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26 novembre 2016

499ème semaine politique: le vrai/faux retour du clivage droite/gauche

 

 

 

Une fois n'est pas coutume,  la gauche moderne est dépassée par son modèle, la droite ancienne. Mais est-ce vraiment le retour du clivage droite/gauche ?



C'est la grande nouvelle de la semaine. L'évènement politique du moment. "Monsieur 2%" est soudainement devenu le nouveau champion des sondages. Le premier "collaborateur" a même dézingué son ancien monarque. Fillon, l'homme effacé, le souffre-douleur des exubérances Bling-bling de Sarkozy, se révèle soudainement, dans la dernière ligne droite d'une primaire effroyable, le leader Il Maximo de la droite pure et dure.

Fillon serait le sauveur de la droite. Le portrait si pur que l'on dresse du bonhomme fait sourire: il vient de se compromettre dans une émission de télé-confidence. Il s'est fait élire député de Saint-Germain-des-Prés à Paris, l'un des quartiers les plus bobos qui soit. Il endosse le bilan d'un quinquennat raté. Et il n'a jamais bossé dans le privé. 

Mais dimanche, le score du premier tour de cette première primaire si primaire de la droite et du centre est sans appel: Fillon à 44%, Juppé péniblement à 28%. Sarkozy à 20%. Et les quatre autres loin derrière avec des scores anecdotiques: Nathalie Kosciusko-Morizet (2,6%), Bruno Le Maire qui s'imaginait le nouveau Kennedy souverainiste de la droite à peine 2%; le catho traditionaliste Jean-Frédéric Poisson à 1%. Et enfin, la plus humiliante des défaites, Jean-François Copé hérite de 0,3%... Cette primaire, qui a mobilisé plus de 4 millions de personnes, largement plus que celle des socialistes en 2011 (2,7 millions), a livré des scores tranchés et sans appel.

Sarkozy, défait.
Dimanche, pour son second discours d'adieu en un quinquennat, Nicolas Sarkozy a l'air sonné. Il parle durant quatre minutes, souriant plus qu'à l'accoutumée. Carla est en larmes. Il rend les armes à Fillon. En pouvait-il être autrement ?  

Fillon partage avec Sarkozy le bilan d'un quinquennat irresponsable économiquement, désastreux socialement, honteux éthiquement.

Alain Juppé est lui aussi sonné. L'ancien favori des sondages n'a rien vu venir. Il y a deux ans déjà, nous pronostiquions sa défaite. Sa campagne "au centre", faussement au centre, est tombée dans un trou: ni assez à droite, ni assez à gauche. Son échec signifie plus qu'on n'en dit.

Fillon, donc, sort vainqueur, favori après les ralliements de Sarkozy, Le Maire, Poisson et même Copé. Il est même pronostiqué gagnant contre Le Pen, Hollande et tous les autres au second tour du Grand Scrutin de 2017.

Mais combien étaient-ils à avoir lu son programme ? 

Peu, trop peu. Votre serviteur y compris.

Prenons un sujet simple à comprendre, qui concerne le quotidien de nombreuses familles, le projet de François Fillon pour la Sécurité sociale. Ce système d'assurance maladie a déjà été frappé de déremboursements et de franchises médicales en quantité croissante depuis une belle décennie. Et les décisions des gouvernements Sarkozy/Fillon n'ont pas été corrigées par l'équipe Hollande/Valls, loin de là. Rappelons les principes: l'assurance maladie consiste à prélever des cotisations sur les revenus de chacun pour permettre le remboursement des soins du plus grand nombre. Le gros salaire contribue plus que le petit, sans rapport avec sa dépense réelle de santé. Forcément, ça agace les plus riches. Car le vrai débat est en fait de savoir qui paye, au moins autant que de s'interroger sur le coût de ce que l'on paye. Sur les ondes de BFM, Europe 1, France Inter et RTL, les éditorialistes économiques expliquent rapidement combien notre Sécu "coûte trop cher".

Trop cher pour quoi ? Trop cher pour qui ?

La proposition de François Fillon est simple, claire, et courageuse comme celles de toutes les vieilles droites du monde: antagoniser pauvres contre moins pauvres, ou l'inverse. C'est plus simple. C'est politiquement efficace, ça marche presque à tous les coups.

Fillon a donc cette proposition assez habile: supprimer l'essentiel des remboursements de la Sécu, sauf pour les plus pauvres, ces derniers bénéficiant d'un "bouclier social". Un bouclier social qui autorise Fillon à supprimer la totalité des remboursements de la Sécu hors affections graves. Les classes moyennes apprécieront. La droite aime bien cette métaphore du "bouclier". On se souvient du "bouclier fiscal" de Nicolas Sarkozy.

Fillon n'explique pas si les deux postes de dépenses de santé les plus lourds à supporter pour les familles, surtout nombreuses, à savoir les soins dentaires et les corrections visuelles, seront aussi exclues de l'assurance maladie universelle.

Lundi soir, Fillon est sur TF1, Juppé se réfugie sur France 2, dans un plateau de secours car des techniciens de la chaîne sont en grève. Le contraste des images est saisissant. On se demande comment Juppé peut réussir. Quand on demande à Fillon pourquoi son bilan partagé avec Sarkozy est économiquement si mauvais, il s'excuse derrière la Grande Crise de 2008. Osons la question: quelqu'un qui s'est révélé incapable de gérer un pays dans ces moments les plus difficiles mérite-t-il d'être candidat ? 

L'équipe Juppé rappelle assez vite les ambiguïtés de Fillon sur l'IVG. Inscrire une campagne de droite sur des sujets sociétaux, il faut oser. Juppé tente de prendre Fillon par le centre quand son rival a déjà fait la preuve de son succès au coeur de la droite rance. Quelle curieuse stratégie... Jeudi, 215 parlementaires de droite signent une tribune contre Juppé et ses attaques. C'est le retour de la droite la plus bête du monde. 

Jeudi soir, dernier débat de cette primaire primaire. Juppé est à l'attaque. On comprend assez vite que les différences entre Fillon le réac et Juppé le faux rad-soc sont finalement si modestes. Si l'on était discourtois, on pourrait dire que ce ne serait que la taille du suppositoire libéral qui diffère.

Pourtant, même la centriste Corinne Lepage s'est fendu d'un billet pour relever trois différences évidentes entre les deux candidats, "trois raisons pour lesquelles Fillon serait un danger pour la France.": haineux contre l'écologie ("François Fillon partage une forme de haine de la droite dure sur tout ce qui touche à l'écologie, de près ou de loin") offensif contre les droits des femmes, et anti-européen. Lepage oublie la Sécu, l'un des rares fondements redistributifs de la société française depuis la Libération.

La Nouvelle Pensée Unique
Ce pays "étatisé" qu'est la France, dont la Sécu serait inefficace et couteuse, est toujours classé dans les premiers places mondiales en termes d'espérance de vie (20ème sur 224, loin devant la moyenne européenne). Devant les États-Unis (42ème); devant aussi le Royaume-Uni, (33ème), cet autre modèle des furibards libéraux; devant les Pays-Bas (25ème). Même la riche et si performante Allemagne se rétracte à la 35ème place dans ce classement tenu à jour la CIA.

Jeudi, Juppé attaque donc Fillon sur ses projets de destruction de la Sécu.

Enfin !

LCI en rajoute sur la "potion amère de François Fillon". N'en rajoutez pas ! L'ancien "collaborateur" de Nicolas Sarkozy a beau jeu de dénoncer le "système politico-médiatique". Les médias en France, c'est bien connu, sont aux mains de dangereux milliardaires gauchistes. La ministre de la Santé chiffre rapidement à 3200 euros par famille le surcout des propositions du candidat Fillon. Lequel se fend d'un communiqué en réponse. Il veut, explique-t-il, "clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles : cela passe par un panier des soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la « bobologie »." La "bobologie" ? L'image est astucieuse. La bobologie désigne le soin des bobos sans gravité, mais est tout autant un clin d’œil politique contre les "bobos" bourgeois/bohêmes que la droite tente d'instituer comme ennemi politique. Dans les faits, Fillon ne dément pas ses premières propositions: il entend bien demander aux Français de s'adresser à l'assurance privée pour le remboursement de leurs soins, sauf pour deux cas: les affections graves et de longue durée, et les ménages les plus pauvres.

Les familles apprécieront.

La lutte finale
Vendredi, Fillon tient meeting Porte de Versailles, à Paris. Comme Sarkozy en 2012 dans les derniers jours d'une campagne déjà odieuse. Fillon refait le show. Il y a moins de drapeaux. Bygmalion ne surfacture plus l'UMP pour assurer le spectacle. Fillon dérape, ou plutôt il caresse dans le sens de tous les poils la vieille droite. Il appelle à défendre la famille. Est-elle menacée ? Frigide Barjot, l'une des égéries décalées et subventionnées des manifestations anti-mariage gay applaudit. Elle reste jusqu'au bout, elle quitte la salle avec les derniers. Fillon a des soutiens extrêmes qu'il n'assume pas. "Caricature!" s'exclame-t-il quand on pointe le doigt sur son programme caricatural.

Fillon ne rappelle plus ses propos d'août dernier sur la "colonisation heureuse", qualifiée de "partage culturel". Mais il a cette formule, toute aussi glaçante: "Le patriotisme est la seule façon de transcender nos origines, nos races et nos religions."

Fillon pense donc qu'il y a des races.

La primaire de droite a eu un mérite. Elle a clarifié ce qu'était la droite aujourd'hui. Elle a rappelé ausso ce que devait être le débat politique. Le retour politique de cette droite rude, rance et clivante signe aussi l'échec du social-libéralisme centriste qu'un large axe Hollande/Valls/Macron/Bayrou/Juppé a tenté d'imposer au pays. La différence entre la gauche et la droite ne saurait se résoudre entre débattre du nombre de dimanche que l'on ouvre aux commerces, ni de savoir si le SMIC doit être augmenté de quelques centimes; ni à agiter l'épouvantail frontiste; ni à discutailler sur la "juste" proportion d'exonérations de cotisations sociales; ni surtout à s'enfermer dans des débats identitaires.

La primaire de la droite réactive le débat droite/gauche, mais elle laisse à penser à certains que la droite est soudainement devenue que filloniste.

Une victoire de Fillon demain devrait affaiblir Le Pen pour 2017.

Une victoire de Juppé devrait enterrer Hollande, Valls et Macron pour 2017.

A vous de choisir.


Ami gauchiste, abstiens-toi. 

Ami sarkozyste, adieu. 












24 septembre 2016

Pourquoi les antisarkozystes devraient voter à la primaire de droite. (490ème semaine politique)

Source: Juan

 

La primaire de droite sombre dans le n'importe-quoi dès sa première semaine officielle. En cause, Nicolas Sarkozy qui bouscule et charcute les esprits pour convaincre. A gauche pourtant, certains se pincent le nez quand on leur demande d'aller voter à cette primaire primaire pour évacuer l'ancien monarque.

Sinon, Hollande tweete à la chanteuse Rihanna, en français. 

Ivre, il pensait être président.



Carla Bruni est gauloise.
"Le petit Français au sang mêlé" poursuit son offensive à la droite de l'extrême droite. Ces premières mesures concrètes, par ailleurs au nombre fatidique de treize, sont assez ignobles, ou hypocrites, ou inefficaces.

Pour l'ancien monarque, tout est permis tant que cela sert sa reconquête élyséenne. Au risque de favoriser, petit à petit, l'arrivée au pouvoir d'une extrême droite fascisante, Nicolas Sarkozy continue de creuser son sillon dans la boue. La primaire de droite n'en est qu'à sa première semaine, que son débat politique s'effondre. En cause, une petite phrase de Sarkozy, soigneusement pensée pour être sortie de son contexte; une formule pour faire mouche et alimenter les gazettes: "Nous ne nous contenterons plus d'une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l'assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois." Nos ancêtres les Gaulois, la référence est lâchée. La crise identitaire de cette droite furibarde ressemble à de l'acné d'adulte: tardive, mal gérée, honteuse.

La polémique sur les Gaulois fait la semaine. Juppé raille Sarkozy, lequel est défendu par Morano. Lefebvre, ancien soutien sarkozyste devenu paria depuis qu'il a voté une loi Macron, s'indigne. Valls tape à côté. Il y a bientôt 30 ans, Mitterrand avait pourtant cette remarque grandiose:




Aujourd'hui, la politique est petite, minuscule, ridicule. Sarkozy enflamme, crie, braille, agite.Sarkozy ne rassemble pas, il divise. Il n'apaise pas, il inquiète. 

La dynamique de la haine et de la peur paye dans les sondages.

Face à lui, Alain Juppé tente de se redresser. Il suffit d'une enquête le donnant seul gagnant face à l'extrême droite en 2017 pour qu'il s'enflamme. Juppé, c'est "la droite apaisée". Vraiment ? Juppé défend un programme socialement violent, aussi économiquement irresponsable que la politique de l'offre conduit depuis bientôt 4 ans à l'Elysée. La comparaison des programmes, quand ils existent, des différents candidats de droite, révèle qu'ils sont ... à droite, très à droite. Socialement violents, économiquement absurdes, ils ne surprennent que sur les sujets sociétaux, sécuritaires et politiques. Fillon veut séduire les opposants au mariage gay. Sarkozy flirte à l'extrême droite. Nathalie Kosciusko-Morizet joue les potiches centristes.

Bref, face à Sarko, il n'y a pour l'instant que Juppé, et non pas Hollande. Ni même Macron.

Macron-compatible
Juppé pourrait prendre Macron à Matignon, et Valls à l'intérieur. Juppé est également compatible avec ce socialiste Jean-Marie Le Guen qui proposait, en mai dernier, de baisser la durée et le montant des allocations chômage. Juppé est compatible avec Rebsamen, désormais retiré des affaires gouvernementales, qui réclamait à Pôle Emploi de mieux traquer les fraudeurs. Juppé est compatible avec le commissaire européen Pierre Moscovici qui s'indignait du "trop d'impôts" dès l'été 2013, sabordant ainsi l'unique grande ambition de redistribution fiscale de cette équipe Hollande.

Multiplier les rapprochements évidents entre une partie du programme de Juppé et l'action de Hollande desservirait le maire de Bordeaux. Juppé n'est pas Hollande. Mais Juppé reste chronologiquement le premier rempart contre Sarkozy.

Les gesticulations oratoires des uns et des autres pour tenter de grossir leurs différences politiques ne trompent personne, et certainement plus les électeurs. Mais Juppé incarne, comme d'autres, une certaine idée de la République qui fait défaut à droite. Certains supporteurs hollandais n'entendent pas cet argument pour de mauvaises raisons. Autant se l'avouer, ils ont peur d'une qualification de l'ancien premier ministre de Jacques Chirac.

Pourtant...

En 2011, le candidat Hollande a remporté les primaires contre Aubry, Royal et Montebourg grâce à une mobilisation qui dépassait largement le cadre socialiste... sur sa droite. Hollande était le "social-libéral" rassurant pour un centre-droit effrayé par les délires xénophobes et l'incompétence économique de Nicolas Sarkozy. Cinq ans plus tard, Juppé sera-t-il capable d'incarner la même alternative, cette fois-ci contre un double adversaire, Sarkozy en novembre, Le Pen en avril ?

Parce que le scrutin présidentiel apparaît fermé dans un duel final avec l'extrême droite, la primaire de droite prend une importance politique et démocratique hors normes.

A gauche, certains espèrent la victoire de Sarkozy dans cette primaire de droite. Parce qu'il parait que François Hollande sera ensuite le "vote utile" contre Sarko et Le Pen. Il n'en sera rien. Le Hollande de 2016 est aussi proche de Mitterrand en 1988 que Sarkozy pouvait incarner De Gaulle.

"L'exemple" Marisol Touraine
La ministre de la Santé est convaincue de travailler utilement pour les plus faibles. Cette dimension hors sol de l'ancienne strauss-kahnienne est curieuse.

La nouvelle sociale de la semaine est  effectivement le redressement des comptes de la Sécurité sociale. Si la courbe du chômage ne s'est pas inversée, celles des déficits oui. Marisol Touraine le claironne avec gourmandise sur toutes les ondes: "En 2017, le 'trou de la Sécu' aura disparu." Alléluia ! Pour la première fois depuis 2001, les comptes de la Sécu seront à l'équilibre... en 2017.

Il faut rendre à César ce qui est à César, et les premières mesures de déremboursements à ... Nicolas Sarkozy. Dans les premières mesures du quinquennat précédent, franchises médicales et déremboursements de soin ont été votés. Fin 2011, dernière année complète du quinquennat Sarkozy, l'ancien monarque avait laissé la branche générale de la Sécu en déficit de 12 milliards d'euros. La ministre de la santé se défend d'avoir conduit le redressement des comptes de la Sécu avec la même sévérité neo-libérale: "création du compte pénibilité, aux départs anticipés à la retraite, à l'augmentation jusqu'à 1.000 euros par an des prestations familiales pour les plus pauvres, à la généralisation du tiers payant, à la suppression des franchises médicales pour les plus modestes, à l'accès élargi à la CMU, à la hausse du RSA, à la prime d'activité" explique-t-elle aux Echos. Rappelons à la ministre l'autre face de son bilan: "grâce" à la réforme des retraites de Hollande qui porte à 43 ans de cotisations ininterrompue la durée nécessaire pour une retraite pleine et normale, même l'assurance vieillesse sera excédentaire (1,6 milliards d'euros). Depuis janvier, les mutuelles sont plafonnées dans leurs remboursements de santé. Nos hôpitaux publics vont fermer 22000 lits. Et dan sle dernier projet de loi de finances de la Sécu de ce quinquennat, on prévoit de prescrire encore moins, et notamment moins d'examens malgré le vieillissement de la population.

La Sécu va mieux, c'est vrai. Les pauvres, plus nombreux, se soignent moins. C'est vrai aussi.

Clap, clap, clap.

Comme d'autres, Marisol Touraine se rassure avec ce constat: "Vu le grand bond en arrière que nous proposent les candidats de la droite - retraite à taux plein à 70 ans, suppression du tiers payant, disparition des hôpitaux de proximité, etc. -, il n'y aura pas photo !

Ami anti-sarkozyste,  le combat reprend aux primaires de la droite.  

Après, il sera trop tard.








14 mai 2016

471ème semaine politique: comment ils ont préparé le terrain au pire

 

Comment résister à ce curieux sentiment, cette intuition désagréable qu'ils nous ont préparé au pire ?


L'omerta

Denis Baupin, député écologiste, est accusé de harcèlement sexuel par 8 femmes, élues ou responsables de son propre parti EELV, après une enquête de France Inter et Mediapart. L'affaire soulève les cœurs, échauffe les esprits, et frappe la Hollandie sur son flanc écolo. Car la compagne de Baupin est l'ancienne patronne d'EELV devenue ministre du Logement à la faveur du débauchage gouvernemental de novembre dernier. Baupin démissionne de sa vice-présidence de l'Assemblée, se met en "retrait" du groupe écologiste à l'Assemblée, puis porte plainte pour diffamation.

Au PS ou au gouvernement, pas de réaction officielle. On se tait, on se terre, surtout si l'on est un homme. "Ça concerne les Verts" lâche Hollande. "C’est un autre parti qui est concerné" confirme Valls. A gauche comme à droite, les éluEs, souvent jeunes, protestent contre ces silences voire les ricanements de leurs confrères souvent âgés. A gauche comme à droite, elles enfoncent le clou. La frondeuse Delphine Batho réclame au ministre Sapin de s'expliquer sur les accusations dont il fait l'objet depuis quelques semaines, lequel ministre s'empresse de publier un communiqué d'excuse sur "l'affaire de la culotte". La jeune élue élue Les Républicains des Yvelines Aurore Bergé témoigne des obscénités qui lui furent adressées le soir même de l'affaire lors d'un conseil d'agglomération. Et une pétition du collectif "Levons l'omerta" est lancée.

Pourtant, ces premiers craquellements d'une omerta au long cours sont historiques. Des élues à visage découvert racontent ce qu'elles ont subies. Parole contre parole, la justice devra trancher. Ces comportements sont marginaux, mais ils restent odieux, coupables et punissables.

La censure
Mercredi, le gouvernement est convoqué pour un conseil des ministres exceptionnel. Manuel Valls en ressort l'air contrit ou carbonisé. Il s'excuse presque sur TF1:

"Ça me fait mal au cœur".

Hollande décide l'utilisation de l'article 49-3 pour faire passer sans débat sa fichue loi de réforme du travail. Malgré 5000 amendements et plusieurs semaines de négociations avec quelques syndicats, Hollande choisit la censure.

Au final, le fiasco apparaît total: la nouvelle version du texte mécontente tout le monde. Valls a cru bien faire en retirant toute surtaxation des CDD (pour le MEDEF), et ne pas changer le périmètre de définition du licenciement économique ou supprimer le plafonnement des indemnités prudhommales (pour les syndicats). Il a conservé le pire, la mesure la plus rétrograde, l'article 2 de sa loi qui annule l'acquis vieux d'un siècle, celui qui inverse la hiérarchie des normes dans les entreprises et rétablit le primat de l'accord d'entreprise, où les salariés sont plus fragiles et exposés, sur les accords de branches en matière d'organisation de conditions de travail et de rémunération. 

Mais sur cette annonce de 49-3, il fracture encore davantage la gauche. Hollande censure le débat parlementaires, quelques parlementaires tentent, en vain, de censurer le gouvernement. Mercredi, 56 députés de gauche, dont 28 socialistes, signent une motion de censure contre le gouvernement. C'est insuffisant. Mais la sécession est quasi-définitive, l'implosion proche, l'ambiance "crépusculaire". A l'Assemblée, Valls éructe: "Je prends cette tentative pour ce qu'elle est. Elle est grave, même si elle a échoué. (...) Je ne laisserai pas détruire la gauche de gouvernement, la social-démocratie française." L'homme qui prononce ces phrases tentait encore il y a peu de convaincre la droite et l'extrême droite de voter l'extension constitutionnelle de la déchéance de nationalité. Manuel Valls a perdu tout sens de la mesure. 

Vendredi, Martine Aubry s'en mêle et fustige le recours au 49-3: elle aurait pu demander à ses proches de signer la motion de censure de gauche, à laquelle il manquait 2 voix pour être recevable. Que les actes suivent les paroles, aussi dans l'opposition... 

"Valls est à portée de main, la loi El Khomri à portée de poubelle!" s'exclame Jean-Luc Mélenchon. le texte El Khomri va revenir une seconde fois à l'Assemblée. Le temps de la vraie censure pourrait enfin arrivé. Il suffirait que tous les frondeurs, enfin, se décident tous à voter en fonction de leurs convictions frondeuses.
"La situation est surcritique en France quand à deux voix près le gouvernement peut tomber sous les coups de sa propre majorité". Jean-Luc Mélenchon.
 Dans les rues, les manifestations contre la loi s'essoufflent. L'appel du 12 mai rassemble peut. Cela suffit à quelques éditocrates pour nier la révolte, le grand incendie, l'éruption qui vient.


Le suppositoire libéral.
A droite, la surenchère libérale se poursuit.

C'est une "drôle d'escalade" titre Le Monde. Le scrutin des primaires de novembre prochain risque fort de désigner le vainqueur de l'élection présidentielle de 2017. Et cette perspective droitise à souhait tous les candidats. La comparaison des propositions des candidats déclarés (ou pas) à la primaire de droite laisse pantois.

On se croirait en 1979.

Cette semaine, Alain Juppé livre ses idées en matière économique et sociale. Un petit bouquin publié mercredi, un pamphlet ultra-libéral comme on n'avait pas lu depuis l'âge d'or des années Thatcher/Reagan.

L'homme n'a rien à perdre. Vu son âge, il ne sera le président que d'un seul mandat. Face à un Hollande qui truste le social-libéralisme si habituel à droite, Juppé se décale encore. Sa potion est amère. Juppé propose 100 milliards d'euros d'économies budgétaires (110 pour Fillon; 35 pour Mariton, etc), la suppression de la rémunération des heures supp entre 35 et 39 heures hebdo; le report à 65 ans de l'âge minimal de la retraite; la suppression de l'ISF; et la réduction de 250.000 emplois publics. On attend de connaître certains détails: Juppé envisage-t-il de réduire les effectifs de sécurité - dont on peine à payer les heures supp tant la charge est hors normes -, des infirmier(e)s des hopitaux publics surchargés ou des professeurs à classes de 40 élèves ?

Juppé endosse aussi les pires des idées rétrogrades sur la protection des salariés. En visite dans une entreprise du XVIIIème arrondissement de Paris, le candidat promis à toutes les victoires explique qu'il veut "que les représentants du personnel ne fassent pas plus de deux mandats et que 50% de leur temps soit consacré à leur travail pour l'entreprise". Autrement dit, les maintenir sous la pression de l'employeur.

Le suppositoire libéral qu'il promet aux Français est assez lunatique. Nulle part en Europe il n'a servi à autre chose qu'à réduire le chômage statistique au profit de la précarité réelle. "Mon ennemi, c'est le chômage" clame-t-il sur RTL. Et d'ajouter: "les prévisions de la Commission européenne disent que l'on va passer de 10,2 à 10,1% et ça permet à monsieur Hollande de dire que ça va mieux."

Les esprits sont préparés à pareille bêtise. Les sondages ne démentent pas Juppé. Un quinquennat ou presque qu'Hollande, Valls, Mosco puis Macron expliquent combien la politique de l'offre est nécessaire; combien le licenciement doit être facilité pour augmenter les embauches; combien la lutte des classes a été remplacée par des relations bisounours entre employeurs 2.0 et "contractants" ubérisés et ravis.

La confusion
Pour Juppé, Fillon et autres Sarkozy, il n'y a plus de rupture à clamer. Juste à convaincre l'électeur qu'Hollande n'était qu'un amateur, un faible ou un incompétent en matière libérale. Tout n'est plus qu'une question de curseur. L'abstention fera le reste.

Même en matière sociétale, le bilan sera mince. Cette semaine, le Défenseur des droits Jacques Toubon, que l'on ne soupçonnera pas de faire campagne pour Jean-Luc Mélenchon ou Edwy Plenel, s'émeut dans son rapport "Les droits fondamentaux des étrangers en France". "Au cœur de la pensée d’extrême droite, la préférence nationale s’est doucement instillée au pays des Lumières" résume le Monde, autre journal que les Hollandolâtres qualifieront de gauchiste. Insidieusement, à coups de mesures discrètes et de saloperies réelles, notre droit national discrimine les étrangers. Marine l'a rêvé, la République l'a fait. Refus de prestations sociales à certaines nationalités, pouvoir discrétionnaire en matière de visas dans certaines préfectures, précarisation des conditions de séjour, refus de scolarisation, réduction des accueils au guichet, etc. La description, sur 305 pages, fait froid dans le dos. Elle nous rappelle cette France pré-pétainisme si docile et déjà prête aux heures les plus honteuses de notre Histoire.
"Aucune période de l’histoire de l’immigration, aussi intense soit-elle, n’a modifié le socle des valeurs républicaines communes." le Défenseur des Droits.
A l'Elysée, on fait des "calculs". On se réjouit d'une biographie semi-autorisée de Julie Gayet, la compagne du Président. On espère toujours que Nicolas Sarkozy l'emportera lors de ces primaires. L'ancien monarque est le meilleur rival, celui qui susciterait encore plus de détestation que Hollande lui-même. Hollande a besoin d'une caricature clivante en face de lui pour espérer l'emporter. Nicolas Sarkozy est pourtant bien mal en point. L'incarnation de la droite furibarde se ridiculise quasiment à chacune de ses interventions. La semaine dernière, sa "table ronde" sur l'environnement a fait les choux gras des gazettes: l'ancien monarque expliquait que le réchauffement climatique n'était pas si grave. Jeudi près de Lyon, il a été surpris en s'interrogeant publiquement :"C'est quoi, Le Bon Coin ?". Le patron du site de petites annonces (26 millions chaque mois !) a simplement commenté : "le fait que Nicolas Sarkozy ne sait pas ce qu'est Le Bon Coin montre qu'il y a une déconnexion des élites."

Pourtant, d'autres laissent planer de moins en moins de doute sur leurs envies présidentielles. Le ras-le-bol est tel que quiconque a désormais sa chance. Arnaud Montebourg profite de son traditionnel discours au mont Beauvray le lundi de Pentecôte pour clarifier ses intentions. Emmanuel Macron est de moins en moins discret. Après sa parade en l'honneur de Jeanne d'Arc à Orléans qui fit jaser davantage que le dernier défilé traditionnel du chef de l'Etat sur les Champs Elysées pour l'anniversaire de la fin de la IIème guerre mondiale, Macron a taclé la "caste politique" cumularde qui lui reproche son engagement militant. Sur les bancs de l'Assemblée le lendemain, les caméras surprennent Valls rouge de colère en train de tancer son jeune ministre.
Manuel Valls: "C’est inacceptable. Pourquoi tu dis ça?" Emmanuel Macron: "Je suis d’accord avec toi, c’est Juppé que je visais." Manuel Valls: "Mais alors dis-le! Dis-le!"
(source)
En début de semaine, Yann Barthès quitte le Petit Journal, l'animateur-vedette des moins de 25 ans annonce son départ lundi pour TMC et TF1 dès la rentrée prochaine.

Cela promet une belle saison présidentielle.


Triste période.


23 avril 2016

468ème semaine politique: les 3 formules de Hollande pour gagner en 2017

Crédits: DoZone Parody, inspiré par la campagne gouvernementale anti-discrimination.

François Hollande est loin. En voyage, Egypte puis jusqu'à Aman. Les clichés sont jolis, symboliques, artificiels comme un coup de com': Hollande salue deux pilotes à leur sortie du cockpit. Les pilotes, de retour d'une mission de bombardements en Irak, ont du attendre une vingtaine de minutes pour sortir de leur appareil. La com' avant tout. Il fallait cette image faussement prise sur le vif d'un président chef des armées au pied de l'appareil.


La communication n'a jamais été le fort du président. Sarkozy était caricatural, et outrancier; Hollande est flou, et maladroit.

Le fiasco télévisuel de François Hollande de la semaine précédente a fini par stresser jusqu'aux plus proches. Laurence Rossignol, ministre de la famille, des enfants et des femmes, s'émeut du risque d'un nouveau 21 avril. Elle appelle les frondeurs et autres critiques à se mobiliser autour du gouvernement. "Un 21 avril est possible, incontestablement". Elle fustige le faux centrisme d'Alain Juppé, cette "droite ultra-libérale." Ailleurs, Jean-Christophe Cambadélis dénonce sur tous les plateaux ce "consensus médiatico-politique" selon lequel la messe présidentielle de l'an prochain serait dite. Dans les rues, la couverture de l'Express figurant Hollande et Sarkozy barrés d'une sentence : "renoncez" leur saute aux yeux. Sur quelques places, le mouvement Nuit Debout s'entête à rassembler des débatteurs en tous genres. 

Effrayer d'un risque de victoire frontiste en 2017 ne suffit plus. La donne politique est en train de changer L'anniversaire du 21 avril 2002, qui suscite encore quelques unes médiatiques cette semaine, intéresse peu. Pour rallier l'électorat de gauche, il s'agit désormais de réveiller la gauche, en faisant peur avec la droite la plus proche, celle qui pourtant soutenait la loi El Khomri, la déchéance de nationalité, le Pacte de responsabilité, la réforme des retraites, et, bien sûr, la loi Macron.   

Le camp Hollandiste tente donc d'effrayer les centristes sur un Juppé donné victorieux que l'on dépeint désormais comme le digne héritier de Margareth Thatcher et Ronald Reagan réunis. Juppé ne serait pas le centriste que ses communicants nous décrivent. Dans les sondages, près d'un quart des électeurs de Hollande  en 2012 se déclarent pourtant séduits par le bonhomme. Contre Juppé, les attaques sont aussi personnelles. On se jette ainsi sur les confessions de ses deux aînés selon lesquels le maire de Bordeaux serait un "handicapé des rapports humains".

Pour rallier l'électorat de gauche, il s'agit aussi de "faire gauche".   

Après un quasi-quinquennat passé à "trianguler" l'adversaire, la ficelle est grosse. Le car hollandiste freine trop tard. Le mur est là. Il fallait y penser avant: avant d'applaudir l'ANI, avant de réformer les retraites comme Sarkozy; avant de lâcher 41 milliards aux employeurs et seulement 2 milliards contre la pauvreté; avant de tenter de constitutionnaliser la déchéance de nationalité; avant la loi el Khomri.

Hollande est désormais talonné voire dépassé sur sa gauche : plusieurs enquêtes d'opinion placent Jean-Luc Mélenchon au même niveau ou devant Hollande au prochain tour du Scrutin de 2017. On n'est plus dans le scenario de 2002 où les candidatures Taubira, Mamère et Chevènement avaient grignoté celle de Jospin. Cette fois-ci, le potentiel de la candidature "normale" du président sortant s'est simplement ... effondré. Si Mélenchon parvient à mobiliser paisiblement mais fermement la gauche, alors l’abstention, massive à gauche depuis 2012, sera plus faible.
"Le gavage des riches, l’appauvrissement des classes moyennes et les misères du peuple n’ont rien de fatal." Jean-Luc Mélenchon, le projet.
"Faire gauche", c'est ainsi faire sienne, à 12 mois du premier tour de l'élection présidentielle, cette merveilleuse idée d'un revenu universel minimum pour tous, c'est-à-dire aussi pour les jeunes. Mardi 19 avril, on apprend par Twitter que "le chantier" est ouvert. Il ne fallait pas plus de 140 caractères pour illustrer cette imprévision. Valls et Hollande s'inquiètent de cette persévérante jeunesse qui défile ou débat encore et toujours contre la loi travail.

Le premier ministre s'appuie sur le rapport d'un député, Christophe Sirugue, qui recommande la mise en place d'un "revenu minimum d'existence"; plusieurs scenarii sont évoqués, du toilettage à la fusion de dispositifs existants (RSA, minimum vieillesse, etc). Sur le fond, l'idée est poussée à gauche jusqu'à la droite sociale depuis des lustres. Jeudi sur France inter, Louis Gallois, ex-PDG d'Airbus, disait ainsi tout son soutien à la mesure. Les désaccords portent sur le montant et la portée. Le premier ministre défend ainsi qu'il faudrait étendre ce revenu minimum aux jeunes de 18 à 25 ans. On se souvient du fiasco du RSA jeunes porté par Martin Hirsch, alors "Haut Commissaire aux Solidarités Actives" sous Nicolas Sarkozy.

Le 29 septembre 2009, Sarkozy reprenait l'idée: "Qui peut comprendre que le travailleur de 25 ans d'une entreprise a le droit au RSA et que le même travailleur de 24 ans dans la même entreprise depuis six mois n'y aurait pas le droit ?"  A l'époque, il avait débloqué 250 millions d'euros pour l'extension du RSA aux jeunes de 18 à 25 ans. Deux ans plus tard, à peine 5000 jeunes bénéficiaient en réalité de cette aide, contre 160.000 prévus. En cause, les critères d'éligibilité: il fallait 2 ans de CDI sur les 3 dernières années pour prétendre au dispositif, en pleine période de chômage massif...

Lancer cette idée juste avant le Grand Scrutin est habile de la part de Hollande. Cela permet de cliver le débat politique avec sa droite. Car à droite, sans surprise, les furibards Wauquiez et consorts ont pu brailler leur opposition à cet "assistanat". "On propose donc de donner 250 euros à des jeunes qui ne sont pas étudiants et qui n’ont pas commencé à travailler" fustige Wauquiez aussi sec. "Ce qui me révolte, c’est qu’on est en train de faire tourner la machine à assistanat, et cela pour des étudiants et des jeunes qui n’ont même pas commencé à travailler." L'héritier du Puy-de-Dôme a la révolte aussi rapide qu'indigne.

A Marseille, les délégués CGT réélisent Philippe Martinez à leur tête sur une ligne d'opposition frontale avec les projets socio-libéraux du gouvernement. Le Figaro titre sur "la CGT dans les bras de Mélenchon". L'Obs s'inquiète: "la CGT relance la lutte des classes." Mélenchon est parti au Québec: "Ici on s’apprête à légaliser le cannabis et à voter « l’aide à mourir ». Il y a peu, on y a abrogé la déchéance de la nationalité."

"Faire gauche", c'est aussi tacler plus fermement "sa propre droite", à savoir Emmanuel Macron. 

Court-il pour François Hollande ? Il "élargit" la base électorale, expliquait-on à Solferino. Désormais, le son de cloche a changé. Macron agace, irrite, énerve le camp Hollandiste. A un quotidien belge, il confie que son son mouvement "en marche", lancé le 6 avril dernier, est destiné à nourrir un "projet présidentiel". Mardi, un journaliste attentif rapporte à Manuel Valls une interview du jeune ministre où il explique qu'il préfère "la taxation sur la succession aux impôts de type ISF" . Valls s'empourpre et le "recadre" en direct à la radio. Mercredi, Macron confie qu'il ne se sent nullement "l'obligé" de François Hollande. Il assure que son mouvement est un succès; qu'il s'appuyera sur " plusieurs milliers de 'marcheurs'", pour recueillir " cent mille expériences de vies françaises " et "dresser le bilan du pays". Rarement, ou jamais, les vrais sujets sont évoqués. Plus on s'approche du Grand Scrutin, et ses tours préliminaires, plus nos colonnes médiatiques sont encombrées de statistiques sondagières et d'analyses tactiques.

Sous les yeux ébahis et ravis de quelques éditocrates, l'évidence s'impose: Macron rejoue contre Hollande "la rupture dans la continuité" qui avait tellement réussie à Nicolas Sarkozy en 2006 contre Jacques Chirac. La machine médiatique se régale, cette guerre interne au camp social-libéral a tous les ingrédients d'un feuilleton réussi: des différences idéologiques sont minimes et n'effraient pas nos éditocrates; on insistera donc sur les écarts de génération; les différences de méthodes, les petites phrases et les gros sondages. On parlera tactique, et pas politique; "réformes", mais sans dire lesquelles.  

Macron est un cliché, la nouvelle et énième illustration de cette politique du cliché si décriée au crépuscule du sarkozysme présidentiel. Mais une certaine presse est amnésique. Et retombe pas à pas dans un piège qu'elle avait fini par dénoncer.

Il nous manque la photo de Macron, sur un cheval en Camargue, devant des journalistes parqués dans une carriole, et le compte sera bon.

Soyez patient.




23 janvier 2016

455ème semaine politique: Hollande, Sarkozy, Macron ou la France en vrille.

Crédit illustration: DoZone Parody



Pour se redresser, Sarkozy pond un livre et Hollande annonce un assouplissement supplémentaire du droit du travail. A Davos, où se tient l'habituel sommet eco-politico-financier de janvier, Valls et Macron se livrent à une surenchère de déclarations fracassantes qui témoignent d'une inquiétude: et si tout était fichu ?


Urgence électorale
Lundi, la France médiatique s'active sur les annonces "d'urgence" de François Hollande contre le chômage. Car l'actuel président est effectivement dans une situation d'urgence, celle de sa propre réélection l'an prochain. On connaît la chanson, disait le film. "L'heure est à la recherche de mesures à forte rentabilité électorale " complète un nouveau journal, "Les Jours".

Lundi 18 janvier, il fait froid et Hollande pense avoir trouvé la formule pour rassurer son auditoire. A l'Elysée, il livre ses voeux aux entreprises. Cette formule, il l'a empruntée à son prédécesseur, lequel regrette de n'avoir poussé la dérégulation plus loin: permettre aux entreprises de réduire la rémunération des heures supplémentaires.  Car l'actuel locataire élyséen ne propose ni plus ni moins que de laisser aux entreprises le soin "de fixer le taux de majoration et le nombre des heures supplémentaires, ou moduler le temps de travail au-delà même de l'année". En complément, Hollande annonce la création d'une commission de simplification du Code du travail, présidée par l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter. Et il se félicite que le plafonnement pour les indemnités prudhommales en fonction de l’ancienneté soit bientôt effectif.

Ni Macron, ni Hollande, ni Valls n'osent remettre en question les trois années écoulées de politique de l'offre. C'est pourtant un échec, et un échec complet. Au contraire, Hollande promet cette semaine de "transformer aussi vite que possible le CICE en baisse définitive des cotisations sociales". Le CICE, premier dispositif d'exonération lancé dès 2013, a rapporté 19 milliards d'euros aux entreprises depuis cette date. Et 33 milliards d'euros d'exonérations, sur les 40 du Pacte irresponsable de janvier 2014, ont été lâchés sans contrepartie.

Depuis le début du quinquennat, la consommation des ménages est restée atone, on a frôlé la déflation, et le chômage a grimpé de 600.000 personnes.

Rentabilité politique
Oui, l'heure est à la recherche de mesures à forte rentabilité électorale. François Hollande confie publiquement qu'il est "probable" que son gouvernement proposera l'extension de l'état d'urgence. Après trois mille perquisitions, quelques dizaines de dérapages (dont l'assignation à résidence ... de militants écologistes) et, à l'arrivée, une seule mise en examen, l'équipe Hollande/Valls sombre dans le piège de Daesch, la mise en scène de la peur permanente. Sur nos réseaux sociaux, les "hoax" - ces affabulations crédibles et contagieuses, se multiplient contre les migrants. La fachosphère se régale dans la manipulation et le mensonge. Les migrants sont facilement assimilés à des terroristes en puissance.

Cette agitation sécuritaire de l'urgence fait dérailler jusqu'au premier ministre lui-même: au dîner du CRIF, Manuel Valls lance publiquement une violente critique contre l'Observatoire de la la Laïcité, pourtant sous sa tutelle, et dirigé par Jeab-Louis Bianco, ancien fidèle soutien de Ségolène Royal et, surtout, ancien secrétaire général de l'Elysée de François Mitterrand. En cause, quelques appels à l'union et la paix orchestrés par l'Observatoire depuis les attentats, soutenus par des associations religieuses qualifiées de douteuses: "On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant du climat que l’on a évoqué tout à l’heure". C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Valls oublie auprès de qui il a défilé le 11 janvier au lendemain des attentats: une cohorte de dictateurs et même d'islamistes convaincus. Il oublie le silence français face aux décapitations en cascade en Arabie Saoudite. Il oublie la distance nécessaire à son poste quand la période est trouble.

La France démocratique se désagrège et, visiblement, François Hollande n'est pas Gandhi. Il gouverne avec son instinct, les sondages, et une envie de réélection hors de toutes convictions politiques. Avec la tenue de l'Euro 2016 en France cet été, il y a fort à parier que le duo Hollande/Valls annoncera une troisième prolongation des mesures d'exception. La France n'est pas tombée en dictature, car l'Etat n'abuse pas massivement de ces capacités liberticides d'urgence. Mais la France n'est juridiquement plus la République que nous chérissions. Chacun doit mesurer combien cette situation est fragile et anormale.


Pyromanie libérale
Mais le plus surprenant est surtout cet "effet Davos". Le forum des grands du monde - patrons et représentants de gouvernement - dans l'un des paradis fiscaux de la planète - la Suisse - se tenait cette semaine. Manuel Valls et Emmanuel Macron y assistent, forcément. Le second ne reste que 24 heures, mais avec une boulimie d'apparitions et d'interviews.

A Davos, la planète s'inquiète moins du réchauffement climatique - l'année 2015 fut la plus chaude que le globe ait connu depuis que la mesure existe - que d'un probable crash boursier. Crise en Chine, dégringolade des prix des ressources  carbonnées, ralentissement de la croissance mondiale, le risque d'une nouvelle déflagration financière est grand. Et les économies occidentales n'ont plus des amortisseurs sociaux aussi solides qu'en 2008 Les politiques austéritaires conduites en Europe ont affaibli les pays.

A Davos, Macron joue au pompier pyromane. Il prône la réduction des protections des salariés des salaires (autrement qualifié de "coût du travail"). On se souvient de Sarkozy à l'été 2007 qui promouvait la généralisation des subprimes, ces emprunts pourris à l'origine du grand crash de l'automne suivant. A Davos, Macron promeut encore et toujours la destruction des filets sociaux du modèle socio-économique français.

Jaloux, Manuel Valls en rajoute sur les propos sécuritaires de Hollande, un terrain où Macron ne peut s'exprimer: "Tant que la menace est là, il faut que tous les moyens soient mis en œuvre", explique-t-il, (...) "jusqu’à ce que l’on puisse se débarrasser de Daech." En d'autres termes, Valls nous explique qu'on en a au moins pour une bonne décennie d'état d'urgence. Il légitime sans durée déterminée une législation d'exception. Il braille bien fort ce que Sarko et le Pen n'ont plus besoin de murmurer. Il faut se pincer pour le croire.

Emmanuel Macron fait le buzz... à droite.  La presse le décrit "coincé" ou gêné par un Hollande réfractaire à trop de libéralisme. "Macron réclame des réformes plus radicales !" titre Bloomberg. Être à droite dans un gouvernement labellisé socialiste permet beaucoup de choses. Cette rivalité Valls/Macron est un objet médiatico-politique lunaire. Manuel Valls s'agacerait car il n'incarnerait plus la transgression patronale au PS, sans rire ?

Macron multiplie les buzz. Lundi, avec une phrase qui fleure bon l'ignorance crasse et la caricature des beaux salons: "la vie d'un entrepreneur est souvent plus dure que celle d'un salarié." Notez le cliché. Macron a-t-il donc réalisé quelque sondage pour sortir pareille sentence de salon de thé des beaux quartiers ? La petite phrase de Macron scandalise la gauche, conclut BFM TV. Non, elle scandalise d'abord l'intelligence. Une bêtise ne venant jamais seule, le sous-ministre aux relations avec le Parlement renchérit de son côté en estimant que la France compte "trop d'organisations syndicales". Deux jours plus tard à Davos, Macron reprend la main: "la réalité de la vie d'un entrepreneur, c'est que c'est quelqu'un qui prend tous les risques, dont le travail ne s'arrête pas le soir ou le week-end, parce que c'est sa vie". Et devant un parterre de journalistes, de patrons et autres dirigeants du monde, il dit tout haut ce que Hollande murmurait tout bas: les trente-cinq heures sont enterrées "de facto" avec le projet de réforme du travail présenté par Hollande en début de semaine: "les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d'accord" se félicite-t-il sur les ondes de CNBC et de Bloomberg, contredisant sa collègue Myriam El Khomri, ministre du travail, qui expliquait au contraire deux avant à l'Assemblée: "toute heure au-delà de 35 heures sera majorée."

Amen...

Déprime sarkozyste
L'urgence électorale se lit aussi à droite. L'épaule toujours tressaillante, Sarkozy tente de se montrer calme et rassembleur. Mais la Justice est à ses trousses. On se croirait dans un mauvais polar. Cette semaine, c'est au tour du préfet Gardère, un ancien proche, ancien directeur adjoint de cabinet du ministre de l’Intérieur Claude Guéant, a achevé sa garde à vue par une mise en examen pour corruption passive. L'entourage de l'ex-président est décidément effarant.

Sarkozy s'inquiète car le "Tout sauf Sarko" prend de l'ampleur... à droite. Pour preuve, sa récente invitation à déjeuner avec les présidents de régions LR a finalement été annulée... faute de participants. Xavier Bertrand Valérie Pécresse, Christian Estrosi avaient d'autres obligations... forcément.

L'ancien monarque s'est décidé à écrire un livre (quand trouve-t-il le temps ?), 270 pages écrites à la main. L'ouvrage sort ce dernier lundi de janvier, quand le froid envahit le pays. Il a mis les bouchées doubles: nos librairies sont inondées de quelques 120.000 exemplaires, le plan de com' est massif. On publie les bonnes feuilles en "exclusivité" sur quelques médias dès le jeudi précédent. Le microcosme se régale d'apprendre que Sarko regrette (forcément) les éléments Bling Bling et dégradants de son mandat. Le bouquin ne manque pas de perles, comme cette introduction sur une citation de Confucius (sic!). Ou cette énième déclaration de métamorphose personnelle: "Force m’est de reconnaître que cet échec de 2012 m’a apaisé." Nicolas Sarkozy change tous les 5 ans, qu'on se le dise et se le répète. Cette mascarade en devient drôlatique.

La presse se jette avec régal sur cette distraction artificielle. Elle est déçue car l'ancien monarque revient rarement sur les anecdotes les plus troublantes ou les sujets les plus sérieux de son quinquennat. On n'apprend rien sur ses négociations avec le colonel Kadhafi, rien sur les soupçons de financement occulte de ses deux campagnes présidentielles, rien sur le scandale des sondages de l'Elysée.

Comme en 2012, où il fit mine d'hésiter à se représenter à la fonction suprême jusqu'en février alors qu'il était en campagne officieuse depuis deux ans au moins, Sarkozy récuse se porter candidat à des primaires de la droite alors que ces dernières sont annoncées pour l'automne.

En meeting à Nîmes, Sarko se livre à 45 minutes d'auto-congratulation, ses talents de "chef" à la tête de l'ex-UMP, ou ses victoires électorales locales ("on a gagné dans 75% des départements"): "je préfère me taire en gagnant, plutôt que de faire comme du Valls qui dit j'ai gagné alors qu'il avait perdu". On retrouve notre Sarkozy vantard, agité, et parfois comique. Un sondage de fin de semaine fait quelques dégâts: deux tiers des sondés "ne regrettent pas l'ancien président". Et trois quarts sont persuadés qu'il n'a pas changé.


Même s'il n'est pas candidat, Sarkozy a des propositions, comme celle inspirée directement du fameux couple Reagan/Thatcher de l'aube des années 80: réduire massivement le seul impôt progressif du pays, l'impôt sur le revenu. De l'ouvrage, il ne fallait retenir qu'une chose, un heureux revirement, un "parjure" qui réjouit: Nicolas Sarkozy ne reviendra pas sur le mariage homosexuel s'il est élu.



Hollande dépassé, Valls rivalisé, Macron sanctifié, Sarkozy comique...

Ami juppéiste, réjouis-toi.

C'est un boulevard politique qui s'ouvre à ton mentor.



9 janvier 2016

453ème semaine politique: pourquoi Alain Juppé va défaire Sarkozy puis Hollande

Crédit Illustration: DoZone Parody
 

C'est la star de la semaine. Alain Juppé, favori des sondages, a fait sa rentrée cette semaine. Une interview par ci, un livre sécuritaire par là. Et la couverture de la nouvelle coqueluche magazine des bobos "SoCiety".

 

Bien sûr, Alain Juppé est plus à droite que François Hollande sur quelques terrains, mais lesquels ? Et sont-ils si nombreux ?

 

Parmi les partisans de l'actuel locataire de l'Elysée, c'est le drame.




Juppé, au centre
Alain Juppé a fait sa rentrée tonitruante et bien à propos un dimanche veille d'hommages en cascade aux victimes des attentats de Charlie et de l'Hypercasher. Le JDD publiait les bonnes feuilles de son nouvel ouvrage programmatique sur la sécurité (Pour un Etat fort - éd. JC Lattès). Les deux tiers de ses plus fortes propositions étaient si Hollande-compatibles que cela était gênant pour l'équipe élyséenne: comme Hollande ou Valls, Juppé s'affiche contre l'immigration zéro, pour assouplir la légitime défense des forces de l’ordre, la sanction des consultations régulières de sites djihadistes, la création d’un pacte avec l’islam pour former les imam ou accélérer la procédure de droit d’asile.

"J'ai toujours été un homme ouvert, non sectaire, prêt à travailler avec les sociaux-démocrates" Alain Juppé, 4 janvier 2016

Closer, Paris-Match, SoCiety, le JDD, France 2 ou Europe 1, Juppé est partout, il parle de tout. Tout juste si on lui demande pas ce qu'il pense de cette sélection machiste des finalistes du Festival d'Angoulême. Il caracole dans les sondages, multiplie les soutiens, inaugure son QG de campagne. Vendredi, François Bayrou annonce son ralliement. Le président du MODEM, actuel maire de Pau, dont l'appel au vote contre Sarkozy dans l'entre-deux tours de l'élection présidentielle de 2012 avait été décisif, se prononce sans détour: "Je l'aiderai pour son engagement à la présidence de la République".

On attend donc le prochain bouquin de Juppé, sans doute sur l'économie, avec impatience. Comme Emmanuel Macron, il y a fort à parier qu'il expliquera que le travail à la tâche, l'uberisation du travail, est l'avenir radieux du redressement du pays et de la lutte contre le chômage. S'il était élu en 2017, Alain Juppé pourrait embaucher Emmanuel Macron.   A l'automne, le très jeune ministre de l'Economie de François Hollande  avait déclaré: "Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord". Entre ignorance de classe et convictions libérales, Macron incarne mieux que quiconque ce croisement de la droite et de la gauche dite "moderne". Cette semaine, il est revenu de vacances la barbe légère comme les hipsters du Quartier latin. Dans une trop longue interview au Monde le 7 janvier, il livre justement de stupéfiantes mais néanmoins habituelles conclusions. Il loue ainsi "l'exemple qu'offre Uber dans la région parisienne: des gens souvent victimes de l'exclusion choisisse l'entrepreneuriat individuel (...) Ils se lancent, ils travaillent plus, la rémunération ne suit pas toujours, mas ils ont accès à l'activité économique et à des perspectives de mobilité." La critique du salariat et de ses droits, le retour à une forme de rémunération à la tâche sans plafond de durée de travail, ni protection sociale, voici le modèle que prône donc l'un des ministres les plus importants du gouvernement Valls.

Tandis que République s'abime, l'économie s'enfonce. "On n'a pas tout essayé", reconnaît Macron dans l'interview pré-citée. Le chômage, en Europe, atteint pourtant son plus bas niveau depuis 2011, sauf dans quatre pays... dont la France. Depuis l'élection de François Hollande, le nombre de sans-emplois a cru de 670 000, soit autant que sous son prédécesseur agité.

Alain Juppé embarrasse François Hollande car il va lui chiper son électorat de centre-droit, la cheville ouvrière de sa réélection en 2017. Le schéma est connu. Juppé s'en régale, mais il doit aussi durcir son discours pour convaincre l'autre fraction de son électorat de 2017, la plus à droite.

Sarkozy, furibard
Nicolas Sarkozy traverse une séquence politique détestable, mais il ne désespère pas de l'emporter à la primaire de l'automne qui désignera le candidat de la droite unie à la présidentielle de 2017. Ses proches finissent par douter. Le jeune député Gérard Darmanin, porte-parole de sa campagne à la présidence de l'UMP en 2014, et présenté comme le renouveau de la garde sarkozyste, lui a claqué la porte en ce début d'année. Même Nadine Morano vient d'annoncer sa candidature (sic!), sur un créneau politique aussi outrancier et xénophobe que son ancien mentor. Dans une cote sondagière de rentrée, Nicolas Sarkozy perd 15 points de confiance parmi les sympathisants de droite. Il verrouille encore davantage l'appareil du parti.

Il tente de se remettre au cœur du débat mais en vain. Mercredi, dans la plus grande indifférence générale, il file en jet à Anvers pour une conférence (gratuite) devant des patrons belges et avec Bart de Wever, le chef de file du parti nationaliste flamand. Il fustige Schenghen: "Schengen est mort, Schengen ne fonctionnera plus, n'a jamais fonctionné et ne peut plus continuer comme cela". Le sujet n'est pas nouveau. Un à un, les pays européens ferment leurs frontières. Contrairement à il y a 10 ans, Nicolas Sarkozy ne sait plus orienter le débat politique sur ses idées ou propositions. Sa parole n'imprime plus grand monde. Jeudi, Sarkozy fait voter sans difficulté au bureau politique du Parti Républicain son appui à la mesure de déchéance de nationalité proposée par Hollande.

Fin janvier, LR va désigner ses délégués de circonscription, membres du conseil national, et membres du comité de circonscription. En février, Sarko repart en vadrouille électorale, un peu partout en France. 

Juppé a donc fort à faire, mais la multiplicité des concurrences au sein de la droite furibarde et l'affaiblissement politique que l'on pourrait juger irrémédiable de Nicolas Sarkozy sont là pour le servir. Il faut convaincre qu'il est le mieux placé pour l'emporter, mais aussi donner des gages à sa droite, son camp. Dans son bouquin sécuritaire, Juppé lâche ce qu'il faut pour faire hurler les hollandistes les plus timides et rassurer les sarkozystes - rétablir les peines planchers, fixer des quotas d’immigration,  légaliser la rétention (déjà effective) des familles de clandestins, ou même imposer une durée de séjour aux parents étrangers d’enfants nés en France avant de confirmer à ces derniers qu’ils sont Français

A droite, plus qu'ailleurs, on vote utile.

Hollande, apatride
Vendredi, François Hollande est à Jarnac, pour honorer les 20 ans de la mort de François Mitterrand.
 

Hollande court après les symboles à défaut de résultats. Toute la semaine, il enchaîne les hommages. Il y a un an, une première vague terroriste djihadiste frappait la France: douze victimes à Charlie Hebdo le 7 janvier, puis une policière à Montrouge le 8, et encore quatre victimes dans un supermarché casher le 10.

Qui est encore Charlie un an après ? 

A droite, on cherche les responsables pour défendre le journal après sa une provocatrice et drôlatique de la semaine. Le dessin de couverture figure Dieu, une Kalachnikov en bandoulière, et cette mention: "un an après, l'assassin court toujours". C'en est trop, encore une fois, pour des autorités religieuses du pays; mais aussi les Christine Boutin, Nadine Morano, Rachida Dati et consorts.

A gauche, François Hollande tente de prendre la main. 
Le 7 janvier, il adresse ses vœux aux forces de sécurité le 7 janvier, il justifie la prolongation de l’état d’urgence qui, selon lui, aurait "permis des perquisitions administratives qui ont mis au jour vingt-cinq infractions en lien direct avec le terrorisme". La ficelle est grosse:  il oublie de dire qu'il a fallu plus de 3000 perquisitions depuis le 14 novembre pour arriver à un si maigre résultat qui, par ailleurs, est gonflé: seules 4 procédures antiterroristes ont été en réalité ouvertes sur la base de ces enquêtes. Hollande ment, car il est secoué. L'extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux jugés coupables d'atteinte aux intérêts de la nation (et plus seulement ceux naturalisés en France), et sa constitutionnalisation, sont des symboles inutiles et contreproductifs qui virent au fiasco politique. Si Hollande tient (malheureusement) bon sur cette funeste mesure, Alain Juppé s'emmêle les pinceaux. Il explique qu'il votera la mesure, mais qu'elle est inutile ("un acte de mauvais gouvernement"), avant qu'on lui rappelle qu'il y était hostile encore ... l'an passé. Allez comprendre ...

En Commission des lois de l'Assemblée nationale, étape préliminaire avant l'examen général au Parlement, la mesure est d'ailleurs retoquée ce mercredi par 16 voix contre deux. Patatras ! "Le piège se referme déjà sur François Hollande" commente un blogueur émérite. Jeudi, la Garde des Sceaux réitère que "la déchéance de nationalité n'est pas souhaitable", et que son efficacité est "dérisoire". mais Christiane Taubira ne démissionne pas, au grand dam des éditorialistes de tous bord. Elle n'est pas non plus virée du gouvernement. Dernière caution vers la gauche de cette équipe ministérielle épuisée, Taubira est une icône intouchable.

Hollande insiste sur l'état de guerre car Valls a un autre texte à faire voter, un texte qu'applaudit des deux mains Alain Juppé. Le projet de loi "renforçant la lutte contre la criminalité organisée et son financement, l’efficacité et les garanties de la procédure pénale" a été transmis au Conseil d'Etat. Il assouplit la légitime défense des policiers (dont, par ailleurs, on s'inquiète de l'épuisement général après une année sous tension), mais aussi la fouille des véhicules, des personnes et des domiciles (sur simple décision préfectorale).  Ce texte effraye quelques vigilants professionnels ou amateurs qui s'inquiètent de ces nouvelles mesures d’exception dans le code pénal. Taubira et son collègue Cazeneuve prennent la plume. Dans les colonnes du Monde du 6 janvier, les deux ministres se défendent de toute atteinte à la démocratie, mais le mal est fait.

Hollande est "politiquement apatride".

C'est sans doute le meilleur résumé de la situation.