Affichage des articles dont le libellé est Le Pen. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Pen. Afficher tous les articles

21 septembre 2019

Les castors macronistes ont-ils disparu ? - 645ème semaine politique

 

Malgré la Marche pour le Climat, le sujet de cette chronique n'est pas écologique. Il ne porte pas non plus sur la disparition des abeilles, mais sur une autre forme d'espèce.

Les castors désignaient cette cohorte d'électrices et d'électeurs de gauche qui au second tour de l'élection présidentielle de 2017 en France ont accepté de suivre les consignes du chantage à l'extrême droite et votèrent pour (mal) élire Emmanuel Macron.  

 

Cette gauche castor n'existe plus. Celles et ceux qui gobent encore les éléments de langage et la bienveillance socio-humaniste affichés par la Macronie doivent assumer la réalité de l'action politique du gouvernement Macron: plus inégalitaire que celle de Hollande et même Sarkozy; plus violente; moins écologique; et désormais tout aussi xénophobe au sens littéral du terme. Et c'est devenu rare, voire impossible.


Certes, le réflexe d'autodéfense des castors a encore eu un sursaut, mais sacrément plus modeste, lors du scrutin européen de mai dernier. Là encore, certain(e)s sont sortis de chez pour "faire barrage", sans avoir véritablement lu les programmes (Macron n'a publié le sien qu'en toute fin de campagne) ni déchiffrer les alliances cachées. Rapidement, on vit Macron faire l'accolade à Orban, et soutenir la désignation d'une Commission bien à droite, allant jusqu'à afficher la défense de la culture européenne dans l'une des dénominations de ses commissions.

Les castors ont donc presque disparu. Sur tous les sujets, les uns après les autres, Emmanuel Macron apporte la preuve que ce désastre n'est pas écologique mais politique. Les castors ont été remplacés par d'autres, venant des contingents de droite, et même de la droite furibarde. Macron chasse à droite.


#1 - Réduire les indemnités chômage
Après deux années et demi de présidence des riches, de faveurs affichées (ISF, flat tax, exit tax) ou déguisées (la suppression de la taxe d'habitation profitera pour moitié aux plus riches), voici le temps d'une autre vérité, l'attaque lente mais directe contre la solidarité nationale.

Un quotidien du soir titre ainsi sur les "perdants de la réforme" de l'assurance-chômage. Qui est surpris ? Le durcissement des règles de l'indemnisation chômage entre en vigueur dans quelques jours, le 1er novembre. Il concerne 40% des demandeurs d'emploi: les cadres bien sûr, mais qui représentent une cohorte minoritaire des chômeurs (et du coût de l’indemnisation chômage) de toutes façons. Et surtout une masse de chômeurs plutôt jeunes et précaires:
  • 832 000 chômeurs vont perdre des indemnités à cause de l'allongement à 6 mois sur 24 de la durée minimale de travail préalable.
  • 850 000 personnes (avec un chevauchement important sur la catégorie précédente) vont perdre à cause de la nouvelle méthode de calcul du salaire journalier de référence.
  • Un peu moins de 2000 cadres supérieurs (plus de 4500 euros bruts comme dernier salaire) verront leur allocation décroître de 30% à partir du sixième mois,  (auf s'ils sont âgés de 57 ans et plus).

#2 - Réduire les pensions de retraite
Après les chômeurs, il y aura les retraités. En échange d'une revalorisation du minimum vieillesse veut baisser les retraites du reste du pays. Prendre aux uns, mais jamais aux plus riches, pour donner un peu aux autres, c'est la marque de la Macronie. Cinq syndicats appellent à une grève illimitée pour le 5 décembre contre cette réforme des retraites dont le gouvernement ne cache plus l'objectif principal, réduire le coût, c'est-à-dire les pensions. Plutôt que d'augmenter les financements, notamment sur les gros revenus, ou les rveenus financiers, Macron persiste à vouloir plafonner la contribution aux retraites à 14% du PIB.



#3 - Faciliter l'esclavage auto-entreprenarial
En sus des salariés fragilisés par la loi travail, les chômeurs précarisés par le durcissement de l'UNEDIC, les retraités qui devront cumuler emploi/travail, voici la protection juridique... des plateformes numériques de "mise en relation". A l'Assemblée nationale, on applaudit à l'adoption de la loi LOM: encore un acronyme qui sonne la bienveillance, et pourtant... Dans son article 20, la loi offre, sans contrainte, la possibilité de publier une charte de bonne conduite des plateformes de mise en relation électronique vis-à-vis de leurs esclaves numériques.

En échange de cette charte, les plateformes comme Uber ou Deliveroo sont protégées de toute poursuite pour travail dissimulé ou fraude à la Sécu ("l’établissement de la charte et le respect des engagements pris par la plateforme (...) ne peuvent caractériser l’existence d’un lien de subordination juridique entre la plateforme et les travailleurs.") Et comme la Macronie n'est jamais trop prudente quand il s'agit de protéger l'exploitation de l'homme par l'homme, la loi prévoit même qu'au cas où un litige entre plateforme et employé aurait pu relever des prud'hommes,"le conseil des prud’hommes initialement saisi sursoit à statuer et transmet la question" au tribunal de grande instance. Exit le droit social ! La belle affaire !





#4 - Frapper l'opposition
Samedi 21 septembre, le gouvernement fait interdire des manifestations des Gilets Jaunes, mais aussi celle demandée par Attac et Solidaires. Mais la Marche pour le Climat, et la manifestation de #FO conter la réforme des retraites se trouvent aussi rapidement empêchées: le pouvoir bloque, lance les gaz lacrymogènes et fait tabasser malgré la présence de familles et d'enfants. Parfois, des La tactique est toujours la même: les forces de l'ordre laissent un Black Bloc se constituer et déranger violemment les cortèges, puis attaquent à leur tour.

Incompétence ou volonté délibérée de saboter toute manifestation d'opposition ? La tentation est grande d'attribuer à l'incompétence crasse de Christophe Castaner et de son équipe ces dérapages annoncés, prévisibles, et par ailleurs sanctionnés par la multiplication des lois sécuritaires depuis 2 ans. Il s'agit plutôt d'une manœuvre grossière, qui vise à décourager de manifester. Il faut mettre en scène la violence des oppositions, il faut faire peur pour décourager les mobilisations.

Parfois, le spectacle se retourne contre ses concepteurs. Ainsi le premier jour du procès Mélenchon pour "actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation" fournit une double occasion à cette opposition: primo, la publication d'une longue vidéo prise au moment de la perquisition des locaux de la France insoumise permet de comprendre la manipulation également grossière dont a été victime Mélenchon: non, le leader insoumis n'a pas "tenté de s'opposer à la perquisition". Secundo, Mélenchon et sa troupe ont choisi de théâtraliser au maximum le début de ce procès qui n'est rien d'autre que politique. Théâtre contre théâtre, que reste-il d'autres en Macronie ? 


#5 - Manipuler avec les "tensions" de l'immigration
Mais le coup de grâce pour les quelques castors qui avaient conservé un peu d'estime macroniste malgré les débordements sécuritaires, le mépris social, et l'arrogance de classe de cette Macronista, ce devrait être cette saillie qui va durer contre l'immigration.

Quel choc, pour les "castors", de voir Macron attaquer ... le "problème de l'immigration". Les paroles exactes du jeune monarque, lundi soir devant des parlementaires godillots, ont été absorbées comme lettre d'Evangile par une "Team Progressiste" en mal de preuves que son Jupiter n'est pas le libéral-autocrate, et désormais xénophobe, que l'on observe, sont sans équivoque:


Les castors cachent le sujet, la novlangue est excellente: mais non, Macron ne dit rien d'offensant contre les immigrés puisqu'il a précisé que la France est "terre d'immigration". Notons que Marine Le Pen ne dit pas autre chose, et que c'est justement cette immigration qui lui hérisse les poils. Macron répète les propos des Le Pen, Jean-Marie applaudit, Marine sourit.

  • Comme l'extrême droite, il affirme que l'immigration "créé des tensions.
  • Comme l'extrême droite, Il amalgame, immigration et asile. 
  • Comme l'extrême droite, il fustige les détournements du droit d'asile par "des réseaux, des gens qui manipulent"
  • Comme l'extrême droite, il reprend l'exacte formule sur ces "bourgeois" qui "ne croisent pas l'immigration". 

Comme l'extrême droite, il laisse son secrétaire d'Etat à la police, Laurent Nunez mentir sur les statistiques de l'asile dans les jours qui suivent: "cette demande d'asile provient en grande partie, en grande partie, de personnes issues de pays d'origine sûre" C'est faux, corrige l'AFP. C'est complètement faux. Moins d'un quart des demandes d'asile sont portées par des ressortissants de pays dits sûrs, un taux stable depuis 10 ans, et même en baisse depuis janvier.

Ni la Macronie ni Macron lui-même n'osent dérouler la suite de leur raisonnement sur l'immigration: de quel problème l'immigration est-elle le nom ? Le bruit ? L’odeur ? La religion ? La couleur de peau ? Lundi soir, le monarque en remis une couche, en ciblant l'Aide Médicale d’État à nouveau. Il a même exhibé des statistiques géographiques dont personne ne connait l'origine, en accusant des "filières" d'Europe de l'Est.

En 2022, qui fera barrage à cette collusion Macron/Le Pen ?

Cette Macronie trouillarde, effrayée d'avoir à avouer le fond de sa pensée, n’aurait pas dû cacher pendant la campagne que les "problèmes de l’immigration" deviendraient ainsi un thème principal de mi-mandat. Que le pouvoir est une épreuve. Pour celles et ceux qui ont suivi l'injonction à faire "barrage" contre l'extrême droite, les populismes, la xénophobie, le spectre du fascisme renaissant en France, quelle déception ! Quel choc de réalité !



Ami castor, où es-tu ?



27 juillet 2019

Ce que Macron doit à l'extrême droite - 637ème semaine politique

 

Après les élections européennes, tout se prépare pour donner une nouvelle victoire politique à l'extrême droite française, d'abord aux élections municipales en mars 2020, puis aux scrutins régionaux (2021) présidentiel et législatif (2022). Par victoire, on n'entend pas la conquête du pouvoir absolu, quoique, mais une énième progression dans les esprits et les organes du pouvoir.


L'extrême droite est un mouvement inutile et néfaste. Elle a prouvé son inutilité par ses outrances qui empêchent toute majorité politique de se constituer autour d'elle ou avec elle, par l'incompétence crasse de ses dirigeant(e)s (y compris Marine et Marion Le Pen), ou par la bêtise de son programme dont le débat présidentiel de l'entre-deux tours présidentiels a révélé l'ampleur. Mais en trois ou quatre décennies, elle a réussi à imposer son agenda politique clivant dans le débat politique, c'est un constat tristement trivial.


Elle est aussi néfaste, faut-il encore le rappeler. Qu'importe ses changements de nom, d'incarnations, de slogans. C'est une horreur politique qui a des racines dans les parties les plus ignobles de notre histoire nationale. Il ne s'agit pas d'avoir le moindre doute là-dessus. De temps à autres, quelques mouches d'autres bords sont attirées par l'odeur, faisant mine de croire qu'il y a enfin les "réponses" aux problèmes du monde que d'autres mouvements politiques n'apporteraient pas. Récemment, on a ainsi vu Thierry Mariani, petite frappe de la droite furibarde, et Andréa Kotarak, obscur élu local de la France insoumise, prêter allégeance

Le Rassemblement national, anciennement Front National, s'appuie sur la xénophobie. La xénophobie dernière est son pivot, son ADN politique, le point central duquel tout se décline: culture, économie, société, défense, environnement, tout procède de la xénophobie ou emprunte à la xénophobie, au sens littéral du terme. Cette xénophobie a pris des formes variables au cours des dernières années: l'antisémitisme, toujours présent chez les seconds couteaux de Marine Le Pen, comme ces Identitaires qui promeuvent la suprématie de la "race" blanche  et font le salut nazi lors de leurs beuveries clandestines (observez Philippe Vardon aux côtés de Jordan Bardella au soir de son discours de victoire aux élections européennes le 26 mai 2019) s'est enrichie d'une obsession islamophobe largement documentée depuis plusieurs années. Cette dernière lui permet d'attraper la laïcité dans son argumentaire, d'agiter la peur de l'arabe, de crier à la guerre des civilisations comme Valls, Sarko ou, maintenant, Macron.
"C'est une guerre, c'est notre civilisation qui est en cause." Nicolas Sarkozy, 21 janvier 2015

"Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons ." Manuel Valls, 28 juin 2015
"Je l’assume : notre combat est aussi un combat de civilisations." Emmanuel Macron, 27 décembre 2017.
Cette extrême droite chipe parfois à gauche des éléments de discours social.  Pourtant, une xénophobie maladive se cache derrière cette surface peu solide: "Je veux aussi rendre leur argent aux Français, parce que depuis de trop nombreuses années, notre politique sociale et fiscale appauvrit les classes moyennes et populaires, alors qu’elle enrichit les multinationales et dilapide l’argent public via une immigration totalement incontrôlée" écrivait Marine Le Pen dans son programme présidentiel 2017, dès les pages d'introduction.  L'extrême droite défend aussi un hostilité évidente au libre-échange capitaliste qui aime faire voyager les marchandises et mettre en concurrence les mains d’œuvre du monde.

Tout cela permet à l'aristocratie au pouvoir de l'amalgamer avec la gauche. La médiacratie lui emboite ensuite volontiers le pas à coups d'analyses biaisées et de sondages orientés pour insister sur cette gémellité prétendue. Les mêmes taisent pourtant d'autres convergences, plus troublantes, plus effarantes, et prouvées par les faits de l'action politique.

Qu'a donc à faire la Macronie avec cet épouvantail ? Beaucoup, beaucoup plus que les Marcheurs n'osent ne l'avouer.

La République en Marche a besoin du Rassemblement national. Ce dernier est le ciment de la peur, l'argument facile du "moi ou le chaos", la simplification du débat politique. Le RN est essentiel à la survie politique de la Macronie car il est caricatural, extrême, et suffisamment dangereux pour faire peur et taire les différences. N'importe quel(le) candidat(e) qualifié au second tour présidentiel l'emporte face à l'extrême droite. Macron n'a obtenu qu'un pénible 43% des inscrits (66% des votants) que grâce à une mobilisation contre le spectre frontiste et un chantage à la défense de la République. Au lieu de quoi, la politique qui a été conduite depuis fut une forme de libéral-autoritarisme, une prédation pour les plus riches aux détriments de la majorité des gens, adossé à une politique de plus de plus liberticide et autoritaire.

Le RN est l'idiot utile de cette contre-révolution des riches contre les gens.

Pour les élections européennes, les mêmes ont tenté de refaire ce match-là, pour mieux occulter tout débat politique sur les programmes. La Macronie ne s'est embêté à détailler son programme européen que 3 semaines avant le scrutin. L'essentiel de la campagne s'est conduit sur un chantage à l'extrême droite, et des slogans creux sur l'Europe de la paix et de la lutte pour l'environnement.

Il y a bien sûr des différences réelles entre la Macronie et l'extrême droite (pas d'amalgame!). Si l'on oublie la cohorte de nouveaux députés mal formés, souvent absents et incompétents, sélectionnés par le clan Macron pour faire illusion d'un mouvement populaire, la Macronista s'appuie des gens qui savent très bien ce qu'il font, pourquoi ils le font et comment il faut le faire: ces laquais de la contre-révolution conservatrice sont souriants, rapides et efficaces pour réduire la pression fiscale des plus riches et des revenus du capital, affaiblir les droits des salariés et des chômeurs, et reprendre d'une main (réduction des allocations chômage de 3 milliards; réduction des dépenses d'APL de 1,5 milliards; économies annoncées au cours de l'été 2019 sur les congés parentaux et les allocations familiales pour encore 3 milliards) ce qu'ils font mine de donner d'une autre (les 11 milliards pour les "Gilets Jaunes"). La Macronista sait très bien retranscrire les désiderata des lobbies industriels les plus variés dans ses textes de lois (loi Alimentation, loi sur le secret des affaires, loi Logement, loi Pacte, etc). A l'inverse, l'extrême droite affiche une incompétence crasse sur nombre de sujets économiques: sa gestion municipale est en général calamiteuse pour les finances publiques. Nombre de ses élus locaux ont été poursuivis pour des faits de détournements d'argent public. Son programme économie est inepte. Et les explications de ses candidats nationaux (Marine Le Pen, Jordan Bardella pour le scrutin européen) sont au mieux confuses, au pire stupides.

Sur quelques sujets sociétaux, importants mais anecdotiques dans l'ensemble de la politique macroniste, les marcheurs sont radicalement opposés à l'extrême droite. Ils les agitent d'ailleurs comme un vieux chiffon. Exemple récent, le Rassemblement national se déclare hostile à la PMA, et demande un référendum. Le vieux fonds de droite identitaire et conservatrice est encore là. Mais surtout le calcul est aussi politique. Le Pen veut vider les Républicains du peu qu'il leur reste. Et les contingents minoritaires mais bruyants de la "Manif pour Tous" seraient de belles prises.

Le Pen 2017, Macron 2019
Pour le reste, Macronie et extrême droite ont des convergences nombreuses, évidentes, et à peine masquées. La campagne foutraque de 2017 n'a pas permis de les relever. Mais deux ans plus tard, maintenant que Macron a dévoilé bien davantage de son programme réel qu'il ne l'avait fait lors des élections présidentielles et législatives de 2017, il est enfin temps de relire le programme de Marine Le Pen... et de relever les convergences dangereuses avec l'action et les postures de Macron.

Comme Emmanuel Macron, Le Pen préfère un pouvoir exécutif plus fort encore: comme lui, elle souhaitait "abaisser le nombre de députés à 300 (contre 577 aujourd’hui) et le nombre de sénateurs à 200 (contre 348 aujourd’hui)" (Programme présidentiel). Comme lui, elle voulait affaiblir corps intermédiaires: les syndicats en supprimant leur monopole de représentativité dans les entreprises; les magistrats, en supprimant l'Ecole Nationale de la Magistrature (Macron l'a un temps envisagé avant d'y renoncer devant la bronca des avocats et des magistrats). Comme Macron, Le Pen souhaitait la centralisation des services de renseignements sous la coupe directe du pouvoir exécutif.

En matière économique, à la différence de Macron, l'essentiel de sa politique économique vise les TPE et PME (réorientation du CICE, accès aux marchés publics, baisses de cotisations sociales, etc), mais comme Macron, Marine Le Pen défendait la simplification du droit du travail (seuil de 50 salariés), la suppression du compte pénibilité ou la défiscalisation des heures supplémentaires. Elle est aussi hostile à la revalorisation du SMIC, ... avec les mêmes arguments macronistes. Comme Macron, elle prônait l'introduction de la sélection à l'université publique. Comme Macron, Le Pen avait de grandes ambitions militaires, avec l'augmentation de l'effort de Défense à 2 puis 3% du PIB. Comme Macron, Le Pen défendait la filière nucléaire, et refusait de fermer la centrale obsolète de Fessenheim.

Mais la plus grande des convergences est institutionnelle, sécuritaire et migratoire. Sur le coeur du projet neo-fasciste - la réduction des libertés des opposants, la refus des étrangers, la défense de l'Etat fort - la Macronie emprunte tout à l'extrême droite, mais avec le sourire. Loin de la grossièreté d'un Salvini ou d'une Le Pen, Macron et ses sbires appliquent avec méthode et rigueur une belle partie du programme politique défendue par l'extrême droite française en matière de politique sécuritaire et migratoire. La différence entre les deux n'est que de quelques degrés, pas de nature.

Primo, l'extrême droite française aura peu à faire en matière sécuritaire tant l'arsenal liberticide et répressif a été "amélioré".  Certes, il faudra créer davantage de places de prison (Le Pen en promettait 40 000 supplémentaires, Macron "seulement" 15 000), mais sinon tout est là: l'Etat peut désormais, sans intervention de juges indépendants, créer des zones de protection où la police a tout pouvoir, assigner à résidence (loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, 2017 ) interdire de manifester, censurer des journalistes (loi sur le secret des affaires, 2018).

Secundo, la Macronie a aussi légitimé l'usage inconsidéré de la force policière, sans contrôle ni enquête sur les eaxctions, et la manipulation de l'information (fausse rumeur d'attaque d'hôpital véhiculée par le ministre de l'Intérieur, silence sur les violences policières, "les 24 gilets jaunes éborgnés, les 315 blessés à la tête, les 5 mains arrachées"; silence sur la disparition d'un civil à Nantes, etc) à des fins de répression de toutes sortes d'oppositions: lycéens, étudiants, infirmiers, Gilets Jaunes, retraités, syndicalistes, grévistes, etc. La Macronie décore même les auteurs de violences.

Tertio, sous les applaudissements de l'extrême droite, elle a dégradé l'attitude de l’État républicain face aux migrants en réduisant le droit d'asile et en allongeant l'enfermement des migrants au point d'en dégouter la CIMADE (loi Asile, avril 2018), en recyclant les accusations infondées de l'extrême droite contre les associations d'aide aux migrants (Castaner, octobre 2018), en défendant la double peine (Macron, octobre 2017), ou en interdisant l'aide alimentaire des ONG près de Calais (Macron, janvier 2018). Elle a envoyé des équipes administratives recenser les occupants des centres d'hébergement d'urgence.Elle exige des services du 115 qu'ils dénoncent les réfugiés secourus.

Oui, Macron va "plus loin que ses prédécesseurs sur l'immigration", plus loin vers la xénophobie désormais d’État, assumée et revendiquée. Le 10 décembre 2018, quand Emmanuel Macron promet, entre autres choses, un Grand Débat pour sortir de la crise des Gilets Jaunes, les macronistes retiennent leur souffle. La fraction "de gauche" de ces marcheurs, qui sert d'alibi minable à la contre-révolution conservatrice, a des sueurs froides quand elle entend son monarque mentionner l'immigration et l'identité nationale comme l'un des thèmes à venir du Grand Débat alors que le sujet est totalement absent des mouvements des Gilets Jaunes: "Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter."  Puis dans sa "Lettre aux Français" le 15 janvier, rebelote. Le jeune monarque en remet une couche, Jupiter y tient. Il reprend l'argument frontiste - l'immigration est "un défi qui va durer".


La Macronie a ainsi brisé les dernières digues morales qui pouvaient encore faire se dresser contre l'extrême droite. Quelle légitimité accordera-t-on demain à ces pompiers pyromanes ? Qui écoutera ces humanistes de pacotille qui hurlent à "l'assassinat" de François De Rugy mais se taisent sur les morts de Zineb Redouane et de Steve Caniço ? Qui se mobilisera derrière les appels à la défense de la démocratie et des libertés publiques quand tant de militants macronistes ont applaudi au tir à vue de grenades militaires contre des civils "au nom de l'ordre" ?

Qui ne rira pas jaune ?

***

L'extrême droite chipe à la gauche quelques mesures qui ne sont ni son héritage ni ses marqueurs. Le macronisme s'appuie, sans se l'avouer mais pleinement, sur l'héritage xénophobe et sécuritaire nauséabond de cette extrême droite. Il légitime l'extrême droite en appliquant une partie de son programme. Il facilite son arrivée au pouvoir en s'aliénant le peuple au nom des ultra-riches.

Ami(e) macroniste, es-tu à l'aise ?


18 février 2017

511ème semaine politique: Le Pen, Fillon, le duo des prédateurs.

Où il est question de gémellité politique,  de prédation de l'argent public par Fillon/Le Pen, des ambiguïtés ahurissantes du candidat Macron, et de vote blanc à la prochaine élection présidentielle.

 



Les affaires
 Les "affaires" ne sont pas nouvelles, elles n'épargnent aucun camp, mais habituellement les partis dits de gouvernement (national ou local) concentrent les principaux scandales. Pour une raison simple, le pouvoir contribue à la corruption. Le quinquennat d'avant a mis en lumière un nombre assez incroyable d'affaires - Karachigate, Bettencourt, Kouchner, Tapie, Bruni, etc - qui mêlent et entremêlent corruption, trafic d'influence, conflits d'intérêt, et détournements de fonds publics. Plus récemment, les aveux puis la condamnation à de la prison ferme de Jérôme Cahuzac, le feuilleton Balkany ou même les révélations récentes des liens financiers du député LR Thierry Solère avec des entreprises privées du recyclage, sont des exemples de fraudes (Cahuzac, Balkany) ou de conflits d'intérêts légaux (Solère) qui heurtent évidemment l'éthique.

Nous vivons sans doute un tournant, lié à la crise, à l'échec des politiques de lutte contre le chômage, à la progression des inégalités et à l'exaspération que ces tourments aggravent chez nos concitoyens. L'idée que des donneurs de leçons profitent, légalement ou pas, du système dont ils réclament pourtant la "réforme" est devenue tout simplement insupportable à une fraction grandissante et désormais majoritaire de la population.

Et à ce titre, Fillon et Le Pen sont comme deux faux jumeaux de ce nouveau spectacle. 

Les jumeaux
La candidate du Front national conserve son socle de fidèles. Jamais n'est-elle tombée en deçà de 25% des intentions de votes dans les sondages. Les fragiles, les exaspérés, les complotistes, les racistes, ces cohortes peureuses, énervées ou simplement déçues n'entendent pas les accusations. Ils ne veulent pas voir ou ne voient pas l'évidence. Marine Le Pen est une prédatrice.

Son micro-parti "Jeanne", sans aucun adhérent ni militants, a récolté 10 millions d'euros de recettes en 2015. La blonde présidente a salarié son compagnon sur fonds publics, comme 5 autres de ses collègues eurodéputés frontistes. Marine Le Pen aurait même salarié son garde du corps comme assistant au Parlement européen.  L'un de ses proches, via sa société de publications, a surfacturé du matériel de campagne aux candidats frontistes d'après les enquêteurs. Quatre autres proches ont été également renvoyés en correctionnelle en octobre 2016 pour des motifs variés -  escroquerie, recel d'abus de biens sociaux, faux et usage de faux - rien que ça. A l'aune de ces travers, le slogan de campagne "remettre la France en ordre" donne le frisson. Le Front national a proportionnellement le plus d'élus condamnés ou sous enquête de justice pour des délits et soupçons de délits financiers. Depuis une décennie déjà, et malgré un nombre d'élus locaux en très forte progression, le FN détient le record de la plus forte proportion d'élus condamnés.

François Fillon est à peine mieux loti. Le "FillonGate" n'a pas livré toutes ces facettes, mais un trait domine: François Fillon a profité au maximum que la loi autorise de sa position d'élu et de ministre pour son bénéfice pécuniaire personnel et familial: il a utilisé des jets de la République pour ses besoins personnels, il a ponctionné l'enveloppe parlementaire pour salarier femme et enfants étudiants à des niveaux hors normes. Il a utilisé cette même enveloppe publique pour accorder 45 000 euros d'indemnités de licenciement à son épouse quand il a mis fin à ses fonctions d'assistante parlementaire (environ 10 fois plus que la normale d'après France Inter). Il a utilisé sa position de futur candidat crédible à la présidentielle pour délivrer des conférences ou des conseils chèrement payés par des entreprises privées directement intéressées par les mesures qu'il préconise.

"Fillon avait une image de parangon de vertu. Nous, on nous passe tout" Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen.

Fillon comme Le Pen sont aussi prolixes dans les médias qu'ils sont absentéistes dans les travaux parlementaires. Marine n'a rien à envier à sa nièce Marion, laquelle fait preuve d'une flemme parlementaire assez exceptionnelle. François n'est quasiment jamais là à l'Assemblée depuis 2012, malgré ses 7 185,60 euros d'indemnités et les autres 5000 euros qu'il a accordés à sa femme pour son job suspecté d'être fictif d'assistante parlementaire...




La défense
Le Pen comme Fillon usent des mêmes ficelles pour leur riposte: primo, ils récusent la justice, ils attaquent les médias dans leur ensemble, ils crient au complot. Ce serait la faute au "système", ils seraient persécutés par une presse aux ordres et des juges forcément gauchistes. Le FN étant sous le coup d'une enquête des institutions européennes pour détournements de fonds publics par 6 élus, Marine Le Pen a beau jeu d'assimiler ces accusations à de la persécution politique de "Bruxelles". Cette posture complotiste a une résonance facile dans ce monde 2.0.

Secundo, ils ne répondent jamais ô grand jamais sur le fond. Ils éludent, ils font distraction, ils s'éparpillent. Ou ils tombent dans le déni.

Tertio, ils invoquent le "peuple" contre la Justice, le vote contre le jugement. Que les électeurs tranchent et les juges se taisent. Ce bonapartisme fait fi de l'éthique au motif que les électeurs accepteraient la fraude.

N'oubliez pas que même Pablo Escobar a réussi à se faire élire au suffrage universel.

Politiquement, Fillon et Le Pen sont déjà les deux facettes d'une même pièce politique, la peste ou le choléra. Ou bien l'inverse. La ruine sociale ou la tragédie xénophobe. Les voici involontairement rassemblés sur le terrain judiciaire, par leur même mépris pour l'argent des contribuables, la vérité et l'éthique.

Quand l'un ou l'autre se déplacent en campagne, ils sont accueillis par des concerts de casseroles. En route pour les Victoires de la Musique !


Fillon versus Le Pen, le choix est clair. Ce sera le vote blanc.

L'apprentissage
Emmanuel Macron n'a pas été rattrapé par les affaires. Ses succès sondagiers lui ont permis d'emprunter sans difficulté la vingtaine de millions d'euros nécessaire pour sa campagne. Mais ces séances "Tupperware" avec de riches donateurs, lors de quelques déplacements, restent hallucinantes. 

Macron est jeune, fragile, sans grande expérience. Tout excité par ses récents succès sondagiers, Macron raconte tout et son contraire. En Algérie, il qualifie la colonisation de "crimes contre l'Humanité". Il n'en disait mot quand il était en France. En France, il explique que la légalisation du mariage homosexuel a trop clivé. Il expliquait pourtant son admiration pour cette mesure. Un jour, il s'oppose, l'autre il applaudit à la dépénalisation du canabis.

Un jour, un projet ?

Macron a des invariants, sa vision économique notamment: "Ni de gauche ni de droite", il embrasse la purge austéritaire version Fillon avec une gourmandise qui fait vomir: 60 milliards d'euros d'économies sur les budgets publics promet-il. Comment ? On verra plus tard ou presque - "masse salariale de l’Etat" et dotations aux collectivités sont dans sa ligne de mire.

Macron n'est pas une girouette, c'est un paradoxe. En matière politique, il est le chantre de la politique de la demande. En matière économique, c'est l'inverse.

Macron défend l'entreprise contre le salarié, il prône la juste liberté entre employeur et employé, faisant fi des inévitables et évidents rapports de forces déséquilibrés d'un monde du travail privé qu'il n'a connu que dans les salons feutrés d'une Banque Rothschild. Difficile de critiquer Macron sur ses propositions, il n'en a pas, elles sont en cours d'écriture par des experts qui filtrent les centaines de réunions "Tupperware" et réjouissantes que le mouvement En Marche organise. En parallèle, le même Macron conserve la main sur la désignation des candidats de son mouvement aux prochaines législatives. Il refuse que ce choix soit soumis au vote des sympathisants/militants. Quelque 6000 candidatures auraient été reçues.

Laisser croire que la politique se réalise hors parti, hors mouvement, "par le bas", on n'avait pas trouvé meilleur paquet cadeau pour défendre l'oligarchie. Bernard Kouchner, Alain Minc, Jean Arthuis, Jean-Paul Huchon ou Jean-Marie Cavada, les soutiens les plus connus sont des briscards.

La pression
C'est une curieuse musique. Une injonction du candidat Hamon d'abord. Un sondage d'Odoxa ensuite, réalisé auprès de 297 sondés. Que Mélenchon se rallie à Hamon, pour faire gagner la gauche à cette élection présidentielle improbable et ridicule ? Quelle curieuse démarche.

Mais de qui Hamon est le candidat ? Le garçon est valide, il valide 80% du programme de la France insoumise. Mais, mais, mais... un gros 40% des votants à cette primaire socialiste qui a désigné Hamon, une grosse moitié sinon davantage de l'appareil même du parti, s'avère hostile au cœur du programme défendu par Benoit Hamon.

Où est la cohérence politique ?

En d'autres termes, Benoît Hamon en 2017 est encore plus faible que Ségolène Royal dix ans plus tôt. Il a contre lui une majorité des barons, une large fraction de l'appareil. S'il était élu, avec qui gouvernerait-il ? Valls et El-Khomri récemment réélus ? Le premier a expliqué combien Hamon était inconséquent pendant la campagne des primaires. La seconde aurait rejoint Macron si le PS ne lui avait pas réservé une circonscription facile dans le Nord de Paris pour les prochaines législatives.

"Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole, alors même que tu es et restes le candidat d'un parti et d'élus majoritairement hostiles à l'orientation que tu défends." Mélenchon à Hamon.


Ami socialiste, que fais-tu ?

Ami filloniste, où es-tu ?


3 décembre 2016

500ème semaine politique: contre Valls/Fillon/LePen, la guerre des clones aura-t-elle lieu ?

 

 

Un cap a été franchi. Hollande a joué la normalité jusqu'au bout. Valls piaffe d'impatience, Fillon laboure, Le Pen savoure.


La dernière victoire de Hollande
Un François en chasse un autre. Fillon débute sa première semaine de candidat de la droite, mais Hollande lui chipe la vedette pour un dernier coup d'éclat. Jeudi 1er décembre, dans un mini-studio près de l'Elysée, fond bleu ciel et ton cafardeux, François Hollande dresse un bilan flatteur et partiel de son quinquennat pour terminer sur cette phrase:
"Face aux épreuves, j’ai pu avoir une capacité inépuisable de résistance devant l’adversité. Mais le pouvoir, l’exercice du pouvoir, les lieux du pouvoir et les rites du pouvoir ne m’ont jamais fait perdre ma lucidité, ni sur moi-même, ni sur la situation, car je dois agir. Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle.
Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat."
Patatras !  Hollande renonce ! Sur les réseaux sociaux et ailleurs, stupeur et consternation chez les proches et les derniers fidèles.


Pourtant, Hollande aura été normal jusqu'au bout. Car c'est bien la décision la plus normale, la plus lucide que les circonstances imposaient. Hollande renonce à un second mandat le jour même de l'entrée en vigueur de l'assouplissement du licenciement économique, l'une des mesures phares de la loi El Khomri.

Le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.

Après un dîner en famille, il s'envole pour les Emirats arabes unis. "Libéré d'un fardeau" (Le Monde), "soulagé" (Le Parisien), Hollande est devenu un objet de curiosité politique inédit sous la Vème République. Même Arnold Schwartzeneger l'a félicité. Gaspard Gantzer, le trop jeune conseiller ès communication fait mine de découvrir le renoncement le jour même. Il est surpris en flagrant délit de confessions "off" au pied de l'Elysée par une caméra de France 2. Il s'énerve. Le Monde venait de lui consacrer un portrait élogieux.

Ce renoncement est aussi la dernière victoire politique de Hollande contre Sarkozy. Le premier avait promis de se présenter si les résultats étaient là, il a tenté, il a échoué. Il se retire sans s'accrocher ni perturber. Le second a trahi sa promesse d'arrêter la politique, s'est remis en selle, a tout tenté, même l'ignoble, pour dézinguer les rivaux de son camp; a fait campagne à l'extrême droite pour conquérir une candidature. Et s'est fait jeter dès le premier tour de la primaire de la droite.

Hollande part avec des honneurs. 

Sarkozy part se cacher.

Les trois gauches
L'après-Hollande commence. Un paysage curieux à gauche, si éclaté qu'on doit le rassembler au-delà des egos pour comprendre sa signification politique.

Au centre, ou plutôt à droite, les faux vrais-faux fidèles du hollandisme finissant, les plus responsables à défaut d'être les plus solidaires de la politique de ce quinquennat: Valls qui a sabordé une candidature Hollande de l'intérieur; Macron qui a conçu la trahison libérale de l'année 2013 et la trahison politique de l'été 2016; et quelques gentils inconnus qui profitent d'une primaire socialiste pour tenter de redorer leur notoriété personnelle - Jean-Luc Benhammias (qui ?) et François de Rugy (qui ?!?). Une fraction large du Parti radical valoisien s'apprête à suivre Macron, comme Jean d'Arthuis dès le soir de la victoire de Fillon. Même François Bayrou se tate, incapable de rejoindre l'ultra-libéral et ultra-conservateur Fillon.

Plus à gauche, voici une foule de frondeurs socialistes. Ils sont en rupture de banc depuis la mi-mandat, mais ils n'ont pas suffisamment divorcé pour quitter le navire socialiste en dérive. On dira qu'ils sont en état de séparation de fait avec le Hollandisme présidentiel, mais sans oser franchir le Rubicon de la vraie rupture. Montebourg, Hamon, Filoche, ou Lienemam, sont telles Bayrou à droite: ils râlent contre leur taulier pour exister davantage. C'est pourtant leur moment de vérité. Celui où ils pourraient enfin suivre leurs idées plutôt qu'un appareil.

A gauche enfin, plus en colère, et dès les premiers jours, moins énervée mais tout aussi déterminés que les premiers jours, Mélenchon domine; sa France insoumise est désormais soutenue par le PCF. Et il est même devenu la coqueluche des sondages à gauche. Sur YouTube, sa chaîne de videos pédagogiques et politiques frôle déjà les 100 000 abonnés. Ajoutons quelques trublions trotskystes (Artaud, Poutou) qui font le folklore de nos élections présidentielles depuis 5 décennies et, parfois, permettent à la gauche de rater le second tour de l'élection présidentielle.

Qui s'alliera avec qui ? C'est toute la question. Face à une droite désormais coalisée derrière le plus rétrograde des candidats qu'elle ait présentée depuis l'aube de la Vème République et une extrême droite qui a rompu avec son pétainisme originel pour embrasser le social-fascisme mussolinien, la gauche se présente divisée pour l'instant.

La Vème République présidentielle est maléfique. Elle agite les égos autour de ce fumeux concept anti-démocratique de la rencontre d'un homme avec le peuple qui conduit même l'écrivain Alexandre Jardin, le déçu Julien Dray ou le lunatique Jacques Cheminade à se présenter. Ne riez pas. Vous pouvez au contraire pleurer.

Trois gauches, dont les deux extrémités sont évidemment irréconciliables. Le sort de l'élection présidentielle à gauche se joue ici.

Combien de frondeurs assumeront leur rupture ?


Valls/Fillon/Le Pen, le spin-off de 2012
Au pied des collines d'Hollywood aux Etats-Unis, on appelle cela un "spin-off" pour désigner ces feuilletons qui prolongent une série originale sur la base d'un personnage. Dans l'esprit des producteurs et scénaristes américains, il s'agit de reproduire un succès, de capitaliser au maximum sur une vieille recette.  

En l'espace d'une semaine, la politique française s'est "spinoffiée" à vive allure. Et ce spin-off repose sur trois clones imparfaits: Marine, clone de Jean-Marie; Fillon, clone de Sarkozy; et bientôt Valls, clone de Hollande.

Nous avons déjà Marine Le Pen, clone islamophobe de son père. Marine Le Pen a gauchisé son discours pour diriger la colère vers la haine. Elle a remplacé le juif par le musulman. Elle transforme la laïcité en guerre de religion. Mais Le Pen reste Le Pen. L'entourage néfaste, le programme absurde, et mêmes des déboires de détournements de fonds publics. Marine Le Pen souffre encore à peine de sa propre affaire Bygmalion. L'enquête sur le savant montage de facturation du matériel de campagne par des sociétés d'amis aux candidats frontistes se poursuit. Après les législatives de 2012, voici que le dispositif a été reconduit pour les régionales de 2015. Il y a quelques jours, les enquêteurs ont découvert une surfacturation de près de 3 millions d'euros au profit d'une société créée en 2015 par un proche ami de Marine Le Pen, Axel Lustau. Or tous ces frais surfacturés furent ensuite remboursés par l'Etat.

Autre clone politique plus récent et tout aussi rance, François Fillon, l'ex-premier collaborateur d'un quinquennat entier et épuisant de Nicolas Sarkozy, a expulsé ses rivaux dans la primaire de droite. Avec une très large participation, près de 5 millions de Français, Alain Juppé s'est effondré comme certains le prédisaient déjà depuis longtemps.  

Nous faire croire qu'il y a là un renouveau est quelque chose d'aussi aberrant qu'irrespectueux. Fillon a fait la campagne de Sarkozy de 2007, en fut le premier ministre servile et docile durant 5 ans. Plus discret, il en partage pourtant les travers - l'utilisation des biens publics à des fins privés (comme ces allers et retours répétés en jets républicains pour retourner le weekend dans la Sarthe pourtant à 2 heures de train de la capitale); un certain goût pour le conseil rémunéré et le conflit d'intérêt (comme sa société de conseil et ses 17 000 euros mensuels qu'il a omis de déclarer sur le plateau de TF1 le lendemain de sa victoire). Fillon, député très jeune, n'a jamais travaillé dans une entreprise de sa vie. il a pourtant des idées très arrêtées sur le choc libéral dont la France aurait besoin. Comme Sarkozy, il sait s'entourer les seconds couteaux les plus conservateurs - Valérie Boyer, Hervé Novelli, Patrick Stefannini, Gérard Longuet, Frigide Barjot ou l'ex-MPF Bruno Retailleau.

Fillon est un clone politique caricatural de Sarkozy. D'ailleurs Bayrou ne s'y pas trompé. Dès le soir de la victoire de Fillon, François attaque François, Baryou ne rejoint pas Fillon. Le président du MOdem (kessako ?) s'inquiète à la télévision des projets mortifères du nouveau candidat de la droite catho-bourgeoise. "J'ai de l'amitié pour François Fillon depuis longtemps et je veux l'alternance. Le projet de Fillon est dangereux pour l'alternance. (...) C'est Robin des Bois à l'envers. Au lieu de prendre aux riches pour donner aux pauvres, il prend aux pauvres pour donner aux riches!"

"Robin des Bois à l'envers."

Exactement. 

Le président des Riches a son successeur.





Dernier clone bientôt, nous promet-on, Manuel Valls, le futur ex-premier ministre et ministre de l'intérieur de François Hollande s'apprête à concourir à son tour pour le poste suprême. Après le renoncement de Hollande, il respecte "un délai de décence" a confié un proche anonyme, avant d'annoncer sa candidature.

A 50 jours à peine de son premier tour, la primaire socialiste, que certains donnent acquise à Valls, intéresse peu. Samedi, le PS rassemble ses affidés quelque part dans Paris. Il attendait 5 000 personnes. A peine 2 500 participants se serrent porte de la Villette. Valls renonce à se pointer. Il peaufine son entrée en campagne. Sur l'estrade, Cosse, Le Roux et quelques autres fidèles braillent leur soutien à la politique passée du président Hollande.

Cette convention se tient le jour même de la trentième édition du Téléthon.

Décidément, le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.



Ami de gauche, choisis ton camp.








5 décembre 2015

448ème semaine politique: le front oublié de François Hollande ... et de la gauche

Crédit illustration: DoZone Parody

Fronts militaire, écologique ou politique, François Hollande est partout. Une stratégie d'occupation du temps et de l'espace politiques qui ne doit rien au hasard, mais n'empêchera pas la débâcle dimanche. L'état de crise depuis les attentats du 13 novembre re-présidentialise le régime, au risque d'étouffer le débat politique, ... et de démotiver davantage les citoyens.



Le front de l'urgence

Lundi, Hollande avait à réagir aux troubles du weekend. Dimanche, il y avait pourtant une belle chaîne humaine à Paris, pour célébrer la COP21 et insister sur les enjeux. Près de 10.000 personnes. Sur la place de la République, ça dérape. Des casseurs masqués, des militants bousculés.  Quelques esprits de la gauche folle accusent les CRS. Quelques éditocrates du microcosme accusent les écologistes. La réalité est tristement plus simple que ces caricatures: des CRS abîment de leurs bottes les bougies et les fleurs posées en hommage aux victimes du 13 novembre. D'autres témoins notent comment des individus masqués jettent des bougies sur les forces de l'ordre. Cécile Duflot et Emmanuelle Cosse récusent tout amalgame entre casseurs et manifestants. La police ne fait pas dans le détail. Plus de 300 interpellations, en vrac. La bêtise d'un état d'urgence, contre la bêtise d'une révolte prématurée ?

Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur, se défend: "Aucun amalgame ne saurait être fait entre des manifestants de bonne foi et ces groupes qui n'ont toujours eu qu'un seul dessein : profiter de rassemblements responsables et légitimes pour commettre des violences inacceptables". François Hollande réagit aussi dès dimanche, il ne fustige pas les manifestants mais les "éléments perturbateurs".


COP21 oblige, Hollande a pourtant supprimé tous les droits à manifester.  La COP21 bloque Paris deux jours durant, puis amuse la galerie médiatique.

Dimanche, des cohortes de limousines défilent au Bourget, dans le Nord de Paris, défilent devant François Hollande, puis Manuel Valls, puis Harlem Désir (sic!). Il faut accueillir des dizaines de chefs d'Etat. Le Bourget a ouvert un salon avec des centaines de stands, par ailleurs souvent désertés de tout public. Mais dans les salons officiels, ça négocie des réductions de pollutions pour quelques dixièmes de degrés pour le climat. Dans son discours inaugural, Hollande fixe trois objectifs: "définir une trajectoire crédible pour maintenir le réchauffement entre 1,5° et 2 ° Celsius", négocier un accord "universel différencié et contraignant", et "introduire un prix du carbone pour, notamment que les choix d'investissements soient peu à peu modifiés".

Le gouvernement attend un "brouillon" d'accord pour samedi. Les négociations pour le climat sont complexes, aucun consensus ne se dégage sur le financement des efforts. Pascal Canfin, ancien ministre écolo du gouvernement Ayrault, sonne l'alerte: la fameuse taxe sur les transactions financières si longtemps retardée devrait être discutée/votée ce 8 décembre à Bruxelles.

Personne, à l'exception de quelques "climato-retardés", ne nie l'urgence écologique. Comme un signal envoyé aux négociateurs, Pékin se trouve coincée sous une chape de pollution atmosphérique hors normes toute la semaine.

Le front politique

Mercredi, Nicolas Sarkozy est sur Europe 1, et il dérape, encore. Comment cet homme peut-il encore disposer de soutiens ? Hollande peut mentir sur le futur. Sarkozy ment sur le passé. Il réécrit l'histoire devant des journalistes silencieux. Ainsi sur l'affaire Bygmalion, la plus grosse fraude aux règles de financement électoral que la Vème République ait connue, Sarkozy nie tout, même ce que ses propres proches de campagne ont fini par avouer: "J’ai indiqué que s’agissant de la campagne présidentielle de 2012, qui a été contrôlée, il n’y’ a pas eu de débordement des comptes de campagne."

Ce mercredi, Sarkozy choque aussi jusqu'aux familles des victimes du terroriste Merah. Il balance qu'il n'y a jamais eu d'attentats quand il était en charge de la sécurité des Français entre 2002 et 2011. Il s'arrête à 2011, c'est bien aimable. Mais qui a oublié Mohamed Merah en pleine campagne électorale de 2012 qui assassina trois militaires, trois enfants et un enseignant ?


Jeudi, Bernard Tapie est ruiné. "Ruiné de chez ruiné" se lamente-t-il dans les colonnes du Monde. La Cour d'appel de Paris l'a condamné à rembourser les 404 millions d'euros qu'il avait perçus après l'arbitrage de son litige avec le Crédit Lyonnais. L'homme "d'affaires" a fait placer l'une de ses sociétés sous sauvegarde judiciaire.

L'affaire toute entière n'a pas fini de livrer ses secrets. Des proches de l'ancien monarque sont sous enquête, d'autres sous anti-dépresseurs. A l'Elysée, on peut savourer. L'arbitrage frauduleux a pu être annulé parce que suite à la révélation de fraudes et de complicités au sommet de l'Etat sarkozyste, la justice s'est saisi de l'affaire après mai 2012.

D'autres instructions sont encore en cours: le cénacle sarkozyste est assiégé. Mis en examen pour « corruption active », « trafic d’influence actif » et « recel de violation du secret professionnel » dans l'un des volets connexes de l'affaire Bettencourt, Sarkozy a déposé une demande récusation de l'une des juges qui enquêtent sur lui. Attaquer la justice est le propre des faibles.

Semaine après semaine, Nicolas Sarkozy se révèle le plus formidable atout de François Hollande pour la présidentielle de 2017: un opposant encombré de casseroles judiciaires, auto-destructeur et agité, qui suscite rapidement et partout un rejet sur sa propre personne. Pour cette campagne régionale, l'ancien monarque n'est pas le bienvenu partout. En Ile-de-France, Valérie Pécresse, tête de liste #LR ne veut pas de Sarko en meeting commun.

Le front militaire

Attentats dans le monde, état d'urgence en France, traque des terroristes et renforcement de l'espionnage en Europe, et frappes aériennes au Moyen Orient. Qui peut nier que nous sommes en guerre ?

En France, le projet de révision constitutionnelle sur l'état d'urgence est dévoilé ... par la presse. On y retrouve cette sombre idée de déchéance de nationalité pour les binationaux accusés de terrorisme. Une idée sans aucune efficacité (qui peut penser qu'un terroriste sera dissuadé ou affecté par une telle mesure ?), mais surtout profondément honteuse. Une mesure qui évoque le régime de Vichy, lequel régime a dénaturalisé quelque 15.000 Français pendant la Guerre pour d'autres prétextes que le terrorisme.

L'actuel régime d'exception s'accompagne de belles bavures, mais aussi de grosses hypocrisies. On entend ainsi Dominique de Villepin, devenu avocat d'affaires et conseiller du Qatar, réclamer la fin de l'état d'urgence. D'autres ne supportent pas qu'on accuse Internet d'avoir facilité l'expansion de Daech.

Aux Etats-Unis, mercredi, une attaque frappe un centre d'aide sociale en Californie, à San Bernardino. Quatorze civils sont tués par deux assaillants finalement abattus par la police tués, un couple marié dont la femme, quelques minutes avant l'attaque, poste sur Facebook son allégeance à Daech. Dans le bâtiment, on retrouve de multiples bombes qui n'ont pas explosé.

La guerre contre Daech s'intensifie. Jeudi, la Chambre des communes autorise le gouvernement Cameron à s'engager militairement. Quelques heures plus tard, des avions britanniques effectuent leurs premières frappes en Syrie. A Bruxelles, les gouvernements de l’Union européenne se sont accordés pour plafonner à 6 mois la durée de conservation des données personnelles et de transport des voyageurs au sein de l'UE comme le demandait une majorité du Parlement européen. Cet accord permet la mise en oeuvre prochaine du "PNR" (Passenger Name Record).

La France est à court de bombes. Ne riez pas. Ne pleurez pas. Il a fallu quelques raids quotidiens sur la Syrie et l'Irak depuis 3 semaines pour épuiser les réserves. L'Etat commande des munitions en urgence.

La France est en guerre, et Hollande en campagne... électorale. Cela ne vous rappelle rien ? Un débat des plus ridicules s'en suit sur le regain de popularité du président de la République. Pour la première fois depuis 3 ans et demi, le président recouvrait plus de 50% d'opinions favorables. Des sondeurs ont choisi de commercialiser une enquête sur pareil sujet en pareille circonstances. Ce n'est pas nouveau, c'est juste indécent. Des soutiens du président s'en sont félicités. Comment peuvent-ils croire qu'il s'agit d'un blanc-seing sondagier sur son action tout entière ?  Des opposants au président se sont indignés. Pourquoi sont-il aigris qu'un (maigre) réflexe d'union nationale ait pu se consolider sur la personne de Hollande ?

CQFD: les élites médiatico-politiques de ce pays sont en vrac.

Vendredi, Hollande déboule sur le porte-avions "Charles de Gaulle" pour le plus grand plaisir des soldats présents. "C'était une première" s'agace le Figaro: "un président de la République sur le porte-avions Charles de Gaulle en opérations." On a connu le Figaro plus conciliant avec les manipulations de l'agenda présidentiel pour des raisons électorales entre 2010-2012.

Le Front national

La campagne des élections régionales se termine. Une campagne bâclée, illisible et bousculée par les attentats. La fusion en 13 super-régions a rendu difficile le débat sur les bilans des exécutifs précédents. Les alliances politiques varient d'une région à l'autre, rendant illisible toute campagne nationale. Seules la droite et l'extrême droite restent unies. La gauche molle est tétanisée - les socialistes "vocalisent" sur la gauche en gouvernant à droite. La "vrauche" se divise parce que le PCF a voté l'extension de l'état d'urgence il y a 10 jours; les écologistes se disputent de savoir s'il faut participer au gouvernement. "Qu'est-ce peut mobiliser les électeurs de gauche", s'alarme l'Huma. On ne sait plus.

Le FN avance victorieux. Et les syndicats appellent à faire barrage.
"Si jamais madame Le Pen est présidente dans ma région, le lendemain, c'est la gueule de bois. Il n'y a pas un chef d'entreprise qui reviendrait là". Martine Aubry, 3 décembre 2015.
Le Front national devrait sortir vainqueur, au moins en pourcentage et en nombre de suffrages, dimanche soir.  L'Immonde gagne par K-O. L'abstention s'annonce massive, surtout chez les jeunes. Pourtant, les nouvelles treize super-Régions ont des compétences essentielles en matière de transports, d'éducation (fonctionnement des lycées, restauration scolaire, bourses aux étudiants), de formation, d'environnement, ou de culture.

Dans le Nord, deux quotidiens régionaux s'inquiètent d'une victoire du Front national. Marine Le Pen prédit la victoire de la charia si le FN échoue à gagner le scrutin. La bêtise n'a pas de limite. Il faut mobiliser l'électorat âgé et craintif. L'extrême droite reste dans l'outrance. Dans le Sud, Marion Maréchal-Le Pen et Louis Aliot promettent la suppression des aides régionales au Planning familial. Ces gens-là savent comment mobiliser leurs troupes jusqu'au bout.  Et tout est possible: "Voter Louis (Aliot), c'est dire non à ceux qui bafouent notre histoire, c'est affirmer qu'il y a un lien entre l'immigration de masse, l'islamisme radical et le terrorisme" explique sa compagne Marine à Nîmes jeudi soir.

Mme Le Pen a fait campagne sur l'islamisme, la politique internationale et les relents xénophobes. Rien sur les régions, sauf détruire les quelques symboles d'une action sociale et progressiste. Elle préfère raconter n'importe quoi, encore et toujours.

Le programme économique frontiste est si nul qu'il vaut mieux le cacher, n'est-ce pas ? 

Même Pierre Gattaz s'en est rendu compte. Le patron du Medef a fait quelque chose de simple: il a enfin fustigé le programme économique du FN. Les patrons séduits par le FN seraient de plus en plus nombreux.

L'économie est bien le front oublié de cette récente séquence

L'incroyable progression du chômage le mois dernier a été à peine commentée. La loi de finances enfin adoptée aurait pu être l'occasion de faire les (mauvais) comptes de cette inénarrable politique de l'offre, des 40 milliards de réductions de charges des entreprises payées par autant de hausse d'impôts pour les ménages.

Il n'en fut rien.

Même nos vrauchistes préférés sont tombés dans le panneau de "l'état d'urgence". Ils se sont engouffrés dans des polémiques caricaturales sur "l'état policier" ou "terroriste", la "police politique", "Etat terroriste", à contre-courant d'une opinion majoritaire déboussolée par les attentats qu'il aurait fallu re-mobiliser sur d'autres sujets socio-économiques.


Dimanche 5 décembre, il faudra voter, pour ou contre.

Voter n'est-il pas la première caractéristique du citoyen ?

6 novembre 2015

#CoupDeGueule pour 2017.

Si en 2017, Madame Le Pen et Monsieur Sarkozy sont les seules options du second tour des élections présidentielles, monsieur, madame, ne préférez pas la mort à la peste ou au choléra, la pureté de vos bulletin se doit d’être salie pour la République dont les représentants ne peuvent être les meurtriers.


Mais, si en 2017, quinze ans n’ont pas suffit à virer l’extrême droite de nos urnes, alors ne votez pas pour Monsieur Sarkozy. Ne votez pas pour un ancien président, avec, pour excuse, sa prétendue expérience. Ne votez pas pour l'homme qui promet la fin d'une égalité maritale et qui promeut le début de nouvelles barrières.

Ne votez pas pour l'ami des dictateurs, le camarades des tyrans, le chef des cons. Ne votez pas pour celui dont l’équipe ministérielle était composée d'une imbécile raciste et d'un autre xénophobe.

Ne votez pas pour celui que le gouvernement a "humilié", celui que la justice a "déshonoré", celui que la France a "appelé".

Non ne votez pas pour lui.

Votez contre elle, contre l'extrémisme, non pas religieux mais politique, contre le suicide français, pour reprendre les mots d'un pseudo intellectuel réactionnaire, homophobe et misogyne, contre la fin de la république, de la démocratie, de la France. "La France aux Français" qu'ils fanfaronnaient sous leurs étendards bleu marine? Même la symbolique de la seule couleur représentante de ce parti de la République anti-républicain est défaillante, bleu marine tu n'es pas la France, son peuple et ses combats, bleu marine si tu t'abats sur nous de ton voile de nuit, c'est dans les ténèbres du XXIeme siècle que tu nous plongeras, adieu Lumières, Voltaires, Diderot et les autres, adieu liberté et révolution, adieu la France.

Et toi France, douce France, belle France, ne la laisse pas sonner le glas de ton indifférence! Que fait-il, ton gouvernement, pour contrer à ce massacre? Élite politique de notre pays, je t'accuse d'être enfermée entre les hauts murs du "palais" de l'Elysée, de Matignon ou d'un quelconque autre ministère.

Hommes et femmes politiques de la nation, où êtes-vous quand elle a besoin de vous? Et plus encore, qui êtes vous? Ce n'est pas du fait de mon jeune âge que je ne me reconnais pas dans votre politique, vos paroles, vos promesses. Représentants d'un État que vous ne représentez plus, pourquoi ne réagissez-vous pas?

Trouvez-vous cela normal, de ne plus être les ambassadeurs de vos propres idées et programmes? Il vous reste un an pour changer la mise, alors essayez. Car je vous accuse tous, je vous tiens pour responsables, coupables de ce crime contre l'Etat français, complice dans la non-assistance d'idéal en danger, vous, députés, sénateurs, ministres, chefs de partis, maires, responsables politiques et vous, monsieur le Président, coupables si le résultat de notre dernier scrutin signe la fin de notre République.

Vous pouvez stigmatiser l’extrême droite autant qu’il vous plaira, faire front au Front National dans vos séances à huit-clos, quels seront les résultats de ces mesures invisibles?

Que changerez-vous à ne rien faire?








PS: premier billet de Lianne.

18 avril 2015

415ème semaine politique: les mauvais suppléments de François Hollande.

 

Le président français déboule dimanche sur un plateau télévisé inédit pour lui, le Supplément, une émission animé par une journaliste conviviale et bonhomme, Maïtena Biraben, ce 19 avril sur CANAL+. Qu'avait-il à dire ?

 

Rien.

 

Pourtant, cette interview est essentielle.

 

A quelques jours du 3ème anniversaire de son mandat, François Hollande conserve une confiance inébranlable dans sa bonne étoile. Aussi inébranlable que les Français sont ébranlés, désabusés, résignés ou colériques. Il se prête au jeu d'une interview "décalée", comme pour mieux réclamer un supplément de mandat. La veille, Hollande inaugure l'Hermione, une réplique de la frégate de La Fayette. Un conseiller anonyme élyséen confie qu'Hollande aime la "proximité". Que c'est même son "ADN".  On attend donc beaucoup, beaucoup plus de cet entretien qu'un simple commentaire présidentiel sur les récentes propositions de son ami Claude Bartolone pour améliorer la vie politique et la motivation de la jeunesse (sic!). Beaucoup plus qu'une analyse courtoise des grands dangers du monde.

Après un pacte irresponsable qui a vidé les caisses publiques de recettes fiscales sans contreparties d'embauches ni d'efficacité économique, François Hollande laisse un gouvernement faire voter une loi hallucinante sur le renseignement.

Le tout dans la plus grande indifférence publique. 

La STASI ?
Les Français n'ont pas connu les affres de la surveillance de masse comme les Allemands de l'Est. La STASI, cette police politique du régime est-allemand, n'a été supprimée qu'il y a 25 ans, après la chute du Mur de Berlin et la réunification allemande. Cela explique pourquoi nos voisins d'Outre-Rhin n'osent pas renforcer les moyens de contrôle des citoyens dans les proportions que le gouvernement Valls a fait passer cette semaine. Les attentats de Charlie, début janvier, laissaient craindre un renforcement des lois de sécurité.

Jeudi 16 avril, l'Assemblée nationale achève l'examen expresse d'un projet de loi sécuritaire. Le 19 mars dernier, le gouvernement avait engagé une procédure accélérée pour ce texte. Le vote est pour le 5 mai, la veille du 3ème anniversaire de l'élection à la Présidence de la République de François Hollande. On se souviendra longtemps de cette coïncidence qui n'est plus que symbolique. Et de la rapidité avec laquelle le couple Hollande/Valls a fait passer un grave recul démocratique de la décennie.

La loi sur le renseignement  couvre toutes les techniques d'espionnage informatique que la technologie actuelle et future: captation, fixation, transmission et enregistrement de sons, d’images et de données informatiques; géolocalisation en temps réel, sondes (article 851-3) et même des techniques nouvelles tels les "dispositifs permettant de localiser en temps réel un véhicule ou un objet" (article L. 851-6); les "dispositifs mobiles de proximité" pour capter "directement les données de connexion" (article L. 851-7) dans un rayon donné (des "IMSI-catchers"), y compris, "de manière exceptionnelle" le contenu des correspondances (emails, etc); ou l'utilisation d'algorithmes d'espionnage  par la pose de "boîtes noires" chez les opérateurs pour détecter une "succession suspecte de données de connexion" (article L. 851-4), ces fameux "signaux faibles".

Premier grief, cette surveillance légalisée prend des proportions hors normes: son champ va bien au-delà de la lutte contre le terrorisme. Il comprend huit motifs, le terrorisme n'en est qu'un parmi huit - "la sécurité nationale, les intérêts essentiels de la politique étrangère, les intérêts économiques ou scientifiques essentiels, la prévention du terrorisme, la prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous, la prévention de la criminalité organisée et la prévention des violences collectives pouvant porter gravement atteinte à la paix publique". La loi autorise ainsi l'espionnage "préventif" de la moindre manifestation contre une mesure gouvernementale. Et que dire des intérêts économiques "essentiels" ?

Second grief, la loi renforce très peu et très mal le contrôle de ces opérations d'espionnage avec la création d'une Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR). Manuel Valls a refusé de placer cette surveillance de masse sous le contrôle de la Justice. Or la République est justement fondée sur cette séparation des pouvoirs - Exécutif, Législatif, Judiciaire. C'est au premier ministre de valider ces espionnage. La CNCTR n'a qu'un avis préalable et consultatif. Si ce dernier n'est pas suivi, elle peut ... saisir le Conseil d'Etat. On est rassuré. Quelques promoteurs du texte concèdent que rien n'est dit sur les moyens informatiques ou humains de la CNCTR pour contrôler effectivement les quelques milliards d'informations personnelles que nos services secrets vont désormais collecter.

Circulez, il n'y a rien à voir. A ce rythme, en 2017, il n'y aura plus rien de pire à voter.


Démission politique
Sarkozy au pouvoir, la gauche toute entière serait dans la rue à protester contre ce recul des libertés publiques. Cette fois-ci, le paysage politique est fracturé. Ou absent. La démission politique est manifeste.

A l'Assemblée, le débat, pourtant raccourci, se déroule en effet dans un hémicycle désert à gauche comme à droite.

L'extrême droite se régale - tous les outils de contrôle des citoyens seront là et en place pour le jour de sa arrivée au pouvoir. Marine Le Pen ne dit rien, pas un mot. Tout juste laisse-t-elle sa nièce Marion s'inquiéter de l'espionnage des opposants politiques. Les sarkozystes et fillonnistes applaudissent mollement mais se réjouissent. Eric Ciotti parle d'"avancées positives" ; les centristes de l'UDI toussent et protestent. Hervé Morin, ancien ministre de la Défense, est direct: "ce texte n'est pas anodin, il revient à mettre des procédures d'exception dans le droit commun."

A gauche, l'opposition est virulente. Les quelques écologistes hollandais qui espéraient encore, la semaine précédente, trouver un strapontin ministériel à l'occasion d'un improbable remaniement gouvernemental sont obligés de taire leurs ambitions tant ce nouveau texte va à l'encontre de toutes leurs positions actuelles et passées. Les écologistes ont désormais toutes les raisons nécessaires, et bien d'autres encore, de rester dans l'opposition.

A l’extérieur de l’hémicycle, le texte rassemble large... contre lui: le défenseur des droits (Jacques Toubon), les syndicats de magistrats, la commission nationale de l’informatique et des libertés, les associations de défense des droits de l’homme, et même des acteurs de l’économie numérique s'alarment, crient et protestent. Un hébergeur français vient ainsi d'annoncer son prochain déménagement à l'étranger pour échapper aux obligations d'espionnage imposées par le texte.

A l'Assemblée, une poignée de socialistes vallsistes, emmenés par Jean-Pierre Urvoas, votent avec l'UMP pour faire échec aux tentatives d'amélioration du texte conduites par Christiane Taubira. La Garde des Sceaux n'avale plus des couleuvres, mais des boas constricteurs. On s'interroge sur l'intérêt qu'elle conserve à rester en place. L'énervement au sein même du gouvernement est manifeste. Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, dérape face à une députée EELV: "Moi, ce qu’il y a dans les articles de presse, par principe, je ne le crois pas". Sans rire... La bourde est rapidement effacée de la retranscription des échanges.
"Il est évident que les techniques de recueil de renseignement sont susceptibles de porter atteinte à la vie privée." Christiane Taubira, à l'Assemblée, le 13 avril 2015.

Pour faire bonne figure, Manuel Valls annonce vendredi un grand plan de lutte contre le racisme. On retient quelques millions d'euros supplémentaires pour des associations, et un toilettage des textes réprimant la diffamation et le racisme. Même SOS RACISME est déçu.

Hasard ou coïncidence, les résultats d'écoutes téléphoniques "traditionnelles" sur deux enquêtes explosives sont justement publiés dans la semaine par la presse. On y "découvre" que Claude sait beaucoup de choses sur le financement de la Sarkofrance. Et que les proches de Marine Le Pen auraient organisé un système de surfacturation de frais de campagne remboursés par l'Etat.

Sarkozy, tranquille ?
Pourquoi aurait-il besoin de brailler ? Manuel Valls fait voter une loi sur le renseignement qui complète utilement l'effroyable et inutile dispositif sécuritaire qu'il avait mis en place entre 2002 et 2012 quand il était ministre de l'intérieur puis Président de la République. Manuel Valls parachève son oeuvre, dans l'indifférence politique la plus totale. Sarkozy aka Paul Bismuth n'avait donc pas grand chose à dire contre le projet de loi sur le renseignement.

Il y a bien Laurent Wauquiez pour fustiger le "laxisme" du gouvernement. L'ancien jeune premier de Sarkofrance a encore débloqué. Il instrumentalise le viol et le meurtre d'une gamine de 9 ans près de Calai par un Polonais interdit de résidence en France. En fait, le criminel avait bien été expulsé à sa sortie de prison

Plus inquiétant pour l'ancien monarque, Claude Guéant commence à douter des avantages à rester loyal et donc discret. La semaine passée, son fils a passé quelques dizaines d'heures en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne Sarkozy de 2007. Le 15 avril, le Monde publie quelques extraits d'écoutes téléphoniques de l'ancien secrétaire général de l'Elysée puis ministre de l'intérieur de Sarkofrance. On comprend l'amertume d'un homme lâché par les siens et surtout pas Sarkozy. Et combien il sait des choses encombrantes. "Je sais quelques petits trucs quand même (...). On n'est pas ministre de l'intérieur pour rien." confie-t-il un jour de 2014 à sa fille.

Guéant était le négociateur des deals de vente d'armements et de logiciels de surveillance à l'Arabie Saoudite, et à la Libye entre 2005 et 2007; du compromis avec Tapie sur le Crédit Lyonnais récemment annulé par la justice, ou des rapports avec les autocrates de Françafrique.

Sarkozy peut se concentrer sur les primaires à droite. François Fillon déclare sa candidature officiellement. Sarkozy confie que l'affaire est pour lui pliée. Son ancien premier des ministres s'énerve.

Feuilleton frontiste
Le feuilleton frontiste se poursuit.

Vendredi 17 avril, Jean-Marie Le Pen devait s'expliquer devant un bureau politique après ses propos pétainistes et xénophobes de la semaine précédente dans les colonnes du torchon Rivarol. Le patriarche fait un malaise le jour même. De toutes façons, il avait renoncé se présenter en tête de liste aux élections régionales de décembre prochain en région PACA. Sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, le remplace. La jeunette a les idées rances et nauséabondes de son aïeul. La bêtise et la haine n'attendent pas l'oeuvre du temps. Dans les colonnes de Valeurs Actuelles, elle minimise à son tour l'extermination des Juifs par les nazis pendant la seconde guerre mondiale.

Le Front national fait semblant d'être en crise. Le parti a le vent en poupe. Son faux psychodrame familial fait à peine illusion. Marine Le Pen franchit la dernière étape d'une (fausse) normalisation.

L'enquête sur les troubles financements du Front national progressent. On apprend du Monde quelques résultats de l'investigation ouverte depuis un an. Le schéma est édifiant. Pour les législatives de 2012, le FN avait contraint ses 559 candidats de commander leurs kits de campagne à la même agence de communication, RIWAL, fondée par un proche de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon. Jusque-là, rien d'illégal. Mais les juges ont découvert que RIWAL margeait à plus de 45% sur l'opération, quelque 2,4 millions d'euros de bénéfices sur 7 millions d'euros de dépenses électorales qui sont in fine... remboursés par l'Etat.

Trois personnalités clés de l'opération sont déjà mis en examen. L'enquête se poursuit. Des extraits d'écoute téléphonique sont publiés, comme cet échange d'Axel Loustau, trésorier de" Jeanne", le microparti Marine Le Pen, après une première perquisition :  "J’viens d’avoir Marine, elle est un peu agacée. Frédérique Chatillon, dirigeant de RIWAL, lui répond : « Elle est au courant de tout depuis le début… »

Marine Le Pen est au courant.

François Hollande face aux jeunes
Il est donc venu, ce dimanche, en direct sur CANAL+. François Hollande a été confronté à son bilan, mauvais, depuis 3 ans. Il a suffit d'un reportage de 3 minutes pour résumer 3 années. Hollande s'en sort avec des pirouettes, beaucoup d'humour. L'illusion ne dure pas quand il doit justifier la loi sur le Renseignement.

Hollande explique qu'il n'y aucune raison de s'inquiéter si l'on n'a rien à se reprocher. "On ne veut pas que nos conversations soient enregistrées. Personne ne pourra écouter vos conversations sans demander l'autorisation." justifia-t-il.

Sans blague. Il prit les devants et annonça qu'il saisirait lui-même le Conseil Constitutionnel sur cette loi. Il eut quelques mots méprisants sur l'absence de scrutin proportionnel. Face à quelques témoignages d'électeurs passés du PS au FN, Hollande sèche... "Je ne vais pas transformer en trois ans cette réalité, hélas. Je dois y travailler et faire en sorte que l’emploi soit la seule priorité qui compte pour ces gens. Comment faire pour qu’on puisse apporter plus d’emploi, encore plus d’emploi.."

Hollande fut pédagogue avec une poignée de lycéens, énervés par les attentats de janvier, et interrogatifs sur la laïcité. L'émission était vivace, mais Hollande n'avait que son humour pour s'en sortir.

C'était bien maigre.

Un peu plus loin en Europe, quelque 700 migrants étaient morts noyés.