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7 janvier 2017

505ème semaine politique: à quoi sert la primaire socialiste ?

 

 

Il ne reste que deux semaines de campagne pour une primaire socialiste qui peine à intéresser. Hors du cadre, Macron grapille Fillon sur sa gauche et Mélenchon laboure la gauche. Finalement, le doute s'installe. A quoi bon une primaire socialiste dans tout ça ? 

 

La primaire symbolique
"La paire du vide", ainsi le quotidien numérique Les Jours qualifie-t-il le duo Valls et Peillon. Les deux tardifs de la primaire socialiste mobilisent pourtant l'attention médiatique malgré des programmes flous, des formules vaporeuses ("Placer l'emploi et le travail au coeur de l'économie", version Peillon), des postures hors-sol. "Les deux candidats légitimistes de la primaire occupent l’espace pour ne rien dire" écrit à juste titre un autre duo, mais talentueux,

Valls et Peillon avaient choisi le même jour pour exposer leurs ambitions, mardi 3 janvier. Bonne année !

Valls change déjà son slogan ("Une République Forte, une France Juste"), Peillon peaufine encore le sien. Valls a confié la "rupture de confiance durable" avec Hollande, Peillon qu'il n'avait pas dormi pendant 3 jours après le renoncement de Hollande (super!).

Valls se réclame de Clémenceau, Peillon s'abrite derrière une référence au programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944 sur la page d'accueil de son site de campagne. Valls a peu de promesses, sa candidature est creuse tant il gomme sa propre identité politique ("il a peur d'un réflexe anti-Valls" résume un de ses proches). Peillon fait au contraire quelques tentatives programmatiques, mais on retient ce bad-buzz stupide d'un candidat Rantanplan sur un parallèle absurde entre la situation des juifs sous Vichy et celle des Français musulmans aujourd’hui.

Le Parti socialiste a bien le droit d'organiser sa primaire, même en catastrophe. Les écolos s'acharnent bien depuis quelques décennies à faire de même, pour recueillir avec une régularité inquiétante pour leurs finances une poignée de pourcentages au premier tour de chaque scrutin présidentiel. Mais les écolos ont une cause à défendre qui dépasse l'élection d'un seul de leurs représentants. Après tout, il y a encore quelques crétins pour croire que le réchauffement climatique a marqué une pause depuis bientôt 20 ans...

Une élection présidentielle permet de donner un peu de voix à quelques sujets qui, même en 2017, peinent encore à intéresser la gente des médias dominants.

Mais à part au PS, qui s'intéresse à cette primaire socialiste ?

Cette primaire socialiste parait hors-sol. A quoi sert-elle ? On ne sait plus vraiment. Si Hollande s'était représenté, il y aurait un bilan à défendre, une majorité à renouveler. Il n'en est rien. Pire, la primaire socialiste affiche, dans le plus grand bazar,toutes sortes d'anciens ministres, parfois avec quelques idées (heureusement), mais aucun projet global, aucun consensus si ce n'est la préservation d'un système vidé de l'intérieur par l'échec incarné par la qualification prévisible du Front national-socialiste dès le premier tour présidentiel.

Le PS ne défend plus de projet de société autre que la conquête du pouvoir. Il n'est plus le mieux placé pour l'emporter ni demain, ni après.

Le vide ou le bazar
A quoi sert cette primaire socialiste puisqu'elle ne désignera pas le vainqueur du prochain scrutin ? C'est la question centrale, celle que l'on ne pose pas rue de Solférino pas plus qu'au QG pharaonique de François Fillon (Qui a lu les délicieuses révélations du Canard Enchaîné sur le chateau du nouveau candidat de la vraie France ?)

C'est un vote inutile, flagrant. Avant de savoir qui fera la surprise au soir du premier tour de cette primaire socialiste, il faudrait s'interroger sur un autre risque, une faible mobilisation, voire le bide absolu. Lequel des candidats s'est préparé à cette éventualité ? Pour l'instant les sondages dévoilent qu'environ 7 à 8% des sondés seraient partants pour voter. Ce serait déjà énorme, mais bien plus faible que la primaire de droite en novembre dernier.

Valls serait en tête des sondages de cette primaire socialiste. Hamon connaitrait un frémissement. Peillon est loin. Les autres n'existent pas. On connait les précautions qu'il faut prendre quand on parle d'enquêtes sur un corps électoral incertain

Mais qui assume le quinquennat de Hollande ?

Visiblement personne.

Côté primaire socialiste, on trouve d'abord les opposants, ceux "qui ont tué le père" (Les Jours), Montebourg et Hamon pour ne pas les nommer. Les deux Dupont et Dupont de l'aile gauche du PS (sic!) tentent de jouer une surprise à la Fillon. Hamon a même quelques sondages frémissants. Les deux ont surtout affiner leurs différences. Montebourg loue "la société du travail", son passage à la direction d'un fabricant de meubles en serait-elle pour quelque chose ? Hamon prédit la "raréfaction du travail" dans un avenir proche.

On se réjouit.

Mais on connait les limites de leurs démarches: lequel oserait se rallier à une véritable rupture ? Aucun. On attend toujours qu'ils tuent enfin le père, le vrai. Non pas Hollande, mais une dérive social-libérale, un compromis social-démocrate qui a échoué devant l'extrême droite et la crise. Les deux savent être brillants pédagogues, mais leur pédagogie s'éclatent sur les faits: leur passé/passif de frondeurs n'ayant jamais assumé de travailler à la seule réalité qui vaille, la construction d'une alternative politique.

Le péché originel des frondeurs est là: une fronde qui ne débouche sur aucune alternative politique n'est qu'un caprice.

Macron, seul en piste
Cette primaire socialiste présente ensuite une flopée de bipolaires, celle et ceux qui tentent de nous convaincre qu'ils sont neufs, vierges, nouveaux et surtout sans rapport avec le quinquennat précédent. Ils n'osent renier le bilan du patron, et pourtant il faut bien l'assumer. On a donc cet ancien premier ministre (Valls), mais aussi deux anciens ministres (Peillon, Pinel), et deux anciens soutiens inconnus (Benhamias, de Rugy) qui seront vite oubliés.

Jeudi, Valls est sur France 2. "Bien sûr que j'ai changé. J'ai grandi, j'ai muri". Il a tellement muri qu'il veut supprimer cet article 49-3 de la Constitution (une promesse qui n'engage à rien puisqu'elle ne repose pas sur le président de la République mais sur le Parlement). Valls fut l'un des rares premiers ministres à utiliser le 49-3 ... contre son camp, notamment pour la loi Travail. Mais Valls, sur France 2, a une explication, ce n'était pas de sa faute. Le 49-3 pour faire voter la loi El-Khomri lui a été imposé par ... les "frondeurs". La vie est belle. Le garçon prétend à la présidence suprême de la république mais avoue céder à un reniement personnel (puisqu'il déteste le 49-3).

L'Emission Politique réalise l'un de ses pires scores. Le double de téléspectateurs lui préfèrent la première édition française du Saturday Night Live avec gad Elamleh sur M6. Manuel Valls apparaît cerné.



A quoi donc sert la primaire socialiste ? A désigner un futur vainqueur ? Non. Aucun sondage ne le prédit. Pour un parti dopé aux sondages, la nouvelle est un choc. Et une révélation. La primaire servirait à défendre un bilan ? Non plus. Puisque Manuel Valls s'est refusé à endosser les habits du quinquennat sortant, il n'y a donc que Macron. Macron est la meilleure incarnation, la prolongation évidente du quinquennat Hollande.

Le vote inutile
Bien sûr, le jeune ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée, ex-ministre de l'Economie, a des lacunes. Il déroule un programme plus bipolaire encore encore celui de Valls: opposant hier, le voici aujourd'hui farouchement défenseur des 35 heures, ou des remboursements intégraux de la Sécu. Macron est l'incarnation réussie d'un système, un ex-banquier devenu conseiller du Prince puis ministre qui désormais déroule sa campagne avec succès et le soutien de quelques barons du PS et du patronat. On applaudit au coup d'Etat médiatique qui, il y a peu, nous semblait ridicule ou risible.

Macron inquiète, et c'est tant mieux.

Le président sortant, socialiste, a renoncé à se présenter. Pourquoi s'acharner ? Jean-Luc Mélenchon l'explique dans une tribune du Monde, jeudi:

"A quoi bon un candidat du Parti socialiste ? (...) Jusqu'à présent, l'ultime justification du candidat socialiste, c'était d'être en tête dans les sondages. Il se présentait alors comme le vote utile. (...) Actuellement, le PS est en troisième position derrière Emmanuel Macron et moi-même. Dans ces conditions, sans projet et sans avantage électoral, à quoi bon un candidat du PS ? En réalité, le vrai choix des électeurs du PS, c'est de trancher entre l'orientation gouvernementale amplifiée, telle que la porte Emmanuel Macron, et la tradition de l'humanisme émancipateur de la famille culturelle que j'incarne."


Ami socialiste, vote Macron ou Mélenchon.



10 décembre 2016

501ème semaine politique: de la nausée Fillon aux vomissements Le Pen




 C'est une campagne présidentielle finalement très primaire.

Présidentielle primaire
Un jour, un candidat. La perspective d'une élection où tout serait possible, même le plus improbable, donne des ailes aux ambitions les ridicules. Cette semaine, Vincent Peillon annonce sa candidature, paraît-il poussé par Martine Aubry pour faire barrage à Montebourg et Valls. A droite, Michèle Alliot-Marie, celle-même qui fut éjectée du gouvernement Fillon/Sarkozy pour une funeste affaire de vacances offertes par un dirigeant tunisien en pleine révolution, se croit aussi un destin national. Et Nicolas Dupont-Aignan, le "Kennedy français" (ne riez pas) se compare à Jeanne d'Arc et de Gaulle sur l'estrade d'une salle parisienne, pour lancer sa propre campagne.

Cessez le feu.

Le Parti socialiste s'enfonce dans un cirque primaire, trois mois trop tard après les primaires de droite, et après avoir sabordé la réélection de son président sortant. L'éparpillement des candidatures ramène la gauche à une situation ante-Congrès d'Epinay, que trois générations n'ont pas connue.

On applaudit.

"Camba", premier et peut-être dernier secrétaire du PS, écrit à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pour leur demander d'intégrer les primaires socialistes au nom du péril national-populiste. Bizarrement, il fait moins d'efforts pour convaincre Silvia Pinel, la candidate PRG et ancienne ministre; Yannick Jadot, candidat écologiste, tous les deux restant scotchés dans les plus profondes profondeurs sondagières.; ou même les ("la primaire c'est pas open bar").

Jean-Christophe Cambadélis préfère s'adresser aux deux rivaux les plus populaires, ceux-là même qui étranglent le PS à droite et à gauche: d'un côté Emmanuel Macron, qui fait campagne sans programme si ce n'est un livre d'une platitude étonnante, mais avec ses fans digitaux, les bourgeois de l'ex-UDF et, en retrait, ce cortège de patrons modernes si chers à la "révolution" soc-lib à l’œuvre depuis l'élection de Hollande. Et de l'autre, Jean-Luc Mélenchon, dont la pédagogie insoumise cartonne désormais sur les réseaux sociaux, qui multiplie les meetings bondés et qui vient de publier son programme, "l'avenir en commun."

Samedi, Macron rassemble près de 15 000 personnes porte de Versailles à Paris. Le volume de l'assistance surprend. Macron est galvanisé. Il s'égosille. Ses incantations semblent tirées du mauvais feuilleton Sarkozy version 2007: " je suis le candidat du travail . (...) Je veux que le travail paye mieux". Comme Sarko en 2007, il prône la "valeur travail". Comme Sarko en 2007, il ne supprime pas les 35 heures mais il renvoie la régulation du travail au niveau des entreprises, moins protecteur pour les salariés. Pour moderniser cette proposition directement empruntée du capitalisme du XIXème siècle, ante-conquêtes sociales, Macron n'est pas avare en formules délicieuses telles: "libérer l'accès au travail, c'est libérer le dialogue social au plus près de l'entreprise et du terrain." 

Valls à deux temps
Pour Manuel Valls, nouveau candidat, héritier du quinquennat finissant, il y a danger, grand danger.

Lundi, Valls officialise sa candidature présidentielle, chez lui, à Evry, en Essonne. Les communicants ont soigné le tableau: amis, épouse et ex-épouse, salle des mariages et gros sourires. Il y a même un joli slogan, presque anachronique quand on connait l'homme qui le porte: "faire gagner tout ce qui nous rassemble". Mais les accents gauchisants et les appels à la "réconciliation" d'un premier ministre qui a fracturé son camp ne trompe pas grand monde. Valls a 50 jours avant la primaire socialiste, et 5 mois avec le premier tour présidentiel, pour faire oublier ses 200 semaines de gouvernement en tant que ministre puis premier ministre.

Il fait comme Sarko en 2007, mais très tard, trop tard. Valls dit qu'il a "changé".  Au mieux rassemblera-t-il une grosse minorité de sympathisants socialo-socialistes. Un sondage le place déjà en tête d'une primaire dont les prédictions de participation sont pour l'instant faibles. Mais d'autres prédisent une disqualification de la gauche dès le premier tour - Valls, Macron et Mélenchon chacun à 14% des intentions de vote.

Son premier meeting à Audincourt, dans l'une de ses contrées désindustrialisées dans l'Est, près de Montbelliard, a l'ambiance fraîche. Là aussi, sa récente conversion ne fait pas illusion. On retient l'interpellation par une dame dénommée Renée qui l'engueule en fin de réunion devant une grappe de micros et caméras.



Et Hollande ? Sans surprise, il remonte dans les sondages. Son renoncement sera la meilleure trace, courageuse, qu'il laissera dans l'Histoire. L'ex-Pravda de Sarkofrance entame une chronique des derniers mois, presque élogieuse: "François Hollande a endossé une nouvelle et peut-être ultime fois le costume de chef de guerre - une tenue qui lui a plutôt réussi depuis qu'il est entré à l'Élysée" peut-on ainsi lire dans les colonnes du Figaro. On attend plus qu'un numéro spécial de Valeurs Actuelles et le bonheur sera complet...

Pasokisation
La France n'est pas la Grèce, mais le Parti Socialiste est en passe d'entamer la dernière étape de sa Pasokisation. La Grèce avait un parti socialiste "historique", le PASOK, qui a soudainement, brutalement disparu en l'espace de quelques scrutins, disqualifié par sa gestion de crise et ses trahisons.

A force de holdups inefficaces sur les idées réactionnaires (déchéance de nationalité, loi Travail, réforme des retraites, Pacte irresponsable, maintien des franchises médicales et déremboursement votés sous Sarkozy; etc) que Fillon s'attache désormais à amplifier (destruction du Code du travail, assouplissement des conditions de licenciement, réduction de l'impôt sur la rente et le capital, privatisation partielle de la Sécurité sociale, allongement de la durée de cotisations et d'âge de départ à la retraite; suppression des heures supplémentaires, etc.), les représentants du Parti socialiste se retrouvent soudainement devant un triple obstacle: orphelins de candidat naturel, éparpillés façon puzzle et surtout ignorés du débat politique.




Primo, qui peut être surpris du désintérêt qu'une large partie de leur électorat d'antan leur porte ? Toutes les élections intermédiaires depuis 2013 n'ont pas tant été marquées par la défaite des représentants du PS que par l'immense abstention et notamment à gauche. Secundo, à force de crier qu'il est "moderne" d'augmenter le temps de travail, d'assouplir les licenciements, et de réduire l'impôt du capital; ou de couiner qu'il y a trop d'impôts, trop de réfugiés et que le coût du travail est trop élevé, comment rester crédible contre le candidat désigné par la droite ?

De la nausée Fillon aux vomissements Le Pen
L'ancien premier ministre de Sarkozy déroule son programme inégalitaire. Car le programme de Fillon est d'abord inégalitaire avant d'être austéritaire. Des premiers sondages lui sont défavorables, comme chacun commençait à comprendre. Le programme présidentiel de Fillon n'est pas un choc pour les grandes entreprises (avec la promesse d'un nouveau pacte irresponsable de 50 milliards d'euros de réduction des cotisations sociales (après les 41 milliards inefficaces de Hollande/Valls) ni pour les ménages fortunés (avec la réduction de la taxation du capital "en instaurant une taxe forfaitaire modérée sur tous les revenus du capital et en supprimant l’ISF"), bien au contraire, c'est un ravissement, une "divine surprise".

Le choc est pour les autres, la majorité: suppression des remboursements de soins et de médicaments par la Sécurité sociale - hors pathologies graves -; suppression de 500 000 postes de fonctionnaires en 5 ans (infirmiers, policiers, enseignants, assistantes sociales, militaires ?); réduction des dépenses de retraite; assouplissement des licenciements collectifs (en instaurant "le motif de réorganisation" de l’entreprise "pour faciliter l’adaptation des entreprises à leur contexte concurrentiel"), etc.

Marine Le Pen dit qu'elle a "la nausée" en lisant les promesses de Fillon sur la santé. Nous pouvions vomir en l'écoutant parler devant un parterre de journalistes jeudi dernier. 

Elle expose ses propres idées, ou plutôt régurgite la vieille antienne de son paternel. "La France aux Français" est de retour, les outrances xénophobes, appuyées sur quelques grossiers mensonges, également: "la solidarité nationale doit s’exprimer à l’égard des Français. Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : “Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation !

Marine Le Pen ment et se corrige ensuite à l'AFP ("Je parlais des enfants de clandestins"), pour mentir à nouveau. Elle ment quand elle attaque la "population immigrée" qui "ne travaille pas." S'appuie-t-elle sur des statistiques ? Non. Elle ment quand elle fustige ces retraités immigrés qui touchent "des minimums vieillesse avec le seul critère d’arriver en France, d’avoir 65 ans, sans avoir jamais ni travaillé ni cotisé en France." C'est encore faux. Toujours faux. Les minimums vieillesses sont soumis à condition. Elle ment encore quand elle affirme  que les retraités agriculteurs n'ont pas droit au minimum vieillesse.

La menace frontiste effraye.

Elle devrait effrayer d'abord par ses mensonges.






3 décembre 2016

500ème semaine politique: contre Valls/Fillon/LePen, la guerre des clones aura-t-elle lieu ?

 

 

Un cap a été franchi. Hollande a joué la normalité jusqu'au bout. Valls piaffe d'impatience, Fillon laboure, Le Pen savoure.


La dernière victoire de Hollande
Un François en chasse un autre. Fillon débute sa première semaine de candidat de la droite, mais Hollande lui chipe la vedette pour un dernier coup d'éclat. Jeudi 1er décembre, dans un mini-studio près de l'Elysée, fond bleu ciel et ton cafardeux, François Hollande dresse un bilan flatteur et partiel de son quinquennat pour terminer sur cette phrase:
"Face aux épreuves, j’ai pu avoir une capacité inépuisable de résistance devant l’adversité. Mais le pouvoir, l’exercice du pouvoir, les lieux du pouvoir et les rites du pouvoir ne m’ont jamais fait perdre ma lucidité, ni sur moi-même, ni sur la situation, car je dois agir. Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle.
Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat."
Patatras !  Hollande renonce ! Sur les réseaux sociaux et ailleurs, stupeur et consternation chez les proches et les derniers fidèles.


Pourtant, Hollande aura été normal jusqu'au bout. Car c'est bien la décision la plus normale, la plus lucide que les circonstances imposaient. Hollande renonce à un second mandat le jour même de l'entrée en vigueur de l'assouplissement du licenciement économique, l'une des mesures phares de la loi El Khomri.

Le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.

Après un dîner en famille, il s'envole pour les Emirats arabes unis. "Libéré d'un fardeau" (Le Monde), "soulagé" (Le Parisien), Hollande est devenu un objet de curiosité politique inédit sous la Vème République. Même Arnold Schwartzeneger l'a félicité. Gaspard Gantzer, le trop jeune conseiller ès communication fait mine de découvrir le renoncement le jour même. Il est surpris en flagrant délit de confessions "off" au pied de l'Elysée par une caméra de France 2. Il s'énerve. Le Monde venait de lui consacrer un portrait élogieux.

Ce renoncement est aussi la dernière victoire politique de Hollande contre Sarkozy. Le premier avait promis de se présenter si les résultats étaient là, il a tenté, il a échoué. Il se retire sans s'accrocher ni perturber. Le second a trahi sa promesse d'arrêter la politique, s'est remis en selle, a tout tenté, même l'ignoble, pour dézinguer les rivaux de son camp; a fait campagne à l'extrême droite pour conquérir une candidature. Et s'est fait jeter dès le premier tour de la primaire de la droite.

Hollande part avec des honneurs. 

Sarkozy part se cacher.

Les trois gauches
L'après-Hollande commence. Un paysage curieux à gauche, si éclaté qu'on doit le rassembler au-delà des egos pour comprendre sa signification politique.

Au centre, ou plutôt à droite, les faux vrais-faux fidèles du hollandisme finissant, les plus responsables à défaut d'être les plus solidaires de la politique de ce quinquennat: Valls qui a sabordé une candidature Hollande de l'intérieur; Macron qui a conçu la trahison libérale de l'année 2013 et la trahison politique de l'été 2016; et quelques gentils inconnus qui profitent d'une primaire socialiste pour tenter de redorer leur notoriété personnelle - Jean-Luc Benhammias (qui ?) et François de Rugy (qui ?!?). Une fraction large du Parti radical valoisien s'apprête à suivre Macron, comme Jean d'Arthuis dès le soir de la victoire de Fillon. Même François Bayrou se tate, incapable de rejoindre l'ultra-libéral et ultra-conservateur Fillon.

Plus à gauche, voici une foule de frondeurs socialistes. Ils sont en rupture de banc depuis la mi-mandat, mais ils n'ont pas suffisamment divorcé pour quitter le navire socialiste en dérive. On dira qu'ils sont en état de séparation de fait avec le Hollandisme présidentiel, mais sans oser franchir le Rubicon de la vraie rupture. Montebourg, Hamon, Filoche, ou Lienemam, sont telles Bayrou à droite: ils râlent contre leur taulier pour exister davantage. C'est pourtant leur moment de vérité. Celui où ils pourraient enfin suivre leurs idées plutôt qu'un appareil.

A gauche enfin, plus en colère, et dès les premiers jours, moins énervée mais tout aussi déterminés que les premiers jours, Mélenchon domine; sa France insoumise est désormais soutenue par le PCF. Et il est même devenu la coqueluche des sondages à gauche. Sur YouTube, sa chaîne de videos pédagogiques et politiques frôle déjà les 100 000 abonnés. Ajoutons quelques trublions trotskystes (Artaud, Poutou) qui font le folklore de nos élections présidentielles depuis 5 décennies et, parfois, permettent à la gauche de rater le second tour de l'élection présidentielle.

Qui s'alliera avec qui ? C'est toute la question. Face à une droite désormais coalisée derrière le plus rétrograde des candidats qu'elle ait présentée depuis l'aube de la Vème République et une extrême droite qui a rompu avec son pétainisme originel pour embrasser le social-fascisme mussolinien, la gauche se présente divisée pour l'instant.

La Vème République présidentielle est maléfique. Elle agite les égos autour de ce fumeux concept anti-démocratique de la rencontre d'un homme avec le peuple qui conduit même l'écrivain Alexandre Jardin, le déçu Julien Dray ou le lunatique Jacques Cheminade à se présenter. Ne riez pas. Vous pouvez au contraire pleurer.

Trois gauches, dont les deux extrémités sont évidemment irréconciliables. Le sort de l'élection présidentielle à gauche se joue ici.

Combien de frondeurs assumeront leur rupture ?


Valls/Fillon/Le Pen, le spin-off de 2012
Au pied des collines d'Hollywood aux Etats-Unis, on appelle cela un "spin-off" pour désigner ces feuilletons qui prolongent une série originale sur la base d'un personnage. Dans l'esprit des producteurs et scénaristes américains, il s'agit de reproduire un succès, de capitaliser au maximum sur une vieille recette.  

En l'espace d'une semaine, la politique française s'est "spinoffiée" à vive allure. Et ce spin-off repose sur trois clones imparfaits: Marine, clone de Jean-Marie; Fillon, clone de Sarkozy; et bientôt Valls, clone de Hollande.

Nous avons déjà Marine Le Pen, clone islamophobe de son père. Marine Le Pen a gauchisé son discours pour diriger la colère vers la haine. Elle a remplacé le juif par le musulman. Elle transforme la laïcité en guerre de religion. Mais Le Pen reste Le Pen. L'entourage néfaste, le programme absurde, et mêmes des déboires de détournements de fonds publics. Marine Le Pen souffre encore à peine de sa propre affaire Bygmalion. L'enquête sur le savant montage de facturation du matériel de campagne par des sociétés d'amis aux candidats frontistes se poursuit. Après les législatives de 2012, voici que le dispositif a été reconduit pour les régionales de 2015. Il y a quelques jours, les enquêteurs ont découvert une surfacturation de près de 3 millions d'euros au profit d'une société créée en 2015 par un proche ami de Marine Le Pen, Axel Lustau. Or tous ces frais surfacturés furent ensuite remboursés par l'Etat.

Autre clone politique plus récent et tout aussi rance, François Fillon, l'ex-premier collaborateur d'un quinquennat entier et épuisant de Nicolas Sarkozy, a expulsé ses rivaux dans la primaire de droite. Avec une très large participation, près de 5 millions de Français, Alain Juppé s'est effondré comme certains le prédisaient déjà depuis longtemps.  

Nous faire croire qu'il y a là un renouveau est quelque chose d'aussi aberrant qu'irrespectueux. Fillon a fait la campagne de Sarkozy de 2007, en fut le premier ministre servile et docile durant 5 ans. Plus discret, il en partage pourtant les travers - l'utilisation des biens publics à des fins privés (comme ces allers et retours répétés en jets républicains pour retourner le weekend dans la Sarthe pourtant à 2 heures de train de la capitale); un certain goût pour le conseil rémunéré et le conflit d'intérêt (comme sa société de conseil et ses 17 000 euros mensuels qu'il a omis de déclarer sur le plateau de TF1 le lendemain de sa victoire). Fillon, député très jeune, n'a jamais travaillé dans une entreprise de sa vie. il a pourtant des idées très arrêtées sur le choc libéral dont la France aurait besoin. Comme Sarkozy, il sait s'entourer les seconds couteaux les plus conservateurs - Valérie Boyer, Hervé Novelli, Patrick Stefannini, Gérard Longuet, Frigide Barjot ou l'ex-MPF Bruno Retailleau.

Fillon est un clone politique caricatural de Sarkozy. D'ailleurs Bayrou ne s'y pas trompé. Dès le soir de la victoire de Fillon, François attaque François, Baryou ne rejoint pas Fillon. Le président du MOdem (kessako ?) s'inquiète à la télévision des projets mortifères du nouveau candidat de la droite catho-bourgeoise. "J'ai de l'amitié pour François Fillon depuis longtemps et je veux l'alternance. Le projet de Fillon est dangereux pour l'alternance. (...) C'est Robin des Bois à l'envers. Au lieu de prendre aux riches pour donner aux pauvres, il prend aux pauvres pour donner aux riches!"

"Robin des Bois à l'envers."

Exactement. 

Le président des Riches a son successeur.





Dernier clone bientôt, nous promet-on, Manuel Valls, le futur ex-premier ministre et ministre de l'intérieur de François Hollande s'apprête à concourir à son tour pour le poste suprême. Après le renoncement de Hollande, il respecte "un délai de décence" a confié un proche anonyme, avant d'annoncer sa candidature.

A 50 jours à peine de son premier tour, la primaire socialiste, que certains donnent acquise à Valls, intéresse peu. Samedi, le PS rassemble ses affidés quelque part dans Paris. Il attendait 5 000 personnes. A peine 2 500 participants se serrent porte de la Villette. Valls renonce à se pointer. Il peaufine son entrée en campagne. Sur l'estrade, Cosse, Le Roux et quelques autres fidèles braillent leur soutien à la politique passée du président Hollande.

Cette convention se tient le jour même de la trentième édition du Téléthon.

Décidément, le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.



Ami de gauche, choisis ton camp.








23 janvier 2016

455ème semaine politique: Hollande, Sarkozy, Macron ou la France en vrille.

Crédit illustration: DoZone Parody



Pour se redresser, Sarkozy pond un livre et Hollande annonce un assouplissement supplémentaire du droit du travail. A Davos, où se tient l'habituel sommet eco-politico-financier de janvier, Valls et Macron se livrent à une surenchère de déclarations fracassantes qui témoignent d'une inquiétude: et si tout était fichu ?


Urgence électorale
Lundi, la France médiatique s'active sur les annonces "d'urgence" de François Hollande contre le chômage. Car l'actuel président est effectivement dans une situation d'urgence, celle de sa propre réélection l'an prochain. On connaît la chanson, disait le film. "L'heure est à la recherche de mesures à forte rentabilité électorale " complète un nouveau journal, "Les Jours".

Lundi 18 janvier, il fait froid et Hollande pense avoir trouvé la formule pour rassurer son auditoire. A l'Elysée, il livre ses voeux aux entreprises. Cette formule, il l'a empruntée à son prédécesseur, lequel regrette de n'avoir poussé la dérégulation plus loin: permettre aux entreprises de réduire la rémunération des heures supplémentaires.  Car l'actuel locataire élyséen ne propose ni plus ni moins que de laisser aux entreprises le soin "de fixer le taux de majoration et le nombre des heures supplémentaires, ou moduler le temps de travail au-delà même de l'année". En complément, Hollande annonce la création d'une commission de simplification du Code du travail, présidée par l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter. Et il se félicite que le plafonnement pour les indemnités prudhommales en fonction de l’ancienneté soit bientôt effectif.

Ni Macron, ni Hollande, ni Valls n'osent remettre en question les trois années écoulées de politique de l'offre. C'est pourtant un échec, et un échec complet. Au contraire, Hollande promet cette semaine de "transformer aussi vite que possible le CICE en baisse définitive des cotisations sociales". Le CICE, premier dispositif d'exonération lancé dès 2013, a rapporté 19 milliards d'euros aux entreprises depuis cette date. Et 33 milliards d'euros d'exonérations, sur les 40 du Pacte irresponsable de janvier 2014, ont été lâchés sans contrepartie.

Depuis le début du quinquennat, la consommation des ménages est restée atone, on a frôlé la déflation, et le chômage a grimpé de 600.000 personnes.

Rentabilité politique
Oui, l'heure est à la recherche de mesures à forte rentabilité électorale. François Hollande confie publiquement qu'il est "probable" que son gouvernement proposera l'extension de l'état d'urgence. Après trois mille perquisitions, quelques dizaines de dérapages (dont l'assignation à résidence ... de militants écologistes) et, à l'arrivée, une seule mise en examen, l'équipe Hollande/Valls sombre dans le piège de Daesch, la mise en scène de la peur permanente. Sur nos réseaux sociaux, les "hoax" - ces affabulations crédibles et contagieuses, se multiplient contre les migrants. La fachosphère se régale dans la manipulation et le mensonge. Les migrants sont facilement assimilés à des terroristes en puissance.

Cette agitation sécuritaire de l'urgence fait dérailler jusqu'au premier ministre lui-même: au dîner du CRIF, Manuel Valls lance publiquement une violente critique contre l'Observatoire de la la Laïcité, pourtant sous sa tutelle, et dirigé par Jeab-Louis Bianco, ancien fidèle soutien de Ségolène Royal et, surtout, ancien secrétaire général de l'Elysée de François Mitterrand. En cause, quelques appels à l'union et la paix orchestrés par l'Observatoire depuis les attentats, soutenus par des associations religieuses qualifiées de douteuses: "On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant du climat que l’on a évoqué tout à l’heure". C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Valls oublie auprès de qui il a défilé le 11 janvier au lendemain des attentats: une cohorte de dictateurs et même d'islamistes convaincus. Il oublie le silence français face aux décapitations en cascade en Arabie Saoudite. Il oublie la distance nécessaire à son poste quand la période est trouble.

La France démocratique se désagrège et, visiblement, François Hollande n'est pas Gandhi. Il gouverne avec son instinct, les sondages, et une envie de réélection hors de toutes convictions politiques. Avec la tenue de l'Euro 2016 en France cet été, il y a fort à parier que le duo Hollande/Valls annoncera une troisième prolongation des mesures d'exception. La France n'est pas tombée en dictature, car l'Etat n'abuse pas massivement de ces capacités liberticides d'urgence. Mais la France n'est juridiquement plus la République que nous chérissions. Chacun doit mesurer combien cette situation est fragile et anormale.


Pyromanie libérale
Mais le plus surprenant est surtout cet "effet Davos". Le forum des grands du monde - patrons et représentants de gouvernement - dans l'un des paradis fiscaux de la planète - la Suisse - se tenait cette semaine. Manuel Valls et Emmanuel Macron y assistent, forcément. Le second ne reste que 24 heures, mais avec une boulimie d'apparitions et d'interviews.

A Davos, la planète s'inquiète moins du réchauffement climatique - l'année 2015 fut la plus chaude que le globe ait connu depuis que la mesure existe - que d'un probable crash boursier. Crise en Chine, dégringolade des prix des ressources  carbonnées, ralentissement de la croissance mondiale, le risque d'une nouvelle déflagration financière est grand. Et les économies occidentales n'ont plus des amortisseurs sociaux aussi solides qu'en 2008 Les politiques austéritaires conduites en Europe ont affaibli les pays.

A Davos, Macron joue au pompier pyromane. Il prône la réduction des protections des salariés des salaires (autrement qualifié de "coût du travail"). On se souvient de Sarkozy à l'été 2007 qui promouvait la généralisation des subprimes, ces emprunts pourris à l'origine du grand crash de l'automne suivant. A Davos, Macron promeut encore et toujours la destruction des filets sociaux du modèle socio-économique français.

Jaloux, Manuel Valls en rajoute sur les propos sécuritaires de Hollande, un terrain où Macron ne peut s'exprimer: "Tant que la menace est là, il faut que tous les moyens soient mis en œuvre", explique-t-il, (...) "jusqu’à ce que l’on puisse se débarrasser de Daech." En d'autres termes, Valls nous explique qu'on en a au moins pour une bonne décennie d'état d'urgence. Il légitime sans durée déterminée une législation d'exception. Il braille bien fort ce que Sarko et le Pen n'ont plus besoin de murmurer. Il faut se pincer pour le croire.

Emmanuel Macron fait le buzz... à droite.  La presse le décrit "coincé" ou gêné par un Hollande réfractaire à trop de libéralisme. "Macron réclame des réformes plus radicales !" titre Bloomberg. Être à droite dans un gouvernement labellisé socialiste permet beaucoup de choses. Cette rivalité Valls/Macron est un objet médiatico-politique lunaire. Manuel Valls s'agacerait car il n'incarnerait plus la transgression patronale au PS, sans rire ?

Macron multiplie les buzz. Lundi, avec une phrase qui fleure bon l'ignorance crasse et la caricature des beaux salons: "la vie d'un entrepreneur est souvent plus dure que celle d'un salarié." Notez le cliché. Macron a-t-il donc réalisé quelque sondage pour sortir pareille sentence de salon de thé des beaux quartiers ? La petite phrase de Macron scandalise la gauche, conclut BFM TV. Non, elle scandalise d'abord l'intelligence. Une bêtise ne venant jamais seule, le sous-ministre aux relations avec le Parlement renchérit de son côté en estimant que la France compte "trop d'organisations syndicales". Deux jours plus tard à Davos, Macron reprend la main: "la réalité de la vie d'un entrepreneur, c'est que c'est quelqu'un qui prend tous les risques, dont le travail ne s'arrête pas le soir ou le week-end, parce que c'est sa vie". Et devant un parterre de journalistes, de patrons et autres dirigeants du monde, il dit tout haut ce que Hollande murmurait tout bas: les trente-cinq heures sont enterrées "de facto" avec le projet de réforme du travail présenté par Hollande en début de semaine: "les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d'accord" se félicite-t-il sur les ondes de CNBC et de Bloomberg, contredisant sa collègue Myriam El Khomri, ministre du travail, qui expliquait au contraire deux avant à l'Assemblée: "toute heure au-delà de 35 heures sera majorée."

Amen...

Déprime sarkozyste
L'urgence électorale se lit aussi à droite. L'épaule toujours tressaillante, Sarkozy tente de se montrer calme et rassembleur. Mais la Justice est à ses trousses. On se croirait dans un mauvais polar. Cette semaine, c'est au tour du préfet Gardère, un ancien proche, ancien directeur adjoint de cabinet du ministre de l’Intérieur Claude Guéant, a achevé sa garde à vue par une mise en examen pour corruption passive. L'entourage de l'ex-président est décidément effarant.

Sarkozy s'inquiète car le "Tout sauf Sarko" prend de l'ampleur... à droite. Pour preuve, sa récente invitation à déjeuner avec les présidents de régions LR a finalement été annulée... faute de participants. Xavier Bertrand Valérie Pécresse, Christian Estrosi avaient d'autres obligations... forcément.

L'ancien monarque s'est décidé à écrire un livre (quand trouve-t-il le temps ?), 270 pages écrites à la main. L'ouvrage sort ce dernier lundi de janvier, quand le froid envahit le pays. Il a mis les bouchées doubles: nos librairies sont inondées de quelques 120.000 exemplaires, le plan de com' est massif. On publie les bonnes feuilles en "exclusivité" sur quelques médias dès le jeudi précédent. Le microcosme se régale d'apprendre que Sarko regrette (forcément) les éléments Bling Bling et dégradants de son mandat. Le bouquin ne manque pas de perles, comme cette introduction sur une citation de Confucius (sic!). Ou cette énième déclaration de métamorphose personnelle: "Force m’est de reconnaître que cet échec de 2012 m’a apaisé." Nicolas Sarkozy change tous les 5 ans, qu'on se le dise et se le répète. Cette mascarade en devient drôlatique.

La presse se jette avec régal sur cette distraction artificielle. Elle est déçue car l'ancien monarque revient rarement sur les anecdotes les plus troublantes ou les sujets les plus sérieux de son quinquennat. On n'apprend rien sur ses négociations avec le colonel Kadhafi, rien sur les soupçons de financement occulte de ses deux campagnes présidentielles, rien sur le scandale des sondages de l'Elysée.

Comme en 2012, où il fit mine d'hésiter à se représenter à la fonction suprême jusqu'en février alors qu'il était en campagne officieuse depuis deux ans au moins, Sarkozy récuse se porter candidat à des primaires de la droite alors que ces dernières sont annoncées pour l'automne.

En meeting à Nîmes, Sarko se livre à 45 minutes d'auto-congratulation, ses talents de "chef" à la tête de l'ex-UMP, ou ses victoires électorales locales ("on a gagné dans 75% des départements"): "je préfère me taire en gagnant, plutôt que de faire comme du Valls qui dit j'ai gagné alors qu'il avait perdu". On retrouve notre Sarkozy vantard, agité, et parfois comique. Un sondage de fin de semaine fait quelques dégâts: deux tiers des sondés "ne regrettent pas l'ancien président". Et trois quarts sont persuadés qu'il n'a pas changé.


Même s'il n'est pas candidat, Sarkozy a des propositions, comme celle inspirée directement du fameux couple Reagan/Thatcher de l'aube des années 80: réduire massivement le seul impôt progressif du pays, l'impôt sur le revenu. De l'ouvrage, il ne fallait retenir qu'une chose, un heureux revirement, un "parjure" qui réjouit: Nicolas Sarkozy ne reviendra pas sur le mariage homosexuel s'il est élu.



Hollande dépassé, Valls rivalisé, Macron sanctifié, Sarkozy comique...

Ami juppéiste, réjouis-toi.

C'est un boulevard politique qui s'ouvre à ton mentor.



7 novembre 2015

444ème semaine politique: Valls, Sarkozy, et Hollande dans les pièges de la com'



Où il est question de Manuel Valls qui fait à son tour son discours de Grenoble; de Nicolas Sarkozy surprenant de "Rantanplitude" sur RTL. De François Hollande embarqué par un désastre de com' "de terrain" avec une certaine Lucette, 69 ans.

Où il est question de cette com' qui remplace l'action, affaiblit les idées, et tue la politique à petit feu.

La politique mérite mieux. En Espagne, Podemos a redonné des couleurs à l'engagement citoyen. Au Portugal, la gauche plurielle s'unit. En France, des élus et sympathisants font campagne, parfois avec l'énergie du désespoir ou l'envie de convaincre. Mais en France, nos seniors du combat politique paraissent désemparés.


Valls et le discours de Moirans
Il fait paraît-il un "duel", de surcroît à distance, avec Nicolas Sarkozy. A-t-il le choix ? Manuel Valls tente de survivre. Aspiré par Hollande, coincé au gouvernement, abimé par l'enfer de Matignon, le premier ministre se place sur un horizon politique plus lointain que cette présidentielle. Et quoi de mieux que de s'affronter à un ancien monarque qui sera peut-être son adversaire de 2022 ?

Les meilleurs duels sont aussi ceux qui opposent des proches. Les meilleurs westerns cinématographiques ont de cet acabit.

Cette semaine, voici donc Valls sur le terrain sécuritaire. Il s'est rendu à Moirans, près de Grenoble, où des gens du voyage le 20 octobre dernier avaient incendié 35 voitures, détruit du mobilier public, dégradé un restaurant et bloqué une voie ferrée après le refus par un juge de libérer l'un des leurs pour qu'il assiste à un enterrement. En juillet 2010, Sarkozy alors président était venu dans la région dans des circonstances similaires. Son fameux discours de Grenoble, xénophobe et vichyste, pronant la déchéance de nationalité et la chasse aux roms, avait horrifié jusqu'à l'Eglise, la Commission et le Conseil européens, et même l'ONU, et fracturé pour la première fois sa propre majorité entre centristes et sarko-fans.

A son tour, Valls vient avec son discours, il livre sa tribune sur Facebook. A la différence de Sarkozy,  Valls ne délivre aucune outrance. Les mots sont importants dans un mots où l'hégémonie culturelle semble avoir été abandonnée à l'extrême droite et la droite furibarde. Valls cite Hobbes et Hannah Arrendt. Il s'inquiète de "l'effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique de toutes les autorités traditionnelles". Il critique cette droite qui coupe dans les moyens de la justice et de la police mais braille en parallèle ses arguments anxiogènes et démagogiques.

Les mots sont importants, mais ils ne suffisent plus. Dans son (trop) long texte, Valls se livre aussi à une auto-défense qui ne résiste pas à l'examen de la réalité. Il n'est plus convaincant quand il loue sa politique de l'offre. Même les médias conservateurs commencent à l'avouer. Cette dernière est un flop.  Et  les signaux faibles d'une reprise économique molle et fatiguée n'écartent pas le constat principal: la France sortira du quinquennat Hollande avec des comptes un peu redressés, mais davantage de chômage et d'inégalités sociales.

Valls est aussi silencieux sur ses propres dérapages à l'encontre des immigrés, ou de l'atonie française à l'égard des réfugiés du Moyen-Orient. Il se félicite d'une Europe qui vient pourtant de mettre à genoux la Grèce.

Last but not least, Valls reprend l'antienne libérale confusionniste selon laquelle il y a trop d'impôts en France: "Oui, il y a une rupture de confiance entre les Français et l’impôt. Oui, les impôts ont trop augmenté" martèle-t-il. Mais de quels impôts parle-t-on ? La plus forte progression fiscale des 3 dernières années ont touché les revenus du capital et des couches les plus aisées. Par cynisme ou amateurisme, Valls entretient la confusion la plus complète entre les impôts des riches et les impôts des modestes. Avec l'amateurisme le plus complet, le gouvernement vient ainsi de supprimer la taxe foncière que quelque 250.000 retraités modestes s'apprêtaient à payer pour la première fois à cause d'un abaissement de seuil décidée par la majorité sarkozyste. Le secrétaire d'Etat au Budget Christian Eckert, a même appelé ces contribuables à ne pas payer leur impôt s'ils avaient déjà reçu l'appel du fisc. Quel cirque !

A l'inverse, le fisc est tombé sur deux des rares médias indépendants, Arrêt sur Images et Mediapart. La fiscalité a ses raisons que la justice ignore. Les deux sites n'appliquaient pas la bonne TVA depuis quelques lustres. Ce redressement peut leur coûter la survie.

Sarkozy, mensonges et omissions.
Il dérape, il dévie, détonne à peine sur RTL un 4 novembre au matin. Une trop longue interview, et voici que l'on retrouve l'ancien monarque sans filtre ni parachute. Sarkozy est resté Rantanplan, comme avant. Le même, inchangé, figé dans le temps et ses bourdes, incapable de réaliser combien il s'auto-détruit par ses propres bêtises. Ce mercredi-là, le déni dont il fit preuve a surpris: il n'a donc vraiment pas changé.
"J'aimerai savoir quelle est la promesse de 2007 que je n'ai pas tenue".
Il fallait l'entendre pour croire à une telle audace. Nicolas Sarkozy vit dans un monde parallèle.Sur le reste, le candidat est déjà lui aussi en campagne pour 2017: création de 20.000 places de prisons, maintien de la centrale de Fessenheim, suppression des 35 heures, affaiblissement du rôle syndical.

Dans son monde, on peut aussi dépenser deux ou trois fois plus que tous les plafonds légaux de financement de campagne présidentielle. Les enquêteurs de l'affaire Bygmalion - une fraude de 18 millions d'euros portant sur la campagne de 2012 - ont mis la main sur d'autres documents à charge... et une seconde agence de communication qui, selon Mediapart, surfacturait également ses frais.

L'actuel président de LR n'attire plus les foules, son autorité est contestée. C'est peut-être le seul changement par rapport à l'ancienne et glorieuse époque de Sarkofrance. Alors il sur-joue la com'.

Sarkozy est pourtant seul sur l'estrade de  la Mutualité, à Paris, pour son discours au conseil national du parti. Ses rivaux Fillon, Le Maire et Juppé sèchent, les sarkozystes fulminent. Et Sarkozy est défié dans le Sud-Ouest par un ancien politologue devenu tête de liste LR aux élections régionales, Dominique Reinié. Ce dernier vient d'éjecter un sarkozyste de son équipe. L'ancien monarque ne sait plus tenir son propre parti...


Hollande et le syndrome de Lucette
Tout concourt à préparer un duel Sarko/Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Et la course aveugle de l'équipe Hollande n'y change rien, bien au contraire.

Même sur le terrain sociétal, cette dernière commet des sorties de route sur le chemin du progrès. Cette semaine, Marisol Touraine a légalisé le don du sang par les homosexuels à condition d'une abstinence sexuelle ... de 12 mois (contre 4 mois pour les hétérosexuels). La ministre de la Santé abroge une interdiction pour officialiser une discrimination, la belle affaire !

A quelques semaines du scrutin régional et quelques jours de l'ouverture de la COP21, le même gouvernement laisse le préfet de Loire-Atlantique engager la « reprise » des travaux de l'aéroport controversé à Notre-Dame-des-Landes. Quel signe !

Engagés têtes baissées dans des efforts de com' tous azimuts comme pour masquer la réalité inaudible ou inexistante de leur action sur le terrain, les ministres prennent des coups ou trébuchent. Interrogée sur RMC, la ministre du travail confesse ainsi qu'elle ne sait pas combien de fois un CDD peut être renouvelé (deux fois, madame la ministre; deux fois). Sa consoeur de l'Education nationale est elle victime d'une violente diatribe misogyne à souhaits par le sous-chroniqueur d'un hebdomadaire conservateur qui raille son rouge-à-lèvres et son soutien-gorge. Najat Vallaud-Belkacem pouvait pourtant se féliciter pour sa campagne récente contre le harcèlement à l'école, une campagne qui a énervé ... des syndicats d'enseignants. Le monde tourne à l'envers...

La com' artificielle de la Présidence fait autant de ravages. L'effet Boomerang de la rencontre Hollande avec une retraitée dénommée "Lucette", le 29 octobre en Lorraine, est manifeste. Dans un appartement nettoyé et sécurisé de fonds en comble, décoré de multiples bouquets de fleurs,devant des caméras et les flashes crépitants de la presse,  l'échange "populo-présidentiel" a tout du pré-fabriqué daté et creux, c'est de la télé-réalité d'Etat dénonce Mélenchon. Lucette a tout balancé après: on lui avait soufflé les questions, on lui ne avait interdit d'autres.
"Le petit génie de la com qui a trouvé cette idée à deux balles nous prend vraiment pour des demeurés." Jean-Luc Mélenchon
Giscard invitait des éboueurs pour le petit-déjeuner matinal à l'Elysée, Sarkozy faisait embaucher des figurants pour des visites dans les usines, Hollande joue au café improvisé. Nous sommes en 2015, à l'heure des réseaux sociaux, de la sur-transparence médiatique, de l'instantanéité de la communication, et certains communicants élyséens déroulent encore des plans de com' hérités des années 70.



L'affaire Lucette n'est pas seulement risible, elle abime encore davantage la politique. Sommé de s'expliquer sur cette mise en scène, Hollande se justifie:


"Sur le contact direct, je sais que les Français savent me trouver."


Oui, les Français savent où vous trouver.


11 juin 2015

Falcon: le jour où Valls trébucha en volant.

On ne s'y attendait pas tant l'homme est habituellement en pleine maitrise de sa communication personnelle. 


On ne pouvait prévoir non plus qu'une fatwa médiatico-politique puisse se déclencher sur une affaire aussi minime qu'elle est symbolique après 14 mois de gouvernement à droite de tous les objectifs politiques affichés par François Hollande pendant sa campagne de 2012. Pire encore, Manuel Valls avait commis un très petit délit de bonne éthique en comparaison des jets, cartes bleues, invitations privées, cadeaux douteux et mélanges de genres en tous genres de l'ancien quinquennat.

Bref, comment penser ou anticiper qu'un aller-retour en Falcon de la République pour assister à un match de football, une finale de Ligue des Champions à Berlin, allait coûter si cher en temps, en image et en crédit à l'actuel locataire de Matignon ?

Quatre jours après le (mé)fait, Manuel Valls et ses services en sont encore à justifier l'irréparable symbolique.

Mercredi 10 juin, le président de l'UEFA, l'honorable Michel Platini est venu à la rescousse, trois jours trop tard, pour confirmer que le premier ministre français avait une vraie raison professionnelle et politique pour venir à Berlin. L'UEFA elle-même avait déjà confirmé l'invitation toute officielle, mais c'était peu de choses à côté de l'autre révélation du jour - la présence de deux des enfants de Manuel Valls dans ce trip footballistique.

On pouvait tirer quelques enseignements rapides et provisoires de cette affaire. 

D'abord, la République est une chose précieuse qui ne souffre aucun écart en ces temps de disette publique. On ne nomme pas un premier ministre pour qu'il se comporte comme le propriétaire qu'il n'est pas des moyens publics, et même pour quelques milliers d'euros. On se souvient des cigares de Christian Blanc, éphémère secrétaire d'Etat de la Sarkofrance en 2010.

Ensuite, certaines de nos figures politiques ont la mémoire courte pour oublier les affres bling bling de Nicolas Sarkozy. Ecouter l'actuel trésorier du parti surfacturé par Bygmalion pour masquer la fraude au dépenses électorales de Nicolas Sarkozy en 2012 donner des leçons d'éthique finanière à Manuel Valls était cocasse. Ecouter François Fillon qui utilisait les Falcon de la République pour rentrer plus vite en weekend dans sa Sarthe réclamer de Valls qu'il rembourse le billet d'avion était ridicule.

Enfin, notre vie politique suit peut-être le chemin, heureux pour les citoyens, que d'autres démocraties plus nordiques ou anglo-saxonnes suivent depuis des lustres, celui de l'exigence.

L'exigence, tout simplement.

A bon entendeur...



"Fin 1995, Mona Sahlin, numéro 2 du gouvernement social-démocrate, est forcée de démissionner pour avoir réglé quelques courses, dont une barre chocolatée, avec sa carte de crédit de fonction."
Lire la suite.




18 avril 2015

415ème semaine politique: les mauvais suppléments de François Hollande.

 

Le président français déboule dimanche sur un plateau télévisé inédit pour lui, le Supplément, une émission animé par une journaliste conviviale et bonhomme, Maïtena Biraben, ce 19 avril sur CANAL+. Qu'avait-il à dire ?

 

Rien.

 

Pourtant, cette interview est essentielle.

 

A quelques jours du 3ème anniversaire de son mandat, François Hollande conserve une confiance inébranlable dans sa bonne étoile. Aussi inébranlable que les Français sont ébranlés, désabusés, résignés ou colériques. Il se prête au jeu d'une interview "décalée", comme pour mieux réclamer un supplément de mandat. La veille, Hollande inaugure l'Hermione, une réplique de la frégate de La Fayette. Un conseiller anonyme élyséen confie qu'Hollande aime la "proximité". Que c'est même son "ADN".  On attend donc beaucoup, beaucoup plus de cet entretien qu'un simple commentaire présidentiel sur les récentes propositions de son ami Claude Bartolone pour améliorer la vie politique et la motivation de la jeunesse (sic!). Beaucoup plus qu'une analyse courtoise des grands dangers du monde.

Après un pacte irresponsable qui a vidé les caisses publiques de recettes fiscales sans contreparties d'embauches ni d'efficacité économique, François Hollande laisse un gouvernement faire voter une loi hallucinante sur le renseignement.

Le tout dans la plus grande indifférence publique. 

La STASI ?
Les Français n'ont pas connu les affres de la surveillance de masse comme les Allemands de l'Est. La STASI, cette police politique du régime est-allemand, n'a été supprimée qu'il y a 25 ans, après la chute du Mur de Berlin et la réunification allemande. Cela explique pourquoi nos voisins d'Outre-Rhin n'osent pas renforcer les moyens de contrôle des citoyens dans les proportions que le gouvernement Valls a fait passer cette semaine. Les attentats de Charlie, début janvier, laissaient craindre un renforcement des lois de sécurité.

Jeudi 16 avril, l'Assemblée nationale achève l'examen expresse d'un projet de loi sécuritaire. Le 19 mars dernier, le gouvernement avait engagé une procédure accélérée pour ce texte. Le vote est pour le 5 mai, la veille du 3ème anniversaire de l'élection à la Présidence de la République de François Hollande. On se souviendra longtemps de cette coïncidence qui n'est plus que symbolique. Et de la rapidité avec laquelle le couple Hollande/Valls a fait passer un grave recul démocratique de la décennie.

La loi sur le renseignement  couvre toutes les techniques d'espionnage informatique que la technologie actuelle et future: captation, fixation, transmission et enregistrement de sons, d’images et de données informatiques; géolocalisation en temps réel, sondes (article 851-3) et même des techniques nouvelles tels les "dispositifs permettant de localiser en temps réel un véhicule ou un objet" (article L. 851-6); les "dispositifs mobiles de proximité" pour capter "directement les données de connexion" (article L. 851-7) dans un rayon donné (des "IMSI-catchers"), y compris, "de manière exceptionnelle" le contenu des correspondances (emails, etc); ou l'utilisation d'algorithmes d'espionnage  par la pose de "boîtes noires" chez les opérateurs pour détecter une "succession suspecte de données de connexion" (article L. 851-4), ces fameux "signaux faibles".

Premier grief, cette surveillance légalisée prend des proportions hors normes: son champ va bien au-delà de la lutte contre le terrorisme. Il comprend huit motifs, le terrorisme n'en est qu'un parmi huit - "la sécurité nationale, les intérêts essentiels de la politique étrangère, les intérêts économiques ou scientifiques essentiels, la prévention du terrorisme, la prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous, la prévention de la criminalité organisée et la prévention des violences collectives pouvant porter gravement atteinte à la paix publique". La loi autorise ainsi l'espionnage "préventif" de la moindre manifestation contre une mesure gouvernementale. Et que dire des intérêts économiques "essentiels" ?

Second grief, la loi renforce très peu et très mal le contrôle de ces opérations d'espionnage avec la création d'une Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR). Manuel Valls a refusé de placer cette surveillance de masse sous le contrôle de la Justice. Or la République est justement fondée sur cette séparation des pouvoirs - Exécutif, Législatif, Judiciaire. C'est au premier ministre de valider ces espionnage. La CNCTR n'a qu'un avis préalable et consultatif. Si ce dernier n'est pas suivi, elle peut ... saisir le Conseil d'Etat. On est rassuré. Quelques promoteurs du texte concèdent que rien n'est dit sur les moyens informatiques ou humains de la CNCTR pour contrôler effectivement les quelques milliards d'informations personnelles que nos services secrets vont désormais collecter.

Circulez, il n'y a rien à voir. A ce rythme, en 2017, il n'y aura plus rien de pire à voter.


Démission politique
Sarkozy au pouvoir, la gauche toute entière serait dans la rue à protester contre ce recul des libertés publiques. Cette fois-ci, le paysage politique est fracturé. Ou absent. La démission politique est manifeste.

A l'Assemblée, le débat, pourtant raccourci, se déroule en effet dans un hémicycle désert à gauche comme à droite.

L'extrême droite se régale - tous les outils de contrôle des citoyens seront là et en place pour le jour de sa arrivée au pouvoir. Marine Le Pen ne dit rien, pas un mot. Tout juste laisse-t-elle sa nièce Marion s'inquiéter de l'espionnage des opposants politiques. Les sarkozystes et fillonnistes applaudissent mollement mais se réjouissent. Eric Ciotti parle d'"avancées positives" ; les centristes de l'UDI toussent et protestent. Hervé Morin, ancien ministre de la Défense, est direct: "ce texte n'est pas anodin, il revient à mettre des procédures d'exception dans le droit commun."

A gauche, l'opposition est virulente. Les quelques écologistes hollandais qui espéraient encore, la semaine précédente, trouver un strapontin ministériel à l'occasion d'un improbable remaniement gouvernemental sont obligés de taire leurs ambitions tant ce nouveau texte va à l'encontre de toutes leurs positions actuelles et passées. Les écologistes ont désormais toutes les raisons nécessaires, et bien d'autres encore, de rester dans l'opposition.

A l’extérieur de l’hémicycle, le texte rassemble large... contre lui: le défenseur des droits (Jacques Toubon), les syndicats de magistrats, la commission nationale de l’informatique et des libertés, les associations de défense des droits de l’homme, et même des acteurs de l’économie numérique s'alarment, crient et protestent. Un hébergeur français vient ainsi d'annoncer son prochain déménagement à l'étranger pour échapper aux obligations d'espionnage imposées par le texte.

A l'Assemblée, une poignée de socialistes vallsistes, emmenés par Jean-Pierre Urvoas, votent avec l'UMP pour faire échec aux tentatives d'amélioration du texte conduites par Christiane Taubira. La Garde des Sceaux n'avale plus des couleuvres, mais des boas constricteurs. On s'interroge sur l'intérêt qu'elle conserve à rester en place. L'énervement au sein même du gouvernement est manifeste. Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, dérape face à une députée EELV: "Moi, ce qu’il y a dans les articles de presse, par principe, je ne le crois pas". Sans rire... La bourde est rapidement effacée de la retranscription des échanges.
"Il est évident que les techniques de recueil de renseignement sont susceptibles de porter atteinte à la vie privée." Christiane Taubira, à l'Assemblée, le 13 avril 2015.

Pour faire bonne figure, Manuel Valls annonce vendredi un grand plan de lutte contre le racisme. On retient quelques millions d'euros supplémentaires pour des associations, et un toilettage des textes réprimant la diffamation et le racisme. Même SOS RACISME est déçu.

Hasard ou coïncidence, les résultats d'écoutes téléphoniques "traditionnelles" sur deux enquêtes explosives sont justement publiés dans la semaine par la presse. On y "découvre" que Claude sait beaucoup de choses sur le financement de la Sarkofrance. Et que les proches de Marine Le Pen auraient organisé un système de surfacturation de frais de campagne remboursés par l'Etat.

Sarkozy, tranquille ?
Pourquoi aurait-il besoin de brailler ? Manuel Valls fait voter une loi sur le renseignement qui complète utilement l'effroyable et inutile dispositif sécuritaire qu'il avait mis en place entre 2002 et 2012 quand il était ministre de l'intérieur puis Président de la République. Manuel Valls parachève son oeuvre, dans l'indifférence politique la plus totale. Sarkozy aka Paul Bismuth n'avait donc pas grand chose à dire contre le projet de loi sur le renseignement.

Il y a bien Laurent Wauquiez pour fustiger le "laxisme" du gouvernement. L'ancien jeune premier de Sarkofrance a encore débloqué. Il instrumentalise le viol et le meurtre d'une gamine de 9 ans près de Calai par un Polonais interdit de résidence en France. En fait, le criminel avait bien été expulsé à sa sortie de prison

Plus inquiétant pour l'ancien monarque, Claude Guéant commence à douter des avantages à rester loyal et donc discret. La semaine passée, son fils a passé quelques dizaines d'heures en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne Sarkozy de 2007. Le 15 avril, le Monde publie quelques extraits d'écoutes téléphoniques de l'ancien secrétaire général de l'Elysée puis ministre de l'intérieur de Sarkofrance. On comprend l'amertume d'un homme lâché par les siens et surtout pas Sarkozy. Et combien il sait des choses encombrantes. "Je sais quelques petits trucs quand même (...). On n'est pas ministre de l'intérieur pour rien." confie-t-il un jour de 2014 à sa fille.

Guéant était le négociateur des deals de vente d'armements et de logiciels de surveillance à l'Arabie Saoudite, et à la Libye entre 2005 et 2007; du compromis avec Tapie sur le Crédit Lyonnais récemment annulé par la justice, ou des rapports avec les autocrates de Françafrique.

Sarkozy peut se concentrer sur les primaires à droite. François Fillon déclare sa candidature officiellement. Sarkozy confie que l'affaire est pour lui pliée. Son ancien premier des ministres s'énerve.

Feuilleton frontiste
Le feuilleton frontiste se poursuit.

Vendredi 17 avril, Jean-Marie Le Pen devait s'expliquer devant un bureau politique après ses propos pétainistes et xénophobes de la semaine précédente dans les colonnes du torchon Rivarol. Le patriarche fait un malaise le jour même. De toutes façons, il avait renoncé se présenter en tête de liste aux élections régionales de décembre prochain en région PACA. Sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, le remplace. La jeunette a les idées rances et nauséabondes de son aïeul. La bêtise et la haine n'attendent pas l'oeuvre du temps. Dans les colonnes de Valeurs Actuelles, elle minimise à son tour l'extermination des Juifs par les nazis pendant la seconde guerre mondiale.

Le Front national fait semblant d'être en crise. Le parti a le vent en poupe. Son faux psychodrame familial fait à peine illusion. Marine Le Pen franchit la dernière étape d'une (fausse) normalisation.

L'enquête sur les troubles financements du Front national progressent. On apprend du Monde quelques résultats de l'investigation ouverte depuis un an. Le schéma est édifiant. Pour les législatives de 2012, le FN avait contraint ses 559 candidats de commander leurs kits de campagne à la même agence de communication, RIWAL, fondée par un proche de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon. Jusque-là, rien d'illégal. Mais les juges ont découvert que RIWAL margeait à plus de 45% sur l'opération, quelque 2,4 millions d'euros de bénéfices sur 7 millions d'euros de dépenses électorales qui sont in fine... remboursés par l'Etat.

Trois personnalités clés de l'opération sont déjà mis en examen. L'enquête se poursuit. Des extraits d'écoute téléphonique sont publiés, comme cet échange d'Axel Loustau, trésorier de" Jeanne", le microparti Marine Le Pen, après une première perquisition :  "J’viens d’avoir Marine, elle est un peu agacée. Frédérique Chatillon, dirigeant de RIWAL, lui répond : « Elle est au courant de tout depuis le début… »

Marine Le Pen est au courant.

François Hollande face aux jeunes
Il est donc venu, ce dimanche, en direct sur CANAL+. François Hollande a été confronté à son bilan, mauvais, depuis 3 ans. Il a suffit d'un reportage de 3 minutes pour résumer 3 années. Hollande s'en sort avec des pirouettes, beaucoup d'humour. L'illusion ne dure pas quand il doit justifier la loi sur le Renseignement.

Hollande explique qu'il n'y aucune raison de s'inquiéter si l'on n'a rien à se reprocher. "On ne veut pas que nos conversations soient enregistrées. Personne ne pourra écouter vos conversations sans demander l'autorisation." justifia-t-il.

Sans blague. Il prit les devants et annonça qu'il saisirait lui-même le Conseil Constitutionnel sur cette loi. Il eut quelques mots méprisants sur l'absence de scrutin proportionnel. Face à quelques témoignages d'électeurs passés du PS au FN, Hollande sèche... "Je ne vais pas transformer en trois ans cette réalité, hélas. Je dois y travailler et faire en sorte que l’emploi soit la seule priorité qui compte pour ces gens. Comment faire pour qu’on puisse apporter plus d’emploi, encore plus d’emploi.."

Hollande fut pédagogue avec une poignée de lycéens, énervés par les attentats de janvier, et interrogatifs sur la laïcité. L'émission était vivace, mais Hollande n'avait que son humour pour s'en sortir.

C'était bien maigre.

Un peu plus loin en Europe, quelque 700 migrants étaient morts noyés.