 avril 2014. Premier ministre, il doit porter un Pacte de Responsabilité et son paquet d'économies.

Mais avec quelle majorité ? 

Car nous eûmes quelques soubresauts, comme si une partie de la majorité ne voulait plus en être, à n'importe quel prix et beaucoup de silences.


Pourquoi Cécile Duflot a raison. 

Samedi dernier, lors du conseil fédéral d’Europe Ecologie-Les Verts, l'ancienne ministre du logement a rappelé les raisons de son départ du gouvernement. Le discours est fort, et inhabituel. Cécile Duflot avait beaucoup à dire.
"Quelque chose se désagrège sous nos yeux, sans que beaucoup ne soient capables d’en prendre la mesure réelle" Cécile Duflot, 5 avril 2014.
Pour le vote de confiance au nouveau gouvernement de Manuel Valls, le conseil fédéral prônait donc l'abstention. "J'espère qu'il va renoncer à faire une politique à droite toute et qu'il va faire 50 milliards d'économies, notamment dans les dépenses sociales. Ils n'ont pas entendu l'appel des électeurs aux municipales. Ils n'ont pas pris au sérieux la perte de 150 villes. (...) Si j'étais députée, je ne voterais pas la confiance. Je m'abstiendrais. " confie Eva Joly.

Les écologistes n'ont pas été séduits par le Pacte irresponsable. Même les députés hostiles au retrait d'EELV du gouvernement Valls ont protesté, crié, fustigé le Pacte irresponsable. Cet après-midi, c'est le moment de vérité.
"Je n’imagine pas un gouvernement venir devant la majorité et dire ma déclaration de politique générale c’est le pacte de responsabilité (...) Nous ne le voterons pas" François de Rugy.




Intrigues en coulisses

En parallèle, près d'une centaine de députés socialistes se décident à "mettre la pression" sur le gouvernement. Il y a une alliance composite poussée par Martine Aubry. Il y a aussi l'aile gauche du parti. Dimanche, ils sont 88 à signer un texte commun.

En rispote, le premier ministre a multiplié les consultations auprès des groupes parlementaires de ce qu'il espère être sa majorité (PS, PRG, EELV) et même au-delà (Front de gauche).

Le soir sur BFM TV, le député socialiste François Kalfon menaçait: "nous ne voterons pas le Pacte de responsabilité en l'état." Menace en l'air ? "Je préfère avoir l'optimisme de la volonté" répète-t-il pour se convaincre. "La politique que nous avons fait jusque là n'a pas fonctionné", l'aveu est clair.

En fait, l'intrigue risque de faire choux blanc. François Hollande est fin tacticien. Personne ne s'est demandé pourquoi donc, pour la première fois sous la Vème République, un gouvernement n'était qu'à demi-composé ?

Mercredi dernier, Hollande n'a nommé que des ministres, mais aucun secrétaire d'Etat. 

Aucun.

Et pourquoi donc ?

Un conseiller ministériel livrait la clé au Figaro, à propos des grincheux du moment: "Ils montent très haut dans les tours mais, dans les arrière-salles, ça négocie sur tous les coins de table. Ils sont en train d'acheter des secrétariats d'État."

Bien joué...

Y aura-t-il 88 secrétaires d'Etat ?

Le premier ministre n'est qu'un messager du Président, au mieux le pilote d'une feuille de route écrite ailleurs. Manuel Valls, ministre, a largement surjoué avec la médiatisation de sa propre personne, comme Sarkozy en son temps. Devenu premier ministre, il changera peut-être, c'est d'ailleurs le seul terrain où ses changements pourront être rapides et visibles. Gageons que Stéphane Fouks et Alain Bauer, qui le conseillaient encore dimanche 30 mars, Place Beauvau, sauront lui conseiller la bonne démarche.

Ça s’est passé rapidement et clairement, simplement et douloureusement.” 
François Hollande, à propos de la nomination de Manuel Valls.


7 avril 2014

Pourquoi il faut s'opposer au gouvernement Valls

Il n'a rien fait qu'il énerve déjà, heurte davantage, agace ou réjouit. 

Manuel Valls serait une énigme. 

Voici 4 raisons, simples et évidentes, pour lesquelles il faut s'engager contre Manuel Valls, sans attendre.

1. Son ADN politique le plus récent est à la droite de la gauche. 
Bataille d'étiquette ? Non, pas seulement. Manuel Valls a systématiquement pris la gauche par sa droite, comme si la "modernisation" du PS qu'il espérait consistait  plongeait dans la Réaction. Depuis qu'il a quitté le camp ségoliste, Manuel Valls s'est volontairement démarqué à droite au sein de son camp. 

Simple tactique ? Et alors ?  On entend qu'Hollande devrait gouverner à droite puisque c'est ainsi qu'il faut interpréter le résultat des élections municipales. 

Pourquoi ne pas avoir nommer Copé ? Pourquoi ne pas démissionner ? Pourquoi ne pas abandonner ?

2. François Hollande ne cherche pas autre chose que Valls en nommant Valls. Il l'a expliqué "en privé" à un journaliste du Monde. Manuel Valls a été choisi pour son "dynamisme" et son "sens de la médiatisation". Il chercherait l'efficacité d'un homme pour servir sa politique. L'efficacité mérite-t-elle n'importe quoi ? Manuel Valls est-il efficace ? Dans la foulée de la nomination de son gouvernement, quelques éditocrates ont cru comprendre que le gouvernement de Manuel Valls n'était pas si "vallsien".  Sans rire ? On nous expliqua qu'Hollande conservait le "lead" essentiel. Que la composition de l'équipe était bien contrôlée de l'Elysée. Qu'un Aquilino Morel, conseiller ex-Montebourgeois et finalement "caution" de gauche contre l'autre secrétaire général adjoint ex-banquier avait encore son poids. Et ?

3. En 2012, Manuel Valls a été nommé ministre de l'intérieur, mais il a échoué
L'affaire était de supprimer la lutte contre la délinquance et l'immigration du terrain politique. Valls devait prouver/montrer/démontrer que ces deux sujets devaient être sortis de l'instrumentalisation politique détestable ou ignoble qu'en font la droite et l'extrême droite. Non, la gauche n'est pas laxiste. Manuel Valls était censé incarner cette préoccupation. 

La tâche n'était pas sans risque. Il s'agissait aussi de montrer qu'on n'avait pas besoin d'empiler les clichés xénophobes, d'exciter les réflexes nauséabonds, d'attiser les tensions prétendument identitaires. Le fiasco du débat sur l'Identité nationale lancé par Sarkozy fin 2009, les ignominies du discours de Grenoble de juillet 2010, les saloperies sarkozystes qui ont éloigné la France de la République, bref, cette terrifiante décennie passée aurait due être soigneusement remémorée avant chaque discours, chaque prise de parole, chaque intervention. 

Au lieu de quoi, Manuel Valls n'a pas su marquer la différence. Nous pouvions encore, en juin 2013, parler de rafle. Nous pouvions nous interroger sur cette propension vallsienne à instrumentaliser jusqu'à la nausée la situation des Roms. Nous pouvions être interloqués par cette agitation médiatique du ministre de l'intérieur. 

Bref, sur ce terrain essentiel, Valls a échoué.


4.  Au mieux, il n'y aura aucun changement de ligne politique.
La nomination de Manuel Valls est d'abord une opération de communication. On nous vend la "nouvelle méthode". L'ami du nouveau premier ministre est un grand communicant, un expert ès éléments de langage. Qui ne connaît pas Stéphane Fouks ? L'homme trainait encore dans les parages du nouveau promu quelques heures avant sa nomination.

Mais revenons au fond. La feuille de route du gouvernement Valls semble connue. Elle inclut des promesses de campagne du candidat Hollande - rétablir des comptes publics désastreusement déséquilibrés par une décennie de gouvernement . Elle n'inclut pas d'inflexion sociale, c'est-à-dire la prise en compte d'autre chose que l'argument compétitif, un véritable plan de lutte contre la précarité, la pauvreté, le mal-logement.
 Qu'il y aura-t-il dans ce premier discours de politique générale ?

Rien, ou bien ?





27 mars 2014

Chômage, élections et Front national, le cocktail explosif.

La nouvelle ne pouvait pas plus mal tombée: les statistiques du chômage de février ont été publiées ce mercredi soir de l'entre-deux tours des élections municipales. Et elles sont mauvaises, encore un record de dépasser. 

La droite dira que c'est la faute à la politique "socialissssse", la gauche accusera les "sociaux-traîtres" du gouvernement Hollande.

Mais la campagne municipale laisse d'autres séquelles.


Le chômage, le vrai

L'action politique est longue, les résultats sont toujours trop tardifs, les citoyens sont impatients, les éditocrates sont amnésiques. A droite, Jean-François Copé fustige: "la politique économique du gouvernement est

Ce mercredi 26 mars, on apprenait donc que la France comptait 3,35 millions de chômeurs de catégorie A à la fin du mois de février, soit 31.500 de plus en un mois; et +4,7 % sur un an. Catégories A, B et C confondues, le nombre d'inscrits à Pôle emploi a progressé de 4,8% en un an, pour atteindre 5 236 300 en France. La nouvelle est terrible. L'inversion de la courbe du machin n'a pas eu lieu. On pourra le répéter chaque mois.

Pourtant, d'autres nouvelles économiques semblaient meilleures. Les prémisses d'une reprise surprennent des commentateurs conservateurs peu amènes habituellement à l'égard de la Hollandie. On ne parle que de prémisses.

Le ridicule municipal

Sur le terrain, cela sent la panique ou la colère. Il y aura 986 triangulaires, 207 quadrangulaires et même 16 pentagulaires dimanche prochain... On trouve assez d'anecdotes pour ridiculiser tous les partis politiques, y compris le Front national. A Marseille, une liste radicale de gauche d'obédience guériniste a fusionné avec ... celle de l'UMP adoubée par Jean-Claude Gaudin.

Marine Le Pen qui promettait la fin du bipartisme et des ralliements sans pareil au soir du premier tour n'a pu constater que deux rapprochements UMP-FN dans des communes mineures. Le Parti socialiste qui urge au Front républicain a imposé le retrait de son candidat à Perpignan, mais n'a su discipliner les irréductibles de Béziers (qui, comble du ridicule politique, laisseront donc le réac Robert Menard l'emporter dimanche avec le FN) ni ceux de Grenoble distancés par l'alliance inédite des écologistes et du Parti de gauche.

Oubliez donc ces anecdotes, elles ne sont ... qu'anecdotiques.

Mais elles font mal.

Le feuilleton du remaniement

L'éventualité d'un changement d'équipe au gouvernement remet quelques idées en place. Les équilibres étaient finalement subtils.

Jean-Marc Ayrault est un compromis, depuis le début de ce quinquennat, un obstiné qui tient cet équilibre instable.

On connait les poids lourds: Manuel Valls (populaire), Cécile Duflot (indispensable depuis le relatif succès d'EELV au 1er tour municipal), Christiane Taubira (icône de gauche), Najat Vallaud-Belkacem (résistance), Stéphane LeFoll (grognard). Mais toutes les combinaisons ne sont pas possible. Ainsi Duflot explique-t-elle qu'elle ne restera pas si Valls accède à Matignon ("Ce n'est pas une question de personnalité, c'est un problème de ligne"). Taubira a les mêmes états d'âmes, légitimes.

Un problème de ligne ? Mercredi, un syndicat sort du Pacte de responsabilité. La CFE-CGC, l'un des trois signataires d'un pré-accord avec le MEDEF sur cette histoire de "responsabilité", s'énerve  et quitte le navire. Le fameux Pacte, prévu pour être annoncé dans quelques semaines par un gouvernement qu'on e connaît plus, a du plomb dans l'aile.

Najat Vallaud-Belkacem a conclu cette journée politique, juste après un premier conseil des ministres d'après raclée municipale: "On entend notamment le désir des électeurs français d’avoir davantage encore de justice sociale dans le redressement que nous sommes en train d’opérer, ce message est entendu."

La gauche a perdu dimanche, désertée dans les urnes.

Et à l'Elysée ?




Le Président souligne l'importance d'entendre... par Najat-Belkacem