Affichage des articles dont le libellé est Opinion. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Opinion. Afficher tous les articles

9 novembre 2019

Le délire xénophobe de Macron - 652ème semaine politique



Les castors, qui croyaient être un barrage contre l'extrême droite, n'en sont que le marche-pied. C'est le constat de la semaine, sans doute l'un des plus importants du quinquennat.


Affairé à casser les digues, Emmanuel Macron a porté le sujet migratoire plus loin encore sur le terrain favori de l'extrême droite. Cette semaine, il a franchi "un pas important et longtemps inédit", restreindre l'accès au soins des demandeurs d'asile. C'est une diversion politique, une mesure contreproductive, et un rapprochement ignoble et calculé sur l'agenda politique de la droite xénophobe.

A l'Assemblée nationale, les député(e)s godillots vont voter sans rechigner la suppression de la prise en charge médicale, y compris d'urgence, pour les réfugiés, pendant 3 mois. Comme ils ont voté, sans rechigner pour 200 d'entre eux (sur 300), la réduction à 90 jours du délai de dépôt de demande d'asile, cette nouvelle carence permet de virer plus vite, même les malades et les blessés. Cette mesure fait partie des 20 propositions xénophobes présentées par Édouard Philippe après un "comité interministériel sur l'immigration et l'intégration", censé théâtraliser au mieux l'action gouvernementale.


Boutique Enlysée

Dans son texte, le premier ministre insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de "reprendre le contrôle" de l'immigration. Cette fois-ci, la novlangue macroniste est peu créative, elle est simplement le copié/collé de la bouillie xénophobe de l'extrême droite. "Reprendre contrôle" sous-entend évidemment que l'immigration est incontrôlée. "Marine Le Pen peut rire sous cape” résume le journal Tageszeitung, en Allemagne. Elle peut même éclater de rire, et applaudir. Le clan macroniste fournit l'habillage sémantique qui va bien pour chaque recul des droits: il veut "protéger" le regroupement familial "en luttant contre certains détournements". Il veut favoriser "l'intégration par le travail" en durcissant les définitions d'emplois pour justifier l'immigration économique.
"Il ne s’agit pas de faire des quotas de personnes venant d’Afrique, du monde arabe ou d’Asie, il s’agit juste de dire que c’est une question légitime de savoir combien on veut d’ouvriers agricoles, d’ingénieurs, d’informaticiens, de techniciens" Laurent Wauquiez, 2007
"Fixer des objectifs quantitatifs ou des quotas - les deux termes me vont - en matière d'immigration professionnelle." Edouard Philippe, 2019
Pour justifier la suppression de l'accès aux soins  pendant 3 mois, les castors comparent ce traitement à celui, identique, réservé aux expatriés revenant au pays qui sont quasi-exclusivement des cadres et dirigeants d'entreprises  (1% d'ouvriers, source: ministère des affaires étrangères, 2013), la plupart installés en ... Suisse, aux Etats-Unis et au Royaume Uni.

Tous les parallèles, même les plus odieux, sont donc possibles.

Ils plaident également vouloir lutter contre le "tourisme médical", une odieuse expression selon laquelle ces réfugiés, dont quelques milliers meurent chaque année en tenant de rejoindre l'Europe, choisiraient la France pour le confort d'une auscultation médicale gratuite. Les traitements lourds étant de toutes façons proscrits de cette aide médicale, cette justification est inepte et honteuse. Le gouvernement pointe vers ses Géorgiens et Albanais qui afflueraient par milliers et "engorgeraient" nos hôpitaux. En 2018, d'après les chiffres de ce même gouvernement xénophobe,  la France a reçu (et non pas accueilli) 5100 demandes d'asile émanant de citoyens géorgiens, et 7200 d'Albanais, soit ... 10% des demandes de cette année là.

Une paille, mais un symbole pour caresser l'extrême droite dans le sens du poil. Les syndicats de médecins sont outrés. Les ONG révoltées.

Et les castors ? Où sont-ils passés ?

Une expulsion de mineure, novembre 2019
La traque des migrants n'est pas chose nouvelle en Macronie: à peine élu, Macron ferme les frontières et refuse aux bateaux humanitaires l'accostage. Le si centriste Gérard Collomb, alors ministre de l'intérieur, publie en 2017 une circulaire qui prévoient que des « équipes mobiles » feront le tri des réfugiés dans les centres d'hébergement d'urgence. Puis en avril 2018, la fameuse loi "asile et immigration", réduit les droits des réfugiés, soulevant l'indignation de plus de 400 associations humanitaires et partis politiques en France.  Et maintenant, pour replacer le débat xénophobe au cœur de l'actualité et taire son échec social et économique, Macron lance une nouvelle salve: "amélioration" du tri par métier créé par Sarkozy en 2008, et carence de 3 mois pour l'accès aux soins.

Cette mesure est aussi xénophobe que symbolique. Elle est l'une des premières marches vers la mise en œuvre intégrale d'exclusion des étrangers de la sphère nationale défendue le Rassemblement National.  

Macron n'est pas un barrage contre Le Pen, mais un marche-pied.

Reprenons l'ensemble des mesures annoncées cette semaine:
  • Macron accepte d'augmenter de quelques millions l'aide au développement, "et en même temps", il cible une partie de cette aide sur "la gestion des flux migratoires". Autrement dit, c'est un chantage, "aide contre fermeture des fermetures" à l'encontre des pays les plus pauvres.
  •  Création d'une "commission stratégique des visas", un machin administratif pour prétendre "reprendre le contrôle".
  • Fermer davantage les frontières européennes avec une augmentation des effectifs de FRONTEX de 1000 à 10 000 postes en 5 ans et une révision du Code Frontière Shenghen
  • Réduire l'accès aux soins pour les réfugiés (délai de carence pour l'Aide Médicale d'Etat; réduction de 12 à 6 mois l'accès aux soins pour les déboutés)
  • Supprimer le versement en liquide de l'allocation aux demandeurs d'asile (ADA: 6,8 euros par jour).
  • Supprimer le cumul RSA / ADA 
  • Augmenter les effectifs d'étudiants étrangers, et "promouvoir l'intégration au travail" "et en même temps" durcir les quotas d'immigration économique;
  • Élever le niveau de maitrise de la langue 
  • Renforcer la dématérialisation des procédures (plus excluante pour les personnes en précarité)
  • "Évacuer les campements insalubres", et y "associer une mise à l’abri humanitaire, un examen de situation administrative et une orientation conforme au résultat de cet examen." 
  • "Améliorer la fluidité de l’hébergement d’urgence et renforcer l’accès au logement", mais taire la baisse des crédits pour ces mêmes hébergements d'urgence.
  • Surtout, la "fluidité" revendiquée consiste à trier, pour évacuer plus vite. Pour améliorer le tri, le gouvernement demande aux centres de "transmettre à l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration les informations relatives aux demandeurs d’asile et aux réfugiés présents dans l’hébergement d’urgence."
Les "castors" voulaient faire barrage contre l'extrême droite. Ils ont simplement décidé de se décaler un peu plus vers elle pour mieux occuper le terrain politique. La presse étrangère ne s'y trompe pas: Voilà des années que la droite en parlait. Nicolas Sarkozy en avait rêvé. Emmanuel Macron l’a fait." (Le Soir, Belgique). “la classe médiatique et politique en France ait passé une bonne partie de l’automne à débattre de sujets tels que le voile et la laïcité, quand ce n’était pas l’immigration”, alors même que ces thématiques “ne figuraient pas parmi les préoccupations essentielles de la population?” (El Pais, Espagne).

Islamophobie-mania
Mais Macron prend un risque calculé: la quasi-totalité de l'opposition de gauche, à l'exception surprenante d'un Yannick Jadot (EELV) qui approuve la mise en place de quotas, est vent debout contre cette énième génuflexion servile à l'égard de la droite furibarde et de ses extrême. Même ce qui reste du parti socialiste pilonne (enfin) la Macronie avec vigueur. Mais l'occasion d'une manifestation initialement consensuelle contre les agressions dont sont victimes les musulmans en France est l'occasion de caricaturer l'opposition, de cliver à nouveau sur un sujet proche. Les plus forts soutiens à la politique xénophobe de Macron sont à droite, les mêmes défilent contre un appel à manifester contre l'islamophobie.

Les discriminations dont sont victimes les musulmans sont un fait: même les islamophobes les plus rageux doivent reconnaitre que les musulmans sont l'objet d'une attention politique, sociétale, judiciaire et policière hors normes depuis la montée de l'islamisme radical et la multiplication des attentats islamistes en France et en Europe. En ricochet, une majorité des musulmans en France se déclare avoir subi une discrimination: "les discriminations et les agressions visant les musulmans en France sont minoritaires au quotidien mais sont plus fréquentes que pour le reste de la population" d'après une récente enquête.
  • "Un quart des musulmans ont été insultés en raison de leur religion (24 %) au cours des cinq dernières années,"
  • "La proportion de victimes d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années est deux fois plus élevée chez les musulmans vivant en France (40 %) que dans le reste de la population" (17 % : source Ifop 2019) 
  • 7 % des musulmans sondés déclarent à "avoir été victimes d’une agression physique à cause de leur religion, contre 3 % des non-musulmans".
Comment alors exprimer un soutien à ces victimes indirectes du climat délétère général ? Quel mot d'apaisement pour contrebalancer les insultes racistes déversées à heure de grande écoute par un prédicateur d'extrême droite sur une chaîne d'information nationale ? Comment exprimer le souci de la cohésion nationale et républicaine et ne pas laisser le débat aux islamistes et leur alliés objectifs de la droite furibarde ?
"Force est de constater qu’«islamophobie» est aujourd’hui celui le plus communément admis pour définir cette stigmatisation des Français musulmans. Il n’a toujours pas ma préférence mais à partir du moment où il est bien défini ainsi dans le texte, il ne peut pas m’empêcher de signer un appel unitaire – appel tout à fait juste sur le fond.
(...)
S’il n’y avait pas eu cet appel pour une marche le 10 novembre, il n’y aurait eu aucune initiative de rassemblement contre cette forme particulière de racisme. Rien ! Qu’ont proposé ceux qui protestent contre cette initiative pour réagir à la hauteur du danger ? Rien."
Eric Coquerel, 7 novembre 2019
Le Parti médiatique, c'est-à-dire cet ensemble de médias les plus plus visibles, les plus lus, les plus repris, bref dominants, est à l’œuvre pour relayer le propos de l'extrême droite et accuser la gauche de complicité avec l'islamisme: il décortique le texte d'une tribune simple qui a aucun moment ne vise la loi de 1905; ou la liste des milliers de signataires pour y débusquer des soutiens islamistes. Il fait croire que l'appel à manifester a été co-rédiger avec les Frères musulmans, c'est un mensonge. 

Macron se tait, le Parti médiatique travaille pour lui. La diabolisation permanente de l'opposition lui permet de tenir l'un des programmes les plus rétrogrades, et désormais pleinement xénophobe, de cette Vème République. Une frange prétendue laïcarde suit avec gourmandise et rage Marine Le Pen, Eric Ciotti et consorts pour attaquer avec des caricatures.
Il suffit qu'un appel à manifester en soutien avec les musulmans victimes de discrimination et de racisme: on monte alors en épingle que des personnes et mouvements peu recommandables ont aussi signé le même appel. L'indignation se fait à sens unique, pas un mot ou si peu quand la Bête Immonde s'affiche à la manifestation de soutien contre le meurtre antisémite de Mme Knoll. Le tri dans les manifestants ne vaut que lorsque l'islam et ses croyants, en est l'objet phobique du moment

L'islam et le voile sont les deux belles distractions du moment.

"Le problème c'est l'actionnaire, pas l'immigré ni le retraité." Jean-Luc Mélenchon.



Incapable de lutter contre l'évasion fiscale avec efficacité, Macron est plus habile pour jouer de la peur de l'étranger et harceler les demandeurs d'asile.

Sur les réseaux sociaux "pour jeunes", face caméra avec les dorures élyséennes derrière lui, Macron fait un selfie video pour expliquer que "le harcèlement scolaire, c'est mal." L'argument utilisé lui revient en pleine figure. N'est-il pas lui complice de la même passivité diplomatique vis-à-vis des dictatures du monde, du terrorisme islamiste émirati (qui sert de banque parfois même pour le Rassemblement national) ? Macron était aussi en Chine, il se félicite d'un accord sur la protection de la biodiversité "et en même temps" d'un nouvel accord de libre-échange sans doute détestable pour l'environnement.

La xénophobie macroniste est plus subtile que celle de la droite furibarde. Elle est sélective. Nulle xénophobie quand il fait la bise au prince héritier saoudien. Nulle xénophobie quand il s'affiche en Chine dont il espère les débouchés pour les entreprises françaises. Le 6 novembre, trente ans et 5 mois jour pour jour après les massacres de Tian'anmen, Macron défile sur la même place et fait davantage que le service minimum.



Ami castor, où es-tu ?


3 novembre 2019

Les valeurs actuelles de Macron - 651ème semaine politique

 

 

Macron parle dans Valeurs Actuelles, combien de castors, ces grands promoteurs du "barrage contre l'extrême droite" sont allés acheter ce canard de l'extrême droite ? La diversion est aussi belle que le faux barrage contre l'extrême droite que Macron remet en selle pour 2022. Le prix du gaz explose, le nombre de pauvres aussi, et les réductions de droits des chômeurs entrent en vigueur ce 1er novembre. 

 

Macron parle dans Valeurs Actuelles, vive Halloween !


Parlons valeurs
Emmanuel Macron a des valeurs, bien sûr, qui dépassent et orientent son action: dans son pamphlet publicitaire rédigé avec l'aide de quelques cadres de Havas en 2015 et sobrement intitulé "Révolution",le jeune monarque évoquait son social-libéralisme "enthousiasmant". Il applaudissait les "progressistes réformateurs qui croient que le destin français est d’embrasser la modernité". Il est attaché au libéralisme politique, la liberté individuelle, la concurrence, l'esprit d'entreprise, et la prise de risque. Plus récemment, il a embrassé la défense de l'environnement et même une laïcité conciliante comme nouvelles revendications.

On peut les lire et les relire dans les nombreuses adresses qu'il a livré aux Français depuis trois ans qu'il a fait irruption au premier plan de la scène politique nationale. Dans son dernier courrier, en janvier 2019, il évoquait encore la fraternité le travail louant "une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail".

Depuis deux ans et demi qu'il a tous les pouvoirs centraux de la République - présidence, assemblée nationale, on a pu mesurer l'écart entre les valeurs et l'action. Les valeurs de Macron sont apparues comme une bouillie recrachée en novlangue pour rhabiller la réalité de ce qu'il fait.
Le voici qu'il fait un long entretien qui fait beaucoup jaser dans les "propres" rangs macronistes à l'hebdomadaire de la droite la plus furibarde et la plus rance, Valeurs Actuelles. 





Ce choix révèle d'abord le caprice d'un homme. L'entretien a été réalisé dans l'avion de retour de la réunion, après quatre longues semaines de polémiques sur le voile, alimentée par Jean-Michel Blanquer ministre de l’Éducation nationale, à propos des sorties scolaires, l'irruption télévisuelle quotidienne d'un prédicateur d'extrême droite sur une télévision nationale propriété d'un oligarque dont le groupe apporte son concours logistique privé aux forces militaires en Afrique quand elles en expriment le besoin, et un attentat islamiste au cœur du renseignement français qui avait ridiculisé le ministère de l'intérieur. Macron a pris de court son propre entourage.

Ce choix révèle une fidélité, une relation personnelle de Macron et quelques proches avec l'hebdomadaire réactionnaire: pendant le quinquennat Hollande, Macron était la taupe élyséenne de Yves de Kerdrel, un ami rencontré à la Commission Attali sous Sarkozy, qui pris la direction de "VA" en 2012 (fut condamné pour provocation à la discrimination en 2015 puis pour diffamation en 2017). Sylvain Fort, ex-plume de Macron, fréquentait Louis de Raguenel pour préparer la campagne de Macron.

Dans cette interview, Macron reprend, et légitime ainsi, les propos de l'extrême droite: il caricature les manifestants contre l'islamophobie - "tiers-mondisme non-aligné aux relents marxistes.” Il qualifie les collectifs d'aide aux migrants de d'associations "droits-de-l'hommistes main sur le coeur". Il reprend le fantasme Blanquer, jamais étayé par des chiffres ni des études, sur les "enfants qui sont déscolarisés". Il s'attaque à l'AME: "il y a un sujet que personne n'a vu (...), ce sont les gens qui viennent avec un visa touristique, qui reste trois mois et ensuite se mettent à l'AME." Et le voici qui suggère un délai de trois mois de carence. Rappelons que l'AME ne concerne que 300 000 bénéficiaires. Et que les fins limiers du contrôle des abus du dispositif n'ont trouvé que 571 dossiers frauduleux l'an dernier...

Les valeurs d'Emmanuel Macron s'arrêtent-elles là où commence son ambition politique ? Il a besoin d'un duel final avec Le Pen. "Emmanuel Macron est le premier président de la Ve République à accorder une interview durant son mandat à un titre aussi marqué à droite." commente un politologue. En accordant cet entretien de 12 pages, écrit, relu et validé, "le président de la République, par des marqueurs sémantiques qui correspondent parfaitement au lectorat de Valeurs actuelles et à l'idéologie de ce journal, ne se situe plus au centre de gravité de LREM."
Ce n'est pas sans raison. Macron va porter l'argument là où il veut que le débat politique se clive, c'est-à-dire sur l'immigration et l'islam, pour mieux faire oublier son échec social et ses partis pris économiques. Sa seule issue politique pour faire oublier sa présidence des ultra-riches est de forcer un tête-à-tête contre l'extrême droite. La presse dominante emboite d'ailleurs le pas avec gourmandise. Ainsi le Monde, sous la plume d'Ariane Chemin et de , qui "décryptent" la tactique politicienne du jeune monarque, dans un article qui débute par un grossier mensonge: "Depuis 2017, les Français attendaient les réflexions d’Emmanuel Macron sur la laïcité, le droit d’asile, l’immigration, l’islam." C'est faux, même les sondages le disent.

Cette "minute d'allégeance à l'extrême droite" est un moment clé de cette séquence de rentrée. Macron est sorti de l'été en tentant de jouer sur un nouveau positionnement, la bienveillance et l'écologie - "J'ai changé" clamait-il sur le le site de l'agence de brand content "Konbini". Mais cela ne suffit pas. La grève réussie des syndicats contre son grand projet de réduction des retraites l'a fait reculer, très loin. Désormais, promet-il, sa réforme des retraites n'affectera pas celles et ceux avec déjà 15 ou 20 ans de carrières... En d'autres termes, rien de neuf avant quatre ou cinq quinquennats... L'ardeur réformatrice du président des riches serai-elle émoussée ?

Cachez cette présidence des riches...
Le 5 décembre, un appel à la grève général fiche la trouille en Macronie. La presse dominante, encore elle, commence son intoxication, comme ces sondages pour "prouver" que la grève est déjà impopulaire. Cette surimpression fasciste du débat politique par la Macronie n'est pas sans rapport.

Il faut divertir l'attention, souffler sur d'autres braises, faire oublier la police que l'on envoie matraquer à ciel ouvert et sans sommation contre les Gilets Jaunes pour leur 51ème acte. Il faut cacher cette guerre contre les pauvres. Son gouvernement envisage même de supprimer l'un des themomètres, l'Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale. 

Le gaz augmente (encore) de 3% pour 4 millions de foyers. Mais bonne nouvelle... les pensions de retraite sont revalorisées de ... 1%. L'allocation aux adultes handicapés (AAH) progresse de 40 euros par mois, soit +4,65%. Quel bel effort ! Merci messieurs. Le "pôle de gauche" de la Macronie peut espérer faire oublier le gel des autres prestations sociales qu'il vient de voter comme des godillot pour l'an prochain. Ou la hausse du nombre de pauvres que la réduction des aides au logement a provoquée.

C'est la Toussaint, 50% des demandeurs d'emploi voient leurs droits réduits à compter de novembre à cause des nouvelles règles d'indemnisation: 1,3 million de personnes sur les 2,7 millions qui bénéficient actuellement d’une indemnisation (sur 6 millions de personnes inscrites à Pôle emploi). Les dégâts sont considérables. Plus particulièrement visés, les CDD, les intérimaires, les mi-temps thérapeutique, les jeunes et les temps partiels (majoritairement des femmes). Pour 850 000 personnes, les indemnités vont diminuer de 20% en moyenne avec la réforme. Comment Muriel Pénicaud, ministre du travail, le justifie-t-elle ? "On corrige une situation. Aujourd'hui, en alternant des contrats, on gagne plus quand on entre au chômage qu'au moment où on travaillait. Ce n'est pas logique." La ministre ment: ces 40% des chômeurs ne touchent pas plus que lorsqu'ils travaillaient. L’objectif annoncé de la réforme  est d'économiser 3,4 milliards d’ici fin 2021.

Et de quelles indemnités faramineuses parle-t-on ?
  • D’après l’UNEDIC (organisme qui gère l’assurance-chômage), 850 000 personnes verront leur indemnité baisser de 905 à 708 euros (-22%). 
  • Pour 280 000 personnes, l’allocation diminuera de 897 à 679 euros (-25%).
  • Pour 7 % des chômeursc(190 000 personnes), l'allocation sera réduite de 868 euros à ... 431 euros par mois (-50%).
Aujourd'hui, on paye moins de cotisations sociales sur les revenus de la spéculation et les dividendes que sur ceux du travail.

Aujourd'hui, on paye moins d'impôts sur les revenus de la spéculation et les dividendes que sur ceux du travail dès que l'on paye plus de 12% d'impôt sur le revenu.



Ami castor, as-tu acheté Valeurs Actuelles cette semaine ?



Quand les macronistes n'aimaient pas VA


26 octobre 2019

Le mythe du pôle de gauche macroniste - 650ème semaine politique

La France de 2019 vit toujours son mauvais feuilleton fait de surenchères racistes ultra-médiatisées, d'humiliations de la République en France et à l'étranger, et de grossières diversions officielles pour calmer la grogne sociale. 

 

D'un côté la Macronie souffle ranime la Bête immonde, de l'autre elle fait mine de se doter d'un pôle de gauche. 

 

Il s'agit de préparer 2022.




La Bête Immonde
Un prédicateur d'extrême droite, condamné pour injures racistes à deux reprises, a libre antenne, une heure chaque soir, sur la chaîne d'informations d'un oligarque. Nous ne sommes ni aux Etats-Unis sur Fox News ni en Russie, mais en France.

Eric Zemmour est sur CNEWS. 

Depuis deux semaines, un autre média, les Jours, s'échine à tenir la chronique précise de cette humiliation: "depuis la décision de mettre Jean-Marc Morandini à l’antenne il y a trois ans, CNews n’était jamais tombée aussi bas." Il vomit sa haine, abime la République, son histoire, son image. Sa mégalomanie n'a d'égale que sa peur du monde qui l'entoure. La violence de ces accusations contre les musulmans, les féministes, les "bien-pensants", les Kurdes ("chéris de l’intelligentsia française") ou les homosexuels témoigne de la fragilité de cet homme. Il assène ses arguments, accusent ses adversaires d'avoir "tout faux". Avec ses haine et ses phobies, le prédicateur "se pose comme le détenteur d'une vérité révélée." Même quand il débat des retraites et du système social français avec le représentant français d'un oligarque tchèque désormais propriétaire d'une bonne partie de la presse française, Zemmour parvient à louer "l'homogénéité ethnique et culturelle" des pays scandinaves.

Après avoir comparé l'islam au nazisme lors d'une Convention de la droite furibarde retransmise à la télévision en direct, puis accusé les noirs et les arabes de complexer les jeunes blancs occidentaux par l'importance supposée de leur virilité (?!?), Zemmour a poursuivi dans un talkshow quotidien, centré sur sa personne. Il a ainsi célébré le général Bugeaud qui a fait "massacrer les musulmans, et même certains juifs" en Algérie, menti sur Pétain "sauveur des juifs français", déclaré que l'orientation sexuelle était un choix.
« Vous pouvez faire six mois de grève, Zemmour viendra. »
Serge Nedjar, directeur de CNEWS. 
La présence télévisuelle quotidienne d'Eric Zemmour à une heure de grande écoute sur une chaine nationale est une première politique. Aucun leader politique, aucun militant d'aucun parti, aucun idéologue d'une quelconque paroisse citoyenne n'a droit à pareille faveur. Le recrutement d'Eric Zemmour fut sans doute un calcul économique de la part de l'oligarque propriétaire de CNEWS, c'est aussi une prise de position politique majeure. Ce torrent télévisuel de haine de la part de l'un des prédicateurs les plus effrayés et effrayants du pays fait réagir: annonceurs et personnalités boycottent progressivement la station d'information. Le CSA tousse un peu, très peu. L'autorité de tutelle de l'audiovisuel française laisse filer ce discours de haine quotidien en prime-time à la télévision française.

Cette offensive médiatique de l'extrême droite française a commencé avec les délires anti-voile lancés à la rentrée scolaire, et appuyé par certains ministres tel Jean-Michel Blanquer. Cette semaine, certains esprits macronistes se ressaisissent et s'offusquent, mais il est trop tard.

La Bête Immonde est de sortie.

Cette décomposition intérieure du pays s'accompagne d'une reddition en bonne et due forme sur le terrain diplomatique. Depuis deux semaines, la Turquie attaque le Kurdistan syrien. Première surprise, l'inaction européenne, et notamment française: un Etat membre de l'OTAN attaque militairement, sans mandat onusien ni prétexte de légitime défense, un Etat voisin. La réaction diplomatique française est modeste, très modeste. Le 13 octobre, la France "condamne dans les termes les plus fermes" l'intervention turque sur le sol syrien. Quelques jours plus tard, alors qu'un conseil européen se tient à Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne sont incapables de faire mieux que de promettre de rencontrer l'autocrate turc Recep Tayyip Erdogan. Macron a encore une fois le verbe prudent:"Il faut essayer de comprendre et de voir où la Turquie veut aller." En coulisses, la France suspend ses exportations d'armes à la Turquie... c'est un peu tard.

 
L'intervention turque est évidemment pire qu'une "simple" agression militaire: elle signifie l'abandon des alliés kurdes grâce à la complicité américaine et le silence franco-européen.  En Syrie, les Kurdes, fidèles alliés de la coalition occidentale contre les terroristes de Daech, sont abandonnés à leur sort, avec leurs familles. Qu'importe le lourd trin payé par les Kurdes dans la lutte contre Daech, 11 000 morts et 24 000 blessés. Qu'importe si des forces spéciales américaines et françaises étaient présentes sur le terrain aux côtés des Kurdes au moment des premiers bombardements turcs.

Le clown de la Maison Blanche préfère lâcher les Kurdes - la Turquie n'est-elle pas membre de l'OTAN ? Il en rajoute, comme toujours, avec quelques propos odieux pour accompagner sa trahison. En France, Jupiter apprend cela sur Twitter. Face à Erdogan, Macron se comporte comme Daladier face à Hitler, tout en lâcheté et fausse fermeté. Il se couche: quelques déclarations embarrassées; aucune riposte militaire quand les premiers soldats français sont attaqués (combien de blessés ?); pas même une fermeture d'ambassade.

La France est publiquement humiliée.

Certains parallèles historiques font mal: en France, le débat médiatique s'asphyxie autour du voile, et laisse la part belle et proéminente au discours xénophobe, raciste et furibard d'un prédicateur. A l'étranger,  la diplomatie française est à genoux face aux assauts d'un autocrate régional.

Quel curieux sentiment de revivre 1938.

La Bête Immonde est de sortie, les lâches sont démasqués.

En visite quasi-touristique à la Réunion puis à Mayotte, Macron pose devant une plage déserte pour faire un énième selfie video, cette fois sur la biodiversité. Il aurait pu choisir le site du futur mega-centre commercial EuropaCity près de Roissy (les travaux de la gare, en plein champs, débutent en novembre), ou le chantier du tunnel Lyon-Turin. Ou même la carrière de la Montagne d'or en Guyane française. Il y a 6 mois, Macron a fait supprimer la consultation systématique du Conseil national de protection de la nature avant l’autorisation d’un projet d’aménagement de grande ampleur. Le libéralisme jupitérien défend le désengagement de l'Etat et l'initiative individuelle, la fluidité des échanges économiques fut-elle aux détriments de la planète.

Éclaboussé par le vomi raciste d'un Zemmour, Macron a cru bon de réagir, timidement: « le port du voile dans l’espace public n’est pas l’affaire de l’Etat. » N'aurait-il pas pu dire davantage ? Expliquer que la pratique des religions est une affaire privée ? Qu'il faudrait cesser d'instrumentaliser le moindre fichu pour divertir les gens ? Non, il ne pouvait pas. Macron a placé l'immigration au cœur de sa rentrée politique. D'ailleurs, il répète ce jour-là les mêmes fantasmes de son ministre de l'Education  ("Il y a aujourd’hui des femmes et des hommes qui disent de par ma religion je n’adhère plus aux valeurs de la République, je sors mon enfant de l’école"). Comme Sarkozy en 2010, il a tout intérêt à rester sur le terrain de prédilection de l’extrême française: cela clive le pays, cela resserre les rangs autour de lui, cela permet d’espérer rejouer le coup du barrage anti-FN. Les saillies verbales du ministre de l’Éducation nationale contre le port du voile non pas simplement dans les écoles (c'est interdit) mais sur le sol national, ne sont pas prononcées par hasard. C'est une tactique politicienne aussi odieuse que l'adoption de la loi asile et immigration en avril 2018 qui a réduit les délais de dépôts de dossiers, allongé ceux de rétention et facilité les expulsions.

La Macronie a besoin que la Bête Immonde occupe le terrain médiatique. Il lui faut empêcher que les autres sujets, socialement plus sérieux, économiquement plus graves, ne ressurgissent: retraite, chômage, fiscalité, environnement, hôpitaux, gilets jaunes. Il s'agit d'éviter que cette France au bout du rouleau ne se rappelle sa propre condition.

Le retour à la bougie
A la Réunion, Macron joue à Jupiter le généreux - aides à l'emploi, défense de la biodiversité, baisse des prix. C'est Noël sous les Tropiques ! Déconstruire ces tartufferies n'est pas compliqué, mais la couverture médiatique de ce déplacement présidentiel ressemble à un publi-reportage en autocratie.

On retient les petites phrases (sur le voile), on tait le décalage entre les mots et les actes, entre la belle posture sous le soleil réunionnais et la répression en métropole. Jupiter délivre sa "recette" pour faire baisser les prix des biens dans l'île où le coût de la vie est plus élevé qu'en métropole: "On remet de la concurrence et on arrive à faire baisser les prix."

Laisser faire le marché, la pirouette est belle. La Réunion est figée par quelques monopoles locaux, mais la sainte croyance dans les bienfaits de la main invisible du marché a de quoi laisser l'assistance circonspecte. La concurrence fait toujours baisser les prix ... dans l'argumentation libérale. La réalité est plus sombre. La libéralisation des prix de l'énergie en France est un bel exemple. Dans son rapport publié début octobre, le Médiateur de l'énergie s'en inquiète. Même des économistes peu suspects de souverainisme étatique, comme ceux de la Fondation Robert Schumann, s'en "amusent": "avec la suppression des tarifs régulés, il ne s’agit plus d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour favoriser la concurrence."

Derrière les images officielles de Macron en bras de chemises saluant les foules en liesse, relayées sans recul par cette jeune journaliste de BFM, il y a parfois ces petits moments de vérité filmés par des amateurs. Comme cette séquence où le jeune monarque se voit retirer sa main de l'épaule d'un jeune, mécontent de cette fausse familiarité. Derrière les images officielles, il y a aussi la réalité de l'action contre les chômeurs: Macron avait un plan spécifique  - exonérations de charges sociales, maintien de 12 000 emplois aidés (qu'il supprime en métropole). Tel le roi Saint Louis qui "soignait les aveugles et les lépreux", Macron va jusqu'à signer une recommandation sur le formulaire de Pôle Emploi d'une chômeuse de longue durée. En métropole, Macron vient de faire voter une loi pour réduire les indemnités de 2 millions de chômeurs, en ciblant les plus précaires, alors qu'un tiers des chômeurs ne touchent déjà rien; et 40 % ne reçoivent pas plus de 500 euros par mois.

Derrière les images officielles, il y a des manifestations, des protestations, la colère des gens.

Il y a aussi cette autocratie qui manipule la démocratie. Ainsi apprend-t-on qu'en métropole, la Chancellerie envisage de revoir la carte judiciaire, c'est-à-dire supprimer des postes de juges d'instruction. Mais elle préfère attendre après les élections municipales. Le 23 octobre, le Canard Enchainé publie une note interne du ministère de la Justice où l'on peut lire les auteurs demander aux services du premier ministre Edouard Philippe d'être mis en contact avec les "experts des élections municipales de LaREM" pour "avoir une idée des communes potentiellement concernées qui représenteraient des cibles électorales afin de différer les annonces par les chefs de cour des schémas retenus." Cette manipulation de la justice est stupéfiante. Elle révèle l'hypocrisie du discours du nouveau monde et des tambouilles dignes des manœuvres d'un Charles Pasqua. Les "autoproclamés" nouveaux progressistes se taisent. Cela en trouble certains se trouver ainsi assimilés à l'ancien monde dont ils croyaient être sortis.

"Après l’instrumentalisation, la domestication. Après les pressions, la menace. Belloubet va virer les procureurs des villes qui ne voteront pas assez LREM. L’indépendance de la justice ? Qui peut y croire ?" Jean-Luc Mélenchon
Le mythe du pôle de gauche
Mais la bande de trolls soutiens béats du jeune monarque et les godillots de l'Assemblée travaillent à faire croire qu'ils ne sont pas si conservateurs, qu'ils travaillent pour les gens et pas seulement cette France des riches. Près de quatre-vingt député(e)s macronistes veulent créer un "pôle de gauche" au sein du camp jupitérien... sans rire...

Elles/Ils ont mauvaise conscience, et s'inquiètent du bilan qui leur sera envoyé à la figure par les castors qui les ont benoitement élus sur le mythe du nouveau monde et du barrage contre l'extrême droite.

Ces élu(e)s tentent de faire valoir quelques maigres progrès sociaux: ainsi ont-ils énuméré dans leur  communication officielle sur le nouveau projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2020 les 5 avancées sociales
  • un "congé indemnisé pour les proches aidants "... mais pendant 3 mois maximum pour l’ensemble de la carrière de l’aidant, à hauteur de 43 euros/ jour pour une personne en couple et de 52 euros/jour pour une personne seule. Quelle générosité à l'égard de celles et ceux qui dédient des semaines, voie des mois pendant des années à un proche handicapé par l'âge ou les hasards de la vie  ! Un peu moins de 3000 euros maximumen solde de tout compte...
  • 450 millions d’euros supplémentaires pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sur la période 2020-2021, financés par réduction sur d'autres budgets de la Sécurité sociale ;
  • un fonds d’indemnisation pour les victimes de maladies professionnelles liées aux pesticides (53 millions d’euros de dépenses prévues d’ici 2022) - un premier pas qui interroge cependant sur l'hypocrisie macroniste
  • Pour corriger une nouvelle injustice qu'ils ont eux même renforcée avec la fermeture de maternités jugées peu rentables, ils ont prévu un nouveau droit pour les femmes enceintes résidant à plus de 45 minutes d’une maternité, l'hébergement à proximité de la maternité. 
  • Cinquième progrès, la CSS - la complémentaire Santé Solidaire, une mutuelle réservée aux Français, pauvres, mais sujette à cotisations. Alléluia ? Que nenni ... La CSS n'est pas une aide supplémentaire, mais une tentative de mise à niveau de l'administration publique pour que les ayant-droits bénéficient enfin de la solidarité. lCe système remplace en effet l’actuelle couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et l’aide à la complémentaire santé (ACS). Quelle générosité ! Le gouvernement créé un dispositif paraît-il plus simple pour limiter le non-recours à la Sécu chez les plus pauvres du pays. 
Il faut juger ces élu(e)s macronistes mais de gauche" à leurs actes, et notamment comment ils ont réagi aux propositions de leurs "camarades" socialistes, communistes ou insoumis pour améliorer la Sécu du pays.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" recyclent surtout l'argumentaire conservateur selon lequel les cotisations sociales sont des charges trop lourdes à supporter pour le pays. Ces élu(e)s qui veulent "incarner le pôle social" de la Macronie refusent d'assumer que les cotisations sociales sont au contraire une partie intégrante du salaire, qui est fléchée de manière redistributive et solidaire vers le financement de dépenses de santé, de retraite ou d'indemnisation chômage qui autrement seraient à la seule charge des assuré(e)s. Ils/elles refusent de reconnaitre que leur suppression, amplifiée comme jamais depuis qu'ils sont aux affaires, et dénoncée par la Cour des Comptes dans son dernier rapport, affaiblit durablement les protections dont les assurés sociaux peuvent bénéficier: "le déséquilibre des comptes de la Sécurité sociale s’explique avant tout par la politique d’exonération des cotisations sociales" ont ainsi rappelé des députés insoums dans un amendement au PLFSS, rejeté par les macronistes. Ils ont rejeté tous les amendement des député(e)s socialistes, insoumis(es) ou communistes qui visaient à réduire ou supprimer ces allègement de cotisations patronales (le seul allègement CICE représente un coût annuel de 22,1 milliards d’euros pour l’assurance maladie !).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche"  ont voté sans rechigner le rétablissement de la défiscalisation et la désocialisation des heures supplementaires, mesure emblématique de l'échec sarkozyste en 2007-2012.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont refusé de réserver les allègements de cotisations aux entreprises qui ne versent pas en dividendes une partie substantielle de leurs bénéfices; 
ou même à celles qui augmentent les bas salaires (AMENDEMENT N°AS136).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" refusent de compenser les 3,5 milliards euros retirés au financement de la Sécu et non compensés par l'Etat (1,2 milliard d'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, 1,5 milliard de baisse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2000 euros par mois ainsi qu'une diminution de 800 millions d'euros sur le forfait social).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté la proposition des élus socialistes de relèvement des cotisations sociales sur les plus hauts salaires. Ils ont refusé de soumettre aux cotisations sociales  les revenus financiers des entreprises (AMENDEMENT N°AS139), comme le proposaient les élu(e)s communistes, ou d'augmenter de 20 à 30% la contribution patronale sur les actions gratuites accordées aux dirigeants et cadres supérieurs d'entreprises privées.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont également rejeté de réévaluer les contributions des laboratoires à la Sécurité sociale, comme proposé par les députés insoumis - AMENDEMENT N°AS371 (un exemple: Sanofi, 800 suppressions de postes, 5 milliards de dividendes versés en 2018).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté une proposition pédagogique des député(e)s insoumis(es), qui visait à faire inscrire "sur le bulletin de salaire des salarié·e·s sont indiquées les conséquences négatives des exonérations de cotisations sociales pour le budget de la sécurité sociale, ainsi que la diminution afférente des prestations sociales qui seront versées." (AMENDEMENT N°AS378)

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté la demande des élu(e)s socialistes d'accroitre de 300 millions d'euros supplémentaires le budget des hôpitauxpour faire face à la crise des urgences - (AMENDEMENT N°AS942).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont refusé de supprimer l'ONDAM (l'Objectif national des dépenses d'assurance maladie qui définit un plafond de progression des dépenses de la Sécu et justifie les réductions de moyens en cas de dépassement prévisionnel), comme le proposaient les élu(e)s insoumis (AMENDEMENT N°AS376).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont placé la Sécu en déficit (1,4 milliard d'euros en 2018, 5,5 milliards en 2019) à cause des réductions de cotisations sociales sans contreparties pour les grandes entreprises, surtout les grandes, les dividendes et les revenus de la spéculation. Ils votent une nouvelle fois encore le quasi-gel des prestations sociales (+0,3% en 2020 en deça des projections d’inflation, environ 1,3%) -  prime d’activité, allocations logement, allocations familiales, allocation aux adultes handicapés.

Ces gens-là sont au mieux des déracinés, au pire des traitres à la cause des gens.


Ami castor, ne t'égare plus.


19 octobre 2019

La France au bout du rouleau - 649ème semaine politique

La France est-elle au bout du rouleau ? Depuis près d'un an, le mouvement des Gilets Jaunes a démontré un ras-le-bol contre les inégalités fiscales en général. Suicides, colère, ou grève, les signes faibles d'un ras-le-bol contre l'épuisement des gens et l'arrogance de la France d'en haut se multiplient. Macron lui-même semble avoir conscience de cette colère froide. Il calme ses ardeurs, moins celles de ses trolls.


Un TER avec 70 passagers percute un convoi routier arrêté sur la voie entre Charleville-Mézières et Reims. L'accident fait onze blessés, dont le conducteur, seul personnel qualifié à bord. Des centaines de conducteurs, principalement sur les TER et les lignes low-costs OuiGo utilisent aussitôt leur droit de retrait . Les syndicats réclament une concertation d'urgence pour remettre des effectifs dans les trains. La réaction du pouvoir est violente: les trolls macronistes raillent les cheminots. La direction de la SNCF, qui met en œuvre un plan de réduction des effectifs (2000 postes par an depuis 3 ans) dénonce plutôt une grève surprise et annonce porter plainte. Les médias dominants prennent le relais de ce mensonge. Les reportages figurent des gares envahies de passagers, et masquent la réalité du sujet - la réduction des effectifs, des lignes et des moyens du premier service public de transport du pays.

Et les suicides quasi-hebdomadaires à la SNCF.

 La Macronie a besoin de cliver contre les cheminots. Il en va de sa survie politique ici comme ailleurs.

Autre service service public, pas encore privatisé, l’Éducation nationale. Une énième réforme du lycée, dont l'objectif affiché est d'insuffler davantage de sélection et d'élitisme à travers la réduction de l'enseignement scientifique et l'instauration d'un contrôle continu localisé et non national pour le Bac, déstabilise les profs, en sus d'une croissance des effectifs scolaires malgré la réduction du nombre de postes. L'attitude du ministre Blanquer, autrefois chouchou des médias, est du mépris. Quand une directrice d'école se suicide sur son lieu de travail après s'être plainte de conditions de travail, le sinistre ministre répond que  "le fait d’avoir du surcroît de travail à certains moments, c’est le propre des fonctions de responsabilité." Blanquer est trop occupé à divertir l'attention sur le voile et le "danger de l'islam" dans les écoles. Il s'enferre dans ses mensonges sur ces prétendus cohortes de fillettes empêchées d'aller à l'école à cause de la pères islamistes. Il évacue d'une phrase le drame humain, refuse d'y voir le signe d'un épuisement plus collectif.


Canard Enchaîné du 16 octobre 2019
Autre signe de cette France au bout du rouleau, la grève des urgences ne faiblit pas - 264 services sont concernés, les causes sont les mêmes :  "manque de place, patients sur des brancards, locaux vétustes, démissions en cascade, salaires", tout est sur la table… Le journal Les Jours consacre une série de reportages à une profession en crise de nerfs.

En 2018, 4200 lits d'hôpitaux ont été supprimés en France. Le ministère se félicite de "l'amélioration de l'hospitalisation partielle ou à domicile". A Paris, quelques 900 lits existants sont fermés faute de personnel.

Pour 2020, le gouvernement prévoit de réduire de 800 millions d'euros supplémentaires le budget des hôpitaux publics par rapport à la progression mécanique des dépenses de santé: "la proportion des personnes de plus de 75 ans va progresser deux fois plus vite d’ici 2040 que dans les vingt années passées" explique la Fédération Hospitalière de France. "
"Un jour, je suis arrivée dans mon service, je me suis dit: c'est là que je vais me pendre." Une infirmière citée par le Canard Enchaîné du 16 octobre.

En île-de-France, un tiers des services pédiatriques d'urgence vont manquer d'internes à partir du 4 novembre. Certains envisagent de fermer leur service au pire moment de l'année, l'automne puis l'hiver. On accuse une "erreur d'évaluation des besoins" .. mais aussi la liberté de choix accordée aux internes qui ont fuit les établissements de banlieue parisienne.

Obsession des Jours
Cruelle coïncidence, le jour même de cette révélation, l'un des secrétaires d'Etat macroniste fait le spectacle à propos de la protection de l'enfance. Adrien Taquet est paraît-il l'inventeur du nom du mouvement présidentiel "En marche", ancien strausskahnien. Ce castor de la première heure utilise les verbes habituels de la novlangue macroniste quand il s'agit de masquer le vide. Ses mesures concrètes consistent à "repenser", "élaborer", "Rendre le quotidien des enfants protégés plus facile", "Soutenir". C'est creux, mais ça permet de prétendre d'avoir une stratégie avec "80 mesures", rien que ça.

La Macronie vide les caisses publiques à coups d'exonérations fiscales, comment être surpris par cet habillage ?

Pour cette grande cause nationale, Taquet a débloqué 80 millions d'euros sur trois ans. C'est à dire 10 jours d'exonération d'ISF.

Son plan est creux, comme souvent en Macronie. Le décalage entre les constats, les ambitions et les moyens publics réellement consacrés est abyssal. Même les mesures en faveur des enfants pris en charge par l’aide sociale à l’enfance apparaissent comme des gadgets (*** "élaborer d’ici 2022 un référentiel national de contrôle des lieux d’accueil de protection de l’enfance, doté de critères communs objectivant la qualité des prises en charge" *** "repenser le rôle d’assistant familial" *** etc ... ). Pire, "toutes les mesures ou presque sont soumises au bon vouloir des départements" dénonce l'un des membres du Conseil National de la Protection de l’Enfance. "L’approche des élections aidant, le secrétaire d’État préfère organiser l’impuissance de l’État plutôt que de mettre les départements face à leurs responsabilités."

La France au bout du rouleau n'a que faire des élucubrations racistes de Zemmour, les diversions islamophobes des fascistes français soutenus par des macronistes ou la surenchère de faits divers . Elle cherche à bien faire son boulot,  ou à joindre les deux bouts. Ou à gagner quelques économies pour sécuriser son avenir. 

Elle subit cette guerre de la classe d'en haut contre les gens d'en bas.

Des millions de gens sont simplement fatigués. Le nombre d'allocataires du RSA ne baisse plus depuis deux ans. Les associations accusent la suppression de nombreux contrats aidés à l’automne 2017 et l'échec économique de cette politique de l'offre qui file 40 milliards d'exonérations de cotisations sociales aux entreprises alors que la Sécu en a besoin.

Le plan pauvreté annoncé par Macron était une aumône. Près de 3,8 millions de ménages vivent avec les minima sociaux, quasi-gelés par Macron depuis 2018.  Un enfant sur 10 vit dans la pauvreté. L'augmentation des interventions pour impayés depuis le début de l'année "inquiète" le médiateur de l'énergie. L'an dernier déjà, les coupures de gaz et d'électricité pour factures impayées avaient augmenté de 4,2%.


La France au bout du rouleau ? La Macronie le sent, elle se fait plus modeste. Le jeune monarque submerge les médias d'hommages (Chirac, les 4 policiers tués par le terroriste de la préfecture), beaux discours (Europe) et grands débats (retraites). Il calme le jeu sur ses réformes les plus inégalitaires comme celle des retraites: aucun effet avant 2025 promet-on désormais pour rassurer les retraités d'aujourd'hui. Pourtant, on connait le futur système, un système à points où le niveau des ressources des retraites sera gelé malgré l'allongement de la durée de la vie. Donc les pensions vont baisser. C'est mathématique.

La discrétion jupiterienne est également de mise pour les travaux présidentiels: le jeune monarque cache la dizaine de millions d'euros supplémentaires pour rénover le palais (5 millions ponctionnés sur le budget de la Culture, six millions sur un compte spécial du Trésor réservé à la gestion patrimoniale de L’État).

Lui qui promettait transparence et évaluation de son action politique dans le Nouveau Monde tait soigneusement les premiers bilans de son échec. L'un de ses proches conseillers, exfiltré de l'Elysée quand il fut admis qu'il avait balancé des videos pirates et trafiquées pour défendre le garde du corps Benalla en juillet 2018 a été recruté par le milliardaire Arnault. Macron sait placer ses plus proches.

Où sont les célébrations ? 

Où sont les cris de joie et l'allégresse dans les rues devant l'action réformatrice du jeune monarque ?

L'INSEE publie un bilan des inégalités en 2018 que l'on qualifie rapidement de provisoire: ont-ils si peur de leur caractère définitif ? EUROSTAT confirme la dégradation. On y lit que le taux de pauvreté a augmenté de 0,6 point en 2018, première année pleine et entière du Nouveau Monde macroniste, pour atteindre 14,7 % de la population. Les deux tiers de l'aggravation de la pauvreté sont à cause d'une mesure de Macron, explique l'INSEE, la diminution des allocations logement dans le parc HLM en 2018. Et les inégalités ont également progressé en 2018, principalement à cause à la hausse des revenus financiers, ceux-là même dont Macron a réduit la contribution fiscale et sociale. Le ralentissement économique qui frappe désormais l'économie occidentale ne sert pas (encore) de prétexte.

La Macronie s'effraye quand des éruptions de colère troublent le spectacle de la Start-up nation. Après des centaines de blessés, des milliers d'arrestations, des familles brisées par des procédures judiciaires iniques, le mouvement des Gilets Jaunes s'est essoufflé pendant l'été. Et pourtant la rage macroniste n'a pas cessé dans sa répression. La police agit encore et toujours de manière disproportionnée. Quand 10 000 pompiers manifestent contre le manque d’effectifs et de reconnaissance de leur profession, une "pluie de lacrymogènes" leur tombe dessus ce 15 octobre.

La police charge les pompiers... il faut l'écrire pour le croire.

 La peur du soulèvement est l'alpha et l'omega du régime.

Ami castor, où es-tu parti ?







 Téléchargez le rapport et sa synthèse

 


13 octobre 2019

Premiers bilans, la Macronie est antisociale- 648ème semaine politique


La question se pose: de quel progrès social la Macronie pourrait-elle s'enorgueillir à mi-mandat ? La suppression de la Taxe d'habitation, dont 15% des Français étaient déjà exonérés ? Plutôt que sur la crise d'urticaire de Jupiter à cause d'une nomination avortée à la Commission européenne, il vaut mieux s'attarder sur quelques premiers bilans fiscaux et sociaux. 

La Présidence des riches confirme son statut.


Cirque médiatique
Le jeune monarque est furax, et c'est surprenant. Alors qu'il savait la candidature de Sylvie Goulard à la Commission européenne abimée par une instruction en cours pour emploi fictif, il a quand même poussé à sa nomination en faisant pression sur les trois chefs de groupes (libéraux, conservateurs et socialistes).

Quand des parlementaires mettent en échec les désirs jupitériens, Jupiter "ne comprend pas". "On m’a dit “votre nom est formidable, on le prend” et puis on me dit finalement “on n’en veut plus”. Il faut qu’on m’explique." Sa colère publique est froide. Il laisse les superlatifs accusatoires à ses sbires dont la jeune secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes, ex-cadre de la banque, Amélie de Montchalin: C'est d'abord une crise institutionnelle majeure pour l’Europe parce que sans commissaire français, la Commision ne peut pas se mettre en route". Quand le parlement européen exerce l'un de ces rares droits, c'est une "une crise institutionnelle majeure pour l’Europe"...  Voilà de quoi donner envie d'Europe, n'est-ce pas ?

Cette affaire est ridicule. Ridicule non pas pour l'Europe, mais pour l'un de ses prétendus promoteurs, Emmanuel Macron. Elle témoigne de son mépris pour le fonctionnement de ces institutions. A en croire le Canard Enchaîné, le monarque s'est aussi agacé froidement contre BFM qui n'a pas souhaité retransmettre les 3 heures trente de son premier débat sur les retraites. Plus large fut la couverture nécessaire de son hommage aux policiers tués par le terroriste islamiste à la Préfecture de Paris. Le ministre de l'intérieur, qui a rapidement confirmé son statut de benet du gouvernement en réagissant trop vite à l'attentat, tente de se justifier.

Ces élucubrations ne sont que l'écume d'une présidence des (ultra)riches qui abime le pays. La nomination avortée d'une libérale à la commission européenne amuse la gallerie médiatique. Les déboires de Rantanplan-Castaner font sourire ou inquiètent. Mais le travail de sape et de prédation contre la solidarité nationale suscite moins de commentaires.

Gâchis fiscal
Le Sénat s'est intéressé au premier bilan du ruisselement, la suppression de l'ISF et le plafonnement à un taux très bas des revenus du capital et de la spéculation (la fameuse "Flat Tax"). Et la conclusion est, provisoirement, sans appel: il est impossible de savoir si ces milliards de cadeaux aux plus plus fortunés et plus aisés du pays ont servi à grand chose..."Quand bien même des effets se seraient déjà produits, l’absence de données microéconomiques ne permettrait pas de les déceler avec certitude."
  • La réforme d’Emmanuel Macron a rapporté 1,7 million d’euros à chacun des 100 Français les plus riches (1,2 million pour l’ISF et 0,5 million pour la flat tax).
  • Sur l’ensemble des contribuables qui payaient l’ISF, le gain est en moyenne de 8.338 euros par personne. Mais cette moyenne est trompeuse: 5 % des foyers aux revenus les plus élevés perçoivent 57 % des gains dus à la réforme de l'ISF. Les Sénateurs, comme les auteurs d'un premier rapport pour le gouvernement, confirment que la réforme a été très favorable aux hauts revenus. Et pour la flat tax, les gains sont captés par les 15 % de foyers aux plus hauts revenus...
  • La flat tax a coûté 500 millions de moins que prévu grâce à un surcroit de distribution de dividendes: "Les premières données montrent que cette réforme a eu un effet conséquent sur les versements de dividendes." expliquent les auteurs du rapport pour le Sénat. En novlangue libérale, on dit que la réforme a "rapporté" 500 millions d'euros de plus que prévu. Ce qui est vrai, mais occulte l'élément le plus essentiel: l'instauration de la Flat tax a baissé les recettes fiscales et sociales.
  • Le coût de la réforme est de 4,5 milliards d'euros par an: 3 milliards sur l'ISF; et entre 1,4 milliard et 1,7 milliard d'euros pour la flat tax, sans tenir compte de la hausse des dividendes qui a été observée en 2018.
Autre "révélation" de la semaine, le CICE a plombé les comptes publics davantage sue prévu, pour une efficacité en matière d'emploi quasi-nulle. Entre 2016 et 2017, le coût du CICE est passé de 49,4 milliards d’euros à 55,3 milliards d’euros, soit une hausse de 11,3 %. Merci François Hollande... Macron l'a transformé en une baisse pérenne des cotisations patronales à compter de janvier 2019.

Pour l'an prochain, l'examen du projet de budget a permis de dévoiler que la Sécu va perdre 4 milliards d'euros à cause des nouvelles réductions de cotisations sociales décidées par Macron, pour l'essentiel non compensées par l'Etat. Ces 4 milliards de pertes proviennent de la baisse de CSG pour les retraités, des heures supplémentaires désocialisées depuis janvier, et de la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat.

On connait la suite de cette histoire - quelques éditocrates s'inquièteront de cette Secu déficitaire. Et la Présidence des Riches prendra les "mesures nécessaires qui s'imposent", à savoir réduire les prestations sociales, les pensions et/ou les indemnités chômage. On argumentera, à raison, que les prélèvements obligatoires sont encore élevés. On mentira ensuite par omission, à dessein, en occultant que l'essentiel des dépenses "obligatoires" (santé, éducation, retraite, chômage) ne sont qu'une socialisation de dépenses qui de toutes façons existeraient dans un système privatisé. Aux Etats-Unis où la pré-campagne présidentielle fait déjà rare, le coût de la seule santé est de 17% du PIB . D'après l'OMS, les Américains dépensent plus de deux fois plus que les Français en soins médicaux par habitant.

Bref, Macron donne d'une main (9 milliards d'euros d'économies nettes annoncées pour les ménages) ce qu'il reprend de l'autre, comme  la réforme de l'assurance chômage (3,8 milliards d'economies),  ou la hausse non compensée de la fiscalité énergétique (+2,4 milliards), ou la réduction de ... 4,2 milliards du budget de la Sécu par rapport à la progression naturelle de ses dépenses (quelle coïncidence !), dont 830 millions sur les hopitaux, 920 millions en déremboursement de médicaments et 600 millions sur les actes médicaux. Par ailleurs, les prestations sociales

A propos du chômage, même le gouvernement s'attend à une forte hausse du nombre de chômeur en fin de droits - 375.700 bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, soit +10 %.

Précarisation des salariés, premier bilan
Sur le terrain de l'emploi, deux études donnent un éclairage redoutable sur la politique de l'emploi de la Macronie. Les prud'hommes ont publié leur évaluation.

Et le gouvernement a aussi rendu public sa propre étude sur la mise en oeuvre des ordonnances Travail de l'été 2017, une évaluation qualitative", en ce sens qu'elle ne concerne qu'un échantillon faible d'entreprises, pour mieux évaluer les impacts de la loi dans les moindres détails.

Rappelons les reculs sociaux portés par cette réforme: primauté de l’accord d’entreprise sur l'accord de branche; création du "CDD de projet", suppression des CE, DP et CHSCT au profit d'une instance unique (le CSE), création de la rupture conventionnelle collective; assouplissement des règles qui gouvernent les licenciements pour motif économique telle que l’obligation de reclassement, l’ordre des licenciements, le périmètre géographique de l’appréciation du motif économique, plafonnement des dommages et intérêts en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse. Reprenant l'odieuse antienne de la droite, et de François Hollande, sur la prétendue "peur d'embaucher", Macron avait sabré dans le Code du Travail pour précariser davantage les salariés et améliorer le rapport de force en entreprise en faveur des employeurs. Le résultat de ces études est assez lumineux, les salariés ont bel et bien été davantage précarisés depuis deux ans:
  • Le nombre de contentieux prud'hommaux ont baissé de 15 à 20% par an (120 000 recours en 2018 contre 150 000 en 2016), malgré un contexte social toujours tendu.
  • Les saisies prud'hommales des salariés modestes sont en chute libre, alors que les cadres continuent de porter plainte autant qu'avant. En d'autres termes, "grâce" à la réforme Macron, seuls les contentieux à fort potentiel de gain, "le contentieux 'des riches'" est "rentable". Ce que l'on constate, c'est que ceux qui sont éjectés des conseils de prud'hommes, ce sont les pauvres et les précaires."
  • Le nombre de dossiers de harcèlement et de discrimination, deux causes qui échappent au plafonnement des indemnités imposé par Macron, a sans surprise explosé.
  • L’encadrement des indemnité est parfois contesté, voire pas appliqué du tout.
  • Les salariés préfèrent accepter des transactions modestes de peur de rien toucher aux prud'hommes.
  • En entreprises, le nombre de réunions des représentants du personnel a chuté. La réduction du nombre de représentants a aussi été facilitée par la possibilité de créer des établissements autonomes - "diviser pour régner". "Le passage au CSE renforce la logique de concentration et de centralisation" note les auteurs de l'étude de Matignon.
  • L'assymétrie des négociations sociales, en faveur des employeurs, s'est renforcée. "On ne peut donc pas dire que les négociations se soient produites dans un contexte d’équilibre entre les parties prenantes",
Le ruissellement se fait attendre, la crise non, et la précarisation du plus grand nombre non plus. Depuis l'élection de Macron, la croissance si chère à Macron et si chère pour le pays a reculé de 2,3 à 1,3% du PIB annoncé poru l'an prochain. Les macronistes accusent le monde extérieur, et parient sur une "reprise de la consommation".

Serait-ce la fin de cette "politique de l'offre" si vieille, si obsolète ?

Ami castor, où es-tu ?