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15 septembre 2019

Ce qui a vraiment changé chez Macron- 644ème semaine politique


 

La première moitié du quinquennat s'achève sur une pause. Les principales réformes ont pu être imposées au pays. Seuls les Gilets Jaunes sont parvenus à faire dérailler le train macroniste en provoquant des dépenses imprévues qui ont timidement relancé le pouvoir d'achat. Effrayée ou repue, la présidence des riches se serait mise en pause.

 

Vraiment ?




"T'es con, ou quoi ?" 

Cette formule est adressée par Brigitte à Emmanuel Macron. Dans un autre documentaire "de proximité" sur Jupiter tout puissant, un journaliste de complaisance aurait confié avoir attrapé cette phrase lors d'un échange du couple présidentiel. Il n'en faut pas davantage pour que la presse people et politique, qui désormais ne font souvent qu'une, s'en délectent.

Sont-ils cons, ou quoi ? On peut s'interroger. Certes, l'ancienne professeur du  lycée privé jésuite Saint-Louis-de-Gonzague dans le XVIème arrondissement de Paris a raison de reprocher à son ex-banquier de mari devenu président le peu de précautions qu'il prend quand il s'adresse aux gens de moindre fortune. Mais la violente bêtise de ce mépris de classe n'est pas réservée au jeune monarque. Il y a encore une petite foule de "centristes" à croire en l'action libératrice du président le plus violent de cette Vème République. Sont-ils cons, ou quoi ? Même De Gaulle confronté aux émeutes de Mai 68 avait crevé moins d'oeils, arrachés moins de membres, asphyxiés moins de personnes âgées.

Macron a clairement ce talent pour conserver le soutien de quelques benêts qui brandissent leur pin's "de gauche" pour applaudir à la prolongation du sarkozysme le plus violent. Mais passé ce moment de surprise, puis d'amusement, il faut s'attarder sur d'autres cas de bêtises, plus sidérants encore.

Écouter Bruno Le Maire répéter les mêmes discours sur la "rénovation du capitalisme" qu'il y a 10 ans ("refonder le capitalisme", Nicolas Sarkozy, 2010) prête ainsi à sourire. Depuis janvier, le ministre de l'économie était en roue libre, en totale opposition avec la politique qu'il conduit à son ministère, quand il pérorait contre ce capitalisme qu'il faudrait rénover, la croissance qui abime la planète, le libre-échange qui ruine l’environnement et nos santés. Il avait bien sûr raison d'appuyer l'argumentaire des insoumis et des écolos. Il a surtout eu tort d'être aussi hypocrite pour penser qu'il suffisait de recycler les discours du Sarkozy tétanisé par l'effondrement de 2008 pour que les ravages socio-économiques de sa loi PACTE passent inaperçus. "Est-il con, ou quoi ?" Bruno Le Maire doit prendre l'électrice et l'électeur pour des con.ne.s pour oser pareilles tartufferies. Il incarne le ministère des renoncements au libéralisme. Même sa loi PACTE inclue des mesures contraires à ces belles formules, comme la privatisation des Aéroports de Paris (contre laquelle une pétition pour un référendum est toujours en ligne), ou la réduction des seuils de représentation des salariés, voir le début de privatisation de la recherche publique sans contrepartie. Le Maire devant les militants patronaux du MEDEF fin août se réjouit d'avoir "simplifié les procédures et réduit les charges administratives pour rendre notre pays plus attractif, notamment dans le secteur financier". Le même, en juillet, expliquait que "le capitalisme est dans une impasse". Le même bouffon (y-a-t-il autre qualificatif ?) expliquait en janvier que "Nous ne pouvons pas payer toujours plus de croissance par toujours plus d’inégalités. "

Les urgentistes, dont le nombre en grève ne cesse de progresser, s'en souviendront. La monistre de la santé, qui tente déjà de faire le SAV de la réforme des retraites, a promis 750 millions d'euros de plus aux services d'urgence... d'ici 2022. Et sans ouvertures de lits ni d'embauche supplémentaires, deux des principales revendications des services surchargés. Environ 105 millions partiront ... dans la création d'un service d'accueil téléphonique pour "désengorger" les urgences. Pire encore, ces 70 millions d'euros seront ponctionnés sur le budget... de la santé.
« Dans l’esprit du public, quand vous êtes smicard, 750 millions d’euros, ça semble pharaonique, mais c’est un coup de com. Les besoins réels d’un hôpital se chiffrent en plusieurs centaines de millions d’euros ». un délégué CGT urgentiste, cité par le Bondy Blog.

La pause, ou la trouille ?
"Sur les retraites, on a eu un défaut de mise en scène du dialogue social" assure une "ministre influente" mais anonyme (Pénicaud ou Buzyn ?), d'après le Monde. Le gouvernement rétropédale donc. La réforme des retraites sent le moisi, et sera reportée à l'été 2020. L'objectif d'éviter une trop forte mobilisation avant les élections municipales n'est même pas caché."L'acte II, c'est la reconquête du centre gauche" a expliqué un conseiller élyséen au Monde cette semaine. "Nous allons renforcer la ligne écologique et sociale". 

On sent la trouille devant les ravages de cette première moitié du quinquennat: la présidence des ultra-riches a réduit la contribution fiscale et sociale du demi-million de foyers les plus riches du pays, réduit l'imposition des revenus du capital, de la rente et du capital en dessous de ceux du travail; elle a court-circuité les députés et les partenaires sociaux pour renforcer la précarisation des salariés. Elle a fragilisé les chômeurs, méprisé les urgentistes et les retraités.

Mais voici qu'il s'agirait d'être "social" et "écolo".

La première manifestation de ce recul tactique, requalifié ce "changement de méthode", fut la rentrée des classes. Le "gentil" Blanquer, ministre de l'Education nationale, a jeté, sans preuve, sans chiffres,  quelques diversions contre l'islamisme qui empêcherait les fillettes de familles musulmanes d'aller à l'école. L'Elysée a publié quelques communiqués lénifiants sur le soutien aux familles d'enfants handicapés. Mais qui fera le bilan de Parcoursup ?

La seconde preuve est cette emphase artificielle soudainement portée à l'insertion professionnelle: voici Macron qui lance une "grande concertation sur l'emploi". On croyait que la loi Travail et toute cette politique de l'offre qui favorise les employeurs et réduit la redistribution allait "ruisseler" naturellement en emplois et pouvoir d'achat... On nous aurait menti... Geler les prestations sociales. Réduire les droits des chômeurs Réduire les remboursements de la Secu. Légaliser les abus de l’auto-entreprenariat par la loi LOM, mais promettre l'insertion des plus fragiles dans l'emploi.  Quel emploi ? Macron a créé le contrat révocable à merci, réduit la représentation des salariés, supprimé les indemnités des 6 premiers mois de chômage pour faire des économies après les exonérations de charges sociales du CICE et de la flat Tax.

La troisième preuve de ce "changement de méthode" fut la pause imposée à la réforme des retraites. Les trolls macronistes répètent pourtant les éléments de langage puisés dans l'argumentaire Fillon/Sarko des années 2000, fustigeant la grève réussie et impressionnante de la RATP à Paris le vendredi 13 septembre: "Aujourd’hui, rien ne justifie plus un tel écart. La fin des régimes spéciaux, c’est l’égalité entre les citoyens" tweete le compte officiel des supporteurs macronistes. "Prenons le temps de construire un système plus juste. #greveratp #RATP". A la télévision, la porte-parole du gouvernement se ridiculise un peu plus en braillant sa solidarité avec les franciliens: 

 “Demain matin, j’utiliserai ma voiture de fonction, comme tous les jours, donc je serai de cœur avec tous les Franciliens qui galéreront dans les couloirs du métro.” Sibeth Ndiaye


L'offensive
Qu'en est-il ?  
Macron a certes enterré l'idée de reculer l'âge "pivot", pour se rabattre sur une autre arnaque, allonger la durée de cotisation. Il passe surtout à côté du sujet le plus évident, le plus grave: la réduction de l'emploi. Le projet macroniste vise à réduire encore davantage le coût de l'emploi humain et à améliorer sa "flexibilité". C'est une course non seulement antisociale, mais perdue d'avance avec la progression de l'automatisation dans tous les métiers. Le remplacement de l'homme par la technologie mérite plus d'attention que les attaques de classe de quelques bourgeois sur le statut des cheminots, non ? Le financement des retraites repose sur 80% de cotisations sociales, lesquelles ont été réduites sur les revenus hors travail, une aberration.

La suppression du CICE (2017) et sa transformation en allégement de cotisations à compter de 2019 se traduit par une perte de 5,1 Md€ de financement pour les retraites en 2019 (que l'Etat est appelée à compenser par de la TVA, d'où la pression à réformer); l'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, la suppression du forfait social pour certaines catégories de salariés, la suppression de la taxe farine ne seraient que partiellement compensées.

Qui dit mieux ?

"Avec le système à points, impossible de prévoir le niveau de sa future retraite" Bastamag.

La Macronie fustige les régimes spéciaux avec la même ardeur qu'un Juppé, qu'un Fillon, qu'un Sarko. Cliver pour aligner sur les régimes les moins disants, protéger en toute discrétion les régimes spéciaux des plus riches (cf. la trop modeste réformette des retraites-chapeaux), voilà le nouveau "progressisme" de cette politique de classe. Macron ne veut ni bruit, ni révolte. La grève réussie du 13 septembre confirme les craintes. Il faut "mettre en scène le dialogue social". "Nous avons compris qu'il valait mieux être dans l'écoute et la coconstruction pour mettre meytre plus d'humanité et de justice dans la réforme des retraites" explique benoitement le député Aurélien Taché.

Aurélien Taché est l'un des députés macronistes plus visibles car c'est un ex-socialiste. Taché est finalement glaçant. Il vote la loi Asile et immigration qui réduit les droits des réfugiés; la répression des Gilets Jaunes qui a inquiété l'ONU; la précarisation des salariés par les Ordonnances Travail; la prolongation du glyphosate; la réduction des libertés publiques via la loi anti-Casseurs; le gel des prestations sociales; et toutes les mesures fiscales pro-riches du quinquennat. Mais ce député est exhiber comme l'une des cautions "humanistes" de la Macronista. Il participera aussi à la convention des droites organisée par la néo-fasciste Marion Maréchal-Le Pen. Taché est surtout l'un des propagandistes de la novlangue macroniste, l'un des plus zélés à renommer en "conservatisme" les gens qui défendent leurs droits et en "progressisme" les réformes qui donnent plus à ceux qui ont déjà trop ou beaucoup.

Aurélien Taché n'est pas qu'un pantin. Il est complice d'une réforme des retraites qui vise à réduire les versements de pension au prix d'un allongement de la durée de cotisations: certains sujets essentiels - comme l'âge en bonne santé, ou la contribution des segments les plus dynamiques de l'économie et du pays (comme les revenus de la finance quasi-exonérés de cotisations sociales grâce à la Flat tax) - ne font pas partie du faux débat promis par l'Elysée. Le régime des retraites - 325 milliards d'euros en 2018, soit 14% du PIB - est à l'équilibre. Dans son rapport de juin 2019, le Conseil d'Orientation des Retraites rappelle que la part des retraites dans le PIB devrait ... baisser de 1 à 3 points d'ici 50 ans.

La belle arnaque.


Instrumentaliser l'immigration
La pause du président des riches est tactique. N'imaginez pas qu'il reviendra sur les contre-réformes de cette première moitié de quinquennat, lesquelles ont par ailleurs planté la croissance plus fortement qu'ailleurs alors qu'un ralentissement général se présente. Macron n'a pas changé de projet, lequel est la survie politique d'une minorité sociologique.

Il enjoint ses partisans à se saisir du sujet de l'immigration. Voici que la nouvelle commission européenne, adoubée par Merket, Macron et l'ancien adversaire populiste Orban, ait choisi de créer une nouvelle division dédiée à la "Protection de notre mode de vie européen". Faut-il avoir une pensée émue pour les castors ayant cru voté de bonne foi contre les dérives du souverainisme populiste et du péril fasciste ? Quelques macronistes réclament un changement de dénomination: plus que d'autres, ils font attention aux dénominations utilisées pour qualifier leur action. La "novlangue" macroniste, ce nouveau langage qui dépeint de mots positifs une action politique de plus en plus effroyable, sectaire et antisociale, est un élément clé de la Macronie.

La "Protection de notre mode de vie européen" prend une place essentielle dans la réflexion macroniste. Après la dérive sécuritaire contre les Gilets Jaunes, pas sûr que l'identité nationale soit le meilleur sujet pour reconquérir le "centre gauche" et rassurer ces castors qui croient encore oeuvrer à la solidarité nationale et la reconquête des droits sociaux. "Il faut parler d’immigration" assure Macron à ses proches. Le parallélisme avec le sarkozysme identitaire devient suffoquant. Deux ans après son entrée à l'Elysée, Sarkozy décidait de lancer un débat sur l'identité nationale, qui l'a oublié ? "Emmanuel Macron veut en parler, veut montrer aux Français qu’il s’en préoccupe et s’en occupe" raconte RTL. "Il veut donc durcir sa politique migratoire, pour bien faire passer le message." On raconte que le jeune monarque veut réfléchir à "revoir les conditions du droit d’asile et réviser l’aide médicale d’État." On espère qu'Aurélien Taché aura suffisamment d'éthique personnelle pour démissionner.

Incapable de gérer quelques milliers de migrants, Macron semble aimer à laisser pourrir la situation. A Paris, on dénombre quelque 2000 réfugiés entre les échangeurs du périphérique de la porte de La Chapelle, de l’autoroute A1 et les nouveaux quartiers de la Porte d’Aubervilliers. Le fichage exigé par Macron dans les centres d'hébergements d'urgence décourage les migrants d'y aller.

"Sous Macron, la République se décompose" Jean-Luc Mélenchon, 15 septembre 2019


Régime spécial
Richard Ferrand, l'une des chevilles ouvrières de la campagne présidentielle de Macron, et désormais président de l'Assemblée nationale, est enfin mis en examen pour des soupçons de prise illégale d’intérêts dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne. En 2017, la presse avait révélé comment l'ancien député socialiste avait fait travailler son épouse sur les fonds de cette mutuelle quand il en était le directeur.

Il ne démissionnera pas. "Un mis en examen n'est coupable de rien" explique-t-il. Sur le fond, il a raison. Mais là n'est pas le sujet. Primo, l'objet de cette mise en examen abime la crédibilité de la fonction. On ne cite plus les exemples de ministres ou élus de démocraties scandinaves qui ont l'honneur de démissionner pour des faits moins graves. Pire, la justice de la République sait être plus violente quand le mis en examen est un quidam, et même pour des faits moins graves. Près de 20 000 personnes sont en détention provisoire dans l'attente d'un jugement.

"On vous aurait bien fait un top 10 des macronistes confrontés à la justice," s'amuse le magazine Regards, "... mais ils sont déjà 17." Plus rapidement que la Sarkofrance, la Macronista a alimenté la chronique judiciaires sans interruption depuis les premières heures du quinquennat: députés déliquants, conseillers élyséens frappant des manifestants, ministres fraudeurs, secrétaire général de l'Elysée en conflit d'intérêt, la liste est longue, déjà très longue. Le quinquennat Sarkozy avait été frappé un peu plus tard par une cascade de révélations dont certaines conduiront l'ancien monarque au tribunal.

La Macronista a mal à la justice, et à la police. Les flics sont à bout. Grâce à Christope Castaner, la police d'Etat incarne désormais l'arbitraire et la violence. Et l'IGPN est ridiculisée. Mais les troupes souffrent. Castaner se comporte-t-il en mini-Sarko, en pâle imitation de Valls ? Le costume du premier flic de France, abîmé par bientôt vingt ans de surenchère sécuritaire contreproductive, est trop grand pour ce Rantanplan de la Macronie.


***

Emmanuel Macron a-t-il changé ? Il marque une pause pour décourager les colères, déminer les polémiques, esquiver les confrontations. Comme Sarko en son temps, il multiplie les concertations qui ne changent pas le fond de sa politique.

Emmanuel Macron a-t-il changé ? Non, seulement sa communication.


Ami castor, où es-tu ?



7 septembre 2019

Le nouveau Christ- 643ème semaine politique

 

 

 

Il est écolo, si, si, on vous l'assure.

La conversion écologiste d'Emmanuel Macron est autant un exercice d'auto-persuasion macroniste qu'un réflexe d'autodéfense de la classe dominante.


En France au moins, l'année 2019 marque un tournant dans la prise de conscience publique que le climat est déréglé. Les climatosceptiques se montrent plus violents et plus grossiers. Rares sont les bulletins météos où l'on n'insiste pas sur le caractère anormal des conditions du temps. Il n'a pas plu une goutte d'eau à Nîmes en août 2019. Et la sécheresse a frappé des milliers de communes françaises. L'hiver fut étonnamment doux, les hurricanes se font plus désastreux. Le printemps puis l'été ont connu des secousses de chaleur plus rapprochées qu'avant. Les milliers d'incendies dans la forêt amazonienne ont bousculé l'agenda du G7 et forcé le gouvernement français à retourner fort heureusement sa veste sur un énième traité de libre-échange mauvaise pour la préservation de l'environnement.

La (petite) poussée électorale des écologistes aux élections européennes (13% des suffrages en France) en mai 2019 fut un autre de ces signaux faibles qu'un évènement plus fort était en passe d'arriver. Et si le plus grand nombre réalisait enfin l'urgence ?

La Macronie la plus ultra explique que Macron a été empêché dans son action écologique par ... les Gilets Jaunes. Il faut se rappeler que le mouvement a démarré en novembre à cause d'une hausse du diesel. Mais on se souvient également combien le pouvoir macroniste mentait quant à la vocation écologiste de cette hausse de taxe carbone à la laquelle il a fini par renoncer en décembre.

Alors, tous écolos ? 

Déjà, sondeurs et éditocrates promettent que "la matrice écologique est en train de se substituer à la matrice catholique" (Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP). Le catholicisme est cette branche de la chrétienté que la République a mis de côté il y a plus d'un siècle, et qui n'intéresse ou motive aujourd'hui qu'une petite minorité. Mais la "matrice catholique" structure encore notre société bien au-delà de son cortège de fidèles. De nouveaux 10 Commandements, écologistes cette fois-ci, remplaceraient-ils les croyances d'hier et la surenchère consumériste ? L'écologie politique disposerait de tous les attributs d'une nouvelle religion - Prophète, préceptes de vie, et vision apocalyptique du monde. Le raisonnement est facile, et il rassure les optimistes. Il permet au passage de se moquer, de minorer le sujet écologique. La destruction de la planète n'est pas une affaire de convictions ou de croyances, c'est une réalité.

Mais ce raisonnement est aussi (et surtout) porté pour servir une autre analyse que celle de la conversion des gens à la cause de la défense de l'environnement, à l'ajustement des politiques publiques, voire à la sortie du consumérisme. Ce raisonnement nous est servi sur un plateau, à cette rentrée politique, pour appuyer une autre prétendue conversion, celle de Macron. Le jeune monarque se veut attentionné, ouvert et bienveillant en cette rentrée politique. A la fin du mois d'août, juste avant son G7, il a même sorti la même rengaine que son mentor Sarkozy en 2007: il a "changé". Désormais, il croit en la défense de l'environnement. Il a compris. Il est prêt à agir.

Ce bouleversement intérieur du pays, cette prise de conscience écologique auraient été saisis, compris, digérés par Emmanuel Macron. Bref, Macron est le nouveau prophète, le guide qu'il manquait pour mener à bien ce combat.

Dans l'esprit étriqué et conservateur de la presse dominante, des élites politiques et des grands sondeurs, l'écologie a tout pour se fondre facilement dans le macronisme: elle devrait être "au-dessus" des partis, elle n'a nul besoin d'une analyse de classes, elle est suffisamment inquiétante pour taire les oppositions; il s'agit d'une cause universelle qui vise loin, plus loin que les problèmes du quotidien immédiat. Les classes dominantes aiment à promettre des lendemains qui chantent pour se maintenir au pouvoir dans le temps présent.

La conversion écolo de Macron est un réflexe d'autodéfense. La prise de conscience grandissante appelle des changements autrement plus déstabilisants pour l'économie et la "start-up nation" que Macron tient si à cœur. La révolution écologiste, car il s'agit d'une révolution nécessaire, est d'abord aux antipodes des principes macronistes: la politique de l'offre, qui vise à soutenir les entreprises, fait fi des enjeux écologiques, du principe de précaution, et de la transition énergétique. Elle favorise la production, même polluante; elle allège les contraintes à la construction contre l'envirronnement (projet Europa City par exemple), à l'exploration minière en Guyane, à la consommation (même le dimanche), aux transports polluants (développement du bus contre le rail, suppression du transport ferroviaire des voitures sur les longues distances); elle soutient l'agro-industrie polluante (maintien des pesticides). La Macronie précarise les lanceurs d'alerte, et fragilise les journalistes d'investigation (loi sur le secret des affaires) qui sont des vigies nécessaires dans la lutte pour l'environnement. Elle précarise les salariés en supprimant les comités d'hygiène et de sécurité (loi Travail). Elle repousse à plus loin les décisions les plus urgentes comme la dénucléarisation de la production d'énergie.

On ne compte plus ainsi les mesures anti-écologiques, assumées ou cachées.

Deuxièmement, quand elle existe, l'action écologique de Macron est minimaliste et s'appuie sur trois piliers:
  • parler beaucoup,
  • qualifier de concrètes n'importe quelle annonce fut-elle floue et lointaine,
  • préserver le système productif et économique actuel.
Prenez l'Amazonie. "La forêt brûle" écrit Macron dans son intervention lors du G7 à Biarritz, au même moment. Et il s'empresse d'annoncer trois "mesures concrètes", citons-les in extenso, sans coupe ni reformulation:
  1. Mobiliser les membres du G7 et au-delà pour lever des financements pour pouvoir reboiser le plus vite possible.
  2. Développer des mécanismes de prévention beaucoup plus puissants de ces incendies.
  3. Trouver une forme de bonne gouvernance. Il faut associer les ONG, les peuples autochtones beaucoup plus qu'on ne le fait. Et il faut stopper le processus de déforestation industrialisée
Qu'il-y-a-t-il de concret dans la "mobilisation" ou les "mécanismes de prévention beaucoup plus puissants de ces incendies" ? Quelle est cette "forme de bonne gouvernance" ? C'est une fois de plus du pipeau, de la flute, de la bouillie pour médias paresseux et militants inquiets. Cela sert à meubler l'agenda quand l'attention est contrainte à se porter sur un désastre écologique. La seule mesure concrète que Macron a pris ce jour-là, dans l'urgence, fut une heureuse décision: renoncer à ce traiter Mercosur qu'il vantait quelques semaines auparavant.

Analyse de Greenpeace

"Il y a deux mois, nous signions aux côtés de 340 ONG dans le monde une lettre ouverte pour appeler à stopper l’accord Mercosur. Nous appelions les responsables européens à soutenir les droits humains, la dignité humaine et un climat habitable au Brésil, et donc à faire pression sur le Brésil et la politique de Jair Bolsonaro. La réaction de l’Elysée à l’époque ? un silence assourdissant. Idem lorsqu’en juin nous bloquions à Sète un cargo rempli de soja pour dénoncer le drame de la déforestation : silence radio total. Il aura fallu que l’Amazonie fasse la une des médias pour que E. Macron s’élève contre le Mercosur, après avoir soutenu le traité contre l’avis des ONG pendant des mois." Greenpeace


Lors du G7, Macron avait trouvé un nouveau sujet, le textile. Comme souvent en Macronie, on met un étiquette à l'idée, c'est le "Fashion Pact", ça rend crédible, ça habille le dossier de presse. Et pour réguler la pollution du textile mondial, quoi de mieux que de demander à une trentaine de grandes entreprises représentant la moitié de la production mondiale de se mettre d'accord entre elles ?...  Les mesures sont pourtant connues, comme le rappelle Greenpeace: réduire la consommation de vêtements, inciter à la relocalisation et à l’économie circulaire, limiter la publicité pour les vêtements, comme cela a été fait pour le tabac. Mais imaginerait-on Macron, dont l'épouse Brigitte est une publicité ambulante pour quelques multinationales du luxe, prendre de telles mesures et s'affranchir de sa soumission aux lobbies de l'industrie ? Ben non... impossible. Ce serait trop violent, trop radical, trop contraire aux intérêts du consumérisme. Macron préfère autre chose. La lutte pour l'environnement, c'est du bénévolat, n'est-ce pas ? Les ONG crient à l'arnaque ! Macron laisse toujours les puissants définir leur propre régulation, même sur un sujet aussi essentiel que l'environnement.

Plutôt que d'agir, Macron s'agite. Il va faire changer la Constitution (bel effort, les forêts amazoniennes et africaines vous remercient).

Enfin, la politique environnementale de Macron est d'abord un renoncement. Derrière les discours creux et grandioses, il y a le refus d'imposer la rénovation énergétique aux propriétaires de logements, la réduction des subventions pour ces travaux. Elle valide le CETA et ses importations agro-alimentaires, et le MERCOSUR (avant de le récuser pour d'autres raisons plus médiatiques). Au nom du "pragmatisme", Macron refuse d'interdire les pesticides les plus polluants: après 20 mois d'hésitations et de reculs, le gouvernement vient d'annoncer un décret interdisant la projection de pesticides à, moins de 5 mètres d'habitations... "J'ai cru à un poisson d'avril" se moque Yann Arthus-Bertrand.

Il s'oppose à Bruxelles à une interdiction des perturbateurs endocriniens. Il refuse de sanctionner l'importation de bois amazonien. Pour soigner encore davantage les chasseurs, il fait publier un arrêté ministériel qui autorise la chasse du courlis cendré, un oiseau inscrit sur la liste rouge des espèces menacées.

Après l'échec de Nicolas Hulot, puis la démission forcée de François de Rugy pour cause d'abus de privilège, la politique environnementale de la Macronie s'incarne par la fade Elizabeth Borne, peu compétente en la matière, et son adjointe Brune Poirson. Cette dernière incarne parfaitement la fonction: elle parle beaucoup, elle agit peu. Elle abuse à merveille des artifices marketing qui habillent l'inaction macroniste. Elle relaye les éléments de langage avec talent: avec elle, l'écologie politique n'est évidemment qu'affaire de motivation et de bénévolat des plus grands pollueurs, matinée de quelques actions symboliques et lourdement mises en scène: son après-midi de table ronde avec des représentants de restauration rapide pour quémander le tri sélectif de leur déchets était risible. Y-aura-t-il des sanctions si ces entreprises ne respectent pas les objectifs qu'elles se sont fixées (car la ministre n'a même pas osé leur imposer...) ? Non... En cas de manquements, bredouillait Poirson en juin dernier "je fixe des objectifs en conformité avec la loi, je demande à chacun de présenter un plan de mise en conformité". Et "s'ils ne respectent pas ce plan là, alors je dénonce et je continue à travailler sur une méthode et je n'hésiterai pas, si nécessaire, à changer le régime des sanctions".  

Voilà tout entière résumée l'action écologique de la Macronie: ne pas imposer de mesures, laisser les pollueurs s'engager; protester une fois s'ils ne respectent pas leur propres engagements. Protester encore une seconde fois si cela ne s'améliore pas. S'autoriser enfin à définir des sanctions si cela perdure...

Quelle clémence...

Elle tait bien sûr la suppression de 127 postes de l'Agence en charge de la protection de la biodiversité, et appose sa signature au décret réduisant par 4 les débits des cours d'eau.


***

Il n'y a pas de "milieu", il n'y a pas de juste équilibre entre l'utilisation des pesticides et les cancers provoqués par ces mêmes pesticides, entre pollution incontrôlée et sauvegarde de la biodiversité, entre disparition et survie des espèces.






1 septembre 2019

Macron, ou la droite recomplexée - 642ème semaine politique

 

 

C'est une rentrée de classe, celle où les représentants de la classe dominante assènent quelques fausses vérités et vraies diversions pour abimer encore davantage le sort des gens: Blanquer agite un chiffon de l'islamisme qu'il a sorti de l'armoire des identitaires français. Et Macron propose que l'on s'épuise à la tâche au-delà de notre âge limite en bonne santé.

Qui est encore dupe ?


Rentrée de classe
A Sciences Po - Paris, l'école dirigée par un fidèle du jeune monarque, devient la risée d'un jour de cette rentrée lorsqu'on apprend la création d'un enseignement sobrement baptisé "Macron". Le jeune monarque peut être satisfait. Il a déjà eu plusieurs documentaires précoces à sa gloire, dont l'un des plus sirupeux permis à son auteur d'être nommé par Macron à la tête de la Chaîne Parlementaire, et une chaîne d'info peuplée d'animatrices et animateurs amis depuis les premiers jours. On ne compte plus les ouvrages aussi vides que paginés qui ont pullulé sur l'efficacité et le talent de Jupiter. Macron a eu aussi le bénéfice de publi-reportages servis par l'agence de Mimi Marchand et d'autres publiés sur les réseaux sociaux (rappelez vous cette séquence hallucinante d'indécence , en pleine réduction des budgets dédiés aux structures d'accueil d'urgence). Voici désormais qu'il est objet d'un enseignement dans l'une des plus grandes écoles de la République. Sommes nous si proches du ridicule ?


La Présidence des riches poursuit son ouvrage.

Rentrée scolaire oblige, les parents s'inquiètent. Les profs aussi.

Le pauvre ministre Blanquer s'effondre dans ces sondages si importants pour cette Macronista. Ce homme au pedigree si sarkozyste, s'efforce d'habiller "de bon sens" (comme cet heureux dédoublement des classes dans quelques zones en difficultés qui dissimule la fermeture de classes rurales et le bourrage des classes moins prioritaires) quelques-unes des réformes les plus détestables de l’Éducation nationale, qu'il s'agisse de réduire le nombre de personnels du secteur public de l’Éducation ou de rendre toutes les filières plus compétitives pour discipliner la main d’œuvre de demain (plus grande sélectivité pour les universités publiques via Parcoursup, contrôle continu et local pour saper la valeur nationale du bac, suppression des filières scientifiques au lycée au profit d'une revalorisation des matières littéraires plus élitistes, introduction d'un grand oral au bac sur le modèle de la sélection des grandes écoles). Quand ces jeunes sont à peine plus âgés, l'actuel gouvernement favorise leur micro-entreprenariat, d'une part en garantissant aux esclavagistes du nouveau monde 2.0 l'absence de plainte pour travail salarial dissimulé et fraude à la sécurité grâce à la loi heureusement baptisée LOM, d'autre part en réduisant l'accès au chômage (la prochaine réforme de l'assurance chômage réduira de 3 milliards d'euros son coût "grâce" à la réduction des droits des plus précaires et en particulier des plus jeunes chômeurs).

Le pauvre ministre Blanquer s'inquiète de sa côte de popularité, pourtant encore élevée, et d'une rentrée qui est toujours un moment politique délicat. Le ministre dégaine donc une vraie fausse annonce, la revalorisation des salaires enseignants de 300 euros par an en moyenne. Non seulement la mesure est anecdotique, mais en plus elle n'est pas nouvelle, elle date du plan de revalorisation salariale votée sous Hollande. La ficelle est grosse, très grosse. Blanquer bafouille des excuses aussi minables que celles d'un gamin pris en flagrant délit de mensonge.

Puis, sur l'antenne d'un service public radiophonique que l'on attendait pas à servir la soupe xénophobe habituelle, voici Blanquer qui s'inquiète haut et fort du "fondamentalisme islamiste dans certains territoires à fait que certaines petites filles vont à l'école le plus tard possible." Il est allé chercher cette antienne sur le site d'extrême droite FdSouche, organe de propagande identitaire d'extrême droite....

Ces diversions suffiront-elles à faire oublier l'essentiel ? Nicolas Sarkozy avait réduit le nombre d'enseignants est de 878 000 à 844 500, "grâce" à l'action détestablement vigoureuse d'un certain Blanquer déjà directeur général de l'enseignement secondaire. Le bilan de Blanquer date de cette période-là. François Hollande, avec sa ministre Najat Vallaud-Belkacem, avait redressé le nombre de postes à 881 400. Malgré une hausse régulière des effectifs d'élèves, Macron réduit le nombre de profs. Cette rentrée 2019 démarre avec 1800 enseignants de moins. Blanquer sait y faire, c'est déjà lui qui était à l’œuvre sous Sarko pour cette sale besogne d'économies aux détriments des élèves. Les effectifs des classes augmentent, les profs absents sont moins remplacés. Le bac a failli tourner au fiasco comme Parcoursup l'année précédente.

Mais Blanquer s'inquiète de sa popularité, n'est-ce pas ce qui compte ?

L'arnaque des retraites
La Macronie se dispute sur la réforme des retraites. Les objectifs sont connus, il s'agit de réduire le coût des retraites actuelles et à venir. La dispute porte sur les modalités et la novlangue qui habillera au mieux l'effort des gens pour améliorer le ruissellement vers les plus riches. La "simplification" est un principe acquis. C'est un concept qui se vend facilement. C'est comme simplifier l'impôt sur le revenu en supprimant des tranches pour le rendre moins progressif, donc plus injuste. La simplification porte plutôt sur les impôts des plus aisés que sur les niches fiscales de ces derniers.

Prenez la "simplification" des conditions fiscales du ménécat.

Les Jours détaillent avec truculence et talent les petits arrangements discrets qui vont permettre au mécénat défiscalisé de perdurer. Le jeune Gabriel Attal, jeune fils de bonne famille propulsé par piston à un Secrétariat à l'Education dont le premier fait d'armes fut de gaspiller 1,5 milliards d'euros par an pour imposer aux jeunes de 16 à 18 ans un mois de garde à vous devant la levée du drapeau, de Marseillaise et d'enseignement de la vie de nos grands hommes, a été envoyé faire le service après-vente de cette réforme du mécénat. Les entreprises privées pourront continuer d'accoler leur logo sur les manifestations qu'elles seules, en fonction de leurs intérêts privés, se décident à aider. La multiplication des sponsors pour financer le G7 est un exemple récent qui interroge: quelles contreparties attendaient ces multinationales, par exemple en payant les frais des spectacles de Marlène Schiappa ? La simplification défendue par Attal préserve aussi l'essentiel de la défiscalisation - 40% des dépenses au delà de 2 millions d'euros (au lieu de 60% auparavant) réduiront l'impôt de ces donateurs intéressés.

L’État espère ainsi réduire de 80 millions d'euros, sur 1 milliard, le cout du mécénat des riches pour les finances publiques.

Ne riez pas.

Pour les retraites, la simplification agira avec davantage d'ampleur  puisqu'il s'agit de réduire les dépenses consacrées aux régimes de retraite. Les conseillers élyséens le répètent, les chaînes d'information le répètent, les journaux radiophoniques et télévisés nationaux le répètent, les journaux quotidiens et hebdomadaires d'information générale le répètent: le régime des retraies est et sera déficitaire et donc il faut réduire ses dépenses. Il ne s'agit pas d'être "juste", contrairement à l'argument officiel, il s'agit de faire face au vieillissement de la population sans augmenter les cotisations que la Macronie vient justement de réduire, principalement pour les plus riches, les grandes entreprises et les revenus du capital et de la spéculation. Gilles Carrez, ex-RPR, député depuis 25 ans, et président de la commission des finances à l'Assemblée et Pierre Moscovici, ex-ministre flemmard de la Hollandie et prochainement président de la Cour des Comptes nommé par Macron, se relaient pour appuyer le discours macroniste: "il faut dire aux Français que la retraite à 62 ans sans malus, c'est fini" dit le premier. ""Nous vivons de plus en plus longtemps, et de plus après longtemps après la retraite. (…) Il faut une réforme systémique des retraites en France" répète odieusement le second.


Depuis 2017, les défiscalisations et exonérations macronistes de cotisations ont aggravé la situation des retraites, la politique de l'offre a planté carrément la croissance jusqu'à que le "coup de pouce" obtenu par la force des Gilets Jaunes ne redresse un le pouvoir d'achat et modestement la croissance.  La France est mal classée en Europe pour l'espérance de vie en bonne santé (63 ans chez les hommes, 64 ans chez les femmes), et cette espérance recule.

Mais chut...Il faut préférer uniquement pointer vers l'augmentation de l'âge général de la population.

Les médias à la solde gouvernementale font leurs meilleurs efforts pour vendre une soupe différente: Macron veut " bâtir un système plus juste et plus simple" (le JDD)  Sur les modalités de cette réforme, la fébrilité macroniste devient visible, trop visible. Les enquêtes sont mauvaises - deux tiers des sondés ne font pas confiance au gouvernement, et surtout chez les actifs et les classes populaires (quelle surprise !). Macron envisage un mini-remaniement gouvernemental pour régler ces différents et défendre cette réforme. Le sarkozyste Gérald Darmanin, ministre des Comptes Publics, promet ainsi "un an de concertation." La porte-parole du gouvernement Sibeth N'Diaye répète que rien n'est décidé. La ministre Agnès Buzyn, celle qui râlait contre cette "Sécu qui n'allait pas quand même rembourser des montures Chanel" ou qui se terre devant la fronde de plus de 200 services d'urgence asphyxiés, est allée de sa voix douce expliquer que cette réforme permettrait d'assurer une retraite minimale de 1000 euros par mois.

Grande nouvelle de la semaine, Jupiter ne veut plus qu'on parle d'un "âge pivot" à 64 ans, avec pénalités financières pour ceux qui partiraient avant. "C’est impopulaire et cela brouille le message de justice sociale assigné au nouveau régime." Sur France 2 lundi soir, dans un exercice d'autopromotion désormais usuel, le jeune monarque a jeté cette mesure qu'il revendiquait encore quelques mois auparavant. Il préfère "un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge." Allonger la durée de cotisations (déjà fixée à plus de 43 ans pour le régime général), n'est pas une réelle surprise. Sarkozy puis Hollande avaient usé de la même recette: à cause de la réforme de Marisol Touraine en 2014, il faudra prochainement travailler dès 21 ans, et sans interruption, pour une retraite publique complète à 64 ans.

Macron, donc, propose de rallonger cette durée, dans la "concertation" bien sûr.


La boucle est presque bouclée: fragiliser les élèves des milieux modestes (qui sont majoritaires en France) pour les discipliner et les décourager d'études longues; précariser les chômeurs pour les forcer à accepter n'importe quel emploi; neutraliser les risques juridiques de l'auto-entreprenariat numérique en protégeant les plateformes, fragiliser les salariés en réduisant leur moyens de défense et de négociation avec les employeurs, réduire la contribution à la solidarité nationale des revenus les plus dynamiques et les plus injustement répartis (le capital et les dividendes, les plus-values et autres revenus de la rente), et maintenant réclamer au plus grand nombre de travailler au-delà de leur âge limite en bonne santé s'il veulent préserver la même espérance de retraite publique qu'avant.

Il n'y a pas de formule "juste et sociale" qui allonge la durée de cotisations des retraites.


Violence physique
A la télévision, le président des riches souhaitait savourer son G7 à peine terminé. Il mentit sur les violences policières, il mentit si fort que les victimes et leurs proches devaient pleurer en écoutant ses propos. Il mentit une première fois en déclarant: Il n'y a pas eu de mort à déplorer.  Il mentit une seconde fois en précisant qu'il n'y avait pas eu de "violences irréparables" lors de ces 9 mois de manifestations. Deux morts, 2.500 civils blessés du côté des manifestants, dont 25 éborgnés, et 5 mains arrachées, voilà le bilan "réparable" selon Macron. Le jeune monarque, protecteur des puissants et président des riches, a même rajouté : "Ce qui a été inacceptable avant tout, c’est la violence des manifestants, des black blocs en particulier, de tous ceux qui ont travesti ce qu’au fond était ce mouvement."
 "Je trouve ces mots terribles et profondément dangereux".
Arié Alimi, avocat membre du bureau national de la Ligue des droits de l'homme
Ce président "jeune", "talentueux", et "cultivé", persécuteur souriant des migrants, autocrate violent contre la constestation, et politicien irresponsable est pourtant le "dernier rempart contre le populisme". C'est un expert qui parle, Jean-François Copé. Oui, il a raison, ce Copé. L'ancien maire de Meaux reconnait, comme d'autres, et en premier lieu les électeurs et sympathisants, Macron comme le nouveau leader de la droite. Pour s'assurer qu'il ne désespérera pas ce qui lui restent de trolls supporteurs issus des rangs du centre-gauche, Macron a un cadeau de rentrée, un bon débat sociétal sur l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu'il agite déjà comme un chiffon pour exciter les ultras de la "manif pour tous". La main sur le coeur



Es-tu dupe, ami.e castor ?




24 août 2019

Comment Macron a raté sa rentrée- 641ème semaine politique

 

 

Il sera critiqué de critiquer aussi rapidement et aussi violemment tant d'efforts présidentiels à paraître calme, souriant, attentionné, et délicat. Pourtant, il s'agit de la France, de la République et des engagements que l'on prend en son nom. 

 

Et de ceux que l'on ne prend pas.

 

Macron rate pourtant sa rentrée. Son spectacle du G7 est terni par d'énièmes violences policières et une hypocrisie politique trop visible. Sa rencontre sur l'Amazonie est boycottée par des ONG, la police envahit un camp de conférences alter-mondialistes. Et Macron fait mine de découvrir un peu tard que le MERCOSUR était un traité de dupes.


Jeune et joli
Les conseillers anonymes de l'Elysée ont déployé beaucoup d'efforts en cette première semaine de rentrée pour imposer un nouveau story-telling à cette rentrée: Emmanuel sera "délicat." Le monarque exprime même des regrets sur les violences des mois passés - ces "blessures inacceptables". Cette démagogie de fausse réconciliation a ses limites, Macron met sur un pied d'égalité les policiers blessés et les 300 civils dont 25 éborgnés. Même les syndicats de policiers râlent contre ce revirement opportuniste et insincère.

Le G7 à Biarritz devait être la grande occasion de re-présidentialiser un jeune monarque dont la voix trop aigüe, les sautes d'humeurs, et l'autoritarisme personnel faisaient penser à un Sarko en version "jeune et jolie."  Avant le G7, Macron faisait multiplier les tweets "concernés" et consternants - sur l'Amazonie, l'Afrique, la paix dans le monde. Tout l'été, la communication élyséenne n'a pas chômé: photo-reportages de l'agence officielle de Mimi Marchand "Bestimage" en rafales chez Voici, Closer, Paris Match, Public, et même Gala: "torse nu et bronzé, sa parenthèse sportive avant une rentrée très chargée," Macron est le "Starship Trooper" de la Contre-révolution libérale qui revient reposé, "délicat" mais "déterminé" pour terrasser les "populistes". "Il est bronzé, détendu et loquace" nous assure l'Express, nouvelle Pravda du régime. Il prend le temps qu'il faut pour impressionner quelques rats d'écriture de la presse affectée à l'Elysée.

Il fallait vite oublier la saison politique précédente. Et surtout cette soudaine  convergence européenne avec ... Victor Orban. En avril, Macron nous le dépeint comme le diable et ses supporteurs hurlent au loup. En août, Macron accueille avec plaisir le soutien d'Orban... Ce n'est plus une Blitzkrieg mais une capitulation éclair. Où sont passés les Castors qui criaient au populisme

Mais pourquoi Macron lèche Poutine
A Brégançon, il reçoit un Poutine bouffi, visiblement lassé d'être là en avance pour cette corvée à Biarritz. La séquence de la fausse conférence de presse (on n'ose qualifier de "conférence de presse" ces monologues présidentiels si brefs où des journalistes n'ont pas de droit de suite dans leur question, quand ils ont la chance d'en poser une) est hallucinante: Macron célèbre l'autocratie russe "très profondément européenne" et qui adhère au "libéralisme politique". Quiconque connait l'histoire de la Russie - tsariste puis soviétique, puis autocratique - sourit péniblement en écoutant Macron raconter n'importe quoi. La Russie de Poutine est accusé par le FBI et la commission Muehler d'avoir attaqué le processus démocratique américain en 2016 par divers moyens - propagations de FakeNews en masse sur les réseaux sociaux, collusion avec l'équipe Trump, divulgation de milliers d'emails de l'équipe démocrate pour déstabiliser la campagne d'Hillary Clinton. Et voici Macron faire le castor, sourire coincé et genou tremblant, pour célébrer le libéralisme politique de la Russie. 

Imaginez Mélenchon, accusé de Poutinisme autocratique sans raison depuis des lustres par les macronistes, faire le dixième de cela...

Le gouvernement russe fut d'ailleurs ravi de ce léchage de bottes, public et télévisé en direct: le service de propagande Russia Today s'est empressé de faire applaudir bruyamment à "l'intelligence inattendue d'Emmanuel Macron"...

Le plus cocasse et sinistre fut cette comparaison de leurs répressions respectives: quand une journaliste osa interroger Poutine sur les arrestations d'opposants, l'autocrate donna quelques conseils au junior Macron: "Vous savez tous que pendant les manifestations des Gilets jaunes, plusieurs dizaines de personnes ont été blessées, des policiers aussi. Nous ne voulons pas que des événements pareils se passent dans la capitale russe." Piqué au vif, Macron répond, mais à côté, ignorant les blessés par centaines, les arrestations par milliers : “C'est la différence entre la liberté et le non-respect de liberté” .

La liberté ? 

Aucun journaliste n'osa ni ne put rappeler à Macron que son propre garde du corps et chef adjoint à la sécurité de l'Elysée avait été filmé en flagrant délit de tabassage de manifestants le 1er mai 2018. Au passage, le secrétaire général de l'Elysée est sans surprise dégagé de toute enquête sur sa "prise illégale d'intérêt" quand il représentait l'Etat dans une entreprise .... de sa famille... Il ne s'agit pas d'un jugement, mais d'une décision d'un parquet aux ordres du pouvoir en place.

Puis Macron reçoit Johnson, autre séquence cocasse. Le nouveau clown conservateur devenu premier ministre du Royaume Uni met un pied sur une table basse et cela suffit à agiter pro- et anti-Breixit.

Le spectacle entâchéc
Macron découvre que le président brésilien Bolsonaro détruit l'environnement, et qu'il n'en a rien à cirer des prétendues contreparties environnementales de l'accord commercial MERCOSUR signé au printemps entre l'Union européenne et le Brésil.

Roooooo.... Quelle surprise ! Quelle déconvenue !

"Après les pressions sur Twitter, Emmanuel Macron est passé à la sanction directe." Et oui... Il a suffit d'un clash sur Twitter, relayé par des journalistes, et paf, boum, crack ! C'est fini, Macron n'aime plus le MERCOSUR (ne lui rappelez l'autre affreux CETA, à cause duquel des agriculteurs terrifient des députés macronistes partout en France cet été). Quand ONG, experts et journalistes expliquaient à l'époque que ce traité commercial était désastreux et néfaste pour l'environnement, le président des riches et ses suppôts prostestaient: "mais non", promettaient-ils, grâce au MERCOSUR, Bolsonaro serait contraint de rester fidèle aux engagements de ses prédécesseurs en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ne riez pas... Tout ceci n'était qu'arnaque et trahison. La Commission européenne sortante, soutenue par les idiots utiles de la Macronie et ses véritables supporteurs libéraux, avait signé ce fichu accord qui inquiétaient même les gauchistes du Monde;

Il a fallu des milliers d'incendies simultanés en Amazonie, des images choc d'un désastre de feu relayés tardivement mais puissamment par les médias français et du monde occidental, pour Macron soit contraint de dénoncer l'accord MERCORSUR si cher aux lobbyistes qui l'ont fait élire. Parfois, quand c'est trop gros, ça ne passe plus.  Macron tweete une mauvaise photo, gros malaise. Trop de com' tue la com'.

Sur le MERCOSUR, Macron a agit comme un menteur, ou un benêt. 

Au choix.

Puis voici le G7, "enfin"...

L'agenda du G7 lui-même prêtait à sourire:
"Les sujets seront abordés selon 5 axes :
  • les inégalités de destin ;
  • la préservation de la biodiversité et du climat ;
  • la sécurité et la lutte contre le terrorisme ;
  • le numérique et la protection des démocraties ;
  • le partenariat avec l'Afrique."
La planète capitaliste risque de sombrer une nouvelle fois dans une Grande Crise comme en 2008, mais il faut faire mine que tout va bien madame la Marquise. Dans deux courtes interventions filmées, l'une pour un site publicitaire dénommé Konbini, Macron masque et cache. Pas d'allusion à la catastrope économique qui se profile.

Aux États-Unis, la FED a baissé les taux d'intérêt pour tenter de protéger la croissance. L'argent peu cher a provoqué un surendettement des ménages, des entreprises et des États. Les grandes promesses de "réguler la finance mondiale", il y a 10 ans, n'ont pas été tenues. Mais le G7 s'inquiètera de la guerre commerciale entre Etats-Unis et Chine, ça fait tâche d'un l'argumentaire libre-échangiste général. On parlera "inégalités de destin" (quel concept!) alors que chacun de ces dirigeants œuvre à la sur-exploitation des travailleurs  - précarisation des salariés européens ici, esclavage industrialisé ldes pays asiatiques, africains et sud-américains.

L'Allemagne est même entrée en récession depuis deux trimestres, ce qui est inquiétant pour ce "poumon de l'Europe". Et voici qu'un fond américain propose quelques pistes inattenduies pour éviter une nouvelle catastrophe économique et financière - le financement direct de l'économie par les banques centrales et la généralisation des prêts à taux zeros aux ménages... Bref, les clignotants virent tous à l'orange, les uns après les autres, mais les dirigeants du G7 font mine de sourire face aux caméras comme si tout allait bien.

On dirait l'orchestre du Titanic avant que le navire ne sombre.

La responsabilité de Macron est grande dans cette farce, la France organise ce G7 et le jeune monarque veut faire croire qu'il en est le grand ordonnateur.

Au G7, Macron a placé la préservation de la biodiversité et du climat" au centre de ses préoccupations. Bel effort ! En France, l'écologie a pollué les 30 premiers mois du quinquennat. On avait cru un instant, en mai 2017, que le débauchage de Nicolas Hulot, tenté une décennie avant par Nicolas Sarkozy le nouveau mentor de la Macronie, signifierait autre chose que des gesticulations médiatiques. Il n'en fut rien: immobilisme politique, promesses trahies, démission de la vedette Hulot un an après, adoption des traité CETA puis MERCOSUR, Macron est un clown tout juste utile à tweeter des photos erronées sur les désastres environnementaux du moment. Les récents succès électoraux des écologistes en Europe, et la progressive prise de conscience des opinions publiques des ravages irrémédiables causés à la planète forcent Macron à continuer le spectacle. Le G7 est exemplaire de cet artifice marketing, une bouillie politique qui permet de cacher dans la multiplication des gadgets, détails, et autres colifichets une véritable inaction: ainsi, le site gouvernemental, vide de propositions politiques utiles, fait la pub d'un G7 "eco-responsable" car les gobelets des participants seront en "papier recyclable", des "produits locaux" seront consommés, et les transports seront "partiellement alimentés par un champ solaire".

On se pince devant tant de futilité.
"Dans la région où est organisé le G7, une compensation carbone pour contrebalancer les émissions de CO2 (reforestation de la vallée d’Hergarai au Pays Basque, réintroduction de l’abeille noire basque, le Label Bas carbone et la compensation carbone...)"
De qui se moque-t-on ? Les ONG ne sont pas dupes. Quand, la veille du G7, Macron convoque un pré-sommet écolo à l'Elysée après quelques tweets sur l'Amazonie en feu, les ONG du réseau Action Climat boycottent.

Tout simplement.

Qu'est-ce que ce pyromane avait d'utile à dire ? 

Rien.

Le même Réseau Action Climat (22 associations dont OXFAM, France Nature Environnement, les fédérations d'usagers. des transports, Sortir du Nucléaire) a justement publié un bilan de l'action climatique de la France et des autres pays du G7. Le bilan parle de lui-même:
  • Les objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre sont "largement insuffisants" par rapport à la juste part française de l’Union 
  • La Macronie est floue sur la relève des objectifs climatiques de l’Union européenne pour 2030
  • La Macronie a bien l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050 dans sa loi énergie climat en juin 2019, mais "les politiques et mesures appliquées par la France sont insuffisantes pour atteindre les budgets carbone définis." Les retards les plus graves sont dans le secteur des transports, des bâtiments et du déploiement des énergies renouvelables.


Lui aussi, il a "changé"
Pour montrer sa nouvelle détermination écolo, Macron nous fait du Sarko devant les caméras du site Konbini: "J'ai changé" anone un vrai faux soutien au maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) trainé au tribunal par la préfète du coin car il a interdit l'épandage de pesticides. Macron explique, sans rire, que l’épandage de pesticides "a des conséquences sur la santé publique.”Va-t-il agir alors ? Oh que non ! Il appelle chacun à se “mobiliser pour changer la loi” pour interdire les pesticides. Il est président de la République, il dispose de 380 députés godillots à l’Assemblée. Mais il explique qu’il faut se “mobiliser pour changer la loi” pour interdire les pesticides. 

Sans rire...  Il a "changé."
 
Dans la même interview publicitaire, sur la taxation du kérosène, le carburant le plus polluant, Macron promet ...  “l’ouverture d’une concertation.” Quel sens de l'urgence...

Même sens de l'urgence contre l’exportation des déchets plastiques dans les pays pauvres, Macron promet d’agir vite: en 2021, les pays pourront refuser de recevoir des déchets. 

En 2021.

Il a tellement changé que la France s'est décidé à accueillir quelques-uns des 400 migrants qui dérivaient dans l'Open Viking depuis 2 semaines en Méditerranée. L'Espagne voisine s'était décidée en début de semaine à accueillir un autre bateau en dérive également au large de l'Italie. La Macronie expliquait que les migrants auraient du accoster en Italie voisine. Ces racailles, car il n'y a pas d'autres de qualificatifs, se sont fendus de communiqués lénifiants sur leur générosité finale. Il fallait oublier ce qui attendait les migrants - les nouveaux dispositifs de la loi Asile, rétention rallongée et délais accélérés pour déposer son dossier sous peine d'expulsion accélérée. 

La Macronie est un spectacle.


La réconciliation... policière
Biarritz est quadrillée de quelques 13 200 policiers, gendarmes et militaires dont on imagine que les matraques ne sont pas en carton recyclable et les grenades LBD loin d'être eco-responsables. Un centre de rétention pour migrants voisin a été reconverti en "hub" de gardes à vues - 100 cellules, soit une capacité de 300 GAV par jour. Mais rassurons-nous - "L'état moral des forces de police et de gendarmerie est excellent" confirme l'adjoint de Castaner au ministère de l'intérieur.

Le moral est excellent, que faut-il de plus ?


Vendredi soir, Macron déboule en super-jet présidentiel à Biarritz. Tiens donc... pourquoi n'a-t-il pas préféré le train ? Les gobelets en carton et les cars électriques pour transporter les participants du G7 ne seraient-ils que des gadgets ? La ville est quadrillée par les forces de l'ordre, les rues vidées de ses habitants. On dirait une occupation. Les 7 plus grands pyromanes du monde sont cloitrés dans un palace de Biarritz. Samedi, Macron parle encore à la télévision. Tout heureux de sa trouvaille (car il lui faut un bouc-émissaire facile pour sa communication, et pour éviter de poser des questions plus systémiques sur un sujet aussi grave) il répète que le problème n'est pas le transport aérien ni les hydrocarbures ... mais le textile qui pollue. Et justement, il a un accord miracle avec les grandes entreprises mondiales du textile qui représentent, dit-il, "presque" la moitié de la production du secteur. Et de quel accord s'agit-il ? Elles vont s'engager à se concerter... Plus belle la vie, n'est-ce pas ?

Un contre-sommet s'organise à Urrugne, à 23 kilomètres de là, avec une assistance variée, quelques milliers de participants jeunes ou vieux, une cinquantaine d'associations, des conférences et débats sur le climat et les inégalités.
"Ce ne sont pas 7 pyromanes enfermés dans leur tour d'ivoire à Biarritz qui pourront éteindre l'incendie de la forêt amazonienne" Isabelle Trouvé, porte-parole d'Attac.
Dès vendredi soir, il suffit d'une provocation pour les forces de l'ordre déboulent, frappent, arrêtent et blessent au coeur même du contre-sommet.

La Macronie a-t-elle si peur que cela ?


Ami castor, où es-tu ?



17 août 2019

Se réconcilier avec Macron ? 640ème semaine politique

 

 

Il est de plus en plus bronzé. Il reçoit Poutine et madame dans son Palais d'été pendant que ses fidèles trolls braillent leur haine de l'autocrate russe sur les réseaux sociaux. Quelle ironie de constater ce décalage absurde...


Le beau discours
A Saint-Raphaël, Emmanuel Macron, très bronzé, livre un beau discours en l'honneur des soldats africains qui se sont sacrifiés pour libérer la France. Il demande aux maires de France de nommer des rues en leur nom: "Ils ont redonné à notre pays sa liberté et sa dignité. Nous ne vivrions pas libres sans ces héros. La Nation leur en est à jamais reconnaissante." Il a raison, il a aussi raison qu'il est hypocrite. Il célèbre cette "part d'Afrique" de la France, il tait cette part d'Afrique qui se noie sous nos yeux, sous ses yeux, en Méditerranée. Il tait ses tortures infligées aux migrants. Il tait cette ibcapacité européenne qui rend l'accueil d'une poignée de migrants comme un effort surhumain.

Trois jours avant ce beau discours du jeune monarque, l'unique survivant d'une barque d'une quinzaine de passagers a été sauvé par les forces maltaises. Pendant deux semaines avant ce beau discours, un bateau de l'ONG "Open Arms" a dû patienter en mer, avec 147 migrants à bord, avant que France, Allemagne, Roumanie, Portugal, Espagne et Luxembourg ne se répartissent enfin la troupe de pauvres diables. Au moment même de ce beau discours, l'Ocean Viking, affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, dérivait encore avec 365 réfugiés à bord, dont 103 mineurs, entre l'Italie et Malte.  Macron, bronzé, était nécessairement éloquent à propos du rôle des soldats africains dans la libération du pays, qu'il célébrait avec un Nicolas Sarkozy si ravi. Il était aussi éloquent qu'il sait être taiseux à propos de sa politique xénophobe.



A Biarritz en cette fin d'août, le jeune monarque reçoit pour un G7. Il a un "message féministe" à porter, apprend-t-on sur le site de l’Élysée. Il faut "favoriser l'émancipation économique des femmes". En France, il a nommé un gouvernement où tous les ministères régaliens, sauf la défense, sont occupés par des femmes; son chef de groupe à l'Assemblée est un homme, la présidence de l'Assemblée est tenue par un homme, tous les directeurs de cabinets ministériels sont des hommes. Macron a le féminisme politique qui fluctue. Il a bien une sous-ministre à l'égalité femmes-hommes qui fait très bien ce pourquoi elle a été embauchée: agiter les bras, faire des selfies, faire des discours creux pour faire croire qu'on agit. Marlène Schiappa sert utilement la Macronie à masquer l'inutilité de l'action gouvernementale. Prenez les féminicides, il suffirait d'instructions claires de prendre toutes les plaintes, d'instruire tous les cas; il suffirait de moyens humains et financiers pour établir des parcours de sortie des violences, plutôt que de réduire les budgets ; il suffirait de généraliser les mesures de prévention et d'éloignement des violents. Il suffirait d'un plan de formation. Bref, il suffirait d'autres choses que des mots et du brassage de vent.


Pour prouver la détermination féministe du jeune monarque, et occuper les visiteurs pendant l'inactivité politique de cette période de congés, on avait publié sur le site du Palais de belles formules du monarque sur l'émancipation des femmes et l'égalité des sexes, un florilège de très beaux discours, avec des photos de Macron parlant avec attention et sourire compatissant avec des femmes arabes et noirs, parfois voilées: "Il est temps que notre monde cesse de faire des femmes des victimes et leur construise enfin la place qu'elles méritent, celle d'être aussi des leaders !" (discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 25 septembre 2018). Oui, il est temps, n'est-ce pas ? Macron a raison, bien sûr. D'ailleurs, "la France agît de manière concrète", pour preuve, "d'ici 2022, 50% de l'aide publique au développement devra être affectée à des mesures en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes." (tiens, finalement, la hausse de la dite Aide au développement a été encore une fois repoussée...)... Fichtre... D'ici 2022... La cause des femmes est comme l'écologie, les ambitions sont d'autant plus fortes que les échéances sont lointaines.

On oublierait presque les accolades et gros contrats avec les plus grandes dictatures islamistes du globe. Quand l'Arabie Saoudite a fait tuer puis broyer l'un de ses opposants dans son ambassade en Turquie, Macron fut l'un des derniers et des plus gênés dirigeants occidentaux à s'en inquiéter. Même Trump, dont la boussole morale est pourtant source de railleries en France, fut plus courageux. Macron a la démocratie et le féminisme qui s'arrêtent là où commence le commerce. En avril 2018, le royaume saoudien est venu confirmer pour 18 milliards de dollars de commandes françaises. Cela méritait quelques accolades et quelques bises élyséennes.




La belle réconciliation
Le 17 août,  Emmanuel et Brigitte sont à Bornes-Les-Mimosas. Le jeune monarque en appelle à la "réconciliation." Oh oui, la réconciliation... C'est important en République: "Notre pays parfois se divise et nous avons vécu ces derniers mois des moments difficiles de division, parfois de violence, dont il nous faut savoir sortir. Il y a parfois des bonnes raisons d'être en désaccord et il faut les respecter, il y en a d'autres que l'on peut contester, il faut savoir toutefois les entendre." Cet homme a moqué "Jojo le Gilet Jaune", les "Gaulois réfractaire", les "fainéants" qui s'opposaient à la Loi Travail, les "gens qui ne sont rien", ou ces pauvres qui coûtent "un pognon de dingue."

Macron a raison, " il ne faut jamais oublier que quels que soient les désaccords, aux grands moments de notre histoire nous avons su nous réconcilier pour avancer." Pour taire certains "désaccords", Macron a lâché les forces de l'ordre, il a lâché les brides: deux morts, trois cents blessés dont 24 éborgnés, 5 mains arrachées. On n'avait pas vu cela depuis 50 ans.

Le jeune monarque, trop bronzé et trop souriant, donne des leçons de réconciliation. Il a fait voter une loi contre les lanceurs d'alerte qui dérangent le secret des affaires, les "Fake News"  qui ne ne collent pas avec sa réalité, une autre pour permettre à la police, sans jugement, d'interdire sans preuve le droit de manifester à un opposant. Une autre encore pour réduire le délai de dépôt de dossier d'asile. Macron a raison, la réconciliation est importante. Mais l'Histoire de France montre aussi que cette réconciliation nationale passe souvent par exclure les dirigeants qui se l'approprient pour survivre.

Macron a célébré l'immonde Pétain.

Macron a abimé, clivé, dégradé, descendu la République, et ce n'est pas fini. Il est bien temps de se réconcilier.

Mais sans lui, sans doute.

Le beau bilan
Cette semaine, la nouvelle que le chômage baissait en France a réjoui et soulagé les fans de la Macronie. La nouvelle était heureuse: Macron avait rendu des dizaines de milliards d'euros d'impôts et de cotisations sociales aux plus riches, aux ultra-aisés, aux grandes entreprises qui délocalisent quand même, et aux spéculateurs en tous genres. Il fallait que ça ruisselle au moins un peu. Pour financer tout cela, il avait annoncé un plan d'économies sur les services publics, demandé des "efforts" aux infirmières, aux chômeurs, aux actuels puis aux futurs retraités, aux bénéficiaires des allocations sociales qui furent toutes, sauf deux, rapidement gelées; aux fonctionnaires dont il poursuivit le gel des traitements. Bref, 28 mois plus tard, le ruissellement se faisait tarder. Pire, le nombre de créations d'emplois privés est divisé par deux en 2018 par rapport à 2017, et voici maintenant que l'économie française ralentit à cause des tensions internationales ....

En réalité, ces chiffre de l'INSEE sont une nouvelle exécrable: le chômage baisse parce qu'il y a moins d'actifs. Le taux d'activité des 15-24 baisse, celui des 25-54 également: "la part de ceux en âge de travailler qui sont totalement sortis du marché du travail (ils n’ont pas d’emploi et n’en cherchent pas) a augmenté cette année", explique Alter-Eco, "ce qui interrompt une tendance à la baisse quasi continue depuis 10 ans malgré la crise."

Pire, le "halo autour du chômage" augmente nettement au deuxième trimestre: quelque 1,5 million de personnes souhaitent un emploi sans être considérées au chômage, ce "halo" a augmenté de 63 000 personnes au cours du second trimestre 2019. Pour réduire le chômage, la Macronie a choisi de précariser les chômeurs en réduisant leurs indemnités et leur accès à l'indemnisation (alors que la moitié des chômeurs n'est déjà pas indemnisée), et de "flexibiliser" le travail privé puis public, avec la loi de réforme de la fonction publique publiée cet été, - CDD de projet, inversion de la hiérarchie des normes, réduction des instances représentatives des employés. Bref, il s'agit surtout de décourager les actifs, et de favoriser l'essor de ce micro-entreprenariat qui n'est autre qu'un retour à l'esclavage salarial des premiers temps de la Révolution industriel. Rares sont celles et ceux à avoir ainsi retenu que la nouvelle loi LOM cache une nouvelle protection juridique des multinationales contre d'éventuels recours aux prud'hommes contre cette fraude à la Sécu et au droit des salariés que constitue l'auto-entreprenariat.

La Flat Tax rapporte davantage que prévu (400 millions d'euros de plus que prévu), davantage même, d'après de savants calculs, que l'ancienne imposition fiscale et sociale des dividendes. Sans rire... Sans blague ! La Flat Tax rapporte davantage car étant proportionnellement moins lourde au portefeuille des actionnaires, les entreprises ont décidé de verser davantage de dividendes: "l'allégement de la fiscalité a bien  relancé les versements de dividendes , entraînant par conséquence des recettes plus généreuses" explique le quotidien Les Echos, auteur du fameux scoop. L'année 2018, récompensée par les versements en 2019 fut à ce titre un nouveau record (+24%).

Les beaux amis
Le 15 août, Emmanuel Macron avait invité Nicolas Sarkozy aux cérémonies du débarquement de Provence, lequel Sarkozy avait évidemment accepté. François Hollande a préféré bouder. Il faut reconnaitre que Macron est une créature née du quinquennat Hollande, qui s'est fondu dans les habits de Sarko. Le jeune monarque adore Sarko. Il a endossé son programme, puis lui a piqué son électorat. On peut comprendre son double respect. Mais Sarko le lui rend bien. A Saint-Raphaël, il était là et souriant, bronzé aussi.

C'est avec prudence et délicatesse, nous promet-on, que Macron aborde la rentrée. La réforme des retraites visera à réduire les pensions car à force de chômage persistant et d'exonérations massives de cotisations sociales (CICE, flat tax), les régimes sociaux sont moins bien financés, la croissance de leurs recettes ne suit pas la progression de leur dépenses. Les macronistes travaillent donc "avec délicatesse" à cette réforme. Ils ont même renommé les termes qui fâchent et stressent.

La novlangue fait des merveilles. Ne dites plus "âge de départ", mais "âge d'équilibre", c'est plus joli, et cela ne met pas le jeune monarque en contradiction avec ses propos publics devant des journalistes lors de l'une de ses rares conférences de presse. En mai dernier, il avait promis de ne pas toucher l'âge de départ à la retraite (mais lequel ?) ni la durée de cotisations. Finalement, la réforme prévoit d'affecter les deux... Macron est champion. Partez quand vous voulez à la retraite... mais en deçà de l'âge d'équilibre désormais de 64 ans, il vous en coutera une décote... Qu'importe si depuis quelques années, l'âge en bonne santé ne recule plus.

On vit plus vieux, mais plus mal.

Le monarque est jeune, il est bronzé. Il fait la bise à Sarko, il accueille Poutine dans l'intimité de sa résidence d'été.

Qu'importe le reste.