Affichage des articles dont le libellé est Kouchner. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Kouchner. Afficher tous les articles

9 juillet 2012

Hollande et la Françafrique: ce qui a déjà changé.

Nous ne voulions pas de cette photo, mais elle a été prise. François Hollande a reçu l'une des icônes de la Françafrique, Ali Bongo, fils d'Omar et président contesté du Gabon.
« J’ai annoncé que je voulais définitivement rompre avec les dérives de la Françafrique. Il ne s'agit pas seulement de faire disparaître la cellule africaine de l'Élysée, nous le ferons, mais d'ériger la transparence en principe cardinal de toute notre diplomatie africaine. Je veillerai tout particulièrement à ce que l'action des acteurs publics soit irréprochable en la matière. »  François Hollande, interview au journal Le Messager
Il l'a dit pendant sa campagne, Jean-Marc Ayrault l'a redit dans son discours de politique générale le 3 juillet dernier. L'administration Hollande veut rompre avec la Françafrique. Interrogé à Paris le 5 juillet, Ali Bongo n'a pas fait d'humour en déclarant: « la Françafrique, je ne connais pas. »

Cette rencontre franco-gabonaise suivait deux autres réceptions de chefs d'Etat africains controversés le président guinéen, Alpha Condé (le 2 juillet) et le président du Bénin, Boni Yayi. Toutes les trois ont fait hurler quelques blogueurs, opposants et associations. A tort et à raison.

Ces critiques avaient tort car rompre avec la Françafrique se jugera sur des actes plus importants que l'absence ou pas de rencontres officielles. Nicolas Sarkozy avait également promis de rompre avec la Françafrique, mais il s'était assuré du soutien d'Omar Bongo. On se souvient de cette étonnante video d'un rendez-vous des deux hommes en pleine campagne présidentielle de 2006.

Et quand son premier secrétaire d'Etat chargé de la Coopération, Jean-Marie Bockel, déclara dans la presse que « la Françafrique était terminée », l'ancien Monarque le vira manu militari dès que Bongo le demanda. Il nomma à sa place le fidèle Alain Joyandet qui, de surcroît, gérait une entreprise familiale de construction de bateau en bois précieux... africain. Le monde était bien fait.

François Hollande n'a pas ces relations. Ses propres réseaux sont différents. C'est ce qui inquiète quelques pontes africains. Rappelons que Sarkozy avait nommé Bernard Kouchner aux Affaires Etrangères. On découvrit plus tard, notamment grâce à la minutieuse enquête de Pierre Péant sur le réseau K, que l'ancien French Doctor était complètement affidé aux autocrates locaux, à qui il avait prodigué de rémunérateurs conseils. De surcroît, la politique étrangère de la France resta dictée à l'Elysée. Claude Guéant, secrétaire général du Palais jusqu'en 2010, assuma l'entière responsabilité des rapports clandestins avec les potentats africains. En un sens, Nicolas Sarkozy fut incroyablement fidèle aux traditions gaullistes et mitterrandiennes.

Avec Hollande, le changement est là et pourvu qu'il dure: on ne connait pas à Laurent Fabius de collaborations françafricaines particulières. Il est réputé ami d'Alassane Ouattara, l'actuel président ivorien, alors que d'autres socialistes préféraient Laurent Gbagbo.
La nomination de Fabius, une personnalité importante, est aussi le signe qu'il est censé exercer son ministère de plein exercice. Il ne doit pas être le pantin qu'était Kouchner.

Le secrétariat d'Etat à la coopération a été supprimé et remplacé par un ministère du Développement, qui fut confié à ... un eurodéputé écologiste, Pascal Cafin. L'homme mérite d'être connu: ancien journaliste d'Alternatives économiques, il fut l'initiateur de Finance Watch, et a participé au lancement du site Sauvons les riches.

Les critiques contre ces premières rencontres françafricaines avaient raison car la vigilance doit demeurer de tous les instants. Il faut faire savoir et répéter que nous sommes sur les gardes.

Du premier au dernier jour de cette présidence.

La Françafrique n'est plus une question d'influence française en Afrique. Cette dernière, de toutes façons, est mise à mal par la Chine, très offensive sur le continent. La Françafrique est cet ensemble de relations troubles et clandestines basée sur la cupidité, la corruption et le chantage.

La rupture avec les anciens réseaux et les anciennes pratiques se jugera d'abord sur le traitement de l’affaire « des biens mal acquis » de certains dirigeants africains. La justice française n'en finit pas de découvrir l'ampleur de la fortune d'une poignée d'autocrates africains, mais l'ancien gouvernement, via des instructions au parquet, n'a cessé de freiner ces instructions. La dernière perquisition spectaculaire date de février dernier, dans l'appartement du fils du président de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema.



14 novembre 2010

« Speedy » Sarko bâcle son G20 à Séoul

N'êtes vous pas surpris ?

Sarkozy est resté 10 heures sur place, à Séoul. Pas une minute de plus. 

Depuis des semaines, on nous répétait pourtant que les enjeux de ces G20 et G8 sont primordiaux, que la présidence française, qui a débuté hier à l'issue de ce dernier sommet à Séoul, avait des objectifs ambitieux. Sarkozy, il y a 15 jours, invoquait son agenda international « extrêmement » chargé pour justifier qu'il prenne le temps de répondre à l'inquiétude sociale en France. Christine Lagarde détaillait voici 10 jours les avancées majeures des premières réunions entre ministres des finances. Sarkozy avait multiplié les contacts, avec Angela Merkel et Vladimir Medvedev à Deauville, David Cameron à Londres, puis Hu Jintao il y a une semaine à Paris et Nice. A Séoul, Sarkozy a même promis une conférence de presse sur ces sujets, en janvier, à Paris, promesse incroyable quand on sait que le dernier exercice similaire réalisé date de janvier 2008 tant le Monarque rechigne à être plus ou moins librement questionné par les journalistes : « L'un des enjeux, c'est de faire comprendre que ce dont il est question a des conséquences sur la vie des gens », a-t-il expliqué vendredi, mais « c'est technique, les gens se disent que tout ça est lointain. Ce n'est pas gagné ! »

La presse économique a largement relayé les inquiétudes européennes et françaises : les Etats-Unis ont ravivé les guerres des monnaies, en décidant d'injecter 600 milliards de dollars dans l'économie, provoquant une dévaluation de facto de leur devise. La Chine est accusée de doper ses exportations à cause de son Yuan sous-évalué. Les pays émergents accusent l'Europe de protectionnisme. Les bourses mondiales sont toujours sous tension. En Europe, l'Irlande est bousculée par les marchés à cause d'un déficit budgétaire qui dépasse les 30% de son PIB. Le Conseil de Stabilité financière a dû cacher une liste de banques systémiques. Bref, même si ce G20 à Séoul ne promettait aucune réforme miracle, les enjeux étaient de taille et Nicolas Sarkozy semblait y être sensible.

On aurait donc tout à fait compris que le patron de Sarkofrance sèche les cérémonies du 11 novembre à Paris pour rejoindre ses collègues du G20 dès mercredi.

Il n'en fut rien. Jeudi matin, il a préféré s'afficher au pied de l'Arc de Triomphe, pour un double hommage, à l'armistice du 11 novembre 1918 et aux lycéens et étudiants qui bravèrent l'interdit pour manifester le 11 novembre 1940. Il n'est parti qu'après les cérémonies, dans son nouvel Airbus A330, entièrement rénové. A Séoul, les autres dirigeants avaient déjà travaillé une journée durant. Vendredi vers 3 heures du matin, les négociateurs parvenaient à un accord, minimaliste, après des heures d'âpres discussions. Le président français était encore en vol. Sarkozy rata le dîner d'ouverture du sommet de Séoul. Arrivé sur place vendredi matin à 9h heure locale, il ne pouvait assister qu'à deux réunions, et, évidemment, assurer une conférence de presse, pour repartir aussi sec et sécher le dîner de clôture, contrairement à ce qui était promis. 

Dès son arrivée, Sarkozy a rencontré ses homologues britannique et allemand pour discuter de l'Irlande, en marge des discussions du G20. Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a critiqué la spéculation contre l'Irlande, et rappeler que l'UE s'était doté de mécanismes de soutien auxquels tout pays membre peut recourir pour éviter tout défaut de paiement. Ensuite, il a participé à deux forums, l'un sur l'énergie et le climat, l'autre sur la lutte contre la corruption. Des paradis fiscaux, il ne fut pas question. Ces derniers existent toujours, ils ont simplement changé de nom.

Il y a trois interprétations possibles à cette attitude.

1. Présider les cérémonies du 11 novembre serait incontournable. L'absence de Nicolas Sarkozy aurait été très mal vécue. Il devait de surcroît inaugurer une stèle en l'honneur des lycéens et étudiants qui manifestèrent le 11 novembre 1940 au pied de l'Arc de Triomphe, malgré l'interdiction de l'occupant nazi. Cette explication est une peu courte. Primo, l'urgence internationale aurait sans doute été très bien comprise par nos concitoyens. Il n'y a plus de survivant de la grande guerre, et ce n'est pas faire honte à la mémoire de cette boucherie inutile entre Européens que de laisser un François Fillon revigoré par sa remontée en grâce présidentielle s'occuper de l'hommage. D'ailleurs, Sarkozy n'a pas assisté au troisième hommage du jour, en l'honneur des 100 000 soldats musulmans tués pendant les deux conflits mondiaux, un peu plus tard dans la journée de jeudi. Pire, la fameuse stèle pour le 11 novembre 1940 ... existait déjà : une autre plaque, sur les Champs Elysées, avait été installée sous René Coti, en 1954. Sarkozy a voulu nous faire croire son hommage était le premier du genre. C'est raté !

2. Autre explication, Sarkozy a eu peur de s'afficher trop fortement à un sommet voué à l'échec. Contrairement au story-telling de ces derniers jours, Nicolas Sarkozy ne croyait pas aux chances de ce G20 d'aboutir à une quelconque conclusion significative. Il devait faire acte de présence, sans plus. Et garder son énergie pour les réunions à venir. Dans la presse, ses conseillers ont multiplié les confidences sur l'agenda français pour les mois à venir, comme si ce sommet de Séoul était terminé avant d'avoir commencé.

Vendredi, un communiqué officiel du G20 a détaillé le « plan d'action de Séoul », un ensemble de belles intentions, sans moyens ni planning de mise en oeuvre. Tout juste ont-ils rappelé leur hostilité aux dévaluations compétitives et l'urgence à « coordonner » les politiques économiques : «  Les économies développées, y compris celles avec des monnaies de réserve, doivent se montrer vigilantes contre une volatilité excessive et des fluctuations désordonnées de leur taux de changes.» Les chefs d'Etat ont confié à la présidence française et à leurs ministre des Finances d'élaborer au cours du premier semestre 2011 « des directives indicatives » afin de détecter les déséquilibres commerciaux importants qui menaceraient de déstabiliser l'économie mondiale. Ces directives seront « composées de divers indicateurs censés permettre d'identifier en temps opportun les déséquilibres qui nécessitent des actions préventives et correctives». De son côté, le président chinois a promis de réévaluer le Yuan, si l'environnement extérieur restait « favorable », une pique à l'encontre des pays occidentaux suspectés de protectionnisme. Obama a défendu la relance américaine, qui, selon lui, vise à « stimuler la croissance » aux Etats-Unis « mais aussi à l'étranger .»

3. La dernière explication à cette attitude dilettante du président français est encore plus cynique. Nicolas Sarkozy a surjoué l'importance de la situation internationale à des fins simplement électorales. Depuis des mois, il pense, et répète, qu'une partie de son salut viendra de ces tribunes internationales.

A Séoul, Nicolas Sarkozy a quand même tenu une conférence de presse : « cette présidence » du G20, « nous l'abordons avec ambition et réalisme. » Ou encore : « Je mesure l'immensité du chemin qui reste à parcourir. » Il a même rappelé ses priorités qui ne sont même pas dans l'agenda défini par le G20 à l'issue du sommet : « la moralisation du capitalisme, la stricte surveillance de la rémunération des traders, stricte surveillance des paradis fiscaux ». C'est dit. Sarkozy veut se faire mousser à l'étranger, quitte à imputer un échec prévisible aux autres pays. « Si le G20 ne s'attaque pas aux réformes structurelles dont le monde a besoin, il perdra sa légitimité.» A l'écouter, il avait presque déjà gagné sa présidence, avant même qu'elle ne commence : « déjà que le G20, qui n'a que deux ans d'existence, accepte de donner mandat à une présidence pour embrasser de tels sujets !.... » et il ne finit pas sa phrase...

Un journaliste, Michael Darmon (France 2) a osé lui parler remaniement. Sarkozy a fait l'offensé...  « Vous ne m'en voudrez pas, mais je ne répondrai pas à des questions strictement françaises... »

Mais pourquoi est-il donc parti à Séoul ?

1 juin 2010

De Gaza en Françafrique, Sarkozy est si prévisible

Nicolas Sarkozy a fait un peu de diplomatie depuis la fin de semaine dernière. Une visite du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu jeudi à l'Elysée, puis un déplacement à Genève pour convaincre l'UEFA d'accorder à la France l'organisation de l'Euro 2016. Un vrai sujet d'importance... Mais lundi, on ne pensait qu'à l'attaque israélienne contre un convoi maritime humanitaire au large de Gaza, et à la célébration de la Françafrique.

Le sommet de la Françafrique
Lundi 31 mai et mardi 1er juin se tient à Nice le 25ème sommet "Afrique-France". La Françafrique est morte, paraît-il. Ce sommet change. L'ensemble de l'Afrique, y compris anglophone, est représentée. Des entreprises françaises et africaines ont été conviées. Sarkozy a promis: «la France veut être aux côtés de l'Afrique pour accompagner le décollage du secteur privé sur le continent». A Nice, le Monarque français a surtout répété un discours connu.  Il démarra par un : «Il n'est plus possible d'évoquer les grandes questions du monde sans la présence de l'Afrique.» Puis continua : «L'échec de l'Afrique serait le drame de l'Europe. L'Europe et la France, nous avons un intérêt majeur à la réussite de l'Afrique. Douze kilomètres séparent nos deux continents, il y a une communauté de destin, une communauté d'intérêts». Ou encore: «Longtemps en marge, le continent africain s'impose chaque jour davantage comme un acteur absolument majeur de la vie internationale.» Nicolas Sarkozy déroula ensuite les trois thèmes retenus pour ce sommet : premièrement, la place de l'Afrique dans la gouvernance mondiale. Sarkozy soutient la demande de plusieurs Etats africains que leur continent soit représenté au Conseil de Sécurité de l'ONU. Deuxièmement, la paix et la sécurité en Afrique. Sarkozy se permet de (se) rappeler que « les Droits de l'Homme (...) ne sont pas des valeurs occidentales, ce sont des valeurs universelles.» Troisièmement, climat et développement. Deux thèmes que l'on sait chers au président français : il espère toujours vendre des centrales nucléaires en Afrique. Sarkozy finit par conclure: «ensemble, nous pouvons construire la gouvernance mondiale du 21ème siècle.» Au mot près, c'est ce qu'il a également promis à la Chine, et au Brésil.

De la Françafrique, de ces relations troubles mêlant influence économique et militaire contre ressources naturelles et rétro commissions, il n'en fut pas question. Tout le monde en Sarkofrance fait semblant d'ignorer ces sujets. A Nice, un journal gratuit distribué dans les rues à l'occasion du sommet a pourtant clairement annoncé ce que signifierait la fin réelle fin de la Françafrique : obliger les entreprises françaises à «respecter les principes de responsabilité sociale, environnementale et fiscale» (on pense à Elf/Total ou au groupe Bolloré), suspendre les relations diplomatiques avec les régimes ne procédant pas à des élections démocratiques (Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée, etc), ou fermer les bases militaires françaises sur place.

Quelle indépendance ?
Ce sommet franco-africain succédait à des journées de célébration. Depuis des semaines, quatorze États africains fêtent le 50ème anniversaire de leur indépendance. Les 13 et 14 juillet prochain, leurs présidents et chefs de gouvernements sont invités à Paris, avec défilé militaire sur les Champs-Elysées en prime. Bizarrement, aucun des chefs d'état interrogés ne semblent savoir ce qu'est la Françafrique, cette emprise néocolonialiste de la France sur ses anciennes colonies africaines, faite de soutiens militaire, économique et politique aux régimes en place en échange de faveurs notamment financières. Ni Ali Bongo, fils d'Omar Bongo du Gabon, ni Denis Sassou Nguesso n'en ont un quelconque souvenir. Le premier a sans doute les faits d'armes de son père Omar Bongo, soupçonné d'avoir financé presque toutes les campagnes françaises majeures et de s'être enrichi personnellement grâce son appui sans faille à l'installation économique des entreprises françaises. En 2008, Omar Bongo était même parvenu à faire virer Jean-Marie Bockel de son secrétariat à la Coopération. L'ex-socialiste avait cru pouvoir annoncer la fin de la Françafrique. Funeste erreur ! Ce fut la fin de Bockel. Depuis, son remplaçant n'a cessé de donner des gages à tous les dictateurs du coin: «le détournement d’argent public en Afrique ? Ce sont vraiment des sujets qui ne me semblent pas devoir être au cœur de (...) notre expression» expliquait-il en juillet 2008. Il resta également bien silencieux devant les fraudes électorales au Gabon.

L'hypocrisie est également et surtout française. La rupture avec la Françafrique fut la première des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy. A l'automne 2006, le futur président s'engageait : «Je favoriserai le développement des pays pauvres, en cessant d’aider les gouvernements corrompus. (…) On ne fera pas bouger les choses par le seul tutoiement entre le chef de l’Etat français et ses homologues du continent, mais par la conscience collective d’un intérêt commun.» Mais déjà à l'époque, Sarkozy s'appuyait sur les réseaux occultes entretenus et développés dans les Hauts-de-Seine, avec Claude Guéant et l'avocat Robert Bourgui. Depuis 2007, le soutien et l'influence de l'administration sarkozyenne sur les anciennes colonies n'ont cessé de se démontrer. On se rappelle la libération exigée et obtenue des Français coupables d'avoir kidnappé des enfants tchadiens en août 2007. On se souvient comment le parquet a fait enterrer les plaintes pour détournements de fonds contre une poignée de dirigeants africains. Fâcheux symbole, Nicolas Sarkozy a choisi la date du 2 juin pour officialiser la nomination de Dov Zérah à la tête de l'Agence française de développement (AFD). Cet homme est le candidat parfait de la Françafrique. Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine et proche de l'intriguant avocat Robert Bourgui, il a été directeur de cabinet au ministère de la Coopération sous Michel Roussin dans les années 1990, et connaît tous les réseaux. « Cette nomination est un très bon choix, c'est le choix du président de la République », a-t-on commenté à l'Elysée. « Ce n'est pas un signe de rupture avec la Françafrique, mais un vrai message de continuité adressé à certains chefs d'Etat pour qu'ils continuent à dormir tranquille », semblait répondre Bernard Pinaud, délégué général du Comité catholique contre la faim et pour le développement.

En Afrique, Nicolas Sarkozy n'est toujours pas entré dans l'histoire.

France, Israël, et la Palestine
La tenue du sommet a surtout été occultée par l'assaut de l'armée israélienne contre un convoi maritime humanitaire en route vers Gaza. Dix-neuf morts au compteur, et la classe politique française (comme ailleurs) s'indigne. Il y 4 jours, le premier ministre israélien était en visite à Paris chez Nicolas Sarkozy. Les deux hommes ont parlé de l'Iran et de la poursuite du processus de paix. Benjamin Netanyahu était tout heureux de célébrer l'admission d'Israël à l'OCDE. Ce lundi, la réaction de Nicolas Sarkozy fut étonnamment brève. Trois petites phrases dans un communiqué officiel pour déplorer l'incident la boucherie:
«Le Président de la République exprime sa profonde émotion devant les conséquences tragiques de l'opération militaire israélienne contre la "flottille de la liberté" à destination de Gaza.
Il condamne l'usage disproportionné de la force et adresse ses condoléances aux familles des victimes.
Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cette tragédie, qui souligne l'urgence d'une relance du processus de paix.»

Le fidèle conseiller, et porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre a évoqué sur LCI des «provocations» de la part de «ceux qui se disent les amis des Palestiniens»: «A partir du moment où il y a des morts, on ne peut que le regretter, et puis il y a peut-être une surréaction d'Israël».

En Afrique comme à Gaza, la Sarkofrance sous-réagit.


Lire aussi :

17 novembre 2009

Sarkozy, artisan de sa paix


Passées les cérémonies de Berlin et du 11 novembre, Nicolas Sarkozy poursuit ses rencontres internationales. Elles sont nombreuses. Lundi, il rencontrait le président irakien. Mais derrière quoi court-il ? Derrière qui devrait-on dire. Sur la scène internationale, Nicolas Sarkozy ne s'est pas résolu à laisser place à son encombrant et charismatique homologue américain. Un récent dossier de Forbes, le magazine des puissants du monde, le plaçait ... 56ème sur 67 dans les personnalités les plus influentes de la planète.

Artisan de la paix
Le président français s'imagine "artisan de la paix". Vexé ou surpris par le Nobel précoce attribué à Barack Obama, Sarkozy tente de doubler son homologue américain.

Haaretz , un quotidien israélien a révélé dimanche 15 novembre que Nicolas Sarkozy aurait proposé au Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, une conférence internationale de paix pour le Proche-Orient à Paris, avec les présidents palestinien Mahmoud Abbas, syrien Bachar al-Assad, égyptien Hosni Moubarak, libanais Michel Sleimane, et le roi de Jordanie Abdallah II. En Israël, certains encouragent Palestiniens et Israéliens à prendre exemple sur la réconciliation, timide mais réelle, entre Turcs et Arméniens. Effectivement, cette dernière situation fournit un bel exemple, mais aussi quelques leçons : la Turquie, pressée de convaincre l'Europe et d'adhérer à l'UE, savait que tôt ou tard elle devrait passer par cette étape de paix.

Pour Sarkozy, le chemin sera rude. On est parfois surpris de l'amateurisme du Monarque français. Prenez le déroulé des rencontres de la semaine passée : le président français se félicite, dès qu'il en a l'occasion, des bonnes relations qu'il a renouées avec le dictateur syrien ("libération" de Clotilde Reiss, stabilisation du Liban, etc). La semaine dernier, il s'est pris une veste. Bachar El Assad, en visite vendredi à Paris chez son "ami", a publiquement déclaré qu'il était hors de question pour la Syrie de discuter directement avec Israël. Pourquoi tant de haine ?

Deux jours plus tôt, Nicolas Sarkozy recevait le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Barack Obama avait refusé de lui serrer publiquement la pince quelques jours auparavant. En France, point de chichi. Sarkozy le reçoit "normalement". Il explique même qu'il a profité de la présence de Netanyahu pour téléphoner au président de l'autorité palestinienne et lui demander de "poursuivre son action au service des Palestiniens et de la paix". Le communiqué élyséen qui suit cette rencontre explique que les deux chefs d'Etat ont parlé de l'Iran, "des moyens de relancer le processus de paix au Proche Orient", de "l'excellente relation bilatérale entre la France et Israël et le développement de la coopération entre les deux pays." Pas un mot sur la poursuite de la colonisation dans les territoires occupés. Circulez, y a rien à voir...

Comment voulez vous que Bachar El Assad soit rayonnant deux jours plus tard en visite à Paris ?

Déçu, l'Etat palestinien s'est tourné vers l'ONU: lundi, il a demandé l'appui du Conseil de Sécurité pour proclamer unilatéralement son Etat.

Avec l'Irak, pourquoi faire ?
Lundi, Nicolas Sarkozy recevait en grande pompe le président irakien. Les mauvaises langues diront que le Monarque élyséen tente de faire oublier son atlantisme pro-guerre, du temps où le président américain s'appelait George W. Bush. Qui a oublié les déclarations surréalistes d'un ministre de l'Intérieur, en déplacement à New York en septembre 2006, qui s'était permis de s'excuser pour "l'arrogance française" dont Jacques Chirac aurait fait preuve en s'opposant à la guerre en Irak. Elu président, Nicolas Sarkozy n'a pas eu le temps d'engager la France aux côtés des Américains en Irak. Une campagne électorale battait son plein outre-Atlantique. Et un an plus tard, Barack Obama remportait le scrutin, avec un programme de désengagement d'une coûteuse et inutile guerre en Irak. Sarkozy s'est rabattu sur l'OTAN et l'Afghanistan. La réintégration de la France au sein du commandement militaire de l'OTAN coûte 650 millions d'euros par an aux contribuables français. Une bagatelle quand on veut briller sur la scène internationale.

En Irak, Sarkozy n'a plus qu'un objectif : faire du commerce. Sarkozy reçoit donc le président Talabani pour une "visite d'Etat", le plus prestigieux des formats protocolaires réservés aux chefs d'Etat étrangers. Quatre jours à Paris, drapeaux irakiens sur les Champs Elysées. L'un des derniers chefs d'Etat à avoir bénéficié d'un tel accueil fut ... le Colonel Kadhafi en décembre 2007. Cette fois-ci, Sarkozy veut jouer grand, et damer le pion à Barack Obama. En 4 jours, la Sarkofrance doit apparaître comme le nouvel meilleur ami du nouvel Irak. On attend une demi-douzaine "d'initiatives concrètes". Lundi, en fin de journée, Nicolas Sarkozy s'est exclamé, heureux: "C'est avec confiance et optimisme que je regarde l'avenir. L'Irak est sur la bonne voie. Il retrouve sa place dans la communauté des nations. Le peuple irakien reprend la maîtrise de son destin. La France est heureuse et fière de pouvoir contribuer à cette renaissance". Il parvient même à glisser son mot fétiche du moment, "l'identité" : "L'Irak aujourd'hui se relève. La violence est en forte diminution même si la folie terroriste continue de frapper (...) mais les terroristes échoueront, a-t-il ajouté, nous avons confiance en l'avenir du nouvel Irak, démocratique, fédéral, respectueux des différences et des identités". Un accord a déjà été signé: il concerne la Défense. Un effet de communication puisque le contenu est tout sauf concret. L'ambassadeur de France en Irak a expliqué en effet qu'il jetait "les bases juridiques" en vue d'une plus grande coopération en matière de défense, "des actions ensemble dans le domaine militaire, dans le domaine de l'armement, dans le domaine de l'equipement". Le Monarque a ajouté que l'Irak pouvait compter sur les entreprises françaises pour "répondre a vos besoins en matière d'infrastructures ou d'hydrocarbures". Une petite centrale à vendre ? Pêle-mêle, Nicolas Sarkozy a aussi annoncé l'ouverture prochaine à Bagdad d'un "Centre français des affaires" et d'une "Maison française de l'agriculture."

Mardi, Sarkozy s'enfuit. Il part en Arabie Saoudite, pour "une visite d'amitié à caractère semi-privé". Que va-t-il donc faire là-bas, avec son nouvel Airbus à 20 000 euros l'heure de vol, alors que le président irakien vient 'arriver en France ? Sarkozy sera l'invité privé du roi Abdallah dans son ranch personnel près de Ryad. Sarkozy espère conclure un accord de coopération sur le nucléaire civil. Encore un. La diplomatie atomique du président français n'a pas de limite. Semer des centrales au Moyen Orient autour de l'Iran est une curieuse stratégie de sécurité... Mercredi, Sarkozy revient à Paris, après un détour par Doa, pour récupérer son épouse Carla. Cette dernière assistait à l'inauguration d'une fondation pour l'enfance par l'une des épouses du cheikh. ... "L'une des épouses du cheikh"...

En France, les gesticulations diplomatiques intéressent peu. Un récent sondage révèle que les Français restent pessimistes sur la situation économique du pays. On se rappelle une vieille campagne électorale américaine, qui opposait George Bush père à un jeune gouverneur de l'Arkansas. Bill Clinton avait gagné avec un slogan simple : "It's the economy, stupid !" Qui rappelera Nicolas Sarkozy aux dures réalités de son propre royaume ?

7 octobre 2009

Kazakhstan: une dictature de plus au compteur de Sarkozy


"Je ne crois pas à la « realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n'accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, au Darfour. Je n'accepte pas le sort que l'on fait aux dissidents dans de nombreux pays. Je n'accepte pas la répression contre les journalistes que l'on veut bâillonner. Le silence est complice. Je ne veux être le complice d'aucune dictature à travers le monde."
Nicolas Sarkozy, 14 janvier 2007, Porte de Versailles, Paris.

Nicolas Sarkozy est parti lundi pour une quinzaine d'heures de visite au Kazakhstan. Et il s'est assis, une fois de plus, sur ses belles déclarations tonitruantes d'une campagne présidentielle si obsolète. Le Kazakhstan n'est pas une démocratie. Amnesty International y relève régulièrement des violations de droits de l'homme, comme des récents cas de torture de prisonniers. Sarkozy n'a même pas l'intention d'y évoquer les libertés publiques. Donner des leçons quand on vient séduire un client, cela n'aurait pas été très sérieux: "La meilleure façon de résoudre des problèmes, car il y a des problèmes, et j'en ai parlé avec le président, c'est pas forcément de venir en donneur de leçons" a-t-il déclaré à la presse en arrivant. Le chef de l'Etat se contente de peu, en l'occurrence de belles promesses: "J'ai fait le choix de soutenir avec la diplomatie française le Kazakhstan, c'est un choix de paix et parce que les dirigeants de ce pays m'ont dit leur profonde volonté d'appliquer les principes fondamentaux de l'OSCE."
Son homologue kazakh, le président Nazarbaïev en poste depuis 20 ans, a également justifié sa "trajectoire": "notre but principal consiste à renforcer notre indépendance, améliorer le niveau de vie de notre peuple et nous rapprocher doucement du monde civilisé pour adopter toutes les valeurs de liberté et de démocratie existant dans le monde occidental". Nicolas Sarkozy a voulu ajouter une petite touche de diplomatie mondiale pour alléger son fardeau humanitaire: "Nous avons besoin du Kazakhstan pour résoudre la crise en Afghanistan et en Iran et pour établir de nouvelles relations avec nos amis russes dans la lutte contre les extrémismes". Le Kazakhstan va ainsi autoriser le transit par son territoire de matériel et ressources militaires françaises vers l'Afghanistan. En "échange", Sarkozy a annoncé qu'il défendait la candidature du Kazakhstan à la présidence de l'OSCE, compte tenu de son renoncement à l'arme nucléaire. Rappelons quelques-unes des missions de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe : "mener à bien des projets d'aide au bon déroulement d'élections allant de la préparation au suivi de ces dernières"; " promouvoir les institutions démocratiques et d'aider les Etats participants à les mettre en place"; "instaurer un système judiciaire pleinement respectueux de la dignité humaine". Confier la présidence de cette organisation à un chef d'Etat accusé de truquer les élections, et emprisonner ses opposants a quelque chose de tristement cocasse. C'est, pour Nicolas Sarkozy, le prix éthique à payer pour transformer le Kazahstan en allié stratégique de la France aux frontières de l'Asie.

Le 17 septembre dernier, le Parlement Européen a demandé aux autorités kazakhes de "réexaminer la condamnation et la sentence prononcées contre le militant des droits de l'homme Evgeniy Zhovtis ainsi que d'ouvrir une deuxième enquête, "complète et impartiale", sur les circonstances de l'accident de la route pour lequel il a été condamné à quatre ans de prison."

Le principal reproche diplomatique que l'on peut faire à Nicolas Sarkozy n'est pas tant qu'il rende visite à des dictatures. Mais le culot avec lequel il a osé donner des leçons hier, qu'il ne respecte pas aujourd'hui, est ne lasse de surprendre. C'est même un trait de caractère. Sarkozy crie d'autant plus fort les engagements qu'il ne tient pas.

Mardi, la "moisson" fut bonne pour les entreprises françaises:
  • Un milliard de dollars d'acquisition pour Total et GDF Suez: les deux entreprises vont prendre 25% du champ gazier offshore de Khvalynskoye en mer Caspienne, auprès du groupe Kazakh KMG. L'opérateur actuel est le russe Lukoil. L'exploitation démarrera en 2016 pour livrer quelques 8 et 9 milliards de m3 par an pour le marché russe.
  • Environ 1,2 milliards d'euros, sur un marché total de 1,5 à 2 milliards d'euros, pour un consortium d'entreprises françaises, mené par le groupe SPIE, qui construira un oléoduc reliant le champ pétrolier géant de Kashagan à la mer Caspienne. Ce 1,2 milliards n'est pas une commande ferme: les sociétés françaises ont obtenu quelques mois de négociations exclusives pour éventuellement remporter l'affaire.
  • 230 millions d'euros pour EADS Astrium qui va fournir deux satellites d'observation et une unité d'assemblage de satellites. Il y aura donc transfert de technologie.
  • 100 millions d'euros pour THALES qui livrera 4.500 postes de radio à l'armée kazakh, en espérant, plus tard, être associer à un contrat d'envergure d'équipements militaires (2 milliards d'euros).
  • La création d'une société commune entre AREVA et Kazatoprom pour produire du combustible nucléaire destiné à l'exportation, notamment vers la Chine.
  • EUROCOPTER (EADS) va créer une filière de formation de pilotes, maintenance et location d'hélicoptères au Kazakhstan, en espérant plus tard vendre des hélicoptères à l'armée locale.
On sait bien que ces contrats ont été négociés et conclus avant la visite protocolaire du président français sur place.

Nicolas Sarkozy ne fait qu'ajouter une dimension symbolique et désagréable à l'affaire.

Il y a encore quelques heures, sur d'autres sujets, Nicolas Sarkozy jouait aux donneurs de leçons. Encore et toujours.

2 octobre 2009

Sarkozy négociait pour la France l'enrichissement de l'uranium iranien


« Monsieur le président Obama, je soutiens la main tendue des Américains. Qu’a amené à la communauté internationale ces propositions de dialogue ? Rien. Plus d'uranium enrichi, plus de centrifuges, et de surcroît, last but not least, une déclaration des dirigeants iraniens proposant de rayer de la carte un membre de l'organisation des Nations Unies. Il y a un moment où les faits sont têtus, et il faudra prendre des décisions. Si nous voulons un monde sans armes nucléaires à l'arrivée, n'acceptons la violation des règles internationales».
Ainsi s'exprimait Nicolas Sarkozy il y a quelques jours, à New York, lors d'une réunion du Conseil de Sécurité. Sarkozy était filmé, le doigt tendu, le regard noir. Obama regardait en l'air, la traduction à l'œuvre dans ses oreillettes.

A peine 8 jours plus tard, Nicolas Sarkozy devrait avaler son chapeau de cow-boy de western de série Z. C'est finalement la France qui va enrichir l'uranium de l'Iran. Et cette décision, l'une des conséquences d'un accord conclu par les Américains, est en fait en préparation depuis des mois.

Négociations en coulisses
Voici une troublante information que BAKCHICH, dans sa version papier hebdomadaire, dévoilait mercredi à ses lecteurs : les Etats-Unis, appuyés par la France, négocient en coulisses un accord sur le nucléaire iranien. Et le lendemain, l'Iran et les représentants du Conseil de Sécurité sont effectivement tombés d'accord.

Dans un article intitulé « Le cadeau atomique de Paris à Téhéran », l’hebdomadaire explique qu’il « ne faut pas toujours se fier aux effets de tribune ». En effet, depuis 2007, Nicolas Sarkozy n’a pas eu de mots assez durs contre l’Iran, au point qu’on a pu lui reprocher de jeter de l’huile sur le feu. Il s'est même permis, à plusieurs reprises, de critiquer publiquement l'administration Obama de pratiquer une politique de la main tendue jugée inefficace.
La diplomatie française est largement incohérente : contre les talibans d’Afghanistan ou le régime iranien, elle fustige leur « barbarie ». Mais en parallèle, la France sarkozyenne a très rapidement réhabilité d’autres régimes peu recommandables comme la Libye ou la Syrie, allant jusqu’à leur promettre un peu de technologie nucléaire. Rappelez-vous les explications françaises embarrassées en juillet 2007 quand on apprit que la France allait construire une centrale nucléaire pour « dé-saliniser » l’eau de mer.

Début juillet dernier, la France payait le prix des provocations verbales de son monarque : une jeune Française, Clotilde Reiss, fut arrêtée, emprisonnée et jugée par le régime de Téhéran. Libérée après plusieurs semaines de détention, elle reste recluse à l’ambassade de France. BAKCHICH révèle que de nombreuses rencontres sont intervenues entre représentants français et iraniens.

BAKCHICH publiait même des extraits d’une note confidentielle de la Direction des Affaires Stratégies, de Sécurité et du Désarmement (ASD), datée du 14 septembre, préparant la réunion du 1er octobre entre France, Royaume Uni, Allemagne, Russie, Chine et Etats-Unis sur le nucléaire iranien à Genève. On peut y lire que le Quai d’Orsay propose d’accepter l’idée américaine de sortir d’Iran 1,2 tonnes d’uranium faiblement enrichi, de le ré-enrichir pour le rendre ensuite à l’Iran.
"1- Le rapport du Directeur Général de l’AIEA sorti le 28 août confirme que l’Iran poursuit ses activités d’enrichissement d’uranium, en violation des résolutions du Conseil de Sécurité. (…) 4- Le réacteur de recherche de Téhéran (TRR) dont le combustible est fabriqué à partir d’uranium enrichi à 19,7% sera à court de combustible à partir du second semestre 2010. Les Iraniens ont donc demandé à l’AIEA la possibilité d’enrichir leur uranium à ce taux (l’uranium iranien est pour l’instant enrichi à 3,5%) ; en cas de refus de l’Agence, ils pourraient utiliser ce prétexte pour enrichir à 19,7% leur uranium. Les Américains ont imaginé que soit proposé à l’Iran de sortir de son territoire 1200 Kg d’uranium faiblement enrichi pour que celui-ci soit ré-enrichi puis transformé en combustible à l’étra,ger avant de retourner en Iran. L’enrichissement se ferait en Russie, la fabrication du combustible en France (l’Argentine et la France étant les seuls pays dont un industriel dispose du savoir-faire nécessaire). Nous avons donné, sous conditions, notre accord aux Etats-Unis pour cette opération."
Incohérences françaises
BAKCHICH souligne également que la Présidence est divisée sur le cas iranien : le sherpa du Président, Jean-Daniel Levitte, et son ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, sont favorable d’une rupture totale avec l’Iran, suivant la politique « néocon » de l’ancienne administration Bush. Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, est au contraire partisan d’une réconciliation. Ce dernier a notamment eu recours à Michel Rocard comme intermédiaire. D’après BAKCHICH, l’ambassadeur d’Iran en France a ainsi rencontré Rocard le 10 août, puis Guéant le 1er septembre (dans les bureaux parisiens de Michel Rocard), puis Michel Dubois, un conseiller de Rocard, le 16 septembre. Énervé, Jean-Daniel Levitte a exigé de l’ambassadeur iranien, le 18 septembre, qu’il cesse ces rencontres officieuses. Quand à Bernard Kouchner, il s’est prononcé, le 30 septembre, contre des sanctions envers l’Iran : « Je ne suis pas un fanatique des sanctions qui frappent le peuple. Parfois c'est utile, mais on n'en parle pas pour le moment, à Genève ils n'en parlent pas pour le moment». Pour ajouter à la confusion, Hervé Morin, le ministre de la Défense, s’est exprimé, le même jour, … pour des sanctions !

"Si l'Iran ne répond pas d'ici à décembre aux demandes de l'AIEA, il est indispensable que la communauté internationale décide de sanctions. La France est déterminée sur ce point. Il n'y a pas d'autre stratégie"

Jeudi, le « groupe des 6 » et l’Iran sont parvenus à un drôle d’accord : ils ont «convenu en principe que l'uranium faiblement enrichi en Iran sera exporté dans d'autres pays pour être totalement enrichi». Vous avez bien lu : « totalement enrichi ». La France va donc produire ces 1200 kg d'uranium enrichi pour l'Iran.

Malgré les rodomontades du Monarque français, la France a accepté d’enrichir totalement l’uranium iranien.

Totalement.

L'accord est "historique", note le Figaro. Historique, le retournement de veste du président français l'est tout autant.


22 septembre 2009

International: pourquoi Sarkozy a toujours un vol de retard

Sarkozy s’est envolé pour les Etats-Unis, pour une semaine de rencontres internationales. Mercredi, il s’exprimera à l’ONU, un exercice qu’il affectionne fort. La veille, l’ambassade de France organise une somptueuse fête pour le Monarque. Vendredi, le sommet de Pittsburgh rassemble les chefs d’Etats membres du G20.

L’actualité étrangère est riche
: les bonus bancaires, la préparation du sommet de Copenhague et l’Afghanistan occupent les esprits. Sur ces trois sujets, le président français parle beaucoup, menace souvent, mais convainc peu : sur la régulation du système financier, il suffit de lire les propositions concrètes du « formidable » accord européen pour mesurer combien elles sont modestes. Sur le sommet écolo de Copenhague en décembre prochain, on attend toujours autre chose que des déclarations d’intention. La Sarkofrance se gargarise de sa nouvelle taxe carbone, alors qu’elle reste à la traîne des pays occidentaux, avec les Etats-Unis. Reste l’Afghanistan, un nouveau bourbier (31 soldats français morts depuis 2001, dont la moitié depuis 2007). Nicolas Sarkozy s’était félicité de son alignement sur les positions américaines. Voici qu’il est pris de court par la lucidité de l’administration Obama.

Sarkozy aurait-il toujours un vol de retard ?
La déclaration de Barack Obama, dimanche 20 septembre, à propos de l'élection afghane fut peu commentée par les ministres de Sarkofrance: «Des fraudes ont été signalées, cela ne fait pas de doute et cela semble plutôt grave à première vue». Obama prend ses distances. Lui qui avait fait de la pacification de l’Afghanistan sa priorité, au profit d’un désengagement en Irak, est coincé par l’absence de soutien politique au Congrès américain. A l’exception des « faucons républicains », rares sont ceux qui approuvent le renforcement de l’engagement militaire américain en Afghanistan. Un sénateur démocrate affirmait il y a une semaine que “le peuple américain et moi ne pouvons plus tolérer l’envoi de troupes supplémentaires sans un véritable engagement au sujet de la fin de l’occupation”. Un éditorialiste conservateur a renchéri dans le Washington Post : "Dégager, contrôler, reconstruire, voilà la stratégie américaine. Dégager le terrain ? Les talibans peuvent disparaître et revenir ensuite, confiants dans le fait que les forces américaines seront toujours trop peu nombreuses pour conserver ce qu’elles ont acquis. La reconstruction nationale ne sera donc jamais possible, même si nous savions comment procéder” (source: Courrier International).

Le président Karzaï s’est voulu conciliant. Il a peur. L’allié américain le lâche. "S'il y a eu des fraudes, elles doivent faire l'objet d'une enquête, mais il faut que ces investigations se fassent équitablement et sans ingérence" a-t-il déclaré mi-septembre. Un éditorialiste du Daily Times critique : « Karzaï est un problème, pas la solution » ; « c’est dans les régions pachtounes, au sud et à l’est du pays, que l’influence talibane se fait le plus ­sentir. C’est également dans ces zones que la participation a été la plus faible et que les partisans du président sortant ont procédé au bourrage des urnes. Si tous les votes douteux devaient être annulés, il est probable que seul un faible pourcentage des votes, peut-être 10 à 15 %, serait finalement considéré comme valide. Cette situation remettrait en cause l’élection dans son ensemble. »

La France dépassée
Les déclarations d’Hervé Morin en Afghanistan, la semaine dernière, paraissent pour le coup totalement obsolètes : selon le ministre, "le processus démocratique se poursuit. Il n’y pas de crise politique". Il encourage même à la prudence quant à l’organisation d’un second tour, pointant vers les difficultés d’organisation d’un nouveau scrutin : "l’essentiel est que l’ensemble du processus démocratique s’exerce donc que les commissions électorales indépendantes puissent jouer leur rôle. Si à la proclamation des résultats, il faut un second tour, il y aura un second tour. Il est évident que ce second tour ne sera pas simple à organiser puisque nous arrivons aux portes de l’hiver et que ce second tour ne pourrait avoir lieu qu’à la sortie de l’hiver (…). Je ne sais pas si l’Afghanistan peut se payer le luxe d’avoir sept à huit mois encore de campagne électorale et d’instabilité démocratique".

Difficile pour le gouvernement Sarkozy, d'avouer l'échec de sa diplomatie atlantiste. Depuis 2007, Sarkozy a tout misé sur un rapprochement avec les Etats-Unis, tout en préservant infine des relations européennes dont il avait voulu un temps se passer. Au printemps 2008, il a rompu sa promesse de campagne en décidant seul un renforcement du contingent militaire français en Afghanistan. Concomitamment, il avait réintégré la France au sein du commandement militaire de l'OTAN. Ainsi, promettait-il, la France sera mieux écoutée et pourra infléchir la stratégie de l'alliance atlantique. Sarkozy fut l'un des rares dirigeants de l'alliance à féliciter le président afghan, le 19 août dernier, pour la qualité de l'organisation du scrutin présidentiel. Et aujourd'hui, la France reste l'un des rares pays, avec l'Italie berlusconienne, à n'émettre ni doute ni interrogation sur la suite à donner à ces opérations militaires. Depuis 2007, la Sarkofrance maintient au contraire ses arguments guerriers telle "la lutte contre la barbarie"). En décembre 2007, Sarkozy déclarait déjà, lors d'une visite surprise à Kaboul: "Il se joue ici une guerre, une guerre contre le terrorisme, contre le fanatisme que nous ne pouvons pas et ne devons pas perdre." Elle se transforme surtout en nouveeau bouc-émissaire pour les terroristes islamistes du monde entier.

Manque de chance, la lucidité américaine le prend de court.

Lire aussi:

4 septembre 2009

Au Gabon, la Françafrique s'inquiète


La commission électorale vient d'annoncer la victoire d'Ali Bongo, ancien ministre de la Défense de son père récemment décédé Omar Bongo. Quelques instants plus tard, le consulat français était incendié.

Au Gabon, la Françafrique reconnaissante

La Sarkofrance ne soutenait officiellement personne. Courrier International publiait hier un article d'un hebdomadaire burkinabe: "Pourquoi Ali Bongo ne pouvait pas perdre". L'auteur de l'article explique: "le pouvoir est synonyme d'accès aux richesses et les richesses sont synonymes d'accès au pouvoir. Et le Gabon, qui ne manque pas de sous-sols monnayables, a été généreux avec la famille Bongo que des organisations non gouvernementales internationales accusent de posséder tant de "biens mal acquis". Le sigle du parti majoritaire, P.D.G., pouvait-il ne pas suggérer que l'exercice du pouvoir est aussi un business privé ?". Même le pseudo-désengagement militaire de la France du continent africain annoncé par Nicolas Sarkozy ne convainc pas: "" l'émirat" pétrolier gabonais ne devrait pas être le pays le plus boudé". Lucide, le journaliste ajoute : "Bongo (Ali) est proclamé successeur de Bongo (Omar), comme le Marocain Mohamed VI succéda à son père Hassan II, comme le Congolais démocratique Kabila fils succéda à Kabila père, comme le Togolais Gnassingbé fils succéda à Gnassingbé père, comme les fils Wade, Moubarak ou Kadhafi espèrent succéder à leur paternel respectif. "

La Françafrique, illustration des promesses non tenues
N'en déplaise aux zélotes sarkozyens, la Françafrique demeure une réalité. Difficile de reprocher à la France de s'inquiéter des puits de pétrole de Total et des contrats du groupe Bolloré. Il faut juste assumer, et éviter, à l'instar du Monarque élyséen, de donner des leçons de démocratie au monde entier, jusqu'en Iran. Qu'on se le dise et se le répète, Nicolas Sarkozy aime les dictateurs quand ils sont utiles. On appelle cela de la real-politik. L'étonnant silence de Bernard Kouchner lors du processus électoral gabonais ne lasse pas de surprendre.

A titre personnel, l'auteur de ce blog aimerait un autre rapport d'échange avec l'Afrique. Moins fondé sur le pillage de ses ressources, y compris intellectuelles, les rafles de sans-papiers jugés inutiles et l'exploitation de ses ressources fossiles, et davantage orientés vers le développement d'énergies renouvelables. Mardi, Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat à la Coopération, s'est fendu d'un voyage à Tripoli pour honorer, au nom de la France, les 40 ans de dictature du Colonel Kadhafi.

Que ceux qui veulent vomir sortent quelques instants...

25 août 2009

L'impasse afghane que Sarkozy aimerait cacher

Les Afghans votaient jeudi 20, pour élire leur président parmi 35 candidats. Les tensions ont atteint un nouveau maximum. Les Talibans ont menacé de couper le doigt encré (pour prouver son vote) de chaque Afghan ayant participé au suffrage. Mardi, un nouvel attentat tuait 2 employés de l'ONU, 7 civils et plusieurs soldats de l'OTAN.

Nicolas Sarkozy se fait discret. C'est curieux, ou pas.

Sans le soutien militaire et financier occidental - et essentiellement américain - l'Afghanistan n'aurait jamais pu tenir un tel scrutin. Son coût a été estimé à 250 millions de dollars, un quart du budget du pays. La sécurisation du pays, même relative, était indispensable à l'élection. Faut-il se réjouir de cet exercice démocratique, symbole de l'acharnement occidental sur place ?

Un peu de démocratie
La veille du scrutin présidentiel, Nicolas Sarkozy adressait au président Karzaï ses "voeux de stabilité et de prospérité pour la jeune démocratie afghane". Il prenait des accents bushiens pour clamer ses encouragements: "La France est aujourd'hui plus que jamais aux côtés du peuple afghan pour gagner ce combat pour la liberté, pour la démocratie, pour la paix et la sécurité. Elle le restera aussi longtemps que nécessaire".
Du point des Afghans, la tenue d'un tel scrutin semble assurément constituer un progrès par rapport à la situation talibane. Les fanatiques de la burqa ne laissaient aucune illusion aux partisan(e)s de la démocratie. L'expression de voix dissonantes et le plein exercice de leurs droits par les femmes étaient deux concepts trop matérialistes pour ces "étudiants en théologie".
Cependant, le scrutin lui-même fut particulier : si le premier tour s'est tenu, coûte que coûte, jeudi 20 août, il faudra attendre plusieurs mois avant l'organisation du second tour, ramadan oblige (à partir du 21 août). Curieuse conception de la démocratie... Le président Karzaï s'était-il donc donné tous les moyens pour être élu au premier tour ? Son opposant "principal" a dénoncé samedi des «irrégularités, fraudes et tentatives de trucages massives». Des centaines de plaintes ont été signalées. Vendredi, deux candidats réclamaient leur victoire dès le premier tour. L'Union européenne a déclaré son "inquiétude". La participation a finalement été médiocre.

Et en France ? On se cache. On ne dit rien. L'Elysée reste discret. Echec démocratique, l'Afghanistan est aussi un bourbier militaire que les Français font semblant d'ignorer.

Le bourbier
"L'Afghanistan n'est pas un bourbier". Ainsi parlait Thierry Mariani, député UMP du Var et représentant spécial de la France pour l'Afghanistan il y a une dizaine de jours. Les Français sont les seuls à penser ça. Il y a un mois, la Une de Courrier International illustrait parfaitement la situation occidentale en Afghanistan. On y voyait Barack Obama en GI. Initialement prévue pour débusquer Ossama Ben Laden et rétablir la démocratie, l’intervention occidentale de novembre 2001 n’a que trop durer. Les Talibans ont repris le contrôle d’une partie du pays. Doit-on assumer des années de guerre et un pourrissement militaire généralisé ? Assumant l'engagement antérieur, Barack Obama a plaidé la patience mardi dernier: "L'insurrection en Afghanistan n'a pas commencé du jour au lendemain. Nous ne pourrons pas la vaincre du jour au lendemain. Ce ne sera pas rapide. Ce ne sera pas facile". L'intervention en Afghanistan n'a jamais reçu le même traitement des opinions occidentales traumatisées par le 11 septembre 2001. On a oublié, même en France, qu'on était là-bas. Il a fallu que Nicolas Sarkozy décide de rompre sa promesse de campagne, en renforçant le contingent français, puis de réintégrer le commandement militaire intégré de l'OTAN, pour que certains se préoccupent de ce nouvel Irak.

L’Afghanistan est en passe de devenir un nouvel Irak. Dimanche 16 août, les Britanniques ont franchi un triste cap : 200 soldats tués sur place. Lundi 17 août, le Daily Telegraph a publié la photo des 204 morts. La semaine dernière, le commandant des forces américaines en Afghanistan a reconnu que « les Talibans ont pris le dessus ». Dimanche 23 août, un autre militaire américain (et pas des moindres puisqu'il s'agit du chef d'état-major interarmes américain, l'amiral Mike Mullen) a déclaré sur CNN: "Je pense que (la situation) est sérieuse et se détériore. Je le dis depuis deux ans, je dis que les insurgés taliban ont adopté de meilleures tactiques de combat, plus perfectionnées". En arrivant à la Maison Blanche, Barack Obama a assumé l'une de ses promesses de campagne: il jugeait que l'Afghanistan avait été un terrain négligé par l'administration Bush, après le déclenchement de la guerre en Irak, d'où l'échec actuel.

L’unique argument occidental pour poursuivre les combats est la lutte contre le terrorisme. Y-a-t-il moins d’attentats dans le monde depuis 2001 ? Au contraire, les Occidentaux semblent être tombés dans le piège : l’Afghanistan est un terrain d’affrontement symbolique pour toutes les succursales d’Al Qaida.

17 août 2009

Avec l'Iran, Sarkozy a eu tort

Clotilde Reiss n’est pas sortie d’affaires. Les tractations continuent. L’Elysée scénarise l’évolution de l’affaire. Lundi encore, la présidence de la République faisait savoir que Nicolas Sarkozy était suspendu à son mythique téléphone portable pour libérer définitivement la jeune Française. L’UMP a publié un communiqué triomphant : "Après la libération de Nazak Afshar, employée à l'ambassade de France en Iran [...] c'est la preuve que la France n'oublie pas ses ressortissants où qu'ils se trouvent et qu'elle dispose de par la présence de Nicolas Sarkozy d'une réelle influence".

La France aurait payé une caution pour faire sortir la jeune Française. On parle de 213 000 euros. Bernard Kouchner dément. Si le paiement se confirme, une question se pose : pourquoi la France n’a –t-elle pas également payé la caution de la collaboratrice franco-iranienne Nazak Afshar la semaine dernière ? Selon son fils, Nazak Afshar aurait dû hypothéquer son domicile familial pour quitter la prison.

La Syrie a aidé. Nicolas sarkozy l’a remercié dans son communiqué de dimanche. Le président syrien se rend d’ailleurs en Iran cette semaine pour une visite officielle. Depuis plus d’un an, la France tente de donner une respectabilité internationale à la Syrie. Sarkozy explique que ce rapprochement était indispensable pour rétablir la stabilité politique du Liban. Voici qu’il sert également à sortir la France d’un piège dans lequel elle s’était enfermée. On aura en effet quelque difficulté à nier que Clotilde Reiss s’est retrouvée otage d’une situation qui la dépasse. Lors de l’élection présidentielle iranienne, Sarkozy n’a pas eu de mots assez durs contre le pouvoir iranien, alors qu’il s’est montré excessivement conciliant et docile vis-à-vis de Bachar al-Assad ou Mouammar Kadhafi. Barack Obama a montré que l’on pouvait tenir un discours de responsabilité sans aller jusqu’à insulter l’avenir. Un spécialiste de l’Iran explique même que Reiss aurait pu être libérée plus tôt si Sarkozy s’était montré plus discret :

"Si les autorités françaises avaient fait moins de bruit autour de son cas, elle aurait peut-être déjà été libérée."
Pour la Sarkofrance, il y a donc deux types de dictatures dans le monde: les utiles et les autres.

L'Iran vient de rappeler à Nicolas Sarkozy qu'elle sait se rendre incontournable.

Pandémie d'inquiétude ministérielle en Sarkofrance


La Sarkofrance commence à respirer. Clotilde Reiss, la jeune chercheuse française détenue en Iran depuis le 1er juillet et "jugée" il y a 10 jours, a quitté les geôles iraniennes. Elle reste pour l'heure en Iran, a priori à l'ambassade de France. Sarkozy exulte, soulagé. Mais derrière lui, la communication gouvernementale a perdu quelque cohérence ces dernières heures. Pas moins de quatre ministres se sont exprimés publiquement, sur des sujets très différents, mais tous sur le même registre, celui de l'inquiétude.

Sarkozy soulagé
Le communiqué élyséen est tombé à 21h13, dimanche 16 août : "Dès la sortie de prison de Clotilde Reiss, le Président de la République s’est entretenu avec elle. Il lui a exprimé sa joie et son plein soutien ainsi que celui de tous les Français, qui ont suivi avec inquiétude son arrestation et la procédure judiciaire à laquelle elle est soumise. Il a relevé la dignité et le courage avec lesquels Clotilde Reiss a affronté cette épreuve."
Une semaine de tractations téléphoniques. C'est l'affaire de l'été, le grain de sable dans les vacances. Depuis son élection, Sarkozy joue les gros bras contre l'Iran. Il tacle tous azimuts, ferme toutes les portes, sauf une, celle du nucléaire. Pas un mot conciliant pour le dictateur iranien. Pourtant, Nicolas Sarkozy sait être conciliant avec les dictateurs du monde. D'Afrique en Chine, la Sarkofrance a levé le pied très tôt sur les droits de l'homme et la démocratie. Quand Clotilde Reiss a été emprisonnée, Sarkozy a frémis. La tuile ! Quand les théocrates iraniens ont exhibé la jeune Française dans un simulacre de procès à la télévision, Sarkozy a dû trembler. Comment se raccommoder avec une dictature s'amuse avec nos nerfs sans perdre la face ? On saura plus tard, bien tard, quel fut le prix payé (à part la caution), à l'Etat iranien, ou, plus probablement, à l'Etat Syrien qui a joué les médiateurs. Pour l'heure, Sarko a le succès à peine modeste : "Le Président de la République continue de suivre les développements de ces affaires avec la plus grande attention." La jeune Française n'est pas encore en France, mais c'est un premier (grand) pas.

Cette annonce dominicale sauve l'été. Depuis des semaines, pendant que Sarkozy pédalait à bicyclette pour chercher des pizzas au lavandou, ses ministres ruminaient leur inquiétude grandissante. Chômage, grippe A H1N1, Afghanistan, déficit, aucune nouvelle positive à l'horizon. Ces dernières heures, quatre ministres se sont lâchés... prudemment.

Luc Chatel se rassure
A Aix-en-Provence, une habitante a porté plainte contre un magasin qui l'aurait refoulé, sous prétexte qu'elle portait un masque. De son lieu de vacances, Luc Chatel a tenté de rassurer, de se rassurer. En tant que ministre de l'Education Nationale, il a précisé, dans les colonnes du JDD, les règles de fermetures d'établissement en cas de pandémie.

"Si le chef d’établissement constate que plusieurs élèves sont absents en même temps pour le même motif, il alertera aussitôt l’inspection académique ou le rectorat qui, à son tour, préviendra le préfet. En accord avec les autorités sanitaires, c’est le préfet qui prendra la décision de fermer l’école, le collège ou le lycée. Nous avons décidé que si au moins trois cas de syndromes grippaux sont constatés dans une même classe en moins d’une semaine, celle-ci pourra être fermée."
Laurent Wauquiez s'inquiète
Wauquiez est conscient du caractère provisoire de l'accalmie. La dégradation de l'emploi et la montée du chômage vont repartir de plus belle. L'approche de l'été brouille l'analyse: "Cela étant, il n’y a aucune place pour le triomphalisme. Je ne modifie pas la prévision d’une hausse du chômage. Nous allons connaître encore plusieurs mois difficiles." a-t-il déclaré au JDD le 16 août. Selon un récent sondage, les Français restent pessimistes sur la reprise.

Fadela Amara s'agace
La secrétaire d'Etat à la Ville a comparé l'Islam radical à un cancer. Fichtre ! Elle se prononce aussi pour l'interdiction de la Burqa: "La burqa ne représente pas simplement un morceau de tissu mais la manipulation politique d'une religion qui réduit les femmes à l'esclavage et va à l'encontre du principe d'égalité entre les hommes et les femmes". La secrétaire d'Etat ose: "Je crois que si on veut réellement aider à lutter efficacement contre les fondamentalistes, la burqa ce n'est que l'expression visible et physique des fondamentalistes et des intégristes dans notre pays". Les services de police n'ont dénombré que 367 Burqa en France. Est-ce là la seule expression visible et physique des fondamentalistes en France ?

Kouchner masque
Un attentat-suicide, revendiqué par les Talibans, a frappé le quartier général de l'Otan à Kaboul samedi 15 août. Sept personnes ont été tuées et quatre-vingt onze blessées. Kouchner se terre. Le scrutin présidentiel afghan est dans 4 jours. Le ministre Français fait simplement publier un communiqué : la France "exprime à la population et aux autorités afghanes sa solidarité et sa détermination à demeurer engagée à leurs côtés pour contribuer à la stabilisation et à la reconstruction de l'Afghanistan". La libération de Clotilde Reiss est une bonne nouvelle... pour le ministre. De l'autre côté de la Manche, les Britanniques pleurent leur 201ème soldat tué en Afghanistan. Guerre sans issue

Woerth se terre
Sa collègue des Finances s'est montrée active pendant ces quinze premiers jours d'août. Il fallait commenter les "bonnes" nouvelles de la croissance et du chômage. Eric Woerth, lui, est resté discret. Ministre du Budget, il a dû faire un plateau Télé la semaine dernière pour expliquer qu'un déficit budgétaire multiplié par trois (sans plan de relance de dépenses immédiates), c'est pas si important que cela. Ce week-end, ni Eric Woerth ni Christine Lagarde n'ont jugé bon de réagir aux récentes révélations sur les bonus 2008 des 10 cadres les mieux payés de la BNP.

A ce rythme, la rentrée sera chaude.

13 août 2009

Clotilde Reiss et la cyber-mobilisation

Clotilde Reiss est toujours en prison. L'Iran a de lui-même fait un "geste", mardi, en proposant que la Française quitte sa prison pour l'ambassade de France, sans toutefois quitter le territoire. Puis l'Etat iranien a proposé une caution.

Le gouvernement français paraît bien désemparé. La "grosse" voix du Président n'a pas servie. La diplomatie brouillonne de Nicolas Sarkozy ne paye pas, bien au contraire: l'ambassadeur d'Iran en France a jugé que la précipitation française à révéler l'emprisonnement de Clotilde Reiss dès le 6 juillet a compliqué la situation. Qui peut cependant croire la "bonne foi" du représentant iranien ? L'Iran s'amuse avec les nerfs français. On pense à la famille de Clotilde Reiss. Le "procès" est terminé. En Iran, la "justice" sait être expéditive quand elle sert la diplomatie iranienne.

10 août 2009

Nicolas Sarkozy risque-t-il le fiasco diplomatique ?

Une jeune française, arrêtée le 1er juillet dernier en Iran, est emprisonnée depuis cette date. Accusée d'avoir participé aux manifestations qui ont suivi l'élection présidentielle contestée d'Amaninedjad, elle a été précipitée dans un procès inique samedi 8 août.

Samedi, un homme se fait sauter devant l'ambassade de France à Nouakchott, la capitale mauritanienne. La France a été l'un des rares pays à soutenir, très tôt, le général putchiste devenu depuis président après un élection contestée.

La France de Nicolas Sarkozy est-elle en passe de subir un véritable fiasco diplomatique ?

En Iran, le procès honteux
Tout est possible en Iran. La jeune universitaire figure à son procès, accompagnée, à sa droite, d'une policière iranienne. En public, elle s'est accusée, suivant un cérémonial digne des procès de Moscou des années 40: « J'ai écrit un rapport d'une page et je l'ai remis au patron de l'Institut français de recherche en Iran qui appartient au service culturel de l'ambassade de France. » Et encore: « Les motifs de ma participation aux manifestations étaient personnels (…) mais j'accepte que c'était une erreur et je n'aurais pas dû participer à ces rassemblements. (…) Je demande pardon au pays, au peuple et au tribunal d'Iran et j'espère que je serai graciée. » Deux autres étrangers travaillant pour des ambassades étrangères figuraient dans le box des accusés, tels Hossein Rassam de l'ambassade de Grande-Bretagne et Nazak Afshar, une franco-iranienne de 50 ans du service culturel de l'ambassade de France. Le fils de cette dernière a pris à partie les médias vendredi dernier:

« Elle a été arrêtée sans mandat et interrogée sur des mails qu'elle a envoyés à des amis et dans lesquels elle racontait les manifestations. Son ordinateur a été confisqué il y a quinze jours.

Son seul crime est d'être française et de travailler pour l'ambassade française depuis dix-huit ans. Elle est prise en otage par une justice injuste. »

La France maladroite ?
A l'annonce du procès de Clotilde Reiss, le Quai d'Orsay a réclamé officiellement sa libération immédiate. Dimanche 9 août, Bernard Kouchner s'est à nouveau exprimé, cette fois-ci sur LCI: "Je veux m'adresser avec force aux autorités iraniennes : ces allégations ne tiennent pas. Clotilde Reiss n'est coupable de rien du tout". Le 6 juillet dernier, Nicolas Sarkozy avait également dénoncé cet emprisonnement. Depuis son élection, le président français a adopté une position brouillonne face à l'Iran, un mélange de provocations verbales sans lendemain et d'ouverture : il s'est montré particulièrement hostile à l'Iran, mais en même temps il a toujours laissé la porte ouverte à un équipement nucléaire civil de l'Etat perse. Sarkozy a ainsi prêché les sanctions, appelé à la société civile (?), installé une base française à quelques kilomètres des côtes de l'Iran, et critiqué "l'ampleur de la fraude" électorale lors du scrutin de juin dernier. Mais il persiste aussi à proposer un accord nucléaire civil si l'Iran renonçait à ses plans militaires.

Une position qui tranchait avec le constat lucide de Barack Obama: "La différence entre M. Ahmadinejad et M. Moussavi en terme de politique pourrait ne pas être aussi grande que ce qui a été dit, avait-t-il déclaré en juin dernier. "D'un côté comme de l'autre, nous allons traiter avec un régime iranien historiquement hostile aux Etats-Unis."

La "fermeté" française se veut "originale". Qui peut croire que confier la technologie nucléaire civile à l'Iran l'empêchera de maîtriser des armes nucléaires ? S'agit-il, pour Sarkozy, d'un constat d'échec masqué sous des déclarations péremptoires ?

Candidat, Sarkozy ne disait pas autre chose: « Si je suis président de la République, je me battrai sur deux fronts, d’abord des sanctions sur ce régime iranien, et deuxièmement pour l’unité de la communauté internationale » avait-il expliqué le 28 avril 2007, quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle française. « On ne peut pas laisser le président iranien avec dans ses mains l’arme nucléaire, c’est absolument insensé... J’ai confiance dans les débats internes en Iran. Il faut que les sanctions obligent la société civile iranienne à prendre position et à faire céder le gouvernement iranien. »

L'échec de la constestation post-électorale en Iran en juin dernier l'a-t-il fait changer d'avis ?

En Mauritanie, le mauvais camp
Nicolas Sarkozy a rapidement choisi le camp de
Ould Abdel Aziz, le général putchiste en 2008. L'élection présidentielle qui s'est tenue il y a peu a été contestée. La Sarkofrance n'en a cure. On applaudit avec Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat à la Françafrique. Samedi, un homme a joué les kamikazes. Il s'est fait sauter avec une bombe devant l'ambassade de France dans la capitale mauritanienne. "Une source policière a assuré samedi soir à l'AFP que le kamikaze était un Mauritanien né en 1987 et "formellement identifié comme un membre de la mouvance jihadiste"." Joyandet ne peut qu'être lucide: "je crois que l'attentat est surtout en relation avec l'élection du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui a indiqué qu'il était déterminé à s'attaquer à Al-Qaïda". "Evidemment la France s'est réjouie de cette position, donc, dire que la France est visée, on ne peut pas dire le contraire".

"En Afrique, la France n'est ni efficace, ni honorable", écrivions-nous il y a quelques heures, sans avoir connaissance de cet attentat.

Fiasco, vous avez dit fiasco ?