Affichage des articles dont le libellé est UMP. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est UMP. Afficher tous les articles

4 mars 2015

Sarkozy pas content.

Que ce crépuscule est long et lent.

Il n'est même pas certain que Nicolas Sarkozy ait réellement pris la mesure de la giscardisation qu'il subit. Systématiquement rattrapé par son bilan, incapable de mesurer combien son propre comportement est inadéquat quand il va prendre quelques billets chez des émirats pour des micro-conférences, mal à l'aise dans le rôle du fédérateur d'une UMP fractionnée alors que son action ne valait que dans l'autoritarisme personnel, Nicolas Sarkozy souffre et le montre.

Mais a-t-il compris ?

Ces derniers jours, il fit la une d'un hebdo "people" avec Carla Bruni - on nous promettait qu'il allait se venger de ses ennemis de l'intérieur. Dans les colonnes du Figaro, il tente de vendre l'idée d'une politique alternative alors que ses propres députés applaudissaient (timidement) la loi Macron.

Sarkozy est pris d'effroi à l'idée que le FN le siphonne de l'intérieur. "Voter pour le FN au premier tour, c'est faire gagner la gauche au second" clame-t-il. Mais qui l'écoute ?
«Il nous faudra engager ni plus ni moins une révolution des esprits, débarrassée de tous les dogmes, afin de mettre l'entreprise, quelle que soit sa taille et dans toutes ses dimensions, au centre de toutes les décisions économiques du gouvernement»

Il a raison sur un point. Une "révolution des esprits" a eu lieu, paisiblement. Nicolas Sarkozy n'est plus l'objet de fascination médiatique ni l'idole d'une droite décomplexée. Il doute et fait douter.

La décennie 2002-2012 semble close.

Enfin.


1 décembre 2014

Ce que veut dire le retour de Sarkozy pour Hollande

 

L'élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP est une bonne et une mauvaise nouvelle pour François Hollande. Une bonne, car Sarkozy revient usé. Une mauvaise, car ce retour sonne l'échec d'un homme qui n'a pas réussi à invalider le retour de l'ancien président des riches.

Dimanche soir, après quelques minutes consacrées aux intempéries qui frappent le Sud du pays, Nicolas Sarkozy apparaît sur les écrans de TF1, chemise blanche mais costume noir, le visage sombre mais le ton calme.

Sa première phrase est pour récupérer l'actualité à son profit. Les ravages des crues du Sud Est s'expliqueraient par le trop plein de "règlementations" et l'activisme des "associations" qui empêchent tout projet. Il ne termine pas son propos improbable. Il prône le rassemblement maintenant qu'il a gagné; Il veut changer le nom de l'UMP, et même constituer un "comité des anciens premiers ministres" de sa famille politique. Il fait mine d'oublier que Juppé a été sifflé lors de l'un de ses meetings quand Claire Chazal le lui rappelle;

"Je comprends cette question" répond-t-il quand Claire Chazal l'interroge sur l'affaire Bygmalion et les finances de l'UMP. Sera-t-il candidat à l'autre présidentielle, la vraie, celle de 2017 ? Trop tôt pour l'avouer. Sarkozy botte en touche après sa récente élection: "En tout cas, c'est un nouveau départ."

"Primaires, il y aura" promet-il. Pour 2017, "qu'est ce qui se prépare ? Le succès du collectif."
A l'égard de l'UDi et du MODEM, il lance un avertissement. Il réclame une clarification, il fustige le Modem "qui a fait élire le candidat de la gauche". 

"Ils sont centristes, je ne le suis pas."

Nous le savions.



La bonne nouvelle ?
Sarkozy est resté la caricature politique qui lui valut d'être déchu de son fauteuil présidentiel en mai 2012. Il n'a peut-être pas digéré ce licenciement expéditif, et son remplacement par celui que Laurent Gerra, l'idole des auditeurs de RTL et, accessoirement, sarkozyste revendiqué, qualifie de Pignouf 1er.

Mais Sarkozy n'a pourtant rien changé ni adapté dans son propre discours politique depuis sa rentrée précipitée en septembre 2014. Il revient avec les mêmes travers personnels - un talent pour le mensonge en public ("plus c'est gros, plus ça passe"), des casseroles judiciaires en grand nombre, et un goût pour l'argent qu'il n'exhibe plus au Fouquet's mais dans des conférences rémunérées qui lui ont rapporté quelque 2 millions d'euros auprès d'institutions financières.

Pour François Hollande, revoir l'ancien défait avec ces mêmes défauts qui ont valu sa perte plutôt qu'un nouveau candidat à droite, est assurément une bonne nouvelle. Second avantage à ce retour qui n'est pas triomphal de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP, il va y avoir du sport à droite: les appétits sont féroces, les rivaux plus solides qu'en 2007. Alain Juppé, dont la cote de popularité s'est envolée depuis que Nicolas Sarkozy est sorti de la retraite hypocrite, n'a pas l'intention d'abandonner; François Fillon, cramé par les révélations de ses intrigues pour saboter le retour de son ancien patron, ne cherche qu'à se venger. Bruno Le Maire, qui a frôlé le tiers des suffrages dans cette présidentielle interne, entend défendre sa place. Bref, Sarkozy domine l'UMP, mais les adversaires sont nombreux et encore vifs.

Enfin, certains dans l'entourage de François Hollande espèrent que le retour de Sarkozy s'accompagnera du même anti-sarkozysme que celui qui a porté Hollande au pouvoir en mai 2012. 
"Cette élection a une apparence : Nicolas Sarkozy mal élu. Mais elle a aussi une réalité : la division sur fond de radicalisation thatchérienne. C’est évidemment une mauvaise nouvelle pour la France. Mais c’est une bonne nouvelle pour la gauche parce que le temps du' tous contre le PS' s’achève."
Jean-Christophe Cambadélis, 30 novembre 2014.

La mauvaise nouvelle !
Passons sur l'aveuglement de quelques hiérarques socialistes. Ils misent sur le réflexe du vote utile. Le plus grave est ailleurs. Le retour de Sarkozy à la tête de l'UMP est aussi une mauvaise nouvelle pour Hollande à plus d'un titre.

On risque de mesurer combien certains ministres de Hollande et le président lui-même ont "normalisé" ce qu'on qualifiait d'outrances conservatrices ou libérales quand l'ancien monarque était à l'Elysée: la politique de l'offre, le maintien des lois sécuritaires de l'ancien régime, ou le psy-show sur l'islam se sont invités dans le discours et la pratique hollandaise au point que sa cote de popularité auprès de son électorat de gauche s'est évaporé en temps record. Sarkozy fut rapidement détesté pour ce qu'il disait et ce qu'il était. Hollande a été rapidement déçu pour ce qu'il a fait, ou pas fait.

Président des Riches contre président des patrons ?... Quel match !

On a largement commenté les rapprochements évidents entre les arguments sarkozystes et ceux de certains membres de l'actuel gouvernement. Désormais, tous les soirs, chaque jour, Nicolas Sarkozy se servira de sa nouvelle tribune de chef du premier parti d'opposition pour tonner combien Hollande est inefficace à conduire une véritable politique thatchérienne.

Tous les soirs, et chaque matin, les Français pourront comparer entre la copie et l'original.

La récente polémique sur les 35 heures est un bel exemple de cette "normalisation". Emmanuel Macron, ministre de l'économie, n'a cessé depuis sa nomination de rappeler combien il voulait réformer les 35 heures. Ses arguments sont en tous points, et quasiment mot pour mot, les mêmes que ceux que Nicolas Sarkozy ne cessait de présenter contre le régime installé par Martine Aubry dans le gouvernement Jospin entre 1997 et 2002: il y aurait un plafond en France qui interdirait aux braves gens travailler davantage que ces fatidiques 35 heures.  En fait, ni Sarkozy hier, ni Macron aujourd'hui n'osent dire clairement de quoi il en retourne: les 35 heures les gênent non pas parce qu'elles seraient un plafond (qui n'existe pas), mais parce qu'elles sont un seuil de déclenchement de la rémunération des heures supplémentaires.

Aujourd'hui, Sarkozy propose d'assouplir encore le régime, en suggérant que "les entreprises qui voudraient sortir des 35 h par une négociation interne à l'entreprise puissent le faire". Quant à Emmanuel Macron, le voici qui déclarait en août dernier sur les 35 heures: "il faut les faire respirer, vers plus de souplesse".





"Qui serions-nous pour refuser à quelqu'un qui le souhaite de travailler plus que 35 heures par semaine ?" Emmanuel Macron.


29 novembre 2014

Sarkozy rate son triomphe à l'UMP

Ce devait être un triomphe, le retour du Napoléon prodige qui venait sauver l'UMP, la droite et bien sûr la France. Alain Juppé comme François Fillon s'étaient écartés. Jean-François Copé avait été écarté. Sarkozy contre Le Maire et Mariton ? Le match ne devait pas avoir lieu, et pourtant.

Nicolas Sarkozy raté sa campagne, et donc son triomphe.



L'ancien monarque n'a obtenu qu'un peu moins des deux tiers des suffrages des militants de l'UMP.  Bruno Le Maire remporte la seconde place avec près de 30% des voix. Hervé Mariton est bon dernier avec 6,3%.

On est aussi surpris par l'ampleur de l'abstention: à 19h30, c'est-à-dire une demi-heure avant la clôture du scrutin, le taux de participation n'était que de 57%, soit 154 014 votants.

Un signe de découragement ? 






26 novembre 2014

Les 30 millions d'euros de Marine Le Pen

 

Marine Le Pen a des frais. Son parti national a le vent (sondagier) en poupe, de plus en plus d'élus, mais ce n'est pas assez. Le Front national a de grandes ambitions, gouverner la France, un jour, bientôt. Le voici qui procède à un emprunt russe, au moment même où certains oligarques ou proches de Vladimir russes font l'objet de rétorsions occidentales à cause de la situation ukrainienne.


Le Front national se dit national et Marine Le Pen, mais les deux sont allés chercher des fonds à l'étranger, en Russie. D'après Mediapart, ils ont obtenu, en septembre, "un prêt de 9 millions d’euros de la First Czech Russian Bank (FCRB)". Les fonds, ajoute le site d'information dans un article publié le 21 novembre 2014, ont "déjà été partiellement versés au parti à hauteur de 2 millions d’euros." Cette information a été confirmée par le trésorier du parti.

On s'interroge.  

1. Aucune banque française ne pouvait-elle assurer pareil prêt ? Le FN a-t-il essuyé tant d'échecs qu'il a du se rabattre sur cet emprunt russe pour le moins exotique ? C'est la thèse officielle du Front national. Marine Le Pen justifie aussi des frais à venir, et annonce des montants astronomiques: "Avec les départementales dans quatre mois, il y a urgence ! En tout, avec les régionales, c’est 30 millions. Nous disposons de 5 millions d’euros de subventions par an. Nous n’avons plus de biens immeubles. On est obligés de souscrire des prêts, dans des établissements français ou étrangers". 

Marine Le Pen cherche 30 millions d'euros, davantage que pour une campagne présidentielle, rien que cela.

2. Dimanche, deux jours après les révélations, Marine Le Pen a cru bon lancer une diversion. Ce fut un grand appel à une large alliance souverainiste voire même, surtout, un changement de nom  le cas échéant.
"Si un jour, il s'avère que nous arrivons à constituer avec d'autres partis politiques (...), on ne sait pas ça peut arriver, demain on peut décider de faire une grande alliance patriote parce que la situation de la France a continué à se dégrader."
Et la présidente du FN d'ajouter pour "prouver" qu'une stratégie d'alliances est possible, combien étaient nombreux les partis compatibles: "Il y avait le parti de M. Chevènement, il y avait le parti de M. Dupont-Aignan, il y a le parti de M. De Villiers, il y a des partis patriotes en France, et il pourrait être décidé demain que l'ensemble de ces partis se mettent ensemble pour pouvoir défendre la souveraineté de la nation et assurer sa sécurité et sa prospérité"."

3. Les réseaux russes de Marine Le Pen sont réels et anciens. En février 2014, Mediapart détaille les quelques contacts clés qui rapprochent Le Pen de Poutine. C'est glauque, à peine surprenant, et pas très "national". En septembre dernier, Marine Le Pen se félicitait du "modèle économique patriotique" de Vladimir Poutine.
  4. Marine Le Pen a son propre micro-parti personnel. Cette technique n'a aucun intérêt politique. Il n'est que financier. Cela permet de contourner les plafonds légaux de financement des partis politiques (pas plus de 7.500 euros par personne et par an), mais aussi de se constituer une cagnotte personnelle. Lundi soir, dans un documentaire d'investigation diffusé par Canal+, on pouvait voir une photo montrant le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen faisant un salut fasciste.

Rien que cela.







17 novembre 2014

Pourquoi Juppé va perdre



En peu de temps, il est devenu le chouchou des sondages, l'homme politique préféré des sondés, de gauche comme de droite.   Nul besoin d'être un militant UMP ni un fin expert politique pour comprendre qu'Alain Juppé a peu de chances de gagner sa qualification à la candidature pour la prochaine élection présidentielle. 

 

A moins qu'il ne change, et vite, de comportement et de tactique.



1. Alain Juppé concourt sur un positionnement politique encombré, le centre-droit. Sa modeste couleur gaulliste n'y change pas grand chose. Il fait clairement campagne au centre, y compris sur des sujets sociétaux. Sa récente prise de position en faveur de l'adoption par les couples homosexuels en est l'une des dernières illustrations.

2. Alain Juppé laisse Nicolas Sarkozy s'emparer de l'UMP, qui n'est qu'une machine électorale. Vous rappelez-vous quand un candidat a remporté une élection nationale sans le contrôle de son parti ? Juppé devrait méditer les exemples ratés des candidatures de Balladur en 1995, ou Royal en 2007.

3. Alain Juppé ne laboure pas les terres militantes de la droite. Comme Fillon en 2012, il s'épargne de trop nombreuses rencontres de terrain. Il préfère des interviews "bobo-isées" qui l'éloignent chaque jour davantage du coeur politique de son camp. Il est peut-être le chouchou des sondages, les mêmes enquêtes donnent encore Sarkozy largement en tête auprès des sympathisants de droite.
– Bon, admettons qu’elle ait bien lieu, cette fameuse primaire UMP, admettons que Sarkozy ne parvienne pas à l’empêcher, tu n’es pas sérieusement en train de me dire que tu irais pour voter Juppé ?
– Sérieux, j’irai et je voterai Juppé. Et sans me cacher !
– Juppé ? On parle bien du même, là ? Celui de “droit dans mes bottes”, celui des grandes grèves de 95, celui qui nous a fait traverser Paris à pied pendant un mois et qui a provoqué la rencontre de Pierre Bourdieu et des cheminots en grève, ce Juppé-là ?
Frédéric Bonnaud, Les Inrocks

4. Alain Juppé a rarement gagné une élection difficile. En 2007, il n'a pas réussi à recouvrer son mandat de député à Bordeaux. En 1995, son court mandat de premier ministre s'est achevé dans la dissolution de 1997.

5. Alain Juppé est trop gentil. La compétition à droite n'épargne que les fauves. Sarkozy ou Chirac ont fait le ménage, chacun en leur temps, à coups de déstabilisations individuelles, de scandales et de pressions inouïes.

3 novembre 2014

Pourquoi les centristes français ont la trouille de François Hollande.

Bayrou, Morin, Lagarde

 

Ils devraient l'applaudir, le soutenir. Ils devraient voter toutes ses lois, au moins économiques et sociales. Ils l'avaient rêver, François  Hollande le fait. Et pourtant, tout ce que compte le centrisme politique de ténors et sous-barons en France est en passe de rater cette période exceptionnelle. 

De l'UDI au Modem, on ne lâche rien, on n'applaudit jamais, on fustige tous les jours l'actuel locataire de l'Elysée.

 

C'est normal. 


Parce qu'ils veulent exister.
François Hollande n'était pas un gauchiste. Mais flanqué de Manuel Valls, voici qu'il a lancé une vigoureuse OPA sur le territoire politique du centre-droit. Toute sa politique économique et sociale parle pour lui. Les appels récents de Manuel Valls à une alliance politique avec sa droite la plus proche ne sont pas nouveaux. On se souvient de l'ouverture version Mitterrand 1988; ou des appels à la grande alliance républicaine de Ségolène Royal en 2007; ou encore du front antisarkozyste sur les questions de justice et d'éthique avant mai 2012.

Mais aujourd'hui, l'UDI, le Modem et autres Gauche Moderne (sic!) ont la trouille de disparaître politiquement sous les coups de boutoirs d'un PS vallscisé. Rares sont leurs ténors à applaudir franchement François Hollande, à l'instar de Jean-Luc Benhamias, qui vient même de former son propre mouvement, le "Front démocrate".

Globalement, les centristes ont peur de disparaître: maintenant que Hollande leur a tout piqué, il ne leur reste que les électeurs. Il faut bien qu'ils crient...

Parce qu'ils ont besoin de l'UMP.
Comment expliquer autrement la récente saillie de Jean-Christophe Lagarde, actuel prétendant favori à la présidence de l'UDI ? Dimanche dernier, il s'est lâché, en réclamant la démission de Hollande: "François Hollande est ligoté, paralysé, abandonné par ses propres amis; En quoi influe-t-il sur le réel, la vie réelle des Français ? Pratiquement plus en rien. Quand on est en échec et mat, il faut quitter l'échiquier, c'est le plus grand service qu'il pourrait rendre à la France". Il rejoint ainsi les rangs de quelques furibards de la droite extrême.

Pour l'aspirant à la présidence d'un parti qui n'a aucune chance de victoire présidentielle, c'est franchement stupide.

Et cela ramène son parti politique tout entier là où il fut et semble être encore: à l'état de supplétif de la droite furibarde que Nicolas Sarkozy espère mener à la victoire.

Parce qu'ils veulent se venger.
En juin 2012, François Hollande n'a rien fait pour François Bayrou, lequel s'affrontait aux élections législatives contre un candidat de l'UMP et une autre du Parti socialiste. Bayrou avait appelé à battre Sarkozy. Hollande n'a pas renvoyé l'ascenseur, il le paye aujourd'hui. Dimanche 26 octobre, Bayrou a réclamé une dissolution de l'Assemblée nationale, "pour que le peuple exprime son jugement sur la politique suivie et la manière dont elle est suivie." Et d'ajouter: "Je ne pense pas qu'il y ait d'autres solutions."  C'est moins crétin, et plus démocratique, que de demander la démission du Président: "La France et les Français sont dans une impasse insupportable"

Parce que nous sommes en Vème République
Ce régime immature qui créé d'absurdes polarités, force le bipartisme jusqu'à la caricature.
En France, sous la Vème, le pouvoir se conquiert sur les marges mais se gère au centre. Cette maxime d'un autre âge fait encore florès chez nombre d'aristocrates.

Plus que jamais, les centristes ont besoin de clamer qu'ils sont les purs, les vrais, les seuls à pouvoir porter le redressement du pays.

Les contingents centristes sont peu nombreux. Lorsque des accusations de votes truqués ont été balancées par Rama Yade à l'issue du premier tour de la présidentielle interne de l'UDi à la mi-octobre, le parti a du communiquer sur ses effectifs militants: environ 19.000 cotisants à l'UDI et/ou à l'une de ses composantes: Parti Radical; Nouveau Centre ; Force Européenne Démocrate; Gauche Moderne ; Alliance Centriste.

Il faudrait y ajouter le Modem (lequel est encore discret sur son propre contingent qui était chiffré à 35.000 en 2011), et, pour être complet, le Parti Radical de Gauche dirigé par Jean-Michel Baylet.




27 octobre 2014

Pourquoi Sarkozy a encore du mal.



C'est une coïncidence de dépêches. 


A quelques instants d'intervalle, l'une et l'autre arrivaient sur Twitter, ce réseau social qui joue comme un fil d'informations continue.

Dans son discours de meeting à Toulon, Sarkozy voulait que les militants soient fiers de leur famille politique.Quelques heures plus tard, Patrick Balkany héritait d'une nouvelle rumeur: la chaîne M6 affirmait que Tracfin, l'organisme public chargé de détecter le blanchiment et l'évasion fiscale, "aurait chiffré à 10 millions de dollars la somme dont aurait bénéficié Patrick Balkany."

Sarkozy a toujours minimisé l'importance de ses propres affaires judiciaires et des ennuis de ses plus proches avec la justice. C'est une erreur. Il y a toujours cette ligne de rupture, ce moment où l'opinion générale bascule, où le commun des citoyens finit par en avoir ras-le-bol. Des avancées de l'enquête sur ses voyages en jets privés sur "Air Cocaïne"  à sa prochaine nouvelle audition dans le cadre de l'instruction sur ses comptes truqués de campagne en 2012, Sarkozy a de quoi faire avec la justice.

En Italie, pays longtemps moqué de ce côté-ci des Alpes, la cascade d'enquêtes et de révélations judiciaires dans les années 90 a eu raison de l'ancienne classe politique. Certes, les Italiens ont ensuite hérité d'un bouffon et d'un véreux adepte de soirées "bounga bounga." Mais le choc politique de la mise à jour d'une corruption inégalée a été intense.

En France, Sarkozy aurait pu espérer contre-balancer l'effet des affaires avec des propositions politiques fortes. Il n'en fut rien. Sarkozy n'avait pas bossé. Moins de cinq semaines après son retour, voici quelques nouvelles preuves de son propre désarroi. En tournée dans le Sud de la France les 21-23 octobre, il abandonne le discours rassembleur au profit d'anciens relents frontistes de sa campagne de 2012: identité nationale, immigration et islamisme, le cocktail est connu, daté, et surtout rance.

On évoque ainsi un nouvel agenda "secret" - reprendre une posture ultra-droitière pour conquérir l'UMP, avant de réitérer un discours plus modéré pour se poser en rassembleur de la droite. Mais ce raisonnement, sorti tout droit de quelques communicants hors sol, oublie toujours ensuite les primaires à droite.

Last but not least, Sarkozy rappelle Guaino, l'homme des grands discours de la campagne de 2007, parachuté député dans les Yvelines en juin 2012, pour le "protéger" après la défaite.  Henri Guaino serait à l'oeuvre pour inspirer les belles paroles de l'ancien monarque dès son meeting du 28 octobre à Marseille.

On salive déjà.

"Je sais où je vais, je tiens ma feuille de route. Une fois élu président de l'UMP, une autre séquence s'ouvrira" Nicolas Sarkozy, 22 octobre 2014.



7 octobre 2014

Pourquoi Sarkozy n'a pas bossé son retour


Ses conseillers ont peut-être compris. Trois semaines après son (faux) retour en politique Nicolas Sarkozy a enfin détaillé des propositions, notamment dans les colonnes du Figaro le 3 octobre dernier.

Pour certain(e)s, il fut convaincant. Valérie Pécresse, ex-soutien de François Fillon, a ainsi sombré, et changé de bord en le ralliant, le dimanche suivant. 

Pour d'autres, il fallait faire mieux, puisque les obstacles sont encore nombreux sur sa route - des rivaux redynamisés aux électeurs perplexes, ou aux enquêteurs de justice qui progressent... 

Bref, Sarkozy devait être convaincant, mais il ne le fut pas.

Sarkozy n'avait pas bossé, cela finissait par se voir. 

 

C'était la vraie surprise de ce faux retour.


De vieilles idées
A la relecture, l'ancien monarque ressasse en fait des idées de mesures sans réelle vision d'ensemble. Il suffisait d'indiquer l'année de campagne électorale où Sarkozy, déjà candidat, avait émis chaque idée pour la première fois pour mesurer le désastre.


Ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ? Campagne 2007 !



"Rétablir le jour de carence'" en cas d'arrêt maladie dans la Fonction publique ? Campagne 2007 !


Créer un CDD de 5 ans pour les fonctionnaires ?  C'est déjà en pratique ! 
Comment notre homme de savoir pouvait-il oublier les (fausses) découvertes de ses propres anciens ministres ? En 2011, François Baroin, alors ministre de la Fonction publique, faisait ainsi mine de s'indigner: "Dans la fonction publique, vous pouvez avoir des CDD pendant six ans"... A l'approche de l'élection de 2012, sarkozy avait au conttaire promis de résoudre le sort de ces contrats précaires...  La fonction publique française compte environ 900.000 CDD...


Recourir au référendum pour réduire les droits sociaux ? Campagne 2012 !
Sarkozy propose par exemple cette méthode pour restreindre la portée du RSA ("est-ce que toute allocation doit avoir comme contrepartie une activité"). Cette grande idée de passer aux référendums pour court-circuiter la représentation nationale ou les "corps intermédiaires" était l'une des propositions phare du candidat Sarkozy en 2012. Il se garda bien d'autoriser tout référendum d'initiative populaire quand il était président. Sa réforme constitutionnelle de 2008 le permettrait, mais l'administration de Sarkofrance traina pour traduire la mesure en lois et décrets d'application...

Réduire le nombre d'enseignants ? Campagne 2007 ! 
...  mais améliorer leurs heures de présence (Campagne 2012 !) et leur rémunération (Campagne 2007 !)... ( "augmenter le nombre d'heures de présence des enseignants dans les établissements, afin qu'ils soient davantage disponibles pour les enfants qui en ont besoin"). En 2013, la Cour des Comptes livrait un dernier bilan de l'échec de Sarkozy en la matière.

Supprimer les 35 heures dans les entreprises qui le réclament ? Campagne 2007 !

Combien de fois Nicolas Sarkozy a-t-il fustigé les 35 heures ? On ne les compte plus. En 2007 déjà, le candidat bientôt président expliquait qu'il permettrait de déroger aux 35 heures, en échange d'augmentations de salaire sur la base d'un accord majoritaire dans les entreprises.

Plafonner les dépenses publiques à 50% du PIB ? Campagne 2012 !

(Il suggère un référendum pour amender en ce sens la Constitution. Une règle qui ne fut jamais respectée quand Nicolas Sarkozy était aux commandes.)

Rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires ? Campagne 2007 !
(Cette idée, conjuguée à la précédente, est particulièrement hypocrite: en renonçant aux 35 heures, Sarkozy recule le seuil de calcul des heures sup...)


Fidèle à son habitude, Sarkozy sait aussi rester flou.

Sur la retraite, il assure qu'il faudra en reculer l'âge de départ à 63 ans ("il faudra sans doute passer à 63 ans rapidement"). Il fait mine d'oublier que la durée de cotisations nécessaire à une retraite complète est désormais de 43 ans, soit ce qui porte à 66 ans l'âge minimal moyen de départ à la retraite...

Sur le mariage homosexuel, il ne dit pas grande chose. Pire, une confidence publiée par le Nouvel Obs la même semaine a mis le feu aux foudres dans les rangs des opposants au mariage gay que Sarkozy traitait de "fascisme en loden". Pour Sarkozy, qui a trop agité les franges les plus extrémistes, le danger est grand d'une tea-partisation d'une partie de son électorat. En meeting à Vélizy (Yvelines), lundi 6 octobre, Sarkozy entreprend de clarifier son propos: il aggrave son cas. Il précise en effet qu'il faudra "réécrire la loi Taubira".

Sarkozy sait rester flou quand il s'agit d'enquête de justice. Personne ne lui a encore demandé s'il ignorait vraiment jusqu'au nom de Bygmalion avant l'élection présidentielle de 2012. Rappelons que l'homme s'est fait retoqué ses comptes de campagne pour dépassement du plafond légal - que de généreux militants subventionnés à 60% par une déduction fiscale légale et bienvenue, sont venus compenser (le fameux Sarkothon). Et que l'affaire Bygmalion a permis de comprendre qu'il avait encore dépassé de 18 millions d'euros le même plafond légal.

La Justice s'étonne des conditions d'organisation du Sarkothon, que Sarkozy aurait du régler en partie... Qui a signé le chèque sur les comptes de l'UMP, pourtant fortement endetté ? Eric Cesari, un proche de Sarkozy, et directeur général du parti, actuellement mis en examen.

26 septembre 2014

Sarkozy: la haine et le discours

 

Nicolas Sarkozy a tenu son premier meeting de campagne pour l'élection présidentielle de 2014 ce jeudi 25 septembre 2017, à Lambersart.

 

Intriguant, indécent, instable. 


1. Si les enquêteurs qui, plus tard, analyseront les comptes de campagne pouvaient s'en souvenir, ce serait formidable. Car on s'interrogera plus tard sur les sources de financement providentiel qui ont permis à Nicolas Sarkozy de rassembler quelques centaines de militants, lui qui n'a aucun rôle officiel au sein de l'UMP. L'élection interne pour la présidence de l'ancien parti majoritaire, par ailleurs endetté à hauteur de 74 millions d'euros et empêtré dans l'affaire Bygmalion, autorise-t-elle pareilles largesses ? A moins que ce ne soit le micro-parti de Sarkozy, le fan-club des Amis de Sarkozy.  Les juges qui enquêtent sur l'affaire Bygmalion ont estimé à 18,5 millions d'euros le montant des fausses factures qui ont permis de financer la campagne de Sarkozy en 2012.

Répétons la question:
Qui a payé l'organisation de ce meeting ?

2. Nicolas Sarkozy signe son premier rassemblement électoral au moment où la France fait silence en hommage à un otage décapité par des terroristes. On se souvient d'un autre attentat, l'affaire Merah, en plein campagne présidentielle, où tous les candidats  - Hollande le premier -  s'étaient tus malgré le moment politique si intense. Combien de morts pour que l'ancien monarque se taise à son tour ?

3. Ce jeudi soir, puisqu'il fallait écouter un peu, Nicolas Sarkozy est restée avare en nouvelles propositions: "augmentation du temps de travail, réduction des dépenses publiques, discours pro-gaz de schiste, baisse du nombre de parlementaires, utilisation du référendum", la formule de 2012 est recyclée. Il sait pourtant combien l'opposition sans idée ne fait pas un programme. On sait qu'il avait de la haine pour ses adversaires de l'intérieur.  A Alain Juppé, il promet même la mort... politique. Contre Hollande, il a déversé publiquement la haine rageuse accumulée pendant 127 semaines de silence public: "On s'attendait au pire. Eh bien nous voici servis."

4. Nicolas Sarkozy semble engagé dans une course contre la montre. Les récentes révélations du contenu de sa garde à vue sont parfois édifiantes. On apprend que Sarkozy a avoué s'être intéressé à l'enquête sur le financement de sa campagne de 2007, mais sans trop y attacher d'importance... par réflexe ?
"Il s’agissait d’ " éléments d’ambiance", des "bruits de couloir"  " Nicolas Sarkozy aux juges.
5. Comme Hollande, Sarkozy est affaibli par ses anciens proches. Patrick Buisson, l'architecte du virage extrême-droitiste du quinquennat précédent, révoqué du premier cercle des sarkozystes quand sa manie de l'enregistrement clandestin fut révélée au grand public, se lâche. Sa dernière attaque est cinglante. Il fustige le couple "hédoniste" et hors sol que forment Nicolas et Carla, la montre Patek à 40.000 euros que la seconde a offert au premier.





Crédit illustration: DoZone Parody

19 septembre 2014

Sarkozy, 2 ans pour un post sur Facebook

ça ressemble à un faux départ, aussi faux que le retour d'un homme qui n'a jamais eu l'intention de quitter la politique le 6 mai 2012.

Ces dernières semaines, la rumeur enflait. Sarkozy faisait lire son texte à des proche, une longue tribune pour signer le retour. Ses deux rivaux principaux, Alain Juppé et François Fillon, étaient comme tétanisés. Venaient-ils de comprendre leur erreur d'avoir laissé les clés du parti à Nicolas Sarkozy ?

Vendredi 19 septembre 2014, Nicolas Sarkozy a donc posté un (trop) long message sur Facebook.

"Mes chers Amis,
Le 6 mai 2012, au soir de l’élection présidentielle, j’ai remercié les Français de l’honneur qu’ils m’avaient accordé en me permettant de conduire les destinées de notre pays durant cinq années. Je leur ai dit ma volonté de me retirer de toute activité publique.

Depuis, j’ai pris le temps de la réflexion après toutes ces années d’activités intenses. J’ai pu prendre le recul indispensable pour analyser le déroulement de mon mandat, en tirer les leçons, revenir sur ce que fut notre histoire commune, mesurer la vanité de certains sentiments, écarter tout esprit de revanche ou d’affrontement.

J’ai pu échanger avec les Français, sans le poids du pouvoir qui déforme les rapports humains. Ils m’ont dit leurs espoirs, leurs incompréhensions et parfois aussi leurs déceptions.
J’ai vu monter comme une marée inexorable le désarroi, le rejet, la colère à l’endroit du pouvoir, de sa majorité mais plus largement de tout ce qui touche de près ou de loin à la politique.

J’ai senti chez beaucoup de Français la tentation de ne plus croire en rien ni en personne, comme si tout se valait, ou plutôt comme si plus rien ne valait quoi que ce soit.

Cette absence de tout espoir si spécifique à la France d’aujourd’hui nous oblige à nous réinventer profondément.

Je me suis interrogé sans concession sur l’opportunité d’un retour à la vie politique que j’avais arrêtée sans amertume et sans regret.

C’est au terme d’une réflexion approfondie que j’ai décidé de proposer aux Français un nouveau choix politique.

Car, au fond, ce serait une forme d’abandon que de rester spectateur de la situation dans laquelle se trouve la France, devant le délitement du débat politique, et la persistance de divisions si dérisoires au sein de l’opposition.

Je suis candidat à la présidence de ma famille politique. Je proposerai de la transformer de fond en comble, de façon à créer, dans un délai de trois mois, les conditions d’un nouveau et vaste rassemblement qui s’adressera à tous les Français, sans aucun esprit partisan, dépassant les clivages traditionnels qui ne correspondent plus aujourd’hui à la moindre réalité.
Ce vaste rassemblement se dotera d’un nouveau projet, d’un nouveau mode de fonctionnement adapté au siècle qui est le nôtre et d’une nouvelle équipe qui portera l’ambition d’un renouveau si nécessaire à notre vie politique.

J’aime trop la France ; je suis trop passionné par le débat public et l’avenir de mes compatriotes pour les voir condamnés à choisir entre le spectacle désespérant d’aujourd’hui et la perspective d’un isolement sans issue. Je ne peux me résoudre à voir s’installer dans le monde l’idée que la France pourrait n’avoir qu’une voix secondaire.

Nous devons faire émerger de nouvelles réponses face aux inquiétudes des Français, à leur interrogation sur la pérennité de la France, à la nécessité d’affirmer sa personnalité singulière, à la promotion de son message culturel qui est sans doute la plus belle part de notre héritage.

On ne fait rien de grand sans l’unité de la nation. On ne fait rien de grand sans espérance, sans perspective.

Pour construire une alternative crédible, il nous faut donc bâtir la formation politique du XXIème siècle. Je le ferai avec le souci du plus large rassemblement, la volonté d’apaiser les tensions, et en même temps de susciter l’intérêt passionné de tous ceux qui ne peuvent se résoudre à l’abaissement de la France. Nous aurons besoin de toutes les intelligences, de toutes les énergies, de toutes les bonnes volontés. Il nous faut tourner la page des divisions et des rancunes afin que chacun puisse s’inscrire dans un projet, par nature, collectif.

Je connais les difficultés qui nous attendent. Mais l’enjeu nous dépasse tellement, les perspectives sont si exaltantes, le redressement si nécessaire qu’à mes yeux les obstacles paraissent dérisoires.

Ensemble, par la force de notre engagement, par notre conscience commune de la gravité des enjeux, nous rendrons possible le sursaut dont nul ne peut douter de la nécessité et de l’urgence.

Que chacun soit convaincu de la force et de la sincérité de mon engagement au service de la France.
NS"

Deux ans pour ces quelques mots sur Facebook.

On croit rêver.

16 septembre 2014

Contre Manuel Valls, quel moment de vérité ?

Il comptera ses troupes. Manuel Valls devrait obtenir le vote de confiance mardi. Qui aurait été surpris du contraire ?

A Paris, à l'Elysée, François Hollande célébrait la tenue d'un sommet sur la situation en Irak. Il y avait quelques grincheux pour penser que la France devait laisser les djihadistes du nouveau Califat décapiter ce qu'ils trouvaient d'Occidentaux dans la région.

La situation entre la Syrie et l'Irak, là où les fanatiques du Califat sont parvenus à faire leur trou béant, est détestable. Laurent Fabius annonce un peu plus de 900 djihadistes d'origine française sur le terrain. La ville de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, est en état de siège.

François Hollande, donc, accueillait ce qu'il fallait de responsables politiques pour s'interroger sur la marche à suivre contre cette aberration politique que constitue le Califat islamique. Quelques commentateurs à l'esprit simples voulaient dresser un parallèle désynchronisé et sans rapport  avec la première ou seconde guerre en Irak. A l'époque, les Bush senior puis junior s'étaient décidés à attaquer une dictature sur la foi de présence d'armes de destructions massives alors qu'il ne s'agissait de pétrole. En 2014, le Califat présente une autre menace qui s'illustre à coups de décapitation postées sur YouTube, puisque ces barbares sont également "connectés".

Allez donc chercher les parallèles d'un autre temps.

Manuel Valls n'en a cure. Il pensait à son discours, ce mardi devant des députés majoritairement hostiles mais incapables de s'allier pour le faire trébucher et le renvoyer vers des élections législatives perdues d'avance. Il a sombré, lui aussi, dans les sondages.

Si les frondeurs avaient quelque courage, ils voteraient donc contre le gouvernement Valls, pour assumer le désaccord jusqu'à la rupture. L'abstention ne sert à rien. La Constitution de la Vème République est suffisamment monarchique pour le prévoir de démission du gouvernement que si les députés votent majoritairement CONTRE le gouvernement.

Le reste est inutile et sans valeur.

En attendant, les conseillers de Matignon confiaient anonymement que Manuel Valls, "dans son discours, (...) va redonner du sens à ce qui est fait par le gouvernement, il va refixer un agenda et parlera des valeurs qui rassemblent le pays ." On se pince, on sourit. Comment comprendre le sens d'un premier ministre qui applique une politique pour laquelle il n'a pas été élue ?  Pour Manuel Valls, ce serait l'heure de vérité, ce moment où il "n'oubliera pas les démunis, les oubliés, les quartiers, assure un ministre". Où il serait "soucieux de montrer qu'il mène une politique de gauche." Qui à Matignon s'interroge sur cette question évidente: pourquoi donc Manuel Valls a-t-il besoin de réassurer l'Assemblée nationale moins de 6 mois après sa première intronisation ?

A l'Elysée, le blocage psychologique est tout aussi prégnant.

Il n'y avait qu'à lire ce commentaire d'un conseiller anonyme.

« Mardi, on aura la preuve que le président peut continuer à agir » Un conseiller de l'Élysée.

Mardi 16 septembre, donc, François Hollande devait perdre toute chance d'être réélu en 2017.

Amen.

15 septembre 2014

Au secours ! Sarkozy revient !


Sarkozy revient dimanche, sans surprise ni changement, pour le premier jour de l'automne. C'est un nouveau feuilleton qui s'ouvre,  la saison 3 de Sarkofrance qui débute alors la 2ème n'est pas encore terminée, pour notre plus grand déplaisir. 

C'est surtout un éternel recommencement, sur fond d'amnésie collective, de paresses individuelles et de mensonges politiques.


"J'ai changé"
Il revient, évidemment. Et il nous dira qu'il a changé, qu'il changera tout, que tout changera. Sarkozy revient avec l'exact même antienne qui fait son ADN politique: le changement. La girouette de Neuilly aa changé en 1995 en trahissant Chirac, puis a changé en 2002 en se réconciliant avec Chirac; puis en 2004, quand il s'empara de la présidence de l'UMP. Et encore en 2007, quand il triangulait la gauche; en 2010, quand il parlait frontiste. Et maintenant en 2014, quand il est, à nouveau, oecuménique.

Il aurait des idées nouvelles, même.
«Vous allez voir ce que vous allez voir», confient avec gourmandise les soutiens de Nicolas Sarkozy (source: Libération)

Même les Chiraquiens s'y mettent.
"Je souhaite de tout mon cœur que Nicolas Sarkozy revienne". C'est Bernadette qui fait le meilleur job. Mme Chirac, le 12 septembre, estime que Sarkozy doit revenir, mais pas à la tête de l'UMP, car ce ne serait "pas de son niveau". Bernadette Chirac se trompe. Sarkozy devait sauver la France, mais il doit d'abord nettoyer l'UMP.  Autre rallié, François Baroin, le fils politique de Jacques Chirac, ex-ministre des finances de l'ancien monarque quand la dette publique explosa tous les plafonds.

Même Dominique de Villepin s'est aussi lancé dans la louange. Il espère la victoire. Consultant pour des émirats, il aimerait revenir aux affaires, sans doute au Quai d'Orsay en cas de victoire de l'Ancien Monarque. Villepin, donc, nous assure que Sarkozy "a changé".





On sourit.

L'erreur politique de Juppé et Fillon
Le plan est connu, expliqué, détaillé depuis quelques jours. Nicolas Sarkozy va d'abord conquérir le plus facile, c'est-à-dire la présidence de l'UMP. Ni Alain Juppé ni François Fillon n'ont daigné s'y intéressés, trop occupés à penser à la primaire de désignation du candidat UMP de 2016. Les deux sont suffisamment naïfs ou incompétents pour laisser leur pire ennemi de l'intérieur s'emparer de la présidence du parti chargé d'organiser les dites primaires. Autant dire que le combat est perdu d'avance.

Nicolas Sarkozy prouve encore une fois son habileté politique. Il ne va faire qu'une bouchée des deux prétendants à la présidence de l'UMP, Bruno Le Maire et Hervé Mariton.

Le Maire espère créer la "surprise" contre Sarkozy.

On sourit.

Forcément, Sarkozy a changé...
Mieux, le voici qu'il arrive avec un énième discours de changement et de réconciliation.

A tous ses anciens adversaires et critiques de l'intérieur, il tend la main, propose des postes, assure de son indulgence. Comme l'UMP est en vrac, les plus fragiles suivent facilement, puis d'autres rejoignent, la cohorte grossit. Voici donc Laurent Wauquiez, Jean-François Copé et même Jean-Pierre Raffarin qui rentrent dans le rang. Leurs motivations sont simples et prévisibles: Wauquiez est trop jeune pour concourir à la présidentielle. Copé est cramé par l'affaire Bygmalion. Raffarin est effrayé par la déliquescence de la droite classique face au Front national.

Il serait même ni de gauche, ni de droite, et surtout pas de gauche.

Il aimerait déjà fusionner l'UMP avec les centristes de l'UDI. Il faudrait, pour les "centristes", oublier le discours de Grenoble et les autres saillies extrême-droitistes de 2010-2012.  Ces mêmes centristes, y compris d'anciens ministres, sont loin de suivre:
"Je ne sais pas qui a été raconté ça, mais c’est n’importe quoi ! 

Forcément, Sarkozy n'a pas changé.
Sarkozy n'a pas changé, il utilise simplement le même discours, celui du "j'ai changé". Cette fois, il promet en coulisses de changer le nom du parti, de changer la composition de ses instances dirigeantes pour les ouvrir encore plus largement. Mais sur le fond, quel est le programme autre que sa propre victoire personnelle ?

Il va tenter de faire oublier qu'il a dépensé deux fois plus que le plafond légal pour se faire réélire, en vain; qu'un émir a réglé les 3 millions d'euros de frais de divorce en 2007; qu'il a travaillé à vendre des technologies de surveillance à l'ancienne Libye du colonel Kadhafi, et bien d'autres choses encore. Il tentera de faire oublier combien il a raté son premier quinquennat: économiquement, rarement la France en sorti aussi affaiblie. Politiquement, Sarkozy a décomplexé l'extrême droite furibarde. Judiciairement, Sarkozy a enfreint la loi (sur le financement des campagnes, règle élémentaire de la démocratie), et reste poursuivi pour trafic d'influence, corruption et recel. Que faut-il de plus ?

Sarkozy n'a pas changé. Il revient avec ce mélange d'équation personnelle et de tactique politique aux idées fluctuantes jusqu'à l'extrême droite. Il continue son tour "peopilistique" avec Carla au bras. La semaine dernière, c'était au tour de BHL d'avoir l'honneur et la joie d'une visite de l'ex-président et de son épouse devant les caméras.

Frédéric Péchenard, ancien directeur de la Police nationale, celui-là même qui ordonnait aux services secrets de traquer les sources des rumeurs d'adultère au sein de l'ancien couple présidentiel, serait son directeur de cabinet.

Sans blague.

La reconstitution de ligue dissoute est presque complète, la "Firme" est à nouveau là, prête à servir. Brice Hortefeux, Pierre Charon, Frédéric Péchenard ou Franck Louvrier. Patrick Buisson s'est cramé seul à cause de son espionnage compulsif.

Sarkozy revient, comme hier ou avant-hier.

Il n'est jamais parti. 




8 septembre 2014

Comment Sarkozy va récupérer la présidence de l'UMP.

C'est le scenario qu'on nous vend depuis le 7 mai 2012 au matin. Nicolas Sarkozy comme de Gaulle, l'homme providentiel incompris qui revient quelques années plus tard pour sauver la France.

 

Sans blague...

Les amnésiques
Il faudrait oublier les 5 "premières" années, considérer que le Bling-Bling, les scandales, l'argent-roi, les 10 mois de "débat" islamophobes et xénophobes sur l'identité nationale, les 600 milliards d'euros de dette publique supplémentaires, l'affaiblissement international du pays et bien d'autres choses encore, n'étaient finalement pas grand chose.

La semaine dernière, après quelques journées hallucinantes qui ont foudroyé François Hollande à l'Elysée et abimé encore davantage son quinquennat, Nicolas Sarkozy a rejoué à l'exercice ce weekend tandis que les Jeunes de l'UMP se réunissaient à Nice pour leur "Campus UMP".

On pouvait entendre Franck Louvrier, son ancien directeur de communication nous rassurer: "Nicolas Sarkozy est le seul à pouvoir rassembler le pays face à la montée des extrêmes". Dimanche, ce fut Christian Estrosi, député-maire de Nice qui se mit à l'ouvrage:

"J'appelle ici, à Nice, Nicolas Sarkozy pour qu'il reprenne la direction de notre mouvement. Je serai à ses côtés."

Dimanche soir, il y eut le Figaro, encore, pour qualifier Sarkozy de "tigre" quand on pensait au loup, prédateur, ou à la hyène, rapace. Sarkozy se montre sur tous ses lieux de vacances.

Les amateurs
Ces appels sont coordonnés. Nicolas Sarkozy cherche le bon moment. Finalement, il devrait concourir à la présidence de l'UMP. C'est habile, très habile, et inévitable. Habile, car ses deux plus vigoureux rivaux pour la présidentielle de 2017, Alain Juppé et François Fillon, ont renoncé à cette présidence pour se consacrer à l'autre. Fillon a expliquer que la tête de l'UMP devait être neutre pendant les primaires. Quelle grave erreur ! En matière de combat politique, Juppé et Fillon se révèlent piètres stratèges.

Car face à lui, Sarkozy n'a donc qu'un Bruno Le Maire trop calme et centriste pour l'emporter, et l'inconnu Hervé Mariton, ancien villepiniste sarko-compatible. Bref, Sarkozy va gagner la présidence de l'UMP avec un score nord-coréen. Ensuite, en pleine possession d'un parti qu'il a déjà réussi à mettre à son service en 2004 pour la conquête de 2007 - à l'époque, contre l'avis même de Jacques Chirac - Nicolas Sarkozy éteindra les candidatures de Juppé et de Fillon.

Dimanche, Sarkozy dévoile son angle d'attaque contre le maire de Bordeaux. Ce sera l'âge, ni plus ni moins.
"Juppé a beaucoup de qualités, mais il aura 72 ans en 2017"


L'homme providentiel
Sarkozy se voudrait de Gaulle

1. De Gaulle avait un grand bilan, rassembleur et libérateur, Sarkozy en a autre, clivant et ravageur. De Gaulle revint après une crise nationale sans précédent, Sarkozy est l'une des causes de notre crise nationale sans précédent.

2. De Gaulle n'avait pas de casseroles, Sarkozy trimballe un service.  Le récent ouvrage de Pierre Péan et Vanessa Ratignier, "la France sous influence", est la dernière étape effarante sur le chemin de la vérité, 3 millions d'euros auraient été versés par l'émir du Qatar pour régler le divorce de Nicolas avec Cécilia en octobre 2007.

Qu'un président de la République soit ainsi acheté en plein exercice par un émir ne surprend ni ne gêne visiblement personne parmi ses anciens supporteurs.  Quand on appelle un homme providentiel au sommet de l'Etat, on s'assure qu'il n'a pas un goût trop prononcé pour l'argent et les dorures.

3. L'appel à l'homme providentiel, sans programme autre que lui même, est non seulement anti-démocratique, mais surtout voué à l'échec dans la période sur-informée et multi-polaire du moment. A l'exception de quelques autocraties puissantes (la Russie) ou arriérées (les émirats), on cherche les preuves d'une formule qui à défaut d'être démocratique serait gagnante.

4. L'appel à l'homme providentiel est le signal d'un rétrécissement de la pensée politique, une paresse qui paraît cette fois collective. On ne s'interroge plus sur le programme ni les conditions politiques nécessaires pour l'appliquer (et notamment les alliances, problème crucial et sous-évalué à gauche tant chez Hollande que chez ses opposants de gauche), on se fie aux talents du chef, à son instinct, on se fiche qu'il change d'avis ni qu'il ne respecte sa parole ou ses promesses, puisqu'il "sait ce qu'il fait". 


14 août 2014

Comment nos partis politiques instrumentalisent les guerres du Proche-Orient

L'emballement de la guerre en Irak et les persécutions dont est victime la communauté chrétienne a replacé l'islam, en France, au centre des fantasmes et des dérapages.

 

On aurait pu espérer davantage de discernement, il n'en est rien.



Fantasmes et éructations
La responsable d'une association d'extrême droite vient d'être condamnée à 3.000 euros d'amende pour avoir qualifié l'islam de "saloperie". Une semaine auparavant, le Figaro profitait de la fin du Ramadan pour s'attarder avec inquiétude et danger sur les livres religieux traitant du djihad, publiés par un éditeur libanais.

En juillet dernier, le ministre de l'intérieur a présenté une loi sur le terrorisme, qui fera l'objet d'un examen parlementaire dès la session d'urgence de l'Assemblée convoquée par François Hollande dès le 9 septembre. Elle vise spécifiquement ces "djihadistes français" qui partent en Syrie ou ailleurs. Cette semaine, notre presse nationale s'emballe sur la photo tweetée par un jdihadiste australien figurant son fils de 7 ans tenant de ses deux mains la tête d'un soldat syrien décapité.

Bref, on accumule les faits, plus ou moins divers, suffisants pour faire peur et entretenir le feuilleton.

Une France a toujours un problème avec l'islam. C'est visible, évident, quotidien... Et ce n'est pas nouveau. Les guerres actuellement en cours au Proche-Orient ravivent les plaies et les fantasmes.

"Une France" ? Il est impossible de la réduire à l'ensemble du pays. Mais pourtant, force est de constater que ce pays est désormais incapables de "traiter" de l'islam sans rage, rancoeur ni caricature, ni à froid, ni à chaud.  Certes, il y a quelques manifestations oecuméniques ici ou là, mais elles semblent marginales dans notre actualité française en comparaison de la phobie générale qui embrasse le pays.

Les musulmans sont les nouveaux boucs-émissaires que l'on charge de tous nos maux. Dans son dernier bouquin, Edwy Plenel dresse habilement et justement un comparatif avec les juifs des années 30. Les périodes troubles et de Grande Crise attirent les caricatures.

Dans les années 30, c'était le "Juif". Aujourd'hui, c'est le "Musulman". Ce dernier reste un repoussoir politique d'autant plus efficace que (1) l'islam est la religion officielle de nombre d'Etats dans le monde; (2) qu'il sert de prétexte et/ou de revendication de nombre d'actions armées dans le monde qui nous entourent; (3) qu'il est l'objet de nombre de conflits fratricides au Proche-Orient.
"Oui. L'islam est né laïc. "Nulle contrainte en matière de religion." Le Coran est le seul livre sacré qui dise cette phrase, si claire, si laïque." Mohamed Talbi, dans Jeune Afrique

Embrasement
Ces derniers mois, la "contre-révolution arabe" a frappé l'Irak et la Libye, tandis que la Syrie poursuit sa descente en enfer: dans chacun de ces pays, les musulmans modérés ne s'expriment pas ou peu, laissant libre cours et toutes violences disponibles aux mouvements les plus radicaux, chiites et sunites, qui revendiquent d'installer une loi religieuse au cas quand ils parviennent au pouvoir, et, dans l'immédiat, la guerre civile totale.

Par un amalgame facile et régulier, une belle et large fraction de la classe politique française utilise encore et toujours l'islam pour faire peur dans les chaumières, divertir l'attention de problèmes pourtant plus proches et plus durables, comme la précarisation générale du pays ou de l'Europe.

L'embrasement au Proche-Orient devrait pourtant appeler à plus de discernement. Il n'en est rien.

Dans cette dérive, l'extrême droite, la droite et une partie de la gauche politique s'enfoncent encore et toujours.

1. Que l'extrême droite revendique les pires propos, les pires caricatures, l'éructation quotidienne contre le bouc-émissaire du moment n'a rien de surprenant. Le 11 août dernier, la présidente d’un groupuscule d’extrême droite a été condamnée à 3 000 euros d’amende assortie de 1.500 euros avec sursis vendredi pour des propos injurieux contre l’islam.

2. La droite dite classique n'est pas en reste. Le quinquennat précédent, avec ses envolées sur nos racines chrétiennes, son débat sur l'identité nationale, ses saillies sur l'islam au sommet de l'Etat, a fait des ravages au point qu'Alain Juppé lui-même, après la défaite de mai 2012, s'en soit inquiété publiquement. On se souvient des déclarations de Christian Estrosi, en juillet 2013, qui affirmait qu'islam et démocratie étaient "incompatibles". Cet été, les mêmes hurlent contre le danger djihadiste.

3. La gauche de gouvernement lui emboite le pas. On croit rêver. Le 2 août dernier, les services de Bernard Cazeneuve arrêtaient un "djihadiste" à l'aéroport, communiqué de presse à l'appui. Le gouvernement Valls a repris à son compte l'épouvantail djihadiste, comme si quelques centaines d'illuminés qui choisissaient la mort lointaine était plus dangereux que 500.000 sans-emploi supplémentaires en à peine deux ans.

4. Plus à gauche encore, on préfère commenter l'islamophobie davantage que l'islam ou les islamismes qui, pourtant, font parler d'eux. Par un paradoxe que l'on devrait davantage souligner, cette gauche est plus indulgente avec l'islam que d'autres religions. Parfois, elle se réveille enfin à la faveur d'un conflit intra-religieux plus grave que d'habitude.

Une croisade ?
La guerre en Irak, qui s'accélère, a pris une nouvelle tournure depuis qu'un Etat islamique - sunnite - s'est autoproclamé dans le centre du pays. La chaîne internet Vice News vient de publier un édifiant documentaire sur ce Califat. Mi-juin, le Parti de gauche rappelait que cet Etat islamique était la conséquence directe de l'échec américain dans la région.

En France, François Hollande semble passer ses vacances au téléphone avec les grands du monde. Un appel à Barrack Obama, un autre à Massoud Barzani, le président du Kurdistan irakien. Les Etats-Unis n'ont pas attendu un aval de l'ONU pour bombarder dès cette semaine. La France envoie des vivres, des médicaments et du matériel aux Kurdes.  L'UMP et les écologistes applaudissent ! C'est l'union nationale !

Le déclic occidental est surtout venu avec les premiers témoignages de persécutions... des chrétiens d'Irak. Même Bernard Kouchner se réveille !

Tant que la guerre civile irakienne se déroulait entre mouvements aux revendications variées et lointaines (Kurdes, sunnites, chiites), l'attention médiatique était faible. Voici maintenant qu'une France se rappelle ses "racines chrétiennes". Les réfugiés, pourvus qu'ils soient chrétiens, sont les bienvenus.

Le FN choisit sans surprise de se démarquer.  Sur l'Irak, il prône une intervention militaire française contre l'Etat islamique: "Pôle de référence djihadique mondial mais également point attracteur d’islamistes de nationalité française, l’Etat islamique doit rapidement être détruit, faute de quoi il est promis à un grand avenir" écrit le conseiller de Marine Le Pen sur les questions internationales. Et d'invoquer les racines chrétiennes et tout le toutim ! "Certes laïque, la France n’en est pas moins historiquement une nation catholique, fille aînée de l’Eglise. Elle a, depuis les Croisades et la libération du tombeau du Christ, un devoir particulier envers ses frères chrétiens d’Orient."

Le mot est lâché !  

Le FN réclame une croisade.


Le feuilleton peut se poursuivre.


Lire aussi:


28 juillet 2014

Immigration: ce que Hollande a fait, ou pas.

Il suffit de deux lois sur le sujet, présentées le 23 juillet en conseil des ministres, pour que la droite furibarde se réveille. Le Parlement est en congés, et la droite extrême regrette que le grand déballage xénophobe n'ait pu se dérouler au plus chaud de la rentrée. Il y a des élections à gagner. L'Etranger, surtout bronzé et musulman, reste tristement un ressort politique d'une droite républicaine sans ressort.

Pourtant, ces deux lois sont loin d'être des ouvertures laxistes.


La réforme de l'asile
Joli morceau... Les demandeurs d'asile sont comme un épouvantail pour la politique française. L'engorgement des bureaux de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) est souvent exhibé comme la preuve que la misère (politique) du monde conduit des hordes d'immigrés à débouler dans notre beau pays. En mai 2012, François Hollande commit l'erreur de laisser l'immigration, et la gestion de l'asile, dans le périmètre du ministère de l'ordre, comme si l'immigration était forcément source de désordre. Il y a des clichés qui ont la vie dure.

Car la situation était grave. En 2013, la France a enregistré 66 251 demandes, dont 45 925 pour la première fois par des adultes, 14 536 par des mineurs les accompagnants et 5 790 demandes de réexamen. En d'autres termes, il faut " sauvegarder la tradition française de l’asile."


La semaine dernière, le  successeur de Manuel Valls au ministère de l’intérieur a donc présenté son projet de loi relatif à la réforme de l’asile. Il avait été concocté par l'ancien titulaire, après "une large concertation conduite auprès de l’ensemble des acteurs concernés -élus, associations, Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), OPFRA, Cour nationale du droit d’asile (CNDA), Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et administrations", nous a-t-on prévenu. Le tout confié à deux parlementaires, l'une de droite mais centriste (Valérie Létard), l'autre de gauche, le député Jean-Louis Touraine.

Le gouvernement s’est abrité derrière les travaux de ces deux-là, ainsi que des nouvelles directives européennes adoptées en juin 2013 qu'il fallait transposer. Il y avait deux objectifs, répéter en long et en large: "renforcer les garanties des personnes ayant besoin d’une protection internationale ; statuer rapidement sur les demandes d’asile", avec un délai moyen visé à 9 mois.

Le gouvernement met en valeur quelques avancées: l'enregistrement plus rapide des demandes ; la présence d’un conseil lors des entretiens avec un officier de protection ; la meilleure prise en compte des "vulnérabilités"; la suspension généralisée des recours contre les décisions refusant l’asile (avec réponse dans les 5 semaines par un un juge unique de la CNDA).

Le texte prévoit également de nouvelles procédures d’examen rapide des demandes, "par ou sous le contrôle de l’OFPRA". En procédure normale, le délai de jugement imparti à la CNDA est fixé à cinq mois.

A l'inverse, il y a aussi cette précision, qui n'est pas neutre: "le projet de loi a également pour objet de rendre les conditions d’accueil des demandeurs d’asile plus justes et plus équitables, mais aussi plus directives". En d'autres termes, l'accélération généralisée des délais permettra aussi d'expulser plus rapidement. Autant dire les choses telles qu'elles seront.

Les associations concernées, tel le GISTI, s'inquiète notamment de la création de centres d'internement pour demandeurs d'asile. En langage officiel, on appelle cela "un dispositif d’hébergement contraignant permettant d’affecter le demandeur d’asile dans une autre région que celle où il se présente". Et le gouvernement de préciser: "en cas de refus de l’hébergement proposé, le demandeur perdra son droit aux allocations".

Pourquoi l'UMP râle-t-elle ?

En matière de protection des droits, le texte prévoit de "renforcer les droits du bénéficiaire de la protection en matière d’accès aux droits, de réunification familiale et de documents de voyage, éléments essentiels de l’intégration à la société française."

L'accueil des étrangers, version Hollande
Pour sa première année de quinquennat, on avait été surpris par l'ampleur des expulsions de clandestins. 2012 était une année débutée sous Sarko, terminée sous Hollande. Il était difficile d'attribuer à l'un ou à l'autre l'entière responsabilité de ces résultats.

Les forces de l'ordre n'avaient plus d'objectifs d'expulsions à satisfaire, mais il y eut davantage d'expulsions de clandestins qu'en Sarkofrance - 36.000 éloignements en 2012, mais à peine 27.000 en 2013: 27% de reconduites à la frontière en moins, 28% de régularisations en plus, le bilan de Valls était moins catastrophiques pour les tenants de la régularisation massive. Le nombre de naturalisations a même doublé - 100.000 en rythme annuel, contre moins de 50.000 avant. Mais des cas d'expulsions de famille choquent encore; des rétentions de bébés sont encore pratiquées alors que Hollande en avait promis la suppression.

Le projet de loi présenté la semaine dernière ne résout pas ces situations dramatiques. La dénomination du texte a failli faire plaisir.

En termes d'avancées, il généralise le titre de séjour pluriannuel pour l’ensemble des étrangers, après un an de séjour en France. On est loin du titre de résidence valable 10 ans voté en 1984, abrogé plus tard. La gauche d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui. Les saillies frontistes sur l'immigration responsables du chômage ou sur les difficultés d'intégration ont convaincu plus largement qu'à droite.

Le gouvernement rappelle qu'il y a aujourd’hui "5 millions de passages par an en préfecture, pour 2,5 millions d’étrangers titulaires d’un titre de séjour." Désengorger les préfectures, faciliter l'intégration, tels sont les conséquences attendus de la meusre.

Pour faire bonne figure, Cazeneuve prévoit aussi un "nouveau parcours d’intégration, marqué par un renforcement du niveau de langue requis et une redéfinition des prestations servies par l’Office français de l’immigration et de l’intégration." La Sarkofrance n'est pas morte. Combien de Français dits de souche sont incapables de parler correctement un langue nationale dont ils ont hérité la charge par le hasard d'une naissance ?

Par ailleurs, Hollande est pragmatique. Les phobies anti-migratoires sarkozystes ont décourager tout ce compte le monde de beaux esprits et étudiants doués de venir en France. Plutôt que les absurdes quotas par métier, le gouvernement Valls privilégie la création d'un passeport « talents », un titre de séjour valable jusqu’à quatre ans pour l’étranger et sa famille, qui constituera "le titre unique ouvert aux investisseurs, aux chercheurs, aux artistes et aux salariés qualifiés".

Ensuite, le texte assure aux journalistes, "pour la première fois", un droit d’accès dans les centres de rétention (CRA) et les zones d’attente. Un décret de juillet venait justement d'encadrer les accès des personnels associations dans les mêmes CRA: "Il est mis fin au droit d'accès d'un représentant d'une association à la demande de la personne ou de l'association concernée ou lorsque l'habilitation de cette association est retirée."

Enfin, ce projet de loi a évidemment son volet répressif contre l’immigration irrégulière. Qu'est-ce que Nicolas Sarkozy, obsédé par le sujet une décennie durant, avait oublié ?

Primo, l’assignation à résidence devient une mesure de droit commun en matière de privation de liberté des étrangers; secundo, le texte aggrave les pénalités dues par les transporteurs qui ne respectent pas leurs obligations de contrôle. Enfin, il "renforce les pouvoirs des préfectures en matière de lutte contre la fraude". On attend le détail.


10 juillet 2014

Quand l'UMP a des problèmes de factures

Suite, mais pas fin, du feuilleton estival, l'UMP réjouit la galerie médiatique, mais terrifie son électorat. Le ménage, deux ans à peine avant la grande compétition présidentielle de 2017, a quelque chose de suicidaire, et de fascinant à la fois.


"Je règle mes factures moi-même"
 Il l'a exhibée, dans le mini-studio de France info, mardi 8 juillet. Xavier Bertrand a exhibé la facture de son séjour familial à Center Parcs, en décembre 2010.




Xavier Bertrand : "Je règle mes factures moi-même" par FranceInfo
Sur France Info, Xavier Bertrand s'est félicité de sa rigueur quand il dirigeait le parti. Mardi 8 juillet, le bilan comptable de l'ex-parti majoritaire était publié. Quelle catastrophe. L'UMP est au bord de la faillite. A la fin de l'année 2013, sa dette financière était de 79,1 millions d'euros, soit 40 millions d'euros par rapport aux fonds propres de l'entreprise. D'après le cabinet en charge de ces évaluations, il n'y a pas lieu de craindre une cessation de paiement: à fin juin 2014, la dette était ramenée à 74,5 millions.

Le fonctionnement annuel du parti coûte environ 15 millions d'euros. Il y avait suffisamment de précaires embauchés pour éviter tout plan social (sans commentaires). Ensuite, l'UMP va réduire de moitié ses dépenses de communication politique, un budget "maigrichon" ... de 19 millions euros annuels.

Copé ne règle pas toutes les factures
D'autres factures, plus graves, font défaut. Nicolas Sarkozy, comme d'autres avant et après lui, avait fait broyer les archives comptables de l'UMP.

Quelques fillonistes ont laissé fuiter quelques croustillantes informations. Comme ces 24.000 euros de voyages en avion réglés pour que Mme Nadia Copé puisse accompagner son mari de président. Ou ces 8.500 euros mensuels versés au jeune Geoffroy Didier, en sus de ses indemnités d'élu local, en tant qu' "assistant de Brice Hortefeux". Ce cher Didier, l'un des cofondateurs de la droite forte, n'a jamais de mots assez durs contre la fonction publique et le gaspillage. Rappelons que l'UMP est, comme tous les partis politiques nationaux, subventionné par l'Etat.

Geoffroy Didier est un cadre sup de la hiérarchie sarkozyste: outre ses indemnités de conseiller régional, et ce généreux salaire de l'UMP, il a également officié comme consultant en communication pour Bygmalion.

Il faut reconnaître à l'ancien président, destitué le 15 juin dernier, d'avoir sabré dans les dépenses. Les frais de communication ont été réduit de 33 à 3 millions d'euros entre 2012 et 2013; les frais de déplacement de 10 à 1 millions d'euros. Copé a aussi réduit les subventions aux micro-partis personnels qui entouraient l'ex-parti sarkozyste. Certains ont sauvé leurs mises:
- le parti chrétien-démocrate de Christine Boutin: 25 000 euros (versus 660 000 euros en 2012)
- le "mouvement initiative et liberté" (MIL), un "prolongement" du Service d'Action Civique (SAC):  20 000 (versus  200 000 en 2012)
- le Rassemblement Pour la France (RPF), fondé par Charles Pasqua: 50.000 versus 126 000 euros en 2012.
"Dialogue et initiative",  de Jean-Pierre Raffarin, : zéro en 2013, versus 85 000 euros l'année précédente.
- le Chêne, de Michèle Alliot-Marie, : zéro en 2013, versus 60 000 euros en 2012. 
Cela n'a pas empêcher la dette de s'envoler vers les 76 millions d'euros. C'est là le drame. L'UMP démarre sa reconquête du pays... sans argent.

Où est passé le Premier Cercle ?

Sarkozy fait régler ses factures par d'autres
La justice a ouvert une nouvelle enquête préliminaire sur Nicolas Sarkozy. On s'en doutait depuis quelques jours. L'UMP a réglé  363 615 euros de pénalités dues par Nicolas Sarkozy à cause de sa fraude aux règles de financement électoral en 2012, sanctionnée par le Conseil Constitutionnel en juillet 2013. Le président de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP) a expliqué le problème: ces amendes " s’adressent au candidat lui-même, qui est responsable de son compte".

Pour la justice, il pourrait y avoir  abus de confiance. C'est une accusation très précise.
"L'abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé.

L'abus de confiance est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende." Article 314-1 du Code pénal.
Quelques sarkozystes dénonceront un "acharnement" de la Hollandie toute entière contre Nicolas Sarkozy.

Ce sont les commissaires aux comptes de l'UMP "qui ont saisi le parquet de Paris à ce moment-là, en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale", rapporte le Monde.

Et la France ?
La France n'a pas encore réglé toutes les factures de l'UMP: une dette publique qui glissera vers les 2000 milliards d'euros à la fin de l'année, un chômage durablement installée, des comptes publics déséquilibrés par une décennies de dérégulation et d'exonérations fiscales en tous genres.

Qui dit mieux ?