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16 juin 2014

Pourquoi Manuel Valls est dépassé

"La gauche peut mourir."

L'expression, dans la bouche de Manuel Valls, est à peine surprenante.

Manuel Valls réactive le stress du vote utile.

Car l'affirmation, devant le conseil national du Parti socialiste samedi dernier, n'a qu'un objectif, faire peur à défaut de convaincre. Elle est factuellement juste. Manuel Valls a raison. La chronique politique de ces derniers mois, sur ce blog ou ailleurs, en témoigne. Electoralement, la gauche est morte déjà deux fois, lors des scrutins municipaux puis européens où elle ne rassembla que 30% des suffrages. "Gauche année zéro", résume Cambadélis à Solferino. "La gauche n'a jamais été aussi faible dans l'histoire de la Ve République" renchérit Valls ce samedi.
"Le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. (...) Notre pays peut se défaire et se donner à Marine Le Pen."
Certes, bien sûr, évidemment. Que dire de mieux ?
"Nous pourrions basculer (...) dans une ère dans laquelle le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle existe. Une ère dans laquelle un des grands partis républicains et cette fois sans que cela soit une surprise... peut être absent de ce grand rendez-vous électoral. Et si rien n'est fait, ce peut être la droite, ce peut être nous, par conséquent une ère dans laquelle la gauche peut aussi disparaître."
Ce constat est fort juste, mais inutile car largement connu et partagé. Au lendemain du naufrage électoral des Européennes, Yves Barraud, sur le site ActuChômage, ne disait pas autre chose: "Pour notre part, nous estimons depuis des mois que le vote FN ne peut se résumer à cette caricature des motivations d’un électorat populaire excédé par les politiques menées par l’UMP et le PS depuis 2002 (et avant). Les deux principales formations n’ont pas tenu compte de l’avertissement sans frais adressé il y a 12 ans, quand Jean-Marie Le Pen accéda en finale des élections présidentielles."

Revenons à Manuel Valls.  Que fait donc notre brillant général ?

1. Il cherche à faire peur. Il faut motiver les troupes socialistes à ne pas faire sécession. Il faut "dramatiser". Il faudrait rester solidaire. Et voter comme un seul homme les prochaines lois de l'équipe Valls.

Pourtant, le vote utile n'existe plus. L'équipe Hollande devrait en être convaincue. Le "réflexe" de solidarité est affecté, lourdement, par l'ignorance de sa gauche et le manque de résultats. La désaffection s'est vue lors des derniers scrutins, et surtout à gauche. Manuel Valls menace quand même. Le plus cocasse fut sa dénonciation de "la voie ouverte à la multiplication d'initiatives minoritaires qui feraient exploser le bloc central de la majorité". Il visait les socialistes affligés mais aussi les écologistes sortis du gouvernement. Le premier ministre plane, très haut. On cherche où il trouve encore une majorité.  Samedi, les écologistes d'EELV ont d'ailleurs voté à l'unanimité contre les orientations du projet de loi de finance rectificative présenté en Conseil des ministres mercredi dernier.

Même au sein de la majorité, le vote utile s'affaisse. Car ces députés ont vu l'échec, la Berezina, municipale puis européenne. En 2017, on leur promet une boucherie. Comment être solidaire d'une action qui a le triple inconvénient de trahir le programme présidentiel de 2012 sans pour autant être efficace ? Pour le parti de l'efficacité politique, cette situation est cocasse, terrifiante.

Faute de convaincre par des actes ou des paroles, Manuel Valls en appelle donc à la solidarité institutionnelle. Que les institutions le protègent la durée d'un quinquennat, c'est bien normal. Qu'il exige que les députés élus sur le pacte de 2012 votent comme si Hollande conduisait sur la route indiquée il y a deux ans et quelques mois est simplement ridicule.

2. Manuel Valls est persuadé que son action portera ses fruits. Que le Pacte de responsabilité improvisé en janvier dernier est la bonne réponse à la désespérance sociale ou à la désaffection des sympathisants. A-t-il compris que le simple port d'un teeshirt de campagne "François Hollande 2012" suffit à manquer de se faire lyncher dans quelques coins ouvriers ? L'équipe Valls a été nommée après les élections municipales, mais avant les élections européennes. Le Pacte de responsabilité a été annoncé, promis, présenté dans ses grandes lignes dès janvier par François Hollande. Les électeurs ont voté, ou se sont abstenus en toute connaissance de cause.

Il n'a que cet argument, TINA. Pas le choix, aucune autre solution, rien.

TINA, There Is No Alternative. Politiquement, il n'y a plus d'autre alternative que la droite. Front national et UMP recueillent aujourd'hui la majorité des suffrages quand ils s'expriment. On serait obligé de rendre 41 milliards d'euros de cotisations sociales, dont 90% pour améliorer la compétitivité des entreprises. On serait obligé de reporter, encore, la transition écologique.

3. Pour assoir son propos, Manuel Valls complète: "la gauche doit être capable de se dépasser."

Dépasser la gauche ? 

Il persiste. Il insiste.

D'habituels critiques diront que Valls a largement dépassé la gauche. Que cette équipe est si loin au centre qu'on appelle cela la droite. A force de trianguler l'adversaire en lui chipant idées et décisions, on finirait par tomber corps et âmes dans son camp.

La gauche se dépasse-t-elle quand un premier ministre qui s'en réclame reprend exactement les mêmes menaces absurdes de déchéance de nationalité contre des terroristes d'origine étrangère que celles proférées par Nicolas Sarkozy en 2010 ? Retenez la formule: "Nous pouvons déchoir de la nationalité ceux qui s’attaquent aux intérêts fondamentaux de notre pays". La gauche se dépasse-t-elle quand elle n'a rien à dire autre qu'une bouillie inefficace sur la compétitivité ?

La gauche se dépasse-t-elle quand elle ressemble à la droite ?


Manuel Valls est en fait dépassé. 

Il ne comprend plus où il est. Il ne saisit plus à qui il s'adresse. La machine toute entière est bloquée à force de rouille.





Valls: "la gauche peut disparaître" - 14/06 par BFMTV

4 mai 2014

Où va la gauche, vue par 2 blogs #S01E31

Alors que François Hollande promet de beaux lendemains dans les colonnes d'un hebdomadaire du dimanche, sa trajectoire politique continue d'alimenter les échanges et commentaires de la gauchosphère. 

 

Nous avons choisi d'illustrer ces réflexions en confrontant deux propos. 


Nicolas, du blog "Partageons mon avis", rebondit sur un fil de discussion sur l'avenir de la gauche. A sa gauche, le collectif Babordages poursuit la description désabusée d'une gauche qu'il estime perdue pour la cause. Les deux n'échangent plus en direct, comme c'est désormais la norme entre "gauche de droite" et "vrauche".

Mais qu'importe.

"Comment s’en sortir ?" s'interroge Nicolas. "Tout d’abord, l’ennemi n’est pas le libéralisme. Il faut changer de discours. S’il y a un ennemi, c’est le capitalisme financier. Il faut arrêter de délirer". Nicolas ne nous en voudra pas de ne pas tout citer. La gauche politique a toujours allié des composantes plus ou moins en rupture ou en accord avec l'économie de marché. La rage exprimée par certains contre le social-libéralisme du gouvernement Hollande dérive, à juste titre, vers une remise en cause du système en général.

Nicolas pose ensuite la question démocratique de base: "Le principe de la démocratie (et donc de la politique) est de partager des idées avec des électeurs pour se faire élire. C’est ce qu’a réussi François Hollande. A ce rythme, il risque de ne pas être réélu en 2017, on est d’accord, mais s’il tient une politique plus à gauche, il est à peu près sûr, aussi, de ne pas l’être." Comme d'autres, Nicolas défend l'actuel positionnement politique de François Hollande sur un double argument - Hollande est (plus ou moins) fidèle à lui-même et, surtout, il n'y a pas d'alternative politique plus à gauche possible en France.
 
Rien n'est moins sûr, pourrait-on lui répliquer. Pour l'heure, la question n'est pas celle des élections (et donc du compromis politique), mais celle de l'action et du discours. Hollande peut agir, or il agit mal puisque les résultats ne sont pas là. Il a rétréci son camp politique, sans élargir sa propre majorité. 
 
Plus grave, le discours dominant (sur le coût du travail, etc) est désormais plus fort qu'avant, comme pour mieux effacer l'opposition, décourager les mobilisations éventuelles. A quoi bon gouverner si c'est pour dérouler le tapis-rouge à la grande dérégulation ? Où est même l'équilibre du discours et des actes au sommet de l'Etat entre protection sociale et efficacité économique ?
 
Sur Babordages, Clumsy a justement publié un texte sur l'indifférence. La question n'est plus celle du simple redressement comptable (et nécessaire) d'un pays abimé. Le sujet est la riposte à cette accélération du "propos dérégulateur" alors que la mondialisation libérale n'a jamais été aussi puissante depuis 50 ans.  La multiplication des prises de paroles de personnalités "étiquetées" à gauche qu'on aurait qualifié d'affreux thatchéristes il y a 30 ans est tout simplement hallucinante. 
 
Qui Hollande reçoit-il à l'Elysée ? Un Frédéric Lordon, péniblement invité dans quelques médias, qui promeut la sortie douloureuse de l'euro pour mieux lutter contre l'aggravation de la précarité, ou le trio Aghion/Cohen/Cette qui trouve que le SMIC est décidément trop élevé ?
 
Clumsy conclue sur une citation de Gramsci: "Ce qui arrive, arrive non pas parce que certains veulent qu’il arrive, mais parce que la majorité abdique sa volonté, laisse faire, laisse se grouper les nœuds qu’ensuite seule l’épée pourra couper, laisse promulguer les lois qu’ensuite seule la révolte fera abroger, laisse aller au pouvoir les hommes qu’ensuite seul un mutinement pourra renverser."


17 avril 2014

Comment Valls coupe 50 milliards d'euros.

Groundhog Day est ce film dénommé "Un jour sans fin" quand il sortit il y a 20 ans. Le héros était tombé dans un espèce de faille temporelle qui lui faisait revivre la même journée, indéfiniment.

Régulièrement, comme un jeu sans fin, la France va plaider à Bruxelles un sursis budgétaire. Nicolas Sarkozy avait début son premier quinquennat ainsi. François Hollande l'avait obtenu en 2013. Et Manuel Valls vient de tenter, en vain, de rejouer l'affaire.

Et du coup, il accélère l'annonce des 50 milliards d'euros d'économies.



Lundi, Manuel Valls grimace. 
Il est à Berlin. Il vient de se faire tancer, non pas publiquement, l'affront serait trop grave. Mais les autorités allemandes comme la Commissione eurocrate ont opposé une fin de non-recevoir à sa demande de délai pour rétablir les comptes. L'aggravation de la crise européenne ces deux dernières années a plombé les espoirs d'amélioration budgétaire en France.

Pour l'heure, Valls grimace donc. Il va falloir trouver mieux. Dans l'immédiat, il cache le rétro-pédalage. Jamais ô grand jamais n'aurait-il espéré un quelconque assouplissement des échéances budgétaires européennes !

La nouvelle douche aussi les espérances électorales du moment. Le PS aura quelque difficultés à convaincre qu'il milite avec efficacité pour la croissance et l'emploi, et pas seulement la rigueur.

Prudent, Montebourg s'est planqué. Il n'est pas venu à Berlin. Dans le duo à Bercy qu'il forme avec Michel Sapin, Montebourg laisse son collègue prendre les réprimandes.


Mardi, les ministres masquent
Il faut tenir, ne pas se déjuger. Expliquer que tout va bien. Stéphane Le Foll, nouveau porte-parole du gouvernement, était rapidement sur les ondes, dès mardi matin, pour clamer combien le gouvernement tiendrait ses promesses européennes: "la France peut atteindre les 3 %" expliquait-il ce 15 avril. "ces déficits budgétaires étaient de l'ordre de 5,7 % en 2011. Ils sont d'ores et déjà à 4,3 %." "Beaucoup d'efforts ont été faits. (...) Si vous laissez filer votre déficit budgétaire c'est l'endettement de la France qui explose". 

Michel Sapin, qui prônait l'inverse deux jours après sa nomination aux Finances, clame aujourd'hui que tout va bien se passer.

Ces phrases se répètent. Les hommes ne sont pas en question. Ce verbiage n'intéresse simplement plus. Il est inaudible.

On essaye plutôt de comprendre ce qui va se passer.

La France se trouve contrainte de trouver mieux que 50 milliards d'euros d'économies. Sinon, elle risque des sanctions. Le fameux traité européen qu'Hollande a tenté de renégocier au cours de l'été 2012, prévoit un mécanisme de sanction.

Mercredi, Valls accélère
Ces 50 milliards d'euros d'économies devaient être détaillés le 23 avril prochain. Manuel Valls en a la liste. Avant le remaniement post-municipales, l'ancien ministre du budget (depuis passé à l'Intérieur), Bernard Carzeneuve, expliquait qu'il avait tout finalisé. Tout est donc prêt, mais on devrait attendre. Le weekend dernier, quelques-uns conseillers anonymes "testent" l'opinion: et si on supprimait les APL pour les étudiants non boursiers ? Les réseaux sociaux s'affolent, même les soutiens s'inquiètent. On rétropédale.

Dans les médias, on fustige le "flou" dans lequel le gouvernement est coincé, maintenant qu'il n'y a plus de sursis. 

Mercredi, on sent l'affolement. Manuel Valls déboule devant les caméras, et passe 17 minutes pour détailler le plan d'économies, avec une semaine d'avance. En une semaine, les grands équilibres ont déjà changé: les collectivités contribueront davantage qu'annoncé dans le discours de politique général le 8 avril. Mais surtout, la douloureuse sera pour la Sécurité sociale: 21 milliards sur 50, et un gel complet des prestations sociales jusqu'en octobre 2015.

L'intervention est grise comme la cravate, sinistre comme le costume. Valls parle droit, lit ses notes, n'improvise rien, ne répond à personne.

Il rappelle le discours de Hollande du 14 janvier, et l'ambition de "donner plus de force à notre économie", "encourager nos entreprises", "soutenir la croissance, et donc créer plus d'emploi"
"Aux Français, nous voulons dire simplement, et directement, il y a un chemin pour redresser la France." 
Ce chemin est-il le nôtre ? Non.

Manuel Valls évite le "je", il préfère le "nous". Il parle comme un chirurgien avant l'amputation.Qu'on ne s'inquiète pas, les deux jambes, droite comme gauche, seront coupées. Les riches comme les pauvres, les précaires comme les autres contribueront à l'effort de guerre. Manuel Valls, et sans doute François Hollande, n'avaient donc absolument rien compris de la mauvaise séquence écoulée: le redressement du pays ne peut ni ne doit se faire sur le dos des précaires.

"Ces efforts seront justes car ils seront collectifs. Ils seront justes car ils seront équitablement répartis." L'homme trébuche sur ce dernier mot. Il est trop crispé sur son texte, l'expression est à peine fluide. "Enfin, ils seront justes, car ils serviront à tous."

Valls s'abrite encore derrière Hollande et la "feuille de route". Le gars n'est qu'un exécutant, qu'on le comprenne bien ! Il machônne les trois objectifs, comme pour insister sur le plus détestable: "le premier, c'est la mise en oeuvre du Pacte de responsabilité". L'erreur politique est fondamentale.
L'essentiel des économies ne servent pas à redresser les comptes, combler nos déficits, alléger le poids de la dette. Non, il s'agira d'alléger les entreprises d'un effort de cotisations sociales en échange d'hypothétiques promesses d'embauches qu'elles sont naturellement incapables de garantir.

Notre premier ministre embraye. "Pour le dire simplement, c'est le moyen de mettre en mouvement notre économie, notre compétitivité, notre attractivité". Il insiste sur le besoin de "baisser le coût du travail". Financer ces réductions est le premier des objectifs mis en avant. La réduction des déficits ne vient qu'en second.

Puis Valls annonce comme une victoire que les promesses de créations de postes dans l'Education nationale seront tenues. Sans rire.  Il fait la course à l'échalote avec la droite. Le pari politique est toujours le même, convaincre à droite en s'imaginant que la gauche suivra coûte que coûte.

Concernant les économies, Valls sort enfin des chiffres. Sortez les mouchoirs. 

"18 milliards d’euros d’économies de la part de l’Etat " - L'Etat, rappelle Valls, "c'est notre bien commun":
- maîtrise des dépenses de fonctionnement des ministères (dépenses immobilières, mutualisation des fonctions support et "réduction du train de vie de l’Etat".
- gel de la valeur du point fonction publique (voici pour la "contribution" des fonctionnaires: "je sais ce que nous devons à nos fonctionnaires, si essentiels à la vie de ce pays", rassure-t-il), mais "les règles d'avancement dans la fonction publique d'Etat seront préservées" (vous l'avez senti passé pas loin, le boulet ?)
- "recentrage" des interventions de l’Etat, "pour être plus efficaces". - Réduction des dépenses des opérateurs et autres agences de l’Etat (contre +15% "sous le précédent quinquennat").

"11 milliards d’euros d’économies sur les collectivités locales":
- mutualisations entre communes et intercommunalités,
- suppression de la clause de compétence générale des départements et des régions (pour "rationaliser les dépenses et de clarifier le rôle de chacun", rationalisation des syndicats intercommunaux, "meilleure sélection des projets d'investissement";
- réduction de la Dotation Globale de Fonctionnement dès 2015,
- réduction des dépenses locales, pour "contenir la progression de leurs dépenses au rythme de l’inflation."

"10 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie":
- "amplification des réformes structurelles" engagées dans le cadre de la stratégie nationale de santé. En fait, le gouvernement sort bien le rabot qu'il rechignait à utiliser: énième réforme du parcours de soins, renforcement de la chirurgie ambulatoire, accélération des retours au domicile après une hospitalisation.
- réduction des dépenses de médicaments (comment ?), "grâce à une consommation plus raisonnée, à un plus grand recours aux génériques et à des prix davantage en adéquation avec l'innovation thérapeutique" ;
- déremboursement de certains actes et interventions "inutiles ou évitables".

Mais Valls promet: "ces efforts seront réalisés sans réduire la prise charge des soins , ni leur qualité" Le discours officiel rappelle l'importance de l'assurance maladie - 179 Mds€ en 2014 - comme pour mieux minorer les efforts demandés.

"11 milliards d’euros d’économies sur les dépenses de protection sociale"

- 3 milliards d’euros sont déjà identifiés et en place: "modernisation de la politique familiale"(décidée en 2013) ;
- mise en oeuvre de la réforme des retraites ; accord entre partenaires sociaux sur les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO.
- économie de 1,2 milliard sur les caisses de sécurité sociale via la "dématérialisation, la simplification et la meilleure articulation entre les différents organismes".
- Gel de certaines prestations sociales pendant un an: pensions du régime de retraite de base (1,3 milliards d’euros), retraites complémentaires (2 milliards d’euros, si les partenaires sociaux sont d'accord), autres prestations sociales (logement, famille, invalidité pour 0,7 milliard d’euros), revalorisation exceptionnelle du RSA, du complément familial et de l’allocation de soutien familial décidés en 2013.
- réduction du déficit de l'UNEDIC (2 milliards d’euros d'ici 2017), via la nouvelle convention d’assurance-chômage récemment signée.

Valls précise: cet effort temporaire "épargnera les retraités dont les pensions sont les plus modestes puisque le minimum vieillesse continuera, lui, d’être revalorisé", mais aussi les minima sociaux (RSA, ASS, AAH, minimum vieillesse), "dont la revalorisation sera garantie".

Au total, ce sont donc quelque 21 milliards d'euros qui seront économisés sur les prestations sociales, soit 40% du total. Valls conclue: "nous connaissons les attentes, les doutes." Il s'est trouvé un conseiller présidentiel, forcément anonyme, pour expliquer ensuite: "On nous disait que l’on arriverait jamais à faire ces 50 milliards d’économies. Maintenant, c ’est fait ". A gauche, y compris parfois au PS, on frôlait la sidération ou la résignation.

"Nous n'avons pas été élus en 2012 pour organiser l'appauvrissement des Français les plus modestes, des salariés, des retraités, des exclus, des jeunes." a commenté Christian Paul, député proche de Martine Aybry. "Les propositions qui sont faites ne sont pas votables par beaucoup de députés socialistes, en l'état."

S'agit-il d'un jeu ?


50 milliards d'économies : le détail par LCP http://www.dailymotion.com/video/x1ot7gv_50-milliards-d-economies-le-detail_news

9 avril 2014

Valls débute sa campagne à l'Assemblée

Il a beaucoup négocié, mais il a eu sa majorité, par 306 voix contre 239 contre, et 26 abstentions. Le faux suspense n'avait que trop durer. Manuel Valls peut donc gouverner. On attend la salve de nominations de secrétaires d'Etat qui devait suivre cette opération de politique et de communication.

Vérité, efficacité, confiance. Le triptyque était alléchant. Il nous était présenté en titre. Mardi à l'Assemblée nationale, Manuel Valls a eu son moment, une déclaration de politique générale d’un gouvernement pour lequel il cherchait la confiance auprès de ses propres troupes. Il y eut quelques récalcitrants, rares, pour s’abstenir. Mais pour le reste, le grand cirque de la fronde a fait long feu.

Terminez, circulez, il n’y a plus rien à voir. Il faut attendre.


Il faudrait juger les actes, mais pour l’heure nous ne pouvions commenter que le verbe.

Commentons donc.

Manuel Valls a séduit "sa majorité", de nombreux éditocrates, le centre-droit et même plus loin à droite. La critique, de l'autre côté de l'hémicyle, fut molle. On attaqua un "catalogue de bonnes intentions" - Vous avez bien lu... un catalogue de "bonnes intentions".

Manuel Valls a trouvé de belles formules, bien ciselées, touchantes ou frappantes, c'était selon. le discours ne fut pas trop long, on cherchait l'axe. On le compris vite. Le message était clair. Manuel Valls était là pour accélérer et amplifier la politique de l'offre, sans le moindre autre changement à l'exception d'une exigence d'efficacité.

Bref, on se frottait le yeux. On cherchait où se cachait l'écoute à cette demande "d'écoute des plus humbles" comme l'évoquait Claude Bartolone, lundi 7 avril.

Il faudrait juger les actes, mais pour l’heure nous ne pouvions commenter que le verbe.

Manuel Valls nous/vous aurait compris. Il l'explique, le détaille, le développe, dès le début.
 "Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France." Il complète: "Et puis il y aussi cette exaspération quand, à la feuille de paie déjà trop faible, s’ajoute la feuille d’impôt trop lourde. Enfin, ils ont exprimé leur soif de justice. J’ai entendu leur voix. J’ai aussi entendu leur silence. Ils se sont prononcés contre l’impuissance politique. Ils veulent des résultats concrets en matière d’emploi, de lutte contre la précarité, de vie chère." Oui, le premier ministre avait entendu, on était curieux, presque impatient: les Français " veulent des résultats concrets en matière d’emploi, de lutte contre la précarité, de vie chère".

Valls dramatise les enjeux. La France est au fond du gouffre. Il nous fait la Rupture sur le changement. Hollande a finalement eu raison de le nommer. C'est le premier enseignement de la journée. Cet homme devait être associé au plus tôt à l'action collective. Fallait-il accepter ce cynisme-là ?

Il y a de la tactique, une réalité que l’on connait, une confusion aussi. Le drame ne concerne pas que la France. L’équipe gouvernementale tangue. La gauche socialiste s’est pris une raclée. Valls revient la joue rouge.

Quel est son constat ?

Il faudrait "dire l’essentiel pour retrouver l’essentiel", c'est-à-dire "la confiance des Français". Avait-elle été perdue ? Valls efface, écrase, éparpille Ayrault.

L'ex-ministre de l'intérieur évoque "la peur lancinante du déclassement", "une crise civique, une crise d’identité." Fait-il un lien avec la crise économique et sociale ? L’argument ressemble à une complainte connue. "Dans un monde qui bouge si vite, les Français doutent de la capacité de notre modèle républicain à promouvoir, à protéger et à intégrer." Il nous décrit la fin d’un monde, la "montée du racisme, de l’antisémitisme, de l’intolérance."

Il enchaîne sur un couplet d’ex-ministre de l’intérieur, la violence dans les campagnes et dans les villes. Cela fait douze ans que l’on entend cela. Nous pourrions, nous devions rétorquer : mais qu’avez-vous fait ?
"Notre société est traversée par la violence. Il y a la menace terroriste qui s’est globalisée et qui pèse sur nos démocraties. Il y a surtout la violence du quotidien. Ce phénomène n’est pas nouveau"

 

"Je dirai donc la vérité aux Français "

Valls englobe tout le monde, la République des précaires. Il a raison il faut brasser large. C'est comme un discours de campagne, comme si nous étions en campagne. A soixante-quatorze reprises, Manuel Valls use du terme "je".

"J’ai vu, j’ai écouté ces retraités qui, à l’issue d’une existence d’efforts, vivent avec une maigre pension ; ces ouvriers qui attendent, depuis trop longtemps, de pouvoir retravailler ; ces salariés précaires pour qui le quotidien n’est pas le travail, mais la survie ; ces patrons de PME, ces artisans, ces commerçants qui n’ont qu’une seule obsession : sauver leur activité pour sauver leurs équipes ; ces agriculteurs, attachés à leur exploitation, qui font face à l’endettement et aussi à une forme de solitude."

Manuel Valls semble en campagne. Certaines formules sont révélatrices, mais qu'importe après tout.  "J’ai entendu leur voix. J’ai aussi entendu leur silence." Ou encore: "La première chose que je dois aux Français, c’est l’efficacité. (…) La sincérité, c’est expliquer."

Il revendique la "diplomatie économique". Les droits de l’homme, la défense de nos intérêts d’Etat, et le commerce.

Chacun jugera.

Valls tend la main au dialogue avec les soutiens critiques (écologistes, et autres socialistes râleurs) et les opposants de gauche ("je dis au groupe GDR que je n’ai pas d’adversaire à gauche et que nous pouvons avancer ensemble sur beaucoup de sujets, dans l’intérêt de la France.")

Eloge de la croissance


Après son couplet sur la souffrance, il reprend le socialisme de l’offre. Il triangule à fond: "soutenir les entreprises, c’est soutenir l’emploi, l’investissement, les exportations. " On connait l'argument.

Sur le site du gouvernement, quelques heures plus tard, la première des citations de Manuel Valls mise en valeur dans les annonces clés est celle-ci:
"D’abord, il y a le coût du travail. Il doit baisser. C’est un des leviers de la compétitivité – pas le seul – mais il pèse lourd"
On attend l’inflexion sociale. Mais Manuel Valls avait d'autres annonces.

1. Le Pacte de Responsabilité sera bien sûr soumis au vote. Valls promet de longs débats, du "programme de stabilité et de la trajectoire des finances publiques" à la loi de Finances. Ils promettent d'être croustillants. Valls attend 

2. Le gouvernement Valls va amplifier les allégements du "coût du travail". Ces derniers seront portés à 30 milliards d’euros d’ici à 2016; autrement dit +10 milliards pour le CICE.

3.  Zéro charge pour l’employeur d’un salarié payé au SMIC, c'est la grande nouvelle du soir, la "révolution" Valls, puisque le premier ministre la qualifie ainsi: "A partir du 1er janvier 2015, l’employeur d’un salarié payé au SMIC ne paiera plus aucune cotisation patronale à l’URSAFF."

4. D'autres allégements encore: pour les salaires jusqu’à 3,5 fois le SMIC, "soit plus de 90 % des salariés", les cotisations Famille seront abaissées de 1,8 point au 1er janvier 2016, soit 4,5 milliards d’euros d’allègement supplémentaires.

5. Personne n'est oublié: les travailleurs indépendants et artisans bénéficieront d'1 milliard d’allégement de leurs cotisations Famille dès 2015 (soit 3 points de cotisations).

6. Manuel Valls n'annonce aucune réforme fiscale.  Mais il va supprimer quelques 6 milliards d'impôts et taxes diverses qui frappent les entreprises, telles la « C3S » - contribution sociale de solidarité des sociétés - un machin incompréhensible que personne ou presque ne regrettera. Toujours pour les entreprises, le taux normal de l'IS sera rabaissé à 28% d'ici 2020, avec une "étape intermédiaire". Et la « surtaxe » instaurée par Nicolas Sarkozy sera supprimée en 2016.

7. Manuel Valls a évoqué une fois, une seule fois, les services publics.

8. Il avait une surprise suffisamment clivante pour rebattre les cartes et agiter le débat.  L'affaire n'est pas mince. Valls propose la réduction par deux du nombre de régions, la suppression de la clause de compétence générale, mais aussi celle des départements d'ici 2021. Hollande refusait cette dernière mesure, le 14 janvier dernier. On croit rêver.

9. Pour les salariés, Valls endosse une mesure annoncée par François Hollande au soir de la déroute des municipales, l'allègement de cotisations salariales pour les bas salaires, en l'occurence en dessous du SMIC. La mesure corrige le tir néo-libéral: " dès le 1er janvier 2015, elles seront diminuées pour les salaires au niveau du SMIC pour procurer 500 euros par an de salaire net supplémentaire." Bref, la mesure était louable, extrêmement habile, mais incroyable insuffisante. 

10. Sans l'expliquer, Valls promet aussi d'"alléger la fiscalité pesant sur les ménages modestes, en particulier ceux qui sont entrés dans le champ de l’impôt sur le revenu ces dernières années alors même que leur situation ne s’était pas améliorée."  Additionnée aux allègements de charges en-deça du SMIC, ces mesures en faveur des ménages modestes représenteront 5 milliards d’euros à l’horizon 2017.

On notera "l'équilibre", ou plutôt les priorités: 5 milliards en faveur du pouvoir d'achat des plus modestes, une cinquantaine de milliards d'allégements de charges et taxes patronales.

Un rapport de un à dix, qui dit mieux ?

11. La réforme Taubira, celle-là même pour laquelle la Garde des Sceaux était restée Garde des Sceaux dans ce gouvernement fut expédiée en quelques phrases: " Dans un pays traversé par les fractures, les rumeurs, notamment sur cette soi-disant théorie du genre à l’école, tous les républicains doivent savoir s’écouter, se retrouver et éviter les surenchères dont les extrémismes sont les seuls vainqueurs. Je pense à la réforme pénale, dont le but, je le rappelle, est de lutter contre la récidive."

Valls avait quelque chose à promettre aux écologistes, la fameuse loi tant attendue sur la transition énergétique sera présentée "avant l'été", avec l'objectif de limiter le nucléaire à 50 % de la production d'électricité d'ici à 2025. Une loi avec un objectif pour dans onze ans, sans blague ? Valls applique une consigne. Dans les rangs de l'Assemblée, quelques députés écologistes s'assoupissent. Ou bien ?

Valls avait quelque chose à dire sur le rétablissement des comptes publics. Il reprend à son compte l'engagement de 50 milliards d'euros d'économies, mais à peine plus étalé, "50 milliards d’euros d’économies sur trois ans de 2015 à 2017". Et le détaille à peine. Il a cette formule horrifiante: "l’effort sera partagé par tous." Ignorait-il que les efforts n'ont pas le même poids pour tous ? "L’Etat et ses agences en prendront la plus grande part, 19 milliards d’euros. 10 milliards proviendront de l’assurance maladie et 10 milliards supplémentaires des collectivités locales. Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations."

Valls avait quelque chose à dire sur les réformes déjà engagées: le "choc de simplification" notamment en faveur du Logement, ou les rythmes scolaires.

Il eut de belles et fortes formules contre le "le nationalisme obscur",  

Manuel Valls n'avait finalement pas grand chose à dire sur la précarité, les sans-domicile-fixe, les expulsé, les fins de mois difficile, la stigmatisation, le racisme, la solidarité. Il expédia l'immigration, l'asile ou la fin de vie. Un discours n'est que de mots.  Ceux-là ne coûtent pourtant pas grand chose.

Cherchez l'erreur. 

Elle est politique. 

Manuel Valls a conclu par une autre formule de campagne. Sincère mais hors sol, presque gênante, une formule qui sentait l'instrumentalisation personnelle et indécente dont la politique souffre. 


"La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, de De Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi j’ai voulu devenir Français."





Lire aussi: le discours en intégralité.

27 mars 2014

Chômage, élections et Front national, le cocktail explosif.

La nouvelle ne pouvait pas plus mal tombée: les statistiques du chômage de février ont été publiées ce mercredi soir de l'entre-deux tours des élections municipales. Et elles sont mauvaises, encore un record de dépasser. 

La droite dira que c'est la faute à la politique "socialissssse", la gauche accusera les "sociaux-traîtres" du gouvernement Hollande.

Mais la campagne municipale laisse d'autres séquelles.


Le chômage, le vrai

L'action politique est longue, les résultats sont toujours trop tardifs, les citoyens sont impatients, les éditocrates sont amnésiques. A droite, Jean-François Copé fustige: "la politique économique du gouvernement est

Ce mercredi 26 mars, on apprenait donc que la France comptait 3,35 millions de chômeurs de catégorie A à la fin du mois de février, soit 31.500 de plus en un mois; et +4,7 % sur un an. Catégories A, B et C confondues, le nombre d'inscrits à Pôle emploi a progressé de 4,8% en un an, pour atteindre 5 236 300 en France. La nouvelle est terrible. L'inversion de la courbe du machin n'a pas eu lieu. On pourra le répéter chaque mois.

Pourtant, d'autres nouvelles économiques semblaient meilleures. Les prémisses d'une reprise surprennent des commentateurs conservateurs peu amènes habituellement à l'égard de la Hollandie. On ne parle que de prémisses.

Le ridicule municipal

Sur le terrain, cela sent la panique ou la colère. Il y aura 986 triangulaires, 207 quadrangulaires et même 16 pentagulaires dimanche prochain... On trouve assez d'anecdotes pour ridiculiser tous les partis politiques, y compris le Front national. A Marseille, une liste radicale de gauche d'obédience guériniste a fusionné avec ... celle de l'UMP adoubée par Jean-Claude Gaudin.

Marine Le Pen qui promettait la fin du bipartisme et des ralliements sans pareil au soir du premier tour n'a pu constater que deux rapprochements UMP-FN dans des communes mineures. Le Parti socialiste qui urge au Front républicain a imposé le retrait de son candidat à Perpignan, mais n'a su discipliner les irréductibles de Béziers (qui, comble du ridicule politique, laisseront donc le réac Robert Menard l'emporter dimanche avec le FN) ni ceux de Grenoble distancés par l'alliance inédite des écologistes et du Parti de gauche.

Oubliez donc ces anecdotes, elles ne sont ... qu'anecdotiques.

Mais elles font mal.

Le feuilleton du remaniement

L'éventualité d'un changement d'équipe au gouvernement remet quelques idées en place. Les équilibres étaient finalement subtils.

Jean-Marc Ayrault est un compromis, depuis le début de ce quinquennat, un obstiné qui tient cet équilibre instable.

On connait les poids lourds: Manuel Valls (populaire), Cécile Duflot (indispensable depuis le relatif succès d'EELV au 1er tour municipal), Christiane Taubira (icône de gauche), Najat Vallaud-Belkacem (résistance), Stéphane LeFoll (grognard). Mais toutes les combinaisons ne sont pas possible. Ainsi Duflot explique-t-elle qu'elle ne restera pas si Valls accède à Matignon ("Ce n'est pas une question de personnalité, c'est un problème de ligne"). Taubira a les mêmes états d'âmes, légitimes.

Un problème de ligne ? Mercredi, un syndicat sort du Pacte de responsabilité. La CFE-CGC, l'un des trois signataires d'un pré-accord avec le MEDEF sur cette histoire de "responsabilité", s'énerve  et quitte le navire. Le fameux Pacte, prévu pour être annoncé dans quelques semaines par un gouvernement qu'on e connaît plus, a du plomb dans l'aile.

Najat Vallaud-Belkacem a conclu cette journée politique, juste après un premier conseil des ministres d'après raclée municipale: "On entend notamment le désir des électeurs français d’avoir davantage encore de justice sociale dans le redressement que nous sommes en train d’opérer, ce message est entendu."

La gauche a perdu dimanche, désertée dans les urnes.

Et à l'Elysée ?




Le Président souligne l'importance d'entendre... par Najat-Belkacem

26 mars 2014

Municipales: après la raclée, la gueule de bois

Le président français a interrompu un G7 à La Haye, soit-disant à cause du résultat calamiteux des candidats socialistes au premier tour des élections municipales dimanche dernier. C'est la panique. 

Enfin ?


1. La pression est montée d'un cran sur Jean-Marc Ayrault. Un premier sondage, qui en appellera d'autres, proclame les souhaits de la population échantillonnée. Le remaniement, souhaité ou craint, reste un levier dérisoire de l'action institutionnelle disponible. Lundi à midi, quelques ténors étaient avec Ayrault pour déjeuner. Et il paraît qu'ils ont "atterris", qu'ils sont sortis du "déni".

Mardi dans l'après-midi, les chefs de cabinets de quelques ministères auraient été appelés à faire leur bagage. Quelques ministres s'en sortent un peu mieux. Le premier sondage d'après la raclée municipale est sorti dès ce lundi 24 mars, quelques heures après le scrutin. Que retenait-on, à plus ou moins 2,5 point de marge d'erreur ? 79% des sondés veulent se débarrasser du gouvernement actuel.

Mais quelques ministres s'en sortent mieux que d'autres: Manuel Valls chute mais demeure largement en tête, second derrière Juppé. La pugnacité de Najat Vallaud-Belkacem paye. Elle gagne 5 point, et même 12 parmi les sympathisants de gauche.

2. La pression est sur Hollande que d'aucuns jugent désormais responsable de tout. Il faudrait oublier l'atonie de l'opposition de gauche (inversement proportionnelle à la virulence verbale de ses leaders), l'éparpillement des suffrages, et l'abandon abstentionniste. Le Figaro, mardi, avait même trouvé un anonyme "poids lourd PS" qui déclare: "Il est coincé. S'il en fait trop, il est sanctionné par les électeurs. S'il n'en fait pas assez, il est sanctionné par Bruxelles et les marchés."

Hollande devrait donc faire un ménage.

Vraiment ? 

3. Hollande a quitté "précipitamment" la réunion du G7 qui rassemblait les grands de ce monde sauf la Russie, punie d'avoir annexée l'Ukraine la semaine dernière. Au menu de son agenda allégé, des "réunions de travail". Son agenda officiel était vide. Lundi, Ayrault a expliqué à quelques responsables socialistes qu'il avait entendu "le message des Français qui réclament davantage de justice sociale".

Faut-il attendre un changement, une inflexion ? Non. Le Pacte d'(Ir)responsabilité sera présenté en avril. Quelques éditocrates finissent par s'inquiéter qu'un nouveau premier ministre ne soit pas à même de vendre cette affaire.

François Hollande est rentré un peu plus tôt parce qu'il avait un président chinois à accueillir. Le patron de la plus grande dictature du globe est en France, à Lyon, pour 3 jours. Il n'y avait pas de supporteurs socialistes agitant des drapeaux dans les rues, comme lorsque Nicolas Sarkozy recevait le même dictateur en France il y a quelques années. Mais l'accueil sera "exceptionnel".

Real-politik, quand tu nous tiens, tu nous fait honte.

4. Pour une fois, la première sans doute depuis que Hollande encaisse seul, avec Ayrault, le choc d'impopularité (août 2012), nombre d'élus socialistes sont (enfin) paniqués. Le Monde, sous la plume de , commente: "une forme de panique politique a saisi les socialistes, à tous les étages du pouvoir". Ils ont la trouille. Solidariser les élus socialistes, petits ou grands barons, sur le sort de l'équipe qui gouverne est peut-être la meilleure conséquence à attendre de la suite de ce scrutin détestable. La défaite était attendue. Mais "la surprise, c'est l'ampleur" (un conseiller).
"Un peu partout en France, la jeunesse nous a manqué ; les couches populaires se sont détournées ; les classes moyennes nous ont évités ; les banlieues et les campagnes se sont terrées. Il faut savoir entendre les silences."
Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale
6. La victoire médiatique du Front national provoque quelques errements. L'un des combles du ridicule fut atteint et dépassé par le directeur du Festival d'Avignon, terrifié à l'idée que sa ville passe au Front. Courageux, l'homme annonça dès lundi que "son" Festival quitterait la ville si le FN s'emparait de la mairie. Quel courage!

Plus loin, au sein de l'opposition de gauche, on se félicite d'une victoire, on clame que le FN n'a pas gagné, que c'est le réveil de la vraie gauche. La défaite de dimanche n'est pas la victoire de la gauche. Vu de droite, c'est évident. Vu de France, aussi. Additionnez tous les scores que vous souhaitez, la gauche sort perdante.

Au final, toutes composantes confondues, dans son acceptation la plus large, sans faire de tri aucun, les listes de gauche ont rassemblé 37,74% des suffrages. Et l'abstention, qu'on pense importante parmi l'électorat de gauche, a atteint 38,6%.

Qui ose donc crier victoire ?









25 mars 2014

Municipales: ces 9 vérités qu'ils ne veulent pas entendre

Les commentaires reprendront bientôt, dans quelques jours, après le second tour. Pour l'heure, il s'agissait de raconter ce que l'on pouvait comprendre du premier tour. Quelques vérités, ou interprétations subjectives, qui pouvaient décevoir partout, sauf au Front national.

Dimanche dernier, la République a perdu une première manche.


1. L'abstention a permis à quelques-uns de gagner dès le premier tour: 93 maires de communes de plus de 30 000 habitants ont gagné dimanche dernier. Sur la France entière, ces vainqueurs du premier tour sont plus de 7.000. Sur les 93, 77 avaient 3 adversaires ou plus. 72 des 93 sont des UMP/UDI.

2. L'ampleur de la défaite de la gauche, toutes composantes comprises, laisse présager un changement de majorité au Sénat dès l'automne prochain. Un tel changement rendra impossible certaines modifications constitutionnelles comme le droit de vote des étrangers.

3. François Hollande a été sanctionné car il ne conduit pas une politique de gauche. Pour preuve, personne n'ose aujourd'hui expliquer le recul des équipes municipales socialistes ou affiliées par (1) un échec de l'action locale, (2) une désaffection de l'électorat centriste. Non, la défaite est celle du gouvernement. Elle ne signifie pas un basculement à gauche pour autant. On le verra plus tard, ci-dessous. Il paraît qu'à l'Elysée, Hollande a été "surpris". C'est confirmé, ce Palais est une bulle, une tour d'ivoire ou de plomb.

4. Le Front national a gagné. Médiatiquement, les commentaires l'ont porté au-delà de ses espérances. Electoralement, il a franchi des sommets dans quelques communes significatives (plus de 30% des suffrages). Cet "effet de crête", sous-estimé à gauche, a un effet psychologique évident. Le FN était présent dans 597 communes pour ce premier tour. Le Front de gauche dans plus de 600. Le premier a brillamment remporté le premier tour de scrutin en arrivant en tête dans 12 communes de plus de 1000 habitants avec des scores élevés, et en situation de maintien au second dans 229 communes pour le second tour. Le second a échoué à faire de même.

5.  Le Front de Gauche a raté son tour. Les mauvais perdants accuseront les médias, la gauche de gouvernement ou on-ne-sait-quel argument exogène. Il faudrait pourtant s'interroger sur la stratégie elle-même de ce mouvement. Le Front de gauche (ou dans sa version restreinte sans PCF autour du PG de Jean-Luc Mélenchon), quand il fait bande à part, n'existe que peu ou pas: 11% à Clermont-Ferrand, 5% à Paris, 7% à Marseille, 5%, à Toulouse, 7% à Montpellier, 4% à Saint-Étienne.
"Les listes indépendantes – qu’elles comprennent l’ensemble du Front de gauche ou simplement le Parti de Gauche et Ensemble – ne réussissent aucune démonstration électorale probante" (Regards)
Jean-Luc Mélenchon réfute pourtant tout échec. La méthode Coué réussit mal au leader du PG. "Le Front national gagne une ville au premier tour, Hénin Beaumont ? Nous en gagnons 67 au premier tour. A un cheveu près, nous passions le suivant, René Revol, dirigeant national du PG, qui a réuni 49,97% des suffrages à Grabels, face à tout les autres, PS inclus !"

6. EElv s'en est bien sorti. Quand ils ont fait liste séparée des socialistes, les écologistes ont réalisé de jolis scores alors qu'ils étaient marqués du "fer rouge" de leur participation au gouvernement.  L'alliance avec le PG à Grenoble, exceptionnelle, semble porteuse d'une majorité alternative pour certains. L'alliance EELV/PG à Grenoble est une expérience isolée (par son ampleur), mais réussie: "avec 29,41 % des voix, la liste d’Eric Piolle (EELV-PG-Ensemble) devance la liste PS/PCF de Jérôme Safar qui a recueilli 25,31% des suffrages." On

7. La République se vide de l'intérieur. L'abstention, près de 39% dimanche dernier, a ses raisons. On l'attribue, avec raison, à la désaffection d'une partie de l'électorat de gauche, voire à un "déni" (l'expression est du Monde dans son éditorial du 24 mars): l'élection la plus locale, la plus proche, n'intéresse même plus.

8. Le vote Front national n'a aucun sens: le parti mariniste déploie sa différence politique sur des sujets sans grand rapport avec les compétences municipales: sortie de l'euro, fermeture des frontières, et préférence nationale. A l'inverse, les électeurs vivront très vite ce que veut dire la xénophobie municipale.

9.  L'UMP a gagné par défaut. Le contexte local a sauvé Jean-Claude Gaudin (à Marseille). Le contexte national et une division locale a favorisé Nathalie Kosciusko-Morizet (à Paris). Dimanche soir, Jean-François Copé a joué avec le feu, refusant le Front républicain. Le lendemain sur Canal+, le jeune terrifiant Guillaume Peltier, ex-frontiste et partisan de la Droite Forte, a mis PS et FN sur un même niveau: "Je rejette, à égalité, le Parti socialiste qui abîme tant la France et le Front national qui ne propose aucune solution crédible". 

Quand la droite républicaine ne l'est plus, que reste-t-il en France ? 


Comprendre le score historique du FN en 3... par lemondefr

2 mars 2014

L'actualité politique de la semaine, vue par 3 blogs #S01E22

Haro sur Copé dans les blogs politiques cette semaine. On poursuit le tri sélectif et subjectif de quelques billets de la blogosphère politique qu'il ne fallait pas rater.


L'affaire Copé déchaînait nos passions, nos rires et nos commentaires. Une fois n'est pas coutume, la frange furibarde de l'UMP se rappelle au bon souvenir de l'électeur amnésique avec ce qu'elle sait faire de mieux: une sale affaire d'argent.

On oubliait presque la campagne municipale. A Paris, notre confrère el Camino donne un coup de plus, peut-être de grâce, contre celle de Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette dernière vient de virer sa tête de liste dans le 2ème arrondissement, à trois semaines du premier tour de scrutin. Fred Camino revient sur sur les déclarations de la candidate à propos du plaisir à voyager en RER en Île de France:  "J'ai donc redécouvert les plaisirs des transports en commun un peu grâce à Nathalie KM, ses aventures dans le métro m'ont redonner l'envie de respirer la sueur des voisins de banquettes et les odeurs d'égout de la station Châtelet-Les Halles m'avaient beaucoup manqué". La campagne NKM ressemble à un désastre.

Mardi, l'altercation entre Valls et Goasguen monopolise l'attention médiatique. Finie l'Ukraine, le chômage, ou le Pacte de responsabilité. Le blogueur historique Authueil, ancien attaché parlementaire, y consacre un billet. Et nous explique pourquoi ce clash Valls/Goasguen à l'Assemblée comment l'emballement médiatique s'est produit: "Comme on se faisait chier à mourir pendant cette séance de questions, et qu'il n'y avait rien de passionnant à se mettre sous la dent, les caméras se sont naturellement jetées sur cet incident comme la vérole sur le bas clergé. Les chaînes d'infos en continu passant l'incident en boucle, les autres médias se sont sentis obligés de traiter de ce sujet."

Plus grave, Margaux Dusquesne anticipe de quelques jours un triste anniversaire, Il y a vingt ans quasiment jour pour jour après le début du génocide rwandais.. Elle rappelle le témoignage  de Roméo Dallair, commandant de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) en 1994. Ou ce documentaire La justice des hommes, de Jean-Xavier de Lestrade, sur les milliers de Rwandais accusés d'avoir participé au génocide. Vingt ans après, le pays est en paix mais les plaies sont loin d'être cicatrisées.