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25 mars 2015

Les 8 leçons d'élections départementales ratées




1. Le FN a déjà gagné son pari, quelques centaines d'élus dimanche prochain, dans doute 3 ou 4 départements à gérer.

2. Les sondages à la con continuent:  "44% des Français souhaitent que le Front national sorte renforcé des élections départementales". Une gestion frontiste permettrait de tester la triste réalité du FN. Car sinon, convenons-en entre nous, elle ne sert à rien. On a très peu interrogé le FN sur les délires de son programme départemental. Ce fut même surprenant tant le FN a cristallisé, à l'inverse, toutes les attaques de l'UMP et du PS pendant cette campagne par ailleurs méprisée.

3. L'alliance UMP/UDI gagne par défaut, comme Sarkozy avait perdu sur son nom en 2012. Elle fait à peine mieux qu'en 2011 (36% en 2015 versus 33% en 2011). La progression est faible, très faible.

4. Si le PS a sombré, la gauche toute entière égalment. Dimanche soir, Manuel Valls pouvait accuser la division de la gauche, le problème n'est pas là: en suffrages, la gauche est faible, très faible. Quelques vrauchistes clamaient dimanche sur les réseaux sociaux combien cet échec collectif était de la responsabilité de Hollande. Le score du Front de gauche est bas, très bas. A gauche, le plus grand nombre réalisent que l'échec est global. La gauche toute entière fait peu, très peu. Il n'y a pour l'heure ni effet "Podemos" ni effet "Syriza" en France. Une union à gauche ne se décrète pas, a déclaré à juste titre Claude Bartolone.

5. Les écologistes ont disparu des suffrages. Mais commenter les performances détaillées des partis politiques alors que les situations locales d'alliances et de mésententes sont si variées n'a aucune valeur.

6. On n'oubliera pas la crise, durable - 7 ans déjà, et l'incurie de nos gouvernants à adresser non pas l'enjeu de la croissance mais celui de la précarité qui frappe large.

7. Le Ni-Ni de Nicolas Sarkozy vis-à-vis du FN est honteux. Et bête. Il y a davantage de duels FN/UMP que FN/Gauche. Sarkozy ajoute la honte sans l'efficacité.

Quel boulet...
"Dans les cantons dans lesquels nos candidats ne sont pas présents au second tour, l’UMP n’appellera à voter ni pour le FN, avec qui nous n’avons rien en commun, ni pour le PS, dont nous ne partageons pas les choix."
Nicolas Sarkozy
 Nombre d'élus UMP et l'UDI toute entière refusent les consignes de l'ancien monarque. Il y a encore des républicains à droite.

"C’est une question de morale personnelle."
Eric Mangin (UMP)

26 novembre 2014

Les 30 millions d'euros de Marine Le Pen

 

Marine Le Pen a des frais. Son parti national a le vent (sondagier) en poupe, de plus en plus d'élus, mais ce n'est pas assez. Le Front national a de grandes ambitions, gouverner la France, un jour, bientôt. Le voici qui procède à un emprunt russe, au moment même où certains oligarques ou proches de Vladimir russes font l'objet de rétorsions occidentales à cause de la situation ukrainienne.


Le Front national se dit national et Marine Le Pen, mais les deux sont allés chercher des fonds à l'étranger, en Russie. D'après Mediapart, ils ont obtenu, en septembre, "un prêt de 9 millions d’euros de la First Czech Russian Bank (FCRB)". Les fonds, ajoute le site d'information dans un article publié le 21 novembre 2014, ont "déjà été partiellement versés au parti à hauteur de 2 millions d’euros." Cette information a été confirmée par le trésorier du parti.

On s'interroge.  

1. Aucune banque française ne pouvait-elle assurer pareil prêt ? Le FN a-t-il essuyé tant d'échecs qu'il a du se rabattre sur cet emprunt russe pour le moins exotique ? C'est la thèse officielle du Front national. Marine Le Pen justifie aussi des frais à venir, et annonce des montants astronomiques: "Avec les départementales dans quatre mois, il y a urgence ! En tout, avec les régionales, c’est 30 millions. Nous disposons de 5 millions d’euros de subventions par an. Nous n’avons plus de biens immeubles. On est obligés de souscrire des prêts, dans des établissements français ou étrangers". 

Marine Le Pen cherche 30 millions d'euros, davantage que pour une campagne présidentielle, rien que cela.

2. Dimanche, deux jours après les révélations, Marine Le Pen a cru bon lancer une diversion. Ce fut un grand appel à une large alliance souverainiste voire même, surtout, un changement de nom  le cas échéant.
"Si un jour, il s'avère que nous arrivons à constituer avec d'autres partis politiques (...), on ne sait pas ça peut arriver, demain on peut décider de faire une grande alliance patriote parce que la situation de la France a continué à se dégrader."
Et la présidente du FN d'ajouter pour "prouver" qu'une stratégie d'alliances est possible, combien étaient nombreux les partis compatibles: "Il y avait le parti de M. Chevènement, il y avait le parti de M. Dupont-Aignan, il y a le parti de M. De Villiers, il y a des partis patriotes en France, et il pourrait être décidé demain que l'ensemble de ces partis se mettent ensemble pour pouvoir défendre la souveraineté de la nation et assurer sa sécurité et sa prospérité"."

3. Les réseaux russes de Marine Le Pen sont réels et anciens. En février 2014, Mediapart détaille les quelques contacts clés qui rapprochent Le Pen de Poutine. C'est glauque, à peine surprenant, et pas très "national". En septembre dernier, Marine Le Pen se félicitait du "modèle économique patriotique" de Vladimir Poutine.
  4. Marine Le Pen a son propre micro-parti personnel. Cette technique n'a aucun intérêt politique. Il n'est que financier. Cela permet de contourner les plafonds légaux de financement des partis politiques (pas plus de 7.500 euros par personne et par an), mais aussi de se constituer une cagnotte personnelle. Lundi soir, dans un documentaire d'investigation diffusé par Canal+, on pouvait voir une photo montrant le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen faisant un salut fasciste.

Rien que cela.







6 novembre 2014

Le fantasme Marine Le Pen


Marine Le Pen porte en elle plusieurs fantasmes. Elle en entretient certains. D'autres véhiculent les autres. 

 

Revue de fantasmes.


Il s'agit de faire peur, très peur.
Pour l'équipe au pouvoir, on espère un vote "utile", celui qui propulsera les candidats socialistes en tête d'éventuelles triangulaires; et surtout le premier d'entre eux, en 2017, celui à la présidence de la République. Le FN a toujours agi comme un repoussoir politique.

Tout porte à croire que ce calcul - puisque ce n'est que cela - est périmé et dangereux. Tout porte à croire que c'est un fantasme.

En 1993, on se souvient de la raclée législative qui avait sanctionné le mitterrandisme finissant - à peine 80 députés socialistes. A l'époque déjà, le FN frôlait les 15% des suffrages, et la menace frontiste n'avait pas épargné le PS d'une déculottée historique. Pour 2017, ce sera pire. Lors des élections européennes et municipales de 2014, on a déjà vu combien le réflexe du vote utile, même au niveau local, était en voie de disparition. Partout, la coalition socialiste s'est affaissée.

Pour d'autres, Marine Le Pen est le fantasme d'une alternance politique efficace. 
Son programme est pourtant terrifiant par sa haine de l'étranger, la destruction républicaine qu'il porte, et l'inanité des propositions socio-économiques qu'il promeut. Même au niveau local, les maires frontistes peinent à faire jaillir quelque chose de positif de leurs premiers bilans: à Hayange, le maire a perdu deux de ses adjoints qui l'accusent de fraude électorale - "«J’ai servi un parti qui cautionne les actions d’un maire qui n’a pas les mains propres" explique l'une des déçues.. A Villers-Coterrêts, la grande baisse fiscale promise pendant la campagne s'est réduite à un geste symbolique - tout était bon pour gagner l'élection. Le maire, lui, s'est auto-augmenté de 500 euros par mois. Il n'y a pas de petit profit. Dans la commune du Pontet, le nouveau maire frontiste a décidé de faire payer la cantine aux plus démunis. L'explication est odieuse: "Si les gens se responsabilisent un peu plus, qu'ils n'ont pas forcément le téléphone dernier cri, qu'ils arrêtent de fumer, les écrans plats etc, ils arriveront à nourrir leurs enfants".

Qui a dit que le FN était un parti social ? Le Figaro, en premier lieu. Quand Marine Le Pen ose récupérer Mélenchon, le Figaro s'en réjouit, heureux de rassembler les deux: "On s'en doutait depuis plusieurs mois, mais désormais les choses sont dites".

Marine Le Pen a des rapports troubles avec l'éthique en politique. Comme nombre de concurrents/confrères de l'UMP, Marine Le pen use et abuse d'un micro-parti qui lui permet de passer outre les plafonds de financement des partis politiques en se constituant une cagnotte personnelle distincte de celle du FN. L'éthique politique version Marine Le Pen s'arrête aussi à l'amitié. Le copinage frontiste assure à quelques proches, dont l'ineffable Frédéric Chatillon, de juteux contrats de prestations (réelles) pour le compte du parti.

Marine Le Pen osa même salarier son propre compagnon sur fonds publics européens.


Le troisième fantasme à l'oeuvre  concernant Marine Le Pen serait son succès. 
Elle gagne peu de faveurs dans l'opinion. Elle est même toujours autant détestée, si l'on en croit les sondages. Lors des deux précédents scrutins, le Front national n'est pas pas parvenu à gagner des suffrages (il en a même perdu 2 millions aux européennes par rapport à la présidentielle de 2012).

Certains médias entretiennent le fantasme.

Le Journal du Dimanche, dans son édition du 2 novembre dernier, n'était pas en reste. Il publiait un sondage consacrant Marine Le Pen "en tête des personnalités politiques de droite incarnant l’opposition à François Hollande."

Le tout était accompagné d'une large interview. La présidente du FN pouvait asséner ses messages de "meilleure opposante à François Hollande". La semaine précédente, l'opération de communication comprenait quelques efforts de proches tels Florian Philipot pour réclamer un débat Hollande/Le Pen.

Sans rire.

Le quatrième fantasme relatif à Marine Le Pen est l'ostracisme médiatique dont le FN serait la victime

Marine Le Pen aime à se décrire comme victime des médias. Il suffisait de consulter le site officiel du Front national ces derniers jours pour mesurer combien cet ostracisme est toujours un mythe:

5 novembre 2014 Marine Le Pen sur Europe 1
5 novembre 2014 L’Opinion de Florian Philippot
5 novembre 2014 Florian Philippot sur Public Sénat
5 novembre 2014 Marion Maréchal-Le Pen sur RFI
5 novembre 2014 Louis Aliot sur Canal+
4 novembre 2014 Gilbert Collard sur France 5
4 novembre 2014 Florian Philippot sur Sud Radio


Sans commentaire.

28 juillet 2014

Immigration: ce que Hollande a fait, ou pas.

Il suffit de deux lois sur le sujet, présentées le 23 juillet en conseil des ministres, pour que la droite furibarde se réveille. Le Parlement est en congés, et la droite extrême regrette que le grand déballage xénophobe n'ait pu se dérouler au plus chaud de la rentrée. Il y a des élections à gagner. L'Etranger, surtout bronzé et musulman, reste tristement un ressort politique d'une droite républicaine sans ressort.

Pourtant, ces deux lois sont loin d'être des ouvertures laxistes.


La réforme de l'asile
Joli morceau... Les demandeurs d'asile sont comme un épouvantail pour la politique française. L'engorgement des bureaux de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) est souvent exhibé comme la preuve que la misère (politique) du monde conduit des hordes d'immigrés à débouler dans notre beau pays. En mai 2012, François Hollande commit l'erreur de laisser l'immigration, et la gestion de l'asile, dans le périmètre du ministère de l'ordre, comme si l'immigration était forcément source de désordre. Il y a des clichés qui ont la vie dure.

Car la situation était grave. En 2013, la France a enregistré 66 251 demandes, dont 45 925 pour la première fois par des adultes, 14 536 par des mineurs les accompagnants et 5 790 demandes de réexamen. En d'autres termes, il faut " sauvegarder la tradition française de l’asile."


La semaine dernière, le  successeur de Manuel Valls au ministère de l’intérieur a donc présenté son projet de loi relatif à la réforme de l’asile. Il avait été concocté par l'ancien titulaire, après "une large concertation conduite auprès de l’ensemble des acteurs concernés -élus, associations, Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), OPFRA, Cour nationale du droit d’asile (CNDA), Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et administrations", nous a-t-on prévenu. Le tout confié à deux parlementaires, l'une de droite mais centriste (Valérie Létard), l'autre de gauche, le député Jean-Louis Touraine.

Le gouvernement s’est abrité derrière les travaux de ces deux-là, ainsi que des nouvelles directives européennes adoptées en juin 2013 qu'il fallait transposer. Il y avait deux objectifs, répéter en long et en large: "renforcer les garanties des personnes ayant besoin d’une protection internationale ; statuer rapidement sur les demandes d’asile", avec un délai moyen visé à 9 mois.

Le gouvernement met en valeur quelques avancées: l'enregistrement plus rapide des demandes ; la présence d’un conseil lors des entretiens avec un officier de protection ; la meilleure prise en compte des "vulnérabilités"; la suspension généralisée des recours contre les décisions refusant l’asile (avec réponse dans les 5 semaines par un un juge unique de la CNDA).

Le texte prévoit également de nouvelles procédures d’examen rapide des demandes, "par ou sous le contrôle de l’OFPRA". En procédure normale, le délai de jugement imparti à la CNDA est fixé à cinq mois.

A l'inverse, il y a aussi cette précision, qui n'est pas neutre: "le projet de loi a également pour objet de rendre les conditions d’accueil des demandeurs d’asile plus justes et plus équitables, mais aussi plus directives". En d'autres termes, l'accélération généralisée des délais permettra aussi d'expulser plus rapidement. Autant dire les choses telles qu'elles seront.

Les associations concernées, tel le GISTI, s'inquiète notamment de la création de centres d'internement pour demandeurs d'asile. En langage officiel, on appelle cela "un dispositif d’hébergement contraignant permettant d’affecter le demandeur d’asile dans une autre région que celle où il se présente". Et le gouvernement de préciser: "en cas de refus de l’hébergement proposé, le demandeur perdra son droit aux allocations".

Pourquoi l'UMP râle-t-elle ?

En matière de protection des droits, le texte prévoit de "renforcer les droits du bénéficiaire de la protection en matière d’accès aux droits, de réunification familiale et de documents de voyage, éléments essentiels de l’intégration à la société française."

L'accueil des étrangers, version Hollande
Pour sa première année de quinquennat, on avait été surpris par l'ampleur des expulsions de clandestins. 2012 était une année débutée sous Sarko, terminée sous Hollande. Il était difficile d'attribuer à l'un ou à l'autre l'entière responsabilité de ces résultats.

Les forces de l'ordre n'avaient plus d'objectifs d'expulsions à satisfaire, mais il y eut davantage d'expulsions de clandestins qu'en Sarkofrance - 36.000 éloignements en 2012, mais à peine 27.000 en 2013: 27% de reconduites à la frontière en moins, 28% de régularisations en plus, le bilan de Valls était moins catastrophiques pour les tenants de la régularisation massive. Le nombre de naturalisations a même doublé - 100.000 en rythme annuel, contre moins de 50.000 avant. Mais des cas d'expulsions de famille choquent encore; des rétentions de bébés sont encore pratiquées alors que Hollande en avait promis la suppression.

Le projet de loi présenté la semaine dernière ne résout pas ces situations dramatiques. La dénomination du texte a failli faire plaisir.

En termes d'avancées, il généralise le titre de séjour pluriannuel pour l’ensemble des étrangers, après un an de séjour en France. On est loin du titre de résidence valable 10 ans voté en 1984, abrogé plus tard. La gauche d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui. Les saillies frontistes sur l'immigration responsables du chômage ou sur les difficultés d'intégration ont convaincu plus largement qu'à droite.

Le gouvernement rappelle qu'il y a aujourd’hui "5 millions de passages par an en préfecture, pour 2,5 millions d’étrangers titulaires d’un titre de séjour." Désengorger les préfectures, faciliter l'intégration, tels sont les conséquences attendus de la meusre.

Pour faire bonne figure, Cazeneuve prévoit aussi un "nouveau parcours d’intégration, marqué par un renforcement du niveau de langue requis et une redéfinition des prestations servies par l’Office français de l’immigration et de l’intégration." La Sarkofrance n'est pas morte. Combien de Français dits de souche sont incapables de parler correctement un langue nationale dont ils ont hérité la charge par le hasard d'une naissance ?

Par ailleurs, Hollande est pragmatique. Les phobies anti-migratoires sarkozystes ont décourager tout ce compte le monde de beaux esprits et étudiants doués de venir en France. Plutôt que les absurdes quotas par métier, le gouvernement Valls privilégie la création d'un passeport « talents », un titre de séjour valable jusqu’à quatre ans pour l’étranger et sa famille, qui constituera "le titre unique ouvert aux investisseurs, aux chercheurs, aux artistes et aux salariés qualifiés".

Ensuite, le texte assure aux journalistes, "pour la première fois", un droit d’accès dans les centres de rétention (CRA) et les zones d’attente. Un décret de juillet venait justement d'encadrer les accès des personnels associations dans les mêmes CRA: "Il est mis fin au droit d'accès d'un représentant d'une association à la demande de la personne ou de l'association concernée ou lorsque l'habilitation de cette association est retirée."

Enfin, ce projet de loi a évidemment son volet répressif contre l’immigration irrégulière. Qu'est-ce que Nicolas Sarkozy, obsédé par le sujet une décennie durant, avait oublié ?

Primo, l’assignation à résidence devient une mesure de droit commun en matière de privation de liberté des étrangers; secundo, le texte aggrave les pénalités dues par les transporteurs qui ne respectent pas leurs obligations de contrôle. Enfin, il "renforce les pouvoirs des préfectures en matière de lutte contre la fraude". On attend le détail.


21 juillet 2014

Valls sur le Tour de France pendant qu'on crie "Mort aux Juifs !" à Barbès

Ce devait être une manifestation de protestations contre l'attaque israélienne à Gaza. 

 Ce fut un fiasco. 

Pour le gouvernement, l'interdiction de la manifestation parisienne a eu l'effet inverse recherchée. Pour les promoteurs de ce rassemblement, les images de guérilla urbaine ont desservi la cause pro-palestinienne en France.

L'erreur de Hollande
Samedi 19 juillet, de nombreuses manifestations se sont déroulées en France contre les bombardements israéliens et l'intervention terrestre à Gaza, et/ou en soutien aux Palestiniens. Partout, même à l'étranger, sauf à Paris, les défilés se déroulèrent pour la plupart sans heurts.

Strasbourg,  Marseille, Lille, Lens, Bordeaux, Saint-Étienne, Montpellier, et Nantes, nombreuses ont été les villes à accueillir pacifiquement quelques rassemblements pro-palestiniens.

A Paris, pourtant, Manuel Valls et François Hollande avaient refusé toute manifestation parisienne. Grossière erreur... Cette décision est aussi rarissime que stupide. Officiellement, on craignait des débordements, après l'attaque de deux synagogues plus tôt dans les semaine. L'argument était aussi  qu'il ne fallait pas "importer" le conflit israélo-palestinien en France. La France s'est ainsi tristement démarquée de toutes les démocraties.

Le NPA fut le seul parti politique français à appeler à participer malgré l'interdiction officielle. Avant la démonstration, l'un de ses porte-paroles eut ce commentaire: "aujourd'hui, ce n'est pas nous qui mettons le feu aux poudres".




Dans la capitale, la démonstration de force, interdite par les autorités, a dégénéré dans le quartier de Barbès. Trois ou quatre heures durant, quelques dizaines de manifestants s'en sont pris aux forces de l'ordre. Comme souvent, on a aussi accusé la police de provoquer les manifestants.

Les heurts ont été violents, longs, trop longs, mais ils n'impliquaient pas la majorité des manifestants, loin de là.



Il n'y a pas eu de marche blanche pour la Palestine. On a beau exhibé ce gigantesque drapeau palestinien tenu calmement à bout de bras par des centaines de manifestants, on retiendra autre chose, ces scènes de "guérilla urbaine". "La stratégie gouvernementale s'est avérée un fiasco" résume Mediapart.

Aux jets de pierre des uns ont répliqué les gaz lacrymogènes des autres. On a vu des voitures de police caillassées. En fin de journée, on a compté 38 interpellations. Sur YouTube ou Dailymotion, des dizaines de vidéos amateurs, filmées à l'aide de téléphones portables, ont été rapidement postées.  Camionnettes renversées, panneaux de signalisation arrachés, cabines téléphoniques ravagées, les images que laisse le défilé de quelques milliers de protestataires contre les massacres à Gaza sont dévastatrices.

Mais il y eut pire.

"Complot juif"
On peut soutenir la cause palestinienne sans être antisémite. Pourtant, quelques témoignages et images de la manifestation parisienne de samedi laisseront des traces détestables.  
"Ce qui m’a le plus effaré, ce samedi, c’est l’antisémitisme, très fréquent dans les propos des jeunes. Je n’ai jamais entendu autant de phrases antisémites en aussi peu de temps."
Ce témoignage d'un journaliste de Rue89, quelques heures après les faits, n'est pas isolé. Il rapporte aussi cet échange entre deux jeunes beurettes et un gendarme mobile.
Sarah : « Non monsieur, Hollande il est même pas là. Hollande c’est un Collabo. C’est le CRIF qui l’a éli. »
Un gendarme (professoral) corrige : « Elu ».
Sur les réseaux sociaux, les mêmes acharnés antisémites ont obscurci la journée. L'ineffable Alain Soral, dont l'obsession antisémite n'est plus à prouver, lâchait sur Twitter, "Gaza-Paris, même combat". Un journaliste de Libération a vu des jeunes masqués fendre la foule vers 15h40 pour aller provoquer les CRS: "Certains arboraient des tee-shirts du virage Auteuil, une tribune du Parc des Princes".

A Bruxelles comme dans certaines rues de Paris, on a entendu les mêmes "morts aux juifs ". Entre 200 à 300 casseurs pour la plupart masqués se sont répandus dans le quartier de la Gare centrale, à Bruxelles.

Valls, hors sol
Manuel Valls était sur l'une des étapes du Tour de France. L'image d'un premier ministre souriant sur le parcours de cette épreuve cycliste quand des scènes d'échauffourées mobilisaient les chaînes d'information était surréaliste de désynchronisation politique totale. Il avait pris "une journée un peu de vacances, oui pour admirer le Tour, pour admirer des coureurs formidables et des paysages uniques, pour admirer la France"

Le lendemain dimanche, Valls a beau jeu de s'inquiéter d'une résurgence de l'antisémitisme.

C'est trop tard, c'est trop facile, c'est trop simple.
"On a entendu “Mort aux juifs !”. Une fois de plus. Une fois de trop ! On s'en est pris à nouveau à des synagogues. Nos synagogues, comme nos églises, nos temples, nos mosquées, ce sont notre patrimoine commun, ce sont des parties indivisibles de la France, protégées par notre idéal de laïcité."





4 juillet 2014

N'oubliez pas Dieudonné.

Il ne vous oublie pas.


L'une des videos de "l'humoriste" vaut le détour. Dieudonné s'adresse à Ruth Halimi, la mère d'Ilan Halimi. Ce dernier a été tué après plusieurs jours de torture en janvier 2006. Ce fait divers qui en disait long sur l'état d'un certain pays.

Dans son adresse "Youtubesque" à la mère du défunt, Dieudonné fustige les deux films français consacrés à cette affaire.

"Dans show-business, il y a le mot business (Dieudonné sourit). Il y a les DVD tout ça, ils vont se frotter, ils vont se régaler. Avec la promo qu'ils ont... Ils sont allés faire la promo à l'Elysée... A mon avis, ils vont vendre des gommes, des stylos, des briquets et même des slips. "

Dieudonné ne sait rien des conditions de production de ces films. Il ne connait rien de ce "show-business" là. Le premier film est déjà sorti, c'est un échec commercial si certains pensaient qu'il fallait que ce soit un succès. Ces sujets intéressent rarement le grand public.

Le succès commercial de Dieudonné lui-même interpelle. Sur quoi remplit ses salles ? Avec quoi attire-t-il quelques centaines de milliers de visionnages sur YouTube qui, en retour, lui reverse quelques dizaines de milliers d'euros publicitaires ?

Dieudonné fait du "bizness" sur les Juifs. 

D'aucuns appelleraient cela de l'antisémitisme commercial.

Ce n'est plus un combat, c'est une affaire.

Dieudonné a une boutique. Il commercialise "des gommes, des stylos, des briquets et même des slips."

Avec des "messages".




8 juin 2014

Le Pen: après les déclarations de Jean-Marie, le cirque de Marine

On se serait bien passé de la formule. Jean-Marie Le Pen officie toujours tranquille avec son antisémitisme masqué sur un blog mis en ligne par le FN.

Ce weekend, il a (encore) eu les mots de trop, réservant une "fournée" pour ces critiques culturelles - de Yannick Noah à Patrick Bruel.

La phrase fit scandale, SOS Racisme porta plainte, et tout ce compte la gauche d'indignés volontaires tomba sur l'ancêtre fascisant.

Sans surprise, la fille put s'affranchir encore davantage du père. Marine Le Pen, nous expliquait-on dès dimanche, est en total désaccord avec les propos de l'homme qu'elle appelle publiquement "Jean-Marie Le Pen".
"Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d'une interprétation malveillante. Il n'en demeure pas moins que, avec la très longue expérience qui est celle de Jean-Marie Le Pen, ne pas avoir anticipé l'interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front national subit les conséquences. Si cette polémique peut avoir une retombée positive, c'est celle de me permettre de rappeler que le Front national condamne de la manière la plus ferme toute forme d'antisémitisme, de quelque nature que ce soit". Marine Le Pen, 8 juin 2014
La boucle était bouclée, le piège un peu grossier. Le père permettait à la fille de dédiaboliser encore un peu plus son mouvement national-socialiste.

Sur tous les plateaux, nos médiacrates s'esbaudissaient comme un seul homme de l'attitude de la présidente du FN.

Quelle manipulation grossière...

On applaudit.

3 juin 2014

De l'utilité du Front national.

Le Front national est-il le parti politique français le plus inutile du pays ? 

La question de l'utilité est essentielle en politique. Même les plus militants des citoyens veulent voir leurs idées mises en oeuvre. L'action politique est une affaire de compromis permanent, parfois douloureux, entre l'envie d'être utile et le devoir de rester fidèle à ses idées.

S'agissant du Front national, on s'interroge: minoritaire depuis trente ans, il aurait prétendument gagné la bataille des idées sur fond de révolution conservatrice et xénophobe.


1. Le Front national a perdu des voix.
Il y a trente ans, le FN récoltait pour la première fois 2,2 millions de suffrages, devant le Parti communiste français, lors des élections européennes de 1984. Depuis, il a oscillé entre 2 et plus de 6 millions de voix (cf. graphique). Mais ce chemin ne fut pas continu. Depuis quelques jours, on le présente comme grand gagnant du scrutin du 25 mai,. Et pourtant, en nombre de voix, entre le premier tour de la présidentielle de 2012 et le scrutin européen du 25 mai dernier, le Front National présidée par Marine Le Pen a perdu 1,7 millions de voix - 4,7 contre 6,4 millions.

Bref, sur quelque 46 millions d'électeurs, le FN fait finalement pâle figure. Par comparaison, le Parti Socialiste a attiré sur les mêmes scrutins entre 4 et 8 millions de suffrages (hors seconds tours de présidentielles)

2. Le FN est un parti installé... mais seul
Mais c'est assurément un "parti installé", comme le qualifiait le politologue Laurent Bouvet dans les colonnes de Marianne.net. D'une éructation protestataire, le vote frontiste serait devenu un vote d'adhésion. "Nous sommes tout sauf d'extrême droite" déclarait Florian Philippot, l'un des bras droit de Marine Le Pen, dimanche 1er juin sur Canal Plus. Au FN, on cherche à se rassurer comme on peut.  Le FN cultive son isolement. Quelques communes mise à part, on cherche la stratégie d'alliances. Son propre programme se prêt peu à des alliances. Le 26 mai dernier, la Tribune rappelait quelques unes de ses "maigres" propositions.


source

3. Le FN, vainqueur par défaut
Le Front national aurait ainsi gagné les faveur de la jeunesse des couches populaires. La faiblesse des mobilisations après sa "victoire à la Pyrrhus" en attesterait. Jeudi 29 mai, 10.000 jeunes à peine se sont retrouvés pour battre le pavé parisien. On nous a également assommé avec de nombreux sondages et reportages sur la contamination frontiste de la jeunesse. Le 28 mai, l'Humanité tombe dans le piège avec un aberrant sondage sur des "sympathisants" syndicaux (quel curieux concept !).
Dans son édition du 31 mai, le quotidien Le Monde bafouille à son tour, avec ce reportage en pleine page au titre digne d'une exploration en contrées inconnues "cette jeunesse que le FN n'effraie plus".

En réalité, le Front national n'a pas tant gagné que les autres partis ont perdu. L'abstention, important pour le scrutin municipal, massive pour l'élection européenne, a frappé tous les autres partis.

4. Le FN, vainqueur par procuration
Les plus cyniques aiment penser que la percée frontiste, qui a soufflé ses trente bougies l'an passé, a déjà porté ses fruits. Le FN gouvernerait par procuration. En trois décennies, le parti aurait imposé ses vues à l'essentiel du corps politique français, et à l'UMP sarkoïsée en particulier - identité nationale, immigration, sécurité - avant de récupérer à son compte pour mieux enrober son propos général quelques thèmes facho-compatibles comme la souveraineté, la laïcité voire la protection sociale.

"Le succès du Front national résulte de la révolution conservatrice" explique Bernard Ziegler, auteur de "Pharmacologie du Front national."

5. Le FN, sans allié à Bruxelles
Malgré sa victoire, le Front national est dans une impasse à Bruxelles.

Les électeurs français, volontairement ou pas, ont envoyé au Parlement européen 24 députés frontistes. C'est le plus gros contingent d'élus nationaux, puisque le FN est arrivé en tête au scrutin européen du 25 mai dernier. Ces 24 eurodéputés, à Bruxelles, ne serviront à rien, strictement à rien. Dans le "meilleur" des cas, l'ensemble des europhobes - comme la presse européiste aime à rassembler les souverainistes de droite - constitueront un unique groupe. Il pèsera pour  moins de 20% du parlement, isolé et sans alliance. Selon toute vraisemblance, l'extrême droite européenne ne parviendra même pas à s'unir, éparpillée en trois tendances.

L'UKIP britannique (27% des suffrages au Royaume Uni) trouve le FN trop antisémite.  Et le FN ne veut pas des néo-nazis grecs d'Aube Dorée.

Bref, à Bruxelles comme ailleurs, le FN sera bien inutile pour "protéger" ceux qu'il a promis de protéger.  A Bruxelles comme ailleurs, le Fn cherche autre chose qu'une base politique pour des lendemains pour chantent. Il obtiendra la constitution d'un groupe, à coup de débauchages individuels s'il le faut. L'enjeu n'est pas politique, mais financier.

Marine Le Pen ne cherche pas des alliances, elle recherche une cagnotte.

La constitution d'un groupe au Parlement européen ouvre la voie à ... 60 millions d'euros de dotation annuelle, rien que cela. La petite entreprise Le Pen, qui depuis 30 ans cherche moins à gagner les élections que les subventions du financement politique, a trouvé une proie de choix.

6. Le FN, sans héritage républicain
La dédiabolisation du FN a ses limites, celles de l'histoire. Tout mouvement politique s'incarne et se révèle par ses soutiens et son histoires. Le FN version mariniste a tenté un temps de faire le ménage pour s'éviter des supporteurs trop "encombrants". Ici ou là, mois après mois, les dérapages xénophobes ou racistes de candidats frontistes ont fait la une des gazettes. A fur et à mesure de ses succès sondagiers et électoraux, cette prudence initiale s'est relâchée. Pour le dernier scrutin, le Bloc Identitaire s'est officiellement rallié. Quand les caméras de D8 suivent en caméra cachée la campagne du maire frontiste de Hénin-Beaumont Steeve Briois, on retrouve un naturel nauséabond qui provoque l'ire des dirigeants du parti.

Les entrailles du FN sentent toujours mauvais. Mais quel est son héritage ?

Si le Front national n'a jamais gouverné grand chose, s'inscrit-il dans une histoire politique riche en héritages et en pratiques républicaines ? Que chacun s'interroge, et revisite l'histoire, celle avec un grand H, puisqu'il ne nous reste que cela. Quel progrès le FN peut-il accrocher à son bilan, ou, à défaut, celui de ses aïeux revendiqués ?

Aucun.

Cherchez bien.

Depuis deux décennies déjà, les plus hautes instances du FN n'ont trouvé que Jeanne d'Arc à récupérer.

Les congés payés, la Sécurité sociale, la participation des salariés, le régime des retraites par répartition, le droit de vote des femmes, la contraception, le remboursement de l'IVG, le SMIC, le suffrage universel, la décentralisation, la décolonisation, la durée légale du travail, la laïcité, l'enseignement public et obligatoire, la reconnaissance de la liberté syndicale, l'élection des délégués du personnel, les  conventions collectives, l'impôt sur la fortune.

... Qu'importe le sujet, qu'importe la période, le FN ne peut ni ne sait revendiquer un quelconque progrès républicain.

Cherchez bien.

Depuis deux décennies déjà, les plus hautes instances du FN n'ont trouvé que Jeanne d'Arc à récupérer.







Lire aussi:
  • Face à trente années de menace FN, place à la créativité collective et politique ! (Bastamag) 
  • Le Front national et le vote populaire ( sur le Huffpost)
  • Les 6 loupés de l'éditocratie sur le Front national (Sarkofrance #02)
  • Pierre-Yves Bulteau : « On ne peut pas répondre à l’extrême droite par une simple riposte antifasciste » (Regards)
  • Crédit illustration: DoZone Parody 

29 mai 2014

La droite désagrégée: Sarkozy est-il enfin enterré ?

Il n'a pas fallu attendre bien longtemps. Mardi 27 mai, Jean-François Copé a cédé à la pression. 

Il a démissionné de la présidence de l'UMP. 

Nicolas Sarkozy tente de contenir la propagation de l'incendie. 

Mais l'UMP se désagrège de l'intérieur. Et après ?


"Bon, ben voilà… Pour une fois que Jean-François Copé arrive à obtenir une démission, c’est la sienne!" Charline Vanhoenacker, France inter, 28 mai 2014.
L'affaire Bygmalion est une affaire simple à comprendre, terrifiante de bêtise, malhonnête à souhait. En février dernier, on apprend que Bygmalion facturerait trop cher des prestations à l'UMP. L'UMP est d'abord financée ... par de l'argent public. C'est donc bien d'un détournement d'argent public dont il s'agit. A qui profitait le délit ?

L'affaire a pris une nouvelle tournure avec les aveux, cette semaine, de l'un des nouveaux députés européens de l'UMP, Jérôme Lavrilleux, responsable auto-désigné de la chose: Bygmalion surfacturait des conférences parfois fantômes, sans rapport avec la campagne présidentielle de 2012, pour mieux sous-facturer des prestations électorales. Cela permettait à l'équipe du candidat Sarkozy de baisser le coût officielle de sa campagne. Soixante-dix conventions ont été organisés par l'UMP pendant la saison 2011/2012, pour environ 27 millions d'euros. En 2012, Bygmalion, via sa filiale Event, aurait été rémunérée pour 23 millions d'euros (en treize virements).

Rappelons que Nicolas Sarkozy a déjà été reconnu coupable de fraude aux règles de financement politique pour cette compétition de 2012. L'annulation de ses comptes de campagne en 2013 avait provoqué un "Sarko-thon" inédit à l'issue duquel quelque 11 millions d'euros avaient été généreusement collectés auprès de militants dévots.
"Bygmalion est prêt à l'assumer mais ne veut pas en porter la responsabilité. On parle de 'l'affaire Bygmalion', c'est plutôt l'affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy". Me Patrick Maisonneuve, avocat de Bygmalion.
Après l'aveu larmoyant de Jérôme Lavrillieux sur BFM TV lundi soir, Jean-François Copé a déboulé sur le plateau du JT de TF1 pour se justifier à son tour. Son ancien bras droit et ancien directeur adjoint de campagne de l'ancien Monarque plaidait sa culpabilité solitaire. Le futur ancien président de l'UMP et ancien candidat à la présidentielle de 2017 plaidait l'innocence absolue. Qui croire ?

Cette désagrégation accélérée du principal parti de la droite républicaine a quatre conséquences.

1. La disqualification politique de Nicolas Sarkozy n'est pas évidente.  L'homme, qui trépigne pourtant de rentrer à nouveau dans le jeu politique, restait tranquillement à l'abri cette semaine. Tous les pare-feux étaient là. Lavrilleux couvre Copé qui couvre Sarkozy; Devedjian, l'ancien fidèle pourtant maltraité en son temps, intervient dès lundi soir sur France 2 pour expliquer que Sarkozy "tel le général de Gaulle", ne s'occupait pas de "l'intendance"; Philippe Briand, ex-trésorier de campagne de Sarkozy, répète les éléments de langage calés au QG de Nicolas Sarkozy rue de Miromesnil: "Nicolas Sarkozy ne s'occupait pas de l'intendance". Et Brice Hortefeux, a rajouté que Sarkozy était "très mécontent de voir son nom associé à cette curieuse actualité." Curieuse actualité ? L'homme a de l'humour.

On aura beau répéter qu'un chef politique qui couvre autant de fraudes "à l'insu de son plein gré" témoigne d'un comportement au mieux douteux, au pire irresponsable, rien n'y fait. Sarkozy est à chaque fois lavé plus blanc que blanc par le sympathisant transi.

Jeudi, il était à Madrid pour jouer un chef d'Etat, rencontrant le premier ministre conservateur et même le roi Juan Carlos. 

2. L'affaire Bygmalion ferme peut-être une guerre des droites. On est loin des années 1994-1995 où Balladuriens et Chiraquiens déballaient aux journalistes leurs sales affaires réciproques: frais de bouche et emplois fictifs à la Mairie de Paris, rétrocessions et commissions du Parti Républicain, etc. Même la lutte fratricide Villepin/Sarkozy des années 2000 semble effacée. En cause, l'ombre de Marine Le Pen. Le Front national a atteint un tel niveau que les ténors de l'UMP ont la trouille de trop déballer. Ajoutez-y la résurgence encore fragile d'un centre droit autonome autour de l'UDI et du Modem, et vous aurez compris que l'UMP peut disparaître ou, a minima, perdre sa première place à droite.

3. La droite républicaine, comme sa gauche la plus proche, n'a plus de leader évident. Copé est sorti du jeu. Il avait pourtant beaucoup bossé pour cette présidentielle de 2017. Mais tout le dispositif s'est brutalement effondré. Même Patrick de Carolis, ex-président de France Télévisions qui recruta le fondateur de Bygmalion, à FTV, Bastien Millot, a été mis en examen en avril dernier. Mercredi, Mediapart ajoutait une autre pièce au dossier Copé: "une association liée à l’UMP, présidée par une fidèle de Jean-François Copé et perquisitionnée lundi, a vendu des formations d’élus en partie fantômes aux collectivités locales". Sarkozy est peut-être populaire dans les sondages, il aura une primaire interne à gérer. Juppé, Fillon et les autres fourbissent leurs armes, mais tout reste à faire.

4. Le plus effarant de la période est la paresse politique  qui a envahi la droite: certes, la triangulation à l'oeuvre par François Hollande (qui ne rapporte politiquement pourtant rien à ce dernier, bien au contraire) a de quoi déstabiliser le camp UMP/UDI. Mais plutôt que de faire ressortir les éventuelles vraies oppositions (sur la répartition des impôts, la régulation des entreprises, le rapport à l'Europe, le traité transatlantique), l'UMP se limite à des incantations caricaturales et grossières, figées sur quelques mots clés censés réveiller l'opinion en sa faveur ("impôts", "classes moyennes", "immigration", etc). Pourtant, le débat politique se trouverait enrichi d'être enfin mature et précis. Des clivages se trouvent facilement, inévitablement, dès que l'on pousse l'analyse au niveau fin nécessaire. Prenez le Traité Transatlantique en cours de négociation entre l'Europe et les Etats-Unis: on ne peut se limiter à couiner contre ou crier pour le développement du libre-échange. Il fallait détailler, comme l'ont fait EELV et le Front de gauche, ce projet d'article qui donnerait aux entreprises la faculté de contester en justice des réglementations nationales.

Au lieu de quoi, la direction de l'UMP a préféré rester sur le terrain le plus paresseux qui soit, tout en courant régulièrement derrière les éructations identitaires du Front national.



27 mai 2014

L'Europe a-t-elle tué le bipartisme en France ?


Tous les constats ont été faits et répétés, avant même le vote. Il y en a un pourtant qui a surpris: le scrutin européen du 25 mai 2014 a accéléré la décomposition d'un paysage politique artificiellement bi-partisan.


Changer les institutions, vite!
Ce fut "un choc, un séisme" si profond qu'on avait l'impression d'un gigantesque coup de pied dans une fourmilière. Ils avaient les yeux blancs, écarquillés.

Dimanche, les cris, les pleurs, le choc, la misère. A l'extrême droite, les rires, les joies, les sourires. La France de 2014 est K-O, elle a abandonné ses urnes à une entreprise familiale et haineuse - le père nonagénaire au Sud, la fille quadragénaire au Nord. Par démission ou soumission, la France de 2014 envoie donc 24 élus frontistes la représenter au Parlement européen. Pour le reste, il y aura 20 élus de l'UMP, 13 socialistes, et quelques autres écologistes ou du Front de Gauche.

Au Parlement européen, les députés frontistes seront "logés" dans un groupe minoritaire et sans alliance, bref, inutiles.

Ce n'est pas tant la victoire du FN  que la désertion de l'électorat qui doit pousser à des changements politiques et institutionnels.

- près de 60% des inscrits ne sont pas allés voter,
- sur les 40% restants, 14% ont choisi des listes différentes de l'offre nationale traditionnelle.
- Au final, le ras-de-marée frontiste équivaut à 4 millions de voix, soit 11% des inscrits. L’UMP, 9%; le PS 6%, l’UDI 4%...

Qui peut croire que la réintroduction de la proportionnelle n'est pas urgent ?

Qui peut oser penser que nos élus sont véritablement représentatifs ?

Une Europe affaiblie
L'équilibre au Parlement européen est à peine modifié. La droite, sous les couleurs du Parti Populaire Européen, conserve la majorité, avec 210 sièges (et une cinquantaine de députés de perdu!), devant les socialistes (193 sièges, en légère progression). Le futur président de la Commission européenne, choisi dans le camp du vainqueur, sera donc encore une fois libéral. Il n'y aura pas de réorientation massive à court terme de la construction européenne.

En France, plus qu'ailleurs, la campagne a été sacrifiée, les enjeux ont été caricaturés. Relisez donc les incantations sur "l'Europe, c'est la paix" (tribunes de François Hollande puis de Nicolas Sarkozy); ou les amalgames faciles entre Front national et Front de gauche sous l'appellation commune de populisme. A l'exception du TAFTA, rares ont été les sujets concrets abordés dans la campagne.

L'Europe est "toujours un paradis fiscal", rappelait Mediapart. Si les écologistes Eva Joly et Pascal Canfin ont bien tenté un "safari parisien" contre la finance lutte contre l'évasion et le dumping fiscaux intra-UE ont été parmi les grands absents des (maigres) débats.

Au niveau européen, la Gauche et les Verts ont marqué quelques points sans toutefois emporter la majorité du Parlement. En Grèce, le PASOK disparait derrière les nazis d'Aube Dorée (10%). Mais Syriza d'Alexis Tsipras remporte la première place. En Italie, le nouveau président du conseil Matteo Renzi (Parti démocrate, centre-gauche) a fait un carton, plus de 40% de suffrages. Au Portugal, l'opposition socialiste aux élections européennes a défait la coalition de centre-droit au pouvoir.

Il n'y a pas de ras-de-marée d'extrême droite en Europe. La France fait figure de triste exception, avec le Danemark: au pays de Borgen,  l'extrême droite locale a recueilli 27% des voix. En Finlande, les "Vrais Finnois" tombent en 4e position, tout comme le PVV de Geert Wilders.

France K-O, FN gagnant
En France, l'éditocratie tourne en vrille, les états-majors politiques tournent en toupie. Marine Le Pen savoure sa victoire qui n'est que la défection des autres. Un quart des suffrages exprimés sur fond d'abstention record, cela ne fait pas grand chose, à peine 14% des électeurs. La France n'a pas viré frontiste, elle a boudé.

Notre consoeur du Monolecte a rappelé cette évidence qui gêne les constats éditocratiques du moment: "entre les présidentielles de 2012 et les Européennes de 2014, le FN a baissé en nombre de voix." Ce quasi-surplace électoral du FN devrait aussi interroger nombre de commentateurs.

Dimanche, le FN a accusé le gouvernement de "truquer le vote". "Cette manipulation industrielle du vote des Français doit être immédiatement interrompue et les préfets doivent tout mettre en oeuvre pour apporter dans toutes les communes de France les bulletins de vote du Front national.L'accusation est gravissime, elle n'est pas nouvelle. Marine Le Pen, si admirative des autocrates Poutine (en Russie) ou Assad (en Syrie) n'a jamais de mots assez durs contre les "bourrages d'urnes" présupposés en France.

Dans un communiqué  ce dimanche, en plein scrutin, le FN prétendit ainsi que "le ministère de l'Intérieur a choisi d'empêcher la victoire du Front national en lui interdisant simplement de concourir en certains endroits du territoire."

La veille, les suprémacistes blancs du Bloc Identitaire avaient appelé à voter FN.

Qu'on se le répète.

Dimanche soir, Marine Le Pen a livré un courte intervention un peu surréaliste, appelant les Français qui les soutenus, ceux qui se sont abstenus, et même ses opposants à se rassembler auprès d'elle. "Le peuple souverain a parlé haut et clair". Elle réclame la dissolution de l'Assemblée nationale. Le député Morin, à l'UDI, qui réalise une dizaine de pourcentages des suffrages grâce à son alliance avec le MODEM, poursuit la même antienne.

Marine Le Pen a de la chance. Il y a deux leçons nationales à tirer de pareil scrutin: primo, l'actuelle construction européenne a gravement déçu. Pour le reste, ces élections ont peu à voir avec les évolutions politiques nationales. On se souvient des 16% gagnés par EELV en 2009, qui ne firent qu'un maigre 2% au scrutin présidentiel de 2012 pour Eva Joly.

Secundo, le désastre est national. Les listes du Parti socialiste ont fait pire qu'en 2009, ce qui était pourtant difficile. A l'époque, le PS fut dépassé par la nouvelle alliance EELV, et sortait d'un effroyable Congrès de Reims en novembre 2008. L'UMP et l'UDI/MODEM totalisent 30% des suffrages. Mais on ne retient que l'échec de l'ex-parti sarkozyste. "L'UMP est atteinte dans sa crédibilité" a clamé Fillon, grave et sérieux, dès dimanche soir.

Le Front de Gauche n'a pas rassemblé aussi largement qu'espéré. La dynamique d'une opposition de gauche est difficile à installer. Le conflit intra-gauche a laissé des traces (*). L'émotion d'un Jean-Luc Mélenchon, au soir de dimanche, était évidente, la déception immense. Elle était davantage pour un pays que pour un parti.

Vers 21 heures, Valls a mis sa tenue d'enterrement. Costume et cravate noirs, chemise blanche. Il parle droit, le regard brillant. Le discours est trop long. Au début, il fait un constat sans appel sur l'échec socialiste, le succès du FN, l'Europe abandonnée par l'électorat. Ensuite, il martèle combien sa feuille de route est la bonne, "la compétitivité des entreprises", "réduire les déficits", "les réformes de structure", et, enfin, "baisser les impôts des Français les plus modestes".

Il s'oublie. L'effet Valls n'existe pas. Le leurre est complet.


Elections européennes : "Un moment grave" pour... par lemondefr

"Un choc, un séisme"

Un choc tel qu'un proche de Hollande évoque un risque de disqualification du PS au premier tour de la prochaine présidentielle.

Les partis ne sont pas immortels.

Hollande accélère, nulle part.
Lundi matin, il avait convoqué une réunion "en urgence", curieuse formule communiquée par des communicants à des journalistes impatients. Communiquer sur la forme plutôt que le fond est une vieille tactique qui n'intéresse plus grand monde. Le soir, Hollande surgit sur nos écrans, quelques minutes pour expliquer que rien ne changera. Circulez, il n'y a rien à voir. Hollande évoque les "leçons" qu'il faut "tirer". A force d'être tirées à chaque élection désastreuse, on peut penser que ces "leçons" sont résistantes.

Hollande reconnaît l'effroyable: "les élections européennes ont livré leur vérité. Elle est douloureuse." En France, le vote FN , "c’est une défiance à l’égard de l’Europe, qui inquiète plus qu’elle ne protège", "une défiance à l’égard des partis de gouvernement, de la majorité, comme de l’opposition". Comme souvent, le constat, chez Hollande, est le bon.

Comme souvent depuis 2012, malheureusement, ses conclusions sont obstinées et invariantes. Il ose encore affirmer que la parole de la France sera encore écouté, ce 27 mai quand il rencontrera, affaibli comme jamais, ses collègues européens lors d'un Conseil des chefs d'Etat: "demain, pas plus tard que demain, au Conseil européen, je réaffirmerai que la priorité c’est la croissance, c’est l’emploi, c’est l’investissement." Sans rire... 

Lundi soir, Hollande embraye sur l'habituelle antienne du Pacte de responsabilité, la compétitivité et tout le toutim: 
"Ce n’est pas l’Europe qui nous demande de faire des réformes. C’est pour la France que nous devons les mener à bien. (...) C’est l’emploi par le soutien aux entreprises, le pacte de responsabilité. C’est le pouvoir d’achat par des baisses d’impôts. C’est la justice sociale par la priorité répétée, réaffirmée à l’éducation. C’est la simplification, la modernisation et ce sera tout l’enjeu de la réforme de notre organisation territoriale, de grandes régions, avec une évolution de nos collectivités et ce sera présenté dès la semaine prochaine."
Hollande martèle qu'il ne changera rien, absolument rien. Il n'a rien compris, comme tout un chacun. On attend la croissance, les embauches-miracles d'une réduction de cotisations aussi massive qu'inédite: "Cette ligne de conduite, elle ne peut pas dévier en fonction des circonstances, il y faut de la constance, de la ténacité, du courage. Mais aussi de la rapidité dans la mise en œuvre. Parce que les Français ne peuvent pas attendre."

Au travail ?

L'actuel président pense être en fait servi par les évènements. Le scrutin européen est un échec pour tous et pas que pour lui.

L'UMP se désagrège sous nos yeux. Lundi, un proche de Jean-François Copé et ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, passe aux aveux. Oui, les factures de prestations de l'agence Bygmalion à l'encontre de l'UMP étaient truquées. Jérôme Lavrilleux - c'est son nom - avait les larmes aux yeux en confiant le forfait: il est "impossible de faire une campagne électorale avec 22 millions d'euros. Tout le monde use d'expédients". Forcément, ce forfait, il l'avait commis tout seul, à l'insu du plein gré de Copé, Sarkozy et consorts. Il s'agissait de faire rentrer de l'argent dans la caisse électorale. Un peu plus tôt dans la journée, l'avocat de Bygmalion accusait l'UMP d'avoir couvert les dépenses de campagne du candidat Sarkozy en 2012.

Durant l'après-midi de cet improbable lundi, et plus tard encore dans la soirée, la police perquisitionnait le siège de l'UMP.

A la gauche de Hollande, on n'y croit plus, mais Hollande ne fait rien. Quelques "opposants" de l'intérieur osent espérer qu'ils grossiront leurs rangs. L'union des gauches n'est pas pour demain. Quelques minutes après la "communication" hors sol de Hollande, Europe Ecologie Les Verts balance: "François Hollande et Manuel Valls à côté de la plaque, la France a besoin d’un sursaut, pas de mesurettes." Le Parti de Gauche parle d'une vague, elle "a frappé, puissante, colossale". Nouvelle Donne se félicite de ses 3% des suffrages, malgré une campagne sous-médiatisée. Le NPA de Besancenot invoque à une "alternative à construire", vulgate invariante à chaque échec depuis une décennie. Sa rivale Lutte Ouvrière n'a plus peur du ridicule en expliquant que ses résultats"pour modestes qu’ils soient, préservent une perspective politique pour les travailleurs."

La gauche est ainsi, effarée et effarante. La droite républicaine sombre dans ses affaires. Le FN jubile. Les électeurs désertent.

L'Europe a tué le bipartisme en France.









(*) l'auteur de ces lignes a appelé à voter Front de gauche.

13 mai 2014

Marseille: comment le Front national a encore frappé.

Marine Le Pen ne connaît pas les paroles de la Marseillaise.



Elle l'a reconnu. Elle entonne rarement les couplets exacts de l'hymne national lors des représentations publiques qui le nécessitent.

Comment lui reprocher ?

Nombre d'hommes et de femmes politiques ne sont pas plus adeptes du chant en public. Ce 10 mai, lors de la commémoration de l'abolition de l'esclavage à Paris, ni le président de la République lui-même ni son ministre de l'Education n'ont chanté la Marseillaise.

Pourtant, dimanche dernier, la présidente du Front s'est autoriser à réclamer le limogeage de Christiane Taubira seulement.

Christiane Taubira était ciblée.

Marine Le Pen avait besoin de "récupérer" l'évènement à son compte. De mettre en doute la sincérité nationale d'une Garde des Sceaux métisse qui gêne la droite furibarde et l'extrême droite nationale-socialiste par sa simple présence.

C'était ignoble, mais peu surprenant.

Qu'une fraction de la droite dite républicaine, égarée dans les bas-fonds, ne l'ait pas noté était, ce lundi, consternant.



« Marseillaise » : comme Taubira, Hollande et... par lemondefr

4 avril 2014

Les 6 loupés de l'éditocratie sur le Front national

Le Front national a été sans conteste le mouvement politique le plus médiatisé de cette dernière campagne municipale. Avec plus d'un millier d'élus municipaux, une quinzaine de mairies, de jolies tribunes. 

On a pu se féliciter, au soir du second tour, que les lieutenants de Marine Le Pen aient été évincés un à un. Il n'en reste pas moins que ce Front national a réussi un coup politique.  

Voici les 6 loupés, volontaires ou pas, de l'éditocratie sur le Front national


1. On a trop parlé du Front national. 

Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a livré la semaine dernière un édifiant décompte: la chaîne d'information BFM TV a consacré 43% de son temps d'antenne au Front national dans les trois premières semaines de la campagne des municipales.

Qui a parlé d'équité ?

2. On a survendu la "normalisation" du Front national.

Quelques-uns se réveillent, mais trop tard. L'été dernier déjà, Mediapart relatait l'incroyable complaisance qui frappait quelques médias. Sans crier à l'indulgence généralisée, force est de constater que Marine Le Pen est parvenue à convaincre la quasi-totalité des médias traditionnels de l'aggiornamento idéologique qu'elle a fait subir au Front national. Même par ses critiques, le FN est désormais décrit comme "modernisé".

Certes, on a pu gloser sur ces néo-nazis ou autres racistes cachés/expulsés par le Front national "modernisé". Leur expulsion n'a pu que renforcer la perception d'une prétendue normalisation. On accord à Marine Le Pen un entretien en pleine page dans le Monde comme pour mieux parfaire cette normalisation. Que penser du Figaro qui en remet une couche avec cette improbable citation d'un improbable sondeur: "la normalisation du FN n'est pas terminée".

La même Marine Le Pen est condamnée pour un faux tract à Hénin-Baumont lors des législatives de 2012.

3. On a mal parlé du Front national.

La gauche officielle s'est indignée, mais que vaut l'indignation ? Le combat "anti-fasciste" s'est révélé impuissant, décalé, à côté de la réalité frontiste déployée par les marinistes. C'est un comble à l'heure où le FN version Bleue Marine ressemble "enfin" à version allégée du fascisme des années trente: défense du pouvoir d'achat et des prestations sociales, interventionnisme économique (notamment vis-à-vis de l'Europe) mais exclusion des "corps" étrangers. Les critiques du programme économique absurde du Front national ont été rares. Une large fraction de la droite dite républicaine a encensé les questions frontistes. François Fillon a osé déclarer qu'il pouvait préférer voter FN plutôt que socialiste au second tour si le socialiste était trop "sectaire".

Comme l'explique le journaliste Pierre-Yves Bulteau, le vote frontiste juxtapose un vote du Sud de la France, "qui s’appuie davantage sur l’héritage du père, Jean-Marie Le Pen, avec toute sa vieille rhétorique sur les étrangers et le sentiment de « ne plus être chez nous »" et celui du Nord, "un vote de désespoir, un appel à l’aide."

4. On a caricaturé l'opposition de gauche.

Par comparaison, le sort médiatique dévolu au Front de gauche co-animé par Pierre Laurent (PCF) et Jean-Luc Mélenchon (PG) est surprenant de différence. L'attitude rageuse et criarde du second n'y est pas pour rien. Les désaccords et disputes au sein du FDG non plus. Mais comment comprendre que la quasi-totalité des médias nationaux (*) aient continuellement, et systématiquement dépeint l'opposition de gauche comme un mouvement "archaïque", avec de "vieilles recettes".

Pire, le FDG était au mieux décrit comme l'alter-ego "populiste" du Front national.

La convergence éditocratique s'est lue jusqu'après le second tour des municipales.

5. On a ignoré la détresse.

Qui parle de la détresse sociale ? Quand parle-t-on de la précarité ? Il faut un fait divers gravissime - l'incendie d'un logement insalubre, le suicide d'un chômeur, ou la mort par le froid d'un SDF dans la rue pour bénéficier d'une brève, parfois mieux, dans un média national. L'expulsion d'une famille qui ne paye plus son loyer n'attire plus, l'absence de soins faute de mutuelles ne se voit pas. La malbouffe n'intéresse pas sauf si elle permet un bon sujet sur les risques de "l'obésité chez les pauvres." Ici ou là, la détresse sociale se montre et se traite, mais cela reste rare, trop rare. Combien de fois faudra-t-il en faire le constat ?

L'agenda médiatique se définit et s'alimente par un ensemble bien homogène de politiques et de journalistes. La voix puissante des éditocrates efface la contestation.

6. On a laissé au FN quelques thématiques fortes comme la sortie de l'euro.

Il fallau attendre ces derniers jours dans les colonnes de Marianne, à l'occasion de la publication d'un ouvrage de l'économiste "atterré" Frédéric Lordon ("La Malfaçon"), pour qu'on évoque enfin le tabou de l'euro comme il se doit. Aurélien Bernier, ancien dirigeant d'Attac, explique fort bien, dans un récent ouvrage (*), comment la gauche dite radicale, a complètement loupé son combat antifrontiste pour avoir abandonné quelques thématiques fortes et déterminantes: " la gauche radicale a tendance, à partir du moment où le Front national dit qu'il fait beau à dire qu'il pleut. Ce qui est tout à fait normal sur un grand nombre de questions mais qui pose problème sur d'autres comme l'Union europenne ou le libre échange et le protectionnisme".

A bon entendeur...











(*) La Gauche radicale et ses tabous, Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national, Seuil 2014.

31 mars 2014

Pourquoi ils ont tous perdu aux élections municipales

C'était une soirée comme les autres, plus triste que les autres. Un à un mais sans comprendre, nos responsables politiques défilaient sur les plateaux pour commenter la défaite ou l'insuccès de leurs voisins. Car, finalement, ce dimanche de second tour des élections municipales, on ne pouvait compter que des échecs.

Ayrault démissionné

Il ne s'agirait qu'une question d'heure. François Hollande a choisi la chaîne TF1, lundi 31 mars, veille de 1er avril, pour annoncer son successeur. Le scoop tombe dimanche soir sur Twitter, via Nathalie Schuck du Parisien. A la télévision, l'actuel premier ministre convient de l'échec: "ce soir est un moment de vérité. Je le dis sans détour : ce vote est une défaite pour le gouvernement et pour la majorité." La majorité ? Ayrault conclue son intervention, dimanche vers 22 heures, par une quinzaine de secondes de silence, face caméra.

Etrange.

Hollande est pressé, non pas par lui-même, mais par l'éditocratie et quelques politiques. Il faudrait renouvelé les hommes à défaut de changer de politique.

C'est un jeu institutionnel. Lundi soir, il est attendu sur TF1 pour délivrer son nouveau gouvernement, ou un message.

Suspense.

Le réflexe anti-FN a joué 

Le Front national n'a pas remporté le second tour des élections municipales. Passée la (mauvaise) surprise du premier tour, le parti mariniste a échoué à convaincre. Pire, il a mobilisé contre lui des abstentionnistes du second tour. Tous les proches de Marine Le Pen ont été battus un à un. Louis Aliot (Perpignan) Gilbert Collard (Saint-Gilles),  Florian Philippot (Forbach).

Marine Le Pen, quelque part vers 21h10 sur TF1, masque sa déception. Elle s'emballe: "nous allons démontré que nos candidats sont de bons maires."

Pourtant, le FN a progressé d'un tour à l'autre. A Perpignan, Louis Aliot améliore de 10 points son score. La vraie nouvelle est la victoire de l'inconnu Stéphane Ravier, un quadra qui présente bien qui remporte la mairie du 7ème arrondissement de Marseille - 40.000 habitants. A Béziers, Robert Ménard, soutenu par le FN, Debout la République et quelques autres souverainistes de droite, a gagné aisément le second tour. A Fréjus dans le Var (60 000 habirants), c'est David Rachline qui l'emporte. On ajoutera Villers-Cotterêts, Beaucaire, Hayange, le Pontet, Cogolin et le Luc.

C'est un succès pour le Front  national, mais pas une vague frontiste.

La gauche est-elle capable de comprendre ?
Le PS a connu pire. Il a compris qu'il avait perdu. A part ce constat d'évidence, quelle conséquences allait-il en tirer ? Plus à gauche ou plus à droite ?

Trois ministres socialistes ont été battus, la victoire de 2008 a été effacée. Le parti présidentiel sauve quelques meubles : Strasbourg, Lyon, Avignon et bien sûr Paris. Dans la capitale, quelques membres de l'équipe Hidalgo croient en leur modèle. 

Dimanche soir, Ségolène Royal demandait une réponse politique. "Les classes moyennes ont été mises à rude contribution. Les impôts, c'est le degré zéro de la politique."

La raclée pour le PS reste réelle. A Marseille, la raclée est totale. Mme Carlotti, est défaite dans son arrondissement. Sur TF1, l'inamovible Gilles Bouleau devine sa future démission du gouvernement.

A Grenoble, l'écologiste Eric Piolle emporte la mairie avec le Parti de Gauche, contre un socialiste local désavoué par les instances nationales mais obstiné. Jean-Luc Mélenchon, qui un temps pensait boycotter les plateaux ce dimanche soir, est calme et posé sur TF1.

La vague bleue ?

Où ça ? Statistiquement, l'alliance UMP/UDI/Modem a gagné: "Aujourd'hui, il est clair que l'UMP va remporter plus de la moitié des villes de plus de 9.000 habitants" commente Copé. La droite échoue à Paris, gravement. Elle l'emporte à Marseille, 

Sur tous les plateaux, Jean-François Copé répète son crédo: "avec le ni-ni, nous avons bien fait." L'homme assume son hostilité au Front républicain. Ce serait la martingale contre le FN. Les autres ténors répètent les éléments de langage bien connus: ce serait la défaite "personnelle" de François Hollande. Pour eux, il s'agit de ne pas disqualifier la politique mais simplement l'homme. Ils n'ont rien compris.

A Pau, François Bayrou est enfin président... enfin, maire. Elu sur son nom propre, avec une large victoire, 55 bureaux de vote sur 55. A la télévision, il exulte.


L'abstention, pire vainqueur
Plus de 40% des électeurs ne se sont pas déplacés. Chaque scrutin dépasse les records précédents. Ni vague bleue, ni vague bleu marine, ni sursaut à gauche. Si l'on ajoute les adultes non inscrits, c'est près de 6 Français sur 10 qui se sont désintéressés de ce scrutin.

En cherchant, on trouvait quelques belles surprises. Cette mobilisation réussie des habitants de Saillans, dans la Drôme, pour virer démocratiquement le maire sortant, en est une, très éloignée des appareils politiques nationaux, ou de la racaille frontiste.


27 mars 2014

40 ans avec Le Pen #video

Qu'il a bien changé, ce Front national. Marine est souriante, avenante, sociale et nationale, protectrice et pro-mariage gay. La vie est belle, le FN s'est normalisé.

Ou bien.





Chômage, élections et Front national, le cocktail explosif.

La nouvelle ne pouvait pas plus mal tombée: les statistiques du chômage de février ont été publiées ce mercredi soir de l'entre-deux tours des élections municipales. Et elles sont mauvaises, encore un record de dépasser. 

La droite dira que c'est la faute à la politique "socialissssse", la gauche accusera les "sociaux-traîtres" du gouvernement Hollande.

Mais la campagne municipale laisse d'autres séquelles.


Le chômage, le vrai

L'action politique est longue, les résultats sont toujours trop tardifs, les citoyens sont impatients, les éditocrates sont amnésiques. A droite, Jean-François Copé fustige: "la politique économique du gouvernement est

Ce mercredi 26 mars, on apprenait donc que la France comptait 3,35 millions de chômeurs de catégorie A à la fin du mois de février, soit 31.500 de plus en un mois; et +4,7 % sur un an. Catégories A, B et C confondues, le nombre d'inscrits à Pôle emploi a progressé de 4,8% en un an, pour atteindre 5 236 300 en France. La nouvelle est terrible. L'inversion de la courbe du machin n'a pas eu lieu. On pourra le répéter chaque mois.

Pourtant, d'autres nouvelles économiques semblaient meilleures. Les prémisses d'une reprise surprennent des commentateurs conservateurs peu amènes habituellement à l'égard de la Hollandie. On ne parle que de prémisses.

Le ridicule municipal

Sur le terrain, cela sent la panique ou la colère. Il y aura 986 triangulaires, 207 quadrangulaires et même 16 pentagulaires dimanche prochain... On trouve assez d'anecdotes pour ridiculiser tous les partis politiques, y compris le Front national. A Marseille, une liste radicale de gauche d'obédience guériniste a fusionné avec ... celle de l'UMP adoubée par Jean-Claude Gaudin.

Marine Le Pen qui promettait la fin du bipartisme et des ralliements sans pareil au soir du premier tour n'a pu constater que deux rapprochements UMP-FN dans des communes mineures. Le Parti socialiste qui urge au Front républicain a imposé le retrait de son candidat à Perpignan, mais n'a su discipliner les irréductibles de Béziers (qui, comble du ridicule politique, laisseront donc le réac Robert Menard l'emporter dimanche avec le FN) ni ceux de Grenoble distancés par l'alliance inédite des écologistes et du Parti de gauche.

Oubliez donc ces anecdotes, elles ne sont ... qu'anecdotiques.

Mais elles font mal.

Le feuilleton du remaniement

L'éventualité d'un changement d'équipe au gouvernement remet quelques idées en place. Les équilibres étaient finalement subtils.

Jean-Marc Ayrault est un compromis, depuis le début de ce quinquennat, un obstiné qui tient cet équilibre instable.

On connait les poids lourds: Manuel Valls (populaire), Cécile Duflot (indispensable depuis le relatif succès d'EELV au 1er tour municipal), Christiane Taubira (icône de gauche), Najat Vallaud-Belkacem (résistance), Stéphane LeFoll (grognard). Mais toutes les combinaisons ne sont pas possible. Ainsi Duflot explique-t-elle qu'elle ne restera pas si Valls accède à Matignon ("Ce n'est pas une question de personnalité, c'est un problème de ligne"). Taubira a les mêmes états d'âmes, légitimes.

Un problème de ligne ? Mercredi, un syndicat sort du Pacte de responsabilité. La CFE-CGC, l'un des trois signataires d'un pré-accord avec le MEDEF sur cette histoire de "responsabilité", s'énerve  et quitte le navire. Le fameux Pacte, prévu pour être annoncé dans quelques semaines par un gouvernement qu'on e connaît plus, a du plomb dans l'aile.

Najat Vallaud-Belkacem a conclu cette journée politique, juste après un premier conseil des ministres d'après raclée municipale: "On entend notamment le désir des électeurs français d’avoir davantage encore de justice sociale dans le redressement que nous sommes en train d’opérer, ce message est entendu."

La gauche a perdu dimanche, désertée dans les urnes.

Et à l'Elysée ?




Le Président souligne l'importance d'entendre... par Najat-Belkacem