Affichage des articles dont le libellé est Précarité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Précarité. Afficher tous les articles

10 août 2019

La nausée de l'été - 639ème semaine politique

Entre l'agitation médiatique sur les pizza "proches du peuple" du jeune monarque et le silence sur son action, l’écœurement vient rapidement, malgré l'été, malgré le soleil. 

 C'est la nausée de l'été.


La Pizza du président
Macron est souriant, presque bronzé. Il "renoue avec les Français" grâce à des bains de foules en face de son palais d'été. Il est même entré dans une pizzeria où il a mangé pour 27 euros et pris une glace en déssert.... Les chaînes d'info tournent en boucle sur cette "nouvelle proximité". Commenter le bronzage, la tenue et les faits quotidiens du monarque correspond mieux à l'état de complaisance médiatique. Une jeune "journaliste" politique de BFM envoyée sur le "terrain" répète ainsi mot à mot les éléments de langage dictés par l'Elysée. Le couple élyséen se repose "sans ostentation", dans sa résidence d'été qu'il a fait rénover de fond en comble (la piscine !), explosant du même coup le budget prévu pour les vacances du président comme l'a noté la Cour des Comptes.

Comme chaque été, Macron fait la "surprise" de sortir "à l'improviste" serrer quelques pinces et faire des bises aux groupi(e)s qui font le pied de grue devant les lieux. Aurait-il prévenu de sa sortie que le comité d'accueil aurait été certainement différent tant on ne compte plus les catégories socio-professionnelles abimées et énervées par cette présidence des riches.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.

On devrait s'attarder sur l'Auberge des Migrants, cette association qui aide et soigne les migrants près de Calais, menacée de sabotage, sur les 215 services d'urgence en grève, sur les créations d'emploi qui ralentissent, sur le silence médiatique à l'égard de la pétition pour un référendum sur la privatisation d'ADP, sur les premiers sauvetages de l'Ocean Viking, ou sur les dégradations de permanences macronistes. Mais il y a deux lois qui font l'actualité, deux illustrations de la destruction en œuvre sous couvert de Novlangue et de politique des riches.



Au Journal Officiel, la réforme de la Fonction Publique. Il ne faut hésiter à interpeller le sous-ministre en charge de cette affaire. Ces laquais des riches appliquent à la lettre un programme connu d'eux seuls et de celles et ceux dont ils sont les obligés et les pantins. Pour les plus riches, les très aisés, les "ultra-riches" comme les appelle François Hollande qui fut à la lutte contre la finance indigne ce que le glyphosate est à l'écologie, les services publics coûtent cher, trop cher, Habile, Emmanuel Macron a débauché un socialiste fallacieusement révolutionnaire. On oubliera vite Olivier Dussopt, mais pour l'heure, il est le salaud du moment.

Il faut se répéter à voix haute les mesures de cette loi, publiée début août:
  • la définition d’un service minimum pour certains services publics territoriaux en cas de grève ;
  • la réduction des instances représentant les salarié.e.s (suppression des comités techniques et des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et création de comité social territorial);
  • l'élargissement du recours au contrat de droit privé;
  • la création d'un nouveau CDD « de projet »  de un an à six ans (un CDD de 6 ans...) ;
  • l'instauration de la rupture conventionnelle du contrat de travail;
  • la limitation du droit de grève dans les collectivités locales;
  • le renforcement des procédures disciplinaires;
  • l'ouverture au recrutement d'employés saisonniers;
  • la réforme par ordonnance des conditions de travail, de formation et de recrutement.
"En même temps", le nouveau macroniste se félicitera d'imposer la parité pour le renouvellement de quelques directions d’administration, ou d'améliorer modestement l'emploi de personnels handicapés. Grands seigneurs, les macronistes ont accepté de supprimer le jour de carence applicable depuis 2017 à cause de Macron aux congés maladie des femmes enceintes.

A peine la loi promulguée, voici qu'il fanfaronne qu'il va "initier" un dialogue social... " le 5/9, je réunirai les partenaires sociaux pour lancer la concertation sur les textes d’application et les ordonnances, l’essentiel du texte sera applicable le 1/1/20." Dialoguer après la loi, concerter après la promulgation, la novlangue fait peine à entendre. Pour voter cette loi, les macronistes se sont alliés à leurs nouveaux soutiens, les Républicains

L'indignité n'est pas que là. Quarante-huit heures avant, quelques ministres et élu(e)s de la Macronie rendent hommage à la nuit du 4 août 1789, une journée historique, l'abolition des privilèges par l'Assemblée Constituante, deux semaines après la chute de la Bastille.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.


Protéger l'uberisation
Quelques centaines de livreurs Deliveroo sont en grève. C'est gênant pour l'image. Ces nouveaux prolétaires ultra-précarisés par le micro-entrepreneuriat et la notation électronique de leur performance râlent enfin, alors que le projet de "loi sur l'orientation des mobilités" est toujours en examen à l'Assemblée. Notez l'acronyme choisi pour cette loi: "LOM", "l'homme"... Cette loi serait "humaine". Son objet est d'améliorer l'efficacité des transports des hommes et des marchandises. Le gouvernement de la "start-up nation" a toujours le sens de la formule. Elle traite notamment des "plateformes de mise en relation par voie électronique" tels Deliveroo ou Uber, dont les volumes d'affaires sont estimés à 1,4 milliards d'euros pour les acteurs du service et du partage, et à 5,5 milliards d'euros pour les places de marché. Aucun des élu(e)s de la Macronie n'ose penser au manque à gagner pour les finances sociales de l'exonération totale de cotisations sociales dont bénéficient ces plateformes.

Aurélien Taché, député LREM, Les Echos


Le nouveau progressisme vise à rendre ce nouvel esclavage plus acceptable, et non pas à l'abroger. Qu'ils soient livreurs, chauffeurs, "juicers" de batteries de trottinettes électriques, professeurs, ce nouveau prolétariat de l'économie uberisée a été requalifié en "auto-entrepreneurs", ça fait plus joli dans les statistiques et les bilans officiels depuis une dizaine d'années. Et le nouveau progressisme macroniste compte bien ne pas toucher à ce socle fondateur d'une "start-up nation". La salariat, c'est gênant: malgré les ordonnances Travail, qui ont affaibli comme jamais les droits des salariés, il y a encore des contraintes, des protections, des "obstacles" à l'exploitation de l'homme par l'homme. L'autoentrepreneur, lui, est seul face à son commanditaire renommé "client", sans assurance maladie, sans protection du droit de grève, sans limite de durée de travail. Le fameux "travailler plus pour gagner plus" cher à Sarkozy et réhabilité par Macron prend tout son sens. Il/elle est chauffeur, livreur, jardinier, professeur de soutien, femme de ménage, rechargeur de batterie, balayeur, etc. Ils/elles sont plus d'un million en France. Pour le seul transport, où s'ajoute la dangerosité du métier, ils seraient près de 30 000.

En Espagne, la justice a tranché: ce micro-entrepreneuriat est du salariat déguisé, et ces précaires ont droit aux protections et au régime du salariat. Deliveroo a été condamné pour fraude à la Sécurité sociale. En France, n'y pensez pas ! Nos laquais des ultra-riches préfèrent brasser du vent et des mots: la loi LOM, dans son article 20, prévoit qu'à titre "facultatif", les nouveaux maitre numériques s'accordent ... sur une charte de responsabilité sociale "de manière à offrir des droits sociaux supplémentaires aux travailleurs indépendants qui ont recours à leurs services." Mais attention, pour éviter de froisser les nouveaux esclavagistes,  nos macronistes ont  Afin de sécuriser la relation entre les plateformes et ces travailleurs, fait préciser dans le projet de loi que "l'existence de cette charte et le respect de certains engagements qu'elle contient ne peuvent constituer des indices de requalification de la relation contractuelle en salariat."  En d'autres termes, non seulement la loi LOM n'impose aucune contrainte aux plateformes, mais en plus elle protège les dites plateformes qui voudraient se doter d'une telle charte de bonne conduite de toute requalification en salariat de l'embauche d'autoentrepreneur.

Il fallait oser, Macron l'a fait.
" L'établissement de la charte et le respect des engagements pris par la plateforme(...) ne peuvent caractériser l'existence d'un lien de subordination juridique entre la plateforme et les travailleurs." Article 20.
Et maintenant voici Aurélien Taché, un député macroniste, ex-socialiste, qui se fend d'une tribune pour réclamer "une représentation et un pouvoir de négociation aux livreurs" pour "qu'ils aient les moyens de défendre leurs intérêts". Encore un effort, camarade député... Ta manœuvre est trop modeste. Ta bonne conscience de "nouveau progressiste" est sans doute soulagée, mais la réalité demeure: tu accompagnes ce retour à l'esclavage qui, malgré l'avancée technologique, ressemble fort à la situation des ouvriers payés à la tâche des débuts de la Révolution industrielle.
« Considérant qu’un travail manuel trop prolongé non-seulement ruine la santé du travailleur, mais encore, en l’empêchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de l’homme ; – Le gouvernement provisoire de la République décrète : 1° la journée de travail est diminuée d’une heure ; en conséquence à Paris, où elle était de onze heures, elle est réduite à dix ; et en province, où elle avait été jusqu’ici de douze heures, elle est réduite à onze ».
(Décret du 2 mars 1848 )
La servilité de la Macronie aux intérêts des nouveaux esclavagistes numériques est écœurante.



Ami(e) macroniste, n'es-tu pas écœuré ?


Crédit

20 août 2014

Pourquoi 20% des foyers français sont confrontés au chômage

La France compte 27 millions de ménages. 

 

On nous dit que le chômage, pourtant massif, ne concernerait que 10% de la population active, une broutille.

 

C'est statistique, mais c'est faux.


L'analyse politique et médiatique du chômage se limite trop souvent au commentaire des variations mensuelles, ou d'une proportion - 10% de la population active - qui minore le phénomène.

On tente rarement d'évaluer combien de ménages résidant en France font directement l'expérience du chômage. En 2001, l'INSEE avait évalué à 14,7% la proportion de ménages concernés.

20% des ménages sont concernés.

Chaque mois, la DARES, du ministère du travail, répertorie le nombre d'inscrits à Pôle Emploi, suivant une nomenclature bien connue: recherche active d'un emploi, absence d'activité, activité partielle, exemption de recherche, etc.

A fin juin 2014, Pôle emploi comptait ainsi 5 343 100 personnes inscrites à Pôle emploi tenues de faire des actes positifs de recherche d’emploi.

Les statistiques sont plus détaillées concernant la France métropolitaine.
  • 3,398 millions étaient sans emploi (catégorie A) dont 0,535 million de moins de 25 ans et 2,075 millions entre 25 et 49 ans.
  • 1,644 million exerçaient une activité réduite, courte (78 heures ou moins dans le mois, catégorie B) ou longue (plus de 78 heures dans le mois, catégorie C). 
  • Il faudrait ajouter les 0,676 million non immédiatement disponibles (catégories D et E). 
S'ajoutent enfin les personnes qui sont sorties des statistiques, faute d'inscription: sur les 495 000 sorties de Pôle Emploi en juin, seules 89 000 l'étaient en raison d'une reprise d'emploi. Cela donne donc 5,7 millions.

Prenons deux hypothèses, pour mieux cerner l'ampleur du phénomène.

Hypothèse 1: chaque ménage n'a pas plus d'un inscrit au chômage en son sein. C'est une hypothèse "optimiste".  Suivant cette hypothèse, on considère donc que ces 5,7 millions d'inscrits à Pôle emploi sont autant de familles différentes. Quelque 3,4 millions d'entre elles compteraient même un membre sans aucune activité, un chiffre terrifiant.

Hypothèse 2: chaque ménage compte 1,5 inscrit au chômage. 
C'est une hypothèse arbitraire mais rappelons que la France compte 2,3 personnes en moyenne par ménage. Ce ratio de 1,5 appliqué aux statistiques du chômage signifierait que 3,8 millions de ménages seraient directement affectés par le chômage.

Au final, entre 3,8 et 5,7 millions de ménages résidant en France seraient donc directement affectés pas le chômage, soit entre 14 et 21% des ménages.

On est loin des 10% statistiques, très loin.

La publication mensuelle des statistiques du chômage rythme pourtant l'actualité politique. Rares sont les commentateurs qui cherchent à ramener le phénomène durable à l'échelle qui convient, celle des foyers, des familles.

15 mai 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero4 : le Pas-de-Calais, pays pauvre.

Le Pas-de-Calais détient un record, le revenu médian le plus bas de France. La dernière livraison de l'INSEE sur le sujet a attiré l'oeil et les commentaires de la presse locale.

"Dans le Pas-de-Calais, la moitié de la population gagne plus de 1 348 euros par mois et par personne, hors impôts et hors prestations sociales . L’autre moitié touche moins. C’est le revenu médian le plus faible de France. L’Aude, avec 1 355 euros, et la Creuse, avec 1 359 euros, le devancent de peu. Dans ces deux départements, la pauvreté s’explique par la forte proportion de personnes âgées. Leurs revenus, plus bas que ceux des actifs, font chuter la moyenne. Dans la région, elle est liée au chômage, nous dit l’INSEE.
Les Nordistes gagnent un peu plus que leurs voisins du Pas-de-Calais : 1 433 euros. Ce qui reste en dessous de la moyenne nationale (1 602 euros), et surtout loin derrière les Parisiens (2 153) et les habitants de Haute-Savoie (1 942).
À l’intérieur des deux départements nordistes, une grande disparité. Sur les premières marches du classement, Bondues avec 2 694 euros, Mérignies (2 612), Chéreng (2 249), Marcq-en-Barœul (2 084), et Mouvaux (2 065). À l’opposé, Denain avec 797 euros, Roubaix (803), Louvroil (832), Lourches (840) et Avesnes-sur-Helpe (931)."
Source:  la Voix du Nord

23 avril 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero2 : qui est riche en France ?

L'Observatoire des inégalités a mis à jour les seuils de pauvreté, de richesse et le niveau de vie des classes moyennes pour les principaux types de ménages. Faites vos comptes...



On est considéré "riche", en terme de revenu et non de patrimoine, quand on dépasse le double de la médiane de sa catégorie.

Ainsi, sont "riches" les personnes gagnant mensuellement plus de 2.917 euros (*) quand elles sont seules, 3.960 euros quand il s'agit de familles monoparentales, 5.693 euros pour les couples sans enfants, 6.842 euros pour les couples avec un enfant,  7.683 euros pour les couples avec deux enfants et 7.535 euros pour les couples avec trois enfants ou plus. A l'inverse, les catégories populaires (soit les 30 % du bas de l’échelle des revenus)  perçoivent par mois "au plus 1 183 euros pour une personne seule, 2 251 euros pour un couple sans enfant et 3 100 euros pour un couple avec deux enfants."

L'Observatoire prévient: "Toutes ces frontières sont critiquables".

 A bon entendeur...



(*) après impôts et prestations sociales.


20 avril 2014

Les ghettos du gotha, retour sur la classe. #video

Le documentaire date un peu, mais est-il obsolète ? Les deux sociologues, Monique et Michel Pinçon, participaient à la manifestation parisienne du 12 avril dernier.

Leurs travaux restent exemplaires. Ils décryptent mieux que d'autres une réalité qui se montre peu.



17 avril 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero1

Qui connaissait cette carte ?

Elle représente la part des enfants en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale en Europe.  Cet indicateur composite a été réalisé par l'Union européenne. Il compile trois mesures, la proportion de gens vivant sous le seuil de pauvreté (seuil de 60% du revenu médian du pays), les ménages précaires ("ménages où les adultes travaillent moins de 20% du temps"), et les ménages "sévèrement âbimés".


In its Europe 2020 strategy, the European Union has adopted a composite indicator to measure the risk of poverty or social exclusion, the AROPE (at risk of poverty or social exclusion).
19.4%
1) 2)
People living in households with disposable income below the poverty threshold (60% national median).
People living in households with very low work intensity, where working age members (aged 18–59 years) worked less than 20%

Estonia
of their potential during the past year.
People who are severely materially deprived in terms of economic strain and durables, therefore unable to afford (rather than choose not to buy or pay for) at least four of these items: unexpected expenses, a one-week annual holiday away from home, a meal involving meat, chicken or fish or vegetarian equivalent every second day, the adequate heating of a dwelling, durable goods like a washing machine, colour television, telephone or car, or who are confronted with payment arrears (mortgage or rent, utility bills, hire purchase instalments or other loan payments) which they cannot pay.

Il n'y a pas de quoi être fier.




(source)

16 avril 2014

Social: ce que Hollande refuse de comprendre.

C'est à n'y rien comprendre. Avec qui François Hollande pense-t-il un jour gouverner ? 

C'est pourtant simple, évident, presque triste.

Mardi, un député socialiste et un patron, tous deux pilotes du grand choc de simplification prônés par Hollande lui-même, présentaient 50 décisions "validées". Le chantier est "tentaculaire". Il y avait de tout, et pour tous. Sauf pour certains, celles et ceux qui attendaient un autre geste, un tournant, un autre mouvement.

Social.

Il paraît que la plus "emblématique" des mesures était la suivante: "aucune nouvelle disposition applicable aux entreprises ne se traduise par des 'charges supplémentaires'". Franchement ? Notre vie est toute changée. On propose une autre variante: qu'aucune nouvelle disposition ne se traduise par des dividendes supplémentaires. Gauchisme de salon ? Quelle autre réponse à ces opérations de communication en cascade ?

A Paris, sous les ors du Palais de l'Elysée, François Hollande reçoit trois économistes paraît-il iconoclastes. La presse se repait de l'une de leurs récentes propositions pour dynamiser la croissance et l'emploi, la suppression du SMIC. Ces habitués des plateaux télévisuels s'y connaissent-ils en précarité ? Non. Ils pensent plus haut, très haut. Plus haut que l'ancien patron de l'OMC, Pascal Lamy, qui récemment suggérait de prévoir des petits boulots payés moins chers que le SMIC: "Le tabou du chômage est plus important que le tabou du smic". 

Cet argument, économiquement évident (un esclave est toujours meilleur marché qu'un salarié protégé), mais politiquement débile, avait sa variante chez Pierre Gattaz, le patron du MEDEF mais aussi, et surtout, chez les plus libéraux de l'UMP. 

Rappelez-vous l'antienne d'Hervé Novelli, elle date de février 2013.
"Aujourd’hui être travailleur même pauvre en Allemagne c’est largement préférable à être un assisté en France."
Mardi, Pierre Gattaz remettait une pièce dans le juke-box de cette musique néo-lib. Il propose la création d'un "SMIC spécial précaire". Sa formule est alambiquée, il ne faudrait pas choquer: il suggère ainsi d'avoir "temporairement un système permettant la première année, pour un jeune ou quelqu’un qui ne trouve pas de travail, de rentrer dans l’entreprise de façon transitoire avec un salaire adapté qui ne serait pas forcément le salaire du SMIC ".


Avec qui François Hollande veut-il gouverner ? 

Il peut recevoir qui il souhaite à l'Elysée. Il sait pertinemment la portée symbolique accordée à tort ou raison à la moindre de ces rencontres. S'il ne le sait pas, qu'il vire prestement sa directrice de la communication. Il recevrait une poignée d'Economistes Atterrés que l'écho serait tout aussi fort, mais dans l'autre sens. Quand notre président a-t-il reçu des économistes franchement iconoclastes, c'est-à-dire distants de l'habituelle caste médiatique ?

Bref, ce n'est pas faire ombrage à sa perspicacité ni lui faire un procès d'intentions que d'exprimer ici tout haut ce que tout le monde peut penser tout bas: Hollande insiste, persiste et poursuit dans la même voie, à droite, où il pense trouver son salut.

Paix à son âme politique. 

Vivement 2017.






Crédit illustration: DoZone Parody



28 février 2014

#Municipales: qui parlera de la pauvreté dans les villes ?

La pauvreté va-t-elle s'inviter dans la campagne municipale ? Pas si sûr. Les pauvres votent peu, ou pas. L'abstention fait des ravages chez les plus précaires. Pires, certains ne sont même pas domiciliés. Ici ou là, le sujet fait enfin surface. La pauvreté se voit pourtant facilement. Dans les villes ou ailleurs.

Bidonvilles, encore.

Le 12 février, Mediapart réalise un reportage sur un bidonville. Quelques jours plus tard, le site publie des photos, des clichés incroyables, tristement incroyables. A quelques dizaines près, on se croyait revenu en 1950, au même endroit.
"En regardant les photos, nous sont revenues en mémoire celles prises dans les années 1950 dans les bidonvilles de Nanterre ou Saint-Denis. À l'issue d'une recherche d'archives, voici le face-à-face entre images d'hier et d'aujourd'hui. En près de 50 ans, bien peu de choses ont changé, si ce n'est qu'on ne dit plus bidonville, mais camp." (Nicolas Serve, avec Monique Hervo et Pierre Douzenel pour Mediapart)
En quelques photos, on comprenait la précarité. 

Davantage qu'il y a 60 ans, ces bidonvilles au coeur de la cinquième puissance économique mondiale ont quelque chose de choquant et d'anachronique.

Pauvreté urbaine

Fin janvier, le Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale publiait une étude sur la pauvreté en milieu urbain, dans les 100 plus grandes villes de France. Les résultats sont précis, ville par ville.
Le bureau d'analyse prend quelques précautions: ces données "doivent être utilisées avec beaucoup de précaution. D’abord parce qu’il s’agit d’estimations de prestations et non des montants effectivement perçus par les ménages. Ensuite, notre classement est très dépendant du seuil de population que nous utilisons. Il faut environ au moins 54 000 habitants pour figurer parmi les 100 plus grandes villes. En fixant le seuil à 30 ou 10.000 habitants, le classement aurait été différent."


Neuilly-sur-Seine, la ville la plus riche de France, ne compte "que" 7% de pauvres. A l'inverse, Roubaix décoche la première place, avec 45%. Vous avez bien lu... Près d'un habitant sur deux.

La pauvreté est bien ancrée dans le Sud, comme à Béziers, Perpignan, Avignon ou Nîmes, mais aussi dans le Nord ou l'Est, avec Roubaix, Calais ou Mulhouse.

Marseille, l'ultra-pauvre.

L'étude s'attarde sur les 3 plus grandes villes, Paris, Lyon et Marseille.

Dans la cité phocéenne - 25% de pauvres en moyenne -, les auteurs relèvent jusqu'à 55% de pauvreté dans certains quartiers ! "Dans le 3e arrondissement, nous évaluons le taux de pauvreté à 55 % : plus que Roubaix, commune qui arrive en première position selon le taux de pauvreté parmi les 100 plus grandes villes. Dans les arrondissements voisins du 1er et du 2e, autour du vieux port, le taux de pauvreté atteint 43 % et 44 %." Le candidat socialiste à la Mairie, Patrick Menucci, a pointé le problème: "30% de gens vivent sous le seuil de pauvreté" à Marseille. Il a été rejoint par Stéphane Ravier, candidat frontiste. La pauvreté à Marseille est un objet électoral.

A Paris, où la pauvreté concerne en moyenne 14% de la population, le taux maximal atteint 25% dans le Nord de la capitale (19ème arrondissement).

Les auteurs pointent quelques facteurs explicatifs: le niveau de chômage, le prix des logements tant pour l'achat que la location, et le "type de peuplement des communes (et par exemple l’implantation de populations immigrées démunies)".


Lire aussi :



22 janvier 2014

Hollande: la baisse des impôts... pour tous !

Mardi 21 janvier, devant un parterre de chefs d'entreprises de toutes tailles et de représentants syndicaux, dans le salon Murat du Palais de l'Elysée, François Hollande a adressé ses vœux aux "acteurs économiques et sociaux". La tournée continue.

Ce fut l'occasion de reparler encore une fois du fameux "pacte de responsabilité".

Et pour Hollande, d'en remettre une couche, la baisse des impôts... pour tous.

Droite tétanisée, gauche énervée
Depuis ses annonces du 31 décembre, la planète néo-lib s'esbaudit ou se frotte les mains. La droite est aussi tétanisée que la gauche énervée. François Bayrou réalise tout juste qu'il vient de se rallier... au mauvais camp, au mauvais moment.

On multiplie les sondages, les enquêtes, les débats pour ou contre. Mais a-t-on seulement progressé sur le dit pacte ? Non. Pas encore. On attend. Chacun se jauge.

Quelques grands patrons, les 100 plus grands du pays nous dit-on, ont fait passer quelques messages bien négatifs, bien peu coopératifs. Nous rapportions en effet lundi que l'AFEP voulait durcir les conditions de l'assurance chômage pour résorber le déficit de quelques milliards.

Le MEDEF lui-même fait quelque peu machine arrière. Pierre Gattaz, son président jadis si tonitruant, n'est plus trop sûr de rien. Du côté des syndicats, également présents dans la salle élyséenne ce mardi pour les voeux présidentiels, la CGT est la plus vindicative. Son secrétaire général Thierry Lepaon rappelle les 230 milliards d’euros d’aides et d’exonérations en faveur des entreprises, dont on peine déjà à comprendre les contre-parties.

Mieux encore, qui a trouvé un quelconque lien ne serait-ce que statistiques entre l'évolution du chômage (ou des embauches) et celui des charges cotisations sociales ?

Personne.

Hollande multiplie...
Mardi devant ces "acteurs économiques et sociaux", Hollande réclame des engagements, mais propose encore d'autres baisses de charges. Fuite en avant ? Ou accélération politique ?

1. Il promet que "toutes les mesures qui incitent à l’investissement  seront maintenues jusqu’à la fin du quinquennat".  

2. Les contreparties devront être explicitées: "Ces contreparties forment un tout avec le pacte, elles ne peuvent pas être dissociées, séparées, segmentées, elles sont le pacte ; (...) elles devront donc être définies dans le cadre d’une concertation impliquant les partenaires sociaux et associant aussi le Parlement ."

3. Il suggère encore davantage de réductions des prélèvements sur les entreprises: ": "une réflexion peut s'engager sur la refonte de l'ensemble des dispositifs d'exonérations de cotisations." Par exemple, il propose d'étendre le Crédit d'Impôt Emploi Compétitivité, ce paquet de 20 milliards d'euros annuels en rythme de croisière (10 milliards seulement cette année), qui fut financé pour moitié par une hausse de la TVA, pour moitié par des économies budgétaires. Ce CICE se calcule sur la masse salariale en-deça de 2,5 fois le SMIC. Mais ce n'est pas une "contrepartie". Pourtant, Hollande propose davantage, sans s'engager à ce stade: "Nous pouvons envisager d'augmenter le CICE", ou le "transformer purement et simplement en baisse de charges".

Encore des cadeaux au (méchant) patronat ?

... les cadeaux pour tous
Pas vraiment. Les cadeaux seraient... pour tous. On ne sait encore comment la chose sera financée. Chez Pierre Moscovici, on est persuadé que la croissance sera supérieure aux prévisions pessimistes. Mais pour l'heure, le climat des affaires est fragile. Certains ont toujours les yeux trop rivés sur d'obscurs baromètres qui servent de boussoles des temps modernes. Au pays des aveugles...

Du coup, Hollande s'impatiente: " la croissance est faible, (...) il n'y pas de temps à perdre sur le pacte de responsabilité ". En coulisses, l'Elysée propage l'idée d'une baisse générale des impôts... pour tous !

Ménages comme entreprises seraient concernés par de prochaines baisses d'impôts, et ce, dès l'année prochaine.

Aux Echos, un conseiller anonyme assure ainsi: "on va essayer de se mettre en capacité dès 2015 de pouvoir avoir une première baisse d'impôts". Et "si on fait un petit geste pour les entreprises, on fera vraisemblablement un petit geste pour les ménages".

Un "petit geste"...



3 janvier 2014

Hollande: augmenter la dépense publique ? C'est déjà fait.

Sommes-nous revenus dans les années 30 ? Ou trente ans en arrière ?

Les mêmes arguments s'échangent. Quelques heures après les voeux présidentiels, la presse conservatrice s'esbaudit du "virage à droite" du président Hollande, applaudit l'ambition affichée de "réduire les dépenses publiques" pour mieux alléger les impôts et le fameux "coût du travail".

En face, sans davantage de nuance, certains réaffirment le besoin de relance de la dépense publique, oubliant qu'elle est partie pour atteindre les 60% du PIB. Puisque nous sommes dans les comparaisons anachroniques, rappelons que Franklin D. Roosevelt a hérité d'un pays où la dépense publique atteignait péniblement les 22% du PIB en 1931.

En France, l'idée d'une relance publique massive a été réactivée, provisoirement, par l'un des économistes atterrés, Dany Lang. Ce dernier a livré cette furieuse suggestion pour François Hollande dans une interview publiée par Libération ce 2 janvier - bonne année ! Il y explique qu'il faudrait "augmenter la dépense publique" pour "relancer la croissance". Un bon vieux réflexe keynésien est à l'oeuvre dans cet argumentaire largement relayé sur les les réseaux sociaux et ailleurs.

Le constat initial est largement partagé :
"La dépression historique qui s’est déclenchée en 2008 a aggravé le fait que l’économie ne créait pas assez d’emplois. Elle en crée encore moins à cause des politiques d’austérité."
Pourtant, la France n'est techniquement pas en austérité. L'austérité est quelque chose de plus violent, une baisse drastique des dépenses publiques. Il n'est pas question de cela en France. La fameuse réduction des dépenses publiques envisagées par le gouvernement Ayrault concerne 50 milliards d'euros ... d'ici 2017. Au Royaume Uni, le choc austéritaire infligé par le gouvernement Cameron en 2011-2013 porte sur plus de 1 point de PIB.

Il n'en reste pas moins que François Hollande et son équipe sont tous occupés pour cette année et les suivantes à réduire les dites dépenses. Ce qui, compte tenu d'une progression naturelle et quasi-mécanique de certaines d'entre elles, revient à faire des choix douloureux, voire socialement insupportables. Prenez la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Ce 2 janvier, elle se félicite de réaliser "des économies sans précédent" sur le budget de la Sécu. Cette application à sur-utiliser un vocable néo-libéral est troublante. L Pour le coup, le déficit se limiterait à 13 milliards grâce à 4,5 milliards d'euros d'augmentation des recettes (réforme des retraites, politique familiale), et un milliard de baisses de prix des médicaments. Mais elle ne détaille pas les fameuses économies sans précédent qui s'ajoutent pour compléter la photo.

Dany Lang est explicite mais peu précis. Il suggère de "lâcher la bride de la dépense publique en période de récession et se préoccuper de la dette en période d’expansion". Il complète: "la dépense publique est d’autant plus urgente que les dépenses privées, comme la consommation et l’investissement des entreprises, sont déprimées."

Lâcher la bride ?

Les comptes publics sont mal en point, tout le monde le sait. Au gauche (et un peu ailleurs), on a plutôt l'habitude de pointer vers le manque de rendement de notre fiscalité nationale. L'impôt a été réduit, surtout pour les plus riches. La fraude fiscale coûte cher, les sommes les plus folles sont régulièrement évoquées. Là est le problème. Mais la dépense publique, elle, atteint aujourd'hui 57% du PIB !

La dépense publique en France n'est pas aujourd'hui maximale. On peut toujours dépasser tous les plafonds. Mais elle est à un niveau record, 57% du PIB, contre 54% il y a 10 ans, ou 48% en 1978. Faute de recettes suffisantes, les administrations se financent à crédit, bientôt 2.000 milliards d'euros. On connaît la chanson. Tout le monde connaît la chanson. Quand le Japon fait de la relance, les fameuses "Abenomics", l'Etat injecte directement ou indirectement quelque 175 milliards d'euros dans l'économie. Mais les dépenses de l'Etat. Mais les dépenses de consommation publique partaient là-bas d'un niveau plus bas qu'en France : de 21% du PIB contre 25% (données OCDE en 2011).

La dépense publique doit de toutes façons augmenter, sans qu'il s'agisse d'une quelconque relance pour autant: la population vieillit, elle augmente aussi - ce qui est heureux; la précarité, notamment à cause de la crise, s'est aggravé. L'an dernier, le nombre de bénéficiaires du RSA s'est ainsi accru de plus de 7%, pour atteindre 2,25 millions de foyers fin septembre. Pour 2014, le gouvernement prévoit que le nombre d'allocataires du RSA "activité" devrait bondir de 11% .
La santé coûtera aussi plus cher. D'après le Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie, les dépenses de santé devraient fortement augmenter d’ici à 2040, +3% par an au moins d'ici 2024. Près de la moitié des dépenses publiques sont aujourd'hui des prestations sociales (Cf. graphique). L'enjeu est moins de savoir comment "lâcher la bride" que d'assurer la pérennité du système.

Source: Ministère des finances
Relancer la dépense publique, en général, ne signifie pas grand chose si l'on ne précise pas davantage le propos. S'agit-il de dépenses directes - par exemple des grands travaux -  ou indirectes - augmentation des subventions et autres dépenses d'intervention ? Dans le premier cas, on peut imaginer que la manoeuvre bénéficie à l'économie nationale. Dans le second, rien n'est moins sûr.

Relancer la dépense publique dans une économie ouverte peut être suicidaire si l'on n'y prend garde. Car une telle relance peut bénéficier alors et d'abord aux produits les moins chers, donc étrangers.

Un économiste, Michel Santi, s'inquiète dans les colonnes de Marianne que la crise et les prêches en faveur de la rigueur ne servent avant tout qu'à désagréger les services publics, le système social, la protection des plus fragiles: "autoriser aujourd’hui des mesures de relance de la croissance et desserrer ainsi l’étau insoutenable qui étouffe les populations reviendraient en effet à…gaspiller une bonne crise."

Là est le danger, la remise en cause de filets sociaux, d'une protection sociale qui l'un des fondements de la République depuis la Guerre.



Lire aussi:

30 juillet 2013

Hollande et la reprise économique: "ne la laisse pas tomber"

Les signes d'une sortie de récession sont visibles et mesurés. Ce n'était pas une lubie quand François Hollande, lors de son intervention télévisée du 14 juillet dernier, annonça tout de go que "la reprise est là".

Oui, elle est là. Mais elle bien fragile.

On pourrait lui adapter le refrain de cette chanson plus que trentenaire de Cookie Dingler: "Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile".

Car la reprise est économique est bien fragile.

1. La zone euro est sortie de la récession.
"Plusieurs indicateurs montrent une amélioration en Europe et, surtout, un retour de la confiance", expliquaient les Echos dans son édition du 26 juillet dernier. Quelques jours après l'affirmation de François Hollande qui, sur le coup, avait pris les commentateurs professionnels par surprise, " les indicateurs économiques tombent les uns après les autres et les bonnes nouvelles s'amoncellent." Pêle-mêle: l'indice d'activité PMI (première hausse depuis 18 mois), le baromètre allemand IFO (quatrième hausse d'affilée du moral des entrepreneurs (106,2), l'indice belge sur le moral des chefs d'entreprise (en progrès); la poursuite de la croissance en Grande-Bretagne (+ 0,6 % au deuxième trimestre 2013, contre 0,3 % au premier trimestre); la baisse du chômage en Espagne (de 27,16 % à 26,26 %).

2. La France sort aussi de la récession: la confiance des ménages rebondit en juillet, d'après l'un des indicateurs de l'INSEE. Les prévisions sont meilleures qu'avant: ainsi la Banque de France a-t-elle relevé à +0,2 % sa prévision de croissancedu PIB au deuxième trimestre (qui s'est clôt en juin), contre +0,1 % auparavant. Des représentants du secteur automobile disent voir la fin du tunnel. L'INSEE rapporte une rebond de la production industrielle en juin dans la plupart des secteurs.

Alors l'euro s'emballe. C'est une presque une surprise. Près de 8% sur un an. Quel bonheur, on frôle l'extase.

Serait-ce Noël en juillet ?

Ben non.

3. Cette reprise est fragile, très fragile. 
"Il y a un petit rebond à cause du déstockage" nous explique un expert. Un autre s'inquiète du resserrement persistent du crédit aux entreprises dans la zone euro (en recul de 1,6 % en juin après un repli de 1,1 % en mai):
"De façon particulièrement décevante et préoccupante, les prêts aux entreprises de la zone euro ont reculé de 13 milliards d'euros en juin après une chute de 17 milliards d'euros à la fois en mai et en avril, ce qui reflète clairement la combinaison d'une offre limitée et d'une demande modeste". Howard Archer, chef économiste Europe pour IHS Global Insight.
C'est exactement cette inquiétude qui a poussé Moscovici en France à accepter de transférer 30 à 50 milliards d'euros des fonds du Livret A aux banques pour qu'elles augmentent leurs prêts aux entreprises.  En France, l'un des leviers de crédit est la BPI, dont le bilan du premier semestre d'activité a été publié ces derniers jours. On relèvera que le préfinancement du crédit d'impôt Compétitivité Emploi frôle les 800 millions d'euros.

La reprise est fragile car les offre d'emplois recueillies par Pôle Emploi en juin ont chuté. Les embauches ont également à nouveau baissé en juin d'après l'URSSAFF relève la même tendance: pour des contrats de plus d'un mois, hors intérim, elles sont en recul de 6,5% en juin par rapport au mois précédent. Et l'emploi intérimaire, dont l'évolution est généralement un signe avant-coureur, s'est encore effondré en juin (-11% versus mai-.

La reprise est fragile, donc.

Il faudra la soigner, c'est-à-dire préserver la demande publique, cibler les économies budgétaires sur les dépenses improductives, protéger les dépenses sociales.




26 juin 2013

RSA, l'échec intolérable

C'était la grande mesure sociale de Nicolas Sarkozy, sans doute la seule: un revenu minimum censé encourager à la reprise d'activité. Assez vite, la supercherie est apparue évidente. Une proposition de simplification est attendue dans quelques jours.

1. Le dispositif est sous-utilisé, les chiffres sont édifiants: plus des deux tiers des éligibles ne demandent aucune inscriptions. C'est l'allocation qui a le plus fort taux de non-recours en France. L'an dernier, l'Observatoire des non-recours aux droits et services 
avait publié une étude édifiante sur le non-recours aux aides sociales, à travers neuf contributions. Plus de 5 milliards d'euros par an ne sont pas versés au titre du RSA, faute de demandes.

2. Pour bénéficier du RSA, les démarches sont compliquées: ""Il y a a minima quatre fois plus d'informations à fournir dans un dossier RSA que pour une demande d'allocation logement" concède xxx. Aucune campagne d’information nationale n’a été menée. Pour s'inscrire, le flicage est hors normes. En février dernier, la Cour des comptes avait dénoncé le gâchis: multiplicité des services instructeurs, complexité des formulaires de demandes, contraintes de la déclaration trimestrielle de revenus, etc. Tout est fait pour décourager le chaland. 

3. Pire, les erreurs de versement sont incroyablement élevées - 803 millions sur 10 milliards, près de 10% ! En 2012, selon la Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF) citée par le Monde, "un allocataire du RSA sur deux avait reçu au moins un indu au cours de l'année."





Crédit illustration: Le Monde

11 mars 2013

Silence médiatique sur ces chômeurs qui n'ont rien


Le ministère du travail a publié une évaluation de ces chômeurs non indemnisés. Les données portent sur l'année 2011. Le travail statistique est toujours très long et âpre. Pire, il ne reçoit que rarement les honneurs du commentaire médiatique éclairé.

Quand le résultat tombe, c'est pourtant plus brutal qu'une anecdote extirpée. C'est plus profond aussi, parce qu'on perçoit l'ampleur d'un mal collectif. Et cette fois-ci, il y avait tout pour remettre quelques pendules à l'heure.

Ce ne fut pas le cas. 

Le silence fut presque complet.

Des soupçons...
Ceux qui pensent encore que notre régime social est trop généreux sont nombreux. On les trouve dans des endroits parfois inattendus. L'indemnisation chômage est ainsi régulièrement la cible de critiques de tous ordres. Le clan sarkozyste a abusé de l'argument jusqu'à la campagne ratée de 2012. L'UMP de Jean-François Copé a pris le relais. Laurent Wauquiez et sa Droite (anti)sociale crèche à proximité. Patrick Buisson les biberonne en coulisses. Ces opposants internes sont à peine plus mesurées. NKM, qui cherche à tout prix comment faire parler d'elle, voudrait qu'on oublie son porte-parolat de la campagne 2012 de l'ancien monarque.

A gauche, il y eut ce curieux éditorial de Nicolas Demorand, assez rapidement taclé non par la majorité de ses confrères si confraternellement prévenants mais par quelques blogueurs ou journalistes résistants: « il faut travailler à sauver le travail. Ou ce qu’il en reste. Oui, pour cela, il faudra rendre des droits chèrement acquis et des protections sociales.» Demorand n'est pas seul.

C'est une chose de dire que le régime craque faute de financements (déficits), de moyens correctement dimensionnés (pôle emploi) ou attribués (formation professionnelle), c'en est une autre d'expliquer que sa prétendue générosité freine des cohortes de chômeurs à travailler.

... à la réalité
L'étude publiée ces derniers jours concerne 2011. Dix-mois plus tard, difficile de croire que la situation se soit améliorée. Imaginons donc que le portrait est aujourd'hui pire.

Cette étude de la DARES aurait dû remettre quelques pendules à l'heure. Encore aurait-il fallu la lire, la relayer, la commenter. En faire un sujet médiatique aussi important que les parties de fesses de Marcela Iacub, ou que les innombrables commentaires sur la cacophonie politique à gauche comme à droite.

Commenter le long cours de la précarité n'intéresse que quelques journaux et blogueurs bénévoles.

1. En France, moins d'un chômeur sur deux est indemnisé par le régime d'assurance chômage (RAC). Officiellement, le score est de 49% des inscrits à Pôle Emploi. Mais l'on oublie alors ces chômeurs qui ne sont pas enregistrés.

2. Cette moitié non indemnisée par le RAC est évaluée à 2,43 millions de personnes au 30 septembre 2011. Ils n'ont pas suffisamment cotisé (45%), ou ont épuisé leurs droits à indemnisation (55%).

3. Quatre-vingt pourcent d’entre eux, soit 1,93 million, n’étaient pas non plus indemnisables par une quelconque autre allocation du régime de solidarité (allocation de solidarité spécifique – ASS, allocation équivalent retraite – AER, allocation transitoire de solidarité – ATS). Cette information est capitale. Elle contredit frontalement les soupçons d'assistanat cumulard véhiculé par les chantres de la Droite Sociale.

La répartition de ces derniers est la suivante:
  • 644.000 ne déclaraient aucune activité même réduite, ni RSA non plus.
  • 532.000 bénéficiaient du RSA
  • 273.000 exerçaient une activité réduite, mais sans RSA.
  • 118.000 cumulaient une activité réduite et un complément RSA.
  • Près de 40 % de l'ensemble ont moins de 30 ans.
La DARES explique 41% de ces derniers sont des fins de droits au RAC qui « ne satisfont pas les conditions d’activité ou de ressources du foyer nécessaires pour une ouverture de droits au régime de solidarité. »

4. Parmi les 20% restant, ceux qui donc bénéficiaient de l'un des minima sociaux existants,
  • 39 000 personnes (pour les deux tiers des femmes) avaient un droit ouvert à l’Allocation Equivalent Retraite, un dispositif fermé par Nicolas Sarkozy.
  • 405 000 personnes étaient indemnisables par l’Allocation de Solidarité Spécifique (636 euros par mois, par personne, quand elle est à taux plein). La DARES note que trois quart de ces bénéficiaires sont des déchus du RAC. Et ils y restent longtemps à l'ASS: « la durée médiane en ASS pour les entrants en 2011 est de 349 jours ». 87% d'entre eux n'ont aucun diplôme supérieur au BAC.








Référence: « Les demandeurs d’emploi non indemnisables par le régime d’assurance chômage : les allocataires de l’ASS, de l’AER et les demandeurs d’emploi n’ayant aucun droit ouvert en 2011 » DARES, février 2013 • N° 013

Crédit illustration: article publié dans le Monde Diplomatique de mars 2013, par Alain Garrigou.

27 février 2013

Chomage: là où ça coince en France

Ce sera donc le 21ème mois de progression du chômage. Le ministère du Travail a publié sa dernière livraison sur le nombre d'inscrits à Pôle Emploi. Pouvions-nous préciser que le chômage n'a jamais baissé depuis ... 2007 ? Pouvions-nous ? Oserions-nous ?

Nous avions pris l'habitude, en Sarkofrance, de la triste chronique de cette progression statistique. A la fin de cette dernière époque, l'ancien monarque avait pris l'habitude de nous promettre un quelconque retournement de tendance quasiment tous les mois, quatorze mois durant.

C'est au tour de François Hollande de subir le commentaire de cette souffrance statistique et humaine.

Chômage gonflé
Le nombre d'inscrits dans la fameuse catégorie A de pôle Emploi, ceux qui n'ont pas déclaré la moindre heure de travail rémunéré en janvier dernier, sont désormais 3,4 millions en France. Une belle et détestable progression un an. Certains étaient déçus. On avait raté de "quelques milliers" le record de février 1997 (Libération), à moins que ce fut celui de janvier 1997 (Le Monde). « Et de 21! Le nombre de chômeurs en France métropolitaine a progressé, en janvier 2013, pour le 21e mois d’affilée. » (Le Figaro). "En 48 heures, deux promesses de François Hollande se sont envolées " complétait Claire Guelaud pour Le Monde.

Car - diable ! - Hollande avait l'affreuse lucidité, la détestable franchise de dire ce qu'il en était. Inverser la courbe du chômage quand la croissance européenne disparaît ... Ahem... Comment nier la situation ? Fallait il jouer à Sarko ? Non, il fallait dire qu'inverser cette fichue courbe dans 11 mois serait difficile.

Plus grave que ces railleries médiatiques, l'inactivité de 3,4 millions adultes, à laquelle s'ajoute 1,5 millions chômeurs à temps partiel, sans compter celles et ceux qui ont disparu de ces statistiques - des formations au fameux halo - il y a donc encore près de 6 millions de nos concitoyens à chercher un emploi stable et complet. 

Certains se souviennent de ces précédentes années considérées comme record. 

Patron indécent
Quelques heures plus tard, sur une autre onde, celle de France Info, un patron candidat à la succession de Laurence Parisot au MEDEF, expliquait qu'il fallait dire la vérité aux Français. Que les allocations chômage étaient trop élevées. Cet homme, Geoffroy Roux de Bézieux, président fondateur d'Omea Telecom (Virgin Mobile) avait de brillantes idées, il veut "acter une vraie baisse du coût  du travail" et milite pour un transfert des cotisations familiales qui ne peuvent plus être financées par les entreprises." Il a raison sur un point essentiel: certains patrons méritent un discours de franchise; oui, il faut les mettre en risque, le vrai. Couper les ponts, les filets, les parachutes de certains de ces donneurs de leçons. Il faut leur expliquer combien leur prétendue prise de risque ne valent que par les sacrifices ou l'effort de leurs salariés. Qu'ils devraient cesser de couiner après la niche (fiscale) ou la subvention (publique). Qu'ils devaient accepter de perdre la rente ou l'héritage de leurs aînés, pour celles et ceux qui en ont.

Pourquoi aucun responsable du MEDEF n'assume-t-il pas cette remise à zéro des compteurs ? Ils s'abritent derrière quelques hérauts de l'entreprenariat pour mieux cacher la rente et l'héritage.

Vigilance retraite
Nous avions donc 6 millions de personnes à l'affut d'un vrai emploi, mais quelques sbires néo-libéraux pour expliquer qu'il faudrait travailler plus longtemps, plus vieux et plus fatigué.
Car imaginez-vous que le nouveau grand débat sur les retraites allait reprendre. La réforme Sarkozy, injuste, n'avait rien sauvé. Quelle déception pour certains Sarko-fans... Le même Geoffroy Roux de Bézieux explique encore que "l'allongement de l'espérance de vie implique d'augmenter la durée d'activité. C'est non négociable !" A gauche, on ne se disputera pas le sujet, sauf sur un point, la durée de cotisations. Son allongement est assumé par le Parti socialiste, jusqu'à Henri Emmanuelli. Il est récusé au Front de Gauche. Restera la hausse des cotisations sociales.

Ce mercredi, le premier ministre installe une commission sur le sujet. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a prévu un déficit à plus de 20 milliards d'euros d'ici à 2017 si rien ne change. L'âge de départ à la retraite - qui n'a jamais été à 60 ans en moyenne avant la réforme de 2010 - a encore reculé : 61,8 ans chez les hommes et 62,5 ans chez les femmes. Mais sans surprise, le nombre de retraités progresse quand même, +1% l'an dernier, pour atteindre 13,2 millions.

Le pays vieillit, un scoop. Préférait-on le modèle allemand ?

Qu'il est curieux de lire, d'entendre les mêmes arguments catastrophistes qu'en 2010. Comme si Sarkozy n'était jamais passé par là...







Lire aussi:







28 août 2012

Crise et cacophonie: c'est la rentrée !

C'est la rentrée, tous les ministres sont rentrés, certains n'étaient pas partis. Le gouvernement clarifie certaines des propositions.

Les critiques pourraient-elles être plus précises ? Pas forcément.

Big Brother ? Ben non!
Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Economie Numérique, a fait oeuvre de pédagogie dans les colonnes des Echos: « Nous sommes opposés à la surveillance généralisée et au filtrage. Nous restons très attachés à ces principes. La question n'est pas de limiter la liberté d'expression et les capacités d'innovation liées à la neutralité du Net ». Certains s'inquiétaient déjà du rapprochement annoncé (et nécessaire) de l'ARCEP qui régule les tuyaux numériques et le CSA qui régule l'audiovisuel... et leurs tuyaux. Aussitôt annoncé, aussitôt quelques-uns stressèrent. La France allait-elle filtrer le Net comme la Chine ? Mouarf! pouvions-nous répliquer. Certains aiment le procès d'intention comme si nous étions encore en Sarkofrance. Echanger est devenu difficile.

Pourtant, chez Fleur Pellerin comme Aurélie Filippetti, il n'y avait que du bon sens: « L'arrivée de la télévision connectée nous conduit à nous interroger sur les modes de régulation des contenus accessibles à partir des supports de diffusion multiples. C'est autant une question sur les contours de la régulation que sur les institutions »

Renoncements fiscaux ? Ben non!
Le ministre du Budget n'est pas à un poste enviable. Il sabre, coupe, économise, taxe. Parfois, comme ses prédécesseurs, il ne connaît pas tous les secteurs qu'il « impose ». Cahuzac a un atout. A l'inverse d'Eric Woerth, premier des ministres du budget de Nicolas Sarkozy, on ne lui connaît aucun conflit d'intérêt avec une milliardaire évadée fiscale. Il n'est pas non plus trésorier du parti socialiste ni d'aucun autre parti, comme l'était Eric Woerth. Il n'organise aucune réunion de collecte de fonds pour le Parti, comme le faisait M. Woerth quand il était ministre.

Mais Jérôme Cahuzac fait mal et fera mal. Le « redressement dans la justice » est d'abord une douleur. Il avait au moins une bonne nouvelle pour ces jours: la fiscalité du Livret A, malgré le relèvement (promis par Hollande) du plafond de versement, ne sera pas alourdie.

Jeudi 23 août, Cahuzac a prévenu d'un prochain plafonnement à 10.000 euros par an du bénéfice des niches fiscales. Et aussi qu'un retour de la publicité sur les chaînes de France Télévision était à l'étude. Sacrilège pour la droite et pour la gauche ! Cette dernière mesure était l'un des cadeaux fait aux chaînes privées en 2008. Avant la crise, même la gauche espérait une télévision publique sans coupures publicitaires. Mais il fallut compenser par une nouvelle ponction fiscale.Vendredi dernier, sa collègue de la Culture a remis cette pendule à l'heure - pas de retour de la pub sur France Télévisions après 20 heures.

Espérons que Mediapart est (provisoirement) rassuré.

Chamailleries nucléaires ? Ben oui !
« Pour ma part, je considère que le nucléaire est une filière d'avenir » a déclaré Arnaud Montebourg chez BFM-TV dimanche soir... Interrogé lundi matin sur Europe 1, Manuel Valls abonde sur les propos de son collègue. Quelle surprise ? Qui croyait que François Hollande avait décidé d'abandonner le nucléaire ? L'UMP bien sûr ! Rappelez-vous la campagne ! Nicolas Sarkozy nous assurait qu'Hollande voulait tout fermer, tout abandonner. C'était faux, mais ça a laissé quelques traces.

Sans davantage de surprise, voici que quelques écologistes dont Noël Mamère sautent sur l'occasion: « S'il n'y a pas d'explication et s'il n'y a pas de remise en cause des déclarations d'Arnaud Montebourg, nous serons en droit, nous, écologistes, de nous interroger sur la validité des accords que nous avons passés dans cette majorité».

Le nucléaire est un chiffon rouge trop facilement agité, trop facilement décrié.

Lundi soir sur CANAL+, même Jean-Luc Mélenchon a lui aussi exprimé son désaccord avec les propos de Montebourg. L'ancien leader du Front de Gauche faisait sa rentrée télévisuelle. Il confia combien il ne croyait plus au nucléaire.

Baisser le prix de l'essence ? Ben, comment ?
Au plus fort de la campagne, Nicolas Sarkozy expliquait qu'on n'y pouvait rien si les prix de l'essence flambaient. François Hollande promis d'en bloquer le tarif quelques semaines si l'inflation se poursuivait.

Quand les prix de l'essence baissèrent quelques semaines après l'élection, il y eut quelques (crétins) UMPistes pour s'inquiéter que le gouvernement Ayrault n'ait toujours pas figé ces tarifs. On s'amusait. Voici que l'inflation a repris. C'est assez prévisible. Les ressources fossiles sont limitées et les tensions sur l'approvisionnement ne manquent pas.

Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, a promis: cette semaine, le gouvernement allait concéder une baisse des taxes pour modérer les tarifs. On espère 2 à 4 centimes de baisse pour les consommateurs. Les principales organisations de défense des consommateurs ont été reçues lundi, avant une réunion avec les  distributeurs ce mardi.

Le chômage explose? Ben oui !
Les statistiques du chômage à fin juillet sont tombées. Evidemment, les chiffres sont mauvais, très mauvais. La hausse est historique: près de 3 millions de personnes n'ont exercé absolument aucune activité en juillet dernier (2.987.000 pour être précis, soit +41 300 chômeurs de plus en un mois). Quinze mois que cela dure. La fin de tous les CDD du premier semestre renchérit la facture. Au total, le nombre des personnes inscrites à Pôle emploi en recherche active d’emploi atteint 4.733.000.

Jean-Marc Ayrault a concédé qu'il devrait sans doute revoir à la baisse la prévision (de 1,2%) de croissance du PIB l'an prochain (« effectivement, il y a une baisse de la croissance partout, même l'Allemagne ) . Son budget 2013 serait « honnête, sincère, réaliste et volontariste » a-t-il déclaré sur France 2. Contre le chômage, « Nous prenons entreprise par entreprise et avec les partenaires sociaux nous essayons d'apporter des solutions concrètes. (...) En même temps il faut engager les réformes de structure. (...) Le résultat vous pourrez le mesurer chaque jour mais vous pourrez aussi le mesurer à la fin du quinquennat (...) notre action s'inscrit dans la durée ».

Leur action s'inscrit dans la durée.

A droite, l'UMP avait déclenché les hostilités, c'est-à-dire ses primaires.

Nous allions nous régaler. 










3 avril 2012

Pour Sarkozy, la France silencieuse n'est pas à Florange

Mise en scène, le mot est lâché. Quand Nicolas Sarkozy fustige les syndicalistes de Florange, personne n'est dupe, pas même Reuters.

Lundi, le candidat sortant tenait meeting à Nancy, en Lorraine. Le matin même, il s'était confié au quotidien local Le Républicain Lorrain. Ses propos furent violents. Le président n'était plus rassembleur. La France silencieuse qu'il invoquait à longueur de journées ne passait par Florange.

Candidat des Riches
La photo, signée Alexandre Marchi, qui accompagnait l'interview le montrait assis dans un palais royal, à l'Elysée, avec moult babioles luxueuses sur son bureau en acajou: un petit éléphant en bois d'ébène avec cornes en ivoire, deux gros cigares, une boîte en argent, un stylo Montblanc. Quels symboles ! Le candidat du peuple s'adressait aux Lorrains !

Il rechignait toujours à parler de la crise.
Républicain Lorrain: « De nouveau, les thèmes régaliens occupent l’agenda de la campagne. Mais les Français veulent que l’on parle d’emploi, de pouvoir d’achat…»
Nicolas Sarkozy: « Excusez-moi ! Pendant une semaine, les médias n’ont parlé que de l’affaire de Toulouse et on me reproche d’avoir instrumentalisé ces événements ? Pour François Hollande, on aurait ainsi le droit d’évoquer des thèmes, et pas d’autres… Prenez l’immigration... »
Et il embraya sur l'immigration. Un journaliste insista, les Français semblaient quand même préférer qu'on leur parle emploi et pouvoir d'achat. Sarkozy dévia sur le déficit budgétaire « meilleur que prévu » (en oubliant la révision à la baisse des perspectives de croissance pour l'an prochain et le franchissement historique et symbolique du seuil des 1.700 milliards d'euros de dette publique).

Guerre aux syndicats
Un journaliste insista encore, et tendit la perche sur Florange, un exemple bien concret, bien local de la crise économique qui frappe le pays.
RL: « A Florange, la colère monte…»
NS: « Ne mélangeons pas les ouvriers, inquiets et pour qui j’ai obtenu 17 millions d’euros d’investissement, et les permanents de la CGT ou de la CFDT : 2 millions d’euros de travaux sur la phase liquide réalisés immédiatement – ces travaux ont démarré –, 7 pour la cokerie, 8 millions pour l’usine de fabrication de produits pour l’automobile. C’est de l’investissement pour Florange ! Et il est décidé. Si ces travaux n’avaient pas été engagés, c’était la certitude que les hauts fourneaux ne reprenaient pas. Quant aux permanents de la CFDT, ils trahissent la confiance des salariés. Ils sont venus m’insulter et essayer de casser mon siège de campagne. Ne confondons donc pas les salariés d’ArcelorMittal, que je ne laisserai pas tomber, et des syndicalistes qui trompent leurs adhérents en faisant de la politique au lieu de défendre l’intérêt des salariés. »
Vous avez bien lu les propos de cet entretien écrit et relu: les « permanents de la CFDT (...) sont venus m’insulter et essayer de casser mon siège de campagne.  » Quelques heures plus tard, Emmanuel Jary de l'agence Reuters pouvait titrer sa dépêche: « Sarkozy met en scène un divorce électoral avec les syndicats ». Où était l'éthique ?

Pour masquer son échec, le candidat du peuple préférait l'outrance et le mensonge. Car il mentit doublement:

(1) Non, la décision d'investir 17 millions d'euros dans la fonderie de Florange par ArcelorMittal n'est pas ferme. C'est le groupe sidérurgiste lui-même qui a prévenu que cela dépendrait de la situation économique dans 6 mois.

(2) Non, les représentants de Florange n'étaient pas venu « casser le QG de campagne » de Sarkozy à Paris. Le candidat sortant n'avait aucune preuve de ce qu'il avançait. Il y a 4 jours, 10 jeunes du collectif Génération Précaire qui venaient remettre un rapport au même QG connurent la même déconvenue: 7 camionnettes de CRS en guise de comité d'accueil.

Néo-libéral ?
Et pour le reste, Nicolas Sarkozy avait-il quelque chose de nouveau à proposer pour la réindustrialisation ? Non, il rappela sa baisse promise des cotisations familiales en échange d’une augmentation de la TVA de 1,6 point, sa promesse d'accords compétitivité-emploi qui « rendront la liberté aux salariés et aux chefs d’entreprise pour parler aménagement du temps de travail, salaires, et emploi » et... c'était tout. La même antienne depuis des mois.

Au passage, il livra une énormité. Au journaliste qui rappelait que notre modèle social avait « amorti le choc de la crise », Sarkozy répondit: « Non, ce qui a amorti le choc, c’est la réforme des retraites de 2010 – elle rapporte 5 milliards dès cette année, 16 milliards en 2016 – et le choix fait de travailler plus longtemps plutôt que d’augmenter les impôts .» A notre connaissance, c'était la première fois qu'il niait dans ces termes le rôle d'amortisseur au système français.

Même les économistes les plus libéraux le reconnaissent: retraites, rémunérations de la fonction publique, indemnités chômage et allocations diverses ont été autant de revenus protégés au pire moment de la crise qui ont permis à l'économie français de compter toujours sur un minimum de consommation intérieure. Nicolas Sarkozy lui-même le reconnaissait jusqu'à maintenant, comme le rappela Thomas Bronnec de l'Express. La réforme des retraites de Nicolas Sarkozy n'a servi absolument à rien pour passer le cap 2008-2010.

Meeting étouffant
En fin d'après midi, à Nancy et devant 4.500 militants et autant de drapeaux, le candidat sortant sortit l'artillerie lourde. Toujours pas d'annonces, mais encore les mêmes attaques contre la prétendue « duplicité » de François Hollande accusé d'être responsable de la rémunération du PDG de Publicis. Il accusa Aurélie Filippetti, la député socialiste de Moselle, d'être bavarde (« Je vois que Madame Filippetti est bien bavarde quand il s'agit de parler de moi. Mais qu'est-ce qu'elle a fait pour convaincre les actionnaires ? Qu'est-ce qu'elle a fait pour amener de nouveaux emplois ? »).

On croyait rêver.

Il enfonça quelques portes ouvertes. Comme sur l'Education, où il se lamenta: « aucun enfant ne doit sortir du primaire sans maîtriser les fondamentaux.» Pour la jeunesse, il ne voulait évidemment pas de « l'assistanat ». 

Il joua au caïd, l'air de défier ses adversaires en duel: « Dans mon identité, le mot renoncement n'existe pas. Mon devoir c'est d'y mettre les tripes, mon dynamisme, mon énergie».

Il loua aussi la « France éternelle » qui avait « sauvé Benghazi » et « libéré la Côte d'Ivoire ». Le président de Françafrique lança, dans le même paragraphe qu'il fallait « être fier de l'armée française » et « de la culture française ».

Pour conclure, il s'étrangla presque dans son traditionnel appel à l'aide: « j'ai besoin de votre amitié. J'ai besoin de votre amour pour la France.» C'était pompeux.

« Grâce à vous, nous sommes en train de donner un visage à la France silencieuse ! ».

Comme toujours, après une brève Marseillaise, il traversa la petite foule sous les drapeaux et les vivats, avant de rejoindre son jet.

Il fallait retourner à Paris.




16 mars 2012

Sarkozy: le "couillon" des mères de famille

Les images étaient terribles. Des mineurs refoulés par des CRS également casqués, à coups de gaz lacrymogène, et un candidat Sarkozy, un peu plus tard en visite, qui traite un journaliste de couillon.

Le plus triste, ou le plus irresponsable, fut la proposition du jour, étendre le congé sans solde permis aux mères de famille jusqu'au 18 ans de leurs enfants.

Sarkozy serait-il le « couillon » des mères de famille ?

Florange s'invite au QG
Il planait. Les sondages montraient enfin que les courbes se croisaient. Un pur bonheur, un truc immense, attendu depuis des lustres. Et Dominique de Villepin annonçait son retrait, faute de parrainages. Sarkozy allait gagner.

Le Monarque avait donc cru bon d'inviter les représentants des salariés d'Arcelor-Mittal lundi à l'Elysée. Notez la nuance: Sarkozy voulait les recevoir en tant que président, à l'abri du Palais. Qu'importe, quelques 200 salariés sont arrivés en bus dès ce jeudi matin... au QG de campagne dans le XVème arrondissement de Paris. Le « candidat du peuple » dut s'éclipser rapidement, vers 11h30. Il allait justement visiter une fonderie, à Suippes dans la Marne. Il ne voulait pas recevoir ceux de Florange en l'état.

« Je recevrai les salariés, tous les représentants des salariés en tant que président de la République, lundi » expliqua-t-il, encadré par deux gardes du corps qui jetaient des regards inquiets aux alentours. Il souriait presque, était-ce de la provocation ? Il ajouta qu'on « ne les oublie pas. Il y a 17 millions (d'euros) d'investissements qui viennent d'être décidés. » C'était ... faux. Nicolas Sarkozy croyait sans doute qu'on avait oublié le démenti d'Arcelor Mittal, il y a 15 jours.

On dépêcha donc 5 camionnettes de CRS. A peine descendus du bus, les manifestants furent refoulés à coups de matraque et de gaz lacrymogène. Il fallait voir et écouter leur rage. « La colère des uns et le mépris de l'autre », titrait notre confrère Dedalus. «On ne peut pas gazer les sidérurgistes le jeudi et les inviter à l'Elysée le lundi suivant » condamna la députée dépitée Aurélie Filippetti.

« L'accueil a été très très dur, ils nous ont rentrés dedans, ils nous ont gazé tout de suite » témoigna un représentant de la CFDT, les yeux rougis. « C'est honteux ! On veut juste travailler ! Quand être que ce Monsieur va commencer à bouger son cul pour sauver des emplois en France !! »

« On est venu pour lui expliquer la situation ! » lança Edouard Martin, autre représentant des salariés de Florange, régulièrement interviewé par les médias sur la crise du site Arcelor-Mittal. « Quatre semaines qu'on est en grève sans jamais agresser personne ! Et l'autre, il envoie les CRS, avec des lacrymogènes ! Voilà le candidat du peuple ! Voilà ! »

Ces images étaient terribles, humiliantes pour le candidat du peuple. Mais elles n'étaient pas les seule ni les dernières.

Sarkozy et le « couillon »
Quelques instants plus tard, Sarkozy voulut s'amuser de la prétendue fébrilité de son rival François Hollande: « Dites-moi, j'ai l'impression qu'il y a des candidats qui s'énervent, il ne doit pas faire bon pour tout le monde » Il avait déjà usé de la formule la veille sur Europe1.

Il visitait une fonderie, et boum, le voici qu'il s'agace, qu'il provoque, qu'il prend à témoin les journalistes, nombreux, qui l'accompagnaient, en évoquant les incidents du matin devant son QG: «  Ce n'était pas des ouvriers, c'était un petit nombre de syndicalistes. Les syndicats doivent défendre les intérêts des salariés, pas faire de la politique [...] Que la CGT ne pense pas qu'elle a un rôle politique à jouer dans cette campagne, ça ne lui va pas, ce n'est pas bien. Que les syndicalistes défendent les syndiqués et ne fassent pas de politique et la CGT se portera mieux [...]. Je dis aux vrais salariés de Florange, ceux qui travaillent, que je suis à leur disposition.».

Les vrais salariés ? Y-aurait-il des faux salariés ? Sarkozy dénonça une « petite manoeuvre des syndicats ». C'était triste. On le croyait présidentiel.

Puis, interrogé par un jeune journaliste sur l'effet des gaz lacrymogènes du matin devant son QG, Nicolas Sarkozy dérapa:

« Qu'est-ce que ce que vous voulez que j'ai à foutre de ce que vous me dites ? ». 

Et d'ajouter, en partant: « couillon, va ! » Cet homme prétendait être président de la « 5ème économie du monde » depuis bientôt 5 ans. L'image était terrifiante. Après le « casse-toi pov'con » que Nicolas Sarkozy disait regretter d'avoir prononcé au Salon de l'Agriculture en 2008, voici le « couillon, va ! ».

Il a appris. Vraiment ?

La proposition du jour
Nicolas Sarkozy aurait pu préciser, enfin, son programme. Non, ce jour-là, il ne voulait toujours livrer l'intégralité de ses propositions. Il avait réitéré son idée de taxer Google, qui s'est installé en ... Irlande. La proposition était drôle, pour un candidat qui se voulait crédible.

Il n'avait qu'une idée, une idée par jour. En l'occurrence, étendre la possibilité du congé parental jusqu'à l'âge de 18 ans: « En fonction de l'évolution des familles, de leurs problèmes, divorce, séparation, maladie, accidents professionnels, ce droit aux trois ans, au lieu d'être concentré sur les trois premières années, essayons de voir si ce n'est pas plus intéressant de le répartir sur l'ensemble de la jeunesse et de l'adolescence ».

Il était curieux qu'il parle de congé parental en visitant une fonderie, mais passons. L'homme avait peu d'idées, et il avait besoin, ce jour-là, de sortir une cartouche pour distraire l'attention des dérapages du matin.

Le congé parental est cette faculté de prendre un congé sans solde jusqu'au 3 ans d'un enfant du foyer, l'employeur devant garantir le poste pendant cette absence. Sarkozy proposait donc de prolonger ce congé sans solde jusqu'au 18 ans de l'enfant...

Fantastique... Quel cadeau gratuit ... et irresponsable. On imaginait l'employeur, 18 ans plus tard, « récupérant » une salariée partie en congé parental version Sarkozy.

En 2009, Nicolas Sarkozy avait une idée totalement inverse, raccourcir le congé parental. Il s'agissait de« faciliter le retour des femmes vers l'emploi ». Mais en 5 ans, Sarkozy avait souvent changé d'avis.