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22 février 2020

Comment il faut se rebeller contre Macron


 

Il est question d'insoumission, de rébellion sans doute, face à un gouvernement illégitime. Élu par le centre-gauche, Macron gouvernait à droite, le voici qui emprunte désormais les discours et les actes de l'extrême droite. Il singe la stratégie de Sarko en 2012, alors que la campagne électorale américaine nous donne un exemple inverse.


Vulnérabilité

La presse officielle se régale encore de l'affaire Griveaux. Elle soutient l'impétrant: GALA titre sur l'épouse "courageuse et exemplaire" de l'ancien candidat macroniste à la mairie de Paris; Paris Match publie un cliché de l'artiste russe, auteur de la publication des sextapes de Griveaux,  menotté à son arrestation - un  cliché interdit par la loi, qui interroge aussi sur comment il a pu être pris - la police avait-elle prévenu le journal ?  La "journaliste" d'une chaîne d'information raille le parcours scolaire chaotique de l'avocat de l'accusé. François de Rugy, l'ancien ministre de l'environnement contraint à la démission à cause de ses dépenses somptuaires quand il était en poste à la présidence de l'Assemblée ressort du placard pour brailler contre la "dictature" des réseaux sociaux qui "violent les communications privées"; Le même gars a voté sans rechigner la loi sur le renseignement qui autorise à lire toute la correspondance privée des citoyens français. Christophe Castaner, le ministre éborgneur, moque les "divorces et les séparations" personnelles d'Olivier Faure, son ex-ami et patron du désormais minuscule parti socialiste. Des députés réclament la fin de l'anonymat sur internet.

Jusqu'à présent, la sextape de Griveaux faisait sourire. Griveaux suscitait même un semblant de sympathie devant cette manipulation grossière. Mais la surenchère sécuritaire qui s'en est suivi a de quoi effrayer. Il y a autant de bruit et d'indignation qu'il y avait de silence devant les centaines de blessés civils des manfestations de Gilets Jaunes.

Ce vaudeville tourne au délire. Il témoigne de la rage et de l'effroi d'une caste quand elle a prend conscience de sa vulnérabilité.

"Les éditorialistes peuvent glapir que la démocratie est ébranlée par la bite à Griveaux.  La démocratie est plutôt menacée par les yeux crevés, les mains arrachées(...) et plus encore par la destruction d'un modèle social" Frédéric Lordon, 17 février 2020.

Insoumission
Le projet de loi de réforme des retraites est à l'Assemblée nationale. La fausse concertation et le mouvement social n'ont que trop duré aux yeux du jeune monarque, il faut rapidement faire voter une loi qui remet en cause les fondements de la retraite socialisée et abime au passage la retraite de tous. L'examen est un procédure d'urgence pour l'essentiel de ses articles. Cette loi a pourtant été démolie par le Conseil d'Etat il y a un mois à peine, qui dénonçait l'amateurisme du gouvernement. Jour après jour, les députés socialistes, communistes et insoumis rappellent cette gageure: inexactitudes et imprécisions financières, dégradation des pensions (sauf à travailler plus longtemps), sous-évaluation de la pénibilité, etc.

A l'Assemblée, Macron peut compter sur une armée de député(e)s godillots qui n'avaient pas digéré l'accusation d'inhumanité il y a quelques semaines. Mais la résistance à ce coup de force illégitime est si forte qu'elle est évidemment décriée: 10 000, 20 000, 30 000... 40 000 amendements ont été déposés, pour l'essentiel par les 17 élu(e)s insoumis(es) qui portaient bien leur nom. Le fan club d'Emmanuel Macron s'offusque de ce "mépris démocratique", de cette "obstruction parlementaire" pour défendre une loi qui ne figurait pas dans le programme présidentiel du candidat Macron, qui ne fut pas débattue pendant la campagne législative de 2017, et pour laquelle la Macronie refuse de porter un référendum ou même d'en reporter le débat à 2022 alors qu'elle en a reporté l'application à l'après-2022. Ces gens mentent en faisant croire qu'il y aurait 700 000 amendements pour justifier de passer encore davantage en force avec l'utilisation du 49-3. Dans l'hémicycle, ils crient et insultent les député(e)s de gauche.

L’insoumission consiste à faire échec à une loi qui ne fait pas partie du programme présidentiel, qui est impopulaire, et que la Macronie refuse de soumettre au suffrage populaire. Ces macronistes ont de la chance,  cette guérilla n'est que parlementaire, à coup d’amendements, furent-ils nombreux. Vive la patience démocratique !

C'est bien là le plus cocasse: cette "grande" réforme ne démarre ses mauvais effets qu'après 2022... et pourtant Macron ne veut pas en reporter le débat au prochain grand scrutin "démocratique", les élections présidentielle et législatives de 2022. Les godillots de Macron sont en rage, c'est heureux. Ils regrettent que la réforme constitutionnelle de Macron ne soit pas passée: Jupiter veut réduire le nombre de députés et de sénateurs, réduire le temps de parole parlementaire, et réduire le temps de débat parlementaire. Ces mesures anti-démocratiques ont été dévoilées l'an passé.

Rébellion ?
Ces mêmes godillots refusent une minute de silence en hommage à une infirmière poignardée sur son lieu de travail. La ministre de la Santé est exfiltrée à Paris: Agnès Buzyn remplace le métrosexuel Griveaix à la candidature macroniste pour la Mairie de Paris. Elle incarnait le mépris souriant aux difficultés de l'hôpital public, elle a mis en place ce fameux panier de lunettes "gratuites" que les Français payent dès cette année d'une effarante augmentation des mutuelles complémentaires obligatoires (+80 euros par an en moyenne...). La voici candidate.

Fidèle au positionnement national de Macron, Buzyn vire à droite toute - elle fustige la "montée de l'insécurité dans la capitale" (rappelons-lui que Paris n'a pas de police autre que nationale, sous la responsabilité du béta Castaner). Sa rivale Dati embraye en soutenant que l'attentat anti-immigré qui a frappé l'Allemagne cette semaine est la suite de l'ouverture des frontières du pays.

Samedi, Macron est au salon de l'Agriculture à Paris. Il va étendre la période de chasse, pour faire plaisir à ce discret et si important lobby des chasseurs.  On le protège de la venue de quelques gilets jaunes: Eric Drouet, qui cherchait à s'approcher du monarque en plein exercice de publi-reportage, n'est pas seulement évacué, il est aussi placé en garde à vue pour "rébellion".

Rébellion ?

Ce lent glissement vers l'autocratie se poursuit. Quand il dresse des lauriers au nouveau patron de la police nationale quelques jours plus tôt, Christophe Castaner reprend les nouveaux arguments de son patron: il déclare vouloir "faire reculer la menace islamiste" en France. Il rappelle qu'il a "fixé en novembre une feuille de route claire, portée par les préfets, pour réarmer la France face au repli communautaire du à l’islamisme." Le 17 février, Macron présentait lui-même son "plan contre le séparatisme islamiste" depuis la ville de Mulhouse. il s'agit de marcher sur les plate-bandes de l'extrême droite: Il déclare: "On ne peut pas avoir les lois de la Turquie sur le sol de France. Ça, c'est non." Vraiment ? C'est l'exact même propos que les Le Pen père et fille qui ne cessent de crier au risque de la charia, l'exact même phobie qui alimente les reportages bidonnés de Valeurs Actuelles et autres torchons d'extrême droite.


Mois après mois, cet homme abime ce qui fait l'identité nationale de la France - libertés individuelles, primat de la justice sur la police, système de retraite, médecine publique pour tous, etc. Il cache la surcharge de Pôle emploi, les suicides dans l’Éducation nationale, la destruction du Bac national, la détresse des agents de la SNCF poussés au départ. Mais il se réfugie derrière le paravent de la "menace islamiste"...






L'exemple américain
Aux États-Unis la pré-campagne présidentielle bat désormais son plein. Elle pourrait faire exemple. Le camp démocrate cherche son champion pour défaire Donald Trump au scrutin présidentiel de novembre 2020. Le clown de la Maison Blanche incarne le mal absolu, comme Marine Le Pen en France: vulgaire, raciste, corrompu, conservateur mais libertin, sexiste et ultra-libéral, Trump est une caricature que les Démocrates, et bien d'autres, veulent renvoyer dans les poubelles de l'histoire. Et pourtant, le même Trump dispose d'un socle puissant d'opinions favorables (près d'un Américain sur deux d'après les sondages), qu'il solidifie avec attention et persévérance chaque semaine avec ses outrances. Bref, plus que jamais, les Démocrates cherchent le candidat "utile", celui qui vaincra, fut-il imparfait.

Les candidats dits "modérés" sont nombreux. L'un est ancien vice-président d'Obama et promet l'expérience. L'autre est un jeune inconnu qui utilise son homosexualité maritale pour cacher le conservatisme libéral de son programme économique. Un troisième, milliardaire, promet qu'avec lui, "tout sera fait" pour vaincre Trump puis gouverner avec efficacité, puisqu'il a de l'argent. Les principaux médias attribuent à cette division des modérés le succès relatif du quatrième larron, Bernie Sanders, dans les premiers scrutins. de primaire. Ce candidat-là est évidemment dépeint comme "radical". Car la presse officielle, là-bas comme en France, considère comme "extrême", "populiste", de défendre des droits humains aussi basiques que de se nourrir, de se soigner et d'étudier: ça ne vous rappelle rien ? 

Sanders prône une assurance médicale bon marché pour tous contre les grands labos et les hopitaux hors de prix. Il réclame une hausse des impôts sur les plus riches, il veut punir les grosses entreprises polluantes et développer les énergies renouvelables contre le lobby pétro-chimique. Et il n'accepte aucun don d'entreprises privées et de millionnaires pour financer sa campagne.

Quelle radicalité !

Tout est fait pour le caricaturer comme un lunatique révolutionnaire, un communiste le couteau entre les dents qui va "tout mettre par terre". Il faut effrayer l'électrice et l'électeur indécis: ça ne vous rappelle rien ?

Comme en France, il s'agit de protéger les riches, qui payent proportionnellement moins d'impôts que les foyers les plus pauvres. 

Comme en France, il faut caricaturer les oppositions.

Cette semaine pourtant, patatras ! Le milliardaire Bloomberg, qui était monté en flèche dans les sondages en dépensant des centaines de millions de dollars de publicité à la TV, et en s'achetant les faveurs d'associations et d'élus, se fait étriller en public pour une douzaine d'agressions sexuelles, des propos et une politique racistes quand il était maire de New York, et un silence prudent sur ses impôts. Deux jours plus tard, Twitter supprime 70 comptes de comptes pro-Bloomberg qui mitraillaient le réseau de messages copiés/collés agressifs en faveur du milliardaire. Bloomberg n'a pas besoin de militants, il a embauché des milliers d'intérimaires pour sa campagne.

Bloomberg croyait avancer en terrain conquis, comme le sauveur "riche mais philanthrope" qui allait sortir l'Amérique de son cauchemard, sans déstabiliser le grand capital. C'est raté, le combat sera rude. Une forme d'aversion pour cette hypocrisie prétendument centriste se fera peut être jour dans l'opinion. Les rivaux en tout cas l'ont bien compris.

Plus grave encore pour les partisans du statu-quo, un premier sondage place Sanders comme seul candidat démocrate capable de battre Trump à l'élection présidentielle: aux États Unis, le vote Bernie Sanders devient le vote utile contre Trump. 

Le vote utile, c'est le courage de changer.




"Car, jusqu’au moment précis où la catastrophe atteignit tout et tout le monde, elle était dissimulée non par des réalités mais par les paroles, les paroles trompeuses et parfaitement efficaces de presque tous les personnages officiels qui trouvaient continuellement, et dans de nombreuses variantes, une explication satisfaisante des événements préoccupants et des craintes justifiées."
Hannah Arendt, Préface à Vies politiques (janvier 1968)

15 février 2020

Le zizi et les zinzins - 666ème chronique politique

 

Où il est question de zizi, de démission, d'hypocrisie, de souffrance sociale, et de nausée présidentielle. 

Bref, de zinzins.


Le zizi.
Le plus fidèle et le plus carnassier des proches d'Emmanuel Macron jette l'éponge d'une campagne municipale ratée. C'est presque trop beau, trop surprenant pour être vrai. Benjamin Griveaux, ex-fidèle de Dominique Strauss-Kahn, démissionne à cause de deux vidéos présentant prétendument le sexe en pleine masturbation d'un homme qui serait Griveaux d'après un artiste russe violent et controversé.

Ces deux vidéos sont d'abord relayées par ... deux macronistes. Cela n'empêche pas les éditocrates officiels - Barbier, Saint-Cricq et consorts - de s'indigner contre l'anonymat des réseaux sociaux qui pourtant n'y est pour rien. Toute la classe politique, y compris les insoumis (Mélenchon, Corbieres, Autain etc) expriment leur rejet de ces pratiques.

Quel vaudeville... "Le mec qui est ministre et qui fait ça, c'est un con" résume fort justement Serge July.

Griveaux, dont la campagne sombrait semaine après semaine, a le regard éploré devant une caméra fixe, tandis qu'on se souvenait de tant de reportages "people" préparés par Mimi Marchand directrice de l'agence de photo Bestimage.

Ce vaudeville n'a aucune importance politique. 

Griveaux n'est pas Dreyfus, faudrait-il le rappeler ? 




La souffrance
En France, en 2020, les complémentaires santé, obligatoires, augmentent leurs tarifs d'environ 80 euros par an, selon l'association UFC-Que Choisir. Comme tout le monde le note, cette hausse "coïncide" avec l'entrée en vigueur depuis le 1er janvier du "100% Santé" pour l'optique et certains soins dentaires. La ministre Agnès Buzyn clamait sa satisfaction avec la mise en place d'une promesse présidentielle - les lunettes et les prothèses dentaires gratuites ! Hélas, la réalité rattrape et contredit la belle histoire: l'Etat devenu macroniste n'est pas devenu soudainement généreux: les ménages payent via l'augmentation des tarifs de leurs complémentaires. 

L'Etat va en revanche supprimer pour 1,2 milliards d'euros d'aide au logement, qui vont frapper environ 600 000 ménages dès le 1er avril prochain.  

Les personnels de l'hôpital public manifestent le jour de la Saint Valentin, à l'appel de quinze syndicats et collectifs. En 2020, les hôpitaux publics, dont six sur dix sont en difficultés financières," devront encore faire 800 millions d’euros d’économies" résumait Le Parisien.

En France, en 2020, on se félicite que le chômage baisse à un niveau record ... depuis le début de la Grande Crise en 2008. La boucle semble bouclée:  la France ne compterait que 8,1% de chômeurs au quatrième trimestre 2019 selon l'INSEE. « C'est une très bonne nouvelle. La peur d'embaucher a été levée », commente Macron dans les Alpes. Les experts macronistes se félicitent, forcément. Ils applaudissent aux "bonnes" mesures de réduction du "coût" du travail depuis 2015, amplifiées depuis 2017... ça ruisselle, ça ruisselle ! Même l'industrie recrute désormais (+8000 emplois nets en 2019) ! Au passage, on oublierait presque la petite relance forcée par le mouvement des Gilets Jaunes en 2019. On oubliera aussi que la production manufacturière en France s'affaisse depuis un an (-0,7% en 2019, -3% en décembre), que la France était en récession au dernier trimestre, et que l'inflation officielle repart à la hausse en janvier 2020 (+2% pour l'alimentation, +4% pour l'énergie):

Mais la vérité est ailleurs:
  1. Cette mesure incomplète du chômage n'est pas nouvelle, elle ne retient que les gens sans aucun travail ou presque (toute personne "qui n’a pas travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours de la semaine de référence" (et est disponible pour travailler dans les deux semaines et a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent). Il faut espérer que les près de 400 000 micro-entrepreneurs que compte le pays (+ 80 000 l'an passé) ont au moins travaillé une heure par semaine... La moitié des créations d'entreprise sont des mini-jobs.
  2. Seuls 66 % des adultes de 15-64 ans ont un job...  Cela en laisse 34% sur le carreau ! Le volume d'inactivité, c'est-à-dire le nombre et la proportion de Français qui sont exclus de ces statistiques est impressionnant: 20% des 25-49 ans ne travaillent, un peu plus qu'il y a 10 ans. 
  3. Le halo du chômage, c'est-à-dire les gens qui souhaitent un emploi sans être considérées au chômage, n'a cessé de progresser et atteint 1,7 million de personnes, un niveau plus élevé qu'en 2008, plus élevé qu'à n'importe quel trimestre depuis 20 ans.
  4. Le taux d'activité des plus vieux progresse encore un peu, à cause des réformes de retraites précédentes (Fillon 2003, Sarkozy 2010, Hollande 2015) 
C'est la preuve, statistique, factuelle, mathématique, des effets souhaités et obtenus de cette politique de l'offre transformée en politique de classe contre les "gens qui ne sont rien" par Emmanuel Macron.


La catastrophe
Une station de sports d'hiver prévoit d'amener de la neige artificielle en hélicoptère. Et le jeune monarque s'affiche au sommet du Mont Blanc, un "sommet de la foutaise" explique le député Ruffin.

Avec sa doudoune à 1000 euros, Macron visite la mer de glace pour se montrer "concerné". Il est sérieux sur les photos officielles.

Le cortège présidentiel, avec sa centaine de participants (ministres, conseillers, gendarmes, agents de sécurité, etc), déboule à Chamonix, à l'improviste (l'Elysée n'avait prévenu qu'une semaine avant) pour inaugurer la création de l'Office de la biodiversité, une agence qui fusionne deux établissements existants.

Le coût de ce show présidentiel est estimé à 400 000 euros par un syndicat. L'aréopage présidentiel viendra en avion, les 400 participants ont droit à un joli cadeau : "le bilan carbone du séminaire sera compensé par des plantations d’arbres" proteste le nouveau directeur. Les syndicats de l'établissement sont surtout furieux du décalage entre cette fausse attention présidentielle et la souffrance des salariés, "la désorganisation qui a gagné tous les services", "l’externalisation de nombreuses activités des services de l’ex-ONCFS et de l’ex-AFB," le non-renouvellement des CDD. Grande victoire, la suppression d'une cinquantaine de postes permanents a été repoussée ... à 2021.

Depuis 2017, le ministère de l'Environnement a perdu 16 000 postes. Mais Macron créé un gadget de plus, un "Conseil de défense écologique". 

Macron peut bien venir devant les caméras. Le 30 décembre dernier, un agent s'est suicidé, en uniforme, avec son arme de service, dans sa voiture.

Cette politique de spectacle permanent épuise à force de ridicule: Macron va-t-il plonger au fond de la Méditerranée pour nous sensibiliser à la pollution plastique ? Le site Reporterre dresse la trop longue liste des preuves de cette bouffonnerie macroniste: privatisation de l'office national des forêts, la réduction/simplification des normes environnementales, la multiplication des projets d'aménagement "en béton" qui artificialisent encore davantage les sols, le report de l’interdiction du plastique à usage unique à 2040, etc.

Au Parlement européen, une belle alliance conservatrice, portée par le parti macroniste, vote le financement public de 151 projets énergétiques dont 32 projets d’infrastructure gazière, au grand dam des écologistes, des insoumis et des associations de défense de l'environnement. En France, les macronistes expliquent que ces projets seront financés à condition d'être compatibles avec les objectifs écologiques de l'UE. C'est faux. Rien n'est pour l'instant voté. La Commissaire à l'énergie l'a simplement promis.



La nausée
Avant de faire son show sur les décombres de la politique environnementale du pays, Macron avait tenté un exercice de calinothérapie avec des députés macronistes. Dans la plus grande tradition sarkozyste, Jupiter dirige son parti et fait fi de respecter les apparences d'une séparation des pouvoirs.

Mardi soir, c'est aux frais de l'Elysée que Macron reçoit plus de 300 députés au Palais.

Ces député(e)s godillots votent comme l’exécutif leur dit de voter, ils/elles répètent ce que l’exécutif leur dit de répéter, à la virgule près. Macron leur cite Maurras, défend le "pays réel" contre le "pays légal". Il voudrait que la Macronie s'attache à l'immigration et l'insécurité, les deux thèmes odieusement accolés par et pour l'extrême droite.

A droite toute !

Mais les député(e)s doutent. Leur mentor leur a déjà reproché leur manque d'humanité quand ils ont voté contre l'extension à 12 jours du congé indemnisé en cas de deuil d'enfants. Ce soir-là, Macron leur demande "de l’unité" -  Qui donc a vu des frondeurs au sein de LREM ? Le parti présidentiel préfère exclure, ou bien il déçoit, au point qu'une douzaine de député(e)s ont quitté les rangs.

En fin de semaine, tandis que la presse et ses éditocrates glosaient encore sur les "l'anonymat-ce fléau", la "démocratie menacée", et le grand complot russo-mélenchoniste contre Macron (ne riez pas), des manifestants obstinés battaient le pavé contre le Macronistan: scènes de violence ordinaire que celle de flics casqués, masqués, et brutaux. A Rennes, les opposants résistent et ne reculent pas devant les provocations.

A Chambery, un CRS impassible vide sa bombe lacrymogène sur des manifestants pour le climat assis pacifiquement.

Mais les affronts de ces zinzins ne provoquent aucun émoi chez nos éditocrates et chaînes d'info, trop occupées à gloser sur l'affaire du zizi de Griveaux.


Ami macroniste, où es-tu ?

8 février 2020

"Pas vu, pas pris", la nouvelle devise de la Macronie



Telles de petites racailles faisant leur coup en douce, une quarantaine de député(e)s macronistes récusent un amendement pourtant porté par l'un de leurs alliés de droite visant à relever à 12 jours le congé payé pour deuil d'un enfant. On ne pensait pas que cela se serait vu, osa expliquer plus tard Gilles Legendre, un ex-socialiste devenu valet de cette présidence des riches.


"Pas vu, pas pris", la devise des couards.

Ils ont été vus, ils ont été pris. Ils ont même été filmés, comme Sereine Mauborgne, "députée du peuple" qui explique "quand on s'achète de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c'est quand même un peu facile". Le dégout public est tel que Macron est contraint de sortir de son silence et réclamer "de faire preuve d'humanité". La droite, la gauche, le Medef, des éditocrates habituellement supporters, tous s'indignent. La ministre Pénicaud s'embourbe, les godillots qui ont voté cette saloperie se cachent.

Quelques Playmobils macronistes viennent justifier, sans s'excuser - "On a peut-être été trop techniques".

Trop technique, l'inhumanité ?

La Macronie avance ainsi, la queue basse. Ses attaques contre l'hôpital précèdent son indifférence bourgeoise au sort des gens.  Parfois, ces coups de canifs contre l'esprit humain découragent ses propres supporteurs. Encore deux député(e)s macronistes ont quitté les rangs présidentiels cette semaine. Certains dénoncent un "cabinet noir" qui leur donne des fiches d'éléments de langage et de consignes de vote.
« Un député (de droite) propose d’allonger de 5 à 12 jours le congé des parents lorsqu’ils perdent un enfant. Sur le sujet je pensais qu’il n’y aurait pas de FI, pas de LR, de Modem, pas de En Marche. » François Ruffin

"Pas vu, pas pris", le CETA...
Ce traité qui renforce le commerce européen avec le Canada (98% des droits de douane ont été supprimés), endossé par Macron l'an dernier, permet au Canada d'exporter en France ses produits agricoles sans grande contrainte. 42 pesticides interdits en Europe sont encore autorisés là-bas. On se souvient des mensonges présidentiels de l'an dernier: "un très gros travail a été fait par le gouvernement, par Nicolas Hulot et par les parlementaires pour améliorer ce texte et obtenir des garanties supplémentaires". La Cour des Comptes se plaint de l'absence d'efforts de réduction de consommation de pesticides en France en 2018, mais le Macronistan importe des produits abimés. Il recule à la saint-Glin-Gmin l'interdiction du glyphosate, et reporte à 2022 l'interdiction de produire en France et d'exporter depuis la France des pesticides jugés dangereux par l'Union européenne (validée par le Conseil Constitutionnel cette semaine).

Alors que les tempêtes se font plus violentes même sur les côtes méditerranéennes, que l'hiver est trop clément même dans le Nord-Pas-de-Calais, le mépris de l'environnement au nom du réalisme économique se cache dans une novlangue administrative et positive. L'Espagne voisine est menacée de désertification, la France promeut  12 sites "clés en main" de "reconstruction industrielle" aux 200 représentants de multinationales invités à Versailles pour le sommet "Choose France".

"Pas vu, pas pris", la manipulation démocratique
En 2017 déjà, le candidat Macron avait publié son programme tardivement et de surcroît il était flou et peu précis. Alors que la loi Travail, la loi Asile et Immigration, la réforme fiscale en faveur des plus riches, la réforme de la SNCF et la réforme des retraites sont aujourd'hui présentées par les gogos du Macronistan comme les piliers de ce quinquennat, aucune ne fut détaillée, présentée, défendue au moment de l'élection présidentielle comme les futurs éléments clés du programme jupitérien.

Imaginez Macron faire de la retape pour son programme anti-migrant avant son face-à-face avec Le Pen...  Pas vu, pas pris ? Macron a fait campagne sur des malentendus (asile), des sous-entendus (travail), des omissions (ISF, SNCF) et des mensonges (retraites).

En 2019, pour les élections européennes, rebelote, Macron dévoile son programme quatre semaines avant le scrutin. En 2020, le ministre Castaner tente de supprimer l'étiquetage politique des listes municipales pour les communes de moins de 9000 habitants. Le Conseil d'Etat le rappelle à l'ordre républicain.

"Pas vu, pas pris", les policiers contre des civils.
La multiplication de ces videos amateurs dévoilant les violences policières depuis 2 ans agacent désormais. Benalla a ouvert le bal de l'inconfort macroniste, filmé en pleine agression de civil un 1er mai 2019. Puis Macron a voulu faire peur aux Gilets Jaunes en décembre 2019. Il fallait que la violence se voit pour "décourager" les manifestants. Mais l'incompétence du duo Castaner/Nunez et la rage effrayée du monarque ont fini par provoquer tellement de blessures, physiques et graves, devant tant de caméras, que l'indignation des plus modérés s'est fait jour. Macron, la France elle même furent accusés de dérapages par la communauté internationale et les médias. Alors les consignes ont changé. Les flics violents masquent leur numéro d'identification (RIO), se cagoulent le visage. Puis Macron nie la réalité - malgré ces centaines de blessés, il nie. Ou plutôt il cache et fait cacher.

Quand des élèves scandalisés par les premières épreuves du nouveau bac élitiste (*) protestent et bloquent, les sanctions qui tombent sur ces mineurs ont plus à voir avec la répression anti-terroriste et la lutte contre la criminalité que le simple rappel à l'ordre: garde à vue, parfois jusqu'à 48 heures comme pour les pires criminels.

Pour l'Acte 64 des Gilets Jaunes, la police casquée entre dans une église. Pour l'Acte 65, deux CRS extirpent un jeune homme aligné sur un mur avec d'autres passants pour le frapper au sol. 

"Pas vu, pas pris", c'est ce qu'espérait Alexandre Benalla, brassard de police au bras et casque sur la tête quand il frappe des manifestants, Emmanuel Macron quand on lui rapporte les faits; Christophe Castaner quand il se trémousse en boite de nuit avec une maitresse sans protection.

"Pas vu, pas pris", contre les services publics
Il y a des macronistes sincères qui pensent que les grandes réformes de Macron aident à sauvegarder le service public. Ne rions pas. Discrètement, "pas vu, pas pris", le clan Macron détruit une partie de l'identité nationale: la sécu, la SNCF, l'hôpital, les retraites par répartition, le bac universel, ces éléments, et bien d'autres encore, sont ceux qui distinguent la République française.

"Pas vu, pas pris", contre les plus fragiles
On juge l'honneur d'une communauté à son traitement des plus fragiles. La Macronista se distingue en la matière. Elle fanfaronne depuis l'automne sur la nouvelle bienveillance jupitérienne, rappelons-nous le "J'ai changé" tout empreint de nouvelle modestie d'un Macron bronzé au sortir de l'été. Mais cette offensive marketing a fait long feu: mauvaises polémiques xénophobes lancées par le sommet de l'Etat, puis la réforme des retraites illisibles et antisociales ont troublé l'argumentaire de bienveillance. Ce n'est pas tout.

Une analyse du budget 2020 par l'OFCE permet de comprendre que le social-libéralisme macroniste frappe plus fort les plus faibles: "près de 70% des ménages" vont bénéficier des mesures du budget 2020, mais "les 15 % de ménages les plus modestes verront en moyenne leur niveau de vie amputé", explique ainsi l'organisme. Près de 5 milliards d'euros de pouvoir d'achat en plus pour les actifs, quelle affaire ! Mais les plus fragiles se serreront davantage la ceinture et, globalement, les réduction de prestations sociales et le futur report de l'âge de la retraite feront le reste.
L'effet cumulé des mesures socio-fiscales depuis 2018 reste très fortement marqué par le geste fiscal effectué en direction des ménages les plus aisés en début d'année 2018. Sur les 17 milliards d'euros de gains de pouvoir d'achat pour les ménages depuis 2018, plus de 4 milliards d'euros l'ont été aux 5% de ménages les plus aisés", note également l'OFCE. "A contrario, depuis le début du quinquennat, les 10% de ménages les plus modestes restent en moyenne les perdants de la mise en place des mesures".
Pas vu, pas pris, la Macronista enferme, traque et punit les réfugiés: 0,1% de la population, quelle menace. Macron a rapidement emboité les pas de Sarkozy et de Valls. Les délais de dépôts de demande d'asile ont été réduits par deux pour expulser plus facilement.


"Pas vu pas pris" sur les retraites ? 
La Macronie a tenté deux mensonges: primo, faire croire que le régime des retraites courrait à la faillite prochaine, c'était faux expliqua le Conseil d’État. Secundo, que tout cela était la faute des régimes spéciaux, faux encore.

Pas vu pas pris, il s'agissait en fait de réduire arbitrairement les pensions, d'économiser sur le dos de tout le monde.

Pas vu pas pris, le gouvernement publie des simulateurs de retraite rapidement démonté par une journaliste du Parisien. Ils étaient bidonnés: pas vu, pas pris, il faudrait que les infirmières bossent jusqu'à 64 ans avec un salaire 30% supérieur à leur rémunération actuelle moyenne pour qu'elles espèrent toucher une meilleure pension. Pas vu, pas pris, le gouvernement réduit la contribution des plus riches au système public: les salariés aisés sont poussés vers la retraite par capitalisation au lieu de la solidarité de la répartition. le Conseil d’État a torpillé une réforme que les mêmes députés godillots qui ont manqué d'humanité sur le deuil des enfants iront prochainement voter à l'Assemblée. 

Pas vu, pas pris ? Les sondages de la France médiatique ne cachent plus l'impopularité hallucinante. En quelques semaines, Macron tombe dans les tréfonds sondagiers qu'avait touché François Hollande. Pire que Sarko... Et voici que l'Elysée s'inquiète de cette fraction grandissante à gauche qui promet l'abstention en cas de duel Macron/Le Pen.

Manu contre Marine, peste illibérale contre choléra neo-fasciste ?

Ami castor, où es-tu ?







(*) La réforme Blanquer du baccalauréat instaure trois mesures élitistes: la promotion des matières littéraires qui sont socialement plus favorables aux classes aisées aux détriments des matières scientifiques; le contrôle continu local  qui supprime l'universalité du bac puisque les épreuves et les notations ne sont plus nationales; et, enfin, l'instauration d'un grand oral calqué sur le modèle des grandes écoles.

1 février 2020

Les 1000 jours de Macron ... en 50 chiffres ou presque.

 

 

Jupiter fête ses 1000 jours à l’Élysée. La date est symbolique. Pour ces 1000 jours de souffrance, voici 50 "anecdotes" chiffrées de cette Présidence des riches.

 

Ami castor, où es-tu ?


  1. Depuis 2017, la croissance économique ne cesse de ralentir: + 2,3 % en 2017, +1,7 % en 2018; +1,2% en 2019. Au quatrième trimestre, l'économie française s'est même contractée (-0,1%).
  2. Les créations d'emplois salariés se sont effondrées la première année du quinquennat Macron (à moins de 20 000 créations au second trimestre 2018). Un an plus tard, elles ont rebondi à 100 000, leur niveau d'avant Macron.
  3. Le nombre de demandeurs d'emploi a baissé de 200 000 (6,1m en décembre 2019).
  4. Les chômeurs ne trouvent pas plus facilement un emploi: les sorties pour reprise d'emploi sont stables depuis mai 2017 (107 000 par mois).
  5. Le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté (+72 000 fin 2019 versus mai 2017) 
  6. Ces seniors restent inscrits en moyenne 2 ans.
  7. L'ancienneté au chômage a cru de 15%, pour atteindre 643 jours en décembre 2019.
  8. Quelque 2,5 millions de chômeurs ont perdu des indemnités chômage ou vu leur accès au chômage reculé (économie: 3,8 milliards en 2020): "la réforme de l’assurance chômage entrée en vigueur à la fin de l’année 2019 risque de contribuer à précariser plus de 700 000 personnes" explique la Fondation Abbé Pierre dans son rapport publié fin janvier 2020.
  9. Les immatriculations de micro-entrepreneurs ont explosé de +25% en 2018. 
  10. Dans la loi PACTE, le gouvernement a notamment supprimé la protection potentielle des prud'hommes pour les autoentrepreneurs prestataires des plateformes d'échange.
  11. Le chiffre d'affaires moyen des microentreprises est de 10 000 euros par an.
  12. Macron a augmenté le minimum vieillesse de 35 euros au 1er janvier 2020
  13. La réforme fiscale d’Emmanuel Macron en 2017 a rapporté 1,7 million d’euros à chacun des 100 Français les plus riches l'année suivante.
  14. En 2018, première année de la présidence des riches, l'indice de Gini, qui mesure les inégalités, a connu sa plus forte progression depuis 2010.
  15. La Flat tax a fait économiser +1,4 milliards d'euros de d'impôts et de cotisations sociales à 4,4 millions de foyers. 
  16. La réforme des retraites de Macron va réduire de 8 à 17 milliards d'euros le coût des retraites.
  17. Elle fera perdre plusieurs centaines d'euros par mois au seuls enseignants.
  18. Elle réduit aussi de 3,7 milliards d'euros/an sur période 2025-2040 le financement des caisses ARGIC-ARRCO;
  19. Emmanuel Macron a supprimé 4 des 10 critères de pénibilité qui permettait de partir plus tôt:  manutentions manuelles de charges, postures pénibles, vibrations mécaniques et agents chimiques dangereux. 
  20. Quelque 16% des ouvriers déclarent un accident du travail en 2018
  21. La retraite des salariées mères de famille va baisser avec le nouveau système, sauf à travailler jusqu'à 65 ans.
  22. La loi Travail a permis de réduire de 200 000 le nombre de représentants des salariés dans les entreprises.
  23. La quantité de pesticides vendus en France a bondi de 20% en France en 2019. La France a prolongé l'utilisation du glyphosate jusqu'en 2023. La France continue d'autoriser l'exportation de l'Atrazine, désherbant cancérigène interdit en Europe depuis 2003.
  24. En 2018, Macron a repoussé de 10 ans l'échéance de vie de 14 réacteurs nucléaires français hors d'âge.
  25. Contre l'avis des associations écolo et de riverains, le président des riches a offert 12 sites "clés en main" de "reconstruction industrielle" aux 200 représentants de multinationales invités à Versailles pour le sommet "Choose France".
  26. L'écrasante majorité du million de travaux de rénovation énergétique de logement l'an dernier est écologiquement anecdotique: seuls 5% de ces travaux ont réellement permis d'améliorer de deux classes énergétiques les logements rénovés. 
  27.  Sur la première année du quinquennat, vingt élus macronistes ont été mis en examen
  28. Le responsable de la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, cumulait une dizaine d'emplois, dont certains rémunéré par des assureurs privés.
  29. Alexandre Benalla et Vincent Crase, quand ils travaillaient à la sécurité élyséenne, ont conclu un contrat de prestations de sécurité avec un oligarque russe, d'après Mediapart, d'une valeur de 294 000 euros.
  30. Les expulsions d’étrangers en situation irrégulière sont par ailleurs en hausse de 19 %, avec 23.746 éloignements. 
  31. Les délais de dépôts de demande d'asile ont été réduits par deux pour expulser plus facilement.
  32.  Les demandeurs d’asile subiront un délai de carence de trois mois pour accéder à la protection universelle maladie (Puma), la Sécu de base.
  33. Les étrangers en situation irrégulière n'auront plus accès à l'Aide Médicale d'Etat, (320 000 réfugiés; 0,5% du coût de la Sécu) au-delà de 6 de séjour.
  34. En 2020, la Sécurité Sociale perd 4 milliards d'euros à cause de nouvelles réductions de cotisations sociales. 
  35. En 2019, 1 100 médecins, dont 600 chefs de service, ont démissionné de toute fonction administrative pour alerter sur le manque de moyens. 
  36. "Dans le budget 2020 de la Sécu, les hôpitaux publics, dont six sur dix sont en difficultés financières, devront encore faire 800 millions d’euros d’économies" (Le Parisien)
  37. Pour sauver le nouveau monde contre la révolte des Gilets Jaunes qui réclamaient une plus grande justice fiscale: 11000 gardes à vue,  mais aussi 2500 blessés civils dont 300 mutilés.
  38. Sur les 146 enquêtes de l'IGPN sur les violences policières contre les Gilets jaunes à Paris , deux seulement ont été renvoyées en correctionnelle.
  39. 151 jeunes en marge d'une mobilisation lycéenne à Mantes-la-Jolie ont été exhibés à genoux, mains sur la tête. Affaire classée sans suite.
  40.  Pour des manifestations et des occupations d'établissement, des dizaines de mineurs ont été placés 48 heures en garde à vue (un délai habituellement réservé aux cas encourant 1 an d'emprisonnement): à Paris  en mai 2018, dans le Val de Marne en décembre 2018, au Mans en janvier 2019, à Toulouse en décembre 2019, à Paris en janvier 2020.
  41. Le ministère de l'intérieur a acheté 40 000 nouvelles grenades à main de désencerclement (GMD) à effet assourdissant, 
  42. Il a aussi commandé 25 millions de cartouches de fusil d’assaut sur 4 ans.
  43. Les députés LREM ont refusé l'allongement à 12 jours du congé pour deuil en cas de décès d'un enfant.
  44. Le gouvernement a coupé 3,9 milliards d'euros par an d'aides au logement depuis 2017.
  45. La construction de HLM a baissé en 2018.
  46. Le Plan Pauvreté de Macron en 2018 représente presque autant en 4 ans pour 9 millions de pauvres que la suppression de l'ISF en deux ans pour 340 000 foyers les plus riches. 
  47.  En novembre 2019, les associations, dont la Fondation Abbé Pierre, alertent sur le fait que "500 à 700 enfants se voient refuser l’accès à un hébergement d’urgence chaque soir à Paris"
  48. Près de 700 décès dans la rue en 2018; 
  49. Record du nombre de ménages en attente d’un logement social, 2,1 millions fin 2018;
  50. Record d’expulsions locatives avec le concours de la force publique, avec 15 993 ménages expulsés en 2018 (3 % de plus qu’en 2017) - source Fondation Abbé Pierre.



25 janvier 2020

Pourquoi la réforme des retraites est anti-démocratique et anti-sociale - 663ème semaine politique




A l'exception de quelques déséquilibrés, d'une poignée de terroristes en guerre contre l'Occident, ou de complotistes d'extrême droite, personne ne réclame la mort de l'actuel président de la République. Le récent anniversaire de la décapitation de Louis Capet a fait l'objet de quelques allusions sur les réseaux sociaux français et même lors des manifestations hebdomadaires contre la réforme des retraites. Peu nombreuses, elles ont toutefois suffit à provoquer l'ire et l'inquiétude des soutiens officiels et des contributeurs officieux du Macronistan. Les mêmes se rallient aux accusations d'appel au meurtre et aux cris d'orfraie de la droite. "Dans l’idéologie d’extrême gauche, la violence doit s’exprimer ; la mort doit en résulter" écrit un chroniqueur du Figaro à ce propos. "Avec Jean-Luc Mélenchon et d'autres ils escomptent le drame." renchérit un député macroniste.

Il n'y a plus de mesure en Macronistan. 

Emmanuel Capet

Quand Macron est dépeint en Louis Capet, et que la rue s'amuse de lui, la haute bourgeoisie s'inquiète. Elle vise à faire croire que ces "radicalisés" sont des violents.

Pourtant, aucun représentant du Macronistan n'a perdu de main, d’œil, ni même n'a reçu de coups. Aucun manifestant n'a éborgné de policier. Aucun gilet jaune n'a arraché de main ni même un doigt à un policier. Aucun élu macroniste n'a été frappé. Des policiers ont été blessés, mais bizarrement la gravité des blessures n'est pas répertoriée dans les statistiques gonflées à bloc publiées par le ministre éborgneur. Au pire, Macron et madame ont eu très peur à plusieurs reprises, comme lors de cette pièce de théâtre le 17 janvier dernier, où ils ont pris leurs jambes à leur cou dès qu'une rumeur de début de manifestation anti-Macron devant les lieux commençait à enfler. Le jeune monarque fut d'ailleurs si énervé par l'incident qu'il fit emprisonner le journaliste-militant qui avait dévoilé sur Twitter qu'il se trouvait sur place.

"En face", chez ces opposants qui, quoiqu'ils fassent et quoiqu'ils portent, sont toujours décrits par les suppôts du Macronistan comme de dangereux personnages, on ne peut pas en dire autant.  Ce sont bien des forces de l'ordre qui, sur ordre du ministre Castaner, ont blessé, mutilé, humilié, traumatisé des gens par centaines. Quand une main est arrachée, on peut appeler cela une bavure détestable. Mais quand il y en a 5, quand 25 manifestants perdent un oeil car la police tire ses grenades à l'horizontal en visant les visages, quand 600 civils sont blessés, dont 300 à la tête (un bilan "sidérant", dixit le Canard Enchaîné), on appelle cela une politique, une doctrine.

Pour rassurer leur socle électoral, les officiels du Macronistan mettent sur un pied d'égalité les tags de peinture sur des permanences d'élus macronistes et les frappes de CRS sur des civils sans défense.

Jeudi 23 janvier, une marche aux flambeaux a rassemblé des milliers de personnes contre la réforme des retraites, après une journée où les estimations de participation convergent pour indiquer une participation en hausse. Un dessinateur du Monde, très enflammé contre les Gilets Jaunes depuis la première heure, a rapidement accusé ces défilés de s'inspirer de ceux du Klu-Klux-Klan et des nazis des années 30... Outre la grossièreté "godwinesque" de la comparaison, qui témoigne de la radicalisation extrême de son auteur, il y a aussi une confusion historique évidente - les retraites au flambeaux sont aussi un symbole républicain, une pratique de la IIIème République en hommage au renversement de la monarchie et de la prise de la Bastille en 1789.

Cette journée de grève et de manifestations fut joyeuse, mais le Macronistan a besoin de se faire peur pour consolider son socle. La caricature est une arme facile.

Depuis le début de son quinquennat, Macron force la main au pays. Il souffre d'un procès en illégitimité (relayé dans les colonnes de ce blog) car il mène un programme radical pour lequel il n'a pas été élu par une majorité absolue des citoyens. Ni le barrage contre le Front national au second tour de l'élection présidentielle (appel suivi par la moitié des électeurs insoumis du premier tour, l'autre moitié choisissant l'abstention ou le vote nul), ni les 60% d'abstention aux élections législatives offrant une majorité écrasante d'élus à la Macronie ne valaient blanc seing pour des contre-réformes dont les détails n'avaient d'ailleurs ni été débattus ni même présentés pendant la campagne. 

Pour l'essentiel, Macron a menti par omission.

Cette absence de respect de la diversité des électrices et électeurs qui ont voté pour lui est le premier poison de ce quinquennat. Elle ruine la confiance dans la démocratie. Elle encourage l'abstention, ce qui est l'un des objectifs macronistes.  L'absence d'enquête sur les financements douteux de sa campagne (alors que pour des sommes moindres, ces opposants sont encore sous le coup d'enquêtes), les barbouzeries de Benalla à l'Elysée (jusqu'aux révélations de la semaine sur comment deux membres du staff présidentiel ont fait disparaitre le coffre fort du domicile de l'ex-garde du corps de Macron)

Macron s'agace encore. Cette semaine, en déplacement en Israël, il a singé dans le plus grand ridicule la posture spontanée de Jacques Chirac 24 ans plus tôt en s'énervant à voix haute, et en grossissant son accent français pour l'occasion, contre des personnels de sécurité israéliens devant l'Eglise Saint-Anne à Jérusalem. Mais sur le chemin du retour, il n'a pu s'empêcher de livrer cette pique à celles et ceux qui l'accusent d'autocratisme. Quand on mesure la violence de la répression déployée au nom de "l'Etat de droit" depuis deux ans, on se pince pour croire cet éloge de la non-violence prêté à Macron dans son jet présidentiel.
"Aujourd’hui s’est installée dans notre société, et de manière séditieuse, par des discours politiques extraordinairement coupables, l’idée que nous ne serions plus dans une démocratie. Qu’il y a une forme de dictature qui s’est installée, (...) la dictature c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois (...) où l’on ne change pas les dirigeants, jamais (...). Si la France c’est ça, essayez la dictature et vous verrez! La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a en démocratie un principe fondamental: le respect de l’autre, l’interdiction de la violence, la haine à combattre”.
Macron s'agace car des journalistes pourtant prudents, et souvent déférent à son égard, commencent à grogner et s'inquiéter du délabrement démocratique du pays. En sus du climat de violence policière (jamais jugée, jamais inquiétée, toujours encouragée), de quelle avancée démocratique Macron peut-il se targuer depuis qu'il a été élu ? La réduction drastique du nombre de représentants des salariés pour "améliorer le dialoguqe social" ? La réduction prévue du nombre de députés pour "accélérer les lois" ?

Le régime politique français est techniquement et légalement une autocratie. Que des contre-pouvoirs empêchent le Macronistan d'en abuser est un fait, et un fait heureux.


Gouvernement d'incapables, réforme anti-démocratique

Prenez la réforme des retraites, bel exemple anti-démocratique: elle a été travaillée dans le secret pendant des mois par un groupe désigné non par un vote mais par le monarque, sous la direction d'un gars plus tard convaincu d'une quinzaine de conflits d'intérêts qui, en démocratie, auraient du le conduire en procès.

Cette réforme est pourtant majeure puisqu'elle concerne la totalité des générations du pays. Pourtant, elle ne fut pas présentée ni a fortiori débattue pendant la campagne présidentielle de 2017. Elle n'était pas dans le programme présidentiel. Il y a moins d'un an, alors que son contenu n'avait pas été révélé, Macron lui promettait l'inverse de ce qui fut finalement présenté sur l'âge de départ. ce projet de réforme a un objectif, réduire le coût des pensions. Au passage, grâce à la simplification par le passage au système de points, le Macronistan se dote d'un outil plus simple pour réduire les retraites en cas d'austérité dans le futur.

Mais voici que le projet de réforme des retraites est gravement critiquée par le Conseil d’État à qui elle a été présenté il y a quelques jours. Cette institution critique la méthode non démocratique de la Macronie. 

Primo, le manque d'évaluations: l'étude d'impact est "insuffisante" au regard des exigences de la loi. Le Conseil d’État accuse même le gouvernement d'insincérité: "le Conseil d’État rappelle que les documents d’impact doivent répondre aux exigences générales d’objectivité et de sincérité des travaux procédant à leur élaboration." Il rappelle que "les projections financière ainsi transmises restent lacunaires (...) en particulier sur les différences qu’entraînent les changements législatifs sur la situation individuelle des assurés et des employeurs, l’impact de l’âge moyen plus avancé de départ à la retraite, qui résulterait selon le Gouvernement de la réforme, sur le taux d’emploi des seniors, les dépenses d’assurance-chômage et celles liées aux minima sociaux." Rien que ça ... REt de fustiger plus loin que l'absence d'évaluation de l’impact des mesures d'âge "sur les comptes de l’assurance-chômage, compte tenu du faible taux d’emploi des plus de 65 ans, et les dépenses de minima sociaux". Repousser l'âge de la retraite, c'est d'abord allonger le chômage des seniors...

Secundo, le gouvernement a (volontairement?) bâclé le partage de l'information sur le projet: les organismes concernés par la réforme ont été saisis trop tard et "dans l'urgence" - quelle surprise pour une réforme pourtant "peaufinée" par cet grand expert Jean-Paul Delevoye depuis près de 18 mois... Le Conseil d’État critique même les délais trop courts qui lui sont impartis. 

Tertio, il critique aussi la méthode législative retenue, le recours aux Ordonnances pour 23 des articles de la loi: "s’en remettre à des ordonnances pour la définition d’éléments structurants du nouveau système de retraite fait perdre la visibilité d’ensemble qui est nécessaire à l’appréciation des conséquences de la réforme."

Ces trois critiques ne sont pas les seules, mais les plus déterminantes sur le sabotage démocratique de cette réforme.

Sur le fond, le Conseil d’État valide que cette réforme est d'abord une arnaque financière: le régime n'est pas déficitaire, mais le gouvernement prédit un déficit de 8 à 17 Mds€ en 2030 "résultant d’une évolution défavorable des ressources liée à de moindres transferts entre entités publiques." Et oui, c'est bien un problème de ressources dégradées par cette présidence des riches. Le Conseil d'Etat conteste même le marketing politique du gouvernement: "le projet de loi ne crée pas un « régime universel de retraite ». Il considère que le gouvernement ment quand il écrit que « chaque euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous ».
  1. Il critique "la disparition des solidarités financières internes à chaque régime".  
  2. Les inégalités de retraites hommes/femmes devraient être réduites ... si les gens travaillent plus longtemps.
  3. Au-delà de 10 000 euros de salaire mensuel, les cotisations retraites tomberont à 2,8% du revenu: en d'autres termes, les très hauts salaires ne cotiseront plus pour la retraite publique et seront incités à épargner ... pour eux. Il y a même des macronistes qui pensent que retirer ainsi 3 milliards d'euros au financement de la retraite socialisée est un progrès social...
  4. Le projet "pénalise en revanche les carrières complètes pendant lesquelles les assurés connaissent des années d'emploi difficiles"
  5. Le projet créée une imprévisibilité des pensions futures à cause du système à points: "il retire aux assurés une forme de visibilité sur le taux de remplacement prévisible qui leur sera appliqué, dans la mesure où la pension n’est plus exprimée à raison d’un taux rapporté à un revenu de référence mais à une valeur de service du point définie de manière à garantir l’équilibre financier global du système.
  6. Le Conseil d'Etat note une petite saloperie (y-a-t-il un autre terme?): Macron veut supprimer le dispositif permettant aux assurés de partir à la retraite à 58 ans à condition avoir commencé à travailler avant l’âge de 16 ans, "le Gouvernement justifiant la mesure par son caractère marginal, seuls 2 500 assurés en ayant bénéficié en 2017." 
  7. Autre petite économie, le projet de loi exclut les périodes de chômage non indemnisé pour l'accès à la retraite minimum promise par Macron. 
  8. Le projet de réforme reste flou sur la transition des régimes spéciaux: "le Conseil d’État estime, là encore, nécessaire d’expliciter plus clairement que ne le fait le projet qui lui est soumis, la reconnaissance de ces garanties."
Bref, cet avis sonne comme un réquisitoire. Jour après jour, cette présidence des riches se révèle comme un gouvernement d'amateurs et d'incapables, voici ce que la réforme des retraites nous révèle une fois de plus, après l'épisode des Gilets Jaunes ou la rocambolesque affaire Benalla.

La gaffe de Capet

Avec une certaine discrétion, le gouvernement vient de prolonger la convention fiscale avec l'Arabie saoudite, l'une des plus grandes dictatures islamistes. La mesure est passée au Journal Officiel le 22 janvier. Macron fait de grands gestes, prononce de grands mots sur la paix. Les coulisses sont plus sales. Le voici qui cherche à sortir par le haut du bourbier des retraites et de cette crise sociale qui n'en finit pas avec une nouvelle diversion "mémorielle". Aux journalistes-perroquets qui le suivent de près, il lance ainsi que "Les sujets mémoriels sont au cœur de la vie des nations."

On se souvient du grand "succès" de l'itinérance mémorielle de l'automne 2018, juste avant la révolte des Gilets Jaunes. Macron avait poussé l'exercice jusqu'à un hommage à Pétain. Cette fois-ci, il pense à l'Algérie. Macron cherche sa place dans l'Histoire, il veut se re-présidentialiser. En voyage en Algérie, où il est resté incroyablement silencieux sur la tentative de révolution démocratique l'an passée, il lâche: "Je suis très lucide sur les défis que j'ai devant moi d'un point de vue mémoriel, et qui sont politiques. La guerre d'Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là, et je pense qu'il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995."

Vraiment ?

Singer le Chirac de 1995, voilà le projet ? 

Cette tentative de re-présidentialisation est surprenante: elle ne change rien à la vie quotidienne de celles et ceux qui manifestent, protestent ou soutiennent les mouvements sociaux. Elle tente de replacer l'attention politique sur le terrain identitaire et historique alors que l'actualité est sociale.  Il est pourtant loin d'être acquis que le sujet agisse vraiment comme une diversion, au-delà de l'excitation presque cutanée de la droite furibarde sur laquelle Macron s'appuie pourtant désormais.

Ami castor, où te-situe ? 



"A défaut d'être entendus, peut-être serons-nous vus"



18 janvier 2020

Marine Le Pen présidente - 662ème semaine politique

Elle s'y prend tôt. Elle fut tellement dangereuse et ridicule la dernière fois, en 2017. Qui a oublié cet incroyable débat de deuxième tour où l'on "découvrait" que la présidente du Rassemblement National ? Pour 2022, ça ira mieux. Macron a préparé le terrain.


Pendant des mois, des années avant cette élection présidentielle de 2017, la Blonde Immonde a fait la une des sondages, des journaux, des magazines, des débats politiques. On nous a effrayé l'électorat, on a multiplié les sondages pour promettre ce second tour qui arriva... de justesse. Car le score, sans qu'il ne s'agisse de contester sa validité, fut serré entre quatre candidats, un résultat aussi incroyable qu'inhabituel sous cette Vème République. On connaît la suite, si prévisible: n'importe quel castor pouvait gagner contre l'un des plus incompétentes et dangereuses figures politiques du pays de la décennie. Marine Le Pen est un épouvantail facile: elle est grossière, elle ne maitrise pas ses dossiers, elle est facilement et régulièrement prise en flagrant délit de mensonges, elle ne délivre aucune empathie.

Pour 2022, Marine s'y prend toujours aussi tôt: "Ma décision a été réfléchie mais elle est prise"

Pour 2022, le terrain est prêt. Marine Le Pen peut être présidente.

Les esprits sont prêts: effrayée par les réactions sociales successive à ses agressions conservatrices, la Macronie a progressivement durci sa réplique, pour tomber dans ce qui s'appelle de la répression politique.

Sur le plan légal, l’État de droit a bien changé. Il est prêt pour Marine. La Macronie a encore assoupli le cadre légal si bien qu'on se demande ce qui restera à faire à Marine Le Pen une fois au pouvoir. En France, en 2020, vous pouvez être arrêté, fouillé, perquisitionné, empêché de manifester, assigné à résidence, emprisonné plusieurs jours, espionné sans contrôle d'une justice indépendante. L'arsenal antiterroriste est d'abord utilisé contre des opposants politiques - des écolos, des étudiants, des Gilets Jaunes, des retraités, des journalistes de terrain, des grévistes. La loi asile de Macron a été applaudi par l'extrême droite. Macron a réactivé le débat sur l'identité nationale et l'immigration musulmane qu'affectionne les furibards xénophobes.

Sur le plan démocratique, la Macronie ne s'émeut pas que les forces de l'ordre sèment le désordre dans les consciences au nom de la protection du clan présidentiel. Le  gouvernement a lâché la bride des forces de l'ordre (« Allez-y franchement, n’hésitez pas à percuter. Ça fera réfléchir les suivants ») pour faire peur. Il tait les violences policières. Il s'offusque qu'on en parle. Pourquoi l'électorat présidentiel serait-il ému plus tard quand Marine Le Pen fera de même une fois élue ?

Quand un journaliste signale sa présence dans un théâtre, Macron le fait arrêter par la police à la sortie du spectacle sur un prétexte fallacieux mais qui a l'apparence du droit. Et Macron reçoit même le soutien de Marine Le Pen qui condamne... les manifestants.

La Macronie manipule les institutions: pour le scrutin européen (mai 2019), la Macronie cache son programme jusqu'à 4 semaines avant le scrutin. Beau respect du débat. Pour le scrutin municipal (mars 2020), le ministère de l'intérieur supprime l'enregistrement de l'appartenance politique des futurs candidats dans les communes de moins de 9000 habitants. La manœuvre est grossière. Il s'agit d'éviter de faire apparaître le réel score des macronistes dans le pays.

Sur le plan judiciaire, les droits des citoyens sont bafoués sans que la justice ne s'en saisisse ni ne s'en émeuve. Ainsi sur les violences policières contre des civils, filmées chaque semaine depuis bientôt deux ans, n'ont débouché que sur quelques enquêtes internes. L'IGPN a blanchit la surutilisation d'armes de guerre. Le gouvernement a commandé de milliers de ces grenades qu'aucune démocraties n'utilise pour le maintien de l'ordre. Il a envoyé des conseillers aider le gouvernement chilien qui applique très bien les consignes de viser les visages quand ses policiers ripostent contre la les manifestants (200 éborgnés en 2 mois !).

Un flic a été condamné pour avoir giflé un Gilet Jaune pourtant impassible. Mais on cherche toujours les coupables des arrachages de mains, des tirs à vue, des coups sur des civils à terre. Les policiers, casqués et masqués pour éviter qu'on ne les reconnaisse, masquent aussi leur numéro d'identification.

Ce silence de la justice sur les violences policières, cette absence de poursuites, les enquêtes si partiales qu'elles en deviennent risibles sur des abus de droits pourtant filmés ne choqueront aucun macroniste demain quand Marine Le Pen sera présidente. A l'inverse, la justice sait être rapide pour condamner des civils. Près de 400 Gilets Jaunes ont déjà été condamnés à de la prison ferme. D'un côté le clan macroniste met sur un pied d'égalité la violence des manifestants et des forces de l'ordre, de l'autre, il sanctionne la première avec rapidité et laisse faire la seconde.

Qui écoutera les castors macronistes donner des leçons contre le danger Le Pen  ? 

On est tout aussi impatient d'entendre le clan macroniste donner des leçons de moralité publique aux corrompus neo-fascistes: barbouzeries à l'Elysée (Benalla), trafic d'influence (Ferrand) , conflits d'intérêts (Delevoye), influences des lobbies (qui heurte jusqu'au Conseil de l'Europe), mises en examen (Modem), utilisation des biens de l'Etat à des fins privées (la piscine, le jet, etc), la Macronie présente tout l'éventail de ce l'inexemplarité en un temps si record - le mouvement fête à peine ses 4 bougies.


L'image que donne notre police dans l'exercice du maintien de l'ordre est désormais celle d'un Etat autocratique. Quand Marine Le Pen sera présidente, Christophe Castaner et Nicole Belloubet pourront rester en poste. On dirait même qu'ils s'y préparent tous les deux. Le 18 janvier 2020, le premier n'a toujours vu ni policier ni gendarme attaquer des manifestants autrement que lorsqu'ils étaient "acculés". La Macronie a légitimé toutes les outrances, toutes les atteintes aux droits de l'homme que l'on est en droit de craindre de l'extrême droite, toutes les amalgames qui abiment la République.

Sans rire.

Marine Le Pen a d'autres atouts pour sa campagne présidentielle.

Macron procède des mêmes outrances verbales pour requalifier la réalité à son avantage. Quand quelques opposants à réforme des retraites s'introduisent dans les locaux de la CFDT qui vient de s'accorder avec la Macronie, Macron requalifie la chose en "violences" ("Ces violences sont une honte pour notre démocratie" - Emmanuel Macron, cité par l'AFP), et aussitôt toutes la Macronie et la droite toute entière renchérissent. Les vidéos et les témoignages offrent pourtant une toute autre réalité, l'entrée calme et sans cri des "envahisseurs".

Macron endort aussi le débat politique. Il cherche à vider la politique de tout enjeu grâce à l'emploi d'une novlangue, avec sa "rhétorique perverse", son "vocabulaire travesti", la Macronie renomme la réalité et les conflits. L'objectif est de convaincre les convaincus qu'ils ne se sont pas trompés, et d'endormir les autres. C'est une différence notable avec l'hystérisation verbale d'un Trump: Macron comme Trump trahi les faits avec les mots; comme Trump il désigne ses adversaires politiques avec le vocabulaire habituellement réservé aux criminels (grévistes/preneurs d'otages) ou aux terroristes (syndicalistes "radicalisés", gauche "radicalisée", opposition "radicalisée", etc). Il le fait souvent avec le même mépris oratoire, mais à la différence de Trump il s'est pour l'instant abstenu de cette hystérie du Clown dangereux de la Maison Blanche.

Vider la politique de son sens permet de décourager les citoyens les moins motivés. A l'inverse de Mélenchon, Ruffin et autres insoumis qui consacrent l'essentiel de leur énergie citoyenne et l'intégralité de leur (faible) temps de parole publique à faire une pédagogie détaillée des évènements (cf. les 2heures de conférence sur les retraites à Amiens le 16 janvier), 

Macron a perdu sa gauche. Face à Le Pen, le nouveau président des riches aura peine à rassembler plus loin que le cœur de droite qui constitue aujourd'hui, selon tous les sondages depuis un an, le socle majoritaire de sa (faible) popularité. Le jeune monarque a trahi sa gauche avec toutes ces lois qu'on ne compte plus.

Le face à face promis du  avec l'héritière de Montretout aurait été cette fois-ci le duel Sarkozy/Le Pen que la République n'a jamais eu. En 2017, on a fait fait croire à l'électorat que le qualifié de justesse serait le barrage de tous et le champion de chacun. Il a fait la politique de Sarko, en pire.

En 2022, on s'en souviendra.

Ami castor, t'en souviendras-tu ?




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