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20 juillet 2019

Macron, la République de la prédation - 636ème semaine politique

 

 

Cette présidence se compose de ces petits détails qui, accumulés, ajoutent une exaspération grandissante à l’écœurement général. La Macronie transforme le régime peu à peu en une République de la prédation qu'il convient de dévoiler avec rigueur.


Médailles de la honte
Le ministre de l'intérieur Christophe Castaner décore de la "médaille de la sécurité intérieure" plusieurs policiers soupçonnés de violences contre des civils, notamment lors des manifestations des Gilets Jaunes.  Il y a ce commissaire nantais, notoirement violent, et qui a donné l’ordre d’utiliser les gaz lacrymogènes à Nantes le soir de la disparition de Steve. Ou ce couple de policiers qui a frappé Genevieve Legay, une militante altermondialiste de 73 ans, à Nice, au point de la plonger dans le coma. Castaner a explicitement demandé à ses services d'identifier les héros policiers des répressions contre les Gilets Jaunes: "En prévision d’une éventuelle promotion exceptionnelle Médaille de la sécurité intérieure « Gilets Jaunes », vous voudrez bien nous transmettre en retour 15 fonctionnaires blessés dans le cadre du mouvement des « Gilets jaunes ». Ils devront avoir fait l’objet d’un arrêt de travail en privilégiant les ITT [incapacité totale de travail]. "

Après les enquêtes complaisantes, puis l'absence de sanctions, voici les décorations officielles. L'hagiographie de cette Macronie devient grotesque à force de décalages si flagrants avec la réalité. Comment célébrer des policiers violents, accusés de mutilations, blessures voire disparition de civils ?

Autre écœurement passager, la Cour des Comptes publie son habituel rapport sur les dépenses élyséennes, Les services du monarque s'abrite derrière une "charte de la transparence" pour justifier le train de vie de l'impératrice. Brigitte Macron dépense plus, beaucoup plus d'argent public que le rapport de la Cour des Comptes veut bien reconnaître. Ses frais directs, à charge des contribuables, excèdent bien largement les 280 000 euros officiels. Outre les 15 voyages officiels, la maquilleuse-coiffeuse payée à 4 fois le SMIC, ou les "prêts gracieux" de tenues luxueuses qui transforment la Première Dame en femme-sandwich du luxe français, il y a bien bien pire, comme cette rénovation de l'Elysée, ou le remplacement de la vaisselle, ou cette piscine à Brégançon.

Mais le plus grave est que le couple élyséen a coûté 5,6 millions d'euros de plus que prévu l'an passé. On se souvient de la chronique régulière des excès dépensiers de la monarchie sarkozyste il y a 10 ans. Cette chronique, appuyée sur les rapports de la même Cour des Comptes, avait les soutiens de ceux-là mêmes qui aujourd'hui se comportent en laquais de cette Présidence des riches. Les jeunes Attal, Griveaux et autres disciples strauss-kahniens reconvertis en soutiers de l'illibéralisme macroniste, ne voient pas aujourd'hui ce qui cloche.

Six millions d'euros, c'est 40% du maigre budget dégagé (15 millions d'euros) pour recruter davantage d'urgentistes alors que ces derniers sont en grève dans plus de 200 établissements.

Quand Agnès Buzyn visite le CHU de la Rochelle, il faut l'exfiltrer rapidement comme une Marie-Antoinette égarée chez les affamés. Ce gouvernement des riches n'a plus le sens des symboles ni des priorités, sauf les siennes.



Le 14,juillet, Macron est debout sur un véhicule militaire, il descend les Champs-Élysées et se fait copieusement siffler. En son temps, Hollande avait été sifflé par une poignée d'hurluberlus d'extrême droite lors du même exercice, Sarkozy sifflé également quand il était président. Mais les cris étaient moins nourris, la clameur moins forte. Cette fois-ci, aucun journaliste présent ne peut l'ignorer, les images font le tour du monde. La police aux abords arrête préventivement des opposants. Puis voici des heurts en fin de cortège, en plein Paris, à proximité du défilé de la 5ème armée du monde... quels clichés impensables...

Le premier ministre joue à l'autruche - " Je n'ai rien entendu." Castaner s'indigne. Et Macron ne comprend pas, ou fait mine de ne pas comprendre. Le lendemain, il nie que les sifflets lui étaient adressés: "le 14 juillet sur les Champs Elysées défilent nos militaires, c'est-à-dire ceux qui chaque jour oeuvrent pour protéger la patrie, sur notre sol comme à l'étranger (...) et ont été abondamment sifflés." Ce jeune monarque ne veut pas voir que c'est bien Jupiter la cible des cris.

Syndrome Louis XVI... On reconnait les symptômes de cette trouille des puissants, qui transforme les visages en faces grimaçantes et colériques. Ce jour-là, la haine effrayée se lit si clairement sur le visage d'Emmanuel Macron. Il cherche ses mots, la formule est mal préparée, il réagit à une question de journaliste alors qu'il est en déplacement diplomatique à l'étranger.

Il est énervé, et nerveux.

L'un des fidèles du jeune monarque préfère démissionner tandis que le scandale le rattrape. François et madame de Rugy avaient été photographiés devant des homards, des grands crus et de la belle vaisselle pour dîner avec des amis au frais des contribuables à l'Hotel de Lassay. De nombreux esprits chagrins, la "Team progressiste macroniste" en tête, se sont indignés qu'on lui cherche ainsi des noises. Interrogeons-nous: inviter pour de riches agapes au frais de l'entreprise est chose courante dans le secteur privé pour séduire clients et partenaires. Qui donc de Rugy cherchait-il à convaincre à "convaincre" ou "séduire" au nom de la Nation ? Le ministre n'a pas répondu, il dénonce une cabale. Quand Médiapart a révélé que ce même ministre avait puisé dans sa réserve parlementaire, la fameuse indemnité de représentation, pour financer son parti, et, au passage, défiscaliser ces dons pour ne pas payer d'impôt sur le revenu, de Rugy jette l'éponge, mardi 16 juillet. Il démissionne pour "laver son honneur". C'est plutôt l'honneur de la République qui a été abimé par cet homme, girouette politique, fossoyeur de l'écologie de gouvernement,  et traître ambitieux.

Les éditocrates fustigent Mediapart, les députés fuient la presse comme par solidarité avec ce ministre déchu. Il y a même des journalistes qui s'indignent... que des révélations d'autres journalistes aient provoqué cette démission.  

Dans quel pays vivons-nous où une presse se croit obligée de jouer au laquais d'un pouvoir si violemment liberticide et antisocial ?

Un média d'investigation a fait son travail. Certes, il a théâtralisé au mieux ses révélations, distillé ses scoops comme un feuilleton pour mieux servir les ventes de son journal et l'impact de son enquête. Des esprits chagrins protestent et couinent, les mêmes se couchent ou applaudissent quand Macron et ses laquais surjouent leurs mises en scènes publiques - ces sommets de "Green-washing" avec des représentants de la finance mondiale, ces réunions pompeuses à Versailles avec des multinationales, ces clichés préparés sur les collines d'Athènes pour célébrer l'Europe, etc. La présidence macroniste n'est qu'un exercice de marketing souriant pour faire avaler à une presse complaisante et des citoyens désorientés la contre-offensive des plus riches contre le plus grand nombre. Donc pourquoi faudrait-il se plaindre qu'un journal indépendant sans les moyens surpuissants de cette Présidence des riches cherche à son tour à mettre en scène un feuilleton de Rugy ?

Mediapart a touché puis coulé François de Rugy. Le ministre, homme politique fidèle à ses ambitions davantage qu'à ses convictions, s'est excusé comme un bleu.

Le monarque est soulagé que le feuilleton s'arrête. Avant cette démission du ministre acculé, Macron confie qu'il n'aime pas cette "République de la délation". A-t-il oublié qu'il demande aux services d'urgence de dénoncer les migrants qu'ils secourent à la police de l'immigration ? Ou que les hôpitaux publics ont fiché les Gilets jaunes blessés ?
"Je ne prends pas de décisions sur base de révélations, mais de faits, sinon ça devient la République de la délation." Emmanuel Macron, 15 juillet 2019

Que la formule est belle !

La Macronie a instauré une République de la prédation des plus riches. 

La réforme des retraites se dévoile peu à peu. Chacun y va de ses calculs. On comprend assez vite deux points majeurs et antisociaux: primo, sous couvert de simplification des nombreux régimes de retraite, l'Etat prend en main le calcul, l'indexation et la répartition des retraites aux détriments de la gestion paritaire par les partenaires sociaux. Cette centralisation supplémentaire n'est pas neutre. Elle permettra de jouer des retraites comme il joue du gel des traitements de fonctionnaires ou de la non-indexation du SMIC.  Le Macronisme est un illibéralisme, c'est-à-dire un système politique qui conserve le libéralisme là où il sert les intérêts des puissants et des classes aisées, mais renforce son contrôle autocratique quand il s'agit de contraindre les moyens économiques, sociaux, politiques des classes populaires.
"On n'a pas beaucoup de seniors qui peuvent à 62 ans prétendre à un emploi" Une représentante de la CFTC.
Secundo, cette réforme des retraites va baisser le montant des retraites des plus pauvres, des ménages modestes, des classes populaires avant 65 ou 66 ans. C'est un recul de l'âge de la retraite à taux plein qui ne dit pas son nom: le projet prévoit une décote avant 64 ans (5% par année), c'est-à-dire un énième allongement de la durée de cotisations sans interruption de carrière. La rengaine, répétée par Juppé (1995), Sarkozy (2007), Hollande (2014) et maintenant Macron, que l'espérance de vie progresse occulte une autre réalité plus terrifiante: l'espérance de vie en bonne santé, elle, ne progresse pas depuis 10 ans. Elle stagne. On mourrait "jeune" dans le passé, on vit plus vieux mais en santé déclinante désormais.

On se félicite de la progression du fameux taux d'activité des plus de 55 ans "grâce" aux réformes des retraites, qui ont précipité ces mêmes seniors vers davantage de contrats précaires ou temps partiels contraints.

La République de la prédation est ce nouveau régime qui a réduit les cotisations sociales sur la part des revenus de la nation la plus injustement répartie et la plus dynamique, les revenus de la Finance. Grâce à la Flat Tax accordée par Macron sans aucune contrepartie en faveur de la production ou de l'investissement, jamais les revenus financiers n'ont aussi peu contribué à la solidarité nationale: 17,2% de cotisations sociales forfaitaires - laissant aux revenus du travail, qui sont contraints par un chômage de masse, la mise en concurrence des salariés entre eux-même (Ordonnances Travail), et le renforcement de la compétition internationale (CETA, etc), le soin de supporter de moins en moins bien le financement des retraites, du chômage et de l'assurance maladie.

Sans surprise, la conclusion libérale "s'impose": les services publics et la Sécurité sociale doivent passer par la diète. On occulte les dizaines de milliards de réduction de cotisations sociales, on met en exergue les déficits publics ainsi créés, on impose des réductions de droits des chômeurs les plus précaires et, bientôt, des retraités.

Aux rares heureux bénéficiaires de retraite-chapeaux, on demande un effort symbolique - que ces retraites soient accordées à condition que le patron bénéficiaire ait au moins un peu travaillé dans l'entreprise...

Messeigneurs sont trop bons.



Ami macroniste, qui es-tu ?


13 juillet 2019

RugyGate, ou la trouille des riches - 635ème semaine politique

 

 

Il n'y a que François de Rugy qui ait pris peur, la trouille et la gêne frappe une classe entière, celle qui gouverne les affaires publiques et privées du pays. Une France d'en haut qui s'agace qu'on exhibe ses privilèges, qui s'inquiète quand le rideau se dévoile sur des pratiques qui abime les éléments de langage officiel sur la rigueur et l'effort partagé.


Cette classe se goinfre, mais préfère se goinfrer dans la discrétion.



Homard l'a tuER
Il avait l'air pitoyable, pas même contrit, juste surpris. Presque choqué qu'on ose l'interroger et l'accuser. François de Rugy, ministre de la Transition écologique et macroniste zélote, est pris dans une tempête médiatique que la France adore: quand il était président de l'Assemblée nationale, il a dépensé des sommes qui donnent le tournis pour la réfection de son appartement de fonction à l'Hôtel de Lassay et pour une dizaine de dîners somptueux avec des amis et des proches. Puis on apprend qu'il reçoit des lobbyistes industriels en dehors de son agenda officiel, c'est-à-dire en secret. Puis sa directrice de cabinet est accusée de disposer indument d'un logement social de la Ville de Paris depuis 12 ans (elle est sacrifiée dès le lendemain des révélations par son ministre). Puis Mediapart lâche que de Rugy a joué de la réglementation pour bénéficier également d'un logement à vocation sociale.
"Les photos de ces soirées fastueuses le confirment : on y a bu entre amis du mouton-rothschild 2004 du centenaire de l’Entente cordiale entre l’Angleterre et la France (au moins 500 euros la bouteille, en photo ci-contre), du Château Cheval Blanc 2001 (550 euros), du Château d’Yquem 1999 (265 euros la bouteille), du Château Pichon-Longueville (100 euros), de la Clarté de Haut-Brion 2014 (100 euros), du Château Brane-Cantenac 2000 (120 euros), du pavillon-rouge du château Margaux 2003 (200 euros)…"
Fabrice Arfi, Mediapart, 10 juillet 2019
"Certes, ça appartient à un cercle amical mais on n’est pas là pour se taper la cloche." Mme de Rugy, à propos des dîners.
 
Mediapart a tiré le premier, et les révélations sont graves. La défense du ministre est stupéfiante, si stupéfiante qu'elle suffit à masquer la surenchère inutile du site d'informations qui laisse entendre que le ministre a légalement abusé des règles fiscales pour ne pas payer d'impôt sur le revenu en 2015 alors que l'ampleur de ses dons à son parti d'origine Europe Ecologie Les Verts suffisait à justifier ce résultat fiscal.



Mais de Rugy s'effondre: il promet de justifier, de corriger, de rembourser s'il le faut. Il justifie que ces dîners luxueux lui servent à ne pas se "couper de la société". Il braille, des sanglots dans la voix, qu'il est "allergique au homard", que le champagne lui "donne mal à la tête", qu'il "déteste le caviar". Sa bonne amie Barbara Pompili, transfuge écolo en Macronie comme lui, conteste de la plus bizarre des manières que ces dîners soient des agapes "entre copains" comme l'explique Mediapart: "Je suis son amie et je n'ai jamais été invitée à ces repas. Cela veut bien dire quelque chose."

La Macronista vire à la farce. Tout ce que compte le Parti médiatique vient au secours du ministre blessé. On comprend ces éditocrates, il y a du réflexe de classe, le stress inouï d'observer cette curée populaire sur des pratiques qu'eux-mêmes adoptent. Combien sont-ils d'ailleurs, à avoir bénéficié de ces "repas de travail" dispendieux aux frais de la République ? On appelle à la rescousse quelques heureux élus de ces repas pour témoigner de la normalité de la chose. Le Point publie rapidement un publi-reportage sur l'appartement de fonction, réalisé en compagnie de l'épouse du ministre (ah ce paragraphe croustillant où les allergies alimentaires aux crustacés sont détaillées pour justifier la simplicité forcée de leur goût...).




On dénonce la chasse à l'homme, le "poujadisme", la "démagogie niveau première section de maternelle" (Robert Namias). "comportement robespierriste de Mediapart" (Dominique de Montvalon). "Se faire servir du homard à l’heure des téléphones mobiles qui sont autant d’yeux indiscrets et dont les images circulent par nature sur le Net, c’est une faute politique autant qu’une faute de goût" s'inquiète Laurent Joffrin. Ce n'est pas le fond de l'affaire qui gêne ces messieurs-dames, mais plutôt que l'un des leurs a été attrapé par la patrouille de quelques Zorros autoproclamés. On excuse ces "excès légaux forts répandus" (Véronique Maurus), on se lamente du scandale. On justifie ces frais de représentation. Combien de grands patrons et autres cadres du secteur privé bénéficient de largesses similaires ? Dans cette France où un million de travailleurs pauvres survivent péniblement, neuf millions de famille sont sous le seuil de pauvreté, que la Macronie affaiblit encore davantage en réduisant les droits au chômage, les agapes mondaines du ministre choquent.


Deux poids, deux mesures
Les Macronistes eux-mêmes sont peu diserts. Il faut dire que le Nouveau Monde aime à se goinfrer sur le dos des gens autant que l'ancien. Le couple Macron a commencé par dépenser l'intégralité du budget annuel de repas de son ministère en quelques mois pour les besoins de sa campagne à venir; on se souvient aussi de ses sommets inutiles mais faramineux à Versailles avec des grands patrons de multinationales; personne n'a oublié l'utilisatioon du Falcon présidentiel pour des agapes privées, ni cette piscine mobile à Brégançon.

Certains macronistes s'agacent publiquement de la mauvaise "image" que donne François de Rugy.

Quand un loup saigne, la meute le lâche.

La Macronista est une farce de classe. Tandis que cette France d'en haut se défend comme elle peut des excès de l'un des siens, elle perd pied. Elle oublie ce qu'elle tolère. Elle oublie son indulgence sur les contrats de sécurité qu'Alexandre Benalla a conclu avec deux oligarques russes quand il travaillait à l'Elysée. Elle réagit peu quand le monarque nomme des proches et des fidèles, fussent-ils incompétents (comme ce remplacement de l'ex-Hollandiste Bredin par un financier du cinéma soutien de campagne à la tête du CNC).

La Macronista néglige sa violence, elle tait des excès plus graves encore. Elle braille qu'on est injustement violent avec ce ministre et son épouse noyés dans les fastes de la haute République, mais elle applaudit à la violence d’État déchaînée contre les "gueux", les Gilets Jaunes, ou les migrants sans-papiers. Elle évoque le "lynchage" d'un de Rugy, mais ne dit rien quand des CRS surarmés lynchent des manifestants un à un. Elle justifie ces homards, ce champagne, ces compositions florales, mais applaudit quand Jupiter taille dans ce "pognon de dingue" des prestations sociales ou pérennise le gel des traitements des fonctionnaires. Elle applaudit quand le gouvernement durcit les sanctions contre les chômeurs, mais pleure au poujadisme quand l'un des siens fait dépenser 63 000 euros de rénovation de l'appartement de fonction.

La police française a éborgné 24 civils depuis novembre. Elle a causé 314 blessures à la tête contre des civils et des journalistes, 18 à la main, 28 au dos, et 131 aux membres inférieurs. Elle a tué une octogénaire avec une grenade. Près de 900 signalements de violences policières indues ont été documentés. Et pourtant, aucune instruction judiciaire n'a été lancée. Pire, la police des polices a été incapable d'identifier le moindre auteurs. Tout a été classé sans suite. Il faut applaudir Jean-Michel Aphatie (si si) quand il s'est (enfin) inquiété de la disproportion de cette répression.

Mais où étaient les autres ?

Un jeune homme, Steve, est porté disparu depuis l'intervention nocturne de la police. Pas d'auto-saisine de la Justice française, malgré les témoignages de l'agressivité injustifiée des forces de l'ordre cette nuit-là. "Où est Steve?" s'interrogent des proches, des journalistes, des opposants politiques à la Macronie.  Un syndicat de policiers dénonce le manque de discernement du commissaire responsable de l'attaque. Mais pas d'enquête publique, silence radio. Cette violence-ci n'indigne visiblement pas la Macronie.

La traque des sans-papiers a une autre ampleur que la "chasse" au ministre Rugy. La France macroniste s'est alignée sur les desiderata de l'extrême droite européenne. Vendredi 12 juillet, Jupiter fait des selfies avec des jeunes de la diaspora africaine et publie quelques mots doux et généreux - "L'Afrique a énormément à offrir. C’est un continent jeune, décomplexé, puissant, un territoire qui avance." - mais une autre diaspora, des migrants sans-papiers, se fait matraquer au Panthéon: ce même vendredi, quelque 600 sans-papiers et aidants sont délogés du Panthéon qu'ils occupaient brièvement sans violence mais sans autorisation. La police y va à coup de frappes, de grenades, et de baffes. Ces Gilets Noirs (ainsi baptisés car la plupart étaient Africains) ne recueillent que peu de soutiens de nouveaux vigilants de cette France d'en haut. Ces derniers si prompts à crier leur indignation sur les réseaux sociaux, ces nobles esprits si prompts à crier au "poujadisme" se taisent, sans surprise.

En Afrique, la France laisse les réfugiés se noyer, plus de 2200 personnes ont péri en tentant la traversée entre la Libye et l’Italie ou entre le Maroc et l’Espagne en 2018. Elle livre même des bateaux aux gardes-cotes libyens, lesquels sont accusés d'exactions contre les migrants - viols, tortures, mise en esclavage - par l'ONU, reportages de CNN à l'appui. Mais Macron instrumentalise ces crises comme l'extrême droite. Le nombre de réfugiés est infinitésimal, mais Jupiter veut faire de l'immigration "une question centrale" de la fin de son quinquennat.


Cette France-là a peur
Le RugyGate est comme un nouvel épisode de cette revanche des gueux. Il ne mobilise pas encore les foules, mais l'agitation gênée et la panique qui ont saisi le microcosme révèlent combien le dévoilement des privilèges d'en haut fait peur.

La peur n'est jamais bonne conseillère. Mais en politique, elle permet parfois de joyeux résultats. Effrayé par les Gilets Jaunes, Macron avait déjà lâché un peu de lest en décembre 2018 sur le front social. Pas grand chose, pas suffisamment, évidemment moins que les effarants cadeaux fiscaux accordés aux foyers les plus aisés et les grandes entreprises, mais tout de même. La dizaine de milliards d'euros de dépenses sociales avait suffit à un petit regain de croissance économique. La peur des gens est toujours là au sein de cette Présidence des riches, l'élan "réformateur" semble cassé: on fanfaronne moins, on cache sous des fatras de novlangue les pires méfaits (comme l'adoption du CETA, ou, plus récemment, la réduction massive des droits des chômeurs).

Voici que l'équipe Macron renonce à supprimer 120 000 postes de fonctionnaires d'ici 2022. La curée sera toujours gigantesque: Jupiter veut imposer une baisse de 70 000 postes à la Fonction publique territoriale, mais seulement de 15 000, et non plus 50 000, à la Fonction publique d'Etat. 
Pour son troisième budget, Jupiter table sur 1 à 1,3 milliard d'euros de la  réforme de l'assurance chômage (3,5 milliards en année pleine) et 1,4 milliard sur les aides aux logement (APL). Trop heureux d'avoir gagné quelques points auprès de l'électorat âgé, Jupiter lève aussi le pied sur les économies promises à court terme sur les retraites. Il préfère attendre la grande réforme "systémique" de 2020.

Officiellement bien sûr, il n'y a ni changement de cap, ni renoncement.

Le pragmatisme macroniste s'apparente désormais à une gestion de la trouille.

Ami macroniste, n'ai pas peur.



 

7 juillet 2019

Ce Thatcherisme sans couilles - 634ème semaine politique

 

 

Il s'agit de progrès, vous n'avez rien compris.

 

L'affaiblissement de la solidarité nationale, par la réduction de la prise en charge de l'éducation, de la santé, du chômage et bientôt de la retraite, ou l'introduction du "management" privé dans la Fonction Publique, ou de la concurrence entre élèves pour le passage à l'enseignement supérieur, le tout au nom de l'efficacité économique, a été rebaptisé "progressisme" par une Macronie qui cherche à décomplexer son action en transformant le sens des mots. 

 



La récente réforme des conditions d'accès à l'indemnisation du chômage, cette dernière ne concernant déjà qu'un demandeur d'emploi sur deux (contre 60% il y a 10 ans), se révèle plus grave encore pour les plus précaires du marché de l'emploi que les premières évaluations, à chaud, partagées à la publication de la réforme il y a deux semaines: la presse publie un document interne de l'UNEDIC qui évalue à un chômeur sur deux la proportion qui perdra des droits et/ou des revenus à cause de la réforme Macron. Ce "progressisme" consistera ainsi à travailler plus longtemps pour commencer à toucher une allocation; il supprimera pendant 6 mois la recharge des droits au chômage dès que l'on retrouve un emploi (on imagine combien c'est un "progrès" pour les salariés en période d'essai pour qui les cotisations chômage de leur premier semestre d'un emploi retrouvé ne comptera plus dans leur droit à indemnisation); enfin, dernier "progrès", les indemnités chômage seront calculées de manière plus défavorables aux chômeurs, à savoir sur le revenu moyen d’un mois (en comptant les jours travaillés et les jours non travaillés) et non plus sur les seuls jours travaillés. Le "progressisme" s'abrite derrière une esbroufe pour s'auto-justifier: l'accès à l'indemnisation chômage pour les démissionnaires, promesse électorale phare du jeune Macron, est réduit à quelques milliers de cas à cause des conditions fixées.

Le progressisme s’accommode de vendre des armes à l'Arabie Saoudite, laquelle les utilise en retour au Yémen contre les populations civiles, et en violation de la règlementation européenne. Il soigne les relations diplomatiques avec d'autres dictatures islamistes où l'athéisme et l'homosexualité sont punis de tortures et de mort, mais légitime un président auto-proclamé contre l'autocratie vénézuélienne. Ce "progressisme" a autant de poids qu'il y a de mesures.

Le "progressisme" brandit comme une victoire que l'Union européenne soit placée dans les mains des conserv-atroces: derrière le mirage, la réalité. Le président de la République française serait le grand vainqueur de ces négociations. On n'en doute pas. Macron est surtout le nouveau patron de la droite française. En Marche a remplacé l'UMP. Et Christine Lagarde ou Ursula von der Leyen sont des seconds couteaux conservateurs.

Le "progressisme" revendique comme "progrès" la suppression du statut des cheminots au motif qu'un salarié qui gagne plus qu'un autre mais toujours quelques siècles de SMIC de moins que les 5% d'ultra-riches pour lesquels Macron gouverne, c'est déjà trop. C'est aussi si utile pour décrédibiliser le progrès social. Le désinvestissement des petites lignes, qui ne date pas de la Macronie, au profit de TGV à la tarification erratique et opportuniste, est un "progrès".

Le "progressisme"s'attaque à l’État qui coûte trop cher ... aux riches: il supprime des postes de professeurs ou des lits d'hôpitaux. Il cache la fermeture de centaines de classes rurales par le "progrès" du dédoublement des classes CP en zone d'éducation prioritaire. Après le fiasco de ParcourSup en 2018, il saborde littéralement le bac : l'introduction d'une forte dose de contrôle continu aggravera les inégalités (bac de Neuilly contre bac de Saint-Denis). Le ministre Blanquer a aussi complètement déstabilisé l'enseignement secondaire: les mathématiques, où l'héritage social et culturel pèse moins que dans les matières littéraires, ont été supprimées du tronc commun et placées en option; certains professeur(e)s sont muté(e)s dans des nouvelles spécialités sans la formation adéquate. Quand des syndicats d'enseignants réclament un dialogue, le ministre refuse et passe en force. Après quatre mois de silence gouvernemental, quand certains profs font la grève des notations, il promet des sanctions contre les grévistes, ment sur la mobilisation, et fait inventer des notes pour les copies de bacheliers sans correction (80 000). Sur les réseaux sociaux, les "progressistes" applaudissent aux éditos de la presse conservatrice fustigeant les "enseignants radicalisés".

Il s'agit de "progressisme", vous n'avez rien compris.





Le "progressisme" a de l'argent à prendre au plus grand nombre, sous forme de réduction de services publics nécessaires ou de dégradation de l'accès aux droits et au prestations sociales, pour rendre à une minorité de riches (ISF, flat Tax, exit Tax, taxe d'habitation). L'injustice fiscale de ce "progressisme" est suffisamment connue pour que Macron soit encore affublé du sobriquet de "Président des riches." Le "progressisme" recule parfois, et devient réellement un progrès, quand des "gueux en gilets jaunes" le forcent à annuler des augmentations d'impôts sur le diesel et à lâcher quelques revalorisations de prestations sociales.

La "réforme" des aides au Logement, qui vise 1,2 milliard d'euros d'économies annuelles sur le dos des allocataires, "n'est pas une réforme budgétaire" mais plutôt de "justice sociale", a dit Gérald Darmanin sur RTL le 4 juillet. Ce ministre des Comptes Publics explique qu'il s'agit de "mieux cibler". Ces "progressistes" qui nous gouvernent ont justement décidé d'avancer la seconde réduction des APL dès la prochaine rentrée des classes.

Tandis que la France traverse un énième épisode de canicule, le "progressisme" se suffit d'une politique de petits pas contre le réchauffement climatique, ce qui, devant l'accélération de la dégradation des conditions environnementales, s'apparente à un immobilisme criminel. Il affiche de gros objectifs très lointains, souvent sans moyens. Le plan de rénovation énergétique des logements annoncé en avril 2018 est quasiment gelé, le coup de grâce étant l'interdiction par Macron lui-même d'inclure toute contrainte contre les propriétaires de passoires thermiques dans la loi Énergie/Climat. Autre exemple, la consommation de pesticides est malheureusement quasi-stable depuis 15 ans, mais aucune mesure urgente n'a été prise malgré les alertes et les constats partagés. Dernier exemple, après l'adoption du CETA avec le Canada, qui permet de soustraire de la justice européenne le jugement des litiges en matière d'environnement et de santé publique, entre l'Europe et les entreprises canadiens, voici le MERCOSUR adopté en douce par la Commission européenne sortante. Macron l'adoube avec gourmandise, fustigeant les "nationalistes" qui le critiquent, avant... de reculer sous la pression quasi-unanime et même dans ses rangs.

Le "progressisme" consiste à afficher quelques avancées sociétales (PMA, droits à vie pour les handicapés) qui masquent de vrais reculs dans l'application de ces mêmes droits: réduction des moyens hospitaliers, asphyxie des urgences, suppression de l'obligation de rendre 100% des logements accessibles aux handicapés. Le "progressisme" tolère des barbouzes à l'Elysée, qui signent des contrats de protection avec des oligarques russes pendant leur service. Le "progressisme" a financé l'essentiel de sa campagne macroniste sur un millier de riches Français en 2017, puis des prêts bancaires.


Le "progressisme" désigne aussi l'allongement de l'emprisonnement des migrants en attente de statut, la réduction des délais de dépôts de dossier d'asile de ces mêmes migrants, le jugement à distance par vidéo-conférences, et, bientôt, le fichage des migrants dans les établissement d'hébergement d'urgence pour le bénéfice de la police de l'immigration. Les "progressistes" ont d'augmenté de 25% les places de rétention en 18 mois. Par "humanité", ils ont aussi multiplié par huit le nombre d'enfants emprisonnés par rapport au niveau de 2013 (quand Valls était ministre de l'intérieur de Hollande). Par "progressisme", le ministre de l'intérieur Castaner organise des retours de réfugiés par charters  comme son lointain prédécesseur Charles Pasqua  tandis que les chiffres de l'asile s'effondrent (35 000 personnes en 2018)... Ces "progressistes" n'écoutent pas les appels de la Cimade, du Syndicat de la Magistrature, du Gisti, du Syndicat des avocats de France, de CCFD-Terre Solidaire, d'Emmaüs, du Secours Catholique, de la Ligue des droits de l’Homme, de Médecins du Monde, du Secours islamique, d'Amnesty International, du Collectif des morts de la rue, contre cette "politique d’enfermement en rétention" qui "a franchi la ligne rouge."

La loi Asile est un "progrès", les ONG n'ont rien compris.


Le "progressisme" justifie les moyens par la fin, et même n'importe quelle fin. Il a validé dans le droit commun l'essentiel des mesures d'exception de l'état d'urgence, réduit la protection des journalistes et des lanceurs d'alertes. Il fiche "S" les opposants écologistes aux multiples projets écologicides du pays. Il autorise la répression inédite et violente contre les manifestants de toutes sortes, et les Gilets Jaunes en particulier. Il ignore les mutilations d'opposants. Il permet à des forces de police de lâcher des grenades lacrymogènes pour disperser des fêtards bruyants, provoquant 14 chutes dans le fleuve voisin dont une disparition un soir de Fête de la Musique à Nantes. Il laisse les éléments les plus violents de la police se défouler sans risque de sanction.

Ce "progressisme" prépare le fascisme. Il habitue l'électorat à la violence aveugle de l'Etat.

Le "progressisme" privatise aussi une partie de la justice au nom de la "lutte contre les comportements haineux" sur internet en laissant le soin aux plateformes privées sur-puissantes le soin de faire le ménage. Lui-même ne fait pas le ménage dans ses troupes: un conseiller élyséen tweetait des fausses informations de façon anonyme pour défendre Benalla; et des centaines de militants macronistes anonymes et radicalisés abreuvent les réseaux sociaux d'attaques ciblées comme une meute blessée. Maigre consolation, unanimement saluée, un parquet spécialisé dans les attaques sur internet sera créé, mais sans moyens supplémentaires.

Les "Progressistes" encadrent les retraites-chapeaux de quelques poignées de grands patrons français (et quel encadrement ! Il s'agira de réserver ces super-bonus à vie aux patrons qui ont effectivement travailler quelque temps dans l'entreprise... sic !), mais vont réduire les droits à retraite de l'ensemble du reste du pays. Courageux et démocrates, ils ont choisi de dévoiler la réforme des retraites au milieu du mois de juillet, quand l'attention populaire s'amollit sous la chaleur et grâce aux vacances. Comme Sarkozy en 2010. Les "Progressistes" ont renommé leur forfait: l'âge de départ à la retraite ne sera pas touché, mais il faudra davantage d'années de cotisations pour en bénéficier. Ce qui, compte tenu de l'âge plus tardif d'entrée sur le marché du travail et de carrières souvent hachées par des périodes de chômage, repoussent de facto l'âge de la retraite. Ce "progressisme" se fiche de savoir que l'âge en bonne santé ne recule plus depuis des années, que l'on vit certes plus longtemps, mais plus mal.



Le "progressisme" s'habille de gadgets législatifs ou marketings contre les inégalités femmes/hommes tout en restant inerte contre les féminicides.

En France, les riches et des puissants contribuent historiquement davantage qu'ailleurs en Occident à cette solidarité nationale: mais leur contribution s'est affaissée au fil des années. Grâce au "progrès en marche", les plus riches en France récupèrent enfin leur dû, c'est-à-dire davantage de revenus et de patrimoine à coup de défiscalisation, d'exonération, de libéralisation. Le "progressisme" que l'on nous vend est cette offensive souriante d'une minorité aisée, incarnée par des trentenaires aux allures de start-upers, pour casser dans les esprits le concept même de solidarité nationale et recycler les vieilles lunes conservatrices nées il y a 50 ans. Une minorité qui cache ses forfaits et son ambition derrière des gadgets, une novlangue, et faux-nez. Une minorité qui n'est qu'une nouvelle incarnation de cette droite recomplexée des années 2010.

Ce "progressisme" est un Thatchérisme sans couilles.


Il est porté par des cyniques ou des jeunes sans mémoire ni sens de l'Histoire. Sinon ils sauraient qu'ils sont du côté du manche, des puissants, des symboles qui évoquent Pétain, Thatcher et les 200 familles.


Ami sarkozyste ou macroniste, qui es-tu ?


29 juin 2019

Les "morts utiles" de Macron - 633ème semaine politique

 

Il fait chaud en France, épisode caniculaire qui frappe jusqu'à 45 degrés ou plus. Pour le  gouvernement, c'est carrément une aubaine, l'occasion d'effacer les mauvaises polémiques sur l'affaire Benalla, les Gilets Jaunes, les violences policières, les sanctions contre les chômeurs, la grève des urgences, ou la privatisation d'ADP.


Edouard Philippe fait fermer 4000 écoles. Elisabeth Borne, ministre des Transports, invite les Français à "décaler leurs déplacements." Le ministre de l'agriculture promet d'interdire le transport des animaux à cause de la chaleur. Le ministre Blanquer fait reporter les épreuves du Brevet des Collège. Et la ministre de la Santé a encore le lapsus fâcheux:
"Ma priorité, c'est qu'il n'y ait pas de morts inutiles."
Pauvre Madame Buzyn... Sa carrière ministérielle est entachée de bourdes de classe et autres saloperies bourgeoises. La canicule permet d'oublier que des centaines d'infirmier(e)s sont en grève depuis trois mois pour réclamer quelques moyens supplémentaires à la hauteur de leurs missions. Alors le gouvernement met les gaz. Les médias adorent. La météo est le thème le plus con-venu, le plus programme le plus regardé, le sujet le plus commenté par chacun et chacune. Alors le clan macroniste en fait des tonnes sur les ondes.
"Je crois que l'intensité du phénomène que nous constatons depuis hier, pour la journée d'aujourd'hui et de demain, montre qu'il n'y avait pas de sur-réaction." Edouard Philippe, 27 juin 2019.



Loin des yeux, le jeune Gabriel Attal crame 1,5 milliard d'euros par an pour forcer les futures générations de lycéens à porter l'uniforme et saluer le drapeau, tandis que l’Éducation nationale supprime des postes par milliers, et l’hôpital public des lits par milliers.  

Loin des yeux, on apprend que le soir de la Fête de la Musique à Nantes, la police a dispersé à la grenade de désencerclement des jeunes fêtards trop bruyants.  "Réponse proportionnelle" justifient les autorités quand on découvre que 14 des fêtards sont tombés dans le fleuve voisin, L'un d'entre eux a disparu. A Paris, samedi 29 juin, un appel à manifester contre les violences policières (804 cas recensés depuis novembre et près de 14 000 arrestations préventives !) rassemble quelques milliers de personnes.
 
Loin des yeux, le gouvernement travaille à une instruction interministérielle pour imposer aux services d'urgence du 115 de communiquer aux autorités des informations sur les migrants qu'ils secourent. D'après le Monde, les services du 115 devront « communiquer mensuellement à l’OFII la liste des personnes hébergées dans un dispositif d’hébergement d’urgence », qu’il s’agisse de demandeurs d’asile ou de réfugiés. Quand la France imposait-elle aux organismes de santé et de secours de dénoncer des réfugiés ? Sous l'Occupation nazie.

Loin des yeux, le monarque a demandé à ses ministres d'accélérer la purge des hautes têtes de l'administration publique: "personne ne part en vacances si on n'a pas procéder au mouvement à la tête des administrations" a-t-il déclaré en Conseil des ministres, selon le Canard Enchainé. D'ailleurs, la succession de la magistrate qui dirige le Parquet national financier (PNF) inquiète nombre de juges. Après la désignation par Macron lui-même de l’actuel procureur de Paris, Rémy Heitz, le remplacement de celle qui chapeaute les enquêtes en cours sur l'affaire Benalla ou les compromissions du secrétaire général de l’Élysée Kohler peut susciter quelques remous.

Loin de ses ministres, le vieux-jeune monarque est en visite au Japon, pour un sommet du G7. Ce voyage diplomatique est une belle diversion. Il éloigne le monarque de l'Europe où il a fini par être la risée de la presse européenne. Par son arrogance, le jeune monarque a cassé l'axe franco-allemand, se plaint le chef des députés CDU/CSU au Parlement européen.



Ce déplacement de Jupiter au Japon est aussi l'occasion évitable de lire des commentaires parfois lénifiants d'une presse aux ordres : "les deux Premières dames ont même participé à un atelier consacré à la culture japonaise du bonsaï. Toutes deux sont apparues très complices." (Paris Match) "Ultra-lookée, elle éclipse son mari au Japon" (Public); "Brigitte Macron passe à l'action" (Paris Match)...

Ou de découvrir quelques menus détails du luxe présidentiel qui entoure ce jeune et déjà si vieux monarque. Ainsi apprend-t-on que Macron voyage avec de la vaisselle élyséenne. Après la séquence pompidolienne, Macron rejoue à de Gaulle. Il hausse le ton contre Vladimir Poutine, mais à distance (pas fou, le jeune garçon!) quand ce dernier déclare au Financial Times que le "progressisme" qu'il assimile au libéralisme (sic!) a vécu. Poutine a cette formule odieuse: "Le libéralisme présuppose que rien ne doit être fait. Les migrants ont le droit de tuer, de piller et de violer en toute impunité parce que leurs droits, en tant que migrants, doivent être protégés. C'est quoi, ces droits ? Tout délit doit être puni". Macron réplique, il fait part de son "désaccord irréductible". Au passage, il développe un curieux concept, les "démocraties illibérales" (?): "Les démocraties illibérales ou les régimes illibéraux peuvent donner le sentiment d'être plus efficaces que les démocraties libérales à certains moments, ils peuvent l'être parce qu'ils ont beaucoup plus de marge de manœuvre".

Cet entretien de l'autocrate russe tombe à pic . Qui a oublié que Jupiter a reçu en grandes pompes au Château de Versailles ? Macron célèbre la générosité des démocraties libérales. Qui a oublié la répression anti-migrants qu'il a mise en œuvre en France ? A Paris, la CIMADE s'inquiète des suicides dans les centres de rétention.



Au Japon, les 7 principales puissances du globe font leur cirque. Macron "riposte sur le climat". En France, son inaction est coupable. Le Haut Conseil pour le Climat publie son premier rapport, son premier bilan est détestable de pessimisme. Il couvre 2015-2018, la fin Hollande et le début de Macron, double échec, double misère: la France est à la traine de tous ses objectifs de dépollution, réduction des émissions de gaz à effet de serre et transition écologique: 
  • le plafond d’émission de gaz à effet de serre n’a pas été respecté;
  • la réduction même des émissions de gaz à effet de serre est deux fois trop lente;
  • l’électrification des véhicules est en retard;
  • le report  des automobilistes vers les trains, le vélo ou la marche, sur la période 2015-2018 a été nul.

Mais il y a pire. 
Pendant que le jeune monarque fait le pitre sur les estrades du G7 au Japon, ses godillots adoptent en première lecture une loi sur l'énergie et le climat qui a été vidée de toute substance par plusieurs amendements portés par les macronistes - députés ou gouvernement. Les progrès apportés par cette loi sont ultra-minces, voire négligeables: primo, les préfets pourront déroger aux règlements des plans de prévention technologique pour autoriser des projets de production d'énergie renouvelable (article 4); secundo, l’État se dote de nouveaux "nouveaux outils pour lutter contre la fraude aux certificats d’économie d’énergie" (article 5); tertio, le gouvernement créé son Haut Conseil pour le Climat (super ! On est sauvé !).

Pour le reste, l'enfumage est total, le texte est un gadget politique pour pouvoir disposer d'une preuve votée sur le sujet.
  1. Cette loi acte le report de 10 ans (!!) de l'objectif de baisse de la part du nucléaire dans le mix électrique à 50 % (2035, au lieu de 2025). Elle reporte d'ailleurs les principaux objectifs de transition écologique adoptés sous François Hollande, en "proposant une révision des objectifs associée à des trajectoires crédibles." (article 1). Plutôt que d'agir, changeons de thermomètre !
  2. Cette loi trahit la promesse de Macron de fermer les 4 centrales à charbon encore en activité (qui émettent autant de gaz à effet de serre que 4 millions de voitures individuelles chaque année!), en se contentant de confier à une autorité le soin de fixer un "plafond d’émissions applicable, à compter du 1er janvier 2022"... sans commentaire: "Je sais que le réalisme n’est pas toujours ce qu’il y a de plus facile à défendre, mais encore une fois, ma responsabilité est de garantir notre approvisionnement en électricité, en dépit des aléas inévitables et dans un laps de temps très court" justifie le ministre François de Rugy, qui n'est plus à une couleuvre près.
  3. L'interdiction de location des logements "passoires thermiques" à compter de 2025 a été été également abandonnée. Sept millions de logements sont concernés.
  4. Les subventions et garanties à l'export continueront d'être accordées à des projets liés aux énergies fossiles à l’étranger car "une telle interdiction générale pour toutes les énergies fossiles ne parviendrait pas nécessairement à atteindre le but de diminuer la production d’énergies fossiles tout en nuisant gravement à la compétitivité des entreprises" a expliqué le gouvernement.
Cette loi baptisée "urgence climatique et écologique" ne porte qu'une urgence: satisfaire rapidement les lobbies qui s'opposent à toute contrainte au nom de la lutte contre le réchauffement climatique.
François de Rugy a beau jeu de déclarer "l'accélération écologique", il signe aussi de sa propre main un permis exclusif pour la carrière de calcaire cimentier de Brueil-en-Vexin: une extraction gigantesque de calcaire, autorisée pour 10 ans en plein parc naturel, pas loin de  Paris. Au nom d'un "réalisme" aussi futile que criminel, ces gens-là gâchent jour après jour les quelques années qui nous séparent de l'irréversible. A Perpignan, la ligne de transport ferroviaire pour les primeurs sera fermée au profit du transport routier, et l’État se tait.

"On a évité de reculer" Emmanuel Macron à propos de la lutte contre le réchauffement climatique au sein du G7...

Macron s'agite au Japon, mais en Europe, la Commission conclut l'accord de libre-échange avec le MERCOSUR  (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) dans le dos du Parlement nouvellement élu. Quel bel accord avec le Brésil dirigé par le néeo-fasciste Bolsonaro, et ses projets de déforestation en Amazonie. Cet accord prévoit notamment une réduction des tarifs douaniers sur les exportations européennes de voitures et de chimie (ah l'écologie... quand tu nous tiens...). La Commission s'abrite derrière l'engagement des parties à respecter les accords de Paris sur le climat, des accords que même la France ne respecte pas (sic!).

***

Tandis que Jupiter voyage, les votes pour l'organisation d'un référendum sur la privatisation d'ADP. progressent. Il parait que Macron envisage de reculer.







Ami macroniste, où te situes-tu ?


22 juin 2019

De la corruption de Macron - 632ème semaine politique

 

 

Brigitte compare Emmanuel à Atlas. Il est surtout temps de réaliser ce que l'on vit. Privatisation d'ADP 'au nom du "marché", réduction de l'indemnisation chômage au nom de la "nécessité", cadeaux aux riches au nom de "l'efficacité", voici une belle entreprise de corruption morale, économique, et politique.

 

CORRUPTION DES ESPRITS

Il est temps de voter. Le référendum contre la privatisation de la première frontière du pays, un monopole aujourd'hui public et profitable, ADP, nécessite 4,7 millions de votes pour éventuellement avoir lieu.

Au lancement du site officiel, piloté par le ministère de Christophe Castaner, des bugs divers, relayés sur les réseaux sociaux, ont découragé plus d'un(e) citoyen(ne). Puis une autre polémique, celle du fichage de tous les participants, a été agitée. Il est vrai que le site requiert beaucoup d'informations, jusqu'au numéro de pièce d'identité. Et à plusieurs reprises, le site rappelle que les noms des participants seront visibles de toutes et tous.

Est-ce une menace ? Sans doute. On a connu des notices d’utilisation plus discrète. Est-ce un sabotage informatique ? Sans doute pas. Depuis les bugs de l'informatisation des déclarations de revenus, on est habitué à beaucoup.

Il n'en demeure pas moins qu'il faut voter. Le principe de ce référendum est essentiel, le fichage est anecdotique - il y a des gauchistes, des socialistes, des insoumis, des libéraux, des gaullistes pour se dresser contre cette privatisation.

L'union politique dépasse les clivages habituels: privatiser un monopole est une ineptie économique, une barbouzerie financière typique mais si énorme dans cette présidence des riches.

C'est aussi une corruption.

A cause de cette privatisation, les heureux futurs propriétaires auront aussi à disposition un patrimoine foncier de 6400 hectares en Ile-de-France, dont1  242 hectares réservés à des opérations immobilières. Macron a l'écologie qui s'arrête au portefeuille. Depuis les élections européennes, il tente de "verdire" son action non pas tant par des actes décisifs que de belles promesses à la Saint-Glin-Glin. La main sur le coeur, ses perroquets répètent combien l'écologie est importante à leur yeux. Mais d'actions décisives et immédiates, il n'en est pas question. La privatisation sans contrôle du plus grand patrimoine foncier d'Ile-de-France, déjà agitée par les projets d'extension d'ADP (Terminal 4) et l'aberrant projet EUROPACITY soutenu par l'Etat après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement, est le dernier exemple d'une capitulation gouvernementale en matière d'aménagement du territoire.

Lors des 4 premiers jours d'ouverture du site de pétition, environ 260 000 votes, soit 5,5% des 4,7 millions nécessaires ont été enregistrés. Si tous les votes sont réunis d'ici 9 mois, il est possible que Macron puisse encore bloquer l'organisation du référendum. Nous vivons en monarchie "républicaine", rappelez-vous. Les zélotes macronistes sont si louangeurs de leur monarque qu'ils seront bien en peine quand un(e) autre que lui actionnera les mêmes leviers institutionnels pour asservir davantage les libertés du pays.

En plein lancement de cette pétition pour forcer le gouvernement à un référendum sur la privatisation d'ADP, la Macronista sort l'un de ses meilleurs gadgets, le Service National Universel (SNU); Le plus jeune pistonné du gouvernement, Gabriel Attal, en charge de la jeunesse puisqu'il est jeune, lance cette "coquille vide nationaliste",  un gadget qui coute à peu près l'enveloppe dégagée pour le plan pauvreté (1,5 milliard d'euros par an !!). On le voit faire des selfies, chanter la Marseillaise, saluer la levée du drapeau avec ces nouveaux scouts dont une trentaine s'effondrent de chaleur. Les réseaux sociaux sont ainsi mitraillés de clichés et vidéos, le jeune ministre déboule sur les plateaux. Dans les faits, ces néo-miliciens à qui l'on rappelle aussi la grandeur de Pétain (si, si), ne sont que 2000, tout ceci n'est qu'un rodage transformé en spectacle: le SNU, d'une durée d'un mois, sera prochainement obligatoire.

Gabriel Attal ne tiendra pas 9 mois ainsi sur cette misérable estrade. Le 18 juin, François Ruffin rassemble des représentants de toute la gauche (PS, Place Publique, PCF, écologistes) pour lancer la campagne du référendum sur ADP: "Il n’y aura pas 12 millions d’euros de débloqués pour ce référendum comme ça l’a été pour le grand débat.”. Il a raison. Ne comptez pas sur Macron pour vouloir débattre de ce cadeau qu'il compte bien faire à quelques investisseurs aux détriments de l'intérêt national.
"c’est la question des océans, des hôpitaux, des écoles, des tribunaux, de se réapproprier notre destin commun qui est posée." François Ruffin, 18 juin 2019
Pour quelle raison Macron s'obstine-t-il à cette gigantesque privatisation ? Privatiser un monopole public et rentable n'est même pas idéologique. Cette corruption n'était pas dans son programme de 2017, mais elle sert ses actions depuis lors. Sa révolution fiscale pour les plus riches et les grandes entreprises a couté près de 50 milliards d'euros, il faut bien trouver où tenir les engagements de rigueur budgétaire. La Cour des Comptes a balayé les arguments officiels - le produit de la privatisation servirait à des placements d'avenir. De nombreux réseaux privés proches de Macron se frottent les mains (lire l'excellente enquête du journaliste Marc Endeweld dans le Monde Diplomatique).
"La corruption est la perversion ou le détournement d'un processus ou d'une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d'obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d'obtenir une rétribution en échange de sa complaisance."

CORRUPTION MORALE

La réforme de l'assurance chômage procède du même objectif: prendre aux plus fragiles pour donner aux plus riches. Constat caricatural ? Jugez plutôt: 2,8 milliards des 3,4 milliards d'euros d'économies trouvées sur l'indemnisation des chômeurs se portent sur le rallongement de 2 mois de la durée de travail nécessaire à prétendre à une indemnisation (et quelle indemnisation !). Même le silencieux Laurent Berger (CFDT) se dit "écœuré" par ce projet qui frappera les chômeurs les plus précaires, dont 240 000 jeunes. Face à ces critiques unanimes de la part de tous les syndicats et l'opposition de gauche , les arguments sont étouffants, et de deux ordres: primo, il y aurait des "contreparties" qui contre-balanceront ces chocs: le plan formation aidera les chômeurs, désormais plus nombreux à plonger dans le RSA, à ne pas le rester (quelle belle promesse... sans rapport avec les difficultés de vie immédiate d'un chômeurs perdant tout ou partie ses allocations); les cadres seront frappés d'un rabaissement de leur plafond et d'une dégressivité accélérée ("faire maigrir les gros et les maigres"); les entreprises qui "abusent" des contrats courts subiront une légère hausse de leur cotisations sociales (seuls 7 secteurs sont concernés, soit 34% seulement des emplois courts).

Le second argument, plus lénifiant encore, a été servi par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud: "Si on ne fait pas d'économies, on n'aura plus de quoi indemniser les chômeurs dans 10 ans." La présidence des ultra-riches n'a plus de limites dans le mensonge rhabillé en novlangue: elle vide les caisses et a encore besoin de chiper 3 milliards de plus aux chômeurs pour financer ses cadeaux aux plus riches.

Le durcissement des sanctions contre les chômeurs, au lieu de renforcer significativement les moyens de Pôle Emploi dans la recherche et l'accompagnement, est aussi dans la loi: suppression du salaire dans la définition du caractère "raisonnable" d'une offre que le chômeur ne peut refuser sous peine de perdre ses droits; renforcement du nombre de contrôleurs, radiation pure et simple en cas d'absence à un RDV.

CORRUPTION FISCALE

Corruption également, ces promesses fiscales dont l'inefficacité et l’iniquité se dévoilent peu à peu à fur et à mesure que l'on avance dans le quinquennat. 

Ainsi la promesse vaine et hypocrite que la Flat tax favoriserait les investissements productifs débouche sur ... l'inverse. C'est tout l'inverse: grâce à la Flat Tax, qui réduit l'imposition des revenus financiers (dividendes, assurance vie, spéculation, etc) à 12,8% et les contributions sociales à 17,2% (doit plus bas que celles du Travail), les dividendes seront plus généreux en 2019 qu'en 2018: loin de favoriser l'investissement, la Flat Tax a permis aux actionnaires de différer et augmenter leur enrichissement d'une année: cet allègement devrait "induit un débouclage important des dividendes " note poliment l'INSEE. A l'inverse, les perspectives ne sont guère flatteuses en matière d'investissements l'an prochain, puis la conjoncture est plombée.

Autre cynisme, la suppression de la taxe d'habitation "va en réalité surtout bénéficier aux mieux lotis" . Voici les gauchistes du Monde (sic!), la cellule Décodeurs qui décodent la "Révolution en marche"... pour les riches: "les 20 % les plus aisés capteront à eux seuls près de 50 % des gains quand les 15 % les plus pauvres n'en tireront aucun bénéfice. La justice fiscale attendra." La suppression de la Taxe d'habitation est d'abord et surtout un cadeau pour les plus riches, combien de fois faudra-t-il le répéter ?

CORRUPTION ÉTHIQUE


Autre corruption de la pensée, l'incroyable appel de Macron à la mobilisation internationale dans la lutte contre le sida: "J'AI besoin de vous pour sauver 16 millions de vies". La personnalisation de l'enjeu est aussi indécente que l'inaction jupitérienne en la matière. Macron "qui drague les réacs de la Manif pour tous" , Macron qui séchait dès juillet 2017 l'ouverture de la conférence scientifique de la société internationale sur le sida, Macron qui réduit l'aide publique au développement et le budget de la recherche publique, Macron qui facilite l'expulsion de migrants séropositifs, Macron qui ne promet pas d'augmenter la contribution française au Fonds mondial contre le sida (alors que celui-ci manque encore de 1,8 milliards de dollars) ...

"Act Up-Paris condamne l’adoption de la loi Asile et Immigration qui entrave l’accès aux soins des personnes étrangères et la lutte contre le sida. Elle va permettre au gouvernement d’expulser des malades vers des pays qui n’ont de sûrs que le nom." Act Up Paris, août 2018.

La corruption macroniste n'est évidemment pas que des esprits. Elle est aussi pécuniaire. L'enquête progresse et les révélations du moment sur l'affaire Benalla, grâce à Cash Investigation de France 2, révèle que le fusible Benalla semble décidément bien gros pour l'ampoule élyséenne. Il est désormais acquis que Benalla a été soutenu, protégé, aidé dès la découverte de ses violences contre des manifestants en 2018, et non pas sanctionnés comme les services officiels. Qu'allait faire Benella pour ces oligarques russes ? Qu'allait-il faire en Afrique ? Qu'y avait-il dans son coffre-fort bizarrement disparu ?


***

Corruption morale, corruption éthique, corruption politique... La Macronie cache ces travers derrière une novlangue qui peine à faire illusion pour qui prend la peine d'observer.


Ami(e) macroniste, prend la peine de demander un référendum toi aussi. 

N'aie pas peur de la démocratie.



15 juin 2019

Comment Macron gouverne (toujours) avec le Parti Médiatique - 631ème semaine politique

 

 

Où il est question d'une évidence.


La rage xénophobe de cet animateur conservateur fait peine à entendre: ce vendredi 14 juin après midi, sur RMC, Eric Brunet demande à un policier, en direct, ce qu'il pense de ces "jeunes délinquants, toxicomanes, qui viendraient du Maroc mais pas seulement, qui ont moins de 12 ans et qui zonent, qui traînent dans les villes, qui sont ultra-violents, qui n'ont pas de parents, qui sont là." Brunet cite une "enquête" d'un grand reporter du Figaro, qu'il met en relation avec une question d'actualité, cette idée du gouvernement de rendre les moins de 13 ans pénalement irresponsables; ça y est, une fraction des médias de la droite furibarde ont peut être enfin un objet de polémqieu pour se désolidariser de ce "meilleur président de droite" que la France ait connu, comme le qualifiait l'ancienne conseillère politique de Nicolas Sarkozy.

Depuis le début du quinquennat, les médias ont épousé la recomposition politique: les médias dominants applaudissent ou soutiennent la Macronie - le Figaro comme le Monde, Europe 1 comme France inter, les éditorialistes de RMC comme ceux de France Culture, déploient un soutien sans faille, on va le voir, à la politique socio-économique, environnementale et même diplomatique de Jupiter. C'est un moment inédit sous cette Vème République, qui fait écho à ce rassemblement d'anciens socialistes avec des libéraux et des conservateurs pour conduire un programme plus à droite et socialement violent que le programme de Sarkozy en 2007 contre lequel ils s'opposaient à l'époque.

Ces médias dits dominants ne sont pas tous les médias: d'autres sources, plus fragiles, plus éparpillés, travaillent à couvrir la réalité que l'on voit moins souvent ou jamais dans les discours et traitements officiels - les ravages sociaux ou environnementaux, les échecs économiques de la politique de l'offre, l'hypocrisie de la diplomatie (Yémen), ou plus "simplement" le récit et l'explication des évènements loin de la com' arrangée et des présentations marketing prémâchées de l’Élysée.

Cette semaine, le premier ministre est, sans surprise, adoubé par 363 députés godillots de sa majorité. Un vrai suspense à l'Assemblée nationale ! A la conférence de l'OIT, Emmanuel Macron choisit de répéter, presque mot pour mot, l'un de ces fameux discours de Nicolas Sarkozy sur la crise, la folie de la finance, et le besoin de régulation et de changement de système.
"Faut-il attendre que la crise économique, financière, sociale et écologique se transforme en crisepolitique majeure à l’échelle planétaire, pour nous décider enfin à changer, au risque qu’il soit trop tard?Sarkozy, 15 juin 2009

"La crise endogène de notre capitalisme, l'accélération de la transition numérique et l'accélération du réchauffement climatique et de la raréfaction de la biodiversité nous conduisent à repenser très profondément nos manières de nous organiser, et rendre encore plus impérieux le multilatéralisme qui est le vôtre, qui est le nôtre dans ce monde, avec un combat : celui pour la dignité de l'homme et celui pour rendre ce monde habitable." Macron, 11 juin 2019
Devant l'OIT, les deux monarques, à 10 ans d'intervalle, jouent presque les gauchos.
"Je souhaite que l’OIT fasse des propositions concrètes pour mettre la promotion du travail décent au cœur des règles qui constitueront le fondement d’un ordre mondial plus respectueux de l’homme." Sarkozy, 15 juin 2009
"Je veux qu'on puisse continuer à défendre, en Europe en particulier, un véritable ordre public social avec toutes ses composantes." Macron, 11 juin 2019
L'intérêt de ce copié/collé presque parfait n'est pas dans le propos lui-même. Qui n'est pas d'accord avec le constat que le monde ne tourne pas rond, que les multiples crises s'additionnent, se renforcent, s'accumulent et s'aggravent ? Que cette grand crise environnementale, sociale, alimentaire, économique, financière mérite un changement de paradigme politique national, européen et mondial ?  Comme en 2009 quand un Nicolas Sarkozy ahuri par la Grande Crise braillait contre ses amis de la Finance, Macron s'étonne et gronde le "système". Mais l'intérêt de ce parallélisme est ailleurs. Comme Sarko, Macron surprend par son insincérité, par le décalage suffoquant entre ces paroles et la réalité de ses actions.

Macron a fait pire que Sarkozy pour aider la Finance, cette finance dont il dénonce aujourd'hui les excès: il a plafonné les cotisations sociales à 17,8% (sic!) et  l'impôt à 12,8% sur les revenus dela rente et de la spéculation. Macron a dérégulé plus que Sarkozy (Travail, transport, construction, environnement).  Macron a affaibli l’État davantage que Sarkozy: il abîme jusqu'à la Justice (voir à ce propos l'excellente analyse de Regards); il privatise la "première frontière de France", les barrages hydroélectriques et le rail; il allège les conditions d'aménagement du littoral; son écologisme est de façade. Il amuse la galerie avec une réunion ministérielle pour obtenir le tri sélectif dans les fast-foods (une obligation légale !), mais il repousse les engagements écologiques de la France. Il veut taxer le diesel des petites gens, mais il épargne le kérosène des vols petits-courrier (les Français prennent l'avion... une fois tous les 7 ans en moyenne). Il évoque la biodiversité, "une ambition française" (sic!) mais réduit les pouvoirs du Conseil national de la protection de la Nature et pérennise l'emploi de pesticides violents comme le RoundUp. Il célèbre nos forêts nationales ... et privatise en douce leur gestion.

A l'Assemblée, son premier ministre célèbre le service public, une "promesse républicaine" , mais il réduit les postes de profs et les effectifs de contrôle de l’évasion fiscale; il va fusionner les minima sociaux pour les conditionner à l'exercice d'une activité. Il augmente brutalement les tarifs réglementés de l'électricité. Il laisse les urgentistes s'asphyxier (il faut trois mois de grèves pour que la ministre Buzyn daigne recevoir des personnels qui ne réclament que davantage de moyens pour bien faire leur boulot, et une obole de 70 millions d'euros supplémentaire...).

Devant l'OIT, Macron célèbre "l’histoire d’ouvriers, d’employés qui ont pu obtenir par convention la limitation de la durée du travail dans la journée et dans la semaine". En France, il s'apprête à allonger de deux mois la non-indemnisation des chômeurs issus de petits boulots, il a supprimé 200 000 postes de représentants des salariés; il a accordé aux employeurs le droit de ne pas respecter les conventions collectives de secteur; il a généralisé le travail le dimanche, laissant des employeurs "libres" de virer les salariés "libres" qui refuseraient de sacrifier le repos dominical. En 2009, au plus fort de la crise, Sarkozy avait créé "l'offre raisonnable d'emploi" qu'un chômeur devait accepter sous peine de radiation. En 2019, Macron durcit le même dispositif.

Cette hypocrisie est le signe d'une indécence de classe.

Jupiter fait mieux que Sarkozy, en pire. Il a de meilleurs alliés. Il est aidé par un Parti Médiatique. Non pas tous les médias, loin s'en faut, mais un petit ensemble d'éditocrates et de journalistes spécialisé(e)s, dont la porosité avec la France des riches n'a d'égale que leur réflexe pavlovien à brandir leur carte de presse comme preuve de professionnalisme. Ce Parti médiatique témoigne d'un soutien idéologique et politique quasiment sans faille à l'égard d'Emmanuel Macron. Sarkozy avait rapidement fini par les agacer avec sa vulgarité Bling Bling, ses mauvaises manières de faux parvenu. Macron ne cesse de les séduire avec ses bonnes manières, ses belles formules, ses citations de la littérature classique.

Idéologique, ce soutien est permanent: aucune des mesures phares de la Macronie n'a été critiquée par le Parti Médiatique. Les défiscalisations du capital dénoncées comme coûteuses et improductives par les économistes atterrés ? Rien à y redire. Les ordonnances Travail qui fragilisent les employés, notamment les plus précaires et les femmes ? Applaudissements. Le gel de la quasi-totalité des prestations sociales, la réduction des aides au Logement, ou le plan d'économie d'un milliard par an sur les hôpitaux ? Applaudissements à nouveau ! La timidité voire l'inaction coupable en matière de lutte immédiate contre le réchauffement climatique ? Rien à redire, les éditocrates tombent dans le panneau. La loi Asile et immigration dont la xénophobie a été dénoncée par 400 ONG (sic!) et que Macron songe déjà à durcir ? Rien, pas un bruit, pas un mot de protestation. Le renforcement des lois liberticides (état d'urgence normalisé, loi anti-casseurs, etc) ? Un frémissement timide à propos de la loi sur le secret des affaires (réflexe quasi-corporatiste). La répression contre les manifestations des étudiants et lycéens au printemps puis celle, plus inouïe encore, contre les Gilets Jaunes depuis l'automne ? Rien à critiquer à premier abord, ils préfèrent multiplier les reportages sur les plus violents, les plus abrutis. Il faut la publication sur les réseaux sociaux de dizaines de mains arrachées, de crânes défoncés, de visages éborgnés pour que certains (Aphatie), pas tous (Barbier) s'indignent enfin.

Le Parti Médiatique applaudit souvent au respect de l'ordre et sert systématiquement les plats libéraux de la Macronie sur les plateaux. Il a peur quand les gueux en jaune manifestent avec cette même trouille qu'un Jupiter barricadé à l'Elysée. Il revendique, parfois, son indépendance d'esprit quand les barbouzeries élyséennes éclatent au grand jour, comme avec l'affaire Benalla. Mais sur la politique économique, sociale, et environnementale, silence et acquiescement. Il ne grogne que lorsqu'on supprime sa salle de presse à l'Elysée (ne riez pas) ou quand on le boude au Palais. Il fait le tri dans ces indignations contre l'exercice du journalisme: il proteste quand une poignée des siens sont questionnés par les services secrets, mais il refuse tout soutien à un journaliste militant qui se fait frapper, déboiter l'épaule puis enfermer et à nouveau brutaliser en garde à vue parce qu'il couvrait une manif de sans-papiers. Rarement, il râle contre la politique économique du gouvernement. Quand il le fait, c'est parce que Macron dévie de sa trajectoire de président des ultra-riches, comme par exemple quand Macron cède à la pression sociale et octroie 11 milliards d'euros de dépenses sociales supplémentaires grâce aux Gilets Jaunes.

Politique, ce soutien du Parti Médiatique l'est tout autant, et tout aussi régulier. Ces éditocrates ont œuvré à amalgamer les principales oppositions dans le même sac du "populisme totalitaire", à tuer tout débat sur les propositions, les programmes ou les idées. Ils s'amusent ou raillent gentiment les colères pourtant violentes et méprisantes du monarque, quand la moindre des colères de Mélenchon est ultra-commentée comme la preuve irréfutable d'un totalitarisme vénézuelien. Loin d'aider à motiver l'électorat, ils découragent par le relais appuyé des slogans défaitistes du libéral-conservatisme: les oppositions ne sont pas "sérieuses", pourquoi se déplacer ? Il minore l'abstention pour maintenir un semblant de légitimité à cette mascarade.

Ces éditocrates ont réduit le débat politique à son minimum pour mieux délégitimer les oppositions à la politique de classe du clan macroniste. François Ruffin a beau s'indigner du vide de leurs questions, du creux politicien de leurs développements; il a beau réclamer que l'on parle planète, pauvreté et santé, rien n'y fait. Les éditocrates ne dévient pas. Tout récemment, ces mêmes éditocrates ont même laissé filer la comète Loiseau, une "experte de l'Europe", avec une indulgence qui ne s'est brisée que lorsque les bêtises de cette tête de liste macroniste devenaient trop crasses et voyantes, comme cette semaine quand elle s'est politiquement immolée devant une quinzaine de journalistes ébahis en insultants et moquant un à un tous les chefs de parti de son propre groupe libéral au Parlement européen.

Exception faite des zélotes du Figaro et de Valeurs Actuelles, Sarkozy avait du mal avec cette presse. Macron n'a pas ce handicap. Il peut compter sur Bruno Jeudy, Jean-Michel Aphatie, Robert Namias, et Christophe Barbier et consorts. Il peut s'appuyer sur une presse dominante qui remet pas en cause les fondements libéraux et conservateurs de sa politique; des médias qui, bien entrainés depuis des années, recyclent chaque semaine la novlangue libérale: est ainsi requalifiée en "conservatisme" la défense des chômeurs précaires ou des étudiants boursiers; en "pragmatisme humaniste", la réduction du droit d'asile au risque de la mise en esclavage, la noyade en mer ou l'épuisement en montagne des migrants. Et l'orgie défiscalisées des riches est devenue un "soutien à l'investissement".

Si les discours, et leur décalage avec les actes, se répètent de Sarkozy à Macron, Jupiter a toujours l'avantage d'un appui idéologique et politique manifeste de la part des médias économiquement les plus puissants.

Belle démocratie.



Ami sarkozyste, où es-tu ?