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17 juillet 2014

De Sarkozy à Valls: risque djihadistes et diversions politiques


Bernard Cazeneuve : « Nous sommes face à un... par FranceInfo

Les attitudes changent, les hommes aussi, les majorités parfois. Mais il y a une constante dans l'action politique de cette dernière quinzaine d'année, la phobie de ceux qui nous gouvernent pour le danger islamiste.

La dernière lubie concerne les départs de (forcément) jeunes Français pour les divers fronts djihadistes, en particulier en Syrie et en Irak.

Notre ministre de d'intérieur, le pourtant calme et posé Bernard Cazeneuve, a présenté un projet de loi en Conseil des ministres le 9 juillet dernier



Il en a résumé ainsi la motivation:

"Tous ces jeunes qui partent, ont fréquenté la violence, une violence absolument épouvantable avec des tortures, des décapitations, des crucifixions (...) et qui reviennent après avoir été détruits par cette fréquentation de la violence barbare, représentent un risque pour notre pays. Ils sont préparés à commettre des actes d’une extrême violence partout en Europe et notamment dans notre pays lorsqu’ils sont ressortissants français. Il faut donc nous protéger".

1. Il est assez dans le cours des choses qu'un ministre de l'intérieur s'occupe de telles affaires. le terrorisme islamiste est une réalité, la menace existe. L'embrasement du (si) Proche Orient a commencé. Cela fait partie des missions de la Place Beauvau que de s'atteler aux départs pour le Djihad de quelques centaines de Français.

2. Le phénomène est marginal. De l'aveu même du gouvernement, on parle de quelques centaines de personnes concernées, moins d'un millier.  Pourtant, le gouvernement dramatise, évoquant un "défi sans précédent".

3. Pire, le gouvernement cède à la boulimie législative que l'opposition dénonçait hier quand Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur puis Président de la République. Après les Loppsi I et II, et la douzaine d'autres textes sécuritaires votées ou prononcés en une décennie de diversion sarkozyste, il s'en est trouvé au sommet de l'équipe hollandaise pour croire qu'il manquait encore un texte...  Il y eut une loi en décembre 2012, puis un "plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes" en avril 2014, qui débouche notamment sur cette nouvelle loi.
"Si l'arsenal juridique français, renforcé par la loi du 21 décembre 2012, permet de lutter contre les actes de terrorisme de façon à la fois efficace et respectueuse de l’Etat de droit, les événements récents ont montré que la législation doit être adaptée pour prendre en compte des évolutions inquiétantes, qui concernent la nature des actes et le comportement des auteurs."
4. La nouvelle loi réduit les libertés publiques, notamment la libre-circulation des ... citoyens français eux-mêmes. Elle créé en effet une "interdiction administrative de sortie du territoire". Cette dernière sera "limitée dans le temps", et "édictée sous le contrôle du juge". La procédure sera-t-elle contradictoire ? Pour renforcer "la répression de l’apologie du terrorisme et de la provocation à des actes de terrorisme", le projet de loi autorise "le blocage administratif de sites internet faisant l’apologie du terrorisme ou y provoquant". On croyait que l'ineffable Loppsi l'autorisait déjà...

5. Enfin, le texte comprend pénalisera "les actes préparatoires aux crimes terroristes" (sommes-nous dans Minority Report ?) , "même s’il s’agit d’une entreprise individuelle". Fallait-il comprendre que les autorités françaises ne pouvaient s'attaquer qu'à des terroristes agissant en mode collectif ?



25 novembre 2013

Ce que Najat Vallaud-Belkacem veut contre les violences faites aux femmes.

Elle a obtenu 66 millions d'euros, pour trois ans. Najat Vallaud-Belkacem est la ministre du sujet du jour, l'un de ces sujets que malheureusement l'actualité oublie, et que tous aimeraient voir disparaître rapidement faute de cas.

Mais des cas, il y en a, toujours et nombreux. On reste même coi devant l'ampleur du phénomène.

La ministre des Droits des femmes a présenté un plan triennal de 28 mesures qui en comporte quelques-unes plus particulièrement sociales. Car il s'agit aussi d'améliorer les "chances de sorties" de ces femmes qui veulent fuir la violence.

1650 places (mais seulement en 2017) s'ajouteront au tiers des places d'hébergement d'urgence réservées aux femmes victimes de violences. Est-ce suffisant ? Non. Le 115 est débordé, la ministre l'a reconnu ce lundi matin sur France Inter. Dans une video mise en ligne ces jours-ci, l'association Paroles de femmes teste le numéro d'appel pour l'hébergement d'urgence.

Mais les services du ministère répliquent qu'un numéro spécial et global, entièrement et exclusivement dédié aux femmes victimes de violences, sera justement accessible 24h sur 24 à compter de janvier prochain - le 3919.

Le projet de loi pour l’égalité, prochainement adopté, prévoit également l’éviction du conjoint violent du logement du couple etle  maintien de la victime dans le logement "lorsqu’elle le sollicite."

Autre mesure, la levée des obstacles à l'accès au logement social pour les femmes victimes de violences, dans le cadre du projet de loi ALUR. En l'occurrence, la location ou la propriété d'un logement par le conjoint violent n'empêchera plus l'accès au logement social. Et les documents pour justifier d'une séparation seront moins stricts.

Les CAF et Caisses de MSA seront aussi rappelées à l'ordre pour mieux prendre en compte la séparation ou la rupture de vie commune dans la détermination des droits au revenu de solidarité active. Mais la ministre, en liaison avec les Finances, souhaite aussi créer une "désolidarisation Précoce et effective des dettes" dès l'année prochaine.

Les femmes étrangères victimes de violences ou de la traite seront exonérées de taxes sur les titres de séjour (260 euros sur la primo-délivrance 260€; 106€ pour le renouvellement des titres de séjour)



AXE 1: ORGANISER L’ACTION PUBLIQUE AUTOUR D’UN PRINCIPE D’ACTION PARTAGÉ : AUCUNE VIOLENCE DÉCLARÉE NE DOIT DEMEURER SANS RÉPONSE

1.1: Ne laisser sans réponse pénale et sociale aucune violence déclarée
1.2: Créer une plateforme téléphonique d’écoute et d’orientation
1.3: Doubler le nombre des intervenants sociaux en commissariats et en brigades de gendarmerie
1.4: Consolider la réponse sanitaire et assurer la coordination des politiques publiques
1.5: Organiser une réponse à l’urgence en cas de viol
1.6: Garantir aux femmes victimes de violences l’accès à un hébergement d’urgence dédié et adapté aux besoins grâce à 1 650 solutions supplémentaires
1.7: Lever les obstacles à l’accès au logement social des femmes victimes de violences
1.8: Tenir compte de la situation des femmes victimes de violences dans le calcul des droits au RSA et mettre au programme de travail du Gouvernement la question de la désolidarisation précoce et effective des comptes et des dettes
1.9: Exonérer les femmes étrangères victimes de violences et de la traite des taxes sur les titres de séjour
1.10: Organiser autour du préfet et du procureur de la République un nouveau pilotage départemental des réponses apportées aux violences

AXE 2: PROTÉGER EFFICACEMENT LES VICTIMES
2.1: Renforcer l’ordonnance de protection 2.2: Généraliser le téléphone portable d’alerte pour les femmes en très grand danger (TGD)
2.3: Poursuivre le déploiement des référents pour les femmes victimes de violences au sein du couple
2.4: Consolider l’accueil de jour
2.5: Développer les stages de responsabilisation pour prévenir la récidive
2.6: Développer les marches exploratoires et la prévention situationnelle
2.7: Soutenir la création d’espaces de rencontre parents-enfants et l’accompagnement protégé

AXE 3: MOBILISER L’ENSEMBLE DE LA SOCIÉTÉ
3.1: Renouveler le plaidoyer pour agir : le programme de l’Observatoire national des violences faites aux femmes
3.2: Mobiliser les agents du service public et les professionnels à travers un programme transversal de formation initiale et continue (et 8 annexes)
3.3: Assurer le respect des droits des femmes dans le champ des médias et d’internet
3.4: Prévenir les comportements sexistes et les violences en milieu scolaire
3.5: Prévenir les comportements sexistes et les violences sexuelles dans le milieu universitaire
3.6: Prévenir les comportements sexistes et les violences sexuelles dans le sport
3.7: Prévenir le harcèlement sexuel et des violences au travail
3.8: Prévenir et lutter contre les mariages forcés et les mutilations sexuelles féminines
3.9: Informer et sensibiliser le grand public
3.10: Prévenir les stéréotypes sexistes et les violences faites aux jeunes femmes dans les DOM
3.11: Poursuivre la mobilisation internationale initiée par la Convention d’Istanbul


Lire aussi:

11 octobre 2013

Les 5 mensonges contre la loi Taubira

Le projet a fait couler beaucoup d'encre, même chez certains qui ne l'avait pas lu. Et p cause, le texte n'avait pas été accessible, sa présentation n'avait été annoncée que pour la rentrée. Ce fut chose faite, mercredi en Conseil des ministres.

Ce texte pourrait être l'un des rares à faire consensus à gauche. 

Enfin le texte !
Le 2 août, la publication d'un courrier de Manuel Valls à François Hollande dans lequel le premier se plaignait au second de certaines des dispositions les plus décisives du texte avait mis le feu aux poudres. Depuis, nous attendions le texte. Le 19 août, le Point en avait publié quelques extraits. Dans sa longue interview du 29 août dernier, François Hollande a finalement donné raison à sa Garde des Sceaux. Le 3 septembre 2013, France Inter avait lâché une première version.

Le gouvernement fait valoir quatre principales mesures, et des moyens renforcés pour appliquer cette réforme : une suppression des peines planchers; la création d’une peine supplémentaire, la contrainte pénale; la création de la procédure de libération sous contrainte; et l'abaissement du seuil d’aménagement des peines de prison.

Les moyens "spécifiques" déployés pour cette réforme sont "contraints" (doux euphémisme): on pourra se féliciter des places de prisons supplémentaires 6.500 places de prison dans les 3 ans. Mais le nombre de places au final - 63 500 - sera inférieur au nombre actuel de détenus (plus de 68.000 en juillet) Les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) seront dotés de 1.000 collaborateurs supplémentaires (mais seulement 300 dès 2014), pour un objectif final de 40 dossiers de détenus libérés par conseiller (contre 100 aujourd’hui). On compte par ailleurs 57 magistrats et 40 greffiers supplémentaires de prévu.

L'hystérie, déjà.
Depuis des mois, une droite "hystérisée" par la pression de son extrême ne cesse d'accuser cette loi pas même votée d'être responsable du moindre fait divers crapuleux.

A titre d'exemple, fin août, le site d'extrême droite 24heuresactu publiait un tissu de mensonges sur la loi Taubira, accusant la ministre de vouloir "libérer 98% des délinquants". "Autrement dit", ajoutait l'auteur, "les petits agresseurs sexuels, les dealers internationaux (...), les voleurs multirécidivistes, les proxénètes (...) et autres voyous de France (...)". Agressions sexuelles, trafic de drogue, et proxénétisme ne sont pas concernés par les aménagements de peine de la loi Taubira. Bref, du pur mensonge...

A peine moins outrancier, Lionnel Luca, l'UMP de la Droite Populaire, lâche sur Facebook le 30 août: "Le projet de loi Taubira est criminel car il est le feu vert à la délinquance de toute sorte! Ch Taubira sera la marraine des délinquants !"

Autre exemple, Christian Estrosi accusait le 16 septembre dernier: "vouloir supprimer les peines planchers contre les récidivistes, supprimer les tribunaux correctionnels pour les mineurs et vouloir instituer des peines de probation, c'est une incitation à la violence."

Sans surprise, on retrouve donc les vieux clichés gauche/droite. La lutte contre la récidive est l'un des échecs les plus patents du sarkozysme judiciaire. Et aussi l'un des anciens terrains de jeu préféré de Nicolas Sarkozy depuis 2002. On se perd dans les lois, les décrets, les annonces, les discours et les circulaires. Que d'énergie, souvent violente, l'ancien ministre devenu président n'a-t-il dépensé sur le sujet !

Le projet Taubira vise exactement cette agitation sécuritaire inefficace. En ligne de mire notamment, les symboliques peines planchers votées dès l'été 2007, par la loi Dati du 10 août, qui furent l'une des ruptures de l'ancien quinquennat.

Au total, donc, quelque 70 modifications du droit pénal sont intervenues entre 2002 et 2012. Pour autant, la récidive a plus que doublé entre 2001 (4,9 % des condamnés) et 2011 (12,1%). Même depuis l'entrée en vigueur des peines plancher, il n'a cessé de monter: 8% en 2007; 9,8% en 2009...

"Vider les prisons" ?
C'est l'accusation principale, propagée à droite et quelques syndicats de policiers. Les mêmes oublient que la loi Dati de novembre 2009 a élargi les aménagements de peine. Les mêmes étaient bien gênés par cette gigantesque bourde administrative découverte l'été dernier qui contraint la Justice à libérer quelques centaines de condamnés, parfois criminels. Mais qu'importe ! Observons la loi Taubira de plus près.

1. La loi Taubira ne prévoit aucune réduction de peine automatique, au contraire.
Elle créé une nouvelle peine, la contrainte pénale, de 6 mois à 5 ans pour les seuls délits punissables de moins de 5 ans d'emprisonnement, qui permet d'évaluer les personnes condamnées pour définir les contraintes les plus adaptées (prison, soins, insertion professionnelle).

2. La loi Taubira ne vide pas les prisons de ses criminels condamnés. 
La contrainte pénale ne concerne pas les condamnés pour crimes (meurtres, viols, etc). Les affirmations contraires véhiculées à ce sujet par quelques-uns à l'UMP jusqu'aux frontières de la réacosphère telle Riposte Laïque ou Fdsouche sont des mensonges, de simples délires.

3. La loi Taubira durcit en parallèle le dispositif pénal en abaissant le seuil des procédures d'aménagement de peine: "les seuils des peines aménageables avant leur mise à exécution sont abaissés à 1 an pour les primo délinquants, et 6 mois pour les récidives légales." A droite, on fait mine d'ignorer que plus de 80 000 peines ne sont pas exécutées dans l'année qui suit leur prononcé. Début septembre sur France 2, la ministre vantait alors que la contrainte pénale permettrait au contraire de prononcer immédiatement un certain nombre d'obligations et d'interdictions.

4. La loi Taubira ne prévoit aucune libération automatique des délinquants. Elle durcit même les conditions de sortie. Constatant l'échec des "sorties sèches" de prison (trop nombreuses, favorables à la récidive), la Garde des Sceaux créé une libération sous contrainte: "Un dispositif de retour progressif et encadré à la liberté est mis en place, la libération sous contrainte. Les détenus condamnés à une peine inférieure ou égale à 5 ans verront leur cas examiné obligatoirement aux deux tiers de la peine. Leur situation sera évaluée sur le plan social et criminologique. En fonction de cet examen, et après avis de la commission d’application des peines, le juge décide de la libération sous contrainte ou du maintien en détention. La libération sous contrainte implique obligatoirement soit : un placement sous surveillance électronique / une semi-liberté / un placement extérieur / une liberté conditionnelle."

5. La loi Taubira ne supprime pas la détention de sûreté, une mesure qui avait agité le camp antisarkozyste lors de son adoption en 2008. Cette absence sera considérée comme une sacrée lacune, vu de gauche.



Lire aussi:
le discours de Christiane Taubira du 10 octobre 2013
Valls, aveugle ou effrayé (Sarkofrance, 14 août 2013)


18 septembre 2013

les Roms, enjeu électoral, cible de lynchage.

Ne soyez pas surpris. Ce sera immonde, mais l'immonde n'est pas encore atteint. Il ne le sera jamais.

Il n'a pas de preuves, mais une intuition, des indices, une "intime conviction".
"La coïncidence est trop forte. Ce sont eux, je le dis et je l’affirme. J’accuse, même ! S’ils veulent me faire un procès, qu’ils le fassent. Je suis prêt à répondre en justice si j’accuse ces gens à tort.
Cet homme, c'est un élu, le maire de Croix, dans le Nord. Il s'appelle Régis Cauche, nous étions le 13 septembre.

La recrudescence de vols, surtout de volailles dans une ferme de sa commune, c'est donc, selon lui, la "faute des Roms". Quelques-uns ont installé un campement pas loin. Alors quand il est accompagné d'un journaliste, en visite dans sa commune, il évite toute retenue, il se lâche rapidement, il compatit avec l'une des victimes de ces vols sans coupables. Le journaliste de la Voix du Nord ne s'y trompe pas, il y a un contexte pré-électoral. Le recul n'est plus de mise: "À quelques mois des municipales, l’arrivée des Roms sur sa commune constitue pour lui un réel pépin électoral" écrit-il.

Avant de se quitter, il lâche une dernière formule, plus ignoble que le reste, irresponsable comme d'autres:
"Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai."
 Bien sûr, depuis, de nombreuses bonnes voix se sont exprimées, à gauche comme à droite contre ces propos. La sénatrice UMP locale a toutefois apporté son soutien... Mais la boîte de Pandore n'est plus ouverte, elle est carrément renversée.

10 septembre 2013

Marseille, le Far West en bas de chez nous. Vraiment ?


Marseille, un jour sans meurtre ? Peut-être, un jour.

La cité phocéenne est l'objet de toute l'attention qu'il convient en cette rentrée. Il y a d'abord ces morts, issus de règlements de comptes entre bandes, gangsters ou dans des milieux interlopes. On ne sait que penser, sauf que ces règlements de comptes en cascade, une quinzaine depuis de le début de l'année sont aussi l'un des signes que cette région reste l'une des plus dangereuses de France.

Certes, cela va mieux à Marseille, paraît-il. Les statistiques, calculées suivant l'exacte même méthode, révèlent que la délinquance y est en baisse: près de 20% de cambriolages en moins, moins de vols avec violence également, etc, etc. Même les règlements de comptes étaient plus nombreux l'an passé, note le Monde.


 A Marseille, les sondages en vue de l'élection municipale de l'an prochain donne le maire sortant en tête sur la base d'un paysage politique éclaté. Pire, le sort des primaires socialistes n'est pas encore réglé. Pire encore, il se trouve quelques socialistes pour regretter Jean-Noël Guérini, cet ancien responsable accusé de corruption , tricherie et autres joyeusetés .

 La lutte contre l'insécurité y est devenu le sujet majeur de ces élections municipales. L'équipe sarkozyste avait sombré, limogeant préfets et responsable vers la fin du quinquennat.

Combien de temps faudra-t-il pour réparer ces dégâts ?



[NDR: je visite Marseille de façon irrégulière depuis 15 ans. Oui, la ville paraît violente, comme bien d'autres. Il y a deux ans déjà, la Cour des Comptes jugeait que Marseille manquait de policiers. Mais ce n'est pas tout. Les saillies verbales de la socialiste Samia Ghali contre les Roms sont dangereuses. Il faut enterrer l'héritage Guérini. ]


Crédit illustration: DoZone Parody

13 mars 2013

Après Merah: quand Manuel Valls marche sur des oeufs

C'est un débat sans fin que d'aucuns alimentent régulièrement avec gourmandise. De l'affaire Merah à la capture d'une poignée de djihadistes français au Mali, la question brûle quelques lèvres: Comment interpréter politiquement le terrorisme islamique quand ce dernier est commis par des citoyens français ? Ce débat est vicié, difficilement assumable sans heurts ni passion. Et évidemment, Manuel Valls, ministre de l'intérieur, a quelque chose à dire.


Chiffon rouge...
L'affaire Merah est un bel exemple. Elle a été réactivée dans l'actualité de la semaine à cause du triste premier anniversaire des meurtres de soldats, d'un professeur et de trois élèves d'une école juive à Toulouse. A l'occasion, Manuel Valls, en semi-retraite médiatique depuis l'automne, intervient sur deux terrains: l'enquête interne sur l'(in)action des forces de renseignement; et la valeur symbolique que l'on veut attribué aux crimes et à la personne de Mohamed Merah.

Sur le premier point, les anciens premiers flics de France de Nicolas Sarkozy sont sous le coup de nombreuses accusations. L'enquête a déjà produit quelques résultats: Merah n'aurait jamais été recruté par la DCRI. Une déclassification en plusieurs étapes est en cours.

Le second sujet est plus épineux. Manuel Valls évoque un « ennemi de l'intérieur. » Il insiste sur « un terrorisme qui est né dans notre pays, qui est né dans nos quartiers ». Dans la bouche d'un ministre qui se prétend de gauche, l'expression fait tâche. A droite, Valls énerve car il désinstrumentalise nombre de thèmes électoraux que les Sarko-fans ou le Front National aimaient à agiter contre la gauche. Lundi dernier, un exemple de cet agacement fut encore donné par cette déclaration de Claude Guéant, invité par France Inter: « son succès notamment auprès de l’opinion, repose sur un discours qui n’est pas de gauche » déclara-t-il, grimaçant. La prolifération d'articles plus ou moins nauséabonds à l'encontre de Valls dans la fachosphère est un autre exemple de cette nervosité anti-vallssienne.

A gauche, on trouve que les propos de Valls sont souvent trop à droite, et notamment ceux consacrés à l'après-Merah. Bien sûr, on pourrait dire que la République a toujours et encore eu nombre d'ennemis de l'intérieur, une gigantesque coalition des anti-, plus ou moins puissante au fil de ces dernières 230 années. Mais Valls sort l'expression dans un contexte qu'il n'ignore tendu. C'est comme un chiffon rouge agité devant tous ceux qui le détestent déjà. A gauche, cette interprétation Vallssienne dérange. "Pourquoi ne pas admettre, un an après les meurtres en série perpétrés par ce fanatique, que l'affaire Merah révèle l'impuissance des politiques menées jusqu'alors, et prendre à contre pied l'idéologie Jihadiste en rappelant les valeurs de la République, en tenant des discours qui rassemblent, plutôt que de diviser ? " s'indigne ainsi Steff.

Valls ferait du Sarkozy ? Pas tout à fait, mais il joue avec un mauvais feu. Il marche encore sur le fil d'un rasoir qui finira par le couper.

L'autre chiffon que le ministre s'est empressé d'inutilement agité est cette absurde idée de sanctionner la consultation de sites internet prônant le terrorisme. Juste après les assassinats commis par Mohamed Merah il y a un an, Nicolas Sarkozy nous avait sorti ce gadget inutile. En novembre dernier, Valls se déclare "pas opposé" à la création d'un délit de consultation de sites terroristes.

... ou pas ?
Ces derniers jours, le ministre devait également commenter la capture de quelques djihadistes français au Mali.

Le ministre ne stigmatise pas l'Islam. Bien au contraire, il exonère l'Islam: « Il y a aujourd'hui une crise d'identité que vivent un certain nombre de ces jeunes, qui peut les conduire au pire. (...) La réponse ne peut pas être uniquement policière; ça doit être une réponse de toute la société. »

Il appelle les autorités religieuses et ses croyants en renfort. Et réduit ces apprentis djihadistes à des marginaux, une  « poignée ». Dimanche dernier sur BFM TV, il ne dit pas autre chose: «Mais nous le savons, il y a des réseaux, des groupes, il peut y avoir des filières quand il s'agit d'acheminer des apprentis jihadistes, hier en Afghanistan ou au Pakistan, aujourd'hui ils sont plusieurs dizaines en Syrie, mais aussi pour une poignée d'entre eux en Somalie, au Yémen ou au Sahel. Ca reste évidemment préoccupant

Il fait tout autant le lien entre ces dérapages fanatiques et le contexte social que n'importe quel chantre de la gauche impeccable:
« Il y a un antisémitisme qui est né dans nos quartiers populaires (...) Cette haine est d'abord venue de l'extrême-droite, mais depuis quelques années, et on l'a trop souvent nié, elle est aussi un élément de l'identité de groupes radicaux liés à un salafisme, qui veulent prendre possession de nos quartiers (...) qui connaissent la crise et la précarité » Manuel Valls, 10 mars, BFM TV
Alors, tout va bien ? Non. Le sujet reste explosif. Nous sommes pourtant sortis du sale débat identitaire lancé en novembre 2009, prolongé jusque dans la campagne de 2012 par l'homme de l'ombre Patrick Buisson. celui-là était posé pour cliver, opposer, stigmatiser. La même année, la mayonnaise Marine s'est aussi révélée indigeste, même si elle séduit jusqu'à un vingtième de l'électorat. Mais ce n'est pas suffisant.

D'aucuns tentent de resservir le couvert, c'est-à-dire assimiler l'action terroriste de quelques prétendus djihadistes français comme l'une des preuves d'incompatibilité de l'Islam avec la République. C'est grave. Manuel Valls marche donc sur des oeufs.

Au moins en a-t-il conscience.




Crédit illustration:  « Terroristes, les 7 piliers de la déraison », par Marc Trévidic, JC Lattès, 18 euros.



11 février 2013

Manuel Valls a-t-il déjà réussi ?

Jeudi 7 février, Manuel Valls s'exprime devant Jean-Pierre Elkabbach.

En une douzaine de minutes, ces exercices d'interview politique expresse révèlent toutes leurs limites. La pensée se rétrécit à la courte phrase, l'interviewer, qui n'est souvent plus journaliste que de carte, s'exerce à faire sortir le mot qui fera buzzer son exercice chez ses confrères.

Triste conception d'un métier dont hier Albert Londres était l'icône.

Ce matin-là, Manuel Valls, notre ministre de l'intérieur a donc les honneurs d'une douzaine de minutes chez Europe 1, et une pleine couverture du quotidien Libération. L'été dernier, il était le symbole d'une trahison et l'icône d'une résurrection.

Six mois plus tard, face à Elkabbach, il résiste aux provocations. Car le journaliste n'eut rien de mieux à demander que de savoir si le ministre accorderait quelque soutien matériel au gouvernement tunisien pour rétablir l'ordre après les troubles qui suivirent l'assassinat d'un opposant. La ficelle était bien grosse. Le même Elkabbach l'amène sur l'islamisme, fameux sujet. Et l'intervieweur lui tend l'expression, « fascisme islamiste ».

1. Contre l'insécurité, Manuel Valls n'en fait pas trop, même pour ses critiques à gauche. Il aurait presque un bon bilan, même s'il est trop provisoire pour qu'on le juge ainsi de façon aussi définitive. La lutte contre l'insécurité n'est pas une question politique. Il faut du temps pour oublier et faire oublier le cirque sécuritaire servi par l'ancien monarque une décennie durant. «il est encore trop tôt pour le mesurer. Mais c’est possible. Nous savons que la délinquance, par essence, évolue plus vite que les politiques publiques» justifie l'actuel ministre.

Les Zones de Sécurité Prioritaires créées l'été dernier semblent faire leur preuve. Il y en aura une centaine à la fin de cette année. Elles concentrent une meilleure coordination des forces de l'ordre et de justice dans certains coins jugés prioritaires sur des sujets ciblés (par exemple le trafic . Dans les quartiers dits sensibles, la « méthode ZSP » semble s’imposer, expliquait Alice Géraud, pour Libération

2. Contre l'insécurité, Valls défonce un à un les clichés que la droite sarkozyste aimait tant propager contre la gauche. Ainsi à Marseille, il inaugure un centre de videosurveillance. Le sujet est pourtant sensible. Quand ils tenaient les manettes du pays, les Sarko-boys adoraient expliquer combien la gauche était trop angélique pour accepter des caméras dans nos rues. La véritable question était celle des moyens. Sarko cachait qu'il réduisait les effectifs de police dans les quartiers populaires pour mieux promouvoir le fichage et le renseignement. On connait la suite, une DCRI désorganisée et des atteintes aux personnes en constante progression depuis 10 ans.

3. Sur l'immigration, Manuel Valls nous fait parfois horreur avec le peu de recul dont il a fait preuve lorsqu'il s'agissait de traiter des camps illicites de Roms. On regrette aussi l'absence de communication politique sur les quelques cas d'expulsions aux conditions douteuses que subirent des sans-papiers. La politique migratoire du gouvernement fait toujours autant débat à gauche. L'auteur de ses lignes accepte la promesse présidentielle - aucune régularisation générale. Il faut reconnaître

4. L'action de Manuel Valls ne peut être jugée sans la resituer dans l'action générale du gouvernement Ayrault. Pour le dire autrement, Valls n'est tolérable que parce qu'il a pour collègues Taubira et Peillon. La prévention n'est pas son métier. La justice et l'éducation ne sont pas de son ressort.

Jeudi 7 février, Manuel Valls fut contraint de commenter un autre moment de chauffe sociale. Il en appelle aux syndicats: « La colère des ouvriers doit être canalisée par les syndicats». 
Et d'ajouter: « Il y a de la désespérance chez les ouvriers, chez les ouvrières, il y a de la colère. (...) J'en appelle évidemment à la retenue, au dialogue social, à la recherche de solutions.»

Le ministre ne croyait pas si bien dire. 



Valls : "La colère des ouvriers doit être... par Europe1fr

15 novembre 2012

Message de Service: Délinquance

Le ministère de l'intérieur a publié ses dernières statistiques sur l'évolution de la délinquance. L'occasion, à l'Assemblée nationale, d'une jolie passe d'armes mardi 13 novembre après midi, entre Eric Ciotti, député UMP et directeur de campagne de François Fillon, et Manuel Valls, ministre de l'intérieur.

Ce dernier a justement répliqué à l'attaque. Les derniers chiffres sont aussi exécrables et incohérents que sous l'ancien régime.

En particulier, les atteintes aux personnes, la forme la plus violente de la délinquance qui n'avait cessé d'augmenter depuis 2002, avaient encore cru. Mais ces statistiques avaient cette particularité exemplaire d'être si radicalement différentes entre les zones de police et celles de gendarmerie. Les premières présentaient des chiffres stables, les seconds une explosion du nombre d'actes.

Allez comprendre...

Quel crédit accorder aux chiffres de la délinquance ? s'interroge le Monde. Effectivement... Il est temps de se poser la question.

La délinquance est un sujet trop grave pour être instrumentalisé.

Cinq années durant, nous avons tenu la chronique de l'échec d'une politique qui revendiquait la lutte contre l'insécurité comme son ADN politique.

Cette période est terminée.

Il faut maintenant et simplement résoudre les problèmes.


Lire aussi:

19 octobre 2012

Hollande: pourquoi les libertés progressent, même avec Valls

Les libertés progressent, avec ou sans Valls. Mais si certaines des interventions du ministre de l'intérieur déclenchent toujours l'ire des critiques à gauche, et des louanges discrètes ou gênées à droite, d'autres déclarations ou décisions n'ont pas le bénéfice de la même agitation.

Cette semaine, on s'intéresse à l'agenda du ministre. Il rencontre voire, pire, déjeune, avec d'anciens ministres ou proches de Nicolas Sarkozy. Chez certains, cela mériterait le bucher. Plus sérieusement, ce serait la preuve supplémentaire de la trahison complète et définitive de Manuel Valls. Après un déjeuner avec Brice Hortefeux « en tête à tête, place Beauvau » en septembre, Valls a également ripaillé avec François Baroin, Charles Pasqua, Michel Mercier, Eric Ciotti et Christian Estrosi. Fichtre ! Quel sacrilège ! Mais combien de ministres ou de personnalités de gauche le même ministre a-t-il également rencontré sur ces deux mois écoulés ?

Jeudi soir, le Monde titre sur la nouvelle coqueluche des polémiques médiatiques. On frôle la surdose. Sa popularité sondagière serait « à double tranchant ».

Le mariage gay est en passe d'être légalisé, un projet porté par les ministres Vallaud-Belkacem et Taubira. Le gouvernement l'a annoncé pour janvier. Plus d'un millier de maires de droite ont signifié qu'ils refuseraient d'appliquer la loi. Ces gens-là mériteraient sans doute la destitution, a minima une suspension s'ils passent à l'acte. Le ministre de l'intérieur n'a pas réagi à cette fronde. Il aurait autorité, pourtant, à suspendre tel ou tel premier magistrat de ses fonctions en cas de nécessité. Un autre front, mené par un collectif baptisé Maires pour l'enfance, a écrit à 155.000 maires et adjoints pour les inviter à signer leur appel: « Nous leur demandons (...) s'ils sont pour ou contre le mariage homosexuel, et s'ils sont demandeurs d'une clause de conscience qui leur permette de ne pas célébrer ces mariages » a déclaré un de leurs portes-paroles. Quelle mobilisation ! Et où étaient-ils, ces maires, quand d'autres détresses frappaient ou frappent encore des milliers d'enfants ? Par exemple, avez vous remarqué pareille mobilisation quand l'INSEE publia d'effroyables statistiques, voici un mois, sur la progression de la pauvreté des plus jeunes ? En France, un enfant sur 5 est pauvre !

Sur un sujet parallèle, Manuel Valls a accordé le droit aux congés parentaux aux familles homoparentales de la police et de la gendarmerie. Et l’association Flag! de policiers et gendarmes LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans), s'en est félicité:  «Les demandes formulées par Flag! ont effectivement été entendues. » Valls avait même envoyé un représentant à leur assemblée générale.

A Toulouse, jeudi 18 octobre, le même ministre, décrit comme l'indigne successeur de Claude Guéant et Brice Hortefeux, a profité d'une cérémonie de remise de certificats de nationalité à des nouveaux Français pour annoncer que sa circulaire assouplissant les critères de naturalisation était enfin prête.Il supprime l'exigence d'un CDI qui motivait 40% des refus (« Je refuse l'idée que seuls les détenteurs d'un CDI puissent devenir français ») et les questionnaires à choix multiples sur l'histoire ou la culture française. En revanche, une autre circulaire confirme la nécessité de signer une Charte des droits et devoirs du citoyen français. Et le niveau de Français exigé sera équivalent à celui d'une classe de troisième.

Sans surprise, l'UMP l'a accusé de brader la nationalité française.

Avec surprise, rares ont été les commentaires émanant de la gauche sur cette avancée.



25 septembre 2012

Grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous pouvons supporter Valls

Valls dérange, Valls agace. Même pour ses partisans à gauche, sa récente proposition de mesures contres les voyages des apprentis djihadistes dans des camps terroristes en Afghanistan ou ailleurs faisait sourire ou grincer des dents. On s'était bien moqué de la proposition similaire faite par Nicolas Sarkozy en mars dernier au lendemain de l'affaire Merah.

A l'époque, il est vrai, Sarkozy déclamait encore son traditionnel « y-a/faut qu'on», alors que Manuel Valls ne faisait qu'évoquer le problème.

Mais qu'importe, le ministre de l'intérieur attire tellement la lumière que d'aucuns le confondent avec Hollande et Ayrault. Relisez donc cette tribune d'Edwy Plenel, sur Mediapart vendredi dernier. Et la réponse de Jean-Marc Ayrault, dans le même Mediapart, publiée ce dimanche. Valls est le ministre iconique qu'il faut casser ou louer.

Aussi devions-nous nous réjouir des initiatives récentes de deux autres ministres, deux femmes.

Tour à tour, Najat Vallaud-Belkacem (Droits des Femmes) puis Christiane Taubira (Justice) ont présenté la semaine dernière quelques-uns de leurs projets qui engagent directement la justice et la conception que l'on s'en fait dans notre beau pays.

Après l'étouffante séquence « Valls » de l'été, l'automne pourrait-il se dérouler sous d'autres couleurs ?

Najat Vallaud-Belkacem a promis des sanctions plus dures contre les entreprises qui n'engagent ni ne concluent d'accords sur l'égalité hommes/femmes. On se souvient que le candidat Sarkozy de 2007 avait promis l'égalité salariale « totale » entre hommes et femmes « en 2010 ». On en a encore les larmes aux yeux.

On se souvient comment un ancien ministre du Travail avait tenté de nous convaincre, voici 2 ans, que sa réforme en la matière allait changer le monde. Puis il avait saboté le décret d'application avec suffisamment d'énergie pour qu'aucune sanction ne soit enfin possible. Quel cachotier ! Cette fois-ci, Natjat Vallaud-Belkacem a donc prévu de modifier d'ici la fin du mois d'octobre le dit décret d'application de la dite loi de 2010 sur l'égalité salariale.

Le lendemain, elle publiait une tribune contre une autre incompréhension. Neuf représentants d'Etats-membres de l'Union européenne s'opposent à un projet de directive qui encadrerait la part des femmes siégeant dans les conseils d'administrations des grandes entreprises européennes. La Commission européenne - pour une fois qu'elle travaillait à l'avancée des droits - envisageait une directive pour imposer 40% de femmes dans les conseils d'administration. « 86% des administrateurs de société cotées en bourse sont des hommes et la résorption de ce grave déséquilibre par la méthode douce de l'autorégulation est si lente qu'il faudrait attendre au mieux 2053 pour que 40% de femmes siègent dans les conseils d'administration des entreprises européennes » fustigeait la jeune ministre.
 Avant de se rendre vendre à Marseille avec son collègue Valls, Christiane Taubira avait livré un entretien plein de bon sens sur la lutte contre la récidive.

« Ne peut-on pas débattre du sens de la peine, du fait que le tout-carcéral augmente les risques de récidive ? »

Elle recadrait nombre de caricatures et stupidités dont la droite au pouvoir ou l'extrême droite dans l'opposition ne abreuvent depuis des lustres. Comme nombre de ces caricatures portent justement sur elle-même et son action, citons-la tout simplement... Histoire de lever certains malentendus pour celles et ceux qui ont le courage de vouloir comprendre la réalité. Car à droite, on cherche évidemment à surjouer la différence et la caricature: Taubira serait la face cachée mais réelle de l'action gouvernementale, les raisons de l'échec programmé de Manuel Valls. Jeudi 20 septembre, Jean-François Copé expliquait encore que le ministre de l'intérieur était « objectivement est à droite » dans ses paroles, mais que Taubira  « fait voter des lois qui vont dans le sens inverse ».

Citons donc les déclarations de Christiane Taubira.

« Il n'y a pas à opposer incarcération et aménagement de courtes peines. Nous faisons confiance aux magistrats du ministère public pour apprécier de manière adaptée les mesures d'exécution des peines. L'ancienne majorité ne faisait pas confiance aux juges, ça n'est pas un mystère, elle l'a dit en termes fortement déplaisants, pas seulement envers les personnes, mais envers l'institution et la dignité de la charge.»

Ou encore:

« Il faut faire en sorte que nous réduisions effectivement les risques de récidive, ça ne veut pas dire cesser d'emprisonner. » Pourquoi donc quelques ténors à droite (Copé, Hortefeux) récidivent-ils en expliquant que la ministre Taubira serait adepte du plus grand des laxismes ? 

« Les politiques pénales des dix dernières années – 50 lois pénales en dix ans– ont généré de plus en plus de peines de prison ferme. Et des études multiples ont prouvé que la prison augmente davantage les risques de récidive que les autres peines pénales ; la formule "la prison : école du crime" n'est pas complètement fantaisiste.»

Fichtre ! Christiane Taubira serait-elle dans l'opposition ? Non. Elle est la digne ministre, collègue de Manuel Valls. Les deux jouent leur partition, un jeu compliqué qui nécessite un tant soit peu d'équilibre de la pensée et de l'argumentation.

Pour le dire autrement, grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous devons soutenir Valls.



17 août 2012

Christiane Taubira, une ministre contre la meute.

Depuis sa prise de fonction, Christiane Taubira n'a cessé d'être l'une des cibles favorites mais solides de la droite. Ces derniers jours, l'actualité sécuritaire est telle qu'opposer la Garde des Sceaux à son collègue de l'Intérieur Manuel Valls est même devenu un sport médiatique national.

La ministre a bien du courage.

Les loups contre Taubira
Sa nomination même a été contestée par les mêmes qui ne mouftèrent pas quand Nicolas Sarkozy, il y a 5 ans, avait placé Rachida Dati à la tête du même ministère. Pour les chantres de la Droite Forte ou de la Droite Populaire, Christiane Taubira était une erreur de casting.  

Rien ou presque ne lui fut épargnée. On lui contestait d'avoir été nommée, avant même qu'elle n'ait fait quoique ce soit. Pensez-vous ! Une députée originaire de Guyane ! Rappelez-vous la rumeur des drapeaux français brûlés... Ou ce député UMPiste, Jean-Paul Garraud, qui confiait publiquement « avoir mal à la France » à cause de cette nomination. Il fut battu aux législatives de juin. Mais Mme Taubira ne fut pas rancunière. Elle appuya sa nomination au poste qu'il convoitait, avocat général à Poitiers (il était anciennement magistrat).

Plus récemment, la ministre de la justice avait « commis » un long entretien au quotidien Libération, dans lequel on lisait notamment ceci: « Nous sommes aujourd’hui à 42 CEF. L’héritage de la précédente mandature prévoyait la transformation de 18 foyers supplémentaires en CEF. J’ai arrêté ça et j’ai lancé une inspection devant évaluer ces centres. » Puis ceci: «  Il faut sortir du fantasme CEF. Il faut arrêter de se dire que c’est LA solution. Je ne l’ai jamais pensé ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. ».

Immédiatement et sans surprise, la quasi-totalité des ténors de droite se jetèrent sur l'argument:
« Ce que révèlent ces faits-là, comme d'autres précédents, c'est un vrai problème d'autorité du président François Hollande sur son équipe » osa Laurent Wauquiez. Un problème d'autorité ? Mais de quels faits l'ancien ministre-godillot parlait-il ?

Eric Ciotti, directeur de campagne de François Fillon, publiait même un communiqué de presse: « Je pose aujourd'hui une question au président de la République : approuve-t-il et cautionne-t-il les propos et les projets de sa ministre? (...) En voulant supprimer les courtes peines, en revenant sur l'engagement de campagne de François Hollande de doubler le nombre de centres éducatifs fermés, Mme Taubira défend une vision idéologique, passéiste et naïve d'une justice qui refuse toute place à la sanction. »

Même un centriste comme Yves Jego se joignit au concert des procès d'intention: « J'appelle François Hollande à tenir ses promesses de campagne. Il a promis de doubler le nombre de centres éducatifs fermés, quelle est sa réaction aujourd'hui en voyant sa garde des Sceaux dire qu'elle veut revenir sur cette promesse ? »

Car il s'agissait bien d'un procès d'intention. Primo, la ministre avait-elle annoncé la fermeture des centres ou le gel de leur construction ? Non. Elle avait rappelé quelques critiques fortes et décisives. D'autant plus fortes et décisives que l'on apprenait de Marianne2.fr que l'ancienne équipe au pouvoir savait pertinemment que les fameux centres éducatifs fermés souffraient de graves dysfonctionnements. Secundo, avait-elle démembré l'héritage sarkozyen ? Même pas !

Le cas Hortefeux...
Brice Hortefeux fut un cas à part au sein de la meute. Il était plus confus, mais plus directement intéressé que d'autres par certaines décisions de la ministre. Il avait été ministre de l'immigration, puis de l'intérieur, et directement concerné par quelques enquêtes en cours dans le cadre du Karachigate.

Quand Mme Taubira muta ce procureur qui aimait tant la fréquentation des cercles du pouvoir quand ceux-ci lui étaient proches, son sang ne fait qu'un tour. Philippe Courroye était passé du statut enviable de juge indépendant à courroie de transmission de la Sarkofrance triomphante. C'était peut-être injuste, mais que n'a-t-il fait dans de multiples affaires pour évacuer l'instruction de la justice quand elle gênait les pontes de l'Elysée ? Voici que Christiane Taubira lui proposa/imposa une mutation à la Cour d'appel de Paris, et il joua au martyr. L'homme avait été mis en examen avant que la procédure ne soit annulée pour vice de forme. Ses collègues du Syndicat de la Magistrature lui avaient écrit une lettre acide, révélée par Mediapart:
« Et le syndicat de moquer méchamment son déjeuner avec Jacques Chirac chez François Pinault, alors que le juge instruisait un dossier sur la mairie de Paris ; son dîner avec Nicolas Sarkozy et la médaille reçue par la suite de ses mains ; son dîner avec Jean-Charles Naouri et l’avocat Paul Lombard, en marge du dossier Casino ; et l’espionnage des journalistes dans l’affaire Bettencourt. »
Quand Courroye fut muté, Hortefeux s'énerva et dénonça la chasse aux sorcières: « En se comportant ainsi, la garde des Sceaux se fait le fossoyeur d'une autorité judiciaire dont elle est censée être la garante». Ou encore: « Mme Taubira démontre à quel point la justice est pour elle une notion à géométrie variable et la fermeté un concept étranger, bien plus qu'une nécessité. »

En fait, le plus fidèle des sarkozystes - mouillé jusqu'au cou dans nombre d'affaires de Sarkofrance - pouvait se sentir visé. Il aurait pu être discret.

Tous, Hortefeux compris, avaient décidé de partir en meute contre la Garde des Sceaux.

Taubira trahie par Libé ?
Le plus drôle, le plus grave était ailleurs, apprenait-on de la lecture du Canard Enchaîné de ce mercredi 15 août. Le quotidien avait jugé bon de tronquer une phrase décisive de l'entretien conduit avec Christiane Taubira le 7 août dernier:
« L'engagement du Président de la République vaut, et, ma responsabilité de Garde des Sceaux, c'est de lui apporter des éléments indiscutables pour lui dire: voilà ce que produit le milieu ouvert, voilà ce que produisent les CEF ».
Où la ministre renie-t-elle les promesses du candidat Hollande ? Nulle part. Libération s'est excusé de toute malice, assure le Canard Enchaîné. La gaffe - si gaffe il y avait - était fausse.

Taubira perdante ?
Ces UMPistes qui hurlaient à chaque déclaration de la ministre choisissaient leurs sujets d'anathèmes. Les critiques de Taubira contre les peines planchers - qui, 100 jours après l'élection de François Hollande n'ont pas été supprimées - ont alimenté son procès en laxisme. Pourtant l'échec sécuritaire de Nicolas Sarkozy était là, encore bien présent. Des émeutes à Amiens aux récidives d'un délinquant sexuel dans un camping de l'Ardèche, où était le bilan de l'ancienne administration ?

La ministre affirmait que « la lutte contre la récidive est une démarche, un objectif majeur de ma politique pénale », mais Hortefeux la traitait encore de laxiste.

L'entretien du 7 août de la Garde des Sceaux couvrait bien des thèmes que d'aucuns se refusèrent à droite de commenter, comme la surpopulation carcérale via la récente condamnation de l'Etat par le tribunal administratif de Nouméa pour traitement inhumain aux prisonniers (avec ses 328%  de taux d'occupation !). Le 6 août, elle avait envoyé une mission sur place.

Jeudi 16 août, le patron de l'Express Christophe Barbier a ajouté sa petite musique. Il n'avait pas lu le correctif du Canard Enchaîné, mais il expliqua pourquoi Manuel Valls avait déjà gagné contre Christiane Taubira. Son argument était simple: les Français auraient besoin d'ordre plus que de justice.  Un argument simple, mais contestable. Nicolas Sarkozy avait eu toutes les peines du monde à imposer la sécurité et l'immigration comme thèmes de campagne. Et les Français, in fine, avaient préféré la rigueur juste à la « protection » sécuritaire proposée par l'ancien Monarque. La veille, Lionnel Luca, député de la Droite Populaire, s'exclamait sur Twitter: « On recherche désespérément Christiane Taubira, disparue dans la forêt guyanaise, qui a lâchement abandonné son petit camarade Manuel Valls isolé à Amiens.» Tout était dit, la gêne de ne pouvoir accuser le gouvernement de laxisme que compensait un mépris relatif voire certain contre Mme Taubira.

Jeudi midi, les services de Mme Taubira ont reçu un colis macabre: le doigt qu'un détenu s'était coupé pour réclamer son transfert dans une prison plus proche de sa famille. Au fait, qui est responsable de la surpopulation carcérale ?

Nous devions conclure sur ces quelques lignes, une citation de la Garde des Sceaux elle-même:

« Ainsi, comme il était à prévoir, le bruit et la fureur se sont tassés. Jusqu’à la prochaine ? La prochaine quoi, au fait ? Leur prochaine panique. Chaque fois qu’un acte mettra en lumière, de façon rigoureuse, l’impasse de leur politique passée, ils feront diversion par des cris et anathèmes. Ils ne supportent pas l’idée de notre efficacité. »



24 avril 2012

Sarkozy cherche encore la France silencieuse.

Il avait accepté l'idée de sa faible popularité. Il espérait qu'on lui serait gré d'avoir « tenu » la barre pendant la Grande Crise. Il voulait éviter un référendum contre lui. Il en a eu deux. En arrivant second, Nicolas Sarkozy a raté son premier tour comme il a raté son quinquennat. Et pire, il a redressé le Front National.

Lundi, il n'avait pas compris. Il cherchait encore une France silencieuse qui pourtant s'était exprimée plus de 80% dimanche soir. Il cherchait les « vrais travailleurs », dénonçait une gauche qu'il cherchait au Fouquet's, s'agaçait des délocalisations qu'il n'osait reconnaître comme bilan.

L'échec
Le 21 avril 2002 avait laissé un traumatisme, surtout à gauche. Malgré de bons résultats économiques, la gauche plurielle n'avait su convaincre. L'insécurité avait été agitée comme un fabuleux sujet. On lui attribua la principale responsabilité dans la qualification du Front national du second tour. Dix ans plus tard, le constat est pire pour Nicolas Sarkozy. Il a sauvé sa qualification de second tour. Mais son double échec devrait interroger.

Il a rétréci la droite parlementaire à son plus faible étiage de la Vème République, à peine un quart des voix. Par rapport au premier tour de 2007, il a perdu environ 2 millions de voix. Et il fait progresser le Front National. En 2002, Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret avaient attiré 5,5 millions des suffrages. Dix ans plus tard, l'unique candidate du Front National rassemble 6,4 millions des votes sur son nom au premier tour de cette présidentielle 2012. Que s'est-il passé ?

En 2002, on accusa la gauche d'ignorer les « vrais » problèmes, de pratiquer l'angélisme. Nicolas Sarkozy a cru qu'il suffisait d'en parler pour convaincre. Encore fallait-il obtenir des résultats. L'échec de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité est patent. En 10 ans, les atteintes aux personnes ont progressé de 87.000 actes: de 381.000 en 2002, elles ont régulièrement progressé pour atteindre 468.000 l'an dernier !

Et pourtant, depuis 2002, la boulimie législative de Nicolas Sarkozy a largement écoeuré jusqu'à son propre camp. Pour le simple dernier quinquennat, la multiplication des lois, pour de si mauvais résultats, a décrédibilisé Nicolas Sarkozy. Ce dernier s'est révélé dangereusement incompétent. Même la Cour des comptes, en juillet dernier, s'est inquiété de la mauvaise gestion des forces de l'ordre.

Sans réponse
Lundi matin, Nicolas Sarkozy et ses proches avaient la gueule de bois. On les a vu défiler, un à un, pour s'enfermer pour l'une de ses traditionnelles réunions dites « stratégiques». Patrick Buisson, le brillant conseiller qui convainquit Nicolas Sarkozy de cette stratégie frontiste, n'était pas venu. Ils cogitèrent durs pour tenter d'imaginer comment favoriser les meilleurs reports de voix au second tour.

Tout ça pour ça... A Donzère, la ville dont Eric Besson, l'ancien ministre de l'identité nationale qui organisa le sinistre débat éponyme, le Front national est arrivé devant l'UMP. A Meaux, la ville de l'avocat-député Jean-François Copé, François Hollande est arrivé en tête. 

Un désaveu ? « Je ne le crois pas, bien au contraire ». Guillaume Peltier, l'ex-frontiste devenu expert ès sondages vivait sur une autre planète. Il tenta de défendre son mentor sur iTélé puis France Inter. La veille, il confiait: « Si on n’avait pas eu ces thèmes forts, Marine Le Pen aurait été encore plus haut » Ah, la belle excuse.

Louis Alliot, vice-président du FN et compagnon de Marine Le Pen déclara attendre « l'implosition de l'UMP » après la défaite.

Les vrais travailleurs ?
En sortant de son QG, lundi matin, Nicolas Sarkozy confia à la nuée de journalistes qui l'attendaient qu'il avait décidé d'une manifestation pour le « vrai travail ». Il était clair qu'il avait choisi sa posture, guerroyer sur le terrain même du Front National. Et tant pis pour l'électorat centriste. Patrick Buisson était finalement toujours aux commandes. « Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille». Qui fera le tri ? « On défendra, nous, le vrai travail, pas le statutSarkozy continuait sa croisade contre les syndicats.

Vers 18 heures, Nicolas Sarkozy était à A Saint-Cyr-sur-Loire, dans une petite salle. Finalement, son planning de campagne avait à peine changé. La veille à la Mutualité, il avait pourtant promis d'aller « partout », « à la rencontre de chaque Français ». Ce n'était que des mots, comme toujours.

A Saint-Cyr-sur-Loire, Sarkozy était hargneux. On aurait cru qu'il voulait en découdre avec les mains. Il avait oublié qu'au 2nd tour, on rassemble. Qui voulait-il rassembler ? Qui pouvait-il rassembler ?

Irresponsable.
Nicolas Sarkozy, bien sûr, était irresponsable de son propre bilan. « Les délocalisations, dans vos territoires, ce n'est pas acceptable. » Il avait raison, mais il n'avait rien pu faire contre la disparition de 900 usines en 5 ans.  Il s'évertua à fustiger la technocratie. Il s'amusa de ces grandes entreprise squi, la crise aidant, avaient réclamé l'aide des Etats. « Quand la crise a soufflé, ils ont chacun retrouvé leur président.» A ces banques et autres groupes, que n'avait-il pu imposer quelques contre-parties en matière d'emploi ou de gouvernance ? Evidemment, il n'en fut pas question devant cette assemblée transie d'inquiétude de militants qui voulaient encore croire au rêve Sarkozy.

« Et les retraites payées avec une semaine de retard, alors que les loyers sont payés le 1er ? » Son ministre du budget avait refusé la mesure il y a deux ans.

Triste sire...

Don Quichotte
A Saint-Cyr-sur-Loire , Sarkozy s'inventait des combats, comme celui contre la « technocratie » qui n'aurait rien compris. N'était-il ministre ou président depuis 10 ans ? N'avait-il placé nombre de proches, d'amis, de proches amis à la tête des administrations policières, judiciaires, voire bancaires ?

Il s'inventait des polémiques: « C'est un scandale, parce qu'on ose prononcer le mot immigration. C'est un scandale ! » Les sondages, y compris ceux de son proche institut Opinion Way, semblaient indiquer que la France s'inquiétait surtout du chômage, de la précarité, de la santé publique qui devient privée.  

«  Ne pensez pas à nos dettes, il n’y a pas de dette !  Ne pensez  pas à l’Europe, il n’y a pas d’Europe ! Quant aux chinois n’y pensez pas, ils arrivent » Mais de quoi parlait-il ?

Mais Sarkozy s'obstinait. La Burqa était son moulin à vent dont il était le Don Quichotte. Trois cent verbalisations  « La Burqa, ce n'est pas anecdotique ». Sarkozy n'avait pas retenu la leçon. Il se pensait en 2002 ou peut-être même en 1986. Nous étions en 2012.

« Le travail qui rapporte moins que l'assistanat, c'est une véritable injustice ! »  Mais de quoi parlait-il ? Connaissait-il seulement le montant des minima sociaux ?

« Je voudrai dire un mot à mon contradicteur : comment voulez vous sortir de la crise si vous niez la crise. Comment inscrire la France dans le monde si on nie la réalité du monde » Mais de quoi parlait-il ? Accuser François Hollande de nier la crise, quand toute sa campagne ne portait que que sur le redressement d'une France abîmée était curieux. Dans la salle, les applaudissements étaient hésitants.

Le président des Riches eut cette formule malheureuse, le clown ne mesurait plus qu'il en devenait ridicule: « Je veux parler aux petits, aux sans-grade, aux ruraux, aux petits retraités, qui ne protestent pas mais ont le droit d'être respectés.»

Il cherchait pourtant encore cette France silencieuse. Elle s'était pourtant largement exprimée, ce dimanche, avec une participation quasi record de plus de 80%.

Désespéré
Il conclua dans la polémique. Il rappela sa fumeuse anecdote, vieille de 10 jours quand il passa sur France Inter. Puis fustigea:  «Je n'accepterai pas de leçons de morale d'une gauche qui voulait installer DSK à l'Elysée » déclara celui qui l'avait installé au FMI en juin 2007.

L'homme du Fouquet's et des weekends à Marrakech dénonça cette gauche qui « dîne dans des restaurants de luxe » et qui « invite dans ses meetings des exilés fiscaux ».

En début de meeting, il était stressé, grave, désespéré.  «Je ne me permettrai pas de juger les Français dont je ne connais pas les souffrances.» C'était un avis d'impuissance : « Je n’ai pas à donner de leçons de morales. J’ai vu qu’on leur faisait le reproche d’avoir voté pour les extrêmes. Je ne le leur reproche pas. Il y a des Français qui pensent que les choses ne peuvent pas continuer ».

Il avait raison. « Il y a des Français qui pensent que les choses ne peuvent pas continuer ».

Le changement devait être sans lui.

Ami sarkozyste, lâche ton candidat.


23 mars 2012

Toulouse: le grand échec de Sarkozy

Il est arrivé face caméra, franchissant deux portes avant de parvenir à son estrade. Il marchait comme un cow-boy, mais sans le colt à la ceinture. Le teint était toujours un peu gris. A 13h à l'Elysée, Nicolas Sarkozy  terminait sa séquence présidentielle, entamée lundi pour cause d'attentat, par la promesse d'une énième loi, cette fois-ci contre les sites ou stages d'endoctrinement.  Voulait-il que l'on croit que trois enfants et quatre adultes avaient été exécutés ces dix derniers jours parce que le Net est mal surveillé ?

Le même jour, le conseil constitutionnel censurait son fichier des gens honnêtes. Ficher plus pour surveiller moins et rater tout ? Telle semblait être la doxa implicite du Monarque. Car qui pouvait être satisfait de l'épilogue du drame de Toulouse ?

Le drame questionne la compétence de Nicolas Sarkozy
Nous l'écrivions hier. Chaque jour qui passe ajoute au questionnement. Comment la DCRI a-t-elle raté Mohamed Merah ? Il était surveillé par la DCRI depuis ses « stages » islamistes en Afghanistan et au Pakistan. Une plainte avait été déposée contre lui il y a 18 mois, après qu'il ait violemment tenté d'embrigader un adolescent. Il aurait même été identifié avant la tuerie de lundi matin. Les Etats-Unis l'avaient interdit de vol, car soupçonné de terrorisme. Mais pas en France. Interrogé mercredi, Claude Guéant bafouilla qu'il n'avait eu aucun indice d'un passage à l'acte.
L'opération elle-même est un échec. 
L'intervention, mercredi vers 3h du matin, a été mal conçue, expliqua Jean-Dominique Merchet sur son blog:  curieuse « manière de pénétrer dans l'appartement, mercredi à 3 heures du matin » , absence de renseignement fiable, intervention trop longue, interpellation à domicile plutôt qu'à l'extérieur, la charge était rude. Le RAID avait pour consigne « de tout faire pour l'interpeller vivant », rappela le procureur de Paris. « Tout a été fait pour livrer le tueur à la justice » compléta Nicolas Sarkozy vers 13h. En vain. Merah a été tué. Deviendra-t-il martyr ?


Nicolas Sarkozy a raté un moment d'union sacrée. 
La cérémonie d'hommage aux militaires tués, dans la caserne de Montauban a failli être ce moment d'union nationale et de recueillement collectif. Mais depuis lundi, toute la séquence a été ratée. Sarkozy en est le premier responsable. Lundi après-midi, il avait promis de suspendre sa campagne, mais il s'est trop montré, il fallait qu'il parle. Il en avait oublié d'appeler les proches des soldats tués. Pire, ses sbires ont refusé aux autres candidats tout droit à l'hommage ou à la déclaration. D'abord sur Internet (Twitter, facebook, etc) puis par le biais de communiqués de presse ou d'interview, des proches du Monarque ont violemment ciblé François Hollande et les autres candidats. Même à l'UMP certains furent choqués. Le pire fut encore atteint jeudi quand quelques militants de la Web-campagne de Sarkozy propagèrent sur le Web une photo de François Hollande entouré de maghrébins et affirmer que ces derniers étaient des terroristes. La démarche était immonde.

Jeudi, le Monarque à nouveau candidat annonçait une nouvelle loi, et contre internet. Sa boulimie règlementaire l'avait repris. On retrouvait le candidat sécuritaire prêt à surfer sur chaque fait divers. Dimanche, il avait promis de supprimer deux règlements s'il en créait un nouveau. Quelle loi sécuritaire allait-il supprimer ? Pour l'heure, il annonça deux mesures encore très imprécises et sans doute ridicules, des sanctions pénales contre les consultations  régulières de sites dangereux (« Toute personne qui consultera de manière habituelle des sites qui font l’apologie du terrorisme ou qui appelle à la haine et à la violence sera punie pénalement »), et contre les stages d'endoctrinement à l'étranger (« Toute personne qui se rendra à l’étranger pour suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies sera punie pénalement »). Il réclama à son Garde des Sceaux  « une réflexion approfondie sur la propagation de ces idéologies en milieu carcéral ». Et il garantit que « la propagation d’idéologies extrémistes sera réprimée avec des moyens déjà présents dans le code pénal ». Sans rire, il voulait encore garantir.

L'intervention présidentielle fut courte et ridicule. Interdire la fréquentation de sites Web soulevait bien des questions pratiques. A ce rythme là, Sarkozy allait nous pondre une loi contre les jeux video.

Jeudi, le candidat sortant put enfin amalgamer tout ce qu'il prétendait éviter. 
Quatre heures après son intervention télévisée à l'Elysée, il était en meeting à Strasbourg. Il pouvait se lâcher, sans crainte ni calme. Finalement, cette triste séquence toulousaine n'était qu'une parenthèse.« Ces crimes ne sont pas les crimes d'un fou parce qu'un fou est irresponsable. Ces crimes sont ceux d'un monstre et d'un fanatique. » Quelle idée ! La France forte proclamée à longueur de discours était finalement bien faible. Quelques experts tentaient d'expliquer sur les chaînes d'info pourquoi le RAID n'avait pas su arrêter cet homme seul et sans otage. Personne n'osait aborder la question du bilan.

Encore une fois, Nicolas Sarkozy a cherché à masquer son incompétence.
1. Sarkozy a supprimé environ 10.000 postes dans la police et la gendarmerie depuis 2007.
2. Pire, la DCRI elle-même a été frappée par les réductions, en application de la révision générale des politiques publiques (RGPP). En 2010, le député Diefenbacher notait dans son rapport à l'Assemblée nationale sur le sujet: « En effet, le 15 janvier 2009, la DCRI se voyait notifier une déflation quadriennale de 400 personnels, soit 12 % de ses effectifs, de manière à atteindre 2 922 équivalents temps plein travaillé au 31 décembre 2011».
3. Sarkozy s'indigna de l'endoctrinement dans les prisons. Qui n'a rien fait contre la surpopulation carcérale depuis 2007 ? Qui a préféré la multiplication des fichiers mais la réduction des moyens ? La multiplication des lois mais la diminution des effectifs ?
4. Nicolas Sarkozy voulait ficher tout le monde, même les gens honnêtes, mais avec moins d'agents. Une double erreur: ça ne sert à rien, mais ça permet tout. Pire, même sur le fichage, il se révèle incompétent: le conseil constitutionnel a censuré ce jeudi son fichier des honnêtes gens, justement au motif que son objet est trop large et sans contrôle.
5. Pourrait-on enfin se demander ce que faisions en Afghanistan ? Et dresser le bilan des coups de menton atlantistes de notre Monarque ? La France de Chirac, quoiqu'immobile, avait le sens de la diplomatie. La Sarkofrance a tout ruiné.

« La France vient de traverser une épreuve » résuma Nicolas le président. Non, Nicolas le candidat commençait son épreuve.

Ami sarkozyste, reste avec nous.




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20 mars 2012

Et Sarkozy dut se taire. Ou presque.

Lundi, la campagne s'est arrêtée l'espace de quelques heures.

Un meurtre, horrible, avait frappé la France, choqué son peuple et faire taire le candidat sortant. Mais pas le président.

Aura-t-il la limite que la décence impose ?

L'horreur, 3 fois.
La semaine dernière, nous étions sidérés, comme ces familles de soldats. Pas un mot ou presque, le choc. Un premier militaire, abattu en pleine rue à Toulouse, le 11 mars. Il s'appelait Imad Ibn Ziaten. Sur le coup, le Figaro expliquait qu'il « n'avait aucun antécédent judiciaire ». Puis, 4 jours plus tard,  deux autres militaires, parachutistes, Abel Chennouf et Mohamed Legouad, étaient abattus devant un distributeur de billet à Montauban. Un troisième était grièvement blessé. Le Figaro évoqua la « piste du loup solitaire ».

Lundi matin, vers 8 heures, trois enfants et un enseignant, père de deux d'entre eux, étaient flingués dans une école juive à Toulouse: Gabriel Sandler (4 ans), Arieh Sandler (5 ans), Jonathan Sandler, leur père de 30 ans; Myriam Monsonego (7 ans).

Vraisemblablement, il s'agissait du même tireur que celui qui avait tué les trois militaires français à Toulouse le 11 mars puis à Montauban jeudi dernier. L'arme comme le scooter utilisé par le dément étaient les mêmes .

Ce drame a presque suspendu la campagne, à gauche comme à droite.

Sauf pour Nicolas Sarkozy. Il était « président ».

Nicolas Sarkozy a pu endosser son costume de Monarque pour se rendre sur place, dans l'établissement scolaire de confession juive Ozar Hatorah où avait eu lieu la fusillade. Il y a délivré un court discours de menace et de condoléances. Il était accompagné de Luc Chatel, son ministre de l'Education nationale, et de Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France.

Cela ne suffisait pas. De retour à Paris, depuis l'Elysée, il livra une courte déclaration: « Je suspend ma participation à la campagne électorale au moins jusqu'à mercredi, jour de l'enterrement de nos trois soldats que je présiderai. » Il avait l'émotion sincère, mais l'incapacité de maîtrise. « Jamais notre pays n'a connu une fusillade dans une école. C'est la République toute entière qui est mobilisée pour faire face à ce drame. » L'épaule droite tressautait. Il tenait son pupitre avec ses deux mains comme s'il craignait qu'il ne s'envole. On devait oublier ses dérapages du weekend à Lyon - nous y reviendrons dès mercredi - , sa noyade médiatique sur M6 de dimanche, ou son attaque contre la pauvre ville de Morlaix.

Au même moment, il déclenchait le plan Vigipirate écarlate, une première en France. Cela permet beaucoup de choses, sans contrôle et partout en France. Même Claude Guéant est inquiet: «C'est sûr qu'il est passé déjà trois fois à l'acte et ce sentiment d'impunité qu'il arbore est un élément qui nous inquiète». La DCRI penserait à un islamiste ou à l'ultra-droite.

Campagne suspendue, vraiment ?
François Hollande avait effectivement annulé son émission du soir prévue sur CANAL+, tout comme son meeting à Rennes du lendemain. Ce mardi, la campagne officielle démarrait et les chaînes de télévisions et radios étaient contraintes à l'égalité des temps de parole. Dans l'après-midi, le Conseil constitutionnel avait confirmé les 10 candidatures pour ce fichu scrutin, après examen des parrainages reçus.

Mais Nicolas Sarkozy, lui, sortait de tout décompte. Il suspendit son site de campagne, laFranceforte, mais l'Elysée.fr prenait le relais: une large mention de l'hommage du soir dans une synagogue parisienne, la video de son discours du soir, son communiqué de presse à chaud. C'est encore Sarkozy qui annonce que le tueur des trois assauts est la même personne, quelque part vers 20h35.

Même le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel avait accepté de suspendre le décompte des temps de parole sauf celui du Monarque qui, en « mode président » parlera jusqu'à mercredi sans contrôle ni plafond.

D'autres que lui se seraient contenté d'une manifestation publique, comme François Mitterrand à l'époque d'autres attentats. Lui avait besoin de plus. Un déplacement filmé, une  intervention le soir à 19h15 depuis l'Elysée. Puis à nouveau, nous promit-il pour mercredi, une présence aux funérailles des militaires. Difficile de faire la part des choses, entre l'instrumentalisation et le nécessaire devoir de représentation présidentielle.

Ces militants qui dérapent
Quelques militants sarkozystes n'apprécièrent pas que d'autres candidats que le leur puissent s'émouvoir publiquement à leur tour.

 « Et pendant ce temps là, dit que sa campagne est suspendue mais se rend à Toulouse avec son dir comm et ses soutiens. » écrivit l'une des égéries UMPistes sur Twitter. Elle se reconnaîtra. D'autres furent pire et sans limite. Exemples:
@antpaoli: Le tueur retrouvé, que feront et prétexteront encore les socialistes ? #fh2012 #ns2012

@neo_matrx: comment appelez vous ce crime M. Hollande? RACISTE? Ah non, le mot n'existera plus. Vous êtes ridicule


@AymericCH: un vrai vautour ce bon à rien de FH,idem pour cette caravane de politiciens de gauche présent à la syna.


 @MlleKate: @portuguesh4113: Un petit referendum sur la peine de mort ? #NS2012 #Toulouse #finilatolérance

@Touareg_1: Si vous saviez comme j'ai HONTE du comportement de l'autre CON de FLAMBY-descendre aussi bas #NS2012
Pourtant, lundi soir, la quasi-totalité de la classe politique et des candidats du moment étaient à la synagogue Nazareth à Paris, pour un hommage aux victimes du jour. C'était émouvant. A Toulouse, des milliers de personnes, juives ou non, s'étaient rassemblées.

18 janvier 2012

Délinquance: l'échec de Nicolas Sarkozy 2002-2012

Mardi 17 janvier 2012, Claude Guéant a livré ce qui pourrait être le dernier bilan de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre la délinquance. Le ministre de l'intérieur avait réunit la presse Place Beauvau pour l'occasion. En 2007, Nicolas Sarkozy s'était fait élire sur un grand malentendu statistique: une large frange de l'électorat et de la classe médiatique lui attribua de grandes compétences et de beaux résultats contre l'insécurité.

Cinq ans plus tard, le constat d'un échec est largement partagé. L'imposture a été décortiquée, analysée, démasquée. Et ce dernier bilan 2011 ne change rien, bien au contraire.

Bidonnage
Chaque année depuis cinq ans, la publication des statistiques annuelles de la délinquance est l'objet d'un joli vacarme et d'un bidonnage en règle. C'est l'un des exercices les plus rodés de story-telling sarkozyen. Le ministre en poste, successeur évidemment plus fade d'un Sarkozy devenu Calife, s'échigne à trouver un point de diversion médiatique, d'une part, et globalise des statistiques ce que dénonce son propre office, d'autre part.


En janvier 2008, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l'Intérieur, s'amusait sobrement d'être parvenue à réduire le nombre de violences aux personnes. Et le Figaro remarquait que Nicolas Sarkozy, quand il était ministre de l'intérieur, n'avait pas atteint tel résultat !

En janvier 2009, la ministre cache ses mauvais résultats en pointant du doigt vers la « violence de proximité », en baisse de 6%. On ne sait d'où sort le chiffre. MAM cachait ainsi que les atteintes aux personnes physiques avaient à nouveau progressé, pour atteindre +80.000 actes supplémentaires depuis 2002, et que le taux d'élucidation des crimes et délits les plus violents a régressé en 2008.

En janvier 2010, le Monarque était gêné par des violences à l'école.

En janvier 2011, Brice Hortefeux se concentra sur les vols de téléphones portables dans les transports en commun,  ou « la criminalité organisée et la délinquance spécialisée qui recouvre, par exemple, les activités mafieuses, le proxénétisme ou les grands trafics de stupéfiants », sans toutefois que l'on parvienne à reconstituer ses analyses.?

Ce 17 janvier 2012, Guéant préféra la délinquance étrangère. Il faisait d'une pierre deux coups, puisqu'il assure le service après-vente du funeste discours de Grenoble du 30 juillet 2010, où Nicolas Sarkozy avait repris à son compte le parallèle frontiste immigration/délinquance. Début janvier, l'ONDPR avait prévenu qu'il publierait des statistiques par nationalité, pour la première fois... depuis 2006.

Coïncidence ?

La presse n'était plus dupe. Même certains journaux peu suspects d'antisarkozysme confièrent leur scepticisme: Les Echos notait ainsi que « Sarkozy n'a pas réussi à inverser les tendances depuis 2007» en matière de délinquance.

Incompétence
Depuis 2002, la boulimie législative de Nicolas Sarkozy a largement écoeuré, jusqu'à son propre camp. On se souvient comment les députés UMP résistèrent à la énième envie du Monarque, en janvier 2011, de légiférer à nouveau contre la récidive des délinquants sexuels après le drame de Pornic.

Depuis 2007, la multiplication des lois, pour de si mauvais résultats, devrait interroger les esprits: rétention de sûreté et peines planchers en août 2007 (8.000 par an, parmi 2,5 millions de crimes et délits constatés chaque année), filtrage des sites internet Loppsi II, décret anti-cagoule depuis juin 2009, loi anti-bandes, videoprotection prétendument facilitée, légalisation des milices privées, dépistage obligatoire de maladies sexuellement transmissibles, autorisation des contrôles d'identité et fouille sans motif par les polices municipales, etc.

En juillet dernier, la Cour des Comptes avait livré un sévère réquisitoire contre la méthode Sarkozy. Claude Guéant, comme la plupart des snipers habituels de Sarkofrance, avait fustigé une analyse partisane.

Pourtant, la Cour ne jugeait pas du fond, mais de la gestion de la politique de sécurité. Elle dénonça la mauvaise définition des objectifs, l'absence d’objectifs et de systèmes d'information communs entre ministères de l’intérieur et de la justice, et le « manque de maîtrise des moyens budgétaires et humains à l’échelon local »; « une augmentation des effectifs suivie d’une égale diminution » entre 2002 et 2010 ; la dégradation des moyens matériels de la police et l'organisation globalement obsolète et irrationnelle des forces de l'ordre.

Résultats
Au final, les résultats sont mauvais. Le ministre de l'intérieur a pu se féliciter de l'évolution d'un agrégat général, la « délinquance globale », qui ne signifie plus grand chose depuis des années comme le reconnut Guéant lui-même (« ce chiffre additionne des éléments trop divers »). Cette dernière, en 2011, « a baissé pour la neuvième année consécutive. Elle a baissé de 0,34 % soit de près de 12.000 faits. Depuis 2007, cette délinquance générale a baissé de 7,8 % soit de 290.000 faits. Et depuis 2002, elle a baissé de 16,47 % soit de 678.000 faits », alors que dans le même temps, rappela le ministre, « la population française a augmenté de 3 millions 200.000 habitants ».

1. Cette baisse de l'agrégat général est due à la diminution des atteintes aux biens: de 2,534 millions en 2006, ces dernières sont tombées à 2,184 millions en 2011, soit 388.000 actes de moins sur le quinquennat. Et la baisse fut constante. Mais Guéant s'est inquiété, sur 2011, de la recrudescence de cambriolages de résidences. Son prédécesseur Hortefeux nous avait déjà partagé l'inquiétude en 2009. Mais Guéant a lui l'explication: « Cette évolution tient notamment aux raids qui sont commis par les équipes de malfaiteurs venus de l'étranger, notamment d'Europe Centrale et Orientale. Cela m'a entraîné à demander à la Commission Européenne, la mise au point d'un plan spécifique animé par Europol et Eurojust. Cette criminalité est en effet, transnationale. De surcroît, plusieurs pays voisins du nôtre sont touchés de la même façon. »

La statistique doit être secrète, puisque aucun élément d'analyse similaire n'était disponible dans le bilan de l'ONDPR. Ce dernier mentionne d'ailleurs, pour 2011, que « près de 202.000 cambriolages de locaux d’habitation principale ont été constatés par la police et la gendarmerie. Ce nombre a augmenté très fortement sur un an : + 17,1 % par rapport à 2010, soit + 29 501 faits constatés ». Mais l'ONDPR n'évoque aucune « équipe de malfaiteurs venus de l'étranger »...

2. A l'inverse, le nombre des violences contre les personnes a continuellement augmenté depuis 2002 (sauf en 2007... ):  381.000 atteintes aux personnes en 2002, 411.000 en 2005, 434.000 en 2006, 433.000 en 2007 (année électorale), 443.000 en 2008, 456.000 en 2009, 467.000 en 2010, puis 468.000 en 2011 ! La hausse a été de 14% sur la période 2002-2006), puis de 8% de 2007 à 2011. Comme dirait Guéant, ça se stabilise ! 

Le ministre avait une explication, pour calmer l'inquiétude de ses concitoyens: en fait, cette hausse ne serait due qu'aux « violences commises à l'intérieur du cercle familial », dont le gouvernement aurait facilité la dénonciation depuis 2002: « cette augmentation, il faut en avoir conscience, résulte notamment des efforts qui ont été déployés par les pouvoirs publics afin d'inciter les personnes victimes de violences familiales et notamment les femmes, à porter plainte ». Et il ajouta : « même si les statistiques en souffrent, nous ne devons pas regretter, bien au contraire, que ce fléau de la vie familiale soit ainsi révélé au grand jour et puisse recevoir des réponses appropriées. » En d'autres termes, cette délinquance n'a pas augmenté, selon Guéant, elle est simplement mieux mesurée...

On croit rêver... ou cauchemarder. Primo, notons la « cohérence » du ministre: quand les atteintes aux biens baisse, c'est grâce au gouvernement, quand elle augmente, c'est l'effet d'une meilleure comptabilisation... Secundo, le ministre doit disposer de statistiques secrètes puisque les « violences commises à l'intérieur du cercle familial » n'ont pas fait l'objet d'une comptabilisation en tant que tel.

L'ONDPR segmente les violences physiques en quatre segments:
  • Les violences crapuleuses, qui ont baissé de 6.224 de 2006 à 2011. La moitié de cette baisse émane des vols sans armes. 
  • Les violences non crapuleuses, qui ont progressé de 17% en 5 ans, pour atteindre 241.674 actes en 2011 ! Elles ont encore progressé de 0,2% l'an dernier. Elles recouvrent principalement « les coups et blessures volontaires criminels ou correctionnels » (+28.000 en 5 ans), les violences contre l'autorité publique (+3.000 en 5 ans), les maltraitance d'enfants (+5.000).
  • Les violences sexuelles (viols et harcèlements), quasi-stables en 5 ans (23.871 actes l'an dernier, +1.007 en 5 ans). Le nombre de viols et violences sexuelles pour 1.000 habitants est ainsi tristement stable depuis 2006 (respectivement 2,1 et 3,7).
  • Les menaces et chantages (notamment pour extorsions de fonds), qui ont continuellement augmenté depuis 5 ans (+5%, pour 81.000 actes).

3. Les escroqueries et infractions économiques et financières ont suivi une évolution fluctuantes... à cause des méthodes d'enregistrements: 334.000 en 2006, 345.000 en 2007, 381.000 en 2008, 370.000 en 2009, 355.000 en 2010, puis 350.000 en 2011. L'ONDPR prévient en effet: « depuis fin 2009, les règles d'enregistrement d'infractions représentant plus de 70% des faits constatés d'escroqueries et infractions économiques et financières ont varié à plusieurs reprises. Cela explique pourquoi il n'est pas possible de commenter les statistiques annuelles du 3ème indicateur  de l'ONDPR ».

Comment donc Claude Guéant pouvait-il se gargariser d'une baisse de la délinquance générale de « 0,34 % soit de près de 12.000 faits » quand l'ONDPR précise que ses statistiques ne sont pas fiables pour 246.000 actes enregistrés en 2011 ?

4. Le nombre d'infractions révélée par l'action des services suit une évolution erratique: forte hausse entre 2006 (335.000) et 2008 (près de 385.000), puis contraction en 2009 (372.000) et 2010 (358.000); puis un bon de 6% en 2011 (382.000). Parmi elles, on relève 93.000 infractions à la législation des étrangers.

Il manquait à ce bilan une évaluation des taux d'élucidation. La dernière publication date de décembre dernier, à propos de novembre 2011.

Il manquait aussi un commentaire même bref de Claude Guéant sur les mises en examen de proches de Nicolas Sarkozy.

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