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9 février 2019

Ce que Macron et Benalla ont caché (614ème semaine politique)



Semaine stupéfiante - une crise économique, des manifestants mutilés, une loi liberticide votée par des députés godillots, et des barbouzes élyséens qui en prestation pour un oligarque russe qui cachent d'autres secrets plus graves encore.



Uber-laxisme

Il y a beaucoup à dire, trop à commenter: la facture alimentaire qui bondit en ce début février. à cause de la décevante loi sur l'Alimentation (pour les produits les plus vendus, la hausse est de 4%); la sanction du doyen de la Fac de droit de Montpellier et d'un professeur après les violences qu'ils avaient ordonnées pour déloger des étudiants grévistes; la nouvelle charge de Macron contre l'anonymat tandis que son propre conseille de com' Ismael Emelien transmettait l'été dernier des images sur les violences du 1er mai à des trolls macronistes anonymes pour dévier l'affaire Benalla; ou, plus grave encore, l'économie: après la révélation de cette désynchronisation flagrante entre les dividendes (qui ont cru de 44%) et l'emploi (qui a chuté de 20%) des entreprises du CAC40 depuis 30 ans, ou plus récemment les médiocres résultats du chômage de l'ère Macron, on devrait décrypter l'effondrement des créations nettes d'emplois en 2018, officialisé par l'INSEE: 106.000 créations en 2018, soit 3 fois moins que 2017. On devrait s'interroger sur Ou questionner la dégradation des comptes publics dénoncé par la Cour des Comptes à cause des deux premiers budgets publics votés par les macronistes: les allègements fiscaux pour les ultra-riches (ISF, flat tax, etc), justifiés par les longs coûtent 5 milliards annuels. Pire encore, le basculement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allègements de charges coûte 0,9 point de PIB...

Le traitement de faveur des "premiers de cordées" est un échec. Le ruissellement enrichit une minorité d'ultra-riches, les allègements de cotisations et la libéralisation/précarisation du Travail n'a rien produit d'autres qu'un ralentissement de l'emploi et un creusement des déficits à un niveau quasi-sarkozyste.

Uber-président

La France éditocratique s'extasie sur le Grand Débat, cette libre antenne présidentielle qui n'est pas décompté du temps de parole politique, à moins de trois mois des élections européennes. Macron par ci, Macron par là. Macron qui surprend une classe d'école en marge d'un débat avec un micro-troupeau de journalistes sélectionnés (les autres râlent). Macron en bras de chemise, Macron qui distribue le micro, Macron qui "prend les questions par paquet de trois". Macron avec les vieux, Macron avec les jeunes. Macron qui blague, Macron qui sourit, Macron qui réfute, Macron qui donne des leçons.

Macron, Uber-président à plus d'un titre.

Jupiter est de retour. Il n'est jamais aussi vertical dans sa posture que lorsqu'il est au milieu de foules triées où le déséquilibre de la parole est scénarisé et organisée. Chaque débat est l'occasion d'insister sur ce décalage. Jupiter est au-dessus, les autres sont en dessous. Pourtant Macron n'est qu'un élu. C'est lui qui devrait s'agenouiller. C'est lui qui est redevable, lui président qui est l'obligé de ses concitoyens sans qui il ne serait rien.

Avec son Grand Débat, l'uber-président uberise le débat politique. Il veut étouffer la révolte des Gilets Jaunes, il court-circuite ces corps intermédiaires qu'il appelait à la rescousse au creux de l'automne quand la Macronista tremblait chaque samedi devant les Gilets Jaunes.


Uber-Flop

La France éditocratique s'extasie et pourtant... les audiences présidentielles s'effondrent. La tournée macroniste, qui truste jusqu'à 5 ou 6 heures d'antenne à chaque show, peine à convaincre le public: 1,2 million de téléspectateurs avaient regardé le lancement du grand débat national à Grand-Bourgtheroulde (Eure) début janvier; puis 1 million pour le second à Souillac (Lot). On chute à 400 000 pour celui d'Evry-Courcouronnes cette semaine.

Autre flop, plus discret celui-là: le parti présidentiel avait organisé une consultation sur le projet européen en vue du prochain scrutin: alors qu'il revendique plus de 350 000 "membres" et que l'europhilie serait dans son ADN politique, En Marche a péniblement attiré 10 000 internautes en quelques semaines.


Uber-répression

Source: David Dufresne
Depuis deux mois, la police a rétabli ses sinistres voltigeurs motorisés, des "Détachements d'Action rapide" qui sont responsables de bons nombres de violences et blessures graves contre les manifestants.

La loi dite "anti-casseurs" est votée. Une cinquantaine de macronistes préfère "courageusement" s'abstenir. S'abstenir ne sert à rien. Ce texte liberticide, digne d'une autocratie, est un pas de plus vers la "dictature tranquille" : interdiction collective ou individuelle de manifestations sur décision de police, fichage des interdits de manifester. Un seul député macroniste rend son tablier, et quitte le groupe jupitérien.

Dans les rues, le nombre de blessés graves augmente semaine après semaine. Sur les 12 premiers actes des Gilets Jaunes, le bilan officiel s'établit à 7 000 interpellations, 1900 blessés, 1000 condamnations et près de 10 000 tirs de grenades anti-manif. Samedi 9 février, Acte XIII, un manifestant perd sa main sous l'explosion de ces grenades de désencerclement que la France autorise. Le journaliste David Dufresne poursuit son comptage des violences policières, avec 410 signalements, dont 4 mains arrachées, 19 éborgnements et 183 blessures à la tête (en date du 9 février).

"On n'est pas à Caracas" ricane la ministre de la Justice quand l'opposition hurle contre la loi anti-casseur. Mais jusqu'à quand ? 

Cette semaine, le domicile de Manuel Bompard, numéro deux des candidats insoumis aux élections européennes, est perquisitionné par la police. Que cherchaient-ils ? Les cinq policiers ont saisi des fichiers informatiques sans importance, l'affiche de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa profession de foi.

Uber-indulgence

On n'est pas à Caracas, mais sans doute déjà dans un régime de voyous. La répression frappe déjà la presse. Lundi en fin de matinée, policiers et procureurs, aux ordres, tentent de perquisitionner le journal Mediapart, qui refuse. La démarche est inouïe.

Depuis quelques jours, l'Elysée panique à nouveau. Mediapart a révélé une nouvelle salve de documents et d'informations sur les barbouzeries élyséennes. La police veut perquisitionner alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre le journal.

– Alexandre Benalla à Vincent Crase: « Et on efface tout à chaque fois. T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ? » (source: Mediapart)

  1. Mediapart révèle que "l’oligarque russe Iskander Makhmudov a signé un contrat de sécurité avec Mars, la société de Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée." Cet oligarque est un milliardaire proche de Vladimir Poutine, inquiété par la justice européenne.
  2. En écoutant une dizaine d'enregistrements clandestins de conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, on comprend aussi que les deux hommes ont aussi violé leur contrôle judiciaire l'été dernier; qu'ils ont aussi comploté pour (1) supprimer des preuves, (2) déplacer leurs activités de sécurité privée sur une autre entreprise avec un prête-nom.
  3. Ces enregistrements auraient été réalisés au domicile de ... la cheffe du Groupe de Sécurité du Premier Ministre Edouard Philippe. Jeudi 7 février, cette dernière démissionne.
  4. Son compagnon, Chokri Wakrim, faisait partie des 5 personnes embauchées par Vincent Crase pour ces prestations russes. 
  5. Mediapart révèle également que Benalla a menti devant la commission d'enquête sénatoriale: "nos éléments démontrent au contraire qu’Alexandre Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat (russe), y compris dans ses montages financiers."
  6. Pendant ces prestations russes, Alexandre Benalla travaillait pour Macron à l'Elysée et Vincent Crase responsable de la sécurité du parti présidentiel.
  7. En Novembre, Crase et Benalla se sont fait embaucher par une nouvelle société de sécurité ouverte au nom d'un jeune garçon de 18 ans. Un prêt-nom, soupçonne Libération.
  8. Après son licenciement, Benalla a pu retrouver ses passeports diplomatiques pour des "missions en Afrique". Il a aussi été gracieusement hébergé par Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien qui "a également reçu la visite de son ami Chokri Wakrim" selon Libération.
  9. La police a tenté de perquisitionner Mediapart trois jours après la publication des enregistrements. Elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coffre-fort de Benalla mystérieusement disparu l'été dernier de son domicile privé.
"Truc de dingue, le “patron”hier soir il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi."
Alexandre Benalla à Vincent Crase (source Mediapart).


"Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr." Emmanuel Macron, 6 novembre 2018

D'où vient cette indulgence, ce deux-poids, deux-mesures qui ne cesse de choquer ? Pourquoi Emmanuel Macron est-il à ce point indulgent avec son ancien chef de sécurité alors qu'il lâche une répression inouïe, à la haureur de sa trouille, contre les Gilets Jaunes, Mediapart et l'opposition ?

Les perroquets macronistes répètent que l'affaire Benalla est une dérive individuelle. Il a été prouvé cette semaine que c'est faux. 






Ami(e) macroniste, comment pouvez-vous avoir une cécité aussi grande?



13 novembre 2013

Manuel Valls premier ministre ?

La messe serait donc dite, il faudrait donc remanier ou tout changer.

Comme Jacques Chirac en 1997, après d'épuisantes grèves de l'hiver précédent, comme François Mitterrand 2, qui crama un premier ministre tous les 18 mois ou presque lors de son second septennat, comme Nicolas Sarkozy passé le mois de janvier 2008 où son Bling Bling hautain et agité plaçait François Fillon comme son premier collaborateur, voici François Hollande à son tour brûlé par un régime et son action qui ne suffisent plus à contenter les sondeurs, les commentateurs et, paraît-il, le peuple.

Il faudrait remanier, urgemment.

Vraiment ?

1. Certains ministres sont effectivement à bout. Le compromis initial de ce gouvernement, une alliance PS/EELV/PRG, de Manuel Valls à Christiane Taubira - pour ne citer que deux exemples - ne sert plus à rassembler. Il brouille. Un remaniement sert à replacer un centre de gravité dans une équipe qui l'a perdu.

2. Remanier est une astuce politique de la Vème République. Sans changement de majorité, cela peut ressembler à un changement d'équipe de hockey-sur-glace: on poursuit le même match, mais on injecte des remplaçants. Les sondés réclament un nouveau premier ministre, et pourtant Ayrault est moins impopulaire que Hollande. Allez comprendre... Le changement d'un premier ministre modifierait-il le mécontentement des Bonnets Rouges, des enseignants, des pigeons, du Medef, des inspecteurs du travail, des auto-entrepreneurs, ou des patrons de clubs de football ?

3. François Hollande pourrait nommer Manuel Valls. Cela aurait le mérite d'une certaine clarté, ce serait un choix décisif et fort, à défaut d'être agréable. Il rétrécirait sa base politique à gauche car EELV, Christiane Taubira, et même nombre de socialistes ne suivraient sans doute pas. Mais on verrait bien si l'homme politique le plus populaire de France survivra à l'épreuve de ce combat-là.

4. François Hollande pourrait nommer un autre premier ministre, plus marqué à gauche. Il pourrait, techniquement. Le Président a toutes les cartes. Mais serait-il gagnant ? Il faudrait que le centre de gravité se déplace à gauche. Les élus EELV y sont prêts, mais que pèsent-il ? Pas grand chose, commentait l'un d'entre eux la semaine dernière. Hollande devrait convaincre le Front de gauche, c'est-à-dire négocier un programme de gouvernement. Suivant cette logique, il devrait donc renoncer à quelques éléments saillants de son programme électoral - comme le redressement à bâtons rompus des comptes publics. On imagine la réaction de celles et ceux qui, plus à droite, ont aussi voté pour Hollande et sur ce programme-là.

5. Hollande pourrait dissoudre l'Assemblée nationale. Les éditocrates y voient la preuve d'une insondable panique dans l'esprit de ceux qui évoquent cette idée. La démarche aurait le mérite (1) de faire faire le sale boulot à quelqu'un d'autres; (2) d'épuiser prématurément une droite républicaine sans renouveau; (3) de provoquer une négociation d'accord de gouvernement. Elle révèlerait surtout combien ce régime est à bout de souffle.

6. Cette affaire de remaniement est d'abord une chose sondagière. Une arnaque d'institut parfaitement résumée par l'Observatoire des Sondages, juste après cette étonnante couverture du JDD, le 3 novembre dernier.
"Ces « enquêtes » mettent en question de manière manifeste la méthodologie des sondages et l’intelligence de ceux qui les commettent. Un chiffre est en effet intéressant : il est 15 % de sondés qui jugent que rien ne doit changer. Mais qui sont donc ces gens qui ont pris la peine de répondre à un enquêteur par téléphone sans avoir de doléances ni de mauvaise humeur à exhaler ? Manière de signaler que ceux qui répondent le font pour exprimer un désir de changement quelconque."
Bref, cet urgent remaniement, exigé par quelques médiacrates pressés de changement, est une affaire de commentaires. Le plus grave reste ailleurs, tout le monde le réalise, enfin.

Notre actuel président, tout normal qu'il soit, pilonne l'actualité de trop de mauvaises nouvelles, parfois anecdotiques mais suffisamment fréquentes pour provoquer l'exaspération. Et, en parallèle, l'absence de cap alternatif majoritaire est aussi troublante qu'inquiétante.

Il n'y a pas un plan B mais autant de plans que de lettres dans l'alphabet.









Crédit illustration: DoZone Parody

31 janvier 2013

Mariage Gay: comment l'hystérie française se poursuit

Le sujet est sensible, évidemment. En novembre dernier, il avait déjà secoué la twittosphère et quelques éditocrates en panne d'inspiration. Hollande avait simplement évoqué ce que d'aucuns avaient compris comme une clause de conscience. Cette fois-ci, après quelques manifestations, voici qu'une cascade d'errements hystériques frappa notre charmant pays.

Une catastrophe.

A l'origine, il s'agissait d'une promesse de campagne (l'engagement numéro 31 du candidat Hollande) et d'une avancée des libertés. Vu le contexte politique, certains ont rapidement qualifié le projet de diversion. Quand Hollande ne tient pas ses promesses, il trahit. Quand il les tiens, il divertit. Allez comprendre nos états d'âmes échauffées... A minima, reconnaissons que les réformes sociétales sont plus aisées à gauche que l'action économique ou fiscale.

Pour calmer les esprits, et faciliter l'adoption de cette promesse de la légalisation du mariage homosexuel, le président fait retirer la PMA. La Procréation Médicalement Assistée sera traitée plus tard, dans un autre texte. Elle clive d'ailleurs aussi à gauche.

Mais il fallait continuer le procès d'intention.

Le weekend dernier, Henri Guaino livra sa grande idée - organiser un référendum. Le gars - élu député dans une circonscription protégée des Yvelines en juin dernier - jouait au gaullisme "buissonnien". Il s'inquiétait de l'immigration qualifiée de nuptiale par ses nouveaux collègues de l'extrême fascisante. Car, croyez-le, le mariage pour tous allait donc favoriser l'immigration clandestine ! "L’étude d’impact ne s’arrête nullement sur les flux d’étrangers qui pourraient vouloir venir se marier en France du fait de ces nouvelles dispositions" a-t-il écrit. Pauvre homme, intoxiqué par ces années de débats sarko-buissonniens sur l'identité nationale. Guaino était suivi par un autre dérangé de l'affichage médiatique, Laurent Wauquiez. L'ancien secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy voulait aussi un référendum. Un député socialiste lui rappela en pleine assemblée qu'il prétendait l'exact contraire voici peu.

Mardi 29 janvier à l'Assemblée, la ministre avait livré un très complet rappel historique à une assistance visiblement perdue dans les travées de droite: le mariage civil est une affaire de liberté. Et la ministre livra aussi une leçon d'éthique républicaine.

Pourtant, contre un projet qui étendait encore davantage cette liberté à une fraction qui en était encore exclue, l'opposition UMPiste a lâché 5.166 amendements. Au-delà de l'habituelle tactique d'obstruction - pratiquée à gauche comme à droite - c'est le contenu de certains amendements qui a choqué. Leurs auteurs visaient le grotesque ou l'insulte. Jacques Bompard, cet ancien néo-frontiste et maire d'Orange, suggérait de supprimer le mariage tout court, autoriser les unions incestueuses, ou donner aux enfants adoptés le prénom de l'officier d'état civil qui reçoit la déclaration... Deux autres amendements cosignés UMP et Front National voulaient donner la possibilité aux maires ou adjoints de refuser la célébration d'un mariage homosexuel, pour "objection de conscience", rapportait le JDD.

Mercredi matin, la France devait s'inquiéter d'une circulaire signée par la Garde des Sceaux, exhumée par je-ne-sais-quel enquêteur médiatique: le ministère enjoignait les greffiers de délivrer un certificat de nationalité française pour les cas où il existe un lien de filiation avec un Français. Oh Mon Dieu !

Quel scandale ! Un à un des ténors anti-mariage gay défilèrent sur nos plateaux radio-télévisées pour exprimer leur indignation ! Cette gôche satanique légalisait la GPA (*) !!. A les écouter, c'était la preuve de l'intention cachée du gouvernement, et, derrière lui, de ces "groupes de pression minoritaires qui veulent fragiliser le mariage" (Marion Maréchale Le Pen). ces gens-là étaient prêts à tous les amalgames. Primo, cette circulaire n'avait rien à voir avec le projet de mariage gay. Secundo, pouvait-on s'amuser enfin de constater combien ces prétendus défendeurs des droits des enfants étaient incapables de saisir cette situation dramatique ?  Tertio, cette circulaire ne visait ... que 40 cas bien réels recensés en 4 ans. Quarante enfants que l'on qualifiera de fantômes, dix par an. 

Le même jour, des catholiques intégristes se sont livrés à une prière de rue à Paris, devant l'Assemblée nationale contre ce fameux mariage pour tous. Où était donc cette droite soudainement laïcarde quand certains musulmans nous encombraient des mêmes manifestations de rue ? Nulle part. Pire, cette démonstration fut jugée légale et autorisée. Quelle tolérance républicaine ! « Les prières de rues ne sont pas interdites en tant que telles dès lors que leur périodicité et leur ampleur ne troublent pas l’ordre public » confirma mercredi la préfecture de Paris.

A l'Assemblée, le dérouté François Fillon fut à la traîne de son rival Jean-François Copé: "le projet de loi remet en cause le cadre juridique et fondamental du mariage" justifia-t-il... 

Au final, il ne s'agissait que d'une promesse de campagne à réaliser, et une avancée des libertés. Pourquoi donc tant de haine et de soupçon  ?

A suivre...







(*) Gestation Pour Autrui

22 novembre 2012

#mariagepourtous: retour sur une hystérie collective





C'est une polémique inattendue et prévisible.

Un cas d'école.


Quand François Hollande s'est exprimé devant les maires de France à leur Congrès mardi dernier, il a déclaré ceci:
« Les maires sont des représentants de l'État. Ils auront, si la loi est votée, à la faire appliquer »;
 « la loi s'applique pour tous dans le respect néanmoins de la liberté de conscience »;
« les possibilités de délégations (d'un maire à ses adjoints) existent et peuvent être élargies »
Les critiques ont été nombreuses parmi les habituels commentateurs et blogueurs que nous sommes.  La Twittosphère, ce nouveau thermomètre de l'excitation de quelques-uns, s'est emballée. Pour les uns, Hollande reculait (encore ?) sur l'une de ses promesses de campagne en accordant la faculté à quelques maires récalcitrants de déléguer à l'un de leurs adjoints le soin de célébrer le mariage. Pour les autres, la démarche créait une brèche dans notre droit républicain et laïc. D'aucuns ont expliqué que la "conscience" n'excusait nullement le respect de nos règles laïques.

1. François Hollande est victime de sa démarche, le dialogue. Contrairement à son prédécesseur, il n'affiche pas le ton volontariste et clivant quand il annonce ce type de réformes sociétales. Il promeut le dialogue. Sa courte déclaration, devant une assemblée de maires dont certains affichaient vouloir partir en croisade contre la mesure se voulait un geste d'apaisement. Rappelez la séquence précédente: pétitions de quelques furieux, hurlements d'une large fraction de la droite classique, déclarations publiques des plus hautes autorités de l'Eglise catholique, appels aux manifestations de rue de Jean-François Copé, etc. Bref, certains ont voulu dramatiser à l'extrême la réforme et les enjeux. Il fallait leur répondre que (1) la réforme serait votée (c'est prévu pour janvier) et (2) il est inutile de crier au loup et à la conscience puisque les délégations de mariage sont prévues dans la loi.

2. Il est normal, prévisible, légitime que ce geste heurte, choque, trouble les plus fervents défenseurs de la réforme, notamment les associations et supporteurs militant de longue date pour cette légalisation. Le sujet leur tient, nous tient particulièrement à coeur. Par ailleurs, la dictature du buzz est une réalité.  Attendre quelques heures ou, pire, une journée, pour recueillir les avis et les éclaircissements est devenu risquéLes réactions négatives s'empilent, s'auto-alimentent, se renforcent les unes les autres. L'observateur distant qui découvrait mardi soir la polémique pouvait croire que François Hollande avait renoncé à la réforme !


3. Comme l'a expliqué l'un de nos commentateurs et confrères, Elie Arié, le président n'aurait pas dû utiliser le terme "conscience" ni l'idée que les délégations d'autorité - qui existent - pouvaient être "élargies." Primo, ça choque inutilement. Secundo, il n'est pas prévu de modification de la loi en matière de délégation. Tertio, notre loi est suffisamment claire et elle s'applique à tous. Si l’ensemble du conseil municipal refusait de célébrer un mariage, il serait dans une position d'illégalité, et, mercredi, Hollande l'a rappelé sans surprise: « La loi doit s'appliquer partout dans toutes les communes de France ». Mercredi après-midi, Hollande a ainsi reçu deux représentants de l'Inter-LGTB pour reconnaître l'erreur et lever tout malentendu. « Il nous a dit qu'il regrettait d'avoir utilisé ce terme et que ce n'était pas un terme approprié », a confié Mathieu Nocent, membre de l'Inter-LGTB et porte-parole de l'association des parents et futurs parents gays et lesbiens, cité par Le Nouvel Obs. « Nous sortons de cet entretien rassurés puisque le terme liberté de conscience ne convenait pas et nous sommes dans des dispositions du droit qui ne vont pas changer.»

4. On a failli oublier que le mariage pour tous ... est actuellement illégal. Certains critiques de la déclaration de François Hollande se sont lancés dans des parallèles un peu courts sur les dérives qu'une telle clause de conscience (qui est par ailleurs une chimère) permettrait aux maires pour des mariages qui ne leur conviendrait pas. L'une des plus emblématiques est ce tweet de Frédéric Martel:
Au final, l'impression est évidemment désagréable.

Cette polémique était vide, incroyablement vide, comme l'explique fort justement mon confrère Gabale. Jamais François Hollande ni quiconque au gouvernement n'a eu l'intention de créer un quelconque "sous-mariage" pour les homosexuels, ni d'ouvrir je-ne-sais-quel clause de conscience dans notre dispositif législatif pour quelques maires réacs.

Le couac présidentiel est indéniable, tout comme l'emballement qui suivit fut une nouvelle manifestation de la situation de non-débat dans lequel une fraction du pays s'est placée.

La faute à qui ?



27 mai 2012

Eric Besson avait fui, Patrick Besson est encore là.

Il a refusé de faire la passation de pouvoirs à son ministère, il y a 10 jours. Ni Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l'Industrie, ni Fleur Pellerin, nommée ministre en charge des PME, de l'innovation et de l'économie numérique, ne purent lui serrer la main.

Il y avait pourtant des dossiers lourds, paraît-il résumés dans une note de 13 pages laissée à l'attention de ses successeurs. On s'inquiète en effet d'une nouvelle vague de plans sociaux dans l'industrie. 

Eric Besson avait donc poursuivi l'inélégance de son action sarkozyste jusqu'à la dernière minute.

« Il est parti en vacances » a expliqué son entourage au Parisien. Déprimait-il ? Il avait aussi brillé par son absence pendant les quatre dernières semaines de la campagne. On lui prêtait des ambitions dans le football. Il a confié sur Twitter, avant de cloturer son compte, chercher à se lancer dans le conseil.

Quelques jours plus tard, l'ancien ministre s'excusa presque: «Je devais assister au mariage d'un très bon ami aux États-Unis et j'étais obligé de partir le mercredi matin. L'idée que j'aurais voulu esquiver quoi que ce soit est absurde». Et d'ajouter: « j'ai laissé mercredi soir, dès que le gouvernement a été nommé, un message sur le portable d'Arnaud Montebourg lui disant que mon directeur de cabinet le rencontrerait le lendemain matin et lui remettrait en main propre la note, ce qu'il a fait, et lui ferait l'état de tous les dossiers, ce qu'il a fait pendant une heure

Un autre Besson est en revanche bien là. Patrick Besson, écrivain et éditorialiste au Point, l'une des incarnations de cette parole prétendument décomplexée qui fait florès en Sarkofrance depuis une petite décennie.

L'hebdomadaire dirigé par Franz-Olivier Giesberg lui a encore laissé une belle occasion de faire polémique. Dans l'édition datée du 24 mai 2012, ce Besson-là s'est moqué des femmes ministres du premier gouvernement Ayrault dans des termes que l'inspiration littéraire ne saurait excuser. En quelques phrases, tous les clichés étaient tristement là.
« La parité, ça fait un peu partouze straight. Dix-sept femmes pour dix-sept hommes. Un homme par femme. Et donc une femme par homme. Du coup, personne ne se retrouve sans personne. Il était déjà comme ça à l’ENA, François Hollande : bon camarade. Avant, les épouses de ministres étaient tranquilles : il n’y avait presque que des hommes dans le gouvernement. Maintenant, elles ont du souci à se faire, surtout avec les canons dont s’est entouré jean-Marc Ayrault : l’ingénue libertaire Najat Vallaud-Belkacem, la séductrice culturelle Aurélie Filippetti, l’associative hitchkcockienne Delphine Batho, la radicale chic Sylvia Pinel, le tanagra guyanais Christiane Taubira, la geisha intellectuelle Fleur Pellerin, la shéhérazade cinématographique Yamina Benguigi. » 
Quelle est la mission des éditos de Patrick Besson ? Faire vendre du papier ? Sans doute. Inciter à la réflexion ? Certainement pas. On n'ose le croire.

Patrick Besson aura rempli sa mission, ce jeudi: faire parler du magazine qui l'embauche à la pige.

Pour le reste, il ne mérite pas grand chose.


19 septembre 2011

DSK, crise, affaires: comment Sarkozy amuse la galerie

Dominique Strauss-Kahn s'est  « enfin » exprimé. N'espérez pas une réaction de Nicolas Sarkozy . Il ne réagit même pas à l'actualité financière.

Les ministres des finances européens ont étalé leurs divergences quelque part en Pologne. Ils se sont juste accordés  pour dire que leurs banques méritent une recapitalisation générale qu'en France on refusait jusqu'alors. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy amuse la galerie. Sans un commentaire depuis 4 jours sur la catastrophe financière du moment, il préfère accueillir les quelques 20.000 visiteurs de l'Elysée pour les 28ème journées du patrimoine.

Cela fera quelques images pour le JT du soir. C'est toujours bon à prendre.

Amuser la galerie
Nathalie Kosciusko-Morizet était l'invitée, le 18 septembre, de DIMANCHE+, sur CANAL+. « Nous venons de vivre la crise la plus grave depuis 1929 » répéta-t-elle. C'est l'un des éléments de langage les plus prisés en Sarkofrance. A observer Nicolas Sarkozy, on se demande toujours s'il a perçu l'ampleur du problème.

A quelques semaines de son accouchement, Carla Bruni-Sarkozy montrait son ventre rebondi aux visiteurs qui se pressaient à l'Elysée, samedi, lors des Journées européennes du Patrimoine. Quelques 20.000 personnes étaient attendues ce weekend. Vêtu d'un odieux pantalon gris foncé et blazer bleu, Nicolas Sarkozy signa des autographes. Cette opération n'était que médiatique. Dimanche soir, Dominique Strauss-Kahn s'exprimait pour la prmeière fois depuis son arrestation le 14 mai dernier. Nicolas Sarkozy voulait caler quelques images de son couple rayonnant dans tous les journaux télévisés.

En juillet dernier, l'épouse du Monarque avait pourtant réquisitionné le Fort de Brégançon et séché les cérémonies du 14 juillet. On nous avait expliqué que c'était pour des raisons médicales, la santé de Mme Sarkozy étant fragile. Quelques mois plus tard, la voilà debout des heures durant pour accueillir, devant les photographes évidemment. Pour rien au monde, Nicolas Sarkozy ne voulait manquer l'occasion d'afficher les signes de sa prochaine paternité. Cela fait partie de la mise en scène électorale.

Diviser la concurrence
Le Modem tenait son université d'été, à son tour et bon dernier. Quelques pontes centristes de l'UMP avaient fait le déplacement, tel Pierre Méhaignerie. « Je rappelle que je suis UMP » a précisé ce dernier en arrivant sur la presqu'île de Giens dans le Var vendredi dernier.

A l'Elysée, on confie, anonymement bien sûr, qu'une candidature de François Bayrou en 2012 serait finalement une bonne idée. « L'Elysée se félicite des divisions au centre », expliquait l'une des journalistes du Figaro accréditée à l'Elysée. Elle gênerait Jean-Louis Borloo. Puisque le clan Sarkozy ne semble pas réussir à imposer une candidature unique, autant éparpiller les adversaires.

A l'Elysée, on devrait s'inquiéter de la nouvelle offensive du Front National. Les Le Pen père et fille accélèrent la normalisation de leur parti néo-conservateur. Ces derniers jours, Marine Le Pen avait mis en scène le ralliement de deux Francs-maçons, dont Gilbert Collard, l'avocat des plateaux télévisés.Sur CANAL+, Nathalie Kosciusko-Morizet bafouillait de piteuses explications quand elle fut interrogée sur le discours sécuritaire en vogue depuis l'année dernière.

Anne-Sophie Lapix: « Donc vous auriez pu signer le discours de Grenoble ?» Nathalie Kosciusko-Morizet: « euh... mais ... j'suis pas présidente de la République...» Anne-Sophie Lapix insiste. Nathalie Kosciusko-Morizet est gênée: « il faudrait le dépiauter mot par mot ... Mais je soutiens entièrement la politique de lutte contre la délinquance du président de la République


Oublier les banques
Finalement, il semblerait qu'il faille recapitaliser certaines banques européennes. Le 10 septembre dernier, la gaffeuse Christine Lagarde avait dû démentir avoir voulu jeter un doute sur la solidité des banques françaises. Trois jours plus tard, François Baroin expliquait que neuf banques étrangères méritaient une recapitalisation, mais qu'en France, tout allait pour le mieux. « Il n'y a pas d'urgence pour les banques puisque celles qui sont actuellement massacrées en Bourse ont toutes les moyens pour apporter les réponses » .Nous devions circuler, il n'y avait rien à voir. Samedi 17 septembre, les ministres des finances de la zone euro réunis en Pologne ont donné raison... à Mme Lagarde.

Ils ne se sont pas mis d'accord sur le second plan d'aide de 150 milliards d'euros accordé à la Grèce, mais ils ont avoué qu'il fallait lourdement recapitaliser les banques européennes. La nouvelle ne fera pas que des heureux. On s'attend à de nouvelles secousses en Bourse cette semaine. «Il y a un consensus pour dire qu'il serait bon que nos institutions financières renforcent leur capital pour être en conformité avec Bâle III et faire face à toute éventualité du moment» a commenté la ministre espagnole.

En Pologne, François Baroin est apparu inquiet: « le point le plus important à l'heure où nous parlons, c'est évidemment la problématique du calendrier » a-t-il expliqué vendredi lors d'un point presse. Et il rappela au passage que la participation des banques françaises au second plan de sauvetage de la Grèce représente... « plus de 90 % de l'accord ». Il y a de quoi paniquer...

Oublier les affaires
Ziad Takieddine a divorcé. Le jugement a été prononcé jeudi dernier. La veille, il était mis en examen. L'homme d'affaires a l'interdiction de rencontrer Nicolas Bazire, Thierry Gaubert et ... Claude Guéant.

Son ex-épouse a raconté une toute histoire au juge Renaud van Ruymbeke: « Je pense que Renaud Donnedieu de Vabres a ouvert les portes de Ziad, d’abord vers Nicolas Bazire, puis vers Thierry Gaubert. À mon avis, Renaud a présenté Nicolas Bazire à Ziad, puis Nicolas Bazire a présenté Thierry Gaubert à Ziad. Nous sommes en 1993. J’ai vu à la maison Nicolas Bazire au moins deux ou trois fois. Thierry Gaubert est devenu très présent et s’est rapproché de Ziad ».

L'actuel ministre de l'intérieur a affirmé à Libération avoir fait la connaissance de Takieddine en 2005. Takieddine a affirmé avoir fait la connaissance de Guéant en 2003.

Cherchez l'erreur.

15 septembre 2011

Sarkozy: ces Légions d'honneur qui dérangent

Nicolas Sarkozy a la légion d'honneur facile, et souvent encombrante. Parfois, il se laisse aller à décorer son costumier, voire son bijoutier. Mais le plus souvent, le palmarès est plus sulfureux. Depuis, 2007, le Monarque a promu, voire décoré personnellement quelque-unes des têtes d'affiches de l'actualité judiciaire du moment.

Ce jeudi, notre Monarque s'envole pour Tripoli. Tel George Bush senior qui, en 1991, revenait sous les vivas vainqueur de la première guerre du Golfe, le candidat Sarkozy croit bien faire pour sa cause électorale en instrumentalisant au maximum « sa » victoire contre le colonel Kadhafi.

S'attribuera-t-il une légion d'honneur ?

1. En 2009, Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, avait obtenu son hochet, après intervention du cabinet de Nicolas Sarkozy. Mercredi justement, l'ancienne comptable de la milliardaire, Claire Thibout, était à nouveau entendue par les magistrats bordelais chez qui l'instruction du scandale Woerth a été deporté l'an dernier. Son avocat a déclaré que Nicolas Sarkozy a « en cours d'enquête reçu à l'Elysée à deux reprises Liliane Bettencourt ».

2. Lundi, de courts extraits d'une video amateur montrant Nicolas Sarkozy rendant hommage à l'avocat Robert Bourgi dans un salon de l'Elysée ont été diffusés sur France3. Mardi, le parquet de Paris  a ouvert une enquête préliminaire après les accusations de corruption proférées par Bourgi à l'encontre de Jacques Chirac, Dominique de Villepin, et Jean-Marie Le Pen. Ces trois derniers ont annoncé qu'ils portaient plainte. Un ancien fidèle conseiller du président d'honneur du Front National, Lorrain de Saint Affrique (sic!), a confirmé avoir été le témoin, en 1988, d'une remise de mallette d'argent par Omar Bongo à Jean-Marie Le Pen. A l'Elysée, on est officiellement « perplexe » sur cette confession tardive de l'avocat. Les faits sont, de toutes façons, prescrits.

3. Frédéric Péchenard, directeur général de la Police nationale, attend sa remise de légion d'honneur. Promu le 14 juillet dernier, la cérémonie était prévue le 7 septembre dernier. A la dernière minute, elle fut annulée. On prétexta un problème d'agenda chez Sarkozy. En fait, le scandale des fadettes venait de rebondir. Contrairement aux mensonges de l'été 2010, la DCRI dirigée par Bernard Squarcini, sous la responsabilité de Frédéric Péchenard, avait d'abord espionné le journaliste du Monde Gérard Davet pour identifier les sources de ce dernier dans l'affaire Woerth/Bettencourt. Mercredi 14 septembre à l'Assemblée, Claude Guéant expliquait s'en remettre à la justice qui a été saisie... par le journal: « Les fonctionnaires qui ont lancé cette enquête l'ont fait en toute bonne foi, en fonction de l'interprétation qui était la leur des textes existants ».

4. Jacques Servier fut un autre décoré fameux, par le Monarque également. Servier était un client fidèle de l'avocat Sarkozy, quand celui-ci, tout en étant maire de Neuilly-sur-Seine, exerçait cette lucrative profession du conseil en expatriations et montages fiscaux. Mercredi 14 septembre, le Figaro révélait le résultat d'écoutes téléphoniques réalisées par la gendarmerie: Servier aurait fait corriger le rapport d'enquête du Sénat sur le scandale du mediator...

5. Dès janvier 2008, Nicolas Bazire a été promu au rang d'officier de la Légion d'honneur. Ce dernier est un grand ami du Monarque, invité au Fouquet's lors du fameux dîner du 6 mai 2007. Ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur en 1995, il fut témoin de mariage de Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni en février 2008. La semaine dernière, un témoin a accusé Ziad Takieddine, autre proche de Sarkofrance, d'avoir effectué des transferts de fonds occultes avec deux proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert et ... Nicolas Bazire. Mediapart a rapporté que, « selon ce témoin, Thierry Gaubert a accompagné à plusieurs reprises M. Takieddine dans un établissement bancaire suisse pour y retirer des fonds, remis à Paris à Nicolas Bazire, qui occupait également les fonctions de directeur de campagne d'Edouard Balladur en 1995. Les espèces auraient été transportées dans de volumineuses valises» .

Mercredi 14 septembre, Ziad Takieddine a été mis en examen pour « complicité et recel d'abus de biens sociaux » par les juges Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire, avec interdiction de sortie du territoire, saisie de ses biens et obligation de silence, dans le volet financier de l'affaire de Karachi. L'avocat des familles des victimes de l'attentat a aussi promis d'autres mises en examen: « Je suis absolument certain que nous allons avoir dans les prochaines semaines des révélations déterminantes sur la mise en cause, dans le cadre du financement de la campagne d'Edouard Balladur, d'un certain nombre d'hommes politiques français qui vont devoir rendre des comptes ».

6. Le 14 juillet dernier, Philippe Vannier, directeur général d'Amesys, était promu au grade de Chevalier de la Légion d'honneur. Amesys est cette société, devenue filiale de Bull en 2010, pour laquelle Claude Guéant et Brice Hortefeux ont négocié un contrat d'équipement de surveillance du Web auprès du colonel Kadhafi en 2007. Ziad Takieddine jouait encore les bons offices, comme l'a révélé Mediapart cet été. Amesys a confirmé. Le 6 septembre dernier, le Figaro publiait le témoignage anonyme de l'un des militaires français ayant assuré la formation de la police politique du dictateur libyen: « Nous avons mis tout le pays sur écoute, explique notre interlocuteur. On faisait du massif: on interceptait toutes les données passant sur Internet: mails, chats, navigations Internet et conversation sur IP.» «  La Libye fournissait alors un laboratoire intéressant puisqu'elle allait permettre à Bull de tester son système sans limite, sur un pays de plusieurs millions d'habitants » complétait le journaliste.

7. On ne sait pas si  Alexandre Djouhri, cet homme d'affaires de l'ombre exposé par Pierre Péan dans son dernier ouvrage,a reçu discrètement sa Légion d'honneur. En revanche, son fils Germain a épousé la fille d'un autre décoré et par ailleurs partenaire en affaires: Serguei Chemezov, ancien agent du KGB et proche de Vladimir Poutine, a reçu sa Légion d’honneur à l’Elysée, de Nicolas Sarkozy, en mars dernier.

8. Jean-Claude Marin, à l'époque procureur de la République, a été décoré de la légion d'honneur en avril 2010, en pleine affaire Clearstream. Dominique de Villepin venait d'être relaxé quelques semaines auparavant, et le magistrat, qui réclamait 15 mois de prison avec sursis pour complicité de dénonciation calomnieuse, venait de faire appel. Mercredi 14 septembre, Villepin a été une nouvelle fois blanchi par la Cour d'appel. L'ancien premier ministre ne cachait pas sa joie et son émotion: « Rappelons que cette affaire a été initiée en 2005/2006 à la veille de l'élection présidentielle de 2007. Comme j'aimerais que cela puisse servir de leçon pour la présidentielle de 2012 ! Pour ce qui me concerne, je sors renforcé de cette épreuve et plus déterminé que jamais à servir les Français». En juillet dernier, Jean-Claude Marin a été promu par Nicolas Sarkozy  au poste de procureur général près la Cour de cassation, en remplacement de Jean-Louis Nadal (parti à la retraite et peu apprécié du pouvoir).

9. Jean-Claude Marin devait être remplacé un autre magistrat, plus proche de Sarkozy, tout aussi décoré, mais complètement décrédibilisé par l'affaire Woerth/Bettencourt: Philippe Courroye avait, lui aussi, reçu sa Légion d'Honneur des mains de Nicolas Sarkozy. La confusion des genres était manifeste. 

10. Patrick Buisson est plus discret. Cet ancien de Minute reconverti en conseiller d'opinion, a été au centre d'un joli scandale, en 2009. La Cour des Comptes avait trouvé qu'il était payé 1,5 millions d'euros par an par l'Elysée pour financer des sondages que certains médias publiaient ensuite sans mentionner ce financement occulte. Patrick Buisson, adepte de la droitisation du discours sarkozyen, a été décoré de la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy lui-même en septembre 2007.

11. Boris Boillon est un (faux) jeune diplomate, 41 ans et déjà nouvel ambassadeur de France en Tunisie. A peine nommé en février dernier, il s'était distingué par quelques déclarations publiques déplacées à l'encontre de la presse locale, à Tunis. On s'était alors rappelé sa proximité affichée avec le colonel Kadhafi. Le clou du spectacle avait été une photo dénudée de son torse musclé retrouvée sur un réseau social par quelques sbires d'extrême droite et exhibée dans les médias par une Marine Le Pen jamais avare en coups bas. Depuis, Boris Boillon s'était fait discret, au moins en métropole.... jusqu'à la semaine dernière. Le 9 septembre, il donnait une jolie soirée à l'ambassade. Arielle Dombasle était là, Agnès Jaoui, également. Boillon faisait la couverture d'un mensuel local, Tunivision, dirigé par un proche de l'ancien régime. Boillon, une fois de plus, y est ridicule, déguisé en James Bond. Cet homme représente la France en Tunisie. En 2006, il a été décoré de la Légion d'Honneur par Claude Guéant. Quelques mois avant d'expliquer, sur CANAL+, que le colonel Kadhafi était comme son « père ».

12. François Pérol, ancien conseiller économique de Nicolas Sarkozy, est parti prendre la tête d'une nouvelle banque, issue de la fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, en 2009. N'y voyez aucun conflit d'intérêt. La commission de déontologie n'a même pas été saisie. A l'Elysée, François Pérol s'occupait justement du secteur bancaire. Nicolas Sarkozy l'avait, lui aussi, décoré de la Légion d'Honneur.

13. Marc Ladreit de Lacharrière est propriétaire de l'une des trois agences de notation, Fitch, qui secouent tant la planète financière ces derniers mois. Marc Ladreit de Lacharrière a été décoré de la Légion d'Honneur en janvier dernier.

14. Guy Wildenstein a été accusé d'avoir détourné 4 milliards d'euros d'héritage paternel par sa belle-maman. Marchant d'art, délégué de l'UMP pour les expatriés de la côte Est des Etats-Unis, Guy Wildenstein est un proche de Nicolas Sarkozy qui l'appelle familièrement « ami Guy ». Wildenstein a été décoré de Légion d'Honneur par Nicolas Sarkozy lui-même.



Bernard-Henri Levy a embarqué Nicolas Sarkozy en Libye, une seconde fois. Ce jeudi, le Monarque s'envole pour Tripoli puis Benghazi, en compagnie de David Cameron, son homologue britannique. L'hebdomadaire Marianne avait lâché le scoop, timidement démenti avant d'être confirmé. Le show sera parfait. 160 CRS volontaires et en civil, avec rations de survie et armes ont été dépêchés mercredi soir sur place.

Il fallait s'échapper, et vite de cette atmosphère de fin de règne, petites décorations et grosse corruption.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

9 mars 2011

Un centre effrayé, des ouvriers calinés : les dernières manipulations du candidat Sarko

Quand il a déclenché l'orage, Nicolas Sarkozy feint souvent d'ignorer la pluie. Ce mardi 8 mars, il était en Bretagne pour rencontrer, une nouvelle fois, de « vrais ouvriers.» A Paris, ses proches restaient comme tétanisés par de curieux sondages disqualifiant leur mentor face à Marine Le Pen. Et dans la journée, le gouvernement abandonnait l'une des mesures phares de la tentative sécuritaire du candidat Sarkozy, la déchéance de nationalité pour les auteurs de certains crimes. L'ancien maire de Neuilly veut maîtriser sa majorité minoritaire jusqu'au bout.

Les sondages pour faire peur
Faut-il y voir une coïncidence ? La succession de deux sondages plaçant Marine Le Pen en tête des intentions de votes d'un millier de sondés rémunérés par Harris Interactive au premier tour des élections présidentielles si elles lieu aujourd'hui a créé une fausse agitation à l'UMP. Et à l'Assemblée nationale, le gouvernement a reculé sur un point essentiel du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy le 30 juillet dernier : la déchéance de nationalité pour les immigrés récemment naturalisés et convaincus de crimes contre des représentants de l'autorité publique. Mardi matin, lors de sa traditionnelle réunion avec les députés UMP, François Fillon a annoncé aux députés que le gouvernement ne souhaitait plus cet article dans la loi sur l'immigration à l'examen pour un vote final cette semaine. Le Sénat l'avait supprimé, grâce à un soutien des centristes à l'opposition de gauche.

Le candidat Sarkozy ne veut laisser aucun espace au centre. Il reste sur sa stratégie de premier tour - maximiser les suffrages - que ses postures sécuritaires et anti-immigrés depuis l'été avait mises en péril. La veille, Jean-Louis Borloo avait menacé de ne pas voter la disposition avec quelques 70 autres députés UMP/Nouveau Centre. Cette fois-ci, il semble vouloir donner des gages aux nombreux centristes (Borloo, Morin, etc) tentés par l'aventure électorale. Et pour appuyer la démarche, on peut s'interroger sur les réels commanditaires d'un double sondage visant à déstabiliser les aspirations indépendantistes d'un Borloo et le centre en général. Qu'il est bien tombé, ce sondage affichant Marine Le Pen en tête du premier tour ! On imagine Patrick Buisson, ce conseiller ès sondage, rémunéré par l'Elysée, partisan d'occuper la droite, si satisfait d'inquiéter le centre-droit. Sarkozy, rempart de l'extrême droite... On a déjà connu cela...

Le gouvernement Sarkozy s'est donc replié. Ce mardi, Sarkozy aurait failli subir un véritable désaveu : au risque d'afficher que l'UMP sarkozyste n'était plus majoritaire à l'Assemblée, il valait mieux reculer. On pouvait laisser la députée Chantal Brunel, habituellement plus modérée dans ses propos, suggérer de renvoyer les immigrés dans leurs bateaux, dans les couloirs de l'Assemblée... Pas de panique à l'Elysée ? Tout semble bien maîtrisé. Depuis quelques jours, une coalition centriste s'aggrège pour tacler l'une des mesures sécuritaires du Monarque. La coïncidence des évènements est troublante. On découvre que l'institut sondagier fautif, Harris Interactive, était accusé le même jour par Mediapart de rémunérer les Français qu'il interroge : « L'institut Harris Interactive, qui a placé Marine Le Pen en tête du premier tour dans un sondage publié ce week-end, a offert 7.000 euros à son panel de sondés, via une loterie. » relate le site. Harris venait de publier un second sondage, avec DSK remplaçant Aubry comme candidat socialiste, sans que cela n'entame l'avantage lepéniste. Pire, Sarkozy était relégué en troisième place. Le spectre du 21 avril à l'envers est bien là. De quoi inquiéter les « modérés » de la droite, et espérer regonfler la popularité du candidat Sarkozy.

En Bretagne, le candidat Sarkozy faisait mine d'ignorer ses péripéties parisiennes. Il était souriant, serein, gentil, accueillant : « Je fais de la politique depuis trente-cinq ans, j'ai connu tous les états », a-t-il simplement commenté devant l'assemblée générale des maires du Morbihan . « J'ai connu des hauts, j'ai connu des bas, puis j'y suis arrivé. C'est un long chemin, un très long chemin, beaucoup de sang-froid, beaucoup de convictions.» Beaucoup de convictions ? Depuis 2007, Sarkozy paraît telle une girouette sur nombre de sujets. La récente volte-face du jour en est une belle illustration.

« Le rôle du président de la République, c'est de répondre aux questions des Français, leurs vraies préoccupations », a-t-il aussi expliqué, « pas les préoccupations de surface, pas ce qui fait l'actualité de tous les jours, qui disparaît aussi vite qu'il est apparu.» Mais qui s'attarde sur les racines chrétiennes de la France au lieu de parler chômage et précarité ? Qui réclame une nouvelle loi sur la récidive quand la justice réclame des moyens ? Qui fustige la délinquance immigrée quand policiers et gendarmes s'agacent des réductions d'effectifs ?

« Usine, c'est pas un gros mot
Un peu plus tôt ce mardi, Sarkozy voulait paraître concentré et attentif. Il s'était fait filmer micro en main, costume bleu marine trop large pour renforcer sa petite carrure, et debout deux têtes au-dessus d'une assistance composée des employés de l'entreprise de PVC FenêtréA qu'il visitait à Beignon.

« Merci de nous recevoir dans cette magnifique usine. Je dois dire que je suis très impressionné par votre savoir-faire, par la qualité des machines, par la propreté de l'usine, par la précision des gestes de chacun d'entre vous.» Curieuse remarque... Une usine, c'est donc habituellement sale...

« Pourquoi toutes les semaines ai-je le plaisir de visiter des usines ? » s'est-il interrogé. Suspense... Parce que vous êtes candidat à votre réélection, cher président ! Evidemment, le vrai candidat eut une autre réponse : « pour une raison : sur les 11 dernières années, la France a perdu un demi-million d'emplois industriels...  Un demi million... Et je veux arrêter ce phénomène.» Au secours ! C'est le même discours qu'à Saint-Nazaire il y a deux mois !

« Deuxièmement, on parle mal des usines en France... Parce qu'on les connaît pas. Faut pas opposer la nature et les usines. Il y a la forêt de Brocéliande derrière... les usines, c'est un lieu où des femmes et des hommes travaillent pour faire vivre leur famille, avec leur savoir-faire et créer de la croissance. Je souhaite que la France reste, demeure une terre de production.» Et il ajouta : « Ma priorité, c'est d'arrêter le phénomène des délocalisations, de réconcilier les Français avec l'industrie, avec les usines, avec les ouvriers... Usine, c'est pas un gros mot. Ouvrier, c'est noble.»

Attardons nous sur cette argumentation : Sarkozy s'invente des clivages inexistants. Président déchu du travailler plus, le voici qu'il tente de se poser en défenseur de la cause industrielle prétendument attaquée par des ennemis imaginaires. La démarche était ... pitoyable. « Y a pas que les services, y a pas que les bureaux. » Y-aurait-il un complot anti-ouvrier en France ?

« Face à ça, qu'est ce qu'on a fait pour enrayer ce phénomène de désindustrialisation ? » s'interroge-t-il. Evidemment, il ne pouvait publier un nouveau tacle contre 35 heures. Sarkozy se bat contre des fantômes. «  Depuis le début des années 2000, la France avait perdu beaucoup de compétitivité. Les 35 heures ont été une catastrophe économique et sociale. Pourquoi ? Parce qu'on a été les seuls à le faire ? Qu'est ce qu'a payé les 35 heures ? C'est les ouvriers.» Sarkozy put ressortir son couplet sur l'inévitable mondialisation, la Chine comme menace, les bas-salaires comme avenir. « Nous vivons dans un monde ouvert où on se retraouve en compétition avec les autres. Si on fait le contraire des autres, on pourra pas s'en sortir. »

Récidiviste fiscal
Fatigué, le candidat défendit ensuite la défiscalisation des heures supplémentaires: « ça permet de gagner des parts de marché pour l'entreprise et pour vous, ça permet d'améliorer le salaire

Sarkozy n'a pas lu le dernier rapport de la Cour des Comptes sur la convergence fiscale franco-allemande. 312 pages, malgré quelques graphiques illustratifs, c'est sans doute trop long pour un candidat suractif. Dans son chapitre sur le coût du travail, la Cour rappelait que l'écart de compétitivité entre la France et l'Allemagne n'avait pas grand chose à voir avec les durées du travail, qui, de surcoroît, sont similaires pour les temps complets (« la durée de travail hebdomadaire moyenne en 2009 est légèrement plus longue en Allemagne qu’en France (respectivement 41,2 heures et 40,9 heures) écrivait-elle). Entre autres facteurs, la Cour soulignait l'ampleur du travail partiel outre-Rhin (26% de l'emploi total !). Un travail partiel justement découragé par cet encouragement aux heures supplémentaires. En France, l'emploi intérimaire s'est effondré dès avril 2008, 4 mois après l'entrée en vigueur de la loi TEPA.

« Ensuite on a créé un système de crédit impôt recherche.» Joli mensonge. La loi TEPA l'a certes renforcé, mais il existait depuis belle lurette. Mais Sarkozy s'autofélicite : « Nous avons maintenant depuis 2007 le système fiscal le plus avantageux pour l'investissement. » Et pour preuve, « nous avons supprimé la taxe professionnelle.» Sarkozy radote. Il se répète. Une fois encore, le candidat n'a pas lu le rapport de la Cour des Comptes. Cette dernière pointait que cette taxe a été remplacée par ... une contribution économique territoriale. Il voulait convaincre de sa détermination, comme si la foi devait remplacer les actes et surtout les résultats. « Tout ce que j'ai voulu et que nous faisons, c'est de protéger nos emplois et d'en créer d'autres.» Quelle réussite ! Depuis 2008, crise oblige, quelques 270.000 emplois ont été supprimés dans l'industrie.

La Présidence des Riches expliquée aux ouvriers
L'exercice était délicat. Le candidat devait se justifier devant les récentes attaques contre sa réforme fiscale et la précédente des retraites : « Je voudrai vous dire deux choses, peut être plus difficile à entendre, mais auxquelles je crois beaucoup.»

L'ancien maire de Neuilly-sur-Seine se lança, en quelques phrases, dans une simplissime louange du capitalisme familial, du patron qui « connaît le nom » de ses employés, contre ces « fonds qui n'ont pas de nom, ne connaissent personne, et exigent de la rentabilité.»

« Vous aimez mieux être avec quelqu'un que vous connaissez et qui vous connaît, qui met tout son argent dans l'entreprise, qui aime la Bretagne, ou avec un fond de pension qui vend la boîte tous les 5 ans, tous les 10 ans ? Quel est le choix ? » La réalité est simple en Sarkofrance. Le Français reste approximatif. Le Président des Riches, enfant du « 9-2 » veut faire « populo ». A ses côtés, la patronne de l'entreprise acquiesce lourdement du visage.

« Moi, le choix que je fais, que je veux faire, c'est le choix du capitalisme familial, que je veux opposer au capitalisme financier... Vous comprenez ? Et quel est le problème de la France... C'est qu'il n'y a pas assez d'entrepreneurs familiaux. Or si notre fiscalité fait fuir toute personne qui a de l'argent, qui au lieu de l'investir en France va se réfugier en Belgique, à Monaco, au Luxembourg...» Sarkozy sait de quoi il parle. Avocat d'affaires à l'aube des années 80, il conseillait quelques riches industriels à l'expatriation en Suisse. Là-bas, il y avait l'un de ses plus gros comités de soutiens pour sa campagne de 2007. Les rencontres du Premier Cercle y étaient fameuses.

« Est-ce que ça fait vos affaires ou est-ce que c'est vous qui êtes pénalisés ?» continua-t-il. On attendait la suite, elle ne tarda pas : « ... Et c'est pourquoi j'ai voulu la réforme de la fiscalité du patrimoine.» Nous y voilà ! Le Président des riches est gonflé. L'ISF, qu'il assouplit et allège, exonère déjà les biens professionnels et même les actions détenues par les dirigeants de leur propre entreprise. Les arguments évoluent. Sarkozy ne défend plus le bouclier fiscal que-tout-le-monde-a mais attaque l'ISF-qui-n'existe-qu'en-France... Notez la différence !  « Nous sommes le seul pays au monde à avoir garder l'ISF... C'est-à-dire que si cette entreprise c'était un fond de pension, le propriétaire, il pourrait habiter ailleurs, il ne paierait pas d'ISF. »

Et les retraites ?
Dernier sujet, abordé avec le sourire et une boutade qui déclenche quelques rires : les retraites. « J'estime que c'est mon devoir de vous en parler.» On se souvient d'un mercredi 16 juin 2010. Sarkozy avait laissé Eric Woerth bien seul pour présenter puis défendre la réforme des retraites. Durant tout l'été, et jusqu'à l'adoption de la réforme le 27 octobre, le Monarque s'était planqué.

Ce mardi, 6 mois plus tard, à froid, il veut bien jouer au courageux. Il tient seul le micro. Personne ne ne le contredira devant les caméras d'Elysée.fr. Il peut évoquer cette réforme « qui a créé de la mauvaise humeur, des protestations. C'est normal. Au fond, ça revient pour vous à travailler deux ans de plus sans avoir une retraite qui s'améliore. » Quel maître ! Il enfonça le clou, en omettant, soigneusement, d'expliquer les alternatives. « Mais pourquoi l'ai-je fait ? » Sarkozy s'auto-répondit : « parce que je me suis rendu compte, il y a quinze millions de retraités en France... » ça ne vous rappelle rien ?

« 700.000 retraités de plus chaque année... Tenez vous bien... Pour un million et demi de retraités, les retraites étaient pas payées. » C'est faux. Elles étaient financées par la dette, une situation certes intenable. Mais pourquoi ne pas évoquer les autres paramètres du problème : la répartition des prélèvements, la pénibilité, la dégradation des comptes publics par la crise ? Il insista : « Vous m'entendez... Avant la réforme, pour 1,5 million de Français, les retraites n'étaient pas payées. La sécurité sociale empruntait à la banque.» Mais après la réforme, le problème reste entier dès ... 2013. Alors ?« Et bien, je me suis dit... il vaut mieux la mauvaise humeur passagère des Français parce que je leur demande de travailler plus pour sauver leur retraite, que la colère des Français le jour où partant à la retraite, ils se rendent compte qu'il n'y a pas l'argent pour payer les retraites...» Quel courage ! Notez bien l'argument. Sarkozy le répète. Il n'a plus que cela comme marqueur de sa présidence : « en 2018, j'aurai la satisfaction de voir qu'il y avait l'argent pour payer les retraites. » C'est faux, et même des parlementaires UMP s'en sont inquiétés à l'automne dernier.

On oublierait presque les affaires Woerth, Alliot-Marie, Fillon, Joyandet ou Blanc; l'allègement de l'ISF en contre-partie de la suppression du bouclier fiscal ; les modestes efforts réclamés aux plus fortunés pour cette réforme comme pour d'autres ; les franchises médicales ou le surendettement qu'est le Grand Emprunt.

Ce mardi, le candidat Sarkozy semblait tout content. A Paris, il a déstabilisé le centre. A Beignon, il jouait au courageux, devant une assistance privée de micro.

17 octobre 2010

Grèves : ils nous prennent pour des cons

Le spectre d'un micro-mai 68 inquiète la Sarkofrance. Il faut donc décourager les protestataires, expliquer que tout va bien, que tout est sous contrôle.

La mobilisation, ou pas
Environ 200 à 300 stations de Total étaient en rupture de stock ce week-end. Les aéroports de Roissy et Orly prévenaient qu'ils n'auraient plus de kérosène à compter de lundi soir. Le secrétaire d'Etat aux transports s'est empressé de démentir. En fait, la direction a fait appel samedi à des cadres, non formés mais non grévistes, pour réouvrir les pipe-lines.

Samedi, la police annonçait une mobilisation en baisse de 20% environ, à 825 000 manifestants pour ce second samedi de protestation contre 3 millions d'après la CGT. La bataille de chiffres bat son plein. Mais quelle importance ?

Le Figaro, propriété de Serge Dassault, préfère multiplier les articles contestant l'ampleur des manifestations. Qu'importe si ses propres sondages désavouent jour après jour le président de Sarkofrance et sa fumeuse réformette des retraites : « comptage des manifestants : le grand bluff des syndicats », ou encore :  « Comment les syndicats comptent les manifestants », «  croyez-vous aux chiffres avancés par les syndicats lors des manifestations ? »

Samedi, dès le milieu de l'après midi, le ministère de l'intérieur expliquait que la mobilisation avait atteint son plus bas niveau depuis la rentrée. Eric Woerth en rajoutait. Il fallait décourager Billancourt. 

Dimanche, la CGT anonce 26% de grévistes chez les cheminots. La direction, elle, assure que le trafic est « stable » : « 1 train sur 2 » sur le réseau Transilien; 1 TER sur 2; 2 TGV sur 3; 1 train Corail sur 3. Les syndicats de transports routiers ont appelé à des actions ponctuelles. Le transport de fonds est aussi affecté. Bref, un peu partout, dans nombres de secteurs, le ras-le-bol s'exprime.

La pédagogie version UMP
Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP et porte-flingue de l'UMP, s'est calmé. Sans doute est-ce l'approche du remaniement gouvernemental, ou l'usure d'un combat politique dont il ne tire pas les fruits. Vendredi dernier, il s'est dit volontaire pour faire de la pédagogie sur la réforme des retraites. En d'autres temps, il aurait fustigé les trublions mineurs qui manifestent, il aurait cherché la formule choc pour créer la polémique. Maintenant, l'homme est « calme ». Jugez plutôt : « Notre famille politique a pris sa part de la conduite de la réforme dans les deux premières phases : écouter les inquiétudes et adapter la loi. Il nous reste à nous engager totalement dans la troisième : expliquer les avancées du texte. (...) Ce sera la pédagogie à tous les étages à l'UMP.» Ou encore : « Le devoir de chacun est d'œuvrer, à sa place, pour un dialogue apaisé. »

La Sarkofrance a la trouille d'un emballement de la jeunesse.

Dimanche, l'UMP s'est donc « mobilisée », juste après la messe, entre 11 et 13h,  sur son site Web, avec un chat associant quelques responsables. On annonçait Xavier Bertrand (secrétaire national), Christine Lagarde (ministre des Finances), Eric Woerth (ministre du travail), Rama Yade (écrivain), Marc-Philippe Daubresse (?), Georges Tron (ex-villepiniste), Frédéric Lefebvre (porte-flingue), Dominique Paillé (porte-parole), Roger Karoutchi (sénateur des Hauts-de-Seine), Eric Raoult (revenant), Camille Bedin (Jeune sarkozyste). Installés dans une petite salle, devant une trentaine de participants, quelques leaders sont échinés à répondre à des questions prévues d'avance.

On a pu ainsi entendre Christine Lagarde expliquer qu'il fallait cesser d'angoisser les jeunes avec la retraite. L'argument fait sourire, quand on se souvient l'escalade anxiogène mise en oeuvre par Woerth et consorts depuis le début de cette réforme. Xavier Bertrand a insisté sur le soutien populaire massif en faveur de la réforme des retraites proposée par Nicolas Sarkozy. Sans doute avait-il accès à des sondages occultes de l'Elysée. Car toutes les enquêtes d'opinion révèlent le contraire. Un vieux député, Yannick Paternnotte, s'est étonné qu'on passe sous silence les avancées majeures du texte en faveur de l'égalité salariale homme/femme (rappelez vous : 1% de pénalité pour 20% d'écart de salaire en moyenne...).

Et plus tard, au journal télévisé de TF1, François Fillon revient défendre la réforme et enterrer la protestation.




6 août 2009

Sur le Web, Sarkozy ne cherche pas le débat mais le contrôle


Nicolas Sarkozy semble vouloir déployer les énergies de l'UMP sur le Web. Le chef de l'Etat ne connaît pas grand chose au Web, mais ses équipes se mobilisent. Il aurait décidé de "passer à la vitesse supérieure", explique Franck Louvrier, le conseiller en communication du Monarque. Ce dernier s'est confié aux Echos cette semaine. L'enjeu est simple: comment démultiplier la parole présidentielle.

Contrôler le débat
L'UMP est à bout de souffle. Le parti présidentiel ne communique plus le nombre de ses adhérents. En moins de 18 mois depuis l'élection présidentielle, l'UMP avait perdu plus de 100 000 adhérents, à en croire le comptage officieusement communiqué à l'occasion de l'intronisation de Xavier Bertrand au secrétariat général du Parti. Ce dernier lancera un réseau social propre à l'UMP mais ouvert à tous, baptisé « Les Créateurs du possible ». La formule retenue a été présenté par un publicitaire cinquantenaire le 21 juillet dernier. Une tentative de contrôle des débats supplémentaire, et de faire oublier la polémique sur les sondages manipulés par l'Elysée. Cette affaire a montré combien l'Elysée était attentif au contrôle de l'agenda public. En subventionnant une cascade de sondages, complaisamment relayés par quelques médias dociles, la Présidence de la République a orienté le débat public sur les thèmes qui lui sont chers. Voilà pour les médias traditionnels. Reste le Web, où la communication présidentielle sert davantage de sujet de dérisions et de polémiques qu'autre chose.

Premier objectif, diffuser la propagande gouvernementale. Franck Louvrier affiche même des ambitions de "media global": « Nous voulons qu'elysee.fr soit une source d'informations pour l'ensemble des Français, et nous voulons aussi en faire un média leader, qui produise de l'information ». Il a ses chances. Le web affole les rédactions. Leurs web-journalistes guettent le scoop, l'info du moment, le buzz potentiel. Ils sont otages de l'hyper-réactivité online. Le Web devient une formidable caisse de résonnance. Sur le Web, la nouvelle pravda de la Sarko-monarchie dispose de relais attentifs car dépendants.

Mais ce n'est pas tout. Second objectif, les jeunes ne sont pas là. Le socle électoral de Nicolas Sarkozy, conforté par les derniers scrutins européens, est essentiellement âgé. Investir le Web vise à séduire les jeunes. Il n'est pas sûr qu'ils se laisseront séduire. Il y a 2 ans déjà, le site de l'Elysée avait été refondu sur le modèle du site de campagne Sarkozy.fr. Large place aux videos et aux photos, cascade de communiqués de presse, design modernisé, Elysee.fr est devenu un exemple à suivre de web-TV pour ses ministres et ses proches. Depuis, Eric Besson, Rachida Dati (quand elle était ministre), Luc Chatel, Frédéric Lefebvre, et Laurent Wauquiez se sont lancés dans l'aventure.

Troisième objectif, récupérer du temps de parole perdu. Sur le Web, point de contrôle du temps de parole. Sarkozy n'a pas le choix. A compter du 1er septembre, sa parole radio-télévisée sera décomptée. Chaque minute sarkozyenne donnera davantage de temps de réponse à l'opposition. Le clan présidentiel s'est fait débordé par la justice. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a édicté, il y a quelques semaines, ces nouvelles règles, en application d'un jugement du Conseil d'Etat de janvier dernier.

Eviter les échanges
Nicolas Sarkozy a également investi Facebook. Sa page personnelle lui permet de confier au grand public ses dernières lectures, publier ses communiqués officiels, livrer des informations "exclusives", comme quelques photos de sa rencontre avec Woody Allen ou avec Bill et Melinda Gates, ou des nouvelles de sa santé après son accident cardiaque du 26 juillet dernier. Il compte 141 000 "fans", sans distinction de couleur politique: votre serviteur en fait partie. Cela permet de poster des critiques (sans réponse) sur le "mur" Facebook réservé aux "fans". Ce mur est d'ailleurs squatté par toutes sortes de plaisantins, d'ultra-fans ("Membre de l'UMP grace à votre sens de la politique et votre implication dans le besoin des français; Vous gouvernez un pays difficile à gerer et c'est un challenge à la mesure de votre volonté."), ou d'internautes avides de publicité. En ce début d'août, on y trouve même une pub pour un site de vente sur Internet.

Mais sur le Web, Nicolas Sarkozy ne cherche pas l'échange. Là est le malentendu. Ainsi, Nicolas Sarkozy ne sera-t-il pas sur Twitter, ce réseau de micro-blogging qui a conquis la blogosphère. Certains de ses proches, ministres ou pas, ont déjà "plongé". Pour le chef de l'Etat, Twitter n'est pas d'actualité. Louvrier explique qu'il n'aurait pas le temps: « Il faut être crédible, tout le monde sait qu'il n'aurait pas le temps lui-même de fournir de la vidéo ». On a peine à gober l'argument. Nicolas Sarkozy s'affiche en permanence un portable à la main, en train de téléphoner ou d'envoyer quelques textos. Un "tweet" n'a que 140 caractères, faudrait-il le rappeler. Sur Twitter, le problème est ailleurs : l'échange est obligatoire, consubstantiel au réseau.

Sarko a-t-il peur de Twitter ? Ou de l'échange ?