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23 octobre 2014

Budget 2015: les raisons de la colère

 

Les grands équilibres du budget 2014 sont consultables par toutes et tous. Trente-neuf députés socialistes, dont deux anciens ministres, ont décidé de s'abstenir lors du vote du volet des recettes budgétaires, mardi 21 octobre 2014. Jour après jour, la majorité officielle se rétrécit.


Les raisons
Elles sont simples, connues, évidentes.

1. La TVA en 2014 sera inférieure de 4 milliards aux prévisions initiales. En cause, la crise. Mais pour 2015, le gouvernement espère mieux, +7 milliards d'euros pour l'impôt le plus injuste !

2. Le rendement de l'impôt sur le revenu, l'impôt le plus redistributif que nous ayons, est au contraire prévu stable, à 76 milliards d'euros l'an prochain. La TVA reste la recette principale du budget de l'Etat, 193 milliards d'euros.

3. Les niches fiscales baissent trop peu: "le coût des dépenses fiscales est évalué à 72,1 milliards d’euros (Mds€) en 2013, 78,9 Mds€ en 2014 et 81,9 Mds€ en 2015." En nombre, le gouvernement n'aura supprimé que 7 niches fiscales entre 2014 et 2015. Il en restera 453 l'an prochain.

4.  Le gouvernement supprime bien la première tranche de l'IR. Il allège aussi le mécanisme de la décote, qui bénéficie aux foyers fiscaux faiblement imposés. Cette mesure "bénéficiera à 9 millions de foyers fiscaux, 3 millions de foyers devenant non imposables ou évitant de devenir imposables."

Mais on est loin des amendements déposés par les "frondeurs". L'un d'entre eux l'a reconnu, ce 21 octobre.
"Il n'a été tenu compte d'aucun de nos amendements, ni sur la redistribution, ni sur les mise sous conditions des aides publiques aux entreprises" Pouria Amirshahi.

Évaluation des recettes du budget général

Évaluation des recettes du budget général pour 2015
     
(En millions €)
Désignation des recettes
Évaluations initiales
pour 2014
Évaluations révisées
pour 2014
Évaluations
pour 2015
A. Recettes fiscales
386 410
368 483
378 166
Dont :      
1. Impôt sur le revenu
80 331
75 298
75 808
2. Autres impôts directs perçus par voie d'émission de rôles
2 838
2 828
2 948
3. Impôt sur les sociétés
62 953
55 933
55 823
3bis. Contribution sociale sur les bénéfices
1 255
1 140
1 176
4. Autres impôts directs et taxes assimilées
13 532
13 139
14 221
5. Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques
13 306
13 396
14 573
6. Taxe sur la valeur ajoutée
191 553
187 823
193 235
7. Enregistrement, timbre, autres contributions et taxes indirectes
20 642
18 926
20 382
A déduire : Remboursements et dégrèvements
102 056
95 176
99 307
A'. Recettes fiscales nettes
284 354
273 307
278 859
B. Recettes non fiscales
13 817
14 069
13 719
C. Prélèvements sur les recettes de l’État
74 417
 
71 558
Dont :      
1. Prélèvements sur les recettes de l'État au profit des collectivités territoriales
54 193
 
50 516
2. Prélèvements sur les recettes de l’État au profit de l’Union européenne
20 224
 
21 042
Recettes totales nettes des prélèvements (A’ + B - C)
223 754
287 376
221 020
D. Fonds de concours et recettes assimilées
3 906
 
3 925
Recettes nettes totales du budget général, y compris fonds de concours (A' + B - C + D)
227 660
 
224 945


L'abstention, et après ?
Pourquoi l'abstention ? Ou plutôt, pourquoi n'avoir pas voter contre ce budget, ouvrir l'espoir d'une autre majorité ?

Finalement, la partie recettes du projet de loi de finances pour 2015 a été très modestement approuvée à l'Assemblée nationale, avec une courte majorité : 266 voix pour, 245 contre et 56 abstentions.Il y avait deux anciennes ministres dans la cohorte des abstentionnistes, Delphine Batho et Aurélie Filippetti. Les écologistes ont également hésité à voter contre: "Une très large majorité du groupe était opposée à un vote contre, qui aurait signifié l'idée d'être un groupe d'opposition, ce qui n'est pas le cas. " (François de Rugy).

Côté Elysée ou Matignon, on est au top. Valls se félicite: " le gouvernement a une majorité nette pour faire passer sa politique. " Quant à Hollande, il ne voulait pas entendre d'opposition constituée autour de Martine Aubry: "Les réformes, elles sont continues, elles ont été engagées dès les premiers mois de mon quinquennat et elles se poursuivront à un rythme encore accéléré jusqu'à la fin, parce que la France a besoin de réformes."

Il faudra bien qu'un jour les frondeurs assument la fronde, c'est-à-dire l'opposition.

18 août 2014

Pourquoi Hollande ne change pas d'avis

Pour certains, c'est une énigme. On ne voit pas bien comment une simple exonération massive de cotisations sociales, assortie d'un large plan d'économies budgétaires, pourrait un tant soit peu améliorer la situation économique bloquée dans laquelle se trouve le pays. L'Europe est en panne, la France à l'arrêt, la déflation menace, les promesses de redressement ne pourront être tenues. 


On attendait donc un peu, beaucoup, passionnément, des premières réactions officielles de la Hollandie au pouvoir.

Puisque la rigueur européenne, qui se décline en austérité dans le Sud de l'Europe, ne provoque que stagnation ou récession, on pouvait espérer un changement de ton, de discours, d'orientation.
"Pourquoi changer une politique qui ne marche pas? La croissance a beau être nulle, François Hollande s'en tient à la feuille de route qu'il s'est fixée le 31 décembre 2013 et qu'il a précisée ensuite le 14 janvier." , Le Figaro, 17 août 2014.
La tribune de Michel Sapin, un ami du Président et par ailleurs ministre des Finances, jeudi 14 août, a douché ces espoirs de changement. Le lendemain, François Hollande recevait Manuel Valls à Brégançon, en marge des cérémonies célébrant le débarquement de Provence de 1944.

La photographie officielle, montrant les deux face à face sur une table improvisée, fut accompagnée de commentaires officieux on-ne-peut-plus-clairs: "ils ont considéré qu'il fallait regarder ces chiffres avec lucidité et affronter la situation avec combativité".
 
Lucidité et combativité ?
 
Au JDD du 17 août, le premier ministre enfonce le clou. Il réclame du temps, il a raison. Qu'a-t-il d'autre à demander ? 
"On ne peut pas relever un pays qui s'enfonce dans la crise depuis trop longtemps, qui vit au-dessus de ses moyens depuis tant d'années, sans dire la vérité aux Français" Manuel Valls
Ce n'est plus vraiment une question de réalisme. Le réalisme au contraire impose de change de politique économique.

Pourquoi Hollande ne change-t-il pas d'avis ?

1. Parce que Hollande est mal conseillé.
Qui au sein de son gouvernement défend une "autre politique" ? Même Arnaud Montebourg ne dit rien, convaincu au nom du redressement industriel, qu'il faut améliorer les marges des entreprises plutôt que de préserver la consommation et l'investissement, fut-il public. Ses annonces de juillet, "6 milliards d'euros de pouvoir d'achat" par la simple mise en concurrence des secteurs réglementés ressemblaient à du Jacques-Attali. Hollande est un homme seul, mais il ne s'entoure d'aucune voix discordantes.


2. Parce que Hollande est convaincu.
Le candidat de 2012 n'était pas un gauchiste, ni même keynésien. Il a fait campagne, dès 2010, sur le thème du redressement des comptes publics. En 2012, son programme était suffisamment flou pour être fédérateur. La gauche de la gauche s'est longtemps réfugiée derrière le slogan du Bourget - mon ennemi, c'est la finance - à défaut de pouvoir exhiber des mesures concrètes non mises en oeuvre.

Après tout, Hollande est peut-être convaincu qu'il faut redresser les marges des entreprises plutôt que de faire ses 60 propositions de campagne. 

3. Parce que les médias le lui conseillent
Où sont les voix discordantes ? Elles se comptent sur les doigts d'une main. Rares sont les journalustes dits influents à prôner autre chose que la remise en cause des avantages sociaux (ceux des autres), forcément "coûteux" dans la "bataille de la mondialisation". Les médias ne sont pas unanimes, mais les lectures principales de l'occupant élyséen défendent assurément la politique de l'offre en vigueur.

4. Parce que Hollande a gagné sur ce programme.
Hollande a gagné contre Sarkozy avec trois grands soutiens, par ailleurs peu homogènes: la gauche, le centre, et les anti-sarkozystes. L'argument fait encore florès parmi les soutiens du président. C'est oublier combien la politique de l'offre a pris le dessus, un large dessus, sur l'ensemble de l'action économique du gouvernement.  

5. Parce que Hollande qu'il pourra ainsi gagner sa réélection.
Défendre les marges des entreprises plutôt que le pouvoir d'achat des salariés et des modestes est une option habituellement défendue à droite. La "modernisation" de la gauche, soutenue par Manuel Valls depuis quelques lustres, passerait par cette "triangulation" de la droite.  Le premier coup de grâce fut donné lors des voeux du 31 décembre dernier. Le second fut le 14 janvier suivant, lors d'une fameuse conférence de presse où le président normal enfonça tous les clous de son pacte de responsabilité. la nomination de Manuel Valls, après la déroute municipale de mars, acheva tous les espoirs. Faire une politique de droite pour ne paraître que la seule alternative politique au Front national en 2017 serait le "judicieux" stratagème.

6. Parce que Hollande est hors sol, déconnecté de la réalité.
C'est un syndrome bien connu. L'Elysée isole.C'est une tour d'ivoire. Hollande lit des notes rédigées par d'autres occupants de l'Elysée, chacun avec son agenda. " Il faut que François se réveille et vite!" confiait un proche anonyme dès décembre 2012. Dix-huit mois plus tard, le constat vaut encore.

7. Parce que les alternatives seraient caricaturales ou inaudibles.
Elles existent, elles ne sont pas structurées. La droite classique tente de ressusciter Margaret Thatcher (relire les propositions de François Fillon). L'extrême droite a chipé quelques arguments sociaux de gauche pour les mélanger à sa sauce nationale-socialiste. L'extrême gauche a oscillé entre incantations internationalistes hors sol et éructations clivantes. Quelques nouveaux venus comme Nouvelle Donne défendent sont trop faibles et sans relais.

8. Parce que l'Europe ne laisse aucun autre choix. 
En septembre 2012 déjà, François Hollande n'était pas parvenu à convaincre Angela Merkel d'appuyer une réorientation de la politique européenne vers davantage de croissance et une révision du TSCG. Personne ne peut décréter la réussite d'une négociation. Mais François Hollande a préféré endosser sans critiquer, passer sur l'épisode et pédaler de concert. Pourtant, "l'avenue de Bruxelles est une impasse" explique Hubert Huertas dans les colonnes de Mediapart. Hollande est-il capable, a-t-il envie de changer de discours ?



Crédit illustration: DoZone Parody


5 mai 2014

Ces journaux libéraux qui profitent de la dépense publique

Merveilleuse démocratie ! Depuis bien longtemps, l'Etat subventionne la presse au nom de sa diversité. 

Pourtant, le discours dominant imprime la plupart de nos médias écrits. Pire, les mêmes titres qui bénéficient de cette générosité du contribuables sont étonnamment sympathiques et supporteurs de la réduction de la dépense publique.

Quelle indépendance d'esprit !


289 millions d'euros...
Combien d'articles lus dans le Figaro, les Echos ou les autres pour fustiger le poids trop lourd des dépenses d'intervention de l'Etat ? On ne les compte plus. Ils encombrent leurs pages jour après jour.

Comment concilier un tel discours austéritaire pour les autres avec le bénéfice de telles aides publiques ?

La nouvelle fut à peine commentée, un peu raillée sur les réseaux sociaux. Le 29 avril dernier, le gouvernement a publié la liste des aides par titre versées en 2013. L'an passé, elles ont totalisé 289 millions d'euros. La liste des 20 premiers bénéficiaires étaient éclairantes:


Avec 16 millions d'euros reçus, le Figaro apparaît donc comme le grand gagnant de cette loterie. Que pouvait-on lire dans les colonnes du Figaro ces derniers jours ?  Le 1er mai,  l'une des journalistes du service Eco, Caroline Piquet,  dressait une liste (non exhaustive) des dépenses inutiles, "l'inventaire de ces comités fantômes auxquels le gouvernement pourrait s'attaquer." Le 30 avril,  le même Figaro publiait la tribune de Patrick Devedjian, l'élu francilien UMP avait plein de bons conseils à livrer en matière de réduction de la dépense publique: "C'est le moment d'entreprendre un important programme de privatisation des participations financières de l'Etat qui n'ont d'autre visée stratégique que de caser la haute fonction publique avant ses pantouflages et sans préjudice des conflits d'intérêt !" Le 2 mai, le même Figaro publiait un texte d'un économiste qui fustigeait le coût et l'inefficacité des emplois aidés.

Les Echos, un journal dont trois éditorialistes donnent chaque matin à la radio (deux à France Inter, le troisième sur Europe 1) des leçons de bonne gestion, récupère 4 millions d'euros. Le Point qui affirmait, le 30 avril dernier, que "le gouvernement n'avait plus le droit à l'erreur" en matière de baisse de dépenses, a touché 4,7 millions d'euros. L'Express nous régale tout autant de ses conseils justifiés au plus près des experts des officines néo-lib tel l'institut Montaigne.

Fallait-il préférer Paris Match, dont le choc des photos consiste à dérouler la publicité du couple Carla/Nicolas, et le poids des mots à relayer des éditoriaux sur la rigueur ? La République du Centre (4,6 millions d'euros d'aide publique)  où officie Jacques Camus, lequel conseillait fin avril aux députés frondeurs de "s'incliner" ? Ouest France (10 millions d'euros d'aide publique) où François Régis Hutin s'indigne contre les "effectifs de la fonction publique" qui, en France, "ont augmenté, entre 2000 et 2005, de 240 000, soit 48 000 de plus par an en moyenne" ?

Bien sûr, on pouvait se réjouir que d'autres titres, plus rares, tels l'Huma, la Croix ou même le Monde (pas franchement gauchiste, mais un "chouille" plus tolérant vis-à-vis des voix discordantes du moment) étaient également soutenus. Mais là n'était pas le fond du problème.

Tous les relais de la parole dominante touchent sans gêne ni honte des aides publiques directes qui font défaut ailleurs. 

Une parole médiatique quasi-unanime, étouffante.  

La confirmation était publiée ces derniers jours dans les colonnes de LExpress.fr, sous la plume de Jacques Attali. Il y écrit régulièrement. Il a conseillé François Mitterrand, Nicolas Sarkozy puis maintenant, bénévolement, François Hollande.

Le 4 mai dernier, dans un billet contre la "Droite sans vergogne", il rappelle le fond du problème, sans doute sans mesurer la portée dévastatrice de ses propos. Il critique la droite en expliquant que les Copé, Fillon et consorts ne devraient pas s'énerver puérilement puisqu'il y a consensus sur l'essentiel "parmi les élites".

Il a raison. C'est tout le problème. Le danger menace, un grave danger d'asphyxie générale. Malgré ces millions d'argent public distribué pour aider à la diversité de la presse, le discours dominant s'impose et se relaye avec facilité dans la quasi-totalité de nos médias.

En lisant ces quelques lignes, ne suffoquez pas. Le propos est si grave d'honnêteté involontaire qu'il faut le citer in extenso.
"La droite, comme la gauche, sait ce qui est nécessaire ; et il y a dans ce pays un consensus implicite de toutes les élites, politiques et syndicales, sur ce qu’il convient de faire pour moderniser le pays : rendre plus efficaces et plus justes les dépenses publiques, en particulier le financement du logement et des prestations sociales ; prolonger la durée du travail au rythme de l’augmentation de l’espérance de vie ; supprimer les départements ; concentrer la formation professionnelle sur les chômeurs ; développer la formation par alternance ; mettre en place une dévaluation fiscale pour améliorer la compétitivité ; développer la recherche ; relancer des grands investissements d’infrastructure ; briser les rentes des professions règlementées, des taxis aux commerces ; promouvoir la transition énergétique ; libérer les initiatives individuelles en particulier en renforçant les petites et moyennes entreprises; concentrer les moyens de l’éducation sur l’enseignement préscolaire. Et bien d’autres."

Dans son édition papier du 2 mai dernier, l'hebdomadaire Marianne expose la chose en couverture: c'est le "retour de la pensée unique".

C'est peu de le dire.





14 avril 2014

Pourquoi Harlem Désir va s'amuser à Bruxelles.

Harlem Désir a été nommé secrétaire d'Etat aux Affaires européennes. Le scrutin approche. En 2009, le PS s'était pris une claque assez violente, presque dépassé par la nouvelle alliance écologiste Europe Ecologie Les Verts. Cette fois-ci, tout est réuni pour un nouveau coup dur.


1. L'extrême droite rôde
La prochaine claque est pour bientôt. Tous les sondages nous le disent. Aucun sondagier n'explique sa méthode de redressement des données d'enquête. Mais les constats sont clairs, assénés, définitifs: Marine Le Pen en France va cartonner aux prochaines élections européennes de mai. En 2009, le FN avait pâti d'une UMP sarkozysée à la sauce identitaire et sécuritaire. A peine 6%, sur fond d'une abstention qui dépassait les 60%. Les récentes études ne montrent que des "progrès".

En Hongrie, le gouvernement autoritaire de Viktor Orban a remporté les dernières élections législatives. L'extrême droite, antisémite et anti-Roms, "Jobbik" a dépassé les 20%. 

2. La déflation aussi
Notre nouveau secrétaire d'Etat aux affaires européennes aura aussi fort à faire sur deux autres sujets. L'Europe est sous la menace d'une déflation généralisée. Même en France, l'inflation est ridiculement faible. On se souvient, non sans quelque ironie, des hurlements à gauche contre la hausse de la TVA décidée par François Hollande. Certains avaient beau expliqué que cette hausse frappait surtout des secteurs initialement "protégés" ou concurrentiels qui ne pourraient répercuter la hausse sur les prix aux consommateurs, le Front de Gauche s'était obstiné à hurler contre une prétendue hausse des prix. Près de quatre mois après la hausse, la hausse n'a pas eu lieu. C'est d'ailleurs, globalement, l'un des problèmes du moment.  Pire, la déflation menace aussi au niveau européen.

3. La défense délaissée
Pour satisfaire aux fichus critères de Maastricht, les pays les plus vertueux se sont efforcés de couper das leurs dépenses militaires. Trouvez-vous la planète si calme qu'il faille se désarmer collectivement aussi rapidement et unilatéralement ? Non bien sûr. L'idée, défendue par un analyste pourtant habituellement libéral, est de sortir les dépenses de défense des critères maastrichtiens d'équilibre budgétaire.

4. L'euro contesté
L'euro n'est plus un tabou à gauche. Plusieurs ouvrages témoignent d'une prise de conscience. Le plus médiatisé, "la Malfaçon", émane de Frédéric Lordon. L'auteur explique qu'il faudra bien récupérer davantage de souveraineté aux Etats si l'on veut s'en sortir. Un autre,  Aurélien Bernier, ancien dirigeant d'Atac, accuse la gauche radicale de s'être fourvoyer dans un européisme béat laissant au FN le champ de la contestation du fédéralisme et de l'euro.

En 2005, l'opposition au Traité constitutionnel n'était pas unanime contre la politique monétaire européenne. Il fallait remonter à 1992 et la lutte infructueuse contre le Traité de Maastricht pour retrouver pareils accents contre la BCE et le manque de souveraineté des Etats.

5. L'absence démocratique
Une troisième, Coralie Delaume, blogueuse émérite, dénonce cette Europe sans citoyens. Jacques Sapir évoque " le corpus grandissant de la littérature dite « eurosceptique », et qu’il faudrait mieux qualifier d’euroréaliste."  La construction européenne est un concept froid: "la logique du droit européen aboutit à cette figure monstrueuse d’un législateur en autoréférence, se prétendant omniscient pour s’affirmer omnipotent" écrit Sapir. Cette législation n'empêche même pas qu'on nous vende du cheval pour du boeuf. Ni qu'on protège les plus fragiles ou les plus déplacés.

L'Europe n'est plus politique. Elle est cet endroit où la loi s'est construite pour faire échec aux législations nationales, pour donner quelque aise au commerce et aux entreprises.

Le Traité de Lisbonne en 2008 a repris les termes du traité constitutionnel de 2005, pourtant refusé par référendum en France.

6. L'austérité à 28 ?
En septembre 2012, François Hollande a échoué à renégocier le Pacte budgétaire européen (TSCHG), malgré une légère inflexion en faveur de la croissance. Depuis 2008, l'Europe politique ne s'incarne qu'à travers les politiques d'austérité qui frappent le Sud de l'Union. La Grèce, puis le Portugal ou l'Espagne, vivent avec la Troïka, ce triumvirat qui rassemble la Commission de Bruxelles, la FMI et la Banque Mondiale. En 2009, l'Europe indifférait. En 2014, elle risque le rejet pur et simple.

La France n'est pas épargnée, elle aussi demande des sursis à répétition. En 2007, avant la crise, Nicolas Sarkozy  s'était précipité dès le mois de juin suivant son élection pour expliquer pourquoi la Sarkofrance ne tiendrait aucun de ses engagements de réduction de déficits. 7 ans plus tard, c'est pire encore, à cause de la gabegie sarkozyenne, et de la crise.

7. Le Traité translatlantique
Il y a eut quelques réalisations récentes, que notre secrétaire d'Etat rappellera sans doute: l'union bancaire, enfin agréée fin 2013, imposera aux banques en faillite de se retourner vers leurs actionnaires. Mais la même Europe a été invapable de se doter d'une taxe sur les transactions financières un tant soit peu forte.

L'Europe négocie avec une trop grande discrétion un nouveau traité de libre-échange. Au-delà du secret qui finira par être percé (la négociation ne débute véritablement qu'au printemps 2015), le plus grave est l'absence d'installation démocratique dans le processus.


Europe euro les peuples sont ils maîtres de... par SCHOUM1


3 mars 2014

Jean-François Copé se débat contre lui-même #video

L'actuel président de l'UMP a livré une étonnante déclaration publique après les accusations de surfacturation de frais de campagne par une agence de communication détenue par deux proches, publiée par le Point jeudi dernier. 

Jean-François Copé, ce lundi, se débattait contre lui-même.



Ce lundi 3 mars, au siège de l'UMP, il avait l'air fatigué et atteint. Quelques heures auparavant, il avait annulé une interview avec Jean-Jacques Bourdin sur RMC, lequel avait du coup invité son accusateur en chef, Franz-Olivier Giesberg, patron de la rédaction dudit Point. "Ceux qui parlent de moi à l'imparfait font une grosse erreur. Ils ne me connaissent pas..." avait-il confié au Monde un peu plus tôt.

"Je fais l'objet d'une campagne de presse agressive et haineuse" et d'une "véritable chasse à l'homme" a-t-il expliqué. Les termes sont choisis, et violents: "campagne agressive", "méthodes dignes de l'Inquisition", "bûcher médiatique"... Le député-maire de Meaux et président de l'UMP attaque avec les méthodes habituelles en pareil cas: violemment. Allumer le feu pour éteindre l'incendie est une technique bien connue.

L'homme a décidé de riposter tant sur le terrain judiciaire (une plainte pour diffamation serait à l'étude contre l'hebdomadaire) qu'à l'Assemblée nationale, avec le dépôt de deux projets de loi. Le premier texte viserait la presse: après avoir fustigé la loi sur la transparence votée contre l'avis de l'UMP à la suite de l'affaire Cahuzac, Copé voudrait aujourd'hui étendre l'obligation de déclaration de conflits d'intérêts imposées aux parlementaires aux ... responsables de presse bénéficiant d'argent public. En gros, cela concerne tous les médias d'information. Seconde proposition de loi, un texte déposé après les élections municipales qui ont lieu dans 3 semaines pour imposer la publication de la comptabilité de tous les partis politiques bénéficiant de financement public.

Le coup d'épée est ... dans l'eau. "Copé annonce des mesures qui existent déjà", commente le Monde.

Jean-François Copé a surtout raté l'essentiel. Au-delà de l'affaire elle-même, qui risque comme souvent d'être oubliée sous les tombereaux d'invectives qu'elle a suscité en ri
poste, le président de l'UMP paye aujourd'hui l'incroyable confusion des genres et des intérêts dans laquelle il s'est largement vautré depuis plus d'une décennie.

Maire de Meaux, il cumulait, comme d'autres, le mandat de député. Président du groupe UMP à l'Assemblée quand Sarkozy s'installait à l'Elysée, il se fit aussi rapidement embauché comme avocat d'affaires dans un cabinet parisien. Il refusa d'avouer quels étaient ses entreprises clientes.

Ministre du Budget sous la présidence de Jacques Chirac, il avait pour ami un intermédiaire de ventes d'équipement militaire, Ziad Takieddine. A la même époque, comme l'ont révélé les différentes enquêtes journalistiques et judiciaires depuis, Ziad Takieddine travaillait pour le compte de la France, à savoir Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur, pour vendre équipements et technologies en Libye (2005-2007), au Pakistan et en Arabie Saoudite (2002-2005). On se souvient de l'anecdote fameuse, relayée par Ziad Takieddine lui-même: ce dernier, en vacances sur l'île Moustique, avait été physiquement agressé au point de tomber dans le coma. Il avait été sauvé grâce à Copé qui avait dépêché médecin et avions privés pour le secourir.

En 2011, le site Mediapart débute l'édifiante publication d'une enquête sur les cadeaux de Takkiedine. Elle est illustrée de nombreuses photographies présentant Jean-François Copé, avec ou sans épouse, dans diverses propriétés de Ziad Takieddine (piscine à Antibes, yacht en Mediterranée, voyages payés en Jordanie ou en Egypte). En novembre 2011, Copé est accusé par un témoin d'avoir perçu de Ziad Takieddine de quoi règler les travaux d'aménagement d'un appartement de 160 mètres carrés acquis en 2004, rue Raynouard, pour 1,1 million d'euros.

On apprenait par ailleurs que les millions d'euros de rémunération touchés par Ziad Takkiedine pour ses bonnes oeuvres pour la France, ni les 40 millions d'euros de patrimoine estimé par Mediapart, ne lui avaient valu une quelconque imposition en France. L'ami du ministre du Budget, qui a fait notamment fortune grâce à son rôle d'intermédiaire dans la conclusion de ventes d'armes français, ne paye aucun impôt en France.

La belle affaire !

Dans son édition du 3 mars, relatent pour le Monde l'amitié de Jean-François Copé avec Bastien Millot et Guy Alves, les deux co-fondateurs de l'agence Bygmalion aujourd'hui au cour du scandale.

10 février 2014

Déficits: ce que François Hollande a réussi.

C'était la première année, 2013, de ce quinquennat Hollande. L'heure du premier bilan sur l'un de aspects les plus importants des ambitions de l'occupant élyséen, le redressement des comptes publics.

Il y a certes bien d'autres choses à commenter en matière économique dans cette première année: la progression ralentie mais continue du chômage, les lois de flexi-sécurité (ANI) et sur les retraites, ou le Crédit d'Impôt Emploi Compétitivité. Mais l'évolution budgétaire est tout aussi centrale que la lutte contre le chômage dans l'agenda de François Hollande.

Le ministère des finances vient justement de publier le bilan 2013 des comptes de l'Etat.

1. Le gouvernement a réduit le déficit budgétaire de 12 milliards d'euros en un an:  Selon les données publiées ce vendredi par le ministère de l’Economie, le déficit budgétaire budget en 2013 était de 74,9 milliards d’euros (contre 91 milliards en 2011 ou 87 milliards en 2012). "Ce déficit budgétaire est supérieur de 2,7 milliards d’euros à la prévision retenue dans la loi de finances rectificative pour 2013 (arrêtée en novembre), principalement en raison de rentrées fiscales moindres qu’escompté".

2. Les dépenses publiques n'ont pas été réduites en 2013. Elles ont même cru de 3 milliards d'euros, pour atteindre 377 milliards. Plus précisément, les dépenses de personnel sont restées quasi-stables, à 120 milliards (+0,5%); les dépenses de fonctionnement ont cru dede un milliard d'euros (-3%). La charge de la dette a baissé de près de 2 milliards (à 45 milliards). Les investissements de l'Etat se sont contractés de 10% (soit -1 milliard). Les prestations et subventions ont légèrement baissé, d'un peu moins de 1 milliard (à 66 milliards au total). La contribution française à l'Union européenne a cru de 18%, soit 2 milliards (22,5 milliards au total).

3. Les recettes fiscales ont augmenté. A force de cris d'orfraie et de théâtralisation systématique du ras-le-bol fiscal, on avait fini par croire que l'impôt ne rentrait plus dans les caisses de l'Etat. Bien au contraire ! En 2013, elles ont atteint 301 milliards d'euros, soit 16 milliards de mieux qu'en 2012. Dans le détail, l'impôt sur le revenu a rapporté 8 milliards de mieux qu'en 2012 (66 milliards); l'impôt sur les sociétés 6 milliards de plus (47 milliards); la TVA 3 milliards de plus (136 milliards);

 

20 janvier 2014

100 grands patrons contre les chômeurs

Ne croyez pas qu'il s'agisse d'une caricature. Une centaine de patrons des plus grandes entreprises du pays ont signé un ensemble de recommandations brutales pour résoudre le déficit de l'assurance chômage.

Un traitement de choc, et irresponsable, au moment même où François Hollande propose un pacte de responsabilité, baisse des cotisations contre embauches.

Du chômage partiel...
Il y a deux ans, presque jour pour jour,  le ministre du travail de Nicolas Sarkozy devait encore commenter une nouvelle hausse du nombre de demandeurs d'emploi en décembre dernier. Le bilan de l'année 2011 était exécrable.  On comptait 2,874 millions de sans-emplois à fin décembre 2011, soit +5,6% en un an, et un total de 4,9 millions d'enregistrés à Pôle emploi. En réponse à la crise, Nicolas Sarkozy avait favorisé le recours au chômage partiel via l'augmentation de la durée légale du chômage partiel (décembre 2008); le relèvement modeste de l'indemnisation du chômage partiel (janvier 2009), puis la mise en place de l'activité partielle de longue durée (mai 2009). En un an, le volume d'heures de chômage partiel passe de 1,6 millions au 3ème trimestre 2008 à 31 millions au 3ème trimestre 2009. Mais en 2010, l'évolution est inverse, le recours au chômage partiel s'effondre, pour retrouver un niveau très proche d'avant 2008 - 3,6 millions d'heures déclarées fin 2010. Sarkozy coupe dans les crédits de la politique du travail, réduit le volume d'emplois aidés. Pour 2012, il avait remis ça, avec une nouvelle réduction de 10% des crédits.

Deux ans plus tard, dans quelques jours, le bilan de l'année 2013 sera connu. Le cap des 3 millions de sans-activité inscrits à Pôle emploi est dépassé depuis l'été 2012. Celui de 5 millions inscrits également.

En juin 2013, la loi de flexi-sécurité instaure une durée minimale hebdomadaire de travail de vingt-quatre heures, et une rémunération majorée de toutes les heures complémentaires (10% minimum dès la première heure). Et Hollande a lancé tous les dispositifs d'emplois aidés qu'il avait promis - contrats de génération et emplois d'avenir. En cette fin d'année 2013, alors que "l'inversion de la hausse de la courbe du chômage" n'était pas au rendez-vous, l'actuel président change son fusil d'épaule et propose un dispositif qu'il espère "gagnant/gagnant", un "pacte de responsabilité" qui fait hurler à gauche.

Mais voici que ce dernier, qui s'ouvre par une généreuse réduction de cotisations familiales, ne suffit pas à certains au MEDEF.

... au chômage tout court
Les partenaires sociaux ont débuté vendredi dernier la négociation UNEDIC qui vise à réduire le déficit de l'assurance chômage. MEDEF d'un côté, syndicats de salariés de l'autre, aucune des parties en présence n'a annoncé de révolution en la matière. On semblait frôler le compromis facile, la discussion aisée, l'atmosphère plus détendue que par le passé.

Lors de sa conférence du 14 janvier, Hollande avait donné sa position sur cette négociation: "ce n’est pas à un moment où il y a un taux de chômage élevé qu’il faut réduire les droits des chômeurs"; mais, avait-il ajouté: " tout ce qu’on peut faire pour que des chômeurs puissent être formés, qualifiés, accompagnés nous devons le faire. Tout ce que nous pouvons faire pour qu’un certain nombre de demandeurs d’emploi soient incités à reprendre un emploi sans encourir un certain nombre de difficultés ou de charges supplémentaires nous devons le faire."  On pouvait accuser Hollande de tous les maux, mais pour l'heure, il n'avait rien fait ni recommander autre chose qu'un maintien des indemnisations et un meilleur effort en faveur de la formation des chômeurs.Ces ministres ont tous répété depuis le même message.

La crise, qui maintient un chômage massif, a évidemment déséquilibré les comptes de l'UNEDIC: l'endettement a atteint 17,8 milliards d'euros l'an passé, et plus de 22 milliards d'euros attendus cette année. Le solde net entre encaissements de cotisations et reversements est moins dramatiques, quelques milliards par an; mais il est structurel.

Pourtant, moins d'un chômeur sur deux inscrits à Pôle Emploi touche une indemnisation - 48% pour être exact. A fin novembre dernier, dernière statistique connue, le nombre de demandeurs d’emploi indemnisés par le régime d’assurance chômage s'affichait en baisse de 1,2 % en un mois, tandis que le nombre de ceux indemnisés par le régime de solidarité nationale augmente de 1,6 %.

Pour 2014, l’Unédic prévoit encore 63.200 chômeurs de plus.

Les 100 patrons
L'Association française des entreprises privées (AFEP) a livré ses recommandations, dans le secret.

Source: Les Echos
1.  Elle récuse toute hausse, même minime, des cotisations chômage: "Au ­contraire, leur niveau déjà élevé pose la question à terme d’une baisse"

2. Elle souhaite durcir les sanctions, c'est-à-dire l'exclusion des chômeurs, quand ces derniers refusent une "offre raisonnable". On se souvient du dispositif installé par Sarkozy au plus fort de la crise, au printemps 2009, désactivé depuis le changement de majorité.

Il y a quelques jours, la DARES a publié une étude des sortants de Pôle Emploi en juin 2013: sur les quelque 470.000 personnes sorties des statistiques, à peine 47% avaient effectivement décroché un boulot. Si l'on ajoute les 11% partis en formation, on comprend que 42% des sortants sont évacués de Pôle emploi... sans emploi ni activité. Mais c'est donc insuffisant pour l'AFEP...

3. L'AFEP propose de réduire la durée d'indemnisation maximale, de 24 à 18 mois (de 36 à 30 pour les seniors). Bruno Coquet, un économiste auteur d'un bouquin sur le sujet, commente:  "La seule étude empirique existante conclut qu'elle aurait ralenti le retour à l'emploi. Il me semble très risqué de faire baisser les allocations de tous les chômeurs pour un bénéfice aussi aléatoire et concentré sur une extrême minorité de chômeurs"

4. Elle suggère enfin d'augmenter la durée de cotisations à 12 mois au lieu de 4 (sur les 28 derniers mois)  pour pouvoir prétendre à une indemnisation.

Dans cette négociation, les belles comparaisons avec nos homologues européens sur la générosité du système français ont évidemment reprises. 

Nos grands patrons connaissaient-ils la situation des chômeurs ? Nul ne sait. Sans doute avaient-ils lu quelque rapport et statistiques. Sans doute ignoraient-ils que Pôle emploi ne récupère que 250.000 offres d'embauches par mois. Sans ignoraient-ils aussi combien touche un allocataire quand il a la chance d'être indemnisé. En avril 2013, l'UNEDIC a livré une évaluation des chômeurs indemnisés.

L'allocation moyenne est de 1.055 euros par mois, et représentait 69% de l'ancien salaire net.

1.055 euros par mois, c'est 78 euros à peine de plus que le seuil de pauvreté.




6 novembre 2013

Pourquoi Hollande devrait craindre la coagulation.

Crédit:  Elysee.fr

C'est la nouvelle théorie à la mode, l'explication d'une séquence de reculades sur le fond mineures mais trop fréquentes pour passer inaperçues: le spectre d'une "coagulation" d'intérêts contradictoires mais convergents pour l'occasion. Si Hollande s'en méfie, est-il conscient de sa responsabilité ?


Dans un billet publié ce lundi sur le Point.fr, on développe l'idée. L'article n'est pas signé, c'est peut-être Emmanuel Berreta, nouveau patron de la rubrique politique de cet hebdo d'opposition.

Imaginez que vous débarquez de loin, d'un autre pays, peut-être même d'une autre planète. Lisez donc la presse, écoutez donc les conversations. La France vous semblera effectivement au bord d'une crise de nerfs générale sans que l'on comprenne bien comment elle en sortira.

Ce lundi 4 novembre était ainsi exemplaire de ces débuts de semaine du quinquennat depuis bientôt un an: un psychodrame tous azimuts. Rentrée des classes oblige, dans quelques lycées franciliens, des élèves protestaient encore pour le retour de Léonarda et de sa famille, et du jeune Arménien Khatchik, voire pour l'arrêt de toutes les expulsions de clandestins.  Ailleurs, à cause de l'assassinat de deux journalistes français au Mali, François Hollande convoque une réunion de crise à l'Elysée. 
Malgré un hommage qu'on imaginait quasi-national, on entend des voix ici ou là pour critiquer sans vergogne la responsabilité des autorités françaises, et/ou de ces journalistes tués.

Dans un éditorial fameux pour Marianne, Jean-François Kahn voulait sortir Hollande du jeu politique, "par le haut". C'est-à-dire le remettre en position d'arbitre, comme Nicolas Sarkozy, cramé par les 10 premiers mois de son mandat agité, avait tenté de le faire en son temps. Lundi soir, Yves Calvi en rajoutait une couche, sur France 2, en dédicaçant son émission Mots Croisés à ce fichu thème: "Hollande, la paralysie ?".

Des manifestants "pour l'emploi" et "contre la crise" ont scandé ce samedi en Bretagne, "Hollande démission". Lundi matin, alors que quelques réunions associant pouvoirs publics et représentants locaux débutaient, nos médias de toute nature et toute obédience titraient sur notre président "désarmé face au bourbier breton" . Dans le Point.fr, on pouvait donc lire que "la révolte des "bonnets rouges" préfigure le cauchemar de François Hollande : la "coagulation", soit l'union de tous les mécontentements."

On citait un conseiller anonyme: "On sent une tension de plus en plus forte de certaines franges de la population sur l'immigration, la laïcité, la pauvreté (...), cela devient éprouvant". Ou un ministre, également anonyme: "Je ressens un grand désarroi de la part de ceux qui nous ont élus. (...) Au point où on en est, je me demande vraiment comment on va s'en sortir".

Donc, coagulation... ou pas ?

L'heure est effectivement grave.

On réalise, en cette période de fausse rentrée, que les plans sociaux s'accumulent. La Bretagne s'indigne d'une éco-taxe qui n'a pas eu lieu. Mais en Bretagne, comme ailleurs, le vrai trouble est quasiment existentiel: les plans sociaux se multiplient: Alcatel Lucent, Sanofi, La Redoute, Tilly-Sabco, FagorBrandt, Marine Harvest, on en dénombre au moins 1.000 en 12 mois. Et, à Bercy, on promet pire encore: "Les mois de novembre et de décembre vont être terribles (...). De grosses restructurations vont encore être annoncées, avec un impact local important sur l'emploi."

Le Pacte de Compétitivité venait de fêter sa première bougie. Louis Gallois, auteur du rapport éponyme mais peu suivi était presque satisfait: "Avant que la situation ne s’améliore, il faut qu’elle arrête de se détériorer. On en est au moins là aujourd’hui." Mais ceci est encore insuffisant. L'incantation neo-lib à la compétitivité de nos coûts du travail est une voie sans limite. Il y a toujours un pays moins cher sur la surface du globe. Louis Gallois lui-même espérait mieux et plus fort: "pour combler le retard sur l’Allemagne par exemple il aurait fallu 100 milliards de baisses de charges. Un choc 5 fois plus important. Mais si les patron n’investissent pas ou n’embauchent pas, c’est aussi parce que la conjoncture n’est pas bonne, que l’euro est trop élevé et enfin parce qu’ils doutent."

Hollande a toujours su, jusqu'à présent, dé-coaguler les oppositions. On l'a constaté sur la réforme des retraites (qui connait une péripétie provisoire au Sénat où le compte pénibilité a été refusé par la droite, et l'allongement de la durée de cotisations par la gauche), ou l'ANI.  En Bretagne, un large dispositif de concertation tous azimuts, comme pour transformer la Bretagne en "laboratoire des remèdes potentiels face à la crise", a été déployé: un plan régional, la suspension de l'éco-taxe pour en négocier les modalités, des rencontres avec tous les syndicats de salariés et patronaux, les organisations professionnelles, les élus et préfets départementaux.

Mais cette stratégie du "déminage permanent" se retourne aujourd'hui contre son auteur. 

Primo, elle nuit à la lisibilité de l'action. Car Hollande n'incarne finalement plus aucun dessein. Le "redressement" est une cause incertaine tant les paramètres internationaux sont imprévisibles, et insuffisamment motivante. L'action hollandaise est insuffisamment visible. Prenez ce Pacte de Compétitivité tant loué dans les milieux patronaux, il faut le chercher pour le trouver ! Et à force de taper sur tout le monde, il s'est privé de quelques réformes fortes mais clivantes - une réforme fiscale - et, en conséquence, de quelques arguments politiquement forts - le redressement dans la justice.

Secundo, en période de crise (des finances publiques, du chômage, etc), le déminage consiste moins à satisfaire un peu tout le monde - on n'en a plus les moyens - qu'à prendre le risque de mécontenter un peu chacun. Nicolas Sarkozy criait fort pour masquer une immobilité hors norme. Hollande agit par petites touches au point d'agacer. En d'autres termes, il désolidarise progressivement son propre camp, initialement déjà étroit compte tenu de l'état du pays.



26 septembre 2013

Austérité version Hollande: Où trouve-t-il 15 milliards d'euros d'économies ?

(source)
Le gouvernement nous l'avait promis, 80% des efforts pour redresser les comptes publics l'an prochain porteraient sur des réductions de dépenses. Mercredi 25 septembre, le projet de loi de finances livre enfin quelques-uns de ses secrets.

Au final, le déficit budgétaire ressort quand même en hausse à 82,2 milliards d’euros l'an prochain, (contre 72 milliards attendus en 2013), à cause des 12 milliards de crédits décaissés pour les programmes d’investissement d’avenir.

Les services de Bercy ont trouvé 15 milliards d'économies, ce qui n'est pas rien. Six sont piochés sur la Sécurité sociale, neuf sur les dépenses de l'Etat.

Plus précisément, voici quelques-unes de ces économies proposées. La liste est loin d'être exhaustive, d'autres analyses suivront.



  • Report du 1er avril au 1er octobre de l'indexation des retraites (hors minimum vieillesse): 800 millions d'euros
  • Réduction du quotient familial : un milliard d'euros
  • Réduction des dépenses d'assurance maladie (sans détail à ce stade): 2,9 milliards d'euros
  • Réduction des aides familiales pour les familles aisées: 200 millions
  • Réforme des frais de justice: 45 millions
  • Réduction des dépenses de fonctionnement des ministères (-2%) - le gouvernement évoque ainsi 47 millions sur les ministères économiques et finances.
  • Suppression de 13.000 postes de fonctionnaires pour l'essentiel aux Finances (2.600) et à la Défense (8.000). Compte tenu des recrutements dans l'Education, la justice et la police, le solde net ressort à 3.347 suppressions seulement (après +5000 créations en 2013)
  • Dotations aux chambres de commerce, chambres consulaires, chambres d'agriculture: 300 millions
  • Remplacement de la prime d’apprentissage par "une nouvelleaide concentrée sur les très petites entreprises ": 550 millions
  • Réduction des dotations aux collectivités locales: 1,5 milliards d'euros, dont 840 millions pour les communes, 476 millions pour les départements et 184 millions pour les régions. Au passage, le gouvernement évoque une "meilleure péréquation en faveur des collectivités les plus fragiles" ("le Fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales (FPIC) passera de 360 M€ à 570 M€ en 2014 ; le Fonds de solidarité des communes de la région d’Île-de-France (FSRIF) progressera de 230 M€ en 2013 à 250 M€")
  • Réduction du bonus automobile : 230 millions d'euros
  • Durcissement du malus automobile: 100 millions sur le malus, dont le niveau maximal est porté à 8.000 euros au-delà de 200 grammes de CO2 émis au kilomètre.
  • Non-indexation des aides au logement (APL): 177 millions d'euros (ce qui annule le coup de pouce de 2013).
  • Réduction des aides publiques au développement: 163 millions d’euros (qu'en pense Pascal Canfin ?)

15 milliards d'euros sur près de 300, est-ce de l'austérité ?

Techniquement, non. Politiquement, sans doute.


[NDR: L'affaire régale les commentateurs néo-libéraux. Ecoutez donc Nicolas Doze, l'éditocrate enroué de BFM-TV. On évitera, ici, de critiquer la démarche dans son ensemble, mais plutôt les arbitrages qui ont été retenus: l'intoxication neo-lib sur le "ras-le-bol" fiscal a fait son oeuvre. Certaines mesures d'économie ici présentées sont proprement scandaleuses, comme le gel des APL. Nous n'avons pas fini d'en parler. ]


Lire aussi:
L'intégralité du projet de loi
Ces dépenses qu'aucun gouvernement ne peut diminuer (Le Monde)