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25 janvier 2020

Pourquoi la réforme des retraites est anti-démocratique et anti-sociale - 663ème semaine politique




A l'exception de quelques déséquilibrés, d'une poignée de terroristes en guerre contre l'Occident, ou de complotistes d'extrême droite, personne ne réclame la mort de l'actuel président de la République. Le récent anniversaire de la décapitation de Louis Capet a fait l'objet de quelques allusions sur les réseaux sociaux français et même lors des manifestations hebdomadaires contre la réforme des retraites. Peu nombreuses, elles ont toutefois suffit à provoquer l'ire et l'inquiétude des soutiens officiels et des contributeurs officieux du Macronistan. Les mêmes se rallient aux accusations d'appel au meurtre et aux cris d'orfraie de la droite. "Dans l’idéologie d’extrême gauche, la violence doit s’exprimer ; la mort doit en résulter" écrit un chroniqueur du Figaro à ce propos. "Avec Jean-Luc Mélenchon et d'autres ils escomptent le drame." renchérit un député macroniste.

Il n'y a plus de mesure en Macronistan. 

Emmanuel Capet

Quand Macron est dépeint en Louis Capet, et que la rue s'amuse de lui, la haute bourgeoisie s'inquiète. Elle vise à faire croire que ces "radicalisés" sont des violents.

Pourtant, aucun représentant du Macronistan n'a perdu de main, d’œil, ni même n'a reçu de coups. Aucun manifestant n'a éborgné de policier. Aucun gilet jaune n'a arraché de main ni même un doigt à un policier. Aucun élu macroniste n'a été frappé. Des policiers ont été blessés, mais bizarrement la gravité des blessures n'est pas répertoriée dans les statistiques gonflées à bloc publiées par le ministre éborgneur. Au pire, Macron et madame ont eu très peur à plusieurs reprises, comme lors de cette pièce de théâtre le 17 janvier dernier, où ils ont pris leurs jambes à leur cou dès qu'une rumeur de début de manifestation anti-Macron devant les lieux commençait à enfler. Le jeune monarque fut d'ailleurs si énervé par l'incident qu'il fit emprisonner le journaliste-militant qui avait dévoilé sur Twitter qu'il se trouvait sur place.

"En face", chez ces opposants qui, quoiqu'ils fassent et quoiqu'ils portent, sont toujours décrits par les suppôts du Macronistan comme de dangereux personnages, on ne peut pas en dire autant.  Ce sont bien des forces de l'ordre qui, sur ordre du ministre Castaner, ont blessé, mutilé, humilié, traumatisé des gens par centaines. Quand une main est arrachée, on peut appeler cela une bavure détestable. Mais quand il y en a 5, quand 25 manifestants perdent un oeil car la police tire ses grenades à l'horizontal en visant les visages, quand 600 civils sont blessés, dont 300 à la tête (un bilan "sidérant", dixit le Canard Enchaîné), on appelle cela une politique, une doctrine.

Pour rassurer leur socle électoral, les officiels du Macronistan mettent sur un pied d'égalité les tags de peinture sur des permanences d'élus macronistes et les frappes de CRS sur des civils sans défense.

Jeudi 23 janvier, une marche aux flambeaux a rassemblé des milliers de personnes contre la réforme des retraites, après une journée où les estimations de participation convergent pour indiquer une participation en hausse. Un dessinateur du Monde, très enflammé contre les Gilets Jaunes depuis la première heure, a rapidement accusé ces défilés de s'inspirer de ceux du Klu-Klux-Klan et des nazis des années 30... Outre la grossièreté "godwinesque" de la comparaison, qui témoigne de la radicalisation extrême de son auteur, il y a aussi une confusion historique évidente - les retraites au flambeaux sont aussi un symbole républicain, une pratique de la IIIème République en hommage au renversement de la monarchie et de la prise de la Bastille en 1789.

Cette journée de grève et de manifestations fut joyeuse, mais le Macronistan a besoin de se faire peur pour consolider son socle. La caricature est une arme facile.

Depuis le début de son quinquennat, Macron force la main au pays. Il souffre d'un procès en illégitimité (relayé dans les colonnes de ce blog) car il mène un programme radical pour lequel il n'a pas été élu par une majorité absolue des citoyens. Ni le barrage contre le Front national au second tour de l'élection présidentielle (appel suivi par la moitié des électeurs insoumis du premier tour, l'autre moitié choisissant l'abstention ou le vote nul), ni les 60% d'abstention aux élections législatives offrant une majorité écrasante d'élus à la Macronie ne valaient blanc seing pour des contre-réformes dont les détails n'avaient d'ailleurs ni été débattus ni même présentés pendant la campagne. 

Pour l'essentiel, Macron a menti par omission.

Cette absence de respect de la diversité des électrices et électeurs qui ont voté pour lui est le premier poison de ce quinquennat. Elle ruine la confiance dans la démocratie. Elle encourage l'abstention, ce qui est l'un des objectifs macronistes.  L'absence d'enquête sur les financements douteux de sa campagne (alors que pour des sommes moindres, ces opposants sont encore sous le coup d'enquêtes), les barbouzeries de Benalla à l'Elysée (jusqu'aux révélations de la semaine sur comment deux membres du staff présidentiel ont fait disparaitre le coffre fort du domicile de l'ex-garde du corps de Macron)

Macron s'agace encore. Cette semaine, en déplacement en Israël, il a singé dans le plus grand ridicule la posture spontanée de Jacques Chirac 24 ans plus tôt en s'énervant à voix haute, et en grossissant son accent français pour l'occasion, contre des personnels de sécurité israéliens devant l'Eglise Saint-Anne à Jérusalem. Mais sur le chemin du retour, il n'a pu s'empêcher de livrer cette pique à celles et ceux qui l'accusent d'autocratisme. Quand on mesure la violence de la répression déployée au nom de "l'Etat de droit" depuis deux ans, on se pince pour croire cet éloge de la non-violence prêté à Macron dans son jet présidentiel.
"Aujourd’hui s’est installée dans notre société, et de manière séditieuse, par des discours politiques extraordinairement coupables, l’idée que nous ne serions plus dans une démocratie. Qu’il y a une forme de dictature qui s’est installée, (...) la dictature c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois (...) où l’on ne change pas les dirigeants, jamais (...). Si la France c’est ça, essayez la dictature et vous verrez! La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a en démocratie un principe fondamental: le respect de l’autre, l’interdiction de la violence, la haine à combattre”.
Macron s'agace car des journalistes pourtant prudents, et souvent déférent à son égard, commencent à grogner et s'inquiéter du délabrement démocratique du pays. En sus du climat de violence policière (jamais jugée, jamais inquiétée, toujours encouragée), de quelle avancée démocratique Macron peut-il se targuer depuis qu'il a été élu ? La réduction drastique du nombre de représentants des salariés pour "améliorer le dialoguqe social" ? La réduction prévue du nombre de députés pour "accélérer les lois" ?

Le régime politique français est techniquement et légalement une autocratie. Que des contre-pouvoirs empêchent le Macronistan d'en abuser est un fait, et un fait heureux.


Gouvernement d'incapables, réforme anti-démocratique

Prenez la réforme des retraites, bel exemple anti-démocratique: elle a été travaillée dans le secret pendant des mois par un groupe désigné non par un vote mais par le monarque, sous la direction d'un gars plus tard convaincu d'une quinzaine de conflits d'intérêts qui, en démocratie, auraient du le conduire en procès.

Cette réforme est pourtant majeure puisqu'elle concerne la totalité des générations du pays. Pourtant, elle ne fut pas présentée ni a fortiori débattue pendant la campagne présidentielle de 2017. Elle n'était pas dans le programme présidentiel. Il y a moins d'un an, alors que son contenu n'avait pas été révélé, Macron lui promettait l'inverse de ce qui fut finalement présenté sur l'âge de départ. ce projet de réforme a un objectif, réduire le coût des pensions. Au passage, grâce à la simplification par le passage au système de points, le Macronistan se dote d'un outil plus simple pour réduire les retraites en cas d'austérité dans le futur.

Mais voici que le projet de réforme des retraites est gravement critiquée par le Conseil d’État à qui elle a été présenté il y a quelques jours. Cette institution critique la méthode non démocratique de la Macronie. 

Primo, le manque d'évaluations: l'étude d'impact est "insuffisante" au regard des exigences de la loi. Le Conseil d’État accuse même le gouvernement d'insincérité: "le Conseil d’État rappelle que les documents d’impact doivent répondre aux exigences générales d’objectivité et de sincérité des travaux procédant à leur élaboration." Il rappelle que "les projections financière ainsi transmises restent lacunaires (...) en particulier sur les différences qu’entraînent les changements législatifs sur la situation individuelle des assurés et des employeurs, l’impact de l’âge moyen plus avancé de départ à la retraite, qui résulterait selon le Gouvernement de la réforme, sur le taux d’emploi des seniors, les dépenses d’assurance-chômage et celles liées aux minima sociaux." Rien que ça ... REt de fustiger plus loin que l'absence d'évaluation de l’impact des mesures d'âge "sur les comptes de l’assurance-chômage, compte tenu du faible taux d’emploi des plus de 65 ans, et les dépenses de minima sociaux". Repousser l'âge de la retraite, c'est d'abord allonger le chômage des seniors...

Secundo, le gouvernement a (volontairement?) bâclé le partage de l'information sur le projet: les organismes concernés par la réforme ont été saisis trop tard et "dans l'urgence" - quelle surprise pour une réforme pourtant "peaufinée" par cet grand expert Jean-Paul Delevoye depuis près de 18 mois... Le Conseil d’État critique même les délais trop courts qui lui sont impartis. 

Tertio, il critique aussi la méthode législative retenue, le recours aux Ordonnances pour 23 des articles de la loi: "s’en remettre à des ordonnances pour la définition d’éléments structurants du nouveau système de retraite fait perdre la visibilité d’ensemble qui est nécessaire à l’appréciation des conséquences de la réforme."

Ces trois critiques ne sont pas les seules, mais les plus déterminantes sur le sabotage démocratique de cette réforme.

Sur le fond, le Conseil d’État valide que cette réforme est d'abord une arnaque financière: le régime n'est pas déficitaire, mais le gouvernement prédit un déficit de 8 à 17 Mds€ en 2030 "résultant d’une évolution défavorable des ressources liée à de moindres transferts entre entités publiques." Et oui, c'est bien un problème de ressources dégradées par cette présidence des riches. Le Conseil d'Etat conteste même le marketing politique du gouvernement: "le projet de loi ne crée pas un « régime universel de retraite ». Il considère que le gouvernement ment quand il écrit que « chaque euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous ».
  1. Il critique "la disparition des solidarités financières internes à chaque régime".  
  2. Les inégalités de retraites hommes/femmes devraient être réduites ... si les gens travaillent plus longtemps.
  3. Au-delà de 10 000 euros de salaire mensuel, les cotisations retraites tomberont à 2,8% du revenu: en d'autres termes, les très hauts salaires ne cotiseront plus pour la retraite publique et seront incités à épargner ... pour eux. Il y a même des macronistes qui pensent que retirer ainsi 3 milliards d'euros au financement de la retraite socialisée est un progrès social...
  4. Le projet "pénalise en revanche les carrières complètes pendant lesquelles les assurés connaissent des années d'emploi difficiles"
  5. Le projet créée une imprévisibilité des pensions futures à cause du système à points: "il retire aux assurés une forme de visibilité sur le taux de remplacement prévisible qui leur sera appliqué, dans la mesure où la pension n’est plus exprimée à raison d’un taux rapporté à un revenu de référence mais à une valeur de service du point définie de manière à garantir l’équilibre financier global du système.
  6. Le Conseil d'Etat note une petite saloperie (y-a-t-il un autre terme?): Macron veut supprimer le dispositif permettant aux assurés de partir à la retraite à 58 ans à condition avoir commencé à travailler avant l’âge de 16 ans, "le Gouvernement justifiant la mesure par son caractère marginal, seuls 2 500 assurés en ayant bénéficié en 2017." 
  7. Autre petite économie, le projet de loi exclut les périodes de chômage non indemnisé pour l'accès à la retraite minimum promise par Macron. 
  8. Le projet de réforme reste flou sur la transition des régimes spéciaux: "le Conseil d’État estime, là encore, nécessaire d’expliciter plus clairement que ne le fait le projet qui lui est soumis, la reconnaissance de ces garanties."
Bref, cet avis sonne comme un réquisitoire. Jour après jour, cette présidence des riches se révèle comme un gouvernement d'amateurs et d'incapables, voici ce que la réforme des retraites nous révèle une fois de plus, après l'épisode des Gilets Jaunes ou la rocambolesque affaire Benalla.

La gaffe de Capet

Avec une certaine discrétion, le gouvernement vient de prolonger la convention fiscale avec l'Arabie saoudite, l'une des plus grandes dictatures islamistes. La mesure est passée au Journal Officiel le 22 janvier. Macron fait de grands gestes, prononce de grands mots sur la paix. Les coulisses sont plus sales. Le voici qui cherche à sortir par le haut du bourbier des retraites et de cette crise sociale qui n'en finit pas avec une nouvelle diversion "mémorielle". Aux journalistes-perroquets qui le suivent de près, il lance ainsi que "Les sujets mémoriels sont au cœur de la vie des nations."

On se souvient du grand "succès" de l'itinérance mémorielle de l'automne 2018, juste avant la révolte des Gilets Jaunes. Macron avait poussé l'exercice jusqu'à un hommage à Pétain. Cette fois-ci, il pense à l'Algérie. Macron cherche sa place dans l'Histoire, il veut se re-présidentialiser. En voyage en Algérie, où il est resté incroyablement silencieux sur la tentative de révolution démocratique l'an passée, il lâche: "Je suis très lucide sur les défis que j'ai devant moi d'un point de vue mémoriel, et qui sont politiques. La guerre d'Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là, et je pense qu'il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995."

Vraiment ?

Singer le Chirac de 1995, voilà le projet ? 

Cette tentative de re-présidentialisation est surprenante: elle ne change rien à la vie quotidienne de celles et ceux qui manifestent, protestent ou soutiennent les mouvements sociaux. Elle tente de replacer l'attention politique sur le terrain identitaire et historique alors que l'actualité est sociale.  Il est pourtant loin d'être acquis que le sujet agisse vraiment comme une diversion, au-delà de l'excitation presque cutanée de la droite furibarde sur laquelle Macron s'appuie pourtant désormais.

Ami castor, où te-situe ? 



"A défaut d'être entendus, peut-être serons-nous vus"



18 janvier 2020

Marine Le Pen présidente - 662ème semaine politique

Elle s'y prend tôt. Elle fut tellement dangereuse et ridicule la dernière fois, en 2017. Qui a oublié cet incroyable débat de deuxième tour où l'on "découvrait" que la présidente du Rassemblement National ? Pour 2022, ça ira mieux. Macron a préparé le terrain.


Pendant des mois, des années avant cette élection présidentielle de 2017, la Blonde Immonde a fait la une des sondages, des journaux, des magazines, des débats politiques. On nous a effrayé l'électorat, on a multiplié les sondages pour promettre ce second tour qui arriva... de justesse. Car le score, sans qu'il ne s'agisse de contester sa validité, fut serré entre quatre candidats, un résultat aussi incroyable qu'inhabituel sous cette Vème République. On connaît la suite, si prévisible: n'importe quel castor pouvait gagner contre l'un des plus incompétentes et dangereuses figures politiques du pays de la décennie. Marine Le Pen est un épouvantail facile: elle est grossière, elle ne maitrise pas ses dossiers, elle est facilement et régulièrement prise en flagrant délit de mensonges, elle ne délivre aucune empathie.

Pour 2022, Marine s'y prend toujours aussi tôt: "Ma décision a été réfléchie mais elle est prise"

Pour 2022, le terrain est prêt. Marine Le Pen peut être présidente.

Les esprits sont prêts: effrayée par les réactions sociales successive à ses agressions conservatrices, la Macronie a progressivement durci sa réplique, pour tomber dans ce qui s'appelle de la répression politique.

Sur le plan légal, l’État de droit a bien changé. Il est prêt pour Marine. La Macronie a encore assoupli le cadre légal si bien qu'on se demande ce qui restera à faire à Marine Le Pen une fois au pouvoir. En France, en 2020, vous pouvez être arrêté, fouillé, perquisitionné, empêché de manifester, assigné à résidence, emprisonné plusieurs jours, espionné sans contrôle d'une justice indépendante. L'arsenal antiterroriste est d'abord utilisé contre des opposants politiques - des écolos, des étudiants, des Gilets Jaunes, des retraités, des journalistes de terrain, des grévistes. La loi asile de Macron a été applaudi par l'extrême droite. Macron a réactivé le débat sur l'identité nationale et l'immigration musulmane qu'affectionne les furibards xénophobes.

Sur le plan démocratique, la Macronie ne s'émeut pas que les forces de l'ordre sèment le désordre dans les consciences au nom de la protection du clan présidentiel. Le  gouvernement a lâché la bride des forces de l'ordre (« Allez-y franchement, n’hésitez pas à percuter. Ça fera réfléchir les suivants ») pour faire peur. Il tait les violences policières. Il s'offusque qu'on en parle. Pourquoi l'électorat présidentiel serait-il ému plus tard quand Marine Le Pen fera de même une fois élue ?

Quand un journaliste signale sa présence dans un théâtre, Macron le fait arrêter par la police à la sortie du spectacle sur un prétexte fallacieux mais qui a l'apparence du droit. Et Macron reçoit même le soutien de Marine Le Pen qui condamne... les manifestants.

La Macronie manipule les institutions: pour le scrutin européen (mai 2019), la Macronie cache son programme jusqu'à 4 semaines avant le scrutin. Beau respect du débat. Pour le scrutin municipal (mars 2020), le ministère de l'intérieur supprime l'enregistrement de l'appartenance politique des futurs candidats dans les communes de moins de 9000 habitants. La manœuvre est grossière. Il s'agit d'éviter de faire apparaître le réel score des macronistes dans le pays.

Sur le plan judiciaire, les droits des citoyens sont bafoués sans que la justice ne s'en saisisse ni ne s'en émeuve. Ainsi sur les violences policières contre des civils, filmées chaque semaine depuis bientôt deux ans, n'ont débouché que sur quelques enquêtes internes. L'IGPN a blanchit la surutilisation d'armes de guerre. Le gouvernement a commandé de milliers de ces grenades qu'aucune démocraties n'utilise pour le maintien de l'ordre. Il a envoyé des conseillers aider le gouvernement chilien qui applique très bien les consignes de viser les visages quand ses policiers ripostent contre la les manifestants (200 éborgnés en 2 mois !).

Un flic a été condamné pour avoir giflé un Gilet Jaune pourtant impassible. Mais on cherche toujours les coupables des arrachages de mains, des tirs à vue, des coups sur des civils à terre. Les policiers, casqués et masqués pour éviter qu'on ne les reconnaisse, masquent aussi leur numéro d'identification.

Ce silence de la justice sur les violences policières, cette absence de poursuites, les enquêtes si partiales qu'elles en deviennent risibles sur des abus de droits pourtant filmés ne choqueront aucun macroniste demain quand Marine Le Pen sera présidente. A l'inverse, la justice sait être rapide pour condamner des civils. Près de 400 Gilets Jaunes ont déjà été condamnés à de la prison ferme. D'un côté le clan macroniste met sur un pied d'égalité la violence des manifestants et des forces de l'ordre, de l'autre, il sanctionne la première avec rapidité et laisse faire la seconde.

Qui écoutera les castors macronistes donner des leçons contre le danger Le Pen  ? 

On est tout aussi impatient d'entendre le clan macroniste donner des leçons de moralité publique aux corrompus neo-fascistes: barbouzeries à l'Elysée (Benalla), trafic d'influence (Ferrand) , conflits d'intérêts (Delevoye), influences des lobbies (qui heurte jusqu'au Conseil de l'Europe), mises en examen (Modem), utilisation des biens de l'Etat à des fins privées (la piscine, le jet, etc), la Macronie présente tout l'éventail de ce l'inexemplarité en un temps si record - le mouvement fête à peine ses 4 bougies.


L'image que donne notre police dans l'exercice du maintien de l'ordre est désormais celle d'un Etat autocratique. Quand Marine Le Pen sera présidente, Christophe Castaner et Nicole Belloubet pourront rester en poste. On dirait même qu'ils s'y préparent tous les deux. Le 18 janvier 2020, le premier n'a toujours vu ni policier ni gendarme attaquer des manifestants autrement que lorsqu'ils étaient "acculés". La Macronie a légitimé toutes les outrances, toutes les atteintes aux droits de l'homme que l'on est en droit de craindre de l'extrême droite, toutes les amalgames qui abiment la République.

Sans rire.

Marine Le Pen a d'autres atouts pour sa campagne présidentielle.

Macron procède des mêmes outrances verbales pour requalifier la réalité à son avantage. Quand quelques opposants à réforme des retraites s'introduisent dans les locaux de la CFDT qui vient de s'accorder avec la Macronie, Macron requalifie la chose en "violences" ("Ces violences sont une honte pour notre démocratie" - Emmanuel Macron, cité par l'AFP), et aussitôt toutes la Macronie et la droite toute entière renchérissent. Les vidéos et les témoignages offrent pourtant une toute autre réalité, l'entrée calme et sans cri des "envahisseurs".

Macron endort aussi le débat politique. Il cherche à vider la politique de tout enjeu grâce à l'emploi d'une novlangue, avec sa "rhétorique perverse", son "vocabulaire travesti", la Macronie renomme la réalité et les conflits. L'objectif est de convaincre les convaincus qu'ils ne se sont pas trompés, et d'endormir les autres. C'est une différence notable avec l'hystérisation verbale d'un Trump: Macron comme Trump trahi les faits avec les mots; comme Trump il désigne ses adversaires politiques avec le vocabulaire habituellement réservé aux criminels (grévistes/preneurs d'otages) ou aux terroristes (syndicalistes "radicalisés", gauche "radicalisée", opposition "radicalisée", etc). Il le fait souvent avec le même mépris oratoire, mais à la différence de Trump il s'est pour l'instant abstenu de cette hystérie du Clown dangereux de la Maison Blanche.

Vider la politique de son sens permet de décourager les citoyens les moins motivés. A l'inverse de Mélenchon, Ruffin et autres insoumis qui consacrent l'essentiel de leur énergie citoyenne et l'intégralité de leur (faible) temps de parole publique à faire une pédagogie détaillée des évènements (cf. les 2heures de conférence sur les retraites à Amiens le 16 janvier), 

Macron a perdu sa gauche. Face à Le Pen, le nouveau président des riches aura peine à rassembler plus loin que le cœur de droite qui constitue aujourd'hui, selon tous les sondages depuis un an, le socle majoritaire de sa (faible) popularité. Le jeune monarque a trahi sa gauche avec toutes ces lois qu'on ne compte plus.

Le face à face promis du  avec l'héritière de Montretout aurait été cette fois-ci le duel Sarkozy/Le Pen que la République n'a jamais eu. En 2017, on a fait fait croire à l'électorat que le qualifié de justesse serait le barrage de tous et le champion de chacun. Il a fait la politique de Sarko, en pire.

En 2022, on s'en souviendra.

Ami castor, t'en souviendras-tu ?




https://twitter.com/fbleubnormandie/status/1218114016159174656?s

11 janvier 2020

Le combat contre la Macronie radicalisée - 661ème semaine politique

 

Où il est  question d'une Macronie qui s'est radicalisée dans la gestion de la peur, la menace, la répression et la protection des privilèges des puissants. 

 


La droite s'inquiète
La tournée des vœux de la Macronista s'apparente à un chemin de croix bien mérité. Devant des avocats à Caen, la ministre de la "Justice" Nicole Belloubet est interrompue par des avocats silencieux qui lui jettent leur robes devant elle.

Deux jours plus tard, la même se fait protégée par un mur de gendarmes lors de ses vœux à la Cour de Cassation car elle refuse de rencontrer un collectif d'avocats. Emmanuel Macron, le "monarque vertical" est aussi lui-même chahuté à Créteil.

La réforme des retraites est dans l'impasse. Le gouvernement s'obstine à vouloir passer en force. Il y arrivera peut-être car les députés godillots voteront sans doute cette réforme, comme ils ont voté les ordonnances travail qui ont réduit les droits des salariés (ah ce souci d'égalité entre employeurs et employés ... !) et supprimé des critères le port de charges lourdes (129 800 personnes concernées en 2016), les vibrations (46 100 personnes), les postures douloureuses (86 800 personnes) et la présence d’agents chimiques dangereux (43 400 personnes exposées), la loi asile qui a réduit les droits des réfugiés, la loi contre les manifestants qui permet l'emprisonnement sur soupçon, la loi qui a réduit les droits des journalistes et des lanceurs d'alerte sur le secret des affaires, la loi qui a réduit les objectifs de transition environnementale et celles qui ont reporté à la Saint-Glin-Glin l'interdiction des plastiques ou des pesticides (+21% de consommation de pesticides en France en 2018), la loi qui a réduit les droits des chômeurs, la loi qui a réduit les impôts des plus riches, et les lois qui ont réduit le budget de l'hôpital mais augmenté celui de l'armée.
"La sécurité sociale est une unité. [...] Quel que soit le but particulier auquel peuvent tendre les diverses institutions, qu’elles aient pour objet de couvrir les charges de la maladie, de fournir des retraites de vieillesse ou des pensions d’invalidité professionnelle, ou d’alléger les charges de familles nombreuses, il s’agit toujours d’opérer un prélèvement sur les revenus de la masse pour couvrir l’insuffisance des ressources de certains." Ambroise Croisat, ministre communiste du Travail, à propos de l'instauration des retraites et de la Sécurité sociale, 8 août 1946.

Dans les transports, les grévistes se relaient pour ne pas perdre trop tout en maintenant la pression. Des milliers de familles ont déjà perdu quelques semaines de salaires depuis le début du mouvement il y a un mois et demi. Sur les ondes officielles, des éditorialistes blancs/bourgeois se succèdent pour répéter des mensonges sur cette prétendue réforme "égalitaire" quand d'autres militants de cette nouvelle droite de gouvernement expliquent sur les ondes que la prise en charge de la pénibilité comme l'exposition aux risques chimiques, "c'est compliqué".

En Belgique...

Il recule

Pour les générations proches de la retraite, Macron a déjà reculé la prise d'effet de "l'âge pivot". 
Il a ensuite reculé sur les pensions de réversion dont il voulait reporter la prise d'effet (62 contre 55 ans).

Puis il a reculé sur l'âge pivot; son premier ministre Philippe a confié samedi 11 janvier qu'il était prêt à céder ce point entièrement. Finalement, la grève, ça paye. Cette mesure était inique: non seulement l'espérance de vie en bonne santé s'affaisse et la durée de cotisation et de travail était plus longue qu'ailleurs en Europe, mais cet âge pivot dégradait les pensions dans quasiment tous les cas: les simulations proposées par le gouvernement, gonflées par des hypothèses de progression salariale jamais vues en France depuis 10 ans, montrent combien une "secrétaire" au SMIC, un "graphiste" à 2500 euros ou un prof d'université perdront avec la nouvelle réforme.

La réforme est toujours injuste: la fraction aisée de la population (12% cotise à de l'épargne retraite privée seulement) se "protègeront" avec des placements en Bourse, mais pour les autres, le calcul en points rend encore plus incertain le niveau des pensions futures. Avec ce système à points plus personne ne sait avec combien on partira à la retraite. En Suède, la mise en place du système à points il y a 20 ans, où le nombre de retraités pauvres était déjà deux supérieurs à celui de la France, a aggravé la situation des retraités.

Dans la Belgique voisine, la même réforme a été abandonnée

Finalement, Macron va présenter son projet de loi pour un examen parlementaire à la fin du mois. Il se fiche du monde car il a accéléré la procédure parlementaire pour raccourcir les débats avant les élections municipales. Une version est fuitée d'abord à quelques journalistes, avant les syndicats.

Cette grève persistante a fait dégringoler Macron dans les sondages. Même à droite dans les rangs sarkozystes, fillonistes et autres conservateurs, où le jeune monarque trouve la majorité de ses soutiens, les petits reculs de Macron (comme ce report aux générations post-1972 de la réforme) a fini par faire douter du bonhomme.

Cette grève a permis de dévoiler l'enjeu d'une réforme longtemps restée floue: faire des économies sur les pensions socialisées. Les plus fortunés épargneront davantage chez Black Rock et consorts. Les autres se serreront la ceinture.   

La CFDT propose une convention sur le financement. C'est une bêtise sauf à espérer qu'elle s'autorisera à imposer une revalorisation des cotisations des employeurs et des foyers aisés. La direction de la CFDT, débordée par sa base depuis le début, ne saisit pas la radicalité de cette droite au pouvoir.

Contre 2 millions de manifestants, les violences policières.  

Cette semaine encore, un livreur a été tué par des policiers. Dans l'hebdomadaire, LE POINT, par ailleurs publication attitrée de l'écrivain pédophile Matzneff qui fait l'essentiel de l'actualité sociétale française de ces premiers jours de 2020, le journaliste controversé Aziz Memouri accuse le chauffeur décédé d'infractions routières. Aux Etats-Unis, on entend les mêmes arguments qui tentent de salir la mémoire des victimes de bavures policières quand des civils noirs sont tués par des policiers blancs.

L'obstination
A Paris le 9 janvier, lors des manifestations  d'agents RATP et SNCF, d'enseignants, d'étudiants, d'infirmières, et d'autres contre la réforme, un policier casqué tire une grenade LBD40 à bout portant sur des manifestants. Les mêmes images de civils assommés et ensanglantés pullulent alors sur les réseaux sociaux. Alors que le triste cinquième anniversaire des attentats de Charlie Hebdo (7 janvier), de Montrouge (8 janvier) et de l'Hyper-Casher (9 janvier) est célébré, chaque jour qui passe depuis 18 mois rappelle combien la Macronie a créé une haine du flic, une peur des forces de l'ordre. 

La police place en garde à vue un journaliste et en frappe quelques autres, malgré des cartes de presse apparente. Une autre vidéo la montre en train de projeter au sol une étudiante qui marchait calmement.  Dans une autre, quatre policiers frappe à coups de poing et de matraque un civil au sol.
«Grâce à la protection d’un manifestant, notre collègue aide-soignante a évité le pire. Merci à lui. Nous dénonçons vivement les agissements de cette police violente qui s’attaque à tous et toutes. Nous dénonçons l’impunité de la police qui traîne à terre une femme et roue de coup les manifestants.»  SUD santé AP-HP
Dans son émission quotidienne sur CNEWS, le prédicateur d'extrême droite Eric Zemmour appelle la police à tirer à balles réelles. 

Lors de ses voeux aux forces de l'ordre, Christophe Castaner a cette conclusion odieuse et désynchronisée de la réalité à l'adresse de l'assistance:  "Certains ont à ce point perdu le nord qu'ils ne savent plus de quel côté est le droit, et en viennent à penser qu'il serait bon de subventionner la violence. Moi, je sais que les bras défenseurs de notre liberté chérie, c'est vous."

En embuscade, le Rassemblement national se frotte les mains. La violence de la répression légitime son programme et ses ambitions. L'extrême droite veut alléger les garde-fous judiciaires qui protège le citoyen(ne) de l'arbitraire policier, c'est chose faite. Elle n'est plus seule à être ulcérée contre les critiques des violences policières. Le gouvernement lance l'expérimentation de la reconnaissance faciale. Il a déjà facilité les conditions d'accès aux fichiers du ministère de l'intérieur par les polices municipales.  Et il a étendu en 2018 le fichage génétique à tout opposant ou suspect.

Cette Macronie radicalisée fait peur: c'est un faux centrisme politique qui a installé un régime socialement et politiquement violent dont il s'étonne aujourd'hui qu'il déclenche de telles résistances. 

Ce n'est plus un débat, mais un combat.

Ami castor, où te-situe ?






Nota Bene:billet mis à jour dimanche 12 janvier après l'annonce de l'abandon de l'âge pivot.

4 janvier 2020

Souhaiter la mauvaise année à Macron - 660eme semaine politique



Les vœux de nouvelle année du jeune monarque furent hypocrites et sans surprise. Emmanuel Macron osa expliquer combien il avait su tenir compte de la révolte des Gilets Jaunes.

 Cet homme vit dans sa bulle. L’année 2019 s’est conclue sur l’utilisation sans discernement d’un arsenal répressif adopté au nom de la lutte contre le terrorisme notamment islamiste contre les opposants de toutes natures. 


« La généralisation de la pénibilité est au cœur du projet du gouvernement » explique un secrétaire d’Etat aux transports. Il faut prendre la formule au premier degré. Oui, la Macronie est pénible. Comme une provocation, elle vient de décerner une médaille de la Légion d’honneur au patron de la filiale française de Black Rock, ce fonds géant qui se frotte les mains à l’idée de récupérer une belle fraction de l’épargne retraite, notamment des cadres.

Le 2 janvier, le patron de LrEM, désigné par le vieux monarque de l’Elysee, a accusé de « radicalisés » de la CGT de s’être introduit dans un local du parti. C’est un mensonge mais le plus symptomatique est ailleurs. Stanislas GUERINI, puisque c’est de lui dont il s’agit, cadre supérieur du privé devenu porte voix du macronisme, utilise à merveille la novlangue du régime: « radicalisé » est indistinctement utilisé pour désigner tous les ennemis de l’Etat: islamistes qui poignardent des innocents, écologistes qui manifestent contre le bétonnage ou la surconsommation, antispecistes qui dévoilent les conditions de torture contre les animaux dans les abattoirs, étudiants qui occupent des facs contre la sélection à l’université publique, professeurs qui refusent de noter le bac contre sa réforme élitistes, grévistes de la RATP et de la SNCF, infirmiers protestant contre la cure des services de santé, et, bien sûr, les Gilets Jaunes.

Radicalisé est le nouvel adjectif qui désigne l’ennemi de la Macronie.

N’est ce pas cocasse ?

En 2019, Macron a vandalisé la République. 

Bonne année, Macron ? Le 30 décembre, ultime insulte au progressisme, le gouvernement publie l’un de ses décrets dont il a désormais l’habitude. On se souvient d’un autre décret en décembre 2018 sur le durcissement des sanctions et contrôles contre les chomeurs. Cette fois, en 2019, c’est un gros clin d’œil à l’extrême droite, un décret xenophobe, le n° 2019-1531 du 30 décembre 2019 relatif à la condition de résidence applicable aux demandeurs d'asile pour la prise en charge de leurs frais de santé qui détaille au Journal Officiel comment la prise en charge médicale des réfugié(e)s sera désormais repoussée. 

On s’interroge: combien de « castors », ces sympathisants de gauche qui en 2017 croyaient faire barrage à l’extrême droite, feront le lien entre les images choc de réfugié(e)s physiquement à bout après avoir survécu aux affres de leurs périples et cette mesure administrative xenophobe. 

En 2019, le jeune monarque a perdu les derniers soutiens naïfs. Il lui reste ses irréductibles et une nouvelle et grandissante fraction de soutiens à droite. 

Ami macroniste, où te situes ?


21 décembre 2019

Macron et le gouvernement des vieux - 658ème semaine politique

Le fricotage politique avec des fonds de pension étrangers, la réduction des pensions, les attaques contre les grévistes, la corruption de protagonistes macronistes en charge du dossier écoeurent et inquiètent. Mais la réforme des retraites conforte aussi la fracture avec les plus jeunes générations.



Où te caches-tu ? 


Le jeune monarque mérite davantage qu'une interpellation publique. Avec le tutoiement de rigueur qui prévaut quand il s'agit d'interpeller un monarque qui surjoue la jeunesse pour mieux cacher l'archaïsme générationnel de sa politique. Il faut interpeller Macron car il se planque. Et on comprend pourquoi.

La fausse négociation de la réforme des retraites vire à la pantalonnade. Non content d'avoir caché le contenu d'une réforme anxiogène pendant des mois pour finalement dévoiler son jeu la veille de Noël et provoquer grèves, manifestations et blocages en tous genres, le clan Macron a durci le mouvement.

Devant cette crise qui bloque la capitale parisienne, Edouard Philippe fait mine d'être placide. Edouard Philippe joue à Alain Juppé, "le premier ministre joue l'opinion de droite" confie un ministre anonyme. On devine le désarroi des électeurs venus du centre-gauche, aujourd'hui alignés en rempart pour défendre une réforme qui les assimilent aux cohortes juppéistes et fillonistes d'antan. La barbe de Philippe est soudainement blanche à cause du stress. Car le premier ministre fond littéralement de l'intérieur. La presse décrit  ces "moments de tensions que Philippe intériorise, au point d’en porter physiquement quelques stigmates, comme cette légère dépigmentation de la peau apparue récemment sur un coin de sa barbe".

Edouard Philippe essaye de sourire quand il se présente aux caméras des télévisions officielles. Il faut faire croire que l'on négocie. Il faut lire pour les croire, ces propositions mesquines de cette Présidence des riches. On se frotte les yeux pour les croire.  Grand seigneur, Macron a fait proposer de réduire de 10 (sur 120), le nombre de nuits travaillées par an pour bénéficier des points de pénibilité relatifs au travail de nuit. Ce même Macron avait réduit les critères de pénibilité en 2017, par une ordonnance expresse.

Edouard Philippe est "droit dans ses bottes" comme Alain Juppé. Il a choisi l'affrontement, et d'assumer que la réforme des retraites vise bien à faire des économies sur les pensions: Macron et lui n'ont pas vraiment le choix. Le trouillard Bruno Le Maire avait préconisé l'inverse il y a 10 jours. Et Macron se terre dans son palais ou bien à l'étranger. Vendredi, il fête son anniversaire  au fois gras avec des soldats français en stationnement en Côte d'Ivoire, réquisitionnant 28 cuisiniers pour l'occasion. Le jeune monarque tente d'effacer à distance les derniers souvenirs de l'exception sociale française, cette retraite par répartition mis en place par le CNR.

Un "simulateur" truqué est mis en ligne. L'outil se base sur des hypothèses farfelues de progression des salaires pour embellir la réalité de sa réforme. Mais même avec cette manœuvre grossière, les résultats sont désagréables et sans surprise: dans la génération 1980, un salarié moyen ne verrait sa retraite s'améliorer qu'en bossant jusqu'à 67 ans ! Pour un salarié au SMIC, ou un salarié à temps partiel, ce sera 65 ans sinon la retraite serait inférieure à celle du système actuel. Seuls les cadres sup verraient leur pension s'améliorer


Réforme des riches
La grève rend visible les invisibles. Mais la réforme des retraites a déjà fait une victime, "l'excellent" Jean-Paul Delevoye. Ce grand homme, le "seul à comprendre la complexité des systèmes de retraites" disait sa collègueAmélie de Montchalin (#lol), était bénévole ou rémunéré dans pas moins de 13 institutions privées ou publiques, comme par hasard le plus souvent sous contrôle des assurances privées. Cette semaine, Le Media révèle qu'un assureur privé a promis 1 million d'euros à une association de rénovation d'un monastère présidée par Delevoye alors que celui-ci travaillait à la réforme des retraites... Quelle heureuse coïncidence...

Delevoye est donc dégagé du gouvernement, lequel lui trouve un autre cadre sup pour le remplacer. Bizarrement, on ne propose jamais à un(e) ouvrier(e) ou un(e) employé(e) de se charger de la réforme des retraites. Le remplaçant s'appelle Laurent Pietraszewski. Il a comme fait d'armes son passé récent comme DRH chez Auchan. Une anecdote révélée dans la semaine en dit long sur le profit social du bonhomme: en 2002, il appela la police pour dégager une caissière délégué syndical qui avait offert un pain au chocolat trop cuit à une cliente.

Il y a pourtant d'autres idées de réformes des retraites, finançables si l'on veut revenir sur les incroyables exonérations de cotisations sociales des revenus des plus riches. Ou simplement augmenter légèrement les salaires. Mais aucune ne plaira autant aux fonds de pension. Le plus gros gestionnaire de fonds au monde, BlackRock, est alléché par cette réforme macroniste. Il faut dire que les 8 à 20 milliards que le gouvernement cherche à économiser sur la retraite socialisée seront en partie rebasculés vers des placements privés tels que ceux que gère BlackRock: les Français inquiets de perdre de la retraite publique se tourneront vers des assurances complémentaires... quand ils en auront les moyens.

Un ancien dircab de Raffarin dirige la filiale française du géant américain. Il avait déjà sévi sur la première funeste réforme de 2003. A quelques mois d'un prochain crash boursier, le cynisme de ce gestionnaire quant aux défis écologiques du monde qui nous entoure laisse pantois:
"Le principe de réalité est que le charbon représente plus de 50 % de la production d’électricité dans beaucoup de pays asiatiques, en Pologne ou même en Allemagne. Il n’est pas raisonnable d’imaginer plonger ces pays dans le noir du jour au lendemain." Jean-François Cirelli, BlackRock, novembre 2018
Au final, il y a évidemment de grandes chances pour que Macron fasse voter sa loi retraites par ses Playmobils à l'Assemblée nationale. Mais quelle loi ? Jour après jour, l'ampleur des blocages et des manifestations, couplée aux révélations des compromissions individuelles avec des lobbyistes de l'assurance, a acculé Macron. Il déshabille progressivement sa réforme, preuve que la pression sociale peut payer. C'est désormais l'âge pivot qui risque de sauter.

Interdire les cotons-tiges

Par crainte, Macron a déjà fait décaler l'effet de sa réforme aux générations nées en 1975 et après. 

Ce faisant, cette réforme illustre bien une fracture générationnelle. Fin de carrière, fin du monde, les combats rapprochent les générations d'après 1975 contre une politique macroniste qui défend le statu quo des puissants et n'agit pas contre les enjeux du futur, notamment climatique.

Macron fait payer aux plus jeunes générations le coût de la destruction partielle d'un modèle social: il ne voit pas que l'enjeu est au contraire le meilleur financement des retraites et de la dépendance. Il s'obstine à ne pas que l'on ne vit pas plus longtemps en bonne santé, et que la crise climatique et la progression des cancers et autres affections issues de la pollution ne feront qu'aggraver cette situation.

Son inaction écologique fut peu commentée cette semaine: la COP25 s'achève pourtant sur un échec total, la quasi-absence des dirigeants français fut remarquée. Brune Poirson, secrétaire d'Etat à l’environnement, s'agite sur les réseaux sociaux avec des selfies et des courtes videos où elle s'agite pour masquer son inefficacité.  Sa collègue Emmanuelle Wargon plaide que la transition écologique est compatible avec le libre-échange".  

Nous devons vivre sans croissance" lui rétorque au contraire le député insoumis François Ruffin. Et la socialiste Delphine Batho abonde: "Si nous voulons aller au devant d’un certain nombre de chocs et d’effondrements, nous devons au contraire organiser une décroissance volontaire."

Le gouvernement préfère protéger le statu quo, avec à chaque fois, le même argument: la planète peut attendre. Il a reporté l'interdiction des pesticides les plus dangereux. Il s'est tu sur les perturbateurs endocriniens. Il a cédé au lobby agro-industriel sur les conditions d'élevage et la souffrance animale. Christophe Castener, qui s'est révélé comme l'un des ministres de l'intérieur les plus violents de cette République, a placé au rang de priorité l'espionnage et l'arrestation des militants antispécistes. Pour Noël, il a même promis la création d'une cellule de renseignement contre ces militants qui s'introduisent dans les abattoirs et les élevages et témoigner de la souffrance animale. Au lieu de se saisir des témoignages, la Macronie préfère la répression.

Pour défendre sa loi sur l’économie circulaire, sa collègue Poirson machouille des arguments creux. Elle jongle avec des mots qu'elle trahit de façon ahurissante: "La transition se doit d’être radicale et non brutale". "Radicale" mais "non brutale"... que c'est cocasse... Dans les faits, cela signifie ne rien interdire, prolonger le statu quo, accepter la pollution et l'épuisement des sols et des eaux au nom du pragmatisme.

La Macronista est adepte du laissez-faire et du libre-échange quand il s'agit d'économie (en matière politique, la répression macroniste est au contraire violente et brutale). Elle mise sur les comportements individuels et rechigne à légiférer pour corriger les excès.

Idiots utiles ou complices cyniques de la catastrophe écologique, les députés macronistes suivent et se taisent, comme pour la répression prédictive des opposants, la réduction du droit d'asile ou le recyclage du discours xénophobe de l'extrême droite.

Ce nouveau monde ne recycle que le pire de l'ancien.

Ami castor, où es-tu ?







14 décembre 2019

Ce 1% des plus riches qui conchie la réalité - 657ème semaine politique

 

 

Ils ne représentent que le 1% des Français les plus riches, mais ils ont pourtant réponse à tout, et surtout beaucoup de leçons à donner aux gens. Ils ont convaincu une cohorte de les suivre, et ils tentent de résigner ou d'effrayer le reste du pays. 

Cette présidence des riches subit pourtant son premier échec politique majeur avec ce fiasco de la réforme des retraites. 

 

Le 1%

Un aristocrate, héritier d'une riche famille et désormais président du syndicats des patrons, conseille aux pauvres de "travailler plus longtemps" s'ils veulent toucher une retraite d'au moins 1000 euros. Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches, de cette "première cordée" si chère à Macron et si coûteuse pour le pays.

Un éditocrate, chaque jour, plusieurs fois par jour, explique combien les retraités sont des "enfants gâtés", qu'il faut travailler plus, qu'il faut cesser de se plaindre car il y a plus pauvre ailleurs. Cet homme qui a libre antenne sur la première chaîne d'informations du pays fait partie du 1% des Français les plus riches de France. Il donne ses leçons à la France d'en bas, les 99 autres pourcents. Parfois, il s'embrouille dans ses arguments.

Un autre éditocrate, chaque jour dans les colonnes du premier quotidien économique du pays, chaque matin sur la première radio du pays, dans la tranche la plus écoutée du pays, applaudit ce "projet Retraites" qui "tient la route". Et il fustige les syndicats qui seraient "de mauvaise foi en parlant de casse sociale". Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches.

Un autre encore, salarié de radio publique et propagandiste macroniste, se plaint du cette "nouvelle journée de galère pour tous les autres" et du "mythe" de la "grève générale entretenu par certains journalistes." Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches.

Le chef d'orchestre de la réforme des retraites depuis bientôt deux ans a été promu sous-ministre en charge du dossier début octobre. Ce fut l'occasion de découvrir qu'il était payé 5400 euros par mois par un groupe d'influence et de réflexion des mutuelles et assurances privées. Jean-Paul Delevoye a aussi cumulé des fonctions bénévoles à une fondation SNCF et ... à l'Institut de formation de la profession de l'assurance.. Travailler pour le privé qui bénéficiera des effets de cette réforme de retraites, le conflit d'intérêt est manifeste et grotesque.  Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches. Une caissière prise en flagrant délit de conserver des coupons de réductions serait licenciée. Il est ministre, il sera épargné.

Ce 1% de riches voulait réduire urgemment le coût des retraites. Il y a urgence à rembourser les 3 milliards perdus avec lma suppression de l'ISF, les milliard et demi perdu avec la Flat Tax, les 40 milliards du CICE.  Il y a urgence "faire en sorte que cette réforme devienne au plus vite irréversible."

Le régime est à peine en déficit à cause d'un manque d'activité (et donc de cotisations) et d'exonérations faramineuses accordées aux grandes entreprises et aux grandes fortunes. Mais il faut "agir vite". Pour une autre urgence, réelle celle-là, le réchauffement climatique, le gouvernement est moins pressé. Il vient de faire voter l'interdiction des plastiques jetables... d'ici 2040. Des milliers de kilomètres carrés de plastiques asphyxient la Méditerranée voisine mais il faudra attendre encore 20 ans.

"Pas de retraite, pas de planète" est l'un des autres slogans des grévistes.

Depuis l'étranger, Macron se résigne à commenter sa réforme de réduction des retraites. Encore un peu de novlangue écœurante: "nous le faisons parce que la France en a besoin, et que les générations futures en ont besoin pour recréer la confiance dans le système de retraite et une plus grande justice grâce à un système universel."  Cette "plus grande justice" consistera à réduire le niveau des pensions d'environ 30% pour les enseignants. On attend avec impatience les simulateurs de pensions promis par Macron.

La promesse non tenue

Un président parle de "refondation", il renomme "Grands Débats" de longs monologues filmés et diffusés à la télévision pendant des heures. Il prétend créer "l'Etat Providence du XXIème siècle", "réformer le système pour le préserver". Son premier ministre s'abrite derrière le Conseil National de la  Résistance. Ses supporteurs rappellent que parfois ils "viennent de gauche". Ces gens-là n'ont pas de respect pour les références historiques et politique qu'ils empruntent. Leur réforme des retraites est "universelle", c'est-à-dire qu'elle entendait mettre sur un pied d'égalité les riches et les pauvres, les cadres sup et les ouvriers. Ces deux-là font aussi partie du 1% le plus riche.

Comme l'explique Frédéric Lordon, leur novlangue paisible et positive pour habiller les régressions successives qu'ils imposent au pays (répression policière, réduction du droit d'asile, recul des droits des chômeurs, quasi-gel des prestations sociales, privatisation du rail, protection des multinationales numériques, réduction de la représentation des salariés et maintenant la réduction des retraites) est un abus de langage systématique: "à ce niveau, dévoyer les mots, c'est conchier les choses."

Ce clan a été surpris par l'ampleur des grèves et des manifestations. A l'exception d'une majorité relative de soutiens chez celles et ceux qui ne sont pas concernés par la réduction des retraites qu'il propose, Macron est désavoué dans toutes les enquêtes sondagières. Cette semaine, le clan est parvenu à s'aliéner la direction de la CFDT (d'autres sections de la CFDT sont depuis longtemps à fond dans le mouvement).

En avril 2019, il y a une éternité, Macron devant une presse filtrée et triée, promettait de ne pas toucher à l'âge de départ à la retraite. Il a menti.
"Est-ce qu'il faut reculer l'âge légal qui est aujourd'hui de 62 ans ?
Je ne crois pas. Je ne crois pas pour deux raisons. La première, elle est un peu directe, c'est que je me suis engagé à ne pas le faire. Je pense que c'est mieux sur un sujet important de faire ce qu'on a dit."
Macron, conférence de presse, 25 avril 2019.
Le 10 décembre, Edouard Philippe dévoile que l'âge de départ à la retraite à taux plein sera reculé à 64 ans. Les retraites entamées avant cet âge seront pénalisées d'un malus tout au long du reste de la vie. La presse officielle est amnésique, personne ou presque ne rappelle la promesse exactement inverse du jeun monarque moins de 8 mois auparavant. Pour habiller ce reniement, la novlangue, encore la novlangue: on parlera d'âge pivot, c'est plus technique.

La France paralysée par des grèves et une colère sociale qui s'étend, le clan des riches est effrayé. L'impréparation et l'amateurisme de cette Présidence des riches va pourrir Noël. La réforme des retraites, même si elle passe grâce au soutien de ces centaines de députés godillots qui votent sans savoir quoi ni pourquoi, est un échec politique. Un ministre venu de la droite se désavoue en réclamant l'inverse de ce qu'il demandait deux mois plus tôt (Bruno Le Maire aimerait qu'on ne parle plus du financement des retraites). Un autre venu de la gauche ne comprend pas que cette égalité de traitement entre privilégiés et défavorisés choque syndicats et opposition de gauche. Macron promet un "simulateur" pour que chacun puisse calculer sa retraite à venir.

Une première version publiée par un syndicat enseignant avec les paramètres de la réforme provoque de tels émois que le projet est vite abandonné: le calcul des retraites sur l'ensemble de la carrière plutôt que les meilleures années devrait réduire de 30% des pensions. Au gouvernement, on panique. Blanquer promet vite un régime spécial.

La réforme Macron des retraites visait à réduire le coût des retraites socialisées. Tout le reste n'est que diversion. 

Des régimes spéciaux vont (heureusement) subsister. Macron vient de concéder le maintien de celui des policiers. Et de proposer des distinctions de régime en fonction des générations. Et de convenir que la pénibilité existe.

Sa réforme est financière, elle est dans la continuité d'un mouvement général de réduction du poids des contributions des plus riches au motif que "les dépenses publiques sont trop élevées" et que "le monde change". Avec Macron, la France, pays riche et l'un des plus généreux en dividendes, est appelée à s'aligner sur des pays moins disant.


La répression préventive est une réalité

Ces sbires les plus convaincus continuent leur "traque aux cheminots". Le cheminot du rail public est l'incarnation du mal absolu pour tous les gouvernements conservateurs. Il sert de bouc-émissaire facile pour cacher de plus gros privilèges. Les chaînes d'information multiplient les reportages sur les difficultés à circuler, les bousculades, les inquiétudes des commerces en détresse. L'éditocratie sert les plats sur cette réduction nécessaire des retraites. Rares sont celles et ceux qui expliquent l'arnaque, la diversion. Le 1% des plus riches est épargné des commentaires. On oublie d'analyser, on joue sur les peurs.

A celles et ceux qui ne le soutiennent pas, Macron propose la résignation ou la répression. Plus d'un an après la révolte des Gilets Jaunes, quelques médias peu suspects de gauchisme radical s'emparent pourtant enfin des violences policières. Le Monde publie coup sur coup des enquêtes détestables pour le pouvoir macroniste sur l'instrumentalisation de la violence policière, et l'encouragement aux bavures.  On décrit les dents fracassés, les mains arrachés, les yeux exorbités par les tirs de grenades ciblés vers les visages.

"A peine sorti de son domicile ce jeudi, il a été contrôlé, interpelé, entravé, enfermé, placé en garde à vue, auditionné, déféré puis jugé. En 31 heures, il a pu explorer la chaîne police-justice et constater à quoi tenait sa liberté de manifester. Qu’avait-il à se reprocher ? Rien mais fort heureusement, il existe le fameux et bien commode délit de participation à un groupement en vue de la préparation de violences, de destructions ou de dégradations"
(lire la suite sur Lundi Matin)

La police se cagoule comme une milice. La justice exonère les responsables de mutilations. On ne manifeste plus librement en France quand on déplait profondément au pouvoir. 25 journalistes ont été blessés. Un syndicat d'officiers de police a publiquement ciblé 4 journalistes.