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27 avril 2019

L'An II de la Macronie sera-t-il à l'extrême droite ? 624ème semaine politique.

 

Après la mise en place d'un guichet des riches efficace et rapide, la Macronie ouvre son An II en empruntant la violence des actes et des mots chère à l'extrême droite française.


L'ennui et le flop
L'exercice, pourtant rare, ne mérite pas le détour. Jeudi 25 avril, Jupiter rassemble 300 journalistes pour l'essentiel atones ou coincés, dans la salle des Fêtes de l'Elysée. Une heure de discours, puis deux heures de questions lénifiantes sur son moral, sa solitude, son caractère, sa méthode, ses états d'âme ou son intention de se représenter en 2022. Les rares questions précises ne sont pas gênantes, comment pourraient-elles l'être ? Elles sont filtrées par le contrôle du micro, et les journalistes par la détention d'une carte de presse. Aucun des représentants des médias les plus piquants (Mediapart, les Jours, Fakir, Le Media, Politis, l'Humanité, Bastamag, Le Monde Diplo, le Canard Enchaîné, etc) ne peuvent poser une seule question au monarque. L'exercice est une communication à sens unique, rien de plus.

Macron fait la lecture attentionnée du discours qu'il aurait du prononcer la semaine précédente face caméra et sur toutes les chaînes simultanément si la Cathédrale Notre-dame de Paris n'avait pas flambé. Ses propositions "détonnantes" avaient déjà fuité, cette relecture répétitive et à voix haute, comme celle d'un professeur faisant la leçon à des élèves qui ne l'auraient pas comprise, est donc ennuyeuse: pas de reconnaissance du vote blanc, peu de proportionnelle, un coup de pouce fiscal anecdotique, quelques diversions positives (24 élèves par classe de maternelle) sur les réductions des services publics, la réindexation sur l’inflation des retraites à moins de 2 000 euros qui n'est l'annulation de l'une de ses propres mesures les plus iniques, une attaque en règle contre les hauts fonctionnaires et l'ENA pour protéger les ultra-riches. Et un appel à "travailler plus pour gagner plus".

La réappropriation des moindres recoins idéologiques foireux du sarkozysme est complète.  "Macron republie ses petites annonces" résument Les Jours."Face à la presse, Macron promet qu’il ne changera rien" complète Mediapart. Jupiter s'attribue à juste titre un point que personne ne lui conteste, les réductions d'impôts: une douzaine de milliards d'euros pour les ménages en 2018/19, également réparti avec une inéquité dont seule ce guichet des riches a le secret, entre un demi-million d'ultra-riches et 37 autres millions d'autres foyers.
«J’ai trouvé que le Président de la République était très bavard, mais qu’il se révèle surtout très avare» Emmanuel Maurel, socialiste, candidat LFI aux Européennes.


Mensonges et silences
Alors que la moitié de son gouvernement a peine à masquer son endormissement, Macron ment, oublie et masque à grands renforts de sourires, de source-cils levés et de doigt levé pointant l'assistance.

Cet homme confie qu'il a découvert la France grâce au Grand Débat. Va-t-il enfin confier son programme pour les élections européennes qui ont lieu dans 4 semaines ?

Mais pour justifier la faiblesse de ses annonces et ces grands angles morts, il lâche cette formule: "le président n'est pas le guichet de toutes les revendications". Que cette formule est cocasse quand on se rappelle avec quelle célérité, grâce à quelques réunions secrètes et décisives au début de l'été 2017, la gigantesque réforme fiscale pour les riches fut décidée - suppression de l'ISF, plafonnement de l'imposition des revenus du capital à 30% (flat tax): 5 à 6 milliards au bénéfice d'un demi-million d'ultra-riches gentiment accordés par Macron à celles et ceux qui l'ont choisi en 2014, financé en 2016 et fait élire, sans programme mais beaucoup de marketing, en 2017.

Il a raison. Reconnaissons-lui cela. Macron n'est plus le président des riches. Macron n'est que le guichet des Riches, leur protecteur idéologique dans le débat public, leur rempart politique.

Jupiter s’emmêle les pinces dans une logorrhée en faveur de la "délibération" nécessaire pour accoucher de bonnes politiques, alors que sa politique a justement visé à réduire le temps de délibération dans le pays: en entreprise, en fusionnant les différentes instances du personnel pour supprimer quelques 200 000 postes de représentants des salariés; au Parlement, où son projet de réforme constitutionnelle prévoit la réduction du nombre de parlementaires et du temps de délibération parlementaire; en période d'élections où pour ce scrutin européen, comme pour les élections présidentielle puis législatives, Macron tarde à dévoiler son programme (il n'est toujours pas publié à moins de 4 semaines du scrutin !), pour éviter les critiques et le débat.

Macron promet aussi que les CAF aideront au versement des pensions alimentaires aux familles mono-parentales, une mesure qui existe déjà depuis ... 2013.

Macron ment sur les services publics, quand il promet de "remettre de la présence de services publics dans les territoires" car il va réduire de 120 000 le nombre de postes de fonctionnaires, dont la moitié justement dans les territoires.

Macron ment par omission quand il promet que les fermetures d'hôpitaux ou d'écoles n'auront plus lieu sans l'autorisation du maire. il cache que les suppressions de lits ou de services spécialisés (maternité notamment) ou les fermeture de classes se poursuivront. "Le dire, c’est bien, le faire c’est mieux", résume l'un des syndicats enseignants. Justement, rapporte le Canard Enchaîné ce 24 avril, les syndicats enseignants viennent de recevoir quelques nouvelles de coupes d'effectifs et réduction de moyens: sur 96 départements, 1267 fermetures de classes, dont 320 dans des territoires ruraux, ont été prévues en maternelle et primaire. Pour le secondaire, on compte déjà 2 600 suppressions de postes de professeurs en septembre 2018, et encore 2 650 en septembre 2019, malgré une augmentation de 110 000 élèves sur ces deux années (et +40 000 encore attendus en 2020). Le gouvernement a aussi supprimé 1000 places au concours d'instituteurs en 2019, et les deux tiers des postes affectés au dédoublement de professeurs dans les classes prioritaires (2000 sur 2900).

Bavard et avare
Macron ment sur les créations d'emplois depuis son accession au pouvoir: non seulement elles n'ont pas dépassé les 500 000, mais elles se sont même effondrées de moitié en 2018 (149 000) par rapport à 2017 (338 000).

Macron ment sur le temps réel de travail en France prétendument l'un des plus bas en Occident (il est supérieur à l'Allemagne et identique au R-U): les Français qui travaillent travaillent plus que leurs homologues européens.

Macron ignore l'urgence écologique, rien à dire sauf la création d'un gadget, le "conseil de défense écologique". François de Rugy (qui ?) sera heureux d'apprendre qu'il ne sert à rien. Pourtant "plus rien ne sera comme avant" répètent ses perroquets. Pourtant, la France est en retard sur ses propres engagements à la COP21. Pourtant, la Macronista préfère mettre en œuvre le CETA, prolonger la durée de vie de centrales nucléaires hors d'âge, repousser les objectifs de la loi de transition écologique, réduire de moitié les crédits à la rénovation thermique des logements.


Macron applaudit à la hausse prévue du pouvoir d'achat, oubliant que c'est principalement grâce aux mesures forcées par l'action des Gilets Jaunes en décembre dernier. Mais il oublie les pauvres, les vrais, les invisibles, et la misère de son maigre plan anti-Pauvreté de septembre dernier: ATD Quart Monde et le collectif ALERTE s'en indignent le lendemain: "Les associations de lutte contre l’exclusion rappellent que la désindexation des aides au logement, des prestations familiales ou encore de l’AAH décidées pour 2019 entraînera une baisse du pouvoir d’achat pour les 10 % des ménages les plus pauvres."

Macron fait un geste pour réhausser le minimum contributif à 1000 euros mensuels (retraite minimale pour les cotisants à taux plein). Il enfume son auditoire quand il promet de ne pas toucher à l'âge légal de départ à la retraite mais plutôt d'allonger la durée de cotisations de référence pour le calcul de la retraite: Vous pourrez partir à 62 ans, mais avec une décote si vous n'avez pas cotisé suffisamment longtemps. L'allongement de la période de référence permettra même de faire baisser mécaniquement les pensions. Face à cette arnaque, l'explication mielleuse du jeune monarque qui, la main sur le coeur, s'exclame qu'il serait "hypocrite" de décaler l'âge légal "tant qu'on a pas réglé le problème du chômage" sonne faux et donne même la nausée.




Où sont les journalistes ?
Il fallut attendre la fin pour une question qui piquait un peu, quoique timide, sur l'éventuel regret d'avoir embauché Benalla. Mais la question était ratée. Un journaliste, un vrai, aurait demandé des suites sur les révélations incroyables qui ont été faites depuis l'été - passeport diplomatique, prestations de sécurité pour des oligarques russes quand il était à l’Élysée, mise en place d'une troupe de sécurité parallèle, etc.

De vrai(e)s journalistes auraient interrogé l’Élysée sur l'injustice fiscale de son quinquennat. Ils l'auraient certainement repris quand Macron répétait que son gouvernement avait baissé incroyablement les impôts - ce qui est vrai, mais pour qui ? Les heureux élus de ces deux années macronistes furent les plus riches.

De vrais(e) journalistes l'auraient interrogé sur l'ampleur de la répression contre les manifestants, les 300 violences policières recensées, les 250 mutilés, le fichage des blessés par les Hôpitaux de Paris, l'impunité des unités mobiles anti-casseurs (152 blessés en quelques mois leur sont imputés!), l'arrestation de journalistes ou de street-medics, la réduction des libertés publiques (loi anti-anticasseur, loi sur le secret des affaires, loi sur l'état d'urgence): "Quand on est devant le chef de l'État et que pas une seule question n'est posée sur le sujet, à l'heure où il y a un débat sur la carte professionnelle des journalistes, c'est une faute professionnelle" commente le journaliste David Dufresne`. Une faute professionnelle certainement, mais de la complicité de classe également.

De vrai(e)s journalistes l'auraient questionné sur l'endogamie bourgeoise, l'entre-soi des puissants, les nominations pistonnées (Ferracci, Veil, Attal, etc) es amis bien placés, les robes de luxe prêtées à Mme Brigitte Macron (qui se souvient de Fillon planté en pleine campagne parce qu'il avait accepté 2 costumes quand il était premier ministre ?). De vrai(e)s journalistes se seraient interrogé(e)s sur ces nominations complaisantes, comme celles d'une présidente radiophonique, certes talentueuse, mais épouse d'un conseiller de campagne très actif du jeune monarque. Ou d'une directrice de communication de La Française des Jeux au moment où son mari préside le groupe des députés macronistes qui vote la privatisation de la dite entreprise.

Il y avait peu de vrai(e)s journalistes à prendre le micro ce soir-là. Nous étions au théâtre, sans doute l'épilogue du show médiatique du Grand Débat. La réduction du sens critique était extrême. Comment n'ont-ils pas compris, ces journalistes, que leur présence studieuse et silencieuse était ce soir-là aussi étourdissante ? Cette complicité de classe ou par trouille faisait peine à voir. Elle en rappelle d'autres.
"Un horaire innovant pour un exercice classique. C’est la signature d’Emmanuel Macron, un président rebelle mais qui reste dans les clous". Michael Darmon, éditorialiste à Europe 1, 25 avril 2019


Merci à Fred Camino pour les clichés du bas.

Radicalisation
 Le blabla jupiterien n'a pas convaincu en-dehors du cercle des ultra et de quelques radicalisés. Même la presse complaisante est contrainte à l'aveu, le propos est décevant. Les annonces anecdotiques ou minorées. Le Parti Médiatique cherche des circonlocutions pour rester positif malgré le désaveu -  "Emmanuel Macron : les Français pas convaincus par son intervention mais favorables à plusieurs de ses annonces" explique le JDD. Le chef de l’Etat "a voulu rassurer sur la matière régalienne... dans le discours essentiellement, car les annonces restent minces" commente l'Opinion.

Effrayée, la Macronie se radicalise. Elle ne veut plus voir les dérives liberticides d'un régime qu'elle soutient mais qui l'effrayerait si Marine Le Pen en tenait les commandes. Elle ne s'offusque pas du nombre de mutilations de civils depuis 6 mois. Elle fait mine de croire à l'argument que le raccourcissement des délais de dépots de dossier est une réponse positive aux temps d'attente des migrants (non, Mme Ndiaye, vous ne faite pas preuve d’humanité, quand au lieu d’améliorer les moyens de traiter rapidement les dossiers d'asile, vous réduisez les délais de demandes).

De vrai(e)s journalistes l'auraient questionné sur cette xénophobie macroniste qui ne dit pas son nom. Le plus tristement fascinant de cette radicalisation du macronisme est sa dérive vers l'extrême droite et la droite furibarde.

L'An I du macronisme était la révélation rapide et sans conteste d'une présidence pour riches, la mise en place d'un guichet des riches efficace et rapide, et d'un soutien aux grandes entreprises à travers le contreproductif doublement du CICE et la précarisation des salariés avec les ordonnances travail. 

L'An II prend une direction complémentaire: une dérive autoritaire qui appuie désormais ses actes sur le vocabulaire même de l'extrême droite à la faveur du scrutin européen.

Pour se défendre, Macron emprunte formules et concepts à l'extrême droite et la droite furibarde. Lors de sa conférence de presse, il accuse ainsi franchement « l’islam politique » de vouloir « faire sécession avec la République ». L'islam politique est un concept sur-utilisé par lextrême droite islamophobe qui permet d'amalgamer l'islam avec l'islamisme. Il fustige aussi les "détournements profonds du regroupement familial et de l'asile". Il promet également un débat annuel au parlement sur la politique migratoire... pour "rebâtir un patriotisme inclusif". Sur les ondes, sa tête de liste aux Européennes, Nathalie Loiseau, dont Mediapart a révélé sa participation sur une liste d'étudiants à SciencesPo avec des ex- du GUD, explique benoitement: "Nous voulons une politique migratoire qui protège nos frontières et nos valeurs". Même le Medef semble applaudir aux convergences économiques LREM/RN...

Renaissance européenne, patriotisme inclusif, "nos frontières et nos valeurs"...



Ami(e) macroniste, cher castor, où en es-tu ?


31 décembre 2014

Les voeux présidentiels, exercice hors sol.

Plus ça dure, plus c'est drôle.

 

Les voeux présidentiels se suivent et ressemblent trop.


Le 31 décembre 1973, George Pompidou se félicite de l'autoroute. Il lui reste trois mois à vivre.


Voeux du président Georges Pompidou - Archive... par ina


Le 31 décembre 1974, Valéry et Anémone Giscard d'Estaing nous accueillent au palais.


Voeux de monsieur et madame Giscard d'Estaing par ina

Le 31 décembre 1994, François Mitterrand prononce ses derniers voeux de bonne année. Il débute par l'évocation du sauvetage de l'Airbus Paris-Alger, libéré de preneurs d'otages, et, déjà, la menace terroriste.

Voeux de Mitterrand par ina

Un an plus tard, Jacques Chirac est déjà affaibli, moins d'un an après son élection. Il rend hommage à son premier ministre, qui travaille "dans des circonstances particulièrement difficiles". Il parle de "remettre les finances publiques en ordre", et d'une "lutte sans merci contre le chômage". "Nous avons décidé de réformer notre protection sociale", prévient-il.

Il perdra sa majorité législative un an plus tard.


Voeux de Jacques Chirac par ina

Le 31 décembre 2011, Sarkozy promet la sortie de la crise et un nouveau modèle de croissance. Il sera licencié par les électeurs 5 mois plus tard.

 

Le 31 décembre 2013, François Hollande avait un sacré cadeau, un pacte de 50 milliards d'euros d'écononomies. Quelques semaines plus tard, il promet 40 milliards d'exonérations de cotisations sociales aux entreprises. La boucle est bouclée et, pour un grand nombre, le quinquennat enterré.


Vœux de François Hollande aux Français pour l... par elysee

19 septembre 2014

Conférence: Hollande reconnaît l'échec, pas le tournant.

Source: Elysée

Il a gagné tous les records de la Vème République. François Hollande est ce président le plus impopulaire de la Vème, les sondeurs nous le répètent à longueur d'enquêtes. Les nationaux-socialistes du Front national rêvent d'une dissolution. Quelques dérangés de la droite furibarde assumaient la même musique dissidente. Hollande avait surtout perdu tout socle à gauche, sans rien gagné à droite. Bref, le vide absolu, qui se mesure sondage après sondage.


Pourtant, il a assuré sa quatrième conférence de presse, au plus fort d'une nouvelle tempête, après une nouvelle séquence détestable et déjà ratée.


"Je ne peux pas, comme président de la République, supprimer la pluie. Je ne peux pas non plus provoquer la pluie."
François Hollande, 18 septembre 2014


1. Il y avait donc quelque courage à se montrer ainsi. A la différence de son prédécesseur, François Hollande tenait au moins cette promesse de s'afficher devant la représentation médiatique, régulièrement, même à l'un des pire moments de son quinquennat. Qu'on s'étonne de ce geste témoigne aussi de l'état de délabrement politique du pays.

2. Hollande, donc, a tenu bon, obstiné, devant l'habituel parterre de journalistes. On raillera l'exercice, le rituel républicain de ces interventions, les ministres présents et silencieux, les 340 journalistes qui se pressent au micro sans droit de suite à chaque question et accrédités par l'Elysée. Certaines choses ne changent pas.  Certaines questions furent indignes, ou inutiles, ou les deux.

3. Hollande a d'abord pris de la hauteur présidentielle avec l'inévitable sujet international. Les présidents mal en point - Bush senior, Sarkozy - se réfugient toujours là quand il s'agit de trouver un peu de stature. "En cette rentrée le monde affronte une crise grave, ou plutôt des crises qui se conjuguent et se renforcent. L'Europe est devant des choix cruciaux et la France s'interroge, dans un climat de défiance lourd, sur son avenir." Sur ce terrain-là, Hollande recueillit le soutien de la droite, du centre, et d'une fraction de la gauche, à en croire les commentaires d'après match. 

Hollande aurait pu et dû se contenter du rappel majeur, la création d'un monstre islamiste sur les ruines de la Syrie et de l'Irak, le Califat qui décapite et nécessite riposte et destruction. Il le fit ("Un terrorisme qui prétend prendre la place des Etats, et qui s'en prend à la population, quelle que soit sa religion. Ce sont ces groupes que nous avons combattus au Mali. Mais d'autres agissent, au Nigeria, en Libye, en Somalie, en Irak et en Syrie"), mais en l'enrobant d'un jargon anxiogène général.

 Hollande n'échappa pas à la posture du président protecteur devant un monde menaçant. C'en fut même aussi caricatural qu'inutile: "Mon premier devoir c'est d'assurer la sécurité de la France, j'en ai la responsabilité. Le monde est menacé par un terrorisme qui a changé de dimension, qui n'a jamais eu autant de moyens financiers, militaires, humains." Rappeler le "terrorisme" était bien opportun, puisque Bernard Cazeneuve venait de faire voter une énième et improbable loi facilitant l'espionnage informatique (Sarkozy n'avait-il pas déjà tout réalisé en la mayière ?) et interdisant les déplacements d'apprentis djihadistes vers l'étranger.

L'urgence sécuritaire face à des menaces étrangères anxiogènes est une ficelle grosse comme un cordage.

L'international, globalement, a occupé plus longtemps qu'auparavant, le propos liminaire du chef de l'Etat. Tout y passé: Guinée, Ebola, Daesh, Russie, Ukraine, etc.

4. Pour une fois, François Hollande n'a rien annoncé de nouveau. Ses précédentes interventions publiques et officielles - les voeux de décembre 2013, l'intervention de janvier 2014, etc - nous avaient habitués à de nouveaux serrages de vis vers la droite, toujours plus à droite. Pacte de "Responsabilité",  plan d'économies de 50 milliards, remise en cause des droits sociaux, gels des minima sociaux... cette fois-ci, nous fûmes épargnés. Hollande s'en tenait à un cap, et ce paquet de décisions social-libérales sans résultats ici ou ailleurs.
"Ces choix : la compétitivité, nécessaire pour des entreprises solides, l'excellence industrielle et agricole. Soutenir les entreprises, c'est soutenir ceux qui travaillent. C'est le sens du pacte de responsabilité"
Face à l'Europe, il rappelle son envie d'une politique de croissance en Europe. C'est trop tard, on n'écoute plus, on constate la réalité:" l'Europe ne peut pas vivre durablement avec une croissance ralentie quand il y a tant de chômage." Hollande ne peut que se féliciter de l'action indépendante d'une banque centrale indépendante. 

Où est passée l'action politique ?

Hollande a répété le cadeau de la semaine, énoncé par Valls la veille - la suppression de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu. Sur les ondes, certains journalistes faisaient mine d'oublier que les Français payent tous déjà des impôts indirects ("Cette année, nous venons d'annoncer qu'il y allait avoir la suppression de la première tranche des impôts, aux bénéfices de 9 millions de contribuables.")

5. Jamais Hollande ne prononça l'expression qu'il fallait: nous attendions un aveu, une reconnaissance, qu'il y avait bien eut un tournant, un virage, un changement par rapport à son programme électoral de 2012. Combien de proches et d'électrices ou d'électeurs ont déserté les rangs de ses soutiens ? Pourtant, il n'entend pas, n'explique pas, n'assume pas. Manuel Valls, qui au moins défend la même ligne politique qui lui valut inimitiés durables et 5% des suffrages lors des primaires socialistes de 2011.

Loin de se justifier, Hollande s'excusa de ne pas aller aussi vite que Schröder en Allemagne: "Nous sommes forts mais nous ne pouvons pas faire mieux que les Allemands et deux fois plus vite." On se pince.

Tout juste reconnut-il que sa "majorité" pouvait ne pas être d'accord initialement avec le coup de barre à droite: "Ce choix n'est pas facile devant la majorité, qui aurait voulu qu'on distribue davantage."

Il s'abrite derrière un argument, certes fidèle à son programme initial, mais incomplet puisqu'il ne recoupe qu'une infime partie de l'actuelle politique: "J'ai fait le choix de maîtriser la dépense publique. Le niveau de dépenses de l'Etat est le même depuis trois ans, malgré l'inflation - faible, je le conçois."

Hollande n'est pas sûr pas de lui.  Sinon, pourquoi ne pas reconnaître le changement ?

Il n'ose assumer son virage. Il en appelle à l'opposition de droite: "Tous les concours sont les bienvenus, y compris les propositions de l'opposition. Je connais déjà les critiques, même si tout le monde se souvient que ceux qui les émettent ont gouverné pendant 10 ans."

Il espère un retournement de conjoncture. Il reconnaît simplement l'échec, pour le moment.

Allumez vos cierges. 

"Les résultats tardent à venir, je le sais, je le vois. Ils viendront. Ils viendront si nous nous mobilisons tous. Le gouvernement doit faire toute ce qu'il peut, je fais tout ce que je dois. J'ai conscience que cette ligne que j'ai fixée, que le cap que j'ai montré, nous permettra d'avoir des résultats."

25 juillet 2014

Crash au Mali: pourquoi Hollande intervient

Un avion d'Air Algérie s'est abîmé jeudi 24 juillet, 119 disparus dont 51 citoyens français. Le vol reliait Ouagadougou à Alger. Les autorités maliennes ont signifié avoir repéré une épave dans le Sahel. En France, François Hollande a annulé un voyage prévu à Mayotte et à la Réunion. Dans l'après midi, il s'exprimait publiquement devant quelques caméras.

C'est encore un drame aérien. Une séquence terrifiante qui frappe malheureusement régulièrement les airs, et des vies. Une semaine auparavant, le crash d'un vol de la Malaysian Airlines au-dessus de l'Ukhraine avait jeté le trouble: un vol civil, avec 298 personnes à bord, victime vraisemblable de la guerre civile qui s'est installée là-bas ces derniers mois.

Pourquoi notre Président a-t-il réagi ? 

Ces drames collectifs peuvent être des moments de solidarité, de recueil, de partage. Où l'on devine et partage la douleur. Où l'on oublie les désaccords, les rancoeurs et parfois les différences de couleur, d'opinions.
'Je pense aux familles dans l'angoisse, et je veux leur dire toute ma solidarité et celle de la nation. Nous leur donnerons toutes les informations dont nous disposons."
Le président de la République est l'une des rares personnes du pays à pouvoir incarner cela, rassembler dans une pensée et quelques phrases la solidarité, le recueil, le partage.

Ce n'est pas donné à tout le monde.

Ces moments de douleur nationale peuvent être ratés pour qui chercherait à les récupérer.La récup' ne se mesure pas à l'hommage, fut-il télévisuel, mais aux propos qui sont tenus. François Hollande est resté factuel et sensible.

Tous les drames ne se prêtent malheureusement pas à ces moments de solidarité. La raison en est simple, c'est l'indignation sélective. Le conflit israélo-palestinien en fournit une triste illustration.

L'intervention présidentielle a permis de calmer les ardeurs nécrophages des uns et des autres.

D'oublier tout cela quelques heures, seulement.

15 juillet 2014

14 juillet: Hollande, à droite de Chirac ?

La ressemblance physique est devenue frappante depuis qu'il a changé de lunettes. Hollande rejoint Chirac. Mais la comparaison ne s'arrête pas. L'attitude personnelle et l'action politique se complètent.
 Hollande réalise avec Valls ce que Chirac n'a pas su faire avec Sarkozy.

 

Terrifiant.

 

François Hollande s'est livré au traditionnel entretien télévisée du 14 juillet devant deux journalistes choisis, David Pujadas pour France 2, Gilles Bouleau pour TF1.


Chirac, Hollande
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande devait commenter les mêmes évènements au Proche Orient, à une décennie d'intervalle.
"Je suis tout à fait consterné par ce qui se passe actuellement au Proche-Orient." Chirac, 14 juillet 2006

"Israël a droit à sa sécurité et peut se défendre, mais Israël doit avoir de la retenue, de la réserve. Je ne veux pas dire qu'on est pro-palestinien ou pro-israélien, on est pour la paix." Hollande, 14 juillet 2014

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande ne fut pas interrogé sur la fracture sociale, la précarité, les pauvres et les modestes. D'ailleurs, il n'évoqua pas lui-même spontanément le sujet. Il préféra défendre son Pacte de Responsabilité, mais aussi la "modernisation" du code du travail.

Comme Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande a manqué de sincérité, il a joué à l'autruche, il a refusé de voir la réalité en face. Pujadas lui demande s'il ne s'est pas trop avancé un an avant en déclarant que la reprise était là, Hollande répond par une pirouette inacceptable: "La reprise est là, mais elle est trop fragile." Il suffisait de dire que non, la reprise n'était pas là. Que c'est encore la crise.

Le 14 juillet 2004, on entendait ceci dans la bouche de Chirac.
"Pendant deux ans, nous avons remis la France sur les rails en réhabilitant l'Etat (...), en engageant les réformes indispensables qui avaient été trop longtemps différées et en mettant en œuvre une politique de relance de la croissance pour le moment où elle viendrait."
Dix ans plus tard, jour pour jour, son successeur corrézien lui emboitait le pas, un pas plus libéral, comme un incroyable pied de nez à l'Histoire.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande était à l'Elysée parlant de la France comme s'il ne la gouvernait pas vraiment: sa saillie sur ces impôts, "sujet sensible", qui sont trop élevés, était assez exemplaire de cette distance.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande promit des baisses d'impôts que l'on n'avait pas demandées: ce sera dès 2014, mais aussi en 2015. Il prend le risque - il l'a déjà pris - de rendre complètement illisible la politique de redressement des comptes publics sur laquelle il a été pourtant élue. 
"Qu'est-ce qu'on fait de ces économies (budgétaires) ? ... Et bien... on fait en sorte de les investir dans les entreprises, pour qu'il y ait de l'emploi... et puis on fait en sorte que les Français payent moins d'impôts."
Aucun des deux journalistes n'a osé rappeler au Président la répartition des sommes entre ces deux catégories: deux tiers des 41 milliards d'euros d'économies seront des exonérations de charges sociales pour les entreprises... Un "investissement" comme l'appelle Hollande...

François Hollande sait rester aussi flou que Jacques Chirac: "il faut être prudent". Les chiffres ne sont pas calés. Le président stresse pour son déficit. Il ne s'engage sur aucun nombre de ménages à exonérer de l'impôt sur le revenu.

Sarkozy, Valls
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande a du justifier ses relations avec un encombrant ministre: Manuel Valls, ex-ministre de l'intérieur devenu chef du gouvernement en avril après une débâcle municipale incroyable, reprend le rôle, jusqu'au verbe, jadis tenu par Nicolas Sarkozy encombrant ministre de l'intérieur à qui son président refusa Matignon.
"Si j'ai choisi Manuel Valls, c'est parce qu'il met de l'efficacité, il met de l'organisation, et il met aussi de la rapidité."
A la différence de Chirac, Hollande suit de près son premier des ministres. Le 14 juillet 2004, Chirac déclarait à propos de Sarkozy "je décide, il exécute". Hollande préfère ne laisser aucun espace de "rupture" à Manuel Valls: "il n'y a rien qui peut nous séparer sur cet objectif (la réussite) et sur les moyens".

Comme hier Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande personnalise encore davantage son exercice du pouvoir. L'emploi répété du "je", les mains tranchant l'air, la posture toute entière sont tendus vers cet objectif, montrer qu'il est enfin monarque.

Jacques Chirac devait commenter ses propres ennuis avec la justice. François Hollande commente, peu, ceux de Sarkozy. Cela devait d'ailleurs réjouir son prédécesseur corrézien. Nicolas Sarkozy, l'ancien félon de la Chiraquie, est désormais rattrapé par ses propres affaires. "Je ne vais pas faire de commentaires. Je vais poser les principes : le premier, c'est l'indépendance de la justice." Et Hollande eut ce plaisir que Chirac n'eut pas, pouvoir commenter les affres judiciaires du rival agité: "laissons la justice faire son travail , et surtout, ne la soupçonnons jamais."

Comme Nicolas Sarkozy, François Hollande pense à 2017, mais ne l'évoque pas publiquement. Comment en serait-il autrement ? "Je ne me pose pas cette question". Il paraît que des réformes de gauche sont prévues pour la fin du quinquennat: redistribution et droit de vote des étrangers. On n'oserait croire qu'il ne garde cette dernière pour 2016 que pour mieux se garder Marine Le Pen au chaud du second tour.  

Vraiment ?




Hollande : avec Valls, "rien ne peut nous séparer" par 6MEDIAS

8 juillet 2014

Le Vrai Hollande

L'hebdomadaire Marianne s'est exercé à dresser le portrait de François Hollande. Le dossier faisait écho à un autre, il y a 7 ans, sur un ancien monarque qui s'apprêtait à le devenir, Nicolas Sarkozy. Sept ans plus tard, la démarche est la même: comprendre l'homme pour comprendre les actes.



La Vème République est un régime qui infantilise la démocratie. Nombre de pouvoirs institutionnels procèdent du président de la République. Nombre d'élus et de ministres ne jurent que par lui dans le moindre de leurs actes ou de leurs discours. La réalité des faits et du cours politique est pourtant bien différente. Qui peut croire aujourd'hui que Hollande, comme hier Sarkozy, a la totalité du cours du pays dans les mains ou sous contrôle ?
"Depuis son premier voyage à Berlin, impuissant face à face face à Angela Merkel, le chef de l'Etat a touché du doigt les limites de son pouvoir." Daniel Bernard, Marianne, 4 juillet 2014.

Bref, réduire le quinquennat à la personnalité du locataire élyséen est évidemment imparfait. Mais acceptons l'exercice. Il est toujours utile de comparer les hommes, même si ces portraits sont forcément subjectifs.

Le vrai Sarkozy était mal connu. La presse s'esbaudissait de ce nouveau Kennedy, si jeune et dynamique. Il fallait lire Politis, l'Huma ou ... Marianne pour comprendre que cet homme était plus dangereux qu'il n'y paraissait. Finalement, il se révéla plus agité que réformateur en matière économique et sociale: son immobilisme au pouvoir était inversement proportionnel

François Hollande est plus énigmatique.

Le dossier que lui consacre Marianne s'accompagne quelques témoignages divers et variés.

Le vrai Hollande est plus décevant, moins vantard, moins instable, moins orgueilleux, moins attiré par le fric, plus distant mais mois froid, tout autant nombriliste, tout aussi hargneux.

Sarkozy est capable du pire pour récompenser ses fidèles et ses amis, même les plus incompétents. Hollande est incapable de fidéliser ses amis, même les plus doués. Le premier a un clan, le second est finalement seul. "L'insensibilité hollandaise confine à la sainteté" note Marianne.

Hollande n'a pas l'émotion d'un Sarkozy, mais partagerait un manque de courage. Il n'a pas son agitation, mais une "intelligence encombrante".


 




3 juillet 2014

Juppé Président

Alain Juppé est désormais, et de loin, le candidat préféré des sondés pour porter les couleurs de la droite à la prochaine présidentielle de 2017. C'est la nouvelle provisoire, approximative, incertaine, car sondagière, qu'il fallait retenir pour qui veut croire que la politique française, même à droite, ne peut se réduire à la Sarko-berlusconisation que Nicolas Sarkozy veut nous imposer.


L'ancien premier ministre de Jacques Chirac, pourtant condamné dans l'autre siècle, exilé une année durant au Canada, mis en échec aux législatives de 2012 avant de revenir ministre puis figure de sage au sein de l'ancien parti unique de la droite, incarne aujourd'hui, pour 35% des sondés sus-nommés la meilleure candidature à droite pour 2017, contre 20% pour Nicolas Sarkozy.

Ce dernier s'est livré sur TF1 et Europe 1, dans un programme d'une vingtaine de minutes, enregistré par précaution pour éviter les risques et périls du direct, à une salve improbable contre l'acharnement judiciaire dont il serait victime. Les deux journalistes ont observé ce monologue d'une violence rare qui devrait faire la honte de ce pays. Pas une contradiction ne fut portée contre l'ancien monarque quand ce dernier, coupable d'avoir fait broyer les archives comptables de l'UMP quand il en était président, et fait disparaître certaines de l'Elysée, quand il accusa "monsieur Hollande", d'avoir laissé "ses collaborateurs" se livrer "à une exploitation éhontée de mes archives, en violation de toutes les règles républicaines, qui ont été consultées sans que l'on m'en demande l'autorisation, distribuées à toute personne qui les voulait."

Durant une décennie au moins, Nicolas Sarkozy a construit son ADN politique sur un message principal, la loi et l'ordre, furent-ils expéditifs, définitifs et sans appel, étaient sa priorité numéro un. Il fallait donc allonger les gardes à vue sans avocat, faciliter la sanction rapide, accélérer le cours de la justice, instaurer des peines planchers, rompre avec l'individualisation des peines et des jugements.

Parce qu'il se juge au-dessus des autres justiciables, Nicolas Sarkozy voudrait qu'on individualise justement son propre traitement judiciaire

Il n'a pas supporté ses 14 heures de garde à vue. Son propre avocat et les deux magistrats soupçonnés d'avoir participé à cette affaire de trafic d'influence qui fut découvert grâce aux écoutes téléphoniques du début de l'année, étaient pourtant depuis la veille dans les mêmes locaux de la police judiciaire pour les mêmes motifs. Sarkozy n'a pas supporté que les juges ne lui laissent pas une nuit de repos après cette longue interrogation, alors qu'il ne jurait que par les comparutions immédiates.Sarkozy n'a pas supporté les écoutes téléphoniques, pourtant légales, alors qu'il facilita par les lois Loppsi I puis II le recours à cet espionnage judiciaire pour toutes sortes de motifs bien au-delà des cas les plus graves de terrorisme: "Je ne demande aucun privilège."

Sarkozy ne demandait au contraire que des privilèges.
"Et si j'ai commis des fautes, j'en assumerai toutes les conséquences. Je ne suis pas un homme qui fuit ses responsabilités. Mais enfin, j'en appelle à la conscience de chacun, de chacun de nos compatriotes : est-il normal que je sois écouté dans mes conversations les plus intimes depuis le mois de septembre de l'année dernière ? "

Sarkozy ne défendait pas son droit à la présomption d'innocence. Il présumait les juges d'être coupables de revanche politique. 

Car ce mercredi 2 juillet, il n'avait rien à apporter comme preuve de son innocence - ce serait pour "plus tard", clama-t-il - sauf accuser l'une des juges de "complicité" syndicale avec le Syndicat de la Magistrature, classé à gauche, et une prétendue "'instrumentalisation politique d'une partie de la justice aujourd'hui." Il n'eut qu'une affirmation, invérifiable car Sarkozy violait ainsi le secret de sa propre instruction, quand il expliqua:
"Il existe une écoute ou je dis à Thierry Herzog, qui bizarrement n'est pas sortie dans la presse où je dis : “Non je ne ferai pas d'intervention.” M Azibert n'a rien obtenu. Où est la corruption ? Où est le trafic d'influence ? Ces motifs ont été retenu dans le seul objectif de m'humilier et de me diffamer"
Cette Sarko-berlusconisation des moeurs politiques est à peine surprenante. Prendre l'opinion à témoin, accuser la justice de partialité dont on pensait qu'il aurait du travailler à la rendre indépendante quand il était Président, réclamer un statut particulier, au-dessus des Français, sous prétexte de quelques victoires électorales passées, tout ceci est indigne de la République mais peut-être symptomatique de la période.

La droite se meurt sous nous yeux.

Peut-elle ressuciter ?

Il le faudrait.

Et vite.



EXCLUSIF - Interview de Nicolas Sarkozy sur... par Europe1fr

9 juin 2014

Comment Hollande a réussi son D-Day

N'en déplaisent aux critiques, François Hollande a réussi son D-Day vendredi dernier. Cela ne change pas sa politique nationale, n'améliore en rien la situation des Français, ne modifie pas le cap social-libéral mené tambour battant par l'équipe Valls.


Mais il a fallu attendre quelques heures pour réaliser l'évidence: Hollande a réussi son D-Day, vendredi dernier en Normandie, presque un tour de force diplomatique qui s'est conclu sur un discours simple mais complet.

Un bénéfice "politique
Vu la durée de l'évènement, certains "chroniqueurs politiques" ont crus utiles de pointer le futile: un smoking jugé trop grand, une blague devant la Reine Elizabeth II,
"Présidentiel", "diplomate", "facilitateur", les qualificatifs n'ont pas manqué, de gauche à droite, à propos de François Hollande. La politique étrangère se transforme rarement en popularité intérieure. Elle réjouit d'abord tout ce compte le pays d'éditocrates en mal de commentaires faciles. Mais l'on sait combien des mésaventures hors de nos frontières peuvent abîmer un monarque. Du Qatar à la Françafrique, de Damas à Karachi, Nicolas Sarkozy en sait quelque chose.


(au passage, notez la jolie faute d'orthographe sur les titres de cette video du Figaro.fr).

Le D-Day permet aux présidents russe et ukrainien de se parler.
Cette affaire a été concoctée par le président français, avec le soutien d'Angela Merkel - provoquer une rencontre faussement fortuite entre Vladimir Poutine et le nouveau président ukrainien, au château de Bénouville. C'est un vrai succès, l'une des surprises de cet évènement.


Première rencontre prometteuse entre présidents... par euronews-fr


Hollande n'oublie pas les victimes civiles des opérations du 6 juin 1944.
On se souvient d'autres discours. Pour le 65ème anniversaire du Débarquement, Sarkozy avait personnalisé son propos sur Barack Obama, dont l'un des grands-pères avait participé à Overlord. Hollande resta plus universel, mais aussi plus complet. Il a évoqué tous les protagonistes - Allemands, Russes, Américains, etc, et même les Normands. Les victimes civiles n'ont pas été oubliées, quelque 20.000 morts en Normandie entre le 6 juin et le 22 août 1944. Ce fut la première reconnaissance officielle.
"Je voulais que le rôle des normands fût reconnu. (...) Cette bataille fut aussi celles des civils". François Hollande.


D-Day: Hollande rend hommage aux 20... par SIPAMEDIA

Bref,


Crédit illustration: DoZone Parody

29 mai 2014

La droite désagrégée: Sarkozy est-il enfin enterré ?

Il n'a pas fallu attendre bien longtemps. Mardi 27 mai, Jean-François Copé a cédé à la pression. 

Il a démissionné de la présidence de l'UMP. 

Nicolas Sarkozy tente de contenir la propagation de l'incendie. 

Mais l'UMP se désagrège de l'intérieur. Et après ?


"Bon, ben voilà… Pour une fois que Jean-François Copé arrive à obtenir une démission, c’est la sienne!" Charline Vanhoenacker, France inter, 28 mai 2014.
L'affaire Bygmalion est une affaire simple à comprendre, terrifiante de bêtise, malhonnête à souhait. En février dernier, on apprend que Bygmalion facturerait trop cher des prestations à l'UMP. L'UMP est d'abord financée ... par de l'argent public. C'est donc bien d'un détournement d'argent public dont il s'agit. A qui profitait le délit ?

L'affaire a pris une nouvelle tournure avec les aveux, cette semaine, de l'un des nouveaux députés européens de l'UMP, Jérôme Lavrilleux, responsable auto-désigné de la chose: Bygmalion surfacturait des conférences parfois fantômes, sans rapport avec la campagne présidentielle de 2012, pour mieux sous-facturer des prestations électorales. Cela permettait à l'équipe du candidat Sarkozy de baisser le coût officielle de sa campagne. Soixante-dix conventions ont été organisés par l'UMP pendant la saison 2011/2012, pour environ 27 millions d'euros. En 2012, Bygmalion, via sa filiale Event, aurait été rémunérée pour 23 millions d'euros (en treize virements).

Rappelons que Nicolas Sarkozy a déjà été reconnu coupable de fraude aux règles de financement politique pour cette compétition de 2012. L'annulation de ses comptes de campagne en 2013 avait provoqué un "Sarko-thon" inédit à l'issue duquel quelque 11 millions d'euros avaient été généreusement collectés auprès de militants dévots.
"Bygmalion est prêt à l'assumer mais ne veut pas en porter la responsabilité. On parle de 'l'affaire Bygmalion', c'est plutôt l'affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy". Me Patrick Maisonneuve, avocat de Bygmalion.
Après l'aveu larmoyant de Jérôme Lavrillieux sur BFM TV lundi soir, Jean-François Copé a déboulé sur le plateau du JT de TF1 pour se justifier à son tour. Son ancien bras droit et ancien directeur adjoint de campagne de l'ancien Monarque plaidait sa culpabilité solitaire. Le futur ancien président de l'UMP et ancien candidat à la présidentielle de 2017 plaidait l'innocence absolue. Qui croire ?

Cette désagrégation accélérée du principal parti de la droite républicaine a quatre conséquences.

1. La disqualification politique de Nicolas Sarkozy n'est pas évidente.  L'homme, qui trépigne pourtant de rentrer à nouveau dans le jeu politique, restait tranquillement à l'abri cette semaine. Tous les pare-feux étaient là. Lavrilleux couvre Copé qui couvre Sarkozy; Devedjian, l'ancien fidèle pourtant maltraité en son temps, intervient dès lundi soir sur France 2 pour expliquer que Sarkozy "tel le général de Gaulle", ne s'occupait pas de "l'intendance"; Philippe Briand, ex-trésorier de campagne de Sarkozy, répète les éléments de langage calés au QG de Nicolas Sarkozy rue de Miromesnil: "Nicolas Sarkozy ne s'occupait pas de l'intendance". Et Brice Hortefeux, a rajouté que Sarkozy était "très mécontent de voir son nom associé à cette curieuse actualité." Curieuse actualité ? L'homme a de l'humour.

On aura beau répéter qu'un chef politique qui couvre autant de fraudes "à l'insu de son plein gré" témoigne d'un comportement au mieux douteux, au pire irresponsable, rien n'y fait. Sarkozy est à chaque fois lavé plus blanc que blanc par le sympathisant transi.

Jeudi, il était à Madrid pour jouer un chef d'Etat, rencontrant le premier ministre conservateur et même le roi Juan Carlos. 

2. L'affaire Bygmalion ferme peut-être une guerre des droites. On est loin des années 1994-1995 où Balladuriens et Chiraquiens déballaient aux journalistes leurs sales affaires réciproques: frais de bouche et emplois fictifs à la Mairie de Paris, rétrocessions et commissions du Parti Républicain, etc. Même la lutte fratricide Villepin/Sarkozy des années 2000 semble effacée. En cause, l'ombre de Marine Le Pen. Le Front national a atteint un tel niveau que les ténors de l'UMP ont la trouille de trop déballer. Ajoutez-y la résurgence encore fragile d'un centre droit autonome autour de l'UDI et du Modem, et vous aurez compris que l'UMP peut disparaître ou, a minima, perdre sa première place à droite.

3. La droite républicaine, comme sa gauche la plus proche, n'a plus de leader évident. Copé est sorti du jeu. Il avait pourtant beaucoup bossé pour cette présidentielle de 2017. Mais tout le dispositif s'est brutalement effondré. Même Patrick de Carolis, ex-président de France Télévisions qui recruta le fondateur de Bygmalion, à FTV, Bastien Millot, a été mis en examen en avril dernier. Mercredi, Mediapart ajoutait une autre pièce au dossier Copé: "une association liée à l’UMP, présidée par une fidèle de Jean-François Copé et perquisitionnée lundi, a vendu des formations d’élus en partie fantômes aux collectivités locales". Sarkozy est peut-être populaire dans les sondages, il aura une primaire interne à gérer. Juppé, Fillon et les autres fourbissent leurs armes, mais tout reste à faire.

4. Le plus effarant de la période est la paresse politique  qui a envahi la droite: certes, la triangulation à l'oeuvre par François Hollande (qui ne rapporte politiquement pourtant rien à ce dernier, bien au contraire) a de quoi déstabiliser le camp UMP/UDI. Mais plutôt que de faire ressortir les éventuelles vraies oppositions (sur la répartition des impôts, la régulation des entreprises, le rapport à l'Europe, le traité transatlantique), l'UMP se limite à des incantations caricaturales et grossières, figées sur quelques mots clés censés réveiller l'opinion en sa faveur ("impôts", "classes moyennes", "immigration", etc). Pourtant, le débat politique se trouverait enrichi d'être enfin mature et précis. Des clivages se trouvent facilement, inévitablement, dès que l'on pousse l'analyse au niveau fin nécessaire. Prenez le Traité Transatlantique en cours de négociation entre l'Europe et les Etats-Unis: on ne peut se limiter à couiner contre ou crier pour le développement du libre-échange. Il fallait détailler, comme l'ont fait EELV et le Front de gauche, ce projet d'article qui donnerait aux entreprises la faculté de contester en justice des réglementations nationales.

Au lieu de quoi, la direction de l'UMP a préféré rester sur le terrain le plus paresseux qui soit, tout en courant régulièrement derrière les éructations identitaires du Front national.



7 mai 2014

Hollande re-présidentialise pour son An 3

Pour marquer le passage à son An Trois, François Hollande a beaucoup donné. Une longue confidence  à quelques heures de sa seconde bougie élyséenne au Journal du Dimanche ce 4 mai, puis une interview décidée le dimanche soir pour le mardi matin sur RMC-BFM devant Jean-Jacques Bourdin, et un déplacement en banlieue.

La forme était réussie, le fond inchangé. Attaqué de toutes parts, Hollande joue sa carte personnelle jusqu'à la caricature du régime présidentiel.

Au JDD, il promet le passage prochain à une seconde étape du quinquennat, davantage tournée vers le pouvoir d'achat, rendu possible par un "redressement économique" bientôt réussi.

L'hypothèse d'un quinquennat en deux temps n'est pas nouvelle. A l'automne 2012, certains, tel le sociologue Emmanuel Todd, applaudissaient à l'idée d'un "mitterrandisme à l'envers": une politique d'abord conventionnelle en début de quinquennat - rendue nécessaire par les circonstances et possible par l'absence de promesses démesurées - avant un tournant radical - contraint ou volontaire en faveur du pouvoir d'achat et de la justice sociale. Ces optimistes ont été épuisés ou découragés par le systématisme hollandais dans la politique de l'offre

Car la politique économique et sociale du gouvernement Hollande n'a cessé de se déséquilibrer, aux détriments d'un interventionnisme même modeste (personne n'a cru Hollande révolutionnaire) et (2) d'une inflexion politique sociale réelle rendue nécessaire par les désastres de la décennie précédente. Il n'en fut rien. En lieu et place de tout cela, Hollande argumente qu'il "protège" l'essentiel en essayant de "réformer", c'est-à-dire libéraliser plus fortement qu'une droite colbertiste, outrancière et apeurée. Le socialisme de l'offre réduit la contribution sociale des employeurs avec les mêmes arguments d'une droite néo-libérale au pouvoir.

Mardi matin, pour répondre aux attaques, Hollande face à Bourdin a martelé trois arguments.

Primo, seule compte la lutte contre le chômage au point qu'il a répété qu'il ne se représentera pas s'il échoue ("Ce n'est pas mon élection ou ma réélection qui me préoccupe, c'est l'avenir de la France."). On notera le courage et l'habileté. Le courage, car le prétendu bravache Nicolas Sarkozy n'avait jamais osé sortir ce chantage aussi clairement. L'habileté car c'est une façon de rassembler son camp auprès de lui. Le Parti socialiste, qui n'existe que pour grâce à son efficacité institutionnelle a horreur du vide de candidatures.

Secundo, il défend qu'il a découvert mal communiqué en mai 2012 sur l'ampleur de la dégradation de la compétitivité du pays. Ce qui a posteriori justifie son tropisme en faveur de la baisse du coût du travail qui a "heurté" ses "amis politiques." Cette course à la baisse des salaires avec, au choix, le tiers monde, les pays émergents ou les plus "compétitifs" du Grand Marché à 28 a quelque chose de politiquement désespérant, de psychologiquement dégradant.

"Je n’ai pas suffisamment souligné la dégradation de compétitivité française. Le rapport Gallois a très bien situé le mal français. Je n’ai alors pas tergiversé." François Hollande, 6 mai 2014

Tertio, il plaide le droit à l'action au long cours. Il a raison, un quinquennat se juge sur 5 ans. L'argument a été répété sous toutes ses formes et toutes les ondes pendant cette journée anniversaire du 6 mai. Pourtant, il a oublié l'essentiel, et ce n'est pas qu'une question de perception: cette politique obsessionnelle de l'offre à l'oeuvre au sommet de l'Etat et à Matignon n'a rien lancé de structurel pour réduire les inégalités du pays, lutter contre la précarité grandissante. Qu'attendre donc en fin de quinquennat ? Les défenseurs du plan pauvreté lancé il y a un peine un an ont du quémander une exemption à "l'effort" austéritaire pour sauver la revalorisation du RSA annoncée en 2013 par Ayrault. Nous parlons du RSA, 460 euros par mois pour une personne seule. Nous pourrions multiplier les exemples.

Hollande a poursuivi sa journée de communication par un tour en banlieue, Villiers-le-Bel, celle d'où les émeutes de 2007 sont parties après la mort de Moushin et Laramy.

C'était un signe, un pied de nez, un clin d'oeil à l'ancien Monarque dont certains réclament à droite le retour comme un sauveur présidentiel. Jamais Nicolas Sarkozy n'avait eu les couilles de se rendre dans une telle banlieue pendant son quinquennat.

Pour le reste, il fallait se limiter à faire le bilan provisoire, détaillé et évolutif de ce quinquennat.

24 avril 2014

Après l'affaire Morelle

 

De cette affaire, on retiendra quelques conclusions, à froid.


1. Il est à peu près certain que d'autres cas similaires surgiront. Pas nécessairement à l'Elysée,  ou dans l'environnement si proche de François Hollande, mais ailleurs. Le spectre de jeu est trop large, tout comme l'envie de transparence et aussi de traque médiatique.

2. Tout se dépose avec la même intensité, il n'y a plus de tri entre les affaires et l'importance qu'on leur donne: les morts de Karachi et la consultation de Morelle pour un labo, les milliards d'euros d'équipements de surveillance vendus à Kadhafi par Sarkozy et le compte en Suisse de Cahuzac. La justice est habituellement une affaire de mesure en proportion de l'objet du délit. Dans le cas présent, on en doute à la lecture de certaines réactions sur les réseaux sociaux.

3. Cette affaire rappelle aussi qu'on mélange toujours nos gouvernants et la politique qu'ils mènent. Il ne s'agit plus seulement d'espérer que nos responsables soient des modèles. On s'imagine qu'une belle politique de gauche (pour rester dans les raccourcis politiques que certains maîtrisent encore) n'est possible qu'avec de purs honnêtes hommes, des vrais super-héros de l'action publique et de la vie quotidienne.
On se venge d'une politique de droite quand sont détectés des comportements jugés non conformes, avec une rage redoublée.   

4. La question du conflit d'intérêt n'est devenue que récemment un sujet de débat politique. La confusion privé/public ou le pantouflage public/privé existent en France depuis des lustres que les réglementations successives peinent à corriger même si des progrès sont établis. Il était évident que Morelle devait démissionner aussitôt que le conflit d'intérêt fut démontré.

5. Il y a dans l'affaire Morelle autre chose que cette seule histoire de conflit d'intérêt. L'application avec laquelle les goûts du conseiller présidentiel ont été décrits puis fustigés ne saurait surprendre (notez comment le journaliste rapporte qu'on surnommait Morelle "le petit marquis", l'un des ragots du coin élyséen).

En Sarkofrance, on moquait les pratiques bling bling de Sarkozy et ses proches qui d'ailleurs ne s'en offusquaient pas. Dans le cas de Morelle, la situation est de même nature, mais en pire. On ressort l'argument traditionnel que la richesse - ou, pire, les pratiques luxueuses - disqualifie de toute "gauchitude". Morelle, pourtant d'extraction modeste, ne saurait être totalement "de gauche" vu ce qu'il est.

Cette interprétation totalitaire du monde est tout simplement terrifiante.


26 mars 2014

Municipales: après la raclée, la gueule de bois

Le président français a interrompu un G7 à La Haye, soit-disant à cause du résultat calamiteux des candidats socialistes au premier tour des élections municipales dimanche dernier. C'est la panique. 

Enfin ?


1. La pression est montée d'un cran sur Jean-Marc Ayrault. Un premier sondage, qui en appellera d'autres, proclame les souhaits de la population échantillonnée. Le remaniement, souhaité ou craint, reste un levier dérisoire de l'action institutionnelle disponible. Lundi à midi, quelques ténors étaient avec Ayrault pour déjeuner. Et il paraît qu'ils ont "atterris", qu'ils sont sortis du "déni".

Mardi dans l'après-midi, les chefs de cabinets de quelques ministères auraient été appelés à faire leur bagage. Quelques ministres s'en sortent un peu mieux. Le premier sondage d'après la raclée municipale est sorti dès ce lundi 24 mars, quelques heures après le scrutin. Que retenait-on, à plus ou moins 2,5 point de marge d'erreur ? 79% des sondés veulent se débarrasser du gouvernement actuel.

Mais quelques ministres s'en sortent mieux que d'autres: Manuel Valls chute mais demeure largement en tête, second derrière Juppé. La pugnacité de Najat Vallaud-Belkacem paye. Elle gagne 5 point, et même 12 parmi les sympathisants de gauche.

2. La pression est sur Hollande que d'aucuns jugent désormais responsable de tout. Il faudrait oublier l'atonie de l'opposition de gauche (inversement proportionnelle à la virulence verbale de ses leaders), l'éparpillement des suffrages, et l'abandon abstentionniste. Le Figaro, mardi, avait même trouvé un anonyme "poids lourd PS" qui déclare: "Il est coincé. S'il en fait trop, il est sanctionné par les électeurs. S'il n'en fait pas assez, il est sanctionné par Bruxelles et les marchés."

Hollande devrait donc faire un ménage.

Vraiment ? 

3. Hollande a quitté "précipitamment" la réunion du G7 qui rassemblait les grands de ce monde sauf la Russie, punie d'avoir annexée l'Ukraine la semaine dernière. Au menu de son agenda allégé, des "réunions de travail". Son agenda officiel était vide. Lundi, Ayrault a expliqué à quelques responsables socialistes qu'il avait entendu "le message des Français qui réclament davantage de justice sociale".

Faut-il attendre un changement, une inflexion ? Non. Le Pacte d'(Ir)responsabilité sera présenté en avril. Quelques éditocrates finissent par s'inquiéter qu'un nouveau premier ministre ne soit pas à même de vendre cette affaire.

François Hollande est rentré un peu plus tôt parce qu'il avait un président chinois à accueillir. Le patron de la plus grande dictature du globe est en France, à Lyon, pour 3 jours. Il n'y avait pas de supporteurs socialistes agitant des drapeaux dans les rues, comme lorsque Nicolas Sarkozy recevait le même dictateur en France il y a quelques années. Mais l'accueil sera "exceptionnel".

Real-politik, quand tu nous tiens, tu nous fait honte.

4. Pour une fois, la première sans doute depuis que Hollande encaisse seul, avec Ayrault, le choc d'impopularité (août 2012), nombre d'élus socialistes sont (enfin) paniqués. Le Monde, sous la plume de , commente: "une forme de panique politique a saisi les socialistes, à tous les étages du pouvoir". Ils ont la trouille. Solidariser les élus socialistes, petits ou grands barons, sur le sort de l'équipe qui gouverne est peut-être la meilleure conséquence à attendre de la suite de ce scrutin détestable. La défaite était attendue. Mais "la surprise, c'est l'ampleur" (un conseiller).
"Un peu partout en France, la jeunesse nous a manqué ; les couches populaires se sont détournées ; les classes moyennes nous ont évités ; les banlieues et les campagnes se sont terrées. Il faut savoir entendre les silences."
Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale
6. La victoire médiatique du Front national provoque quelques errements. L'un des combles du ridicule fut atteint et dépassé par le directeur du Festival d'Avignon, terrifié à l'idée que sa ville passe au Front. Courageux, l'homme annonça dès lundi que "son" Festival quitterait la ville si le FN s'emparait de la mairie. Quel courage!

Plus loin, au sein de l'opposition de gauche, on se félicite d'une victoire, on clame que le FN n'a pas gagné, que c'est le réveil de la vraie gauche. La défaite de dimanche n'est pas la victoire de la gauche. Vu de droite, c'est évident. Vu de France, aussi. Additionnez tous les scores que vous souhaitez, la gauche sort perdante.

Au final, toutes composantes confondues, dans son acceptation la plus large, sans faire de tri aucun, les listes de gauche ont rassemblé 37,74% des suffrages. Et l'abstention, qu'on pense importante parmi l'électorat de gauche, a atteint 38,6%.

Qui ose donc crier victoire ?









13 février 2014

Hollande nous prend-t-il pour des pigeons californiens ? #PRUSA

C'était une belle histoire, un "story-telling" comme on les affectionne dans notre univers médiatique. Elle n'émanait toujours pas de l'Elysée, mais était forcée dans le débat public par quelques chroniqueurs économistes qui cherchaient le bon mot.

Cherchez les pigeons
François Hollande, en visite de 3 jours Outre-Atlantique, faisait escale dans la Silicon Valley, face aux Pigeons, ces entrepreneurs français souvent issues des nouvelles technologies qui s'étaient "face-book"-ligués fin 2012 contre une revalorisation des prélèvements sur plus-values de cession d'actions dans la première loi de finances du quinquennat Hollande. Dans notre presse nationale, on célèbre donc l'internet français (lire "20 ans, 20 succès" chez les Echos). On recueille des témoignages d'exilés français qui demandent qu'"on les aime", comme ce Carlos Diaz, dont on oublie un peu vite qu'il a travaillé sur la campagne internet du candidat Nicolas Sarkozy en 2012.

La veille, nos journalistes accrédités de métropole sont collectivement tombés dans le ridicule le plus effroyable en multipliant les "Selfies" - ces autoportraits numériques mal cadrés que l'on prend avec son smartphone- dans le bureau du président américain. François Hollande était reçu en grandes pompes par Barack Obama. Il avait apporté comme cadeau à son hôte américain... une "table en bois de chêne datant d’un arbre du Mount Vermont", un présent tout ce qu'il y a de plus 2.0.

Afficher l'entente la plus cordiale quand on rencontre le président de l'ex-première puissance mondiale est une nécessité diplomatique. Imaginez l'inverse et les commentaires effrayés ou railleurs qui nous aurions. Nicolas Sarkozy, en son temps, s'était usé en jalousie déplacée face à Obama (Rappelez-vous son "On a hâte qu'il se mette au travail et qu'on change le monde avec lui" de janvier 2009). Avec Hollande, tout semble plus normal. Finalement, politiquement aussi, les deux sont très proches.

Le "dîner d'Etat", mardi soir chez le couple Obama, comptait du beau monde. Smokings, noeuds papillon et coupes de champagne dressées, 300 personnes sous une tente chauffée dans les jardins de la Maison Blanche. On y croisait stars, vedettes, patrons et journalistes.
On n'ose imaginer combien d'autographes nos apprentis accrédités français ont tenté d'obtenir pour leur propre collection personnelle ou leur progéniture. La soirée fut "endiablée", "hype", "surréaliste", "géniale".
"Vous aimez la France, vous ne le dites pas toujours parce que vous êtes timides, les Américains, vous vous retenez ." François Hollande
A Washington, il faisait si froid que deux militaires américains, de faction devant le passage des deux présidents, ont été pris d'un malaise.  Mais entre les deux présidents, tout allait pour le mieux.

Gattaz, l'outrance et la franchise
En France, le climat était plus doux, mais le malaise tout aussi profond. Il y eut d'abord cette sortie publique de Pierre Gattaz, le patron du MEDEF. Le gars s'en veut toujours d'avoir porté un pin's "1 Million d'emploi" dans les couloirs de l'Elysée et de Matignon il y a quelques semaines. Depuis, il ne cesse de clamer combien les entreprises qu'il représente, surtout les grandes, ne sauraient prendre de quelconques engagements d'embauches en contreparties des allègements de cotisations qu'Hollande leur a généreusement promises lors de sa conférence de presse du 14 janvier.

Gattaz dit tout haut ce que tous ses confrères pensent... tout haut. Membre de la délégation officielle pour la visite d'État à Washington et à San Francisco, il ne s'est pas gêné, à propos du Pacte de Responsabilité: "Je suis extrêmement libre. Il n'y a pas de contreparties." Mercredi matin à Paris, dans les studios radiophoniques flambants neuf de France Info, Michel Sapin bafouillait son énervement: "il y a des couacs de ministres, il y a aussi des couacs de président de MEDEF". On est bien avancé. 

Le Pacte de responsabilité ressemble furieusement à une négociation perdue d'avance.

Mais ce n'était pas tout.

Libre-échangistes
Se déroulent en coulisses d'effroyables tractations commerciales. Un nouveau round de négociations pour un accord transatlantique a débuté l'an dernier. La France est défendue, comme d'autres par les délégués européens. Elle a gagné, au printemps 2013, l'exemption des services culturels de ce futur marchandage... au grand dam de José-Manuel Barroso qui s'en est publiquement plaint par la suite.

A Bruxelles, on nous promet que ce futur Traité Europe/USA sera profitable à tous: le vaste "marché transatlantique libre d’entraves" "permettrait d’accélérer la croissance (+0,4% côté US, +0,5% pour l’Europe) et de créer 2 millions d’emplois."Obama viendra à Bruxelles en mars prochain. De ces tractations, on ne sait pas grand chose. Tout est encore secret, car jugé trop "technique" ou "complexe". On sait ce que les Américains nous reprochent. En résumé, tout ce que l'Europe compte de protections pour motifs socio-sanitaires, environnementaux ou culturels. Attac le dit avec ses mots: "Il vise en effet le démantèlement ou l’affaiblissement de toutes les normes qui limitent les profits des entreprises, qu’elles soient européennes ou états-uniennes et inscrit le droit des multinationales au dessus de celui des Etats."

Pour l'heure, François Hollande, tout sourire, a livré cette curieuse conclusion sur ces négociations: il faudrait les accélérer, pour les conclure sans attendre la fin du mandat de la Commission Barroso, en octobre prochain.

"Dès lors que les principes sont fixés, que les mandats sont donnés, que les intérêts sont connus, aller vite n'est pas un problème, c'est une solution." Et d'ajouter: "Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu'il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations. Donc, si nous sommes de bonne foi, si nous sommes respectueux des positions des uns et des autres, si nous sommes attachés (...) à la croissance, nous pouvons aller vite."

Accélérer le libre-échange ? On n'imaginait pas Hollande fermer les portes du commerce. On a trop longtemps critiqué, dans ces colonnes ou ailleurs, le gouffre de notre déficit commercial pour réclamer du protectionnisme. Mais le sujet n'est pas là. On attendait d'Hollande un mot, une attention, un message contre l'opacité de ces tractations commerciales. Imaginez qu'il se saisisse de l'occasion pour annoncer un vrai débat public sur quelques grands sujets de ce Traité. Imaginez...

Le président français rata cette occasion.

Bref, en quelques heures outre-atlantique, Hollande a certes confirmé sa stature internationale. Un patron de trop a encore sabré son propre Pacte de responsabilité. Et notre président a complété son discours de l'offre d'un vil volet sur le libre-échange...

Quel voyage.