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9 février 2019

Ce que Macron et Benalla ont caché (614ème semaine politique)



Semaine stupéfiante - une crise économique, des manifestants mutilés, une loi liberticide votée par des députés godillots, et des barbouzes élyséens qui en prestation pour un oligarque russe qui cachent d'autres secrets plus graves encore.



Uber-laxisme

Il y a beaucoup à dire, trop à commenter: la facture alimentaire qui bondit en ce début février. à cause de la décevante loi sur l'Alimentation (pour les produits les plus vendus, la hausse est de 4%); la sanction du doyen de la Fac de droit de Montpellier et d'un professeur après les violences qu'ils avaient ordonnées pour déloger des étudiants grévistes; la nouvelle charge de Macron contre l'anonymat tandis que son propre conseille de com' Ismael Emelien transmettait l'été dernier des images sur les violences du 1er mai à des trolls macronistes anonymes pour dévier l'affaire Benalla; ou, plus grave encore, l'économie: après la révélation de cette désynchronisation flagrante entre les dividendes (qui ont cru de 44%) et l'emploi (qui a chuté de 20%) des entreprises du CAC40 depuis 30 ans, ou plus récemment les médiocres résultats du chômage de l'ère Macron, on devrait décrypter l'effondrement des créations nettes d'emplois en 2018, officialisé par l'INSEE: 106.000 créations en 2018, soit 3 fois moins que 2017. On devrait s'interroger sur Ou questionner la dégradation des comptes publics dénoncé par la Cour des Comptes à cause des deux premiers budgets publics votés par les macronistes: les allègements fiscaux pour les ultra-riches (ISF, flat tax, etc), justifiés par les longs coûtent 5 milliards annuels. Pire encore, le basculement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allègements de charges coûte 0,9 point de PIB...

Le traitement de faveur des "premiers de cordées" est un échec. Le ruissellement enrichit une minorité d'ultra-riches, les allègements de cotisations et la libéralisation/précarisation du Travail n'a rien produit d'autres qu'un ralentissement de l'emploi et un creusement des déficits à un niveau quasi-sarkozyste.

Uber-président

La France éditocratique s'extasie sur le Grand Débat, cette libre antenne présidentielle qui n'est pas décompté du temps de parole politique, à moins de trois mois des élections européennes. Macron par ci, Macron par là. Macron qui surprend une classe d'école en marge d'un débat avec un micro-troupeau de journalistes sélectionnés (les autres râlent). Macron en bras de chemise, Macron qui distribue le micro, Macron qui "prend les questions par paquet de trois". Macron avec les vieux, Macron avec les jeunes. Macron qui blague, Macron qui sourit, Macron qui réfute, Macron qui donne des leçons.

Macron, Uber-président à plus d'un titre.

Jupiter est de retour. Il n'est jamais aussi vertical dans sa posture que lorsqu'il est au milieu de foules triées où le déséquilibre de la parole est scénarisé et organisée. Chaque débat est l'occasion d'insister sur ce décalage. Jupiter est au-dessus, les autres sont en dessous. Pourtant Macron n'est qu'un élu. C'est lui qui devrait s'agenouiller. C'est lui qui est redevable, lui président qui est l'obligé de ses concitoyens sans qui il ne serait rien.

Avec son Grand Débat, l'uber-président uberise le débat politique. Il veut étouffer la révolte des Gilets Jaunes, il court-circuite ces corps intermédiaires qu'il appelait à la rescousse au creux de l'automne quand la Macronista tremblait chaque samedi devant les Gilets Jaunes.


Uber-Flop

La France éditocratique s'extasie et pourtant... les audiences présidentielles s'effondrent. La tournée macroniste, qui truste jusqu'à 5 ou 6 heures d'antenne à chaque show, peine à convaincre le public: 1,2 million de téléspectateurs avaient regardé le lancement du grand débat national à Grand-Bourgtheroulde (Eure) début janvier; puis 1 million pour le second à Souillac (Lot). On chute à 400 000 pour celui d'Evry-Courcouronnes cette semaine.

Autre flop, plus discret celui-là: le parti présidentiel avait organisé une consultation sur le projet européen en vue du prochain scrutin: alors qu'il revendique plus de 350 000 "membres" et que l'europhilie serait dans son ADN politique, En Marche a péniblement attiré 10 000 internautes en quelques semaines.


Uber-répression

Source: David Dufresne
Depuis deux mois, la police a rétabli ses sinistres voltigeurs motorisés, des "Détachements d'Action rapide" qui sont responsables de bons nombres de violences et blessures graves contre les manifestants.

La loi dite "anti-casseurs" est votée. Une cinquantaine de macronistes préfère "courageusement" s'abstenir. S'abstenir ne sert à rien. Ce texte liberticide, digne d'une autocratie, est un pas de plus vers la "dictature tranquille" : interdiction collective ou individuelle de manifestations sur décision de police, fichage des interdits de manifester. Un seul député macroniste rend son tablier, et quitte le groupe jupitérien.

Dans les rues, le nombre de blessés graves augmente semaine après semaine. Sur les 12 premiers actes des Gilets Jaunes, le bilan officiel s'établit à 7 000 interpellations, 1900 blessés, 1000 condamnations et près de 10 000 tirs de grenades anti-manif. Samedi 9 février, Acte XIII, un manifestant perd sa main sous l'explosion de ces grenades de désencerclement que la France autorise. Le journaliste David Dufresne poursuit son comptage des violences policières, avec 410 signalements, dont 4 mains arrachées, 19 éborgnements et 183 blessures à la tête (en date du 9 février).

"On n'est pas à Caracas" ricane la ministre de la Justice quand l'opposition hurle contre la loi anti-casseur. Mais jusqu'à quand ? 

Cette semaine, le domicile de Manuel Bompard, numéro deux des candidats insoumis aux élections européennes, est perquisitionné par la police. Que cherchaient-ils ? Les cinq policiers ont saisi des fichiers informatiques sans importance, l'affiche de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa profession de foi.

Uber-indulgence

On n'est pas à Caracas, mais sans doute déjà dans un régime de voyous. La répression frappe déjà la presse. Lundi en fin de matinée, policiers et procureurs, aux ordres, tentent de perquisitionner le journal Mediapart, qui refuse. La démarche est inouïe.

Depuis quelques jours, l'Elysée panique à nouveau. Mediapart a révélé une nouvelle salve de documents et d'informations sur les barbouzeries élyséennes. La police veut perquisitionner alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre le journal.

– Alexandre Benalla à Vincent Crase: « Et on efface tout à chaque fois. T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ? » (source: Mediapart)

  1. Mediapart révèle que "l’oligarque russe Iskander Makhmudov a signé un contrat de sécurité avec Mars, la société de Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée." Cet oligarque est un milliardaire proche de Vladimir Poutine, inquiété par la justice européenne.
  2. En écoutant une dizaine d'enregistrements clandestins de conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, on comprend aussi que les deux hommes ont aussi violé leur contrôle judiciaire l'été dernier; qu'ils ont aussi comploté pour (1) supprimer des preuves, (2) déplacer leurs activités de sécurité privée sur une autre entreprise avec un prête-nom.
  3. Ces enregistrements auraient été réalisés au domicile de ... la cheffe du Groupe de Sécurité du Premier Ministre Edouard Philippe. Jeudi 7 février, cette dernière démissionne.
  4. Son compagnon, Chokri Wakrim, faisait partie des 5 personnes embauchées par Vincent Crase pour ces prestations russes. 
  5. Mediapart révèle également que Benalla a menti devant la commission d'enquête sénatoriale: "nos éléments démontrent au contraire qu’Alexandre Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat (russe), y compris dans ses montages financiers."
  6. Pendant ces prestations russes, Alexandre Benalla travaillait pour Macron à l'Elysée et Vincent Crase responsable de la sécurité du parti présidentiel.
  7. En Novembre, Crase et Benalla se sont fait embaucher par une nouvelle société de sécurité ouverte au nom d'un jeune garçon de 18 ans. Un prêt-nom, soupçonne Libération.
  8. Après son licenciement, Benalla a pu retrouver ses passeports diplomatiques pour des "missions en Afrique". Il a aussi été gracieusement hébergé par Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien qui "a également reçu la visite de son ami Chokri Wakrim" selon Libération.
  9. La police a tenté de perquisitionner Mediapart trois jours après la publication des enregistrements. Elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coffre-fort de Benalla mystérieusement disparu l'été dernier de son domicile privé.
"Truc de dingue, le “patron”hier soir il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi."
Alexandre Benalla à Vincent Crase (source Mediapart).


"Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr." Emmanuel Macron, 6 novembre 2018

D'où vient cette indulgence, ce deux-poids, deux-mesures qui ne cesse de choquer ? Pourquoi Emmanuel Macron est-il à ce point indulgent avec son ancien chef de sécurité alors qu'il lâche une répression inouïe, à la haureur de sa trouille, contre les Gilets Jaunes, Mediapart et l'opposition ?

Les perroquets macronistes répètent que l'affaire Benalla est une dérive individuelle. Il a été prouvé cette semaine que c'est faux. 






Ami(e) macroniste, comment pouvez-vous avoir une cécité aussi grande?



10 novembre 2018

601ème semaine politique: la pensée complexe d'Emmanuel Macron vire au désastre

 

On s'inquiète de la complexité de la pensée macroniste. Quand elle ne cache pas une politique de classe qui ne s'assume pas, elle gâche l'hommage aux victimes de la Grande Guerre.


Macron fait le show
Emmanuel Macron gâche la fin de quatre années de cérémonies jusque là consensuelles pour le centième anniversaire de la première guerre mondiale. Pour cette dernière semaine avant l'hommage ultime, en France, avec une flopée de dirigeants étrangers au pied de l'Arc de Triomphe le 11 novembre, le jeune monarque avait choisi une semaine "d'itinérance mémorielle". Il fallait s'éloigner un peu de l'image désastreuse du président des riches qui lui colle à la peau dans tous les sondages. Cette formule pompeuse désignait un tour régional surmédiatisé, avec son lot de points d'étapes ultra-préparés, et son conseil des ministres délocalisé à Charleville-Mézières.



Malgré un dispositif sur-sécurisé, et la présence de militants figurants collés aux barrières ou dans un bar local (où ils furent présentés comme des Français là par hasard) ou les plans serrés des caméras et photographes pour pour faire "foule", Jupiter se heurte à la colère, quasiment partout. Mardi à Verdun, un passant l'accuse "d'écraser les gens".  Mercredi dans un marché, un autre lui balance: "on n'en peut plus", tandis qu'une dame refuse de le saluer. Jeudi, le spectacle présidentiel est interrompu par un un ouvrier syndicaliste chez Renault qui interpelle le monarque en plein discours dans une usine de Maubeuge: "Vous prenez dans la poche des ouvriers aujourd'hui M. Macron,".

Puis, catastrophe, Jupiter s'égare dans un hommage au "Maréchal" Pétain, "un grand soldat" dit-il. "Mais il y a eu une forfaiture dans la Seconde Guerre mondiale" se rattrape-t-il. Macron insiste pour un hommage aux Invalides. Jupiter défend sa pensée complexe sur le monde et de l'Histoire: "la vie politique et l'humaine nature sont parfois plus complexes qu'on ne voudrait le croire."

Frappé d'indignité nationale en 1944, Philippe Pétain n'est pourtant plus maréchal et ne mérite aucun hommage lors des plus grandes cérémonies que la France ait rendu au premier conflit mondial. Qui a pu penser qu'il fallait laisser ne serait-ce qu'un strapontin lors de cette fête nationale au chef de l’État français responsable de la mort de milliers de juifs et de collaboration avec les nazis ? 

La hiérarchie militaire sans doute. Emmanuel Macron également. 

"Honorer Simone Veil au Panthéon ET EN MÊME TEMPS le traître antisémite Pétain aux Invalides. Rien ne justifie une telle honte" commente Benoît Hamon. "Pétain est un traître et un antisémite." renchérit Jean-Luc Mélenchon.

Que la Grande Muette veuille même célébrer les 8 maréchaux responsables de la grande boucherie inutile du siècle d'avant, avec le soutien explicite et appuyé de Macron, pose question: honore-t-on une victoire militaire dans une guerre absurde, ou la paix et les morts civils et militaires ? Macron cède au piège de quelques hauts gradés qui veulent voir dans cette guerre leur victoire.

On se demande si l'erreur de Macron sur Pétain est une improvisation, un piège tendu par la hiérarchie militaire avec laquelle Macron ne cesse de donner des gages depuis la crise paroxysmique de l'été 2017, ou plutôt le souci calculé de faire un clin d’œil à l'extrême droite. Car Macron donne bel et bien une occasion au sinistre Eric Zemmour de polluer les plateaux télévisuels pour expliquer combien effectivement l'Histoire est "complexe" et Pétain fut un grand soldat qui mérite sa place dans nos souvenirs.

L'hommage aux morts civils et militaires du premier conflit mondial méritait-il pareille réhabilitation ?

Emmanuel n'a donc aucun réflexe culturel historique. A ce niveau, c'est stupéfiant.

Ses proches tentent rapidement de déminer le scandale. Édouard Philippe se fend d'un tweet inquiétant sur la recrudescence des actes antisémites en France, pour calmer le CRIF indigné par les propos du monarque. Les conseillers de com' et autres snipers de la Macronista minorent la polémique. D'autres rappellent que Mitterrand faisait fleurir sa tombe et que le Général de Gaule avait reconnu sa grandeur de soldat. Mais l’Élysée finit par retirer Pétain de la liste des maréchaux honorés le 10 novembre. Vu de l'étranger, l'effet est désastreux. La presse américaine et européenne est surprise ou stupéfaite.

L'image d'une France ouverte et moderne était déjà abimée par la politique migratoire xénophobe du pouvoir macroniste. Elle s'abime encore avec cet hommage présidentiel à un ancien dignitaire français collaborateur des nazis.

La pensée macroniste n'est pas toujours si complexe.

Il suffit de revenir sur le champ politique, économique et social pour le constater. Le show mémoriel de Macron ne saurait masquer la poursuite d'une politique de classe très binaire et sans grande subtilité.

#1. Haro sur les chômeurs
En matière de politique sociale,  les négociations sur l'assurance chômage entre partenaires sociaux débutent sous la pression de l'Elysée. Malgré ses distractions "mémorielles" cette semaine, Macron rappelle dans la presse régionale qu'il souhaite un renforcement des sanctions en cas de refus d' "offres raisonnables" d'emploi. Syndicats et patronaux doivent identifier entre 3 et 4 milliards d'euros d'économies sur 3 ans. Négocier une dégradation des conditions d'indemnisation des chômeurs (car c'est de cela dont il s'agit), alors que (1) la plupart des économistes s'inquiètent d'un nouveau krach boursier puis économique l'an prochain, (2) moins de un chômeurs sur deux est aujourd'hui indemnisé et (3) l'indemnisation moyenne est inférieure à 1200 euros par mois.

En parallèle, le gouvernement étudie comment réduire les indemnisations des arrêts maladie qui coûtent aussi "un pognon de dingue". Un premier rapport est remis cette semaine.

#2. Champ libre aux perquisitions
Le projet de réforme de la justice n'est pas non plus très "complexe" avec les libertés publiques. Au contraire, il témoigne d'une volonté de simplification des recours et d'une réduction des libertés individuelles assez binaires. Le gouvernement prévoit de simplifier "les dispositions relatives au statut et aux compétences des officiers, fonctionnaires et agents exerçant des missions de police judiciaire." L'article 30 du projet en cours d'examen supprime ainsi "l'exigence d'une autorisation préalable du procureur de la République ou du juge d'instruction pour étendre la compétence des officiers de police judiciaire sur l'ensemble du territoire national aux fins de poursuivre leurs investigations." En d'autres termes, la collecte, sans autorisation préalable d'un procureur, de toute information auprès d'organismes publics tels que l'URSSAF, la CAF, ou pôle emploi sera autorisée, sous prétexte d'une enquête préliminaire. On objectera que les procureurs sont de toutes façons désignés par l'Exécutif... Alors pourquoi se gêner ?

Au passage, pour récompenser ses fidèles, mêmes les plus compromis, Macron sait s'abstenir d'une pensée trop complexe. Ainsi la décision de décorer l'un des parjures de l'affaire des barbouzes de l'Elysée. Au grand dam de certains syndicats de policiers, Alain Gibelin, directeur de la DOPC, a été promu officier de l’ordre du national du mérite sur décision d'Emmanuel Macron.

#3. L'écologie punitive
Le gouvernement stresse au plus haut point sur la jacquerie fiscale des "gilets jaunes" contre la hausse du prix des carburants le 1er janvier prochain, qui promet blocages et manifestations le 17 novembre partout en France. On estime à une dizaine de centimes de plus par litre de diesel, pour un tiers à cause d'une hausse des taxes, l'inflation des carburants dès janvier. Le gouvernement "assume" cet effort au nom de la transition énergétique. Dans un premier temps, ses supporteurs ont accusé de tous les maux ce mouvement de protestation - populiste, facho, archaïque. Que l'extrême droite le soutienne officiellement a suffit aux macronistes les plus zélés à caricaturer l'ensemble de la protestation et faire mine de ne pas voir les causes profondes du problème.

Primo, la tartufferie jupitérienne est telle que les 3,9 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires ne sont même pas fléchés vers le budget de l'environnement. Secundo, l'équipe macroniste fait mine de ne pas comprendre que le ras-le-bol est plus profond: cette hausse vient après une première année de dégradation du pouvoir d'achat des Français en 2018 alors qu'une ultra-minorité de foyers aisés ont bénéficié d'environ 6 milliards d'allègements fiscaux. Ignorer l'injustice fiscale de cette séquence macroniste est une hypocrisie.

Les derniers de cordées en ont marre, point barre. Et la responsabilité de Macron est d'avoir caricaturé le combat écologique en politique de classe. Il s'est montré complice des lobbies agro-industriels, incapable d'interdire le glyphosate, ou de limiter les pesticides et la torture animale. Il prône la "responsabilité écologique", mais il valide la mise en place d'une mega-mine d'or en Guyane. Son porte-parole Griveaux marmonne des messages d'autosatisfaction sur l'introduction de repas bio dans 50% des cantines scolaires, mais le gouvernement est incapable de verser aux agriculteurs bios les subventions qui leur sont dues.


#4. Plan social dans la fonction publique
Mais le gros morceau de la semaine est ce dossier enfin (partiellement) dévoilé: le plan "Action Publique 2022". Combien d'agences publicitaires ont bossé sur ce dossier ? L'habillage est bien fait, mais la publication du dossier discrète,

Le gel du point d'indice des fonctionnaires, les restrictions budgétaires et les suppressions de postes (y compris des emplois aidés qui dans le secteur non marchand suppléaient au manque de personnel, sont requalifiés en "nouveau contrat social avec les agents". La novlangue écœure parfois, souvent. On poursuit: "Le Gouvernement fait le choix de la transparence en rendant ces plans de transformation publics." C'est tout l'inverse. Depuis des mois, le gouvernement planque les résultats de l'analyse de ce comité Théodule qui rassemble un aréopage de classe.

Macron veut introduire des notations un peu partout. La ministre de la Santé avait promis un "Tripadvisor des hôpitaux". Mais la démarche serait généralisée: un dispositif numérique, baptisé Voxusagers, "sera ouvert aux citoyens pour partager leur expérience et leurs avis sur les services publics". Consulats, Services des impôts aux particuliers, Tribunaux de grande instance, Caisses de sécurité sociale, Préfectures, Commissariats et gendarmeries seront bientôt ouverts aux statistiques de "performance".

On attendait des détails sur les 50 000 suppressions de postes. On est déçu. Le gouvernement évoque pudiquement "l'évolution profonde des métiers et des organisations de nos administrations" et annonce la création d'une "Université de la transformation publique". Pas un mot sur les efforts d'économies, ni sur les suppressions de postes dont ce document n'est que la couverture, incroyable ! Pourtant, ce long dossier détaille des feuilles de route par ministère. Pour le fisc, il s'agit de "moderniser le recouvrement de l'impôt et son contrôle". On ne sait pas combien de postes Macron a l'intention de supprimer d'ici la fin du quinquennat. Pour faire bonne figure, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin promet une meilleure lutte contre fraude fiscale via un espionnage des réseaux sociaux. La démarche pourrait être inquiétante, elle est surtout stupide quand on connait la faiblesse, et la réduction prochaine, des moyens du fisc français face aux 33 millions de comptes Facebook, 4 millions d'Instagrams ou autres 10 millions de comptes Twitter. Au chapitre Culture, la réforme de l'audiovisuel public est une autre belle arnaque: il s'agit d'économiser jusqu'à 300 millions d'euros, un plan social est déjà l'étude.

La "pensée complexe" cache souvent sa brutalité sociale derrière une novlangue polie.

Chacune des fiches thématiques par ministère se termine par les mêmes consignes: "réformer l’administration", "adapter l’organisation", "faire évoluer l’organisation et le fonctionnement des services, "déconcentrer". Cette novlangue de DRH ne fait pas illusion. C'est bel et bien d'un plan d'économies budgétaires dont il s'agit.






 ***

Ami macroniste, où es-tu ?





31 mars 2018

569ème semaine politique: hommage national, affront social.

 

Semaine d'hommages, semaine de conflits sociaux, semaine paradoxale. Union nationale ou front social, faudrait-il choisir ? Ce pas de deux, mal aisé, a été réussi par Macron et Mélenchon, sans conteste.



Hommage national, ou presque
Les cadavres des victimes n'étaient pas refroidis que les furax, les rageux et les haineux se lâchent. Cette semaine, deux drames, l'attentat de Trèbes et le meurtre de Mireille Knoll, ont suffit.

Deux responsables politiques attaquent dans une même formule Jupiter et ses ministres prétendument coupables de naïveté. Marine Le Pen et son jumeau Laurent Wauquiez braillaient contre l'angélisme supposé du gouvernement. Wauquiez est désavoué par des proches, et nombre de députés républicains qui, enfin, se souvenaient que la dénomination de leur parti pouvait avoir un sens.

Au passage les deux répétaient la même ineptie, emprisonnons les fichés S quand ils sont Français, expulsons-les quand ils sont étrangers. Au-delà des problèmes éthique (sanctionner sur le soupçon, est-ce la nouvelle norme ?) et pratique (ils sont 15 000), la proposition est surtout bien naïve: le fichage S sert justement à identifier, surveiller, enquêter. Quelles seraient les conséquences, désastreuses, de priver les forces de renseignement de pareil outil dans la lutte contre le terrorisme ? Même le très fidèle sarkozyste Frédéric Péchenard, ex-directeur général de la police national et désormais élu de droite à la Région ile-de-France, a fustigé la bêtise.

Wauquiez réclame aussi l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux terroristes (quelle dissuasion!), et, bizarrement, le rétablissement de l'état d'urgence: primo, l'essentiel de l'état d'urgence est désormais dans le droit commun. Secundo, jamais Wauquiez n'explique ce que ce rétablissement aurait d'utile pour prévenir des cas tels que l'attentat de Trèbes. Plus ridicule encore, Wauquiez propose enfin de "créer un délit d’incitation à la haine de la République". Oulalala la menace dissuasive ! Cette naïveté, couplée à un discours de division au moment où il aurait un moment d'union, est confondante.

A l'Assemblée nationale, même les autres opposants les plus irréductibles à la politique jupiterienne taisent un instant leurs désaccords.

Si l'on oublie un heureux instant les outrances marginales d'un Wauquiez ou d'une Le Pen, il y a deux discours qui marquent ce moment historique. Jean-Luc Mélenchon à la tribune de l'Assemblée reçoit une ovation de gauche à droite: il rappelle que le message du terroriste - faire peur, diviser, mépriser la vie humaine des "non-musulmans" - a été défait par ce gendarme héroïque, il célèbre "l'acte hors du commun" du lieutenant-colonel Beltrame et sa valeur humaniste et généreuse . Mélenchon proclame aussi son soutien à tout hommage national que le gouvernement voudrait organiser. Les autres leaders d'opposition, à l'exception des rageux d'extrême droite, sont à l'unisson. "Personne ne devrait prendre prétexte du malheur qui nous frappe pour entrer dans une surenchère démagogique" rappelle le socialiste Olivier Faure.
"le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a remis le monde humain en ordre ; il a réaffirmé la primauté de la compassion ; il a assumé la primauté d’un altruisme absolu, celui qui prend pour soi la mort possible de l’autre, illustrant ainsi les valeurs de foi et de philosophie auxquelles il était attaché personnellement. " Jean-Luc Mélenchon, 30 mars 2018.


Contre le terrorisme, la meilleure riposte, comme dans d'autres pays frappés du même fléau, est d'abord l'union derrière la République et ses valeurs. Mardi, six téléspectateurs sur dix sont devant leur écran de télévision pour regarder l'hommage aux Invalides au héros Beltrame, désormais colonel. Le second discours historique est celui de Macron. Jupiter célèbre peut-être trop "l'exemplarité du chef" aux dépends de la signification humaine du sacrifice.

Mais l'hommage présidentiel sonne juste et patriotique: "Votre sacrifice, Arnaud Beltrame nous oblige. Il nous élève. Il dit comme aucun autre ce qu’est la France, ce qu’elle ne doit jamais cesser d’être et qu’elle ne cessera jamais d’être tant que des femmes et des hommes décideront de la servir avec le courage, le sens de l’honneur, l’amour de la patrie que vous avez démontrés."
"Être prêt à donner sa vie parce que rien n’est plus important que la vie d’un concitoyen, tel est le ressort intime de cette transcendance qui le portait. Là était cette grandeur qui a sidéré la France." Emmanuel Macron, 28 mars 2018
En même temps que l'attentat de Trèbes, une autre mort. Ce n'est pas un attentat. Mais la signification politique est forte, trop forte. Une vieille dame de 85 ans, rescapée de la Rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942, est lacérée et brûlée dans son appartement du 11ème arrondissement de Paris. Les deux suspects aussitôt arrêtés se renvoient la balle, l'un accusant l'autre de crime antisémite. La double qualification d'antisémitisme et de crime crapuleux est aussitôt retenue par la justice. Une marche blanche est organisée dès mardi, mais M. Kalifat, président du CRIF et ancien membre du Bétar, interdit à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon de venir à l’hommage à Mireille Knoll.

Cette privatisation d'un hommage est crétin, cette réaction du CRIF est une faute politique et morale: il légitime l'argument des lâches et des antisémites selon lequel il faudrait confondre Israël avec son gouvernement et, pire encore, les juifs de France. Parce les insoumis s'opposent à la politique souvent criminelle du gouvernement Netanyahou contre les Palestiniens, ils seraient interdits de manifester contre l'antisémitisme. Le fils de Mireille Knoll intervient aussitôt à la télévision pour appeler tout le monde à manifester: "Le CRIF fait de la politique, moi j’ouvre mon cœur."

Près de Gaza, 16 Palestiniens sont tués, 1400 blessés, lors d'affrontements à la frontière dans le cadre d'une "grande marche du retour" organisée. Peut-on fustiger ce massacre sans se faire traiter d'antisémite ? 

Le soir de la manifestation, Gilbert Collard (FN) s'agrippe à quelques proches et crie: "regardez, j'ai des amis juifs!". Il est ridicule. Marine Le Pen est huée, part puis revient, protégée par quelques gros bras de la Ligue de Défense Juive, un groupuscule d'extrême droite. Le cas de Mélenchon est plus simple: d'autres représentants musclés de la même LDJ se précipitent sur lui et la délégation d'élu(e)s insoumis(e)s - Danielle Simonet, Clémentine Autain, Danièle Obono, Caroline Fiat  - pour les siffler et les bousculer. Dans une rue adjacente, Mélenchon temporise: "c'est dommage, mais il faut le prendre avec philosophie et ne pas jeter de l'huile sur le feu."

La "concertation"... des luttes!

Comment parler d'union face au terrorisme islamiste et, "en même temps", relayer cette lutte des classes qui ne dit pas son nom? Pourtant cette lutte est bien là. Elle se constate, jour après jour, n'en déplaisent à celles et ceux qui voudraient l'effacer par d'autres débats, ou la nier sous le coup d'autres polémiques ou réformes. Mercredi, Macron lâche une nouvelle diversion, l'école obligatoire dès l'âge de trois ans. Des mots creux, puisqu'on ne sait quels moyens il apporte en renfort tandis que son ministre des Comptes publics (Darmanin), flanqué d'un débauché socialiste (Dussopt) prépare la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires.

Sur le front social, le combat continue donc. La fameuse "convergence des luttes" n'est pas encore achevée, mais on en prend le chemin. On perçoit un début de panique larvée chez les macronistes. Sur France info, Sylvain Maillard, ce député qui expliquait à l'automne dernier que la majorité des SDF était à la rue par choix, explique que "pour un cheminot qui travaille, dix autres le surveillent". Il n'est plus à une provocation près.

La grève "perlée" a surpris. Les syndicats, cette fois-ci pleinement unis, ont innové. Cette grève se présente comme potentiellement durable. Et la désorganisation sévère. Si elle réussit, elle portera un mauvais coup à l'image de Jupiter, ce-président-qui-réforme-coute-que-coute.

Le gouvernement panique. Ses proches s'inquiètent. Richard Ferrand, le patron du groupe de députés macronistes, prévient: "il va quand même falloir expliquer en quoi cette réforme de la SNCF va permettre aux trains d'arriver à l'heure. Car pour l'instant la démonstration n'est pas faite." La direction de la SNCF prévient les cheminots qu'elle ne paiera pas les jours de congés si ceux-ci sont accolés à des jours de grève.


"Personne ne remet en cause le droit de grève" répète l'éditocrate Jean-Michel Aphatie, "mais la pertinence ou le bien-fondé de la grève en la circonstance".

Sur les ondes et les tribunes, la ministre des transports répète le mot concertation à en faire rire les journalistes. Cette concertation est si sérieuse qu'à quatre jours de la grève,  le patron de la SNCF annonce près de 90% de trains annulés ... dès lundi soir, veille de la grève perlée annoncée pour 3 mois. La moitié des Eurostars est déjà annoncée comme annulée.

En coulisses, le gouvernement cède pas à pas. 

La grogne sociale s'étend. Le 3 avril, les éboueurs se mettent aussi en grève. La FNME-CGT, première organisation syndicale dans l'énergie, appelle aussi à la grève à partir "du 3 avril jusqu'au 28 juin".

Vendredi 30 mars, "journée justice morte". A Bordeaux, Marseille, Lyon, Nantes ou Besançon, Greffiers et avocats protestent sous des formes diverses: minute de silence, entassement de Dalloz devant les tribunaux, couronne de fleurs mortuaire jetée à l'eau... Les gestes sont symboliques, la colère ne l'est pas. En cause, le projet de réforme de la justice, avec ses 5 chantiers. Annoncé début octobre dernier, à Nantes, il n'avait pas suscité trop de commentaires ni de réactions. La presse officielle était même béate: "La composition des tandems chargés de piloter les cinq chantiers reflète un souci d’efficacité et de pragmatisme." Six mois plus tard, la même presse réalise l'écart entre le discours bisounours et la réaction des personnels concernés: "suppression des 307 tribunaux d’instance et de la fonction spécialisée de juge d’instance, organisation judiciaire illisible et éloignée du citoyen, déshumanisation de la justice, privatisation du contentieux civil ». Les personnels dénoncent une « régression des droits de la défense, [un] recul du contrôle de la justice sur les atteintes aux libertés publiques, [une] suppression larvée du juge d’instruction et du juge de l’application des peines, [une] réduction de la collégialité." Fichtre !


"Racler, réduire, supprimer", le résumé de la réforme de la Justice par les organisations syndicales est sans appel.

Du côté des facs et des lycées, le mouvement semble prendre. La vidéo du tabassage d'étudiants grévistes par des hommes cagoulés à la fac de droit de Montpellier, puis l'interview surréaliste du doyen justifiant l'intervention ont fait s'intéresser à d'autres violences, comme celles des fascistes du GUD dans un lycée autogéré parisien. Mais la mobilisation dans les universités s'étend - de Montpellier et Toulouse, à Paris-I Panthéon Sorbonne, Bordeaux, Nantes, Rouen, Lille, Strasbourg, et Nancy. - et se durcit contre la réforme de l'entrée en études supérieures. Une dizaine d'établissements, sur 70, sont touchés.

Tous les lycéens ont du clore leur dossier de vœux d'études post-bac dans cette application qui a remplacé APB. Ce système d'affectation cache mal sa logique de classe: l'utilisation de l'application est complexe, surtout pour quiconque souffre déjà de la fracture numérique. L'objectif de l'enseignement scolaire public n'est pas tant de réduire les inégalités sociales que d'éviter d'aggraver toute ségrégation sociale. Or Parcoursup est en fait un filtre social de plus: les vœux sont encadrés, certains sont découragés (notamment par la publication des attendus de chaque établissement), le conseil de classe doit donner son avis sur les souhaits des lycéens (et cet avis est tenu secret jusqu'en juin), et, enfin, le futur étudiant doit rédiger son projet professionnel. Pire, les enseignants découvrent l'ampleur du désastre Parcoursup: pour les études très demandées, ils se retrouvent à devoir lire quelques milliers de lettres de motivation en quelques semaines, une tâche impossible. Le syndicat SNES-FSU appelle les enseignants à valider tous les vœux plutôt que de trier.

Le gouvernement ne peut rien lâcher, c'est trop tard.

Dans le privé, Air France voit un quart de ses vols annulés vendredi. Samedi, voici Carrefour, ce leader privé de la grande distribution, qui subit des grèves aussi massives, "un mouvement de grande ampleur" résume le Figaro. Les grévistes protestent contre les suppressions de 4 700 postes dans le groupe et la baisse de la participation (57€ en moyenne contre 610€ l'an dernier). Les dividendes de l'entreprise en 2017 étaient de 345 millions d'euros.

Deux poids deux mesures, ou l'histoire éternelle de la lutte des classes.

Dans la semaine, Gérald Darmanin annonce la création d'une police fiscale pour renforcer la lutte contre la fraude. Par cette pirouette sans moyens, Darmanin renforce cette anomalie française où la fraude à l'impôt des particuliers n'est pas de la police de tous. Ce "verrou fiscal" permet au ministre du budget de contrôler si et comment ces enquêtes sont menées.

Justice de classe.

Tard dans la nuit de mardi à mercredi, les députés godillots votent discrètement une loi sur le secret des affaires qui fait si plaisir aux lobbies patronaux: désormais, sauf à dénoncer des crimes et délits, les lanceurs d'alerte seront poursuivis par la justice pour toute divulgation d'une information sur l'activité d'une entreprise. Exit, par exemple, les révélations sur l'évasion fiscale (légale) des grands groupes ou les dangers pour la santé de certains médicaments ou produits (Mediator, bisphénol A): " Il s’agit de protéger nos entreprises contre l’espionnage économique, le pillage industriel ou la concurrence déloyale " plaide un sous-fiffre macroniste. "Un travail d’enquête approfondi mené par l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory" rappelle Bastamag, "montre comment un petit groupe de multinationales essentiellement françaises et états-uniennes ont orchestré l’élaboration de la directive en relation étroite avec la Commission européenne et des cabinets d’avocats d’affaires internationaux."


***


Protéger le secret de leurs affaires.

Maintenir une justice réservée pour les fraudeurs fiscaux.

Alléger l'impôt des revenus du capital et supprimer l'ISF
.
Réduire les services publics.

Virer des fonctionnaires.

Introduire davantage de ségrégation sociale dans l'enseignement public

... qui dit mieux ?




24 mars 2018

568ème semaine politique: l'injustice version Macron, et les racailles post-attentats.

 

Où il est question d'attentats, de grève, d'injustice, de racaille, de fatigue. 

Et de Macron.




Louis XVI et Marie-Antoinette
Il râle contre la vétusté du court de tennis de la Lanterne, ce château laissé à disposition des premiers ministres que deux présidents - Sarkozy puis Macron - ont transformé en résidence secondaire, à deux pas du Château de Versailles. Marie-Antoinette, aka Brigitte la première dame  s'invite chez quelques agricultrices, à Lanfains, dans les Côtes-d'Armor: ça fait "peuple". La visite est si discrète que Tristan Bromet, chef de cabinet de Brigitte Macron, se dépêche d'en publier quelques clichés sur Instagram.

Le couple présidentiel est ainsi, tout en contradiction permanente: des clichés savamment préparés pour propager l'image d'un couple "proche" du bon peuple, tandis que quelques fuites rappellent régulièrement leurs caprices monarchiques. Il n'est même pas certain que Macron réalise qu'il s'agit d'une contradiction. La France d'en haut n'a pas ce genre de préoccupation.

C'est une normalité assumée.

Cette semaine, Macron est surtout ailleurs. Il parle francophonie, fait des selfies en direct sur Twitter et converse avec Angela Merkel sur la Grande Europe. Merkel, Macron et May continuent leur cirque contre l'autocrate Poutine, tout en restant étrangement silencieux sur les massacres de rebel(le)s et civil(e)s kurdes par l'allié islamiste Erdogan.


Alors qu'il chute dans les sondages, Emmanuel Macron parvient encore à diviser les oppositions pour mieux conduire sa politique de classe au service d'une fraction déjà privilégiée du pays. Cette semaine, la fameuse "convergence des luttes" s'est presque cristallisée. Et la Macronista a fait feu de tout bois pour contrer ce front uni naissant.

Jeudi, anniversaire d'un autre 22 mars cinquante ans plus tôt, une journée de grève et de manifestations rassemble des centaines de milliers de personnes dans les rues ou dans la grève. Retraités, personnels d'Ehpads, ou d'hôpitaux, enseignants et cheminots: la grève, là ou elle peut l'être, est très suivie et paralyse une partie du pays.

Une part croissante, majoritaire d'après les sondages, juge la politique macroniste injuste, doute de son efficacité économique et persiste à penser qu'il n'agit que pour les plus riches.

Mais Jupiter n'en a cure. Il applique son programme, dans sa version officielle et sa version cachée. Et qu'importe qu'une infime minorité ait vraiment choisi ce programme en 2017.

Les mensonges
"Noblesse du rail" braille Brice Couturier, un éditocrate macroniste que la République généreuse défiscalise par ailleurs au nom de la liberté d'informer, pour qualifier les cheminots. Sur France Culture un vendredi soir lendemain de manifestation et de grève, l'homme ose appeler à "l'égalité réelle" pour justifier les coups de canifs dans les avantages d'une profession. Attaquer les cheminots n'est pourtant pas l'angle d'attaque de la Macronista. Cet éditocrate s'emporte.

Les éléments de langage du clan Macron sont répétés sur toutes les ondes. Ils sont publiés par le Media. Ils se résument en deux arguments: ne pas attaquer frontalement les grévistes et leurs soutiens; et nier la portée des réformes en cours. Ainsi, il ne s'agirait pas de "casser la fonction publique", ni de "remettre en cause le statut des fonctionnaires".

On préfère insister sur la nécessaire transformation des services publics pour les "améliorer". Par un curieux raisonnement, le constat partagé de services publics étouffés par le manque de moyens face aux besoins souvent croissants de la population débouche sur l'argument macroniste qu'il faut couper, réduire, voire privatiser.

Prenez la SNCF.

1. La réforme de la SNCF n'est pas une promesse de campagne. Au courant de la mise en concurrence du rail français, Macron a caché ce point. C'est un mensonge (électoral) par omission, rien de moins.

2. La réforme de la SNCF ne vise à résoudre les problèmes de service du rail mais à préparer l'entreprise à l'ouverture à la concurrence: "La transformation en société anonyme est imposée par la réglementation européenne, si on veut des conditions de concurrences équitables. Les cheminots vont faire des efforts" explique Louis Gallois, l'ancien PDG de l'entreprise. Combien de citoyen(ne)s sont convaincus qu'une mise en concurrence des trains va améliorer le service public ? Pourquoi donc cette question n'a-t-elle pas été posée en premier ? Elle est pourtant simple à comprendre, et ferait l'objet d'un joli débat. Là aussi l'hypocrisie macroniste est évidente. Dans son édition du 21 mars, premier jour du printemps, le Canard Enchaîné révèle que Matignon a caviardé un passage de  l'entretien de la ministre des transport Elisabeth Borne aux Echos où elle estimait probable qu'il y aurait des plans sociaux à la SNCF après la réforme.

3. Enfin, il ne s'agit pas non plus pour le gouvernement d'uniformiser tous les statuts et conventions collectives du pays. Au contraire, Macron choisit ses cibles et cherche à éviter la constitution de fronts communs. La réforme des retraites, par exemple, a été repoussée à 2019.

Oser parler "d'égalité réelle" l'année où Jupiter plafonne l'imposition des revenus du capital à 30%, les rendant par là-même plus attractif que ceux du travail est cocasse, et grossier.

Oser parler "d'égalité réelle" quand la réforme de la SNCF ne traite pas des astreintes de week-ends, de nuit ou de jours fériés du personnel ? Oser parler "d'égalité réelle" quand Macron cible une poignée d'avantages pour mieux les désigner à la vindicte populaire est à peine surprenant.

Face au mouvement de protestation de la Fonction publique, le double discours macroniste est confondant d'hypocrisie. Sur les ondes, la députée LREM Amélie de Montchalin martèle: "nous, on concerte, on négocie, on agit".

Monchalin ment, et répète ses mensonges. Concertation ? "La convention collective à la SNCF, cela fait deux ans qu’on en discute et que la direction bloque" explique un représentant du personnel. Pire, ce n'est pas l'annonce de 70 réunions, comme pour la loi Travail qui change grand chose. Dès la publication du rapport Spinetta, Macron a prévenu qu'il procèderait par ordonnances pour limiter le débat parlementaire sur le contenu de la loi et, surtout "encadrer la durée de la grève" a-t-il confié à ses conseillers. Négociation ? Les points ouverts à la négociation sur la SNCF sont minimes. Le gouvernement a prévenu qu'il ira jusqu'au bout. Il ne comprendra que le rapport de forces. De Bruxelles, Jupiter contredit d'ailleurs sa jeune groupie: ces mouvements sociaux "ne sont pas de nature à conduire le gouvernement à revenir sur ce qui a commencé à être mis en œuvre."

Fâcheuse coïncidence, l'INSEE confirme la baisse du pouvoir d'achat des Français au premier trimestre le jour où le ministre des Comptes publics tweete fièrement qu'il vient de signer le décret qui augmente de 30 euros par mois le minimum vieillesse. Gérald Darmanin n'a pas fait la même publicité lorsque sa loi de finances a rendu 150 000 euros d'ISF annuels en cadeau à quelque 350 000 foyers aisés. 

Sarko la bavure
Jupiter est paraît-il suractif. Il ne s'est pourtant pas agité pour renforcer les moyens de la justice ni la rendre plus indépendante du pouvoir politique. Mardi, deux jours avant le mouvement du 22 mars, Sarkozy chipe la vedette aux grévistes. Il était prévenu depuis le 7 février qu'il passerait à la casserole de l'interrogatoire. Il passe 48 heures en garde à vue pour des soupçons de financement illégal de sa campagne de 2007. Président, il avait bloqué l'enquête sur ces faits révélés par Médiapart en 2010. Que le temps judiciaire est long, faute de moyens et d'indépendance. Sarkozy sort du bureau des juges avec une mise en examen qui vaut déjà condamnation par son triple intitulé:  "corruption passive et financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens".  Mais il a un traitement de faveur. Dès le soir, il a les honneurs du premier JT du pays.
"Je pourfendrai cette bande, je ferai triompher mon honneur et je n’ai pas l’intention de céder un centimètre de terrain à cette bande." Nicolas Sarkozy
Quelques jours avant cette séquence outrancière

Le Parti médiatique se félicite du travail d'investigation de Mediapart qui a permis à la justice d'avancer, il a raison. Mais ne nous trompons pas. La carrière politique de Sarko est terminée. Sarkozy est depuis longtemps un épouvantail facile dont les excès n'amusent plus. Sarkozy est de l'histoire ancienne.

Il est une autre campagne dont le financement nous intéresse, celle d'Emmanuel Macron. La Commission des comptes de campagne a préféré ouvrir ses dossiers à la presse sur les comptes de celle de Mélenchon uniquement, qui pourtant a dépensé 7 millions de moins.

Daech dans nos campagnes
Vendredi, un jeune franco-marocain, fiché au FSPRT (fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste) et ex-dealer, attaque et tue au nom d'Allah dans l'Aude. Un automobiliste, puis l'employé et un client de Super-U à Trèbes, et enfin un officier de gendarmerie qui s'était proposé en otage pour libérer les civils. Ce dernier, un héros français, meurt de ses blessures le lendemain.

On imagine bien sûr que la menace d'une déchéance de nationalité l'aurait découragé de commettre cette attaque (#lol).

L'émotion est forte, immense, a-politique, parfois silencieuse.

Les hommages pleuvent, de droite comme de gauche, des syndicats de magistrats aux organisations de policiers, des officiels et des civils, des députés macronistes, LR, socialistes, insoumis, ou communistes.

Sauf chez quelques racailles des réseaux sociaux: on lit des tweets immondes, tantôt chez l'extrême droite furibarde, tantôt chez quelques islamistes français, et même chez quelques soutiens officiels de la Macronista ou vague suppléant FI rapidement exclu.  La fachosphère lance l'attaque contre l'islaaaaaam. De l'autre côté, quelques barbus des réseaux sociaux amalgament pour brailler contre les amalgames. Plus surprenant, quelques soutiens bien officiels de la macronista dérapent, dérivent.

Cette indécence en cascade, alors que l'hommage aux morts mériterait silence et recueillement est triste comme une victoire des cons.



On se demande quel sens trouvent certains à rager ainsi sans retenue. Il suffit parfois d’un attentat pour que certains partent en vrille. Et cette fois-ci, au début du printemps, ils sont nombreux.

Emmanuel Macron n'est pas tombé dans ce piège. Certains de ses soutiens éructent.

Le terroriste est certes un cliché ambulant: musulman bien sûr, mais aussi bi-national et délinquant.  Cette racaille a blessé à mort un lieutenant-colonel de gendarmerie, Arnaud Betrame, qui s'était proposé comme otage pour libérer des civils.

Le gendarme meurt samedi de ses blessures.

Daech vient de créer le premier martyr français.




N'est-ce pas la nouvelle la plus importante ?



3 mars 2018

565ème semaine politique: ce statut des riches dont Macron ne parle pas


 

Dans une démocratie apaisée, le débat politique et social n'aurait nul besoin de stigmatiser une catégorie sociale, pas même les plus riches du pays.

Pourtant, l'actuel gouvernement tend des perches. 



Comme Sarkozy en son temps, qui avait inauguré cette démarche du dénigrement récurrent de groupes entiers, Jupiter reprend l'ouvrage, avec moins d'outrances et plus de cynisme clinique - chômeurs, migrants et immigrés, cheminots et salariés, fonctionnaires en général ou professeurs en particulier, personne n'est à l'abri de cette nouvelle chasse à courre.



Depuis quelques semaines, on observe avec attention comment la macronista lance son offensive contre la "catégorie du mois", les cheminots: d'abord un rapport patronal qui permet de lancer des "idées-choc" de "briser les tabous" en tous genres; puis l'attention médiatique se focalise sur la fermeture des petites lignes, la hausse des prix et... le statut des salariés; enfin, quelques jours plus tard, un ex-directeur devenu premier ministre concentre le sujet sur les cheminots. "Les syndicats vont apparaître comme les défenseurs d'un statut privilégié que les Français réprouvent" a confié Emmanuel Macron en début de semaine. Jupiter ne se cache pas d'avoir désigné les cheminots à la vindicte médiatique et populaire.

Une troupe de cadres supérieurs véhiculés en voiture rapide avec chauffeur donne désormais des leçons de transports publics, la démarche est cocasse.

La description par Edouard Philippe, lundi 26 février, de cette litanie des maux que traverserait une SNCF, sans jamais mentionner que l'entreprise a dégagé un peu plus d'un milliard d'euros de bénéfices l'année précédente, avait quelque chose de lénifiant.

Il est pourtant un statut qui mériterait une attention particulière, le statut des riches. Ils sont peu nombreux, très peu nombreux ces premiers de cordées. Ils représentent pourtant l'essentiel des pouvoirs, des fortunes, et des lieux de décisions. On sait mal d'où ils détiennent cette place de premier de cordée. La cordée n'a jamais voté pour leur première place. La richesse n'est pas un mal, mais en France, elle est un secret aussi bien gardé que la stigmatisation des "statuts" des moins fortunés est devenue un sport national, une sorte de chasse à courre.

Le culte du secret
On aimerait mieux les connaitre, disposer de cette même richesse d'informations dont le gouvernement est capable quand il s'agit d'attaquer un "statut"  : d'où vient leur fortune ? Combien sont-ils ? Combien payent-ils réellement d'impôts ? Quand le gouvernement supprime l'ISF, il faut une pétition, rien que cela, pour que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire donne enfin quelques chiffres, mais pas trop: "Pas question de remettre en cause le secret fiscal" justifie-t-il. Évitons une "chasse à l'homme" prévenait Christophe Castaner. Sans blague...  La chasse à courre contre les pauvres le dérange moins.

Le statut des riches se protège d'abord par une omerta sur la réalité de leur importance.

On propage l'idée que la France a encore une classe moyenne, moins riche que les riches, plus riche que les pauvres. Mais qui a simplement observé la répartition par catégorie sociale des revenus comprend que ce constat ne correspond à rien: la France comprend une immense majorité de foyers aux revenus modestes voire écrasés, et une minorité totalement décrochée du reste dans des hauteurs indécentes.

Un ministre, un maire de grande ville, un député se situe statistiquement dans le dernier décile.

Qui dit mieux ?

Nier l'inexistence des classes moyennes a un but politique, éviter de laisser le dernier décile dans un face à face politiquement désastreux avec les autres 90% de la population.

Les riches se cachent. Sinon ils auraient la trouille.


La suppression de l'ISF
En octobre dernier, Le Maire a fini par lâcher quelques données incomplètes:  "Nous allons rendre 400 millions d'euros aux 1 000 premiers contributeurs à l'ISF." Les détails de ces heureux millionnaires sont livrés au compte goutte: "Les cent premiers contributeurs à l’ISF paient 126 millions d’euros. Les cent premiers patrimoines paient 73 millions d’euros d’ISF."  Bizarrement, nulle étude ne fut publiée sur l'origine de ces richesses: d'où vient le patrimoine de ces fortunés ?

Héritage ou méritocratie ?

Mais il y a mieux.

La Flat tax
Grâce à Jupiter, les revenus du capital sont désormais moins taxés que les revenus du travail: impôts et cotisations sociales sont plafonnés à 30% sur tous les revenus financiers depuis le 1er janvier 2018. Environ 450 000 foyers aisés sont les bénéficiaires de la mesure les plus coûteux pour les finances publiques . Qui sont-ils ? Comment se répartissent leurs revenus financiers entre placements court, moyen et long terme, plus-values et épargne ? Chut ! C'est secret !

A court terme, le cadeau est de 1 milliard d'euros la première année. C'est sans compter les effets d'aubaine: désormais moins taxées que du salaire,  les stock options, actions gratuites et autres bonus financiers devraient être privilégiés par les entreprises à des augmentations de salaires pour leurs salariés les mieux payés.

A l'exact inverse du discours macroniste, la Flat Tax ne sert pas "l'investissement productif", c'est-à-dire dans le capital des entreprises: elle sert plutôt les placements à court terme comme l'ont rapidement souligné les conseillers en placement: inutile d'attendre 4 ou 8 ans suivant les anciennes formules de l'assurance vie pour réduire les prélèvements fiscaux. Pire, ce plafonnement est sans contre-partie ni contrainte. En son temps, la loi TEPA (le "paquet fiscal" de Sarkozy en 2007), avait permis de défiscalisé de l'ISF sous condition de placement des fonds exonérés dans des entreprises. Malgré les abus, il y avait au moins une contrainte. Avec Macron, rien de tout cela. Le cadeau est généreux.

L'évasion fiscale
Environ 800 contribuables s'enfuient chaque année pour fuir l'impôt national. Bizarrement, personne ne s'interroge sur le sens qu'il y a à leur laisser une nationalité française alors qu'ils échappent désormais au minimum exigible pour être Français, le paiement de l'impôt.

C'est un autre avantage du statut de riche: on peut s'échapper pour fuir l'impôt. On a des conseillers, des banques qui parfois sont attrapées par le scandale grâce à des lanceurs d'alerte malheureusement rapidement sanctionnés et terrorisés, ou des journalistes qui font leur travail d'investigation jusqu'au bout malgré les pressions.

Quand l'évasion devient une fraude, elle échappe à la Justice des simples citoyens. Cette exception française s'appelle le "verrou fiscal": c'est au ministre des Finances, généralement sociologiquement proche des suspects, de décider comment les poursuites, si poursuites il y a, se dérouleront.
"Au plan général, il y a lieu de rappeler que l’intervention de la commission dans la sélection des dossiers devant être déférés au pénal s’inscrit dans le cadre d’une politique globale des pouvoirs publics." Commission des infractions fiscales, rapport 2016.
La vie est belle quand on a le statut des riches.

La défiscalisation des belles demeures
Soucieux de calmer la grogne après la suppression de l'ISF, le gouvernement a mis en avant un nouvel impôt, l'IFI, l'Impôt sur la Fortune Immobilière. Ce nouvel impôt rapportera le quart de l'ancien ISF, moins d'un milliard d'euros par an.

Macron a aussi augmenté les droits annuels applicables aux "bateaux de plus de 30 mètres et 750 kW", et de 1 point l’imposition de la plus-value sur la vente de lingots d'or (11 %, contre 10 % en 2017).  Au total, on espère une dizaine de millions d'euros de rentrée fiscale. Fichtre! Bel effort !

Rassurez-vous, il y a d'autres solutions de défiscalisation, comme le classement en monument historique auprès de la Direction régionale des affaires culturelles. L'IFI lui-même n'est pas excessif: 9100 euros par an si votre patrimoine immobilier atteint les 1,3 million d'euros.

Pour financer ces nouveaux bénéfices du statut des riches, le gouvernement a notamment décidé d'augmenter la CSG pour tous, sauf les retraites inférieures à 1200 euros par mois. La retraite moyenne en France est de 1300 euros, et le seuil de pauvreté fixé à 1100 euros.

Sans commentaire.

Environ 60% des retraités sont frappés par cette augmentation.

Les meilleures écoles
L'accès aux meilleurs établissements scolaires et universitaires est garanti pour celles et ceux qui ont le statut de riches: les classes de leurs enfants ne sont pas surchargées, les professeurs absents sont remplacés rapidement; ils ont accès à des classes bilangues; les résultats aux examens et concours nationaux sont meilleurs que la moyenne. La carte scolaire, qui fige les ghettos, leur garantit de bonnes places pour leurs enfants.

Il y a peu, le gouvernement Macron a même promis un bac réformé sur-mesure pour les enfants des classes fortunées: un contrôle continu qui permettra de distinguer le bac obtenu dans les bons et les moins bons établissements et un grand oral final comme dans les grandes écoles. Que du bonheur.

L'accélération des fermetures de classes en zones rurales depuis que Macron est aux commandes ne les concernent pas. Pas davantage que la suppression d'environ 100 000 emplois aidés qui affectent les classes surpeuplées des ZEP.

Le meilleur visa, les meilleurs soins
Le statut des riches octroie à ses bénéficiaires tout ce qu'il faut pour se loger, et se soigner. Pas de jour de carence en cas de maladie, la mutuelle et la sur-mutuelle sont là.  Pas de problème d'accès aux soins, les déremboursements ne les concernent pas.

Le riche n'a pas de problème de soins, ni de visa. Il "aide" l'économie. L'immigré quand il est riche trouvera les portes grandes ouvertes. Sarkozy avait accéléré la signature de conventions fiscales favorables pour les investisseurs du Moyen Orient.

Macron aime accueillir à Versailles, privatiser le vestige le plus bling-bling de l'absolutisme royal français. Mais il faut être puissant et riche. Il n'y a pas de sommet social à Versailles. Ni ailleurs d'ailleurs.


La surreprésentation politique
L'Assemblée nationale élue en juin 2017 ne compte quasiment plus aucun(e) élu(e) issu(e) des classes populaires. "Employés et ouvriers représentent la moitié de la population active, mais seulement 3 % des députés" notait l'Observatoire des inégalités après les élections législatives. Le constat au Sénat et dans les collectivités locales les plus importantes n'est pas meilleur: la France d'en haut est sociologiquement surreprésentée dans les classes qui décident, proposent, votent les lois.

Il est toujours rassurant de savoir que l'Etat est contrôlée par les siens.

Un échantillon représentatif de la France des riches désigne au plus grand nombre lesquels parmi les classes populaires devront se conformer au nouveau monde.

La vie est belle.


La surreprésentation médiatique, le "parti médiatique"
Étrangement, ces riches si présents déjà partout et si peu nombreux dans la population ont pourtant le contrôle économique des médias principaux. En début de semaine, Jean-Luc Mélenchon a publié une violente diatribe contre les médias. La salve est violente, sans concession: "La haine des medias et de ceux qui les animent est juste et saine". Sans surprise, malheureusement certains journalistes se sont confondus avec leurs employeurs. Ils ne lisent même pas la seconde phrase du billet de Mélenchon, pourtant explicative du reste qui suit: "Pourquoi nous haïssent-ils à ce point ?" La diatribe est une réponse, quelques éditocrates et autres journalistes l'ont prises pour une attaque. Il suffisait de lire la seconde phrase, mais sans doute était-ce déjà trop.
"Nous subissons un bashing quotidien depuis six mois pleins. Il y a toujours une histoire contre nous en cours. Et à côté de cela, il y a aussi plusieurs tweets par jour de plusieurs bonzes du journalisme plus ou moins en détresse de notoriété, les agents des communautés qui débitent leurs éléments de langage, l’extrême droite et ainsi de suite. Tant de monde se bouscule au portillon pour nous salir ! Sans compter les humiliations et les mépris dont nous accablent les chapelles de la toute « petite gôche »." Jean-Luc Mélenchon, 26 février 2018.
 Il n'y a aucun procès d'intention à faire aux propriétaires des médias privés principaux (le public est sous le coup d'une menace de réforme en profondeur, après avoir été qualifié de "honte de la République" par le monarque en place). Mais simplement reconnaissons que nos médias privés sont possédés non par leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, mais par des intérêts commerciaux privés dont les têtes de ponts ne brillent pas par leur sensibilité à la cause des classes populaires.
"Tout cela ne nous fait donc pas perdre de vue l’essentiel. Il s’agit de la lutte pour le pouvoir. Les neufs milliardaires payent cher pour qu’une armée de plumes et de lecteurs de prompteurs jaspinent dans les micros les derniers ragots qui peuvent être dégainés."
Il s'agit plus que d'une lutte pour le pouvoir. Il s'agit d'un agenda politique et social. Il y a d'abord la loi. Les deux tiers de la parole politique radiophonique et audiovisuelle sont réservés à l’exécutif et au législatif.  Deux tiers du temps consacrés aux prises de paroles politiques des journaux radio-télévisées doivent être accordés à Emmanuel Macron et ses supporteurs. S'ajoutent ensuite la presse écrite, et ses supports numériques. Il ne s'agit pas de haïr les journalistes, bien au contraire. Mais de haïr ce système et ses porte-voix.


Ami(e) macroniste, as-tu au moins le bon statut ?