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9 février 2019

Ce que Macron et Benalla ont caché (614ème semaine politique)



Semaine stupéfiante - une crise économique, des manifestants mutilés, une loi liberticide votée par des députés godillots, et des barbouzes élyséens qui en prestation pour un oligarque russe qui cachent d'autres secrets plus graves encore.



Uber-laxisme

Il y a beaucoup à dire, trop à commenter: la facture alimentaire qui bondit en ce début février. à cause de la décevante loi sur l'Alimentation (pour les produits les plus vendus, la hausse est de 4%); la sanction du doyen de la Fac de droit de Montpellier et d'un professeur après les violences qu'ils avaient ordonnées pour déloger des étudiants grévistes; la nouvelle charge de Macron contre l'anonymat tandis que son propre conseille de com' Ismael Emelien transmettait l'été dernier des images sur les violences du 1er mai à des trolls macronistes anonymes pour dévier l'affaire Benalla; ou, plus grave encore, l'économie: après la révélation de cette désynchronisation flagrante entre les dividendes (qui ont cru de 44%) et l'emploi (qui a chuté de 20%) des entreprises du CAC40 depuis 30 ans, ou plus récemment les médiocres résultats du chômage de l'ère Macron, on devrait décrypter l'effondrement des créations nettes d'emplois en 2018, officialisé par l'INSEE: 106.000 créations en 2018, soit 3 fois moins que 2017. On devrait s'interroger sur Ou questionner la dégradation des comptes publics dénoncé par la Cour des Comptes à cause des deux premiers budgets publics votés par les macronistes: les allègements fiscaux pour les ultra-riches (ISF, flat tax, etc), justifiés par les longs coûtent 5 milliards annuels. Pire encore, le basculement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allègements de charges coûte 0,9 point de PIB...

Le traitement de faveur des "premiers de cordées" est un échec. Le ruissellement enrichit une minorité d'ultra-riches, les allègements de cotisations et la libéralisation/précarisation du Travail n'a rien produit d'autres qu'un ralentissement de l'emploi et un creusement des déficits à un niveau quasi-sarkozyste.

Uber-président

La France éditocratique s'extasie sur le Grand Débat, cette libre antenne présidentielle qui n'est pas décompté du temps de parole politique, à moins de trois mois des élections européennes. Macron par ci, Macron par là. Macron qui surprend une classe d'école en marge d'un débat avec un micro-troupeau de journalistes sélectionnés (les autres râlent). Macron en bras de chemise, Macron qui distribue le micro, Macron qui "prend les questions par paquet de trois". Macron avec les vieux, Macron avec les jeunes. Macron qui blague, Macron qui sourit, Macron qui réfute, Macron qui donne des leçons.

Macron, Uber-président à plus d'un titre.

Jupiter est de retour. Il n'est jamais aussi vertical dans sa posture que lorsqu'il est au milieu de foules triées où le déséquilibre de la parole est scénarisé et organisée. Chaque débat est l'occasion d'insister sur ce décalage. Jupiter est au-dessus, les autres sont en dessous. Pourtant Macron n'est qu'un élu. C'est lui qui devrait s'agenouiller. C'est lui qui est redevable, lui président qui est l'obligé de ses concitoyens sans qui il ne serait rien.

Avec son Grand Débat, l'uber-président uberise le débat politique. Il veut étouffer la révolte des Gilets Jaunes, il court-circuite ces corps intermédiaires qu'il appelait à la rescousse au creux de l'automne quand la Macronista tremblait chaque samedi devant les Gilets Jaunes.


Uber-Flop

La France éditocratique s'extasie et pourtant... les audiences présidentielles s'effondrent. La tournée macroniste, qui truste jusqu'à 5 ou 6 heures d'antenne à chaque show, peine à convaincre le public: 1,2 million de téléspectateurs avaient regardé le lancement du grand débat national à Grand-Bourgtheroulde (Eure) début janvier; puis 1 million pour le second à Souillac (Lot). On chute à 400 000 pour celui d'Evry-Courcouronnes cette semaine.

Autre flop, plus discret celui-là: le parti présidentiel avait organisé une consultation sur le projet européen en vue du prochain scrutin: alors qu'il revendique plus de 350 000 "membres" et que l'europhilie serait dans son ADN politique, En Marche a péniblement attiré 10 000 internautes en quelques semaines.


Uber-répression

Source: David Dufresne
Depuis deux mois, la police a rétabli ses sinistres voltigeurs motorisés, des "Détachements d'Action rapide" qui sont responsables de bons nombres de violences et blessures graves contre les manifestants.

La loi dite "anti-casseurs" est votée. Une cinquantaine de macronistes préfère "courageusement" s'abstenir. S'abstenir ne sert à rien. Ce texte liberticide, digne d'une autocratie, est un pas de plus vers la "dictature tranquille" : interdiction collective ou individuelle de manifestations sur décision de police, fichage des interdits de manifester. Un seul député macroniste rend son tablier, et quitte le groupe jupitérien.

Dans les rues, le nombre de blessés graves augmente semaine après semaine. Sur les 12 premiers actes des Gilets Jaunes, le bilan officiel s'établit à 7 000 interpellations, 1900 blessés, 1000 condamnations et près de 10 000 tirs de grenades anti-manif. Samedi 9 février, Acte XIII, un manifestant perd sa main sous l'explosion de ces grenades de désencerclement que la France autorise. Le journaliste David Dufresne poursuit son comptage des violences policières, avec 410 signalements, dont 4 mains arrachées, 19 éborgnements et 183 blessures à la tête (en date du 9 février).

"On n'est pas à Caracas" ricane la ministre de la Justice quand l'opposition hurle contre la loi anti-casseur. Mais jusqu'à quand ? 

Cette semaine, le domicile de Manuel Bompard, numéro deux des candidats insoumis aux élections européennes, est perquisitionné par la police. Que cherchaient-ils ? Les cinq policiers ont saisi des fichiers informatiques sans importance, l'affiche de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa profession de foi.

Uber-indulgence

On n'est pas à Caracas, mais sans doute déjà dans un régime de voyous. La répression frappe déjà la presse. Lundi en fin de matinée, policiers et procureurs, aux ordres, tentent de perquisitionner le journal Mediapart, qui refuse. La démarche est inouïe.

Depuis quelques jours, l'Elysée panique à nouveau. Mediapart a révélé une nouvelle salve de documents et d'informations sur les barbouzeries élyséennes. La police veut perquisitionner alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre le journal.

– Alexandre Benalla à Vincent Crase: « Et on efface tout à chaque fois. T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ? » (source: Mediapart)

  1. Mediapart révèle que "l’oligarque russe Iskander Makhmudov a signé un contrat de sécurité avec Mars, la société de Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée." Cet oligarque est un milliardaire proche de Vladimir Poutine, inquiété par la justice européenne.
  2. En écoutant une dizaine d'enregistrements clandestins de conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, on comprend aussi que les deux hommes ont aussi violé leur contrôle judiciaire l'été dernier; qu'ils ont aussi comploté pour (1) supprimer des preuves, (2) déplacer leurs activités de sécurité privée sur une autre entreprise avec un prête-nom.
  3. Ces enregistrements auraient été réalisés au domicile de ... la cheffe du Groupe de Sécurité du Premier Ministre Edouard Philippe. Jeudi 7 février, cette dernière démissionne.
  4. Son compagnon, Chokri Wakrim, faisait partie des 5 personnes embauchées par Vincent Crase pour ces prestations russes. 
  5. Mediapart révèle également que Benalla a menti devant la commission d'enquête sénatoriale: "nos éléments démontrent au contraire qu’Alexandre Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat (russe), y compris dans ses montages financiers."
  6. Pendant ces prestations russes, Alexandre Benalla travaillait pour Macron à l'Elysée et Vincent Crase responsable de la sécurité du parti présidentiel.
  7. En Novembre, Crase et Benalla se sont fait embaucher par une nouvelle société de sécurité ouverte au nom d'un jeune garçon de 18 ans. Un prêt-nom, soupçonne Libération.
  8. Après son licenciement, Benalla a pu retrouver ses passeports diplomatiques pour des "missions en Afrique". Il a aussi été gracieusement hébergé par Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien qui "a également reçu la visite de son ami Chokri Wakrim" selon Libération.
  9. La police a tenté de perquisitionner Mediapart trois jours après la publication des enregistrements. Elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coffre-fort de Benalla mystérieusement disparu l'été dernier de son domicile privé.
"Truc de dingue, le “patron”hier soir il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi."
Alexandre Benalla à Vincent Crase (source Mediapart).


"Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr." Emmanuel Macron, 6 novembre 2018

D'où vient cette indulgence, ce deux-poids, deux-mesures qui ne cesse de choquer ? Pourquoi Emmanuel Macron est-il à ce point indulgent avec son ancien chef de sécurité alors qu'il lâche une répression inouïe, à la haureur de sa trouille, contre les Gilets Jaunes, Mediapart et l'opposition ?

Les perroquets macronistes répètent que l'affaire Benalla est une dérive individuelle. Il a été prouvé cette semaine que c'est faux. 






Ami(e) macroniste, comment pouvez-vous avoir une cécité aussi grande?



22 septembre 2018

594ème semaine politique: Santé et chômage, le cercle vicieux du ruissellement macroniste

 

Où l'on déconstruit l'argumentaire social du président des riches, après l'échec du ruissellement et les économies sur le dos des patients et des chômeurs qu'il a mis en place.


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Rantanplan
Alexandre Benalla n'était pas garde du corps. Ni responsable de la sécurité de l'Elysée. Et s'il portait un flingue quand il était auprès du président de la République, c'était pour sa propre sécurité, pas celle de Macron. Voici trois des idioties que l'ex-barbouze de l'Elysée explicite, sous serment, devant la commission d'enquête sénatoriale dont il avait qualifié le président de "petit marquis" quelques heures auparavant. Cette audition fait rire, autant que les pressions précédentes proprement ahurissantes du clan macroniste pour que cette audition n'ait pas lieu avaient pu convaincre qu'il s'agit bien d'une affaire d'Etat. Le second auditionné, Vincent Crase, tente en vain de se cacher des caméras. Il refuse de dévoiler la fonction de Benalla. Il fait bien rire quand il explique qu'il n'avait jamais le temps de voir Benalla, "même pas pour déjeuner à midi".

Il y a donc une affaire Macron, Benalla et Crase ne sont que des pantins. Cette affaire fait flipper, tant elle révèle la désorganisation de l'Elysée, l'amateurisme de ceux qui nous gouvernent, les libertés qu'ils prennent avec le bon fonctionnement de la Présidence, et les délits individuels qu'ils tolèrent.

Mais cette affaire n'efface pas les "bonnes nouvelles politiques" de la semaine.


Flip-Advisor
Agnès Buzyn a retrouvé le sourire. Elle l'exhibe sur les plateaux de télévision pour présenter son plan santé. Enfin des bonnes nouvelles ! D'abord les propositions de création de communautés professionnelles territoriales de santé sont bien accueillies par les syndicats de médecins. Ensuite, elle supprime le numerus clausus des études de médecine qui disqualifiait en fin de première année les deux tiers des étudiants. Enfin, elle annonce des moyens supplémentaires, 400 millions d'euros l'an prochain ! C'est Noël en septembre !

Et au passage, elle glisse l'une des idées les plus crétines du moment, un nouvel exemple de cette maladie du nouveau monde, l'uberisation des esprits qui pousse chacun(e) à noter, "liker"ou "unliker":

"Les patients vont pouvoir noter les hôpitaux."

Patatras...

La manœuvre avait commencé deux semaines auparavant. Le 10 septembre, le ministère publie le bilan des dépenses de santé en 2017. La presse conservatrice et financière se jette sur une phrase choc: "la part du reste à charge direct des ménages dans la consommation des Biens et services médicaux poursuit son mouvement de baisse régulière depuis 2008 et s’établit à 7,5 % en 2017." Et hop ! Ce constat, souvent sans davantage d'analyse, tourne en boucle dans les médias !  Les ménages seraient de mieux en mieux pris en charge ! De quoi vous plaignez-vous les pauvres ?

On se réjouit évidemment que le "reste à charge" des ménages sur leurs dépenses de soins soit l'un des plus faibles de l'OCDE (8%, soit 15 milliards d'euros en 2017), et en diminution constante depuis une décennie. Mais la ficelle est grosse, et la réalité sacrément plus nuancée. Primo, le bila, publié par les services de Mme Buzyn traite de l'ancien monde, 2017, avant la révolution jupitérienne. Secundo, cette mesure est très partielle: elle ignore le manque de soins; et elle ne répertorie que la fraction non remboursée par l'Assurance maladie, pas les dépenses de soins intégralement à charge des ménages. Tertio, ce constat est réducteur: il tait honteusement que les ménages ont à leur charge des cotisations sociales (13% du financement de l'assurance maladie par exemple) et de mutuelles - le reste à charge après remboursement de la Sécu est de 28% en moyenne, hors patients en Affection de Longue Durée, il tombe à 8% après prise en charge des mutuelles qui elles-même sont payées... par les patients.

4 milliards d'économies en 2018
Mais ne gâchons pas le bonheur d'Agnès Buzyn. La ministre était heureuse d'annoncer qu'elle avait du budget ... Vraiment ? Qui a oublié la Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2018 (LFSS 2018) et ses 4,2 milliards d'euros d'économies ? L'action du gouvernement Macron depuis juin 2017 tient en quelques mesures majeures:

1. L’adossement du RSI au régime général est un transfert d'environ 15 milliards de charges et autant de produits vers le régime général. Le RSI couvre 4,6 millions d'assurés en maladie, 2 millions de retraités et 2,8 millions de cotisants dont 40% sont micro- entrepreneurs.

2. Le report de la revalorisation des retraites a permis d'économiser -400M€ (tandis que l'équipe macroniste se gargarisait d'avoir revalorisé le Minimum Vieillesse de +120M€). La mise en œuvre des réformes Sarkozy puis Hollande du régime de retraites a par ailleurs permis d'économiser à peu près autant. La désindexation des retraites de l'inflation est le dernier coup dur en date.

3. La démolition des dispositifs Hollande de prise en compte de la pénibilité au travail est un autre fait d'armes de Jupiter. Le président des riches a fait supprimer la cotisation pénibilité due par les entreprises et le fonds pénibilité créé sous Hollande. Dans ses Ordonnances Travail de l'été 2017, il a gravement allégé la mesure de la pénibilité par les entreprises (pour le calcul des conditions de retraites ultérieures). Pourtant la France est l'un des pays où les inégalités sociales de mortalité et de santé sont les plus élevées en Europe occidentale. Pire, elles s'aggravent. A 35 ans, un cadre a encore 49 ans d'espérance de vie, dont 34 en bonne santé. Un ouvrier du même âge, seulement 43 années, dont 24 en bonne santé.

4. Macron a réduit également les prestations familiales, 300M€ d'économies, essentiellement sur les allocations pour la petite enfance.

5. Mais le plus important fut certainement les 4 milliards d’économies sur l'assurance maladie. La progression naturelle des prestations maladie (+3,2% en 2017 ramenés à +2,2% en 2018) a été contenue par un plan d'économies de 4 milliards: "la taille de la population, le vieillissement et la prévalence des ALD, expliquent au total près de 60 % de la croissance des dépenses de santé" notait la Sécu en 2017. Malgré ces évolutions structurelles, le gouvernement a cherché à économiser sur le dos des patients tout en réduisant la pression fiscale sur les foyers les plus riches. Le plan d'économies, détaillé par les services de Bercy, a frappé les hôpitaux publics (1,5 milliards) et les patients (réduction des prescriptions de médicaments et dispositifs médicaux pour 320 millions; effort de "maîtrise médicalisée" demandée aux médecins dans leurs prescriptions pour 320M€; moindre prise en charge des arrêts de travail pour 240M€; augmentation du forfait hospitalier pour 200M€; déremboursements de spins pour 180M€).

Face à ce premier bilan, temporaire, le "plan santé pour 2022" présenté en fanfare par Emmanuel Macron lui-même puis ses perroquets ministres et député(e)s fait pâle figure: l'effort de 400 millions d'euros, débloqués pour financer diverses mesures (dont 4000 postes d'assistants médicaux payés au SMIC) est une goutte d'eau, 10% à peine des économies demandées à la santé publique cette année. Le gouvernement veut aussi créer 400 postes de médecins généralistes salariés dans des déserts médicaux par le biais d'incitations non encore négociées avec les syndicats de médecins, et, vraie bonne nouvelle, la réduction progressive de la part de financement à l’activité (T2A) et à l’acte mise en place sous Sarkozy et responsable d'une gestion injuste et inefficace des hospitalisations.

Last but not least, Macron n'a rien à dire, rien à proposer à la moitié des personnel de santé... les infirmier(e)s. Une profession sous tension, au bord de la crise de nerfs et du burn-out, qui se supporte en première ligne pourtant l'essentiel des travers du système actuel pointé par le gouvernement dans sa présentation du plan - saturation des urgences, 

Le cercle vicieux du ruissellement
Mais ce n'est pas tout. La politique fiscale de Macron, en sus d'être injuste, a aussi fait des dégâts sur les comptes sociaux.

Pour 2018, le gouvernement Macron avait fait voter "un allégement sans précédent des prélèvements sur les revenus d’activité" en supprimant le paiement de certaines cotisations sociales (assurance maladie, assurance chômage). En instaurant la "flat tax" qui forfaitise et plafonne les impôts et cotisations sociales sur les revenus du capital, le gouvernement a aussi allégé de 2,4 milliards d'euros les prélèvements sociaux sur les revenus du capital qui finançaient la Sécu. En contrepartie, la CSG avait augmenté pour tous (sauf sur les indemnités chômage et les retraites inférieures à 15 000 euros par an, soit 40 % des retraités ayant les revenus les plus faibles; et sauf pour les revenus du capital épargnés de toute hausse de prélèvement grâce à la flat tax...).

Notez le tour de passe-passe: 7 milliards d'allègement de cotisations sociales d'un côté, 25 milliards d'euros d'augmentation de CSG de l'autre... Les vrais gagnants ? Ces ultra-riches qui ont vu leur imposition et cotisations sociales baisser grâce à la suppression de l'ISF et surtout l'instauration de la flat tax.

Pour la Sécu, les conséquences furent structurelles. Comme le prévoyaitl'administration l'an dernier, cette réduction de cotisations sociales couplée à une hausse massive de la CSG "augmente les recettes des régimes de base et du Fond de Solidarité Vieillesse alors qu’elle diminue celles de l’UNEDIC", c'est-à-dire de l'indemnisation chômage. En d'autres termes, par ce tour de passe-passe, les comptes des branches santé et vieillesse récupéraient davantage de financement, alors que l'assurance chômage se trouvait déstabilisée.

Un an plus tard, nous voici en septembre 2018. Nulle surprise à voir le gouvernement réclamer plus d'un milliard d'euros d'économie annuels  aux partenaires sociaux qui gèrent l'UNEDIC. La boucle est bouclée.

Jeudi, la ministre Muriel Pénicaud, qui attend toujours sa mise en examen pour favoritisme du temps où elle gaspillait de l'argent public pour les soutenir les premiers pas de la candidature Macron, dévoile enfin son objectif austéritaire - 3,6 milliards sur les 3 prochaines années.

Moins d'un chômeur sur deux est indemnisé par l'UNEDIC, rappelons-le. Non seulement les chômeurs vont morfler, mais c'est aussi le signe de l'échec d'une politique. La reprise économique n'a pas eu lieu.  

Le "ruissellement" des énormes cadeaux fiscaux à quelques centaines de milliers de foyers ultra-riches et des exonérations de contribution sociale sans contrepartie n'a pas eu lieu. Le chômage ne baisse pas, voir il augmente. L'emploi intérimaire a perdu de son dynamisme. La dernière mesure sarkozyste annoncée en fanfare début septembre - l'exonération de cotisations sociales des heures supplémentaires, ira aggraver la situation des comptes sociaux tout en décourageant l'embauche comme lors du quinquennat Sarkozy.

Il faut resituer la lâche petite phrase de mépris d'Emmanuel Macron sur les chômeurs dans le contexte de ces annonces Pénicaud. A un jeune horticulteur au chômage qu'il croise dans les Jardins de l'Elysée le jour de l'ouverture au public pour les Journées du patrimoine, il le sermonne et lui conseille de traverser la rue pour faire la plonge.


"Vous allez à Montparnasse par exemple… Honnêtement, hôtel, café, restaurant, je traverse la rue, je vous en trouve !. " Emmanuel Macron, 16 septembre 2018

Cette petite phrase méprisante fera une semaine de polémiques, mais elle rappelle surtout l'agenda politique macroniste: les chômeurs n'ont qu'à se bouger.




Ami macroniste "de gauche", mais qui donc es-tu ?



20 août 2014

Pourquoi 20% des foyers français sont confrontés au chômage

La France compte 27 millions de ménages. 

 

On nous dit que le chômage, pourtant massif, ne concernerait que 10% de la population active, une broutille.

 

C'est statistique, mais c'est faux.


L'analyse politique et médiatique du chômage se limite trop souvent au commentaire des variations mensuelles, ou d'une proportion - 10% de la population active - qui minore le phénomène.

On tente rarement d'évaluer combien de ménages résidant en France font directement l'expérience du chômage. En 2001, l'INSEE avait évalué à 14,7% la proportion de ménages concernés.

20% des ménages sont concernés.

Chaque mois, la DARES, du ministère du travail, répertorie le nombre d'inscrits à Pôle Emploi, suivant une nomenclature bien connue: recherche active d'un emploi, absence d'activité, activité partielle, exemption de recherche, etc.

A fin juin 2014, Pôle emploi comptait ainsi 5 343 100 personnes inscrites à Pôle emploi tenues de faire des actes positifs de recherche d’emploi.

Les statistiques sont plus détaillées concernant la France métropolitaine.
  • 3,398 millions étaient sans emploi (catégorie A) dont 0,535 million de moins de 25 ans et 2,075 millions entre 25 et 49 ans.
  • 1,644 million exerçaient une activité réduite, courte (78 heures ou moins dans le mois, catégorie B) ou longue (plus de 78 heures dans le mois, catégorie C). 
  • Il faudrait ajouter les 0,676 million non immédiatement disponibles (catégories D et E). 
S'ajoutent enfin les personnes qui sont sorties des statistiques, faute d'inscription: sur les 495 000 sorties de Pôle Emploi en juin, seules 89 000 l'étaient en raison d'une reprise d'emploi. Cela donne donc 5,7 millions.

Prenons deux hypothèses, pour mieux cerner l'ampleur du phénomène.

Hypothèse 1: chaque ménage n'a pas plus d'un inscrit au chômage en son sein. C'est une hypothèse "optimiste".  Suivant cette hypothèse, on considère donc que ces 5,7 millions d'inscrits à Pôle emploi sont autant de familles différentes. Quelque 3,4 millions d'entre elles compteraient même un membre sans aucune activité, un chiffre terrifiant.

Hypothèse 2: chaque ménage compte 1,5 inscrit au chômage. 
C'est une hypothèse arbitraire mais rappelons que la France compte 2,3 personnes en moyenne par ménage. Ce ratio de 1,5 appliqué aux statistiques du chômage signifierait que 3,8 millions de ménages seraient directement affectés par le chômage.

Au final, entre 3,8 et 5,7 millions de ménages résidant en France seraient donc directement affectés pas le chômage, soit entre 14 et 21% des ménages.

On est loin des 10% statistiques, très loin.

La publication mensuelle des statistiques du chômage rythme pourtant l'actualité politique. Rares sont les commentateurs qui cherchent à ramener le phénomène durable à l'échelle qui convient, celle des foyers, des familles.

30 juin 2014

Pourquoi le chômage va monter avec Manuel Valls

Ils sont tous "contre" le chômage et "pour" l'emploi. François Hollande en a fait une telle priorité depuis que l'inversion de la courbe des sans-emplois ne s'est pas produite à l'issue de 2013 qu'il semble prêt tout, et même n'importe quoi. 

 Il y a quelques jours, une succession de mauvaises nouvelles (croissance atone, chômage en hausse) a réactivé la foire aux suggestions. 


 1. le Pacte de Stabilité et de Croissance serait trop strict. L'argument fait mouche, de gauche à droite. Souverainistes et gauchistes n'en veulent plus. Même dans les cercles sociaux libéraux, on commence à couiner. Dans les Echos des 27-28 juin 2014, le rédacteur en chef Etienne Lefebvre s'inquiète des impacts de ce carcan. Et reprend des arguments défendus jusque là plus à gauche de l'échiquier: il prône d'alléger le le rythme de désendettement. Car "le Pacte devient surtout un frein aux dépenses productives." Ce Pacte, signé sous Sarkozy, ratifié sous Hollande, prévoit un dispositif de surveillance multilatérale des Etats (avec notamment la présentation d'objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année) et une procédure de sanctions des Etats en situation de déficit excessif (i.e. supérieur à 3% du PIB).

Certains défendent un mauvais compromis, revoir la façon dont ont comptabilise les déficits. L'idée serait d'exclure des dépenses publiques celles qui aident l'Europe, comme les dépenses militaires par exemple. Renvoyer la souffrance collective du chômage et de la récession à une affaire comptable est assez curieux. C'est un débat d'experts paumés face à une réalité qu'ils ne comprennent plus.

A Bruxelles, la France n'a pas eu gain de cause contre le Pacte de stabilité, malgré ces deux dernières années de dégradation.

2. Le redressement des comptes publics aurait des effets négatifs sur l'économie: cela dépend comment ce redressement s'opère. Le choc austéritaire n'a pas eu lieu en France comme d'autres pays l'ont connu dans le Sud de l'Europe. La ponction fiscale sur les plus fortunés, très forte dès la première année du quinquennat Hollande, n'a aucune espèce d'effet macro-économique. Le leader du PG Jean-Mélenchon l'explique ainsi sur son blog: "La baisse des dépenses publiques aggrave la crise. La baisse des investissements publics et le gel du pouvoir d’achat des fonctionnaires et des prestations de sécurité sociale comme les retraites compriment l’activité économique du pays. Et, de cette façon, détruisent des emplois."

Une réduction supplémentaire des dépenses publiques est prônée par l'UMP (120 milliards d'euros) et son supplétif "centriste" l'UDI (80 milliards). Dimanche, le JDD a publié une tribune irresponsable de quelques grands patrons préoccupés par leurs dividendes. Car comment comprendre leur appel à davantage de réduction de dépenses publiques quant l'économie peine à redémarrer autrement que par l'appel du gain, le leur ? 

3. Contre le chômage, le véritable argument libéral est que le marché du travail serait trop rigide. En France, l'Accord National Interprofessionnel de janvier 2013, devenu loi quelques mois plus tard, est un symbole de cette aberration. En échange de quelques avancées (mutuelles, compte personnel de formation), le Medef y a obtenu l'accélération des procédures de licenciement collectif et l'autorisation d'expérimenter des contrats à durée indéterminée intermittent.


4. Contre le chômage, on nous explique aussi que le coût du travail serait trop élevé. Dans un pays où la croissance repose sur la demande intérieure, l'idée de généraliser le travail précaire et mal payé est assez curieuse. Par ailleurs, la baisse du coût du travail est sans fin: il y aura toujours un pays moins cher que nous. Enfin, la comparaison systématique avec l'Allemagne n'a pas de sens. Les analyses sont désormais suffisamment nombreuses pour comprendre comment l'Allemagne jouit d'une situation unique et non reproductible au sein de la zone euro. Son dynamisme commercial a pillé l’Europe de l’intérieur. Son excédent commercial – 6% du PIB en 2012, "c’est de l’argent qui sort des pays du Sud pour entrer en Allemagne" (dixit Coralie Delaume, dans son ouvrage les Etats Désunis).

5. En France, cette ode à la compétitivité si chère à l'interprétation libérale du monde, a été revue et amplifiée par François Hollande dès l'automne 2012. Elle a progressivement pris le pas sur le reste - la défense des précaires, la justice fiscale, le redressement des comptes publics. Le renchérissement des cotisations patronales sur les contrats de travail courts, l'une des rares avancées de l'ANI sus-nommé, a été complètement effacé par les gigantesques exonérations de charges sociales accordées sans contre-partie dans le Pacte à 50 milliards d'économies proposé par Hollande début 2014.

6. Bizarrement, l'accumulation de mauvaises nouvelles sur le front économique ne change rien à la conviction hollandaise. C'est surprenant. La croissance ne revient pas, le chômage s'aggrave. Le pacte irresponsable ne sert que marginalement à réduire les déficits puisque les 4/5 des 50 milliards d'économies vont s'évaporer dans des exonérations de charges sociales. La réponse du gouvernement est surprenante. Il y a bien sûr ces incantations propres à toute équipe au pouvoir confrontée à de mauvaises nouvelles: "Pas de fatalisme. L'heure est à l'action et c'est la responsabilité de tous" a commenté Valls la semaine dernière. Il n'a qu'une option en tête, réduire le "coût du travail". Valls a renié Keynes, il y a longtemps déjà. Il n'est pas seul. Des salariés pauvres dans des entreprises riches, bel avenir...
"Je compte sur les entreprises de France, avec les moyens que nous allons leur donner, la baisse du coût du travail, la baisse de la fiscalité". Manuel Valls. 

Ami socialiste, réveille-toi.








25 juin 2014

Pourquoi donc Hollande veut-il détruire 60.000 emplois ?

Ce n'est plus une question. 

 

C'est un doute, presque existentiel. 

 

Une énigme.






Son combat, c'est pourtant l'emploi. 

François Hollande s'attaque avec acharnement au chômage de masse hérité de la Grande Crise et de l'incurie de la droite au pouvoir une décennie durant entre 2002 et 2012. Dès sa prise de fonction, il a dû gérer un ralentissement généralisé des économies occidentales. Il a rapidement fait voter les contrats de générations - promesse de campagne; les emplois d'avenir - autre promesse de campagne. Début 2013, le chômage continuait sa progression sous toutes ses formes officielles. Hollande se risqua à promettre une "inversion de la courbe", autre néologisme de cette novlangue à la mode dans les cercles gouvernants de tous bords. La presse toute entière s'gita sur ce nouveau marqueur qui incarnait si facilement le story-telling officiel. Un an plus tard, le constat d'échec était évident, il ne fut pas nié. Reconnaissons à Hollande cette franchise-là.

C'est sans doute la seule chose qu'on pouvait lui reconnaître en la matière. Car il est un autre terrain où Hollande s'obstina sans comprendre. Les plus conservateurs du pays expliquèrent que le "coup de matraque fiscal" de la Hollandie triomphante avait eu raison de la reprise. Ces gens-là loupaient volontairement l'essentiel. Hollande devait redresser les comptes, et aussi la fiscalité trop clémente sur les plus fortunés, le capital et ses revenus. La gauche toute entière aurait du retenir cet effort.

En 2013, le coût des niches fiscales a enfin reculé. C'est déjà ça.

Hollande commit l'erreur de pratiquer le supplice chinois, maintes fois évoqué dans ses colonnes de blog. Plutôt que de cibler, il éparpilla la ponction fiscale. Il laissa quelques centaines de milliers de foyers pourtant précaires plongés dans l'imposition sur le revenu, perdant en cascade nombre d'aides sociales réservées à ceux en-deça du seuil de l'IR. Il augmenta la TVA à taux réduit, une mesure mal digérée même si elle n'eut aucun effet sur l'inflation.

Il y eut pire, le Pacte de responsabilité, annoncé tout-de-go le 14 janvier 2014. Depuis l'automne 2012, le président Hollande ajoutait pièce après pièce les éléments d'un puzzle non discuté pendant la campagne présidentielle, la Compétitivité. Ce socialisme de l'offre agaça d'abord lors du Crédit Impôt Compétitivité Emploi. L'affaire était significative mais loin d'emporter l'ensemble de la politique gouvernementale. Dix-huit mois plus tard, elle a pris plus d'ampleur. La Compétitivité a emporté tout sur son passage.  Le summum fut atteint début avril. Manuel Valls livra quelques clés pour comprendre jusqu'où cette affaire nous emmenait: seule une petite partie des 50 milliards d'euros d'économies serviraient donc à rééquilibrer les comptes publics. L'essentiel, soit 41 milliards, seraient rendus sous formes d'exonérations de cotisations sociales. Pour faire bonne figure, le premier ministre trouva quelques marges de manoeuvre pour alléger d'un peu plus d'un milliard l'impôt sur le revenu pour les foyers nouvellement imposables.
"La période 2002-2012 a été marquée par un accroissement régulier des déficits commerciaux, témoignant de la perte de compétitivité des entreprises françaises, et du creusement des déficits budgétaires, qui a entraîné une croissance ininterrompue de la dette." Extrait du compte rendu du Conseil des ministres du 11/06/14
Au final, le mauvais scenario s'installe dans toutes les têtes au sommet de l'Elysée: la consommation est faible, la demande s'affaisse, l'économie ne repart pas, les impôts rentrent moins bien. Mais on s'obstine à penser que réduire la pression fiscale sur les entreprises, et couper en conséquence dans les dépenses publiques, va relancer la machine. Mardi 24 juin, l'INSEE table sur une croissance faible, un microscopique 0,7% cette année, et encore un chômage en progression pendant toute l'année. "Les espoirs d'une vraie reprise cette année s'amenuisent", commentent les Echos ce mercredi 25 juin.

Les arguments de l'institution publique sont tristement prévisibles, pour qui veut bien les lire avec lucidité: "La réduction de la dépense publique va peser sur l’économie en 2014. Les salaires grimperont eux, faiblement dans un contexte de chômage toujours élevé, et le pouvoir d’achat des ménages s’améliorera surtout grâce à la faiblesse de l’inflation." Il y a pourtant encore des économistes néo-lib pour justifier cette "politique de l’offre, nécessaire pour redresser les marges des entreprises".
"La croissance est le fil rouge de la politique économique : c’est d’elle dont dépendent les créations d’emploi dans le secteur marchand, et donc le pouvoir d’achat de nos concitoyens ; c’est aussi d’elle dont dépend la vitesse de correction de nos finances publiques." Valérie Rabault, rapport à l'Assemblée nationale, 18 juin 2014

Puis, un nouveau choc. L'attaque est venue de l'intérieur. 

Valérie Rabault est la nouvelle rapporteuse (socialiste) du Budget à l'Assemblée. Elle a pris a relève de Christian Eckert, parti au Budget dans l'équipe Valls en avril dernier. Le 12 juin, Madame Rabault a déboulé dans les bureaux de Bercy pour se faire communiquer les estimations internes sur l'impact du plan d'économies de 50 milliards d'euros. Chez Michel Sapin, ministre des Finances, on n'a pas apprécié la démarche.

Quelques jours plus tard, la député livre les résultats de son enquête. On put lire son rapport sur le site de l'Assemblée, publié le 18 juin. Nos éditocrates sont gênés. Il fallait écouter Philippe Lefébure, éditorialiste économique sur France Inter, reconnaître lundi matin l'ampleur de la nouvelle: "certes, il manque, dans cette estimation, l'effet positif sur l'emploi du CICE (Bercy ne l'a pas donné). Valérie Rabault précise aussi que ne pas redresser les comptes publics aurait des effets bien pire encore mais quand même, les chiffres qu'elle a réussi à extirper de Bercy, et qu'elle a décidé de rendre publics, tombent mal. Ils vont, immanquablement, alimenter la fronde de ceux qui, au PS et ailleurs, réclament une "autre" politique".

Sans rire.

La députée socialiste avait  juste fait son job, expliquer les impacts de la politique gouvernementale pour éclairer la représentation parlementaire avant qu'elle ne débatte puis vote le pacte de responsabilité.

Les "révélations" sont les suivantes:

1. "Les 50 milliards représentent une réduction des dépenses de plus de 2 points de PIB, soit un impact négatif sur la croissance de 0,7% par an en moyenne, entre 2015 et 2017. " L'effet récessionniste de cette fuite en avant est là, chiffré.

2. "Ces économies pourraient entraîner la suppression de 250.000 emplois, à l'horizon 2017." La députée modère son propos: "une partie de cet impact sera neutralisée par l'adoption concomitante de mesures fortes en faveur de la réduction des charges des entreprises et du pouvoir d'achat des ménages dans le cadre du pacte de responsabilité et de solidarité", soit à peine 190.000 créations d'emplois d'ici 2017. Arrêtons-nous sur le chiffre: 41 milliards d'euros d'exonérations de charges pour ... 190.000 emplois de créations d'emploi "supplémentaires" ? Où est passé le million d'embauches promis par Pierre Gattaz, le patron du Medef ? Ou les 2 millions qu'espérait urgemment Arnaud Montebourg ? 

3. La Rapporteure attend davantage de chiffrages: "Des simulations complémentaires sont donc nécessaires pour disposer d’un chiffrage global sur l’effet des mesures d’économie et de relance (CICE et pacte de responsabilité) appliquées concomitamment, et non plus séparément comme cela a été présenté jusque-là."

4. Dans son rapport, Valérie Rabault fustige déjà la baisse des recettes fiscales constatée en 2013 - près de 5 milliards d'euros de manque à gagner. La fuite en avant ? L'Etat a du trouver la somme en gelant d'autres crédits publics dont 600 millions sur l'UNEDIC (l'indemnisation chômage), 300 millions sur le fonds national d’aide social de la CNAF, 300 millions de gel de prestations sociales dès 2014, et "1,6 milliard d’euros d’économies supplémentaires sur le budget de l’État" (Défense, écologie, Justice, etc).

5. L'impact net du Pacte de Responsabilité serait donc évalué par les services de Bercy à une perte nette de 60.000 emplois. Les intéressés ont évidemment démentis la réalité des révélations. L'explication de Michel Sapin, ministre des Finances, fut délicieux: "Ce n'est pas Valérie Rabault qui a fait les calculs, ce sont un certain nombre d'économistes qui font des calculs de cette nature qui sont des calculs complètement en chambre, des calculs extrêmement théoriques". Sortez les rames... Sapin complète: "Elle s'appuie sur une évaluation de la Direction générale du Trésor qui se fonde sur des hypothèses de ce que pouvait être le plan d'économies". Répétons avec nos mots: les évaluations de Bercy, sur lesquels ce même ministre se base quotidiennement pour son story-telling seraient donc fausses quand elles sont publiées et contraires à ses thèses ?

Détruire 60.000 emplois au nom de la Compétitivité ?

Cette information est terrifiante pour l'Elysée. L'argument générique - tout pour l'emploi, qu'importe le prix - est éteint.

Qui peut comprendre ?

Allez comprendre.







14 juin 2014

371ème semaine politique: Hollande face à la décomposition politique

De gauche à droite, le spectacle est saisissant, celui d'une décomposition plus ou moins rapide que nos ténors, pourtant routiers de la politique, ne savent enrayer. L'UMP suffoque sous le coup de scandales financiers internes, le gouvernement Valls a déjà perdu toute énergie.

A l'extrême droite, on compte les points. Voici la mauvaise chronique de cette 372ème semaine politique que la France a connue depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.


La droite en vrac
C'est un psychodrame. Ils ont fait mine de le résoudre, après trop de déclarations définitives. Le linge sale avait été déballé il y a plusieurs semaines, cette affaire Bygmalion, des fausses factures pour couvrir la fraude aux règles de financement électoral par Nicolas Sarkozy en 2012. Copé éjecté, il fallait trouver une solution. Ce fut chose faite mardi. Le jour du choix, Balladur est "exceptionnellement" présent, en "caution morale" de l'UMP, on croit rêver. Ces gens sont prêts à tout, et même au plus drôlement ridicule. Est-ce la fin de l'UMP ? 

On progresse d'ailleurs dans le Karachigate, mais sans Sarko ni Balladur. Les sous-fifres ont été renvoyés en correctionnelle.

Le sarkozyste/copéiste Luc Chatel hérite du secrétariat général, "à l'insu de son plein gré", sous la coupe d'un triumvirat Juppé/Raffarin/Fillon. Luc Chatel est le Harlem Désir de l'UMP. Quelle refondation ! "L'UMP n'a pas eu besoin de Nicolas Sarkozy pour trouver une solution" s'exclame Xavier Bertrand.

Alain Juppé, justement, explique mardi soir à la télévision combien les primaires seront essentielles pour décourager Sarkozy choisir le meilleur candidat de la droite pour 2017. Fillon en ajoute une couche sur Europe 1: "Il y a des dizaines de millions d'euros qui ont été détournés."

Rappelez- vous de cette phrase, longtemps.
"Est-ce que le général de Gaulle est présent actuellement sur la scène politique? Si vous en trouvez, dites-le moi, à ce moment-là on ne fera pas de primaire" Alain Juppé, 11 juin 2014.
Nicolas Sarkozy est un épouvantail, même à droite. Même si quelques sondeurs sortent d'improbables enquêtes d'opinions sur le "coeur militant" rétréci de l'UMP pour "prouver" au contraire qu'il y a une "attente" pour un de Gaulle de remplacement, la tendance est mauvaise.

A l'UDI voisine, on se prépare aussi à des primaires. Pire, l'élection du nouveau président du Parti, depuis l'abandon de Jean-Louis Borloo, est déjà entachée d'un soupçon de fraude. Les supporteurs de Rama Yade, l'ex-égérie sarkozyste de la grande époque 2006-2008, s'inquiètent d'un afflux soudain de nouvelles adhésions de militants juste avant le vote interne...

Manuel Valls fait un discours, hommage aux victimes d'Oradour-sur-Glane. Il devait avoir son moment, après la célébration réussie du 70ème anniversaire du Débarquement de Normandie le vendredi précédent. Il est toujours important que le premier des ministres se saisisse de ces moments de souvenir essentiel.

Socialistes affligés, vraiment.
Manuel Valls fait dans l'hommage, mais l'hommage masque mal les soubresauts d'une Hollandie qui ne sait comment se renouveler.

L'initiative n'est pas anecdotique: l'ancien député européen Liêm Hoang Ngoc, exclu des listes européennes pour cause de dissidence interne, s'est activé pour lancer un mouvement d'opposition interne au sein du parti socialiste, avec le chercheur Philippe Marlière.
"Notre constat, c’est que si le cap actuel qui a été choisi par l’exécutif est maintenu jusqu’en 2017, il y a fort à parier que la gauche disparaitra au second tour de l’élection présidentielle."
La dénomination choisie est bien trouvée, les Socialistes Affligés, rien que cela. L'affliction est en effet largement répandue à gauche. On attend que l'actuel président se réveille du pied gauche. Des municipales aux européennes, sans parler des sondages, Hollande et son action ne mobilisent plus. C'est même plutôt l'inverse.

Du côté de la Vrauche, on ne cherche pas encore à tendre des mains, ni à saisir les mains tendues. Ces dernières sont pourtant plus fréquentes, plus insistantes. L'opposition de gauche, qu'elle soit frontale ou discrète, est fragile. Lenaïg Bredoux le résume pour Mediapart: "le président de la République a déporté sa politique vers le centre, voire vers la droite, libérant chaque jour un espace plus grand au reste de la gauche. Sur le papier du moins. Car dans les faits, et dans les urnes, les autres gauches patinent, avec un faible score aux européennes et un mouvement social atone, laissant le champ libre au Front national."

Le problème n'est pas l'affliction, mais le découragement. La droite horripile, cette gauche déçoit.

Mercredi, Michel Sapin et son secrétaire au budget Christian Eckert présentent le projet de loi de finances rectificative pour 2014 au Conseil des ministres. Il y a  41 milliards pour réduire les cotisations sociales, mais rien pour la transition écologique. Les deux élus écologiques Cécile Duflot et Pascal Canfin avaient bien fait de quitter l'équipe gouvernementale. Le projet de loi de transition énergétique, "la" grande promesse écolo du quinquennat Hollande, est (encore) reportée, à 2015. Ségolène Royal tente encore de convaincre Valls de présenter, a minima, son projet au Conseil des ministres du 18 juin prochain.

Voilà où nous en sommes.

Frondeurs, ou fâchés ?

Les socialistes frondeurs sont une centaine à l'Assemblée. Ils aimeraient croire à un nouveau budget, plus en faveur du pouvoir d'achat de cette France qui souffre ou se lève tôt. Leur idée, exposée, en tribune et conclave, est de réduire  baisses d'impôts et de charges des entreprises de 41 milliards à 22,5 milliards, pour rebasculer la différence au profit des classes populaires.

Manuel Valls en rencontre quelques-uns à l'Assemblée. Il écoute, mais ne change rien. Devant des journalistes, Michel Sapin enfonce le clou: "le dialogue est ouvert avec l'ensemble du groupe socialiste, moi je ne discute pas avec telle ou telle partie du groupe socialiste".

Les nouvelles économiques sont-elles si mirifiques qu'on puisse ignorer les critiques ? 

Non.

Un Haut Conseil administratif s'inquiète pour l'objectif de croissance - un ridicule 1% cette année. On est dans l'erreur statistique. Il fallait ensuite écouter Michel Sapin, ne pas rire ni pleurer: "la prévision de 1 % peut parfaitement être atteinte grâce à (…) deux moteurs qui s’allument".

Gouvernement "cressonisé"
Dans les gares, les cheminots sont en grève. En cause, le non-rapprochement de Réseaux Ferrés de France et de la SNCF, l'endettement de RFR et le statut des salariés. La structure publique qui gère le réseau est surendettée. De jour en jour, la grève se reconduit. Vendredi, Hollande demande son "arrêt". On stresse à l'Elysée.

La fragilité du gouvernement est saisissante. Manuel Valls ressemble à Edith Cresson, éphémère premier ministre de la Mitterrandie finissante en 1991-1992. Il ne subit pas les mêmes insultes machistes que sa prédécesseuse, mais le même épuisement accéléré et sans doute définitif de son dispositif gouvernemental.

Dix semaines après le remaniement, les ministres semblent déjà acculés, essorés, effrayés. Prenez la Culture. La grande loi de "l'Acte II de l'Exception Culturelle" d'Aurélie Filippetti est ... repoussée à 2015. La ministre de la Culture est aussi sans voix devant les grèves d'intermittents du spectacle qui protestent contre leur nouveau régime d'assurance chômage.

Du côté du Logement, sa collègue Sylvie Pinel, est critiquée de toutes parts. En cause, son inexistence politique à un moment où la construction de logements est en berne. L'objectif de 500.000 constructions annuels ne sera pas atteint cette année. On est descendu à moins de 350.000 mises en chantier en avril. La droite attaque. Elle a raison, elle n'a plus que cela. Et le gouvernement ne résiste pas. la ministre ne dit rien. On murmure même qu'il faudrait démembrer la loi ALUR de Cécile Duflot qui n'a pourtant pas un an de mise en oeuvre . Les lobbies immobiliers s'agitent contre le trop plein de normes et l'encadrement des loyers. On aurait "effrayé" les propriétaires à force de vouloir protéger les locataires. D'autres fustigent la disparition des exonérations fiscales. Vendredi 13 juin, Valls confirme qu'il y aura des "modifications" à la loi Duflot pour "libérer les énergies".

A Bercy, Arnaud Montebourg agite ses bras, et ventile tant qu'il peut. Bouygues Télécom annonce un plan social, après son échec à racheter SFR. Montebourg crie, clame et proteste: il "n'accepte pas un secteur en croissance où il y a des destructions d'emplois". Siemens revient à la charge, avec le japonais Mitsubishi, pour la reprise de la branche énergie d'Alstom, le ministre applaudit, alors que l'Elysée plaide pour la neutralité

Hollande nomme
Il se ménage. Après une séquence agitée sur la réforme territoriale (il y a 15 jours), puis cérémonieuse avec une vingtaine de chefs d'Etat sur les plages de Normandie (il y a 8 jours), François Hollande s'est replié au Palais. Son agenda est vide ou protocolaire. Il lâche un mot sur les grévistes de la SNCF, qu'il voudrait calmer; il rencontre Pierre Gattaz, le patron du MEDEF, mais rien ne filtre. Il passe deux jours en Andorre. Dimanche, il sera devant la télé, avec des médaillés olympiques, à l'Elysée, pour voir le premier match de l'équipe de France dans cette Coupe du Monde au Brésil qui a débuté jeudi.

Hollande se ménage, et fait le ménage. Mardi, l'Elysée confirme le départ de 3 conseillers de la présidence. Est-ce l'épuisement ou le renouvellement ? Thierry Rey cède sa place à Nathalie Ianetta. Sur les réseaux sociaux, certains jouent aux raclures à coup de commentaires salaces. La Sarkofrance donne toujours autant la nausée.

Le plus surprenant est le remplacement du jeune ex-banquier Emmanuel Macron par ... une directrice de la stratégie d'une grande banque anglo-saxonne. Laurence Boone, c'est son nom, s'est fait connaître par quelques écrits néo-libéraux, rédigés sous le contrat de son ancien employeur.

Jacques Toubon est nommé Défenseur des Droits en remplacement de Dominique Baudis, récemment décédé. Cette nomination n'a qu'une logique, promouvoir un opposant, ancien ténor du RPR, pour s'évacuer les soupçons de désignations complaisantes. Pourtant, c'est encore une bêtise, une belle erreur de casting.

Toubon ? ... tout faux.


Le show Le Pen
Marine Le Pen se frotte les mains. Cette décomposition naturelle des autres formations politiques joue en sa faveur. Elle se paye même le luxe d'une mise en scène familiale qui piège avec une facilité déconcertante nos médiacrates. Dimanche, le vieux Le Pen dérape une nouvelle  fois contre les Juifs. Chez Le Pen, le dérapage est un mode de conduite.  Le paternel promet une "fournée" éliminatoire à Patrick Bruel et quelques autres; ça choque heureusement et largement. Et Marine Le Pen censure le blog de son père, surjoue l'indignation.

La fille trouve-t-elle le père trop antisémite ? Elle n'ose le dire. La galerie s'amuse ou s'extasie de cette normalisation réussie. Le Front national a de mauvaises racines, qui en doutait ? On voudrait nous faire croire que la tête est saine, si les pieds sont malades.

Ce mot de trop, le énième, de Jean-Marie Le Pen le weekend dernier, a permis donc à la fille d'exprimer haut et fort combien ces dérapages antisémites n'étaient pas sa "cam". La normalisation du Front National se fait aussi par ses expansions familiales en public.

"Nous sommes face à deux phénomènes parallèles de décomposition, à droite et à gauche." Patrick Devedjian, 12 juin 2014




Crédit illustration: DoZone Parody

9 mai 2014

Le rapport McKinsey que Hollande n'a pas osé lire.

L'ode à la compétitivité est sans limite. François Hollande a failli le reconnaître. Un journal conservateur le martèle. Le Medef n'a pas fini sa croisade.


L'ode à la compétitivité est devenue un non-sens. Non pas que la compétitivité soit un non-sujet. Mais comment comprendre qu'elle soit devenue l'alpha et l'omega de tout le discours présidentiel ? Il n'y a plus que ça, c'est-à-dire plus rien.

Mardi matin sur RMC/BFM, François Hollande était triste.

Il avoua.
"Mais il y a un point que je n’ai pas suffisamment souligné, c’est la dégradation de la compétitivité de l’industrie française, nos pertes de marché … ça n’a pas duré très longtemps, le rapport GALLOIS, vous vous en souvenez, novembre 2012, à peine six mois après mon élection a parfaitement et objectivement situé le mal français, c’est-à-dire une industrie qui avait perdu l’essentiel de sa compétitive, alors qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité ? J’ai attendu ? Non, j’ai pris tout de suite une décision qui n’était pas facile pour mes amis, vous évoquiez la gauche, j’ai dit : il faut alléger le coût du travail des entreprises parce que s’il n’y a pas une baisse du coût du travail, il n’y aura pas le redressement de la compétitivité."
Il aurait du être plus explicite. Le "socialisme de l'offre", cette incantation favorable aux réductions de charges des entreprises plutôt qu'au soutien de la demande et, surtout, des plus précaires, était la grande trahison qu'Hollande eut l'honnêteté de reconnaître du bout des lèvres ce jour d'anniversaire de son élection à la tête de l'Etat.

Le lendemain, Les Echos barraient leur une d'un titre alléchant

"Comment créer 1 million d’emplois : l’étude qui conforte l’objectif du Medef"

Le quotidien économique publiait toutes les bonnes recettes du crédo libéral du moment. Pour créer un million d'emplois supplémentaires d'ici 2017, il faudrait, en vrac,
  • Ouvrir les magasins le dimanche et en soirée
  • Simplifier les règles d'urbanisme commercial
  • Labelliser des formations qualifiantes dans la distribution afin d'accroître la mobilité des salariés
  • Accélérer la rénovation thermique dans le bâtiment
  • Assouplir les règles foncières
  • Lutter contre les distorsions de concurrence entraînées par le travail dissimulée ou détachée dans la construction
  • Assouplir la durée du travail des cadres
  • Développer le télétravail
  • Réduire le poids des normes obligatoires et des autorisations préalables dans la restauration et l'hôtellerie.
Et si tout cela se matérialisait, bienvenue au pays des Bisounours, on rase gratis: "Cette approche, combinant macro et microéconomie montre qu’il est possible pour la France de viser une création massive aussi bien d’emplois à haut degré de qualification et à forte valeur ajoutée que d’emplois à moindre coût de main-d’œuvre destinés aux actifs peu formés ou non diplômés."

Pour défendre sa thèse, Mc Kinsey reprend l'argument sarkozyen qui avait fait florès en 2007, "travailler plus pour gagner plus", déplafonner les heures supplémentaires pour résoudre le chômage, l'équation si ridicule et finalement fausse et coûteuse. "Une amélioration simultanée du taux de chômage et du taux d’activité n’est pourtant pas incompatible."

Welcome to Disneyland ! 

Pour parvenir à ces conclusions mirifiques, le cabinet de conseil est allé à la meilleure des sources: dixit les Echos, il s'est "appuyé à la fois sur les travaux d’économistes, des entretiens auprès de DRH de grands groupes, et des échanges avec les fédérations professionnelles du Medef." Le rapport s'intitule "Dynamiser le marché du travail en France pour créer massivement des emplois."

Nombre de ces propositions sont ciblées sur la distribution, un secteur qui regroupe déjà plus de 4 millions de salariés. Mc Kinsey ajoute 7 autres secteurs, Le cabinet martèle ses arguments, "fluidité du marché de l’emploi", réduction du coût total du travail", "montée en compétence de la main-d’œuvre".

Nos experts de McKinsey, comme nos journalistes des Echos, faisaient mine d'oublier un enjeu, pourtant majeur: de quelles conditions d'emplois parle-t-on ?

"La France affiche un taux d’activité des jeunes de 38% contre 59% aux Pays-Bas" (comparer des pays de tailles et histoires si différentes est toujours troublant) et "un taux d’activité des 60-64 ans de 23% contre 68 % en Suède."

Le même cabinet en rajoute sur la compétitivité: "Le ratio SMIC / salaire moyen en France est le plus élevé de l’UE à 27". Pouvait-on rappeler que les salaires en France sont tous "écrasés" sur le niveau du SMIC, ce qui reste terrifiant et propice à une précarité générale ?

Pour Mc Kinsey, le CICE ne servira pas à grand chose: "Seuls 389 000 postes nets seront créés d'ici 2018 sans réforme du marché du travail et en intégrant l'effet du CICE, ce qui ne suffira pas à inverser le courbe du chômage." Pour 30 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales, Mc Kinsey estime qu'on parviendrait à 1,4 millions d'embauches supplémentaires ... d'ici 2022.

Pour "résoudre" le problème du chômage, Mc Kinsey désigne trois causes: "Le taux d’activité, le temps partiel et l’âge effectif de la retraite en France sont inférieurs à ceux des pays d’Europe du Nord". C'est un résumé patronal des plus efficaces. Sur le coût du travail, l'argument se décline sur toutes les formes: " tout d’abord un niveau important de prélèvements sociaux et de ponction fiscale, ensuite un salaire minimum comparativement élevé et impossible à ajuster aux enjeux concurrentiels de chaque branche, enfin une évolution du coût salarial décorrélée des gains de productivité." Tout est dit. Trop d'impôts (en oubliant leur rôle de dépenses "socialisée"), un rappel de la pression évidemment mondialisée, et un SMIC trop élevé. Le modèle allemand refait surface, comme un mauvais souvenir: "Ainsi, entre 2000 et 2011, il a progressé de 26 % en France, contre 6 % en Allemagne (voir Figure 10). Même pendant la crise, il a continué de s’accroître." Sacrés Français ! Mais qu'a fait Sarkozy ?

Travailler tous, mais peu, et plus longtemps, voilà comment nous devions résumer la formule.

Ce que les Echos n'ont pas voulu dire
Les Echos, dans leur couverture provocante de l'étude, omettent quelques conclusions clés. C'est à peine surprenant. Le quotidien choisit ce qui conforte l'argument de la dérégulation du marché du travail, point barre. Il y avait pourtant d'autres chose à lire, plus subtiles.

1. Selon les projections du cabinet, il manquera 2,2 millions de diplômés en France en 2020. Autrement dit, Mc Kinsey estime qu'un quart des employeurs français ne trouvent déjà pas les compétences dont ils ont besoin.

2. La France consacre peu à ses politiques de l'emploi: en termes de coûts et de qualité de service, "L’emploi est la seule mission de service public dans lequel la France se situe dans le dernier tercile de l’OCDE". Et de préciser:

3. Mc Kinsey rapporte étaye une cause connue: l'Allemagne s'en sort trop bien. Il libre même quelques graphiques , Espagne, Portugal, Irlande ou France ont laissé dériver leur coût salarial contre l'Allemagne. La belle affaire... les auteurs du rapport n'y voient que la preuve du succès germanique, pas du parasitisme de son modèle en Europe à l'encontre de ses voisins.

Allez comprendre...

Lire le rapport




1 mai 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero3 : les inégalités salariales en Europe



On peut décider de ne rien voir, rien lire, rien écouter. On peut se contenter de quelques indicateurs rassurants, des statistiques qu'on nous lance ici ou là pour montrer qu'on est bien dans le droit chemin, comme un frémissement des taux de croissance, ou la progression des productions nationales depuis un siècle en Europe.

Ce graphique extrait d'une revue conservatrice est éloquent sur la menace non pas seulement sociale mais aussi économique qui menace l'Europe. La guerre déclarée aux "coûts salariaux" en Europe a été gagnée ailleurs en Europe, à la faveur de la crise: Grèce, Irlande ou Espagne ont vu leurs salaires unitaires s'effondrer. L'Allemagne, pour ce qu'elle produit encore sur son sol, a mieux résisté. La France a été jusque-là épargnée. Les conséquences, qui alarment désormais jusque dans les colonnes de la presse libérale anglo-saxonne, sont connues: consommation atone, déficits budgétaires et déflation.

Et voici qu'en France, François Hollande et Manuel Valls ont décidé à leur tour d'emboiter le pas de cette vulgate économiquement absurde: baissons les salaires !


27 février 2014

Loi sur les stagiaires: enfin la gauche ?

C'est peut-être la loi la plus à gauche depuis le début de ce quinquennat.

Dans la nuit de lundi à mardi, les députés de gauche ont voté à l'unanimité un texte de loi durcissant les conditions de stages en entreprises. S'il reste au Sénat à se prononcer, on peut déjà noter l'exploit, salué jusque dans les colonnes de l'Humanité: une loi de portée socio-économique votée par les élus du front de gauche, du Parti socialiste, des radicaux de gauche et des écologistes.

Il y avait urgence. La génération précaire empile les stages par milliers, dans des conditions douteuses, malgré déjà quatre lois sur le sujet en moins d'une décennie.

Dans le détail, le texte encadre les conditions d'embauche  de stagiaires. 
- limitation des stages à 6 mois - limitation du nombre de stagiaires à 10% des effectifs d’une entreprise
- rémunération dès le 1er jour pour les stages de plus de 2 mois
- bénéfice des tickets restaurants et prise en charge partielle des frais de transport pour les stagiaires
- durée de travail plafonnée à celle des salariés. 
- interdiction de confier des tâches structurelles à un stagiaire
- extension des pouvoirs de l'inspection du travail au contrôle des abus de stages

A droite et dans les rangs patronaux, on a entendu de prévisibles cris d'orfraie. Peu avant une heure du matin, mardi, un député UMP tentait de gagner du temps et réclamer un report de séance. Le lendemain, voici un représentant du MEDEF a menacé d'un effondrement des stages: "Ces nouvelles contraintes font peser de lourdes charges de gestion, des menaces de contrôle, avec amendes à la clé, alors que nous croyions être dans un climat de confiance ! C'est en contradiction avec le pacte de responsabilité et le choc de simplification, Cela va clairement freiner l'accueil des stagiaires".

A gauche et dans les syndicats (CGT notamment), on applaudit. 

La gauche se retrouve.

Pour combien de temps ?



18 février 2014

Hollande face aux mega-patrons

Ils étaient 34. Trente-quatre patrons de multinationales étrangères implantées en France, reçus à l'Elysée, salon Murat. Le Président de la République était là en personne. Non pas pour faire l'accolade, s'afficher sympathique ou faire des photos prouvant combien il est à l'aise dans cet univers. Ces entreprises-là - General Electric, Intel, Kingfisher, Nestlé, Rakuten, Samsung, SAP, Siemens…-  peuvent peser lourd - "850 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé, présentes dans 19 pays sur les cinq continents et employant plus de 3 millions de salariés, dont 100.000 personnes dans l'Hexagone" nous décrit le Figaro. Dans l'atmosphère néo-libérale générale, on a déjà entendu pire. En son temps, Nicolas Sarkozy raillait l'absence de grèves.

François Hollande a la diplomatie économique aussi triste qu'il l'espère efficace. 

L'opération de relations publiques dépassait le cadre élyséen. Elle s'adressait à plus large, au-delà des frontières. En 2013, nous racontait-on ce lundi 17 février, les "décisions d'investissements prises par des groupes étrangers" ont baissé de 1,2 % par rapport à l'année précédente, pour atteindre le nombre de 685 (et 29 631 emplois), d'après l'Agence pour les investissements internationaux.

Pour l'affaire, Hollande avait ressuscité un "Conseil stratégique de l'Attractivité". Le machin fleure bon la IVème République. Il avait été créé en 2004 par Jean-Pierre Raffarin. Ce lundi matin, Hollande avait effacé Pierre Moscovici, son ministre de l'Economie. C'est dire si la chose était importante.

Quelques annonces, concrètes, pour simplifier la vie des "amis" investisseurs étrangers. Qui se plaindra de la cause ? Elle dépasse les clivages. Ces derniers portent sur d'autres choses. Pour l'heure, les mesures "disparates" étaient pourtant "attendues".

1. Un nouveau bureau pour faciliter la venue des investisseurs étrangers, via la fusion de l’Agence française des investisseurs internationaux et d’Ubifrance: 1.500 salariés dans 65 pays, 200 millions d’euros de budget avec une présence dans 65 pays.

2. Un "passeport talents" pour les chercheurs et travailleurs hautement qualifiés. Il avait été annoncé en novembre 2012. Pas grand chose à voir avec les quotas d'immigration par métier créés par Nicolas Sarkozy en 2007. A l'époque, l'ancien monarque criait sur tous les toits combien il voulait supprimer l'immigration familiale au profit de l'immigration économique "choisie". Il avait créé en 2007 une carte "compétences et talents" qui n'avait séduit que 500 titulaires, à forces de durcissement par ailleurs des conditions d'accueil des étrangers. Deux ans après sa création, elle avait attiré moins de 500 personnes en France.

3. Une carte de séjour assouplie pour les étudiants étrangers, aligné sur la durée de leurs études en France.

4. Des facilités d'accès pour les entrepreneurs qui se rendent régulièrement en France pour affaires: un visa plus long - 5 ans; et une procédure accélérée en 48 heures au lieu de plusieurs semaines actuellement pour la délivrance de visa.

5. Aide (de 25.000 euros) et accompagnement les start-up numériques étrangères qui s'installent en France.

6. Simplification du régime de TVA en 2015 pour les entreprises exportatrices (avec dématérialisation des procédures douanières à l’import ou à l’export).

7. Suppression de la déclaration préalable à l'embauche pour créer une entreprise en France par un investisseur étranger. Et création d'une déclaration sociale unique, mensuelle et dématérialisée.

Mais le gros truc, l'énorme était ailleurs. A ces patrons secoués par le coup de matraque fiscal de l'an 2012/2013. Hollande voulait promettre une (relative) stabilité fiscale et même sociale. En d'autres termes, il s'agissait de pouvoir "valider" avec l’administration fiscale, "en amont" les règles applicables aux investissements étrangers. Les entreprises concernées "pourraient aussi bénéficier de ce dispositif de rescrit dans le champ social, ce qui serait totalement novateur et plus difficile à imaginer", relatent les Echos quelques après l'intervention présidentielle. "Les autorisations d’activité sur le territoire, une fois obtenues, ne pourraient en outre plus être remises en question."