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8 décembre 2018

605ème semaine politique: ce glissement vers l'autocratie d'Emmanuel Macron.



La violence sporadique mais souvent extrême et surmédiatisée dans quelques recoins de la capitale et de rares villes de province le samedi 1er décembre a effaré la France d'en haut et ses représentants macronistes. "Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audiovisuels, frappées d’incompréhension radicale" commente Frédéric Lordon sur son blog. La macronista brandit les dégradations commises sur l'Arc du triomphe comme l'affront ultime fait à la République. Cette indignation de classe est une hypocrisie sociale.

La multiplication d'images de CRS débordés impressionne forcément. C'est d'abord une manipulation grossière tant l'information est à sens unique: ce seul samedi 1er décembre, acte III du mouvement Gilets Jaunes, plus de 10 000 grenades lacrymogènes ou GLI-F4 (des grenades que seule la France en Europe utilise pour le maintien de l’ordre) ont été tirées sur les manifestants et les casseurs par les forces de l'ordre. On médiatise d'abord la violence contre les CRS et les biens (Arc-de-Triomphe, vitrines etc), on cache les images insoutenables de blessés et de mutilations parmi les manifestants. Un collectif d'avocats se décide à porter plainte contre les violences policières.


Premier constat, le chantage.

Toute la semaine, la Macronista déroule un scenario implacable: d'abord un storytelling effrayant pour faire peur dans les chaumières de la France profonde et âgée, appuyée par des tribunes ubuesques de stars millionnaires.

On efface la France invisible derrière les "casseurs" ou les "ultras". On enfouit les revendications populaires sous une avalanche de menaces de représailles, d'appels à ne pas manifester et à rester chez soi, de fantasmes du "Samedi Noir" et autre "Grand Soir": reportages sur des magasins qui se barricadent ou des touristes terrorisés, annulation de spectacle, JT consacrés aux "casseurs", employés municipaux qui démontent tout ce qui pourrait servir de projectiles près des grandes avenues parisiennes....

La France doit avoir peur, tel est le mot d'ordre macroniste.

Ensuite, avec le concours de quelques complices médiatiques, on tente de convaincre que ce mouvement est manipulé par l'extrême droite. On voit ainsi Patrick Cohen, l'ex-star déchue du journal de France inter s'exclamer à la télévision: "derrière les Gilets Jaunes, il y a des Gilets bruns".  Pas un mot, ou si peu, sur les antifas qui tentent de virer la racaille d'extrême droite, ou l'extrême diversité du mouvement.

Les trolls macronistes choisissent aussi un harcèlement ciblé sur une moins d'une poignée de figures de racailles fascisantes du mouvement pour mieux caricaturer l'ensemble des Gilets Jaunes. On agite un sondage dont la fiabilité de l'échantillon laisse pantois selon lequel 47% des Gilets Jaunes auraient voté Marine Le Pen à la présidentielle de 2017.

Bref... il s'agit pour le pouvoir macroniste et les plus ultras de ses fans de tenter de rejouer le chantage "Macron contre Le Pen" qui a si bien réussi à Jupiter pour se propulser à l’Élysée en 2017.

Pourtant, à y regarder de plus près, les marqueurs idéologiques de l'extrême droite sont peu présents parmi les Gilets Jaunes: le poujadisme fiscal des débuts a quasiment disparu, la question migratoire et son cortège de délires xénophobes sont marginaux. Mieux, comme le remarque le Monde, les principaux mots d'ordre sont au contraire sociaux, et aux deux tiers alignés sur le programme politique des insoumis et de la gauche: rétablissement de l'ISF, hausse du SMIC, revalorisation des minima sociaux, plus grande justice fiscale, amélioration des services publics dans les zones rurales, périphériques et populaires, etc.

Le simple rétablissement de l'ISF est devenu un étendard. L'ISF a pris une importance aussi que le mensonge de Macron à son propos était grand: "Macron a (...) cherché à justifier la suppression de l’ISF par l’idée que cet impôt suscitait une hémorragie des patrimoines hors de France. Le problème est que cette affirmation est totalement fausse d’un point de vue factuel. On observe depuis 1990 une hausse spectaculaire et continue du nombre et des montants des patrimoines déclarés à l’ISF. (...) les recettes de l’ISF ont plus que quadruplé entre 1990 et 2017, passant de 1 milliard à plus de 4 milliards d’euros, alors que le PIB nominal était multiplié par deux." Thomas Piketty, Le Monde 7 décembre 2018.

Second constat, le pouvoir a peur. 
La trouille est manifeste: "Ce sont les secteurs les plus populaires qui marchent devant l'action" résume Mélenchon

Dimanche, Emmanuel Macron est simplement stupéfait. Sur la scène internationale, il a perdu tout crédit.  Les autocrates russe, iranien et turc gloussent et s'amusent à s'indigner officiellement des "violences policières contre la population civile". Vu de l'étranger, le film des évènements, relayé en boucle par les chaînes d'information, détruit la crédibilité du donneur de leçon jupitérien.

Macron se planque à l’Élysée, convoque ses ministres. Il ne vire pas Christophe Castaner, pourtant coupable d'un échec inouï de sécurisation qui avait coincé l'essentiel des forces de l'ordre à Paris dans une micro-zone autour des Champs Élysées. Macron se tait et se planque. Il prend son Falcon présidentiel depuis Vélizy-Villacoublay pour se rendre à cinq cent kilomètres de là à la préfecture du Puy-en-Velay, qui avait failli brûler la veille avec quelques personnels à l'intérieur. Quand il baisse la vitre de sa voiture blindée pour saluer quelques passants, il se fait huer à l'arrivée aux cris de "Macron démission !" et fait accélérer le convoi devant une petite foule menaçante qui le poursuit.

Macron incarne les haines et la colère populaire autant qu'il incarne la classe d'en haut qu'il sert avec attention depuis son élection.

La trouille est manifeste car la mobilisation prend de l'ampleur. Les routiers avertissent d'une grève le dimanche suivant (qu'ils annulent samedi 8 décembre). Les cheminots pour le 14 décembre. Et surtout des milliers de lycéens rejoignent le mouvement de protestation, avec leurs propres mots d'ordre - contre l'ineffable Parcoursup et la sélection à l'université, les suppressions de postes dans l'Education et la réforme du bac, quelque 400 lycées, en majorité professionnels donc populaires, sont partiellement ou entièrement bloqués.

Même les plus fidèles jupitériens reconnaissent l'échec de Macron. Ainsi couine Christophe Barbier: "on voit bien que l'échec du pouvoir, c'est de devoir aujourd'hui changer de politique."

Macron "appelle à l'aide", constate le Monde. Il appelle les syndicats, les partis, les associations à tenter de maitriser cette révolution citoyenne qui semble se mette en branle. Macron a peur, ses soutiens ont peur.

Gérald Darmanin tente de défendre: il est trop tôt de juger. Les riches ne viennent d'avoir leur cadeau ISF que "depuis quelques semaines". La belle affaire, le gros mensonge. La suppression de l'ISF est connue et votée depuis octobre 2017. Les décisions d'investissement s'anticipent. Sa collègue Muriel Pénicaud panique. Sur les réseaux sociaux, la ministre du Travail, celle-là même qui réclamait une baisse des indemnisations chômage et des arrêts maladie, "en appelle aux entreprises" pour "négocier les salaires en entreprises/branches", "accélérer l’égalité des salaires", et "mieux partager la valeur créée"

Fichtre, foutre la trouille, ça paye en Macronie.

Mardi, Macron fait mine de céder sur l'ISF - il fait savoir qu'une évaluation du "ruissellement" des 4 milliards d'euros dégagés par la suppression de l'ISF sera conduite par des parlementaires et des experts. Mais, prévient-il, pas question de revenir sur sa mesure. La suppression de l'ISF votée en 2017 est un "marqueur". Il a raison. Il va politiquement mourir avec comme Sarko en son temps avec le bouclier fiscal.

Mercredi, Édouard Philippe promet une "suspension" de la hausse des taxes sur les carburants. Le soir même, l’Élysée publie un communiqué signifiant l'arrêt pur et simple de cette mesure. De son côté, le MEDEF, poussé par le gouvernement, lâche le principe d'une "prime exceptionnelle" pour apaiser les esprits.

Macron a la trouille. 

Il se tait.

Il attend.

Troisième constat: la répression.
Jeudi, un policier filme et raille 153 lycéens de Mantes-la-Jolie, tous agenouillés, les mains sur la tête, regard vers le sol, entourés d'une cinquantaine de policiers casqués et masqués. On entend sa voix moqueuse, et un autre qui gronde: "les mains sur la tête, on  regarde droit devant!" à un garçon remonte son pantalon.

Sommes-nous en guerre ? Des sondages truqués ou tronqués se multiplient pour valider que ces jeunes l'ont "bien cherché". Cette troupe de mineurs a été attrapée après des faits de violence de quelques-uns. Les gardes à vue qui s'en suivent, sans avocat, sont illégales. Les avocats protestent, inaudibles.

Violence sporadique contre humiliation d’État.

A plusieurs endroits en France, les flics tirent et blessent. Flash-balls au visage ou main arrachée, mutilations à la grenade explosive GLI-F4.

Il a suffi de quelques casseurs, idiots utiles et complices involontaires ou pas du pouvoir, pour qu'une répression aveugle se mette en place avec le soutien minoritaire mais significatif de la frange la plus aisée de la population.

Selon un sondage publié par IFOP après les manifestations du 1er décembre, c'est justement chez les sympathisants macronistes que l'on trouve la plus forte proportion de zélés sécuritaires prompts à suspendre les libertés publiques au nom de la défense de la France d'en haut: quelque 74% des sympathisants macronistes souhaitent l'instauration de l'état d'urgence. C'est le plus haut score de tous les mouvements politiques, loin devant les insoumis, l'extrême droite, les socialistes ou la droite LR. La répression par tous les moyens est la réponse immédiate de la bourgeoisie effrayée. Et les médias dominants se rangent, dociles. 


Plus largement, l'ampleur de la répression, que d'aucuns jugent de plus en plus justifiée, interpelle: en trois semaines, on dénombre 820 blessés civils (200 chez les forces de l’ordre), 1600 arrestations et 1400 placements en garde à vue.

Samedi, re-belotte, en pire - plus de 100 000 manifestants dans le pays. Des véhicules blindés stationnent place de l’Étoile, 89 000 policiers et militaires sont déployés en France, et les arrestations préventives de manifestants se multiplient: plus de 300 dès 9 heures du matin, alors qu'aucun fait de violence n'est pourtant recensé, puis 600 à la mi-journée. Les Gilets Jaunes font des sit-ins, bras sur la tête comme un hommage aux lycéens de Mantes La Jolie. Des cortèges rejoignent celui des défilés pour le climat: "fin de mois difficiles et fin du monde, les responsables sont les mêmes, les combats aussi" résume Mélenchon.



Les premiers heurts ne débutent que vers 14h à Paris, puis Bordeaux.

Ailleurs, des occupations de ronds-points, des barrages filtrants, des défilés pacifistes et bon enfant. A Pars, Toulouse ou Bordeaux, la pression monte puisque les forces de sécurité choisissent de "nasser" pour filtrer. Des journalistes du JDD et du Figaro font l'amère expérience des charges policières sans distinction. Sur les réseaux sociaux, mais pas sur les chaînes d'information, les clichés et vidéos de blessés se succèdent. On dénombre plus de 50 blessés civils.

L'autocratie commence là. C'est un lent glissement vers le libéral-fascisme, un régime qui promeut la libéralisation de l'économie et précarise les classes laborieuses et moyennes pourtant majoritaires, et qui "en même temps" reste sourd, violent et répressif contre leurs souffrances et doléances. Ce gouvernement choisit de ne rien écouter, il s'obstine et réprime sous les encouragements bruyants des V.I.P. de la France d'en haut. Les supporteurs prétendument libéraux soudainement effrayés applaudissent même aux séquestrations préventives, aux humiliations publiques de ces gueux qui ont tagué l'Arc de Triomphe. De quel état de droit parle-t-on ? Celui qui respecte l'exigence démocratique et le droit des personnes, ou cette violence d'Etat, arbitraire mais légale et validée par toutes ces lois sécuritaires depuis l'aube des années 2000 jusqu'à l'inclusion de l'état d'urgence dans le droit ordinaire par Macron en 2017 ?


De quel état de droit parle-t-on ?

Quand on justifie ainsi cette double violence contre le plus grand nombre sous prétexte des excès de quelques-uns - violence sociale par le mépris, et violence physique par cette répression, la République s'affaisse. 

 Au soir du 8 décembre, aucun mort, mais de nombreux blessés, le compteur des arrestations a grimpé à près de 6200 depuis le début du mouvement (3200 pour le dernier samedi, plus de 1000 gardes à vue). Quelques députés macronistes promettent une intervention publique de leur monarque en début de semaine. Macron aurait du cran et de l'honnêteté s'il provoquait de nouvelles élections. Après tout, il fait  répéter sur toutes les ondes par ses snipers et supporteurs qu'il a la majorité du pays derrière lui.

Camarade président, chiche !

Virer le premier ministre, incapable et technocrate, ou sa clique de ministres dont certains, tel Muriel Pénicaud, seront de toute façon contraint(e)s par la Justice à rendre leur tablier, ne changera pas grand chose. Si Macron pense que son programme de classe est toujours valable et validé par les Français, qu'il le re-soumette au vote populaire.

Ami macroniste, ... chiche.





8 septembre 2018

592ème semaine politique: Macron est-il xénophobe ?

 

 

 

Voici la crise politique: les premiers doutes, une majorité politique qui se désynchronise une fois de plus très rapidement de son socle électoral, de mauvais résultats qui s'accumulent. Le système politique est en crise. 

Le rêve jupitérien a disparu. Le "nouveau monde" a fait pschitt. Et l'on découvre cette proximité politique inavouée entre les gouvernements français, hongrois, italien et autrichien.

 



LA CRISE POLITIQUE
La crise est politique car qui croit encore aux bêtises macroniennes ? La crise de confiance frappe au cœur.

La crise politique se dévoile quand la communication officielle ne prend plus. L'affaire Benalla est toujours là. Le remplacement de Hulot est un cirque. L'élection du successeur de Rugy au perchoir de l'Assemblée une caricature de Vème République.

Le BenallaGate reprend son cours. On attend l'audition du barbouze de l'Elysée. On découvre qu'il se trimballait avec le trophée de la Coupe du monde de foot au lendemain de la victoire des Bleus; que l'Elysée a fait effacer son salaire dans le contrat de travail transmis à la justice; que Benalla s'est bien assuré que les Bleus racourcissent leur trajet de célébration sur les Champs Elysées pour rejoindre Macron au Palais. On attend surtout la fameuse réorganisation des Pieds Nickelés élyséens. L'affaire Benalla a révélé (1) des barbouzeries illégales, (2) une incompétence notoire à l'Elysée et LREM, et (3) des mensonges au sommet de l'Etat pour couvrir cet effarant amateurisme.

Première victime, Bruno Roger-Petit. L'ex-journaliste fut nommé en charge de la communication élyséenne pour bons et loyaux services rendus avec sa carte de presse pendant la campagne de 2017 sur les ondes et les réseaux sociaux il y a juste un an. Le voici enfin viré de la Présidence - on dit "ex-filtré" en langage officiel. Son année élysée s'est achevée sur sa première et dernière intervention publique, face aux caméras, pour proferrer quelques gros mensonges dans les premières heures de l'affaire Benalla.

La crise politique se mesure quand la majorité se fissure. La nomination de Rugy en remplacement de Hulot déclenche une élection au Perchoir de l'Assemblée. Qui pour présider l'Assemblée nationale ? Le/la député(e) issue du camp macroniste a toutes ses chances vu l'écrasante majorité LREM. Richard Ferrand, chef du groupe, encombré de casseroles judiciaires depuis que Mediapart et le Canard Enchaîné ont révélé l'an dernier qu'il se servait de sa présidence du département de Bretagne pour arranger ses finances familiales, est désigné par Jupiter. Deux dissidentes s'opposent - l'effacée Barbara Pompili (ex-EELV) et la présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet. Cette dernière, qui a planté la commission d'enquête des député(e)s sur l'affaire Benalla, se déclare candidate mardi matin, expliquant que Richard Ferrand n'incarne pas le renouvellement politique. Et se désiste cinq heures plus tard après une salve de menaces internes de l'Elysée et des proches de Ferrand. Le nouveau monde fait regretter l'ancien.

Macron est contraint de resserrer son équipe sur le petit cercle des plus fidèles et des très ambitieux. Il a perdu les convaincus d'un jour, le socle fragile qui l'avait porté aux nues. La démission surprise de Nicolas Hulot n'abime pas seulement une énième rentrée politique. Elle plante l'argumentaire macronien. Hulot part en dénonçant le faux discours, les vraies trahisons, le poids des lobbies, et l'impasse budgétaire européenne.

Le remplacement de Nicolas Hulot vire au psycho-drame. Des noms circulent, le cirque des petites ambitions est assez incroyable à observer. Le "nouveau monde" ressemble à une caricature de l'ancien. Macron choisit immédiatement Rugy, un écolo-libéral qui chaque fois suit le pouvoir. Mais il fait croire qu'il consulte jusqu'à Daniel Cohn-Bendit et Pascal Canfin car il faut faire croire qu'il consulte, qu'il a le choix, que les ambitions se pressent à l'Elysée pour servir la Grande Transformation. En réalité, il ne,peut que choisir parmi quelques sbires prêts à avaler toutes les couleuvres nécessaires pour cacher l'inaction coupable face au dérèglement climatique.

La première décision du ministre Rugy est de valider le projet de mine aurifère de la "Montagne d'Or" en Guyane, la récupération de l’or par cyanuration en circuit fermé, sur 8 km2 en forêt amazonienne. Une aberration écologique que Rugy valide sans souci ni remords puisque Jupiter en a décidé ainsi.

Il y a aussi cette ministre des sports, Laura Flessel, démissionnée pour raisons fiscales. On découvre deux jours plus tard que son ministère devra supprimer 1 600 postes d'ici 2022 - entraineurs, conseillers, directeurs techniques. C'est une boucherie dans le sport national français, dévoilées deux mois à peine après la victoire des Bleus à la Coupe du Monde de football e, Russie.

Bel effet Coupe du Monde...

La crise est politique quand le peuple ne croit plus en ces dirigeants. Faute d'élections, on s'accroche aux sondages. Et voici Macron sèchement disqualifié, plus brutalement que Hollande en son temps. Le nouveau monde a vécu. Les sondages deviennent effarants. "Si on s'était occupé des sondages, Macron n'aurait jamais été candidat" minore la députée Aurore Bergé, c'est faux mais ça rassure les esprits faibles. Hollande a été empêché de se représenter notamment à cause de son impopularité sondagière auprès de son socle électoral initial. Tout se dérègle. Hulot démissionnaire redevient la star des cotes. La popularité de Macron s'effondre plus bas que celle d'Hollande à la même période du mandat. Une écrasante majorité s'inquiète du poids des lobbyes dans les coulisses du pouvoir jupitérien.

La crise politique nait surtout de l'échec d'une politique. Tous les voyants sont au rouge. Entre mensonges libéraux, hypocrisie de classe et incompétences notoires, la Macronie au pouvoir ne surprend pas. Le "ruisselement" tant attendu ne fonctionne pas. Pire, les cadeaux fiscaux aux plus riches, comme les allègements fiscaux pour les entreprises n'ont rien donné, ils ont affaibli la croissance. Et le gouvernement s'enfonce, il promet une défiscalisation des heures supplémentaires qui affaiblira d'autant mieux les embauches déjà fragilisées par ce retournement inattendu de conjoncture en France.

Les premiers échecs macronistes sont aussi ailleurs. Rentrée des classes oblige, il faut se pencher sur les faramineux résultats de Parcoursup. Bizarrement, son fiasco fait moins de bruit que les difficultés de quelque 6000 bacheliers il y a un an. La ministre Frédérique Vidal ment, ment et re-ment: elle promettait que "les facs ne seront pas sélectives", Parcoursup a au contraire permis de généraliser la sélection à tous les établissement universitaires du pays . Elle avait promis que tous les bacheliers auraient une place grâce àn Parcoursup, ce qui est faux. Pire encore, Vidal justifie que seuls 3 000 jeunes sont encore "sans affectation". Il y en a en fait ...  120 000.

Les député(e)s macronistes veulent se rassurer - la rentrée parlementaire et son lot de lois de contre-réforme vont divertir l'attention et convaincre l'assistance de penser à autre chose. La loi PACTE, justement, est à l'étude. Quelques anciens gauchistes reconvertis en Macron-fans tentent d'imposer une plus grande transparence sur les écarts de salaires dans les entreprises. Après avoir voté la suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax, la démarche est cocasse, naïve, presque ridicule. Mais voici que le gouvernement cherche en parallèle, grâce à la même loi, à relever de 15.000 à 200.000 euros le montant à partir duquel les entreprises ne payant pas leur impôts verront leurs noms rendu public...

"Selon que vous serez puissant ou misérable, - Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir." Jean de la Fontaine.

La macronista s'abrite aussi derrière le fameux "travailler plus pour gagner plus"... L'échec sarkozyste ne leur a pas suffit. Ils s'obstinent. Silence sur les inégalités de patrimoine faramineuses, qu'ils ont contribué à renforcer avec la suppression de l'ISF et l'instauration de la Flat Tax notamment: "Un Français sur deux a donc un stock de richesse supérieur à 158 000 euros. Cette moitié de la population la mieux dotée possède au total 92 % du patrimoine. Cela veut dire, a contrario, que la moitié des Français les moins riches, eux, ne possèdent que 8 % du patrimoine total des Français." commente ALTERNATIVES ECONOMIQUES. "les 10 % des ménages les mieux dotés en patrimoine possèdent, en moyenne, 1,25 million d’euros. C’est 627 fois plus que les 10 % les plus modestes, qui doivent se contenter, toujours en moyenne, de 2 000 euros. Quant aux très très riches, le 1 % des Français les plus fortunés, ils ont accumulé en moyenne 4,1 millions d’euros !" Le silence sur ces inégalités, qui pèsent sur l'activité économique, est aussi macroniste qu'effarant.


L'AUTORITARISME LIBÉRAL
A Marseille, Macron s'affiche avec Merkel. Génuflexion devant la patronne de la CDU, jolis clichés face à la Méditerrannée, et belles paroles creuses pour lancer la campagne européenne. Les deux se déclarent "très préoccupés par la montée des populismes et des migrants".

Tout est dit.

Macron s'abime en louant "l'Europe de la paix." Féru d'Histoire, notre Jupiter national oublie la guerre des Balkans des années 90 - 300 000 morts au coeur de l'Europe en une décennie, rien que cela. Cette Europe de la paix détourne, bloque, et laisse couler des bateaux de migrants dans la Méditerranée, ou asservit la Grèce pour sauver la face de Goldman Sachs et les créances de la complaisance bancaire européenne.

Macron s'abime en déclarant que "L’Europe n’est pas un supermarché, l’Europe est un destin commun." Il a validé le CETA, applaudit à l'ouverture des marchés "et en même temps" les restrictions à la circulations des citoyens.


Macron fait silence sur les similitudes effarantes entre sa politique et celles des populistes autrichiens et italiens. Ce libéralisme autoritaire prend des formes variées en Europe. Macron tente d'imposer un autre clivage, "européistes contre souverainistes", avec l'aide, le concours, le soutien de la majorité des éditocrates français. Dans cette analyse grossière, les insoumis en France, le mouvement "AufStehen" en Allemagne sont évidemment amalgamés avec les neofascistes italiens ou l'ultra-libéral autocrate Orban dont les députés européens siègent pourtant avec les élus d'Angela Merkel au Parlement européen. Macron réclame une clarification, mais laquelle ? ce jeu de dupes ne doit pas faire illusion. Pourtant, même le Monde est forcé de reconnaitre que "le clivage entre les présidents français et hongrois porte moins sur l’immigration que sur l’Etat de droit."

Il y a pourtant un autre clivage qui se dessine, brutal pour les fragiles, généreux avec les puissants. Ce clivage qui traverse l'Europe oppose l'ambition écologique et sociale des un(e)s au libéral-autoritarisme des autres (Macron, Salcini, Orban, Kurtz).

Les gouvernements hongrois depuis 2010, français depuis 2017, autrichien et italien depuis 2018 présentent une proximité terrifiante dans leurs politiques économiques et sécuritaires. Certes, les gouvernements italien et autrichien récemment élus ont mis en avant quelques mesures sociales (qui les ajustent à peine au niveau français par ailleurs), comme

Mais pour le reste, l'essentiel, les gouvernements autoritaires hongrois, autrichien et italien suivent ou précèdent le macronisme français. Qui lui-même leur emprunte les mêmes actions (sans le discours) contre immigrés et réfugiés. A l'exception notable du protectionnisme économique qui distingue la Hongrie du reste du groupe, ces politiques ont des différences de degré (néo-fascisme libéral en Italie, autocratisme libéral en France et en Autriche), mais pas de nature.

 Jugez plutôt:
  1. Opposition à l’instauration de quotas européens d’accueil de réfugiés
  2. Renforcement des pouvoirs sécuritaires,
  3. Législation restrictive sur le droit d’asile, 
  4. Baisse de la fiscalité sur les entreprises,
  5. Baisse de la fiscalité du patrimoine,
  6. Création d'une "Flat Tax" (20% en Italie, 30% en France),
  7. Assouplissement du droit du travail, 
  8. Simplification des contraintes administratives pour les entreprises,
  9. Flexibilisation du droit du travail,
  10. Soutien aux heures supplémentaires,
  11. Coupes dans les retraites (France, Italie), 
  12. Réduction du nombre de parlementaires (France, Italie),
  13. Validation du CETA (France, Autriche),
  14. Economies sur les services publics.
  15. Soumission à l'OTAN (objectif des 2% du PIB en dépenses militaires en Hongrie),
  16. Soutien à Donald Trump (Orban, Macron).

Le libéralisme autoritaire sévit en France comme en Autriche, en Hongrie et en Italie.





Cette semaine, le Conseil Constitutionnel valide la loi Asile et immigration: les délais de dépôts de dossier d'asile des réfugiés sont écourtés, tout comme leur délais de recours en cas de rejet. "Cette mesure ne répond pas à l’engorgement des dispositifs d’asile et fragilise les demandeurs." L'internement, y compris des enfants, est au contraire allongé à 3 mois. La notification d'un refus pourra se faire par tous moyens, y compris SMS. Des réfugiés déboutés pourront être expulsés sans attendre le résultat de leur recours.

Les responsables de cette loi - celles et ceux qui l'ont conçue, défendue, et votée - parlent aujourd'hui d' "Europe de la paix" et de l' "Europe des progressistes".

Honte à eux.

25 août 2018

590ème semaine politique: Macron a peur.

 

Où il est question d'une inquiétude qui monte.


"Un problème de comportement"
"Les Français reprochent à Macron son comportement et son inefficacité" résume Christophe Barbier. L'un des éditocrates en chef de la Macronista sonne le tocsin ce jeudi de pré-rentrée. Un début de panique saisit les macronistes. "Je suis très serein. Je sens monter la fébrilité, l'inquiétude, le suspens depuis lundi mais il n'y a aucun suspens" tente de rassurer Gilles Le Gendre, l'un des dociles porte-paroles des député(e)s godillots. "Nous assumons nos priorités" explique Benjamin Griveaux. Le stress est palpable. C'est normal, presque logique. La coupure estivale n'a pas changé l'agenda.

Primo, la discrétion Bling Bling du jeune monarque et de son épouse en vacances a été mal perçue: aux prix de quelque 300 000 euros de travaux d'aménagement, dont une piscine, au Fort de Brégançon, le couple Macron s'est offert des vacances dispendieuses au moment où ses suppôts et supporters promettaient efforts et sacrifices au plus grand nombre. Le député LREM Gilles Le Gendre susnommé rappelait d'ailleurs l'objectif: "nous avons pris l'engagement que notre déficit public serait nul à la fin du quinquennat." Et qui va payer cet effort quand le quinquennat débute par un boulet fiscal de 5 milliards de réduction d'impôts pour les plus fortunés du pays ?


Cette semaine, Macron s'exhibe torse nu, photos volées par des paparazzi ou mise en scène par l'agence Bestimage qui a l'exclusivité des clichés présidentiels, rémunérée sur fonds publics ? Quoiqu'il en soit, les images font tâche. Le jeune monarque justifiait les travaux du Fort pour son besoin de tranquillité, et le voici qui sort.

Secundo, les premiers résultats ne sont pas là, bien au contraire. Alors on s'interroge. Cela fait un an, quasiment jour pour jour, que les Ordonnances Travail ont été adoptées au forceps, et huit mois qu'elles sont entrées en vigueur. Les faramineuses économies d'impôts réservées aux foyers les plus riches - les "ultra-riches" dans le langage hollandais - n'ont rien donné sauf quelques centaines de milliers d'heureux. Les défiscalisations en faveur des entreprises (baisse de l'IS, pérennisation du CICE, réduction des impôts pour les cadres de la finances) non plus: le gouvernement espérait 235 000 créations d'emplois marchands en 2018: sur les 6 premiers mois de l'année, ces créations ont à peine atteint 77 000 postes, moins d'un tiers de l'objectif annuel, et presque deux fois moins qu'à la même période de l'année passée !

Combien de temps un patron reste-t-il en poste quand il réalise deux fois moins de ventes que prévu ?


"Un problème de croissance"
Chez les macronistes - supporteurs officiels ou Parti médiatique - on flippe, on stresse, on s'inquiète.  "Macron a-t-il plombé la croissance ?" s'interroge le Point. "Ça sent le roussi" renchérit l'Express.

Au premier semestre, la France affiche la croissance la plus faible de la zone euro. Après 2,3% en 2017, les économistes mêmes libéraux et peu suspects de macronisme s'inquiètent. Et prévoient un petit 1,7% pour 2018 (1,8% pour la Banque de France). Ces mauvaises nouvelles sont d'autant plus incroyables que les plus hautes autorités du pays ne cessaient de louer le contexte économique favorable environnant: accélération du commerce mondial, reprise de la croissance américaine et de la zone euro, le Haut Conseil des Finances Publiques, qui n'est pas un repère d'insoumis, notait il y a un an que les voyants étaient tous au vert.

Bref, Macron a planté la reprise en France, mauvais karma, mauvaise nouvelle, premier désaveu d'incompétence doublée à l'injustice.

Les plus béats veulent y croire encore: les premiers allègements de cotisations salariales et de taxe d'habitation devraient entrer en vigueur cet automne et soutenir une consommation défaillante. Mais l'INSEE n'en démord pas: le pouvoir d'achat des Français va baisser cette année. Les salaires stagnent, mais l'inflation est repartie à la hausse. Dans son projet de loi de finances, le gouvernement l'estimait à 1%. A fin juillet, elle dépasse déjà les 2% en glissement annuel.

La liste est longue des dépenses de base dont les prix bondissent: Le tarif régulé de l'électricité d'EDF augmente de 37% au 1er août, le carburant de 12%, les PV automobile de 130%, les cartes grises de 15%, les mutuelles sur lesquelles le gouvernement compte pour compenser les déremboursements de soins de +6%; le forfait hospitalier, +15%.

Qui dit mieux ? 

Patatras... L'échec économique est sans doute le plus redouté par Emmanuel Macron. Comme Sarko en son temps, le jeune monarque fait la preuve, rapidement, que son programme est non seulement injuste mais également inefficace.

Les plus riches ne dépensent pas, ils épargnent, ils placent, ils thésaurisent, ils accumulent. Les 10% des foyers les plus riches détiennent la moitié du patrimoine national. Cette présidence des riches et des ultra-riches leur a fait de généreux cadeaux comme la suppression de l'ISF et une réduction de la taxation des revenus de la rente, servis avec cet argument que cela allait stimuler l'investissement dans les entreprises. Or quand on réduit les impôts des plus riches, ils ne consomment pas ni n'investissent pas. Ils épargnent davantage encore. La théorie du ruissellement, renommée "théorie des premiers de cordée" par Emmanuel Macron, est un échec.  La même dizaine de milliards d'euros consacrées à de la dépense publique ou populaire (via un relèvement plus généreux des minima sociaux par exemple) auraient eu un autre effet sur la consommation.

Dans ses cartons, le gouvernement a encore un projet libéral, la loi PACTE, qui cache des initiatives de bon sens - la poursuite de l'idée de "guichet unique", sous forme dématérialisée, unifiée et normalisée - , mais aussi d'autres qui simplifient la création d'entreprises aux détriments des droits des salariés - comme le report de la création de représentation du personnel (5 ans !!), ou la réduction des cotisations sociales sur l'intéressement et la participation (qui paiera ?). Mais surtout, cette loi fourre-tout permettra d'afficher que le gouvernement "agit".

La véritable réforme, celle qui risque d'impacter la quasi-totalité du pays, reste cachée.

Le projet "CAP22" est ce grand programme de "réforme", comprenez réduction de la dépense publique. Mi-juillet, le Figaro croyait tenir les bonnes feuilles de ce rapport tant attendu et concocté par une quarantaine de proches de la Macronista: 30 milliards d'euros d'économies, 120 000 postes de fonctionnaires supprimés.

Effrayé, le gouvernement a repoussé à octobre le dévoilement du fameux plan.

L'autre fiasco qui attend Macron à la rentrée s'appelle Parcoursup. Le nouveau système d'affectation post-bac des bacheliers vire au cauchemar. Fin août, le gouvernement se félicite que quelque 600 000 élèves aient une affectation... On suffoque devant l'aveu... L'effectif qui devait passer le bac dépassait les 800 000 en juin dernier... Le système est bloqué: 100 000 bacheliers refusent la proposition qui leur a été faite. La grande mécanique est plantée. Au final, 63 000 élèves sont en attente d'une affectation post-bac. Avec APB, il y a 1 an à la même époque, ils étaient 10 fois moins.  Pire, Parcoursup est accusé de discrimination à l'encontre des plus fragiles. Une plainte a été déposée auprès du Défenseur des Droits.

est un fiasco.

Pour les autres parents et élèves, c'est effectivement la rentrée. Certains adultes se réjouissent, la classe de leur progéniture a été dédoublée - 75 000 élèves supplémentaires cette année bénéficieront de la mesure. Heureux pour eux... Mais d'autres parents se désolent. La classe ou l'établissement de leurs enfants ont été simplement supprimés. ce jeu de vase-communicant d'une Macronista qui réserve les vrais efforts aux plus riches n'est évidemment pas avoué ni revendiqué par les suppôts et supporteurs du régime. Blanquer a débloqué 2800 postes dans le 1er degré, merci. Mais il a supprimé 2600 postes supprimés dans le secondaire malgré l'augmentation de 30 000 élèves.

Le ministre Blanquer parade: avec un casque pour insister sur les dangers du kayak en camp de loisirs; en polo quand il visite un camp de loisirs; en costume-cravate quand il annonce la rentrée.
Il y a aussi ce grand silence, pas un mot sur les suppressions de postes.

La rentrée gouvernementale a aussi été pourrie par cette annonce d'un gel de prestations sociales l'an prochain pour tenir les objectifs de réduction des déficits ? Gérald Darmanin, qui ne participera pas aux journées du féminisme aux côtés d'Elisabeth Levy, organisées par sa consœur Marlène Schiappa, tente de rassurer: "Le Premier ministre annoncera le budget dans les prochains jours mais le programme du président de la République sera respecté, y compris au niveau de la revalorisation des prestations sociales". Il faut se plonger dans le-dit programme.

Les promesses du candidat en matière de revalorisation des prestations sociales étaient simples. Tremblez donc.

1/ Une augmentation du minimum vieillesse de 100 euros par mois.
2/ Une autre de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) de 100 euros par mois également.

Pour les autres, motus et bouche cousue. Rien sur le RSA, les APL, les prestations familiales et toutes ces autres aides sociales qui "coûtent un pognon de dingue"La réponse de Gérald Darmanin est bien hypocrite et terrifiante: il n'y aura rien, rien de bon.

Autre sujet d'inquiétude macroniste, les élections européennes. Le jeune monarque espère bien convaincre les centristes europhiles de tous bords de voter pour ces listes faute de mieux. Pour lui, l'enjeu n'est pas l'Europe, mais surtout son propre quinquennat. Ces élections sont les premières de mi-mandat. Lors du précédent scrutin, la France avait envoyé un lourd contingent d'affreux neo-fascistes du Front national, depuis fracturés entre Rassemblement national et Patriotes.

Macron a choisi Castaner. Le Rantanplan des Marcheurs va lancer la campagne des élections européennes. Avec quel programme ? Clamer que les macronistes rassemblent les progressistes qui seuls défendent l'idéal européen de paix et de prospérité contre leurs opposants caricaturés en nationalistes.

Quel projet... Quelle caricature...

Macron s'est auto-érigé en incarnation de l'idéal de l'Union Européenne, photo et discours à l'appui. Le voilà qui a la trouille d'en devenir le bouc-émissaire, que c'est cocasse...

Depuis 18 mois qu'il est à l'Elysée, Macron a livré des discours en désaccord croissant avec sa propre pratique de la politique européenne. Des discours généreux sur l'idéal de paix, d'accueil, et de prospérité que devrait porter l'Union Européenne. Au lieu de quoi, Emmanuel Macron a fat ami-ami avec le gouvernement néo-fasciste autrichien, puis s'est concilié avec les neo-fascistes italiens de Salvini sur le dos des migrants. Cette capitulation devant les extrêmes droites européennes, couplée à la chasse aux migrants vaut en soi disqualification. Macron a aussi applaudi la mise à genoux de la Grèce. Il s'est empressé de faire voter la transposition de la directive sur le secret des affaires qui punit journalistes, lanceurs d'alerte et simples citoyens dès lors qu'ils s'attaquent à des entreprises. Il a cédé sur la prolongation de l'utilisation du glyphosate quand un tribunal américain condamnait l'un des plus gros fabricants de ce pesticide à 285 millions d'euros de dommages et intérêts en faveur d'un jardinier atteint de cancer.

L'Europe défendue par Macron depuis mai 2017 se résume à la chasse aux réfugiés, la tolérance de la pollution et des pesticides, la traque des lanceurs d'alerte et la poursuite de la réduction des services publics.

Dans ce contexte, il faudra laisser les hiérarques macronistes brailler qu'ils sont les seuls "europhiles" qui comptent alors qu'ils sont les fossoyeurs de l'idéal européen.

Vers le 15 septembre, Agnès Buzyn va pouvoir enfin présenter le plan tant attendu de lutte contre la pauvreté. de son aveu même, un aveu qui lui avait valu une volée d'insultes de la part de son patron de président lui-même, l'annonce de ce plan avait été repoussée à la rentrée pour ne pas se téléscoper avec la coupe du monde de football.

Sans attendre l'annonce officielle, Buzyn débute le service "avant-vente". Elle promet un "changement de paradigme". Entendez - pas d'augmentation des minima sociaux, pas de plan logement (Griveaux a même annoncé l'inverse, une réduction du budget du Logement puisqu'il "ne marche pas") , pas même un plan d'information pour ce tiers de foyers éligibles au RSA qui ne le réclament pas découragés qu'ils sont.

Agnès Buzyn a donc sorti le ventilateur. Elle enfonce des portes ouvertes: la pauvreté, c'est mal. Celle qui expliquait qu'on n'allait "pas rembourser des lunettes Chanel" explique désormais que sortir de la pauvreté est une question d'insertion, "un accompagnement réel vers l'activité, le travail, la santé, le logement, l'éducation" comme dirait Macron.

Le pouvoir d'achat, pour la seconde fois en 10 ans, va baisser en France. Et une ministre du gouvernement responsable de cette faillite pense avoir des leçons à donner sur la pauvreté.

La Macronista a aussi peur des affaires.
Pauvre ministre de la culture... Déjà inexistante, Françoise Nyssen doit s'expliquer sur l'aménagement de quelques mezzanines dans le siège parisien de son entreprise familiale, en violation des règles de protection et d'aménagement des sites classés monuments historiques.

L'été a aussi été pollué par les interrogations sur les conflits d'intérêts familiaux d'Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée, le même gars si évasif sur Alexandre Benalla, son logement et son statut.

Benalla, justement, a déclaré au fisc son installation quai Branly cet été. La police cherche sa compagne, désespérément. Qu'y-avait-il dans le coffre-fort d'Alexandre Benalla ? Depuis un mois, la police cherche à auditionner la fiancée de l'ancien garde du corps. En vain. L'affaire Benalla a d'autres conséquences: on attends toujours les déclarations de patrimoine des membres de l'Elysée, comme le prévoit la loi. On s'attend aussi à une micro-réorganisation des services présidentiels. On espère une démission du ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, qui s'est intégralement défaussé tant sur l'Elysée que sur les services de police.

Depuis l'affaire Benalla, la "Dream Team" de Macron se terre. Sibeth Ndiaye ne tweete plus, un dossier à charge sur la haine des médias en macronie dans Vanity Fair (sic!) tétanise dans les bureaux. Sylvain Fort, l'autre conseiller des discours, et son agence de communication corporate grassement rémunérée pendant la campagne de 2017, se cache tout autant. Que dire de Bruno Roger-Petit qi fait rire jusque dans les semi-fictions de Christophe Barbier ? Le fidèle Ismael Emelien est emporté dans l'affaire Benalla, lui qui a fait passer à quelques militants des vidéos de surveillance des évènements de la Contrescarpe le 1er mai illégalement récupérées auprès de la police.






***
  • Fiasco de Parcoursup
  • Echec économique
  • Barbouzeries
  • Travers Bling-Bling
  • Compromissions xénophobes

Que reste-t-il ?


Ami macroniste du second tour, éloigne-toi.





18 août 2018

589ème semaine politique: l'incroyable plan de com' du président des riches

 

 

Les vacances présidentielles battent leur plein et l'opération de com' apparait telle qu'elle est, comme souvent, immense et indécente. La torpeur estivale permet à la Macronista de truster le terrain de la communication. Entre publi-journalistes et trolls activistes, la situation est idéale. 


La plus grande difficulté est de faire croire que l'on bosse alors que c'est faux. Aucun projet de loi à préparer ni aucune loi à faire voter; nombre d'administrations sont en congé annuel. Les émissions d'actualité sont en sommeil. Bref, la France médiatique et politique est au rythme des vacancesr. L'exercice est facile car il n'y a qu'à parader et la planète média mord à l'hameçon trop facilement. Il y a là un boulevard, les Français ont la tête ailleurs, ils sont réceptifs. On leur martèle qu'il faut décompresser.

Les esprits au repos sont prêts à recevoir la parole présidentielle.

Le couple royal
"Parfois, les gens attendent plusieurs heures dans l'espoir d'échanger quelques mots." Poids des mots, choc des photos, ce commentaire sirupeux émane de Paris Match. Mais toute la presse, même la plus "sérieuse" semble prise d'un virus bien connu. Pour le Parti Médiatique, chaque édition quotidienne est l'occasion d'un "point Monarque", comme il y a le point "météo", le point "bouchons de circulation", ou le point "vacances dans nos terroirs."

Les vacances discrètes du jeune monarque sont bizarrement parsemées de photos prétendument officieuses et spontanées. Le président des ultra-riches a eu du mal à se trouver un logis, pauvre roi. Bruno Jeudy, publi-journaliste, ose écrire que ce n'est "pas facile, pour un président, de se loger en vacances" (sic!). " Les Macron ont dû patienter un an avant de s’installer à Brégançon. Le temps que soient effectués des travaux de première urgence : la réinstallation des lignes téléphoniques sécurisées et la réfection des cuisines !" Les quelques millions de Français qui ne partent nulle part cet été en vacances, comme chaque année, seront ravis de l'apprendre.

La lecture de la presse estivale donne parfois la nausée.

On met évidemment en scène la rencontre avec un jeune garçon, on montre "madame" en jet-ski ou en vélo électrique, ou encore le couple royal à un "pot de l'amitié" à Bormes-les-Mimosas. On fait écrire par quelques naïfs que "les rares photos des vacances d'Emmanuel Macron ont toutes été prises par des amateurs" (sic!) le jour même où le couple pose devant des reporters lors d'une visite d'exposition dans les parages. Autre improvisation, un "bain de foule" est "prévu" samedi 18 août près de Brégançon, dixit une chaîne d'information.

Dominique Jacovides, le photographe de l'agence Bestimage, n'est jamais loin pour mitrailler le couple présidentiel dès qu'il sort de son "Elysée d'été": Brigitte sur un vélo, Brigitte et Emmanuel avec des campeurs, Emmanuel devant le musée, Emmanuel avec la "foule".

Bestimage s'occupe de tout.

Cette presse aux ordres, cette presse qui multiplie ces publi-reportages dégoulinants, cette presse hallucinante à lire, n'est pourtant pas en reste pour fustiger le Média.

Quand il s'agit de donner des leçons, elle est là.

L'entreprise fondée en début d'année comme une alternative de plus au Parti Médiatique se déchire bêtement et publiquement pendant l'été à cause d'une inévitable crise de moyens. On accuse l'ancienne patronne qui a filé aider la campagne européenne des insoumis d'avoir été payée pour ses 6 ou 9 mois au Media (sic!). On accuse la nouvelle directrice qui prend ses fonctions, dans la douleur, dans quelques jours, d'avoir décidé de tout alors qu'elle n'a accès à rien. Mais journalistes godillots et trolls macronistes, les mêmes qui relaient sans critique, ni recul, les communiqués de presse élyséens à la gloire du jeune monarque et son épouse en "vacances studieuses mais méritées", donnent des leçons de journalisme indépendant et de bonne gestion.

Qu'ils sont drôles. 




Sur les réseaux sociaux, les trolls recopient les éléments de langage présidentiel avec la régularité d'une Pravda numérique: deux tiers de louanges ou d'arguments vomitifs, un tiers d'attaques pour l'essentiel concentrées sur les insoumis ou le Media ou les deux. Certains, comme Thierry Cabarrus, ex-supporteur béat de François Hollande, sont plus gênants que d'autres quand il suggèrent aux ONG d'aller déposer les migrants dans les camps d'esclaves de Libye (*). D'autres, comme ce "Petit Caporal", se moquent de la députée Obono avec un humour ouvertement raciste à l'occasion de l'université d'été des insoumis.

Ou bien ils justifient la non-revalorisation du RSA, une poignée de semaines avant l'annonce tant attendue du fameux "plan pauvreté". Sur un an, l'inflation est de 2,3%, un niveau inégalé depuis des années, quand les salaires n'ont progressé que de 1,5% (dans les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur privé) et le point d'indice gelé dans la fonction publique.

Les ministres en surchauffe
La quasi-totalité des ministres et quelques figures de l'Assemblée sont mobilisés pour cette Blitzkrieg estivale.

Agnès Buzyn est évidemment sur le pont. Nombre de structures hospitalières à bout se sont effondré à cause des épisodes de canicule: certains services voire établissement ferment, faute de personnel (comme à Saint Vallier, à Vannes-Auvray, à Beaufort, au Mans, à Blanc dans le Val-de-Loire, à La Réole en Gironde), d'autres sont en grève (comme à Vierzon). Les services d'urgence ne vont pas mieux, bien au contraire. "Nos équipes d'urgence en charge et en responsabilité du plus grand département touristique de France, travaillent la peur au ventre et n'ont jamais vécu à ce point ce sentiment d'impuissance, de débordement et de limites permanentes." explique le docteur  Vincent Carret, urgentiste, le 14 août 2018. "Non, tout ne va pas bien aux urgences et au Samu cet été".

La ministre de la santé n'en a cure, elle stresse  sur les victimes des chaleurs et les mauvais reportages à la télévision.Mi-août, elle a le sourire bien voyant sur les publi-reportages du Parti Médiatique. Le bilan des décès de la canicule n'est pas communiqué, pas de drame, tout va bien.

Sur le site de l'Association des Médecins Urgentistes de France, la carte des risques psychosociaux dans les services d’urgences et les SAMU est pourtant édifiante. Le décalage avec la communication lénifiante et "tout-sourire" de la ministre devient indécent.

Son collègue de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer abuse du même procédé - il parade dans les centres de loisirs pour occuper les esprits loin du fiasco de Parcoursup. A deux semaines de la rentrée scolaire, plus de 60 000 étudiants n'ont pas d'affectation. Blanquer sort son va-tout, indemniser des étudiants pour qu'ils partent plus loin. La sous-ministre en charge de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal, déroule quelques mensonges pour mieux accuser les élèves: 50 000, parmi les 66 000 élèves en attente d'affectation, seraient "inactifs" sur cette plateforme. 

Le porte-flingue macroniste Benjamin Griveaux, lui, n'a attendu qu'un weekend pour se faire photographier pour un publi-reportage dans Paris Match, puis, une semaine plus tard, voici un entretien dans Var-Matin et Nice-Matin pour dénoncer les "conservatismes". Griveaux fait évidemment silence sur la "flat tax"qui économise quelques milliards d'euros d'impôts sur les revenus financiers, la suppression de l'ISF, ou la réduction du droit d'asile. La "révolution" que Griveaux prône ressemble à la Restauration de 1815.

Autre porte-flingue, la députée Aurore Bergé pose avec des chats dans Paris Match, avec cette formule qu'elle tweete aussitôt: "la manière dont on traite les animaux reflète le niveau d'une société." Elle voudrait autoriser les animaux dans l'enceinte de l'Assemblée. C'est gentil. L'humoriste Guillaume Meurice lui rappelle qu'elle aurait pu commencer par voter POUR et non pas CONTRE l'interdiction du broyage des poussins ou de castration des porcelets lors du vote de la loi Alimentation.

La Macronista, cet ensemble d'élus expérimentés ou novices, de castors fidèles et de jeunes arrivistes n'ose assumer publiquement la réalité de ses actes, de ses votes, de ses décisions. Elle embrouille le chaland avec sa novlangue souvent technique, parfois bisounours, pour masquer la réalité.C'est cela qui la rend aussi odieuse que les outrances de l'extrême droite fascisante dont elle emprunte le programme migratoire ou la droite furibarde dont elle conserve les arguments économiques.

"Triste réalité"
Parfois la réalité met pourtant à mal la communication gouvernementale. L'épisode "Glyphosate" a ridiculisé une fois de plus Nicolas Hulot et son impuissance. Fallait-il rire ou pleure en écoutant Hulot brasser le vent en exhortant au sursaut contre le pesticide qu'il venait d'autoriser pour trois années encore ? Le jardinier en phase terminale de cancer qui vient l'emporter contre Monsanto a utilisé le Round-Up pendant... deux ans seulement.

Le second épisode de la série "Aquarius" fut également cocasse. Il fallut une rencontre téléphonique au sommet de plusieurs Etats européens, dont la France bien sûr, pour décider de comment se répartir 141 migrants rescapés des camps d'esclaves libyens. Oubliera-t-on le Code de la Honte qui facilite l'enfermement des familles et la réduction du droit d'asile ?

Que dire que l'inutile secrétaire d’État Brune Poirson ? Elle s'indigne de la pollution, elle tweete, elle tweete, elle tweete même ses goûts littéraires aux Editions Actes Sud, propriété de sa collègue ministre de la Culture, laquelle est épinglée par la presse pour son évasion fiscale.  

Brune Poirson a oublié qu'elle était ministre, le gazon de son ministère est plus utile qu'elle pour la planète.

Plus grave, Florence Parly ministre des Armées, évoque l'utopie d'un monde sans soldats (avec des drones ?), et prépare "la guerre dans le Cosmos" (sans blague)... tandis qu'une frappe aérienne des forces alliées aux Saoudiens tue quarante enfants. La France vend toujours des armes aux islamistes saoudiens qui, en retour, font la guerre au Yémen contre la population civile.

Plus sérieuse également, l'affaire Benalla n'a pas fini de livrer ses secrets. On cherche encore son coffre-fort, bizarrement "évacué" d'un appartement que l'ancien garde du corps de Macron ne pouvait ouvrir le jour de la perquisition. L'une des victimes de se confie à la presse et accuse Vincent Crase de l'avoir frappé. Car cette affaire de barbouzes a cet autre volet, l'énième légitimation des violences policières. On ne reproche à ces barbouzes de l'Elysée pas tant d'avoir frappé que d'avoir usurpé leur appartenance aux forces de l'ordre. Quand à "l'ONG" qui s'est amusé à ficher quelques milliers d'activistes sur Twitter, quelques curieux dévoilent peu à peu les dessous de cet espionnage numérique. La CNIL s'est saisie du sujet.

Il est illégal de ficher les gens en fonction de leur opinion politique sans leur consentement, même quand ces opinions sont publiquement exprimées. Et même les CGU de Twitter sont explicites à ce sujet, n'en déplaisent à quelques esprits embrumés par la révolution numérique.

Plus bête, la privatisation de quelques joyaux monopolistiques de la République que Macron a décidé de vendre pour mieux maquiller ses comptes publics, réduire le déficit budgétaire sans augmenter les impôts ni réduire les dépenses publiques. Aéroports de Paris, "ADP", est le prochain sur les rangs. Trois fonds, dont deux étrangers, comptent leurs billets pour rafler nos aéroports parisiens, une activité ultra-rentable et sans réelle concurrence.

La stratégie macroniste est d'abord financière.

Qui en doutait ?






Ami(e) macroniste, assume.






(*) L'homme, effaré sans doute par les réaction indignées devant un tel cynisme, s'est excusé ensuite d'un tweet en expliquant qu'il ne faisait que relayer "cette position car elle est largement développé à droite et à l'extrême droite dans toute l'Europe" et "fermer les yeux sur la tentation égoïste est du déni de réalité". Le castor réalise qu'il est

12 août 2018

588ème semaine politique: Macron, et le choc de l'été

 

 

 Où l'on découvre que l'été n'est pas si calme.



BOOMERANG
Une poignée de bénévoles mus par l'envie de démonter les Fake News laissent fuiter quelques informations détonantes: "En investiguant un peu plus , on remarque une forte part de personnes qui ont tweeté plus de 300 fois en une semaine. Cette part a écrit 1 767 682 tweets (44% des tweets !) Parmi ceux-ci, correspondance de 27 % avec l'écosystème russophile" balance l'un des auteurs. La Macronista toute entière pousse un "ouf" rageur de soulagement  - ils l'avaient bien dit ! L'affaire Benalla était un montage grossier d'une alliance rouge-brune pro-poutinienne ! Et Boum, L'un des dirigeants d'En Marche tweete son plaisir. Le ministre Griveaux relaye ces fuites. L'ancien porte-flingue de Sarkofrance, Frédéric Lefebvre, écrit même au Sénat pour réclamer une commission d'enquête pour "faire la lumière sur cette manipulation d'ampleur".

La presse relaye, relaye, relaye.

A tort, puisque tout est bidon.

L'affaire leur revient à tous comme un boomerang. D'abord l'étude est enfin publiée dans son intégralité. Patatras... l'influence russophile était un mythe. La supercherie fait long feu. Mieux encore, on découvre un fichier qui recense, numérote puis classe environ 5 000 personnes. Tout juste deux mois après la mise en œuvre de la RGPD qui impose de demander le consentement des fichés, cela fait tâche.

Le sous-secrétaire d'Etat au numérique, au doux surnom de "Copier/coller" tant il répète avec exactitude les éléments de langage de l'Elysée, préfère supprimer son compte Twitter le temps des vacances.

Ne riez pas.
 "Le mot "russophile" est "ultracompliqué à expliquer, sans doute un mauvais terme. Ça fait penser à une organisation, un complot. On l'a appris à nos dépens", reconnaît Alexandre Alaphilippe. "A partir de là on a été accusés de dire que les bots russes avaient créé l'affaire Benalla, et – parce qu'on avait été financés par Twitter – que c'était lié aux suppressions de comptes et qu'on avait donné nos fichiers à Twitter." L'ONG a en effet reçu 125.000 dollars de Twitter, qui avait gagné de l'argent sur des campagnes de désinformation sponsorisées et décidé d'en redistribuer une partie à des organisations qui combattaient cette désinformation." Source: l'Obs.
Les auteurs de l'étude bidon s'excusent, se défendent. Mais les macronistes ne trouvent rien à redire, bien au contraire. Ficher les gens grâce à ceux qu'ils disent et publient sur les réseaux sociaux, c'est "normal".

N'est-ce pas le moins surprenant ? Cette supercherie révèle la faible importance de la protection des données personnelles chez certains, mais surtout l'ampleur du stress que l'affaire Benalla a généré dans les sphères macronistes.


MISES EN SCÈNE
Mardi 7 août, le jeune monarque sort de son fort estival saluer les manants qui font le siège de son entrée. Caméras et photographes sont là, évidemment. Elles captent ce moment précieux où le petit Maxime, 8 ans, qui "chante la Marseillaise 10 fois par jour et rêve de rencontrer Emmanuel Macron", s'extasie de bonheur quand il le rencontre. L'émotion n'est pas feinte, la mise en scène est totale. Un "journaliste" d'Europe1 raconte tout fier comment il a organisé la rencontre à la demande du conseiller presse de l’Élysée. La presse n'est pas aux ordres, n'est-ce pas ? Elle sert les plats. 

Le couple passe des vacances "discrètes". L'absence de transparence surprend. Le jeune monarque se cache. On nous avait promis, pour justifier les 300 000 euros de rénovation du palais de Brégançon, que le lieu serait "l’Élysée d’été." Un Elysée bien au repos. Finalement, "ce sont des vacances privées"... Ah bon...  Mais du coup, camarade président, tu rembourses les frais ou pas ? 

Jeudi 9 août, quatre jours de silence sur les réseaux sociaux, puis soudain il se réveille et publie un court message sur le "droit à l'erreur" des usagers de la Fonction publique. Il a bien raison. Après la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires à l'issue du quinquennat, on espère ques les usagers auront "droit à l'erreur"... 


Vendredi 10 août, mise en scène encore. "Emmanuel Macron toujours en action" commente BFM TV le soir. Qu'a-t-il fait ? Il a décroché son téléphone pour appeler Vladimir Poutine à propos du cinéaste dissident Oleg Sentsov qui est en train de mourir de sa grève de la faim en prison en Russie. Le prisonnier "ne s'est plaint de rien", commentent les autorités russes. Macron a pourtant rencontré Poutine pendant de longs moments, deux heures de match final en Russie, le 15 juillet dernier, alors que la pétition pour le dissident battait son plein. Pourquoi donc n'a-t-il rien dit à Poutine à ce moment là ?

Mais à ce moment précis-là, Jupiter ne voulait pas "polluer" son "moment" footballistique. Oleg Sentsov méritait moins que quelques selfies avec les gagnants de la Coupe du Monde.

Les ministres ne sont pas en reste. Voici un reportage dans Paris Match sur le ministre Griveaux, photographié en short en train de "déconnecter". Un autre sur Gérard Collomb "qui a pris le train pour aller en vacances à Agen". Ou encore Jean-Michel Blanquer qui fait une tournée provinciale de centres de loisirs, accompagné de ce qu'il faut de journalistes locaux, il "se passionne pour les activités en plein air". Il se passionne moins pour le fiasco Parcoursup.

Quelque 66 000 bacheliers n'ont toujours aucune affectation pour la rentrée prochaine, à deux semaines de la reprise scolaire.

66 000.

Le fiasco de Blanquer est assez incroyable. Aussi incroyable que le silence qui l'entoure, la complaisance qui l’accompagne. Il y a un an, presque jour pour jour, le gouvernement fraichement nommé accusait l'ancien système, APB, de tous les maux. Le tirage au sort pour les quelques milliers de bacheliers sans affectation en août avait achevé l'ancien régime. Dès décembre, le nouveau ministre présentait un nouveau logiciel, quelques centaines de milliers d'euros, peut-être un million ou plus, pour développer la précipitation une nouvelle application baptisée Parcoursup. La belle affaire ! "De grands changements vont arriver parce qu'ils sont indispensables." déclarait-il, triomphant, en septembre. Vraiment ? Et il ajoutait: "L'esprit dans lequel ce sera fait c'est surtout de mieux orienter, mieux répartir chacun, tenir compte aussi des besoins exprimés".

L'arnaque fut belle, le fiasco total. L'application, truffée de bugs, exigeait des futurs bacheliers autant de lettres de motivation que d'établissements, et aucune hiérarchie dans les voeux ce qui signifiait que les établissement, à quelques exceptions près, avaient donc un choix de sélection des élèves démultiplié à un niveau inédit. Un mois avant le bac, Parcoursup délivre ses premiers résultats pour 800 000 élèves. A peine la moitié obtiennent une réponse favorable, l'autre moitié est déboutée. Parcoursup impose aussi un délai de réponse décroissant à fur et à mesure que des places se libèrent. Deux mois plus tard, environ 150 000 élèves sont sortis du jeu, éjectés ou découragés. A deux semaines des premières rentrées scolaires, 66 000 bacheliers sont sans affectation.

Mais Jean-Michel Blanquer parade en tee-shirt, en chemise avec ou sans cravate, dans les centres de loisirs de France, devant journalistes et caméras régionales.
"Quand on ne répond pas à un seul vœu, on est considéré comme "inactif" et viré de la plateforme. Faire ça, c’est extrêmement efficace : une personne de virée, c’est dix places de gagnées." Louis Boyard, UNL, cité par Regards.
 Blanquer est responsable de ce fiasco. Il a aussi lancé une réforme élitiste du bac, et une autre du bac professionnel (-15% d'enseignement des mathématiques et des sciences humaines) qui s'apparente à une ghettoïsation inavouée. 

Blanquer choisir ses priorités. L'interdiction des portables au collège et au lycée en fait visiblement partie. Il a même trouvé le temps d'écrire (de faire écrire ?) un livre - "Construisons ensemble l'école de la confiance", éditions Odile Jacob.

Qui a dit qu'être ministre était un job à temps plein ?

AFFAIRISME
Alexandre Kohler
Alexandre Benalla est en vacances forcées. Le Canard Enchaîné révèle que le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a menti sous serment quand il déclara à la commission d'enquête sénatoriale qu'il ne connaissait pas le responsable de sécurité du président. Il publie un gentil mot de remerciement adressé par le préfet au jeune protégé de Jupiter - "merci pour la magnifique photo-souvenir !" On est heureux pour lui, on aimerait voir cette photo.

Silence dans les rangs. Les officiels du gouvernement sont tous en congés, sauf Agnès Buzyn (santé) qui suit les statistiques de morts pour cause de canicule comme le lait sur le feu et Jean-Michel Blanquer qui fait le beau.

Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée, est un homme curieux. Il ne sait pas combien d'employés élyséens sous sa direction possèdent une arme à feu. Il a "oublié" aussi de faire signer des déclarations d'intérêts à TOUS les membres de la Présidence. Sacré tête en l'air ! En revanche, il a le sens de la famille.

Déjà sous le coup d'une enquête préliminaire du parquet pour un soupçon de favoritisme avant son accession à l'Elysée, voici qu'il fallait l'objet d'une seconde plainte de l'association Anticor pour "prise illégale d’intérêts": "Mediapart a révélé que M. Kohler avait, en qualité de représentant de l’Agence des participations de l’État, siégé au conseil de surveillance du du Grand Port Maritime du Havre", sans révéler ses liens familiaux avec l’armateur MSC, dont il a d'ailleurs été  ensuite directeur financier de la filiale croisières.

Favoriser sa famille sur le dos des intérêts de l'Etat ?

Quelle belle accusation !

A l'Elysée, on s'inquiète. 

C'est normal.


ÉCHEC
La croissance s'essouffle... déjà ? 

"Difficultés passagères" commente Macron à ses ministres (*).  Il faut croire que la précarisation de l'emploi salarié par les Ordonnances Travail de l'été 2017,  la baisse des APL et des remboursements de soin, le relèvement de la CSG pour tous ont découragé la demande. La politique de l'offre est encore une fois, à ce stade, un échec: l'amélioration du patrimoine et du pouvoir d'achat des 1% les plus riches renforce l'épargne et les placements, pas l'investissement. Et les employeurs, "libérés de la peur d'embaucher", ne se sont pas rués pour créer des emplois. Pire, l'inflation repart.

Au second trimestre, l'emploi intérimaire s'affaisse, le signe pourrait être inquiétant car l'évolution de l'intérim est l'un de ces premiers symptômes. Très sobrement, le quotidien des affaires Les Echos explique que les créations d'emplois sont insuffisantes pour résorber le chômage. On sourit: les créations nettes d'emploi salarié privé fléchissent ! 31 000 créations nettes d'emploi après +46 000 au trimestre précédent. Où est passé l'enthousiasme patronal?  Quelque 6,7 millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi, dont moins de la moitié sont indemnisées. Le nombre de sans-emploi (catégorie A) est reparti à la hausse, à 3,44 millions (+01%), surtout chez les femmes (%0,5%) et les jeunes (+1,9%).

L'une des rares mesures économiques de l'été est un cadeau. Noël en août, merci Macron, merci patron.

Macron aime le foot. L'affaire Benalla a ruiné les éventuels bénéfices de la victoire française lors de la Coupe du Monde de football. Mais Macron aime le foot et le sport en général. Il vient d'ailleurs de faire un joli cadeau à tous nos sportifs (et leurs entraineurs) millionnaires: ils auront le bénéfice fiscal du "droit à l'image" en vigueur dans les arts et lettres, cinéma, mode et autres terrains culturels. En d'autres termes, une partie de leurs revenus sera désormais exonérés de l'essentiel des cotisations sociales et de l'impôt sur le revenu.  Le patron de Ligue de football professionnel est R.A.V.I: "ce dispositif législatif donne à nos clubs non seulement des moyens supplémentaires pour les conserver, mais aussi plus de chances d'attirer de grandes stars étrangères".

Vive le foot ! Vive le sport !

Nos sportifs les plus riches, déjà riches, paieront donc proportionnellement moins d'impôts que la populace qui les applaudit.

Merci Macron, merci patron.

Autre choc, belle nouvelle, la multinationale de l'agrochimie MONSANTO est condamnée aux Etats-Unis  à 289 millions de dollars de dommages et intérêts en faveur d'un jardinier de 47 ans en phase terminale de cancer. En cause, l'utilisation deux ans durant du RoundUp -  49 euros le demi-litre chez Amazon. un pesticide au glyphosate, classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le même glyphosate que le gouvernement français a décidé de laisser en libre circulation trois années encore en France.

Rappelons-nous ce que déclarait Emmanuel Macron il y a quelques mois à propos du glyphosate:

"Il y aura un point de rendez-vous et si les choses n’avancent pas dans trois ans, on passera par la loi."
On attend un procès.

Nicolas Hulot, ministre de l'environnement, ne sait plus quoi dire. On oublierait presque qu'il est ministre: "Il faudrait maintenant que l’on passe à une autre échelle. Nous devons mener tous ensemble une guerre pour réduire les molécules les plus dangereuses, sans attendre la démonstration absolue de leur dangerosité. " pérore-t-il...  "Appliquons enfin le principe de précaution".

Sans rire ?

"Les multinationales ne sont puissantes que parce que nous sommes faibles. Est-ce qu’un jour nous comprendrons que Monsento-Bayer n’a pas d’autre objectif que de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète ?" continue-t-il sur les ondes. Mais qui est donc "ministre de la Transition écologique et solidaire" ?








Ami macroniste, reste ici.






(*) cité par le Canard Enchainé du 9 août 2018.