Affichage des articles dont le libellé est culture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est culture. Afficher tous les articles

1 mars 2014

Les Cesar contre Christine Boutin

La 39ème cérémonie des Cesar, qui s'est tenue vendredi dernier, fut l'occasion de célébrer quelques films dérangeants pour la vulgate néo-réac ambiante.

Le film écrit, joué et réalisé par Guillaume Gallienne relate une histoire d'identité, zen, drôle et réjouissante.

"L'Inconnu du lac", dont l'acteur principal remportant le Cesar du Meilleur Espoir, est un thriller sur fond d'amour homosexuel.

"Neuf mois ferme", réalisé par Albert Dupontel, pour lequel Sandrine Kimberlain a obtenu le Cesar de la meilleur actrice, s'attarde sur une relation hors mariage et décalée entre une juge et un suspect.

Viva el cinema !


15 janvier 2013

Filippetti: comment les blogs politiques servent à clarifier le débat

La polémique née de quelques déclarations de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti est une belle illustration de l'éclaircissement des sujets du moment que la période appelle.

Jugez plutôt, à travers quelques exemples malheureusement choisis avec la partialité coutumière de l'auteur de ce blog.

Car cette polémique est bien fragile.

De l'obscurité du buzz...
Appeler à commenter la cessation de paiement du groupe Virgin Megastore en France, voici donc qu'elle cible la concurrence déloyale des sites en ligne basés à l'étranger, qui ne sont « pas à la même fiscalité que les entreprises localisées physiquement en France». La ministre a factuellement raison sur les écarts de fiscalité et, en visant des sites en ligne, elle embrasse également un autre sujet - le passage du commerce physique vers le commerce en ligne.

Il ne fallait pas lire Twitter ce jour-là, ce fut l'hallali. Il y avait aussi quelques rapides billets, trop rapidement écrits.  Il fallait même une jolie dose de mauvaise foi pour accuser la ministre de faire le procès du e-commerce en général. Pour la plupart, les auteurs surfaient sur le court extrait publié dans une dépêche d'agence. Car peu d'entre eux avaient eux réellement écouté la ministre à la télévision. Mais bon, il fallait s'y résoudre. La vigilance mérite un effort que certains n'osent plus faire. C'est l'ère du buzz facile...

Il fallait donc lire d'autres blogs, critiques ou pas, politiques toujours, pour comprendre les enjeux de cette affaire, prolonger la réflexions. Des blogs qui pouvaient se contredire ou se répondre, et alimenter le débat.

Et voici quelques réponses complémentaires à ce débat.

... à la lumière des blogs
Politeeks a lâché un long billet mais furieux. Il se désole que Filippetti soit d'après lui « intoxiquée par le lobby culturel Français ». La ministre ne l'est pas. Elle a simplement lâché une phrase. Pour être complet, son commentaire aurait nécessité de longues heures. Que fallait-il faire ? Ne pas répondre à la question d'un journaliste lors d'une émission en direct ?

Politeeks élargit donc ce débat qui n'a pas eu lieu. Il accuse le lobby culturel français qui serait constitué par des « dinosaures qui vivent de taxes ». Il est vrai que la Culture s'est efforcée de ponctionner tous les nouveaux supports de diffusion des oeuvres qu'elle produit. Pourquoi la taxation ? Parce que la Culture a souvent du mal avec la simple loi de l'offre et de la demande qui régit habituellement l'allocation des recettes dans d'autres secteurs. Mon confrère Nicolas évoque aussi la chose: « il nous faudrait aussi évoquer les spécificités culturelles françaises ».

Chez Politeeks, la charge est donc rude mais trop globalisante. L'industrie des biens culturels est vaste (spectacle vivant, musique, cinéma, livre, etc), et recouvre des réalités diverses. La concentration des producteurs et distributeurs est devenue réelle et incroyable dans la musique, et reste très faible dans  le cinéma ou la littérature.

Comme d'autres, Politeeks pointe l'actionnariat de Virgin, un fond d'investissement qui cherche à rentabiliser sa mise de départ. Il a raison.

Comme Nicolas ou el Camino, il rappelle un point essentiel: Amazon est un supermarché qui vend tout et n'importe quoi. Mais Amazon est un concurrent de Virgin. C'est une évidence que même les salariés de l'entreprise ont soulevé. Cyril Marcant revient lui aussi sur les trois suspects mis en cause dans cette fermeture programmée (le commerce en ligne, les gros revendeurs, et le client lui-même qui semble considérer que la culture doit nécessairement être gratuite).

Romain Blachier a complété d'autres points. La ministre a pointé sur un écart de TVA évident et connu entre des commerces français et des sites de commerce basés à l'étranger, par exemple au Luxembourg. Un DVD se vend avec 10% d'écart ! Et il ne s'agissait pas de résumer les problèmes de Virgin à cette concurrence-là. Ni d'attaquer « le modèle du e-commerce en particulier et du progrès technologique en général. » Le choc du passage «brick and mortar » au numérique a fait et fera des morts. SebMusset a détaillé combien la guerre en ligne était perdue d'avance pour certains autistes: « Virgin a mal négocié le virage de la musique en ligne, mais surtout raté celui de la vente physique par correspondance alors qu'il avait l'obligation d'anticiper et les moyens de mettre en place des offres et services dans le domaine ». Le commerce en ligne est souvent plus souple, moins cher, plus accessible, plus riche en inventaire. Comme hier les grandes surfaces en pleine banlieue, il contribue aussi à désertifier les zones urbaines ou semi-urbaines.

Nous pouvions ajouter que les causes de la faillite d'une entreprise sont souvent nombreuses. On peut accuser les patrons d'avoir mal gérés, les actionnaires d'être trop gourmands. Mais je suis surpris que les ravages de e-commerce mondialisé ne suscitent que peu de troubles à gauche. C'est aussi un sujet politique. Cet e-commerce-là n'affectent pas que les méchants dinosaures qui commercialisent des bien culturels. D'autres secteurs est en passe de souffrir à défaut de disparaître. En ces temps de soldes en tous genres, ces dernières sont plus radicales chez quelques-uns de ces géants fiscalement protégés.

A suivre.







PS: billet rédigé sous l'emprise de conflit d'intérêt.

25 janvier 2012

Sarkozy: après le stress, la déprime ? Ou la manipulation ?

Nicolas Sarkozy a retrouvé ses ténors à l'Elysée pour son habituel petit-déjeuner du mardi matin. Pas question d'accélérer l'entrée en campagne a-t-il fait savoir. Pourtant, la publication par le Monde de ses confidences faussement officieuses sur son éventuel retrait de la vie politique avait aggravé le blues ambiant.

Le jour même, l'UMP distribuait 6 millions de tracts pour défendre son bilan... pour rien.

Le Monarque était boudeur, agacé, horripilé.

Au point de saborder l'opération de communication de ses fidèles.


Sarkozy déprime-t-il ?
On adore ces propos « OFF », ce « OFF » qui n'est que « IN »  tant il a vocation, dans l'esprit de son auteur, d'être répété, amplifié, commenté. Depuis bientôt deux ans qu'il s'est imposé une fausse distance avec la gestion quotidienne des affaires dans sa grande opération de présidentialisation, Nicolas Sarkozy a même usé et abusé de ce faux « OFF ». C'est toujours en coulisses qu'il critique François Hollande ou confie ce qu'il pense, toujours devant des témoins avec l'ambition d'être relayé. Petit déjeuner de la majorité (le mardi), déjeuners mensuels avec les députés et les sénateurs UMP, point politique du lundi matin, etc, les occasions ne manquent pas de lâcher ces fausses confidences stratégiques.

Enervé d'être loin quand François Hollande réussissait le lancement de sa campagne, il a donc lâché des confidences sur un éventuel retrait.  «Un homme politique qui est creux en off, c’est qu’il est nul » a-t-il confié. Avant de continuer sur une vraie bourde politique.
« En cas d'échec, j'arrête la politique. Oui, c'est une certitude.
Je suis avocat, j'ai toujours eu un cabinet et je suis passionné de tas de choses. En tout cas, je changerai de vie complètement, vous n'entendrez plus parler de moi !
Je peux voyager, prendre des responsabilités, commencer mes semaines le mardi et les finir le jeudi soir ! Franchement, ça ne me fait pas peur .
De toute façon, je suis au bout. Dans tous les cas, pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière.
L’aiguille, il faut savoir la retirer progressivement.»
Il apparaissait presque méprisant à l'encontre des Français, comme un enfant capricieux de n'être pas compris à défaut d'être aimé.

Il paraît qu'il cite Pascal, qu'il est davantage soucieux de « la trace qu'il laissera » dans le futur, écrivaient Arnaud Leparmentier et Vanessa Schneider mardi 24 janvier.

Ce mardi, il y avait de quoi déprimer.

L'agence Standard and Poor's venait de dégrader la note de trois banques françaises et de la Caisse des dépôts. A Bruxelles, la Commission promettait une récession modéréeé à la zone euro pour le premier semestre de cette année. Le soir, le ministre du Travail anticipait de mauvais chiffres du chômage en décembre, qui devaient être publié ce mercredi matin.

Un ami de Carla Bruni-Sarkozy, Michel Kazatchkine a démissionné de ses fonctions de directeur français du Fonds mondial contre le Sida, la tuberculose et le paludisme. Son institution avait été accusée début janvier par Frédéric Martel dans une enquête pour l'hebdomadaire Marianne d'avoir financé pour quelque 2,7 millions de dollars une campagne de lutte contre le Sida via des sociétés d'un conseiller de l'épouse du chef de l'Etat. Le mandat de Michel Kazatchkine n'expirait que dans deux ans, mais un audit du Fond, à l'automne dernier, aurait provoqué cette démission anticipée, ce que l'intéressé dément.

Pourtant, le Monarque aurait pu se satisfaire de quelques nouveaux soutiens centristes. Dix parlementaires du parti d'Hervé Morin se sont publiquement exprimés en faveur de Sarkozy. L'opération, un lâchage attendu puisque les services élyséens avaient menacé les dissidents potentiels de représailles électorales pour le scrutin législatif de juin prochain, a fait choux blanc. L'attention médiatique était toute entière concentrée sur l'Aveu présidentiel de la crainte d'un échec.

Mardi après-midi, son ministre des Affaires Etrangères Alain Juppé s'est exclamé: « J’ai vu Nicolas Sarkozy ce matin pendant une heure et demie il ne m’a pas donné du tout ce sentiment. Il a l’air totalement décidé à aller vers la victoire ».

Décidé à aller vers la victoire ?

Donc, il est candidat... ou bien.

En meeting à Marseille
Ces confidences de Nicolas Sarkozy ne trompent plus grand monde. Sarkozy livrait peut-être ses états d'âme mais il voulait se rassurer, conjurer le mauvais sort d'une mauvaise séquence.

Au petit déjeuner de la majorité, le Monarque s'en est encore pris à François Hollande, qu'il accusa de s'être « livré à une attaque absolument sans précédent contre les classes moyennes ». On ne sait pas à quoi il faisait référence, puisque le candidat socialiste, dimanche dernier au Bourget, est plutôt resté sur d'autres terrains. Ces critiques hors sol ne font plus mouche.

Nicolas Sarkozy est ensuite parti au Mucem de Marseille, en avion présidentiel. Nombre d'élus locaux d'opposition boycottèrent le rendez-vous. Ces voeux, cette fois-ci destinés au monde de la culture, s'apparentent de plus en plus à de simples meeting électoraux. Ce n'est en soi pas grave, il suffit d'assumer.

Nicolas Sarkozy n'a d'ailleurs pas dit autre chose sinon défendre son bilan et attaquer, sans évidemment le nommer, François Hollande.

Contre ce dernier, il dénonça l'abrogation d'HADOPI, accusant la gauche de « vouloir réserver à la culture le même modèle que la finance ».
« Je suis proprement sidéré d'entendre certains dire que la loi Hadopi doit être abrogée. Mais rassurez-vous : on l'abroge d'abord et après, bien après, on verra, on prendra le temps de dégager une solution consensuelle. Bref, on nous demande de pratiquer un désarmement unilatéral à l'égard du piratage. »
Il caricaturait la chose, François Hollande ayant pris soin de préciser qu'il voulait remplacer Hadopi, et non pas abandonner toute forme de répression contre le piratage numérique des oeuvres. Il démontra surtout qu'il était le grand inspirateur des railleries publiques et ad nominem que ses sbires - Jean-François Copé en tête - balançaient sans courtoisie à l'encontre de François Hollande depuis des semaines. « Si j'ai compris, il faudrait renoncer pour la pire des raisons, c'est qu'il y a un risque de faire de la peine aux jeunes. C'est simplement la facilité, toujours la facilité, encore la facilité. Dire oui, puis oui, puis oui et encore oui, parce que pour dire non il faut un minimum de courage. »

En matière d'annonces, il fut avare d'idées. Nous étions sidérés. Il paraît que les meilleures de ses propositions seront pour dimanche. Le temps sarkozyen n'est plus celui de la réalité du temps présent.

Trois jours après la présentation du programme du candidat socialiste, Nicolas Sarkozy a choisi de s'imposer sur les chaînes d'information iTélé et BFM-TV  (« parce qu'il préfère des experts » aurait expliqué l'un de ses conseillers à un journaliste). Toujours informé à la première source, le Figaro croyait savoir que le Monarque parlerait chômage, logement et compétitivité... Quelle surprise !

Au monde de la Culture, il se félicita d'Hadopi, de la progression « de 21 % de 2007 à 2012 » du budget du ministère de Frédéric Mitterrand (alors qu'il ne s'agissait que d'une grossière manipulation comptable...). Il tonna de sa grosse voix pour tout et parfois n'importe quoi, comme sur la rénovation des cathédrales (« Qu’on ne vienne pas me dire que cela vient heurter le principe de laïcité. On peut entrer dans un cathédrale sans être militant ») ou contre la crise: « La réponse de la France à la crise, c’est la culture »...

A la fin du discours, une jeune femme parvint à lui lancer: « Combien coûte ce genre d’événement, c’est honteux ! », avant d'être expulsée par la police. Une anecdote que seul le journaliste du Monde releva.

Nicolas Sarkozy est candidat, mais ce mardi, il voulait jouer au « retenez-moi-sinon-je-m'en-vais ».


16 mai 2011

Cette curieuse interview de Nicolas Sarkozy

Dans son édition de mercredi 11 mai, l'hebdomadaire Télérama revient sur le film La Conquête, de Xavier Durringer, qui sort le 18 mai en salles. Une curieuse interview, peu commentée, de Nicolas Sarkozy, accompagne l'article du journaliste Aurélien Ferenczi.

Le Monarque s'explique sur son refus, prévisible, de voir le film qui est consacré à sa conquête du pouvoir en 2007.

C'est l'une des meilleures pub qu'on puisse faire au film.

Extraits.

Binaire
« Je n'ai décidément pas envie de voir La Conquête. En général, je ne lis pas ce qu'on écrit sur moi. Parce que je ne suis jamais content. Si c'est critique, je trouve ça injuste ; si c'est laudateur, ça ne l'est jamais assez... Alors, est-ce la peine ? »
Relisez : Sarkozy ne supporte pas la critique, ni le compliment, sauf quand il est extrême.

Enervé
« Et ne me parlez pas de films anglais récents sur des personnages politiques vivants, tels ceux de Stephen Frears sur Tony Blair ou Gordon Brown : ils ne s'attaquaient pas à leur vie privée, comme on me dit que c'est ici le cas. Et sans avoir fait pour moi la moindre enquête préliminaire...» Nicolas Sarkozy s'affiche cinéphile. Il lui manque quelques films politiques au compteur, comme ce portrait de George Bush, par Oliver Stone, sorti en 2009, bien centré sur le parallèle vie privée/vie publique. Gordon Brown n'a fait l'objet d'aucun film biographique. Et Tony Blair n'a jamais exhibé sa vie privée comme Nicolas Sarkozy.

Fou
« Comme vous le savez, mon existence a changé depuis cette période, c'est aussi par respect pour ma femme, Carla, que je ne verrai pas ce film. Pour protéger ma santé mentale, enfin. Le narcissisme n'est jamais la bonne solution, et trop de narcissisme rend fou. » Nicolas Sarkozy reconnaît une extrême fragilité psychologique : selon lui, voir ce film pourrait atteindre sa santé mentale. La remarque est hallucinante. Au passage, il ressort son couplet de 2007 (« J'ai changé »). Et on notera que sa femme a annoncé qu'elle irait voir le film...

Exagéré
« Je vois entre cent cinquante et cent quatre-vingts films par an. (...) J'ai du retard à rattraper...» C'est l'une des parts importantes du story-telling politique du moment. Nicolas Sarkozy, grâce à Carla, se cultive en regardant beaucoup de films. Franz-Olivier Giesbert, dans son portrait de Nicolas Sarkozy de 2005-2011, expliquait combien il avait été impressionné par la culture littéraire du Monarque. Il lit énormément, regarde des centaines de films. Et quand gouverne-t-il ?

Halluciné
« Vous savez, chaque acte dans la vie d'un président est une forme de création. » Nicolas Sarkozy n'a pas de limites. Son narcissisme non plus. Cette petite phrase détonne avec la tentative de paraître modeste et présidentiel depuis plusieurs mois. Finalement, le Monarque se voit toujours artiste.


1 avril 2011

La Conquête, celle d'avant.

Ce n'est pas un poisson d'avril.

Alors qu'on s'interroge sur ses chances de passage au premier tour du scrutin de l'an prochain, Nicolas Sarkozy a fait l'objet d'un film sur sa conquête du pouvoir en 2007, dont la sortie en salles est annoncée pour mai 2011.



4 mars 2011

Sarkozy : un Chanoine en pleine recherche d'identité électorale

Sans surprise, Nicolas Sarkozy s'est réfugié derrière l'héritage chrétien de la France quand il visita la cathédrale du Puy-en-Velay, jeudi 3 mars, lors de cette première étape de son Tour de France des terroirs. Ainsi a-t-on baptisé cette tournée électorale pour le scrutin de 2012. Cette cathédrale est aussi la première étape des processions catholiques vers Saint-Jacques de Compostelle. Tout un symbole. Mais comment reprocher à Nicolas Sarkozy d'apprécier les belles églises de France lors du visite consacrée à la sauvegarde du patrimoine national ? C'est en fait assez simple. Il fallait écouter son discours, observer son extase, se rappeler ses anciens propos, ou sa récente idée, lancée voici 3 semaines, d'un débat sur la compatibilité de l'Islam avec l'identité française. Un débat aussitôt fustigé et enterré par quelques ténors de son camp y compris François Fillon.

Terroir électoral
Le patrimoine national est-il menacé ? Il faut bien le croire, puisque Nicolas Sarkozy avait bloqué une grosse matinée et un déjeuner pour ne parler que de cela. L'actualité est pourtant particulièrement chaude. A Paris, son premier ministre dévoilait les principaux contours de la réforme fiscale. On croyait que c'était l'une des priorités de cette fin de mandat. En Libye, des dizaines de milliers de réfugiés s'accumulent aux frontières tunisiennes et égyptiennes. Dimanche dernier, Nicolas Sarkozy nous expliquait combien ces incroyables et imprévues révolutions arabes l'avaient conduit à remanier une nouvelle fois son gouvernement. Le chômage ? Mardi dernier, il avait lâché quelques fausses promesses pour favoriser l'apprentissage des jeunes, un mélange de rallonges sur des budgets qu'il avait lui-même coupé et d'annonces anciennes de plusieurs mois. Service minimum pour une cause pourtant nationale. On croyait enfin que le Monarque nouveau président du monde, c'ets-à-dire du G20, avait une tâche immense et difficile à travailler à une meilleure régulation du monde de la finance et des marchés de matières premières.

Non, ce jeudi 3 mars, donc, Nicolas Sarkozy ne voulait parler que de patrimoine national. Y-aurait-il menace ? Oui, bien sûr. La menace est électorale. Depuis 18 mois, Nicolas Sarkozy tente de s'emparer de la thématique identitaire contre l'OPA frontiste. Débat sur l'identité nationale, discours répétitifs sur l'identité agricole, discours identitaire de Grenoble contre l'Immigré Délinquant... Il a tout essayé. En vain. Il reste bloqué dans les bas-fonds des sondages, et la blonde Marine fille de Jean-Marie s'affirme chaque jour un peu plus.

N'y avait-il qu'une cathédrale pour illustrer la richesse de notre patrimoine ? Non, bien sûr. Mais il faisait d'une pierre trois coups : un clin d'oeil appuyé à l'électorat dit catholique ; un autre pour les supporteurs frontistes sur l'identité nationale, et une belle illustration de l'image qu'il veut donner de lui : proche des gens et des terroirs.

Extase du candidat
Au Puy-en-Velay, le candidat visita donc d'abord la cathédrale du coin, avec le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, son conseiller préposé aux discours Henri Guaino, et le jeune ministre et maire de la bourgade Laurent Wauquiez. Seuls les journalistes de l'AFP furent autorisés à suivre le cortège présidentiel à l'intérieur de l'église. On voulait sans doute éviter quelques photos provocatrices d'un Sarkozy faisant le signe de croix.

A l'écart, d'horribles contestataires avaient tenté de faire entendre leur voix. Comme toujours, les lieux avaient été bouclés. Des gaz lacrymogènes furent lancés, selon le quotidien local La Montagne. Dans la nouvelle salle de l'hôtel-Dieu, voisin de quelques mètres, quelques 300 personnes durent attendre le candidat une bonne heure. Son discours fut bref, d'une trentaine de minutes.

« En gravissant tout à l'heure les marches qui conduisent à la cathédrale du Puy-en-Velay, comme l'ont fait avant moi, et cela depuis bientôt 10 siècles, des millions de personnes, j'ai été très ému, et j'ai été, comme eux, saisi par la majesté immense de cet immense reliquaire de pierre...» Le catholique Nicolas s'emballe... « Il y a près de 1000 ans, les architectes inspirés qui ne disposaient d'autres moyens techniques que leur talent... et que leur foi ... » Il lève la tête, en souriant, vers l'évêque... «... eurent l'idée folle de jeter dans le vide la nef de leur église pour l'affranchir des contraintes naturelles qui la bridait (...) Je suis heureux d'être venu ici, j'en garderai un souvenir, je vous prie de le croire, un souvenir très personnel. » Sarkozy était-il encore président ? Le Chanoine de Latran est revenu, celui-là même qui nous expliquait en décembre 2007 que « Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère

C'est l'extase, chrétienne bien sûr :  « Ces paysages qui nous entourent font partie de l'identité de la France. Cette idée exprimée avec tant d'intelligence par Fernand Braudel (...), ces paysages du Velay incarnent la France, au même titre que le Mont Saint-Michel, le Pont du Gard, la cité de Carcassonne, le Château de Versailles... Personne ne peut parcourir ce pays sans rencontrer son histoire, (...) une histoire tragique parfois, sublime souvent (...). Amiens, Chartres, Strasbourg, Paris, aucune de nos villes ne seraient ce qu'elle est aux yeux des Français et aux yeux du reste du monde sans ces cathédrales vers lesquelles convergent, toujours, fidèles et touristes. (...) Cet héritage, mes chers compatriotes, nous oblige. (...) Nous devons l'assumer sans complexe et sans fausse pudeur.»

On ne sait plus si Sarkozy parlait des pierres qu'il avait contemplé, ou de la religion. Ou plutôt, on sait très bien. Il y a avait comme de la provocation non assumée dans ce discours-là, une sorte d'hypocrisie à ne pas affirmer le fonds de sa pensée du moment et/ou de couardise à éviter une trop grosse provocation. Sarkozy leva les yeux de son texte, et, comme souvent, là est le danger. Il s'évade, dérape ou glisse. C'est selon.

« A tous ceux qui défendent à juste titre la diversité, je voudrais dire que sans identité, il n'y a pas de diversité, qu'à l'origine de la diversité il y a les identités, et que ce n'est pas faire preuve de fermeture que de croire en son identité pour mieux la faire partager avec les identités des autres. Mais si on ne croit pas en sa propre identité, comment peut-on partager avec celle des autres, et comment même peut-on recevoir les identités des autres? » s'interroge-t-il. On croyait qu'il fallait parler sauvegarde du patrimoine national... La menace n'est donc pas que l'usure du temps. On comprend qu'elle est culturelle.

« Il ne faut pas opposer identité et diversité. Il faut comprendre que pour qu'il y ait diversité, il faut qu'il y ait le respect de l'identité. » Sarkozy a le sourire large, comme satisfait de ces belles formules. Protéger notre patrimoine, « c'est résister à la dictature de l'immédiat, et oserais-je dire, à la dictature de l'interchangeable où tout se vaut, où rien ne se mérite plus.»

L'argument est incompréhensible. Quel mérite y-a-t-il à hériter d'un tel patrimoine ? Entend-t-il développer l'idée d'une supériorité du patrimoine français ? On est perdu. Sarkozy rappelle les efforts de rénovation financés par l'Etat. Il revient à son texte. « Assumer notre héritage, c'est tout simplement reconnaître ce que l'on est, savoir d'où l'on vient. Assumer notre héritage n'oblige personne à partager la foi des bâtisseurs de Notre-Dame du Puy » lâche-t-il quand même.

Il était temps.

Il continue : « Il est toujours dangereux d’amputer sa mémoire. (...) L’ignorance de soi conduit rarement à l’estime de soi. » Pour faire bonne figure, il ajouta une référence aux « racines juives » et à « l'influence de l islam dans notre culture.» Rien pour les Bouddhistes ou les athées ? « Nous sommes tous des citoyens romains » s'est-il permis de plaisanter...« La France tire son génie de toutes les influences qui l’ont traversée et qui lui ont laissé un peu de leurs sédiments (...) La République est laïque » s'est-il souvenu. Pour mieux ajouter : « Construire l’Europe de demain, c’est aussi continuer de suivre le chemin tracé il y a plus de mille ans par les premiers pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.»

Sarkozy eut cette fameuse formule qui claque : « La chrétienté a laissé à la France un magnifique héritage de civilisation. Président de la République laïque, je peux dire cela.  » 

La salle applaudit. Cette dernière expression ne signifie pourtant pas grand chose. Sarkozy continue d'engorger son propos de références chrétiennes : « Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, dans son Histoire des Francs, évoque le sanctuaire du Puy et la synagogue de Clermont. Il écrivait il y a 15 siècles. C'est la France que nous aimons, c'est la France dont nous sommes fiers. C'est la France qui a des racines.» N'en jetez-plus, la coupe est pleine.

Sarko-rance
« Racines », « héritage », « patrimoine », « identité », la Sarkofrance sentait le rance ce jeudi gris au Puy-en-Velay. Sarkozy insiste lourdement sur les racines de la France, son patrimoine qu'il faudrait protéger.  Protéger notre patrimoine, « c'est protéger l'héritage de la France, c'est défendre les signes les plus tangibles de notre identité.» Boutade facile, le Monarque évoqua les polémiques sur son projet de Musée de l'Histoire. « J'ai vu les polémiques. Pourrions-nous vivre sans polémiques ? » Il aime cela.

Ebloui par sa visite de la cathédrale, Nicolas Sarkozy s'exclame : « ce baptistère serait contemporain du sacre de Clovis... et donc de la naissance de la France ! C'est pas rien ! » Sur la tribune, il exulte presque. Et pour annoncer ensuite qu'il débloquera l'argent nécessaire à la finalisation de sa rénovation... Un petit cadeau de dernière minute... c'est toujours utile. 

A peine son discours terminé, le Monarque partit déjeuner chez ... les frères et soeurs de l’ordre de Saint Jean, en présence de l’évêque local. Le symbole, toujours le symbole.

Jeudi, écouter Nicolas Sarkozy, président d'une République laïque, tenir de tels propos à l'occasion d'une visite de cathédrale avait quelque chose d'embarrassant, de honteux, et d'insupportable. A la différence du Nicolas Sarkozy du discours de Grenoble du 30 juillet dernier, qui « mettait les pieds dans le plat » des pires amalgames frontistes sur l'immigration vecteur d'insécurité en France, le Sarkozy version 2012 s'affiche plus hypocrite. Il s'accapare les thématiques préemptées par le Front National de Marine Le Pen sans nous l'avouer.

La ficelle est bien grosse, l'attitude est bien triste.

20 janvier 2011

Le candidat Sarkozy bâcle ses voeux au monde de la culture et de la connaissance

Le contraste était saisissant, mercredi 19 janvier en fin de matinée, entre les voeux que le candidat livra au « monde de la connaissance et de la culture » et ceux qu'il avait réservé, la veille, au monde agricole. La cause sarkozyenne est-elle à ce point perdue ? Aux agriculteurs, Sarkozy fut attentionné, son discours était préparé. Pour les enseignants, les artistes et les journalistes, il fallait tous les mélanger et les parquer dans une grande salle prestigieuse pour éviter de s'adresser à chacun.

Tous parqués !
Mercredi, Sarkozy expédia sa prestation en à peine 30 minutes, alors qu'il avait pris soin d'inviter très largement des enseignants, des chefs d'établissements, des chefs d'établissement, des journalistes, des patrons d'institutions culturelles ou d'entreprises de spectacles voire même des organisateurs de festival. Un immense fourre-tout qui permettait d'évacuer les problèmes. L'immense salle du Grand Palais, juste de l'autre côté des Champs Elysées, en face du « Château » avait été réservée. L'assistance se tenait debout, incommodée par l'attente de plus d'une heure, surprise par le froid, parquée par d'immenses cordons. Aucun siège n'avait été prévu. Sarkozy avait commencé par une visite de la galerie Sud du Grand Palais, puis une rencontre à huis-clos «  avec des personnalités du monde scientifique, des responsables de musées et d'autres institutions emblématiques de la transmission de la culture et du savoir.» En bas de l'estrade, on trouvait l'habituelle brochette de ministres concernés (Luc Chatel, Frédéric Mitterrand, Valérie Pécresse, Jeannette Bougrab), mais aussi son épouse Carla, le conseiller « spécial » Henri Guaino, son pro de la com' Franck Louvrier, la « cinéaste » Josée Dayan (hier pro-Ségolène Royal, aujourd'hui applaudissant les voeux d'un monarque usé), des recasés comme Xavier Darcos (ex-ministre de l'Education et chargé de mission pour l'action culturelle extérieure de la France en juin dernier), ou Jean-Paul Cluzel (président du Grand Palais, éjecté de Radio France en 2009). Sarkozy avait le traits toujours tirés, le visage exagérément souriant. A peine installé, il préféra abandonner son discours, alors que lors de tous ses voeux précédents, il s'était appliqué à lire son texte.

Voulait-il paraître plus chaleureux ?

Que des problèmes...
Le contexte n'était pas favorable, mais les sujets ne manquaient pas. Les principaux syndicats de l’éducation nationale (FSU, Unsa, Sgen-CFDT, Snuipp, SI.EN-UNSA, SNESUP) boycottaient l’invitation : « Sans précédent, la pulvérisation de l’Enseignement Supérieur creuse les inégalités entre collègues, équipes, établissements et territoires. Elle risque de laisser de côté de larges pans de la connaissance, en particulier les Lettres, Langues, Sciences Humaines et Sociales, et fragiliser des pans entiers de formations dans toutes les composantes (UFR, IUT, IUFM…) » ont-ils écrit lundi. La loi Hadopi est entrée en vigueur en septembre dernier, et la loi Loppsi II débute son examen au Sénat, mardi 18 janvier. Les sénateurs ont d'ores et déjà validé l'usurpation d'identité (punie de deux ans de prison et de 20.000€ d'amendes), et le filtrage administratif des sites Web (i.e. par le ministère de l'intérieur, sans décision de justice). Le relèvement de la TVA sur les offres « triple play » a mécontenté les fournisseurs d'accès à internet. Le conseil de la création artistique, placée sous sa directe autorité, fondé voici deux ans, a disparu. Sarkozy parle, mais Henri Guaino n'écoute pas.

Sarko l'esquive
Sarkozy fit d'abord l'éloge de la transmission de la connaissance et de l'émotion, rappela « la crise la plus grave depuis un siècle ». On en oublierait presque les deux guerres mondiales et leurs trente millions de morts...  « La réponse de la France à la crise sera de continuer à investir dans la culture, la recherche et l’éducation. Nous allons multiplier les initiatives », a-t-il promis. Il s'enthousiasma pour le nouveau musée Beaubourg de Metz, puis et celui, à venir, d’un Louvre à Lens en 2012. Il félicita Frédéric Mitterrand pour le dispositif cinélycée, commettant un joli lapsus de négligence (« cinecinema »). Il en souhaita l'extension aux spectacles vivants.

Il enchaîna ensuite rapidement sur l'enjeu éducatif, la qualité plutôt que le nombre. Une façon de répondre aux critiques contre la réduction des effectifs enseignants depuis 2007. Il rappela prudemment que leurs effectifs avaient cru de 45.000 quand le nombre d'élèves baissait de 500.000 dans les 10 dernières années. Il se félicita d'avoir augmenté d'un milliard d'euros depuis 2007 la rémunération des personnels de l'Education. Le candidat parla de la « mastérisation » des enseignants. Pour lui, cette réformette a permis de relever le niveau de recrutement de tous les enseignants au niveau master 2 (bac+5). Mais la formation pratique a disparu. « Il y a notamment toute la question de la formation pratique, je pense  qu'il ne faut pas avoir peur d'améliorer en permanence notre système. » Sans blague... L'homme qui fait la déclaration suivante est celui qui surcharge les classes : « Mon souci, c'est de mettre devant nos enfants des professeurs mieux  formés, connaissant mieux leur matière et mieux formés à l'enseignement d'une  classe d'âge tellement diverse et parfois si difficile, avec la question  centrale du niveau de rémunération.»

Internet, connait pas
Sur la « régulation » d'internet, Sarkozy esquiva carrément la polémique. Pas un mot, notamment, sur la loi Loppsi II, en cours d'examen depuis la veille au Sénat, ni sur Hadopi. Tout juste se permit-il de louer « l'Internet civilisé, et non l'Internet régulé », un propos confus et sans grand intérêt. « Il y a eu beaucoup de malentendus ». Lesquels ? En bas de l'estrade, sur sa droite, Carla bruni-Sarkozy pointe déjà du nez, se cache sous ses cheveux, et regarde longuement ses pieds. Le candidat ne promet pas de nouveau débat, ni de bilan. Il assène quelques généralités connues. « Internet met à disposition de chacun la connaissance de tous. C’est un progrès qui ne doit pas se faire au détriment des droits d’auteur. » Ou encore : « Le jour où l’on ne rémunère plus la création, on tue la création.» Il lance l'idée d'un G20 des droits d'auteur sur internet : « Je souhaite qu'avant le G20 à Cannes (3 et 4 novembre), il y ait un sommet des pays du G20 sur la question des droits d'auteurs, pour que nous essayions d'avancer ensemble, pas les uns contre les autres mais les uns avec les autres.» Mais la proposition a peu d'intérêt : la lutte contre le piratage des oeuvres sur le Net concerne moins les pays membres du G20 que les sites « offshore ». Il assure que le budget de la Culture et de la Communication ne sera pas gelé. Le monde de la connaissance (i.e. l'éducation) sera ravi de l'apprendre.

Sarko l'esquive (2)
Au « monde de la connaissance de la culture », Sarkozy n'a pas évoqué le classement sans suite par le parquet de Paris, c'est-à-dire le ministère de la Justice, de la plainte du quotidien le Monde contre l'espionnage de l'un de ses journalistes, Gérard Davet, dans le cadre de l'affaire Woerth/Bettencourt. Cet espionnage était doublement illégal, violant la nouvelle loi sur la protection des sources et la procédure d'autorisation de ses écoutes. Le Monde explique qu'il a saisi, le 10 janvier, le doyen des juges d'instruction pour que la plainte soit confiée à un magistrat indépendant.

Au « monde de la connaissance de la culture », Sarkozy n'a pas non plus évoqué le curieux projet de son ministre-vassal Eric Besson, de fusionner les autorités de régulation de l'audiovisuel et des télécoms, ARCEP et CSA. Le fameux Conseil de la création numérique évoqué voici quelques semaines quand Sarkozy déjeuna avec 8 personnalités du Web ne fut même pas évoqué. Sarkozy s'en souvient-il ? Le Monarque paraissait ce mercredi incroyablement dilettante.

Sarkozy et les erreurs
Regardant Luc Chatel puis Valérie Pécresse, il se félicite de l'autonomie des universités et suggère celle des lycées. On croit rêver. La proposition passera inaperçue dans les commentaires médiatiques ultérieurs. Approchant de la fin d'une courte intervention qui n'avait que trop duré, il refait l'éloge de la réforme et de l'audace : « donner de la France l’image d’un pays qui s’ouvre, y compris avec la polémique, pas celle d’un pays replié. L’important, c’est d’avoir de l’initiative. Et si on s’est trompé, et bien on change et ont fait autre chose! » Avez-vous déjà entendu Nicolas Sarkozy reconnaître une seule de ses erreurs, nombreuses ?

Avant de conclure son intervention, Nicolas Sarkozy s'attarda sur deux polémiques récentes. On attendait quelques remarques sur la durée du travail, la précarisation de la société, les difficultés de l'enseignement, les classes surchargées. Sarkozy préféra évoquer .... la création contestée du musée de l'Histoire, et la vente annoncée de l'Hôtel de la Marine. Quels sujets ! « Faut-il qu'on aime l'histoire dans notre pays pour avoir assisté à ce foisonnement de tribunes passionnées et souvent passionnantes. Faut-il une Maison de l'Histoire, y a-t-il un risque d'histoire officielle, y a-t-il un risque de récupération de l'histoire pour les uns ou pour les autres ? »

Il pu aussi abondamment plaisanter sur la présence « indispensable » de l’Etat-Major de la Marine place de la Concorde , un « bord de plage bien connu », d'où on ne voit que quelques péniches et bateaux de tourisme, pour s’étonner ensuite du « nombre de coups de téléphones et de lettres enflammées » qu’il a reçu depuis l'annonce. Pour clore la polémique, Nicolas Sarkozy a déclaré vouloir mettre en place une « commission composée de gens indépendants pour voir quelle est la meilleure utilisation de l’Hôtel de la Marine ». Ces deux allusions clôturaient parfaitement ses voeux bâclés : deux histoires anecdotiques pour occuper le terrain

Quelques heures plus tôt, Nicolas Sarkozy s'était contraint à un commentaire sur la situation tunisienne, après le faramineux fiasco  de la diplomatie française : « Notre souhait le plus cher est que cette évolution se fasse sans drame supplémentaire et que les Tunisiens, après avoir mis fin avec courage et dignité à un régime qu'ils rejetaient, trouvent le chemin d'une transition pacifique et exemplaire afin qu'une démocratie solide et durable s'instaure en Tunisie. »

Bel effort.

7 novembre 2010

Le feuilleton de la rigueur : qui va payer ?

La rigueur est un feuilleton, un jeu de cache-cache bien orchestré où certains déclament qu'elle n'existe pas et d'autres regrettent son absence.

Qui payera la rigueur ? La question se pose évidemment, mais ni le gouvernement ni les députés UMP ne semblent vouloir y répondre. L'examen du budget de l'Etat pour 2011 est une belle hypocrisie. Certains à l'UMP critiquaient, mardi, la faiblesse des mesures d'économies, alors que Sarkozy, Baroin et Lagarde promettent de ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB en 2013. Pour 2011, l'effort de rigueur est modeste - nous l'écrivions dès la présentation du projet en septembre dernier - et masqué par la non-reconduction de dépenses exceptionnelles. Pour connaître les véritables intentions gouvernementales, il faut donc chercher ailleurs que dans le projet de loi de finances. Dans les documents présentés aux parlementaires, le gouvernement avait préparé un cadrage des dépenses de l'Etat sur la période 2011 à 2013. Où se logent les principaux efforts de redressement des comptes publics ?

Dans leur note de cadrage, les services de François Baroin prévoient 300 milliards d'euros de dépenses publiques dans les différents ministères, contre 296 milliards présentés pour 2011. La hausse provient du service de la dette, c'est-à-dire les intérêts financiers liés à l'endettement public : +9,8 milliards d'euros sont prévus entre 2011 et 2013. Les missions de l'Etat qui souffriront le plus de l'effort de rigueur à venir sont la Défense (-3,25 milliards d'euros en 2013 versus 2011), l'emploi (-3 milliards), et l'Aide Publique au développement (-1,9 milliard).

Voici les principales missions affectées par des variations entre 2011 et 2013, un inventaire qui peut donner le tournis... ou la nausée.

Affaires étrangères : -70 millions
En 2011, la présidence française des G20 et G8 coûterait 50 millions d'euros, une dépense évidemment non reconduite pour 2012 et 2013. Pas un mot sur la multitude d'ambassades coûteuses, y compris en Europe. Quelques semaines avant de quitter son ministère, Bernard Kouchner s'en sort plutôt bien...

Agriculture : - 100 millions
Le gouvernement prévoit de réduire sur la période les aides au secteur agro-alimentaire et la promotion internationale. Bruno Le Maire expliquera plus tard aux agriculteurs quelles aides disparaîtront. A moins qu'il ne quitte l'Agriculture dès novembre.

Aide Publique au développement : -1,9 milliard
Eric Besson a beau se gargariser du volet « développement » de son ministère de l'identité nationale, il n'occupe que 30 millions d'euros d'un budget global de 4,6 milliards d'euros, par ailleurs amputé de moitié d'ici 2013. A l'étranger, Sarkozy aime jouer aux chantres de l'aide aux pays du Sud et de la cause du développement des pays pauvres. En France, l'affaire est différente. La Sarkofrance confond aide et annulation de prêts.

Anciens Combattants : - 220 millions
En 2011, quelques 10 millions d'euros sont provisionnés « au titre de la réparation des conséquences sanitaires des essais nucléaires français.» Pour le reste, la dotation est en baisse. 


Conseil d'Etat et juridictions administratives : +30 millions
Les différentes juridictions administratives (Conseil d'Etat, Conseil économique et social, etc) coûteront 615 millions d'euros l'an prochain. Le seul Conseil économique et social, où Nicolas Sarkozy vient de nommer une quarantaine de proches le mois dernier représente une charge annuelle de 37 millions d'euros. Qui auditera un jour les auditeurs ?

Culture et Médias : - 90 millions
Frédéric Mitterrand peut parler de ses ambitions culturelles. Le gouvernement avait déjà tenter de retirer aux régions leurs missions culturelles. Voici que le cadrage sabre un peu plus les interventions culturelles de l'Etat central. Si le financement de l'audiovisuel public est préservé (3,22 milliards d'euros en 2011, +200 millions d'ici 2013), la Culture (2,7 milliards d'euros), et les soutiens aux Médias, Livres et autres industries culturelles souffriront respectivement de 90 et 100 millions d'euros d'ici 2013.

Défense : -3,25 milliards
Depuis son livre blanc sur la Défense en 2009, Nicolas Sarkozy a dit tout et son contraire, et toujours avec aplomb : la menace terroriste est partout, l'intervention afghane est nécessaire (contrairement à sa promesse de campagne), mais, contraint et forcé, le budget de la Défense (42 milliards d'euros en 2011) sera largement amputé. Au passage, il supportera le coût de l'avion présidentiel (environ 200 millions d'euros, aménagements d'aéroport compris). On comprend mieux l'accord récent franco-britannique de mutualisation de certains programmes (expérimentation nucléaire, porte-avions, etc). Quelque 7 585 emplois seront supprimés l'an prochain, sur un total de 300 000. Les opérateurs (pour l'essentiel des écoles de formation) perdront 1,8% de subventions en 2011. Pour atteindre ses objectifs d'économies, le gouvernement table sur le « resserrement » de la carte militaire (et la création de bases de défense) et la « rationalisation » des « différentes fonctions d’administration et de soutien aux armées

Premier Ministre : -470 millions
La Direction de l'action du gouvernement regroupe différents services rattachés au premier ministre et, à compter de 2011, les moyens de fonctionnement des directions départementales interministérielles issue de la réforme des collectivités territoriales (+439 millions). Le gouvernement n'explique pas comment il compte réduire de 1,5 à 1 milliard d'euros l'enveloppe de cette mission. Hémorragie en vue ? Le fameux Service d'Information du Gouvernement, dont le patron Thierry Saussez a été récemment démissionné, est caché dans ces lignes.

Ecologie, développement et aménagement durables : -490 millions
C'est l'une des tristes surprises de ce cadrage : nonobstant les grandes proclamations écolo-volontaristes de Jean-Louis Borloo, trois ans après le Grenelle de l'environnement, le budget du développement durable est prévu en baisse de 5% en 2012, après une réduction de 3% en 2011. Il atteindra 9,5 milliards d'euros en 2013. Pour se justifier, le gouvernement avance une « rationalisation des financements de l’État » qui « seront concentrés sur les priorités du Grenelle de l’environnement ». Autre mesure d'économie, la hausse des tarifs ferroviaires (à la charge des usagers particuliers ou entreprises) permet à l'Etat de réduire ses subventions à Réseau ferré de France (RFF). Belle priorité aux transports collectifs ! Enfin, le ministère perdra 1 300 emplois (sur 62 400).

Dette : + 9,8 milliards
Après l'éducation, c'est le premier budget de l'Etat. Après avoir été réduite de 1997 à 2001, la dette publique a bondi de 400 milliards d'euros sous les gouvernements Raffarin, Villepin puis Sarkozy/Fillon. Malgré la réduction du déficit budgétaire annoncé l'an prochain, le remboursement de la dette et le paiement des intérêts d'emprunt public passera de 45,4 milliards d'euros en 2011 à 55,2 milliards en 2013. Le gouvernement table également sur une hausse des taux d'intérêts (+1 milliard d'euros de surcoût par an). Les caisses sont vides expliquait Nicolas Sarkozy ... il y a deux ans et demi. Avant de creuser le trou de 200 milliards d'euros supplémentaires.

Dotations aux collectivités locales : gelées
Malgré la progression mécanique et conjoncturelle du coût de certains dispositifs sociaux à la charge des territoires (RSA, etc), elles sont gelés à 59 milliards d'euros par an.

Education : +750 millions
Premier budget de l'Etat (62 milliards en 2011), l'Education gère 12 millions d'élèves avec 968 000 agents. En 2011, 16 000 postes seront encore supprimés. Deux cents millions d'euros d'économies seront reversés aux agents. Moins de 25% des effectifs en bénéficieront, rappelle le gouvernement. La note officielle a une formule incroyable pour justifier cette réduction des effectifs : « Ce processus, concrétisé au plus près de la réalité des établissements permettra de mobiliser les moyens de la mission au bénéficie de la performance du système éducatif.» En juin dernier, des consignes internes du ministère aux recteurs pour identifier les pistes de réduction des effectifs avaient été révélées au grand public. Le gouvernement demandait à ses recteurs et inspecteurs d'académie de « dégager les gisements d'emploi possibles » coûte que coûte.

Dans son document de rentrée, le gouvernement a multiplié les exemples de ses efforts en faveur de l'éducation : développement des internats d’excellence, lancement du programme Clair (Collège et Lycée pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite) pour 105 collèges et lycées en difficultés, réforme du lycée général et technologique, réforme du lycée professionnel, etc. Et le paragraphe se conclut par une conclusion inquiétante de sobriété : « la rationalisation des implantations immobilières centrales et déconcentrées, des frais de déplacement et de l’organisation des examens et concours permettra une réduction des dépenses de fonctionnement de près de 5 % à horizon 2013.» On n'en saura pas plus. La progression de 750 millions d'euros sur 3 ans du budget de l'Education nationale n'est pas expliquée.

Immigration : -21 millions
Eric Besson a un budget prévu en baisse sur les 3 ans, à 550 millions d'euros annuels environ. Malgré le « grand » débat sur l'identité nationale il y a tout juste un an, le budget consacré à l'intégration et l'accès à la nationalité française reste ridicule, à 73 millions en 2011, soit 13% de l'enveloppe globale. Le cadrage pluri-annuel prévoit une réduction des coûts de fonctionnement et de gestion des centres d’accueil pour demandeurs d’asile et des centres de rétention administrative. Le gouvernement se félicite toutefois d'augmenter les crédits de l'hébergement d'urgence et de l'Opfra (asile). Mais en parallèle, ceux dévolus au fonctionnement et à la gestion des centres d'accueil des réfugiés politiques seront réduits. Quelques 9 millions d'euros (10%) seront économisés d'ici 2013. En juin dernier, Eric Besson a même augmenté le coût des timbres fiscaux des titres de séjour.

Justice : +1,26 milliard
La justice bénéficiera d'une revalorisation a priori significative sur les 3 ans à venir (+14%). En fait, le surcroît de budget est destiné à quelques postes : 429 millions d'euros « dans le domaine immobilier » dans les tribunaux, donc 108 millions à cause de la réforme de la carte judiciaire. Le budget prévoit aussi la construction de 5 000 nouvelles places de prison d'ici ... 2017. Et la Justice est « exonérée de l’effort de réduction des effectifs appliquée à l’ensemble du budget de l’État » puisque 400 créations nettes d'emploi sont prévues en 2011. Sur la période, les frais de personnel progresseront de 200 millions d'euros. Le 25 octobre dernier, le Conseil de l'Europe, dans sa quatrième étude sur le sujet, plaçait la France dans les pays les plus pingres d'Europe en matière d'effort budgétaire pour la Justice. La France dépense par habitant deux fois moins que l'Allemagne.

Economie et Gestion des finances publiques: -100 millions
La première mission, qui regroupe le soutien à l'emploi et aux entreprises, y compris industrielles, est stable à 2 milliards d'euros de budget annuel sur la période. La seconde, qui regroupe l'administration des finances de l'Etat (fisc, etc) perd 100 millions d'euros sur 3 ans, avec, notamment, 3 127 emplois supprimés dès 2011.

Logement et Ville : gelés !

Fadela Amara peut raccrocher son tablier. La politique de la Ville et le soutien aux logements verront leurs crédits geler pendant au moins 3 ans.

Recherche et enseignement supérieur : +450 millions
C'est l'un des grands chantiers de Sarkozy.... depuis 2009 et l'échec de tous les autres (pouvoir d'achat, emploi, etc). Grand Emprunt, plan Campus, Grand Paris, les milliards d'euros se télescopent dans les annonces officielles. Dans son cadrage, le gouvernement promet pèle-mêle, une augmentation des moyens des établissements d’enseignement supérieur (+82 millions d'euros en 2011), la construction de 5000 logements par an, et la réhabilitation de 7 000 autres. A compter de 2011, 29 000 postes seront transférés aux universités accédant à l'autonomie. Les organismes de recherche perdront 49 millions d'euros de budget de fonctionnement l'an prochain, mais gagneront 86 millions d'euros de budget de personnel. Au total, cette mission coûtera 25,4 milliards d'euros en 2011, dont la moitié (12 milliards) pour l'enseignement universitaire.

Régimes spéciaux de retraites : +500 millions
Le gouvernement attend une progression du coût des régimes spéciaux et des pré-retraites, malgré une baisse du nombre de pensionnés (820 000 retraités en 2011), pour une subvention totale de 6 milliards d'euros. C'est un comble, après les réformes de 2003 et 2007.

Sécurité : +470 millions
Sur un budget total de 17 milliards d'euros, la police nationale est dotée de 9 milliards, la gendarmerie de 8 milliards. 87% de ces sommes sont des frais de personnel. Pour 2011, les objectifs de sécurité sont modestes : baisse de 1,5% du nombre d'atteintes aux biens, améliorer à 58% le taux de résolution des crimes et délits en zone police (80% en zone gendarmerie), et baisser le nombre de tués sur les routes de 2,5% en zone urbaine et de 7% en zone rurale. La même année, police et gendarmerie perdront encore 808 emplois. La hausse globale du budget tient à la modernisation des moyens, en application des lois LOPPSI I et II. Moins d'agents, plus de caméras et de gadgets, c'est la police version Sarkofrance.

Solidarité et insertion : +840 millions
Sur 12,4 milliards d'euros en 2011, 7 milliards sont consacrés au handicap et 3 milliards à la dépendance. Les prestations pour le handicap progresseront de 5,6% par an d'ici 2013, principalement à cause de la croissance du nombre d'allocataires. Attribué sous conditions de ressources, l'Allocation aux Adultes Handicapés progressera de 7,2% par an, après une hausse de 39% entre 2002 et 2008. C'est un signe, parmi d'autres, de la précarisation de la société : de 770 000 en 2003, les personnes indemnisées (entre 20 et 60 ans) sont plus de 860 000. Par personne, l'AAH se chiffre à 696 euros par mois. En juin 2009, Nicolas Sarkozy s'était gargarisé de son Pacte national pour l’emploi des personnes handicapées qui devait favoriser leur entrée sur le marché de l'emploi. Selon un rapport sénatorial paru le 18 octobre dernier, plus d'un an plus tard, les principaux éléments du pacte intégrés à la loi de finances 2009 n'ont pas été appliqués.

Territoires : -40 millions
Michel Mercier, ministre des Territoires, ne sert pas à grand chose depuis son exfiltration du Modem en 2009. D'ailleurs, l'enveloppe consacrée à ses missions sera réduite de 40 millions d'euros d'ici 2013 (338 millions d'euros). En 2011, le gouvernement promet quand même 11 millions contre les algues vertes en Bretagne et 19 millions d'euros pour la Corse. La Société du Grand Paris, établissement public créé en juin 2010, coûtera 6 millions d'euros par an. Depuis la démission forcée de Christian Blanc (pour cause d'abus de cigares), le Grand Paris est enlisé.

Travail et emploi : -3,0 milliards
Autre surprise du cadrage budgétaire, les différentes dépenses publiques liées à l'Emploi (soutien direct à l’emploi, allocation spécifique de solidarité, Pôle emploi, etc) seront réduites de 2 milliards d'euros en 2012 puis à nouveau 1 milliard en 2013, « en raison de la baisse attendue du chômage et du plein effet des économies structurelles engagées en 2011» explique le texte. On sait combien les chiffres commentés du chômage masquent une toute autre réalité : non seulement la reprise est encore fragile, mais en plus le nombre global de demandeurs d'emploi continue de progresser. Plus d'un demandeur sur deux n'est pas indemnisé.

Coûte que coûte, Sarkozy maintient la fiction d'un taux de chômage ramené à 4,5% dans les 3 ans. Mais surtout, il réduit des dépenses d'intervention qu'il avait été contraint de renforcer ou prolonger à cause de la crise, et, ne l'oublions pas, des manifestations du 29 janvier 2009.

Dès 2011, le gouvernement prévoit de supprimer 460 millions d'euros aux services à la personne, 110 millions  aux organismes d’intérêt général en zones de revitalisation rurale et 121 millions d'avantages en nature dans le secteur des hôtels - cafés - restaurants. Il annonce aussi vouloir réduire le financement des maisons de l'emploi, l'intéressement de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), le nombre de contrats aidés non marchands (340 000 contre 400 000 en 2010) et les taux d'aides au niveau d'avant la crise. Pôle emploi reste doté de 1,4 milliard d'euros pour son fonctionnement, mais il perdra 300 CDI (un vrai plan social !) et 1500 CDD non reconduits.



17 mai 2010

Frédéric Mitterrand: le débat sur Hadopi est dépassé



http://www.wikio.fr

13 juillet 2009

Orelsan, ou quand Frédéric Lefebvre fait les poubelles

Frédéric Lefebvre, le futur ex-député des Hauts de Seine et porte-parole de l'UMP a attendu dimanche 12 juillet pour publier un communiqué assassin contre ... Ségolène Royal et l'affaire Orelsan: "Qu'on l'interdise par principe de festival est tout simplement inacceptable. Que ce boycott d'un artiste intervienne suite à un chantage à la subvention est doublement intolérable! " "Il est regrettable qu'une grande région française, la région Poitou-Charentes, porte ainsi, du fait de sa présidente Ségolène Royal, atteinte a la liberté d'expression."

Le rappeur a été déprogrammé des Francofolies de la Rochelle. On se dispute pour savoir s'il a été prévenu à la dernière minute, et si Ségolène Royal a fait pression pour que le rappeur soit évacué du spectacle. Avant de faire les poubelles des sujets de polémiques dominicales, Frédéric Lefebvre aurait dû se renseigner : même le tourneur d'Orelsan doute que Ségolène Royal y soit pour quelque chose . Frédéric Lefebvre n'a pas toujours défendu avec autant d'ardeur la liberté d'expression. Rappelez-vous.


La Présidente de Poitou-Charente avait commenté dans les colonnes de Sud Ouest sa satisfaction: "Je n'ai absolument pas envie de sponsoriser sur mon territoire une personne qui vante les violences faites aux femmes." Pourquoi donc le contribuable financerait-il cette présence ? C'est sans doute la seule question qui vaille.

Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, ce rappeur a commis cette chanson "au ras des couilles". Elle est déjà ancienne, et a été remise au (mauvais) goût du jour par le clip ci-dessous.



Lire aussi:

22 mars 2009

Nicolas Sarkozy lit des vrais livres



Observez cette photo de l'AFP. Vendredi à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a pris soin de s'afficher avec un libre de Gérard de Nerval, opportunément placé sur ses dossiers quand il passa devant les photographes. Il s'agit de "Voyages en Orient", tome 1.
Une tentative de redresser son image ?

27 février 2009

Le pôle emploi ... auxiliaire de police ?

Fouzia Othman, pour le Bondy Blog, a livré un témoignage édifiant lundi dernier. sur la chasse aux sans-papiers en Sarkofrance.

"Nous entrons de suite dans le vif du sujet. Ma première question est, certes, directe mais essentielle: "Comment contrôlez-vous les chômeurs étrangers ?" ; "Eh bien, avec un détecteur de fausses pièces d'identité installé dans nos bureaux et visible par le demandeur" me répond-elle. En effet, pour instruire une ouverture de droits, une pièce d'identité en cours de validité doit être présentée ainsi que les documents liés au travail. Et lorsqu'une pièce non valide est repérée, une procédure de signalement est mise en route. "Le conseiller ne doit rien dire à la personne, tout se fait à son insu. Il transmet la copie du titre de résidence au service des fraudes de l'assedic qui contactera la Police de l'Air et des Frontières".
Autre témoignage, l'arrestation d'Azziz, le 3 février dernier, près de Montpellier: des policiers accompagnait un contrôleur de l'URSSAF pour un contrôle de travail clandestin. Azziz a été expulsé le 17 février. L'implication demandée aux inspecteurs du travail dans la chasse aux sans-papiers a été également constaté en Bretagne, en octobre dernier. L’union locale CGT de Rennes a ainsi dénoncé l'arrestation le 8 ocotbre 2008 d'une dizaine d'ouvriers sans-papiers, de nationalités turque et brésilienne interpellés sur des chantiers du bâtiment.

Lundi toujours, un Malien présent en France depuis 20 ans a été expulsé. Il a 41 ans, et a mené une grève de la faim pendant une semaine avant cette expulsion. Il était sous le coup d'une interdiction de séjour de 3 ans depuis 2007, après avoir résisté à son expulsion par avion. Modibo Sissoko avait un travail, et plus aucune famille au Mali.

Lundi 16 février, la police est allé jusqu'à visiter une communauté Emmaüs à Marseille, pour arrêter un "compagnon" sans papier. En octobre 2007, Nicolas Sarkozy déclarait pourtant: "Quand quelqu'un est à la rue, dans une situation d'urgence et de détresse, on ne va tout de même pas lui demander ses papiers!" Et bien si ! Après avoir interpellé un clandestin, les policiers ont perquisitionné les locaux de l'association Emmaüs...

Deux jours plus tard, l'association dénonçait un autre cas d'arrestation, dans les locaux de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de l'Yonne...Helder Dos Santos, "malade et gravement handicappé, était venu en toute confiance pour un rendez vous pris le 3 février avec vos services pour examiner son dossier social" a écrit Hubert Trapet, le responsable Emmaüs local. Qu'importe, la CPAM avait prévenu la police qui a pu interpellé le sans-papier sur place.

Jeudi, la Cimade et 9 associations ont été déboutées par le Conseil d'Etat. Elles souhaitaient faire suspendre la réforme du soutien aux sans-papiers, définie par un décret du 22 août dernier signé par Brice Hortefeux. Mais le Conseil d'Etat a jugé que 'ni la possibilité de passer, pour les différents centres de rétention, des conventions avec des personnes morales distinctes, ni la règle selon laquelle une seule personne morale intervient dans un centre déterminé, ni l'attribution éventuelle d'une convention à une personne morale autre qu'une association, ne sont, par elles-mêmes' n'étaient contraires à la loi. Un jugement sur le fonds juridique mais pas le fonds politique et éthique. Un échec quand même.

Coïncidence, le cinéaste Philippe Lioret nous livre prochainement son dernier film. L'histoire d'un jeune irakien clandestin, échoué près de Calais, qui rencontre un professeur de natation (Vincent Lindon) pour apprendre à traverser la Manche à la nage. Une oeuvre de salubrité publique.

12 février 2009

Et si Eric Besson allait voir EDEN A L'OUEST ?

On ne saurait trop encourager Eric Besson à aller voir le nouveau film de Costa Gavras, "EDEN A L'OUEST." Un autre réalisateur français s'est aussi penché sur le thème des sans-papiers, ceux de Sangatte. Philippe Lioret, qui avait réalisé "Je vais bien ne t'en fait pas" sortira "Welcome" dans le courant de l'année. Grâce à Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, voici le retour du film politique en France.

14 janvier 2009

Voeux de Sarkozy à la Culture : Tchao Pantin

Après des voeux au personnel enseignant et éducatif qui ont fait flop lundi,, Nicolas Sarkozy a présenté ses voeux au monde culturel à Nîmes mardi 13 janvier. Spectacle habituel du discours sur fonds généralement bleu, drapeaux français et européen à gauche, pupitre explicite et rafale d'annonces entrecoupées de bons mots.

En vrac,
L'Elysée avait fait fuité ces annonces dans la presse auparavant.

Le déplacement ne méritait qu'une brève.

C'est chose faite.

A l'automne dernier, Christine Albanel s'était félicité d'un budget en hausse de 2,6% en 2009, à 2,8 milliards d'euro.Cela représentait une augmentation de ... 71 millions, dont une hausse de ... 21 millions d'euros pour la section "Patrimoines". Où seront pris les 100 millions d'euros annoncés pour cette seule section ? Sarkozy a trouvé : dans le plan de relance.... Sans blague ?

10 septembre 2008

Sarkofrance: bravades et réalité

"Les malins, ils parlent ; les autres, ils font"
Cette citation est de Nicolas Sarkozy, en visite à Saint Nazaire vendredi 5 septembre.

"On est content. Honnêtement, ce n'était pas gagné d'avance ! Je mets au défi qui que ce soit d'obtenir mieux"
Cette citation est toujours de Nicolas Sarkozy, dans l'avion l'amenant de Moscou à Tbilissi, lundi 8 septembre. "On est vraiment les meilleurs !" aurait rajouté son conseiller diplomatique Jean-David Levitte.

La douche froide russe
Le ministre des Affaires Etrangères russe a douché l'enthousiasme européen dès le mardi 9 septembre au matin. Il a annoncé quer son pays ouvrait des raltions diplomatiques avec les deux provinces séparatistes géorgiennes qui ont déclaré leur indépendance, l'Ossétie et l'Abkhazie, et que les 7600 soldats russes présents sur place y resteraient "longtemps." Les Européens avaient cédé dès hier, malgré les fanfaronades. Moscou vient de leur rappeler.

L'affaire corse se corse
Christian Clavier n'avait pas porté plainte. L'Elysée a bien appelé le ministère de l'intérieur (avant ou après le limogeage de Dominique Rossi ?). Ce dernier avait bien prévenu la gendarmerie de la venue d'intrus dans le jardin corse de l'acteur.
L'ex-patron des forces de sécurité en Corse, Dominique Rossi, "a, en personne, avisé vendredi soir le groupement de gendarmerie de Corse-du-Sud d'une possible intrusion" le lendemain dans le lotissement de Punta d'Oro où l'acteur Christian Clavier possède une maison, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

"Il a été informé par note vendredi soir de ce qui risquait de se passer samedi. Il a, en personne, avisé le groupement de gendarmerie de Corse-du-Sud d'une possible intrusion et a été tenu au courant en continu de la situation", a-t-on précisé de même source. "Il y aurait eu faute professionnelle si il y avait eu de la casse", a ajouté cette source.

Jeudi, avant d'être invité par sa hiérarchie à ne plus parler à la presse, Dominique Rossi, interrogé par l'AFP, avait souligné qu'en matière de maintien de l'ordre "il est assez rare que l'on intervienne a priori, s'il n'y a pas d'incident préalable ou d'agression physique caractérisée contre les personnes ou les biens".

A Saint Nazaire, Sarkozy nous refait le coup d'Arcelor-Mittal
En visite aux Chantiers de l'Atlantique à Saint Nazaire, Nicolas Sarkozy a fait des promesses déjà entendues ailleurs. Il n'est pas resté longtemps. 300 manifestants hostiles étaient là également. Fin 2007, l’activité de construction navale de Aker Yards, le propriétaire norvégien- des chantiers de Saint-Nazaire est passé sous contrôle sud-coréen (STX Shipbuilding) à la faveur d'une OPA. En juin dernier, le gouvernement a annoncé qu'il prendrait une participation de 9%, afin de disposer, avec les 25% d'Alsthom, d'un contre-pouvoir.
«On ne peut pas durablement rester avec un chantier de construction civile et un militaire. Ce n’est pas un sujet simple, mais on y travaille» a expliqué Sarkozy sur place. A la surprise générale, le président s'est avancé à promettre un rapprochement avec les constructions navales militaires. Une entreprise coréenne actionnaire de référence d'un ensemble fabriquant nos matériels maritimes militaires ? Ensemble, tout est possible.
«C’est un pavé dans la mare. C’est d’autant plus surprenant que Fillon avait déclaré au début de l’été que le gouvernement serait vigilant sur les agissements des Coréens. Et là, on annonce qu’ils vont être nos partenaires pour construire nos bateaux militaires…», s’interroge un fonctionnaire.
A Paris, le carnet de notes des ministres refait surface.
Cela fait partie de l'offensive de rentrée du premier ministre. François Fillon avait d'abord prématurément convoqué ses ministres le 18 août pour une "réunion extraordinaire" récession économique oblige. Depuis la semaine dernière, les ministres défilent les uns après les autres devant le premier d'entre eux pour évaluer leurs carnet de notes... Malheureusement, peu de résultats filtrent à l'extérieur. Les premiers convoqués ont été Christine Albanel (Culture) lundi, puis Michèle Alliot-Marie (Intérieur), Hervé Morin (Défense), Roselyne Bachelot (Santé), Rachida Dati (Justice), Xavier Darcos (Education), Brice Hortefeux (Immigration), Christine Lagarde (Economie) et, fermant le ban vendredi, Eric Woerth (Budget) et Valérie Pécresse (Enseignement supérieur).

Chacun, accompagné d'un collaborateur, s'est rendu dans le bureau de M. Fillon pour lui présenter ses résultats, mesurés sur une grille d'une trentaine de critères. Un cabinet privé avait contribué à définir ceux-ci, ce qui avait déclenché une brève polémique en janvier.

Les entretiens, d'une heure environ, ont permis aussi de passer en revue l'avancement dans chaque ministère de la "Révision générale des politiques publiques" (RGPP), le vaste programme d'économies de l'Etat.

Christine Albanel, évaluée sur la performance des films français au box office, a toutes les chances d'obtenir de bonnes notes après le succès de "Bienvenue chez les Chtis".

26 mai 2008

Culture et humour en Sarkofrance

Rire de tout mais pas avec n'importe qui
Nicolas Sarkozy n'apprécie pas être caricaturé. On le savait. Il s'est récemment constitué partie civile dans une affaire instruite à Alberville (Savoie) et portant sur des tee-shirts parodiques dont certains utilisaient son patronyme suivi du slogan "tolérance zéro."
La plainte de Nicolas Sarkozy a été déposée il y a quelques jours auprès du parquet de la ville, où est instruite l'affaire, et s'ajoute à celles de nombreuses sociétés comme Lacoste et Heineken, dont les logos ont été repris et détournés avant d'être imprimés sur des tee-shirts destinés à la vente (source).
Militer ou chanter, il faut choisir
Maxime Le Forrestier explique, dimanche 25 mai, que la chanson politique ne l'intéresse plus depuis longtemps.
Mais j'ai choisi de faire des chansons pour distraire. Pas pour dire aux gens quoi penser. Et puis, on a beaucoup assisté à de la politique politicienne ces derniers temps. Je ne me vois pas écrire une chanson sur Sarkozy. Dans Là-bas la Terre, j'aborde le thème de l'immigration. Sans désigner de coupables. Tout le monde le fait, tout le monde a un avis sur tout aujourd'hui. Et quand tout le monde braille la même chose, on n'entend plus rien. A l'époque de Parachutiste, la presse était aux ordres, la radio et la télé appartenaient à l'Etat. Et comme dans tous les régimes où les médias sont muselés, les chanteurs et les histoires drôles prennent le relais. Quand j'ai écrit Entre 14 et 40 ans, aucun journal n'avait signalé que les flics, durant les évènements de Mai 68, interdisaient l'accès au jardin du Luxembourg aux hommes seuls entre 14 ans et 40 ans. Donc, la chanson avait une utilité (source JDD)
Le film politique est bien vivant
Les festivaliers réunis à Cannes depuis le 14 mai ont pu voir "Johnny Mad Dog" de Jean-Stéphane Sauvaire (sur les enfants-soldats au Libéria), "C'est dur d'être aimé par des cons" de Daniel Leconte (sur le procès de Charlie Hebdo), "Le Silence de Lorna" des frères Dardenne (sur le mariage blanc d'une immigrée albanaise). Une preuve que le cinéma politique n'est pas mort.

4 avril 2008

Quand Carla Bruni-Sarkozy fait les RP pour son mari


Il n'y a rien de choquant à voir l'épouse du chef de l'Etat faire les RP de son mari. Elle a sauvé le déplacement porésidentiel en Angleterre la semaine dernière. LE MONDE révèle qu'elle exerce, progressivement, une réelle influence sur les sujets culturels. Deux exemples.

Elle a d'abord relayé auprès de son mari l'émotion suscistée par la nomination de Georges-Marc Benamou à la Villa Médicis à son licenciement de conseiller de l'Elysée le 18 mars dernier. Sarkozy a décidé de battre en retraite en nommant une commission "indépendante" chargée d'étudier les candidatures.

Par ailleurs, Carla Bruni multiplie les dîners dans sa belle belle villa du 16ème arrondissement de Paris, Villa Montmorency, pour rapprocher la culture de Nicolas Sarkozy.
Depuis son mariage avec le chef de l'Etat, elle a donc organisé plusieurs dîners chez elle, dans le XVIe arrondissement de Paris, afin de lui présenter quelques artistes. Et elle s'inquiète parfois, auprès de ses proches, de l'incompréhension persistante entre le monde de la culture, la droite en général et Nicolas Sarkozy en particulier.




29 mars 2008

Benamou: le désaveu


Nicolas Sarkozy a cédé à la pression. L'Elysée a publié hier un communiqué laconique installant une commission pour la nomination du futur patron de la Villa Médicis. Les milieux culturels avaient été choqués d'apprendre que ce poste avait un temps été attribué à Georges-Marc Benamou, quand ce dernier fut viré de son poste de conseiller culture et communication du Président.

Mise en place d'une commission d’examen des candidatures en vue de la nomination du futur directeur de l’Académie de France à Rome




Pour préparer la nomination du futur directeur de l’Académie de France à Rome, et compte tenu de l’importance des missions attachées de cette institution, le Président de la République a décidé de confier à Monsieur Hugues GALL, Conseiller d’Etat et membre de l’Institut, la présidence d’une commission d’examen des candidatures qui seront présentées.


La commission aura pour première tâche de proposer les termes de l’appel à candidatures que lancera le ministère de la culture et de la communication. Elle examinera ensuite les dossiers qu’enverront les candidats, qu’elle pourra choisir d’auditionner. Elle émettra un avis sur chacune des candidatures, qu’elle pourra classer. Ces avis seront transmis à la ministre de la culture et de la communication, qui fera part au Premier ministre et au Président de la République de ses propositions.


La composition de la commission sera précisée avant la fin de la semaine.