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23 juillet 2014

L'annuaire des sarkozystes face aux juges

Nicolas Sarkozy et ses proches tentent de faire croire à un harcèlement individuel. La liste est pourtant longue, de celles et ceux fidèles sarkozystes ou "pièces rapportées", désormais inquiétés par la Justice, pour des affaires diverses qui n'ont qu'un point commun: l'argent.

Voici cet annuaire forcément provisoire.



Balkany, Isabelle
Première adjointe à la mairie de Levallois Perret. Mise en examen pour blanchiment  de fraude fiscale en mai 2014. Elle verse une caution de un million d'euro pour échapper à l'emprisonnement. Elle a reconnu être une propriétaire d'une villa à Saint-Martin, cachée derrière une société écran et jamais déclarée au fisc.

Balkany Patrick
Le maire de Levallois Perret n'en finit plus de rencontrer juges et enquêteurs. Les instructions sont nombreuses: les modalités d'acquisition d'une propriété de Giverny; un compte ouvert auprès de la filiale suisse de la banque néerlandaise ABN AMRO en juillet 1994; la villa de Marrakech, baptisée « Dar Gyucy » et divers biens immobiliers et avoirs offshore; le recours à des employés municipaux à des fins privées (condamnation en 1999).

Bazire, Nicolas 
Ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur en 1995-1997, ami proche et témoin de mariage de Nicolas Sarkozy; Mis en examen dans l'affaire Karachi.Renvoyé en correctionnelle dans cette affaire en juin 2014.
Selon le Parisien, les juges seraient convaincus que "327 millions d'euros de commissions «indues» et «exorbitantes» sur des contrats d'armement, notamment ceux de fourniture de sous-marins au Pakistan et de frégates à l'Arabie Saoudite (Agosta et Sawari II), ont été versés à un réseau d'«intermédiaires affairistes»".

Buisson, Patrick
Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, bénéficiaire d'un premier contrat de prestations d'études et sondages clandestins de 1,5 million d'euros en 2007. Enquête en cours sur la régularité de ces contrats. Un autre sondeur proche de Sarkofrance, Pierre Giacometti, est aussi inquiété pour les mêmes raisons.

Gaubert, Thierry
Ancien conseiller à la mairie de Neuilly-sur-Seine, puis au ministère du Budget de Nicolas Sarkozy en 1995. Nommé directeur des relations publiques et conseiller du président du groupe bancaire BPCE quand François Pérol, ancien conseiller économique de Sarkozy à l'Elysée, en prend la présidence.
Deux fois mis en examen dans l'affaire Karachi, pour recel d’abus de biens sociaux, puis subornation de témoin. Propriétaire d'une villa en Colombie non déclarée au fisc, construite à l'aube des années 2000. Reconnu coupable d'abus de confiance et d'abus de biens sociaux en 2012 dans l'affaire du 1% Logement de Neuilly.

Gaudin, Michel
Ancien préfet, actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy depuis mai 2012. A cherché à obtenir des informations sur les procédures en cours, notamment auprès du nouveau patron de la DCRI.

Guéant, Claude
Directeur de cabinet de Sarkozy à l'intérieur, puis secrétaire général de l'Elysée (2007-2011) puis ministre de l'intérieur (2011-2012). Interrogé par la justice dans l'enquête sur le financement de la campagne de 2007
En 2013, la police découvre la trace de 500 000 euros virés depuis l'étranger sur le compte de l'ex-ministre en 2008, de la part d'un avocat djiboutien, pour la vente de deux tableaux qui n'en valaient pas la somme. On apprend également que l'ex-ministre se versait des "primes payées en liquide" non déclarées au fisc, "de 2002 à 2004" puis "de "2005 à 2006". Il fallut rappeler au ministre amnésique que ce dispositif, très pratiqué, avait été supprimé... en 2002.

Herzog, Thierry
Avocat de Nicolas Sarkozy, mis en examen le 30 juin 2014 pour avoir tenté d'obtenir des informations sur l'instruction relative au financement de la campagne politique de Sarkozy en 2007.

Hortefeux, Brice
Ancien conseiller de Sarkozy à l'intérieur (2005-2007) avant de devenir ministre de l'identité nationale, puis du Travail, puis de l'intérieur.  Il suis de près les différentes enquêtes sur le financement des campagnes de Sarkozy: en 2011, il a échangé avec Thierry Gaubert lors de sa garde à vue.

Sarkozy, Nicolas
Sans commentaires.

Takieddine, Ziad
Homme d'affaires, intermédiaire agissant pour le compte de la France sous les gouvernements Balladur, Raffarin, Villepin puis Fillon pour des ventes d'armements au Pakistan et l'Arabie Saoudite. A oeuvré pour Nicolas Sarkozy quand ce dernier était ministre de l'intérieur (2005-2007), pour vendre des équipements de surveillance à la dictature du colonel Kadhafi.. Mis en examen à trois reprises.

Tapie, Bernard
L'ancien président du PRG et propriétaire d'Adidas avait appelé à voter Sarkozy contre Royal en 2007. Il fut bénéficiaire d'un arbitrage privé inédit dans son conflit l'opposant au Crédit Lyonnais, pour 403 millions d'euros (avant prélèvements fiscaux), dont 45 millions pour ... préjudice moral. Depuis, la justice s'en  est saisie. Les enquêteurs ont trouvé trace de 18 visites de Tapie à l'Elysée entre 2007 et 2011. L'une d'entre elles, le 30 juillet 2007, est présentée comme particulièrement décisive dans l'affaire.
Ont été mises en examen pour "escroquerie en bande organisée" : Bernard Tapie, son avocat Maurice Lantourne, l'un des arbitres, Pierre Estoup, l'ancien président du Consortium de réalisation Jean-François Rocchi, et l'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère de l'Economie.

13 mars 2014

#Sarkogate: comment Sarko rebondit grâce à la presse #video



C'est le nouveau story-telling à la mode. Le vacarme déclenché par la Droite Furibarde à propos des écoutes de son ancien mentor a suffit à déstabiliser un gouvernement mal accroché.


Faut-il qu'il soit épuisé ? Qu'il manque de carburant ? Ces dernières 48 heures de l'actualité médiatique ont été consacrées au grand jeu rétrospectif du qui-savait-quoi-et-quand de ces écoutes. Christiane Taubira savait-elle avant ou après le 26 février ? Et à quelle heure ? A quelle minute ? Et quid de Manuel Valls ? Et pourquoi pas François Hollande ? De quoi avaient-ils connaissance ? La multiplication infinie de ces interrogations, grotesques, ont fini par se refermer comme un piège sur un gouvernement qui ne voulait commenter le fond de l'affaire par souci de respect de la procédure.

La presse trash
La presse toute entière, à quelques rares exceptions qu'il faudra sauver un jour, s'est alors encore abimée. Cette "trash-attitude" qui consiste à s'enflammer sur rien, à en faire trop sur rien, à s'exciter sans prioriser, à égaliser d'une plume inconstante les différents remous, est un mauvais démon de l'information moderne.

Ainsi, savoir que Taubira savait compterait davantage que ce qu'elle savait. L'écoute d'un ancien monarque compterait plus que les fraudes et délits dont on le soupçonne. L'indépendance d'un magistrat compterait moins que le respect de la vie privée d'un ancien monarque.

Il fallait rappeler cette chose, comme le soulignait le Parisien fort heureusement : "les enquêteurs auraient découvert que Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, renseignait discrètement l'ancien chef de l'Etat sur l'affaire Bettencourt via son ami de toujours, Me Thierry Herzog."

L'un des plus exemples de ce "summum" de l'incompétence tragique fut sans doute donné par Bruno Jeudy, éditocrate émérite du JDD qui s'indigne non pas des affaires ni des polémiques mais de ce que savaient Taubira et Valls.

La Droite furibarde

Jean-François Copé est l'autre interrogation de la période. On tente de comprendre. Au plus fort d'autres moments plus graves de notre République, l'homme s'est tu, couché, avachi. Rappelez-vous l'affaire des fadettes - des journalistes espionnés par la DCRI ! -, Copé s'était tu. Rappelez-vous le WoerthGate - un ministre du Budget dont la femme était l'employée de la première fortune de France par ailleurs convaincue de fraude fiscale. Copé ne disait rien. Rappelez-vous ces écarts de frais - les cigares de Christian Blanc, les jets privés de Christian Estrosi, les bois précieux de Joyandet

Bref, Jean-François Copé fait de la politique à l'ancienne, comme d'autres de tous bords. Plus c'est gros, plus cela doit passer. Mais cette fois-ci, le suppositoire semble disprortionné.

Haro sur les juges !  Cette séquence permet à Nicolas Sarkozy et ses sbires de reprendre une un vieux combat. Une lutte presque décennale contre les juges, ces fichus juges qui quand ils sont trop indépendants peuvent faire dévisser des élus, des gouvernements, voire des régimes comme en Italie il y a 20 ans.

Ces juges, avait-on enfin la confirmation ce mercredi, n'avaient pas placé sur écoute Thierry Herzog, mais Nicolas Sarkozy.

Parrain sidéré

Il parait que Nicolas Sarkozy est "sidéré" par l'attitude des juges... Sans blague ni surprise... Sidéré qu'un avocat - le sien - ait fait les frais de l'enquête ? Non, bien sûr. Il est sidéré que la Justice s'intéresse à lui.  

"Je suis sidéré. Mettre sur écoute un ancien président de la République, c'est grave, très grave. Il faut de bonnes raisons. Ce ne sont pas des méthodes normales" aurait-il confié à un proche.

Qui a dit que Nicolas Sarkozy avait été un président normal ?

Son adversaire de 2017, François Fillon, est persuadé qu'il est politiquement mort.

C'est dans le Canard Enchaînéqu'on lit parfois les meilleures pages sur cette affaire. Paul Bismuth existe bien. C'est sous son nom, et sans son accord, que Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, a ouvert deux comptes téléphoniques mobiles et prépayés.

Thierry Herzog, visiblement amateur, a utilisé le nom d'un ancien ami... qui réfléchit désormais à porter plainte pour usurpation d'identité.

Décidément...




21 février 2014

Au coeur de l'affaire Pérol, un affairiste nommé Sarkozy.

Il était là pour affaire. La France semblait secondaire. C'est l'impression qui ressort après la lecture des extraits de la procédure qui accable François Pérol, ancien conseiller économique de Nicolas Sarkozy à l'Elysée qui fut propulsé président de la banque issue de la fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires.

1. Nicolas Sarkozy s'est servi de la position de faiblesse des Caisses d'Epargne pour virer leur président. A l'automne 2008, les Caisses d'Epargne perdent 800 millions d'euros à cause de l'un de leurs traders. Sarkozy obtient, sans difficulté, la démission de Charles Milhaud, qui est remplacé par Bernard Comolet.

2. Nicolas Sarkozy s'est servi de la position de faiblesse des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires pour imposer François Pérol à leur tête. Le chantage fut limpide, à en croire les témoignages recueillis par les juges et publiés par le Monde ce 19 février.
Ainsi  ce samedi 21 février 2009 à l'Elysée, Bernard Comolet (Caisses d'Epargne) et Philippe Dupont (Banques Populaires), "écoutent le président de la République dicter ses exigences." Les deux institutions ont besoin de 5 milliards pour faire face à la crise financière. Sarkozy leur dit banco, à condition qu'elles désignent Pérol à leur tête. La fusion était en route.

3. Avant le 6 mai 2012, le ministère de la Justice s'est opposé à la mise en examen de François Pérol. Une première plainte de l'association Anticor en 2009 a été classée sans suite. Puis, rappelle l'avocat d'Anticor, "les syndicats CGT et Sud des Caisses d'Epargne ont pris le relais en se constituant partie civile, rejoints par Anticor." Mais, explique-t-il, 
"le parquet a estimé que les syndicats étaient irrecevables". Deux ans et deux tribunaux plus tard, une information judiciaire est enfin ouverte en 2012. Début février 2014, François Pérol a été mis en examen  pour « prise illégale d'intérêt » dans le cadre de cette enquête sur les conditions de sa nomination à ce poste en 2009.

4. La nomination de François Pérol à la tête de l'entité fusionnée BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne) n'a pas respecté les plus élémentaires règles de déontologie. A l'époque, la chose avait fait scandale. En quelques jours, en mars 2009, Pérol est successivement nommé à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne, puis président du conseil de surveillance de leur filiale commune Natixis. Nicolas Sarkozy et ses proches ont d'abord voulu faire croire que la Commission de déontologie avait donné son accord à ce transfert. C'était faux. La Commission de déontologie n'avait pas été consultée alors que son avis est requis en la matière. Le président de la commission, Olivier Fouquet, avait rendu un avis consultatif... défavorable. Plus tard, il raconte aux juges comment Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, l'avait appelé pour obtenir son aval. "M. Guéant ignorait tout du fonctionnement de la commission (…), du délai d'instruction des affaires". Guéant explique que la nomination de Pérol est prévu sous huitaine. La pression subie par Fouquet indigne Emmanuelle Mignon, pourtant ancienne proche collaboratrice de Nicolas Sarkozy.


5. Pérol se défend, il dément tout rôle actif. Simple conseiller du monarque, simple missionné par le Monarque. L'avocat des Caisses d'Epargne de l'époque dément: " C'est Pérol qui menait les débats, confirme Alain Lemaire, le numéro deux de l'Ecureuil. Je me souviens d'échanges houleux, et notamment d'un où Pérol nous a mis la pression (…). Nous n'aurions jamais l'accord des pouvoirs publics si nous n'acceptions d'intégrer les filiales au futur organe central." Pourtant, le juge Roger Le Loir a reçu quelques témoignages édifiants dont certains anonymes. Et il a compris que cette fusion bancaire était, d'après Pérol, "une belle opération stratégique comportant démutualisation totale ou partielle".

6. La fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires a été décidée, imposée par Nicolas Sarkozy. La nomination de François Pérol également. Bizarrement, personne n'a retrouvé les archives de Claude Guéant à l'Elysée. D'après Mediapart, l'affaire "commence en 2004 quand Nicolas Sarkozy cesse d'être ministre des finances pour devenir ministre de l'intérieur."

Que retenir ? Un président bien volontariste pour user de son pouvoir et imposer la nomination d'un proche à la tête d'un établissement bancaire.



Lire aussi:

 

18 décembre 2013

Le SMIC de Claude Guéant, contre Mélenchon

La classe politique s'excite, à quelques jours des fêtes de fin d'année. Guéant en garde à vue, Sapin qui minore, Mélenchon qui s'énerve. 

Il était question de corruption, de SMIC trop bas, de politique trop basse.


Sarko-flics... en taule ?
L'heure est grave. Ne vous inquiétez pas. C'est juste un nouvel épisode de cet interminable feuilleton sarkozyste. L'addition est seulement longue à payer. Ce mardi 17 décembre, une semaine avant la réveillon, voici Claude Guéant en garde à vue. Imaginez-vous le choc ! Ancien directeur de cabinet du ministre de l'intérieur, ancien secrétaire général de la Présidence de la République, ancien ministre de l'intérieur aussi, l'homme n'était pas seul dans l'épreuve.

L'actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Michel Gaudin, ancien préfet passé corps et âmes en Sarkofrance, est aussi de la partie.

L'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales à Nanterre, qui les a conservé quelques heures durant ce mardi 17 décembre 2013, s'interrogeait sur ce curieux détournement de fonds, l'affaire des "primes de police". Officiellement, l'enquête porte sur un possible "détournement de fonds publics et recel", à la suite de la publication d'un rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) et de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), commandé par le ministre de l'intérieur Manuel Valls.

Rappelez-vous.  On avait trouvé trop de traces de liquide, 10.000 euros, lors d'une perquisition au domicile de Claude Guéant si bien que l'homme s'était justifié. L'argent provenait de ces "primes en espèces" que la police avait l'habitude de se distribuer, des sommes non déclarées au fisc et pourtant interdites par le gouvernement Jospin...

Quand il était directeur de cabinet du ministre Nicolas Sarkozy, Guéant recevait donc jusqu'à 10.000 euros mensuels de primes occultes en espèces.

Quel naufrage. 

Il n'y a rien de politique dans tout cela. La police a simplement trouvé trop de liquide au domicile d'un ancien ministre sous le coup de sept enquêtes, des négociations intervenues avec les autorités libyennes entre 2005 et 2007 à l'arbitrage Tapie-Crédit lyonnais.

Mélenchon éructe
Ne dites pas qu'il éructe. On vous accusera d'insultes. Mais Jean-Luc Mélenchon accuse le SPD d'être le "caniche de Merkel". C'est faire peu de cas des mois de négociations entre le SPD, lourdement défait aux dernières élections législatives, et la CDU victorieuse. C'est oublier qu'il n'y avait qu'une alliance possible et négociée en Allemagne. En quelques mots sur l'Allemagne, Mélenchon rappelle clairement où il est en France: dans une opposition frontale et sans compromis.
"Le SPD s'est vendu à Merkel. Il préfère l'alliance de droite plutôt qu'un accord de gauche.
La social-démocratie ne sert plus qu'à épauler l'ordre libéral. Et le PS vient de donner son appui à la candidature de Martin Schulz du SPD allié à Merkel pour la présidence de la Commission européenne.
De Merkel à Hollande, c'est la ligne directe ! En France comme en Allemagne, les sociaux-démocrates sont la camisole de force des peuples. Ce monde-là n'est pas le nôtre.
L'opposition de gauche en France doit être la relève."
Lundi, le Parti de Gauche quitte aussi la Gauche européenne.

Désespoir.

SMIC rabaissé
Michel Sapin n'a rien lâché. Le SMIC augmentera sans coup de pouce, de 1,1% au 1er janvier. Un peu plus de 3 millions de salariés du secteur privé sont concernés en France. Fort opportunément, une certaine presse multiplie les articles et couvertures sur ces salaires "qui augmentent davantage que l'inflation". "Les salaires se moquent de la crise" titrent ainsi les Echos :
"Selon le ministère du Travail, l'indice du salaire mensuel de base de l'ensemble des salariés a grimpé de 1,6 % en septembre sur un an. Pourtant, l'inflation n'a été que de 0,7 % au cours des douze derniers mois, la hausse de la productivité, inférieure à 1 %, et les marges des entreprises sont au plus bas."
Cette intoxication est libérale d'origine très contrôlée. Il s'agit de continuer à faire croire que la France souffre de son "coût du travail". Certes, le débat n'est pas aidé quand il s'excite à gauche au moindre relèvement des impôts sur les revenus de l'épargne, grande ou petite. Ou sur cette incohérente indignation quand à Chypre ou en Europe, l'Union européenne s'accorde la possibilité de saisir l'épargne au-delà de 100.000 euros. 

Consommateurs libérés ?
Plus agréable nouvelle, la loi sur la consommation était adoptée dans la nuit de lundi à mardi: action de groupe, assouplissement des conditions de résiliation des contrats d’assurance, renforcement des moyens de la DGCCRF, quelques clauses contre l’obsolescence programmée, il n'y avait pas tout mais déjà pas mal dans cette première loi "Hamon". Ailleurs, on s'inquiète. Les opticiens risquent de perdre l'un de leurs avantages: les prescriptions de verres correcteurs devront indiquer la valeur de l'écart pupillaire du patient, ce qui facilitera la commande sur Internet. En jeu, un milliard d'euros d'économies, promet le ministre Hamon.

Des tests de grossesse pourront être vendus en supermarché, et plus seulement en pharmacie. 

Qui va râler ?

Certainement quelqu'un.




17 octobre 2013

Pourquoi l'affaire Léonarda trouble tout le monde.

Le sujet a dépassé le fait divers.

Une expulsion, une de plus, dans des circonstances qui choquent. Et voici que le sujet dépasse son auteur. Léonarda, jeune collégienne arrêtée sur le parking d'un autre collège

1. Le gouvernement a été ébranlé. Peut-on le dire ? Oui. Jean-Marc Ayrault a demandé une enquête; Manuel Valls a fait publier un communiqué défensif. Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, celui qui institutionnellement pourrait remplacer le président de la République si celui clamse, a fustigé publiquement les conditions de l'arrestation. Le Parti du président, le PS, s'est indigné. François Hollande, en déplacement à quelque 3.000 kilomètres de là, a réagi. Cette indignation s'est vue jusque dans les blogs politiques.


D'une prise de conscience, on pourrait se réjouir.

Pas seulement.

2. Une fraction de la gauche n'a rien saisi, rien compris, rien appris des années d'opposition sarkozyste. Au lieu de se réjouir, elle s'est "terrifiée". Comme si, au coeur d'une émotion collective, il fallait faire le tri dans les soutiens, les purs et les autres. Sa rage est sans doute aussi violente que sa déception. Mais elle se précipite de façon inattendue dans une impasse politique qui se démontre jour après jour. La première - et peut-être la seule - leçon de l'antisarkozysme est qu'il faut réunir parfois des contraires sur un objectif commun.

3. Une fraction du camp majoritaire s'est désolidarisée de cette accusation. Ségolène Royal a rejoint Jean-Pierre Chevènement pour "calmer" le jeu. "Tous ceux qui se précipitent dans des réactions alimentent une fois de plus la polémique sur la question de la sécurité, ce qui est très mauvais pour la gauche" . Chevènement a ajouté: "Il arrive un moment où il faut bien appliquer la loi". Ces positions ne sont pas surprenantes.


4. La droite est dépassée. Jean-François Copé a dénoncé la "fin de l'hypocrisie". Quelle ignorance ! Le gouvernement, et Valls en premier, sont accusés de prolonger les mauvaises pratiques du sarkozysme anti-migratoire et l'UMP clame qu'il y aurait du laxisme ! L'outrance, là-bas, n'a pas de limite.

Qui a lu le Figaro, ce mercredi 16 octobre ?
Tout au long de la journée, chacun a ensuite rivalisé de superlatifs pour qualifier l'affaire: «Insupportable»,«indigne»,«inacceptable», «inhumain», «effroyable», «scandaleux»… Sous Nicolas Sarkozy, les socialistes étaient à peine plus virulents. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il n'a pas failli à son rôle en lançant: «Rendons Valls à Le Pen.»
 5. Personne ne sait si le sujet importe politiquement au-delà de l'émotion légitime. C'est triste à dire. Les faits se succèdent mais Valls - pour ne citer que lui - enquillent les sondages populaires. Et un dernier, intoxication ultime, consacre Marine Le Pen comme meilleure opposante à François Hollande.

Quelle leçon politique en tirer ? 


[ NDR: Au final, une arrestion d'une collégienne, étrangère et rom, dans un cadre scolaire, a (heureusement) suffit à agiter le paysage politique. Il y a des émotions légitimes. Il faudra se le répéter. ]

21 juin 2013

Pourquoi il n'y a pas besoin de cabinet noir contre Sarkozy.



Nous l'espérions mais il n'existait pas. La gauche est ainsi faite qu'elle travaille davantage à se disputer et à conquérir le pouvoir qu'à détruire méthodiquement l'adversaire de façon structurée.


Existe-t-il un cabinet noir antisarkozyste ? Non, c'en est devenu inutile.

Sarkozy s'y connait
La formule est empruntée. Elle nous vient de Nicolas Sarkozy, ancien protagoniste de l'affaire Clearstream. Il l'avait employée en 2005 pour désigner les intrigues de son rival de l'époque Dominique de Villepin, flanqué de Philippe Massoni (ex-préfet, ex-conseiller de Chirac pour la sécurité intérieure) et Yves Bertrand,  ex-patron des Renseignements Généraux récemment décédé. Notre confrère blogueur Guy Birenbaum y avait consacré un ouvrage en 2008.

Voici que l'ancien monarque a ressorti la formule à quelques proches. Ulcéré qu'il est par le déroulement de l'affaire Tapie, il est persuadé qu'une troupe d'antisarkozystes manoeuvrent sous les consignes d'un proche de François Hollande, l'actuel ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll. Un "cabinet noir" qui "aiderait l'actuel président à manoeuvrer contre lui." Cette petite confidence de la semaine, une de plus comme Sarkozy adore les distiller régulièrement pour qu'on ne l'oublie pas, est rapportée par l'Express de Christophe Barbier, ami proche de Carla Bruni. Le Foll a d'ailleurs répondu, mais à l'hebdomadaire rival le Point: "Comment se poser la question ? J'ai été directeur de cabinet pendant onze ans. Je n'ai aucune vocation pour des cabinets noirs. Je laisse cela aux spécialistes".

Sarkozy sait de quoi il parle. L'ancien monarque fut lui-même accusé, à plusieurs reprises, d'orchestrer un cabinet noir. En 2010, il avait fait espionner des journalistes pour détecter les auteurs de fuites médiatiques dans l'affaire Bettencourt. La même année, les services secrets s'étaient dépêchés d'identifier l'origine de la rumeur d'adultère au sein du couple élyséen.

Les révélations viennent toutes seules
L'affaire Tapie est le feuilleton du moment. Le Figaro et quelques autres tentent de dévier l'attention en relançant l'histoire Cahuzac. C'en est drôle.

Après ses révélations sur l'équipe qui joua un rôle central pour l'arbitrage favorable à Bernard Tapie contre le Crédit Lyonnais, Le Monde en ajoute une nouvelle couche ce 20 juin: Pierre Estoup, cet ex-arbitre mis en examen pour escroquerie en bande organisée, est attaqué sur un nouveau front: il serait intervenu en faveur de Bernard Tapie dans une autre affaire, en 1998, lors du procès des comptes de l'OM.

Ce jeudi, voici qu'une émission de France 2, Complément d'Enquête, livre un détonnant témoignage. Même le Figaro relaye l'information. "Le document est authentique dans sa forme, confirme jeudi après-midi l'ambassadeur Missouri au Figaro, depuis sa résidence de Tripoli. «Il s'agit d'un projet», précise-t-il." L'ancien quotidien de Sarkofrance s'exonère également: en mai 2012, le même témoin lui avait déclaré qu'il ne savait rien. Cette fois-ci, l'ancien interprète du colonel Khadafi est catégorique: "le Guide m'a affirmé avoir versé 20 millions de dollars à Sarkozy." Et il exhibe devant la caméra française un courrier. Mediapart, qui avait livré l'information un jour de campagne présidentielle, exulte à raison. "


Sarkozy a peur. 
Il charge Guéant: "C'est Guéant qui s'est occupé de l'arbitrage" explique-t-il à ses visiteurs, selon le Canard Enchaîné du 19 juin.

Claude Guéant finit par être exemplaire de cette Sarkofrance affairiste. Le 20 juin, le site de Paris Match lâche une bombinette: l'ancien secrétaire général de l'Elysée, en 2008, a acheté un appartement parisien pour 717.500 euros... au comptant. Quelle réserve ! Paris Match est surpris: "D’où vient l’argent qui lui permet de s’installer enfin dans ses meubles, après trente ans à sillonner la France dans des logements de fonction ?" Cet ancien préfet avait décidément les poches pleines... Il trouve son appartement dans l'un des quartiers les plus chics de la capitale. Quel sens populaire !

Se plaindre ainsi n'est pas très digne. L'ancien maire de Neuilly, ex-Président des Riches ressort une vieille tactique ultra-sarkozyste, passer pour une victime des élites. Dans la même veine, le magazine Valeurs Actuelles, fidèle soutien de l'ancien régime et sarko-nostalgique, a lancé un un Observatoire de la droitophobie. C'est aussi son dossier de la semaine. On rigole, on s'amuse. On pourrait presque s'apitoyer. Politiquement, ces couinements font mauvais genre. La droite décomplexée devient pleureuse. 

Sarkozy a peur de comprendre. Ses pires ennemis ne sont pas qu'à gauche. Que le Figaro titre sur ses déboires en Libye, Paris Match sur son proche Guéant, et le Point sur l'affaire d'Etat que constitue le scandale Tapie finit par inquiéter. Il est assez probable que François Hollande se fiche pas mal de savoir si Sarkozy a des ennuis judiciaires. 2017, c'est loin. Et Hollande est encore convaincu qu'il va redresser la barre, le pays, et sa cote avec. Pour preuve, sa politique si critiquée à gauche de sa gauche reste inchangée.

Pour l'heure, les véritables ennemis de l'ancien monarque sont les rivaux de son propre camp. Fillon, Copé, Le Maire ou NKM, autant d'individus qui n'ont pas trop de quatre années à peine pour se créer une image, une légitimité, des forces dans la conquête du pouvoir suprême; autant d'individus qui ne veulent pas d'un retour de Sarkozy.

A bon entendeur...








11 juin 2013

Claude Guéant, le naufrage


C'est l'histoire d'un naufrage éthique, un échec de la République. L'homme nous fut présenté comme un serviteur de l'Etat, préfet méritant qui décida sur le tard de servir un homme politique qu'il croyait d'envergure politique nationale.

Mais cette histoire a fait long feu. Il ne s'agit plus que d'une affaire de gros sous.

Quand il était secrétaire général de l'Elysée, il écrivait à un oligarque russe pour favoriser la cause de son gendre banquier d'affaires.

Quand il était directeur de cabinet du ministre Nicolas Sarkozy, il recevait jusqu'à 10.000 euros mensuels de primes occultes en espèces. Manuel Valls, l'actuel ministre de l'intérieur, avait demandé une enquête. La voici, et ses résultats, graves, ont été confiés à un procureur.

Claude Guéant ne percevait pas des primes de cabinet, interdites depuis le gouvernement Jospin. Non, d'après la police des polices, Guéant se servait dans les frais d'enquête. Des sommes en espèces conservées pour régler des intermédiaires dans les enquêtes. Cette pratique avait été également interdite par le gouvernement Jospin.

Plus incroyable, d'après l'enquête de l'IGPN et de l'IGA, "il semble que la pratique antérieure au 1er janvier 2002 ait été rétablie de mai 2002 à l'été 2004." Vous avez bien lu: il fallu l'arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur pour que ces pratiques occultes reviennent en force... Et le tout sans contrôle avant ... 2012.

Guéant a avancé une explication, par entourage interposé: "ces sommes ne lui étaient pas destinées, mais étaient utilisées pour un système de «gratifications», notamment pour les policiers en charge de la protection du ministre de l’Intérieur de l’époque".  Sans rire ? On ne comprenait alors plus pourquoi Guéant avait justifié ses 25.000 euros de paiements en espèces par le bénéfice de ces primes en liquide...


On s'interrogeait aussi de savoir l'essentiel: le patron de la bande, si cette dernière était aussi organisée qu'on le disait, était-il au courant ?


10 mai 2013

Fillon, Sarkozy, Guéant, Copé: que se passe-t-il à droite ?


 
Le premier sera candidat, quoiqu'il arrive.
Le second enrage, quoiqu'il confie.
Le dernier est cramé, quoiqu'il en dise.

Fillon, Sarkozy et Guéant étaient ces trois figures de la droite qui amusaient l'actualité de cette fin de semaine du pont de l'Ascension.

Fillon stresse pour 2017
François Fillon a voulu rappeler qu'il se fichait des pressions et récentes polémiques. En déplacement au Japon, l'ancien premier ministre a balancé son scud. Il ne faut pas sous-estimer, mépriser, négliger le mouvement. C'est la réponse du berger à la bergère. La bergère s'appelle Sarkozy. L'ancien monarque trépigne, il veut revenir dans le jeu, il est sûr de gagner, comme à chaque fois. Lundi, avant de filer à Las Vegas pour une conférence rémunérée par un fond spéculatif, Sarkozy avait encore lâché qu'il pensait devoir revenir. Quel scoop !

François Fillon a donc répliqué à cet ancien agité de patron qui ne rêe que de revenir dans le jeu pour la présidentielle de 2017: « Je serai candidat quoiqu’il arrive ». Et il a ensuite tweeté, puisque Twitter est devenu l'outil de communication immédiat qui remplace l'AFP, « rien de nouveau dans mes propos de Tokyo: c'est aux primaires que j'ai renouvelé ma candidature ».

Sarkozy enrage pour 2017
"François Fillon semble avoir une haute estime de lui-même au point de penser qu’il peut se présenter contre Nicolas Sarkozy" commente le blogueur Nicolas. On est effectivement presque pas surpris. Ces guerres-là se débutent tôt. Nicolas Sarkozy, en son temps, avait confié en novembre 2003 lors d'une émission de télévision mémorable qu'il ne pensait pas à l'élection présidentielle qu'en se rasant.

De son hôtel à Las Vegas, ce même Nicolas Sarkozy n'a évidemment pas apprécié les confessions télévisées de son ancien premier collaborateur.

Il le traite de "loser". Mais il explique à ses proches qu'il ne faut pas s'énerver contre cette candidature impromptue: "Etre sarkozyste, c'est accepter la concurrence, on ne peut pas lui reprocher son ambition" aurait-il dit depuis Vegas, d'après le Figaro. A Paris, ses proches taclent l'ancien premier ministre. «Rien de nouveau sous le soleil levant !» (Brice Hortefeux); "Fillon est plus préoccupé par sa carrière que par ce qu'il se passe en France" (Patrick Balkany).

Guéant sombre en 2013
Claude Guéant, l'ancien vizir de Nicolas 1er, est politiquement cramé. Sa confession, dans les colonnes du Monde mardi dernier, était presque touchante. Il espère, déclarait-il, que cette polémique ne "nuira" pas trop à sa récente affaire d'avocat qu'il a créée avec son fils François et son gendre Jean-Charles Charki.

Ils ont une spécialité, la Françafrique.

On se rappelle alors l'existence de l'ancien argentier du colonel Kadhafi, exfiltré de France vers l'Afrique du Sud malgré un mandat d'arrêt contre lui juste avant le second tour de l'élection présidentielle. Bachir Sale vivait protégé par notre DCRI quand il s'exila à Johannesburg. 

Et voici que l'hebdomadaire Le Point livre une nouvelle information de taille: le gendre de Claude Guéant a fait quelques affaires avec le fond souverain libyen quand ce dernier était dirigé par Bachir Saleh, à tel point que le journal s'interroge sur d'éventuelles nouvelles coopérations depuis l'été dernier que Guéant et Cherki sont désormais associés en affaires: "Le Point révèle qu'en 2009 l'homme d'affaires Jean-Charles Charki, gendre de Claude Guéant alors secrétaire général de l'Élysée, s'était occupé pour le compte du gouvernement tchadien de la privatisation de la société nationale de télécoms. L'entreprise sera rachetée l'année suivante par le Libyan African Portfolio, une filiale du fonds souverain libyen dirigé par... Bachir Saleh."


Belle ambiance.

8 mai 2013

Entre printemps des cons et coup de balai, Hollande est seul

Une UMP obnubilée par les "cons", des médias tétanisés par l'anniversaire, des alliés ou ministres préoccupés par la suite ou le remaniement, Nicolas Sarkozy qui joue au Parrain des Coulisses... c'était le second jour de la seconde année de la Présidence Hollande.

Les cons, ça ose tout
"Les cons du Mur des cons, c'est nous. C'est vous" Quelques mots de Jean-François Copé lundi soir ont provoqué l'hilarité ou la consternation un peu partout. Car le Copé voulait insister sur la fracture prétendue immense qui existait entre le "bon" peuple et "l'élite", en l'occurrence des juges, forcément alliés des médias que l'on jugeait complaisant. Et Copé, l'ancien avocat d'affaires, de menacer:
"Il y aura bientôt un printemps des cons !"
Oh mon dieu... Après le "coup de balai" de la manifestation du 5 mai de l'opposition de gauche, voici le "printemps des cons"... "Je suppose que cela fait référence au printemps arabe" a osé expliquer Henri Guaino, mardi 7 mai au Grand Journal de CANAL+.

Quel pays ... L'UMP n'a pas digéré la révélation de l'existence d'un Mur des Cons dans un local du Syndicat de la Magistrature. Le clan sarkozyste lâche l'ancien vizir du Monarque, Claude Guéant, pris dans la nasse de ses primes en liquide du temps de son passage au ministère de l'intérieur avant 2007. Ce 8 mai, le Canard Enchaîné livre une autre révélation, un coup de face, une note interne publiée par un directeur de cabinet du ministre de l'intérieur dénommé Claude Guéant qui interdisait d'utiliser les frais de police pour verser des primes en espèces aux forces de l'ordre. Imaginait-on que le directeur de cabinet lui-même enfreindre cette règle ? Non bien sûr. D'où venaient donc ces espèces dont la trace fut trouvée chez Guéant lors des perquisitions ? 

La Garde des Sceaux présente la création du parquet financier national. Depuis 2004, le pays compte des Juridictions inter-régionales spécialisées (JIRS). Des magistrats sont sceptiques, paraît-il. Cette mesure, une de plus dans la mise à niveau du pays aux nécessités démocratiques, heurte bizarrement. A croire qu'il valait mieux le statu-quo.


Hollande est bien seul.
Outre son opposition de gauche, ses alliés écologistes ont des états d'âme. Les images de son séminaire à l'Elysée, dans le salon Murat, il souriait quand les caméras immortalisaient un instant d'anniversaire inédit d'une première année à l'Elysée.

Les sondages sont donc mauvais, si mauvais que l'on comprend combien le président est seul. Ses ministres sont bien là, mais que représentent-ils face à la fronde, la grogne, le doute ? Ils tracent leur chemin. L'an II du quinquennat se poursuit "contre le chômage", "pour la jeunesse", et la "préparation de l'avenir". Certains, tels Manuel Valls, pensent être suffisamment indispensables pour multiplier les prises de paroles, comme ce 6 mai. Valls était sur les ondes contre Mélenchon, funeste confrontation sans contact. On se disputait les chiffres de la manifestation de la veille.

Dans une interview à Paris Match, ce 8 mai, François Hollande répond qu'un remaniement interviendra le moment venu. La courte séquence occupe les journalistes plus qu'il n'en faut. Elle durera certainement bien au-delà du weekend.
"Qu’ai-je fait depuis un an? J’ai convaincu nos partenaires européens de donner plus d’importance à la croissance, j’ai engagé le pacte de compétitivité, j’ai réformé le marché du travail grâce à l’accord entre les partenaires sociaux, j’ai imposé la transparence avec la publication des patrimoines par les ministres eux-mêmes, j’ai retiré, comme je l’avais promis, les forces d'Afghanistan avant le terme fixé, j’ai décidé d’intervenir au Mali, non seulement pour sauver un pays ami mais aussi toute l’Afrique de l’Ouest."
Le corps dirigeant du parti socialiste ne sent pas suffisamment le danger. Sinon, il agirait autrement. Hollande prend la foudre seul et comme un grand. Il l'a prend pour les autres. Ces élus socialistes, après une dizaine d'années d'opposition parlementaire, sont souvent maires, conseillers généraux ou régionaux. L'abrogation du cumul du mandat, un vent d'air frais pour la démocratie française, n'interviendra qu'en 2017. D'ici là, il faudrait que ces élus connaissent eux-aussi la défaite pour réagir en conséquence.

Hollande est seul.

Sarkozy, king of Vegas
Nicolas Sarkozy s'est permis quelques commentaires. L'homme se fiche d'être membre d'un Conseil constitutionnel qui exige la neutralité. Giscard, Chirac ou Debré avait une autre éthique. Cette fois-ci, nous rapporte le Parisien toujours informé aux meilleures sources, Sarkozy a qualifié Hollande "franchement nul", fustigé son "manque d'autorité". Il serait même inquiet, on sourit à l'expression:  "Le pouvoir socialiste est en train de s'effondrer sur lui-même. Je suis extrêmement inquiet" a confié l'ancien président à ses proches.

En confiant ces commentaires, Nicolas Sarkozy s'envolait pour l'une de ses conférences rémunérées, à Las Vegas. Cela ne s'invente pas.

Il parle à l'édition annuelle de la conférence SALT.  Il sera aux côtés de l'ineffable George Papandreou, l'ancien premier ministre grec, John Paulson, l'un des plus gros spéculateurs de subprimes de l'avant-krach de 2008, mais aussi Al Pacino et Oliver Stone. Quel entourage !

"Je vais peut-être être obligé de revenir."
Oui, reviens.

On t'attend.




1 mai 2013

Claude Guéant: ex-ministre payé en espèces non déclarées.


On sait qu'il a tente quelques commerces avec des Etats africains depuis sa retraite politique forcée après les échecs présidentiel (avec Nicolas Sarkozy) puis législatif (à Boulogne Billancourt). Mais là, Guéant avait d'autres explications à fournir quand la police le prit la main dans le sac.

Les policiers ont mis la main sur la trace de quelque 500.000 euros virés de l'étranger dans les comptes de Claude Guéant, ainsi que de substantiels paiements en espèces.

Claude Guéant est un élément clé de l'ancien dispositif du clan sarkozyste. Préfet, il débuta directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy quand ce dernier devint ministre de l'intérieur en 2002. Puis il fut secrétaire général de l'Elysée, avant de reprendre lui-même le ministère de l'intérieur.

Du temps de Sarkofrance, il fut cité dans de nombreux documents publiés par la presse d'investigation, dont Mediapart et Le Monde, attestant de son rôle décisif dans les négociations intervenues entre le ministère de l'intérieur français et les autorités libyennes entre 2005 et 2007. C'est dans cette affaire, et dans celle de l'arbitrage Tapie-Crédit lyonnais, que Guéant est actuellement "dans le viseur" de la justice .  En Libye, Guéant a oeuvré pour négocier la libération des infirmières bulgares, mais aussi et surtout vendre des équipements de surveillance à la dictature du colonel Kadhafi.

Dans son édition du 1er mai, dans les kiosques la veille, le Canard Enchaîné balance une sacrée bombinette. Deux perquisitions ont permis deux révélations de taille, "d'une part, un versement sur son compte de 500 000 euros, d'autre part des traces de paiement de factures en liquide pour des montants importants." (Le Monde).

Les explications du ministre sont aussi formidables que sa situation improbable. Et il les a décliné avec une froide détermination sur toutes les ondes (RMC, RTL, Europe 1), toutes les antennes (LCI, Canal+, France 2) et tous les tons.

La première des explications concerne les tableaux,
"Cet argent n'a strictement rien à voir avec un financement libyen. Je répète que je n'ai jamais vu trace de financement libyen soit vers une campagne électorale, soit vers quiconque en France et je n'en ai même jamais entendu parler. Cet argent tient d'une transaction banale d'œuvre d'art. C'est juste le produit de cette vente. J'ai vendu ces tableaux à un avocat étranger. J'ai tous les justificatifs. Tout cela est une affaire privée et banale."
On s'étrangle en lisant l'appréciation - vendre pour 500.000 euros deux tableaux d'un peintre mal coté - serait une affaire "banale". La banalité des pontes de Sarkofrance a quelque chose de formidable. Assez vite, on s'interroge: d'après les experts du marché de l'art, les tableaux du peintre flamand Van Eertvelt se vendent pour largement moins cher.

S'ajoute la seconde pierre, plus troublante et grave, des preuves de paiement en espèces. Les explications de l'ex-premier flic de France sont à nouveau confondantes:
"Les factures en liquide portent sur des montants modestes. Cela vient de primes payées en liquide. Elles n'ont pas été déclarées car ce n'était pas l'usage. A posteriori, on se dit que c'était anormal. D'ailleurs, ça a été modifié."
Notez l'argument: "ce n'était pas l'usage" de déclarer une rémunération ministérielle versée en liquide, une pratique théoriquement interdite depuis 2001. Fichtre ... Et le ministre s'enfonce quand il se justifie au Monde: "Quand je suis arrivé au ministère de l'intérieur, il y avait plus de 400 personnes concernées par ces primes dont le régime fiscal n'était pas défini. J'ai d'ailleurs remis le système à plat pour mettre fin à ces pratiques en 2006." Outre l'origine des fonds, le plus surprenant reste leur non-déclaration au fisc...


Claude Guéant a un très large carnet d'adresses. L'ancien préfet a profité de ses années auprès de Nicolas Sarkozy pour développer ses connaissances et relations dans le monde interlope de la diplomatie et des ventes d'armes. Il a appris à connaître nombre d'autocrates et dictateurs du Moyen Orient ou d'Afrique.  Outre le colonel Kadhafi et quelques-uns de ses proches - dont Bashir Saleh rapidement exfiltré de France quelques heures avant l'alternance du 6 mai 2012 - on peut citer Teodoro Obiang Nguema (Guinée Equatoriale), Ali Bongo (Gabon), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), Macky Sall (Sénégal) Denis Sassou Nguesso (Congo), Bachar el Assad (Syrie). Il connaît, fréquente et apprécie également les intermédiaires. Ziad Takkiedine était un proche, avant d'être lâché. Alexandre Djhouri est toujours un proche. En septembre 2011, l'homme nous déclarait main sur le coeur que Djhouri, Takkiedine et Bourgi, trois des intermédiaires discrets de nos diplomaties parallèles, étaient "des honnêtes hommes". En avril précédent, le même expliquait qu'Alexandre Djhouri était "utile à la France". On n'en doutait pas.


Des explications peu convaincantes, un milieu interlope, un ancien ministre... n'en jetez plus.

Ami sarkozyste, reviens.


Nicolas Sarkozy pouvait-il ne pas savoir que son directeur de cabinet était payé en liquide ? 







1 mars 2013

Les 18 rendez vous de Tapie avec Sarkozy

Les enquêteurs en trouvé 18. Dix huit rendez-vous scrupuleusement mentionnés dans les agendas de l'ancien Monarque entre 2007 et 2010: six avant l'élection présidentielle, dix après. Pourquoi donc Bernard Tapie avait-il besoin de se rendre si fréquemment chez Nicolas Sarkozy ? Pourquoi donc Nicolas Sarkozy, candidat puis président, avait-il ce besoin de recevoir Bernard Tapie ?

Indécence moderne.
C'est presque un feuilleton prévisible. Un président quitte son mandat et nous attendons que les affaires révélées pendant sa mandature le concernant se développent, s'approfondissent et se payent. François Mitterrand était mort trop vite. Jacques Chirac dut répondre trop partiellement des emplois fictifs de la mairie de Paris et des frais de bouche de l'Elysée. Avec Nicolas Sarkozy, la liste était plus longue, plus grasse. Il y avait 36 scandales dont nous souhaitions la conclusion parfois judiciaire. Cette affaire Karachi, énorme mais dont Nicolas Sarkozy n'était évidemment que l'une des pièces du puzzle balladurien; ces troubles relations libyennes nouées avant la prise de fonction élyséenne. Et cette incroyable affaire Tapie.

En mai 2011, Dominique Strauss-Kahn était explosé en vol dans ses prétentions présidentielles quelque part dans une suite de Sofitel à New-York. Christine Lagarde, ministre des finances de l'ancien Monarque, jouait des coudes pour lui succéder. En France, nous étions déjà persuadés que son rôle dans la résolution du litige "Tapie versus Crédit Lyonnais" solderait ses ambitions. Après tout, la procédure avait été incroyable.
 "Il est impossible qu'une décision de cette importance ait pu être prise sans l'avoir sinon l'impulsion de la Présidence de la République." François Bayrou, jeudi matin sur France info.
Le règlement arbitral de cette immense affaire du Crédit Lyonnais s'était soldé par le versement de 400 millions d'euros a l'ancien homme d'affaires, dont 45 millions au titre du préjudice moral. Sur France info, Bayrou compare cette dernière somme à un chiffre glaçant : les 30 000 euros d'indemnité que chaque victime de l'amiante - ou ses proches - recevra en dédommagement.

"On devrait toujours se méfier de ses agendas" écrit l'Express. L'hebdo a pour une fois raison. Il est parfois meilleur, mais avec retard, quand il investigue. Nicolas Sarkozy consignait trop, trop souvent, trop précis. C'est un régal. "Ce répertoire fastidieux s'est transformé en trésor, en 2012, lorsqu'il a été saisi par les policiers dans le cadre de l'enquête Bettencourt." L'ex-Sarkofrance s'est trouvée en émoi. On la comprend, les carnets sont toujours de dangereux documents intimes.

Sarkozy-Tapie, une vieille histoire
Nicolas Sarkozy a rencontré Bernard Tapie bien davantage de fois que ces seuls 18-là. Le rapprochement datait du passage de Sarkozy au ministère des Finances en 2004. Le processus de médiation a été lancé à cette date. En septembre 2005, Tapie gagne en justice, 135 millions de dommages et intérêts, mais le Crédit Lyonnais fait appel. Un an plus tard, il perd tout en Cassation. Tapie s'agite et tente de convaincre le gouvernement d'alors d'accepter un arbitrage. Le dernier ministre de l'Economie de Chirac balance : "Il apparaît contraire aux intérêts du CDR et de l'Etat, est-il écrit dans ce document, d'accepter la proposition des liquidateurs du groupe Tapie de régler l'ensemble des contentieux dans le cadre de la procédure arbitrale, eu égard aux risques évidents qu'une telle procédure présenterait pour le CDR."

On se souvient ensuite comment Tapie appela à voter Nicolas Sarkozy en 2007, pour mieux s'enthousiasmer publiquement de sa victoire ensuite. Au nouveau monarque, il réclama un arbitrage plutôt que de suivre la procédure qui l'opposait au Consortium de Réalisation (CDR), l'organisme chargé de gérer le passif du Crédit Lyonnais (évalués à 4,4 milliards d'euros fin 2009).

La surprise était feinte quand quelques mois plus tard, l'Etablissement public de financement et de restructuration (EPFR), acceptait la « proposition » des liquidateurs du groupe Bernard Tapie de soumettre le litige à un tribunal arbitral plutôt que de poursuivre la voie judiciaire normale. L'Express - qui aurait consulté les dits agendas - relève que le 16 novembre 2007, "un compromis est passé entre les protagonistes, d'un côté le Consortium de réalisation (CDR), créé pour le règlement des contentieux du Crédit lyonnais, de l'autre le liquidateur du groupe Tapie" pour accepter "pour la première fois, après des mois de discussions parfois houleuses, le recours à l'arbitrage". Et, surprise, le lendemain, "un samedi, en fin d'après-midi, Bernard Tapie est reçu à l'Elysée."

En juillet 2008, l'EPFR recevait des instructions de Christine Lagarde pour accepter le changement de procédure.  Et ce contre l'avis des services...  La Cour des Comptes se décide à enquêter en 2009.

En février 2011, elle saisit la Cour de discipline budgétaire et financière contre le président du CDR Jean-François Rocchi et celui de l'EPFR Bernard Scemama, tous deux hiérarchiquement soumis à Mme Lagarde. Cette procédure est rarissime - une dizaine de cas par an à peine. En cause, un « défaut d’autorisation législative » et, pire encore, une falsification: le plafonnement général des indemnisations des époux Tapie à 50 millions d'euros d'indemnités voté par les administrateurs du CDR est finalement signé dans une version « différente du texte et des modifications qui ont été approuvés par le conseil d’administration du CDR »

En juin 2011, Christine Lagarde devient patronne du FMI.  En aout suivant, on s'interroge: Sarkozy sera-t-il rattrapé par cette désinvolture ? 

L'enquête, enfin ?
Le 27 février, le domicile de Claude Guéant est perquisitionné. L'homme est en fait visé par deux affaires. La justice investigue aussi les soupçons de financement occulte dans l'affaire Karachi.

Concernant cette affaire Tapie, force est de constater que les juges sont au moins curieux. Tous les protagonistes ont subi une perquisition: : Bernard Tapie, les trois arbitres ayant pris une décision favorable à ses intérêts (Pierre Mazeaud, Jean-Denis Bredin, Pierre Estoup), Stéphane Richard (actuel patron d'Orange mais à l'époque directeur du cabinet de Christine Lagarde, et même les avocats des parties.

Dans les colonnes du Monde du 28 février, Pierre Mazeaud, 83 ans, a nié toute pression sarkozyste à son endroit, sans pour autant comprendre pourquoi il avait été nommé arbitre du dit conflit.



Annexe:
Voici la liste des dix-huit rendez-vous de Nicolas Sarkozy et de Bernard Tapie entre janvier 2007 et novembre 2010, publiée par l'Express. 
  • Lundi 8 janvier 2007 18 h 30 
  • Mercredi 17 janvier 2007 vers 9 h 30 
  • Mercredi 31 janvier 2007 9 h 30 
  • Mardi 6 mars 2007 9 heures - 10 h 30 
  • Mardi 24 avril 2007 10 h 30 
  • Samedi 28 avril 2007 14 heures . 
  • Vendredi 15 juin 2007 9 heures 
  • Lundi 30 juillet 2007 10 heures -10 h 30 
  • Samedi 17 novembre 2007 17 heures 
  • Samedi 16 février 2008 19 heures 
  • Samedi 24 mai 2008 10 h 30 
  • Samedi 24 janvier 2009 12 h 45 
  • Samedi 21 novembre 2009 sans précision d'horaire 
  • Lundi 14 décembre 2009 19 heures 
  • Vendredi 2 avril 2010 17 h 45 - 18 h 15 
  • Samedi 5 juin 2010 17 heures - 17 h 30 
  • Jeudi 7 octobre 2010 9 h 30 - 10 heures 
  • Dimanche 21 novembre 2010 17 h 30 - 18 heures

28 janvier 2013

Immigration ou Roms: stop aux caricatures... ou encore ?

La politique migratoire fait moins parler d'elle. Et c'est heureux. Certains y voient l'évidente trahison d'un gouvernement socialiste trop prompt à renier ses principes ou ses promesses. L'argument est un peu court, sans preuves et surchargé d'a priori accusatoires qui finissent par desservir ceux-là même qui voudraient que cela se passe différemment et surtout mieux.  

1. Quand la police de France avait des instructions chiffrées, appuyées par des discours bellicistes au plus haut sommet de l'Etat et des points presse réguliers d'un ministre de l'Identité nationale, la nécessité de rapporter cette politique glaçante pour notre République était évidente et irréfléchie. Depuis mai 2012, nous sommes dans un autre monde.

N'en déplaise à cette actrice Josiane Balasko qui râlait contre Manuel Valls, la politique migratoire n'est plus la même depuis mai dernier. Caricaturer ses insuffisances ne fait pas avancer le débat puisque ce dernier doit se conduire à gauche. A la fois, rien n'a changé et tout a changé.

Sur le terrain des promesses, d'abord, le candidat Hollande n'avait fixé aucun objectif de régularisation de clandestins, mais simplement une clarification des critères, et un assouplissement des conditions de naturalisation. Pour certains associatifs, même si ces deux dernières promesses ont été satisfaites sur le papier, c'est encore insuffisant.

2. Quand le chef de l'Etat lui-même lançait la charge contre les Roms, circulaire ciblée à l'appui, un jour de fin juillet à Grenoble, il fallait réagir. Cet homme, Nicolas Sarkozy, s'était choisi un épouvantail. Aujourd'hui, nulle autorité n'a convoqué de caméras pour instrumentaliser une quelconque "chasse aux Roms". Quelle tristesse de constater que certains ne voient pas cette différence. Concernant les Roms, la dernière séquence estivale a fait des ravages. Le gouvernement s'est empêtré dans une mauvaise affaire - la destruction de camps sauvages, l'expulsion de ceux qui n'étaient ni français ni régularisés, et l'absence de relogements adéquats.

3. L'immigration ne doit plus être un sujet d'instrumentalisation politique. Facile à dire, difficile à faire. Mais le pays et la gauche ont trop souffert de cette instrumentalisation permanente. Ceux qui perdent à ce dernier jeu sont les immigrés eux-même. Il y a donc un délicat équilibre à trouver entre la dénonciation de ce qui ne va pas et la "pacification" du débat politique sur ces sujets.

4. Il y a toujours des immigrés clandestins. Certains, ô surprise, sont toujours expulsés. Le ministre de l'intérieur a reconnu que près de 36.000 de ces derniers avaient été renvoyés chez eux l'an dernier. C'est beaucoup plus que sous Sarkozy. Il était ridicule, en Sarkofrance, de fixer des objectifs d'expulsions. Cela légitimait toutes les dérives puisqu'il fallait trouver le clandestin. Dès l'automne 2007, nous eûmes donc droit à la mise en scène de rafles à la sortie d'écoles ou dans des squares. Il n'y a plus aucun objectif chiffré, seulement des critères et des expulsions quand ces derniers ne sont pas respectés. RESF - pour ne citer qu'elle - sensibilise encore ses soutiens à chaque cas d'expulsions litigieuses. Mais ces alertes semblent moins nombreuses depuis mai 2007 (5 en janvier 2013; 12 en décembre 2012; 15 en novembre 2012).

5. Il y a toujours des faits divers qui sont détestables, des situations humanitaires désastreuses, des cas individuels d'expulsions ou de destructions de camps de Roms (puisque les deux sujets sont régulièrement mélangés) qui nous font honte. Il faut les relater, sans se tromper de critiques, sans amalgamer tout et n'importe quoi.

 A Ris Orangis (Essonne), un maire socialiste a préféré installer treize élèves roms dans une classe séparée, dans un gymnase voisin, plutôt que de les scolariser dans l'établissement. Il a un bon argument, des classes surchargées. Mais le symbole est odieux, et la solution illégale.

Philippe Alain, sur son blog hébergé par Mediapart, rapporte la situation de cette classe spécialement créée pour des enfants Roms à Saint-Fons. Le symbole - une classe "ethnique" - est odieux. Mais Philippe Alain devient excessif quand il se réfère à l'Apartheid digne de l'Afrique du Sud pré-Mandela ("On a connu pire, c’est vrai, mais c’était en Afrique du Sud du temps de l’apartheid"). L'Apartheid était un régime qui refusait le droit de vote aux non-Blancs. Cette forme "godwinnesque" de la politique est contre-productive et détestable. Elle exprime une rage sincère mais se disqualifie par l'assimilation à des régimes odieux. Il est légitime, nécessaire, de rappeler, préciser, souligner combien la scolarisation de cette vingtaine d'enfants roms est inacceptable (pas de cantine, des locaux séparés, un hébergement dans une salle de commissariat). Il est absurde et malhonnête d'omettre de donner la parole à la défense - la municipalité où sont logés ces Roms n'a plus de places scolaires.

La France est une démocratie. 

Il y a des recours, comme le Défenseur des Droits.

Les associations ont l'expression libre, voire même financièrement aidées par des organismes publiques.

La France devrait savoir traiter de ces sujets sans heurts ni violences, sans amalgames ni caricature. 

A suivre.



Lire aussi:



23 janvier 2013

Qui veut confier un milliard d'euros à Sarkozy ?

Dans un article mis en ligne lundi 21 janvier 2013, Laurent Mauduit de Mediapart affirme que Nicolas Sarkozy cherche un constituer un fond d'investissement en private equity aux ambitions gigantesques, un milliard d'euros.


Avant, déjà...
Nous pouvions rappeler d'autres appétences de l'actuel ex-président pour ces affaires. Quand il était monarque, Nicolas Sarkozy aimait personnaliser la conclusion de certains contrats, sans qu'on sache finalement quelle était sa réelle importance. Il fanfaronna ainsi trop tôt sur la vente de Rafales à son ami Lula, président en fin d'exercice au Brésil. Une vente qui n'eut jamais lieu. Il fanfaronna tout autant sur le sauvetage des chantiers navals de Saint-Nazaire, avec une commandes russe qui signifiait surtout trop de délocalisations de savoir-faire, technologie, et... d'heures de main d'oeuvre.

Finalement, la question est peut-être d'abord celle-ci: Nicolas Sarkozy est-il un bon apporteur d'affaires ?

Il y eut d'autres deals, plus fumeux, plus discrets, partiellement révélés par quelques journalistes d'investigations et des enquêteurs persévérants. On a déjà rappelé les affaires libyennes. Elles ont valu une plainte d'entre-deux-tours contre Mediapart dont nous n'eûmes finalement aucune nouvelle. Quand il était ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy avait largement travaillé pour vendre du matériel de surveillance au régime du colonel. La raison était commerciale. En Sarkofrance, tout était possible. Sarkozy avait la morale chancelante mais il ne fallait rien dire.

Nicolas était donc simplement ministre mais de l'intérieur. Pourtant, il voulait faire des affaires à l'export, et surtout en Libye. Son ancien vizir Claude Guéant - directeur de cabinet à l'Intérieur - jouait les intermédiaires. Il justifia voici quelques jours qu'il ne s'agissait que de nouer des contacts avec des chefs d'Etat étrangers tel le colonel Kadhafi pour un ministre qui aspirait à devenir président.

Sans rire.

Ses anciens rivaux à droite n'avaient d'ailleurs pas compris pourquoi il cherchait tant à faire d'autres affaires, plus loin, en Arabie Saoudite, quand il n'était que ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac. L'intérieur, c'était bien la France, non ? Pourtant, Sarkozy était actif pour conclure ce contrat Miksa, en 2003, annulé par Chirac ensuite.

Bref, Nicolas Sarkozy cherche des sous depuis longtemps.

Maintenant, encore.
La thèse de Laurent Mauduit est séduisante. Que Sarkozy cherche à réaliser un telle opération, c'est bien possible et d'ailleurs Mauduit avance des preuves. Il rappelle les 5 déplacements d'affaires de l'ancien monarque. Ils auraient tous eu pour objectif second ou caché de nouer les contacts adéquats à cette entreprise paradoxale pour un ancien président. La source de cette révélation serait quelques documents saisis par la police lors des trois perquisitions intervenues l'été dernier aux bureaux et au domicile de Nicolas Sarkozy: « dans les données informatiques qui ont été saisies, les policiers ont trouvé des indications qui les ont surpris et qui étaient en fait les premières ébauches du projet.» Selon l'éditorialiste du site d'informations, Sarkozy serait conseillé par Alain Minc.

Voici donc Sarkozy repris par ses anciens démons.

NewYork, le 11 octobre 2012
Sarkozy tient une conférence à huis clos devant un parterre de clients de la banque d’affaires brésilienne BTG Pactual, rassemblés dans les salons de l’hôtel Waldorf Astoria. Cette banque s'est faite une spécialité du placement offshore.

Sao Paulo, 22 octobre 2012
Nicolas Sarkozy passe deux jours, à nouveau auprès de BTG Pactual.

Moscou, le 13 novembre 2012. 
Mediapart reprend une information révélée par l'Express. L'ancien candidat du peuple était invité par un milliardaire russe.

Singapour, le 6 novembre 2012. 
Sarkozy rencontre des représentants de Temasek, l’un des deux fonds souverains du micro-Etat également spécialisé dans le « private equity ». Mauduit est plus spécifique dans ses révélations: «Selon des informations très précises que nous avons pu recueillir, Nicolas Sarkozy aurait ainsi demandé aux dirigeants de Temasek d'investir dans le fonds qu’il veut créer. Le schéma qu'il leur a présenté prévoit que de gros investisseurs entrent dans son fonds d'investissement, en souscrivant chacun un "ticket" si possible d'environ 200 millions d'euros. »Fichtre !

Doha, 11 décembre 2012
Nicolas croise Cécilia, l'occasion est prestigieuse, un forum du sport. On pensait à Carla qui allait donc sortir encore un album. Le passage élyséen a failli lui coûter trop cher. 
A Doha, on se souvenait des amitiés qatari si précieuses et personnelles de Nicolas.

En France, Nicolas Sarkozy chercherait une centaine de millions d'euros auprès d'hommes d'affaires jugés amis. Ziad Takkiedine, cet ancien apporteur de fonds de la Chiraquie passé en Sarkofrance, a accusé son ancien mentor d'avoir reçu quelque 50 millions d'euros en 2007. C'est une belle réserve, mais la somme est d'un montant improbable et non confirmée. Mais Mauduit n'apporte aucun élément de preuve quant à l'implication réelle de ces amis patrons cités. Ce sont toujours les mêmes noms qui circulent, une liste raccourcie de celle du Fouquet's 2007, composée de gens qui n'ont absolument pas besoin de l'ancien monarque pour conduire leurs affaires.

A suivre.


3 janvier 2013

Révélations Takieddine: quel intérêt ?

Ziad Takieddine est un ancien ami, un proche de Jean-François Copé, un intermédiaire choyé par Dominique de Villepin puis, surtout, Claude Guéant et surtout Nicolas Sarkozy. Il a invité dans sa piscine, sur son yacht, dans sa villa, ou à l'étranger, le couple Copé quand Jean-François était pourtant ministre.

L'affaire Karachi lui est tombée dessus. Ses médiations pour faciliter la commercialisation de nos armes et technologies militaires l'ont incroyablement enrichies. Puis le moment de l'enquête et des divorces est arrivé. Sa femme l'a quitté et tout balancé au juge. Les comptes, la fortunes, les photos avec Copé dans la piscine d'Antibes. Takieddine a été lâché. Son divorce a permis de découvrir nombre de secrets bien gardés de l'ex-Sarkofrance.

Mercredi 2 janvier, l'ancien proche de l'actuel président contesté a livré ses voeux. Des drôles de voeux. Il balance.

Plusieurs fois mis en examen, le voici qui accuse. Le Nouvel Obs s'est procuré des extraits du procès-verbal de sa dernière entrevue avec le juge Renaud van Ruymbeke, le 19 décembre dernier. « Je peux vous fournir les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy » (en 2007) aurait-il déclaré.Et le financier serait ... feu le colonel Kadhafi... Ouch ! C'est de la bombe, ou bien ?
« J’ai les preuves que trois sociétés françaises ont bénéficié en Libye de contrats pour des prestations fictives. »
« Oui, la Libye a financé Sarkozy et Guéant»
« Guéant donnait alors à Saleh les indications bancaires nécessaires aux virements
On attendait du lourd, mais voici que l'homme dérape et suscite l'incrédulité générale: il assure que l'ancien Monarque a reçu au moins 50 millions d'euros et jusqu'après son accession à l'Elysée. 50 millions ? Vraiment ?

La somme paraît invraisemblable. Mediapart rappelle le jour même l'ensemble de ses propres enquêtes. Un vrai et bon dossier. Le site avait déjà livré quelques preuves de l'envie de financement du colonel Kadhafi de la campagne de Nicolas Sarkozy (un jolie note, entre autres).

Nous le savions, donc.

Dans un long billet, mercredi 2 janvier, le site revient donc sur l'affaire. Il agrège aussi - une fois n'est pas coutume -  les révélations de ses confrères: celles du Monde,qui s'interroge sur la mort de Kadhafi (« toutes les pistes sont envisageables ») du Canard enchaîné (« Kadhafi condamné à mort par Washington et Paris »), ou du Point.

Mercredi soir, Sarkozy avait envoyé son fidèle Guéant remplir la tranche de l'avant-soir de la chaîne iTélé. « Les accusations de Ziad Takieddine sont de pures affabulations. Ni Nicolas Sarkozy, ni moi-même, ne craignons M. Takieddine, tout ce qu'il dit est faux. » Quel scoop ! On n'attendait pas vraiment de révélations... quoique...

Sur le plateau de la chaîne, l'ex-ministre de l'intérieur de l'ancien Monarque a lâché cette confidence, joyeusement taclé par la journaliste: il justifie ses rencontres pré-élection présidentielle de 2007 parce qu'il fallait « nouer » des relations avec des chefs d'Etat étrangers avant une victoire probable.

Au final, que retenir ? Un intermédiaire fâché avec la justice et ses anciens amis balance tout et donc aussi peut-être n'importe quoi ?

Triste affaire.


4 juin 2012

Les perroquets de Sarkozy sont encore là.

Ses amis parlent pour lui. Mais était-ce si spontané ?

Nicolas Sarkozy venait de toucher le sol français, après près de trois semaines de vacances dans un palais marocain prêté par le Roi. Sans attendre, ses proches commentèrent ses intentions et son état d'esprit. On avait lu sous la plume de Patrick Jeudy du JDD, ce 3 juin, que l'ancien Monarque n'avait pas cessé de téléphoner toute la semaine dernière: « Nicolas Sarkozy a passé sa troisième semaine de vacances à Marrakech pendu au téléphone avec ses anciens ministres, ses ex-collaborateurs ou même des députés en campagne! ». Il a ainsi discuté avec Brice Hortefeux « un jour sur deux », son ancien communiquant élyséen Franck Louvrier « un sur trois », mais aussi Alain Juppé, Henri Guaino, Jean-François Copé, Claude Guéant, Christian Estrosi, Nadine Morano, Bruno Le Maire et François Fillon. Fichtre ! Quelle abstinence politique !

On comprenait mieux pourquoi les messages délivrés par ses anciens proches étaient si similaires et coordonnés. Les perroquets de Sarkofrance étaient encore là.

« Nicolas Sarkozy manque à la droite républicaine. Il laisse un vide que personne ne peut combler. C'était le patron et l'inspirateur de la droite depuis dix ans. (...) À l'UMP, on est tous des amis de Nicolas Sarkozy.» 
François Fillon, 29 mai 2012

«Il est quelqu'un qui compte énormément pour moi. (...) Il est en tout cas dans mon esprit tous les jours. Je pense à lui très souvent, parce que nous avons bataillé ensemble (...). Nous avons ensemble, avec tous nos amis, une campagne formidable dans laquelle il nous a donné une leçon de vie.»
Jean-François Copé, le 3 juin.

« Il est naturellement préoccupé de la situation de l'Europe (...), mais il se tient éloigné, volontairement et durablement, de toute préoccupation politique. (...) Il s'inscrit dans une volonté de discrétion durable, et vous observerez qu’il ne s’exprime en aucun cas publiquement(...). Il n'y a chez lui ni aigreur, ni amertume, et ce qu'il souhaite, c'est le succès de la France » Brice Hortefeux, dimanche 3 juin 2012. 

« Il ne peut pas se désintéresser de ce qui se passe, sa responsabilité morale est toujours présente. Cela étant, il n'est pas actif dans la vie politique et il est clair à mes yeux qu'il ne le sera pas dans les semaines à venir. (...) Le président a dit clairement qu’il prendrait de la hauteur et du recul, il ne va pas prendre la parole dans le débat politique dans les semaines ni même dans les mois qui viennent.» 
Claude Guéant, dimanche 3 juin 2012, Europe 1.

Sarkozy s'exprimait donc, par proche interposé, parce que la situation est grave: François Hollande a commis un sans-faute depuis son élection. Même l'ultra-conservateur Ivan Rioufol, éditorialiste du Figaro, le concédait dès le 21 mai dernier sur son blog: « C’est entendu : François Hollande a fait un sans-faute depuis son arrivée à la présidence, la semaine dernière ».

Vendredi, l'annonce d'un projet de récépissé à chaque contrôle d'identité par la police a déclenché nombre de critiques de la part des syndicats policiers. C'était sans doute le premier et seul à-coup de ces dernières semaines. Un à-coup dans lequel l'UMP s'est engouffré. « Il ne s'agit pas d'arrêter les contrôles d'identité, les policiers font leur travail », a rassuré le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. « Il ne s'agit aucunement de remettre en question » les contrôles d'identités, « ni de compliquer le travail des fonctionnaires », a complété Manuel Valls. Et pourtant, où est le scandale ? L'idée n'était que de faire remettre un reçu de contrôle... Rien de plus.

Pour le reste, l'UMP avait beau chercher, il n'y avait pas grand chose de sérieux à critiquer. Même Jean-François Copé en était troublé. Son lapsus dominical fut savoureux: « je crois que François Hollande, pardon Fillon, va gagner à Paris ».

Dimanche, on apprenait même que les période de maternité seraient probablement incluses dans le calcul des annuités de cotisations permettant l'accès à la retraite à 60 ans pour les femmes ayant commencé à travaillé à 18 ou 19 ans. Eric Woerth, l'ancien ministre du Travail porteur de la réforme sarkozyenne en 2010, eut la critique excessivement maladroite: « Pendant des centaines d’heures au Parlement, les socialistes ont dit qu’ils reviendraient aux 60 ans. En fait, ils inventent un système désastreux pour l’image du travail donnée à la jeunesse. Qu’y a-t-il de choquant à travailler à 18 ou 19 ans? »

Qu'y a-t-il de choquant à dire des âneries pareilles ?