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1 mai 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero3 : les inégalités salariales en Europe



On peut décider de ne rien voir, rien lire, rien écouter. On peut se contenter de quelques indicateurs rassurants, des statistiques qu'on nous lance ici ou là pour montrer qu'on est bien dans le droit chemin, comme un frémissement des taux de croissance, ou la progression des productions nationales depuis un siècle en Europe.

Ce graphique extrait d'une revue conservatrice est éloquent sur la menace non pas seulement sociale mais aussi économique qui menace l'Europe. La guerre déclarée aux "coûts salariaux" en Europe a été gagnée ailleurs en Europe, à la faveur de la crise: Grèce, Irlande ou Espagne ont vu leurs salaires unitaires s'effondrer. L'Allemagne, pour ce qu'elle produit encore sur son sol, a mieux résisté. La France a été jusque-là épargnée. Les conséquences, qui alarment désormais jusque dans les colonnes de la presse libérale anglo-saxonne, sont connues: consommation atone, déficits budgétaires et déflation.

Et voici qu'en France, François Hollande et Manuel Valls ont décidé à leur tour d'emboiter le pas de cette vulgate économiquement absurde: baissons les salaires !


29 avril 2014

Pacte irresponsable: le piège à cons se referme

La tactique est connue, la ficelle énorme, la manoeuvre peut-être misérable.

Pouvions-nous être énervés ? 

Oui, bien sûr.

Lundi 28 avril, Manuel Valls a "lâché" quelques billes pour s'assurer un vote qu'il espère large et complet par "sa" majorité à l'Assemblée nationale: toutes les "prestations" sociales ne seront finalement pas gelées comme annoncées brutalement le 8 avril dernier pour financer une grosse partie des exonérations de cotisations et réductions d'impôts aux entreprises.

Il était à la Maison de la Chimie. Quatre de "ses" ministres étaient affaissés, progressivement affaissés à ses côtés dans des fauteuils trop confortables. Michel Sapin (Finances), Arnaud Montebourg (Economie), Bernard Cazeneuve (Intérieur) et François Rebsamen (Travail) écoutaient sagement. Quelques heures avant, le premier des ministres avait commis un courrier à ses "partenaires" de la majorité à l'Assemblée.

Une partie de l'opposition de gauche n'a pas compris, croyant qu'il y avait d'autres pistes pour trouver l'argent manquant, qu'il fallait chercher du côté de la lutte contre la fraude fiscale, comme si cette équipe au pouvoir cherchait à esquiver cette lutte-là. Le vrai combat, la belle imposture, la franche illusion n'était pourtant pas là: (1) il n'y a pas de contreparties aussi fortes et décisives que l'inédite baisse générale de charges sociales et fiscales que le gouvernement s'apprête à "rendre" aux entreprises; (2) oser expliquer que l'effort sera "juste" car "réparti" entre pauvres et riches est suffoquant.

Dimanche, un responsable de l'UDI expliquait pourquoi son parti devrait voter ce fichu pacte.

On le comprend.

Manuel Valls a donc "donné des gages". Le 28 avril, il a écrit à ces parlementaires, soutiens ou frondeurs. "Chers amis", le texte est courtois, forcément. On est entre amis.


"La confiance réciproque, c'est la condition de notre unité".  Le socialisme de l'offre prend de l'ampleur : la défense, l'unique justification de ce plan est connue, et répétée: c'est l'emploi: "nous avons l'obligation d'obtenir des résultats". Or, justement, pour ces "visages" où l'on lit "l'inquiétude face à l'avenir", "le Pacte de responsabilité et de solidarité, c'est un puissant levier pour la croissance et la confiance."

On cherche l'argument qui convainc. 

L'argument tombe, moins pour convaincre que pour assommer. Il faut défendre "l'emploi, grâce notamment à la baisse du coût du travail", et "le pouvoir d'achat" grâce à la "priorité accordée aux salariés les plus modestes." Manuel Valls enchaîne sur la nécessaire réduction des déficits. Il a raison, mais pourquoi évacuer aussi rapidement, d'une formule, que les économies réclamées servent moins à la réduction des dits déficits et surtout à la "baisse du coût du travail". S'en suit quelques mots contre "l'euro trop fort" et la lutte contre la fraude fiscale.

Manuel Valls veut mouiller ses députés: "vous aurez aussi un rôle à jouer pour garantir que les incitations fiscales attribuées aux entreprises serviront bien les objectifs prévus par le pacte." L'expression est délicieuse. En d'autres termes, le premier des ministres balance, tranquille, que c'est un peu l'affaire des députés de fixer les contreparties nécessaires. L'arnaque est belle puisque le gouvernement s'abrite depuis des semaines derrière la "négociation des partenaires sociaux".

Finalement, Manuel Valls est généreux: les retraites en deça de 1.200 euros par mois, tous régimes confondus, ne seront pas concernées par le gel des pensions. Manuel Valls préfère le terme "report de valorisation" plutôt que "gel", cela fait moins mal.

Suprême cadeau, quelque 6,5 millions des plus précaires du pays "verront leur pouvoir d'achat intégralement préservé."

L'homme ne réalise pas l'indécence de sa formule.
Il ajoute quelques rappels, déjà connus: les minima sociaux préservés du gel général, la revalorisation "exceptionnelle" de l'allocation de soutien familial (+5%) et du complément familial (+10%) pour les familles nombreuses. 

Manuel Valls continue dans la grandeur. On s'étouffe. "Vous avez attiré mon attention", écrit-il à ses députés, "sur le respect de la mise en oeuvre du plan pauvreté". C'est vrai, les gars, ça fait beaucoup tout ça ! Un plan pauvreté présenté par Ayrault... il y a un an à peine ! On va être sympa. On vous le garantit.  Ne le remerciez pas.

Troisième et dernier "cadeau". Manuel Valls promet que les fonctionnaires "les plus modestes", soit 1,6 million d'agents, verront leur rémunération revalorisée comme pour les catégories C et B. Soit 440 euros de salaire net par an. 

"Enfin, le gel du point d'indice des fonctionnaires fera l'objet d'un réexamen chaque année au regard de la croissance et des résultats  du redressement économique du pays". Les réductions de cotisations seront elles immédiates et non réexaminées.

Cherchez l'erreur, cherchez l'équité.


Même François Hollande y est allé de son couplet.



28 avril 2014

Ces députés socialistes qui résistent au Pacte irresponsable

Ce n'est pas un raz-de-marée. Mais la résistance est là. Le Pacte de responsabilité ne séduit pas tout le monde au sein de la majorité des députés socialiste. Il y a ceux qui voteront les pieds lourds et la main hésitante. Ils n'y croient peut-être plus mais ils ont été élus députés grâce à la dynamique présidentielle de mai 2012.

Il y en a d'autres qui sont plus véhéments. 


Trois au moins ont décidé de ne pas voter ce Pacte irresponsable. Christian Paul, Jean-Marc Germain et Laurence Dumont l'ont fait savoir dans les colonnes de Libération en fin de semaine dernière. 
"Où est la justice quand, pour financer la baisse des prélèvements des entreprises, on envisage la baisse du pouvoir d’achat des pensions de retraite, des allocations familiales, des aides au logement et du traitement des fonctionnaires, y compris les plus modestes ?"
La tribune fait mal car elle vise presque juste.
"Car il faut appeler un chat un chat, c’est bien de cela qu’il s’agit quand on gèle des prestations alors que les prix augmentent."
Evidemment, cette tribune n'est pas sans arrière-pensée politique. Qui croit encore que la politique se confond avec de la philanthropie ?  Les trois députés signataires de l'affaire sont qualifiés d'"aubryistes". Pour le non-initiés aux arcanes du Parti Socialiste, cela signifie qu'ils soutiennent Martine Aubry, qui n'est d'ailleurs candidate à rien depuis sa réélection à la tête de la mairie de Lille.

Mais les trois résistants touchent là où il faut. Le problème, pour ces députés, n'est pas tant le redressement des comptes que l'arnaque politique du moment.

Primo, les contreparties demandées aux entreprises bénéficiaires des exonérations sont finalement inexistantes. C'est le propre du socialisme de l'offre que de croire qu'une baisse des cotisations sociales va provoquer des embauches par millions. Partout en Europe, surtout dans les pays faibles, les marchés, qui restent la meilleur incarnation visible du Capital, exigent cette baisse du "coût du travail" pour mieux améliorer la rentabilité du capital. De surcroît, les entreprises sont incapables de garantir des embauches sur un tel long terme. Quel chef d'entreprise prendrait ce risque ? Au mieux aurons-nous des "objectifs", non contraignants, tandis que les baisses de cotisations seront actées, validées, accordées.

Secundo, répétons-le: le pacte des 50 milliards sert d'abord à baisser des cotisations et non à redresser les comptes publics.

D'autres députés socialistes ont proposé des "alternatives", preuves que l'affaire vallsienne reste mal ficelée, mal comprise. On trouve même Yann Galut, chantre de la Gauche Forte chère à Manuel Valls, qui râle son désarroi: "La politique de l'offre ne peut être financée au détriment du pouvoir d'achat des Français, estime Galut. La prolongation du gel du point d'indice des fonctionnaires pose un problème, comme lorsqu'on tape sur les prestations sociales."

La trouille d'une nouvelle débâcle ?

Dans les colonnes du Parisien, Karine Berger évoque notamment le report à 2016 de l'application du pacte de responsabilité pour les grandes entreprises (soit 3 milliards d'euros d'économies) pour financer la réindexation des petites retraites. Quid des autres prestations sociales que Manuel Valls veut geler ?


Manuel Valls a senti le boulet. Il multiplie les (petits) reculs. Ses annonces du 8 avril étaient dures à souhait pour se laisser un peu de marge de négociation interne. Une vingtaine de députés socialistes ont été rameutés pour soutenir à leur tour, dans une tribune publiée par le JDD dimanche 27 avril, le fameux pacte.

Ces atermoiements ne changent pas le fond du sujet. Le gouvernement entend bien livrer la plus importante des exonérations de cotisations sociales de la décennie.

Merci.