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9 février 2019

Ce que Macron et Benalla ont caché (614ème semaine politique)



Semaine stupéfiante - une crise économique, des manifestants mutilés, une loi liberticide votée par des députés godillots, et des barbouzes élyséens qui en prestation pour un oligarque russe qui cachent d'autres secrets plus graves encore.



Uber-laxisme

Il y a beaucoup à dire, trop à commenter: la facture alimentaire qui bondit en ce début février. à cause de la décevante loi sur l'Alimentation (pour les produits les plus vendus, la hausse est de 4%); la sanction du doyen de la Fac de droit de Montpellier et d'un professeur après les violences qu'ils avaient ordonnées pour déloger des étudiants grévistes; la nouvelle charge de Macron contre l'anonymat tandis que son propre conseille de com' Ismael Emelien transmettait l'été dernier des images sur les violences du 1er mai à des trolls macronistes anonymes pour dévier l'affaire Benalla; ou, plus grave encore, l'économie: après la révélation de cette désynchronisation flagrante entre les dividendes (qui ont cru de 44%) et l'emploi (qui a chuté de 20%) des entreprises du CAC40 depuis 30 ans, ou plus récemment les médiocres résultats du chômage de l'ère Macron, on devrait décrypter l'effondrement des créations nettes d'emplois en 2018, officialisé par l'INSEE: 106.000 créations en 2018, soit 3 fois moins que 2017. On devrait s'interroger sur Ou questionner la dégradation des comptes publics dénoncé par la Cour des Comptes à cause des deux premiers budgets publics votés par les macronistes: les allègements fiscaux pour les ultra-riches (ISF, flat tax, etc), justifiés par les longs coûtent 5 milliards annuels. Pire encore, le basculement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allègements de charges coûte 0,9 point de PIB...

Le traitement de faveur des "premiers de cordées" est un échec. Le ruissellement enrichit une minorité d'ultra-riches, les allègements de cotisations et la libéralisation/précarisation du Travail n'a rien produit d'autres qu'un ralentissement de l'emploi et un creusement des déficits à un niveau quasi-sarkozyste.

Uber-président

La France éditocratique s'extasie sur le Grand Débat, cette libre antenne présidentielle qui n'est pas décompté du temps de parole politique, à moins de trois mois des élections européennes. Macron par ci, Macron par là. Macron qui surprend une classe d'école en marge d'un débat avec un micro-troupeau de journalistes sélectionnés (les autres râlent). Macron en bras de chemise, Macron qui distribue le micro, Macron qui "prend les questions par paquet de trois". Macron avec les vieux, Macron avec les jeunes. Macron qui blague, Macron qui sourit, Macron qui réfute, Macron qui donne des leçons.

Macron, Uber-président à plus d'un titre.

Jupiter est de retour. Il n'est jamais aussi vertical dans sa posture que lorsqu'il est au milieu de foules triées où le déséquilibre de la parole est scénarisé et organisée. Chaque débat est l'occasion d'insister sur ce décalage. Jupiter est au-dessus, les autres sont en dessous. Pourtant Macron n'est qu'un élu. C'est lui qui devrait s'agenouiller. C'est lui qui est redevable, lui président qui est l'obligé de ses concitoyens sans qui il ne serait rien.

Avec son Grand Débat, l'uber-président uberise le débat politique. Il veut étouffer la révolte des Gilets Jaunes, il court-circuite ces corps intermédiaires qu'il appelait à la rescousse au creux de l'automne quand la Macronista tremblait chaque samedi devant les Gilets Jaunes.


Uber-Flop

La France éditocratique s'extasie et pourtant... les audiences présidentielles s'effondrent. La tournée macroniste, qui truste jusqu'à 5 ou 6 heures d'antenne à chaque show, peine à convaincre le public: 1,2 million de téléspectateurs avaient regardé le lancement du grand débat national à Grand-Bourgtheroulde (Eure) début janvier; puis 1 million pour le second à Souillac (Lot). On chute à 400 000 pour celui d'Evry-Courcouronnes cette semaine.

Autre flop, plus discret celui-là: le parti présidentiel avait organisé une consultation sur le projet européen en vue du prochain scrutin: alors qu'il revendique plus de 350 000 "membres" et que l'europhilie serait dans son ADN politique, En Marche a péniblement attiré 10 000 internautes en quelques semaines.


Uber-répression

Source: David Dufresne
Depuis deux mois, la police a rétabli ses sinistres voltigeurs motorisés, des "Détachements d'Action rapide" qui sont responsables de bons nombres de violences et blessures graves contre les manifestants.

La loi dite "anti-casseurs" est votée. Une cinquantaine de macronistes préfère "courageusement" s'abstenir. S'abstenir ne sert à rien. Ce texte liberticide, digne d'une autocratie, est un pas de plus vers la "dictature tranquille" : interdiction collective ou individuelle de manifestations sur décision de police, fichage des interdits de manifester. Un seul député macroniste rend son tablier, et quitte le groupe jupitérien.

Dans les rues, le nombre de blessés graves augmente semaine après semaine. Sur les 12 premiers actes des Gilets Jaunes, le bilan officiel s'établit à 7 000 interpellations, 1900 blessés, 1000 condamnations et près de 10 000 tirs de grenades anti-manif. Samedi 9 février, Acte XIII, un manifestant perd sa main sous l'explosion de ces grenades de désencerclement que la France autorise. Le journaliste David Dufresne poursuit son comptage des violences policières, avec 410 signalements, dont 4 mains arrachées, 19 éborgnements et 183 blessures à la tête (en date du 9 février).

"On n'est pas à Caracas" ricane la ministre de la Justice quand l'opposition hurle contre la loi anti-casseur. Mais jusqu'à quand ? 

Cette semaine, le domicile de Manuel Bompard, numéro deux des candidats insoumis aux élections européennes, est perquisitionné par la police. Que cherchaient-ils ? Les cinq policiers ont saisi des fichiers informatiques sans importance, l'affiche de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa profession de foi.

Uber-indulgence

On n'est pas à Caracas, mais sans doute déjà dans un régime de voyous. La répression frappe déjà la presse. Lundi en fin de matinée, policiers et procureurs, aux ordres, tentent de perquisitionner le journal Mediapart, qui refuse. La démarche est inouïe.

Depuis quelques jours, l'Elysée panique à nouveau. Mediapart a révélé une nouvelle salve de documents et d'informations sur les barbouzeries élyséennes. La police veut perquisitionner alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre le journal.

– Alexandre Benalla à Vincent Crase: « Et on efface tout à chaque fois. T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ? » (source: Mediapart)

  1. Mediapart révèle que "l’oligarque russe Iskander Makhmudov a signé un contrat de sécurité avec Mars, la société de Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée." Cet oligarque est un milliardaire proche de Vladimir Poutine, inquiété par la justice européenne.
  2. En écoutant une dizaine d'enregistrements clandestins de conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, on comprend aussi que les deux hommes ont aussi violé leur contrôle judiciaire l'été dernier; qu'ils ont aussi comploté pour (1) supprimer des preuves, (2) déplacer leurs activités de sécurité privée sur une autre entreprise avec un prête-nom.
  3. Ces enregistrements auraient été réalisés au domicile de ... la cheffe du Groupe de Sécurité du Premier Ministre Edouard Philippe. Jeudi 7 février, cette dernière démissionne.
  4. Son compagnon, Chokri Wakrim, faisait partie des 5 personnes embauchées par Vincent Crase pour ces prestations russes. 
  5. Mediapart révèle également que Benalla a menti devant la commission d'enquête sénatoriale: "nos éléments démontrent au contraire qu’Alexandre Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat (russe), y compris dans ses montages financiers."
  6. Pendant ces prestations russes, Alexandre Benalla travaillait pour Macron à l'Elysée et Vincent Crase responsable de la sécurité du parti présidentiel.
  7. En Novembre, Crase et Benalla se sont fait embaucher par une nouvelle société de sécurité ouverte au nom d'un jeune garçon de 18 ans. Un prêt-nom, soupçonne Libération.
  8. Après son licenciement, Benalla a pu retrouver ses passeports diplomatiques pour des "missions en Afrique". Il a aussi été gracieusement hébergé par Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien qui "a également reçu la visite de son ami Chokri Wakrim" selon Libération.
  9. La police a tenté de perquisitionner Mediapart trois jours après la publication des enregistrements. Elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coffre-fort de Benalla mystérieusement disparu l'été dernier de son domicile privé.
"Truc de dingue, le “patron”hier soir il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi."
Alexandre Benalla à Vincent Crase (source Mediapart).


"Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr." Emmanuel Macron, 6 novembre 2018

D'où vient cette indulgence, ce deux-poids, deux-mesures qui ne cesse de choquer ? Pourquoi Emmanuel Macron est-il à ce point indulgent avec son ancien chef de sécurité alors qu'il lâche une répression inouïe, à la haureur de sa trouille, contre les Gilets Jaunes, Mediapart et l'opposition ?

Les perroquets macronistes répètent que l'affaire Benalla est une dérive individuelle. Il a été prouvé cette semaine que c'est faux. 






Ami(e) macroniste, comment pouvez-vous avoir une cécité aussi grande?



30 décembre 2014

Surveillance: Manuel Valls réactive les paranos

 

Il a suffi d'un décret publié le soir du réveillon de Noël pour réveiller les paranoïaques du web.

C'est fort heureux, mais un peu tard et un peu court.


Le décret de l’article 20 de la Loi de Programmation Militaire (ex-article 13) apporte peu de nouveautés par rapport à la loi. Il rend concret la surveillance tous azimuts que la République veut infliger à ses citoyens.

L'article anciennement numéro 13, désormais numéro 20, de la loi du 18 décembre 2013, prévoyait les dispositions suivantes:
"– Pour les finalités énumérées à l’article L. 241-2, peut être autorisé le recueil, auprès des opérateurs de communications électroniques et des personnes mentionnées à l’article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques ainsi que des personnes mentionnées aux 1 et 2 du I de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique, des informations ou documents traités ou conservés par leurs réseaux ou services de communications électroniques, y compris les données techniques relatives à l’identification des numéros d’abonnement ou de connexion à des services de communications électroniques, au recensement de l’ensemble des numéros d’abonnement ou de connexion d’une personne désignée, à la localisation des équipements terminaux utilisés ainsi qu’aux communications d’un abonné portant sur la liste des numéros appelés et appelant, la durée et la date des communications."
Le même article prévoyait que ces interceptions seront "soumises à la décision d’une personnalité qualifiée placée auprès du Premier ministre". Enfin, elles pourront intervenir "sur sollicitation du réseau et transmis en temps réel".

Le décret du 24 décembre est plus explicite.

1. Les motifs d'espionnage sont la "sécurité nationale", la "sauvegarde des éléments essentiels du potentiel scientifique et économique de la France", la "prévention du terrorisme, de la criminalité et de la délinquance organisées", et la reconstitution ou le maintien de groupements dissous.

2. Le champ de l'espionnage est vaste: les données et documents pouvant être interceptées sont "ceux énumérés aux articles R. 10-13 et R. 10-14 du code des postes et des communications électroniques et à l'article 1er du décret n° 2011-219 du 25 février 2011 modifié relatif à la conservation et à la communication des données permettant d'identifier toute personne ayant contribué à la création d'un contenu mis en ligne." Concrètement, il s'agit de toute information permettant d'identifier l'utilisateur, sa localisation, ses mots de passe et identifiants numériques, ses coordonnées y compris téléphoniques, son équipement, les dates, horaires et durées de communication,

3. Le contrôle est très faible, si l'on prend bien la mesure du volume gigantesque de données qu'il faut potentiellement surveiller. Le dispositif de surveillance est en effet placé sous l'autorité du "groupement interministériel de contrôle", sous la responsabilité du Premier ministre. Une personnalité qualifiée est désignée, avec des adjoints. Elle ne rend compte qu'à la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité. Elle valide les interceptions sur la base des informations suivantes:
a) Le nom, le prénom et la qualité du demandeur ainsi que son service d'affectation et l'adresse de celui-ci ;
b) La nature précise des informations ou des documents dont le recueil est demandé et, le cas échéant, la période concernée ;
c) La date de la demande et sa motivation au regard des finalités mentionnées.
Ces requêtes sont conservées pendant 3 ans seulement. Rappelons que la prescription de droit commun est de 5 ans (et de 10 en cas de dommage corporelle), à compter de la constatation des faits incriminés.

4. Les services de l'Etat habilités à procéder à de telles interceptions de données personnelles sont nombreux: tout ce compte de services en charge de contrôle au sein des ministères de la sécurité intérieure, de la défense, de l'économie et du budget.

Sur le fond, la polémique naissante sur la publication de ce décret permet de rappeler quelques vérités qu'un faux débat risquerait d'occulter.

1. L'ambiance sécuritaire joue à plein. Il ne se passe pas une semaine sans que l'un de nos gouvernants, premier ministre en tête, ne déclame combien la période est dangereuse, combien des hordes de terroristes complotent à nous frapper. Le terrain est propice pour infliger aux citoyens de nouvelles restrictions sur sa liberté.

2. Pire, depuis qu'elle est en place, l'équipe Hollande n'a réformé aucune des lois sécuritaires des gouvernements précédents. On le répète année après année. En particulier, les fameuses loi Loppsi I (2004) et Loppsi II (2009) n'ont pas été amendées. Il ne s'agissait pourtant pas d'être laxiste mais simplement d'ouvrir des gardes-fous, comme par exemple garantir un véritable "droit d'asile numérique" pour les lanceurs d'alerte.

Rien n'a été fait.

3. La lutte pour le respect de la vie privée à l'heure du tout-numérique ne fait que commencer. La prise de conscience que l'Internet s'accompagne d'un captation hors normes de nos données personnelles, d'une part, et d'une intrusion dans nos vies privées, d'autre part, est encore récente. L'espionnage sur le Web est massif, permanent, international, protéiforme, écrivions-nous en décembre 2013. Quelques semaines auparavant, un ponte de Google avait sobrement expliqué que la vie privée était peut-être une anomalie, d'un point de vue historique en tout cas.

Un an plus tard, qu'est-ce qui a changé ? 

Rien.

Ou plutôt tout, et en pire. 

Nous sommes entrés de plein pied dans l'internet ubiquitaire, celui des objets connectés, qui captent, stockent et enregistrent les détails les plus intimes de l'être humain.

4. Cette révolution numérique n'est pas sans heurts. Les hackers sont plus nombreux, ou plus efficaces.  Le piratage des réseaux informatiques de Sony Pictures, multinationale américaine filiale d'un géant japonais, restera dans les mémoires. La plupart des plateformes digitales du moment ont été également "hackées" à plus ou moins grande échelle durant l'année (l'iCloud d'Apple, les archives de Snapchat, le navigateur Tor).

5. Les Etats, comme la France, sont des nains numériques en comparaison des Google, Facebook, et consorts. Ils tentent de s'équiper. Depuis l'affaire Snowden en 2013, on sait que les grands du Net savent collaborer à l'insu de leurs utilisateurs. Google promet d'allonger la vie, et s'agace systématiquement des réglementations et des contrôles des Etats.

Toutes les données personnelles sont donc déjà interceptées. La véritable question est donc de savoir qui protègera le citoyen, et comment il sera protégé. Sur ce sujet, l'actuel gouvernement n'a rien fait non plus. Nos Etats sont préoccupés par les menaces terroristes, point barre.






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Crédit illustration: Wikimedia

10 décembre 2013

Hollande: Big Data, ou big brother.

Big Data, "grosses données", tout ce que le Net dans son ensemble collecte par milliards grâce aux appareils connectés.
"Quand vous installez des applications gratuites, que vous téléchargez ou faites des recherches sur Internet, vous n’êtes pas libre. Au contraire, vous êtes un sujet et quasiment un objet."
Dans un récent entretien au Monde, Fleur Pellerin, ministre de l'économie numérique, met les pieds dans le plat. Le sujet est vaste et simple à la fois. Vaste, car l'espionnage sur le Web est massif, permanent, international, protéiforme. Simple, car c'est de l'espionnage, ni plus ni moins. La frontière entre usages commercial et sécuritaire dans la collecte et l'analyse de données personnelles sur le Web a été pulvérisée. La question des libertés publiques se pose, évidemment. Le combat est d'abord politique: il faut comprendre qui fait quoi. Les révélations de l'agent Edward Snowden ont démontré l'ampleur du problème, et la collusion des services de renseignement avec les plus grandes multinationales du Web.

La France n'est pas exempt de reproches, loin s'en faut.

1. La boulimie législative de la précédente administration avait permis de durablement renforcer l'arsenal public en France. La fameuse loi Loppsi, qui connut deux volets pendant la décennie sarkozyste clôturée le 6 mai 2012, a fait à peine frémir. Elle inclut notamment, en matière d'Internet, une obligation faite aux FAI de bloquer l'accès aux sites répertoriés comme pédophiles par la police (article 4), la simplification des procédures d'alimentation du fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) (article 9) ou la captation à distance des données informatiques autorisée sans procédure pour les affaires de criminalité organisée, à l'insu des personnes visée.

2. A l'instar de nombre d'entreprises privées ou publiques, le gouvernement Sarkozy s'était équipé d'outils de surveillance du Web.  Hadopi, pour d'autres motifs (la lutte contre le piratage culturel sur le web), fut accusé du même espionnage. En 2009, le ministère de l'intérieur avait ouvert une plateforme de dénonciation sur le Net.

3. La France collabore avec les services américains. Ce n'est ni nouveau, ni un scoop. Mais l'ampleur de cette collaboration, quand elle porte sur des pratiques contraires aux libertés publiques, posent nécessairement question. Pire, l'administration Hollande a refusé d'accueillir Edward Snowden. La protection des lanceurs d'alerte est pourtant l'un des terrains où la voix de la République pourrait/devrait faire la différence.

4. Des entreprises françaises développent et commercialisent des technologies d'espionnage auprès de dictatures. Le site Reflet a longtemps dénoncé, et prouvé, le rôle des sociétés Qosmos et Amesys en Libye et/ou en Syrie. Dans son entretien, la ministre Pellerin se prononce pour que l'exportation des technologies "duales" (i.e à double usage - civil ou militaire/sécuritaire) soient soumis aux mêmes contraintes de validations que celle de l'armement.

5.  La loi Loppsi n'a été amendée qu'à la marge depuis le changement de majorité. Les mêmes dispositions qui effrayaient sont toujours en vigueur. D'ailleurs, aucun candidat, de gauche à droite, n'en a fait son sujet de campagne. La récente loi de programmation militaire a remis sur le devant de l'actualité le sujet sensible de l'espionnage 2.0.  

Dans un premier chapitre, elle modifie le dispositions du Code de la Sécurité intérieure (Livre II, Titre II, Chapitre II, Articles L222-1 à L222-3) pour que "les agents individuellement désignés" pourront accéder directement à tous les fichiers publics. , .

6. Mais elle autorise également l' "accès administratif aux données de connexion", sans limite ni recours à un juge, et ce pour toutes sortes de motifs : "la sécurité nationale, la sauvegarde des éléments essentiels du potentiel scientifique et économique de la France, ou la prévention du terrorisme, de la criminalité et de la délinquance organisées et de la reconstitution ou du maintien de groupements dissous"  (article 13).

Elle autorise ainsi "le recueil, auprès des opérateurs de communications électroniques (...) "des informations ou documents traités ou conservés par leurs réseaux ou services de communication électronique, y compris les données techniques relatives à l'identification des numéros d'abonnement ou de connexion à des services de communication électronique, au recensement de l'ensemble des numéros d'abonnement ou de connexion d'une personne désignée, aux données relatives à la localisation des équipements terminaux utilisés ainsi qu'aux données techniques relatives aux communications d'un abonné portant sur la liste des numéros appelés et appelant, la durée et la date des communications."

La CNIL, qui n'a pas été saisie de la chose, s'en est inquiétée en début de semaine.

L'Association des sites Internet communautaires (ASIC) s'en est émue, au motif que leurs clients pourraient donc s'en émouvoir à leur tour.

Le site Reflet raillait cette réaction qu'il juge hypocrite de la part d'un groupement de sociétés qui par ailleurs commercialisent ces mêmes "Big Data" personnelles.

7. En parallèle, les sénateurs ont certes durci le contrôle parlementaire des services de renseignement, via la délégation parlementaire au renseignement (DPR), qui est composée de quatre sénateurs et quatre députés habilités secret-défense. Ils ont ainsi élargi le champ des entretiens (directeurs centraux, agents) et des contrôles.

Mais cela pèse-t-il réellement face à l'ampleur de l'espionnage administratif ?

Non.





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