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23 juillet 2014

L'annuaire des sarkozystes face aux juges

Nicolas Sarkozy et ses proches tentent de faire croire à un harcèlement individuel. La liste est pourtant longue, de celles et ceux fidèles sarkozystes ou "pièces rapportées", désormais inquiétés par la Justice, pour des affaires diverses qui n'ont qu'un point commun: l'argent.

Voici cet annuaire forcément provisoire.



Balkany, Isabelle
Première adjointe à la mairie de Levallois Perret. Mise en examen pour blanchiment  de fraude fiscale en mai 2014. Elle verse une caution de un million d'euro pour échapper à l'emprisonnement. Elle a reconnu être une propriétaire d'une villa à Saint-Martin, cachée derrière une société écran et jamais déclarée au fisc.

Balkany Patrick
Le maire de Levallois Perret n'en finit plus de rencontrer juges et enquêteurs. Les instructions sont nombreuses: les modalités d'acquisition d'une propriété de Giverny; un compte ouvert auprès de la filiale suisse de la banque néerlandaise ABN AMRO en juillet 1994; la villa de Marrakech, baptisée « Dar Gyucy » et divers biens immobiliers et avoirs offshore; le recours à des employés municipaux à des fins privées (condamnation en 1999).

Bazire, Nicolas 
Ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur en 1995-1997, ami proche et témoin de mariage de Nicolas Sarkozy; Mis en examen dans l'affaire Karachi.Renvoyé en correctionnelle dans cette affaire en juin 2014.
Selon le Parisien, les juges seraient convaincus que "327 millions d'euros de commissions «indues» et «exorbitantes» sur des contrats d'armement, notamment ceux de fourniture de sous-marins au Pakistan et de frégates à l'Arabie Saoudite (Agosta et Sawari II), ont été versés à un réseau d'«intermédiaires affairistes»".

Buisson, Patrick
Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, bénéficiaire d'un premier contrat de prestations d'études et sondages clandestins de 1,5 million d'euros en 2007. Enquête en cours sur la régularité de ces contrats. Un autre sondeur proche de Sarkofrance, Pierre Giacometti, est aussi inquiété pour les mêmes raisons.

Gaubert, Thierry
Ancien conseiller à la mairie de Neuilly-sur-Seine, puis au ministère du Budget de Nicolas Sarkozy en 1995. Nommé directeur des relations publiques et conseiller du président du groupe bancaire BPCE quand François Pérol, ancien conseiller économique de Sarkozy à l'Elysée, en prend la présidence.
Deux fois mis en examen dans l'affaire Karachi, pour recel d’abus de biens sociaux, puis subornation de témoin. Propriétaire d'une villa en Colombie non déclarée au fisc, construite à l'aube des années 2000. Reconnu coupable d'abus de confiance et d'abus de biens sociaux en 2012 dans l'affaire du 1% Logement de Neuilly.

Gaudin, Michel
Ancien préfet, actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy depuis mai 2012. A cherché à obtenir des informations sur les procédures en cours, notamment auprès du nouveau patron de la DCRI.

Guéant, Claude
Directeur de cabinet de Sarkozy à l'intérieur, puis secrétaire général de l'Elysée (2007-2011) puis ministre de l'intérieur (2011-2012). Interrogé par la justice dans l'enquête sur le financement de la campagne de 2007
En 2013, la police découvre la trace de 500 000 euros virés depuis l'étranger sur le compte de l'ex-ministre en 2008, de la part d'un avocat djiboutien, pour la vente de deux tableaux qui n'en valaient pas la somme. On apprend également que l'ex-ministre se versait des "primes payées en liquide" non déclarées au fisc, "de 2002 à 2004" puis "de "2005 à 2006". Il fallut rappeler au ministre amnésique que ce dispositif, très pratiqué, avait été supprimé... en 2002.

Herzog, Thierry
Avocat de Nicolas Sarkozy, mis en examen le 30 juin 2014 pour avoir tenté d'obtenir des informations sur l'instruction relative au financement de la campagne politique de Sarkozy en 2007.

Hortefeux, Brice
Ancien conseiller de Sarkozy à l'intérieur (2005-2007) avant de devenir ministre de l'identité nationale, puis du Travail, puis de l'intérieur.  Il suis de près les différentes enquêtes sur le financement des campagnes de Sarkozy: en 2011, il a échangé avec Thierry Gaubert lors de sa garde à vue.

Sarkozy, Nicolas
Sans commentaires.

Takieddine, Ziad
Homme d'affaires, intermédiaire agissant pour le compte de la France sous les gouvernements Balladur, Raffarin, Villepin puis Fillon pour des ventes d'armements au Pakistan et l'Arabie Saoudite. A oeuvré pour Nicolas Sarkozy quand ce dernier était ministre de l'intérieur (2005-2007), pour vendre des équipements de surveillance à la dictature du colonel Kadhafi.. Mis en examen à trois reprises.

Tapie, Bernard
L'ancien président du PRG et propriétaire d'Adidas avait appelé à voter Sarkozy contre Royal en 2007. Il fut bénéficiaire d'un arbitrage privé inédit dans son conflit l'opposant au Crédit Lyonnais, pour 403 millions d'euros (avant prélèvements fiscaux), dont 45 millions pour ... préjudice moral. Depuis, la justice s'en  est saisie. Les enquêteurs ont trouvé trace de 18 visites de Tapie à l'Elysée entre 2007 et 2011. L'une d'entre elles, le 30 juillet 2007, est présentée comme particulièrement décisive dans l'affaire.
Ont été mises en examen pour "escroquerie en bande organisée" : Bernard Tapie, son avocat Maurice Lantourne, l'un des arbitres, Pierre Estoup, l'ancien président du Consortium de réalisation Jean-François Rocchi, et l'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère de l'Economie.

6 juillet 2014

Comment ils défendent Sarkozy



Après la mise en examen pour corruption de leur mentor, les sarkozystes s'agitent.


Revue en 5 videos.





















Jeudi 3 juillet, Nadine Morano répète les éléments de langage.


Vendredi 4 juillet, Henri Guaino réclame la suppression du Syndicat de la Magistrature.

 

Samedi 5 juillet, à la "Fête de la violette" des sarkozystes pur jus, Brice Hortefeux tente de mobiliser.





Au même endroit, Rachida Dati reste groupie.





Sarkozy, lui, est retourné au Cap Nègre. Il fait du vélo devant les caméras, comme avant.

20 juin 2014

Comment Bygmalion emporte Sarkozy

 Il a encore fraudé.


Terrible constat. 

 

Que faire de Nicolas Sarkozy ?

 

Jean-Pierre Raffarin s'en inquiète. Bernard Debré le qualifie de "branche morte".



Il fallait travailler plus pour gagner plus. Tout le monde avait compris le message gagnant. En 2007, le slogan fit illusion. En 2012, le candidat Sarkozy dépensa donc 60% de plus que son rival Hollande. Tout cela pour échouer à "inverser la courbe", celle des intentions de vote puis des suffrages. Nicolas Sarkozy a grugé au moins deux fois aux règles de financement électoral pour sa propre survie à l'Elysée. La première fut jugée, provoquant l'annulation de 11 millions d'euros de remboursements publics. Nicolas Sarkozy hurla à l'injustice, effroyable affront à la Justice d'un pays dont il était pourtant l'un des Sages, membre de droit du Conseil constitutionnel.

Sarkozy a fraudé une seconde fois. 

L'affaire Bygmalion révèle qu'il a dépensé 17 millions d'euros de plus que son adversaire, une somme faramineuse si on la compare au plafond légale, une vingtaine de millions d'euros. Au début de l'affaire, il expliqua, en "off", que les aveux de Jérôme Lavrilleux l'agaçaient. Ce dernier est sorti de sa garde en début de semaine, mais avec une nouvelle salve d'aveux détestables pour le clan Sarkozy.

L'ancien directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 a mouillé d'autres fidèles de l'ancienne Sarkofrance, Eric Cesari - ex-directeur général de l'UMP - et Fabienne Liadzé, directrice financière de l'UMP.

Le lendemain, il y eut pire. Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Sarkozy, implique Sarkozy lui-même. Ce n'est pas un antisarkozyste primaire qui lâche la nouvelle, mais le Figaro, l'ancienne Pravda de Sarkofrance. Le journal révèle que Lavrilleux s'est confié par un SMS qu'il lui a envoyé le 28 avril 2012 à 12h19: 
"Jean-François ne vient pas à Clermont, il y est allé la semaine dernière. Louer et équiper la deuxième halle est une question de coût. JFC en a parlé au PR (le président de la République)."
Bien sûr, Nicolas Sarkozy feint l'ignorance, plaide l'ignorance. Il est de Gaulle, il ne gère pas l'intendance. Il est entouré de fraudeurs, c'est bien la question minimale.

Pour la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy a su s'entourer des meilleurs fraudeurs. 

Incroyable ?

Mercredi, c'est le pompon. Le Canard Enchaîné publie la liste des autres clients de Bygmalion.

La liste est "instructive", et surtout édifiante. Les gros clients sont le MEDEF (351 884 euros), Serge Dassault (350 000 euros ;), l'Union nationale des professions libérales (460 000 euros), Veolia (179 400 euros), EDF (637 000 euros), Génération France.fr de Copé (500 000 euros), la Mairie de Levallois (200 000 euros), le ministère de l’Intérieur (sous Brice Hortefeux puis Claude Guéant, pour 550 000 euros), France Télévisions et ses filiales, pour 2 millions d'euros

et ... le Groupe UMP à l’Assemblée nationale et questure  pour 5,5 millions d’euros...

Résumons.

Cette agence, fondé par deux proches de Jean-François Copé, surfacturait l'UMP pour financer clandestinement la campagne présidentielle de l'UMP. On apprend qu'elle avait aussi de généreux clients, des grandes entreprises et des ministères.

Plus c'est gros, plus ça passe.

Du coup, une question s'impose: "L'affaire Bygmalion barrera-t-elle la route à Nicolas Sarkozy ?"

L'ancien monarque fait passer ses messages. Il se préoccupe moins de l'UMP que de la "France". Sans rire... "Plus que l'UMP, c'est la situation de la France qui inquiète Nicolas Sarkozy" peut lire sous la plume de Carl Meus dans les colonnes du Figaro ce jeudi. "Les affaires glissent sur l'ancien Président comme l'eau sur les plumes d'un canard." Ou encore: "Il est encore dans «le temps de la réflexion»". 

A quand le temps des explications, c'est-à-dire l'heure des comptes ?




Jean-Pierre Raffarin : "Je n'aime pas beaucoup... par franceinter

5 juin 2014

Sarkozy, un retour facile, prématuré et débile.

Il veut revenir, mais il n'a même plus les sondages pour lui. La Justice enquête en parallèle. Elle est partout, on ne sait plus où donner de la tête. 

Karachi, Libye, sondages, Qatar et UMP, Nicolas Sarkozy est toujours là, mais seul.


Trop facile
Le contexte est pourtant favorable. La gauche, d'où qu'elle vienne, est fragile, presque sonnée. Moins de 30% aux dernières élections européennes quand on additionne soutiens et adversaires de François Hollande.

François Hollande, justement, est toujours au plus bas dans les sondages. Rien n'y fait. Valls n'a aucun effet, ni sur les résultats électoraux, ni sur les sondages, ni dans les médias. L'homme ne sert à rien, sauf peut-être à lui-même. Il dégrade le dispositif élyséen sur sa gauche. Il n'améliore rien sur sa droite.

François Hollande tente une sortie sur la réforme territoriale. C'est objectivement plus agréable que les effroyables diversions sarkozystes sur l'identité nationale (pendant près de 3 ans !). Mais le cafouillage précipité est presque agaçant. Forcément, il faut aller vite. Donc Hollande se décide tout d'un coup à publier une tribune "décisive" sans caler le nombre-cible de régions. Bref, Sarkozy aurait pu profiter de ce bricolage amplifié par le Figaro.

Mieux, Christiane Taubira présente depuis mardi sa réforme judiciaire à l'Assemblée nationale. La Garde des Sceaux est un épouvantail facile pour les caricaturistes de la Droite Furibarde. Femme, noire et de gauche, elle incarne tout ce qu'il faut pour les plus effroyables des dérapages d'une droite déboussolée. La voici enfin sur l'estrade parlementaire à défendre son premier véritable texte depuis le mariage pour tous. Il instaure une nouvelle "peine de probation", dont la droite se saisit pour l'accuser de laxisme.

Pour Sarkozy et ses chantres de la boulimie sécuritaire, la proie est belle. A l'Assemblée, ces derniers se lâchent avec gourmandise et hypocrisie. Les attaques sont irréelles: Taubira est accusée de laxisme depuis deux ans sans preuve, bien au contraire. Les études s'accumulent pour prouver combien la surpopulation carcérale ne produit d'autre que de la récidive massive.

Christiane Taubira a eu aussi la mauvaise idée de supprimer l'une des pires et plus inefficaces mesures du sarkozysme sécuritaire, les fameuses peines planchers. Les députés de droite ont déroulé plus de 800 amendements.

Trop tôt, trop seul
Nicolas Sarkozy envisage de revenir plus tôt que prévu. Dès cet été, il prendrait bien la tête de l'UMP. Le triumvirat provisoire qui s'est mis en place à la présidence de l'ex-parti majoritaire pour succéder à un Jean-François Copé "démissionné" pour cause de scandale Bygmalion ne lui plaît que très modérément.

Copé aurait entrainé Sarko dans sa chute. Le Figaro s'inquiète: "La cote d'avenir de l'ex-président de la République s'effondre auprès des sympathisants UMP dans un sondage BVA pour L'Express-Orange et France Inter". Pourtant, le scandale Bygmalion n'est qu'une seconde affaire de fraude aux règles de financements des campagnes électorales pour l'équipe Sarkozy.

Rien que ça...

Mardi matin, un sondage de popularité osa placer Alain Juppé en tête et loin devant Nicolas Sarkozy. Il fallait réagir, avec cette nouvelle rumeur d'une prise de contrôle de l'UMP. "Il n’avait pas prévu de revenir tout de suite mais la donne a changé depuis quelque jours : le nouveau président de l’UMP sera élu au suffrage universel des adhérents lors d’un congrès cet automne" a confié un proche. Fichtre ! L'heure est grave et sérieuse ! Et le journaliste de multiplier les confidences forcément anonymes de "proches" de l'ancien monarque. A droite, on est courageux, mais pas trop. "Un chef présidentiable et une ligne : voilà ce dont ont besoin les militants. C’est comme ça dans la Ve République, surtout à droite". Ben voyons !

Ailleurs, les habituels thuriféraires de l'ancien monarque sortent à visage découvert. Nadine Morano s'indigne, faible porte-parole placardisée au Parlement européen après deux défaites électorales personnelles: "Je ne peux cautionner la sortie de crise qui s'est dessinée, tout simplement parce qu'elle n'est en rien conforme à nos statuts." La groupie a le "statut" sensible. En 2010, la désignation de Copé à la tête de l'UMP par le le Monarque élyséen ne l'avait pas choquée.  "Après la crise de l'élection interne de novembre 2012, nous nous sommes dotés de nouveaux statuts. J'observe que ceux qui les réclamaient avec vigueur les bafouent aujourd'hui. Je ne peux accepter cette situation qui nous met dans l'illégalité".  

Mercredi 4 juin, Brice Hortefeux sort encore davantage du bois. Il agit sur commande, et son propos est explicite: "Le retour de Nicolas Sarkozy, qui était une possibilité, devient une nécessité. Je souhaite donc qu'il soit candidat à la présidence de l'UMP à l'automne. Nous avons besoin d'un chef, d'un projet et d'un cap.." Le Figaro publie le même jour une interview d'un politologue par ailleurs habitué des couloirs de l'UMP version Sarkofrance: "En l'état actuel de son statut de leader naturel incontesté auprès de son socle électoral, son élection à la présidence de l'UMP serait une formalité."

On sourit.

Même Dominique de Villepin, l'ancien pire ennemi, réconcilié sur fond d'affairisme moyen-oriental avec quelques amis communs (Djourhi... ) se met à rêver du retour de Sarko pour réunifier la droite... 

François Fillon, l'un des trois de la Troïka, avait pourtant prévenu: pas question que le président de l'UMP, à l'issue du Congrès, soit également candidat aux primaires présidentielles. Cela ne serait pas "correct" ni impartial.
"Avec Sarko, ça va être un affrontement sanglant, et je ferai tout pour l'empêcher de prendre le parti. Car, s'il le prend, il réunira dans la seconde un congrès statutaire pour supprimer les primaires et imposer sa candidature en 2017." François Fillon, cité par le Canard Enchaîné du 4 juin 2014
Sarkozy, à l'UMP, a toujours autant d'ennemis.

Trop débile
Sarkozy est débile, au premier sens du terme, c'est-à-dire fragile. 

Sarkozy a d'autres démons. La Justice, celle des hommes, n'a pas fini d'enquêter. Paul Bismuth aka Nicolas Sarkozy avait deux téléphones et de nombreux comptes à régler.

La France, l'ancienne Sarkofrance, est accusée de corruption dans l'attribution de l'organisation de la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar. La FIFA, qui avait diligenté une enquête, vient d'annoncer la clôture accélérée et prochaine de cette dernière par la chambre d'investigation de sa commission d'éthique. Mais voici qu'un quotidien britannique, le Daily Telegraph, accuse Michel Platini de corruption. Avec Nicolas Sarkozy au beau milieu de l'opération. Le journal évoque un dîner à l'Elysée, en novembre 2010, quelques jours avant le vote, avec le qatarien Mohamed Bin Hamad, exclu à vie de la FIFA pour conflit d'intérêt en 2011, Michel Platini et Nicolas Sarkozy. A charge, le Daily Telegraph publie aussi une salve de preuves détestables - promesses de contrat, cadeaux en quelques millions d'euros, etc. A tel point que l'Australie et les Etats-Unis, concurrents défaits à l'époque, réclament désormais un nouveau vote. Le Qatar se défend, Platini conteste. Sarkozy se tait. Il profite, avec une assiduité déconcertante, des invitations aux matches du PSG, propriété du ... Qatar.

Lundi, on apprenait que la Justice, encore elle, est allé perquisitionner le 21 mai dernier le cabinet d'avocats de Nicolas Sarkozy dans une autre affaire, les investigations en cours sur les soupçons de fraude fiscale par le couple Balkany. Les enquêteurs auraient identifié Isabelle Balkany comme ayant-droit d'une société qui est propriétaire d'une villa à Saint-Martin. Ils s'interrogent sur le rôle du cabinet d'avocats dont Sarkozy fut fondateur pour le "montage permettant la fraude fiscale présumée."

Sarkozy a d'autres affaires. Elle n'intéresse pas que les gazettes, mais la Justice, et, concernant l'électeur, l'éthique. Un retour serait une première dans l'histoire de la République. Les anciens chefs d'Etat, surtout accusés des pires maux, reviennent rarement sauf pour amuser la galerie et enrichir quelques libraires.


Ami sarkozyste, reviens.

On est encore là.


12 mars 2014

#Sarkoleaks: du dictaphone de Patrick Buisson aux avocats désorientés

Plombé dans les sondages, silencieux devant les caméras, Nicolas Sarkozy laisse d'autres le défendre. Quant à Patrick Buisson, on oublierait presque combien il a conseillé l'ancien monarque avant de sombrer dans le grotesque.

"On nous prend pour des cons"

La remarque venait d'elle-même, au fond de notre cerveau, si naturellement. On nous prend pour des cons. La formule est vulgaire mais résume l'évidence. 


Lundi 10 mars devant le juge, Gilles-William Goldnadel, l'avocat de Patrick Buisson entamait une nouvelle séquence dans la défense de son client, la 3ème version d'une affaire mal entamée, insupportable et grotesque. Après avoir nié tout enregistrement (février), nié avoir enregistré Sarkozy à l'insu de Nicolas, voici l'excuse du Dictaphone. Il faut l'entendre pour la croire.
"Si j'ai bien compris, le dictaphone de mon client s'allume automatiquement à la voix. Si le dictaphone s'est ouvert malencontreusement, tout le raisonnement de monsieur Malka s'effondre. "
Maître Malka est l'un des deux avocats de Carla Sarkozy qui ce lundi devant le juge des référés exigeait l'interdiction de publication des bandes clandestines.

Cet avocat en a même remis une couche à la sortie de l'audience: "Oui, le dictaphone s'est déclenché tout seul à la voix, ce n'était pas la volonté de mon client, j'en suis sûr. Vous ne pensez quand même pas qu'il voulait espionner les graviers !"

Même au Figaro, on en rigole encore.

Le site ATLANTICO, qui avait publié les premiers extraits de conversation, en a retiré une, celle avec Carla Sarkozy. A posteriori, on s'interroge sur la démarche initiale: des trois extraits publiés, celui-là seul justifiait l'attaque en référé de Carla Sarkozy. Etait-ce une bourde d'amateur ou une petite manoeuvre ? Rappelons que l'avocat de Buisson collaborait aussi à Atlantico; et, surtout, qu'il y a une belle contre-offensive sarkozyste pour mieux faire oublier le fond.

Mardi, Christiane Taubira et Jean-Marc Ayrault confirment avoir eu connaissance que Nicolas Sarkozy était sur écoute par la justice. Quel complot !  "C'est la procédure classique", a commenté un haut magistrat, anonyme, auprès du Canard enchaîné : à partir du moment où le juge d'instruction verse les écoutes au dossier, le procureur général transmet les informations à la ministre de la justice." Le président lui-même promet de rencontrer le Bâtonnier.

Pourtant, ce n'est pas Thierry Herzog qui a été placé sur écoute, mais Nicolas Sarkozy.

Pour un peu, on aurait presque oublié l'essentiel... Ce pour quoi finalement il y a eu ces écoutes, inédites sous la Vème République, d'un ancien président dont on ne compte plus les casseroles.

Mardi, Nicolas Sarkozy a gagné une manche, en a perdu une autre.

Quelque 500 avocats se sont ligués pour fustiger l'espionnage de l'un des leurs. Belle initiative, la défense du secret professionnel est leur version du secret-défense. Christiane Taubira a simplement rappelé qu'un avocat était finalement un citoyen comme les autres. Mais sur le fond, l'image était belle, le bruit était fort, Nicolas avait gagné cette manche-là.

On expliquera plus tard, ou immédiatement, que Nicolas Sarkozy fut l'homme qui légalisa l'espionnage des avocats. Le monde est cruel.

Mardi, l'ancien monarque a perdu sur un autre terrain. S'il s'est ainsi activé ces derniers mois pour connaître ce qui se passait dans les coulisses de la justice, au prix d'une violation supposée du secret de l'instruction, c'est qu'il devait être inquiet. Ce 11 mars, la justice tranchait sur l'un de ses recours, il voulait récupérer ses agendas de la période 2007.

Pourquoi cette insistance ? Pour une raison toute simple. Ces mêmes agendas sont la preuve de ses nombreuses rencontres avec Bernard Tapie pendant l'arbitrage dans l'affaire du Crédit lyonnais...

Mais mardi, patatras.... la Cour de cassation juge irrecevable le pourvoi de Sarkozy contre la saisie de ses agendas par les juges d’instructions bordelais en charge de l’affaire Bettencourt ... Et boum... "Le procès de l'affaire Bettencourt aura bien lieu" conclu Mediapart.

Nicolas Sarkozy a encore perdu quand le même Mediapart (*) s'est enfin décidé à publier des extraits d'une autre écoute clandestine, entre Brice Hortefeux et un haut responsable de la police. Le premier, élu de l'opposition, s'enquerrait de ce qui l'attendait dans une audition à venir devant les juges dans le cadre de l'instruction sur l'affaire Karachi. Brice Hortefeux criera à la violation du secret de l'instruction, il aura raison. Pour l'heure, on rappelera que lui-même n'avait pas le droit d'obtenir ces informations de la part d'un policier finalement, et heureusement, sanctionné.
" Bonjour M. le ministre. Je voulais vous dire que dans l’affaire du financement de la campagne de 2007 et de la plainte de Nicolas Sarkozy (…) il y a un juge d’instruction qui a été désigné et ce qu’il nous demande, c’est de vérifier votre emploi du temps ainsi que celui de Ziad Takieddine pour les 5, 6 et 7 octobre 2006"

Finalement, ces écoutes étaient donc utiles.



(*) article payant

11 mars 2014

Quand Sarkozy compte sur votre amnésie

Il est revenu, c'était prévu. Malgré les polémiques, Nicolas Sarkozy n'a pas changé ses plans. Il s'est montré à Nice pour inaugurer un centre d’accueil et de recherche anti-Alzheimer. Cela ne s'invente pas. 

A Paris, ses proches relayent les éléments de langage. Les Sarko-fans ont lancé l'offensive. Il y a pourtant quelques faits, simples, et déjà terrifiants, qui appellent à autre chose que de la diversion.


Sarkozy à Nice

Rares ont été ceux à s'interroger sur le sens politique d'un déplacement de Nicolas Sarkozy à Nice, deux semaines à peine avant le premier tour des élections municipales. Si Christian Estrosi soutient le félon Fillon, la démarche n'est assurément pas neutre. Nicolas Sarkozy travaille au corps chacun des soutiens de ses rivaux.

Il était donc là, ce lundi 10 mars, avec Bernadette Chirac, second symbole politique.

A son arrivée, et sans surprise, il s'est offert un "bain de foule" avec les 200 militants UMP invités pour l'occasion. « Nicolas reviens ! », « Nicolas, tiens bon ! » ... Il y flottait comme un parfum de nostalgie. C'était retour vers le futur, version 2007.

Une question nous brûlait les lèvres: pourquoi donc Nicolas Sarkozy avait-il remplacé Marisol Touraine, la ministre de la Santé, ce lundi à Nice ?



Quelques minutes plus tard, il était sur une estrade qui ressemblait en tous points à celles que l'Elysée dressait quand il était président. Il était "crispé" a dit un participant. Il est resté muet sur ses affaires. "Personne n'oubliera Claude Pompidou", fut l'une de ses premières phrases. Il était beaucoup question d'oubli, décidément. "Non pas parce qu'elle était première dame... je ne sais pas ce que cela signifie exactement..." Des rires commencent à fuser dans la salle... Il les interrompt de la main... "Je ne rentre dans aucune polémique, vous l'avez bien compris...".

Distractions sarkozystes

A Paris, un autre procès médiatique avait débuté. Dès potron-minet, quelques avocats et politiques continuaient d'instruire l'accusation contre les écoutes judiciaires dont avait fait les frais l'ancien monarque. Thierry Herzog avait rameuté des confrères, et pas des moindres. Sur France Inter, un peu avant 8 heures, l'avocat Henri Leclerc tentait d'expliquer combien il fallait faire attention en matière d'écoute. Toutes les règles en la matière semblaient pourtant été respectées, à en croire tous les comptes-rendus publiés depuis l'éclatement de l'affaire.

Dimanche, le Bâtonnier de Paris s'inscrivait en faux. Pourtant, son prédécesseur avait bel été bien prévenu comme la loi l'exige (article 100-7 du Code de procédure pénale): "Aucune interception ne peut avoir lieu sur une ligne dépendant du cabinet d'un avocat ou de son domicile sans que le bâtonnier en soit informé par le juge d'instruction."

On avait surtout quelques Sarkozystes qui tentaient de rameuter à leur cause tout ce que compte la France de défenseurs de libertés bafouées... par les lois LOPPSI de leur ancien patron.

Confirmons leur notre appui: oui, les écoutes clandestines, furent-elles légalisées, sont l'un des instruments les plus désagréables et dangereux de notre arsenal judiciaire. Que ces chantres de l'ultra-sécuritaire se réveillent aujourd'hui a quelque chose de cocasse et d'hypocrite.

Le summum fut atteint par Brice Hortefeux. L'ancien ministre de l'intérieur, lui-même condamné pour avoir menacé l'avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi, osa nié toute affaire: " Il n’y a pas d’affaires, il y a un feuilleton (...) Plus Nicolas Sarkozy incarne un espoir aux yeux des Français, plus il est la cible exclusive de quelques-uns ."

Plus sérieusement, cette agitation n'avait qu'un but. Elle visait à masquer l'essentiel: à en croire le Monde, Sarkozy est soupçonné de violation du secret de l'instruction. On imagine que la seconde accusation - le trafic d'influence - sera plus mal aisée à prouver puisque "l'influence" a échoué.



28 janvier 2013

Immigration ou Roms: stop aux caricatures... ou encore ?

La politique migratoire fait moins parler d'elle. Et c'est heureux. Certains y voient l'évidente trahison d'un gouvernement socialiste trop prompt à renier ses principes ou ses promesses. L'argument est un peu court, sans preuves et surchargé d'a priori accusatoires qui finissent par desservir ceux-là même qui voudraient que cela se passe différemment et surtout mieux.  

1. Quand la police de France avait des instructions chiffrées, appuyées par des discours bellicistes au plus haut sommet de l'Etat et des points presse réguliers d'un ministre de l'Identité nationale, la nécessité de rapporter cette politique glaçante pour notre République était évidente et irréfléchie. Depuis mai 2012, nous sommes dans un autre monde.

N'en déplaise à cette actrice Josiane Balasko qui râlait contre Manuel Valls, la politique migratoire n'est plus la même depuis mai dernier. Caricaturer ses insuffisances ne fait pas avancer le débat puisque ce dernier doit se conduire à gauche. A la fois, rien n'a changé et tout a changé.

Sur le terrain des promesses, d'abord, le candidat Hollande n'avait fixé aucun objectif de régularisation de clandestins, mais simplement une clarification des critères, et un assouplissement des conditions de naturalisation. Pour certains associatifs, même si ces deux dernières promesses ont été satisfaites sur le papier, c'est encore insuffisant.

2. Quand le chef de l'Etat lui-même lançait la charge contre les Roms, circulaire ciblée à l'appui, un jour de fin juillet à Grenoble, il fallait réagir. Cet homme, Nicolas Sarkozy, s'était choisi un épouvantail. Aujourd'hui, nulle autorité n'a convoqué de caméras pour instrumentaliser une quelconque "chasse aux Roms". Quelle tristesse de constater que certains ne voient pas cette différence. Concernant les Roms, la dernière séquence estivale a fait des ravages. Le gouvernement s'est empêtré dans une mauvaise affaire - la destruction de camps sauvages, l'expulsion de ceux qui n'étaient ni français ni régularisés, et l'absence de relogements adéquats.

3. L'immigration ne doit plus être un sujet d'instrumentalisation politique. Facile à dire, difficile à faire. Mais le pays et la gauche ont trop souffert de cette instrumentalisation permanente. Ceux qui perdent à ce dernier jeu sont les immigrés eux-même. Il y a donc un délicat équilibre à trouver entre la dénonciation de ce qui ne va pas et la "pacification" du débat politique sur ces sujets.

4. Il y a toujours des immigrés clandestins. Certains, ô surprise, sont toujours expulsés. Le ministre de l'intérieur a reconnu que près de 36.000 de ces derniers avaient été renvoyés chez eux l'an dernier. C'est beaucoup plus que sous Sarkozy. Il était ridicule, en Sarkofrance, de fixer des objectifs d'expulsions. Cela légitimait toutes les dérives puisqu'il fallait trouver le clandestin. Dès l'automne 2007, nous eûmes donc droit à la mise en scène de rafles à la sortie d'écoles ou dans des squares. Il n'y a plus aucun objectif chiffré, seulement des critères et des expulsions quand ces derniers ne sont pas respectés. RESF - pour ne citer qu'elle - sensibilise encore ses soutiens à chaque cas d'expulsions litigieuses. Mais ces alertes semblent moins nombreuses depuis mai 2007 (5 en janvier 2013; 12 en décembre 2012; 15 en novembre 2012).

5. Il y a toujours des faits divers qui sont détestables, des situations humanitaires désastreuses, des cas individuels d'expulsions ou de destructions de camps de Roms (puisque les deux sujets sont régulièrement mélangés) qui nous font honte. Il faut les relater, sans se tromper de critiques, sans amalgamer tout et n'importe quoi.

 A Ris Orangis (Essonne), un maire socialiste a préféré installer treize élèves roms dans une classe séparée, dans un gymnase voisin, plutôt que de les scolariser dans l'établissement. Il a un bon argument, des classes surchargées. Mais le symbole est odieux, et la solution illégale.

Philippe Alain, sur son blog hébergé par Mediapart, rapporte la situation de cette classe spécialement créée pour des enfants Roms à Saint-Fons. Le symbole - une classe "ethnique" - est odieux. Mais Philippe Alain devient excessif quand il se réfère à l'Apartheid digne de l'Afrique du Sud pré-Mandela ("On a connu pire, c’est vrai, mais c’était en Afrique du Sud du temps de l’apartheid"). L'Apartheid était un régime qui refusait le droit de vote aux non-Blancs. Cette forme "godwinnesque" de la politique est contre-productive et détestable. Elle exprime une rage sincère mais se disqualifie par l'assimilation à des régimes odieux. Il est légitime, nécessaire, de rappeler, préciser, souligner combien la scolarisation de cette vingtaine d'enfants roms est inacceptable (pas de cantine, des locaux séparés, un hébergement dans une salle de commissariat). Il est absurde et malhonnête d'omettre de donner la parole à la défense - la municipalité où sont logés ces Roms n'a plus de places scolaires.

La France est une démocratie. 

Il y a des recours, comme le Défenseur des Droits.

Les associations ont l'expression libre, voire même financièrement aidées par des organismes publiques.

La France devrait savoir traiter de ces sujets sans heurts ni violences, sans amalgames ni caricature. 

A suivre.



Lire aussi:



19 novembre 2012

Copé-Fillon: le pire est arrivé



Qu'il est loin le temps où les mêmes, ces leaders et petits ténors de l'UMP, se moquaient rageusement des primaires socialistes.

L'UMP s'est inventé des élections internes avant l'heure pour départager les héritiers après la reddition du Monarque. Si le spectacle fut parfois affligeant, le résultat final est à l'avenant. A l'aube du lendemain du scrutin, les deux rivaux clamaient victoire !

Vu de gauche, nous avons l'habitude des petites phrases, des coups bas ou coups tordus. Même les primaires écologistes, en juin 2011, furent parfois croquignolesques. Cette fois-ci, les militants étaient un peu moins de 300.000 à voter. Comme pour le Parti socialiste, l'échantillon est trop faible, le scrutin repose sur des milliers de strates intermédiaires où les facultés de manipulations sont trop nombreuses.

Cette semaine encore, Eric Ciotti avait répété cette antienne, largement reconnue: « le débat démocratique n'est pas dans notre culture a l'UMP ». 

Sans rire...

Outre l'élection d'un président, l'UMP jaugeait ses forces internes. Six motions s'affrontaient ce dimanche pour le soutien des militants. Mais la course aux faveurs s'était globalement déroulée dans le sillage de la campagne extrême-droitière de Nicolas Sarkozy de mai dernier.

Le jour du vote, Alain Juppé a annoncé qu'il avait donné sa procuration ... pour voter blanc. Fichtre... Quelle meilleure position pour expliquer que cette élection ne servait à rien, ne départageait rien d'autre que des ambitions individuelles ? L'ancien ministre et ancien président de l'UMP était injuste. Il y avait bien quelques différences. Même si François Fillon s'était laissé embarqué dans la course à l'extrême droitisation du parti conduite par Jean-François Copé, il marquait quelques différences avec son rival.

Lui au moins avait été premier ministre de Nicolas Sarkozy...

L'ancien monarque se refusait officiellement de soutenir l'un ou l'autre. Mais Brice Hortefeux - l'ami de 30 et quelques années - et Jean Sarkozy - le Prince héritier - avaient annoncé la couleur: ce serait Copé...

Le soupçon de la fraude est venu rapidement. Dimanche fut un grand jour. La députée Michelle Tabarot, soutien de Copé, dénonçait d'évidentes fraudes dans le Sud... On souriait. Les mêmes dénonçaient la RoseMafia et n'étaient pas capables d'organiser un scrutin interne sans contestation aussi grave... « Nous avons identifié de nombreuses difficultés dans les bureaux de vote des Alpes-Maritimes ».

Les communiqués des comités locaux se sont succédé les uns aux autres pour annoncer la victoire de leur champion... A Paris, les pro-Fillon s'estimait gagnante dans les 1er, 3e, 9e, et 17e arrondissements. 

Les deux camps s'estimaient encore vainqueurs quelques minutes après 20 heures. Il était trop tard pour crier victoire dans les journaux télévisés. Sur 41 000 bulletins dépouillés, la « team » Copé se donnait une avance de 500 voix. Puis celle de Fillon annonça le contraire quelques minutes plus tard. Un peu avant 21 heures, c'était Copé qui tenait à nouveau la corde, moins de 2.000 voix d'avance sur 60.000 suffrages. Vers 21h30, le dépouillement dépassait les 120.000 bulletins. Copé était encore en avance.

Le dépouillement a duré. Plus tard, l'équipe du secrétaire général dénonça des fraudes à Nice et dans le XVIème arrondissement de Paris. 

Dans la nuit, Copé puis Fillon clament officiellement victoire... Aucun des deux n'appelle l'autre pour s'expliquer.
«Les militantes et les militants de l'UMP viennent aujourd'hui de m'accorder une majorité suffisante et de m'élire comme président» Jean-François Copé
«Je ne laisserai pas voler la victoire aux militants. Je ne lâcherai rien.» François Fillon
Vers 4 heures du matin, la fameuse COCOE, la commission interne du parti chargée de veiller au bon déroulement de l'élection, interrompt ses travaux. Plus de la moitié des suffrages ne lui ont pas été remontés ! Valérie Pécresse, soutien de Fillon, confie son désarroi sur Twitter: « Contestation à la Cocoe de tous les departements favorables à FF par les représentants de JFC...Bloquage total. »

Peu importe le gagnant, la victoire sera trop serrée, la campagne a été trop rude pour qu'il n'y ait aucune séquelle.


4 juin 2012

Les perroquets de Sarkozy sont encore là.

Ses amis parlent pour lui. Mais était-ce si spontané ?

Nicolas Sarkozy venait de toucher le sol français, après près de trois semaines de vacances dans un palais marocain prêté par le Roi. Sans attendre, ses proches commentèrent ses intentions et son état d'esprit. On avait lu sous la plume de Patrick Jeudy du JDD, ce 3 juin, que l'ancien Monarque n'avait pas cessé de téléphoner toute la semaine dernière: « Nicolas Sarkozy a passé sa troisième semaine de vacances à Marrakech pendu au téléphone avec ses anciens ministres, ses ex-collaborateurs ou même des députés en campagne! ». Il a ainsi discuté avec Brice Hortefeux « un jour sur deux », son ancien communiquant élyséen Franck Louvrier « un sur trois », mais aussi Alain Juppé, Henri Guaino, Jean-François Copé, Claude Guéant, Christian Estrosi, Nadine Morano, Bruno Le Maire et François Fillon. Fichtre ! Quelle abstinence politique !

On comprenait mieux pourquoi les messages délivrés par ses anciens proches étaient si similaires et coordonnés. Les perroquets de Sarkofrance étaient encore là.

« Nicolas Sarkozy manque à la droite républicaine. Il laisse un vide que personne ne peut combler. C'était le patron et l'inspirateur de la droite depuis dix ans. (...) À l'UMP, on est tous des amis de Nicolas Sarkozy.» 
François Fillon, 29 mai 2012

«Il est quelqu'un qui compte énormément pour moi. (...) Il est en tout cas dans mon esprit tous les jours. Je pense à lui très souvent, parce que nous avons bataillé ensemble (...). Nous avons ensemble, avec tous nos amis, une campagne formidable dans laquelle il nous a donné une leçon de vie.»
Jean-François Copé, le 3 juin.

« Il est naturellement préoccupé de la situation de l'Europe (...), mais il se tient éloigné, volontairement et durablement, de toute préoccupation politique. (...) Il s'inscrit dans une volonté de discrétion durable, et vous observerez qu’il ne s’exprime en aucun cas publiquement(...). Il n'y a chez lui ni aigreur, ni amertume, et ce qu'il souhaite, c'est le succès de la France » Brice Hortefeux, dimanche 3 juin 2012. 

« Il ne peut pas se désintéresser de ce qui se passe, sa responsabilité morale est toujours présente. Cela étant, il n'est pas actif dans la vie politique et il est clair à mes yeux qu'il ne le sera pas dans les semaines à venir. (...) Le président a dit clairement qu’il prendrait de la hauteur et du recul, il ne va pas prendre la parole dans le débat politique dans les semaines ni même dans les mois qui viennent.» 
Claude Guéant, dimanche 3 juin 2012, Europe 1.

Sarkozy s'exprimait donc, par proche interposé, parce que la situation est grave: François Hollande a commis un sans-faute depuis son élection. Même l'ultra-conservateur Ivan Rioufol, éditorialiste du Figaro, le concédait dès le 21 mai dernier sur son blog: « C’est entendu : François Hollande a fait un sans-faute depuis son arrivée à la présidence, la semaine dernière ».

Vendredi, l'annonce d'un projet de récépissé à chaque contrôle d'identité par la police a déclenché nombre de critiques de la part des syndicats policiers. C'était sans doute le premier et seul à-coup de ces dernières semaines. Un à-coup dans lequel l'UMP s'est engouffré. « Il ne s'agit pas d'arrêter les contrôles d'identité, les policiers font leur travail », a rassuré le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. « Il ne s'agit aucunement de remettre en question » les contrôles d'identités, « ni de compliquer le travail des fonctionnaires », a complété Manuel Valls. Et pourtant, où est le scandale ? L'idée n'était que de faire remettre un reçu de contrôle... Rien de plus.

Pour le reste, l'UMP avait beau chercher, il n'y avait pas grand chose de sérieux à critiquer. Même Jean-François Copé en était troublé. Son lapsus dominical fut savoureux: « je crois que François Hollande, pardon Fillon, va gagner à Paris ».

Dimanche, on apprenait même que les période de maternité seraient probablement incluses dans le calcul des annuités de cotisations permettant l'accès à la retraite à 60 ans pour les femmes ayant commencé à travaillé à 18 ou 19 ans. Eric Woerth, l'ancien ministre du Travail porteur de la réforme sarkozyenne en 2010, eut la critique excessivement maladroite: « Pendant des centaines d’heures au Parlement, les socialistes ont dit qu’ils reviendraient aux 60 ans. En fait, ils inventent un système désastreux pour l’image du travail donnée à la jeunesse. Qu’y a-t-il de choquant à travailler à 18 ou 19 ans? »

Qu'y a-t-il de choquant à dire des âneries pareilles ?


31 mai 2012

Péchenard, Squarcini et Gaudin: pourquoi ont-ils été virés si tard ?

La droite dénonce une chasse aux sorcières. Trois hauts responsables de la police ont été remplacés mercredi 30 mai: le directeur général de la police nationale Frédéric Péchenard, le directeur de la DCRI Bernard Squarcini et le préfet de police de Paris Michel Gaudin.

Les « sorcières » étaient bien visibles.

Et alors ?

Mais la véritable surprise est qu'ils n'aient pas été remplacés plus tôt.

Péchenard, l'ami qui couvre
Frédéric Péchenard a été nommé à la direction de la police nationale par Nicolas Sarkozy peu après son élection, le 11 juin 2007. Son prédécesseur était Michel Gaudin, un autre proche de Nicolas Sarkozy qui fut alors nommé préfet de police de Paris, en remplacement du chiraquien Pierre Mutz. A l'époque, personne n'avait crié à la chasse aux sorcières chiraquiennes.

En novembre 2008, la DCRI se jette sur une vingtaine d'altermondialistes à Tarnac soupçonnés de terrorisme. L'accusation n'est pas mince. Elle ne débouchera sur ... rien, excepté des mois d'emprisonnement pour 9 d'entre eux, et surtout leur présumé « leader ». Qui est à la manoeuvre ? Frédéric Péchenard. Quelques mois plus tard, son subordonné, Bernard Squarcini, révèle le bidonnage.

En février 2010, le tout-Paris se gausse de rumeurs d'adultère au sein du couple présidentiel. Nicolas Sarkozy a demandé à son ami Péchenard d'enquêter pour en connaître l'origine. Voici donc les services secrets mobilisés pour une affaire privée.

En juillet 2010, l'Elysée s'agace de la publication par le Monde de larges extraits des procès-verbaux d'audition de témoins dans le cadre de l'affaire Woerth/Bettencourt. La DCRI enquête. Il faudra attendre septembre 2011 pour entendre Frédéric Péchenard avouer l'espionnage de deux journalistes du Monde. L'affaire des « fadettes » fait grand bruit. En octobre 2011, Frédéric Péchenard est interrogé par les juges.

Péchenard n'est pas au chômage. Il a été nommé délégué interministériel à la sécurité routière.

Squarcini, le Squale du Président
Quand il était en poste, il s'en félicitait. Bernard Squarcini est l'un des très proches de Nicolas Sarkozy. Numéro deux des Renseignements généraux sous Jacques Chirac, il avait pris le parti de Nicolas Sarkozy pendant la guerre des droites après 1995.

En 2011, Bernard Squarcini est cité dans l'affaire Guérini, Jean-Noël et son frère Alexandre. Il aurait prévenu le président (socialiste) des Bouches-du-Rhône de quelques rebondissements de l'affaire. Le même Guérini, d'ailleurs, avait pris la fille de Squarcini en stage. Le monde est petit.

En septembre 2011, Pierre Péant publie son dernier ouvrage, « La République des Mallettes ». La Sarkofrance s'active pour créer quelques contre-feux. L'enquêteur révèle les relations troubles entre Squarcini et Alexandre Djouhri. Cet homme de l'ombre, proche de Dominique de Villepin ET de Claude Guéant a joué les intermédiaires dans de nombreuses ventes d'équipement militaire.

L'affaire des fadettes du Monde lui valut une mise en examen en bonne et due forme, en octobre 2011. Il resta en poste. S'il avait été patron du FBI (l'équivalent américain de la DCRI), Squarcini aurait été mis à pied sur le champ ou contraint à la démission. Mais nous étions en France, en Sarkofrance. Les amitiés sont fortes.

En novembre 2011, Squarcini dépêcha deux fonctionnaires de la DCRI pour « conseiller » au juge Marc Trévidic en charge de l'instruction sur l'attentat de Karachi de reconsidérer la thèse d’Al Qaida. Cette affaire du Karachigate empoisonne la présidence Sarkozy depuis que ce juge a repris en main l'enquête en 2008.

En décembre 2011, le nom de Squarcini est mentionné dans une autre affaire: celle du cercle Wagram, un cercle de jeu qui a fait l'objet d'une instruction pour blanchiment et d'un putsch entre bandes rivales. Bernard Squarcini est cité comme le protecteur de l'une des barmaids, ce qu'il n'a pas nié. Il invoque les relations familiales. 

En janvier dernier, un ouvrage, « L’Espion du Président » (d'Olivia Recasens et Christophe Labbé et Didier Hassoux, chez Robert Laffont), est consacré à Squarcini. On y apprend comment l'homme a organisé la DCRI qu'il dirige depuis sa création en juillet 2008. Et notamment l'existence d'équipes clandestines, baptisées R1 pour les « sonorisations »; R2 chargée de « casser » les ordinateurs; et la « sous-division R » pour les écoutes illégales.

Gaudin, et la manipulation de l'IGS.
En janvier dernier, le Monde révèle le scandale de trop: « l'Inspection générale des services (IGS), la "police des polices", a sciemment truqué, en 2007, une procédure portant sur un éventuel trafic de titres de séjour au service des affaires réservées ». Et cinq fonctionnaires de police, jugés proches de Daniel Vaillant, l'ancien ministre de l'intérieur dans le gouvernement Jospin, ont été accusés, puis suspendus avant d'être blanchis... en 2011.

Les signataires des suspensions de ces 5 fonctionnaires, interrogés par les juges en décembre dernier, s'appellent Pascal Mailhos, l'ancien patron des renseignements généraux et ... Michel Gaudin, à l'époque préfet de police de Paris. 

Pour finir, pourrait-on rappeler les désastreux résultats de ces trois en matière de lutte contre la délinquance ? Depuis 2002, et surtout 2007, les atteintes aux personnes n'ont cessé d'augmenter. Et qui juger responsable sinon les patrons de la police nationale ? 

Et après ?
Jean-François Copé a accusé un retour à « l'Etat PS pur sucre », au motif que le successeur de Michel Gaudin, Bernard Boucault  « a été chef de cabinet de Jacques Delors, ministre socialiste, conseiller de Pierre Joxe, ministre socialiste, directeur adjoint du cabinet du même Pierre Joxe, puis directeur de cabinet de Daniel Vaillant, ministre socialiste ».

Copé avait peu à dire sur le remplaçant de Bernard Squarcini, Patrick Calvar. Ce dernier n'était autre que l'adjoint du premier, actuel patron de la Direction du Renseignement (DR) de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Difficile de critiquer.

Et que dire du troisième, celui qui remplace Frédéric Péchenard ? Claude Baland, ex-préfet du Languedoc Roussillon, son successeur, avait été directeur de l'administration de la police nationale (DAPN) entre 2001 et 2004. Claude Guéant n'était pas heureux de cette nomination, jugeant le promu manquant de « compétences policières affirmées ».

Sans rire ?



23 janvier 2012

Sarkozy bousculé par Hollande, l'UMP stresse

Il était parti en Guyane. Grossière erreur.

En métropole, François Hollande usa de son avantage avec son premier discours de campagne au Bourget, près de Paris. Une avalanche de propositions concrètes et précises surprit l'équipe élyséenne.

Le Monarque était trop loin pour caler les éléments de langage. Nous n'avions qu'un cliché de Sarkozy sur une pirogue, au milieu du fleuve Maroni. François Hollande, lui, s'affichait au milieu de 25.000 sympathisants. La comparaison des deux images était terrible pour le Monarque.

On aurait dit Louis XVI.

Ce n'était pas le dernier coup dur de cette mauvaise séquence.

Pris de court
Dimanche 22 janvier, François Hollande tenait son premier meeting de campagne au Bourget. Nicolas Sarkozy avait demandé à Brice Hortefeux de concocter quelque contre-feux. La cellule Riposte de l'UMP avait donc préparé un faux programme du candidat socialiste, qui fut mis en ligne en fin de journée, dans l'indifférence quasi-générale. C'est le journaliste Arnaud Leparmentier qui avait vendu la mèche. Les vigilants sont partout. Les manipulations aussi.

Dans la cellule, Guillaume Peltier tient une place de choix. Il présente bien. Il est déjà sur les plateaux télé depuis qu'il a rejoint le secrétariat national de l'UMP. L'ancien frontiste est une machine à slogans. Trois jours plus tôt, il s'est amusé qu'on le compare à Karl Rove.

A l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'est essayé à remonter le moral de ses visiteurs « à coups de cric », a rapporté Brice Hortefeux au JDD. L'inquiétude est donc réelle. « J’ai vu pour la première fois une lueur d’inquiétude dans ses yeux. S’il ne remonte pas dans les quinze jours, c’est fini » a confié un autre proche anonyme de notre Monarque.

Au Bourget, François Hollande avait surpris l'UMP: des slogans qui faisaient mouche, des propositions en cascade. Le candidat avait fait fort: « L'égalité, c'est l'âme de la France !  ». « La France n'est pas le problème, la France est la solution ».

La cellule Riposte de l'UMP fut prise de court. Elle n'avait pas anticipé que le candidat socialiste livrerait autant de propositions. Et il était impossible de joindre facilement le Monarque, d'organiser un meeting pour caler la réplique et les éléments de langage. Le premier communiqué fut laissé à Constance Legris, une obscure députée inconnue de l'UMP. Elle dénonça « les formules creuses, des banalités, des généralités, des promesses vagues et beaucoup d'incantations et de voeux pieux ». Le communiqué semblait écrit à l'avance. Tout comme la critique de Thierry Mariani, qui s'emporta contre « le vide abyssal du projet socialiste ». Valérie Rosso-Debord, pourtant plus expérimentée, salua le ton du candidat socialiste, mais rappela son désaccord sur le fonds, sans plus de précisions. Xavier Bertrand dénonça un « catalogue de bonnes intentions ». ll y a quelques jours, les mêmes fustigea la « folie ». On progresse...


Paumé sur une pirogue
Car Nicolas Sarkozy, lui, était parti en Guyane. Pour la troisième fois en 5 ans de présidence, il s'est rendu dans les DOM-TOM pour les voeux de nouvelle année. Il avait même calé un discours, à 15 heures, heure de métropole, pour coïncider avec l'intervention de François Hollande. L'opération rata.

Les chaînes d'information étaient sur le candidat socialiste qui démarra pourtant avec 15 minutes de retard. « Ici, ce n'est pas le Far-West. Ici, cela ne sera jamais le Far-West » scanda-t-il, sans conviction. Il était devant une petite toile bleue, habituelle pour ces déplacements filmés. Il promit de mieux lutter contre l'orpaillage clandestin. Qu'a-t-il fait depuis 2007 ? « Nous avons engagé une lutte sans précédent contre l'orpaillage clandestin mais ça ne suffit pas. Alors, que faut-il faire? Toutes les prises d'or aux orpailleurs clandestins seront consacrées aux investissements pour la forêt, pour ses habitants et ceux qui sont loin de Cayenne ». Le territoire est grand comme le Portugal mais compte moins de 2.000 gendarmes et policiers. Un vrai scandale ! En Guyane, le taux de délinquance reste environ 15 fois supérieure à celui connu en métropole.

En arrivant à Cayenne, cette ville où il avait fait muter l'ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie, David Sénat parce qu'il le soupçonnait d'avoir donné des tuyaux à la presse dans l'affaire Bettencourt, le Monarque a confié: « je suis là et je reviendrai ». Il reviendra effectivement ce mardi en métropole, pour des voeux à Marseille au monde de la culture.

En Guyane, il a eu chaud, très chaud. Il s'est montré en pirogue sur les berges du fleuve Maroni, dans la forêt amazonienne, avec Claude Guéant, Nathalie Kosciusko-Morizet et Marie-Luce Penchard. Il avait gardé veste grise et cravate bleue. La scène était étrange. Il avait chaud. Il venait de visiter un village amérindien. Il confia à l'un des journalistes qu'il pensait à Ingrid Betancourt, l'ex-otage franco-colombienne libérée en 2009.

Avant de partir, Nicolas Sarkozy avait cru joué un bon coup en se félicitant si rapidement de l'arrestation des patrons de Megaupload par le FBI. Le site mafieux avait même été fermé. En France, la loi Hadopi préfère pourtant tacler les internautes quitte à laisser les gros « dealers » du piratage des oeuvres à l'abri. Le Monarque pense encore que sa posture le sauvera.

Ces affaires qui l'attendent
La Cellule Riposte de l'UMP n'avait rien à dire pour contrer les nouvelles révélations de Mediapart sur l'affaire de l'hippodrome de Compiègne. On se souvient que le ministre du Budget et maire de la ville voisine de Chantilly Eric Woerth avait été accusé au printemps 2010 d'avoir accepté bradé l'hippodrome de Compiègne, une zone voisine. Comme il était ministre à l'époque des faits, ce fut à la Cour de Justice de la République de s'en occuper.

Et justement, les experts désignés par cette dernière évaluèrent à 8 ou 10 millions d'euros la valeur des 57 hectares de terrains vendus pour 2,5 millions d'euros à la Société des courses de Compiègne.

Patratras.

Le Président de la République reprochable avait bien fait de se débarrasser de cet encombrant fidèle.


12 janvier 2012

Nicolas Sarkozy, présumé innocent... d'incompétence.

Une nouvelle a fait grincer quelques dents. Les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 intéressent la justice.

Le principal intéressé n'a pas réagi, même officieusement. En revanche, Jean-François Copé a prétexté la présomption d'innocence.

Sarkozy est présumé innocent de beaucoup de choses en ce moment.

Il n'est pas candidat, il se maîtrise quand il s'exprime, il modère ses supporteurs. Un véritable conte de fée et de courtoisie démocratique.

Présumé innocent. 


Sarkozy, solidaire... haineux
Mardi, les voeux de Nicolas Sarkozy à l'économie solidaire avaient été occultés par la polémique grossière déclenchée sur les sbires de Sarkofrance contre la proposition socialiste en matière de quotient familial.

Son discours avait été aménagé à la hâte, avec le concours probable du jeune Guillaume Peltier. Ce dernier, ancien frontiste, a paraît-il le sens de la formule. Il conseillait officieusement quelques pontes de la cellule Riposte élyséenne. Il serait prochainement nommé secrétaire national de l'UMP.

Nicolas Sarkozy, donc, préféra parler de ... politique familiale. Comme c'était étrange. Officiellement, c'était une coïncidence. Il ne s'exprimait qu'en tant que chef de l'Etat, s'empressa-t-il de préciser.

Il a donc rappelé qu'il avait créé 200 000 places d'accueil pour les enfants de 3 ans. Il a juste oublié de précisé qu'il avait simplement doublé les effectifs des crèches. Seules 12.000 places en crèches ont réellement été créées depuis 2007, et « le taux de scolarisation à deux ans a connu une chute brutale depuis 2002, en raison des réductions d’effectifs : il est passé de 35% à 13,6% à la rentrée 2010 » (cf. Nouvel Obs).

Mercredi en fin d'après-midi, Nicolas Sarkozy présentait ses voeux aux parlementaires, pour l'essentiel UMP. Il tacla les collectivités locales (majoritairement à gauche), et s'escrima à paraître enfin irréprochable. Il laissa ainsi entendre qu'il avait déjà renoncé à nommer son secrétaire général à la tête de la Caisse des Dépôts. Xavier Musca patientera. La nomination de ses proches pendant les 3 mois précédents l'élection ne serait pas « opportune ».

Y-en-a-t-il encore à caser ?

Les sarkozystes dérapent encore
Mercredi, les esprits étaient à peine calmés. L'UMP enrageait encore du débat  sur le quotient familial lancé par l'équipe Hollande. Après les accusations d'assassinat de la veille par Laurent Wauquiez, Nadine Morano traita François Hollande d'homme dangereux. Fichtre ! Voici le candidat socialiste portraituré en Mesrine de la campagne 2012 !

La séance des questions au gouvernement fut l'occasion de dérapages inédits dans les rangs UMP. Le président de l'Assemblée, pourtant tenu à un relatif devoir de réserve, a choqué à l'occasion de ses voeux, en comparant une défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle à une situation de guerre... « 2012 sera une année de vérité, notre pays est à l'heure des choix. Il peut soit poursuivre une politique courageuse de modernisation et de restauration de notre compétitivité, soit exhumer un programme archaïque et utopique (...). Ne nous y trompons pas : si nous ratons ce rendez-vous de la responsabilité et du courage, les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre ». 


Un peu plus tard, dans l'hémicycle, la ministre du Budget Valérie Pécresse s'est attaquée à son tour à François Hollande, en truquant les chiffres qu'elle avançait comme argument.

En petit comité, devant des députés UMP, Jean-François Copé s'est pavané avec des expressions grossières. La confidence est venue d'un participant, rapportée par le Parisien: « chez nous, c'est massacre à la tronçonneuse » s'est félicité Copé.  

Un vrai sens du débat !

Egarés par tant de hargne, certains perdent le sens de la mesure. Mercredi, Christian Estrosi, ancien ministre de Sarkofrance, a déclaré que « le Fouquet's est une brasserie populaire.»  Dans ce restaurant devenu si célèbre depuis cette soirée privée du 6 mai 2007 avec le nouvel élu Sarkozy, le verre de Perrier frise les 10 euros...

A l'UMP, il faut qu'ils tiennent. Tous les candidats sont là, sauf le leur. Sarkozy a prévu de se cacher jusqu'au 6 mars, voire le 16, dernier jour de dépôt des parrainages. L'information émane de Frédéric Gerschel, du Parisien, ce jeudi 12 janvier. Sarkozy cherche l'exemple de Mitterrand en 1988. Comme s'il sortait de 5 ans de cohabitation avec François Fillon. Cet homme-là, immobile depuis un an, s'inspire d'un prédécesseur socialiste empêché par une cohabitation avec Jacques Chirac. Allez comprendre....

Des ministres hors sol
Lors du Conseil des ministres tenu le matin même à l'Elysée, le Monarque et ses collaborateurs firent mine de travailler. L'ordre du jour ressemblait à une campagne officieuse. François Baroin était ravi d'annoncer un déficit budgétaire réduit de 4 milliards d'euros par rapport aux prévisions de septembre dernier, soit 92 milliards d'euros et 5,7% du PIB. « L’accélération de la baisse du déficit de l’État résulte à la fois d’une excellente maîtrise des dépenses et d’encaissements de recettes plus élevés qu’anticipés, entièrement consacrés à la réduction du déficit.» En fait, le gouvernement a pu compter sur 1,1 milliard d'euros d'impôts supplémentaires (taxe intérieure sur les produits pétroliers, impôt sur le revenu, impôts sur le patrimoine et sur les revenus des capitaux mobiliers), 800 millions d'euros de survente des licences 4G, et 900 millions d'euros de report de versement de la seconde tranche d'aide à la Grèce (la solidarité européenne !).

La veille, l'une des 3 agences de notations, la franco-américaine Fitch avait prévenu qu'elle ne dégraderait pas la note de la France cette année. Ouf ! Ses deux concurrentes maintiennent la pression mais la Bourse de Paris et le gouvernement voulait s'accrocher à cette chimère. L'OFCE prévoyait quand même une récession en France pour l'intégralité de l'année 2012 en France (-0,2%). C'est la crise internationale, nous direz-vous... Et bien non. L'OFCE prévoit un + 0,4% en Allemagne; un 0% dans la zone euro; + 0,5% au Royaume-Uni; +1,4% aux États-Unis et +2,4% au Japon.

On applaudit.

Mercredi, la ministre de l'apprentissage se félicita un peu vite de la progression du nombre de contrats en alternance sur les onze premiers mois de l’année 2011, en hausse de 8,3% par rapport à la même période en 2010. Discrètement en fin d'année, le gouvernement avait signé un décret prolongeant jusqu'au 30 juin 2012 l'aide pour toute embauche d'un jeune sous contrat d'apprentissage ou de professionnalisation supplémentaire (cf. décret n° 2011-1971 du 26 décembre 2011 (JO du 28). Nadine Morano était aussi très contente des 500 millions d’euros d' « investissements d'avenir», dont la programme, pourtant annoncé voici deux ans, semble bien tarder à se mettre à en oeuvre: douze premiers projets ont enfin été sélectionnés pour ...62 millions d’euros (soit 11% du budget total).

Sa collègue des Solidarités Actives, Roselyne Bachelot, a profité de ce conseil pour promettre une loi-cadre pour « faciliter la reconnaissance de l’économie sociale et solidaire ».

Luc Chatel n'avait rien à dire, ce mercredi, sur l'aggravation de l'échec scolaire. L'Afev, l'Association de la fondation étudiante pour la ville, avait lancé un appel. Elle suit des jeunes en difficultés dans les quartiers. Elle appelait à un soutien. Le ministre de l'Education n'a pas réagi.

Xavier Bertrand, ministre du Travail, est également resté silencieux. Et pourtant...

35 heures, l'intox sarkozyste
Le chômage augmente, les heures supplémentaires aussi. C'est l'un des échec les plus dramatiques de l'obstination idéologique sarkozyenne.

La Dares vient de publier, mercredi 11 janvier, un bilan des heures supplémentaires au troisième trimestre 2011 dans les entreprises de plus de 10 salariés des secteurs concurrentiels.

Le nombre moyen d’heures supplémentaires par salarié à temps complet atteint 10,6 heures au 3ème trimestre 2011, en hausse de 4,3 % par rapport au 3ème trimestre 2010.
Cette hausse est plus forte chez les entreprises soumises aux 35 heures (+5%). Elle est quasiment nulle pour celles qui ont une durée collective du travail supérieure à 35 heures (+0,7%).

Pour mémoire, une fraction de l'UMP, emmenée par Jean-François Copé, milite pour une suppression de la référence à un temps de travail hebdomadaire. Le programme présidentiel-sans-candidat que le parti a adopté n'ose pas trancher: « Nous devons franchir une nouvelle étape et inciter les employeurs et les employés à ouvrir des négociations sur le temps de travail, dès 2012 en échange d’une augmentation des salaires et sans remettre en cause la durée légale du travail de 35 heures » (page 6).

Les UMPistes ont conscience que le sujet est explosif: sans durée légale du travail, pas d'heures supplémentaires (défiscalisées ou pas).

Trimestre après trimestre, cette analyse de la Dares permet de démonter un autre mythe sarkozyen: les 35 heures seraient un carcan. Les entreprises soumises à cette durée collective devraient donc légitimement davantage recourir aux 35 heures que celles soumises à des durées supérieures... d'autant plus que ces heures supp' sont défiscalisées pour l'employeur comme pour l'employé.

Et bien... non.

On constate même l'inverse: les salariés (à temps complet) aux 35 heures effectuent 4 fois moins d'heures supplémentaires que les autres (6,7 heures en moyenne, contre 28,2 heures)... 

On applaudit.


2 octobre 2011

Sarkozy est-il épuisé par les affaires ?

Les révélations se succèdent, mais l'on s'y perd.Takieddine, Gaubert, Hortefeux, Bourgi ou une princesse yougoslave, les noms s'empilent. Karachigate, Agosta, Sawari, Miksa... les affaires se mélangent. La nausée monte.

Parfois, il faut s'arrêter, prendre du recul et comprendre où l'on est. Voici donc les quelques nouvelles de la semaine sur cette fin de règne sarkozyen.

Le juge a retrouvé les 10 millions ! 
Il y a des coïncidences coûteuses. 10 millions de francs est le prix de l'une d'entre elles. Le même jour, la même somme, 10 millions de francs (1,5 millions d'euros) a été trouvée à deux endroits.

Le juge Renaud van Ruymbeke a mis la main sur un échéancier de paiement du contrat Sawari II. Ce dernier, négocié par le gouvernement Balladur, avec le concours  l'homme d'affaires Takieddine, prévoyait la livraison d'équipements militaires français à l'Arabie Saoudite en 1995. Il rapporta quelque 200 millions d'euros de commissions à Ziad Takieddine, d'après les informations publiées dans la presse.

Jeudi 29 septembre, France Info révélait que le juge avait mis la main sur l'échéancier de paiement. Renaud van Ruymbeke y a trouvé une échéance de 10 millions de francs (1,5 millions d'euros): le contrat à peine signé en décembre 1994, le ministère de la Défense avait réclamé « un acompte de 10 millions de francs à verser impérativement avant le 31 mars 1995 ». L'Arabie Saoudite paya les 10 millions de francs le 26 avril 1995. le même jour, 10 millions de francs en espèces étaient versées sur le compte de campagne d'Edouard Balladur. Comme l'a expliqué Fabrice Arfi de Mediapart, qui a publie ledit échéancier, un acompte aussi petit et pressé est ... curieux: « Pour un contrat alors chiffré à 18,8 milliards de francs, réclamer le versement d'un acompte de dix millions – soit environ 0,05 % du marché – relève du jamais vu dans le milieu de l'armement et, surtout, ne recouvre aucune justification industrielle ou financière ».

Takieddine commence à parler
D'abord sur BFM-TV (jeudi), puis à Libération (samedi), l'homme d'affaires a pris la parole. On a appris cette semaine qu'il avait été mis en examen une seconde fois, pour faux témoignage. Son ex-épouse, Nicola Johnson, est l'une des récentes sources d'information du juge Renaud van Ruymbeke.

Sur BFM, Takieddine a réclamé la levée total du secret-défense dans l'affaire de Karachi. Quelle surprise ! Les ministres et défenseurs de Sarkozy dans cette affaire expliquent depuis des mois qu'il n'y a plus rien à déclassifier. Deuxième « exigence » de cet ami de Jean-François Copé, il aimerait être reçu par Nicolas Sarkozy lui-même... A Libération, il accuse Dominique de Villepin d'avoir empoché des commissions sur ces mêmes contrats pour le compte de Jacques Chirac, avant 2007.

Takieddine affirme aussi avoir toujours agi en « mission officielle » dans ses négociations et contacts avec l'Arabie Saoudite (1994 puis 2002), Syrie (2007) et Libye (2005): « Chacune de mes interventions correspondait à une mission officielle. Je suis allé voir Kadhafi en Libye ou Assad en Syrie uniquement sur autorisation et demande express de la part du président de la République, relayée par Claude Guéant (...) Tous mes actes depuis 1993, tous mes agissements avec la France ont toujours été dans l'intérêt de l'Etat. Je n'ai rien fait sans autorisation complète des décisionnaires.»

Hortefeux se débat dans ses bourdes
« J’ai été entendu comme témoin à ma demande. J’ai pu préciser et démontrer que je n’avais eu aucun accès à des éléments de l’enquête et de la procédure judiciaire. Les policiers ont repris le script de la conversation avec Thierry Gaubert et demandé des explications. C’était une audition normale avec des questions précises et fouillées ». C'est l'explication qu'il a donné à Arnaud Leparmentier, du Monde, peu après avoir été interrogé, à sa demande, par la police judiciaire.

On reproche à Hortefeux deux choses différentes: le 14 septembre, il a prévenu Thierry Gaubert, un proche de Sarkozy, que sa femme « balançait beaucoup » au juge van Ruymbeke, qui enquête sur l'existence de rétrocommissions dans les ventes Agosta et Sawari II. Le 20 septembre, Gaubert était mis en examen. Hélène Gaubert confiait aussi qu'elle avait reçu des menaces à la même période. Sur cette accusation d'entrave à la justice, Hortefeux ne répond pas.

En second lieu, on se demande comment Hortefeux a-t-il eu accès au dossier de l'instruction. Aux policiers, il a raconté qu'il n'avait que lu la presse... Sur France 2, vendredi soir, il compléta: « J'ai eu une première intuition qui s'est transformée en quasi-certitude quand j'ai appris qu'Hélène Gaubert avait pris le même cabinet d'avocats que Mme Takieddine».

L'ancien ministre a visiblement été écarté du dispositif présidentiel. Depuis le 21 septembre dernier, date de la révélation du scandale, Sarkozy ne l'a pas contacté. Avec un tel gaffeur comme collaborateur direct, on comprend.


Robert Bourgi, manipulé par l'Elysée ?
L'avocat avait créé le trouble, quelques heures durant voici 3 semaines. Intermédiaire et ami de chefs d'Etat africain, il avait accusé Chirac et Villepin d'avoir reçu une vingtaine de millions de dollars en espèces en 1995 et 2005 de la part d'autocrates de Françafrique. Ces « révélations », connues de tous mais jamais étayées par une quelconque preuve, servaient de belle diversion à un moment où deux autres dossiers faisaient surface. Il s'agissait

Cette semaine, Robert Bourgi a été entendu par la police. La diversion a fait pschitt. L'hebdomadaire Jeune Afrique a dévoilé comment l'Elysée a voulu récupérer l'opération Bourgi.
L’avocat est convoqué à l’Élysée l’après-midi à 16 h 30, après un passage dans le bureau de Guéant, Place Beauvau. Il y entre par la grille du Coq. Le président l’attend, furieux : « C’est du grand n’importe quoi ! Ce que tu dis va servir nos ennemis ! Qu’est-ce qui t’a pris ? »
Puis l’orage passé, on discute, en présence de Guéant, sur le thème du comment limiter les dégâts et peut-être du comment exploiter ce qui peut l’être. Est-ce au cours de cet entretien qu’est mis au point le plan médiatique du lendemain et qu’est échafaudée l’idée d’ajouter Jean-Marie Le Pen sur la liste des bénéficiaires de valises ? Bourgi, on l’a dit, est muet sur cela, mais c’est possible et peut-être probable.

Ami sarkozyste, as-tu compris ?


Notes
  • Agosta est le nom d'un contrat de vente de sous-marins français au Pakistan en 1994.
  • Sawari II est le nom d'un contrat de vente de frégates françaises à l'Arabie Saoudite en 1994.
  • Miksa désigne la vente, avortée, d'équipement de surveillance à l'Arabie Saoudite en 2002.
  • Le contrat Amesys  la vente, réussie, d'équipements de surveillance par la France à la Libye de Kadhafi en 2005/2007.