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24 octobre 2013

Hollande, fusible ou courageux ?

Ils sont où, les courageux ?

Tous les avis s'accordent à dire que François Hollande joue habilement, ou involontairement, le rôle du paratonnerre de toutes les rancoeurs et de toutes les rages. C'est un "président fusible", comme l'expliquait Laurent Bouvet au micro de France Culture il y a quelques jours. Hollande s'est sacrifié. Il est devenu le fusible des autres.

1. Tous ses ministres, ou presque sont plus populaires que lui. Cela se constate dans chacun de ses affreux sondages de popularité. Bien sûr, on nous matraque com

2. La récente séquence "Léonardienne" est un bel exemple. Et elle n'est pas finie. Ce mercredi, voici le Figaro, propriété d'une Serge Dassault soupçonné du pire, qui remet avec une insistance coupable une pièce dans ce mauvais jukebox: "Le juge des référés a ordonné aujourd'hui l'expulsion sans délai d'un campement de quelque 300 demandeurs d'asile albanais, installés depuis juillet sous un pont d'autoroute à Lyon, comme l'avait réclamé la Communauté urbaine de Lyon." Pourquoi écrire pareil billet ? Pour exciter la gauche de la gauche, la vraie gauche, la gauche que vous appelerez comme bon vous l'entendrez. Point barre.

3. Hollande sert d'exhutoire hebdomadaire. Pour la droite - c'est logique, la gauche - c'est surprenant - et l'extrême gauche - c'est attendu. Gérard Filoche, pour le Point, résume le réflexe qui frappe des élus de la majorité: "Leonarda en est l'illustration : Harlem Désir, qui n'ose pas dire qu'il est contre la réforme des retraites, ose dire qu'il est pour le retour de la famille Dibrani. On a ça chez des dizaines de dirigeants socialistes. Les affaires de type Leonarda servent d'exutoire au mécontentement qu'il y a sur tout le reste. Ça leur est plus facile de s'opposer au président sur ce genre de sujets."

3. La politique réclame de la distance. Nicolas Sarkozy s'excitait au quotidien. Hollande ne comprend pas que l'on s'excite au quotidien.

4. Hollande, ces dernières heures, bossait sur le sujet des écoutes monstrueuses pratiquées par la NSA. Le Monde s'était porté volontaire pour publier d'effroyables révélations, un beau moment de journalisme qui devait nous réconcilier. Hollande a trouvé cette idée, une coopération bilatérale entre les Etats-Unis et la France. Car la France, aussi, espionne les Etats-Unis.

5. Autre exemple, Hollande serait responsable de l'immense stress de nos clubs footballistiques. Le PSG, ça fait rêver, tant de millions sur si peu de joueurs... Le Figaro nous explique, mercredi, que le président va "s'expliquer" avec les clubs. En cause, la taxe à 75%... la même qui fait ricaner Jean-Luc Mélenchon: " A la demande du président de la Fédération française de football, François Hollande va rencontrer la semaine prochaine jeudi 31 octobre, avec la ministre des Sports Valérie Fourneyron, les présidents des clubs de football français." Quel suspense !



9 avril 2013

Le printemps français de la France réac et Manuel Valls.

C'est une sale expression, un slogan propagé par les réacs en tous genres sur les réseaux sociaux ou dans quelques manifestations marginales anti-mariage pour tous: ce serait bientôt le printemps français comme hier nous avions le printemps arabe.

Sur les sites de la réacosphère - Dreuz, Egalité et Réconciliation, novopresse - on relaye largement l'initiative née quelque part le 21 mars. On s'amuse des manifestations de quelques fachos devant le domicile de la sénatrice Chantal Jouanno.

Le Printemps français a son site, ses promoteurs ont chipé le slogan du Front de Gauche ("On ne lâche rien"). La confusion des genres est l'arme habituelle des réacs.  

Dimanche 24 mars, ils exhibaient quelques enfants en bas âge au premier rang pour mieux forcer le passage. Plus loin, des gros musclés et petits freluquets faisaient le salut nazi avant de secouer les boucliers en plexy des CRS qui leur faisaient front. L'un d'entre eux, Alexandre Gabriac, expliquait que "Valls ou Taubira n'avaient pas à leur interdire de descendre les Champs Elysées". Certes, il y avait bien d'autre sensibilités plus paisibles dans les rangs. Mais les braillards étaient effarants.

Mercredi 27 mars, Arnaud Montebourg était bousculé lors d'un déplacement en gare de Perrache, du Train de l'industrie. Des militants anti-mariage gay se sont heurtés à des ... manifestants CGT qui protestaient contre la politique sociale du gouvernement.

France contre France.

Le même soir, la Garde des Sceaux a failli être empêchée d'accéder à un opéra: à nouveau, ça criait, ça éructait, ça chantait. Là encore, les réacs de Génération identitaire ou jeunesses nationalistes. A moins que cela ne soit l'inverse. On hurlait la Marseillaise tout en traitant les CRS présents de fils de putes.

La France Réac sait choisir les mots qui tâchent et font honte.

Le lendemain, quelques irréductibles dont l'ineffable Frigide Barjot manifestaient devant le siège de France Télévision où se déroulait l'entretien télévisé du président Hollande. Les extrémistes de Civitas s'agenouillaient devant le Sénat pour protester:  "La France mérite châtiment si elle autorise le mariage des sodomites" expliquait l'un d'entre eux aux caméras.

A la faveur de l'examen au Sénat de la loi sur le mariage pour tous, la frange réactionnaire se dévoile et instrumentalise un débat de libertés publiques. Les opposants au mariage gay ne sont pas cette caricature d'extrémistes. Mais ces extrémistes-là font du mal à la démocratie.

Dans la nuit du 6 au 7 avril, deux couples d'homosexuels sont passés à tabac à Paris. Le premier dans le XIXème arrondissement de Paris. L'une des deux victimes de l'agression postait ceci sur les réseaux sociaux, à côté de sa photographie d'un visage défiguré.
“Désolé de vous montrer cela. C’est le visage de l’homophobie. Hier soir, dans le XIXe arrondissement de Paris, Olivier et moi avons été sauvagement frappés seulement parce que nous marchions bras-dessus bras-dessous. Je me suis réveillé dans une ambulance, couvert de sang, avec une dent en moins et les os autour des yeux cassés. Je suis à la maison maintenant. Très triste. Olivier prend soin de moi. J’ai un arrêt de travail d’au moins dix jours.”
Le même soir, un peu plus loin à Paris, un poignée d'anti-mariage pour tous recouvrait d’affiches la façade de l’espace des Blancs-Manteaux, dans le 4ème arrondissement. On identifiait facilement, sur la vidéo, quelques militants UMP.

L'homophobie est de sortie. 

Que retenir de cette mauvaise et terrible séquence ?

1. La minorité réac se retrouve dès que le sujet est clair et clivant. C'est simple et évident.  Le climat est "extrêmement lourd et délétère", confie l'Inter-LGBT.

2. Pourquoi donc dérapages, agressions, et outrages ont-ils été l'apanage ou les à-côtés des manifestations contre le mariage pour tous ? Ces chrétiens - ils furent nombreux - pourraient-ils s'interroger sur cette incroyable faciliter à proférer l'amour pour tous contre le mariage de quelques-uns au milieu de cris de haine homophobe ?

3. Le débat sur cette loi a produit les pires effets. N'a-t-il pas que trop durer ? Pourquoi avoir fait traîner en longueur l'adoption d'un texte finalement bien loin des caricatures que ses opposants ont voulu en faire ? A gauche, on pense - nous pensons - que la mesure méritait une adoption rapide et sans effluves, même si elle titillait quelques croyants coincés. Le débat n'est possible qu'avec ceux qui le souhaitent. Les opposants à ce nouveau droit ne cherchent pas le débat. Pire, ils ont dans leurs bagages ou leurs soutes d'insupportables fréquentations, d'effroyables réacs prêts à "casser du pédé" - physiquement bien sûr - pour faire comprendre leur point.

4. Autre sujet, plus grave, le ministre de l'intérieur Manuel Valls sera-t-il aussi prompt à mobiliser les forces de l'ordre contre les auteurs de ces actes homophobes que dans d'autres luttes moins honorables ? Pourquoi n'y-a-t-il pas un communiqué, un seul, sur le sujet entre dimanche et mardi ? Pouvait-on espérer que le ministre soit aussi actif contre ces homophobes réacs et violents que contre les Roms ? On sait qu'il s'est fait chahuté lui aussi, par quelques réacs énervés. Pourtant, on cherche, on attend, on espère une réaction. Car dimanche, le lendemain de ces agressions, le ministre évoquait l'antisémitisme résurgent en France. Il n'avait pas tort, mais ne pouvait-il pas AUSSI s'autoriser une réaction sur l'autre sujet du moment, pile en phase avec une certaine actualité parlementaire ?


Manuel Valls, réagissez.


1 avril 2013

Pouvoir d'achat: la dernière intox

"Recul du pouvoir d'achat en 2012 : chômage, salaires et impôts en cause"
Le titre claque et sonne juste, à la une du Parisien. Et oui, en 2012, sans accuser personne - quoique - le pouvoir d'achat des Français a reculé l'an dernier. Un peu plus loin, en une du Monde, on lisait que le recul était "historique". Techniquement, c'est vrai, c'est la première fois depuis très longtemps que le pouvoir d'achat recule en France.

L'INSEE, à l'origine de cette "révélation", lâche plusieurs explications: la hausse du chômage, celle des impôts décidée en 2011, la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires (4 milliards par an), la modération salariale (sous la pression de la crise). Ces menaces avaient toutes été identifiées l'été dernier, par le même institut.

Et le Figaro a l'explication facile:  "les réformes fiscales adoptées par la majorité depuis l'élection de François Hollande. (...) La hausse des cotisations sociales salariales et la suppression des exonérations sur les heures supplémentaires ont aussi contribué à grignoter le pouvoir d'achat des salariés."

Au final, le pouvoir d'achat a reculé de ... 0,4% en 2012.


1. Vous avez bien lu... 0,4%... C'est-à-dire pas grand chose si l'on en reste à cette statistique maigrichone. Le Parisien évoque quand même une "chute". Et l'on sait que l'inflation est restée également faible. La mesure, et les conclusions trop rapidement tirées, sont imprécises et mensongères: elle est tristement calendaire. Mais dans le passé déjà, le pouvoir d'achat avait baissé, plus fortement. En 2008, avant le déclenchement de la Grande Crise, l'INSEE s'inquiétait d'une baisse de 0,8% du pouvoir d'achat entre juin 2007 et juin 2008... Vous avez bien lu: 0,8%.


2. Même quand il progresse, le fameux pouvoir d'achat moyen de nos concitoyens progresse peu: 3,2% au plus de la décennie en 2002. On pourrait comparer ces évolutions avec celle du CAC 40 - un indicateur comme un autre de la valorisation des actions en Bourse. La première comparaison nous colle le tournis. Le CAC40 fait le yoyo nécessaire à toutes les spéculations.

Mais il y a cette année une belle énigme qu'il faudrait éclaircir.
3. Cette statistique masque la réalité de la vie chère. La véritable mesure du pouvoir d'achat devrait distinguer les biens et services de nécessité du reste. Et c'est là d'abord que l'analyse pêche par manque de précisions.

4. Les explications de cette dégradation sont ensuite sacrément insuffisantes pour comprendre le problème: comment mélanger la fin de défiscalisation des heures supplémentaires (pour 2,5 milliards d'euros d'effet d'aubaine supprimés) avec le relèvement de l'ISF dès 2012 (2 milliards d'euros) ? "On aimerait bien y voir clair et qu’on nous donne enfin autre chose que des moyennes : qui est touché, qui, ce qu’on appelle la crise touche-t-elle réellement ?" s'interroge, comme nous, la sociologue Marie Duru-Bellat sur son blog hébergé par Alternatives Economiques.

D'après l'INSEE, relève-t-elle, "cette baisse s’explique avant tout par la hausse des impôts, puisque la masse salariale n’a pas connu de contraction ; ce serait donc les personnes les plus fortement imposables qui seraient les plus frappées ; pourtant, on  connaît la hausse importante du nombre de chômeurs, qu’on imagine touchés de plein fouet. S’agit-il des mêmes personnes, on peine à le croire !" Et oui, c'est la belle arnaque sémantique de ces derniers jours: tous les Français auraient été frappés par un coup de matraque fiscal qu'il fallait imputer à Hollande. Vraiment ? C'est joliment faux.

Il n'y a que deux hypothèses pour expliquer cette baisse du pouvoir d'achat.

Si la baisse du pouvoir d'achat frappe les plus faibles voire les classes moyennes, alors il faut se rendre à l'évidence. C'est encore la faute à Sarko. Car les hausses d'impôts décidées l'an passé sont dues à l'équipe Sarkozy pour une belle partie de l'année - gel du barème de l'impôt sur le revenu, relèvement de cotisations, et relèvement général de la TVA réduite de 5,5 à 7%. 

Si la baisse du pouvoir d'achat concerne les franges fortunées, alors oui, avouons la chose, c'est la faute à Hollande. Car les hausses d'impôts depuis l'été (revenus, ISF, etc ) ont effectivement frappé les plus riches. Et la hausse hollandiste de la TVA - 7 milliards d'euros n'a pas porté - elle est pour 2014. Et alors, une autre interrogation s'impose jusqu'à troubler: à quoi bon se lamenter d'une perte de 1% du pouvoir d'achat d'un cadre sup' ?

A quoi bon ?






31 janvier 2013

Mariage Gay: comment l'hystérie française se poursuit

Le sujet est sensible, évidemment. En novembre dernier, il avait déjà secoué la twittosphère et quelques éditocrates en panne d'inspiration. Hollande avait simplement évoqué ce que d'aucuns avaient compris comme une clause de conscience. Cette fois-ci, après quelques manifestations, voici qu'une cascade d'errements hystériques frappa notre charmant pays.

Une catastrophe.

A l'origine, il s'agissait d'une promesse de campagne (l'engagement numéro 31 du candidat Hollande) et d'une avancée des libertés. Vu le contexte politique, certains ont rapidement qualifié le projet de diversion. Quand Hollande ne tient pas ses promesses, il trahit. Quand il les tiens, il divertit. Allez comprendre nos états d'âmes échauffées... A minima, reconnaissons que les réformes sociétales sont plus aisées à gauche que l'action économique ou fiscale.

Pour calmer les esprits, et faciliter l'adoption de cette promesse de la légalisation du mariage homosexuel, le président fait retirer la PMA. La Procréation Médicalement Assistée sera traitée plus tard, dans un autre texte. Elle clive d'ailleurs aussi à gauche.

Mais il fallait continuer le procès d'intention.

Le weekend dernier, Henri Guaino livra sa grande idée - organiser un référendum. Le gars - élu député dans une circonscription protégée des Yvelines en juin dernier - jouait au gaullisme "buissonnien". Il s'inquiétait de l'immigration qualifiée de nuptiale par ses nouveaux collègues de l'extrême fascisante. Car, croyez-le, le mariage pour tous allait donc favoriser l'immigration clandestine ! "L’étude d’impact ne s’arrête nullement sur les flux d’étrangers qui pourraient vouloir venir se marier en France du fait de ces nouvelles dispositions" a-t-il écrit. Pauvre homme, intoxiqué par ces années de débats sarko-buissonniens sur l'identité nationale. Guaino était suivi par un autre dérangé de l'affichage médiatique, Laurent Wauquiez. L'ancien secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy voulait aussi un référendum. Un député socialiste lui rappela en pleine assemblée qu'il prétendait l'exact contraire voici peu.

Mardi 29 janvier à l'Assemblée, la ministre avait livré un très complet rappel historique à une assistance visiblement perdue dans les travées de droite: le mariage civil est une affaire de liberté. Et la ministre livra aussi une leçon d'éthique républicaine.

Pourtant, contre un projet qui étendait encore davantage cette liberté à une fraction qui en était encore exclue, l'opposition UMPiste a lâché 5.166 amendements. Au-delà de l'habituelle tactique d'obstruction - pratiquée à gauche comme à droite - c'est le contenu de certains amendements qui a choqué. Leurs auteurs visaient le grotesque ou l'insulte. Jacques Bompard, cet ancien néo-frontiste et maire d'Orange, suggérait de supprimer le mariage tout court, autoriser les unions incestueuses, ou donner aux enfants adoptés le prénom de l'officier d'état civil qui reçoit la déclaration... Deux autres amendements cosignés UMP et Front National voulaient donner la possibilité aux maires ou adjoints de refuser la célébration d'un mariage homosexuel, pour "objection de conscience", rapportait le JDD.

Mercredi matin, la France devait s'inquiéter d'une circulaire signée par la Garde des Sceaux, exhumée par je-ne-sais-quel enquêteur médiatique: le ministère enjoignait les greffiers de délivrer un certificat de nationalité française pour les cas où il existe un lien de filiation avec un Français. Oh Mon Dieu !

Quel scandale ! Un à un des ténors anti-mariage gay défilèrent sur nos plateaux radio-télévisées pour exprimer leur indignation ! Cette gôche satanique légalisait la GPA (*) !!. A les écouter, c'était la preuve de l'intention cachée du gouvernement, et, derrière lui, de ces "groupes de pression minoritaires qui veulent fragiliser le mariage" (Marion Maréchale Le Pen). ces gens-là étaient prêts à tous les amalgames. Primo, cette circulaire n'avait rien à voir avec le projet de mariage gay. Secundo, pouvait-on s'amuser enfin de constater combien ces prétendus défendeurs des droits des enfants étaient incapables de saisir cette situation dramatique ?  Tertio, cette circulaire ne visait ... que 40 cas bien réels recensés en 4 ans. Quarante enfants que l'on qualifiera de fantômes, dix par an. 

Le même jour, des catholiques intégristes se sont livrés à une prière de rue à Paris, devant l'Assemblée nationale contre ce fameux mariage pour tous. Où était donc cette droite soudainement laïcarde quand certains musulmans nous encombraient des mêmes manifestations de rue ? Nulle part. Pire, cette démonstration fut jugée légale et autorisée. Quelle tolérance républicaine ! « Les prières de rues ne sont pas interdites en tant que telles dès lors que leur périodicité et leur ampleur ne troublent pas l’ordre public » confirma mercredi la préfecture de Paris.

A l'Assemblée, le dérouté François Fillon fut à la traîne de son rival Jean-François Copé: "le projet de loi remet en cause le cadre juridique et fondamental du mariage" justifia-t-il... 

Au final, il ne s'agissait que d'une promesse de campagne à réaliser, et une avancée des libertés. Pourquoi donc tant de haine et de soupçon  ?

A suivre...







(*) Gestation Pour Autrui

19 septembre 2012

Agences de l'Etat: un plan social à 60.000 postes ?

Le rapport de l'Inspection Générale des Finances rendu public lundi 17 septembre fait nécessairement du bruit. En période de crise des finances publiques, les recherches d'économies frappent tous azimuts. Voici donc l'IGF qui s'est attardée, des mois durant, sur ces agences de l'Etat aux statuts publics mais variés.

Elle en a recensé 1.244 en 2010, dont 1.101 étaient dotées d'une personnalité morale. Les seuls opérateurs, un sous-ensemble de l'enquête, représentent 20% du budget de l'Etat et de ses effectifs. Dans ces agences, l'IGF regroupe les Agences de la santé et du secteur médico­social (Haute Autorité de la Santé, ARS Rhône-Alpes, etc), les Agences du développement durable (Agence de l'eau, Etablissement Public du Marais Poitevin, etc), les Agences de financement, les Agences de la culture (Château de Chambord, CNC, BNF, Musée d'Orsay, Palais de Tokyo, etc), et la centaine de Services à Compétence Nationale (Ecole nationale des finances publiques, etc).

Bizarrement, la « Fabrique de l'opinion » n'a pas marché à plein. Elle a bien retenu qu'il se passait quelque chose de bizarre au royaume de France depuis 2002 et, en particulier, depuis 2007. Le Parisien fut à ce titre exemplaire, quant il publia lundi les principaux résultats de cette enquête de l'IGF. Mais la Fabrique s'interrogea peu sur les responsabilités du passé - aucun sondage ne fut lancé ce lundi avec la question fatidique: trouvez-vous normal que l'on découvre de tels cadavres dans les placards ?

Car il y avait quand matière à s'interroger.

Ou bien.

1. Nicolas Sarkozy avait bien caché la poussière sous le tapis: comment comprendre qu'il ait réduit les effectifs de la Fonction publique de quelque 150.000 postes en 5 ans, tout en ayant laissé augmenté ceux de ces agences publiques de près de 30.000, sans compter les recrutements induits dans les administrations de tutelle ? Au total, l'IGF pose la question de quelque 60.000 postes...

2. L'IGF révèle aussi les limites de la gouvernance publique, que l'on croyait remise à plat et normalisée depuis la fameuse Révision Générale des Politiques Publiques mises en oeuvre sous la droite depuis 2002. Les ministres du Budget successifs Jean-François Copé, Eric Woerth, ou Valérie Pécresse se sont souvent gargarisés de ces travaux. Et qu'apprend-t-on aujourd'hui ? « Il n’existe pas, actuellement, de recensement exhaustif de toutes les entités à la fois contrôlées par l’État et exerçant pour son compte des missions de service public non marchand.» En d'autres termes, Copé, Woerth et Pécresse n'étaient donc que des incapables. L'IGF s'inquiète même de n'avoir pu documenter l'évolution des frais de fonctionnement de ces agences, faute de documents de synthèse !

3. Les opérateurs de l'Etat ont réussi à gagner 15% de budget supplémentaire entre 2007 et 2012... Quelle rigueur ! Au final, ils atteignent 50 milliards d'euros, ce qui est loin d'être anodin: près de 3% du PIB...

4. En matière d'effectifs, l'évolution est presque aussi farfelue et incohérente avec les discours sarkozyens d'antan: « concernant les effectifs et les masses salariales des agences, leur croissance apparaît significativement plus rapide que celle de l’État. Par exemple, les effectifs des opérateurs sont passés de 417.296 à 442 830 agents entre 2007 et 2012, soit une augmentation globale de 6,1%. Sur la même période, les effectifs de l’État ont à l’inverse décru d’environ 6%. » Au final, l'IGF note que les effectifs non concernés par le plafonnement de la RGPP ont cru de 17.000 agents depuis 2008, soit +13% !

5. « L’opportunité et les modalités de recours à des agences n’ont pas relevé d’une stratégie d’ensemble cohérente. » L'IGF note cependant que « la création d’agences présente certains avantages.» En particulier, grâce à leurs spécialisations. Mais leur création créé inévitablement des postes, y compris de tutelle dans les ministères et des frais de démutualisation des services. Par exemple, la seule transformation du Musée d'Orsay en agence autonomie a fait perdre 2,3 milliards d'euros par an de mutualisation (d'après la Cour des Comptes). Quand on lui attribue des taxes dédiées, l'agence se croit indépendante. Pour certaines administrations, la multiplication des agences perturbe la gestion publique.

6. Les taxes affectées à ces agences ont fortement progressé, mais elles restent marginales dans leur financement: de 7,9 milliards d'euros en 2007 à 9,8 milliards pour 2012 (+4,5% en rythme annuel). Les crédits budgétaires, eux, ont augmenté plus rapidement que l'inflation: +2,4% par an sur la période, pour atteindre 40 milliards d'euros en 2012.

7. Il reste de nombreux doublons entre l'Etat et les agences, voire entre agences elles-mêmes: « Dans certains champs de politiques publiques examinés par la mission, les acteurs apparaissent nombreux, et la répartition des compétences fixée par les textes législatifs ou réglementaires n’est pas toujours suffisamment précise pour éviter les frottements. Cette situation est en particulier observable dans les sphères de la santé et du secteur médico­social ».  L'IGF critique ainsi l'Etablissement du Marais Poitevin, dont les attributions doublonnent en partie avec les préfets.

Que retenir sinon l'impression d'un immense gâchis ?

26 juillet 2012

Finalement, Sarko, c'était la droite forte.

Il a fait perdre son camp à toutes les élections intermédiaires depuis 2007 (municipales, régionales, européennes, sénatoriales). Il a lui-même détricoté les « réformes » les plus emblématiques de son programme. Il a revigoré le Front national à des hauteurs inégalées en France au point de déboussoler une large frange de ses soutiens.

De Sarkozy...
Et pourtant, certains persistent à croire en lui. Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, deux (plus si) jeunes pousses de l'UMP viennent de lancer le courant de la Droite Forte au sein de l'UMP. Leur compte Twitter a été rapidement hacké par le Front national: « rien ne vaut l'original » justifiaient les frontistes.

Leur perspective est d'abord le congrès de l'automne et l'élection du président du parti. « Nous avons pour fondation non négociable le sarkozysme. Sous Chirac, la droite n'assumait pas assez ses valeurs. Avec Sarkozy, la droite les a assumées » a expliqué Peltier au Figaro. Fichtre ! L'ancien frontiste est toujours habile à décrocher des formules qui claquent: « La Droite forte, c'est une droite qui a pour fondation le sarkozysme, la France pour espérance, l'Europe pour horizon et le peuple pour boussole. »

Et il a même de brillantes idées, si brillantes qu'on ne sait pourquoi elles n'ont pu être adoptées plus tôt quand son mentor gouvernait l'Elysée, l'Assemblée, le Sénat et l'UMP:  « Il faut, par exemple, rendre obligatoire la redistribution de 10% des bénéfices à tous les salariés dans les entreprises ». Ou encore : « Il faut aussi un protectionnisme économique aux frontières de l'Europe, supprimer les remises de peine automatiques, interdire la syndicalisation des juges et magistrats, supprimer complètement les 35 heures et réformer intégralement le Code du travail. » Ces titulaires de la Droite forte s'estiment à mi-chemin entre les « Humanistes » et la « Droite Populaire » de l'UMP... Un vrai parc d'attractions !

L'interview est proprement incroyable. Guillaume Peltier dérive ou dérape, les deux peut-être. Il poursuit: « On a déversé des milliards dans les quartiers populaires en donnant comme seule perspective aux jeunes: le chômage ou le football. » Pensait-il au Plan Marshall pour les banlieues du couple Amara/Sarkozy ?

Interdire les syndicats dans la Justice ? On sera curieux d'entendre la réaction de Nicolas Sarkozy sur le sujet. Pour l'instant, il paraît qu'il chasse l'ennui au Cap Nègre, après son séjour canadien dans un chalet prêté par son ami le milliardaire Paul Desmarais.

Dans le combat (à mort) entre Copé et Fillon, la Droite forte ne choisit pas. Elle est forte... « En tant que mouvement, La Droite forte ne soutiendra ni François Fillon ni Jean-François Copé, ce qui n'empêchera pas ses membres de choisir, eux, un candidat. »

...à Woerth
La droite forte, c'était celle de la République irréprochable, du Karachigate à l'affaire Woerth/Bettencourt. L'ancien trésorier de l'UMP, animateur du Premier cercle et éphémère ministre du travail pour la réforme des retraites en 2010 s'est dit soulagé, mardi 24 juillet. L'expert indépendant nommé par le ministre du budget Jérôme Cahuzac sur l'affaire de la vente de l'hippodrome de Compiègne. Le secrétaire général du syndicat national unifié des personnels des forêts et de l'espace naturel avait demandé un recours gracieux pour annuler cette cession de 57 hectares à la Société des courses de Compiègne (SCC) pour 2,5 millions d'euros, jugée trop bon marché, réalisée sans mise en concurrence ni l'aval du ministère de l'agriculture. Eric Woerth, ministre du budget et maire de Chantilly, avait validé seul cette vente.

L'expert indépendant a finalement jugé que « la vente pouvait être réalisée de gré à gré ». Ce rapport est donc favorable à l'ancien ministre, mais il ne résout pas tout. Eric Woerth est soulagé, mais son soulagement ne sera complet que lorsque les autres points de cette affaire seront clos. Les enquêteurs de la la Cour de justice de la Républiqueont encore du pain sur la planche.

... ou le Fouquet's ?
La Droite forte, c'est cette UMP qui saisit le Conseil Constitutionnel (où siège désormais son ancien mentor aux côtés de Bernard Debré et Valéry Giscard d'Estaing) contre la contribution exceptionnelle de 3% sur les fortunes.

Elle doit rapporter 2,3 milliards d'euros dès 2012, sur les 7 milliards que le gouvernement Ayrault cherche à récupérer pour limiter le déficit budgétaire à moins de 4,5% du PIB.

L'argument de l'UMP, développé par Gilles Carrez, l'ancien rapporteur du budget sous la majorité Sarkozy, est que cette contribution exceptionnelle n'est pas exceptionnelle. A gauche, on espère bien qu'elle n'est pas exceptionnelle !
«Dès lors que vous estimez que ce n’est pas une vraie contribution exceptionnelle puisque c’est une préfiguration de ce qui viendra après, vous ne pouvez pas tenir l’argument qu’il n’y a pas besoin de plafonnement» (Carrez)
Les anciens du club du Fouquet's sont malicieux: si cette contribution n'est pas exceptionnelle, il faudrait la plafonner pour éviter des prélèvements confiscatoires pour ces fameux contribuables qui cumulent un gros patrimoine et de faibles revenus. C'est la grande obsession de la Droite Forte. Rappelons qu'environ moins de 10.000 bénéficiaires de l'ancien bouclier fiscal récupéraient 0,8% du montant global pour ces motifs.

«Il y a une considération beaucoup plus importante, c’est que nous aurons au moins quelques milliers de contribuables qui vont être dans une situation impossible» (Carrez)

 Une situation impossible ?

Créons un bouclier fiscal plafonné en valeur à 600 euros de remboursement.

Et tout sera réglé.

Sauf pour la Droite Forte.

Ami sarkozyste, reviens. Ils ont besoin de toi.

La Droite forte, c'est la Droite d'avant-hier.




20 juillet 2012

La gauchosphère à l'abordage d'une droite sans repère

On la croyait fatiguée après ces cinq dernières années d'opposition, au repos après les succès électoraux récents; ou incapable d'inspiration sous la présidence jugée trop normale de François Hollande.

Pourtant, elle est bien là. La gauchosphère n'est pas en vacances. L'occasion de ces premiers débats parlementaires nous le rappellent.

Voici une sélection non exhaustive de quelques récents billets.

Partageons mon avis: Pourquoi l’UMP est-elle si nulle ? Illustration... 




SLOVAR les Nouvelles: Corruption, Les entreprises multinationales loin d'être vraiment transparentes 

Affichage libre: S'il te plaît, dessine-moi un prof












Seb Musset: le choc de compétitivité dans ta gueule


LAIT d'BEU : Petites ironies de l’Histoire et de la pub sur le Nouvel Obs





A vos claviers!



10 avril 2012

Les 45 milliards d'euros de hausse d'impôt du candidat Sarkozy.

« Bonjour, je m'appelle, Nicolas Sarkozy, je suis candidat à ma réélection à la fonction suprême. Et j'ai décidé d'augmenter les impôts de 45 milliards d'euros en 5 ans. »

Evidemment, vous n'entendrez ni ne lirez cette profession de foi du candidat sortant. Pourtant, le chiffrage est là. On avait déjà noté qu'il avait rechigné à préciser quels services publics ou prestations sociales le Monarque allait sabrer. Il se contenta de communiquer de grands aggrégats, sans aucun détail par nature de dépenses. Il préférait évoquer les « collectivités territoriales » plutôt que les écoles, les collèges et les lycées, les routes départementales ou nationales, le RSA ou l'aménagement du territoire.

Côté impôts, ses perroquets aimaient à répondre que le plus dur avait été fait. Nicolas Sarkozy lui-même, dans sa fameuse lettre au peuple français, osa écrire: « il n’y aura aucune augmentation d’impôt nouvelle pour les ménages durant les cinq prochaines années ».

Habilement, Nicolas Sarkozy avait diverti l'attention médiatique vers ses simples annonces de campagne, soit moins de 10 milliards d'euros de dépenses nouvelles à financer. La ficelle était bien grosse. Certes, une large part des hausses d'impôts a déjà été décidée, sans attendre le débat présidentiel. Mais les Français doivent désormais en supporter l'essentiel.

Voici donc la liste de ces 45 milliards d'euros de hausse d'impôt que le candidat sortant aimerait nous faire oublier.

Hausse d'impôts déjà votées: 28 milliards d'euros pour 2012 (32 milliards d'euros pour 2016)

- Mesures du PLF2010 (annualisation des allègements de charges, suppression du crédit d'impôt sur les dividendes, hausse de TVA sur le Triple Play, Rabot général sur les niches fiscales, abrogation du crédit d'impôt intérêt d'emprunt, imposition au 1er euro des plus-values mobilières, etc): 12,4 milliards d'euros annuels...

- Gel des barèmes de l'IR, de l'ISF et des plafonds de donations: 1,7 milliard en 2012 puis 3,4 milliards en 2016. [Une mesure qui devrait rendre imposable à l'IR entre 100 et 200.000 ménages dès 2012].

- Majoration exceptionnelle de l'IS des grandes sociétés en 2012: 1,1 milliard par an.
[ Nicolas Sarkozy avait raillé l'idée d'augmenter l'IS des grandes entreprises, il a fait de même en 2012]

- Augmentation de la taxation des dividendes et des intérêts sur celle des revenus à l'IR (augmentation du PFL à 24%): 600 millions en 2012, puis 700 millions. [ Il a fallu la crise pour que, dans la dernière année du quinquennat, le Monarque se décide à ajuster partiellement l'imposition des revenus du capital sur ceux du travail, cotisations sociales en moins]

- Suppression de niches (rabots supplémentaires, suppression de la loi Scellier en 2012, recentrage du PTZ sur le neuf, et rabot du CIDD de 20%): rien en 2012 mais 2,6 milliards en 2016.

- Augmentation du taux réduit de TVA (de 5,5% à 7%): 2 milliards

- Limitation des reports déficitaires d'IS: 1,5 milliard en 2012 puis 1,74 milliard d'euros en 2016.

- Suppression des Bénéfices Mondialisés Consolidés: 600 millions

- Hausse de 5 à 10% de la Quote-part pour frais et charges Plus-Values Long-Terme:250 millions d'euros annuels.

- Hausse de 1,2% (sic!) des prélèvements sociaux sur les revenus du capital: 1,33 milliard en 2012 puis 1,54 milliard.

- Suppression de l'exonération partielle de Taxe sur les Conventions d'Assurance (TSCA) pour les contrats solidaires et responsables: 400 millions en 2012 puis 460 millions d'euros.

- Instauration d'une contribution exceptionnelles sur les hauts-revenus: 410 millions puis480 millions d'euros. [une misère, comparé à l'ampleur des relèvements de TVA ]

- Alignement des cotisations du secteur de l'énergie (IEG): 200 millions d'euros
[Le secteur de l'énergie bénéficiait d'allègement de charges patronales qui sont ici annulées]

- Hausse du forfait social de 6% à 8%: 410 millions en 2012 puis 480 millions d'euros.

- Suppression de l'abattement de 30% d'IS des DOM :100 millions d'euros.
[ Nicolas Sarkozy avait oublié de prévenir les DOM quand il partit faire ses voeux ou sa campagne ].

- Intégration des heures supplémentaires dans le calcul des allègements de charges: 600 millions en 2012 puis 700 millions en 2016. [ Faiblement commentée, cette mesure est la première brèche dans la défiscalisation des heures sup', l'un des rares trophées de Sarkofrance ]

- Harmonisation de l'assiette de la Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés: 150 millions d'euros.

- Application de la CSG à la CLCA: 150 millions d'euros. [Pour masquer ses hausses d'impôts, Sarkozy usait et abusait de sigles. CLCA désignait... le congé parental. Fichtre ! Merci pour les familles !]

- Suppression de l'abattement pour frais professionnel pour les revenus qui ne constituent pas du salaire: 80 millions d'euros

- Réduction de l'abattement pour frais professionnels de 3 à 2%: 550 millions d'euros en 2012 puis 640 millions d'euros. [ une mesure, comme les autres, annoncée l'été dernier ].

- Hausse de la fiscalité sur les alcools: 340 millions en 2012 puis 390 millions d'euros.

- Création d'une taxe sur les boissons sucrées : 350 millions puis 410 millions d'euros. [Taxer le Coca Cola et consorts sous prétexte de santé publique alors qu'il ne s'agissait que de trouver des économies, était l'une des plus jolies tartufferies du quinquennat. ]

- Révision du barème de la taxe sur les véhicules de société: 100 millions d'euros.

Hausse d'impôts à venir d'ici à 2016: 13,5 milliards d'euros
Ce n'était pas tout. Pour justifier de sa crédibilité, Nicolas Sarkozy avait encore 13 milliards d'euros de hausse d'impôt complémentaires dans sa besace de candidat sortant.

- Suppression de la Prime pour l'emploi: 2,5 milliards d'euros
[Cette disposition concernait 8 millions de personnes. La prime était versée une fois par an sous la forme d’un chèque, d’un montant moyen de 500 €, envoyé par le fisc, rappelait le Parisien. Elle sera supprimée pour financer la baisse des cotisations familiales sur les salaires entre 1 et 1,3 fois le SMIC]

- Réduction d'abattement sur les dividendes: 1,5 milliard d'euros
[ Une mesure discrète, sans beaucoup de précision. Il fallait équilibrer le chiffrage...]

- Impôt minimal sur les grands groupes: 3,0 milliards d'euros
[ Voici 3 semaines, Nicolas Sarkozy avait découvert que les sociétés du CAC 40 n'acquittaient quasiment pas d'impôt sur les sociétés, 5 milliards d'euros à peine. Il avait décidé de les imposer de 3 milliards d'euros par an, sans davantage de détail]

- Taxe sur les exilés fiscaux: 0,5 milliard d'euros
[L'un des rares annonces nouvelles de Nicolas Sarkozy, l'imposition des exilés fiscaux était soigneusement distinguée de la lutte contre la fraude fiscale ... cf ci-dessous]

- Taxe sur les entreprises Internet: 0,5 milliard d'euros
[C'était le retour de la Taxe Google ! On souriait.]

- Taxe sur les transactions financières élargies aux produits dérivés: 3,0 milliards d'euros
[ Nicolas Sarkozy était ce président 

- Réduction des niches fiscales: 1,0 milliard d'euros
[Aucun détail, on verra plus tard]

- Lutte contre la fraude fiscale: 1,5 milliards d'euros
[C'était le pompon. Pour équilibrer son budget d'après 6 mai, Nicolas Sarkozy avait besoin d'hypothéquer quelques résultats de lutte contre la fraude fiscale ]

Ami sarkozyste, reste avec nous.


3 avril 2012

Ces ralliements contraints à Nicolas Sarkozy

Après Jean-Louis Borloo, Rama Yade a dû avouer qu'elle voterait Nicolas Sarkozy à la prochaine élection présidentielle. Certains y ont vu un soutien au candidat qui s'est imposé comme seul à droite.

Nul soutien. Il n'y avait pas d'autre choix. Tous font le même calcul. Mieux vaut cinq d'opposition pour se refaire un avenir politique plutôt que se rallier à l'adversaire. Et d'ailleurs, avaient-ils le choix ?

Faux dissidents
Les ralliés de Sarkozy sont d'abord des alliés naturels. Frédéric Nihous, président de Chasse, Nature, Pêche et Tradition n'avait aucune autre existence politique que sous le giron de l'UMP. Idem pour Christine Boutin qui fit mine d'agiter sa dissidence le temps d'obtenir de Sarkozy son opposition publique au mariage homosexuel. La Présidente du Parti Chrétien-démocrate pouvait alors éructer contre François Hollande sur l'estrade du meeting de Villepinte en mars dernier: « Il nous propose l'euthanasie, il nous propose l'avortement de masse »... Fichtre ! Mme Boutin allait-elle accuser Hollande de meurtre par préméditation ?


Ralliés de force
Hervé Morin s'est cru un destin. Il ne pouvait rallier François Bayrou, sauf à admettre s'être trompé depuis sa séparation en 2007, avec l'essentiel de la troupe centriste. Le leader du Nouveau Centre avait été mis en minorité dans son propre groupuscule. Les députés de son camp ne voulaient pas de concurrence UMP dans leur circonscription en juin prochain. Hervé Morin céda.

Le Parti Radical emmené par Jean-Louis Borloo a fait mine de croire dans le destin de son leader, éconduit en novembre 2010 du gouvernement. A l'époque, nous sortions de la séquence sécuritaire du discours de Grenoble. Borloo se croyait un sort présidentiel, plus social que l'hôte de l'Elysée. Mais fin septembre, il fut « débranché ».

Il a boudé longtemps, mais que pouvait-il faire ? La semaine dernière, il a fait mine d'avoir obtenu une énorme concession, la création de « conseil de soutiens regroupant tous ceux qui peuvent venir au secours des écoliers en très grande difficulté et de leurs parents désemparés» annoncée par Nicolas Sarkozy le 27 mars à Nantes. Il n'y avait aucun chiffrage ni planning, mais cela suffisait à faire le bonheur de Borloo. Depuis, il applaudit malheureusement béatement les discours du candidat sortant, comme ce dernier samedi Porte de Versailles à Paris.

Acculée
Restait Rama Yade, l'ancienne égérie  prétendument frondeuse, que Nicolas Sarkozy avait propulsée au secrétariat aux Droits de l'Homme juste à temps pour qu'elle puisse serrer la main du colonel Kadhafi devenu meilleur ami de Sarkofrance.

Comme Borloo, elle n'était plus au gouvernement depuis près de 18 mois. En avril dernier, c'était la haine. Sarko voulait sa tête. Il lui avait trouvé un placard doré à l'UNESCO et elle râlait encore. Elle avait quitté l'UMP pour le Parti Radical et, surtout, la candidature de Borloo. En octobre dernier, Sarkozy, tout occupé à réconcilier son camp, lui avait rendu hommage. A trois semaines du scrutin, la voici sans surprise. Son aveu, dimanche, qu'elle voterait Nicolas Sarkozy dès le premier tour, était attendu.
« Etant engagée à droite, et souhaitant la victoire de ma famille politique, je voterai donc pour le candidat de la droite et du centre. Par ce choix, je me positionne d’abord contre le candidat socialiste. Je ne suis pas une ralliée mais une alliée.»
Qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Personne, à gauche, ne l'attendait. Elle représentait rien sinon une posture boudeuse. Son expérience et son expertise sont minimales et aisément substituable. Et, pour elle, quelques années d'opposition seront bien plus profitables pour sa survie politique.

29 mars 2012

Chômage, recrutements, heures sup, le terrible bilan de Sarkozy

Cela faisait cinq ans qu'il nous racontait n'importe quoi. En 2007, il allait le réduire. En 2008, la crise était grosse, mais les heures supplémentaires sauvaient tout. En 2009, il fallait patienter. En 2010, il fallait encore attendre, le chômage allait baisser.

En 2011, c'était sûr, promis, juré, craché. Le chômage allait baisser.

En 2012, il progressait encore. Nicolas Sarkozy se cachait derrière des formules creuses et des diversions sécuritaires.

La publication des statistiques du chômage, lundi soir par le ministère du Travail, avait confirmé l'ampleur du désastre et l'échec d'un président. Mais ce n'était pas tout. Quelques heures plus tôt, le gouvernement publiait discrètement un bilan des heures supplémentaires. Deux jours plus tard, le même complétait l'information avec un autre rapport, cette fois-ci sur l'évolution des entrées et des sorties à Pôle emploi au dernier trimestre 2011.

Qu'apprenait-on ? Que le recul des recrutements se confirmait ! Un constat à l'exact opposé des déclarations de Nicolas Sarkozy lundi matin.

Chômage en hausse
Sur France Info, le candidat sortant avait évoqué une « une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs ». En fait, le nombre d'inscrits à Pôle Emploi avait encore augmenté, malgré un large recours aux contrats aidés pour faire sortir un maximum de chômeurs le temps de l'élection.

Les sans emploi s'élèvaient à 2 867 900 en France métropolitaine fin février 2012. Un nombre en hausse de 6,2 % sur un an et encore 6.200 de trop en février dernier. Il fallait ajouter les chômeurs à activité partielle, soit encore 1.410.700 personnes en France métropolitaine à fin février 2012.  Sur ces trois catégories, il reste 4,56 millions d'inscrits à Pôle emploi, près de 6% de hausse sur un an. Formidable reprise...

Ce bilan négatif ramenait le chômage au coeur de la campagne.

Au passage, la DARES note les ravages d'une autre mesure anachronique de Nicolas Sarkozy : « le relèvement progressif de l’âge minimal d’éligibilité à la dispense de recherche d’emploi (DRE) à compter de l’année 2009 et sa suppression depuis le 1er janvier 2012 ont contribué sensiblement à la hausse du nombre de demandeurs d’emploi de 55 ans et plus enregistrés sur les listes de Pôle emploi. »

Réforme des retraites et suppression de la DRE, et voici donc la catastrophe; davantage de seniors au chômage. Sur un an, le chômage des plus de 50 ans avait progressé de 15% en un an, et encore de 1,4% sur un seul mois. 

Heures supplémentaires en baisse
Autre bilan, moins commenté. Le 26 mars, la DARES publiait son analyse des heures supplémentaires au quatrième trimestre 2011. Les résultats étaient curieux. Jusqu'alors, le gouvernement Sarkozy se félicitait de la progression des heures supplémentaires. C'était le seul vestige du programme du candidat Sarkozy de 2007, une maigre incarnation du « Travailler plus pour gagner plus ». On savait, depuis, que la mesure était une arnaque: un effet d'aubaine pour les employeurs, un frein à l'embauche en pleine crise de l'emploi, une défiscalisation coûteuse pour les comptes de l'Etat et de la Sécu en pleine crise de recettes. Bref, une aberration totale, une obstination idéologique qui permettait au Président des Riches de penser qu'il pouvait être encore populaire.

Mais si ce volume d'heures supplémentaires fléchissait, c'était tout un édifice idéologique qui s'effondrait.

Certes, leur nombre progressait encore chez les autres: « Le nombre moyen d’heures supplémentaires augmente sur un an dans les entreprises de moins de 100 salariés. L’augmentation est plus forte dans les entreprises de 50 à 99 salariés. Il est en baisse dans les entreprises de 100 salariés et plus et diminue fortement dans celles de 250 à 499 salariés. »

En d'autres termes, plus l'entreprise est importante, moins elle avait recours aux heures supplémentaires. Sur un an, « le nombre moyen d’heures supplémentaires baisse sur un an de 2,2 % dans les entreprises ayant une durée collective du travail supérieure à 35 heures mais s’accroît de 3,2 % dans les entreprises ayant une durée collective du travail de 35 heures.» Pour les premières, les heures sup s'élevaient encore à 29 heures en moyenne trimestrielle par salarié. Pour les autres, paradoxalement, le nombre d'heures sup restaient toujours très bas:7 heures en trois mois!

En Sarkofrance, on appelle cela une catastrophe industrielle: les heures sup' ne progressaient que dans les entreprises aux 35 heures, preuve que le débat sur les RTT ré-alimenté par le candidat sortant était inutile. Mais les heures sup' baissaient pour les autres.

Bref, il n'y avait pas assez d'activité.

Embauches en baisse
La DARES publia un autre bilan, celui des mouvements de main d'oeuvre au cours du dernier trimestre 2011. le constat est sans appel: « le recul des entrées se confirme

Le taux d'entrées diminue pour le deuxième trimestre consécutif, relève la DARES: « -0,2 point au quatrième trimestre 2011, après -0,1 point le trimestre précédent, tout en restant à un niveau élevé au regard de la décennie passée », pour atteindre 12,8% des effectifs des entreprises de plus de 10 salariés. Pour l'essentiel, ces embauches étaient des CDD, et à un niveau record sur l'année: 79% en moyenne, et jusqu'à 82% dans les plus grandes entreprises (> 50 salariés).

Les embauches en CDI, qui repartaient lentement depuis son plus bas (2%) en janvier 2009, diminuent à nouveau (2,7%). C'est une autre mauvaise nouvelle: « Toutes les catégories d’établissements sont concernées par ce recul ».

Pire, la DARES constate un retournement concernant l'industrie: contrairement au trimestre précédent, le taux d'entrées en emplois chute, et lourdement: -0,6 point. Les CDI restent tout aussi rares: les embauches en CDI dans l'industrie ont représenté 1,3% des effectifs moyens du secteur...

Le taux de recrutement en CDD a reculé pour le second trimestre consécutif: -0,1 point. Il reste à un niveau « exceptionnellement élevé sur la décennie » C'est un signe de la précarisation du travail: 10% des emplois créés sont des CDD, contre 7% environ jusqu'en juillet 2006. L'envolée des CDD date d'avant la crise.

On recrute moins, mais on « sort » davantage: le nombre de fin de CDD est en hausse (12,6% des salariés sont partis. Les licenciements restent stables. La DARES note que « le taux de ruptures conventionnelles s’établit à 0,3 % pour les établissements de 10 salariés ou plus, après 0,2 % au troisième trimestre et 0,2 % au quatrième trimestre 2010 ». 

On résume: les heures supplémentaires déclarées auraient atteint un plafond; les embauchent diminuent, le chômage progresse.

Qui a donc parlé de reprise ?
« Le président de la République s'est félicité des signaux de reprise économique qui laissent à penser que le bout du tunnel est proche pour l'économie française", a affirmé Valérie Pécresse, en rendant compte du conseil des ministres devant la presse. "En effet, l'Insee vient de confirmer la croissance de 1,7% pour 2011, une croissance de 1,7% conforme à nos prévisions, qui montrent ainsi leur justesse»
Source: Le Figaro.
Ami sarkozyste, reste avec nous.

Mais tais-toi.


27 mars 2012

Chômage ou Musulmans d'apparence ? Sarkozy choisit ses thèmes

Nicolas Sarkozy a débuté la semaine sur France info, lundi matin. Il est revenu sur l'affaire Merah. Il tentait de maintenir ce drame national en tête de l'agenda électoral.

Pour mieux éviter de parler des sujets de préoccupation des Français: pouvoir d'achat, emploi, santé.

Les « Musulmans d'apparence »
Le JDD en avait fait sa couverture, un traitement qui pouvait s'expliquer pour un hebdomadaire dominical. Lundi, le Figaro avait publié des images qualifiées d'exclusives de l'assaut contre Mohamed Merah, visiblement filmées par un policier.

Lundi encore, le candidat sortant en rajouta de larges couches lors de son interview matinale. Il ré-expliqua ses inapplicables propositions, sans davantage de précisions. Pire, il dérapa en évoquant des « musulmans d'apparence », un curieux concept dans la bouche d'une président prétendument rassembleur.
« Les amalgames n'ont aucun sens, je rappelle que deux de nos soldats étaient... comment dire... musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique, mais d'apparence. Comme l'on dit : la diversité visible.»
Nous étions interloqués.

Sur la station voisine France Inter, Patrick Cohen avait exhumé une archive sonore vieille de 6 ans et demi: le 26 septembre 2005, juste après les attentats de Londres, un ministre de l'intérieur dénommé Sarkozy expliquait à Elise Lucet (de France 3) qu' « il n'était pas normal qu'un individu qui habite dans nos quartiers aille passer 4 mois en Afghanistan ».

C'était il y a 6 ans et demi.

Et le chômage ?
Pourtant, il y avait d'autres sujets à traiter en ce début de seconde semaine. Par exemple, on attendait toujours le programme du candidat sortant. « Mon programme est parfaitement chiffré : moins de 3% de déficit en 2013, 0% de déficit en 2016. C’est 110 milliards d’effort, 70 par la réduction de dépenses, 40 par l’augmentation des recettes » expliqua brièvement Nicolas Sarkozy ce lundi matin.

Sur qui allait-il trouver 70 milliards d'euros d'économies ? La réduction du nombre de fonctionnaires ?
Lundi soir, le gouvernement était contraint de publier ses chiffres du chômage à fin février, les derniers avant le premier tour de l'élection présidentielle. Le matin même, Sarkozy avait eu cette formule délicieuse: « les chiffres de ce soir manifesteront une amélioration de la situation, avec une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs » . Il faisait du Lagarde, du nom de son ancienne ministre de l'économie qui n'hésitait jamais à parler de « réduction de la hausse » et autres « ralentissement de la dégradation »...

Il voulait nous faire croire qu'il y avait reprise. En fait, le gouvernement avait décidé de consommer les deux tiers du nombre de contrats aidés avant le scrutin, histoire de forcer un peu les statistiques.

Le soir, donc, le chiffre tombait, et il était mauvais, une fois de plus, un record depuis octobre 1999: le nombre de demandeurs d'emploi en France métropolitaine avait progressé pour le dixième mois consécutif, avec 2,867 millions de personnes sans emploi (la catégorie A), soit 6.200 de plus en un mois (+0,2%).

12 mars 2012

Après le Halal, Sarkozy ferme l'Europe à Villepinte

C'était donc le grand jour. L'agenda avait été un peu bousculé par un match de rugby France-Angleterre, au Stade de France voisin. Le timing était mauvais. A peine terminé, le meeting fut chassé des flashes d'information par la rencontre sportive.

Mais Sarkozy était enfin en banlieue, dans le 9-3, en Seine-Saint-Denis. A Villepinte. la salle pouvait contenir 30.000 personnes bien tassées.

Nicolas Sarkozy créa la surprise: il n'avait aucun programme à présenter. Il souhaitait simplement sortir de l'Europe si cette dernière ne révisait pas Shenguen.

Les enjeux
A Villepinte, Sarkozy cherchait d'abord à rassurer son camp. Il craignait d'être dépassé par François Bayrou. Le leader prétendument centriste a donné tous les gages qu'il faut au clan sarkozyste sauf un, l'essentiel. On ne sait toujours pas avec qui il gouvernerait s'il passait le cap du premier puis su second tour. 

A Villepinte, Nicolas Sarkozy voulait au moins davantage de présents à Villepinte que d'adhérents à l'UMP. Depuis son entrée officielle en campagne, les troupes étaient déçues. Les pontes murmuraient aux journalistes encore nombreux combien le Monarque n'avait plus la baraka. Même l'officielle porte-parole, Nathalie Kosciusko-Morizet, fut l'objet de rumeurs insistantes de remplacement par un autre rival, Frank Riester.

Les gauchistes, fussent-ils journalistes, n'étaient pas les bienvenus comme lors des précédents meetings. 

« La France forte, c'est vous ». Nicolas Sarkozy avait changé son slogan.

Les coulisses
Dès 10 heures du matin, on avait demandé aux militants de venir. La salle s'était remplie tout doucement dans l'espace 6 de Villepinte, 46.000 mètres carrés, tout le monde ou presque devait être assis, ce qui laissait environ 20 ou 25.000 places à peine. Sur Twitter et ailleurs, les militants du parti lançaient des estimations des plus fantaisistes. Des 30.000 annoncés la semaine dernière, on nous promettait désormais 50.000 ou 70.000 (dixit Jean-François Copé). Sur des plans larges filmés par les caméras de l'équipe du candidat sortant, on voyait de nombreux drapeaux français. C'était la « démonstration de force »

Le candidat sortant avait-il fait prendre des risques à ses visiteurs ? Le catalogue officiel du Parc des expositions de Villepinte limitait à 20.000 assis ou 30.000 debout la capacité des lieux.

 Quelques militantes féministes furent empêchées de distribuer un tract pourtant bien inoffensif.

Des intervenants se succédèrent sur l'estrade pour faire patienter l'auditoire. « Sarkozy président ! »  scandait régulièrement la foule.

Les préliminaires
Certains étaient pour montrer que Nicolas Sarkozy avait encore des amis: Gérard Depardieu fut de ceux-là. « Merci de m'accueillir parmi vous ». Il trébuchait sur les mots. « Depuis que ce nouvel ami qu'est Nicolas Sarkozy et Carla Bruni sont au pouvoir, je n'entends que du mal » Il avait trouvé une curieuse formule... Enrico Macias également: « Nicolas Sarkozy a su endiguer la crise mondiale ! ».  D'autres « people », comme en 2007, étaient là. Outre Gérard Depardieu, les noms de Christian Clavier et d'Emmanuelle Segnier, l'épouse de Roman Polanski, furent cités au micro.

D'autres, plus politiques, devaient louer le bilan de leur patron ou convaincre des clientèles thématiques. Frédéric Nihous, le leader du groupuscule de Chasse Pêche Nature et Tradition fit huer les noms de François Hollande et d'Eva Joly au nom de la ruralité. Valérie Pécresse semblait épuisée et livra une allocution sans emphase ni rythme sur le « tournis»  de réformes que le Monarque avait fait subir à la France. « Nicolas, tu nous as dit, 'j'ai besoin de vous', mais la France a encore besoin de toi !»

Le Sarkothon démarrait maladroitement.

« Moi Jeannette Boughrab, fille de Harkis, je vote Nicolas Sarkozy ». Elle s'était lancée dans un discours qu'elle voulait enflammé. « Il n'existe pas de charia light ! » hurla-t-elle. Débloquait-elle  ? L'opération Harki se poursuivait ce dimanche matin. Elle commit un impair, en citant Hélie de Saint Marc, un ancien général putchiste de l'OAS. Les gaullistes fidèles pouvaient quitter la salle. Boughrab en 2012 voulait reprendre le flambeau de Rama Yade de 2007. Cette dernière avait plaqué Sarkozy la veille après-midi au Congrès du Parti Radical.

Alain Terzian, producteur récemment élevé au grade de commandeur par le Monarque en place et d'un poste au Conseil économique et social, livra quelques mots en faveur d'Hadopi. Les Jeunes Pop se taisaient.

Bernadette Chirac aussi monta sur l'immense pastille blanche. L'opération Pièces jaunes pouvait commencer. Son soutien était ambivalent. La victoire de Sarkozy « repose sur la force de son engagement ». Doutait-elle ? « Mobilisez-vous ! » scanda-t-elle. Son discours officialisait l'échec de la campagne jusqu'à maintenant.

Même Henri Guaino, le conseiller spécial du Monarque, eut droit à son speech. En 2007, il s'était contenté d'être la plume de coulisses du candidat UMP. Lui aussi eut ses perles. Il salua les salariés de « Photoshop » au lieu de ceux de « Photowatt ». Il ajouta : « En 5 ans, le Président de la République a sauvé trois fois l'Europe.» Rien que ça. Sarkozy, super-Zorro.

Chacun de ces soutiens devaient prononcer l'expression magique: la France forte.

Un discours...
Quelques minutes avant 14 heures, Nicolas Sarkozy arriva enfin, les yeux las, le haut du visage en désaccord avec le bas. La musique d'accompagnement annonçait un film de guerre ou une oraison funèbre, tandis que le candidat sortant marchait dans des travées volontairement resserrées pour qu'il serre les mains qui se tendaient à lui. Par rapport à 2007, il semblait fatigué et grossi.

« Mes chers amis, je me souviens de ce mois de mai, c'était il y a 5 ans, mais c'était hier, c'était dans mon coeur il y a 5 minutes. »

1. Nous attendions, on nous l'avait promis, l'énoncé d'un programme, ce fichu programme qu'il tardait à livrer. Rien de tout cela. C'était surprenant. Nicolas Sarkozy voulait relancer sa campagne avec un programme a minima. Il dénonça les blocages, et se fit applaudir contre les syndicats. Président rassembleur ?  « J'ai appris que les vrais blocages ne viennent pas du peuple français. Ils viennent de certains syndicats, de certains corps intermédiaires

2. Nicolas Sarkozy invoqua peu l'histoire. Ce ne fut qu'en fin de discours qu'il vomit bien rapidement, la voix étranglée, une dizaine de références historiques: de Gaulle, Victor Hugo, Robert Schummann, Jean Monnet, Jeanne d'Arc.

3. Il pompa quelques exemples de son discours de janvier 2007: « J'ai changé parce qu'on change forcément quand on est confronté à l'angoisse de l'ouvrier qui a peur que son usine ferme » disait-il à l'époque. « Je pense à l’ouvrier dont l’usine ferme et dont on n’a pas réussi à sauver l’emploi. » En 2007, il s'indignait: « Je suis révolté par l'injustice et c'en est une lorsque la société ignore les victimes ». En 2012, il se répétait: « Je pense à la victime à laquelle on ne peut pas rendre justice ».

4. Il invoqua le poids de son apprentissage. Le début du discours était étrange. Sarkozy déroula tout ce qu'il n'avait pas compris en étant élu. Après le « j'ai changé » revendiqué en 2007 pour rassurer qu'il n'était pas si méchant, voici le « j'ai appris » de 2012 pour rassurer qu'il n'était pas si nul. « De cette succession ininterrompue de tornades, j’ai appris que le président de la République était comptable des joies et des peines des Français, qu’il devait les prendre en compte, s’en imprégner et s’extraire de tout le reste. » Cinq ans d'apprentissage à l'Elysée, c'était quand même bien long. Combien de Français ont une telle durée pour faire leurs preuves ? En presque 30 minutes, Nicolas Sarkozy expliqua combien il avait appris, combien il ne savait en fait rien. Il prononça 8 fois l'expression « j'ai appris » et 11 fois « j'ai compris ».

5. Il demanda qu'on comprenne son sacrifice: « J'ai tout donné pendant 5 ans » Il avait tout donné, mais une large majorité le trouvait donc si mauvais. Sarkozy avait « compris » mais restait incompris. C'était la faute des autres. Il avait tout fait pour protéger notre pays de la disparition. Sarkozy, c'était le gars qui avait empêcher la comète de faire disparaître les dinosaures... « Pendant 5 ans, j'ai fait de mon mieux pour protéger la France de toutes ces crises. » Les Français étaient vraiment de ne pas comprendre cela... On cherchait à qui il pensait quand il lança: « La France n'a pas été emportée quand tant d'autres ».

Sortir la France de l'Europe
Mais l'axe central du discours fut Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy labourait encore les terres de sa rivale d'extrême droite. A Villepinte, le discours n'était plus écrit par Henri Guaino mais par Patrick Buisson.

Il y eut d'abord cette attaque contre l'étranger-profiteur. « Les étrangers qui veulent seulement venir en France pour le seul attrait de nos prestations sociales ». L'argument était ignoble car bien faux. L'immigration légale « rapporte » bien davantage qu'elle ne coûte. Sarkozy faisait sien l'une des saloperies frontistes. 

Il y eut enfin la grande idée, l'unique proposition du jour: sortir la France de l'Europe si l'Europe n'acceptait pas une belle dose de protectionnisme et une fermeture plus grande des frontières contre l'immigration fusse-t-elle légale. Sarkozy hésitait à soutenir l'expulsion de la Roumanie et de la Bulgarie de l'Europe mais le coeur y était visiblement.

Première proposition, la révision des accords de Shenguen: « on ne peut pas laisser la régulation des flux migratoires entre les seules mains des technocrates et des tribunaux » Car il fallait « éviter l'implosion de l'Europe ». Fichtre ! On croyait qu'elle avait été sauvée! Faute d'accord dans les 12 mois, menaça-t-il,  « la France suspendrait sa participation aux accords de Shenguen ». Préparez vos passeports pour visiter l'Allemagne! Voilà le candidat sortant qui se moquait d'un François Hollande qui voulait renégocier le nouveau traité européen annoncer tout de go la sortie de la France de l'Europe dans les 12 mois faute d'accord sur un durcissement des frontières ! on se souvient pourtant qu'il avait présidé l'Union, 6 mois durant, en 2008.

Seconde proposition, Sarkozy voulait ensuite imposer la tutelle totale du Conseil des chefs d'Etat sur la Commission de Bruxelles. La mesure n'impressionne pas.

Troisième et dernière proposition, « la France demandera que l’Europe se dote d’un « Buy European Act » sur le modèle du « Buy American Act ». Ainsi bénéficieront de l’argent public européen, les entreprises qui produiront en Europe.» Ce traité protectionniste réserverait aux PME européennes des conditions d'accès privilégié aux marchés publics A nouveau, « Si dans les douze mois qui viennent aucun progrès sérieux sur l’exigence de la réciprocité avec nos principaux partenaires n’était enregistré, alors la France appliquera unilatéralement cette règle jusqu’à ce que les négociations aboutissent. » Ou encore: « La France exigera que désormais les PME européennes aient une part des marchés publics qui leur soit réservée.
Si au bout d’un an nous n’avons pas progressé, la France appliquera unilatéralement sa propre charte des PME jusqu’à ce que les négociations aboutissent.
»


La proposition était contradictoire et vaine.
 
1. Il venait d'expliquer qu'il avait sauvé l'euro et l'Europe. Mais ce n'était visiblement pas le cas. La menace demeurait immense: « L'Europe doit reprendre son destin en main sinon elle risque la dislocation.» 
 
2. Comme l'expliqua Laurent Joffrin, le « président qui veut changer l'Europe annonce qu'il renégociera les traités européens. Exactement ce que l'UMP reproche à François Hollande depuis quatre mois...»
 
3. Nicolas Sarkozy voulait peut-être croire la France pouvait encore livrer de tels oukazes. Depuis 2008 et la dégradation de ses comptes publics, la France suit l'Allemagne.

Il était 15 heures et une minute. Le discours est fini.

Le candidat sortant chanta une Marseillaise raccourcie avant de descendre de l'estrade. Nicolas Sarkozy serra quelques mains, lâcha quelques bises puis s'éclipsa: Carla Bruni-Sarkozy, Bernadette Chirac et quelques autres apparurent à l'écran.

En une dizaine de minutes, les lieux furent vidés de leurs participants. Les chaînes d'information continuèrent de couvrir l'évènement, avec des sièges vides en fond. L'image était terrifiante.

Nicolas Sarkozy courrait après Le Pen et ne pouvait rester plus longtemps.

Ami sarkozyste, étais-tu satisfait ?






6 janvier 2012

Sarkozy: « La plus grande des inégalités ne réside pas dans les écarts de richesse »

Il était parti à Poitiers, dans la région de Ségolène Royal. Nicolas Sarkozy poursuivait sa tournée des voeux, cette fois pour le monde de l'éducation. Ce fut sans doute le premier discours de promesses électorales.

Le candidat sortirait-il du bois ? Bien sûr que non. Il fallait encore profiter du Sarkobingo, le budget de l'Elysée pour faire campagne sans compter...

La ficelle était bien grosse. Depuis qu'il est élu, son bilan éducatif est terrifiant. La dernière loi de finances, votée pour 2012, avait déjà permis de mesurer l'hypocrisie du discours officiel.

Le « monde nouveau » de Sarkozy
Jeudi vers 12h00, le Monarque était tout souriant en arrivant sur son estrade dressée dans le Palais des Congrès du Futuroscope. Il venait de visiter le centre national de documentation pédagogique, le CNDP. A l'Education nationale, Nicolas Sarkozy pouvait décliner son nouvel argumentaire sur le monde nouveau. En 2007, le candidat faisait croire qu'il avait changé et qu'il fallait une rupture à la France. En 2012, il veut expliquer ses reniements et promesses non tenues par le mythe d'un monde qui aurait brutalement changé.
« Les idées nouvelles, c'est précisément ce dont la France a le plus besoin aujourd'hui. Dans ce monde nouveau, nous devons quitter les discours convenus. Et repenser notre façon d'appréhender les débats. En particulier sur l'éducation. (...) La crise qui secoue le monde est profonde. C'est une crise de civilisation, morale. (...) Cette crise a dévoilé la réalité d'une société, la notre, régit par le court terme, obsédée par la recherche d'avantages immédiats, trop accrochée au confort du présent. »
Croyez-le, ce Nicolas-là, il sait de quoi il parle. Crise morale ? Crise de civilisation ? « Partout où je porte mon regard, on me parle, à juste titre, d'une crise d'identité». Sans blague ? En 2007, il n'avait pas vu la crise écologique (elle serait donc apparu depuis). La crise financière ? Tous les Sarkozystes croient encore qu'elle est arrivée par surprise un beau jour de septembre 2008. Il y a 5 ans, Sarkozy voulait des subprimes à la Française que la crise des subprimes ravageait pourtant déjà l'Amérique. Trois millions de foyers américains étaient en situation de défaut de paiement. Crise économique ? Sans doute, évidemment, bien sûr. Mais qu'y -a-t-il de nouveau dans ce monde là ?

« Nous ne pouvons pas ignorer le monde » déclara Nicolas Sarkozy. Il l'ignore pourtant depuis 2006.

« L'éducation et la recherche constituent un formidable moyen de reprendre son destin en main. (...) En investissant depuis 2007, des dizaines de milliards d'euros dans l'enseignement supérieur, la recherche, les technologies d'avenir, nous avons, il me semble, apporté la preuve que nous ne parlions pas à la légère.» Sur ces « dizaines de milliards », combien ont été vraiment engagés ? Combien n'étaient que du reclassements d'emprunts ? L'arnaque des « investissements d'avenir » est connue depuis belle lurette. Il s'agissait d'un coup électoral, afficher une belle enveloppe (35 milliards d'euros) qui finalement n'était qu'une goutte d'eau dans l'océan de dette publique que Nicolas Sarkozy nous léguait à la fin de son mandat (600 milliards d'euros d'emprunt public supplémentaires en 5 ans)...

« Il n'y a pas de déclin inéluctable » voulait-il nous faire croire. Avec ou sans lui ?

Jeudi à Poitiers, le Président des Riches revendiquait ses choix, « l'excellence » (car « il n'y a pas de place pour la médiocrité ») et la « justice ». Il eut cette phrase déjà culte, incroyable, qu'il fallut attraper au milieu de ces 36 minutes de discours. Lisez donc la à voix haute. C'est plus fort.
« La plus grande des inégalités ne réside pas dans les écarts de richesses.»
Et il ajouta: « Mais dans la différence d'études. On a fait le choix de l'unité de la nation dans et par l'école.» Bien sûr... Nier la rente, le poids des inégalités de naissance est un grand classique des plus réactionnaires du pays. Nicolas Sarkozy, sur ce point, n'a pas changé. Candidat des Riches, Président de la Rente.

Sur l'excellence, Nicolas Sarkozy était auto-satisfait: « Quatre ans après le vote de la loi LRU, la quasi totalité de nos universités sont autonomes. L'enseignement supérieur a vu sa dotation augmenter de 9 milliards d'euros depuis 2007. (...) Une immense réorganisation du paysage universitaire est à l'oeuvre. Nous renforcons les liens entre recherche et innovation.
Prophétique: Le résultat, c'est que d'ici cinq ans, nous aurons en France un nombre significatif d'universités de dimension mondiale. (...). Ces changements étaient jugés impossibles. Les déclinistes ont eu tort.»

Evidemment, « cet effort vers l'excellence, n'aurait aucun sens s'il ne bénéficiait pas à nos enfants. » Lesquels de nos enfants ?

Comme le rappelait une enquête de l'OCDE rapportée par le Nouvel Obs, la France est l’un des pays qui « amplifie le plus sur le plan scolaire les inégalités sociales avec une part croissante d’élèves en difficulté : 15% en 2000 contre 20% en 2009 ». Nicolas Sarkozy n'y a rien changé. Pire, depuis qu'il est président, l'Education nationale ne représente plus que 21% du budget de l'Etat (en 2010) contre 28% en 2007. Alors même que la population et le nombre d'élèves augmentent. Quelle priorité !

Nicolas Sarkozy avait une proposition forte, la suppression du collège unique. Ce modèle d'intégration républicaine aurait fait la preuve de son échec, d'après le Monarque. Il faudrait le réformer. Et quel meilleur argument que celui de la « personnalisation » quasiment sur-mesure de l'enseignement. Le hic ? Il faudra moins d'enseignants, moins de moyens. Puisque que nous sommes « en crise ». Jugez plutôt.

Etape 1: « Nous avons confondu égalitarisme et égalité des chances. Ce qui était présenté comme un système ouvert à chacun était en réalité un entonnoir fermé à beaucoup. Ce fut le grand mensonge pour toute une génération. » 

Etape 2: « Il faut accepter d'adapter la pédagogie à la personnalité des élèves.»

Etape 3: ne vous inquiétez pas, Nicolas est là et il sait ce qu'il fait: « Il n'y a pas de déclin inéluctable. (...)  Le nombre d'élèves ayant des connaissances insuffisantes a fortement régressé en français (-13%) et s'est stabilisé en mathématiques.» C'était faux, il inventait ses statistiques. Mais il discourait. Personne n'était là pour lui porter la contradiction. Le candidat se planquait de tout débat.

Les 4 nouvelles promesses du candidat Sarkozy
Puis vinrent les propositions du candidat.Comment le CSA et la Commission des Comptes de Campagne considèreront cette intervention ?

1. Primo, « Il faut accélérer le rapprochement entre l'école et le monde du travail». C'est un peu la conséquence logique d'une autre affirmation du jour: « Accepter enfin de dire que la première mission de l'école est de préparer à la vie active. (...)  Si un diplôme ne débouche pas sur un emploi, mérite-t-il son titre de diplôme? » Rappelons que Nicolas Sarkozy évoquait le ... collège.


2. Secundo, Sarkozy veut supprimer le collège unique. La personnalisation avec moins de moyens, c'est toujours son dada. « Après avoir réformé l'école primaire et le lycée, la priorité c'est maintenant le collège. » Et Sarkozy a une idée: « Il faut mettre fin aux faiblesses du collège unique. Il faut certainement recentrer la 6 e et la 5e sur les enseignements fondamentaux. » La perspective est terrifiante: en 5 ans de mandature Sarkozy, le nombre classes primaires a baissé d'environ 500 par an alors que le nombre d'élèves en primaire a progressé de 52.000. Par un fâcheux miracle, les lycées ont perdu près de 65.000 élèves en 5 ans, année après année... alors que les collèges grossissaient d'environ 60.000 élèves sur la même période. Le décrochage fut flagrant. Depuis 2002, rappelait le Nouvel Obs ce jeudi, « la baisse a aussi été notable en ce qui concerne les moyens humains consacrés à l'éducation : plus de 154.700 postes d'enseignants ont été supprimés entre 2000 et 2011». Vous avez bien lu. La France a perdu plus de 150.000 enseignants ! On avait oublié la promesse du candidat en 2007: « Dans les quartiers où s’accumulent tous les problèmes de l’exclusion et du chômage, je propose de créer des classes de quinze élèves dans les collèges et les lycées » déclarait-il en mars 2007. Evidemment, il n'en fut rien.

3. Tertio, il faudra encore se serrer la ceinture: « Je veux le réaffirmer aujourd'hui avec force et une certaine gravité: dans la situation financière qui est la nôtre, nous devons et nous pouvons, dans l'Education Nationale faire mieux avec les mêmes moyens!»

4. Quatrième promesse, Sarkozy veut refondre le métier même d'enseignant. Comment ? On ne sait pas. Mais il veut « réformer ». Fichtre ! Que n'a-t-il fait depuis 5 ans ? Il a déjà massacré la formation des maîtres, en relevant en 2009 le niveau requis pour le recrutement des candidats aux métiers de l'enseignement. Le nombre de candidats au professorat a chuté de 35.000 en 2009 à ... 18.000 en 2010. « La priorité, c'est de redéfinir le métier d'enseignant. (...) Quelle est la mission des enseignants? Qu'attendons nous des enseignants? Vos missions sont régies par des textes de 1950. Est-ce que les enfants d'aujourd'hui sont ceux des années 50?» Ces formules avaient un parfum de « rupture » version 2007. A l'époque, le candidat Nicolas revendiquait déjà la « liberté pédagogique des enseignants, car rien ne remplace l’expérience de 20 ans d’enseignement.» Il avait menti puisqu'il n'a rien rien fait à part réduire le nombre de professeurs et expulser les étudiants étrangers dès leur diplôme. La Sarkofrance en 2011 sent le rance...

Sarkozy était tout content. Juste avant les élections, à l'automne dernier, il a fait augmenter le salaire des profs rescapés des suppressions de postes. « C'est un sujet majeur. Dès le premier février, tout jeune enseignant exercant à temps plein percevra un salaire d'au moins 2000 euros brut. Soit une augmentation de 18%.» Mais Sarkozy ne promettait plus rien de la sorte pour l'avenir. En revanche, il aimerait que « dès l'école primaire », se constitue « de véritables équipes de professeurs soudés autour du chef de l'établissement.» Et le chef d'établissement, devra-t-il s'auto-gérer ?

Dans la journée, on apprenait que Nicolas Sarkozy espérait s'assurer les services de Claude Allègre, l'homme qui nie le réchauffement climatique et qui voulait « secouer le mammouth » quand il était sous-ministre de Jospin. Les enseignants, traités voici 15 ans de « mammouths» seront heureux de l'apprendre.